Lens : avant le Louvre, l’art de la division

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de mars

L e Q uo t i d i e n d es Mu n i c i p al es 2 0 0 8 r é a l i s é p a r l e s é t ud i a n t s d e l ’ É c o l e s u p é r i e ur e d e jo u r n al i s m e d e L i l l e

N um é r o 8 S a me d i 1 5 m ar s 2 0 0 8
Photo ESJ

A payé !
Les candidats règlent leurs comptes : locaux, tracts, affiches... Une campagne électorale a un coût. Entre prêts, dons et système D, relevé des milles et unes manières d’exister aux yeux des électeurs.
Photo KL

Motivés À Roubaix, les militants PS collent les dernières affiches sous la pluie.
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Contre-courant Delannoy élu facilement à Tourcoing ne cède pas aux sirènes de la communication.
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ÉDITO Fauchés !
Fa u t e d e g r i v e s , o n m a n g e de s me rl es. Ou p lutô t, f aute de mo ye ns , o n i mpr o v i s e . L’ a r g e n t d e m e u r e l e ner f de la guer re en péri ode él e cto rale . E n p ol i tique, le fri c ne f ait pas le b o n h e u r, m a i s i l y c o n t r i bue gra ndem ent s ans po ur a uta nt g ara nti r la vi cto ire dans l e s ur ne s. Autref o is l ’un de s p ar ti s f rançais le s p l u s r i c h e s , l e Fr o n t N a t i o nal prend aujourd’hui l ’e au. À tel p o int qu’ il a é té o bli gé de ve n dre so n si èg e h i s t o r i q u e , l e Pa q u e b o t , p our tro uv er de s f onds. Dans de nomb reuse s c ommune s, l e FN a dû re nonc er à p ré sente r des candi d a t s , c e q u i n’ a p a s e mpê c hé Ste ev e B ri oi s e t M a r i n e L e Pe n d e s ’ o f f r i r un clip d e campagne à 10 0 00 eur os po ur co nqué ri r l a m ai rie d’H é nin-Be a umont. Quentin Sénéchal, c andi da t à Ch â tea u-l ’A bba ye , v il l age de 80 0 ha bi t a n t s p rè s d e S a in t -A m a n d l es-Eaux , a i nve sti : a ffi ch e s A 3 en p ap ie r gl ac é e t c ou le urs. Mais rése au o bli ge , il a ré us si à li mite r ses frai s de c ampagne à 3 9 6 e u r o s . E t , i l n’ y a p a s q ue dans l e s pe ti ts vi ll age s q ue l ’o n s’ ar range co mme o n p e ut. Dans l e VI e ar rond i s s e m e n t d e Pa r i s , J e a n Marc R esto ux est de ve nu c él èb re grâc e à tro is bo uts d e fi ce l le s . C e « c on c ie rg e de tr otto ir » c omme il ai me à s e f a i r e n o m m e r, e s t u n SDF q ui sur vi t av ec 38 0 euro s d e RMI p ar mois ! Une bon ne tête, un v erb e fle uri e t d es rev e ndic ati ons da ns l es po ch e s p euv e nt e nco re suf fire aujourd’hui pour convai ncre. Lo i n de la po li tiq ue s pe c tac le e t des pa i ll ette s n ati o nal es, l es él e cti ons munic ip al e s s on t l ’o cc a si o n p our be auco up de f aire ente ndre le urs vo ix . Mêm e s’i l n’ a p a s d é p a s s é l e s 4 % , Je a n-Mar c Re sto ux a réu ss i son c oup m édi atiq ue…

L

La course aux voix touche à sa fin. Si pour les imprimeurs ou les traiteurs c’est un moteur économique qui s’arrête, les candidats, surtout les petits, doivent payer l’addition.
Par Hélène Bekmezian, Mélanie Carnot, Jean Décotte et Benoist Pasteau

