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Dali Colls

M. Robert Étienne
Robert Lequément
Bernard Liou
Françoise Mayet
L'épave Port-Vendres II et le commerce de la Bétique à l'époque
de Claude
In: Archaeonautica, 1, 1977. L'épave Port-Vendres II et le commerce de la Bétique à l'époque de Claude. pp. 3-145.
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Colls Dali, Étienne Robert, Lequément Robert, Liou Bernard, Mayet Françoise. L'épave Port-Vendres II et le commerce de la
Bétique à l'époque de Claude. In: Archaeonautica, 1, 1977. L'épave Port-Vendres II et le commerce de la Bétique à l'époque de
Claude. pp. 3-145.
doi : 10.3406/nauti.1977.923
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/nauti_0154-1854_1977_mon_1_1_923
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II
ET LE COMMERCE DE LA BÉTIQUE
A L'ÉPOQUE DE CLAUDE
En couverture, mosaïque de la Place des Corporations à Ostie
(d'après un cliché d'A. Chéné, CNRS, Aix).
5
Dali COLLS, Robert ETIENNE, Robert LEQUÉMENT, Bernard LIOU,
Françoise MAYET
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II
ET LE COMMERCE DE LA BÉTIQUE
A L'ÉPOQUE DE CLAUDE
ARCHAEONAUTICA, 1
Ouvrage publié avec le concours
du Ministère de la Culture et de l'Environnement
Service des Fouilles et Antiquités
EDITIONS DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
15, quai Anatole-France - 75700 PARIS
1977
©
Centre national de la Recherche scientifique, Paris, 1977
ISBN 2-222-02173-1
INTRODUCTION
On a souligné déjà à diverses reprises l'importance de l'épave dite Port-Vendres H x. L'élément
le plus original de sa cargaison — des lingots d'étain d'une forme jusqu'ici inconnue et couverts
d'estampilles — a fait l'objet d'une publication détaillée 2. Bien datée, avec un terminus a quo très
précis, en 41/42 ap. J.C. 3, et une convergence d'indices qui nous autorise à réduire à une décennie
tout au plus la fourchette chronologique dans laquelle elle se situe, elle nous offre une image ponct
uelle et étonnamment complète des exportations maritimes d'une région bien précise, dont on
mesure de mieux en mieux le rôle capital dans l'économie de l'Occident romain : le Sud de la
Péninsule ibérique, la Bétique. Outre l'étain, en effet, le navire transportait du cuivre et du plomb
et, en amphores, de l'huile, du vin cuit, des conserves de poisson; on trouve sur le gisement, en
bonne quantité, des amandes; des céramiques à parois fines constituaient certainement un petit
complément de cargaison. Les inscriptions peintes que les amphores ont conservées sont un docu
ment rarissime, unique, même, en ce sens que, pour la première fois, une série nombreuse (44
numéros à ce jour) provient d'un même chargement. La qualité de ces documents, la diversité et
*en même temps la profonde unité du matériel que livre cette épave, nous ont fait souhaiter de lui
consacrer une étude détaillée, bien que la fouille soit très loin d'être terminée, et qu'elle nous
réserve, à coup sûr, d'autres révélations. Nous présenterons donc le matériel qui nous est connu au
début de 1977 : successivement, les lingots découverts postérieurement à l'article de Gallia,
les amphores et leurs inscriptions peintes, les diverses céramiques et la vaisselle de verre, les objets
divers, principalement métalliques. Nous avons provisoirement exclu ce qui appartient au navire
lui-même, éléments de gréement ou d'accastillage et débris de coque. Nous en savons trop peu, à
l'heure actuelle, et mieux vaudra regrouper nos observations avec celles que permettra la suite de
Note liminaire. — Ce mémoire est œuvre collective et chacune de ses parties a donné lieu à d'amples
discussions entre les différents auteurs. Indiquons cependant comment ils se sont réparti la tâche. Introduction,
données de fouille : D. Colis et B. Liou; lingots : B. Liou; amphores : F. Mayet et B. Liou; inscriptions
peintes : B. Liou et R. Lequément; autres céramiques : F. Mayet; verre : R. Lequément; objets divers : B. Liou;
conclusions : R. Etienne. B. Liou a coordonné l'ensemble de la rédaction. L'illustration est due à D. Colis :
photos de fouille, plan du gisement (mis au net par Damian Cerdâ), schémas des lingots; Denis Fontaine (qui
a été pour B. Liou et R. Lequément un collaborateur très précieux dans le déchiffrement même des inscriptions
peintes) : dessin des amphores et de leurs inscriptions, des pièces de verre, etc.; F. Mayet : dessin des estampilles
et de la céramique; Alain Lerouge : photographies, sauf celles de quelques inscriptions peintes (Patrick Grand-
jean) et celle de la fig. 8, due à Antoine Chéné (IAM, Aix). Nous tenons à adresser nos remerciements à l'UER
Droit et Lettres du Centre Universitaire de Perpignan et à son doyen Jean Meyer pour les facilités qu'ils ac
cordent à D. Colis et A. Lerouge dans leur travail de collaboration avec la Direction des Recherches archéo
logiques sous-marines.
Annick Chèle et Christine Darder, Pierre Corne et Jean-François Flécher, tous quatre étudiants au Centre
Universitaire, participent régulièrement à la fouille, sous la direction de Dali Colis.
1. B. Liou, Informations archéologiques: recherches sous-marines, dans Gallia, 31, 1973, p. 572-574 et
33, 1975, p. 572-575.
2. D. Colis, C. Domergue, F. Laubenheimer et B. Liou, Les lingots d'étain de l'épave Port-Vendres II,
dans Gallia, 33, 1975, p. 61-94 (abrégé ci-après : Lingots d'étain).
3. Ibid., p. 79 et infra, p. 11.
8
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
la fouille. Il y sera fait simplement allusion dans les lignes qui suivent, consacrées au gisement,
à sa découverte et à sa fouille.
La découverte
La découverte de l'épave remonte à 1972. Dali Colis, qui explorait alors les fonds de la rade
de Port-Vendres dans l'espoir d'y repérer des gisements antiques, avait découvert d'abord, dans
l'avant-port Sud, au niveau de la Redoute Béar, à quelque 35 m du bord et par 6 à 7 m de pro
fondeur, un certain nombre de tessons d'amphores du même type : la forme 20 de la table de
Dressel, l'amphore à huile de Bétique. L'emplacement lui faisait éliminer a priori l'hypothèse d'un
dépotoir et le conduisait, en revanche, à penser qu'il pouvait s'agir d'éléments arrachés par les
mouvements de la mer à l'épave d'un navire qui aurait fait naufrage non loin de là : la configura
tion des lieux, en effet, permet d'imaginer aisément que, par tempête due au vent dominant, la
Tramontane de N-O, un navire en difficulté tentant de trouver refuge dans le port avait de fortes
chances, étant donné l'extrême violence qu'atteint cette Tramontane, d'être drossé sur les écueils
qui se trouvent au pied de la falaise de la Redoute Béar. Une série de sondages pratiqués sous la
couche de posidonies, épaisse de 0,40 m environ, qui tapisse le fond, aboutirent à la découverte
d'un grand nombre de tessons appartenant eux aussi à des amphores Dressel 20, parmi lesquels
se trouvaient un lingot métallique (notre lingot d'étain n° 5 4) et des débris de coque : plusieurs
fragments de membrures avec leurs chevilles et des clous en bronze, quelques morceaux de bordé
et de vaigrage : on avait bien affaire à une épave, qui fut, en octobre 1972, déclarée à l'Administrat
ion des Affaires maritimes et à la Direction des Recherches archéologiques sous-marines. Pour
1973, D. Colis reçut l'autorisation d'y poursuivre ses sondages et put localiser une partie du gis
ement, sur une longueur de 11 m et une largeur de 8 m. Depuis 1974, il en poursuit la fouille
systématique.
Aspect du gisement
A partir de la falaise abrupte que couronne la Redoute Béar, le fond descend en pente douce
pendant 30 m environ, jusqu'à former une sorte de plateau, ou plutôt de cuvette, bordée au Ν par
une petite crête. On peut supposer que le bateau est venu heurter avec violence les écueils qui se
trouvent au pied de la falaise et a coulé pratiquement sur place : l'épave et le chargement ont glissé
jusque dans cette cuvette, où ils se sont stabilisés, arrêtés par la petite crête. Us ont été par la suite
recouverts par le sable et par l'herbier de posidonies.
Du haut en bas, le site présente la superposition suivante : 1 - De gros blocs de pierre concré-
tionnés avec des morceaux de fer, qui proviennent vraisemblablement des actes de sabotage
et de sabordage commis par les troupes allemandes au moment de leur retraite en août 1944.
2 - Une matte de posidonies, mêlée de sable coquillier, épaisse de 0,40 à 0,60 m. 3 - L'épave, qui
n'a vraiment rien de spectaculaire, et dont aucune amphore n'est intacte — au mieux, elles
tombent en morceaux quand on les dégage, fissurées qu'elles sont soit par la violence du choc
qui a occasionné le naufrage, soit encore par les ondes de choc provoquées par les mines lors
du sabordage de 1944 — , apparaît comme une couche compacte de tessons, dont l'épaisseur
varie de 0,30 à 0,80 m (fig. 1). 4 - Au-dessous, un sable dur, archéologiquement vierge.
4. Lingots d'étain, p. 67 et 89, fig. 16.
L'EPAVE PORT-VENDRES II
1. Aspect du gisement.
La fouille
Une fois le terrain débarrassé des blocs de pierre et dégagé des posidonies — ce qui repré
sente un très gros travail de déblaiement, elle se fait à l'intérieur d'un carroyage souple (carrés
d'1 m de côté) orienté NS-EO à partir de points fixes constitués de barres de fer fichées solid
ement dans le sol et par rapport auxquels les objets en place sont situés par triangulation. On utilise,
pour le dégagement, la suceuse à eau, qui permet de travailler très délicatement, sans risque
d'effacer, par exemple, les inscriptions tracées à l'encre sur les amphores, ou de briser des
céramiques aussi fragiles que les « parois fines ». La minutie du travail explique sa relative
lenteur. La surface fouillée, depuis les sondages de 1973, peut être évaluée à 45 m2 environ.
A considérer le plan qui, peu à peu, a été dressé du gisement, et sur lequel ont été figurés
les objets les plus caractéristiques rencontrés dans chaque carré (fig. 2), et si nous le complétons
par la consultation du catalogue de tout matériel qui s'y trouvait, il n'est pas facile, sans doute, de
se faire d'ores et déjà une idée précise d'un navire qui a subi, de toute évidence, une destruction
radicale. On peut cependant se risquer à quelques observations.
10 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
Des vestiges de coque sont apparus : quelques fragments de membrures, qui, en G5 et H4,
en EF5 et F4, en D4-E3, en D3-E2, sont parallèles entre eux et pourraient indiquer une orientation
NO-SE. De fait, c'est le long d'un tel axe que l'on trouve le plus d'éléments ayant appartenu
à la coque ou même aux superstructures : clous de cuivre en G4, E3, etc., fragments de doublage
de plomb en G3, palan — à trois étages de deux réas — en D2 et pièce de bois de section circulaire
en El-2, trois verges d'ancres (?) en fer paralèlles en B-Cl et COI — dont la place normale est
plutôt à l'avant d'un bateau.
En ce qui concerne l'emplacement des divers éléments de la cargaison, on notera qu'à l'Ouest
d'une droite joignant les points fixes Nord et Sud (limite des carrés C et des carrés D), on n'a
rencontré qu'un seul type d'amphore : les amphores à huile (Dressel 20); et dans cette zone ont été
trouvés treize des dix-huit lingots d'étain, dont douze à l'extrême Ouest de la partie fouillée du
gisement. Une autre limite apparaît, sinueuse, à l'Est et au Nord, entre B'2 et A'2, B'3 et A'3;
A'3 et A'4, A3 et A4, B3 et B4; B4 et C4; D4 et D5, A5-6 et B5-6, au-delà de laquelle il n'y
a en revanche plus de Dressel 20, mais seulement des amphores des autres types : Haltern 70
(majoritairement), Pompéi VII et Dressel 28, ces dernières apparaissant groupées dans les carrés
A'4, A4 et B4. Entre ces deux limites, les amphores et les tessons d'amphores Dressel 20, Haltern 70
et Pompéi VII sont mêlés avec les céramiques diverses et les objets métalliques. La céramique
sigillée semble éparse, les parois fines également. Les amandes, en revanche, apparaissent en
abondance au Sud-Est et au Sud (A', A, Β et Cl).
Le gisement contient également, éparses, de nombreuses branches de bruyère — plus de 80
ont été jusqu'ici récupérées et identifiées — , qui servaient très probablement au calage des amphores.
********* ** * * *
zone fouillée en 1974-1975
*·#*#·* zone dégagée superficiellement
II
Plan du gisement et de la fouille (A : Lingots. Β : Amphores. C : Bois. D : Pièces en bronze. E : Céramique. F : Pièces en fer. G : Plomb).
CHAPITRE PREMIER
LES LINGOTS D'ÉTAIN (SUITE), DE CUIVRE ET DE PLOMB
Une partie de la cargaison du navire de Port-Vendres est, rappelons-le, constituée de lingots
d'étain blanc pur, d'un type jusqu'ici inconnu. Quatorze pièces ont été précédemment publiées 5.
Leurs principales caractéristiques sont un poids relativement léger (entre 3,120 et 8,750 kg)
et une recherche de la maniabilité qui se manifeste par l'aménagement d'une anse dans leur partie
supérieure; une recherche aussi — curieuse, en vérité — de caractère esthétique, qui se traduit
par la variété de leurs formes, la présence en certains cas de décors figurés moulés sur la face
supérieure; le nombre enfin et la variété des estampilles qui ont été imprimées au revers (sauf une
exception) : 74 au total, pour 14 lingots, dont 59 identifiables, et douze ou treize poinçons différents.
L'un d'entre eux présente une importance toute particulière; figurant sur douze des quatorze
lingots, il se lit L(ucius) Valeiyius), Aug(ustae) l{ibertus), a com{mentariis) : il s'agit donc du cachet
d'un fonctionnaire impérial, adjoint d'un procurateur provincial, affranchi de Valerla Messalina,
l'épouse de l'empereur Claude. Cette inscription fournit, pour la date de notre épave et de tout
le matériel qu'elle contient, un terminus a quo, fixé par la naissance de Britannicus, avant laquelle
Messaline n'a pu porter le titre d'Augusta, en 41/42 6.
Pour présenter les quatre nouveaux lingots qui sont apparus en 1975 et 1976 — portant leur
nombre total (et provisoire) à dix-huit — , nous utiliserons à nouveau les principes de classement
adoptés dans le précédent article : le numéro attribué à chaque pièce n'indique plus rien d'autre
que l'ordre de leur découverte. Trois groupes avaient été distingués 7 : une forme I, dont
la panse est constituée d'un seul élément, portant sur sa face supérieure un décor moulé en relief;
une forme II dont la panse, toujours pleine, présente sur cette face supérieure deux parties
en fort relief séparées par une dépression centrale; une forme III, enfin, où la panse est formée
de deux parallélépipèdes séparés par un évidement rectangulaire. La façon dont est constituée
l'anse (évidement unique, double, triple) permet de distinguer des variantes à l'intérieur des trois
groupes. Quant aux estampilles, elles ont été désignées par des lettres, capitales pour celles qui
ont été imprimées en relief, minuscules pour celles qui ont été incisées, en creux, dans le métal.
On voudra bien se reporter à l'article cité pour leur description détaillée.
Forme la.
18 (fig. 4) : h. max. 0,252 m; 1. max. 0,262; ép. max. 0,05; poids 10,490 kg.
Panse épaisse, qui en fait très nettement le lingot le plus lourd que nous ayons jusqu'ici
rencontré, à très larges biseaux réguliers. La face supérieure est relativement plane, avec sur
5. Cf. note 2.
6. Ibid., p. 75-77; ce terminus remonterait d'un an en arrière (date du mariage de Claude et de Messaline),
si l'on admet que L. Valerius puisse être en fait un Aug(usti) l(ibertus), auquel l'empereur aurait, en l'affran
chissant, conféré le nom de son épouse (ibid., p. 79, note 53).
7. Ibid., p. 63-70.
12
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
le pourtour un léger bourrelet, qui dessine un cadre. Décor moulé constitué de deux grandes
lettres, parfaitement nettes, qui occupent toute la hauteur de ce cadre (11,8 et 11,4 cm respect
ivement), larges chacune de 5 cm au maximum, et séparées par un point :
R.B
La face arrière, marquée de quelques vacuoles et de quelques boursoufflures, a été quatre fois
estampillée. On reconnaît, de bas en haut et de gauche à droite (fig. 3) :
on
n" !8 n° 15 n° 16 n" 17 3. Lingots d'étain: schéma indiquant la position des estampilles et leur sens.
4. Lingot n° 18.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 13
(A) L VALE AVG L A.COM
Toutes les lettres sont au moins partiellement reperables, sur une longueur de 54 mm (h. du
cartouche 12 mm), mais seules les cinq dernières, avec le point entre A et COM très nettement
décalé vers le haut, sont entièrement imprimées.
(A) L VALE AVG[..
Ce début est parfaitement net; le reste du cartouche ne s'est pas du tout imprimé.
(B) L AVR
Cartouche de 28 χ 11mm; lettres très mal imprimées: A et V sont à peu près visibles,
L et R se devinent.
(£), soit Q.Carinat(ius), plutôt que (D), L.Corne(lius) Veg(etus ?). Les dimensions du
cartouche conviennent à l'une et l'autre marque, et il nous semble distinguer le Q initial et le C
qui suit. Le reste est mangé par l'oxydation, et ne se lit pas.
Ce lingot, qui est le plus récemment découvert, est original par sa forme et son poids, et
remarquable surtout par l'inscription qui est moulée sur sa face supérieure. Celle-ci nous invite
à reconsidérer le décor qui figure, en même position, sur le lingot n°
14; Dali Colis, dès le début,
prétendait y voir des lettres 8, et il faut sans nul doute, aujourd'hui, lui donner raison et lire,
probablement, AT retro, les lettres ayant été tracées à l'endroit dans le moule de sable. Nous
nous déclarons, au demeurant, tout aussi incapables, à l'heure actuelle, de proposer une interprétation
de ce groupe, que d'avancer une explication pour les lettres R.B de ce n° 18 : il ne s'agit sûrement
pas de l'abréviation d'un nom d'homme. Marque de série ? On notera à nouveau qu'elle apparaît
sur la panse compacte d'un lingot de forme I, au même titre que les décors figurés des nos 1 et 2
(une clé), 3 (un dauphin ?), 4 (une sorte de trident, mais à quatre pointes ? ou la lettre ibérique ti ?).
Forme II b.
15 (fig. 5): 0,238 m; 1. 0,266; ép. 0,039; poids 6,950 kg.
Panse pleine à large dépression centrale, bords en biseaux irréguliers; anse à deux ergots,
la pointe triangulaire de gauche est pleine.
Quatre estampilles sur la face plane (fig. 3) :
à gauche,
(A) L VALE AVG L A COM
Le haut de toutes les lettres est visible. Ce cachet a été appliqué par-dessus la marque en creux
(h) PRO[..
à droite, ^ ^
(A) [L VALÈ AVG.L.]A.COM
Seule la fin du cartouche est imprimée. Le point de séparation décentré entre A et C est bien
visible. Ce cachet a été également appliqué par-dessus la marque
8. Cf. son dessin, ibid., p. 64, fig. 2, et la photographie p. 87, fig. 12. Nous n'avions, en définiiive, pas osé
nous prononcer, le dessin de ces lettres manquant par trop de netteté.
14 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
5. Lingot n° 15.
(Λ) [P]ROC[.
Ce lingot n° 15 est tout à fait semblable au n° 13 par sa forme; poids et dimensions sont
extrêmement proches; l'un et l'autre présentent — seuls de toute la série, jusqu'à présent —
la marque en creux h, où nous avons proposé de lire le cognomen Procuilus).
Forme III d.
Cette variante de la forme III, représentée déjà par les n08 7, 8 et 9, est caractérisée par
une anse à poignée semi-circulaire que renforce une tige horizontale, elle-même supportée par
une tige verticale. Les nos 16 et 17 sont très proches des trois lingots déjà connus, tant par leur
forme que par leurs dimensions et leur poids. Le n°
17, plus épais, est légèrement plus lourd.
16 (fig. 6) : h. 0,275; 1. 0,186; ép. 0,030; poids 3,270 kg.
La face plane porte six estampilles (fig. 3) :
à gauche, de haut en bas,
(D) L.COR[NE.VEC]
(D) L.CORNE[.VEC]
(A) [L VALE]AV[G.L.A]COM
(D) L.C[OR]NE.VE[C]
(A) L VALE[AVG.L]A[.COM]
(D) L.CORNÈ.VEC
17 (fig. 7) : h. 0,280; 1. 0,187; ép. 0,035; poids 3,990 kg.
à droite,
L'ÉPAVE PORT-VENDRES 11 15
6. Lingot n° 16.
7. Lingot n° 17.
16 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
La face bombée est remarquablement lisse et régulière; la face plane, en revanche, présente
des vacuoles et quelques aspérités. Six ou peut-être sept cachets s'y sont, en général, fort mal
imprimés (fig. 3) :
à gauche, ^ ^->.
(D) L.ÇORNE.VEÇ
(G ?) MTS très mal lisible et, au fond, bien douteux.
(B) L.AVR bien net
à droite,
(B) [L.AV]R
(X) illisible
(X) illisible; peut-être deux cachets superposés.
Ce n° 17 porte à trois (avec les nos 1 et 6), sur dix-huit, le nombre des lingots qui n'ont pas
reçu la marque de L. Valerius Aug.l.a com{mentariis).
Au commentaire qui a été précédemment consacré à cette partie de la cargaison, nous souhai
tons aujourd'hui ajouter deux remarques : l'examen, auquel il sera procédé ci-après, de tout le
matériel jusqu'ici connu de l'épave, la certitude que nous avons acquise qu'il provient tout entier
du Sud de la Péninsule ibérique, nous permet sans doute une plus grande audace dans l'hypothèse,
en ce qui concerne l'origine de cet étain. Entre les deux régions qui ont été indiquées, l'Extré-
madoure et la Galice 9, nous pencherions, décidément, pour la première, cette Lusitanie de l'Ouest,
proche géographiquement de la Bétique et qui en est économiquement solidaire. Dès lors, l'affranchi
impérial L. Valerius pourrait bien être Va commentariis du procurateur de la province de Lusitanie,
résidant dans la capitale Emerita (Mérida). Sans doute est-ce sur le lieu même de leur production, et
non pas dans cette ville, que les lingots ont reçu son cachet. Ils y sont cependant probablement
passés. Il est loisible, en effet, d'imaginer leur acheminement, par voie terrestre, de la région d'Albu-
qucrque à Mérida, et, de là, jusqu'au Guadalquivir où ils auront été, comme les amphores, embar
qués : par la route, la plus directe et la plus vraisemblable, qui reliait Emerita-Ménda à Hispalis-
Séville, ou encore par celle qui, s'en détachant pour se diriger vers Astigi, rencontrait le fleuve à
Celti (Penaflor) 10.
Nous avons dit, d'autre part, que la forme de ces lingots était, jusqu'ici, inconnue. Cela est tout
à fait vrai au plan des découvertes archéologiques d'objets de cette sorte. Mais il n'est pas tout à fait
exclu qu'un monument figuré nous en ait déjà transmis l'image : feuilletant le manuel de technolog
ie antique de H. Bliimner, Robert Lequément y a remarqué le dessin d'un relief de Naples qui
représente l'atelier d'un chaudronnier ou d'un ferblantier (fig. 8) u. Deux objets pendus au mur, un
troisième posé sur une étagère à trois rayons elle-même suspendue à ce même mur offrent une
étonnante ressemblance avec nos lingots, et particulièrement ceux, à panse pleine, de forme I; l'un
d'eux présente même, de chaque côté, à la base de l'anse, deux ergots caractéristiques. Pour Bliimner,
il s'agit de seaux avec leurs anses, et les objets voisins en forme de coquilles, de patères ou de galettes
sont également des produits finis du travail des artisans; il se peut 12. Mais il se peut aussi qu'il
9. Ibid., p. 85.
10. E. Thouvenot, Essai sur la province romaine de Bétique, Paris, 1940, p. 487-488.
11. H. Bliimner, Technologie und Terminologie der Gewerbe und Kiïnste bei Griechen und Romer, IV,
Leipzig, 1887, p. 251-252 et pi. III, fig. 24.
12. Il y aurait à dire sur le commentaire que fait Bliimmer de ce relief (Musée national de Naples, n° 6575) dont Fausto Zevi nous a communiqué la photographie : la balance, à gauche, n'est à coup sûr pas
en état de marche et le personnage debout devant elle ne procède à aucune pesée : ses mains ne soutiennent
pas le plateau, qui est à l'arrière-plan; en fait, c'est un client, représenté, de façon très classique, avec son petit
enfant qui s'accroche à sa tunique.
8.
Relief du Musée National de Naples (inv. 6575). Atelier de chaudronnier (dessin d'après Bliimner,
Technologie..., IV, pi. III et photographie Surintendance aux Antiquités, Naples).
18
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
s'agisse de métal, de lingots aux formes sophistiquées, comme sont ceux de Port-Vendres, d'étain
et sans doute aussi de cuivre. On se représenterait à vrai dire volontiers nos lingots, accrochés par
leurs anses à quelque clou, décorant ainsi, avant usage, l'officine d'un bronzier ou d'un étameur. Ce
rapprochement est, bien entendu, fragile et fort incertain; il ne nous a pas paru pour autant inutile.
Une découverte d'importance, et de dernière minute, nous contraint à faire une entorse au
principe que nous nous étions fixé d'arrêter au début de 1977 le catalogue du matériel que nous
présenterions dans cette étude. D. Colis et son équipe ont en effet dégagé, aux derniers jours de
juin 1977, à la faveur d'une tranchée pratiquée, pour reconnaître la limite Sud du gisement, en
E/F-01/02, deux lingots de cuivre et trois de plomb. Les lignes qui suivent sont écrites au lende-
ment même de la découverte : on comprendra que notre description reste sommaire.
Les lingots de cuivre
Ce sont des flans tronconiques de grandes dimensions et très régulièrement moulés, dont la
plus petite face est légèrement concave (fig. 8 bis). Sous une couche oxydée relativement épaisse, le
métal rouge apparaît très bien conservé. Avant nettoyage, il est impossible de déceler la trace d'une
quelconque inscription. Ces lingots témoignent de la brutalité du naufrage : ils ont écrasé des
amphores et de la céramique; des tessons restent prisonniers de la couche oxydée qui recouvre leur
face inférieure. Seul le lingot n° 1, le premier découvert et remonté à terre, a pu être pesé : 87,800
kg. Son plus grand diamètre (a) mesure 0,480 m; celui de la face inférieure (b) 0,315 à 0,320 m;
son épaisseur (c) 0,105 m environ. Le lingot n° 2 est un peu plus large : a 0,505 m; b 0,325 m,
mais moins épais : c 0,095 m.
Les lingots de plomb
Ils sont en forme de tronc de pyramide, bien rectiligne, aux angles nettement marqués, pour
le n° 1, aux contours plus adoucis, plus arrondis pour les nos 2 et 3, dont la forme apparaît somme
toute intermédiaire entre celle des lingots demi-cylindriques de l'époque républicaine 12a et les troncs
de pyramide proprement dits — dont le dos offre une large surface plane — que sont, par exemple
les lingots produits en Bretagne à l'époque impériale 12b; le dos, ici, a une surface plane très étroite,
creusée d'un cartouche unique. Nous rattacherons donc ces lingots au type I de Claude Domergue
et nous donnerons leurs mesures en suivant le schéma qu'il a proposé 12c (fig. 8 ter).
Le lingot n° 1 pèse 59,600 kg. Ses mesures sont :
a) 512 mm; b) 150 mm; c) 125 mm en moyenne; d) 447 mm; e) 100 mm; f) 249 mm; g) 25 mm;
h) 98 mm.
Le cartouche contenait une inscription dont quelques lettres seulement ont subsisté : après
un espace de 95 mm dans lequel rien n'est lisible, on distingue très bien, en grandes lettres fines
hautes de 20 mm
12 a. Cf. C. Domergue, Les Planii et leur activité industrielle en Espagne sous la République, dans Mél.
de la Casa de Velasquez, I, 1965, p. 9-29; Les lingots de plomb romains du Musée archéologique de Carthagène
et du Musée naval de Madrid, dans Arch. Esp. de Arqueologia, XXXIX, 1966, p. 41-72.
12 b. Cf. par ex. M. Besnier, Le commerce du plomb à l'époque romaine d'après les lingots estampillés,
dans Revue Archéologique, 5e sér., XIII, janvier-juin 1921, p. 53, fig. 8.
12 c. Les lingots de plomb romains..., p. 70.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 19
HEL. suivi, peut-être^ d'une haste verticale; puis, après un vide de 20 mm environ, une liga
ture ÂV ou, peut-être, ANT, suivie d'un espace où, à nouveau, rien ne se lit, jusqu'à la fin du car
touche (50 mm).
Ce lingot, nous l'avons dit, est différent des deux autres, qui, en revanche, peuvent provenir
du même moule : les différences dans leurs dimensions sont insignifiantes et ne peuvent d'ailleurs
être appréciées avec une totale précision du fait, notamment, que leur dos a des extrémités arrondies,
et que l'on évalue assez malaisément la longueur exacte des cartouches.
N° 2 : Poids 44 kg environ.
a) 516 mm; b) 146 mm (et jusqu'à 157 mm, le plomb ayant débordé au sommet du moule et
formant une espèce de trottoir à la base du lingot); c) 100 mm en moyenne; d) 382 mm; e) 102
mm; f) 170 mm; g) 22-23 mm; h) 110 mm.
N° 3 : Poids 44 kg environ.
a) 516 mm; b) 145 mm environ; c) 97 mm en moyenne; d) 385 mm; e) 98 mm environ; f) 166
mm environ (le cartouche est endommagé à gauche); g) 25 mm; h) 121 mm.
L'inscription qui figurait dans le cartouche est à coup sûr la même pour les deux lingots. Mais
elle est dans l'un et l'autre cas très endommagée, et il nous faudra d'autres exemplaires pour la lire
intégralement. Il nous semble qu'il s'agit d'une inscription rétrograde, dont le début — à droite
par conséquent — doit être :
M HELV.M[...
le reste étant parfaitement illisible. On aurait donc affaire à un M(arcus) Helu(ius) [...], et, sans
doute, au même nomen sur le lingot n° 1. Ce nom ne nous semble pas attesté jusqu'ici parmi les
exploitants de mines de plomb.
Le recul nous manque pour commenter longuement cette dernière et toute récente découverte.
Disons cependant qu'elle ne nous a pas surpris, et qu'en un sens, nous nous y attendions. Il nous
paraissait improbable, en effet, que, parmi les productions minières du Sud de la Péninsule ibérique,
l'étain fût seul représenté dans la cargaison, à la vérité foisonnante, de ce navire qui transportait
par ailleurs les principaux produits alimentaires de la Bétique (le blé excepté, sans doute). Un rap
prochement s'impose, que nous ferons plusieurs fois encore dans le cours de cette étude, avec le
bateau espagnol à peu près contemporain qui a sombré dans les bouches de Bonifacio et est devenu
l'épave Lavezzi 1 12d· On n'y a pas, à notre connaissance, trouvé de lingots d'étain, mais des flans
de cuivre de forme analogue et de moindre poids 12e, ainsi que des saumons de plomb qui, par leur
forme, leurs dimensions et leur poids, offrent pour ceux de Port-Vendres, du moins pour notre n° 1,
le meilleur terme de comparaison 12f, avec, également, un lingot trouvé dans une mine à Alcaracejos,
sur la route qui va d'Almaden (Sisapo) à Cordoue 12g. Sans que nous puissions, bien entendu, nous
prononcer encore avec certitude sur la zone précise d'origine de ces lingots, la présence, avec le
plomb, du cuivre, de l'étain aussi en provenance de l'Extrémadoure, et, de façon générale, la com-
12 d. Cf. infra, p. 26 et note 24, avec référence; p. 37 et note 79; p. 43.
12 e. 15 à 40 kg, selon W. Bebko, p. 4, qui donne, p. 26-27, des croquis de dix-huit d'entre eux; F.
Laubenheimer, Recherches sur les lingots de cuivre et de plomb d'époque romaine dans les régions de Languedoc-
Roussillon et de Provence-Corse (Rev. Arch. de Narbonnaise, Suppl. 3), Paris, 1973, p. 10-29, en recense douze
(de 21 à 27 kg), mais n'en a trouvé que huit au dépôt du Musée de Bastia.
12 f. W. Bebko, p. 4 et p. 25, évoque quatre lingots, trouvés en 1965 et 1969; F. Laubenheimer, p. 115-
119, n'en publie que trois, dont un trouvé antérieurement, en 1960. Poids: 53,56 et 56,5 kg.
12 g. M. Besnier, Le commerce du plomb, R.A., 5e sér., XII, juillet-décembre 1920, p. 240, n° 19: a)
515 mm, b) 150 mm, d) 440 mm; poids 56,750 kg.
20 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUEMENT, B. LIOU, F. MAYET
8 bis. Lingots de cuivre : coupe schématique et photographies du n" 1.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 21
\
-ψ.
8 /<?/-. Lingots de plomb : représentation schématique et lingot
n"
1,
avec son inscription.
22
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
position de la cargaison, nous font penser aux mines de la Sierra Morena et nous paraissent suscept
ibles d'illustrer l'importance, qu'a soulignée Claude Domergue 12h, de la voie fluviale du Gua-
dalquivir pour l'exportation non seulement des productions agricoles de la vallée, mais également
des produits miniers de la zone montagneuse.
12 h. C. Domergue, Rapports entre la zone minière de la Sierra Morena et la plaine agricole du Guadal-
quivir à l'époque romaine, dans Structures agraires antiques dans la région de Séville : essai de problématique,
Mèi. de la Casa de Velasquez, VIII, 1972, p. 614-622.
CHAPITRE
II
LES DIFFÉRENTS TYPES D'AMPHORES
1. — Les amphores à huile (Dressel 20)
Les amphores de beaucoup les plus nombreuses qu'ait à ce jour livrées l'épave de Port-Vendres
sont celles qui transportaient l'huile de la vallée du Bétis, les Dressel 20 13. L'état dans lequel
se trouve le matériel permet difficilement d'en apprécier le nombre avec certitude : une cinquantaine
d'exemplaires, à ne compter que les formes complètes ou les cols; sensiblement plus, ainsi que nous
le verrons plus loin, à considérer le nombre des anses estampillées.
Elles présentent une grande homogénéité dans le profil et le mode de fabrication, en dépit de
quelques différences de détail : une panse très nettement sphérique (fig. 9, 1 et 4 : diam. max. 56 cm),
ou légèrement plus allongée (fig. 9, 2 et 5 : diam. max. 53,5 cm), une petite pointe en forme de cône
arrondi, bouchée — comme celle des amphores Haltern 70 — par une boule d'argile formant
relief sur le fond interne. L'épaisseur de la paroi varie de 1,6 à 2 cm, ou un peu plus. Le col,
étroit et court, est surmonté d'une lèvre en bourrelet, creusée à l'intérieur d'une gorge à la base de
laquelle prend appui, à 3,5 cm environ du bord supérieur, l'opercule de fermeture. Les anses sont
allongées (18,5 à 20 cm), nettement remontantes à leur départ du col, sous la lèvre dont elles sont
bien séparées grâce à un léger aplatissement de leur sommet (fig. 10). A la section, elles apparaissent
arrondies par dessous, marquées en revanche d'une arête plus ou moins vive sur le dessus, après
l'aplatissement de l'attache supérieure et jusqu'à l'attache inférieure sur la panse.
La plupart des exemplaires ont à peu de chose près les mêmes dimensions (72 cm de hauteur
et les diamètres de panse indiqués ci-dessus) et, partant, des poids (de l'ordre de 28-30 kg) et des
capacités (entre 65 et 70 litres) à peu près constants 14. Un modèle nettement plus petit (fig. 9,
3 : haut. 65 cm, diam. max. 48,5 cm, 22,850 kg, 45,950 litres) est toutefois présent sur l'épave.
Mais la forme, l'argile et la technique de fabrication sont semblables.
La pâte, très proche par sa couleur et sa texture de celle des amphores Haltern 70 15, est
grise, plus foncée sur la face interne que sur la face externe de la paroi (Munsell 5 Y R 5/0 à
7.5 Y R 4/0) 16; elle contient un dégraissant très abondant, de couleur blanche, et diverses impu-
13. Nul ne doute plus aujourd'hui ni de la provenance de ces amphores, ni de leur contenu — sur lequel
nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir infra, en étudiant les inscriptions peintes. Notons cependant que
deux fragments d'amphores Dressel 20 de l'épave Port-Vendres II ont été soumis à l'expérience (méthodologique)
tentée, avec succès, par J. Condamin et F. Formenti (C.N.R.S., Lyon) dans le cadre de la R.C.P. 403, « Echanges
commerciaux dans l'Occident romain », dirigée par A. Tchernia, et qui visait à détecter chimiquement les traces
d'huile d'olive dans la paroi d'amphores de ce type. Nos deux fragments sont parmi ceux qui ont donné le résultat
le plus positif. Voir J. Condamin et F. Formenti, Recherches de traces d'huile d'olive et de vin dans les amphores
antiques, dans Figlino, I, 1976, p. 143-158.
14. Nous traiterons en détail cette question dans notre étude des inscriptions peintes; cf. infra, p. 83.
15. S. Loeschcke a noté également la similitude de pâte entre les types 82 (= Haltern 70) et 83
(prototype des Dressel 20) d'Oberaden, dans C. Albrecht, Das Rômerlager in Oberaden, Heft 2, Die rômische
und die belgische Keramik, Dortmund, 1942, p. 101.
16. Munsell Soil Color Charts, Baltimore, 1973.
24
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
0 5 Λ0 20 cm.
1
9. Amphores Dressel 20.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 25
10. Amphore Dressel 20. Détail de la lèvre et de l'anse.
retés mêlées à du sable. Sa texture est peu serrée. La surface est rugueuse au toucher. La paroi
externe a été recouverte d'un engobe ocre clair (Munsell 2.5 Y 7/2) qui laisse transparaître
et le grain et la nuance propre de la pâte.
A noter encore, du point de vue de la technique, l'irrégularité de la surface de la panse; les
creux et les bosses qu'elle présente ne se remarquent plus au niveau de l'épaulement et du col, qui
semblent mieux soignés. Ce contraste s'explique vraisemblablement par le fait que ces amphores sont
faites de plusieurs éléments soudés 17; et, de fait, l'épaule est le point faible des Dressel 20, qu'on
trouve fréquemment brisées sous le niveau des anses.
Les amphores Dressel 20 étant fréquemment attestées sur des sites bien datés, leur évolution
chronologique nous est assez précisément connue, grâce, en particulier, aux travaux d'André
Tchernia 18. Au point que, dès la découverte de l'épave, les seules amphores à huile nous l'avaient
fait situer dans les années 40-50 19. Les estampilles des lingots d'étain ayant pleinement confirmé
17. J. Curie, A Roman frontier-post and its people : Newstead, Glasgow, 1911, p. 268-269, semble avoir
le premier signalé ce détail de la fabrication de ces amphores. Cf. également M. H. Callender, Roman
Amphorae, Londres, 1965, p. 42.
18. A. Tchernia, Les amphores romaines et l'histoire économique, dans Journal des Savants, 1967,
p. 223-225, et son mémoire, non publié, de l'Ecole française de Rome (1966), consacré au catalogue des
estampilles sur Dressel 20 d'Ostie. Voir également M. Beltrân Lloris, Las ànforas romanas en Espana, Sara-
gosse, 1970, p. 464-492 et Cl. Panella dans Ostia III, Studi Miscellanei 21, Rome, 1973, p. 526-528.
19. Β. Liou, dans Gallia, 31, 1973, p. 573, note 10.
26 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
cette datation, en la précisant un peu pour ie terminus a quo de 41-42 20, on ne s'étonnera pas que
le meilleur terme de comparaison pour nos amphores nous soit donné par un col du camp claudien
de Hofheim, daté des années 41-50, qui, au demeurant, porte l'estampille Philo présente sur plu
sieurs exemplaires de Port-Vendres 21, ou encore telle amphore, entière, du musée de Nyon, avec la
marque de C. Sempronius Polyclitus, que nous n'avons pas moins de seize fois (ce rapprochement
permettra, sans nul doute, de mieux dater ladite amphore). A Camulodunum, dès les niveaux de la
période I (10-43 ap. J.-C.) apparaissent des fragments d'amphores sphériques que les fouilleurs —
qui n'en donnent pas d'illustration — comparent au type d'Hofheim 22. L'amphore 584 de Vin-
donissa23 est dans toute sa moitié supérieure semblable à celles d'Hofheim et de Port-Vendres; la
panse est, en revanche, plus allongée, moins sphérique. Il serait tentant d'y voir — comme peut-
être dans les amphores des épaves Lavezzi 1 24 et de la pointe de l'Oscellucia près de Calvi 25 — un
stade intermédiaire entre les prototypes augustéens des camps de Haltern et d'Oberaden 26, plus
proches somme toute de la forme Dressel 19 du Castro Pretorio27, et les exemplaires claudiens, où
le profil qui caractérisera les Dressel 20 jusqu'au IIIe siècle (avec, toutefois, une évolution, au niveau
principalement du col, de la lèvre et des anses, qui nous fournit de bons repères chronologiques 28)
est déjà parfaitement constitué.
Les estampilles.
La fouille nous a livré, jusqu'à aujourd'hui, 59 marques sur anses d'amphores Dressel 20.
11 n'est sans doute guère possible encore d'évaluer avec précision la proportion d'amphores estamp
illées. On constate cependant qu'aucune amphore ou fragment ayant conservé les deux anses ne
porte deux marques : une seule anse était estampillée. Si l'on considère le nombre, relativement
faible, des amphores repérées à coup sûr jusqu'ici, on en retire l'impression qu'une très forte
proportion, la majorité sans doute, des amphores à huile de notre épave devaient porter une
estampille. Constatation assez nouvelle, et qui surprend plutôt 29.
20. Lingots d'étain, p. 77 et 79.
21. E. Ritterling, Das friihrômische Lager bei Hofheim in Taunus, dans Nassauische Annalen, 34, 1904,
fig. 52, p. 94, fig. 55, p. 98 et p. 99; id., Nassauische Annalen, 40, 1912, p. 303 (type 76).
22. C. F. C. Hawkes et M. R. Hull, Camulodunum. First Report on the Excavations at Colchester 1930-
1939 {Reports of the Research Committee of the Society of Antiquaries of London, XIV), Oxford, 1947,
p. 252-253 (forme 187).
23. E. Ettlinger et C. Simonett, Romische Keramik aus dem Schutthiigel von Vindonissa (Verôffentlichungen
der Gesellschaft Pro Vindonissa, III), Bâle, 1952, p. 90 et pi. 26.
24. W. Bebko, Les épaves antiques du Sud de la Corse {Cahiers Corsica I-Ili), Bastia, 1971, p. 20, n° 74.
Le modèle à panse plus ovoïde peut d'ailleurs parfaitement avoir subsisté dans le même temps où se développ
ait le modèle sphérique (les variantes mêmes de notre épave sont une indication en ce sens) : l'épave Lavezzi I,
en effet, ne doit guère être antérieure au milieu du Ier siècle (cf. les remarques de Cl. Panella, Ostia III, p. 518).
25. A. Tchernia, Informations archéologiques : recherches sous-marines, dans Gallia, XXVII, 1969, p. 494.
26. S. Loeschcke, Keramische Funde in Haltern {Mitteilungen der Altertumskommission fur Westfalen, V),
Bonn, 1909, p. 257-258 et pi. XIII (forme 71). Id., Oberaden 2, p. 101-104 et pi. 35 (forme 83).
27. E. Dressel, Di un grande deposito di anfore rinvenuto nel nuovo quartiere del Castro Pretorio, dans
Bull, della Commissione archeologica comunale di Roma, 1879, pi. VII- Vili, n° 10 (= forme 19 du CIL, XV).
On notera en passant que le dessin de la forme 20 de la table « typologique » du CIL, XV, 2 ne fait que
reproduire le n° 11 de cette planche des amphores du Castro Pretorio : il représente donc une amphore
datable, au plus tard, du milieu du Ier siècle.
28. Cf. l'art, cité d'A. Tchernia, dans Journal des Savants, 1967, p. 223-225.
29. Nous manquons à vrai dire de toute donnée précise sur ce problème. On considère volontiers que
les Dressel 20 sont plus fréquemment estampillées que les autres types d'amphores. Mais Dressel {Ricerche sul
Monte Testacelo, dans Annali dell'lnstituto di Corrispondenza archeologica, L, 1878, p. 123, note 1) estimait
que 10 % seulement des anses d'amphores sphériques du Testacelo devaient porter des marques.
L'EPAVE
PORT-VENDRES II 27
La position des timbres est constante : ils sont situés sur la partie supérieure de l'anse,
en dessous de l'aplatissement, sur la face avant, puisque la lecture se fait toujours dans le sens
col-panse : ce qui permet de dire que les amphores ont été estampillées, à une exception près,
sur l'anse droite. Toutes ces marques ont en commun les caractères suivants : lettres en relief dans
un cartouche creux de forme rectangulaire, points fréquents séparant les tria nomina, nombreuses
ligatures entre deux, trois et même quatre lettres.
Sur cet ensemble de 59 marques, 56 sont identifiables et se répartissent entre 20 poinçons
différents, qui concernent seulement 10 figlinae30 (fig. 11 et 12) :
1. C.F.AV 4 exemplaires, 3 poinçons (a, b, c)
2. C.I.F 2 exemplaires, 2 poinçons {a, b)
3. C.SEMP POLYCLITI 1
C.SEMP POLYC 1
C.SEMP PO [ ] 1
C.SE [ ] 1
C.S.POLYC 3
POLYCLITI 9
4.
5.
6.
16 exemplaires, 4 poinçons {a, b, c, d)
C.STER.CR 2 exemplaires, 1 poinçon
3 exemplaires, 2 poinçons (a, b)
L.AT ^ 1
L.AT.RV 2
L.VAL. VIT 4 exemplaires, 2 poinçons (a, b)
7. PHILO 7 exemplaires, 2 poinçons (a, b)
8. Q.S.CR 9 exemplaires, 1 poinçon
9. SATVRN 6 exemplaires, 1 poinçon
10. SISEN 3 exemplaires, 1 poinçon
1. a) CFAV b) C.F.AV c) C.F.AV
Les trois poinçons sont situés de façon identique sur des anses semblables; très proches les
uns des autres, ils ne se distinguent_c[ue par la présence ou l'absence de points et la forme de ces
points. Tous présentent la ligature AV, légèrement différente dans le poinçon c ou le F est partie
llement décollé de VA. Dans tous les cas, les lettres sont de qualité médiocre.
30. Le mot figlina est employé avec réserves. Nous ne saurions ici entrer dans le détail d'une discussion
sur la signification des estampilles, même limitée aux amphores Dressel 20; les signataires de la présente étude
ne s'accordent d'ailleurs pas sur cette question : Robert Etienne, par exemple, persiste à croire que le potier
imprime sur les amphores qu'il fabrique le sigillum du — ou des — propriétaires(s) terrien(s) producteur(s)
de l'huile qu'elles contiendront (cf. ses remarques à la table ronde Structures agraires antiques dans la région
de Séville, essai de problématique, dans Mélanges de la Casa de Velasquez, VIII, 1972, p. 624-625); Bernard Liou,
de son côté, maintient la rédaction qu'il avait d'abord adoptée, et qui lui paraît correspondre à l'hypothèse
la moins improbable : la signature figurant sur les estampilles est celle du propriétaire de la figlina (et non
pas, bien évidemment, de l'ouvrier potier) qui a fabriqué l'amphore. Ce propriétaire peut n'être qu'un industriel
fournissant des amphores pour les besoins du commerce (et, éventuellement, d'autres céramiques). Il peut
également posséder un domaine agricole, un fundus, et produire — au moins en partie — l'huile dont seront
remplies les amphores qu'il fabrique. Voir par ailleurs ci-après le commentaire des inscriptions peintes,
p. 100-102.
essi
« 12
11
15
18
QlSCR
10
14
17
19
11. Estampilles sur amphores Dressel 20 (éch. 1 : 1).
20
10 13
14 15
\6 18
19
12. Photographies d'estampilles.
30 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
Cette marque est déjà connue, selon M. H. Callender, à Londres, Besançon et Mayence 31 :
la forme des amphores n'est pas indiquée, ni aucune chronologie. Nous la connaissons, quant à
nous, sur Dressel 20 à Fos-sur-Mer (dépotoir sous-marin de l'anse Saint-Gervais), sans points de
séparation et sans ligature AV 32. Il nous paraît cependant vraisemblable que la signature renferme
des tria nomina, et difficile de restituer, avec Callender, fût-ce dubitativement, C(ai) Fau(oni) 33.
2. a) CIF b) C.LF.
Les deux poinçons se distinguent par la présence ou l'absence de points; tous deux présentent
le F retro. Le premier constitue le seul cas que nous ayons rencontré d'une marque située sur
une anse gauche — à moins qu'elle ne soit sur l'anse droite tête en bas. Chaque fois, les lettres
ont un relief peu accentué ou même faible; le second poinçon est incomplètement imprimé.
Cette estampille paraît nouvelle dans la mesure où il ne nous semble pas possible de la
rapprocher de G.I.F., connue à Rome 34. Il faut comprendre C(ai) I(uiï) F( ), probablement.
3. a) C.SÊMP POLYCLTTÌ b) C.SEMP POLYC c) C.S.POLYC d) POLYCLITI.
Sur les seize exemplaires appartenant à la marque de Caius Sempronius Polyclitus, deux sont
trop fragmentaires pour être totalement restitués : C.SE[ ] et C.SEMP PO[ ]; ils peuvent appart
enir à l'un ou l'autre des deux premiers poinçons.
Le poinçon a est celui qui nous donne le nom le plus complet, grâce à la ligature finale
réunissant quatre lettres; c'est la première fois qu'il apparaît ainsi, semble-t-il. On pourrait en dire
autant du poinçon b, s'il était certain qu'il fût connu déjà avec un / et non pas un Y 35. Quant
au troisième poinçon, mal imprimé dans les angles, il est difficile de savoir s'il est complet ou bien
s'il se poursuivait encore un peu sur la droite. Enfin, c'est le surnom, seul et entier, qui revient
le plus souvent; il est déjà bien attesté 36.
Tous ces poinçons offrent des points communs qui facilitent leur identification : les cartouches
ont souvent les angles arrondis; les lettres, dont la hauteur est moindre que celle du cartouche,
ont un relief très faible et sont souvent évanides sur de nombreux exemplaires; elles sont également
très fines; on relève certains tics épigraphiques : la ligature EMP, VY en forme de palmier, les Ρ
dont la panse n'est presque jamais fermée.
Très répandue en Gaule 37, en Germanie (dont à Hofheim et à Vindonissa) et en Bretagne
(notamment à Camulodunum), présente à Rome et à Ostie, cette marque de C. Sempronius Polyc
litus voit son importance encore accrue par notre épave, qui, au demeurant, démontre la contem-
poranéité de plusieurs variantes, notamment des poinçons mentionnant les tria nomina et de ceux
qui ne donnent que le cognomen. Il convient sûrement de remonter d'une dizaine d'années environ
la chronologie (50-90) proposée par M. H. Callender.
31. M. H. Callender, Roman Amphorae, n° 315 a, p. 98.
32. Musée du Vieil Istres, n" 1833.
33. Rectifier, en conséquence, ce qui est dit dans Gallia, 31, 1973, p. 573 et 33, 1975, p. 574. Signalons,
sans suggérer pour autant l'identité des deux signatures, l'estampille C(ai) Fuf(ici) Auiti (cf. Callender, n° 322,
C.Fuf.A, à Genève et Vienne), que F. Mayet a lue sur deux amphores de forme Haltern 70 du musée archéolo
gique de Séville. On trouvera en appendice à cette étude la note qu'elle a rédigée à ce propos.
34. Callender, n° 336, p. 101.
35. Il suffit que le haut du cartouche soit un peu mal imprimé pour que les branches latérales de VY,
haut perchées, ne se voient plus et qu'on lise un /. Pour cette marque, Callender, n° 472 b, p. 114-115 et fig. 6,
23-28 et 30.
36. Ibid., n° 1363 b, p. 210 et fig. 13, 17.
37. A Fos, quatre ex. de la marque: C.S.Polycliti (mus. Istres, 1814), C.Sem[...] (1280), C.Semp[...] (1860),
Polycliti (2059).
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 31
4. C.SER.CR ou C.STER.CR
Les deux exemplaires sont malheureusement fragmentaires, mais le C initial semble hors de
doute; le second exemplaire a été identifié grâce à la forme du R final et à la hauteur du cartouche :
il ne peut appartenir à la marque n° 8.
Les lettres sont moins hautes que le cartouche; elles se détachent assez mal du fond, mais sur
frottis on aperçoit bien la ligature SE ou, plutôt, STE 38, et l'opposition des deux R, le premier
fermé et le deuxième ouvert.
Cette marque est inédite : C(ai) Ster(tini) Cr(...).
L'estampille connue de C. Stertinius Paullinus 39 ne présente pas le même type de ligature.
5. a) L.AT b) et c) L.AT.RV
Les trois exemplaires recueillis appartiennent sans aucun doute à une même marque, ainsi
que le prouvent les caractères épigraphiques : le L a une forme archaïque, plus fréquente dans
lesjnarques de potiers de sigillée hispanique que dans les marques d'amphores; les ligatures AT
et RV; les points de forme irrégulière. Dans les trois cas, la qualité de la graphie est plutôt méd
iocre. La longueur du cartouche est variable : d'où trois poinçons, pour deux lectures.
Il faut rapprocher des poinçons b et c une estampille de Londres40 dont la première lettre
a été mal lue et doit être interprétée comme un L et non comme un A : le mauvais état de conser
vation et la forme du L sont à l'origine de cette confusion; les deux ligatures sont identiques à celles
des poinçons de Port-Vendres^ LVautre part, jVL PL^Callender donne au n° 803 de son Index of
stamps une ^estampille L ANT RVS ou L AT RVS, qui, certainement, n'est pas à sa place :
la ligature ANT est hypothétique et n'apparaît, semble-t-il, dans aucun des neuf exemples qu'il
connaît de cette marque, dans la vallée du Rhône, en Suisse et en Angleterre 40 bis. Les trois
exemplaires de Port-Vendres n'ont pas le S qui termine ailleurs l'abréviation du cognomen; les
Jigatures cependant sont identiques à Nyon, au moins, et à Orange, et il s'agit certainement de
la même marque, qui apparaît donc sous les formes L.At, L.At.Ru et L.At.Rus : L(uci) At(ti?)
ou At(ili ?) Rus(tici). L'exemplaire de Nyon, qui est sur une amphore entière, avait permis déjà à
Callender de la rattacher au type Dressel 20; il proposait de la dater du milieu du Ier siècle,
ce que confirme pleinement sa présence sur notre épave.
6. a) L.VÀ.VTT b) L.VAL.vÎT
Le premier poinçon est représenté par trois exemplaires où le nomen est abrégé VA et non
pas VAL. A cette différence épigraphique correspond une différence dans la longueur du cartou
che : 37 mm pour le premier, 45 mm pour le second. Ils ont en commun la forme triangulaire
des points, la forme un peu inclinée de la dernière ligature qui paraît quelque peu maladroite
sur le poinçon b.
Il s'agit de la marque L(ucî) Val(eri) Vii(uli), déjà située vers le milieu du Ier siècle, bien
répandue en Gaule, en Bretagne et sur le limes germanique, présente à Rome 41.
38. Rectifier en conséquence le dessin de Gallia, 33, 1975, p. 575, fig. 6, K.
39. Callender, n° 485, p. 116 et fig. 6, 32-33.
40. Ibid., n" 9, p. 59 et fig. 3, 1.
40 bis. Ibid., n° 803, p. 148. La marque est en outre signalée à Peyrestortes, près de Perpignan, par
G. Claustres, Inscriptions antiques en Roussilllon, dans Bull, de la Soc. Agricole, Scientifique et Littéraire des
Pyrénées-Orientales, 1961, p. 153.
41. Ibid., n° 973, p. 170 et fig. 10, 16-18.
32
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
7. a) et b) PHILO.
Les sept exemplaires de cette marque sont très homogènes au premier abord : le cartouche,
haut et court (15 ou 16 χ 30 mm), est toujours faiblement imprimé; les lettres ont un relief si
faible que parfois elles ne se devinent que grâce au frottis. Tous présentent la même ligature
réunissant les quatre premières lettres. Parmi les trois exemplaires qui ont pu être dessinés
apparaissent deux poinçons très légèrement différents : en a, toutes les lettres sont de la même hau
teur et la panse du Ρ n'est pas totalement fermée; en b, le L descend plus bas que le Ρ et YO,
la panse du Ρ est fermée et, dans l'ensemble, les lettres paraissent plus fines et plus élégantes.
C'est une des marques de la Bétique bien connues dans l'Occident romain, datée déjà par
M. H. Callender entre les années 30 et 80 42. Nous ne pensons pas qu'il faille lui assimiler l'estamp
ille trouvée par Bonsor à Hoyo de San Sébastian, près d'Arva, sur le Guadalquivir 43.
8. Q.S.CR
Des marques rencontrées sur notre épave, c'est celle qui offre le plus d'homogénéité : les neuf
exemplaires proviennent du même poinçon; les seules différences sont dues à une plus ou moins
forte impression de la matrice ou bien à son usure : c'est ainsi que le point entre S et C n'est pas
toujours visible; son absence n'indique pas pour autant un poinçon différent.
Le cartouche rectangulaire mesure toujours 35 χ 10/11 mm. Les lettres sont légèrement
moins hautes que le cartouche, assez larges et ont, dans les meilleurs cas, un bon relief. Le Q se
distingue par une queue longue et courbe. Les deux points triangulaires séparent des tria nomina, très
vraisemblablement 44. C'est, à notre connaissance, une marque inédite.
9. SATVRN
Comme dans le cas précédent, tous les exemplaires proviennent du même poinçon, malgré
une nette irrégularité dans l'impression. Le cartouche rectangulaire (48 χ 12,5 mm) a les angles
un peu arrondis; les lettres montrent un relief et une épaisseur très variables : le S est épais avec
une base très large; le R est très fin et sa panse n'est pas fermée; les autresjettres sont moyennes,
le A et le Ν se caractérisant par un tracé non rectiligne. Dans la ligature ATVR, le V n'est suggéré
que par le mouvement courbe du R, qui ne rejoint pas tout à fait la haste du A.
La marque Saturnini est bien connue en Occident, mais avec des poinçons différents de celui
que nous venons d'étudier 45; il s'agit donc d'un nouveau poinçon, datable de la décennie 40-50.
10. SISEN
Deux exemplaires provenant d'un poinçon au cartouche rectangulaire £30 χ 14 mm); les lettres,
légèrement plus petites, sont épaisses et relativement serrées. Ligature SE.
On développera Siseninae). Nomen, ou cognomen ? d'origine étrusque. La marque était déjà
assez bien connue et, grâce aux fouilles de Camulodunum, datée d'avant 65 46.
42. lbid., n° 1325 a, p. 205 et fig. 12, 46-48. Deux exemplaires à Fos (n° 1825 et 2052).
43. Eph. Epigr., IX, 424, 85; Callender, loc. cit. : il semble que plusieurs lettres aient précédé Philo.
Cf. aussi M. Beltrân, Anforas, p. 174, n° 371, qui donne de la marque une transcription erronée.
44. Cela exclut le développement Q(uinti) Scr(iboni) proposé dans Gallia, 33^1975, p. 575.
45. Callender, n° 1572 b, p. 241-242 : Satufh, Saturnin, Saturnini, Saturnini, Saturnin. Mais à Fos (n° 2043) :
[s]aturnini. Satur[.. à Peyrestortes (cf. note 40).
46. Callender, n° 1628, p. 250 et fig. 17, 16-19. Deux ex. à Fos (n° 1830 et 2048).
L'ÉPAVE PORT-VENDRES 11 33
La collection d'estampilles sur Dressel 20 de l'épave Port-Vendres II est importante, déjà,
par son nombre global, et par ce qu'elle nous laisse entrevoir de la proportion, vraisemblablement
très forte, des amphores timbrées dans cette partie de la cargaison. Sur dix marques différentes
de figlinae qu'elle nous offre, trois sont, apparemment, inédites. Les sept autres sont désormais
mieux datées. Toutes les dix ont été actives dans le même temps, dans cette période encore proche
des débuts de la longue carrière des amphores Dressel 20 et qui paraît bien être, en tout cas, celle
des débuts de leur estampillage. On notera, pour plusieurs d'entre elles, non seulement la multiplicité
des poinçons, mais encore les variantes dans la rédaction de la signature, alors que ces amphores
ont été utilisées, et, du même coup, fabriquées, dans le même temps. On relèvera aussi que, dans une
même cargaison, les amphores contenant le même produit sont issues de dix figlinae différentes
au moins. Il faudrait pouvoir mettre ce fait en relation avec la pluralité des mercatores exportateurs
d'huile que nous révèlent les inscriptions peintes.
2. — Les amphores à vin (« Haltern 70 ») (fig. 13)
Une quinzaine d'exemplaires ont été jusqu'ici dénombrés, parmi lesquels trois entiers, ou
presque entiers, nous permettent de bien caractériser ce type d'amphore. Une panse large de 35-
36 cm, presque cylindrique mais se rétrécissant un peu dans la moitié inférieure, haute de 54-55 cm;
un col étroit et haut de 18 à 21 cm, séparé de la panse par un épaulement bref et peu accentué; une
lèvre évasée et faiblement moulurée, dont la hauteur varie entre 5,5 et 6,5 cm, pour un diamètre
de 16 à 16,5 cm; la base en est à peine marquée à l'extérieur; à l'intérieur, une petite gorge ménage
un ressaut qui facilite la mise en place d'un opercule; les anses, hautes de 19 à 21 cm, larges de 5
à 5,5 cm (et un peu plus dans le haut qu'à leur extrémité inférieure), ont une section ovale, mais
sont toujours creusées sur leur face externe d'un sillon plus ou moins profond, large d'1 cm à 1,5
cm; elles partent juste en dessous de la lèvre et s'incurvent aussitôt pour descendre sur l'épaule non
pas tout à fait verticalement, mais en se resserrant quelque peu contre la base du col. La pointe,
enfin, tronconique, longue de 13,5 cm environ, se rattache de façon assez abrupte à la panse qui
s'incurve brusquement vers le fond; elle est pleine, et toujours fermée à l'intérieur d'une boule
d'argile qui fait saillie sur le fond.
Ces amphores sont assez constantes dans leurs dimensions (hauteur totale 92 à 95 cm). Elles
sont cependant relativement mal tournées et présentent un profil plutôt irrégulier avec des creux et
des bosses au niveau de la panse, comme certaines amphores Dressel 20 de grande taille.
Leur pâte est de teinte gris moyen, légèrement verdâtre (Munsell 5 Y R 5/0), d'une texture
peu homogène, contenant un gros dégraissant blanc. Un engobe ocre-clair (Munsell 5 Y R 7/2) les
recouvre, très léger et qui laisse transparaître la texture grenue de la pâte; toucher rugueux.
La paroi interne est enduite, jusqu'au bord, d'une poix noire et très brillante.
Nous avons pu mesurer la contenance d'un exemplaire : 34,75 litres. Son poids à vide est de
20,500 kg.
Cette sorte d'amphore est encore, malgré des progrès récents, largement méconnue. Les « ty
pologies » l'ignorent généralement : elle n'est pas dans la table de Dressel, qui l'a peut-être con
fondue avec sa forme 10 47; N. Lamboglia n'en parle pas48; plus récemment, M. Beltrân la con-
47. CIL, XV, 2, pi. II.
48. N. Lamboglia, Sulla cronologia delle anfore di età repubblicana, dans R.E.Lig., XXI, 1955, p. 243.
13.
Amphores de type Haltern 70. A noter la présence fréquente d'un graffito incisé avant cuisson sur
la pointe (n° 7, éch. 1:2).
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 35
fond avec le type « Pascual 1 » ou encore avec les amphores à saumure de sa forme I 49. Seul
M. H. Callender la considère comme un type autonome, le n° 9 de son esquisse de classification 50.
Elle a été pourtant identifiée dès 1909 parmi le matériel augustéen de Haltern51 : d'où l'ap
pellation « Haltern 70 », à laquelle nous donnons un sens générique et que nous proposons d'étendre
au type tout entier, sans la réserver à l'exemplaire précis présenté par S. Loeschcke. Celui-ci a, en
effet, les principales caractéristiques que nous avons notées sur les amphores de Port-Vendres, à
l'exception de la lèvre mieux soulignée et qui forme presque un bandeau. L'amphore Oberaden
82 52, contemporaine et très proche de forme, est décrite comme ayant une pâte rouge-brun où sont
inclus des grains de quartz 53; comme à Haltern, le col et la lèvre sont moins hauts que ceux des
amphores, d'époque claudienne, de Port-Vendres.
Plus proches chronologiquement, les exemplaires de Vindonissa et de Camulodunum en dif
fèrent pourtant eux aussi assez nettement : l'amphore 1 85 A de Camulodunum 54 est encore très
proche par son profil de celle de Haltern; l'amphore 583 de Vindonissa 55 a certes le col plus
allongé et la lèvre plus évasée, mais sa panse très étroite et la couleur rouge clair de sa pâte la di
fférencient des amphores de notre épave 56.
La comparaison pour nous la plus évidente se fera avec les amphores de type « E » de l'épave
de la Tour Sainte Marie, au large de Rogliano, sur la côte orientale du cap Corse 57 : pâte très
analogue et profil très semblable, avec une lèvre généralement plus haute et souvent plus évasée
pour les amphores de Corse, qu'elle prolonge le col sans aucun ressaut ou qu'elle forme, au cont
raire, un véritable bandeau. Le grand nombre des exemplaires recueillis (182) permet de constater
une grande irrégularité dans leur fabrication et des différences très sensibles de taille et de dia
mètre. Leur parenté avec les amphores de Port-Vendres confirme sans aucun doute la nécessité de
rectifier la datation qu'A. Tchernia avait d'abord proposée pour l'épave de la Tour Sainte Marie
(1er tiers du 1er siècle) 58; les deux naufrages ne doivent pas être bien éloignés dans le temps.
Ce milieu du 1er siècle constitue d'ailleurs à peu près, dans l'état actuel de nos connaissances,
la limite chronologique inférieure de la diffusion des amphores Haltern 70. S'il n'est pas difficile,
en effet, de multiplier les exemples de trouvailles dans des niveaux anciens (c'est-à-dire augustéens),
on n'en rencontre guère sur des sites plus récents 59. L'avenir nous apportera sans doute plus de
49. M. Beltrân Lloris, Las anforas romanas en Espana, p. 388-420. Il donne d'ailleurs, fig. 154,16 un
profil qui n'est pas celui de l'amphore Haltern 70, mais celui de Haltern 69. Cf. Cl. Panella, Ostia III, p. 505.
50. M. H. Callender, Roman Amphorae, p. 18.
51. S. Loeschcke, Keramische Funde in Haltern, p. 256-257 et pi. XIII.
52. Id., Oberaden 2, p. 99-101 et pi. 37.
53. Ibid., p. 100, et E. Gose, Gefdsstypen der rômischen Keramik im Rheinland (Bonner Jahrbiicher,
Beiheft 1), 1950, p. 38, n° 438.
54. C.F.C. Hawkes et M. R. Hull, Camulodunum, p. 252 et pi. LXXI, 185 A.
55. E. Ettlinger et Chr. Simonett, Romische Keramik aus dem Schutthugel von Vindonissa, p. 89 et pi. 26, n° 583.
56. Un col trouvé isolé dans la rade de Marseille et déposé au Fort Saint-Jean présente cette même pâte
rouge pâle. Il semble bien qu'on trouve pour les Haltern 70 les mêmes variétés de pâte que pour les Dressel 20.
57. A. Tchernia, Informations archéologiques: recherches sous-marines, dans Gallia, XXVII, 1969, p. 496-
499 et fig. 53, E.
58. Ibid., puis, pour une première rectification, Les amphores vinaires de Tarraconaise et leur exportation
au début de l'Empire, dans Archivo Espanol de Arqueologia, XLIV, 1971, p. 39, note 5.
59. Le rapprochement que fait M. H. Callender, loc. cit., avec une amphore de Caerleon datée de 130-160
(R. E. M. et T. V. Wheeler, The Roman Amphithéâtre at Caerleon, Monmouthshire, dans Archeologia (Soc. of
Antiquaries of London), LXXVIII, 1928, p. 187, fig. 23, n° 81) est incompréhensible. Cette amphore ne présente
aucune ressemblance avec une Haltern 70.
36 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
précision, lorsque le type sera mieux connu, mieux distingué, en particulier, des très nombreuses
variétés d'amphores espagnoles à saumure.
Il est en tout cas loin d'être rare, comme on l'a cru naguère par suite de ces confusions que
nous avons déjà signalées (avec Pascual 1 60, Dressel 10 01, Dressel 24 62), faute aussi d'une docu
mentation suffisante en quantité et en qualité. Il est, en réalité, largement répandu dans tout l'Occi
dent romain. On le trouve dans presque tous les camps anciens du limes rhénan : Nimègue 63,
Haltern, Oberaden, Neuss e4, Xanten 65, Mayence 66, Ròdgen 67, Bâle 68, à Genève 69 et à Vin-
donissa; en Bretagne, à Camulodunum et aussi à Londres, et même, dans la Manche, au large de
60. A. Tchernia, Les amphores vinaires de Tarraconaise..., p. 39 sq., établissant clairement la distinction
entre les deux types, et rectifiant, p. 55-56, les erreurs d'identification de M. Beltrân, a le mérite d'attirer
l'attention sur les amphores Haltern 70 et l'occasion de corriger l'impression de relative rareté qu'il éprouvait en
présentant le matériel de l'épave de la Tour Sainte Marie (dans G allia, 1969) : « série d'amphores très répandues
en Occident » (p. 39).
61. R. Pascual Guasch, Arqueologia submarina en Andalucia (Almeria y Granada), dans Ampurias,
XXXIII-XXXIV, 1971-1972, p. 321-334, fig. 9 : l'amphore n° 4, classée comme Dressel 10, pourrait bien être
une Haltern 70. Voir en outre infra, p. 88.
62. J. Bravo et R. Mufioz, Hallazgos arqueolâgicos submarinos en Ceuta, dans Noticiario Arqueológico
Hispanico, Χ-ΧΠ, 1968, p. 169, pi. 11, n" 39: une amphore fragmentaire, classée comme Dressel 24, est en
fait une forme Haltern 70 dont la partie inférieure n'est pas exactement reconstituée.
Voir aussi R. Pascual Guasch, Consideraciones sobre un nuevo tipo de anfora, dans Pyrenae, VII, 1971,
p. 165-173. Cet article concerne en fait le type Haltern 70, ce dont l'auteur ne s'est pas avisé. Il n'est
cependant pas trop sûr de l'assimilation qu'il propose avec la forme Dressel 24 (cf. p. 172-173), ni de ce
qu'il considère au départ (p. 165) comme le critère d'identification essentiel (l'absence d'une lèvre bien
marquée), et établit (p. 170, n. 13) — parmi d'autres qui ne sont pas acceptables — un rapprochement avec
les amphores des épaves Lavezzi 1 et de la Tour Sainte Marie, ainsi qu'avec Camulodunum 185 A.
63. P. Stuart, Gewoon aardewerk uit de Romeinse legerplaats en bijhorende grafvelden te Nijmegen,
Leyde, 1963, p. 61-62 et pi. 14, 196 (type 142) : plus ancien que l'installation en 70 de la légion X Gemina
et daté (mais d'après Haltern) de l'époque augustéenne (?). Noter que l'amphore dessinée ne présente pas
la boule d'argile en saillie sur le fond interne. Voir en revanche la pointe d'amphore donnée pi. 15, 203, qui
a des chances d'appartenir à une Haltern 70.
64. C. Koenen, dans Bonner Jahrbùcher, 101, 1900, pi. 1, à gauche; Ph. Filtzinger, Die rômische Keramik
aus dem Militarbereich von Novaesium (Limesforschungen, 11), Berlin, 1972, p. 14, n" 23 et pi. 23, 5-7
(datation : 25-50); et, tout récemment, M. Vegas, Die augusteische Gebrauchkeramik von Neuss, dans Novae
sium VI (Limesforschungen, 14), Berlin, 1975, p. 46-47. On sera étonné de trouver mentionnée, parmi les sites
ayant livré des amphores Haltern 70, l'épave d'Albenga (vers 70 av. J.-C). Il s'agit en fait (R.E. Lig., 1955,
p. 262, fig. 17) de l'amphore que nous appelons « Lamboglia 2 ». Ce rapprochement inattendu, qui se trouvait
déjà en 1968 dans Rômische Keramik von Gahii (cf. infra, note 84), est répété dans Ceràmica comun romana
del Mediterràneo occidental, Barcelone, 1973, p. 135, et donné, maintenant, comme une certitude.
65. "In Xanten ist die Form nicht selten" : S. Loeschcke, Oberaden 2, p. 100.
66. L. Lindenschmit. dans Westdeutsches Zeitschrift, XX, 1901, p. 344 et pi. 17, n° 2 (Rheinallee).
K. Kòrber, dans Mainzer Zeitschrift, 4, 1909, p. 21, fig. 22, et 6, 1911, p. 133-134; S. Loeschcke, Oberaden 2,
p. 78, fig. 16, n" 5, d'après M.Z., 8-9, 1913-1914, p. 128, fig. 1, avec une datation entre 40 et 80 (Weisenau).
D. Baatz, Mongontiacum, Neue Untersuchungen am romischen Legionslager in Mainz (Limesforschungen, 4),
Berlin, 1962, p. 38 et pi. 10, 2 (fouilles de 1957-1958) : datation à l'époque d'Auguste et au début du règne
de Tibère.
67. H.-G. Simon, Die Funde aus dem Bereich des Lagers in Rôdgen, dans Saalburg - Jahrbuch, XIX,
1961, p. 59 sq. (fig. 7, 227 et 228, p. 75).
68. R. Fellmann, Basel in rbmischer Zeit (Monogr. zur Ur- und Friihgeschichte der Schweiz, X), Bâle,
1955, p. 98 et pi. 7, p. 97, n° 24.
69. Un exemplaire intact trouvé au siècle dernier et deux fragments provenant de fouilles récentes :
aimable renseignement de D. Paunier, qui a publié le dernier en date, dont le contexte est augustéen : Céra
mique peinte de la Tène finale et matériel gallo-romain précoce trouvés sur l'oppidum de Genève, dans Genava,
n.s., 23, 1975, p. 86, 90 et 113 (n" 152).
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 37
Newhaven 70; en France, sa présence au Mont Beuvray est quelque peu douteuse 71, mais nous
le rencontrons à Nîmes 72, à Vaison 73, à Fréjus 74, à Lyon 75, à Vienne 73Ms et en mer, devant les
ports de Narbonne 76, de Fos 77 et de Marseille 78; dans des épaves du Roussillon (Port-Vendres 2),
de Corse (la Tour Sainte Marie, Lavezzi 1 79), des Baléares (Porto Cristo à Majorque 80), de l'île
d'Elbe (épave de Chiessi 81) et même, peut-être, de Tunisie, quelque part au large du cap Bon 82;
au musée de Carthage, trois exemplaires proviennent vraisemblablement de l'un des deux « murs
d'amphores » fouillés autrefois par le R. P. Delattre 83; à Rome, dans les réserves des marchés de
Trajan, plusieurs amphores de ce type se rencontrent avec le matériel du Castro Pretorio, sans qu'on
puisse être certain qu'elles proviennent du même gisement; en Italie toujours, on le trouve à Gabii dans
le Latium 84, à Herculanum 85, à Pompéi 85 bis et, en grand nombre, à Ostie dans le dépôt augustéen,
récemment fouillé, de la Lungarina 86. En Espagne, quelques exemplaires trouvés en mer ont été
répertoriés par R. Pascual 87 : à Tossa de Mar et Port de la Selva (Gerona), à Villajoyosa (Alleante),
à Carthagène, à Cadix; de l'autre côté du détroit, une amphore a été repêchée à Ceuta 88. Le type
est d'ailleurs très fréquent, encore que rarement publié, dans le Sud du pays, dont il est incontesta-
70. A. Harmand, A propos d'un col d'amphore trouvé dans la Manche, dans Mélanges J. Carcopino,
Paris, 1966, p. 489, fig. 1 : il s'agit très probablement d'une amphore Haltern 70; quant à la photographie
donnée ibid., fig. 2, d'une amphore trouvée à Londres et conservée au siège de la Guardian Assurance
Company (dessin dans Gordon Home, Roman London, Londres, 1948, p. 86), elle ne laisse place à aucun
doute.
71. S. Loeschcke, Oberaden 2, p. 100, parle d'une anse (c'est peu pour se prononcer) conservée au Landes-
museum de Trêves. Quant à la référence que fait M. H. Callender, Roman Amphorae, p. 18, à J. Bulliot,
Fouilles du Mont Beuvray de 1867 à 1895, Autun, 1899, Album, pi. XXIX, 10, elle est sans objet: il s'agit
d'une amphore Dressel 7-11.
72. Un exemplaire, au moins, dans les réserves du musée archéologique.
73. Un exemplaire au musée.
74. Sondages menés en 1976 par D. Brentchaloff à l'Argentière.
75. Fouilles inédites de Saint-Just. La présence de l'amphore Haltern 70 est signalée par F. Laubenheimer,
Amphores gauloises de la région de Nîmes, dans les actes du Colloque du Centre A. Piganiol de l'Université
de Tours Pour une géographie commerciale de la Gaule (juin 1976), Paris, 1977, p. 205-206.
75 bis. Plusieurs exemplaires au musée.
76. Une série de cols récupérés par A. Bouscaras à Port-la-Nautique dans des déblais de drague.
77. Plusieurs exemplaires au musée du Vieil Istres.
78. Cf. supra, note 56. Un autre col, au Fort Saint-Jean (inv. n° 1053), dont la provenance exacte n'est
pas connue, mais qui doit être de Marseille.
Il est probable que plusieurs autres sites français pourraient trouver place dans cette liste, que nous n'avons
pas Ciierché à faire exhaustive : il faudrait une recherche systématique dans les musées et les dépôts de fouille,
que nous n'avons pas faite.
79. W. Bebko, Les épaves antiques du Sud de la Corse, p. 21,
n° 81.
80. Associé à des amphores Dressel 20 : inédit, renseignement de D. Colis, qui a plongé sur le site.
Nous avons vu d'autre part à Ses Salines de nombreux cols récupérés en mer dans les environs immédiats
(Colonia de Sant Jordi) et, au musée du monastère de Lluc, une amphore dont la provenance (sous-marine,
à coup sûr) n'est pas connue.
81. Associé ici encore à des Dressel 20 et à des amphores à saumure d'Espagne du Sud: communication
de F. Pallarès au Ve Congrès international d'archéologie sous-marine (Lipari, 26-30 juin 1976).
82. Deux exemplaires, vus et photographiés dans une collection particulière.
83. Inv. n° 4, 20, 65. Renseignement de Mohamed Annabi.
84. M. Vegas, Rômische Keramik von Gabii {Latium), dans Bonner Jahrbucher, 168, 1968, p. 47 et p. 49,
fig. 18, n° 185.
85. A. Tchernia, Les amphores vinaires de Tarraconaise, p. 59, fig. 12.
85 bis. D. Manacorda, Anfore spagnole a Pompei, dans L'instrumentum domesticum di Pompei e Ercolano
nella prima età imperiale {Quaderni di cultura materiale, 1), Rome, 1977, p. 129-131, 132 et pi. LVII.
86. Cf. infra, p. 90 et note 236.
87. Art. cité supra (note 62). L'appartenance de ces amphores au type Haltern 70 nous paraît très
probable; il faudrait cependant vérifier, l'auteur ne donnant, quatre fois sur six, que des profils sommaires.
88. J. Bravo et R. Mufioz, art. cité supra (note 62).
38 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
blement originaire 89 : on le trouve à Jaén 90, et, surtout, dans les musées de Cadix, de Séville (très
nombreux exemplaires dans les réserves, une seule provenance connue : Alcalâ del Rio) et de
Mairena del Alcor, où il apparaît tout à fait identique à ce qu'il est sur l'épave de Port-Vendres.
Dans le Sud de la Lusitanie, en revanche, nous ne connaissons guère qu'un col au musée de Faro;
plus au Nord, l'amphore Haltern 70 est présente, au moins à l'état de fragments identifiables, à
Mérida, dans une couche de l'époque de Claude 91; à Conimbriga, les fouilles anciennes ont livré
un exemplaire complet, les fouilles récentes des fragments, dont plusieurs cols 92.
Nous renvoyons au chapitre consacré aux inscriptions peintes la question fondamentale du
contenu des amphores Haltern 70. L'épave de Port-Vendres nous apporte la preuve que ce sont
des amphores vinaires : c'est une nouveauté dont les conséquences pour l'histoire économique ne
sont pas minces, étant donné leur origine et leur large diffusion.
Opercules (fig. 14).
Les amphores à huile (Dressel 20) et les amphores à vin (Haltern 70) étaient obturées de la
même façon, ainsi que nous le prouve la découverte de « bouchons » en place sur des exemplaires
de l'un et de l'autre type 93. Il s'agit d'opercules de terre cuite, fabriqués dans la même pâte, de
couleur grise ou gris-beige, que les amphores et recouverts souvent d'un engobe plus clair que celui
des amphores. Ils ont la forme d'un disque, dont une face est à peu près plate, et l'autre très légèr
ement convexe. Ils ont été tournés autour d'une tige, végétale sans doute; elle a laissé, une fois retirée,
un petit orifice au centre de la protubérance en forme de cône que les doigts du potier (les traces
en sont visibles) ont façonnée en remontant la pâte vers elle; tout autour, on voit très bien les traces
du tournassage, sous forme de cercles concentriques. Ces disques, qui sont souvent très légèrement
elliptiques, ont un diamètre qui varie entre 80 et 97 mm; les exemplaires les plus nombreux se
situent vers 85 mm d'une part et 90 mm d'autre part. Les premiers appartiennent sans doute à des
amphores Dressel 20; les seconds conviennent au col un peu plus large des amphores Haltern 70 94.
Chaque fois que l'opercule a été trouvé en place, sur l'un et l'autre type, on a constaté que la
face portant le petit cône était orientée· vers l'intérieur de l'amphore 95, ce qui interdit d'interpréter
89. Les amphores produites dans le four de Sâo Bartolomeu de Castro-Marim, à l'extrême Sud-Est du
Portugal (cf. J. Leite de Vasconcelos, Otaria luso-romana en S. Bartolomeu de Castro-Marim, dans
Ο Arqueologo Portugues, 4, 1898, p. 329-336), n'ont aucun rapport, contrairement à ce qu'on a pu croire
un temps (cf. A.Tchernia, Amphores vinaires de Tarraconaise, p. 41, note 6, avec renvoi à M. Beltrân, Anforas,
p. 405) avec la forme Haltern 70. Nous les avons vues au Musée archéologique de Lisbonne, grâce à l'obligeance
du Directeur, M. J. M. Bairrâo Oleiro : rien ne concorde, ni la lèvre, de profil le plus souvent triangulaire,
ni les anses très courtes, ni la pointe, peu détachée de la panse, massive et creuse, ni la pâte. Il s'agit d'un
modèle original, dont A. J. Parker a raison de penser qu'il n'a sans doute guère été exporté (Lusitanian Amphorae,
communication au colloque du CNRS : Méthodes classiques et méthodes formelles dans l'étude typologique
des amphores (Rome, 27-29 mai 1974), sous presse, avec fig. 8 et 9). Des profils de ces amphores devraient être
publiés prochainement par M. Maia.
90. R. Pascual Guasch, art. cité, p. 166 et fig. 167, n° 2. Probablement confondue par M. Beltrân, Anforas,
p. 332, avec une « Pascual 1 ■».
91. Sondages de R. Lequément, octobre 1976.
92. J. Alarcâo, Fouilles de Conimbriga, VI, Céramiques diverses et verres, p. 83, 89 et 139, pi. XX, n° 9 à 13.
93. On se gardera donc de considérer que tel type de bouchon convient mieux à tel produit (le bouchon
de liège pour le vin, par exemple), et de faire du mode de fermeture d'une amphore un indice de son contenu.
94. L'opercule de l'amphore Dr. 20 de la fig. 9,1 (inv. n° 14) mesure 83 χ 85 mm; celui de l'amphore
Haltern 70 de la fig. 13,1 (inv. n° 41) a 97 mm de diamètre.
95. Cela ne semble pas le cas pour l'amphore Dr. 20 de l'épave Lavezzi I dessinée par W. Bebko, op. cit.,
p. 20, n° 74. Ce l'était au contraire pour plusieurs cols trouvés dans l'anse Saint Gervais à Fos, au dire de
MM. Ch. Michon et G. Amar, conservateurs du musée du Vieil Istres.
3 Ι
14. Opercules d'amphores Dressel 20 et Haltern 70 (1 et 2); de petit vase (3). Dessins éch. 1:1.
40
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
cette protubérance, comme on le fait généralement, comme un bouton de préhension. Aussi bien
la face plane montre-t-elle les vestiges du mortier de chaux qui servait à sceller l'amphore : une
mince couche blanche, sur laquelle on remarque les traces — des sillons parallèles — d'un instr
ument qui a sans doute servi à étendre ce mortier et à le ramener vers la périphérie afin de mieux
assurer l'étanchéité du récipient; ainsi s'explique la hauteur variable des traces de mortier qu'on
voit aussi à l'intérieur du col (entre 5 et 20 mm).
Des opercules analogues, mais de plus fort diamètre (115 mm environ), obturaient les am
phores Dressel 28, dont il sera question ci-après (fig. 17,2); d'autres encore, dont le diamètre n'ex
cède guère 50 mm, servaient à boucher des vases de moindres dimensions (fig. 14,3).
3. — Les amphores à conserves de poisson (« Pompéi VII ») (fig. 15)
Elles sont jusqu'ici représentées par un petit nombre d'exemplaires — moins d'une dizaine
sûrement repérés. L'un d'entre eux, presque complet (fig. 15, 1 et 4), servira de base à notre des
cription. Les autres en sont très proches; il faut toutefois mettre à part la panse d'une amphore de
bien plus petites dimensions.
C'est un modèle haut de 94-95 cm, dont la panse ovoïde atteint son renflement maximal dans
sa partie inférieure (diamètre 36 cm). Le col cylindrique est haut de 19 à 22 cm selon les exemp
laires, et relativement large (diamètre 13,5 cm); il s'évase à son sommet en un pavillon (diamètre
20 cm, sur 3,5 à 5 cm de haut) dont la lèvre se retourne assez nettement vers l'extérieur. Les anses
partent juste en dessous des lèvres, montent d'abord en suivant au plus près la courbure de leur
bord inférieur, puis décrivent un coude assez brusque pour redescendre verticalement, parallèl
ement au col, sur le haut de la panse; longues de 18,5 à 22 cm, elles sont constituées d'un ruban
peu épais, vu de face (1,7 à 2 cm), mais assez large, et dont la largeur augmente du bas vers le
haut (de 5 à 6,8 cm); elles sont faiblement moulurées, présentant parfois une discrète cannelure sur
leur face externe; un exemplaire porte, au niveau de l'attache inférieure, l'empreinte très forte d'un
doigt : celle de l'index quand le pouce appliquait l'anse sur la panse. La pointe, enfin, est longue
(22 cm), très légèrement tronconique (à peine amincie vers le bas), et creuse.