Le blé de
L’ É V É N E M E N T
plus », explique-t-il. Il déplore cependant qu’internet fasse perdre de son importance au papier. Pouvoir d’achat. Un tract, c’est efficace, mais il le dit lui-même : « Rien ne vaut le contact humain ». Ce qui profite à la restauration puisque, surtout pour les municipales, les candidats vont de réunions publiques en petits déjeuners, de bars en restaurants. Mais les traiteurs comme le lillois Lecocq préfèrent les plus grosses élections. « Les municipales n’augmenent que légèrement notre activité, ça n’a pas énormément d’incidence sur notre chiffre d’affaires », explique Jérôme Platteau, du service commercial. « Pour la présidentielle, nous avions beaucoup plus travaillé, il y avait plus de réceptions et plus de moyens ». Quant aux grands traiteurs parisiens, ils refusent de communiquer sur le sujet. Allô. La communication, justement, est la clé d’une campagne réussie et, pendant les élections, les ondes des téléphones portables fusent. Sur ce sujet, les opérateurs de téléphonie mobile sont catégoriquement muets et ne communiquent des noms « que sur commission rogatoire ». Mais chez Bouygues Télécom on reconnaît que « le trafic réseau du week-end dernier a été un peu plus important que d’habitude ». Conte de campagne. Autre moyen de communication efficace : le livre. Après une présidentielle déjà riche en publications, plus de vingt ouvrages sur les municipales sont parus entre janvier et février 2008. Ils traitent des villes (La bataille de Paris (L’Archipel), des candidats (Jean-Claude Gaudin : Une vie pour Marseille (Rocher) ou sont écrits par les prétendants eux-mêmes (Féminin singulier : journal par Marielle de Sarnez (Plon). Les éditeurs refusent souvent de donner les chiffres de vente de ces livres toujours sur le marché mais pour Élections municipales 2008 : mode d’emploi, Sara Korenbajzer, des éditions Nathan, concède qu’« il y a eu un gros pic des ventes deux semaines avant le premier tour jusqu’à maintenant ».

Clémence Lambard

LA PRESSION de mars
Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de 2e année (presse écrite et agence) et de PHR. Refermentation et maturation - Directeur de la publication : Pierre Savary Fermentation - Directeurs adjoints de la publication : Sylvie Larrière, Cyril Petit, Yves Sécher, Jacky Durand Houblonnage - Rédacteurs en chef : Marc-Antoine Barreau, Flore Thomasset Nicolas Kienast, Clémence Lambard Embouteillage - Rédacteurs en chef techniques : Caroline Bozec, Florian Hervieux, Séverine Rouby, Guillaume Willecoq Sur le blog des municipales de l’ESJ, lire, écouter et regarder les reportages des deuxièmes années : http://chroniquesdemars.blogspot.com École supérieure de journalisme de Lille, 50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex. Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

uc Doublet gagne toujours un scrutin. « Une élection, c’est un business », dit-il. Cette année, son entreprise a fourni 3000 communes françaises en panneaux, isoloirs, urnes ou écharpes de maires, la combinaison municipales - cantonales faisant de l’année 2008 un très bon crû. Si cette entreprise du Nord qui a perdu le marché de Lille ne communique pas sur les chiffres, un petit calcul permet de se faire une idée de l’argent généré rien qu’avec les isoloirs (entre 220 et 600 euros l’unité pour un isoloirs adapté aux handicapés) et les urnes (environ 250 euros). En général, les mairies renouvellent un peu moins de la moitié du matériel par élection. En sachant que le nombre moyen d’électeurs d’une commune est de 1 300, qu’il faut environ un isoloir pour 1 000 personnes et qu’une urne peut contenir jusqu’à 2 000 bulletins, le chiffre d’affaire de Doublet pour ces deux produits devrait se situer entre 700 000 et un million d’euros pour les 3 000 communes. Sans compter les panneaux publicitaires (100 euros), tables (70 euros) et bustes de Marianne (740 euros mais 850 euros pour un buste Deneuve ou Bardot). Il est clair que Doublet aimerait pouvoir voter plus souvent. D’autant plus que les maires ont l’orgueilleuse mais fructueuse habitude de quitter l’hôtel de ville avec leur écharpe ! Pression. Entre les isoloirs et les urnes, le marché est pour les imprimeurs. Henri Roué, à la tête d’une imprimerie de 16 salariés à Jeumont (Nord), produit les bulletins mais aussi les professions de foi et les dépliants d’une cinquantaine de candidats de sa région. Il dope ainsi son chiffre d’affaire de 30 % sur la période. « C’est pratiquement les seules fois où l’on travaille réellement à plein temps. Pendant les élections, c’est le travailler plus pour gagner

L’addition s’il vous plaît

120 %. Au final, la plus belle histoire d’amour des élections reste la presse. En 2007, année déjà dopée par la Présidentielle, le tirage moyen du quotidien national Libération a été d’un peu plus de 140 000 exemplaires par jour. Le lendemain du premier tour des élections municipales, ce sont 308 492 exemplaires qui se sont vus diffusés, soit une augmentation de près de 120 % des ventes. Idem pour Aujourd’hui en France, avec 82 % de bonus. Le quotidien régional La Voix du Nord, qui devrait logiquement profiter davantage de ces élections locales, a également augmenté son tirage, quoique dans des proportions moindres, avec un “petit” bond de 34 %. Qui a dit que ces élections ne se jouaient pas à l’échelle nationale ?
H.B.

La Pression de mars

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Samedi 15 mars 2008

la campagne
L’ É V É N E M E N T
aire campagne sans un sou ? Pas si insensé : SDF pendant trente ans, Jean-Marc Restoux briguait dimanche dernier la mairie du VIe arrondissement de Paris. Aucune fortune personnelle, relogé depuis un an grâce à Emmaüs, ce barbu débonnaire est parvenu sans gros moyens à tutoyer 4 % des suffrages. « Quand tu fais campagne, tu es forcé de payer les affiches, les bulletins, les professions de foi, détaille-t-il. Ça coûte 1 800 euros en tout. Une colistière m’a avancé l’argent, et je vais lui rembourser petit à petit. C’est un prêt énorme pour moi ! », lance le quinquagénaire, évoquant ses 380 euros de RMI. Ni QG, ni meeting : à la tête de sa liste Un autre son de cloche, JeanMarc a fait campagne avec sa gouaille, le soutien de bénévoles et de célébrités comme Frédéric Beigbeder, et un joli sens de la provocation. En proposant à David Martinon, débouté de Neuilly, de rejoindre sa liste, l’ex-SDF a fait mouche. France 2, LCI, M6… Son histoire séduit les journalistes. Un bel espace médiatique pour pas un rond. Certains petits candidats rivalisent d’ingéniosité pour exister face à l’armada des partis nationaux. Tel Hamza El Kostiti, candidat de Génération écologique à Halluin, qui a parcouru à pied 117 km entre sa ville frontalière et Bruxelles à trois jours du premier tour. Résultat : 7,27 % et fusion avec la liste du maire sortant Jean-Luc Deroo (PS). Djemi Drici, lui, a enregistré 3,57 % des taurateur qui lui a fait don de repas entre colistiers après les réunions. Un plafond de 50 % (par rapport au budget global) est prévu pour ce type de dépenses. Pour Les Gens d’Hellemmes, la note est salée. Même si elle a obtenu plus de 24 % au premier tour, la liste pourrait ne pas se faire rembourser les 6 000 euros de frais personnels. Raison : une association n’a pas la reconnaissance politique dans une élection. D’autres ont recours au prêt bancaire pour se lancer dans la course à la mairie. Bagdad Ghézal, le tête de liste et trublion de la gauche à Etaples, a emprunté 5 000 euros. Il garde soigneusement les factures pour bénéficier des remboursements puisqu’il a récolté 9,97 % des suffrages. Le candidat connaît les montants par cœur. « Ce qui m’a coûté le plus cher c’est l’impression des tracts, des affiches officielles et des professions de foi. En tout, 1 682,26 euros qui seront remboursés par la Commission des comptes de campagne ». Mener une campagne, c’est