Ce sont des amphores robustes; l'épaisseur de la paroi varie entre 1,6 et 2 cm au niveau de la
panse, et se réduit à 1,2 cm au niveau du col. Leur pâte est dure, bien cuite, d'une sonorité franche,
avec parfois un aspect feuilleté. Sa couleur varie d'un exemplaire à l'autre et parfois sur la même
pièce : brun-rouge clair au cœur (Munsell 5 Y R 5/3) et gris à la périphérie; quand elle est plus
claire, on y remarque quelques nodules ocre-rouge au cœur et quelques grains de sable gris vers
la surface. Celle-ci est recouverte d'un engobe dont la teinte se situe entre le gris clair et l'ocre
(Munsell 2.5 Y 7/2).
Elles sont entièrement poissées à l'intérieur, jusqu'au bord : la poix apparaît comme laquée et
brillante et adhère fortement à la paroi; sa teinte est plus nuancée que celle de la poix très noire
dont sont enduites les amphores Haltern 70 : elle est plus souvent brune que noire.
L'exemplaire représenté fig. 15,1 avait encore en place son opercule, visiblement taillé dans
la panse d'une amphore de même pâte : d'où son profil légèrement bombé et sa forme quelque peu
irrégulière.
Quant au contenu de ces amphores, nous n'avons aucune espèce de doute : une grosse arête
de poisson, prise dans la poix, est encore parfaitement visible sur la paroi de l'une d'entre elles
(fig. 15,5); un autre exemplaire, du même type probablement, mais de taille beaucoup plus réduite
Ο 5 4Ο SOaa
1
15. Amphores de type Pompéi VII et leur contenu.
42
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
(fig. 15,3), était en bonne partie rempli d'arêtes. Elles ont été identifiées : il s'agit de maquereau, et
peut-être du scomber colias, le maquereau espagnol 9(i.
Il n'est guère facile de donner à ces amphores un nom simple et clair. Elles appartiennent
à la grande et complexe famille des amphores à saumure d'Espagne du Sud, dont font partie les
formes 7 à 13 de la table de Dressel 97, auxquelles nous avons maintenant pris l'habitude de joindre
le n° VII de la planche publiée par Mau pour les amphores de Pompéi 98. Aussi bien proposerons-
nous de les appeler Pompéi VII, encore que par le profil de la panse elles diffèrent sensiblement
de la silhouette dessinée au CIL, IV : plus tronconique, celle-ci s'élargit davantage vers le bas et
se termine par une pointe plus large. Nous ne cherchons, à vrai dire, qu'une dénomination com
mode, générique, et purement conventionnelle. A tort ou à raison, le profil du col, de la lèvre et des
anses, de l'épaulement aussi, nous paraissent, pour déterminer l'appartenance d'une amphore à ce
type, plus importants que la forme même de la panse, qui varie beaucoup d'un modèle à l'autre :
ovoïde — et proche de celle des Dressel 7 et 8 — (par exemple, Haltern 69 ", Camulodunum
1 86 A 10°), ou tronconique, tendant vers le piriforme (Pompéi VII, Hofheim 72 101, Vindonissa
587 102 ou telle amphore de Colchester 103 ou encore celle de Vilaf ranca del Panades publiée par
M. Beltrân 104). Si nous voulions à tout prix nommer nos amphores de Port-Vendres d'après le mod
èle qui nous paraît le plus proche dans les publications dont nous disposons, nous dirions, à coup
sûr, « Vindonissa 586 » 1Οδ. Cette amphore a, en effet, toutes les caractéristiques de celles de Port-
Vendres : haut col cylindrique bien séparé de la panse, s'élargissant à son sommet en forme de
pavillon, avec la lèvre tombante; même type d'anses et même pointe à peine conique. Seule la
panse plus étirée en hauteur l'en distingue un peu. La chronologie se prête évidemment très bien à
ce rapprochement.
Connues depuis l'époque d'Auguste et, sans doute, jusqu'au IIe siècle, répandues dans tout
l'Occident 1υβ, les amphores Pompéi VII — et/ou des modèles très proches — étaient fabriquées
dans des fours de la côte de Bétique dont quelques-uns déjà nous sont connus : dans la région de
Cadix, ceux de Puerto Real (Villanueva et Paso a Nivel), ceux aussi d'El Rinconcillo près d'Algé-
96. L'identification a été faite par M. J. Blot, du Laboratoire de Paléontologie, et Mme M.-C. Bouchot,
sous-directeur du Laboratoire des Reptiles et Poissons, au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.
97. Renvoyons ici à l'étude fondamentale de F. Zevi, Appunti sulle anfore romane, dans Archeologia
Classica, XVIII, 1966, p. 229-247.
98. CIL, IV, Suppl. IL
99. S. Loeschcke, Keramische Funde in Haltern : l'amphore est plus « ressemblante » sur la planche
photographique (n"
7) que sur le dessin (pi. XIII, n° 69); la lèvre, toutefois, diffère sensiblement de celle de
nos amphores de Port-Vendres.
100. C. F. C. Hawkes et M. R. Hull, Camulodunum, p. 252 et pi. LXXII.
101. E. Ritterling, Hofheim 2, p. 301, fig. 70.
102. E. Ettlinger et Chr. Simonett, Vindonissa, p. 90 et pi. 26.
103. M. R. Hull, Roman Colchester {Reports of the Research Committee of the Society of Antiquaries
of London, XX), Londres, 1958, p. 104, fig. 42, 1; Cl. Panella, dans Ostia 11 {Studi Miscellanei, 16),
Rome, 1970, p. 148, n° 71.
104. M. Beltrân Lloris, Anforas, p. 429, fig. 169, 1; Cl. Panella, dans Ostia 111, p. 626, n" 11.
105. Ci-dessus, note 102. L'appellation Vindonissa 586 nous a paru bien incommode, et Pompéi VII plus
représentative d'un type qui admet maintes variantes. Pélichet 46 était possible, à la rigueur (E. Pélichet, A
propos des amphores romaines trouvées à Nyon, dans Zeitschrift fur schweizerische Archaologie und Kunst-
geschichte, VIII, 1946, p. 192, fig. 3). La distinction de M. Beltrân, Anforas, p. 388-448, entre sa forme I et
sa forme II, A et Β (à peu près claire seulement en ce qui concerne II B) ne nous a pas paru utilisable. Cf. les
remarques de Cl. Panella, Ostia HI, p. 505-506.
106. Pour la chronologie et la diffusion, nous renvoyons à Cl. Panella, Ostia IH, p. 512-513.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 43
siras. Ces fours semblent bien, d'après des monnaies trouvées sur le site, avoir été actifs dès l'époque
de Claude 107.
Dans trois épaves, que nous avons déjà mentionnées, les amphores Pompéi VII, ainsi que
d'autres modèles d'amphores à sauces ou conserves de poisson, étaient, comme dans le bateau de
Port-Vendres, transportées avec des amphores à vin Haltern 70 : la Tour Sainte Marie, Lavezzi I
et l'épave de Chiessi à l'île d'Elbe 108; dans les deux derniers cas, avec, également, des amphores
à huile Dressel 20.
4. — Les amphores à fond plat de type Dressel 28 (fig. 16, 17 et 18)
La fouille ne nous a pas encore donné d'exemplaire entier de ce type d'amphore; nous
pouvons raisonner, pour l'instant, sur quatre cols plus ou moins fragmentaires, des fragments de
fonds, dont un nous permet de proposer la restitution d'un profil complet, une douzaine de
fragments de lèvres et des anses. Au total, les fragments appartiennent à une dizaine d'exemplaires
différents.
Il s'agit d'une amphore de petites dimensions, haute d'une soixantaine de cm 109; notre
restitution lui donne, en fait, 55 à 56 cm, et lui confère un profil général proche de celui de
l'amphore que H. Dressel a présentée sous le n° 28 de sa table typologique. La panse présente
son diamètre maximal dans sa partie supérieure (sans doute aux environs de 38 cm), et s'amincit
régulièrement en direction du fond. Celui-ci, d'un diamètre de 17 cm, remonte à l'intérieur en
formant une sorte d'ombilic, plus ou moins prononcé selon les exemplaires : de ce fait, l'amphore
repose sur une moulure constituant un faux-pied de surface très réduite. Le col, court et
cylindrique (9 à 11,5 cm de diamètre pour une hauteur sensiblement égale), s'incurve nettement
vers l'extérieur dans sa partie supérieure; il est surmonté d'une lèvre à double moulure, haute de 3
à 4 cm, verticale ou légèrement oblique, d'où une embouchure large de 15 à 18 cm. Les moulures
sont plus ou moins accentuées, le plus souvent inégales entre elles, la moulure supérieure étant
généralement plus épaisse et plus large que la moulure inférieure (fig. 17,2). Les anses partent
juste en dessous, et vont rejoindre l'épaule en dessinant un arc de cercle assez régulier. Elles sont
constituées d'un ruban peu épais mais large, décoré de deux cannelures qui se rejoignent à angles
droits en haut et s'incurvent vers l'extérieur dans le bas en encadrant une profonde empreinte
digitale; elles ont 12,5 à 15 cm de hauteur, pour une une largeur de 5,5 à 6 cm, constante sur
une même pièce; leur épaisseur varie entre 1,8 et 2,2 cm d'un exemplaire à l'autre.
Tous les exemplaires recueillis appartiennent bien à une même production, caractérisée
par la lèvre à double moulure, le fond à ombilic et les anses cannelées de façon très particulière.
La pâte aussi est caractéristique, et totalement différente de celles des amphores précédentes.
Elle est assez dure, mais présente un aspect peu homogène, presque spongieux; elle contient
107. M. Jiménez Cisneros, Beobachtungen in einem romischen Tôpferbezirk bei Puerto Real, Prov. Cadiz,
dans Germania, XXXVI, 1958, p. 469-475; M. Sotomayor, Hornos romanos de anforas en Algeciras, dans X"
Congreso nacional de Arqueologia, Mahón, 1967, Saragosse, 1969, p. 389-399 : cf. fig. 4, p. 393, à droite; D. P. S.
Peacock, Amphorae and the Baetican Fish Industry, dans The Antiquaries Journal, L1V, 1974, p. 234-241 et
fig. 3 et 4; cf. aussi M. Beltrân Lloris, Problemas de la morfologia y del concepto histórico geogràfico que
recubre la nocion tipo. Aportaciones a la tipologia de las anforas béticas, dans Méthodes classiques et méthodes
formelles (ci-dessus, note 89).
108. Supra, p. 37 et notes 79 et 81.
109. La hauteur moyenne des amphores Dressel 28 indiquée par Beltrân, Anforas, p. 497 (65-70 cm) paraît
un peu forte.
44
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUEMENT, B. LIOU, F. MAYET
\\
Ο 2> 6 9 42cm
O 3 6 3 4Zcn
16. Amphores Dressel 28.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES 11 45
17. Amphores Dressel 28 : col (1), profil de lèvres (2, éch. 1 : 2).
18. Amphores Dressel 28 : détail d'une anse (1),
opercule (2, éch. 1 : 2).
une forte proportion de sable gris, que l'on voit même à la superficie et qui assombrit la tonalité
d'ensemble de l'amphore; jaune très pâle à la périphérie (Munsell 5 Y 8/2-7/2), elle devient grise
vers le cœur (Munsell 10 Y R 6/1-5/1). Ces amphores semblent n'avoir jamais reçu d'engobe.
Leur paroi interne est recouverte d'une poix de couleur brune, moins adhérente que celle
des amphores Haltern 70 et Pompéi VIL
La définition, l'origine et l'évolution chronologique du type Dressel 28 posent des problèmes
difficiles. On a voulu y inclure des amphores des fouilles de Vintimille et de l'épave d'Albenga,
46
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
datables des deux derniers siècles de la République uo. En ce qui concerne l'amphore d'Albenga,
il faudrait au moins connaître la forme des anses pour avancer qu'il s'agit d'un prototype; la lèvre
est en tout cas plus haute, le col plus étroit et plus incurvé, le fond n'est pas concave comme celui
des exemplaires de Port-Vendres.
A l'époque augustéenne, la forme Oberaden 74 est celle qui se prête au meilleur rapproche
ment : lèvre à double moulure — dont la cavité centrale est cependant moins profonde — , anses
à double cannelure (<< zweigefurchte, also dreirippige, Henkel »), fond concave m. Des exemplaires
sont estampillés MAESCELS et SEX.DOMITI. A Ensérune, une amphore aux mêmes caracté-
ristiquesporte la marque PHILODAMVS 112. La forme Haltern 68, avec un col estampillé
C.MVSSÏDCO NÉP>iw), paraît semblable à Oberaden 74 113.
Les comparaisons avec les autres modèles, nombreux au Ier et encore au IIe s. après J.-C,
d'amphores à fond plat, panse ovoïde et lèvre moulurée, ceux, par exemple, qu'ont rassemblés
Cl. Panella ou M. Beltrân u4, ne nous paraissent guère satisfaisantes : ni les anses, à une seule
cannelure, ni le fond rectiligne, ni même la forme de la panse ne concordent pour les exemplaires
de Camulodunum (forme 173) 115 ou de Vindonissa (forme 581) 116; même remarque pour les anses
des cols recueillis à Rheingònheim m, à Hofheim (forme 77) n8 ou à Nimègue U9, etc. Parmi toutes
ces amphores qui offrent une ressemblance globale, et, entre tel modèle et tel autre, des analogies
de détail, il n'est guère facile de s'y reconnaître et les distinctions peuvent être multipliées 12<).
Il faut, en tout état de cause, revenir à la forme Oberaden 74 pour poser — sinon résoudre —
le problème de l'origine des amphores Dressel 28. L'estampille de Philodamus figure sur un
fragment de col appartenant à cette forme découvert sur le site de l'atelier d'amphores de San
Vicente de Montait près de Mataró 121; celle de Sextus Domitius a été trouvée sur quatre
fragments au moins provenant du gisement de l'Aumédina près de Tivissa, dans la vallée de l'Ebre.
André Tchernia, qui a visité le site et y a constaté la présence de cols et d'anses de « Dressel 28 »,
ne doute plus de l'existence en cet endroit d'un atelier de potier qui produisait d'une part trois
types différents d'amphores estampillées Tibisi et, d'autre part des amphores « Dressel 28 » (ou,
plutôt, « Oberaden 74 »), marquées au nom de Sex. Domiti 122. Nous avons donc deux indices
extrêmement solides d'une origine tarraconaise, et catalane, des amphores du type Oberaden 74.
110. N. Lamboglia, Sulla cronologia delle anfore romane di età repubblicana, dans R.E.Lig., XXI, 1955,
p. 265-266 et p. 254, fig. 10, p. 259, fig. 15; id., La nave romana di Albenga, dans R.E.Lig., XVIII, 1952,
p. 166, fig. 24.
HI. S. Loeschcke, Oberaden 2, p. 78-80 et pi. 34.
112. J. Jannoray, Ensérune (BEFAR, 181), Paris, 1955, p. 449-450, note 5 et pi. LUI, 1.
113. S. Loeschcke, Haltern, p. 253 (« Amphora mit dreigeteilten Bandhenkeln ») et p. 255, fig. 37,3 et 3 a.
114. CI. Panella, dans Ostia II, p. 156, n" 128 à 133; M. Beltrân Lloris, Anforas, p. 498-499, fig. 200 et
201.
115. C.F.C. Hawkes et M. R. Hull, Camulodunum, pi. LVII, 173.
116. E. Ettlinger et Chr. Simonett, Vindonissa, p. 89 et pi. 26, 581.
117. G. Ulbert, Das fruhrómische Kastell Rheingònheim {Limes j or schungen, 9), Berlin, 1969, pi. 17,2.
118. E. Ritterling, Hofheim 1, p. 96, fig. 52 et Hofheim 2, p. 305-307 et fig. 75-76.
Π9. P. Stuart, op. cit., pi. 12,177 (forme 132 B).
120. Voir la démarche — légitime — de CI. Panella, qui, dans Ostia 11 (p. 118 et 155-156) distingue sa forme
Ostia L d'une forme Dr. 28 dans laquelle elle fait entrer Oberaden 74, Camulodunum 173, Vindonissa 581,
Hofheim 77, et, dans Ostia IH (p. 535-536) ajoute une distinction entre Vindonissa 581 (= Ostia LXVII) et
Dressel 28.
121. A. Tchernia, Les amphores vinaires de Tarraconaise, p. 65. Diffusion de l'estampille, d'après A.
Tchernia et J.-P. Villa, Note sur le matériel recueilli dans la fouille d'un atelier d'amphores à Velaux (Bouches-
du-Rhône), communication au colloque Méthodes classiques et méthodes formelles... : Tarragone, Mataró,
Ruscino, Ensérune, Magalas, Laudun.
122. A. Tchernia, L'atelier d'amphores de Tivissa et la marque Sex. Domiti, dans Mélanges offerts à Jacques
Heurgon, coll. de l'Ecole française de Rome n" 27, Rome, 1976, p. 973-979. Diffusion de la marque d'après
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 47
Est-ce à dire qu'il faille assigner la même origine aux Dressel 28 — les vraies, celles dont
Dressel a dessiné le profil à Rome — et à nos amphores de Port-Vendres II ? Morphologiquement
très proches, elles sont plus récentes d'un demi-siècle. D'autre part, au moins pour les amphores
de Port-Vendres, l'argile dont elles sont faites ne correspond pas du tout à celle que définissent
S. Loeschcke à Haltern (« roter Ton ») et à Oberaden (« gelblicher bis roter, ziemlich glattwandiger
Ton ») et A. Tchernia à Tivissa (« argile dure, compacte et pure (..), du rouge orangé au marron »).
Deux amphores du Castro Pretorio portent des inscriptions peintes, l'une d'elles mentionnant le nom
des deux Auli Atinii 123, bien connus comme exportateurs des produits de la Bétique, garum
et huile 124. On est ainsi assez naturellement conduit à penser que les Dressel 28 viennent de la même
région que les autres amphores qu'ils ont transportées jusqu'à Rome. L'argument, bien sûr, n'est
pas irrésistible : « il est parfaitement loisible, écrit A. Tchernia, d'envisager qu'un même naviculaire
ait transporté en Italie des amphores de Bétique et des amphores de la région de Tarragone » 125.
Cela est vrai, et nous pourrions d'autant mieux l'envisager pour notre navire que nous sommes sûrs
de son itinéraire : parti de l'extrême Sud de la Péninsule, il est, jusqu'à Port-Vendres, remonté tout
le long de la côte espagnole, et pourrait avoir embarqué ces amphores au cours d'une escale.
Nous restons toutefois sensibles au fait que tout le reste de sa cargaison vient à coup sûr du Sud
de la Péninsule ibérique, qui nous paraît converger avec l'argument tiré de l'inscription au
nom des AA. Atinii : il est loisible, aussi bien, d'envisager qu'à l'époque de Claude, des amphores
Dressel 28, très analogues par leur forme aux Oberaden 74 augustéennes, mais différentes de
fabrication, aient été produites en Bétique (125 bls).
Nous ne savons, jusqu'à présent, quel était le contenu de ces amphores 126.
M. H. Callender (n" 1602): Bàie, Nyon, Lugano, Oberaden, Héry (près d'Auxerre), Saint-Paulien (près du Puy),
Rodez, Carpentras. Dans tous les cas où la forme de l'amphore est connue, il s'agit de « Dressel 28 ».
123. CIL, XV, 4700; l'autre inscription (ibid., 4828) est mutilée; Dressel restitue le nom C. Anni Catulli.
124. Cf. infra, p. 92 et F. Zevi, Appunti, p. 235.
125. Les amphores vinaires de Tarraconaise, p. 65.
125 bis. La fouille que la Direction des Recherches archéologiques sous-marines a entamée, fin mai 1977,
de l'épave de Tiboulen de Maire (Marseille) a livré des amphores Dressel 28, au milieu d'une cargaison où
les Dressel 20 semblent majoritaires, mais qui comporte aussi des amphores piriformes (à saumure, sans doute)
et des Dressel 2-4, dont il n'est pas assuré qu'elles soient tarraconaises. Cf. infra, p. 90 et note 244. Ce matériel
pourrait dater de la fin du l'r siècle ap. J.-C.
126. Cf. F. Zevi, Appunti, p. 226 et Cl. Panella, Ostia III, p. 537. Il faut penser en tout cas à un produit
compatible avec la poix dont ces amphores sont enduites (a priori, vin ou dérivés de poisson).
CHAPITRE III
LES INSCRIPTIONS PEINTES
Hanc libri partent opus esse annorum et oculorum meorum partent consumpsisse
meliorem spero intellecturos esse non eos tantum qui post me in amphorarum titulis
legendis et delineandis elaborabunt. Perpauci sane tituli primo statim obtutu leguntur.
H. Dressel, CIL, XV, p. 565.
Quoique fort brisées, les amphores de l'épave Port-Vendres II nous livrent une collection
d'inscriptions peintes qui apparaît dès maintenant comme une des plus importantes depuis celles
dont Heinrich Dressel, voilà un siècle, entreprenait l'étude au Monte Testacelo et au Castro
Pretorio m. Si l'on met à part en effet celle, de toutes la plus nombreuse et de très loin, qui est
issue des fouilles des cités du Vésuve et qu'ont publiée R. Schône, A. Mau et M. Della Corte 128,
on ne trouve guère, qui la dépasse en nombre ou qui lui soit comparable, que celle, malheureusement
très mal publiée, des deux « murs à amphores » de Carthage 129, celle aussi des amphores d'Augst
et de Vindonissa que nous a fait connaître pour l'essentiel, O. Bonn 130. L'intérêt exceptionnel
127. E. Dressel, Ricerche sul Monte Testacelo, dans Annali dell'Instituto di Corrispondenza archeologica,
L, 1878, p. 118-192 (abrégé ci-après: Dressel, Ricerche); Di un grande deposito di anfore rinvenuto nel nuovo
quartiere del Castro Pretorio, dans Bulletino della commissione archeologica comunale di Roma, 1879, p. 36-
112 et 143-196 (abrégé: Dressel, Castro Pretorio); CIL, XV, 2: Inscriptiones Vrbis Romae Latinae. Instrumen-
tum domesticum. Partis posterions fasciculus 1, ed. H. Dressel, Berlin, 1899.
Pour le Monte Testacelo, la publication de Dressel est maintenant complétée par l'important mémoire de
E. Rodriguez Almeida, Novedades de epigrafia anforaria del Monte Testacelo, dans Recherches sur les amphores
romaines, coll. de l'Ecole française de Rome n° 10, Rome, 1972, p. 107-241 (abrégé : Rodriguez, Novedades).
128. CIL, IV, Berlin, 1871 (R. Schône); Suppl. II, 1909 (A. Mau); Suppl. III, 3, 1963 (M. Della Corte);
Suppl. III, 4, 1970 (M. Della Corte, F. Weber et P. Ciprotti).
129. A. L. Delattre, Le mur à amphores de la colline Saint Louis à Carthage, dans Bull, archéol. du Comité
des travaux historiques et scientifiques, 1894, p. 89-119; Id., Un second mur d'amphores découvert à Carthage,
dans Bull, de la Société Archéologique de Sousse, 1er semestre 1906, p. 375-390.
130. O. Bohn, Pinselschriften auf Amphoren aus Augst und Windisch, dans Anzeiger fur schweizerische
Altertumskunde, XXVIII, 1926, p. 197-212. Résumé par A. Grenier, Manuel d'archéologie préhistorique, celtique
et gallo-romaine de J. Déchelette, VI, 2, Paris, 1934, p. 616-624 (abrégés ci-après: Bohn, Grenier). Les amphores
de Vindonissa ont été, avant Bohn, présentées par Th. Eckinger, dans A.S.A., X, 1908, p. 319-320; et après lui
par R. Laur-Belart, ibid., XXXI, 1929, p. 183-185; H. Lieb, E. Ettlinger, W. Schwyn, dans Gesellschaft Pro
Vindonissa, Jahresbericht 1949-1950, p. 37-49; R. Laur-Belart, ibid., 1951-1952, p. 51-53. L'étude de la collec
tion entière (46 numéros) a été reprise par Robert Marichal dans ses conférences de l'Ecole Pratique des Hautes
Etudes, et résumée dans Y Annuaire de l'E.P.H.E., IVe section, 1974-1975, p. 521-542 (abrégé ci-après: Marichal).
Une autre collection importante d'inscriptions peintes est constituée par les trouvailles faites dans l'anse
Saint Gervais, devant Fos-sur-mer, par MM. Ch. Michon et A. Gouverneur, de la Société des Amis du Vieil
Istres présidée par le Dr Beaucaire. Connues seulement par une allusion de F. Benoit, Nouvelles épaves de Pro
vence, 111, dans Gallia, XX, 1962, p. 149-150, elles attendaient depuis quinze ans, au musée d'Istres, leur publi
cation. Grossie par quelques découvertes récentes de M. N. Georgiadis, la collection, qui compte aujourd'hui
58 numéros, sera prochainement publiée par R. Marichal, avec le concours de B. Liou.
50
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
des inscriptions de Port-Vendres réside évidemment dans le fait, unique à ce jour, qu'elles pro
viennent de l'épave d'un navire et que les amphores sur lesquelles elles figurent appartiennent à
une même cargaison, de surcroît bien datée.
Quarante-quatre fragments portant des inscriptions ou des vestiges d'inscriptions ont jusqu'ici
été récupérés. Trente appartiennent à des amphores Dressel 20, dix à des amphores Haltern 70,
trois seulement à des amphores à saumure de type Pompéi VII, et le dernier à un petit vase qui
n'est pas une amphore. Nous les présenterons dans cet ordre, en suivant une numérotation
continue. A l'intérieur de chaque catégorie, nous donnerons d'abord, suivant la coutume établie,
les inscriptions qui présentent des noms de mercatores, selon l'ordre alphabétique des gentilices;
puis celles qui présentent d'autres noms propres; viendront enfin les inscriptions qui donnent
seulement, selon le cas, des chiffres ou l'indication du produit contenu dans l'amphore.
En ce qui concerne les amphores sphériques Dr. 20, nous nous sommes évidemment conformés
à l'habitude prise, depuis Dressel 131, de désigner par des lettres grecques les quatre éléments
constitutifs de l'inscription :
α : sur le col, un nombre, noté par des signes d'une grande originalité, qui ne se trouvent
que sur ce type d'amphore. Il s'agit peut-être du poids, en livres romaines, de l'amphore vide 132.
β : en dessous, en lettres capitales, un nom de personne (le plus souvent praenomen, nomen
et cognomen) au génitif. Dressel pensait qu'il s'agissait du producteur de la denrée contenue dans
l'amphore. Nous savons, grâce à P. Remark et A. Héron de Villefosse, que ce nom est celui
du naviculaire ou du mercator qui assurait le transport et la commercialisation de la marchandise 133.
γ : au milieu de la panse, un autre nombre. Dressel a démontré qu'il s'agit du poids en livres
de l'huile contenue dans l'amphore 134.
δ : obliquement par rapport aux inscriptions α, β, γ et le long de l'anse, une inscription
en écriture cursive qui, sur les amphores des IIe et ine siècles qu'a jusqu'ici livrées le Monte Testacelo,
est souvent fort détaillée et donne, notamment, avec la date consulaire, le nom du port d'embar
quement de la marchandise; ces indications sont précédées d'un R barré, à interpréter R(ecognitum) 135
ou Recensitimi) 136. On pense généralement qu'il s'agit d'une marque de contrôle apposée avant
l'embarquement par des employés du fisc 137, et, plus précisément, de la douane, du Portorium 138.
Nous aurons à nous demander si tel est bien le sens de ces inscriptions, et de celles, beaucoup
plus brèves, que nous trouvons en cette position sur les amphores plus anciennes de presque
un siècle du Castro Pretorio et sur celles, qui leur sont à peu près contemporaines, de Port-
131. CIL, XV, 2.
132. C'est ce que nous essaierons de vérifier. Les calculs auxquels s'est livré Dressel sur quatre amphores
intactes du Castro Pretorio lui ont donné, sur ce point, un résultat négatif {Castro Pretorio, p. 150-151). O.
Bohn, dans son commentaire à CIL, XIII, 10004,1 (il s'agit de l'amphore de Bonn publiée par Dressel, Eine
Amphora aus Spanien mit lateinischen Inschriften, dans Bonner Jahrbhcher, 95, 1893, p. 66-79), estime qu'il
s'agit bien pourtant du poids de l'amphore vide. Et on le répète, çà et là, volontiers, mais sans avoir eu l'occa
sion de contrôler.
133. P. Remark, De amphorarum inscriptionibus Latinis quaestiones selectae, diss. de Bonn, Tiibingen,
1912, p. 11. Et, indépendamment, A. Héron de Villefosse, Deux armateurs narbonnais, Sex. Fadius Secundus et
P. Olitius Apollonius, dans Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, 1914, p. 170.
134. Castro Pretorio, p. 151. On trouve néanmoins répété, et sous des plumes illustres, qu'il s'agit du poids
de l'amphore pleine : par ex. Grenier, p. 608-609 et Tenney Frank, Notes on Roman Commerce, dans Journal
of Roman Studies, 27, 1937, p. 72.
135. Dressel, CIL, XV, p. 562.
136. Rodriguez, Novedades, p. 126-128.
137. Dressel, Ricerche, p. 168-172.
138. Tenney Frank, On the Export Tax of Spanish Harbours, dans American Journal of Philology, LVII,
1936, p. 87-90; S. J. de Laët, Portorium, Bruges, 1949, p. 292-293.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 51
Vendres 139. Elles ne comportent le plus souvent qu'un nom au génitif, que suivent parfois quelques
indications abrégées et d'interprétation difficile; certaines d'entre elles, à Port-Vendres, semblent
préfigurer celles du Testacelo.
Nous avons adapté cette nomenclature aux autres amphores de la cargaison, de forme Pom-
péi VII ou Haltern 70 : les éléments β et δ s'y retrouvent en effet, à la même place et avec la
même fonction que sur les Dressel 20. Point d'indication numérique, en revanche, sauf une
exception; mais sur le col, en position a, la mention du produit transporté (n08 31, 39 et 40).
I. — Catalogue
Amphores de forme Dressel 20.
N° 1 — (Fig. 19).
Fragment de panse; 105 χ 126 χ 17 mm 140. Sur deux bandes qui semblent revêtues d'un
engobe crème 141, et séparées par un espace de 40 mm environ, figurent les inscriptions :
a: XCVII (97?)
Du signe qui précède le C, n'a subsisté que la barre horizontale; ce ne pouvait guère être que X.
On ne sait, bien entendu, si le chiffre est ainsi complet. Une ou deux unités pouvaient encore
figurer à droite.
β : En lettres dont l'initiale devait dépasser 15 mm, les autres étant hautes de 12 mm,
ÇOELIORV[M]
Malgré la mutilation de plusieurs letttres et le caractère assez négligé de la graphie (en β comme
d'ailleurs en a), la lecture n'est pas douteuse. Nous avons donc affaire à une société familiale de
mercatores. Le cas est fréquent au Testacelo, et il arrive qu'ils soient ainsi désignés par le seul
pluriel du gentilice : Claudiorum, Verriorum 142. Une amphore de Rome, trouvée à la Villa
Ludovisi, porte, en position β, le nom de M.Coeli L.l. Saturnini. L'inscription est paléographiquement
proche de celles du Castro Pretorio et classée par Dressel dans la même série 143. Nous pourrions
avoir affaire à l'un des Coelii figurant ici comme associés.
139. On verra que la paléographie des amphores de Port-Vendres est très semblable à celle des amphores
«Dressel 20» et «Dressel 7-13 » du Castro Pretorio. Sur les caractères de cette paléographie, comparée à celle
des inscriptions du Testacelo, cf. Rodriguez, Novedades, p. 138-139. On s'étonnera toutefois que l'auteur consi
dère les amphores Dressel 20 de Pompéi et de Stables comme « légèrement antérieures » à celles du Castro
Pretorio et ces dernières comme précédant d'une soixantaine d'années la datation la plus haute jusqu'ici fournie
par le Testacelo (140). Les études récentes sur les amphores n'ont fait que confirmer la datation proposée par
Dressel pour la constitution du dépôt proche du Castro Pretorio : « non più tardi della metà del primo secolo »
(op. cit., p. 195). Paléographiquement proches de celles du Castro Pretorio, les amphores de Pompéi et Stabies
semblent esquisser une évolution vers l'écriture « étirée » et « originale » du Monte Testacelo : A. Tchernia,
Amphores et marques d'amphores de Bétique à Pompéi et à Stabies, dans MEFR, 1964, p. 437.
140. Nous donnons les dimensions des tessons dans l'ordre suivant : largeur maximale, hauteur maximale,
épaisseur maximale.
141. Sur la préparation de la surface où devait trouver place l'inscription, cf. Dressel, Ricerche, p. 126, Zevi,
Appunti, p. 238 et Rodriguez, Novedades, p. 129.
142. Cf. CIL, XV, p. 560 et n° 3819-3820, 4040-4043; Claudiorum à Pompéi sur amphore de forme VII:
CIL, IV, 5640.
143. CIL, XV, 3651. Erreur de Beltrân, qui dans sa liste des naviculaires, Angoras, p. 231, attribue cette
inscription à un Cornélius. L'amphore porte sur les deux anses l'estampille C.V.VA (CIL, XV, 3223), que
M. Callender (Roman Amphorae, n° 506) propose de situer dans la seconde moitié du IIe siècle : nous n'en
croyons rien.
WÊÈ0'^
WÊÈ0^ r*
19. Inscriptions peintes 1, 2, 3.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 53
N° 2 — (Fig. 19).
Amphore reconstituée. Hauteur 0,77 m, diamètre max. 0,60 m. Elle a conservé quelques
lettres d'une inscription en position β, dont trois sont assez nettes et les trois précédentes encore
identifiables :
ÇOELIOR[VM]
Du R, n'est visible que l'angle supérieur gauche. La graphie est plus fine et soignée que dans
l'exemplaire précédent.
N° 3 — (Fig. 19).
Fragment de panse, 65 χ 127 χ 17 mm. Début d'inscription en position β dans une bande
revêtue d'un engobe crème et haute de 22 mm; lettre initiale haute de 17 mm :
CO[....
Il est vraisemblable qu'il s'agit de la même inscription que pour les deux exemplaires précédents,
soit Co[eliorum].
N° 4 — (Fig. 20 et 21).
Trois fragments recollés de panse, 205 χ 270 χ 19 mm.
α : LXXXVII (87)
35 mm plus bas,
β : L POMPEI VRBANI
Lettres régulières hautes de 10 à 12 mm. Très faibles traces de l'initiale du praenomen : une
base légèrement descendante, appartenant vraisemblablement à un L (voir n° 6).
30 mm environ plus bas,
γ: LCLVIIIIS (209 1/2)
Cette inscription nous pose deux problèmes. Le premier concerne la signification de la haste
verticale, légèrement arrondie, qui suit le quatrième des signes indiquant l'unité, et qui n'est que
la partie supérieure d'un signe analogue à celui qui termine, par exemple, l'inscription α de
notre n° 15. On sait que H. Dressel a considéré comme une indication de fraction {semis — 1/2)
le dernier signe de la plupart des nombres qui indiquent le poids du contenu dans les inscriptions
en cursive, δ, des amphores du Testacelo. Ce signe est en effet doté à son sommet d'un appendice
horizontal, dirigé vers la droite, qui le fait ressembler à un S. Dressel était ainsi conduit à attribuer
le même sens au dernier signe, caractérisé par une plus ou moins longue queue verticale, des
notations chiffrées figurant en position γ sur les mêmes amphores du Testacelo (le nombre, en effet,
est le même en γ et en δ); ce signe, bien entendu, se retrouve dans les inscriptions a, et, également,
en α et γ, sur les amphores du Castro Pretorio.
Cette interprétation a été récemment critiquée par E. Rodriguez 144, au nom d'un argument
qui ne manque pas de force : elle a l'inconvénient, en effet, de proposer, pour la majorité des
amphores, un poids d'huile calculé "à la demi-livre près (soit 163,5 g), alors qu'il frôle (au Castro
Pretorio) ou dépasse (au Testacelo) les 200 livres. L'explication paléographique que donne
Rodriguez de cette « caudatura » qui, en fin de ligne, constitue un élément décoratif, est convain-
144. Novedades, p. 122-123.
20. Inscriptions peintes 4, 5, 6, 7.
\^M^:>.îi
.- r'-?y
21. Inscriptions peintes 4, 5, 6, 7.
56
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
cante; ses exemples le sont également, et on lira sans difficulté avec lui CCXVI (216) là où Dressel
interprétait CCXVS (215 1/2). Il est possible également d'admettre la lecture XXCIIIII = 85
(encore que XXCVIIII = 89 ne soit pas exclu) 145, ou encore, pour une inscription 5, cciiiii = 205
(lecture au demeurant incertaine 146). Certaines inscriptions α ou γ, cependant, de Port-Vendres
ou du Castro Pretorio en tout cas 147, nous paraissent irréductibles. Dans le cas de celle qui
nous occupe, comme dans celui de notre n° 8 148, dans ceux également de Castro Pretorio n° 96 149
et 110 150, il est difficile d'admettre qu'une séquence VIIIII puisse équivaloir à X et que 200,
par exemple, ait pu s'écrire CXCVIIIII 151. Il est difficile aussi de croire que la dernière haste
puisse être purement décorative et superfétatoire.
Sans doute pouvons-nous accorder à Rodriguez que Dressel a cru voir beaucoup trop souvent
le signe semis dans les inscriptions numériques qu'il a relevées. L'examen des dessins du Castro
Pretorio et celui des amphores de Port-Vendres nous conduit à nous demander s'il n'a pas eu le
tort d'attribuer la même signification à deux notations différentes — qu'il avait au demeurant par
faitement observées 152 : lorsque nous avons affaire (c'est le cas, par exemple, pour l'inscription
α du fragment que nous sommes en train d'étudier) à un simple prolongement vers le bas, en une
queue qui va s'amincissant, de la dernière barre verticale, laquelle d'ailleurs est souvent liée à la
barre d'unité précédente, il n'y a pas lieu, pensons-nous, de voir dans cette queue autre chose
qu'une coquetterie de scribe, soulignant le dernier chiffre et la fin de ligne; il ne s'agit donc pas
d'une fraction, mais d'une unité pleine. Dans les cas en revanche que nous avons signalés plus haut
et où le libellé même nous paraît interdire cette interprétation, le signe, séparé des barres d'unité qui
précèdent, se caractérise, à gauche, par une haste verticale, montant en général assez haut153. Il
nous semble difficile de n'y pas voir une notation spécifique. Et la seule possible nous paraît être
celle que proposait Dressel, le semis 154.
145. Ibid., n° 1, p. 149-151.
146. Ibid., n° 32, p. 195-196 et fig. 35.
147. Il en est sans doute de même au Testacelo : CIL, XV, 3704 et 3774, par exemple. Mais nous manquons
du moyen de contrôler.
148. Infra, p. 58 et fig. 22 et 23.
149. P. 153 et pi. XIII-XIV, n° 24 = CIL, XV, 3639.
150. Ibid., p. 161-162 et pi. XV-XVI, n° 16 = CIL, XV, 3678.
151. Cf., infra, notre n° 8.
152. Castro Pretorio, p. 148.
153. Ibid. : « In parecchi esemplari vi [se. all'ultima nota] è aggiunta a sinistra un'asta ora più ora meno
prolungata in su, che in alcuni casi la rende simile alla lettera L». Cf. Castro Pretorio, pi. XV-XVI, n° 2, 5,
14, 16, et, pour Port-Vendres, le cas particulièrement net de notre n° 15. Notre n° 6 en revanche présente un cas
douteux, les deux derniers signes, séparés, étant d'un dessin très semblable. A Vindonissa, deux inscriptions
exemplaires: Bohn, n° 15, p. 209 = Marichal, n° 5, p. 534, avec photo pi. 16, p. 530 bis (lire 214 V2) et
Bohn, n° 17, p. 210 = Marichal, n° 16, p. 537 (lire 103 V«).
154. Nous nous sommes essayés, en fonction de l'hypothèse que nous présentons ici, à réviser, d'après
ses propres dessins de 1879, les interprétations données par Dressel pour les nombres du Castro Pretorio. Les
résultats sont les suivants :
n° 96 (pi. XIII-XIV n°
24) = CIL, XV, 3639 :
a: 79 V,
γ : [...]VIII et non [...]VIIS
n° 99 (pi. XV-XVI n°
2) = CIL, XV, 3637 :
a: 72V,
γ : 173 (Dressel : 172 V, ou 173Ì
n° 102 (pi. XV-XVI n° 6) = CIL, XV, 3650 :
γ : 178 plutôt que 177 V, (Dressel) n° 104 (pi. XV-XVI n° 4) = CIL, XV, 3663 :
a : 73 et non 72 V2
γ: 166
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 57
Le second problème est celui même du nombre indiqué par notre inscription γ. La lecture ne
souffre guère de doute, et l'interprétation ne peut se faire qu'en additionnant tous les signes. Les
bizarreries dans la notation chiffrée ne sont pas rares sur les amphores du Testacelo ou des Jardins
Toilonia : LLCVVVI pour 216, par exemple 155, ou XXCXV pour 95 15e.
Ce chiffre de 209 1/2 est d'assez loin le plus élevé de ceux que nous fournissent les
inscriptions γ de notre série, alors que le chiffre α 157 est — à une exception près — le moins fort.
Notre amphore aurait donc eu à la fois un des poids à vide (si cette hypothèse concernant
le sens de α se confirme) les plus faibles (28,45 kg) et la contenance la plus grande (76,39 litres) 158;
ce qui, au demeurant, n'est nullement impossible et trouve même une confirmation dans l'épais
seur, relativement faible pour une Dressel 20, de la paroi (19 mm).
Lucius Pompeius Vrbanus ne figure pas au nombre des naviculaires ou des mercatores dont
les amphores nous ont jusqu'ici révélé les noms. Notre n° 32, fragment d'amphore à saumure,
nous présente un L. Pompeius Eros. On connaît, par un tesson de Vindonissa publié par O. Bohn
et qui appartient certainement à une Dressel 20 159 un L. Pompeius Philo[..], et d'autres Pompeii
par les amphores du Testacelo 16°. Mais, étant donné la banalité du gentilice, aucun rappro
chement ne s'impose, et nous ne connaissons pas par ailleurs de Pompeii Vrbani.
N° 5 — (Fig. 20 et 21).
Fragment de panse, 110 χ 100 χ 16 mm. A seule subsisté l'inscription β :
[.] POMPEI.VRBAN[I]
Hauteur des lettres 9 mm.
n° 106 (pi. XV-XVI n° 5) = CIL, XV, 3647 :
a: probablement 60 (LX) = 19,62 kg et non 50 7« (LS) = 16,51 kg. L'amphore pèse 19,900kg
γ : 153 72 est aberrant, vu la capacité de l'amphore, 39 litres.
113 7« ferait 41,3891.
108 7i ferait 39,566 1.
n° 107 (pi. XV-XVI, n° 15) = CIL, XV, 3670 :
α : probablement 63 (LXIII), Dressel : 58 (LVIII) n° 110 (pi. XV-XVI n° 16) = 3678 :
a: 69 7«
γ: 162
n° 111 (pi. XV-XVI n° 14) = CIL, XV, 3686:
a: 68 7·
n° 112 (pi. XV-XVI n° 12) = CIL, XV, 3643 :
a: 82
n° 115 (pi. XV-XVI n°
13)
a : 78 (Dressel : 78 ou 77 72)
155. CIL, XV, 3742.
156. Dressel, Ricerche, p. 164, et tav. d'agg. n° 20. Cf. ibid., p. 164 et note 1, et CIL, XV, p. 564 et
note 2, les remarques qu'inspirent à Dressel ces anomalies et les rapprochements qu'il établit avec nombre
d'inscriptions lapidaires de la Péninsule ibérique.
157. Ce fragment est le seul de la série de Port-Vendres qui nous ait conservé à la fois α et γ.
158. En elle-même, cette contenance est particulièrement forte pour les amphores de cette époque. Si
elle dépasse parfois assez nettement les 80 litres au Testacelo, le chiffre maximum n'est que de 197 7£
(72,021 litres) au Castro Pretorio : Dressel, CIL, XV, p. 560. Voir infra, p. 83 et suiv., nos remarques sur
la capacité des amphores.
159. Bohn, p. 209, n° 16; Grenier, p. 623; Marichal, p. 537, n° 17.
160. CIL, XV, 3984-3985 : S(ociorum) {quattuor} Pomp(eiorum) Corneliani patris et f{iliorum) Marci(anï)
Epityn(cani) Corneliani; CIL, XV, 3986 = Rodriguez, Novedades, n" 29 et 30, p. 190-193 : M. Pompei Callisti;
ihid., n" 31, p. 193-195: C. Pompei Materni.