F

L’écharpe en bouts de ficelle
voix : il avait créé la polémique avec sa proposition d’offrir 300 euros de “pouvoir d’achat” à tous les électeurs, soit une aide totale de 3,3 M d’euros sur fonds municipaux. « Je n’ai jamais voulu faire parler de moi, se défend-il. On m’a classé parmi les dirigeants de républiques bananières, mais mon idée avait été mal formulée. Il y a eu une incompréhension. » À Lille, l’inventivité d’Etienne Forest ne lui a valu que 642 voix, soit 1,09 % des suffrages. Speed-dating politique, web TV, apéro-rap, soirée slam, et même l’organisation d’une grande “chenille démocratique” orange et verte sur une place lilloise… Le parfait arsenal pour attirer les médias. Sauf que les 25 000 euros investis dans sa campagne ne lui seront pas remboursés. « Je suis un peu plus léger sur mon portefeuille d’actions », confie le candidat, philosophe. Même les grands partis la jouent économe. Les réunions d’appartement, par exemple, coûtent peu et convainquent beaucoup, comme l’explique Stéphane Baly, 15e sur la liste des Verts à Lille : « Ça se passe chez un sympathisant ou un militant, sur le principe d’une auberge espagnole : chacun amène ce qu’il veut. Financièrement, c’est neutre. » Pas de location de salle, pas de frais de bouche. Et une efficacité maximum : « À la fin d’une réunion, certains invités étaient convaincus au point de vouloir tracter dans leur voisinage. » Preuve qu’à l’heure du dépouillement, une campagne dépouillée peut aussi payer.
J.D.

Il faut une légende

la veille du second tour, les candidats commençent à faire leurs comptes, avant de les déposer d’ici deux mois, leurs budgets à la commission des comptes. Le code électoral prévoit un remboursement partiel de la campagne pour les candidats ayant obtenu plus de 5 %. Dominique Slabolepszy, candidat sans étiquette à Valenciennes, n’a pas dépassé ce seuil. « J’assume seul les 6 000 euros dépensés ». 593 euros de tracts plus 5000 d’impression de professions de foi et bulletins de vote qui sont à sa charge. « Je m’engage par conviction politique et non pas par calcul financier ». Sans compter les dépenses personnelles, comme le téléphone et les enveloppes timbrées. Heureusement que le candidat compte sur sa liste un res-

À

Les deux sous des candidats

aussi compter sur les dons des sympathisants et militants. De l’argent gratuit qui met du beurre dans les épinards. Parfois même des mécènes de la politique, comme pour Bagdad Ghézal qui a reçu ainsi 950 euros dont « 300 venaient d’un sympathisant dunkerquois du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen) ». Pour rentrer dans ses frais, le candidat a donc tout intérêt à jouer de ses relations. Un “ami” imprimeur est indispensable. À Château-l’Abbaye, Quentin Sénéchal a profité d’une remise grâce à ses connaissances. Au total, sa campagne aura coûté 33 euros par colistier au lieu de 100 euros pour faire imprimer 10 affiches, 350 dépliants, 350 professions de foi, et 1500 bulletins de vote. Quoi qu’il en soit, une gestion stricte du budget est nécessaire, ce qui n’empêche pas quelques écarts de budget. Pour 200 euros, Les Gens d’Hellemmes se sont payés une caravane équipée d’un mégaphone pour rouler en campagne … électorale bien sûr.
M.C. et B.P.

La Pression de mars

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La nuit des afficheurs
EN RÉGION
Par Gaël Arcuset

R O U B A I X . Maurice, Moussa et Brédé sillonent les rues de la ville. Les partisans de René Vandierendonck ont pour mission de coller les cinquantes affiches de leur candidat.