58
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
N° 6 — (Fig. 20 et 21).
Deux fragments recollés de panse, 150 χ 120 χ 16 mm.
α : XCII (92) ou XCIS (91 1/2)
Bien que la haste verticale n'apparaisse plus au-dessous de la ligne horizontale, le premier
signe ne peut s'interpréter que comme un X et non un L.
Quant au dernier signe, nous y verrions l'expression de la fraction, semis, conformément
à ce que nous avons dit ci-dessus, si le dessin du signe d'unité qui précède n'était — à l'exception
de la queue moins allongée — exactement semblable. Aussi penchons-nous plutôt pour 92, mais
sans aucune certitude.
35 mm plus bas,
β : L POMPE[I V]RBAN[I]
Hauteur des lettres 9 mm. Du praenomen subsiste une haste verticale, qu'on rapprochera
de la trace horizontale visible au n° 4 : il s'agit sûrement de L{ucî).
L'écriture est différente de celle des deux inscriptions précédentes et vraisemblablement
d'une autre main : elle est plus fine, les Ρ sont plus immédiatement reconnaissables et le second
présente une boucle presque fermée. Les lettres sont moins nettement séparées : cf. la liaison
de M et P, de A et N.
N° 7 — (Fig. 20 et 21).
Fragment de panse, 200 χ 170 χ 16 mm.
β : Inscription presque indistincte. L'agrandissement photographique est d'un grand secours
pour la lecture :
L POMPEI VR[BANI]
40 mm plus bas, traces non identifiables des chiffres de l'inscription γ.
N° 8 — (Fig. 22 et 23).
Fragment de panse, 123 χ 152 χ 21 mm.
β : C TITI CAPRARI
Initiale haute de 18 mm, contre 8-9 mm pour les autres lettres.
40 mm plus bas,
γ : CXCVIIIIS (199 1/2)
Une certaine confusion naît du fait que les deux C, trop fermés, rejoignent d'une part la barre
horizontale du X et, d'autre part, la haste de gauche du V. Il semble bien qu'on ait ensuite quatre
fois le signe de l'unité. Après quoi, une haste verticale mince, comme dans notre n° 4, que nous
interprétons comme appartenant à un signe fractionnaire : semis.
Le mercator Caius Titius Caprarius n'était pas jusqu'ici connu. Nous n'avons pas par ailleurs
trouvé trace de Titii Caprarii. Le gentilice est courant; le cognomen non plus n'est pas rare m.
161. Cf. Thes.L.L., Onomasticon, 2 (1913), p. 171; I. Kajanto, The Latin Cognomina (Commentationes
Humanarum Litterarum, XXXVI), Helsinki, 1965, p. 323.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES 11 59
N° 9 — (Fig. 22 et 23).
Fragment de panse, 220 χ 280 χ 21 mm.
β, à l'intérieur d'une bande plus claire haute de 30 mm :
C TITI C[APRARI]
Initiale haute de 18 mm, contre 9 mm aux autres lettres.
35 mm environ plus bas,
γ: CLXXVI[?
soit 176 à 179 (1/2).
N° 10 — (Fig. 22 et 23).
Fragment de panse, 160 χ 200 χ 21 mm.
β : C TITI Ç[APRARI]
La lettre initiale (h. 18 mm) est seule nette; les lettres suivantes sont très indistinctes, mais
sûres.
45 mm environ plus bas,
γ: C[L]XXXX [?
La haste verticale d'un signe L qui figurait vraisemblablement en seconde position est effacée,
mais restituable dans la boucle du C. Le quatrième X est probable, et le chiffre devait être 190
— ou supérieur de quelques unités (jusqu'à 199 1/2).
Notre restitution d'un L n'est cependant pas certaine, et un chiffre de 140 à 149 1/2 n'est
pas totalement exclu.
N° 11 — (Fig. 22 et 23).
Important fragment de panse, 238 χ 287 χ 17 mm.
α : Traces illisibles. 30 mm plus bas,
β: C VOC[ ]
Initiale haute de 16 mm, contre 9 mm pour les autres signes. On lirait volontiers, comme
quatrième lettre, un O, puis un N; viennent ensuite une série de hastes verticales susceptibles
d'être des Τ ou des /. On proposerait C(ai) Voconti, si Vocontius, normal comme cognomen 162,
était attesté également comme gentilice 163.
Ou, peut-être, C(ai) Voconi Ti[... ?
Nous n'avons pas de rapprochement à proposer.
53 mm plus bas,
γ : CXXC (180)
162. I. Kajanto, op. cit., p. 418.
163. A. Holder, Alîceltischer Sprachschatz, Leipzig, 1896-1913 (rééd. Graz, 1961-1963), III, col. 432-433.
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10
22. Inscriptions peintes 8, 9, 10,
10
23. Inscriptions peintes 8, 9, 10, 11.
62
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
N° 12 — (Fig. 24 et 25).
Fragment de panse, 145 χ 143 χ 16 mm.
En position β, à l'intérieur d'une bande de 32 mm de haut :
Q VR[I]TTI REVOCAT[I]
Lettres de 7 mm. Les traces du Q initial indiquent une hauteur de 14 mm. Aucune trace du /
terminal.
La lecture n'est pas douteuse, et est de toute manière corroborée par les inscriptions figurant
sur des amphores de type Haltern 70 (infra, n° 31 à 38). Mais la graphie est sensiblement
différente et due, à coup sûr, à une autre main.
Pour le nom de Quintus Vrittius Reuocatus, cf. infra notre notice sous le n° 31.
N° 13 — (Fig. 24 et 25).
Petit fragment de panse, 60 χ 90 χ 19 mm.
En position β :
] TI REVOCATI
soit [Q. Vrit]ti Reuocati.
Lettres de 7 mm. Graphie analogue à celle du n° 12, mais moins soignée.
N° 14 — (Fig. 24 et 25).
Fragment de panse, avec l'attache inférieure d'une anse, 240 χ 210 χ 19 mm.
Sont apparus, en blanc, car l'encre était décomposée, les vestiges suivants :
β: ] OCATI
soit [Q. Vritti Reu]ocati
et, le long de l'anse, en petite cursive soignée,
δ : montanum a q
Après quelques jours, les traces de l'inscription β ont complètement disparu; le dessin nous
en restitue tout au plus l'emplacement. De l'inscription δ, ne sont plus visibles que les lettres -num
et le premier des deux a qui suivent; le second se trouve à l'intérieur d'un écorchure, mais son
sommet émerge avec netteté, de même que sa base gauche, et il n'est pas douteux; très effacées
dès la découverte, les lettres mont sont très probables et le -a qui suivait absolument certain.
Nous reviendrons dans la partie de notre commentaire consacrée aux inscriptions δ sur celle-ci,
qui est singulière en ce que le nom propre n'est pas au génitif. La mention a a, connue déjà
au Castro Pretorio 164, et plus fréquente au Testacelo, pose également un problème difficile 165.
N° 15 — (Fig. 24 et 25).
Fragment de panse, 230 χ 235 χ 21 mm.
En haut à gauche, pâle, mais très nette, inscription α :
164. CIL, XV, 3675 : céleris ά ά (avec des apices) et surtout 3644 : montani a a gam.
165. Infra, p. 95.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 63
CUIS (103 1/2)
40 mm environ plus bas, traces à peine visibles de
β : Une seule lettre est à peu près nette; il s'agit sans doute d'un A. Il est suivi de deux signes, qui
semblent être Τ et /. Nous sommes tentés de lire OCATI, c'est-à-dire la fin de l'inscription
Q{uintï) Vritti Reuocati; le C est plausible; le vestige de lettre qui précède, à l'extrême gauche
du tesson, peut certes appartenir à un O, qui serait toutefois un peu grand et un peu bas par rapport
aux lettres suivantes. Cette inscription β apparaîtrait par ailleurs nettement décalée vers la gauche
par rapport à a, mais cette objection n'a rien de décisif.
45 mm plus bas, vestiges très effacés de
γ : II s'agit de la fin d'un nombre, trois signes d'unité et ce que nous considérons comme la fraction
semis : .... IIIS.
A droite, oblique le long de l'anse, en lettres cursives très bien conservées,
5 : suriaei a
II est possible, non certain toutefois ni même probable, que cette inscription ait comporté
encore d'autres lettres, effacées.
Le cognomen ethnique Suriacus ou Syriacus est bien représenté dans la Péninsule ibérique,
et, très précisément, en Lusitanie et en Bétique, où l'on sait d'ailleurs que les Syriens étaient
nombreux dans les ports 166. Cf. à Mérida, C. Tettonius Suriacus (Eph. epigr., IX, 84); à Salva-
tierra de los Barros (Badajoz), P. Lusius Suriacus {CIL, II, 1003); à Villagarcia (Badajoz), Cassia
Suriaei f{ilia) Exorata {CIL, II, 1035); à Nertobriga, Pollio Suriacus (deux personnages différents,
peut-être : Eph. epigr., VIII, 85); à Medinasidonia (Cadix), M. Antonius M.f. Gai Syriacus, duumvir
de Gadès {CIL, II, 1313); à Checa Martos, C. Gallius D lib. Syriacus {CIL, II, 1702); à Albu-
querque, G. Allius Syriacus {CIL, II, 724 = Eph. epigr., IX, 119).
Suriaei est suivi d'une lettre a qui se rencontre fréquemment, dans la même position, sur les
amphores sphériques du Castro Pretorio m. Nous en traiterons ci-après dans notre commentaire
d'ensemble.
Les deux numéros qui suivent concernent des fragments dont nous n'avons pas su lire
le nom du mercator figurant en position β :
N° 16 — (Fig. 24 et 25).
Petit fragment de panse, 73 χ 77 χ 16 mm.
Inscription β dont il reste, semble-t-il, sept signes. Le premier est probablement un M;
les quatrième, cinquième et sixième paraissent être NIR.Nomen se terminant par -ni, cognomen
commençant par Ri- ? Nous avons pensé à M.Anni Ri[..], mais le dessin du premier Ν serait
aberrant.
166. R. Thouvenot, Essai sur la province romaine de Bétique, Paris, 1940, p. 271-272; J. Rougé, Recher
ches sur l'organisation du commerce maritime en Méditerranée sous l'Empire romain, Paris, 1966, p. 307.
A Malaga, κοινόν de marchands syriens et asiates (IG, XIV, 2540); à Cordoue : F. Cumont, Une dédicace
à des dieux syriens trouvée à Cordoue, dans Syna, V, 1924, p. 342-345; à Séville : id., Les Syriens en Espagne
et les Adonies à Séville, dans Syria, VIII, 1927, p. 330-331.
167. Par ex. CIL, XV, 3636: pollionis a; 3637: maxsumi a; 3648 : flaui galli.a; 3671 : secundi.a.
u
24. Inscriptions peintes 12, 13, 14, 15, 16.
14
16 25. Inscriptions peintes 12, 13, 14, 15, 16.
66
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
N° 17 — (Fig. 26 et 27).
Fragment de panse, 130 χ 117 χ 17 mm.
β : Inscription pratiquement illisible; traces d'une dizaine de signes, dont ne sont clairs
que le premier, V, et les trois derniers, COM, qui pourraient constituer le début d'un cognomen.
Les autres sont tellement confus et indistincts que nous ne pouvons garantir l'exactitude du dessin.
40 mm plus bas,
γ: ÇXÇ
Bien qu'il ne subsiste que la partie supérieure de ces signes numériques, le chiffre ne fait
guère de doute : 190.
N° 18 — (Fig. 26 et 27).
Anse et fragment de panse, 170 χ 240 χ 19 mm. Le long de l'anse, inscription en cursive
δ: lucreti168
N° 19 — (Fig. 26 et 27).
Petit fragment de panse, 100 χ 65 χ 20 mm. Inscription en cursive
δ : lucr[e]ti a cxçii
Le même gentilice que dans l'inscription précédente, mais la lettre e n'apparaît pas. Il est
suivi d'un a, puis d'une indication numérique : c et χ nous paraissent indubitables. Nous hésitons
en revanche pour le second c et pour le dernier signe d'unité, très évanescent. Si notre lecture est
exacte, nous aurions le nombre 192, et il serait tentant d'y voir, comme c'est très souvent le cas
au Testacelo, la répétition du nombre qui figurait en position γ, c'est-à-dire le poids en livres
de la quantité d'huile contenue dans l'amphore (70 litres).
N° 20 — (Fig. 26 et 27).
Fragment de panse, 105 χ 110 χ 19mm, avec inscription en position δ:
primi, suivi de trois signes probablement numériques : Ivi.
Le nombre 56 est trop faible pour qu'on puisse lui donner la même interprétation que dans
l'inscription précédente ou, infra, dans l'inscription n° 30. Il y a cependant, entre primi et Ivi,
un espace dans lequel pouvait trouver place un signe c qui aurait disparu ?
N° 21.
Fragment de panse, 1 80 χ 220 χ 24 mm.
En haut à gauche, on distingue la longue queue du dernier signe numérique de l'inscription a;
plus bas, les contours du cartouche plus clair dans lequel était l'inscription β, dont rien n'a subsisté;
de γ, en revanche, on distingue, avec peine, les trois derniers signes : deux unités et un semis. Sur
le bord droit du tesson, enfin, sont les traces de l'inscription δ en cursive, très effacées : les deux
dernières lettres, -ci, peuvent être considérées comme sûres; elles sont précédées, semble-t-il, d'un a.
Le cognomen [suri]aci, comme au n°
15, est possible.
168. Ce gentilice au génitif se trouve en même position sur les amphores du Testacelo : CIL, XV, 3705
(lucreti clari, amphore datée de 149) et 4196 (au pluriel : lucretiorum).
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 67
N° 22 — (Fig. 26 et 27).
Haut de panse avec l'attache supérieure d'une anse, 300 χ 285 χ 17 mm.
D'une inscription δ sont conservés un groupe ti, que suit un point de séparation, puis trois
lettres qui paraissent être pip (à la rigueur pir). Après un blanc, deux signes qui nous semblent
représenter, comme il arrive en cette place dans les inscriptions des amphores du Castro Pretorio 169,
des fractions : l'once, et le scripulum (?) 170. Nous dirons, sans plus attendre, que nous ne
comprenons pas le sens de ces indications.
N° 23 — (Fig. 26 et 27).
Fragment de panse, 154 χ 110 χ 18 mm. Les vestiges d'inscription δ sont les mêmes
que sur le tesson n° 22, avec des signes de plus grandes dimensions (lia 12 mm contre 9 mm) :
.. ti.pmp (ou r) — 3
N° 24 — (Fig. 28).
Col d'amphore de petit modèle. Hauteur conservée 180 mm, diamètre de l'embouchure 85 mm.
L'anse droite est complète et porte une estampille de Caius Sempronius Polyclitus.
Inscription α assez mal conservée :
LXX
II semble que le nombre ne comportait que trois signes. Le dernier est très endommagé,
mais on devine une haste verticale : 70 est donc très probable.
N° 25 — (Fig. 28).
Base d'un col, 175 χ 130 χ 17 mm. Inscription en position α :
XC
Pas de traces visibles d'un autre signe après le C. On ne saurait pourtant affirmer que
le nombre soit ainsi complet, et 90 est à considérer comme un minimum.
N° 26 — (Fig. 28).
Très petit tesson, 45 χ 30 χ 10 mm. Sa faible épaisseur nous incite à penser que nous
avons affaire à un fragment de col, et, par conséquent, aux vestiges d'une inscription α :
?] LXX [? ou ?] XXX [?
N° 27 — (Fig. 28).
Petit fragment de panse, 65 χ 35 χ 20 mm. Inscription γ. Bien que les signes soient mutilés
en haut, tout ce qui est conservé se lit aisément :
ÇLXXXVII
II est possible qu'une ou deux unités se soient ajoutées à droite. Le nombre indiqué pouvait
être 187, 188 ou 189.
169. Par ex., CIL, XV, 3678 et 3679: egnatiae = — (quadrans); 3681: iuni =—; 3683: luculli arca
XUIl S = sec(undus) (S = équivaut à bes, 2/3).
170. R. Cagnat, Cours d'épigraphie latine, 4e éd., Paris, 1914, p. 33.
20
17
22
18
19 26. Inscriptions peintes 17, 18, 19, 20, 22, 23.
17
18
20
22
19 27. Inscriptions peintes 17, 18, 19, 20, 22, 23.
28. Inscriptions peintes 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 7.1
N° 28 — (Fig. 28).
Fragment de panse, 140 χ 126 χ 21 mm. Bien que mutilée à gauche, cette inscription en
position γ semble claire :
ÇLXXXX (190)
N° 29 — (Fig. 28).
Fragment de panse, 90 χ 115 χ 17 mm. Inscription γ :
CLXXXXVIIS (197 1/2)
La fine haste mutilée, à droite, nous paraît correspondre à ce que nous avons interprété
comme la fraction semis. Légère incertitude en ce qui concerne le chiffre V, qui se distingue assez
mal des signes qui suivent et qui notent les unités : 193 1/2 n'est pas exclu.
N° 30 — (Fig. 28).
Fragment de panse, avec l'attache inférieure d'une anse, 175 χ 200 χ 16 mm. D'une
inscription δ restent cinq signes dont les deux premiers se devinent à peine dans une tache noirâtre :
içlxi
Le premier i pourrait appartenir à un nom au génitif, précédant une indication chiffrée,
clxi =161. Comme dans le cas du n° 19, il pourrait s'agir de la répétition du nombre qui figurait
en position γ, et, par conséquent, d'un poids correspondant à 58,71 litres.
Amphores de forme Haltern 70.
N° 31 — (Fig. 29 et 30).
Amphore complète (recollée), à l'exception de la pointe. Hauteur conservée 84 cm, diamètre
max. de la panse 36,5 cm.
Elle portait les inscriptions suivantes :
a, sur le col, entre les attaches supérieures des anses,
DEFR(utum)
et, au milieu du col,
EXCEUlens)
β, entre les attaches inférieures des anses :
Q.VRITTI REVOCATI
L'encre noire qui a servi à tracer les lettres s'est décomposée et ces inscriptions sont
apparues pour ainsi dire en négatif, c'est-à-dire en blanc, à la surface de l'amphore encore mouillée.
Elles ont depuis presque complètement disparu. Par bonheur, les fouilleurs avaient photographié
l'amphore dès sa sortie de l'eau. Le dessin que nous donnons ici, dans un souci de clarté, est
le seul de notre série qui n'ait pas été réalisé d'après nature, mais d'après photo, et nous n'en
garantissons pas l'exactitude absolue, en ce qui concerne notamment les dimensions des lettres
(hautes, approximativement, de 7 à 9 mm). Le document qui fait foi est la photographie.
29. Inscription peinte 31
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 73
30. Inscription peinte 31.
74 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
Nous renvoyons ci-après à notre commentaire d'ensemble ce qui concerne la mention,
évidemment très importante, du dejr(utum) excel(lens) m.
Le nom de Quintus Vrittius Reuocatus se prête, contrairement aux autres noms de mercatores
que nous révèle cette série d'inscriptions, à quelques observations intéressantes. Il est lui aussi
inédit. Le gentilice Vrittius est, incontestablement, celte, gaulois 172. Attesté une fois à Rome (CIL,
VI, 16098), il l'est par ailleurs à Die en Narbonnaise (CIL, XII, 1684), à Bordeaux (XIII, 784),
Sens (XIII, 2961), Genève (R.A., 1893, p. 118), et comme marque de potier sur un tesson trouvé
dans la forêt de Compiègne (CIL, XIII, 10010, 2096). On le rapprochera173 de toute une série
de noms fournis par des inscriptions tant latines que gauloises : oupc et Vrit[..], graffiti sur des
tessons de Saint-Biaise (Gallia, XXV, 1967, p. 417 et fig. 23, p. 416) et de Saint-Marcel (Indre)
(REA, LXIX, 1967, p. 325); Vritea à Grenoble (CIL, XII, 2299); V ritto à Nîmes (XII, 3748);
ουρίττακος à Saint-Rémy de Provence (CIL, XII, p. 127, 3) et Ruittacus à Grésy-sur-Aix (Savoie)
(XII, 2476); ουριθθουρίγου à Sernhac (Gard) (Gallia, XX, 1962, p. 637) et enfin Vrituescingos,
marque de potier à Bavai (CIL, XIII, 10010, 2097 b), abrégée Vritues dans des exemplaires
de Boulogne et d'Andernach (ibid., 2097 a et c) m.
Mais le rapprochement de beaucoup le plus intéressant concerne une imposante série d'estamp
illes sur amphores à huile de Bétique, du premier siècle, où le gentilice Vritti, aux lettres diverse
ment ligaturées 175, est suivi de probables noms d'esclaves abrégés 176. Notre Q. Vrittius Reuocatus 177
exporte les produits de la Bétique, et notamment l'huile de cette province (cf. nos nos 12 à 15).
Le nom est assez rare pour qu'il ne soit pas absurde de songer à un lien familial avec Y Vrittius
qui, un peu plus tard sans doute 178, fait fabriquer des amphores en vue, précisément, d'expédier
l'huile que, probablement, il produit. On imaginerait volontiers une concentration verticale et
progressive, du commerce maritime à la production des marchandises elles-mêmes, qui, après tout,
répondrait à une certaine logique capitaliste. Ce rapprochement, toutefois, ne vaut pas preuve,
tant s'en faut, et nous ne pousserons pas plus avant l'hypothèse. On notera de toute façon avec
intérêt que ces Vrittii sont des Gaulois, dont un au moins est, avec une domesticité nombreuse,
installé dans la vallée du Bétis.
171. Infra, p. 86.
172. A. Holder, Altceltischer Sprachschatz, III, col. 42.
173. M. Lejeune, Inscriptions lapidaires de Narbonnaise. VI, Inscription de Sernhac, dans Etudes celtiques,
XIII, 1968-1969, p. 80-83.
174. M. Lejeune, loc. cit., a fait justice de l'interprétation traditionnelle Escingos fecit, en montrant qu'il
s'agit d'un nom composé à premier terme *vritsu-.
175. VR IT TI ou VR ITTI.
176. Callender, n° 1751. Vrittia est peut-être le nomen au féminin. En outre, Vritti Epa(phroditus), Er(os),
Eu(tyches ?), Fes(tus); Vritti Pus, Vritti Se( ), Vritti Tel( ), Vritti Ter( ), Vritti Tr( ). Cette dernière marque,
inédite, semble-t-il, provient de l'anse Saint Gervais dans le golfe de Fos (Musée du Vieil Istres, n" 1816), et
est à ajouter à la liste que donne M. Callender, avec la marque Vritti F es, de même provenance, qu'a publiée
A. Tchernia, Les amphores romaines et l'histoire économique, dans Journal des Savants, 1967, p. 223, n° 2.
Ajouter également Vritti Tif, CIL, XV, 3248, Vritti Li (Thamusida) et Vritti Lib (Souk-el-Arba), Vritti Fav (Ostie)
(relevés de F. Mayet).
177. Le cognomen Reuocatus paraît rare. I. Kajanto, p. 356, n'en relève que cinq exemples, au CIL, III
et en Afrique, et sept dans les inscriptions chrétiennes. Sa présence ici, dans la première moitié du Ier siècle,
exclut pratiquement la « connotation chrétienne » que suggère, dubitativement il est vrai, I. Kajanto (ibid.
et p. 135).
178. Le col de Fos publié par A. Tchernia (ci-dessus, note 176) à l'appui de son esquisse d'une évolution
typologique de l'amphore Dressel 20, est un peu plus récent que nos amphores de Port-Vendres. M. H. Callender
situe, avec raison, la marque ^Vrittius dans la deuxième moitié du Ier siècle (une erreur matérielle est sans
doute responsable de la datation au ine s. qu'on trouve dans la liste dressée par M. Beltrân, Anforas, p. 492).
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 75
N° 32 — (Fig. 31 et 32).
Col, hauteur conservée 330 mm, épaisseur max. 17 mm. A la base,
β : Q VRITTI REVOCAT[I]
Obliquement, le long de l'anse droite,
δ : senecionis
en lettres cursives soignées, d'un trait appuyé.
N13 33 — (Fig. 31 et 32).
Col, avec l'anse droite, hauteur conservée 280 mm, épaisseur max. 17 mm. Ont subsisté,
de l'inscription horizontale β, les lettres finales
OCATI
de Q. V ritti Reuocati.
Obliquement, contre l'anse, est l'inscription δ :
senecionis
en lettres plus petites et plus finement tracées que sur le fragment précédent. On notera la ligature
du premier e et de Vn qui suit.
N° 34 — (Fig. 31).
Amphore reconstituable, à l'exception de la pointe. Vestiges très effacés des inscriptions
β : VOCATI soit [Q . Vritti Re]uocati
δ : sene soit sene[cionis]
N° 35 — (Fig. 31 et 32).
Fragment de panse, avec l'amorce de l'anse droite, 340 χ 240 χ 17 mm. Tout en haut,
vestiges des inscriptions
β : VOCATI soit [Q . Vritti Revocati
δ : ionis soit [senec]ionis
N° 36 — (Fig. 31 et 32).
Col dont seule l'anse droite est conservée. Hauteur totale 360 mm, épaisseur max. 18 mm.
En bas, inscription β particulièrement nette. La lettre initiale est haute de 10 mm, les
suivantes de 8 mm :
Q. VRITTI REVOCA[TI]
L'inscription δ, oblique, le long de l'anse, a laissé des traces, indistinctes.
N° 37 — (Fig. 31 et 32).
Base d'un col, 132 χ 120 χ 14 mm.
β : ITTI REVOCATI soit [Q.Vr]itti Revocati
32
33
ο
e %
?f ·;'.·/··:.···:···■···:·■. :.·.···... ^
36
34
37
31. Inscriptions peintes 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 40.
38
40
32. Inscriptions peintes 32, 33, 35, 36, 37, 38, 40
78
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
N° 38 — (Fig. 31 et 32).
Tesson, 70 χ 80 χ 15 mm. Il porte quatre lettres d'une inscription β :
TTI.R
soit [Q . Vri]tti . R[euocati]
N° 39.
Col, hauteur conservée 270 mm.
Inscription α dont l'encre était décomposée, qui est apparue en blanc et a complètement
disparu. Elle portait, entre les attaches supérieures des anses :
DEFRf utum)
et, en dessous :
EXCEL(lens)
Plus bas, traces du bandeau dans lequel se trouvait l'inscription β, dont aucune lettre n'a
subsisté . De même, le long de l'anse, à droite, amorce d'une bande perpendiculaire; mais rien
n'est plus lisible de l'inscription δ.
N° 40 — (Fig. 31 et 32).
Tesson, 80 χ 95 χ 14 mm.
α: DEF[.], soit def[r(utum)]
Tout à fait en bas, et à droite, minuscule trace d'une lettre qui était sans doute le E initial
de excelilens).
Amphores de forme Pompéi Vil.
N° 41 — (Fig. 33 et 34).
Amphore reconstituée, dont il manque la pointe. Hauteur conservée 80,5 cm, diamètre max.
de la panse 37,5 cm.
Sur le col, à la hauteur de l'attache inférieure des anses, inscription en deux lignes dont
la seconde est bien centrée, la première décalée vers la gauche.
C IVLI / APOLLON(l)
Grandes lettres hautes de 19 mm pour la première ligne (30 mm pour le / final), de 16
à 17 mm pour la seconde; le N, assez effacé, est plus haut (19 mm) et plus large que les signes
qui précèdent; aucune trace de la désinence -i.
Nous avons, dans ce catalogue épigraphique, fait figurer à sa place logique ce Caius Iulius
Apollonius jusqu'ici inconnu. Nous pensons cependant qu'il ne fait pas partie des mercatores qui ont
embarqué leurs marchandises dans le vaisseau qui a sombré devant Port-Vendres. Cette amphore,
en effet, paraît appartenir non pas à la cargaison, mais plutôt aux provisions de bord. Elle est
ornée de graffiti incisés après cuisson : une flèche qui monte vers le nom d'Apollonius, et, de
l'autre côté du col, une croix, un grand dessin en forme d'arête, et, surtout, les lettres PSC que l'on
retrouve semblablement gravées sur plusieurs tessons de céramique commune — à ce jour trois — ,
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 79
appartenant, semble-t-il, à des marmites 179. Sans aller jusqu'à affirmer que PSC sont les initiales
du « patron » du navire, on peut sans doute interpréter ces lettres comme une marque d'apparte
nance à l'équipage : achetée à un C. lulius Apollonius, notre amphore devait être conservée, plutôt,
dans la cambuse, pour la nourriture des matelots.
N° 42 — (Fig. 35).
Fragment de la base du col d'une amphore, 105 χ 65 χ 15 mm. Ce petit tesson porte trois
inscriptions. En position α :
LXXI (71)
S'agissant d'une amphore à saumure, ce nombre nous paraît pouvoir exprimer une capacité,
en sextarii. On aurait ici l'équivalent de 38,83 litres, ce qui nous paraît vraisemblable pour ce type
d'amphore 180.
En position β :
L POMPEI EROTI[S]
Nom de mercaîor inédit, probable affranchi.
Le long de l'anse, en position δ, une inscription en cursive, mutilée et mal déchiffrable : dans
un premier groupe de signes, nous croyons pouvoir lire (avec l'aide de R. Marichal) les lettres
-spa-, et même -ispa- : soit, probablement, le nom [h]ispa[ni] (qui se trouve, en cette position, sur
une amphore Dressel 20 du Castro Pretorio, n° 96 = CIL, XV, 3639); plus difficile encore, le
second groupe : un /-, ou un u-, lié à un -a-, que suit un -/ ?
N° 43 — (Fig. 35).
Base de col et haut de panse, avec l'attache inférieure des anses, hauteur conservée 300 mm,
épaisseur max. 19 mm.
Inscription en position β :
Q VIBI ÇHARITONIS
En dépit de lettres effacées et de certaines bizarreries graphiques — un R très écrasé et mal
séparé de VA qui précède, un Τ muni, à son extrémité inférieure, d'un appendice horizontal très
empâté — la lecture n'est pas douteuse.
Le cognomen grec de Quintus Vibius Charito indique sans doute un affranchi; et tel est aussi
le cas des Vibii que nous connaissons déjà par les inscriptions peintes : L. Vibius Hermès au Castro
Pretorio, sur amphore à huile Dr. 20 {CIL, XV, 3668), et L. Vibius Polyanthus, sur amphore à
huile du Testacelo, au nc s. (CIL, XV, 4045). Le gentilice est des plus répandus et ne permet
guère d'autre commentaire.
Autre vase.
N° 44 — (Fig. 35).
Tesson de petit vase en terre commune, de pâte gris-jaune, enduit de poix à l'intérieur,
179. Cf. infra, p. 115 et fig. 41.
180. Chiffres analogues, en cette position, sur les amphores de Vindonissa, cf. Marichal, p. 534-542 :
n° 4, LXXII; n° 11, LXIII; n° 29, LXIIII; n° 31; LXIIII;

39,
LXIIII. Mais il ne s'agit probablement
pas de poids en livres (ibid., p. 542).
vMOLLO
%
33. Inscription peinte 41 et graffiti sur le col de l'amphore.
34. Graffiti sur l'autre face de l'amphore.
42
43
35. Inscriptions peintes 42, 43, 44.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 83
48 χ 65 χ 4 mm. Il a conservé des traces d'inscriptions : deux lettres en haut à gauche (un C,
peut-être, ou plutôt un G, suivi d'un signe que nous n'identifions pas, et deux en bas à droite, juste
au-dessus d'un mince filet en léger relief (peut-être un L, suivi d'un signe très effacé et indéter
minable).
Les restes d'inscriptions et le tesson lui-même ne permettent pas de se faire une idée précise
de la nature et de la destination de ce vase.
II. — Commentaire
1. Les amphores Dressel 20. Métrologie. Le sens des inscriptions α et γ.
Les amphores Dressel 20 de Port-Vendres nous donnent l'occasion, rare, de reprendre et de
vérifier les hypothèses et les calculs de H. Dressel concernant la signification des indications chif
frées fournies par les inscriptions figurant en position α et γ, qui ne peuvent évidemment se rap
porter qu'au poids ou à la capacité des amphores et à la quantité de marchandise qu'elles conte
naient. Utilisant cinq amphores intactes du Castro Pretorio 181, parmi lesquelles quatre avaient
conservé à la fois l'inscription α et l'inscription γ, Dressel a obtenu un résultat indubitable, et fon
damental, concernant tout à la fois la signification de γ et la nature du produit : il s'agit du poids
en livres (de 0,327 kg) 182 de Y huile contenue dans ces amphores. Pour trois de ces dernières en
effet, le calcul, qui consiste à convertir la capacité, directement mesurée en litres, en sextarii (de
0,547 1), puis à multiplier le résultat obtenu par le poids spécifique de l'huile d'olive transmis par
les sources antiques183 (un sextarius d'huile pesant 1,5 livre romaine184), aboutit à un résultat
presque parfait 185 :
ο
η
110
104
99
106
Capacité en 1
59
59,5
63
39
Sextarii
107,86
108,775
115,17
71,297
Poids en livres d'huile
161,79
163,16
172,76
106,94
Inscr. γ
162
166
173
153 1/2
Le résultat est en revanche aberrant pour la quatrième et Dressel se demande si cette am
phore 186 n'aurait pas contenu., du miel. Il eût mieux fait, nous semble-t-il, de mettre en question
sa propre lecture ou encore une négligence dans la graphie de l'inscription : il suffirait, en effet, de
181. Et non du Testacelo, comme dit par erreur O. Bohn dans son commentaire à CIL, XIII, 10004, 1.
182. C'est la valeur classiquement attribuée à la livre romaine, et dont nous nous servons comme a fait
Dressel. De nouveaux calculs, auxquels fait allusion J. Lafaurie, Réformes monétaires d'Aurélien et de
Dioclétien, dans Revue numismatique, XVII, 1975, p. 75, aboutissent, au moins pour le iv« siècle, à un poids
de 324,72 g.
183. Dressel fait référence aux Scriptores metrologici Graeci, éd. Hultsch, I, p. 223, 239, 247, etc.
184. Soit une densité de 0,896.
185. Castro Pretorio, p. 149-153.
186. Qui n'est pas une «Dressel 20», mais une «Dressel 19» (forme 10 dans la planche du Castro
Pretorio}, c'est-à-dire la forme précurseur des amphores à huile de Bétique.
84
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
lire, comme deuxième chiffre, un V au lieu d'un L (ce qui, au vu du dessin, est possible à la r
igueur 187), pour avoir non pas 153 1/2, mais 108 1/2, poids d'huile qui correspond à un volume
de 39,56 litres.
A partir du moment où l'inscription γ représente le poids du liquide contenu dans l'amphore,
la logique veut que le chiffre, plus faible, qui figure en position a, indique le poids de l'amphore
vide, l'addition des deux correspondant au poids de l'amphore pleine. Les vérifications de Dressel
ont été, sur ce point, décevantes :
ο η
110
104
99
106
Poids réel (kg)
II convient d'
107
24,500
27,800
27
19,900
ajouter une ampi
20,800
Inscr. α
69 1/2
73
72
50 1/2
îore intacte qui
58
a conser
kg
22,726
23,871
23,707
16,513
vé la seule inscription oc
18,966
Différence Ρ - a
+ 1,774
+ 3,929
+ 3,293
+ 3,387
+ 1,834
La différence est, chaque fois, sensible, et toujours en faveur du poids réel, supérieur à
l'équivalent en kilogrammes du nombre a. Elle n'est pas telle cependant qu'il faille renoncer absolu
ment à interpréter α comme le poids de l'amphore vide; d'autre part, on y observe, nous semble-
t-il, une certaine constance, qui est peut-être significative : dans trois cas (n08 104, 99, 106), elle
est proche de 10 livres romaines (3,270 kg); dans les deux autres cas, elle équivaut, à peu de chose
près, à 5 livres (1,635 kg). Pour les nos 104 et 99,83 livres (LXXXIII) et 82 1/2 (LXXXIIS), au
lieu de 73 (LXXIII) et 72 1/2 (LXXIIS), nous donneraient des poids (respectivement 27,141 et
26,977 kg) très proche d'à pour le n° 104 et égal à α pour le n° 99. Pour le n° 110,74 1/2 au lieu
de 69 1/2, c'est-à-dire la substitution d'un X à un V (LXXIIIIS et non LXVIIIIS), nous donnerait
24,361 kg, pour un poids réel de 24,500 kg. Sans doute, dans ces trois cas, les dessins publiés par
Dressel 188 ne paraissent-ils guère contestables. Pour le n° 107 189, en revanche, aux signes passa
blement effacés, l'interprétation du deuxième chiffre comme X, et non V, n'offre aucune difficulté,
et nous proposerions volontiers de lire 63 (LXIII) au lieu de 58 (LVIII), soit 20,601 kg, pour un
poids réel de 20,800. Quant au n° 106, nous sommes à peu près certains qu'il faut rectifier la
lecture de Dressel, et interpréter non pas 50 1/2 (LS), mais 60 (LX) 19°, soit 19,620 kg, pour une
amphore qui pèse en fait 19,800 kg. Incontestablement, nous nous sentons gênés par le fait que
ces cinq exemples constituent autant d'anomalies, et qu'il nous faille, pour les expliquer, recourir
chaque fois à l'hypothèse d'une erreur, soit d'écriture, soit de lecture. Cette hypothèse du moins
nous paraît plausible, et les inscriptions de Port-Vendres nous encouragent, comme on le verra
plus loin, à la maintenir, malgré nos scrupules 1β1.
187. Castro Pretorio, pi. XV-XVI, n° 5.
188. lbid., n° 4, 2, 16.
189. lbid., n° 15.
190. lbid., n° 5.
191. Ces scrupules sont d'autant plus forts que H. Dressel est le plus sûr des guides. Nous ne saurions
assez dire l'admiration qu'éprouve quiconque fréquente son œuvre et se lance sur ses traces pour sa science, mais
aussi pour son honnêteté et sa rigueur (qui l'a sans doute empêché d'émettre les hypothèses que nous fo
rmulons ici).
L'EPAVE PORT-VENDRES II 85
Nous ne connaissons, en dehors du Castro Pretorio, qu'une seule autre expérience confront
ant le poids réel d'une amphore Dressel 20 avec un chiffre, figurant dans une inscription δ, mais
considéré comme la répétition de celui qui figurait en α : il s'agit de l'amphore de Bonn publiée par
Dressel et reprise par O. Bohn au CIL, XIII 192. Ce chiffre est CVS (105 1/2), soit 34,498 kg,
alors que l'amphore ne pèse que 30 kg. Le cas est donc inverse de celui qui se présente au Castro
Pretorio 193. Mais l'amphore est mutilée, privée de son col et de ses anses, avec des lacunes. Intacte,
dit O. Bohn, elle dépassait certainement les cent livres. Soit. Et nous lui donnons raison de persister
à voir dans les chiffres inscrits en α le poids de l'amphore vide.
Les amphores de Port-Vendres ne nous permettent, malheureusement, qu'une vérification
indirecte, et approximative. Nous n'avons pas, en effet, d'exemplaires entiers, dont le poids et la
capacité soient mesurables et qui aient conservé leurs inscriptions peintes. Nos mesures ont porté
sur deux amphores seulement, recollées et qu'on a pu remplir d'eau sans les faire éclater 194.
La première 195, de petit modèle (haut. 65 cm, diam. max. de la panse 48,5 cm), pèse à vide
22,850 kg et pleine d'eau 68,800 kg : elle contient 45,950 litres.
La seconde 196, qui correspond à un modèle plus grand (haut. 72,5 cm, diam. 53,5 cm), pèse
à vide 28,400 kg, pleine 98,200 kg : elle contient 69,800 litres.
Quant aux inscriptions peintes, elles nous fournissent les chiffres suivants :
o η
1
4
6
8
9
10
11
15
17
19
20
24
25
27
28
29
30
Inscr.a
97
87
92
103 1/2
70
90
kg
31,719
28,449
30,084
33,844
22,890
29,430
Inscr.7
(ou δ)
209 1/2
199 1/2
176
(minimum)
190
180
190
192
156 (?)
187
190
197 1/2
161
Sextarii
d'huile
139,66
133
117,33
126,66
120
126,66
128
104
124,66
126,66
131,66
107,33
litres
d'huile
76,397
72,751
64,181
69,286
65,640
69,286
70,016
56,888
68,192
69,286
72,021
58,710
192. CIL, XIII, 10004, 1. Cf. supra, note 132.
193. Nous ne savons d'où A. Grenier, qui, à l'évidence, ne connaît pas l'article de Dressel sur le matériel
du Castro Pretorio, tire sa remarque selon laquelle « généralement le poids marqué à cette place dépasse
légèrement le poids réel de l'amphore » (p. 610, note 1).
194. On a, pour assurer l'étanchéité, introduit dans les amphores une enveloppe en matière plastique de
ballon météorologique, dont le poids a été retranché du résultat de la pesée.
195. Supra, fig. 9, 3.
196. Supra, fig. 9, 2 et 5.
86
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
En ce qui concerne a, une seule inscription porte un LXX (à vrai dire légèrement incertain),
qui, correspondant à 22,890 kg, rejoindrait tout à fait les 22,850 kg de la première des deux
amphores que nous avons pesées (dont la lèvre est mutilée et qui devait être légèrement plus lourde).
Les cinq autres chiffres correspondent à des poids oscillant entre 28,449 et 33,844 kg : notre seconde
amphore est donc à la limite inférieure, égale en poids à l'amphore qui portait l'inscription n° 4.
Au total, ces chiffres nous semblent assez bien confirmer qu'il s'agit effectivement du poids du
récipient vide.
Pour γ, nous n'avons aucun chiffre correspondant à une capacité proche des 45,950 litres de
la première amphore. Les chiffres 156 (n° 20) et 161 (n°
30), qui figurent sur des inscriptions δ et
dont l'interprétation est sujette à caution, représentent des volumes modestes, sans doute (56,888 et
58,710 litres), mais nettement supérieurs. Les dix autres chiffres vont de 176 à 209 1/2, soit 64,181
à 76,397 litres; six d'entre eux se situent entre 187 et 192 : 68,192 à 70,016 litres. Notre seconde
amphore (69,800 litres, équivalant à un poids de 191 livres romaines) est dans cette majorité. La
démonstration de Dressel en est, s'il en était besoin, confortée : il s'agit bien en γ du poids de
l'huile contenue dans l'amphore.
On voit par le tableau qui précède que les amphores Dressel 20 de Port-Vendres présentent
des contenances — et des dimensions — assez diverses, avec une nette prédominance (du moins
au stade actuel de la fouille) d'un modèle dont la capacité frôle les 70 litres. Si tant est qu'un pareil
calcul ait un sens — nous l'indiquons seulement pour fixer les idées — , nous obtenons, en intégrant
toutes les données dont nous disposons jusqu'à présent, une moyenne de 66,314 litres pour la
capacité m, de 28,458 kg pour le poids à vide 198, le rapport capacité/poids du récipient étant de
2,33 et le poids total moyen d'une amphore pleine d'huile de 87,875 kg.
Les chiffres correspondant pour les amphores du Castro Pretorio 199 sont : capacité 60,800
litres, poids à vide 23,119 kg, rapport contenance/poids 2,63, poids de l'amphore pleine 77,600 kg.
Et, pour le Testacelo 200 : capacité 76,374 litres, poids à vide 28,438 kg, rapport contenance/
poids 2,68, poids de l'amphore pleine 96,86 kg.
Les Dressel 20 de l'épave Port-Vendres 2 ont donc une capacité moyenne supérieure à celles
du dépôt du Castro Pretorio, qui présente un bon nombre de modèles précoces et de petit format;
elles apparaissent comme particulièrement robustes, puisque leur poids moyen est équivalent à
celui des amphores du Testacelo qui, aux IIe et ine siècles contiendront dix litres de plus; du même
coup, le rapport entre la quantité de marchandise transportée et le poids de l'emballage est légèr
ement moins bon. On notera cependant, en général, combien ce rapport est excellent pour toutes
ces amphores sphériques 201, et l'avantage qui en résultait pour le transport maritime. On notera
aussi le poids énorme — et qui croît au fil du temps — des amphores pleines, et la difficulté cor
rélative de leur manutention.