Moussa s’occupe de décoller les affiches des « adversaires » tandis que Brédé passe la première couche de glu. Le tout dans la bonne humeur. Maurice l’avoue de lui-même : « Parfois, il nous arrive de pousser la chansonnette. » Une fois le collage effectué, les militants repartent. Mais avant, petite séance de nettoyage. Munis de sacs en plastique, ils ramassent tous les débris des affiches. « Bon les gars, on file vers l’école de police », lâche Maurice. La ville est soigneusement quadrillée. Ils en connaissent tous les panneaux d’affichage. Plan sur le tableau de bord, le copilote indique la route au chauffeur. « Mais bon, maintenant on connaît les moindres recoins de Roubaix », raconte Brédé. 22 h 15. Ça colle encore ! Cette fois-ci, en lisière d’un quartier populaire de la ville. Des jeunes déboulent : « Ouais René, c’est trop bien », s’exclaBrédé est un ancien Roubaisien. Aujourd’hui, il vit ment-ils. Maurice interpelle l’un d’entre eux : « Avant de crier comme ça, il à Lille mais milite toujours dans sa ville d’origine. Photo : G.A faut que tu ailles poser ton bulletin dans l’urne. Tu vas voter, au moins ? » Silence. L’adolescent ne répond pas. Et Maurice lui explique l’importance du vote. Les soirées de vadrouille ne se résument pas à la simple pose d’afeudi 13 mars. 21 h 30. Il pleut des cordes sur Roubaix. Dans la fiche. Les militants socialistes en profitent également pour sensibiliser la Grand Rue, au siège local du PS, des militants socialistes s’acti- population roubaisienne. Photo : G.A vent. Ce soir, c’est collage ! Pinceaux, affiches, colle, ils embar- Des trombes d’eau continuent de s’abattre sur la ville. La tournée des panquent tout le matériel nécessaire. Quatre équipes sillonneront la neaux s’achève. Avant de rentrer au bercail, petit tour rapide pour voir si ville. « On se sépare, une équipe à l’Est, une à les affiches de Vandierendonck n’ont pas été recoul’Ouest, une au Nord et l’autre au Sud de la vertes. « On a gagné la bataille de la soirée, raconte Mau22 H 15 : ÇA COLLE ville, explique Maurice, d’origine camerounaise et rice, tout sourire. C’est un jeu énervant par moment. Avec chef de file de cette joyeuse bande. Tout est prévu. nos adversaires, c’est la guerre des nerfs. Une guerre psyENCORE ! On est une vraie armée déployée sur le terrain », plaichologique. Le but, c’est que nos affiches restent jusqu’au sante le membre du bureau de section. petit matin pour que les gens les voient. » Ce soir, c’est le cas. Les militants soPremière étape : le centre hospitalier de Roubaix. Tous descendent rapi- cialistes n’auront croisé aucun « adversaire ». dement de voiture. Pas question de perdre une seconde pour les partisans Retour au siège du PS. Petit café entre amis militants. Maurice ne paraît de René Vandierendonck (PS), maire sortant et candidat à sa propre suc- pas épuisé. Les collages, il en a l’habitude : « Aux élections présidentielles, on cession. Ouverture du coffre. Sortie de l’équipement. Le moteur de l’au- finissait à 4 heures du matin. Là, c’est un peu plus tranquille. On peut nous prentomobile continue de tourner. Ça va très vite. Maurice distille ses ordres. dre pour des dingues mais, c’est comme ça… la passion. »

J

D U E L . Avant le second tour, les prétendants à la mairie de Calais Jacky Hénin et Natacha Bouchart débattent dans les locaux de France 3.

Dans les coulisses d’un débat télévisé

ille, dans les locaux de France 3 Nord-Pas de Calais. Sur le plateau, on attend les deux candidats à la lutte pour la mairie de Calais. Il est 20 h 30. À l’écart de l’agitation, Véronique Marchand, la présentatrice, est au maquillage. Les techniciens, eux, sont sur le quivive. On règle les caméras, les lumières, le plateau « spécial second tour » est bientôt prêt. On y est presque. Juste le temps pour Anne Brucy, la directrice de France 3 Lille, de serrer la main des personnes déjà présentes : le directeur de cabinet et l’attaché de presse de Jacky Hénin, le maire sortant (PC), les deux politologues qui clôtureront la soirée… Pendant ce temps, Natacha Bouchart, candidate UMP s’installe sur le plateau et profite du peu de temps qui lui reste pour relire ses notes. De son côté, Jacky Hénin essaie de se détendre en faisant les cent pas dans l’Atrium, l’espace de décompression. 20h50, il est temps pour lui, le maire sortant, de rejoindre son adversaire. Du bleu, du blanc, du rouge, la Marianne qui observe tout son petit monde, le ton est donné. « Tout va bien se passer, c’est parfait », Véronique Marchand rassure les deux candidats, surtout Natacha Bouchart,