2. Le contenu des amphores Haltern 70.
Le renseignement sans doute le plus important que nous donne notre série d'inscriptions
peintes réside dans la mention que portent une amphore Haltern 70 et deux tessons appartenant à
197. Moyenne sur quatorze chiffre*
198. Huit chiffres seulement.
199. Respectivement 26 chiffres γ et 27 chiffres a.
200. Pour le Testacelo, nous n'avons pas procédé à un pointage exhaustif. Nous nous sommes contentés
de 32 amphores qui ont conservé à la fois le chiffre α et le chiffre γ.
201. Si nous les comparons aux autres formes d'amphores, par exemple les amphores vinaires d'époque
républicaine (Dressel 1), pour lesquelles ce rapport est généralement voisin de 1. Notons qu'il est de 1,7
pour l'amphore Haltern 70 dont nous avons pu mesurer la capacité {supra, p. 33).
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 87
des amphores du même type : respectivement defr(utum)/ excel(lens) (n° 31 et 39) et def[r(utum)] (n° 40). L'abréviation defr ne peut, en effet, se développer autrement qu'en dejrutum, et le defrutum
(ou dejritum) n'est autre chose qu'un vin cuit. Il s'obtient par réduction du moût à la cuisson, comme
la sapa, et nous sommes incapables, à vrai dire, de faire la différence entre les deux produits, nos
sources étant parfaitement contradictoires 202 : pour Pline, une réduction de moitié donne le defrutum,
et des 2/3 la sapa 203; pour Varron et pour Columelle, c'est exactement l'inverse 204.
Nous connaissons, à Pompéi, des inscriptions mentionnant ce contenu : une amphore, de forme
XI, indique def(rutum)/excel(lens)/C. Antoni Rustici, avec, le long de l'anse, le nom Fortunat(i) 205;
une autre, portant de même defr(utum)/excel(lens)/[..]can[..], est attribuée par M. Della Corte à la
forme VII 20β : ce qui est pour le moins étrange, puisque, nous le savons, et par notre épave même,
cette forme est celle d'une amphore à saumure; nous savons aussi, il est vrai, qu'au tome IV du
CIL, les renvois à la table des formes sont souvent approximatifs, que la forme VII semble regrouper
en fait toute la série des amphores à saumure d'Espagne du Sud (Dressel 7-11), qui, nombreuses à
Pompéi, n'apparaissent pas dans la table de Schône-Mau 207; comme par ailleurs les amphores
Haltern 70 ont été et sont encore souvent confondues dans cette série, il n'est pas impossible qu'on
ait eu affaire, en réalité, à un récipient de ce type ao8. Deux autres amphores pompéiennes mention
nant le defrutum sont, incontestablement, vinaires 209. On trouve aussi trois vases de petites dimens
ions 210.
Consommé comme boisson ou utilisé comme ingrédient dans mainte recette culinaire 2U, le
defrutum servait à « bonifier » le vin, c'est-à-dire, sans doute, dans bien des cas, à le falsifier : une
amphore de Pompéi précise que le vin qu'elle contient est sine defrito 212. On s'en servait aussi pour
conserver les olives 213. L'inscription de Vindonissa, publiée par O. Bohn, oliva/ nigra/ ex defr(uto) 214,
202. Cf. J. André, édition de Pline, N.H., 14, coll. des Universités de France, Paris, 1958, p. 114, note 5.
203. Pline, N.H., 14, 80 : Nam siraeum, quod alii hepsema, nostri sapam appellarli, ingeni, non naturae
opus est, musto usque ad tertiam mensurae decocto. Quod ubi factum ad dimidiam est, defrutum uocatur.
204. Varron, ap. Non. 551, 18; Col., 12, 19, 1.
205. CIL, IV, 5585. Cette inscription, dont le libellé est typique des amphores exportées d'Espagne du Sud
(cf. Zevi, Appunti, p. 233) surprend sur une amphore de forme Pompéi XI. En ce cas comme dans d'autres
(cf. infra), on se demande quel crédit on peut faire au renvoi à la table des formes.
206. CIL, IV, 9324.
207. F. Zevi, Appunti, p. 234,, note 77.
208. Que vaut, en fait, cette hypothèse ? Tout récemment, et postérieurement à la rédaction de ces lignes,
N. Georgiadis a enrichi la collection du musée du Vieil Istres (cf. supra, note 130, in fine) d'un tesson portant
DEF{rutum). Ce tesson n'est pas gros, mais comporte l'attache d'une anse, qui nous semble appartenir à un
autre type d'amphore d'Espagne du Sud, piriforme, disons, pour fixer les idées, Beltrân II Β . En fait des dis
tinctions seront à coup sûr à opérer, dans l'avenir, à l'intérieur de ce « type », en ce qui concerne et la forme
et le contenu.
209. CIL, IV, 9323 (forme VIII) : pa/def et 10266 (forme XII) : pafflv/ ' defrit.
210. CIL, IV, 5586, 5587 et 10265 (forme III) : defrit/ A'Romulo.
211. Cf. Apicius, passim.
212. CIL, IV, 5588 (forme XII) : ab Clodio Clemente de/superiore sine defrito. Cf. Caton, Agr., 24 :
recette pour fabriquer du faux vin grec.
213. Caton, Agr., 7,4: orchites... in defrutum condito.
214. Bohn, p. 208, n" 13; avant lui, Th. Eckinger, A.S.A., 1908, p. 320; après lui, Grenier, p. 622. Le
commentaire de Grenier, repris par M. H. Callender, p. 38, est pour le moins confus et en partie erroné : « A
l'olive noire, dit-il, s'oppose Y oliva alba, qu'il convient de traduire par « verte ». Cette olive verte est qualifiée
de dulcis ou ex dulci qui s'oppose au ex defruto de l'olive noire ».· Si l'inscription de Pompéi CIL, IV, 2610
porte oliva alba dulce (se. condita), et celle de Rome CIL, XV, 4802 oliva alb(a) ex dul(ci), celle de Chiavenna
CIL, V, 8111,1 ne se rapporte pas à l'olive verte: ol{ivà) nig(ra) ex dul(cï) excel(lens), pas plus que AE,
1952,155 = Not. se, 1950, p. 49 (Milan), de rédaction identique. Il n'y a pas, en fait, la moindre opposition
88
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
présente pour nous un particulier intérêt. S. Loeschcke, en effet, dans sa publication de la céramique
du camp d'Oberaden 21δ, indique que le fragment d'amphore sur lequel elle figure appartient à la
forme Haltern 70 (= Oberaden 82); il attribue également à cette forme deux autres fragments de
Weisenau (Mayence) qui portent oliva nigr(a) ex dejr(uto) penuar(ia) excell(ens) 216. Dans les trois
seuls cas, dit-il, où le rapport entre l'inscription et la forme de l'amphore est bien établi, ce sont
des olives que contient la forme 82. Les amphores de Port-Vendres nous permettent d'avancer une
explication : les olives en question auront été mises, en fait, dans des amphores à dejrutum, c'est-
à-dire dans des amphores à vin.
La remarque de Loeschcke semble, à vrai dire, ne guère avoir retenu l'attention des spécial
istes 217, et le contenu des amphores Haltern 70 nous demeurait, en fin de compte, inconnu. Elles
ont été, nous l'avons dit, souvent confondues, soit, pour les variantes à haute lèvre, avec les am
phores «catalanes» de forme Pascual 1 218, soit, surtout, avec la série Dressel 7-11, et, tout
particulièrement, la forme 10 219. Même lorsqu'elles en sont clairement distinguées, la parenté in
discutable qui les lie aux amphores de cette série (elles sont contemporaines, produites dans la
même région, exportées ensemble et trouvées ensemble sur les mêmes sites, au point d'arrivée, ou
de naufrage 22°) a entraîné le plus souvent les chercheurs à leur attribuer, par analogie et à titre
d'hypothèse, le même contenu : les produits divers des pêcheries ou ateliers de salaisons de la côte
de Bétique ou de Lusitanie du Sud 221. Les amphores de Port-Vendres nous donnent — si l'on
excepte le cas trop particulier et par là même trompeur des amphores de Windisch et de Weisenau
signalé par Loeschcke, la première indication de contenu indubitable pour ce type très répandu dans
entre olive noire et olive verte, ni entre ex defruto et ex dulci. Dulce est en effet le nom que les Romains
donnent au vin de liqueur, vin cuit ou vin de raisin séché (passum), et le defrutum se range inter dulcia (Pline,
N.H., 14, 93, citant Plaute, Pseud., 741; cf. les emplois de dulce substantif dans Thés. L.L., V, col. 375 et
notamment ceux de Pline, N.H., 20, 65 : addito dulci, 20, 161 in dulci tntum, 23, 11 : in dulci conditae).
215. S. Loeschcke, dans Oberaden 2, p. 100-101.
216. K. Kôrber, dans Mainzer Zeitschrift, 4, 1909, p. 21 et 6, 1911, p. 133. Le dessin donné par Kôrber ne
laisse effectivement aucun doute. Erreur de Callender, Roman Amphorae, p. 17, attribuant cette amphore à sa forme
8 (= Dr. 7-9); relevée par A. J. Parker, Evidence of underwater archaeology for Roman trade in the Western
Mediterranean, dans Colston Papers nu 23, Marine Archaeology, éd. par D. J. Blackman, Londres, 1973, p. 363;
mais Parker a tort de préférer la première lecture de Kôrber (1909): oleum, à sa rectification de 1911 : oliua.
217. Elle est notée, sans plus, par M. Vegas, Ceràmica comun Romana del Mediterràneo occidental, Bar
celone, 1973, p. 135.
218. A. Tchernia, Les amphores vinaires de Tarraconaise, p. 39-42 et 55-56.
219. M. Beltrân, dans son ouvrage Las ànforas romanas en Espaha, est victime de cette double confusion :
avec les Pascual 1 (cf. Tchernia, art. cité, p. 55-56) et avec les amphores à saumure de sa forme I {op. cit.,
p. 388 et suiv.). En ce qui concerne la forme Dressel 10, on peut se demander si le rapprochement ne remonte
pas à Dressel lui-même : l'embarrassante mention de Vamin(eum) sur une amphora non magna, formae 10
similis (CIL, XV, 4533; cf. F. Zevi, Appunti, p. 245) pourrait se référer non pas à un vin de Tarraconaise
(suggestion d'A. Tchernia, art. cité, p. 69, note 76), mais à un vin de Bétique ? Cette hypothèse est déjà, impli
citement, dans M. H. Callender, op. cit., p. 18, puisqu'il rattache cette amphore à sa forme 9 (en revanche, la
référence qu'il fait, ibid., à Castro Pretorio, p. 99, est à rejeter : amphore transportant du garum pour le compte
des A A A Unii).
220. A. Tchernia a noté (Informations archéologiques : recherches sous-marines, dans Gallia, XXVII, 1969,
p. 499) que les amphores Haltern 70 de l'épave de la tour Sainte Marie au cap Corse (au nombre de 182 sur un
total de 565 amphores récupérées lors de la fouille de 1967) se trouvaient en grande majorité dans une des deux
moitiés de l'épave et peuvent avoir été embarquées avant ou après les amphores à saumure : le fait trouve son
explication dans leur contenu différent.
221. C'est ce que j'ai dit moi-même dans l'article consacré aux lingots d'étain (Gallia, 33, 1975, p. 62),
alors que nous ne connaissions pas encore les inscriptions mentionnant le defrutum (B.L.). Voir aussi E. Ettlinger,
Aspects of Amphora - Typology, - seen from the North, dans Méthodes classiques et méthodes formelles;
M. Beltrân Lloris, Problemas de la morfologia, ibid.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 89
tout l'Occident romain. Bien entendu, il serait absurde d'en inférer que toutes les amphores Haltern
70 ont contenu du defrutum. Il n'est pas absurde, en revanche, nous semble-t-il, d'affirmer dès
maintenant qu'il s'agit d'amphores vinaires 222.
Notre épave apporte du même coup une contribution fondamentale à la solution d'un pro
blème irritant, souvent évoqué 223, qui suscite la polémique 224, celui des exportations du vin de
Bétique, ou, plutôt, de leurs traces archéologiques. Si les textes en effet sont, sur ces exportations,
parfaitement explicites, à commencer par la phrase si souvent citée de Strabon :
εξάγεται δ'έκ της Τουρδητανίας σΐτός τε και οίνος πολύς και ελαιον ου πολύ μόνον, άλλα και
κάλλιστον 225, nous ignorions 226 dans quel type de récipient ce vin était transporté. Il n'est pas
douteux que cette lacune a conduit André Tchernia, par exemple, dans le temps où il illustrait les
amphores vinaires de Tarraconaise 227, à minimiser quelque peu la portée des témoignages, li
ttéraires et numismatiques 228, concernant le vin de Bétique. Les amphores Haltern 70 apportent
une très rassurante confirmation archéologique : en elles, nous identifions un des récipients dans
lesquels ont été transportés les produits du vignoble andalou, pour une époque qui commence sous
Auguste et qui sans doute n'atteint pas le dernier tiers du Ier siècle de notre ère 229. D'autres types
d'amphores les ont à coup sûr précédées, et suivies, ou peuvent même avoir été employés dans le
même temps pour la même fonction. Nous commençons d'ailleurs à entrevoir quelques pistes à
suivre. Nous avons, tout récemment, à la Direction des Recherches archéologiques sous-marines,
trouvé des pépins de raisin au fond de deux amphores ovoïdes prélevées par un pillard sur l'épave
Β du Grand Congloué à Marseille 230; connues en outre en Provence sur l'épave 5 de Planier 231,
222. En dépit d'un texte du Digeste, XXXIII, VI, 9, sur lequel André Tchernia a attiré notre attention
et dont il résulte que le defrutum pouvait être considéré plus comme un assaisonnement, un condiment, que
comme un vin à proprement parler : dans le cas où un testateur lègue à un héritier le vin de ses caves, (uino
legato) defrutum non continebitur, quod potius conditurae loco fuit. La correction proposée par Mommsen,
fit pour fuit, n'est à notre avis pas bonne, et le sens est clair : « le defrutum qui a plutôt tenu lieu de
condiment » — entendons dans l'esprit et dans les habitudes du testateur. Il faut en effet lire la suite, et, par
exemple : item acetum uini appellatone non continebitur. Haec omnia ita demum uini nomine non continentur
si modo uini numero a testatore non sunt habita, et rapprocher ce qui était dit au § 1 du même chapitre :
uino legato acetum quoque continetur, quod pater familias uini numero habuit. Ce ne sont là, en fait, que
subtilités juridiques.
223. M. Beltrân Lloris, Anforas, p. 602; Problemas...; A. Tchernia, Les amphores vinaires de Tarraconaise,
p. 77.
224. Cf. R. Etienne, A propos du vin pompéien, dans Neue Forschungen in Pompeji, Deutsches Arch.
Institut, 1975, p. 309-316.
225. Strabon, III, 2, 6; en outre, Columelle, I, Préface, 20 : Vindemias condimus ex insulis Cycladibus
ac regionibus Baeticis Gallicisque.
226. En dépit de ce que donne à croire R. Etienne, art. cité, p. 311, dans une note (49) à vrai dire
prémonitoire : le problème était justement de savoir lesquelles des « amphores de Bétique bien connues par
les naufrages et les découvertes de fours » sont des amphores vinaires.
227. A. Tchernia, art. cité. p. 77.
228. Evoqués ibid. et rassemblés par M. Marchetti, art. Hispania du Diz. epigrafico d'E. De Ruggiero, III,
Rome, 1922, p. 780. Il s'agit des cités dont les monnaies portent des grappes de raisin : Orippo (A. Vives
y Escudero, La moneda hispanica, Madrid, 1924, III, p. 92-93 et Atlas, pi. CX) et Osset (ibid., p. 94-95 et pi. CXI);
Acinippo {ibid., p. 82-83 et pi. CV) et Turri Regina (ibid., p. 52 et pi. XCIII); Iulia Traducta (IV, p. 114-117
et pi. CLXIV) et peut-être Baesippo (cf. Hiibner, CIL, II, p. 242). Voir infra notre chapitre de conclusions,
p. 129.
229. Sur la chronologie des amphores Haltern 70, cf. supra, p. 35.
230. Et Y. Chevalier nous dit avoir fait la même constatation au moment de la découverte du gisement,
en 1964. Sur cette épave, les amphores qu'elle contient et les rapprochements auxquels elles prêtent, cf. A. Tchernia,
Informations archéologiques: recherches sous-marines, dans Gallia, XXVII, 1969, p. 484-485.
231. F. Benoit, Nouvelles épaves de Provence, III, dans Gallia, XX, 1962, p. 158, fig. 20-21.
90
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
sur celles du Titan 232 et du cap Sicié 233, et datées du Ier s. av. J.-C, ces amphores présentent avec
les Haltern 70 des analogies de technique (tout particulièrement l'anse à rainure centrale), de pâte
aussi dans certains cas 234 et un air de parenté 235; les deux types se trouvent ensemble dans le
grand dépôt d'amphores, qui date de l'époque augustéenne, découvert récemment à la Lungarina,
près d'Ostie; tel exemplaire pourrait même constituer un intermédiaire entre l'un et l'autre 236. Une
seconde piste est, sans doute, bien que nous n'ayons, à tout prendre, aucun indice certain de leur
contenu, celle des amphores Dressel 1 C, abondantes en Espagne du Sud, représentées (par un seul
col, il est vrai) dans le four d'Algésiras fouillé par le R. P. Sotomayor 237, fabriquées également à
Belo, si nous en croyons Claude Domergue 238. Il semble enfin, d'après les recherches récentes de
M. Beltrân, que plusieurs fours de Bétique aient produit, en même temps que des amphores à sau
mure, des amphores assimilables à la forme Dressel 2-4 : celui, déjà nommé, d'El Rinconcillio près
d'Algésiras 239, celui, tout proche, de Guadarranque, entre Algésiras et Carteia 240, celui, peut-être,
de Puente de Carranque à l'Est de Malaga241. Les témoignages invoqués sont, pour le moment,
assez minces. Mais, après la découverte de fours produisant des amphores Dressel 2-4 en Narbon-
naise 242 et en Tarraconaise 243, il ne serait pas étonnant qu'il s'en rencontre également en Bétique 244
et que ce type d'amphore vinaire se soit peu à peu généralisé, dans l'Occident romain, au cours du
Ier siècle. Rien de tout cela ne permet encore la certitude 245. En revanche, les inscriptions des
232. Id., Epaves de la côte de Provence : typologie des amphores, dans Gallia, XIV, 1956, p. 24, fig. 1, 14;
Ph. Tailliez, Travaux de l'été 1958 sur l'épave du Titan, dans Actes du IIe congrès intern. d'archéologie sous-
marine (Albenga, 1958), Bordighera, 1961, p. 185, fig. 5.
233. A. Tchernia, art. cité de Gallia, XXVII, 1969, p. 482, fig. 33 et p. 483.
234. Par exemple entre les Haltern 70 de Port-Vendres, celles aussi de la Tour Sainte Marie, et les
amphores ovoïdes de Planier 5. Mais ni l'un, ni l'autre type ne sont, de ce point de vue, homogènes.
235. Indiqué déjà par A. Tchernia, art. cité, p. 485. Les deux types d'ailleurs ont été rapprochés de la
forme 10 de Dressel (ou encore de Dressel 24 : cf. d'une part les exemplaires reproduits par M. Beltrân,
Anforas, p. 518, fig. 207 et, d'autre part, la question que se posait S. Loeschcke, Oberaden, p. 100, de savoir
si la forme Haltern 70 = Oberaden 82 était répertoriée par Dressel sous le n° 10 ou le n° 24, ou absente
de Rome parce qu'exportée sur le Rhin à partir d'une autre région et non importée en Italie.
236. Nous devons à l'amitié d'A. Tchernia d'avoir pu examiner les photographies de ces amphores dont
il doit assurer l'étude et la publication en collaboration avec Fausto Zevi : vifs remerciements à tous deux.
237. M. Sotomayor, Hornos romanos de anforas en Algeciras, dans Xe Congreso nacional de Arqueologia
(Mahón, 1967), Saragosse, 1969, p. 394, fig. 5. Photographie dans A. Tchernia, Les amphores vinaires de
Tarraconaise..., p. 57, fig. 13. Voir aussi M. Beltrân Lloris, Problemas de la morfologia...
238. C. Domergue, Belo, I, la stratigraphie (Casa de Velâzquez, série Archéologie, fase. 1), Paris, 1973,
particulièrement p. 111-112 et 114-115. Nous ne suivrons pas Domergue quand il propose de voir dans ces
amphores des récipients à garum, en arguant qu'il est « difficile » qu'à l'époque préaugustéenne ou augustéenne
« on ait produit à Belo des amphores pour autre chose que pour le transport des salaisons et du garum ». Les
exportations de vin sont incontestablement anciennes (le texte de Strabon, écrit en 17-18 de notre ère,
procède presque sûrement de Posidonius et décrit un état de choses qui remonte à la première moitié du Ier s.
av. J.-C), et, d'autre part, Belo est dans une zone que les monnaies (celles de Iulia Traducta, de Baesippo,
cf. note 228) indiquent comme productrice de vin. Si l'on doit placer des ateliers d'amphores à Belo, il est
normal qu'ils aient fabriqué en même temps les récipients nécessaires aux deux productions essentielles de
la région.
239. M. Beltrân Lloris, Problemas de la morfologia... avec fig. 21, 1.
240. lbid., avec fig. 26 à 30.
241. lbid.; M. Beltrân renvoie à A. Lopez Malax-Echeverria, Malaca romana, Malaga, 1969, p. 9 et fig. 4,
5 et 7.
242. A. Tchernia et J.-P. Villa, Note sur le matériel recueilli dans la fouille d'un atelier d'amphores
à Velaux (Bouches-du-Rhône), dans Méthodes classiques et méthodes formelles, avec fig. 1.
243. A. Tchernia, Les amphores vinaires de Tarraconaise..., p. 60-70.
244. La présence de Dr. 2-4 avec des Dr. 20, des amphores piriformes et des Dr. 28 sur l'épave nouvelle
de Tiboulen de Maire (cf. supra, note 125 bis) constitue peut-être une indication en ce sens. A suivre, en tout cas.
245. Une autre piste, peut-être, du côté des amphores piriformes ? Cf. supra, note 208.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES H 91
amphores Haltern 70 de Port-Vendres nous paraissent apporter, dans cette recherche, un repère
très solide : les témoins archéologiques de l'exportation des vins de Bétique commencent, enfin, à
apparaître.
3. Les mercatores.
Pour la première fois, une liste de commerçants exportateurs de l'huile, des conserves de
poisson, du vin de la Bétique nous est fournie par l'épave d'un seul et même navire. Nous
disposons ainsi d'un document ponctuel, sans doute, et très partiel, mais de première main, sur
les structures du commerce maritime romain au milieu du Ier siècle après J.-C.
Le point le plus important nous paraît être, incontestablement, la pluralité de ces expor
tateurs : si nous mettons entre parenthèses, au moins provisoirement et pour la raison que nous
avons dite, le nom de C. Iulius Apollonius (n°
41), nos inscriptions nous font connaître, à ce jour,
neuf noms différents de négociants qui ont embarqué leurs marchandises sur un même navire.
Nous n'avons donc pas affaire au cas simple — et que nous imaginons peut-être plus volontiers —
d'un naviculaire unique, propriétaire à la fois du bateau et de sa cargaison 24°, ou d'un negotiator
louant les services d'un armateur et de son navire pour transporter un chargement qui lui
appartient tout entier : au moins neuf mercatores (nous pensons qu'il est préférable de les appeler
ainsi 247) ou bien se sont mis d'accord pour fréter ensemble, louer en commun à un naviculaire,
le bateau qui depuis la Péninsule ibérique transporterait la marchandise acquise par chacun d'entre
eux, ou bien — ce qui est peut-être plus vraisemblable étant donné leur déjà grand nombre —
ont passé chacun pour son compte accord avec le transporteur 248. En tout état de cause, une telle
association et un chargement ainsi composé ne laissent pas à coup sûr de poser des problèmes
pratiques et juridiques complexes. Le plus évident est celui de l'identification de la part de
la cargaison appartenant à chacun; les amphores à huile de notre épave, par exemple, appartiennent
à sept mercatores différents : il n'est pas douteux que toutes devaient être, grâce aux inscriptions
peintes, dûment étiquetées. Et de même pour les autres types. Parallèlement, il était indispensable
que fût dressée, par le magister nauis, la liste très précise des marchandises embarquées et
de leurs divers propriétaires, le connaissement 249. Ces mesures devaient permettre à chacun non
seulement de reconnaître son bien au déchargement, mais encore de préserver ses droits en cas
de dommage, dans le cas notamment où la fortune de mer aurait été plus préjudiciable à tel ou
tel mercator plutôt qu'aux autres 25°.
246. L'exemple littéraire le plus fameux est celui de Trimalcion : Concupiui negotiari{..), quinque naues
aedificaui, oneraui uinum — et tune erat contra aurum — , misi Romam.. (Pétrone, Satiricon, 76).
247. C'est le terme choisi par F. Zevi, Appunti, passim. Nous adoptons quant à nous la nomenclature
suggérée par J. Rougé, Recherches sur l'organisation du commerce maritime en Méditerranée sous l'Empire
romain, Paris, 1966, p. 290-291: «entre le mercator et le negotiator n'existe pas de différence de fonction,
mais uniquement des différences de degré (...). Si nous voulons enfin symboliser cette différence en matière
de commerce maritime, nous dirions que, sauf exception, le negotiator, lorsqu'il frète un navire pour les besoins
de son commerce, le frète en entier, le mercator au contraire n'en frète qu'une partie, soit qu'il se contente
de louer une place sur le navire pour lui et sa marchandise, soit qu'il s'entende avec d'autres pour fréter en
commun un navire ·».
248. Il n'est pas exclu d'ailleurs que le bateau ait appartenu à l'un d'entre eux.
D'autre part, nous ne parlons ici que des amphores, mais nous n'oublions pas que les lingots font partie,
eux aussi, de la cargaison.
249. J. Rougé, op. cit., p. 368.
250. Les recueils juridiques nous renseignent surtout sur les problèmes posés par le jet, au cours d'une
tempête, d'une partie de la cargaison. Cf. Digeste, XIV, 2, 2, pr. : Si laborante naue iactus jactus est, ammissarum
mer cium domini, si mer ces uehendas loca uer uni, ex locato cum magistro nauis agere debent : is deinde cum
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D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
On notera bien évidemment que cette pluralité de mercatores ne correspond nullement à
la variété des marchandises transportées : les amphores à huile — les plus nombreuses — appar
tiennent à au moins sept exportateurs, dont six ne semblent pas avoir transporté une autre denrée :
les Coelii (n08 1, 2, 3), seule entreprise associant plusieurs membres d'une même famille, L. Pompeius
Vrbanus (nos 4, 5, 6, 7), C.Titius Caprarius (nos 8, 9, 10), C.Voconius Ti.. (?) (n° 11),
M. Annius R.. (?) (n° 16), ..V..Com..(l) (n° 17). Même constatation en ce qui concerne les deux
exportateurs de conserves de poisson, L. Pompeius Eros (n° 42) et Q. Vibius Charito (n° 43).
Pour le vin, en revanche, toutes les inscriptions jusqu'ici retrouvées portent le nom de Q. Vrittius
Reuocatus (n08 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38), qui, par ailleurs, exporte aussi de l'huile
(nos 12, 13, 14 et, peut-être, 15): il s'ajoute ainsi à la liste des exportateurs «polyvalents»251
des produits de la Bétique, que nous connaissons déjà — mais pour l'huile et les saumures —
au Castro Pretorio: les A A. Atinii252, A.Atilius Macer253, P.Attius Seuerus25*, C.Nonius
Omullus 255, les QQ. Caecilii 256. Hasard de la fouille, peut-être ?, on notera que son nom apparaît
sur treize de nos tessons inscrits, tandis que les noms des huit autres mercatores se répartissent
sur quinze amphores seulement : ou bien l'on a fouillé surtout, jusqu'ici, la partie du navire où
se trouvaient les amphores de Q. Vrittius, ou bien sa part de la cargaison était particulièrement
importante (ces deux propositions ont, d'ailleurs, des chances d'être vraies l'une et l'autre).
Les noms de ces mercatores — y compris celui de C. Iulius Apollonius — , sont, ainsi que
nous l'avons dit déjà, tous inédits et ne prêtent à aucun rapprochement prosopographique qui soit
réellement éclairant, sauf peut-être, précisément, celui a' Vrittius, dont les liens familiaux sont
possibles, et même vraisemblables, avec un homonyme qui, un peu plus tard dans le premier
siècle, possède une figlina ou des jiglinae fabriquant des amphores Dressel 20, et peut-être aussi
le jundus produisant l'huile qu'elles contiennent257.
Il n'est pas non plus possible, à l'heure actuelle, de mettre en rapport les noms des mercat
ores avec ceux qui figurent sur les estampilles des amphores Dressel 20 : un seul fragment en
effet, estampillé au nom de C. Sempronius Polyclitus (le mieux représenté jusqu'ici sur notre épave),
a conservé une inscription peinte, mais c'est une inscription α qui ne comporte qu'un chiffre (n° 24).
La suite de la fouille et de l'étude du matériel devrait sur ce point nous apporter les indications
qui nous manquent.
Au total, et avec toutes les réserves que nous impose l'impossibilité où nous sommes encore
d'évaluer avec exactitude l'importance globale de la cargaison et la part qui revient à chacun,
reliquis, quorum merces saluae sunt, ex conducto, ut detrimentum pro portione communicetur, agere potest.
Et encore Digeste, XIV, 2, 4, 1 : sed si nauis, quae in tempestate iactu mercium unius mercatoris leuata est, in
alio loco submersa est, et ali[qiï]orum mercatorum merces per urinatores extractae sunt data mercede, rationem
haberi debere eius, cuius merces in nauigatione leuandae nauis causa iactae sunt, ab his qui postea sua per
urinatores seruauerunt. Le cas évoqué ici aurait pu se présenter pour notre épave : jet dans la tempête d'abord,
puis intervention de plongeurs professionnels, les urinatores, qu'auraient rendue facile la proximité de Portus
Veneris et la faible profondeur; en fait, le navire paraît s'être fracassé à tel point que l'éventualité d'une récupé
ration partielle nous semble très douteuse.
251. A. Tchernia, Amphores et marques d'amphores de Bétique à Pompéi et à Stables, dans MEFR, 1964,
p. 443; puis F. Zevi, Appunti, p. 234.
252. F. Zevi, ibid., p. 235 et note 78 : AA Atinis sur Dr. 20 {CIL, XV, 3639, 3640 et 3641), Dr. 7 (4739),
Dr. 7 ou 10 (4699), Dr. 9 (4698), Dr. 10 (4744), Dr. 13 (4695 et 4697), Dr. 28 (4700) et Dr. 39 (4696).
253. Sur Dr. 20 {CIL, XV, 3636) et Dr. 10 (4720).
254. Dr. 20 {CIL, XV, 3642, 3644 et 3645) et Dr. 10 (4748 et 4749).
255. Sur Dr. 20 à Vindonissa (Bohn, n" 15, p. 209; Marichal, n" 5, p. 534) et sur Dr. 10 au Castro
Pretorio {CIL, XV, 4745). Cf. F. Zevi, Appunti, p. 236-237.
256. QQ Caecilis sur Dr. 20 {CIL, XV, 3646), Dr. 9 et 10 (4753 et 4754).
257. Cf. supra, p. 74.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 93
nous avons l'impression d'avoir affaire, avec les mercatores de l'épave de Port-Vendres, à des
commerçants moyens, qui groupent leurs expéditions, et non pas à de grosses sociétés de commerce
maritime, qui, sans doute, auraient chacune chargé de leurs marchandises le vaisseau tout entier.
Il est bien évident qu'à l'époque où nous sommes, le trafic si considérable des produits de la
Péninsule ibérique, et, plus généralement, le commerce maritime de l'Empire, présentaient plus
d'un visage. Celui que nous offre l'épave de Port-Vendres est particulièrement complexe et vivant.
4. Contenu et sens des inscriptions δ.
Nous abordons ici, sans aucun doute, la partie la plus difficile de notre commentaire. Les
inscriptions qui figurent sur les amphores de Port-Vendres en position δ, obliquement par rapport
à α, β, γ, le long de l'anse droite, sont, comme celles des amphores du Castro Pretorio et de
Pompéi, bien plus brèves que leurs homologues des π* et 111e siècles provenant du Monte Testacelo,
dont il faut cependant les rapprocher pour essayer de les comprendre. Il nous faudra du même
coup reprendre, ne fût-ce que sommairement, le problème global de la signification de ces
inscriptions δ, qu'on considère trop facilement, à notre sens, comme résolu une fois pour toutes.
Les quatorze inscriptions que nous offrent jusqu'à présent les amphores de Port-Vendres
présentent une caractéristique commune : un nom propre de personne, qui, au demeurant, se
retrouve presque partout, au Castro Pretorio comme au Testacelo 258; sur les amphores de haute
époque, il constitue l'élément essentiel et souvent unique des inscriptions : une sorte de signature,
qu'il faut identifier.
Il s'agit d'un nom unique, gentilice comme Lucreti (nos 18 et 19), ou cognomen comme Hispani
(n° 42), Primi (n° 20), Senecionis (nos 32 à 35), Suriaci (n° 15) 259. Il importe, à ce propos, de réagir
contre l'appellation générique de « noms serviles » qu'on tend à attribuer indistinctement aux
personnages des inscriptions δ 260 : ceux de Port-Vendres qui portent les cognomina rappelés
ci-dessus ne nous paraissent pas être des esclaves; ils peuvent être, en revanche, des affranchis.
Dressel a fort bien noté la diversité des noms qui figurent au génitif, en δ, sur les amphores
du Testacelo 261 : affranchis ou ingénus, désigné par nomen et cognomen : Aeli Aeliani, Aemili
Agathonici, Aemili Phronimi, Anni Callisti, Anni Clarini, Anni Felicis, Atili Sperati, Atti Corne-
liani, Calpurni ..., Corneli Proc(u)li, Dasumi Epaphroditi, Fabi Gemelli, Flaui Seueri, luni Rutiliani,
Lucreti Clari, Manli Aui[ti], Postumi Olympi, Sepulei Campani, Seruili Clementis, Seruili Prisci,
Valeri Fortunati ?] 262, etc.; esclaves probables, en revanche: Anthi, Erotis, Leonis, Nicerotis,
Telesphori 2e3, etc; noms de femmes aussi, qui doivent être le plus souvent des affranchies : Valeriae
Patriciae Philogae(ae), Cocceiae Fundanae, Mummiae Quartul{ae), Apuleiae, Fabullae, Flauianae,
Rufinae2M, etc.; des noms enfin, au pluriel, d'associés d'une même famille: Lucretiorum, Pupil-
loru(m) 265. Ces constatations auront leur importance, quand nous essaierons de déterminer ce
258. Au Testacelo, toutefois, quelques inscriptions 5, apparemment complètes, ne comportent pas de nom
propre de personne au génitif. Et ces exceptions ne manquent pas d'intérêt : infra, p. 94 et note 273, p. 102.
259. A quoi s'ajoutent les noms dont il ne subsiste que la désinence -ti (η" 22, 23) ou -i (n" 30).
260. F. Zevi, Appunti, p. 233; M. Beltrân, Anforas, emploie le terme systématiquement, et il est choquant
de voir l'épithète « servile » accolée à des noms comme Calpurnius (p. 229, n° 66), Cornélius (p. 282), Porcius
(p. 243, n° 167) ou Pollio (p. 222, n" 35).
261. CIL, XV, p. 563, col. 2.
262. Respectivement: CIL, XV, 4049, 4166, 4363, 3806 et 3939, 4297, 4170, 3866, 3954 et 3955, 4365,
4274, 3827, 4047, 4370, 4312, 3704 et 3705, 4430, 3726, 3706, 4052, 4217 et 4218, 4222.
263. Ibid., 4016, 3703, 3864, 3770 et 3771, 4219.
264. Ibid., 4224; 3949 et 3950; 3749; 3731; 3736; 3765, 3863, 3867 et 3868; 3945.
265. Ibid., 4196, 4210.
94
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
que sont ces personnages. Au Castro Pretorio, on trouve de même des nomina, d'hommes :
Calpurni, Flaui Galli, Anni..., Porci, Atti..., C. luni, Sisenna[e] (peut-être), L. V esoni, et de femme,
comme Egnatiae 266, et des cognomina tels que Pollionis, Maxsumi, Hispani, Iuliani, Montani,
Certi, Secundi, Céleris, Celsi, etc. 2βτ. Il semble bien qu'il y ait peu d'esclaves dans ce personnel
du Ier siècle.
Une de nos inscriptions de Port-Vendres pose un problème difficile : celle qui porte le mot
Montanum, dont la désinence est absolument certaine (n° 14). S'il s'agit du cognomen personnel
Montanus, ce qu'a priori nous inclinerions à croire, en raison de sa fréquence, en raison aussi de
l'analogie de libellé avec les inscriptions homologues (cf. par ex. le montani aa gam du Castro
Pretorio) 268, nous ne nous expliquons pas cet accusatif. Mais une autre solution peut être
cherchée par analogie avec les inscriptions du Testacelo où figure un adjectif neutre en -num ou
en -e(n)se suivi d'un nom de personne au génitif, ou d'un chiffre, ou encore des signes aa ou άά, etc. :
par ex. titacianum auili attici, portense tutili pontiani, messianum άάά is 269. Dressel y voit, sans
nul doute avec raison, des adjectifs qui, dérivés de noms de personnes ou de noms de lieux,
désignent le fundus d'où provient la marchandise contenue dans l'amphore : il nous invite à sous-
entendre oleum 27°, à comprendre « huile provenant du fundus Titacianus, du fundus Portensis »
(et à voir, ajouterons-nous, dans le nom au génitif qui suit, celui du propriétaire, peut-être, ou du
régisseur du domaine en question 2n).
Peut-on, dans ces conditions, songer au produit d'un fundus Montanus? L'hypothèse n'est
aucunement à rejeter, et elle trouve appui d'une part dans une inscription mutilée du Testacelo,
datée de 149 et mentionnant le nom d'Hispalis, où se lit très nettement -ntanum, suivi d'un chiffre 272,
et, d'autre part, dans un certain nombre d'inscriptions, toujours au Testacelo, où l'adjectif qui
évoque le domaine n'est pas accompagné d'un nom au génitif273. L'épithète ainsi interprétée ne
saurait alors dériver d'un nom de personne 274 et pourrait faire allusion à la situation du fundus,
en quelque sorte le « domaine de la montagne ».
En dépit de leur nombre réduit et de leur brièveté, nos inscriptions h de Port-Vendres
présentent une incontestable variété : 1. Les plus simples comportent seulement le nom propre que
nous venons d'évoquer : tel est le cas des amphores vinaires Haltern 70, où le cognomen senecionis
fait chaque fois écho au nom du mercator Q. Vrittius Reuocatus inscrit en position β
(η° 32 à 35);
sur Dressel 20, il semble bien que le n° 18 n'ait présenté rien d'autre que le gentilice lucreti.
Les exemples ne manquent pas, au Castro Pretorio, d'inscriptions δ aussi brèves : porci, liguris, mauri,
sisenna{é) 275, pour les amphores à huile; et c'est le cas à peu près général pour les amphores
266. Ibid., 3647, 3648, 3655, 3663, 3666, 3681, 3687, 3688, 3678.
267. Ibid., 3636, 3637, 3639, 3642 et 3643, 3644, 3646, 3671, 3675, 3676.
268. Ibid., 3644.
269. Ibid., 3832, 3826, 4432; voir en outre p. 562, col. 2 et p. 563.
270. Dressel, ibid., p. 563, col. 1, propose oleum, garum et uinum; on peut exclure les deux derniers
termes, puisque ses scrupules sur le contenu de la forme 20 ne sont plus de mise.
271. En fait, Dressel, ibid., voit plutôt en eux des employés subalternes attachés au fundus. Cf. ci-après, p.
101 et note 321.
272. CIL, XV, 4246, restituée \mo\ntanum par E. Hiibner, Nuevas fuenîes para la geografia antigua de
Espana, dans Bol. de la Real Academia de la Historia, XXXIV, 1899, p. 490.
273. Cf. CIL, XV, 3855: ...marcianum XXV[..]er; 3856: ...cornelianum άά x\\ .; 4201: ...maxsimianum
xxvi lyr?; 4204: ...norbianum άά lascius; 4323 : ...trecesisese xxxz£ nes( )...; 4432 : 9\ astig cciis \ messianum
άάά is ianuar(ius).
274. On aurait Montanianum, comme on a Germanianum (3762), Maxsimianum (4201), Sabinianum (3819),
Seuerianum (4073).
275. CIL, XV, 3663, 3682, 3685, 3687.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 95
à saumure, à Rome, à Pompéi et ailleurs 276. 2. Le nom propre est suivi des signes a : sudaci a (n° 15),
ou aa : montanum aa (n° 14). 3. Il est suivi d'un nombre : primi [c]lvi (n° 20) et [...]/' clxi (n° 30).
4. Il est suivi à la fois du sigle a et d'un nombre : lucreti a cxcii (n° 19). 5. il est suivi d'une
abréviation complétée par des signes dans lesquels il nous a semblé reconnaître des fractions
numériques (n08 22 et 23).
Nous avons dit notre impuissance à résoudre cette abréviation et à comprendre le sens de
ces fractions277: nous n'y reviendrons pas. Les nombres (156, 161, 192) constituent, pour des
amphores Dressel 20 du Ier siècle, une nouveauté : on ne les trouve pas au Castro Pretorio;
les amphores du Testacelo, où l'inscription δ répète presque toujours le chiffre figurant en γ,
celui du poids d'huile contenu dans l'amphore, nous fournissent une explication hautement probable,
et il n'est pas besoin d'insister davantage 278. Il nous reste à examiner le problème des signes a et aa,
et à nous interroger à la fois sur l'identité des personnages mentionnés et sur le sens qu'il est raison
nable de proposer pour ces inscriptions elles-mêmes.
Les signes a et aa que nous rencontrons trois fois à la suite du nom propre (nos 15 et 19;

14)
ont leurs homologues sur les amphores du Castro Pretorio : pollionis a, maxsumi a, flaui galli. a,
secundi.a 279, celsi.a 280, montani aa 281. Pour Dressel, le sens ne fait pas de doute, et il faut
développer a(rca) ou a(rc)a, par analogie avec l'inscription CIL, XV, 3683 où le mot figure en
toutes lettres suivi d'un nombre fractionnaire, qui est 14 2/3 ou 18 2/3: luculli arca xiiii
s = sec(undus); et il y a, de fait, une correspondance tout à fait satisfaisante entre le libellé de cette
inscription et celui des n08 3642 : iuliani a xvi gam{us) et 3643 : iuliani a xvi for(tunatus ?). Cela
dit, si Dressel, avec raison sans doute, et vu l'ordre des mots, repousse l'idée d'une relation entre
le nom au génitif et le mot arca (il ne s'agit pas de Varca de Lucullus, de Iulianus, etc.) 282, il ne
s'explique clairement ni la relation entre arca et le nombre — éventuellement fractionnaire —
qui suit, ni la fonction du mot dans ces inscriptions, ni la nature même de cette arca. Et nous
partageons son embarras. A lire entre les lignes, il semble que pour Dressel (qui, ainsi que nous
le verrons, considère que l'expédition des amphores est assurée par l'administration impériale),
elle se confond avec un bureau ou une caisse du fiscus. Il doit s'agir bien plutôt, dans ce Ier siècle
— comme au second siècle, où les amphores ne portent pas plus souvent la mention de Varca — ,
d'un bureau d'expédition privé 283.
Nous ne croyons guère, au demeurant, au développement de aa en a(rc)a 284. Dans une
inscription du Castro Pretorio, les deux a sont surmontés d'apices : céleris άά 285; une autre peut
se lire lupi άά 286. On ne peut dès lors s'empêcher de penser aux signes άά, άάά, etc., suivis parfois
de fractions, que l'on trouve souvent sur les amphores du IIe siècle au Testacelo. On sait que ces
276. Dans notre n° 42, le nom [h]ispa[ni] est complété par quelques signes, que nous n'avons pas identifiés.
Supra, p. 79.