L

Par Camille Janik
moins habituée à l’œil des caméras que son rival. 5, 4, 3, 2, 1, ça tourne. Le débat commence. Enregistré dans la journée, un magnéto lance les hostilités : Mathieu Pagura, journaliste au quotidien Métro a une question à leur poser. Les candidats y répondent chacun leur tour calmement. Jusqu’à ce que les choses prennent une autre tournure. Il suffit d’évoquer le FN pour que les esprits s’échauffent. Jacky Hénin digère mal le fait que le parti frontiste se soit retiré et va jusqu’à parler de « magouille » orchestrée par l’UMP et l’extrême droite. Véronique Marchand calme le jeu et passe à une autre question. Différents thèmes sont abordés : emplois, immigrés… Par moments, le ton monte à nouveau. « Vous n’êtes pas le seul à faire la pluie et le beau temps à Calais M. Hénin. Les Calaisiens en ont marre ! », déclare la candidate UMP. « Mme Bouchart représente M. Sarkozy. Ce que vous voulez c’est des places pour vous enrichir ! », fustige le maire sortant. Porté par deux personnalités qui visiblement en ont à découdre, le débat s’éloigne quelque peu du sujet. Allant même jusqu’à leurs propres déclarations d’impôts. Sauf que Véronique Marchand veille et met un terme à la discussion, non

sans ironie : « Vous n’aurez qu’à présenter vos déclarations à la presse écrite. » 21 h 30, le débat est clos. Sans un regard, les deux protagonistes quittent le plateau, direction les loges pour le démaquillage. Suivront ensuite quelques réactions. « Un débat intéressant » pour les deux partis. Natacha Bouchart est « très sereine pour dimanche ». Jacky Hénin est « sûr que les Calaisiens ne pas sont dupes et maintiendront leur vote à gauche ». Retour à l’Atrium, place à la détente et au cocktail gracieusement offert par la chaîne télé. Un peu de répit avant dimanche où tout se jouera à Calais.

Véronique Marchand a accueilli les deux candidats de Calais sur son plateau.

La Pression de mars

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Photo : C.J

L’ E S S E N T I E L

urprise à Douai. La suprématie de Jacques Vernier (UMP), maire sortant, a été remise en cause au premier tour des élections municipales. Certes, cette année, il a récolté 49,75 % des suffrages et seules 33 voix lui ont manqué pour être élu directement. Une première depuis son premier mandat en 1983, puisque jusque là, il était systématiquement exempté de second tour. Faut-il voir là un simple accident ou un vote sanction révélateur ? Pour lui, l’explication se trouve dans le fort taux d’abstention (près de 50 %). Dimanche, il sera opposé à Frédéric Chéreau (PS), à la tête d’une liste d’union de la gauche. À 33 ans, il succède à Marc Dolez, candidat en 2001 et aujourd’hui député de la 17e circonscription du Nord. C’est le parlementaire lui-même qui l’a fait venir à Douai. Arrivé dans la cité de Gayant voilà quatre ans, celui qui se définit comme un « enfant du 21 avril 2002 » a obtenu 33,40 % des voix au premier tour des élections municipales. Recalés à l’issue du premier tour, Franz Quatrebœufs (MoDem), avec 8,80 %, et Léopold Pons (SE), avec 8,04 %, n’ont souhaité s’allier à aucun des deux candidats. Le report des votes de leurs électeurs pourrait s’avérer déterminant dans la journée de dimanche [voir cidessous]. Jacques Vernier possède toutefois de l’avance. Car, en plus des 49,75 % de voix acquis au premier tour, il devrait bénéficier de l’appui des militants centristes, peu enclins à voter pour un candidat socialiste. Reste à savoir si les théories électorales deviennent les vérités des urnes.

S

Par Gaël Arcuset

Jeune loup contre vieux briscard
duel
Le

Douai

Les arbitres

Le chiffre du jour

À eux deux, Franz Quatrebœufs (MoDem) et Léopold Pons (SE) ont récolté 16,84 % des suffrages. Pour le second tour des élections municipales, ils auront donc un rôle important à jouer. Pons a clairement appelé ses électeurs à opter pour l’abstention. « Ni pour Vernier, ni pour Chéreau, déclare-t-il. Il faut que Vernier sache qu’il n’est pas le maire de tous les Douaisiens », explique le candidat sans étiquette. Conscient des menaces qui pèsent sur son siège de maire, Jacques Vernier a très vite anticipé. À peine les résultats du premier tour annoncés, Il a affiché son objectif : récupérer les voix centristes du premier tour. Mais Quatrebœufs ne l’entend pas de cette oreille : il n’a donné aucune consigne de vote.