277. Supra, p. 67.
278. Supra, p. 66, 71.
279. Références supra, p. 63, note 167.
280. CIL, XV, 3676.
281. lbid., 3644.
282. Cf., sur les questions évoquées ici, CIL, XV, p. 561, in fine.
283. E. Hiibner, art. cité, p. 481, faisait déjà cette objection à Dressel, qui, il est vrai, et avec plus de
scrupule que de clarté, n'excluait pas que les amphores les plus anciennes — celles donc du Castro Pretorio —
pussent renvoyer à un commerce privé {CIL, XV, p. 561, col. 1); cf. aussi R. Etienne, Les amphores du Testacelo
au IIIe siècle, dans MEFR, LXI, 1949, p. 176: «les armateurs n'ont plus, comme au IIe s., leurs affranchis et
leur bureau d'expédition privé ».
284. Marichal, p. 532, note que cela serait, au Ier siècle, tout à fait surprenant.
285. CIL, XV, 3675.
286. lbid., 3684. Mais il s'agit peut-être de lupi xx.
96
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
signes ont été interprétés par Tenney Frank comme l'indication de la taxe douanière acquittée à
l'embarquement de l'amphore : deux as, trois as, etc. 287. Hypothèse ingénieuse, mais qui n'a
aucune valeur démonstrative et dont Robert Etienne a dès longtemps souligné la fragilité 288.
Après une vérification que nous avons fait porter sur toutes les inscriptions δ du Testacelo publiées
au CIL, XV, nous ne pouvons que juger avec sévérité un article que la renommée de son auteur
a rendu aussitôt classique. Frank, en effet, a pris en considération une dizaine d'inscriptions δ
qui présentent à la fois ces signes et une indication chiffrée, dans laquelle il a proposé de reconnaître
le prix, en sesterces, de l'amphore et de son contenu : à un chiffre xx (20 sesterces) correspondant
un signe άά (deux as), à un chiffre xxx (30 sesterces) un signe άάά (trois as), il concluait que la
taxe douanière était, pour l'Espagne, de 2 1/2 % de la valeur de la marchandise, soit 1/40,
une quadragesima. Or, s'il était clair dès le début que pour deux des dix exemples évoqués (et,
dans un cas, de l'aveu même de Frank 289), la correspondance n'existe pas, un pointage systématique
porte à treize ou quatorze le nombre des cas défavorables à sa thèse, contre sept ou huit cas
seulement où le système fonctionne normalement : ce qui fait, somme toute, beaucoup d'oublis 290.
Ajoutons que l'interprétation proposée des signes άά, etc., suivis souvent de fractions compliquées
287. Tenney Frank, On the Export Tax of Spanish Harbors, dans Am. Journ. of Philology, LVII, 1936,
p. 87-90.
288. R. Etienne, «Quadragesima» ou «Quinquagesima» Hispaniarum ? , dans REA, LUI, 1951, p. 65-67.
289. Art. cité, p. 89; mais il s'agit de CIL, XV, 3994 et non pas 3884.
290. Le tableau donné par Frank est le suivant :
n° (du CIL, XV) symbol value
3856 άά xxs (20 sesterces)
(on notera que le s qui suit le chiffre 20 est, d'une part, douteux, au dire de Dressel, et d'autre part interprété
par Frank comme voulant dire sestertii, alors que l'interprétation logique est, ces nombres étant bien souvent
fractionnaires, semis (1/2) ).
3886 άά xx
(douteux, selon Dressel)
4016 άά xx
4179 άάά χχχ
4194 άά χχ
4243 άά χχ
4334 άάά χχχ
4366 άά χχ
4218 άά χνΐη?
(ou, peut-être, pour cette dernière inscription où xviii, déjà, ne convient pas, xiiii).
Les inscriptions oubliées nous fournissent les données suivantes :
3865 óós- xxviiii
(selon Frank, 2 asses 7/12)
3868 aas-
3869 dâs =
(2 asses 2/3)
3994 άά
4189 άά
4208 άά
4236 άά
4254 άά
4273 άά
4326 άάά
4339 άά
4348 άάϋϋζ /C
(selon Frank, 4 asses 5/24)
4437 άά
χχνιιι
a ou υ
χχν (ou χχχ)
viii
XXV
XXV
viii
XXX
xvii
xxii
xxi
vii
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 97
(qui rendent au demeurant assez peu vraisemblable qu'il s'agisse d'une taxe) 291 est fort discutable 292.
Enfin, si l'on examine tous les chiffres de la série à laquelle Frank emprunte ceux qu'il considère
comme indiquant le prix des amphores, on s'aperçoit qu'ils s'échelonnent — et Dressel l'avait fort
bien noté — de 1 ou 2 à 40 1/2 (et peut-être même 60) 293, avec, il est vrai, une prépondérance
de chiffres se situant entre 20 et 36; Dressel, d'ailleurs, avait fait remarquer qu'on ne saurait penser
à une indication de mesure ou de prix, parce que les chiffres sont trop différents pour des amphores
qui sont à peu près de la même taille 294.
La thèse de Tenney Frank a, malheureusement, été accueillie avec une sorte d'enthousiasme
par Siegfried de Laët, qui, dans son ouvrage sur le Portorium, fonde sur elle presque toute sa
description du district douanier espagnol 295 : les cités mentionnées par les inscriptions δ du Testacelo,
Astigi, Hispalis, Corduba, Portus (Gaditanus), Malaca, sont des stationes du Portorium (mais,
curieusement, sont passées sous silence Castulo 296 et Lacca 297). En outre, une inscription d'Mberis-
Grenade, datée — sur des critères paléographiques — du IIe siècle 298, indique clairement qu'à
cette époque la taxe douanière était pour l'Espagne une quinquagesima, de 2 %; l'augmentation
des droits, le passage à une quadragesima, étant attesté par une inscription d'Ostie qui mentionne
un empereur surnommé Antoninus2^, de Laët, constatant que les neuf amphores sur lesquelles
Frank étaie son argumentation s'échelonnent chronologiquement de 145 à 179, conclut que cette
réforme date d'Antonin le Pieux. R. Etienne, qui croit, et à juste titre, qu'elle est due à Septime-
Sévère et que le nom Antoninus désigne Caracalla, a fait remarquer 30° que nous n'avons pas
jusqu'à présent, au Testacelo, d'amphore datée avant 140 et qu'« une fouille plus complète ris-
291. Le calcul de la taxe à payer par un exportateur supposerait une comptabilité effrayante, consistant à
additionner des centaines de petites sommes très compliquées (2 as 7/24, par exemple). Le bon sens veut
plutôt qu'on ait additionné des poids d'huile (le chiffre γ) et calculé la taxe à partir de la valeur totale de la
quantité de marchandise exportée.
292. Il est difficile d'admettre à la fois que άά isolés signifient asses duo, et que dans la séquence, par
ex., aaiiiiztt, ils doivent se traduire simplement par asses : asses quattuor + sextans + semuncia (4 5/24 et non
7/24 comme indiqué p. 88, note 3); que aais s'interprète asses (sic) 1 1/2; άάά signifiant pour lui 3 as, Frank
s'avoue incapable d'interpréter Mais (CIL, XV, 4432).
293. CIL, XV, 4379.
294. lbid., p. 562, col. 2 : de mensura quadam uel de pretti sïgnificatione in c et d nos cogitare uetant
ipsae notae in amphoris eiusdem fere magnitudinis nimium uanantes (la série dont nous traitons ici est la série
c, encore qu'il soit parfois difficile de distinguer c de d; il semble bien que d répète le chiffre que certaines
amphores portent sous l'anse, dans une position que Dressel a désignée par la lettre ε).
Ajoutons que les prix suggérés par Tenney Frank seraient incroyablement bas. Nous avons peu de docu
ments concernant le prix de l'huile, mais nous savons par exemple qu'à Pompéi une livre d'huile pouvait coûter
4 as, soit un sesterce (CIL, IV, 4000; cf. L. Breglia, Circolazione monetale ed aspetti di vita economica a
Pompei, dans Pompeiana, Naples, 1950, p. 51, ou R. Etienne, La vie quotidienne à Pompéi, Paris, 1966, p. 230).
Il est impensable, en dépit du bon marché de l'huile espagnole, que, 70 ans environ plus tard, une amphore
contenant quelque 200 livres ait valu 20 sesterces, et la livre d'huile, par conséquent, dix fois moins, en chiffres
absolus, qu'à Pompéi.
295. S. de Laët, Portorium, Etude sur l'organisation douanière chez les Romains, surtout à l'époque du
Haut-Empire, Bruges, 1949, p. 286-294.
296. Lecture à vrai dire un peu douteuse sur un seul tesson (CIL, XV, 4137), comme c'est le cas aussi pour
Malaca (4203); celui où Dressel a lu le nom de Castulo est de 234 et comporte un reste d'inscription β : ...is
patrimoni; or, plusieurs amphores de cette époque portent, en cette position, la mention Fisci rationis patrimoni
prouinciae Tarraconensis. On a trouvé aussi à Castulo une inscription, qui n'est plus qu'un titre : Rescriptum
sacrum de re olearia (A. d'Ors Perez Peix et R. Contreras de la Paz, Nuevas inscripeiones romanas de Castulo,
dans Archivo Esp. de Arqueologia, XXIX, 1956, p. 126 = A.E., 1958, 9).
297. CIL, XV, 3718, 3731, 3789, 3926, 3927, 3978, 3981, 4030, 4175, 4221.
298. CIL, II, 5064 = D 1462.
299. CIL, XIV, 4708 : Statio Anto(nini) Aug(usti) n(ostri) XXXX G(alliarum) et Hispaniar(um) hic.
300. Art. cité, p. 67, note 5.
98
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
querait d'amener des tessons portant άά et antérieurs à cette date ». En fait, un tel tesson existait
déjà — et peut-être deux — , au Castro Pretorio, antérieur, par conséquent, d'environ un siècle 301.
Rien de solide, donc, ni dans l'hypothèse de Frank, ni, par suite, dans les conclusions qu'en
a tirées de Laët. Mais l'article du premier 302 et l'ouvrage du second ont accrédité l'idée, aujour
d'hui communément admise, que les inscriptions en position δ ont été apposées sur les amphores
par les employés du Portorium 303. Il nous a paru salutaire de regarder d'un peu près, fût-ce au
prix d'une longue digression, sur quels arguments reposait cette idée — qui, au demeurant se heurter
ait à d'autres difficultés, dont nous parlerons plus loin 304 — et de mettre vigoureusement en ques
tion ce que nous appellerions volontiers, et jusqu'à nouvel ordre, le mythe du contrôle douanier 305.
Quant à la signification des signes a ou aa, άά, etc., qui se rencontrent aussi quelquefois à
Pompéi sur des amphores espagnoles à saumure 3oe, et des fractions qui souvent, au Testacelo, les
accompagnent, mieux vaut avouer à nouveau307 qu'à l'heure actuelle, nous ne la comprenons pas.
Les inscriptions δ sont-elles, en fait, la marque d'un contrôle ? Trois de leurs composantes
le donnent à penser. C'est d'abord, sur les amphores Dressel 20 du Testacelo et aussi sur trois de
celles de Port-Vendres, la répétition du chiffre figurant en γ, qui est celui du poids d'huile que
contient l'amphore. En bonne logique, ce qui doit être avant tout vérifié et certifié, c'est la quantité
de marchandise. Mais cette répétition n'est pas indispensable : on ne la trouve pas, avons-nous dit,
au Castro Pretorio, elle n'est pas non plus sur la majorité de nos inscriptions de Port-Vendres. Le
chiffre de γ pouvait suffire, avec le nom de personne au génitif, et même, dans le cas où l'inscrip
tion ne comporte rien d'autre, ce nom seul308, qui garantit certainement au destinataire — c'est-
à-dire, à notre sens, au commerçant exportateur — la conformité du produit en qualité et en
quantité, à condition que des renseignements plus précis à cet égard lui soient transmis par ail
leurs, sous la forme, par exemple, d'un bordereau d'expédition. Avec le temps, cependant, les
inscriptions δ deviennent plus détaillées; il n'est pas douteux qu'en 140, le « contrôle » a pris —
nous ne savons quand — un caractère officiel, que, probablement, il n'avait pas au Ier siècle : le
sigle Ά , d'une part, la date consulaire, d'autre part, ne nous paraissent pas pouvoir s'expliquer
autrement.
Nous devons, à propos de ce contrôle, essayer de répondre à quelques questions très simples.
Celle, d'abord, du moment où il pouvait avoir lieu. On observera que tout vrai contrôle portant
sur la quantité de la marchandise devient impossible après que l'huile a été mise dans les am
phores, et avant le momeni où, au terme du voyage, on peut la transvaser dans un autre récipient.
301. CIL, XV, 3675 et 3684, cités supra p. 95; cf. en outre CIL, XV, p. 562, note 4.
302. Auquel se sont ajoutées, l'année suivante, les Notes on Roman Commerce, dans J.R.S., 27, 1937,
p. 72-79.
303. Par ex., et pour nous borner à des études récentes, M. H. Callender, Roman Amphorae, p. 21-22 et
passim; F. Zevi, Appunti, p. 233; T. R. S. Broughton, Some notes on Trade and Traders in Romain Spain, dans
Polis and Imperium, Studies in Honour of Howard Togo Salmon, Toronto, 1974, p. 19 et 20; H. Pavis
d'Escurac, La Préfecture de l'Annone, service administratif impérial, d'Auguste à Constantin, Paris, 1976
(BEFAR, 226), p. 196, note 213.
304. Infra, p. 99.
305. M. Beltrân, Anforas, p. 619, exprime un net scepticisme à l'égard de la thèse de Tenney Frank. Nos
remarques rejoignent également celles de R. Marichal, p. 532 : « s'il ne s'agit pas de droits de douane, rien ne
prouve que δ ait un rapport quelconque avec cette administration ».
306. CIL, IV, 2599 = 5618 b et 2600 = 5618 c (forme Pompéi VII) : corneli a; 5623 et 5624 (forme VII) :
liberalis aa; 5622 (forme VII) materni άά.
307. R. Etienne, art. cité, p. 67.
308. C'est le cas de la plupart de nos amphores de Port-Vendres, les amphores vinaires Haltern 70
notamment. Mais nous continuerons à raisonner sur les inscriptions plus complexes et qui ont des chances d'être
plus révélatrices des amphores à huile du Testacelo.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 99
A moins donc de supposer que le contrôle était purement fictif et qu'on se contentait de recopier
en δ les indications de poids déjà portées en γ (et, accessoirement, en a), il faut conclure qu'il avait
lieu au moment même de la mise en amphores, et non pas juste avant l'embarquement. Et, du même
coup, que les inscriptions δ étaient portées, le long de l'anse, pratiquement dans le même temps
que les inscriptions α, β et γ sur le col et sur la panse, et sous la responsabilité de celui-là même
qui avait veillé au conditionnement de la marchandise. Sinon, répétons-le, il n'y avait pas de
contrôle, mais un pur et simple enregistrement de données fournies par celui qui avait fait ce
travail.
Nous pouvons aussi déterminer le lieu où les inscriptions ont été rédigées : il s'agit sans doute
de la figlina même où les amphores ont été fabriquées et où l'huile est apportée — probablement
dans des outres 309 — , ou encore de docks proches 31° où sont apportés simultanément les réci
pients et la marchandise. Un certain nombre d'inscriptions attestent bien que ces opérations ont eu
lieu dans une figlina : >\ fig scimnia(ni ou norum) astig...\aurelio coesore ni [commodo H cos] (161)
arclese soranae 3n ou encore ~A fig casiaresi cciiis \ daci corduba kermes \ commodi fil et luterano
cos (154) 312, etc. On s'expliquera ainsi que les noms des ports d'embarquement soient parfois à
l'accusatif : hispalim 313, astigim 314 et aussi at portum 315 : ce sont des cas sans doute où la mise en
amphores et Ja rédaction de l'inscription se font à quelque distance du port; la plupart du temps,
le lieu où les amphores sont remplies doit se trouver sur le territoire même du port où elles seront
embarquées 316.
Ce n'est donc pas, répétons-le, dans une statio du Portorium que s'effectue un contrôle qui
serait purement fictif et dépourvu de sens. Il n'est pas non plus imaginable qu'il y ait eu, dans les
309. G. E. Bonsor, The Archaeological Expédition along the Guadalquivir, 1899-1901, New- York, 1931,
p. 16-17.
310. Qui peuvent être parfois des figlinae voisines de celles où les amphores ont été fabriquées, cf. infra,
note 312.
311. CIL, XV, 4350. Nous relevons 24 exemples au CIL, XV, dont 14 ont très clairement fig ou figl(ina). Les
autres ont seulement /, qui peut, à la rigueur, être développé en f(undus); mais si 4300 a / dion \ysï\, 4303 porte fig
dioiivsi; on comparera d'autre part 3814: / treb avec l'estampille CIL, XV, 3204 (= Callender 1736): ficlina
Tre | beciano{rum).
312. CIL, XV, 4308. On remarquera avec Marichal, p. 530, que, sur les quatre cas où les amphores
mentionnant en δ une figlina ont conservé une estampille, les noms ne coïncident qu'une seule fois, en 4171 :
fig. saxo [ferreo], avec estampille 3 1 67 α ou b : Saxo Ferreo; 4026 : fig. pas(seraria ?) a l'estampille 28 1 8 b :
EQFAT (retro); 4300: / dion[ysi], comme 4302 et 4303, cette dernière mentionnant Cordoue, toutes trois de 154,
a l'estampille 3039 d: QND FAB, et 4356: / turrini (ou turrinial) porte la marque 3039 / : QND PRI (retro),
toujours à Cordoue et en 161.
Le fait n'est pas fort étonnant : des amphores fabriquées dans des ateliers différents étaient regroupées
sur le site d'une figlina, où se faisait le conditionnement.
313. CIL, XIII, 10004, 1, (Bonn); XV, 4007.
314. CIL, XV, 4359 a et b; astigim est peut-être, il est vrai, précédé de deuect(um). On trouve aussi
deuct(um) hispalem (4233); la formule est ambigiie : on ne sait trop si la marchandise est déjà à Hispalis ou
si le rédacteur anticipe et se place au moment où celui à qui l'inscription est destinée la lira.
315. CIL, XV, 3976, 4371. At portum, également, est ambigu: il peut s'agir, au fond, d'une sorte de
locatif, sans idée de mouvement. L'hypothèse de Dressel {Ricerche, p. 172; CIL, XV, p. 562, col. 1) selon
laquelle il s'agirait de Portus (Gaditanus) est loin d'être assurée : il peut s'agir d'un lieu-dit sur le Guadalquivir.
De même pour Lacca, dont l'identification avec Vejer de la Frontera, sur le Barbate, tout près du cap
Trafalgar (R. Thouvenot, Essai sur la province romaine de Bétique, Paris, 1940, p. 15, citant G. E. Bonsor, Les
villes antiques du détroit de Gibraltar, dans Bulletin Hispanique, 1918, p. 141), est difficilement acceptable
pour un lieu d'où s'exportait l'huile de la vallée du Bétis. Malaca (4209), d'ailleurs, de ce point de vue, fait
difficulté.
316. Un cas embarrassant et qui semble aberrant est celui de l'amphore 4171 qui porte à la fois le nom
de Cord(uba) et celui de la figlina Saxo Ferreo, qui semble bien devoir être localisée à Huerta de Belen, près
de Penaflor, très en aval sur le Bétis par rapport à Cordoue (cf. Callender, n" 1573).
100
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
figlinae ou les docks que nous venons d'évoquer, un douanier présent derrière chaque amphore qu'on
y emplissait d'huile, ni même un quelconque représentant de l'administration impériale.
Quant à l'identité du personnage dont le nom figure au génitif, les inscriptions du Testacelo
vont nous aider à la découvrir, à condition que nous admettions qu'il y a, à travers la diversité que
présentent sur ce point les inscriptions δ, un principe d'unité, et qu'il nous est permis d'étendre à
toutes les conclusions qu'autorisent une minorité de cas privilégiés. Nous pouvons dès lors faire les
observations suivantes :
1. Une série importante d'inscriptions δ ne comportent d'autre nom de personne au génitif
que celui qui suit un adjectif de désinence -num ou -e(n)se évoquant le fundus dont le produit
est originaire. Ce nom, nous l'avons dit déjà, s'interprétera comme celui du propriétaire, ou du
tenancier, du régisseur du domaine, ou de leur représentant 317, en bref, du producteur.
2. Une amphore (CIL, XV, 4447) présente la séquence [p]roculi fundi si...lensis; ce der
nier mot, à demi effacé, est à coup sûr un adjectif qui donne son nom au fundus : ou bien le groupe
fundi si...lensis est complément du nom Proculus, dont l'appartenance à ce fundus est ainsi af
firmée, ou bien il constitue l'équivalent exact de l'habituel adjectif neutre en -ense, la juxtaposition
des deux génitifs vaut coordination, et le produit contenu dans l'amphore est dit à la fois « de
Proculus » et « du fundus Si...lensis ». Le sens, de toute façon, ne change guère.
3. Deux amphores datées de 149 présentent un cas exceptionnel et tout à fait remarquable : en
CIL, XV, 3981, le cognomen de l'exportateur figurant en β, M. Ouius Auillianus, se retrouve en δ,
auillia[ni], derrière un mot dont n'a subsisté que la dernière lettre, -m, mais qui est probablement,
ainsi que le note Dressel, un adjectif en -num; même chose en 3940 où β donnait le nom de M. Lucret
ius Optatus et où δ porte clodianese optati : à moins d'une improbable coïncidence, il s'agit de
M. Lucretius lui-même, qui doit donc être, comme M. Ouius Auillianus, à la fois propriétaire d'un
fundus et exportateur de l'huile qu'il produit. Ces commerçants, d'ailleurs, et on ne saurait s'en
étonner, n'exportent pas seulement la production de leur propre domaine 318.
4. L'amphore CIL, XV, 3973, exportée depuis Séville en 154 par les trois mercatores
associés L. Ocratius Saturninus, Cassius Apol(austus) et Cassius Art(...), porte en δ le nom
cassi apolausti. Le nom au génitif est, dans cette inscription qui, apparemment, est intégral
ement conservée, réduit à lui-même et sans relation explicite avec celui d'un domaine. Il n'y a pas
lieu pour autant de penser que le cas de Cassius Apolaustus soit différent de celui de ses confrères
M. Ouius Auillianus et M. Lucretius Optatus : possesseur d'un domaine, qui sans doute est proche
de Séville, il est d'autre part associé pour le commerce de l'huile avec un parent (ou un conlibertus)
et non pas un Ocratius, mais deux Ocratii : une autre amphore, en effet, porte son nom et celui
à'Ocratius Modestus 319. Le nom seul, au génitif, a en fait le même sens que lorsqu'il suit un adjectif
qui évoque le fundus, ou lorsqu'il précède, dans le cas unique et particulièrement éclairant de proculi
fundi si...lensis, la mention explicite de celui-ci. Il s'agit bien, dans l'inscription qui nous occupe,
de l'huile « de » Cassius Apolaustus 320.
317. Il semble bien s'agir de domaines privés, dans leur immense majorité. Dans un très petit nombre
d'inscriptions, apparaissent des domaines impériaux : CIL, XV, 3373 (amphore exportée en 154 par les DD
Caecilii Hospitalis et Maternas, naviculaires d'Astigi) : caesaris n(ostri) supessianum, suivi d'un nom apoll[oni ?]
qui doit être celui du uilicus ou de l'esclave chargé de l'expédition de l'huile; 4272 : caesaris n(ostri), plus un nom
illisible, de 153; 4377 : ...caesarum n(ostrorum), de 179.
318. Cf. CIL, XV, 3977 et 3978: β: M. Oui Auilliani; S: bareufiense lucini (de 149 avec la mention
de Lacca), lbid., 3939 : β : M. Lucreti Optati; δ : anni callisti.
319. CIL, XV, 3972. Rodriguez, Novedades, p. 188, n° 27, a retrouvé une inscription qui mentionne
leurs prénoms : L. Ocratius Modestus et T. Cassius Apolaustus.
320. Un exemple analogue à celui de Cassius Apolaustus nous est peut-être fourni par l'inscription, fort
endommagée. 4026 : elle portait en β les noms des [(duorum Vaï\eriorum \ [Paterni et] Valeriani; ce qui reste
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 101
5. Nous pouvons maintenant nous prononcer avec certitude sur le cas de beaucoup le plus fré
quent, dont le précédent ne diffère que par le caractère exceptionnel du cumul des fonctions de pro
ducteur et d'exportateur. Même seul, le nom au génitif désigne le producteur 321. Sans doute le person
nel que nous regroupons sous ce terme générique manque-til d'homogénéité : c'est ce qu'il apparaît,
semble-t-il, à l'examen des noms, qui traduisent la diversité des statuts : ingénus, affranchis et es
claves, hommes et femmes, et quelquefois, des associés 322. La situation de ces personnages au
sein du domaine agricole, le mode de gestion du domaine également, peuvent être différents d'un
cas à l'autre. Une étude systématique de ces noms s'impose, que nous n'avons pu faire encore et
qui sortirait des limites du présent travail. Notons cependant que dans le cas de portense tutili
pontiani (3826 : inscription datée de 161 sur une amphore exportée par C. Consius Hermeros), nous
avons sûrement affaire à un domaine appartenant à une famille sénatoriale et consulaire : L.
Tutilius Lupercus Pontianus est consul éponyme en 135 323; une inscription d'Emerita ornait la
tombe d'un nommé Corocuta, esclave des Tutilio[rum] Pontiani et Luperci, et dont la mère s'ap
pelait Tutilia Alb... 324; cette inscription déjà avait donné à penser que les Tutilii pouvaient être
originaires de la Péninsule ibérique 325; L. Tutilius Pontianus Gentianus, le petit-fils, peut-être, du
consul de 135, a lui-même revêtu le consulat, en 183, comme sujfectus, à la place de l'empereur
Commode, et il semble avoir compté parmi les intimes de la famille impériale326; une autre ins
cription δ du Testacelo, datée de 149 (4174), nous donne certainement le nom d'un autre domaine
producteur d'huile qui appartient à la famille, voire au même personnage que le fundus Portensis
en 161 : attianum pontiani327. Dasumius Epaphroditus, sur l'amphore 3827 exportée par le même
C. Consius Hermeros, est vraisemblablement un affranchi de l'opulente famille de Cordoue, si bien
en cour au temps des empereurs romains d'Espagne 328. E. Hiibner, enfin, avait, dès la publication
du CIL, XV, 2, fait le rapprochement, moins sûr, sans doute, mais séduisant, entre le n° 4282 :
en δ se li. : Ά [...] | uale[..] \ fig pas[.. Que uak[.. doive se lire ualeri, ualeriorum ou ualeriani, le rapport avec
les exportateurs paraît évident. Valeriani est, par ailleurs, en δ sur des amphores de D. Caecilius Maternus,
en 149 (3766 et 3767), et de C. lulius Alfius T!:eseus (3886).
321. Dressel, CIL, XV, p. 563, estime que les noms au génitif ont le même sens, qu'ils suivent ou non
un adjectif en -num ou en -e(n)se, et qu'ils désignent des personnes relevant du fundus producteur. Mais il se
place dans une perspective radicalement fausse, parce qu'il croit que l'exploitation agricole aussi bien que
le commerce relèvent de l'administration impériale : aussi appelle-t-il ces personnages adores uel actrices jundorum
fiscalium domus Augustae. Il croit aussi, nous le savons, que l'inscription β désigne le producteur de l'huile
contenue dans l'amphore et, de ce fait, interprète mal les correspondances, qu'il a relevées, entre les noms
mentionnés en β et δ des amphores de M. Ouius Auilhanus, M. Lucretius Optatus et Cassius Apolaustus.
322. Supra, p. 93.
323. CIL, VI, 31125; XVI, 82, etc. Cf. E. Groag, RE, VII, A2 (1948), col. 1614, Tutilius, n° 2.
324. CIL, II, 550.
325. E. Groag, loc. cit.
326. CIL, VI, 2099 = D 5047. E. Groag, op. cit., col. 1615, Tutilius, n° 5 : il aurait été l'amant de Faustine
la Jeune, et c'est à lui que ferait allusion la phrase de la Vita Comm., 8, 1 : inter haec Commodus senatu semet
inridente, cum adulterium maths consulem designasset, appellatus est Pius.
327. Il est à remarquer qu'aucun des rapprochements que nous mentionnons ici n'a échappé à Dressel,
qui n'en a cependant pas tiré parti, faute, essentiellement, d'avoir interprété correctement les inscriptions β.
En revanche, les notices prosopographiques consacrées aux Tutilii Pontiani ne font pas état des inscriptions
peintes du Testacelo : ce qui nous confirme dans notre conviction que personne n'a lu Dressel avec la minutie
que lui-même apportait à l'étude de ces documents.
328. L. Dasumius, l'auteur du fameux testament de 108, CIL, VI, 10229: Cordoue, où il semble vouloir
faire élever quelque monument perpétuant son souvenir, figure à la 1. 131; et ses descendants par adoption,
consuls en 119 et 152: cf. par ex., B. Liou, Praetores Etruriae XV populorum, Bruxelles, 1969 (coll.
Latomus, 106), p. 17-23, ou, plus récemment, M. Corbier, L'Aerarium Saturni et l'Aerarium militare, Paris,
1975 (coll. de l'Ecole française de Rome, 24), p. 156-164 et 236-240. On trouve, en Bétique, des Dasumii à
Cordoue {CIL, II, 2273), Alcalâ del Rio-Ilipa (1089; 1096), à Séville (5391 et 5392, qui proviennent peut-
être d'Italica et άΊΙίρα) et à Cadix (1801).
102
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
paternum anullini (sans date) et le nom de P. Cornélius Anullinus, consul iterum en 199 et
praefectus urbi, qui était originaire de Grenade 329.
On s'expliquera, bien sûr, très aisément, que le même nom puisse figurer sur les amphores de
plusieurs exportateurs 33° : on ne traite pas toujours avec le même négociant; inversement, un même
négociant s'approvisionnera chez plusieurs fournisseurs 331, la même année et peut-être pour la
même cargaison332, et parfois éloignés les uns des autres, puisqu'il lui arrivera d'embarquer des
amphores, toujours dans une même année, à la fois à Corduba, Hispalis et Astigi 333.
6. Nous ajouterons encore un dernier argument pour cette identification du nom au génitif : il
nous est fourni, a contrario, pour ainsi dire, par les inscriptions, que nous avons signalées 334, où ce
nom n'apparaît pas, et où figure, en sa place, le seul adjectif en -num évoquant le jundus 335 ; monta-
num, par exemple, à Port-Vendres, joue le même rôle que suriaci ou senedonis. Il y a, au Testacelo,
trois formulations pour indiquer l'origine du produit : le nom de la propriété et celui du producteur :
nasonian(um) aeliani (3725), celui seul du producteur : dasumi epaphroditi (3827), celui seul de
la propriété : cornelianum (3856); deux, jusqu'à nouvel ordre, à Port-Vendres, les deux dernières;
une seule au Castro Pretorio, le nom au génitif. Le renseignement est le même, et il s'adresse
assurément au commerçant exportateur, dont il facilite la comptabilité à l'arrivée de la cargaison.
Il nous paraît donc acquis que ces noms, auxquels se réduisent pratiquement les inscriptions δ
de Port-Vendres, lucreti, suriaci, primi, représentent les producteurs de l'huile contenue dans les
amphores Dressel 20; senedonis, de même, le fabricant du dejrutum des amphores Haltern 70
qu'a embarquées Q. Vrittius Reuocatus; hispani, un atelier de salaisons. Ce ne sont pas, à coup
sûr, des agents du fisc 336.
329. E. Hiibner, Nuevas fuentes..., cit., p. 490: CIL, II, 2073 = 5506 = D 1139. Consul suffect vers 176-
177, Anullinus avait été proconsul de Bétique. Sur sa carrière, cf. PIR2, II, 1936, p. 308, C, n° 1322 (E. Groag).
330. Exemples du Testacelo : à Astigi, en 149, Annius Callistus sur amphores des Cassii (3806) et de
M. Lucretius Optatus (3939); Flauiana en 149 sur amphore de D. Caecilius Maternus (3765), en 146 et
154 sur amphores de Sex. Fadius Secundus (3863 et 3867-3868), etc. F. Zevi, Appunti, p. 233, a donné
l'exemple, pour les amphores à saumure du Castro Pretorio, d'un Domesticus qui figure, le long de l'anse, sur
une amphore Dressel 7 de P. Cordius Gratus {CIL, XV, 4737), et deux amphores Dr. 10 de P. Attius Seuerus
(4749) et de M. Baebius Claricus (4750). Ce Domesticus produit de la muria (et sûrement d'autres dérivés de
poisson) du côté de Malaga (Mal(acitana), se. muria, en 4737).
331. On pourrait multiplier les exemples: au Castro Pretorio, P. Attius Seuerus avec lulianus (3642) et
Montanus (3644), C. Cassidarius Conuiua avec Calpurnius (3647) et Flauius Gallus (3648), etc.; au Testacelo,
L. Antonius Epaphroditus, pour la même année 149, et à partir d'Astigi mentionnée cinq fois sur six, avec
Decumus (3702), Eros (3703), Lucretius Clarus (3704), Sepuleius Campanus (3706), Seranus (3707) et Cotilianus
(3709); les amphores de C. Consius Hermeros portent discorese charitidis en 149 (3823 et 3824), noualese
cocceiae fort(unatae ?) en 154 (3825), portense futili pontiani en 161 (3826), et le nom de Dasumius Epaphroditus
(3827) à une date indéterminée, etc., etc.
332. La suite de la fouille de Port-Vendres pourrait apporter une confirmation sur ce point.
333. C. Valerius Alexander, par ex., exporte en 154 depuis Astigi (4006), Hispalis (4007) et Corduba (4008);
et de même, sans doute, déjà en 149 (respectivement 4003, 4004 et 4005).
334. Supra, p. 94, note 273.
335. Il convient peut-être d'y ajouter CIL, XV, 4189 (amphore de 149, emplie à la fig(Una) Vir( ) — faut-il
rapprocher de Virginensia, firme importante dont une partie au moins des ateliers est localisée à Puerto el Barco,
près de Brenes : cf. M. Ponsich, Implantation rurale antique sur le Bas Guadalquivir, Paris, 1974 (Pubi, de la
Casa de Velasquez, sér. Archéologie, 2), p. 99-100 ? le pluriel neutre fait problème...; on y lit ju...esis : il est tentant
de restituer fu[ndi], qui, suivi d'un adjectif masculin en -e(n)sis, équivaudrait exactement à l'adjectif neutre en
-e{n)se; il n'y aurait pas, là non plus, dans cette hypothèse, de nom de personne au génitif.
336. Cf., par ex. Zevi, Appunti, p. 233. Notons que Tenney Frank, le responsable de cette interprétation,
considère que le nom au génitif, au Testacelo, est celui du producteur : capitonis, « from estate of Capito » (Notes
on Roman Commerce, p. 72).
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 103
II reste à expliquer, cependant, le caractère officiel que confèrent aux inscriptions δ, sur les
amphores du Testacelo, le R barré et la date consulaire. Il n'y a pas lieu de penser, à notre avis,
que ces indications — et les autres : poids de la marchandise, provenance, port d'embarquement —
sont portées par des agents de l'administration impériale, mais simplement qu'elles sont exigées par
l'administration, qii, bien évidemment, doit connaître les quantités de marchandise exportées, pour
faire acquitter aux exportateurs les droits du Portorium, sans doute, mais aussi pour répondre aux
exigences du ravitaillement et régbr les approvisionnements. Nous pensons qu'il faut admettre le
développement du Ά en R(ecensitum) — plutôt que R(ecognitum) — qu'a proposé E. Rodriguez 337
en s'inspirant de la titulature de Sex. lulius Possessor, qui, en 166 peut-être, était adiutor du préfel
de l'annone ad oleum Afrum et Hispanum recensendum 338. Mais il faut dans ce cas aller plus loin
et proposer de reconnaître dans ce Ά un signe annonaire. Même si le titre porté par Sex. lulius
Possessor qualifie, comme on le pense, une mission extraordinaire 339, les services de l'annone, qui
semblent avoir contrôlé le commerce de l'huile depuis au moins le règne d'Hadrien 340, devaient
pour chaque année tenir le compte des quantités exportées tles régions productrices. On imagine
volontiers qu'un exemplaire des bordereaux d'expédition leur était destiné, et que le signe apposé
sur l'amphore avec la date et les autres renseignements atteste qu'elle y a été enregistrée. Un poin
tage devait être possible au débarquement de la marchandise.
A l'époque des amphores de Port-Vendres, l'Etat n'a évidemment pas de telles exigences.
Mais il nous fallait aller plus avant dans le temps pour comprendre mieux leurs brèves inscrip
tions δ. Ce qui a été dit à cette occasion des inscriptions du Testacelo, qui ne repose pas sur une
étude vraiment exhaustive et laisse de côté plus d'un problème, n'est qu'une esquisse, sur laquelle
nous reviendrons, et dont nous espérons qu'elle n'est pas trop déraisonnable.
337. Rodriguez, Novedades, p. 126-128.
338. CIL, II, 1180 = D 1403. Le titre complet est adiutori Vlpii Saturnini praef(ecti) annon(ae) ad oleum
Afrum et Hispanum recensendum item solamina transferenda item uecturas nauiculariis exoluendas. Nous ne
voyons pas de raison décisive pour penser, avec H. Pavis d'Escurac, La Préfecture de l'Annone, Paris, 1976,
p. 384, que Sex. lulius Possessor a exercé cette fonction en province (à la fois en Afrique et en Espagne ?); il a
plutôt dirigé de Rome le service chargé d'évaluer la production et les exportations d'huile de ces deux provinces,
d'organiser le transport de denrées alimentaires et de payer leur dû aux naviculaires. Ce chevalier originaire de
Mactar en Afrique n'a guère séjourné en Espagne avant d'exercer la fonction de procurator Aug(ustorum) ad
ripam Baetis, qui lui a valu une dédicace des bateliers de Séville, les scapharii Hispalenses. Sur la date de la
préfecture d'Vlpius Saturninus, cf. H. Pavis d'Escurac, p. 348. Pour une interprétation correcte du cursus de
lulius Possessor, cf. H.-G. Pflaum, Les juges des cinq décuries originaires d'Afrique, dans Antiquités africaines,
2, 1968, p. 171-172.
339. Pavis d'Escurac, op. cit., p. 128.
340. Ibid., p. 189-192. Les documents essentiels sont CIL, VI, 1620 = D 1342, dédicace des mercatores
frumentarii et olearii A f rari à C. lunius Flauianus, préfet de l'annone à la fin du règne d'Hadrien ou au débul
du règne d'Antonin, et CIL, VI, 1625 b, dédicace des negotiatores olearii ex Baetica à leur patronus M. Petronius
Honoratus, préfet de l'annone de 144 à 146/7. Il faudrait, bien sûr, pouvoir dater, par de nouvelles fouilles au
Testacelo, l'apparition du sigle R(ecensitum) et celle de la date consulaire.
CHAPITRE IV
CÉRAMIQUES ET VERRERIE. OBJETS DIVERS
1. — Lampes
II s'agit d'un lot très réduit puisqu'il ne comporte guère que trois petits fragments identifiables
et une lampe entière :
1. Petit fragment de bord à pâte verdâtre; engobe brun, léger et en partie disparu. Non
illustré.
2. Fragment de bec avec le départ d'une volute; pâte ocre clair, fine, dure et bien cuite; engobe
brun orangé, moiré et brillant. Non illustré.
3. Deux petits fragments d'un disque décoré d'un personnage probablement féminin, qui porte
sur son épaule gauche le manche de quelque outil : pâte ocre clair, fine, dure et bien cuite; engobe
brun et brillant. 36 χ 25 mm. Fig. 36.
4. Lampe entière, sans anse; bec arrondi relié au disque par deux volutes un peu plates; disque
concave entouré de quatre moulures inégales; trou d'alimentation décentré en raison du décor; trou
d'évent dans les moulures entourant le disque. Disque décoré d'une tête d'Océan au très fort relief;
fond légèrement convexe, portant une marque in planta pedis (13 χ 2 à 3 mm), avec lettres très
fines, à peine visibles, peut-être NN 341. Pâte ocre clair; engobe brun clair, un peu moiré et brillant
par endroits. Diamètre : 74; longueur : 108 mm; hauteur : 29 mm. Fig. 36.
Les trois premiers fragments appartiennent sans nul doute à la série des lampes à bec orné
de volutes du Ier siècle de notre ère, sans que l'on puisse donner davantage de précision car l'on
ne peut identifier la forme du bec. La lampe entière (n° 4) se rattache au Type VA de J.
Deneauve342 (= Dressel 11) que l'auteur situe, comme le type IVA, entre les règnes d'Auguste et
de Claude, en prolongeant la production jusqu'à la fin du Ier siècle après Jésus-Christ, ou bien au
type III A de M. Ponsich 343 que l'auteur fait apparaître à l'époque de Claude ou de Néron. Le
contexte de l'épave Port-Vendres II la date plus précisément du règne de Claude. Il faut noter que
cette lampe ne semble pas avoir été utilisée.
La tête d'Océan qui la décore présente un visage large et barbu, recouvert sur les joues et le
menton de deux rangées d'« écume » ou d'« algues»; dans la chevelure tourmentée apparaissent,
au-dessus des tempes, deux têtes de poisson à l'œil rond, et sous le menton des pinces de homard.
Nous n'avons rencontré aucun parallèle dans le domaine des lampes en terre cuite; le thème du dieu
Océan a été davantage utilisé par les toreutes, les sculpteurs ou les mosaïstes. C'est sur les mo-
341. Cf. A. Balil, Lucernae singulares (coll. Latomus XCIII), Bruxelles, 1968, p. 69.
342. J. Deneauve, Lampes de Carthage, Paris, 1969, p. 126 et p. 75, entre E et F.
343. M. Ponsich, Les lampes romaines en terre cuite de la Maurétanie tingitane, Rabat, 1961, p. 34. L'exemp
laire de l'épave démontre que le décor de ces lampes est plus varié qu'on ne le croyait. A Lixus, ce type de
lampe a été trouvé dans un contexte très proche de celui de Port-Vendres II {ibid., p. 34, n. 3).
106
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
36. Lampe n° 4; décor, profil et estampille (éch. 1 : 1), et fragment de médaillon n° 3.
saïques 344 qu'il apparaît le plus fréquemment, mais leur datation plus tardive (à partir du ir* siècle)
empêche tout rapprochement avec notre lampe; l'iconographie de l'Océan sur mosaïque s'éloigne
d'ailleurs sensiblement de ce modèle : les algues (ou l'écume), en particulier, disparaissent. En fait,
c'est le très beau médaillon de bronze de Lixus 345 qui, à notre connaissance, offre le meilleur
parallèle; il présente une plus grande richesse de détail, et le motif sur lampe semble en être une
pâle copie, mais les principales caractéristiques sont identiques sur les deux objets.
344. Parmi les nombreux articles consacrés à ces représentations, citons J. de Carsalade, Mosaïque antique
découverte près de Montréal (Gers), dans Bulletin du Comité des Travaux Historiques, 1890, p. 38-41 et pi. 1
(avec inscription OCIA/NVS); P. de Palol, El mosaico de tema oceanico de la villa de Duehas (Palencia), dans
Boletin del Seminario de estudios de Arte y Arqueologia, XXIX, 1963, p. 5-34 (avec abondante bibliographie);
M. Ponsich, Une mosaïque du dieu Océan à Lixus, dans Bull. d'Archéologie Marocaine, VI, 1966, p. 323-328.
345. Chr. Boube-Piccot, Les bronzes antiques du Maroc, I. La statuaire, Rabat, 1969, p. 307-309, n° 382
et pi. 241 et 253. On y trouvera un rapprochement intéressant avec une trouvaille sous-marine faite devant
Cadix (îlot de Rompitimones, près de l'île de Sanctipetri, par 2 m de fond) : les restes d'une très grande statue
de bronze dont la cuirasse était ornée d'une plaque pectorale représentant le dieu Océan, au demeurant bien
plus fruste (A. Garcia y Bellido, Hercules Gaditanus, dans Archivo Espanol de Arqueologia, XXXVI, 1963,
p. 90, n° 107 et 108 et fig. 14-15, p. 89 et 16, p. 92). Gadès et Lixus, a-t-on fait remarquer, sont deux villes
de'j Colonnes d'Hercule, soumises aux mêmes influences. Le thème d'Océan semble y être (et ce n'est guère
étonnant) particulièrement cultivé.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 107
2. — Céramiques sigillées
Les vases de céramique sigillée — aretine et gauloise, très inégalement représentées — sont
relativement abondants sur l'épave; on ne peut encore, dans l'état actuel d'avancement des travaux,
essayer un dénombrement. Aussi avons-nous limité le catalogue aux seules pièces clairement
identifiables, laissant de côté les petits fragments sans profil ou dont le profil est semblable à ceux
dont nous donnons le dessin.
+ Sigillée aretine; fragment de la panse d'une coupe Ritterling 5, présentant un petit décor
guilloché sur la moulure externe (non dessinée).
1. Sigillée aretine; fragment d'assiette proche du type 30 de Goudineau 346, prototype de
la forme Ritterling 1. Diamètre: 160mm. Fig. 37.
2. Sigillée aretine; petit fragment de fond de plat portant une marque qu'un cercle incisé
enveloppe à droite et coupe à gauche : ZOILI 347, dans une planta pedis mal dessinée
(18 χ 5 mm); la lettre Ζ est, semble-t-il, rétrograde, base et sommet se confondant avec
avec les bords du cartouche. Fig. 37.
3. Sigillée sud-gauloise; plat presque entier de forme Ritterling 1 348; pâte rouge, fine et dure;
fracture rectiligne, vernis rouge orangé, très vif et très brillant, d'excellente qualité. Marque
sur le fond interne: PRIVATI, dans un cartouche creux rectangulaire (18 χ 3mm)349.
Diamètre: 160mm. Fig. 37.
,4. Sigillée sud-gauloise; plat aux trois quarts conservé de forme Ritterling 1, ne différant du
précédent que par le nombre et la place de la moulure et des sillons internes, ainsi que
par l'épaisseur plus faible du fond. Marque identique sur le fond interne : PRIVATI.
Diamètre : 160 mm. Fig. 37.
5. Sigillée sud-gauloise; plat fragmentaire (la moitié environ) de forme Ritterling 1, identique
aux précédents; même marque sur le fond interne : PRIVATI. Diamètre : 160 mm. Fig. 37.
6. Sigillée sud-gauloise; fragment d'un plat de forme Dragendorff 18; pâte rouge clair; vernis
rouge orangé, très vif et brillant. Diamètre 150 mm. Fig. 37.
7. Sigillée sud-gauloise; fragment d'un plat de forme Dragendorff 15/17; pâte rouge clair; vernis
rouge orangé, très vif et brillant; paroi externe très moulurée350. Diamètre : 160mm. Fig. 37.
8. Sigillée sud-gauloise; fragments d'un grand plat de forme Dragendorff 15/17; pâte rouge
clair; vernis rouge orangé très vif et très brillant; bord très ouvert, typique de la période
située entre Claude et Vespasien 351. Diamètre : 270 mm. Fig. 37.
9. Sigillée sud-gauloise; fragment d'un bol Dragendorff 24/25; vernis rouge foncé, un peu brun,
typique des produits de La Graufesenque; à noter la très fine moulure sous le guillochis
externe. Diamètre : 74 mm. Fig. 37.
346. Chr. Goudineau, La céramique aretine lisse (Fouilles de l'Ecole française de Rome à Bolsena, Poggio
Moscini, 1962-1967, IV), Paris, 1968, p. 300-301.
347. A. Oxé et H. Comfort, Corpus Vasorum Arretinorum, Bonn, 1968, p. 86-89 (n° 181).
348. F. Oswald et T. D. Pryce, An Introduction to the Study of Terra Sigillata, Londres, 1920, p. 181, pi.
XLIV (exemplaires de l'époque Tibère-Claude).
349. F. Oswald, Index of Potier' stamps on Terra Sigillata, Margidunum, 1931, p. 252.
350. F. Oswald, The Terra Sigillata (Samian Ware) of Margidunum, Nottingham, 1948, p. 17, pi. III, n° 4.
351. Oswald-Pryce, pi. XLIII, n° 30.
108 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUEMENT, B. LIOU, F. MAYET
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4K0QCB»
10
11
37. Céramique sigillée. Ech. 1 : 2.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 109
10. Sigillée sud-gauloise; fragment d'un bol de forme Dragendorff 24/25; pâte rouge avec
dégraissant blanc nettement visible; vernis rouge orangé, vif et très brillant, différent du
précédent. Diamètre : 78 mm. Fig. 37.
11. Sigillée sud-gauloise; fragments d'un bol de forme Dragendorff 27; pâte rouge clair avec un
dégraissant abondant; vernis rouge orangé, vif et très brillant; la petite taille et la forme de
de la lèvre, nettement soulignée aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, sont caracté
ristiques d'un produit pré-flavien, et plus précisément claudien 3δ2. Diamètre : 74 mm. Fig. 37.
12. Sigillée sud-gauloise; bol entier Dragendorff 27 d'assez_gjande taille; vernis rouge orangé,
très vif et très brillant; marque sur le fond interne : PAV[L]VS.F dans un cartouche creux
et rectangulaire (16 χ 3 mm); il semble difficile de restituer deux L malgré la ligature
entre A et V 353; la forme de la lèvre, la cannelure sur la paroi externe du pied militeraient,
s'il en était besoin, en faveur d'une datation claudienne que la marque de potier ne contredit
pas. Diamètre: 110mm. Fig. 38.
13. Sigillée sud-gauloise; fond d'un bol de forme Dragendorff 27; pâte rouge; excellent vernis
rouge orangé, lisse, vif et très brillant; marque sur le fond interne : FRONTO, dans un
cartouche creux et rectangulaire (11 χ 2,5 mm) : potier traditionnellement situé à Montans et
daté des règnes de Claude et de Néron 354. Diamètre du pied : 38 mm.
14. Sigillée sud-gauloise; fond d'un bol de forme Dragendorff 27; pâte rouge; vernis rouge
orangé, plus brillant à l'intérieur; marque sur le fond interne : IIMII 355, dans un cartouche
creux, aux angles arrondis (11 χ 3 à 4mm). Diamètre du pied: 35mm. Fig. 38.
15. Sigillée sud-gauloise; fond d'un petit bol présentant les mêmes caractéristiques que le fragment
précédent; marque également identique, parfaitement lisible : IIMII. Fig. 38.
-f- Signalons enfin la présence, dans ce matériel, de la forme décorée Dragendorff 29 : il s'agit
d'un petit fragment de panse, dont la courbure est bien reconnaissable.
Si les lingots d'étain n'avaient pas donné une plus grande précision, les céramiques sigillées
recueillies jusqu'à présent sur l'épave auraient pu fournir une chronologie située sous les règnes
de Claude ou de Néron, grâce à la typologie et aux marques de potiers. La présence simultanée
de l'aretine et de la sud-gauloise était d'ailleurs un des éléments qui, dès le début, nous avaient
fait penser à une date proche du milieu du Ier siècle. La très grande majorité de ces sigillées provient
des ateliers du Sud de la Gaule; le partage entre les deux centres de la Graufesenque et de Montans
reste difficile et aléatoire, puisqu'il repose sur les travaux déjà anciens de F. Oswald. Sur les
quatre potiers recensés, deux sont de La Graufesenque (Privatus et Paulus), un de Montans (Fronte),
et un du Sud de la Gaule sans autre précision (IIMII). Si Paulus et Fronto sont habituellement datés
à partir du règne de Claude, Privatus est en général situé un peu plus tard, à partir de Néron;
un des intérêts de ce matériel est donc d'avancer légèrement le début de la production de ce
potier; d'autre part, c'est la première fois, à notre connaissance, que le nom de Privatus est relevé
sur la forme Ritterling 1.
352. Ibid., p. 186-189, pi. XLIX.
353. Oswald, Index of Stamps, p. 235-236 : La Graufesenque, Claude-Vespasien.
354. Ibid., p. 128 : Montans, Claude-Néron.
355. F. Oswald, ibid., p. 114, mentionne un poinçon identique sur Drag. 27 à Orange, et rattache cette
marque à Ernia, potier du Sud de la Gaule, qu'il situe à l'époque flavienne. La chose nous paraît difficile :
comment rattacher la séquence IIMII, qu'on peut lire EME, à Ernia, dont le génitif serait EMI(A)E; lire EMU,
génitif d'un Emius ? ce serait plutôt EMI. Il vaut mieux suspendre son jugement.
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Λ
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J
38. Céramiques sigillée (12 à 15), à vernis rouge tardive (16-17), à parois fines (18-21). Ech. 1 : 2.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES 11 111
3. — Céramique à vernis rouge tardive
C'est un type de céramique connu dans le sud de la Péninsule ibérique où il a reçu cette
dénomination de « céramique à vernis rouge tardive356 ». Il s'agit d'une production assez curieuse
dans la mesure où elle subit l'influence de céramiques aussi diverses que la céramique à vernis
rouge de tradition punique, la céramique campanienne et, plus tardivement, la sigillée aretine.
C'est à la céramique à vernis rouge 357 qu'elle se rattache le plus nettement; sa chronologie
toutefois est plus tardive puisqu'elle est attestée le plus souvent dans la première moitié du Ier siècle
après Jésus-Christ 358. L'épave Port-Vendres II confirme donc son existence à l'époque claudienne.
Les formes ne sont guère variées dans cette production; la majorité des exemplaires se
rattache à une coupe ou bien à une assiette aux profils identiques et constituant, de ce fait, un
service. Avec la paroi oblique et le bord incurvé vers l'extérieur et creusé d'une gorge interne,
l'élément le plus caractéristique est le double mouvement de la paroi interne. La pâte varie du beige
rosé au brun clair en passant par un rouge clair; d'aspect spongieux, elle contient du mica et
un dégraissant abondant. « Le vernis » qui recouvre les deux faces varie également, du rouge au
brun en passant par l'orangé; peu brillant et peu adhérent, il disparaît facilement.
16. Céramique à vernis rouge tardive; assiette entière dont la paroi est moulurée à l'extérieur et
présente un ressaut à l'intérieur; bord incurvé vers l'extérieur, une cannelure soulignant
l'extrémité supérieure; fond horizontal et pied au profil triangulaire. Pâte rouge brun clair,
pas très dure et qui laisse voir des grains de mica; « vernis » rouge, léger, terne et mat,
disparaissant facilement. Traces du tournassage. Diamètre : 140 mm. Fig. 38.
17. Céramique à vernis rouge tardive; assiette entière qui ne se différencie de la précédente que par
le fond interne surélevé et par la largeur du ressaut interne, plat et non plus seulement en
arête. La paroi interne est mieux lissée, ce qui donne un léger brillant au « vernis » ; une
trace noirâtre au centre de l'assiette et sous le fond est sans doute due à l'empilement des
vases pendant la cuisson. Diamètre : 142 mm. Fig. 38.
4. — Céramiques à parois fines
Les céramiques à parois fines se partagent entre deux groupes nettement différenciés : les bols
« coquille d'œuf » d'un côté, les vases sablés ou décorés à la barbotine de l'autre; ce sont deux
groupes d'importance inégale par le nombre de vases ou de fragments de vases recueillis puisque,
dans le premier cas, une soixantaine de bords, différant les uns des autres par la forme de la lèvre
ou bien par le nombre et la place des cannelures, ont été recensés, alors que le second groupe
rassemble à peine une vingtaine de fragments correspondant à treize ou quatorze vases au maximum.
La soixantaine de bols « coquille d'œuf » 359 se trouve dans un état fragmentaire extrême :
cinq profils complets seulement ont pu être reconstitués. Tous ces vases correspondent, à peu
356. C. Domergue, La campagne de fouilles 1966 à Bolonia (Cadiz), dans X" Congreso Nacional de
Arqueologia (Mahon, 1967), Saragosse, 1969, p. 442-456 (cf. 453-455).
357. Voir, entre autres, E. Cuadrado, dans Zephyrus, IV, 1953, p. 287, fig. 10, type b.
358. C. Domergue, Belo 1, La stratigraphie (Pubi, de la Casa de Velasquez, série Archéologie, fase. 1), Paris,
1973, p. 87-88.
359. Pour la définition de ce type, voir F. Mayet, Les céramiques à parois fines dans la Péninsule ibérique
(Pubi, du Centre Pierre Paris, 1), Paris, 1975, p. 69 et 148-150.
112 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
d'exceptions près, au type de bol caréné, plus large que haut, au bord mouluré, décoré ou non
de rainures sur le haut de la panse. Quelques-uns, plus grands, présentent une panse moins carénée
mais qui n'est pas totalement hémisphérique. La pâte, toujours grise, varie du plus clair au plus foncé;
elle est très bien cuite et assez sonore. La paroi est toujours plus claire, dans les tonalités ocres
ou grises (avec ou sans engobe), présentant des variations sur une même pièce : des vases gris
clair ont le bord ocre clair ou bien gris foncé. De nombreuses pièces montrent sur toute leur
superficie de petites boursoufflures, irrégulières, dues sans doute à certaines conditions de cuisson;
des traces de tournassage sont très marquées sur la paroi interne et sur le fond tout particulièrement,
alors que la paroi externe est toujours bien lissée. Parfois, lissage et polissage ont été tellement
poussés que l'on observe sur certains bols des zones légèrement striées, proches du guillochis.
Les bols et gobelets décorés montrent une plus grande variété : variété de formes, depuis le bol
à panse arrondie jusqu'au gobelet pansu en passant par la tasse carénée; variété de décors, avec
le sable, les incisions et le décor à la barbotine.
18. Céramique à parois fines; fragment de bol à panse verticale, à la lèvre nettement dégagée.
Pâte ocre clair, fine et homogène; engobe orangé clair, brillant, de bonne qualité. Décor
à la barbotine, constitué de rangs verticaux de mamelons et de perles 360. Diamètre : 88 mm.
Fig. 38.
19. Céramique à parois fines; fragment de bol à panse nettement arrondie; paroi externe décorée
de sable jusqu'à 11 ou 12mm du bord361. Pâte ocre foncé, fine et homogène; engobe brun,
nettement métallisé à l'intérieur. Diamètre: 90mm. Fig. 38.
20. Céramique à parois fines; fragment d'une tasse carénée à deux anses cannelées (dont il ne
reste aucune trace) 3β7; décor formé d'une résille de petits losanges en relief. Pâte ocre;
engobe orangé, mat et léger. Diamètre : 100 m. Fig. 38.
21. Céramique à parois fines; nombreux petits fragments permettant de reconstituer les trois-
quarts d'un vase à deux anses, décoré de feuilles d'eau et de perles à la barbotine 363. Pâte ocre,
fine et homogène; engobe orangé, brillant, avec quelques reflets métallisés. Diamètre : 74/
75mm; hauteur: 71mm. Fig. 38.
22. Céramique à parois fines; deux fragments d'un bol d'assez grande taille, de style coquille
d'œuf. Panse à peine carénée, décorée de trois cannelures de largeurs diverses; fond convexe
apportant une certaine instabilité au vase. Diamètre : 150 mm; hauteur : 78 mm. Fig. 39.
23. Céramique à parois fines; deux fragments d'un bol caréné de style coquille d'œuf; bord incurvé
vers l'extérieur; carène soulignée d'une cannelure; traces de tournassage sur le fond interne.
Diamètre: 118mm. Fig. 39.
24. Céramique à parois fines; fragments d'un bol caréné de style coquille d'œuf, avec deux
cannelures, sous le bord et au milieu de la panse. Diamètre : 108 mm; hauteur : 48 mm. Fig. 39.
25. Céramique à parois fines; fragments d'un bol à carène basse, de style coquille d'œuf; bord
légèrement incurvé vers l'intérieur; traces très accentuées du tournassage sur le fond interne.
Diamètre: 110mm. Fig. 39.
26. Céramique à parois fines; deux fragments d'un bol caréné, de style coquille d'œuf; deux
fines rainures sous le bord incurvé vers l'extérieur, carène soulignée d'une cannelure,
Diamètre: 120mm. Fig. 39.
360. lbid., p. 79-80.
361. lbid., p. 74.
362. lbid., p. 85.
363. lbid., p. 87-95.
L'EPAVE PORT-VENDRES II 113
22
24
39. Céramiques à parois fines. Ech. 1 : 2.
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D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
27. Céramique à parois fines; fond d'un large bol de style coquille d'œuf, légèrement concave.
Diamètre : 44 mm. Fig. 39.
28. Céramique à parois fines; deux fragments de la panse d'un gobelet au profil bien connu
dans la Méditerranée occidentale 364; pâte ocre; paroi externe polie, décorée d'incisions au
peigne (groupe de trois incisions). Fig. 39.
29. Céramique à parois fines; plusieurs fragments d'un gobelet pansu, à une anse, décoré d'écaillés
de pomme de pin 365 soulignées d'un rang de perles. Pâte ocre vif, assez fine; engobe orangé
avec reflets métallisés. Diamètre approximatif : 80 mm. Fig. 39.
Cet ensemble de céramiques à parois fines nous conduit à deux constatations principales.
La première concerne l'origine de ces vases : tous, à l'exception du numéro 28, d'origine italique
vraisemblablement 366, proviennent du sud de la Péninsule ibérique, qu'il s'agisse des bols « coquille
d'œuf » dont la carte de répartition démontre bien une diffusion maritime le long des côtes du
bassin occidental de la Méditerranée 367, ou bien des bols décorés à la barbotine produits à
l'évidence quelque part en Bétique et qui pourraient bien représenter les fameux vases de Sagonte
dont parlent Pline l'Ancien et Martial 368. Cette homogénéité de provenance, jointe au nombre
relativement élevé de bols dont la fragilité devait interdire tout utilisation sur un bateau, est du
plus grand intérêt pour la connaissance de la diffusion de cette céramique.
La deuxième constatation est d'ordre chronologique : notre épave permet non seulement
de confirmer que ces deux productions de vases à parois fines coexistaient dans la décennie qui
précéda le milieu du Ier siècle de notre ère, ce que l'on supposait déjà, mais aussi d'affirmer
qu'elles étaient déjà bien répandues hors de la Péninsule ibérique dès cette époque.
5. — Céramiques communes
A côté de ces céramiques fines, l'épave Port-Vendres II a donné un certain nombre de
fragments de céramique commune représentant vraisemblablement une partie de la vaisselle de bord.
30. Céramique commune; petit vase presque entier, à une seule anse, imitant le profil de certaines
amphores à garum (fond non compris); anse avec cannelure interne, ce qui est peu commun;
fond légèrement bombé d'où une certaine instabilité du vase. Pâte ocre clair, surface non
lissée; aucune trace de poix. Diamètre: 30mm; hauteur: 163mm. Fig. 40.
31. Céramique commune; fragment d'un pot à deux anses, vraisemblablement, au bord vertical
recourbé sur lui-même; anse épaisse, avec une fine cannelure. Pâte gris clair; surface externe
ocre jaunâtre semblable à celle de certaines amphores Dressel 28. Aucune trace de poix. Dia
mètre : 90 mm. Fig. 40.
32. Céramique commune; fragment de petit pot à deux anses; paroi relativement fine, bord
oblique. Pâte ocre rosé, fine et bien cuite; engobe ocre jaunâtre à l'extérieur, semblable à
celui des amphores du type Pompéi VII. Diamètre : 70 mm. Fig. 40.
33. Céramique commune; petit fragment de pot à deux anses; bord incurvé vers l'extérieur,
mouluré. Pâte ocre jaunâtre, plutôt grossière. Diamètre : 1 00 mm. Fig. 40.
364. lbid., p. 58.
365. lbid., p. 95-96.
366. lbid., p. 134-135, carte 5.
367. lbid., p. 149-150, carte 8.
368. lbid., p. 161-169.
L'ÉP
AVE PORT-V EN DRES II 115
34. Céramique commune; fragment de bord d'un pot qui devait avoir des anses, mais dont
on n'a aucune trace. Pâte ocre rosé, bien cuite; surface externe ocre jaune. Poix sur la paroi
interne, de couleur brun clair. Diamètre : 100 mm. Fig. 40.
35. Céramique commune; plusieurs fragments d'un vase partiellement reconstituable; forme basse,
large et pansue, soulignée, au niveau de la mouluration, d'un téton de 25 mm de large qui
pouvait aider à la préhension du vase. Pâte de couleur gris foncé, bien cuite, dure et sonore,
laissant voir quelques fines particules de mica; superficie plus claire à l'intérieur; surface
externe lisse et polie. Diamètre : 132 mm; hauteur : 73 mm. Fig. 40.
36. Céramique commune; fragment de fond d'un pot; pâte ocre jaunâtre, avec d'abondantes
traces de poix, de couleur brune, dans tout le fond. Diamètre : 82 mm. Fig. 40.
37. Céramique commune; fragment de fond de pot présentant les mêmes caractéristiques que
le précédent. Diamètre : 1 02 mm. Fig. 40.
38. Céramique commune; trois fragments d'un vase large et profond, du genre marmite; large
bord presque horizontal; paroi presque verticale. Pâte ocre rouge, pas très homogène; seule
la paroi externe, noircie par le feu ou la fumée, a été lissée. Graffito à l'extérieur, gravé
sous le bord après cuisson: PSC. Diamètre interne: 280mm. Fig. 41.
39. Céramique commune; fragment d'un grand pot à pâte ocre rouge contenant quelques grains
de mica; surface externe noircie, surtout vers le bord. Graffito gravé sur l'épaulement : Ρ S[.].
Diamètre: 200mm. Fig. 41.
40. Céramique commune; petit fragment d'un pot à pâte ocre brun, sans rapport avec celle des
deux vases précédents. Même graffito, semble-t-il : Ρ S[.]. Diamètre: 170 mm. Fig. 41.
41. Céramique commune; deux fragments d'un pot au bord épais et incurvé vers l'extérieur; anse
très large venant s'appuyer exactement sous le bord, avec une seule cannelure. Pâte ocre
jaunâtre; surface rugueuse; quelques traces de poix à l'intérieur. Diamètre: 132mm. Fig. 41.
42. Céramique commune; plusieurs petits fragments du bord et de la panse d'un pot à deux anses
épaisses, creusées d'une large cannelure; paroi mince, bord oblique permettant de recevoir
un couvercle. Pâte ocre clair, légèrement rosé ou grisâtre selon les secteurs, avec un fin
dégraissant noir et ressemblant beaucoup à la pâte de certaines amphores Dressel 28;
traces de poix sur la paroi interne. Nous avons identifié par ailleurs cinq fragments de vases
présentant un bord identique mais de dimensions différentes. Diamètre : 152 mm. Fig. 41.
43. Céramique commune; fragments de la partie supérieure d'un pot à deux anses; paroi rel
ativement fine; bord en crochet interne caractéristique; anses formées d'un ruban peu épais,
creusé d'une fine cannelure. Pâte ocre rosé et paroi ocre jaune; intérieur totalement recouvert
de poix brune. Diamètre : 112 mm. Fig. 41.
44. Céramique commune; plat fragmentaire à paroi légèrement oblique, bord creusé d'une
petite gorge comme pour recevoir un couvercle (le couvercle n° 49 par exemple s'y adapte
fort bien); fond convexe. Pâte ocre rouge, assez fine, semblable à celle des vases nos 38
et 39; traces d'un engobe brunâtre sur toute la paroi externe (bord et fond compris), noirci
par le feu. Traces bien marquées du tournassage sur la paroi et le fond internes. Diamètre :
260 mm. Fig. 41.
45. Céramique commune; fragment de la partie supérieure d'un mortier au bord en crochet.
Pâte ocre rosé. Diamètre indéterminable. Fig. 41.
46. Céramique commune; fragment de mortier (?) à pâte ocre rouge; paroi ocre jaune rappelant
certains fragments d'amphores Pompéi VII. Diamètre indéterminable. Fig. 41.
47. Céramique commune; fragment de mortier à pâte ocre rosé; paroi externe ocre jaune,
comme dans le fragment précédent. Diamètre indéterminable. Fig. 41.
116
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUEMENT, B. LIOU, F. MAYET
31
32
33
34
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40. Céramique commune. Ech. 1:2.
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PORT-VENDRES II 117
38
PSQ
39
~7 )
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41. Céramique commune. Ech. 1 : 4.
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48. Céramique commune; fragment d'un couvercle à pâte ocre rouge; bord interne légèrement
enfumé. Diamètre : 290 mm. Fig. 41.
49. Céramique commune; fragment de couvercle à pâte brune, plutôt grossière. Diamètre : 280 mm.
Fig. 41.
50. Céramique commune; couvercle entier, totalement différent des deux précédents; bouton de
préhension décentré. Pâte gris fer, surface rugueuse. Devait couvrir un pot plutôt qu'un plat,
contrairement aux deux couvercles précédents. Diamètre: 150mm. Fig. 41.
Il paraît difficile de tirer des conclusions d'un matériel aussi fragmentaire; toutefois deux
ou trois idées peuvent être émises : une grande partie des céramiques communes a été visiblement
fabriquée dans les mêmes fours que les amphores de type Pompéi VII ou Dressel 28 (nos 31, 32, 33,
34, 36, 37, 41, 42, 43, 45, 46, 47). Elles présentent non seulement le même type de fabrication
(pâte et engobe, éventuellement), mais aussi le même type de poix de couleur brune, sur la paroi
interne. Ces pots servaient-ils à transporter du garum ?
Une autre série de vases peut être distinguée, ceux qui ont servi à cuisiner sur le bateau
et qui portent encore les traces nettes du feu (nos 38, 39 et 44 en particulier). Le fait qu'il s'agit
de vaisselle de bord peut être démontré aussi par la présence du même graffito sur trois de
ces vases de cuisine; il est plus curieux de le rencontrer sur une amphore de type Pompéi VII
(fig. 33 et 34), dont il semble bien qu'elle ait transporté de la nourriture pour l'équipage 361\
6. — Verre (fig. 42)
La verrerie recueillie dans ces premières campagnes de fouille sur l'épave Port-Vendres II est
en très mauvais état : aucune pièce dont nous puissions reconstituer la forme entière. Si l'on retient
que le navire s'est fracassé sur les rochers qui bordent aujourd'hui la redoute Béar, rien d'éton
nant à ce qu'un matériel aussi fragile ait particulièrement souffert d'un naufrage aussi brutal. Seuls
onze tessons présentent une forme et ont pu être dessinés.
1. Rebord de pot ou de bocal, avec l'amorce d'une panse qui s'évase; lèvre tubulaire repliée vers
vers l'extérieur.
Verre transparent, teinte vert clair.
Diamètre restituable : 134 mm; épaisseur : 1 à 2 mm.
2. Rebord de même type.
Diamètre restituable : 120 mm; épaisseur : 0,8 à 1,5 mm.
3. Rebord de coupe (?), avec l'amorce de la panse qui se rétrécit par rapport à l'embouchure;
lèvre à double repli en « S » fermé vers l'extérieur.
Verre transparent, teinte bleu clair.
Diamètre restituable : 104 mm; épaisseur : 1 à 2 mm.
4. Fragment de paroi à double repli.
Verre transparent, teinte vert clair.
Epaisseur : 0,8 mm.
5. Rebord de coupe, à rainure interne.
Verre translucide, teinte bleu foncé.
Epaisseur au sommet : 2 mm; à la base : 0,5 mm.
)69. Supra, p. 78 (n° 41).
L'EPAVE PORT-VENDRES 11 119
10
42. Verre. Ech. 1 : 2.
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6. Fragment d'un goulot; lèvre qui s'évase, puis se retourne à l'horizontale vers l'intérieur.
Verre transparent, teinte bleu clair.
Diamètre externe : 45 mm; interne : 32 mm; épaisseur : 2 mm et 3 mm au niveau de la lèvre.
7. Base d'un plat à pied oblique.
Verre translucide, teinte vert clair.
Diamètre du pied : 58 mm; épaisseur : 2,5 mm.
8. Fragment analogue au précédent, de taille légèrement supérieure.
Diamètre du pied : 78 mm; épaisseur : 3,5 mm.
9. Base carrée appartenant à une bouteille.
Verre transparent, teinte bleu clair.
47 mm de côté; épaisseur : 2 mm.
10. Anse coudée, décrivant un angle d'environ 70°, marquée d'une nervure centrale.
Verre transparent, teinte bleu clair.
Hauteur : 76 mm; épaisseur moyenne : 5 mm.
11. Anse coudée, décrivant un angle d'environ 60°, marquée d'une nervure centrale.
Verre transparent, teinte bleu clair.
Hauteur : 126 mm; épaisseur : de 5 à 10 mm.
Les rebords 1 et 2 semblent appartenir à des pots ou de petites urnes dont le diamètre de la
panse va s'élargissant par rapport à celui de l'embouchure. On pense à une forme proche du type
Isings 67 b HW, qui a été daté du milieu ou de la deuxième moitié du Ier siècle. Une urne de taille
plus réduite, découverte sur le site de Camulodunum 3n, rappelle nos exemplaires de Port-Vendres.
Le fragment 3 présente un rebord très travaillé : tel fragment découvert à Conimbriga — mais
dans un niveau de l'époque de Trajan — pourrait lui être comparé 372; il doit s'agir d'une coupe,
dont on connaît bien les types à bord tabulaire simple de Camulodunum 373, ainsi que ceux de
Conimbriga, que J. et A. Alarcâo datent du Ier siècle 374. Le fragment 4 témoigne d'une paroi
renflée par le moyen d'un double pli, ce qui paraît plutôt rare; on peut citer deux exemples à
Vindonissa, provenant d'une tombe d'époque claudienne ou néronienne 375. Il est difficile de rat
tacher notre fragment à une forme donnée : on peut penser à une coupe, comme à Conimbriga 376,
ou à un skyphos à deux anses, comme à Hofheim377. Le bord n° 5 n'est pas sans rappeler les
formes de coupes présentes sur l'épave, d'époque augustéenne, de la Tradelière, à Cannes 378, ou
tels fragments trouvés à Fréjus dans des niveaux datant d'Auguste-Tibère 379. Les rainures hori
zontales sur la paroi interne des coupes semblent un indice d'une date plutôt haute 380; on les trouve
370. C. Isings, Roman Glass front dated finds, Grôningen, 1957, p. 87.
371. D. B. Harden, The Glass, dans Hawkes et Hull, Camulodunum, p. 287-307: pi. LXXXVIII, n° 89.
372. J. Alarcâo, Fouilles de Conimbriga, VI: Céramiques diverses et verres, Paris, 1976, p. 170, 179 et
pi. XXXVI, n° 80.
373. Op. cit., pi. LXXXVIII,
n° 80 et 81.
374. J. et A. Alarcâo, Vidros romanos de Conimbriga, Coimbra, 1965, p. 41-42,
n° 49 et 50.
375. L. Berger, Rbmische Gloser aus Vindonissa, Bâle, 1960, p. 82,
n° 210; pi. 14, n° 210 et pi. 22, n° 94.
376. J. Alarcâo, Fouilles de Conimbriga, VI, p. 206-207 et pi. XLV, n° 282. Ce fragment n'est pas daté
avec précision.
377. E. Ritterling, Hofheim 2, p. 363-377 : pi. XXXVIII,
n° 6.
378. P. Fiori, Notes and News de International Journal of Nautical Archaeology, 3, 1974, p. 328-329 et
B. Liou, Informations archéologiques : recherches sous-marines, dans Gallia, 33, 1975, p. 601-603.
379. Fouille d'urgence de 1976 au lieu-dit l'Argentière; nous devons à l'amitié de D. Brentchaloff d'avoir
pu examiner une série de fragments de coupes présentant le même type de verre et la même rainure interne.
380. J. et A. Alarcâo, op. cit., p. 34-35, n° 23 et Vidros romanos do museu de Martins Sarmento, dans
Revista de Guimarâes, 73, 1963, p. 180.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 121
à Conimbriga dans les niveaux claudiens et flaviens, ainsi qu'à Camulodunum 381. Pour le fra
gment 6, on peut penser à une carafe, par exemple le type Isings 1 6 382, ou à une cruche comme
celle qui est classée sous le n° 13 à Hofheim 383. Les fragments 7 et 8 appartiennent à des plats
dont les formes (comme aussi bien celles de coupes et de bols) rappellent étroitement celles de la
céramique sigillée 384; on peut rapprocher de Isings 5 385, et de pièces qui à Camulodunum sont
datées de l'époque de Néron 386, à Vindonissa sans doute dès le règne de Claude 387. Le fond 9 doit
appartenir à un pichet de section carrée du type Isings 50 388, qui apparaîtrait à Camulodunum
entre 43 et 48 389. L'anse n° 10 à un pichet également; l'empattement de l'attache inférieure indique
qu'elle s'appuyait sur un épaulement plutôt arrondi : forme Isings 50 ou 51 a; on peut citer comme
exemple le n° 12 de Hofheim390. L'attache inférieure de l'anse n° 11 suggère qu'elle rejoignait une
panse plus abrupte : on penserait donc à un pichet proche de Hofheim n° 13 = Isings 55 a 391.
C'est, au total, une assez grande variété d'objets : urnes ou bocaux, coupes, assiettes ou plats,
cruches ou pichets, que suggèrent ces fragments. A l'exception peut-être des bases de plats à pied
incliné n° 7 et 8 et du bord de coupe à rainure horizontale sur la paroi interne (n° 5), qui doivent
appartenir à des pièces moulées, il s'agit de verre soufflé, pour la majorité de ces pièces. Bien
datées par le reste de la cargaison, elles nous donnent (ou plutôt nous donneraient si elles étaient
mieux conservées) un bon échantillonnage de formes en usage à l'époque de Claude. Il est peu
vraisemblable que cette verrerie, en raison de sa fragilité, ait pu être utilisée sur le navire. On
l'imagine bien plutôt emballée, faisant partie des bagages ou emportée à titre de marchandise. On
serait dès lors tenté de lui attribuer à elle aussi une origine hispanique — comme c'est le cas
pour la céramique tout aussi fragile du style « coquille d'œuf ». Aussi bien l'industrie du verre est-
elle attestée en Espagne, et au Ier siècle 392.
7. — Objets divers
Outre les lingots, les amphores et les autres céramiques, l'épave livre des objets divers par
leur nature et par leur matière — métal, os, bois — , que nous avons choisi de décrire sommaire
ment, photographies à l'appui, sans nous lancer dans une étude approfondie ni dans la comparaison
systématique avec d'autres documents archéologiques du même ordre.
La vaisselle de métal est représentée par :
1 — Une petite coupe en étain blanc, provenant du carré A'4. Diamètre 115 mm; haut.
42 mm; épaisseur de la paroi 2 à 3 mm; diamètre du fond 56 mm. Trouvée complètement
écrasée, elle a été redressée à la main. Fig. 43.
381. D. B. Harden, op. cit., pi. LXXXVIIL n° 61.
382. C. Isings, op. cit., p. 34.
383. E. Ritterling, op. cit., pi. XXXVIII.
384. Cf. Morin-Jean, La verrerie en Gaule sous l'empire romain, Paris, 1922-1923, p. 127 sq.
385. Op. cit., p. 21.
386. D. B. Harden, op. cit., p. 301, n° 53; cf. aussi les bols, nos 57 à 59.
387. L. Berger, op. cit., p. 26-27, n° 30 et pi. 17, n° 1.
388. Op. cit., p. 63-67.
389. D. B. Harden, op. cit., p. 306 et pi. LXXXVIII, n° 98 f.
390. E. Ritterling, op. cit., pi. XXXVIII.
391. Op. cit., p. 72-73.
392. Pline, N.H., 36, 194.
122
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU. F. MAYET
2 — La partie supérieure d'une casserole de bronze, trouvée dans le carré C2, avec son
manche dont l'extrémité est percée d'un trou pour la suspension. Diamètre 97 mm; longueur du
manche 140 mm; épaisseur du bord 8 mm, du manche 9 mm. Fig. 44.
3 — Un fond de récipent du même métal, qui trouvé à proximité, appartient selon toute
probabilité à cette casserole elle-même. Fig. 44.
43. Coupe d'étain (n° 1), profil et vue perspective.
44. Casserole de bronze (n° 2) et son fond (n° 3).
4 — Deux grands plats en bronze (carrés C2 et C3), très endommagés. Le plat A est rond :
diamètre 250-260 mm; hauteur conservée 40 mm; épaisseur 4 mm. Il présente des traces d'étamage.
Le plat B, écrasé et rongé, incrusté de concrétions marines, est ovale : longueur 400 mm environ;
largeur 263 mm; épaisseur difficilement déterminable : de 9 à 15 mm dans son état actuel. Fig. 45.
5 — Un pot de bronze, à panse tronconique, col évasé et lèvre rabattue en bourrelet,
trouvé dans le carré B 1 , très corrodé et dont le métal a mal résisté à un essai de déconcrétionnement.
Dimensions quelque peu approximatives : hauteur 225 mm, diamètre maximal de la panse 207 mm,
diamètre du pied 143 mm.
L'anse, en revanche, a pu être restaurée de façon très satisfaisante. Surmontée d'un poucier
en forme de feuille, elle a deux bras ornés de volutes; une cannelure médiane, qui commence
au-dessous de la courbure, au point le plus éloigné de la panse du vase, s'élargit vers l'extrémité
inférieure et se recourbe en volutes. Cette anse est longue de 140 mm, large, d'une extrémité
à l'autre de ses bras, de 92 mm, épaisse, au maximum, de 1 3 mm. Fig. 46.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES 11 123
Deux strigiles de bronze se trouvaient à la limite des carrés Cl et C2. Le premier (A), dont
le métal est assez endommagé, est long de 258 mm au total, large de 21 mm pour le manche, 14 mm
pour la cuiller recourbée, épais de 7 mm environ au manche (fig. 47,1). Le second (B) est dans
un état de conservation remarquable et apparaît comme neuf: longueur totale 284mm, largeur
du manche 18 mm, de la cuiller 14 mm, épaisseur moyenne au manche 6 mm (fig. 47,2). On
notera l'évidement rectangulaire qui est ménagé dans l'épaisseur du manche, à son extrémité
supérieure, et qui permettait d'y faire passer une courroie ou un anneau 393. L'un et l'autre portent
deux estampilles semblables disposées perpendiculairement, sur la face interne et à la base du
manche, dont les lettres sont en relief dans un cartouche en creux aux quatre faces concaves,
long de 11-12 mm. L'inscription se lit IANVARI, avec ligature de YV et de VA (fig. 47,3).
Une monnaie ibérique de bronze 394 a été trouvée en 1974 au Ν du carré G2 (fig. 48); poids
6,76 g; module 21 mm; épaisseur du flan 2,5 mm; direction du coin 10.
D/ Tête masculine à droite, entourée de trois dauphins.
R/ Cheval libre à droite; au-dessus, étoile à six branches.
A l'exergue, [r^] Λ s-' ? [X], soit I.L.TI.R.DA.
Il s'agit d'un quadrans de l'émission onciale d'Iltirda, c'est-à-dire Lérida, en Espagne Cité-
rieure 395, que L. Villaronga propose de dater dans la première moitié du Ier siècle avant J.-C.
Il n'y a pas lieu de s'étonner, nous dit J.-C. Richard, de trouver sur une épave de l'époque
de Claude une monnaie vieille d'environ un siècle, ou plus. Jusqu'à Claude, en effet, les petites
monnaies de bronze sont relativement rares, et on utilise, en Espagne comme en Gaule, les
émissions anciennes 396.
Il reste à mentionner quelques objets en os, dont une cuiller (long. 84 mm) avec deux
tronçons de son manche, les trois éléments ne permettant pas une recomposition tout à fait
précise; l'extrémitié d'une spatule — ou d'un manche ? — en forme de pointe de flèche; deux
autres fragments d'identification incertaine (fig. 49). Un objet rare et fort pittoresque a été
retrouvé dans le carré B2, à proximité immédiate du lingot n° 13 : il s'agit d'une petite boîte à
hameçons, en buis, cylindrique, haute de 95 mm, d'un diamètre de 31 mm, privée de son couvercle,
mais qui contenait encore, accolés les uns aux autres, trois hameçons, d'une part, et deux hameç
ons, d'autre part, d'un plus grand modèle (fig. 50).
Nous ne croyons pas inutile, enfin, de donner une photographie de quelques-unes des amandes
retrouvées sur le gisement (fig. 51) 397. Leur présence ne manque pas d'intérêt: on se doutait,
en effet, que l'amandier, aujourd'hui abondant en Espagne, y était connu dès l'Antiquité; mais
aucune de nos sources n'y fait allusion 397 bIs.
393. Cf. le Dict. des Antiquités de Daremberg et Saglio, s. ν. Strigilis, p. 1533 et fig. 6648.
394. Nous l'avons confiée, pour identification complète, à Jean-Claude Richard, que nous remercions très
vivement et très amicalement des renseignements qu'il nous a communiqués.
395. A. Vives y Escudero, La moneda hispanica, Madrid, 1924, pi. XXVII,
n° 6.
396. Cf. les premières pages de l'article de J.-B. Giard, La pénurie de petite monnaie en Gaule au début
du Haut-Empire, dans Journal des Savants, avril-juin 1975, p. 81-112.
397. Cf. supra, p. 7 et 10.
397 bis. Cf. A. Schulten, Geografia y etnografia antiguas de la Penînsula ibèrica, II, Madrid, 1963, p. 421.
124
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
Β
45. Plats de bronze (n° 4, A et
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 125
46. Pot de bronze (n° 5) et son anse avant et après restauration.
\λ λ
47, 1. Les deux strigiles : B à gauche, Λ à droite. 47. 2. Le striglie B, avec l'emplacement des estampilles.
47, 3. Les estampilles du striglie B.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 127
48. Monnaie de bronze, droit et revers.
**w .
49. Cuiller
et autres objets en os.
128
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUEMENT, B. LIOU, F. MAYET
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50. Boîte à hameçons.
51. Amandes.
CONCLUSIONS
Dès qu'a été connue l'existence de l'épave Port-Vendres II et que le premier matériel a été
examiné, la découverte a été saluée comme d'un « exceptionnel intérêt » 398, comme d'une
« exceptionnelle richesse » 3". L'étude, qui précède, de l'ensemble du matériel apporte l'éclatante
confirmation de ces affirmations enthousiates; le salut, pour l'histoire économique de l'antiquité,
ne peut venir que de la mer, nous le savons depuis longtemps 400. Grâce à l'épave Port-Vendres II,
l'attention se porte essentiellement sur les productions agricoles fondamentales de la Bétique — le vin
et l'huile — à l'époque claudienne, dans cette fourchette chronologique de 42/50 ca dont la
précision même est une grande nouveauté. En toute confiance, le dossier du vin de Bétique
mérite d'être rouvert et enrichi, celui des routes du commerce de l'huile au milieu du Ier siècle
ap. J. C. précisé.
Le vin de Bétique
Dans le cadre géographique de YHispania ulterior républicaine, puis de la Bétique impériale,
il est aisé de recueillir de nombreux témoignages qui conduisent à dresser une carte du vignoble
{fig. 52) : la vallée du Baetis (Guadalquivir), ses alentours et le sud de la Péninsule en sont le lieu
d'élection.
Les premières localisations sont données par les monnaies présentant au revers une grappe
de raisin trifourchue, selon le modèle grec401. Ont frappé de telles pièces Acinippo 402 (Ronda la
Vieja, Ronda, province de Malaga), Orippo 403 (Torre de los Herberos, Dos Hermanas, province
de Séville) où une tête de Bacchus accompagne la grappe, Osset4tH (cerro Chaboya, San Juan
de Aznalfarache, province de Séville), Baesippo 405 (Vejer de la Frontera ou Barbate, province de
Cadix); ces émissions datent de 47-44, encore que Orippo ait frappé la première vers 55 av. J.C. Il
semble donc que la période césarienne après la fin des guerres civiles a été tout à fait favorable à
l'économie monétaire, fondée sans doute en partie sur la production du vin de Bétique. Osset poursuit
398. Lingots d'étain, p. 61.
399. B. Liou, dans Gailia, 33, 1975, p. 575.
400. A. J. Parker, The Evidence provided by Underwater Archaeology for Roman Τ rade in the Western
Mediterranean, dans Colston Papers, XXIII, 1971, p. 363.
401. Voir par exemple les monnaies de Ténos : E. Babelon, Traité des monnaies grecques et romaines,
Paris, 1907, 2« partie, I, col. 1295-1298, pi. LXI, 13-15.
402. A. M. de Guadan, Numismàtica ibèrica y ibero-romana, Madrid, 1969 (Bibliotheca archaeologica, VI),
p. 183, pi. 18, 166-168 : as. O. Gii Farres, La moneda hispanica en la edad antigua (= Gii Farres), Madrid,
1966, p. 280, 290, 308, 340-341, n" 1150-1163.
403. Gii Farres, p. 300, n° 1493 et 1494 : dupondius; n" 1495 : as.
404. ld., p. 304, as: n" 1497, semis: n°
1498;
n" 1499-1501.
405. ld., p. 312, semis:
n° 1175.
130
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
TARRACONAISE
LABORATOIRE DE CARTOGRAPHIE HISTORIQUE- BORDEAUX III-
52. Carte du vignoble de Bétique.
1. Site de vignoble (souligné quand il a frappé des monnaies à la grappe).
2. Site de vignoble où ont été frappées des monnaies aux pampres.
3. Site de vignoble d'époque arabe.
4. Limite de province.
l'émission à la grappe vers 38, à l'époque donc octavienne 406; et elle fait son apparition à Iulia
Traducta 407 (Tarifa, province de Cadix) vers 13-12 av. J.C., associée aux bustes de C. et L. Caesar.
Autre symbole du vignoble : les pampres et leurs bois qui entourent le nom d'une cité écrit dans un
cartouche, Olia 408 (Montemayor, province de Cordoue), Arva 409 (El Castillejo, province de
Séville); ces émissions datent de 120-90 av. J.C. et sont donc le premier témoignage précis sur le
vignoble de Bétique, tandis que, à Turri Regina 410 (Casas de Reina ? province de Badajoz), nous
retrouvons une frappe césarienne de 47-44.
Une nouvelle série de témoignages est à chercher dans les sources littéraires, chez les agronomes
et géographes. Précisément, en 37 av. J.C. 4n, Varron, dans son De re rustica, nous donne sur
les vignobles de YHispania de nombreux renseignements qu'on ne peut malheureusement localiser
avec plus de précision; mais son expérience 412 permet d'affirmer que ses « fiches » illustrent une
406. ld., p. 326, n° 1502-1506.
407. ld., p. 402, n°
1721, 1722, 1724 : semis. A. Tovar, Iherische Landeskunde, II, Baetica, Baden-Baden,
1974, p. 68 et p. 69.
408. Gii Farres, p. 138, 141, 158, n° 441 : as {- Vives, III, 64-65, pi. XCIX).
409. ld., p. 138, 141, 153, n" 374 : as.
410. ld., p. 374, n° 1566: as.
411. René Martin, Recherches sur les agronomes latins et leurs conceptions économiques et sociales, Paris,
1971, p. 231-233.
412. Varron a été légat et légat proquesteur sous Pompée en Espagne entre 76 et 71 (R.r., III, 12, 7), légat
propréteur en Ultérieure, probablement entre 55 et 49 : T. R. S. Broughton, The Magistrates of the Roman
Republic, Cleveland, 1951-1952, II, p. 95 et 100.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 131
situation du deuxième quart du Ier siècle avant J.C., entre Pompée et César. D'une façon générale,
quand il emploie le terme d'Hispania, on peut être quasi certain qu'il fait allusion à l'Ultérieure
et donc à la future Bétique. Il écrit à un moment où n'existe pas encore en tant que province
la Lusitanie, incluse en Ultérieure; mais il la définit par rapport à YHispania seule 413 ou à
YHispania ulterior 414 : les deux expressions sont donc équivalentes, puisqu'il place Olisippo
(Lisbonne) in Hispania ... in Lusitania415. En revanche, il attribue Osca et Carthago Nova à
YHispania citerior41* et à plusieurs reprises invoque des exemples pris dans cette province qu'il
précise toujours citerior 417. Que nous apprend l'agronome latin sur ce vignoble de l'Ultérieure ?
Il s'agit d'une espèce rampante qui n'a pas besoin d'échalas 418; il nous parle aussi du vin nouveau
dont le moût s'enfièvre et fait éclater les tonneaux 419, sans qu'on puisse définir exactement les orcae
par rapport aux dolia.
La culture de la vigne n'a pu que continuer et prospérer dans la seconde moitié du Ier siècle
av. J.C. Nous comprenons mieux alors l'affirmation de Strabon, vers 17 ap. J.C. 420, selon laquelle
le vin de Turdétanie est exporté en grande quantité vers Dicearchia-Puteoli et Ostie, le port de Rome.
Donc, la péninsule italienne à l'époque augustéenne boit du vin de Bétique, au moins depuis la fin
de la guerre de Sertorius et la victoire de Pompée, puisque le géographe grec est tributaire dans
tout ce livre III de Poseidonios d'Apamée dont les Histoires et YHistoire de Pompée sont écrites
après 72 av. J.C. 421. Même si la guerre civile entre Césariens et Pompéiens a perturbé la production
et le commerce des vins de YHispania ulterior, le régime césarien leur a donné une nouvelle
impulsion, nous l'avons vu. La victoire d'Actium et la paix retrouvée en Méditerranée n'ont pu
que communiquer une force nouvelle à l'axe économique majeur unissant la Bétique à Rome
et donc stimuler la production.
Très disert sur les facilités de communication, Strabon ne permet pas toutefois de compléter
la carte de ce vignoble et il ne nomme aucun cru célèbre, alors que sous Auguste et Tibère
le gourmet italien dispose d'une carte et d'une gamme impressionnante de crus « classés » 422.
Avec Columelle, nous atteignons le demi-siècle ap. J.C. 423; il est donc un contemporain
du naufrage de Port-Vendres II et il vient à point nommé confirmer la vogue des vins de Bétique 424.
Originaire de Gadès, il ne nous aide guère, dans son De agricultura, à dessiner une géographie
viticole de la Péninsule; cependant un examen plus attentif de son texte nous met sur le chemin
du vin de Ceret (Jerez de la Frontera).
Le mérite de cette découverte revient à A. Tovar 425. Le savant philologue a remarqué qu'aucun
manuscrit n'assure la lecture Caeretanum-Ceretanum-Cerretanum, et que les leçons suivies par
les différents éditeurs sont parfaitement divergentes. Donc y voir un domaine situé dans la région de
Caere-Cerveteri en Etrurie ne s'impose nullement, encore moins d'y reconnaître la Cerdagne,
413. Varron, R.r., I, 16, 2.
414. Ibid., II, 4, 11.
415. Ibid., II, 1, 19.
416. Ibid., I, 57, 2.
417. Ibid., I, 52, 1; 57, 3; II, 1, 5.
418. Ibid., I, 8, 1 : humiles ac sine ridicis.
419. Ibid., I, 13, 6 : ubi conditum nouum uinum, orcae in Hispania femore musti ruptae.
420. Strabon, III, 2, 6.
421. F. Lasserre, éd. de Strabon, III, Paris, 1966 (CUF), p. 5-7.
422. C'est Pline, au livre XIV de la Naturalis Historia, qui nous renseigne le mieux sur ces crus.
423. R. Martin, op. cit., p. 290.
424. Colum., I, préface, 20. Cf. supra, note 225.
425. A. Tovar, Coltimela y el vino de Jerez, dans Homenaje al Profesor Carnato, III, Séville, 1975, p. 399-
404.
132
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
le pays des Ceretani. Bien plus, quand Columelle426 énumère ses propriétés italiennes, il cite
celle d'Ardée, celle de Carseoli et celle d'Albano, mais il laisse de côté le Caeretanum. Il est
donc quasi certain que celui-ci n'est pas à localiser en Italie, où sans doute un chevalier, à l'image
des sénateurs, pouvait posséder des propriétés sans pour cela avoir à renoncer à celles qu'il
avait déjà dans son pays natal. Or il évoque, en s'adressant à Publius Silvinus 427 ', le destinataire
de son œuvre, « nos chères terres cérétanes » 428, où la vigne atteint une prodigieuse fécondité :
chez Publius Silvinus, un cep a porté plus de deux mille grappes; chez Columelle, 80 ceps ont
rapporté, la seconde année depuis leur greffe, sept cullei de vin, soit 526 χ 7 = 3 682 litres, et de
nouvelles vignes ont rapporté pour la première fois cent amphores par jugère, soit sur 25 ares
2 626 litres. Plus loin 429, Columelle fait appel à l'excellente mémoire de son ami qui peut
témoigner que lui, Columelle, avait en deux ans peuplé deux jugères entiers de vignes avec les
greffons fournis par une seule vigne précoce que Publius Silvinus possède dans son domaine cérélan.
Ainsi l'amitié entre les deux hommes s'explique par la commune petite patrie et par la proximité
de leurs domaines. D'autre part tous deux forment avec Sénèque et son frère Gallion430 un cercle
d'amis que l'on peut qualifier aisément de « bétique » : un gaditain, deux cordouans, car lunius
Gallio, qui adopta le fils aîné de Sénèque le rhéteur, devait être lié aux Annaei et était vraisem
blablement d'origine espagnole 431.
Ainsi Publius Silvinus serait originaire de Bétique et le Ceretanum serait à rechercher du côté
de Jerez de la Frontera, où un monnayage césarien de semis en 47-44 nous fait connaître CERIT
entre deux épis ou bien avec des palmes 432. Le ceretanum était promis, semble-t-il, à une bonne
renommée, si nous faisons du Caeretanum de Martial433 un vin espagnol. En effet pour le poète
de Bilbilis 434, il soutient la comparaison avec le vin de Setia (Sezze, dans les Marais Pontins) qui
fut un vin apprécié d'Auguste 435 et que Pline cite encore avec éloge 436. Ce rapprochement serait
impensable s'il s'agissait de Caere en Etrurie : en effet, le vin d'Etrurie passe pour fort médiocre
et ressemble à la lie léétanienne 437. Ainsi le vin de Ceret-Jerez aurait séduit les palais romains sous
les Flaviens et Martial parle de cet Hilarus, le plus riche cultivateur du sol, qui possède ces collines
et ces riants coteaux 438. Il serait trop hasardeux de l'identifier à Baebius Hilarus, que nous fait
connaître une inscription découverte au cortijo de Espartinas El Rincón, Jerez de la Frontera 439.
L'identification de ce vignoble pourrait être confirmée par la mention chez Silius Italicus du vin
de Nebrissa440.
426. Colum., III, 9, 2.
427. Son nom ne nous renseigne pas sur sa patrie.
428. Colum., III, 3, 3 : in nostris Ceretanis.
429. lbid., III, 9, 6.
430. PIR2, I, 757. Il s'agit de L. lunius Gallio Annaeanus, né en Bétique (Stat., Silu., II, VII, 32).
431. R. Syme, La révolution romaine (trad. R. Stuvéras), Paris, 1967, p. 347 et note 83; PIR2, I, 756.
432. Gii Farres, p. 349, n° 1259-1261. On peut s'étonner de n'avoir pas de grappe ou de pampres; la vigne
a très bien pu être implantée plus tard.
433. Martial, VI, 73 et XIII, 124.
434. M. Dolç, Hispania y Marciai, contribution al conocimiento de la Espana antigua, Barcelone, 1953.
435. Pline, N.H., XIV, 8, 1.
436. lbid., XXIII, 21.
437. Martial, I, 26, 9 : faex Laletana.
438. ld., VI, 73.
439. A. Tovar, art. cité, p. 402, note 8.
440. Sil.Ital., III, 392; Tovar, p. 147-148; R. Thouvenot, Essai sur la province romaine de Bétique, Paris,
1940, p. 246.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 133
Columelle manifestait une fidélité exemplaire à la Bétique natale, où il a tout appris de
l'érudition de son oncle M. Columella 441. Il a retenu ses leçons : les vignobles doivent être
protégés des vents du midi ou du sud-est, qui infestent les côtes de la Bétique 442. Pour obtenir
les plus belles vignes, il savait mêler l'argile aux terres sablonneuses — ou du sable aux terres
argileuses et dures 44<s, trouver un substitut au fumier, s'il arrivait d'en manquer 444.
Mais surtout Columelle nous renseigne sur le cépage hispanique, la cocolobis 443. Préoccupé
de qualité autant que de rendement 44(i, il procède à un classement des plants où la palme revient
aux aminées et où les nomentanes prennent la tête de la seconde catégorie. C'est alors 447 qu'il
rapproche du plant italien qui l'emporte en fécondité sur les aminées la biturica et la basilica,
« qui se divisent en deux espèces, à la plus petite desquelles les Hispani donnent le nom de
cocolubis ». Comment faut-il entendre Hispani ? les gens de la Péninsule ibérique sans restriction
provinciale, ou les seuls habitants de la Bétique ? Pline l'Ancien 448, qui a lu Columelle, ne nous
aide guère à identifier ces Hispani puisqu'il emploie l'appellation officielle Hispaniae. Ce cépage,
cultivé tant dans les provinces d'Espagne qu'en Epire, semble être un plant ancien de grande
extension, recommandé pour sa fécondité et sa résistance. Les Espagnes en distinguent deux
variétés; l'une à grains oblongs, l'autre à grains ronds. Plus la cocolobis est douce, meilleure elle
est, le plant espagnol est fils de la « royale » de Dyrrachium, au même titre que la Biturica des
Bituriges. C'est certainement son adaptation à des sols maigres et sa résistance aux vents qui
expliquent sa vogue : ne trouverait-on pas ici une réponse aux préoccupations de l'oncle de Colu
melle ? encore que la cocolubis, adaptée aussi aux pluies et au climat froid, ait certainement
gagné d'autres régions des Espagnes, et par exemple celle de la Tarraconaise 449. En tout cas, il n'y
a aucune raison de penser que la Bétique soit restée insensible aux vertus d'un cépage résistant,
permettant de « belles » récoltes et des profits appréciables. Le fait même que l'appellation propre
ment ibérique 45° soit connue et de Columelle et de Pline l'Ancien illustre sa renommée et
renforce certainement l'importance du vin de Bétique sur le marché méditerranéen, sans exclure
cependant l'extension de ce plant à la Tarraconaise.
Une troisième catégorie de sources est à chercher dans les textes arabes. Même tardifs,
ils nous renseignent sur la continuité de la culture de la vigne dans une civilisation qui, en principe,
exclut tout usage de l'alcool. Mais, même si les sources insistent sur les récoltes de raisin frais, elles
ne peuvent cacher que la plupart des califes omeyades ont bu du vin 4δ1 ou n'ont pu interdire
dans leurs états la consommation du vin et procéder à l'arrachage de tous les vignobles 452. Il faut
441. Colum., V, 5, 15 : uir illustribus disciplinis erudì tus ac diligentissimus agricola; II, 15, 4 : doctissimus et
diligentissimus agricola.
442. Ibid., III, 12, 6.
443. Ibid., II, 15, 4.
444. Ibid., II, 15, 5.
445. R. Etienne, Bordeaux antique, Bordeaux, 1962, p. 102-108, a attiré l'attention sur ce plant et a repris
le problème dans A propos du vin pompéien, dans Ν eue Forschungen in Pompeji, Recklinghausen, 1975, p. 309-
316.
446. Colum., III, 2 : uitis ferax et reditus coloni sont liés à plusieurs reprises.
447. ld., III, 2, 19.
448. Pline, N. H., XIV, 29.
449. Etienne, Vin pompéien, p. 312.
450. Etienne, Bordeaux antique, p. 104, note 144.
451. Les sources arabes ont été relevées essentiellement d'après E. Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne
musulmane, Paris, 1940-1947. Au xie siècle, le cordouan Ibn Hazm accuse Al-Hakam Ier d'avoir ouvertement bu
du vin.
452. Il s'agit d'Al-Hakam II: Lévi-Provençal, II, p. 169; il aurait été personnellement le seul à ne pas
boire du vin : id., III, p. 277-278.
134 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
attendre 822 pour que la halle aux vins de Secunda, aux portes mêmes de Cordoue, soit démolie 453.
Géographes et voyageurs 454 permettent en tout cas de dresser une carte du vignoble andalou
(fig. 52). Voici les villes et régions productrices de raisins et de vin : Cordoue 4δ5, Séville 4δ6,
Malaga457 et la région du rio Vêlez458, Grenade459, Ecija460, Jaén 461, Martos 462, Baeza463,
Cazalilla à treize milles d'Arjona 464, la vallée du Guadalquivir et les vallées afférentes 465. Ainsi,
pas plus que l'établissement visigothique, la conquête arabe n'a bouleversé les structures agraires
ou les productions. Bien mieux, on persiste à fabriquer du moût cuit : le rubb 466 fait écho au
dejrutum des hispano-romains. Cette continuité historique autorise donc l'usage des sources
arabes et permet d'affirmer avec force l'importance du vin de Bétique, en qualité et en quantité.
Maintenant que nous disposons d'un vecteur sûr — l'amphore Haltern 70 — il faudra établir
des routes commerciales du vin pour en suivre la diffusion, et au moins pour le ieT siècle de notre
ère, sa valeur sur le marché. Sans trop risquer de nous tromper, nous pouvons dire qu'elles doivent
se confondre avec les routes commerciales de l'huile, qui sont plus aisées à définir.
L'huile de Bétique
L'importance de l'huile de Bétique n'a pas été mise en cause par les recherches de ces dernières
années. Au contraire, de nouvelles précisions archéologiques sont venues confirmer la renommée
que lui attribuaient les sources littéraires — Pline l'Ancien 467 et Martial 468 — ou que l'on pouvait
inférer de la représentation de VHispania sur une mosaïque claudienne de la caserne des Vigiles
à Ostie 469, et, bien entendu, des travaux de Dressel au Castro Pretorio et au Testacelo. De ce fait,
le témoignage de Strabon, déjà cité 470, est conforté : l'huile de Bétique arrive en grande quantité
non seulement à Puteoli, mais aussi à Ostie, aussi bien sous Auguste (et sans doute déjà bien avant)
que sous Claude.
453. Sur l'ordre de l'héritier de la couronne, le futur Abd el Rahman II : Lévi-Provençal, I, p. 196.
454. Nous nous servons, outre l'ouvrage de Lévi-Provençal, de L. Torres Balbas, Cronica arqueológica de
la Espaha musulmana: los contornos de las ciudades hispano-musulmanas, dans Al-Andalus, XV, 1950, p. 437-
486; de J. M. Millas Valicrosa, Aportaciones para el estudio de la obra agronòmica de Ibn Hayyay y de Abu e
Tayr, dans Al-Andalus, XX, 1955, p. 87-105.
455. M. Palacios, On codice inexplorado del cordobès Ibn Hazm, dans Al-Andalus, II, 1934, p. 77; Lévi-
provençal, III, p. 39. Al Rasi en 955 (Torres Balbas, p. 466).
456. Au Xe siècle, Ibn Hawqal, Configuration de la terre, trad. J. M. Kramers et G. Wiet, Paris, 1964,
p. 114. Abu y a'qub Yusuf, en 1171 (Torres Balbas, p. 466).
457. Ibn Al Jatif, au xiv« siècle : Ibn Batoutah, Voyages, Paris, 1922, IV, p. 354-374. En 1349 : Torres
Balbas, p. 470. En 1487 : id., p. 469.
458. Ibn Batoutah, IV, p. 368.
459. Al'Umani : Ibn Batoutah, IV, p. 368-369. Abd al Basit b. Jalil b. Sahun al Malati en 1466 (Torres
Balbas, p. 472).
460. Ibn Hayyay, 1073.
461. Al Muqadasi, Description de l'Occident musulman au iv-xe siècle (trad. Ch. Pellai), Alger, 1950, p. 35
462. Id., p. 37.
463. Id., p. 39.
464. Id., p. 35 : vers 985.
465. Ibn Hayyay en 1073 : Millas Valicrosa, p. 94.
466. Lévi-Provençal, III, p. 277-278.
467. Pline, N. H., XV, 8.
468. Martial, XII, 98, 1.
469. G. Becatti, Scavi di Ostia, IV, I mosaici, Rome, 1961, n° 68, p. 46 et pi. CXXIII.
470. Supra, p. 89 et notes 225 et 420.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 135
Voici précisément que sous Claude, à la fin du deuxième quart du Ier siècle, nous pouvons,
grâce aux amphores Dressel 20 de l'épave Port-Vendres II, dresser une carte de la diffusion de
l'huile de Bétique. Il suffit en effet de repérer, à partir de l'ouvrage de M. H. Callender,
complété par quelques renseignements nouveaux (et non exhaustifs) qui sont en notre possession,
les lieux de trouvaille des dix marques d'amphores rencontrées sur l'épave. Notre fourchette
chronologique, 42-50 ca., peut certes être tempérée : un peu avant 42 et un peu après 50, car les
producteurs d'amphores ont alimenté les exportateurs pendant plus longtemps que ces neuf
années, et, en faisant l'hypothèse chronologique 30-60, nous ne devons pas être loin de la vérité.
La figure 53 peut donc en quelque sorte photographier la dispersion des amphores Dressel 20
au cours du deuxième tiers du Ier siècle, soit l'époque Claude-Néron, pour reprendre une expression
chère aux céramologues. Pour l'instant, sur les dix marques, trois paraissent inédites : C.I.F,
C.STER.CR, Q.S.CR. D'autres sont largement diffusées : en 30 points pour C.SEMP.POLYCLITVS,
17 pour L.VAL. VIT, 15 pour PHILO, 12 pour SISEN, 10 pour L.AT.RV, sans que nous ayons
pu identifier leur lieu d'origine et de départ en Bétique, à la différence de ce qui se passe, parfois,
pour les amphores des IIe et nr8 siècles 471 (fig. 54).
Les lieux de trouvaille marquent l'importance de la route côtière, expliquant d'ailleurs
les naufrages et les découvertes d'épaves de la côte vermeille à la côte d'Azur472. Ce qui se
dégage surtout, c'est le rôle de l'axe Rhône-Saône-Rhin et l'utilisation des voies d'eau pour le
transport de la marchandise. Du Rhin, les negotiatores ont su mener l'huile en Bretagne, nouvel
lement conquise. En effet, les besoins des légions et des troupes auxiliaires expliquent ce trafic
important et régulier; le ravitaillement en huile fait partie des besoins essentiels des armées et
la progression militaire s'accompagne d'une extension du commerce de l'huile. On ne sera pas
étonné de le rencontrer dans des camps légionnaires stables, comme à Vindonissa (Windisch,
Suisse), Mogontiacum (Mayence) et V etera Castra (Xanten); il accompagne l'installation du camp
claudien de Hofheim. Donc, le ravitaillement de l'armée a joué un rôle essentiel dans la demande
d'huile de Bétique. Le marché de Rome également a pesé d'un grand poids, ce qui se vérifiera
encore mieux quand le cœur du Monte Testacelo pourra être fouillé.
Pour mieux comprendre que certains lieux ont joué un rôle d'entrepôt recevant la marchand
ise pour la redistribuer, on pourra se rapporter à la figure 54 qui fait intervenir la quantité des
marques trouvées. Les sites les plus riches se placent aux points de rupture de charge entre
navigation maritime et navigation fluviale, comme à Fos-sur-Mer et Arles, aux changements
de zones d'activité de telle ou telle corporation de nautes : Lyon, Augst, les deux colonies
de L. Munatius Plancus, jouant à plein leur rôle stratégique et économique. Besoins militaires
et besoins civils, italiens et surtout romains, se partagent donc les exportations de Bétique.
Il est tout à fait précieux que la découverte de l'épave Port-Vendres H ait permis de préciser
les axes de ce commerce et que, dès le milieu du Ier siècle au moins, au moment où la conquête
de la Bretagne stimule les grandes productions provinciales 473, on puisse saisir la place des produits
de la Péninsule ibérique dans tout le trafic méditerranéen.
471. C'est G. Bonsor qui a le premier établi les origines de ces amphores par sa prospection le long du
Guadalquivir : Archaeological Expédition along. the Guadalquivir 1899-1901 (Hisp. Notes & Monographs), New-
York, 1931. W. G. Clark Maxwell en avait publié un premier compte rendu, The Roman Towns in thè volley
of the Baetis between Cordoba and Sevilla, dans Archaeological Journal, LVI, 1899, p. 245-305, et les estampilles
avaient été recueillies par E. Hiibner dans Eph. Epigr., IX, 1903. Voir en outre maintenant M. Ponsich, Implant
ation rurale antique sur le Bas-Guadalquivir, Paris, 1974, passim.
472. Nous n'oublions pas pour autant l'importance de la route directe vers Rome, par les Baléares et le
détroit de Bonifacio, bien attestée elle aussi par des épaves, mais qui ne peut guère apparaître sur notre carte,
parce que les amphores aboutissaient toutes en un même point.
473. Telle la production du vignoble bordelais : Etienne, Bordeaux antique, p. 102.
136
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
En effet, la présence sur cette épave d'amphores à vin et d'amphores à huile, l'existence
probable de la même marque sur une Haltern 70 et sur une Dressel 20 474, laissent présumer
que les propriétaires de Bétique s'adonnaient à la double culture, se conformant en somme aux
enseignements des agronomes de Caton à Columelle, en passant par Varron. Dans le paysage
agraire, vignes et oliviers sont solidaires, de même que leur culture n'exclut pas celle des céréales
— la trilogie strabonienne a sa source dans cette triple production — , et ces exportations de
vin et d'huile sont destinées à des commerçants qui résident précisément dans les villes où nous
savons qu'aboutissaient sous Claude les amphores Dressel 20. Ne trouve-t-on pas à Lyon un
474. Cf. infra, Appendice, p. 142.
LABORATOIRE DE CARTOGRAPHIE HISTORIQUE-BORDEAUX III-
53. Carte de la dispersion des marques d'amphores à huile de Port-Vendres II.
1. Trouvaille d'amphore sur le site d'une légion.
2. Site de légion.
3. Trouvaille d'amphore.
L'EPAVE
PORT-VENDRES II 137
diffusor olearius ex Baetica 475, qu'il faut entendre « distributeur d'huile de Bétique », ex Baetica
désignant l'origine de l'huile et non la patrie du négociant ? A Rome où l'on connaissait déjà
un mercator olei hispani ex prouincia Baetica 476 et aussi des negotiatores olea(rii) ex Baetica477,
ne vient-on pas de publier une inscription 47S, découverte dans les grottes de Saint-Pierre, mal
heureusement incomplète mais représentant un monument d'importance, puisque la plaque sur
475. CIL, VI, 29722 - D 7490.
476. CIL, VI, 1935 = D 7489. Il s'agit de L. Marius Phoebus, dont le nom figure, en position β, sur de
nombreuses inscriptions peintes d'amphores du Testacelo {CIL, XV, 3943-3959), datées entre 153 et 161.
477. CIL, VI, 1625 b.
478. A. Ferrua, dans Rend. Accad. Lincei, XXVIII, 1973, p. 69 = AE, 1973, 71.
INDEX DES SITES
1. AARAU, C. Semp. Polyclitus; L. At. Rus.
1. ALTEBURG, L. Val. Vit.
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us; Saturn; Sisen.
6. AUGST, C. Semp. Polyclitus; Philo; Sisen.
7. AUTUN, Philo.
8. AVENCHES, L. Val. Vit.
9. BESANÇON, C. F. Av.
10. BEUVRAY (Mont-), C. Semp. Polyclitus.
11. BREGENZ, C. Semp. Polyclitus.
12. CAMULODUNUM (Colchester), C. Semp. Pol
yclitus; Sisen.
13. CIRENCESTER, C. Semp. Polyclitus; Saturn.
14. FOS/s/MER, C. F. Av; C. Semp. Polyclitus;
Saturn; Sisen.
15. FREJUS, C. Semp. Polyclitus.
16. GENEVE, C. Semp. Polyclitus; L. Val. Vit;
Philo.
17. HOFHEIM, C. Semp. Polyclitus; Philo.
18. LEZOUX, C. Semp. Polyclitus; L. Val. Vit.
19. LONDRES, C. F. Av; C. Semp. Polyclitus; L.
At. Ru; Philo.
20. LYON (dont Trion), C. Semp. Polyclitus; L. At.
Rus; L. Val. Vit; Philo.
21. MAYENCE, C. F. Av; L. Val. Vit.
22. NIMEGUE, L. Val. Vit.
23. NIMES, C. Semp. Polyclitus; L. Val. Vit; Sisen.
24. NUITS-SAINT-GEORGES, L. Val. Vit.
25. NYON, C. Semp. Polyclitus; L. At. Rus; Philo.
26. ORANGE, L. At. Rus; Sisen.
27. OSTIE, C. F. Av; C. Semp. Polyclitus.
28. PIACENZA, Sisen.
29. POITIERS, L. Val. Vit.
30. PORT-SUR-SAONE, C. Semp. Polyclitus.
31. PORT-VENDRES, C. F. Av; C. 1. F.; C. Semp.
Polyclitus; C. Sur. Cr; L. At. Ru; L. Val. Vit;
Philo; Q. S. Cr; Saturn; Sisen.
32. RICHBOROUGH, C. Semp. Polyclitus.
33. ROME, C. Semp. Polyclitus; L. Val. Vit; Philo;
Saturn; Sisen.
34. SAINTE-COLOMBE-LES-VIENNE, C. Semp.
Polyclitus; L. At. Rus; L. Val. Vit; Philo.
35. SAINT-ROM AIN-EN-G AL, C. Semp. Polyclitus.
36. SILCHESTER, L. Val. Vit.
37. STUDENBERG, C. Semp. Polyclitus.
38. TROYES, C. Semp. Polyclitus.
39. VETERA (Xanten), C. Semp. Polyclitus.
40. VIDY-LAUSANNE, Sisen.
41. VIENNE (dont Les Fins d'Annecy), C. Semp.
Polyclitus; L. At. Rus; L. Val. Vit; Philo; Sisen.
42. VINDONISSA (Windisch), C. Semp. Polyclitus;
L. Val. Vit; Philo; Sisen.
43. WIESBADEN, C. Semp. Polyclitus.
44. WROXETER, C. Semp. Polyclitus; Philo.
Aux sites portés sur cette carte, ajouter PEYRESTORTES (Perpignan, près de Port-Vendres) : L. At. Rus; Saturn.
138
D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
LABORATOIRE DE CARTOGRAPHIE HISTORIQUE-BORDEAUX III-
54. Carte de fréquence des marques d'amphores à huile de Port-Vendies II.
1. C. F. AV.
2. C. I. F.
3. C, SEMP.
POLYCLITVS
4. C. STER.CR.
5. L.AT.RV(S).
6. L. VAL. VIT.
7. PHILO.
8. Q. S. CR.
9. SATVRN.
10. SISEN.
FRÉQUENCE DE DISTRIBUTION DES MARQUES
Besançon; Fos/s/Mer; Londres; Mayence; Ostie; Port-Vendres : 6.
Port-Vendres : 1.
Aarau; Angers; Arles; Augst; Mt Beuvray; Bregenz; Camulodunum; Cirencester; Fréjus;
Fos/s/Mer; Genève; Hofheim; Londres; Lyon; Nîmes; Nyon; Ostie; Port-sur-Saône; Port-
Vendres; Richborough; Rome; Sainte-Colombe-lès-Vienne; Samt-Romain-en-Gal; Studen-
berg; Troyes; Vetera; Vienne; Vindonissa; Wiesbaden; Wroxeter : 30.
Port-Vendres: 1.
Aarau; Chatham; Londres; Lyon; Nyon; Orange; Peyrestortes; Port-Vendres; Sainte-
Colombe-lès-Vienne; Vienne : 10.
Alteburg; Angers; Avenches; Genève; Lezoux; Lyon; Mayence; Nimègue; Nîmes; Nuits-
Saint-Georges; Poitiers; Port-Vendres; Rome; Sainte-Colombe-lès-Vienne; Silchester; Vienne;
Vindonissa : 17.
Aps Rouch; Augst; Autun; Fos/s/Mer; Genève; Hofheim; Londres; Lyon; Nyon; Port-
Vendres; Rome; Sainte-Colombe-lès-Vienne; Vienne; Vindonissa; Wroxeter : 15.
Port-Vendres : 1.
Arles; Cirencester; Fos/s/Mer; Port-Vendres; Rome; Trinquetaille; Peyrestortes : 7.
Arles; Augst; Camulodunum; Fos/s/Mer; Nîmes; Orange; Piacenza; Port-Vendres; Rome;
Vidy-Lausanne; Vienne; Vindonissa : 12.
L'ÉPAVE
PORT-VENDRES II 139
laquelle elle a été gravée mesure en son état 1,68 m sur 0,36? Elle est fichée dans le mur
du mausolée de Trebellena Flaccilla, apparemment du IIe siècle. Il y est question d'une negotiatri{cî)
olear(iaë) ex prouinc(ia) Baeticia) item uini, donc d'une négociante en huile de Bétique qui comm
ercialise aussi le vin de la même province. Pour la première fois dans une inscription, le vin
de Bétique apparaît, fût-ce implicitement, à une date postérieure sans doute à celle de notre
épave, mais les réseaux commerciaux sont certainement en place dès le règne de Claude. Ce
nouveau document éclaire par ailleurs l'activité de C. Sentius Regulianus qui s'occupe à Lyon
de commerce d'huile et de commerce de vin, et aussi du transport sur la Saône et assure la
curatèle et le patronat des corporations relevant de ces métiers : Lyon et Rome restent les grandes
cités commerciales où se négocient ensemble les produits de Bétique 479.
Le paysage agraire n'a guère changé au cours des temps, puisque les sources arabes
permettent de retrouver le mariage de la vigne et de l'olivier à Séville, Malaga, Grenade et
Cazalilla 480. Dans l'Antiquité, ce n'est pas seulement en Bétique que se vérifie une telle association
de cultures et de produits commerciaux. Déjà Varron 481 notait que des convois sont organisés pour
apporter à dos d'âne de Brindes ou d'Apulie à la côte les huiles, les vins, les blés et autres denrées,
à l'époque où les produits italiens étaient les maîtres du marché méditerranéen.
L'importance des marques peintes, enfin, n'a plus guère besoin d'être soulignée. Elles enri
chissent nos listes des exportateurs maritimes de plusieurs noms nouveaux, antérieurs d'un siècle
à ceux du Testacelo; nous avons dit l'intérêt que présentait cette pluralité même pour notre
connaissance des structures du commerce maritime 482. Ces inscriptions nous ont conduits à
réexaminer de près celles du Testacelo : l'identification du nom du producteur, mentionné en
position δ, peut être l'amorce d'une étude systématique de ces noms et de ceux des domaines,
en relation avec les noms des villes mentionnées, les dates indiquées, qui sans doute pourrait
apporter quelque lumière sur les structures agraires antiques de la région du Guadalquivir 483. Plus
concises, les inscriptions des amphores de Port-Vendres ne présentent avec celles du Testacelo
aucune différence fondamentale et nous indiquent clairement que toutes ces structures économiques,
au niveau de la production comme à celui de la commercialisation, sont en place dès l'époque
de Claude.
Au total, ce que le navire qui a sombré devant Port-Vendres nous offre de plus étonnant
et de plus précieux, c'est, dans l'unité d'une même origine géographique, la diversité dans la
composition de son chargement : non pas un seul négociant, mais neuf exportateurs différents,
au moins, et pour les seules amphores, pour l'huile et le vin seulement; non pas un seul produit
exporté, mais pratiquement tous les produits d'une région de l'Empire. En ce sens, l'épave résume,
pour une date bien précise, toute l'activité économique du Sud de la Péninsule ibérique : celle des
mines, d'étain, de cuivre et de plomb; celle des domaines agricoles, vignobles et oliveraies; celle
des pêcheries et des usines de salaisons; celle des ateliers où se fabriquaient les amphores ou la
céramique à parois fines. Elle illustre admirablement la richesse de la Bétique et de ses confins
lusitaniens, richesse sur laquelle une société de propriétaires fonciers, d'industriels et de négo
ciants fondent leurs profits et assoient le prestige politique qui, sans nul doute, annonce, et
explique, l'irrésistible ascension, de Claude à Trajan et aux Antonins, des gentes du Baetis.
479. Un léger doute toutefois : le vin vient-il lui aussi de Bétique ? Il peut également, bien entendu, ne pas
venir seulement de Bétique.
480. Cf. supra, p. 134.
481. Varron, R.r., II, 6
482. Supra, p. 91.
483. Piste indiquée déjà brièvement par T.R.S. Broughton, Oil-Producing Estâtes in Southern Spain, dans
Akten des VI. internationalen Kongr esses fur griechische und lateinische Epigraphik. Mùnchen, 1972 = Vestigio,
17, Munich, 1973, p. 476.
APPENDICE
Deux amphores Haltern 70 estampillées du musée de Séville
Nous avons eu l'occasion, fin 1975, d'étudier et de dessiner, au musée archéologique de
Séville, quatorze amphores du type Haltern 70, pour la plupart conservées dans les réserves.
Deux d'entre elles, dont la provenance est indiquée (Alcalâ del Rio, l'antique llipa, à 1 5 km
environ au Ν de Séville, sur le Guadalquivir), présentent un intérêt tout particulier : elles portent
en effet une estampille, et c'est la seule, à notre connaissance, qui soit à ce jour attestée sur ce
type d'amphore. Les deux exemplaires sont tout à fait identiques : le premier est pratiquement
intact — seule la pointe est un peu cassée; le second est restauré, et mal restauré en ce qui
concerne la lèvre. Le dessin que nous donnons est celui de l'amphore n°
1, la longueur totale de
la pointe étant restituée d'après l'amphore n° 2; l'estampille a est celle de l'amphore n° 1;
l'estampille b celle de l'amphore n° 2.
L'amphore dessinée est haute au total de 97,5 cm et le diamètre maximal de sa panse est
de 33,5 cm. La lèvre assez nettement moulurée et ouverte vers l'extérieur est haute de 5,5 cm;
la paroi, au niveau du col, a une épaisseur de 1,5 à 2 cm. Rugueuse au toucher, de teinte grise
en surface, avec, semble-t-il, des traces d'engobe ocre, elle présente, à la cassure, une pâte grise,
de texture peu homogène, avec un abondant dégraissant blanc : la même, au demeurant, pour toutes
les amphores de ce type présentes au musée de Séville, et tout à fait analogue à celle des amphores
de l'épave Port-Vendres II.
Les deux exemplaires sont semblablement estampillés à la base de l'anse : un cartouche
rectangulaire assez creux, de 48 χ 16/17 mm, contient, en lettres bien dessinées, hautes de 13 mm,
l'inscription C.FVF.ÂVlTÏ, dont les termes sont séparés par deux points triangulaires. Le point
qui sépare le praenomen du gentilice ne paraît pas situé exactement au même endroit sur l'un
et l'autre exemplaire : il se pourrait qu'on eût affaire à deux poinçons différents de la même marque.
L'absence de la barre horizontale dans le A de la première estampille est sans doute due à l'usure :
la fin du cartouche, en effet, est peu visible; l'estampille b, en revanche, rend la lecture parfaitement
sûre.
M. Beltrân Lloris a lui aussi relevé cette marque au musée de Séville et en a fait état dans
sa communication au 2e colloque sur les amphores romaines x, proposant le développement C(aius)
Fuf(icius) Ant(onius), qui est doublement inacceptable : Antonius, en effet, est un gentilice et
n'est que très exceptionnellement (dans le cas, surtout, de polyonymie) un cognomen; la lecture ANT
est d'autre part impossible, du fait que la haste oblique qui part de la base du A se poursuit au-
1. Problemas de la morfologia...
142 D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUÉMENT, B. LIOU, F. MAYET
dessus de la barre horizontale signifiant le Τ : on a donc affaire au monogramme AVIT et même,
le / pouvant compter deux fois, AVITI. On peut, pour s'en persuader, comparer les variantes de
la marque sur Dressel 20 de PS. Aviti, dont le cognomen est soit écrit en toutes lettres, soit abrégé
par le même monogramme que nous avons ici 2. Il faut donc développer C(ai) Fuf(ici) Aviti Ά.
Ce que cette estampille nous offre de plus intéressant, c'est, à coup sûr, le rapprochement
qu'elle nous impose avec unejnarque connue d'une part à Vienne et d'autre part à Genève, qui
se présente sous la forme C.FVF.A 4. Il n'est sans doute pas trop imprudent de penser qu'il s'agit
d'une variante de la même signature. Or nous savons qu'à Genève au moins elle figure sur une
anse d'amphore Dressel 20 5. Cette constatation nous paraît rencontrer assez heureusement
les analogies que nous relevions, de matière et de technique, entre les amphores Haltern 70 et
Dressel 20 6 : il se pourrait que des fours de la même figlina, appartenant au même propriétaire, aient
produit des amphores destinées à transporter le vin et l'huile d'un même terroir; ou encore d'un
OFV-W
55. Amphore Haltern 70 du musée de Séville (éch. 1 : 10) et estampilles (1 : 1).
2. Callender, n° 1395. Cf. Beltrân, Anforas, p. 210, fig. 55, 210 et 211.
3. Fuficius, plutôt que Fufius. Le gentilice est attesté en Bétique : CIL, II, 1148 (Italica), 1629 et 1630
(région d'Astigi).
4. Callender, n° 322 et fig. 5, 31 = CIL, XII, 5683, 112, a et b.
5. Cf. W. Deonna, Céramique romaine de Genève. Poterie commune : amphores, pelves, tuiles, briques,
dans A. S. Α., XXX, 1928, p. 206, n° 15: anse ronde. Confirmé par D. Paunier (correspondance avec B. Liou,
janvier 1977) : « il s'agit sans doute possible d'une anse ronde appartenant à la forme Dressel 20 ».
6. Supra, p. 23.
L'ÉPAVE PORT-VENDRES II 143
même domaine, si C. Fuficius Avitus était propriétaire terrien, cultivait à la fois la vigne et l'olivier
et fabriquait ses propres amphores.
La présence de la marque C.FVF.A sur Dressel 20 pourrait par ailleurs renforcer le rappro
chement timide que nous avons suggéré à propos de l'estampille C.F.AV de notre épave de Port-
Vendres 7. Ici encore, la diversité que présente une marque comme celle de P. S. Aviti, dans le système
d'abréviations, dans la présence ou l'absence des points de séparation 8, nous conduit à penser
qu'un tel rapprochement n'est pas invraisemblable.
F. M.
P.S. — Nous prenons connaissance in extremis de l'article de D. Manacorda, Anfore spagnole
a Pompei (cf. supra, note 85 bis). L'auteur signale (p. 129) qu'une amphore Haltern 70 intacte,
et trèsj>roche des exemplaires de Séville (ibid., pi. LVII, 19), porte, à la base de l'anse, l'estampille
C.C.IVL (pi. LVIII, 32), qui a été publiée au CIL, X sous le n° 8049,2 (Callender, 273).
7. Supra, p. 30 et note 33. ^
8. Par ex. Callender, p. 307, fig. 14, 2: P.S.AV (Colchester); Beltrân, Anforas, p. 210, fig. 55,
n° 208:
'.SAVITI (Astigi), etc.
Γ
r
TABLE DES MATIÈRES
Introduction 7
La découverte 8
Aspect du gisement 8
La fouille 9
Chapitre I. — Les lingots d'étain (suite), de cuivre et de plomb 11
Chapitre II. — Les différents types d'amphores 23
1 . Les amphores à huile (Dressel 20) 23
Les estampilles 26
2. Les amphores à vin (« Haltern 70 ») 33
Opercules 38
3. Les amphores à conserves de poisson (« Pompéi VII ») 40
4. Les amphores à fond plat, de type Dressel 28 43
Chapitre III. — Les inscriptions peintes 49
I. — Catalogue 51
II. — Commentaire 83
1. Les amphores Dressel 20. Métrologie. Le sens des inscriptions α et γ 83
2. Le contenu des amphores Haltern 70 86
3. Les mercatores 91
4. Contenu et sens des inscriptions δ 93
Chapitre IV. — Céramiques et verrerie. Objets divers 105
1. Lampes 105
2. Céramiques sigillées 1 07
3. Céramique à vernis rouge « tardive » 111
4. Céramiques à parois fines 111
5. Céramiques communes 114
6. Verre 118
7. Objets divers 121
Conclusions 129
Appendice. — Deux amphores Haltern 70 estampillées du Musée archéologique de Séville . 141