C’est le nombre de villes que l’UMP pourrait perdre dimanche, selon une note interne du parti, révélée hier par Le Figaro.

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Ce diplômé de Sciences Po Paris est un véritable globe-trotter. Avant de poser ses valises dans le Nord sur sollicitation de Marc Dolez, il est passé par la Tunisie, la Lorraine, l’Aquitaine et Paris. Au premier tour, il a récolté 33,40 % des suffrages, loin derrière Jacques Vernier. Mais il garde confiance pour le scrutin de dimanche. Militant socialiste depuis avril 2002 – date de l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle – Frédéric Chéreau, accompagné de sa liste d’union de la gauche (Verts, Parti communiste et Radicaux de gauche) affiche, aujourd’hui, clairement un optimisme à toute épreuve : « Tout est possible. Nous proposons un programme construit avec une équipe solide, compétente et prête dès le 17 mars », s’efforce-t-il à clamer. Confiance en soi ou volonté de ne pas avouer sa faiblesse ? Une chose est sûre, son programme est riche : logement, développement économique et social, démocratie participative, transports, culture, sport… Il ne veut rien négliger. « Nous devons faire changer l’image de Douai avec un grand événement et qu’elle soit connue autrement que par les fermetures d’usines. » Objectif : redorer le blason de la cité de Gayant.

FRÉDÉRIC CHÉREAU Parti socialiste, 33 ans. Fonctionnaire territorial.

Photos DR

JACQUES VERNIER UMP, 64 ans. Maire sortant (depuis 1983).

La phrase du jour

Ingénieur, spécialiste des questions environnementales, Jacques Vernier devient directeur de l'Agence de l'eau ArtoisPicardie en 1974, année qui coïncide avec son arrivée à Douai. En 1976, il adhère à l’UDR (ex-RPR) du Nord. « L'adhésion au mouvement gaulliste collait bien avec ce que je ressentais à l'époque, ce mélange de libéralisme et d'engagement social me convenait bien et me convient toujours », explique-t-il sur le site internet de L’Observateur du Douaisis. Conseiller régional depuis 1988, député européen de 1984 à 1993, député du Nord de 1993 à 1997, Jacques Vernier s’impose aujourd’hui comme la figure incontournable de la cité de Gayant. Il s’engage sur tous les fronts (Imprimerie nationale, tramway). Il a même reçu la médaille de la Légion d’Honneur en 2002 et l’ordre de commandeur dans l'Ordre national du mérite en 2005. Pour autant, « il sait rester humble », au dire de Marie-Hélène Quatrebœufs, colistière. « C’est un homme abordable, quelqu’un de chaleureux et amusant », raconte-t-elle. L’année dernière, il a annoncé vouloir passer la main, en cas de réélection, à l’une de ses adjointes. Il s’est finalement ravisé quelques mois plus tard. Goût du pouvoir ou amour de la ville ?

« Il y a un malaise au sein du conseil général, un malaise lié à de vrais problèmes de choix politiques. »

Isabelle Balkany, épouse du député-maire de Levallois, Patrick Balkany, au sujet du conseil général des Hauts-de-Seine, dirigé par Patrick Devedjian.

La Pression de mars

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Samedi 15 mars 2008

Voter n’est pas au programme

EN RÉGION

e taux d'abstention (60,48 %) a volé la vedette aux candidats roubaisiens. On est malheureusement habitué à une faible participation dans la deuxième commune du Nord. Mais cette fois, alors que la participation augmente au niveau national par rapport à 2001, elle baisse encore à Roubaix, passant de 45 % à 39,52 %. Malgré ce faible taux de participation, le maire PS sortant, René Vandierendonck, était à deux doigts, ou plutôt à deux pour cent d’être réélu dès le premier tour. Avec 48,06 % des suffrages obtenus, il

L

R O U B A I X . Dimanche dernier, la gagnante des élections a sans nul doute été l’abstention. Et le second tour a toutes les chances d’être à l’image du premier...
Par Jeffrey Martin

À vouloir fédérer les jeunes (plus de 80 % d’abstention au premier tour à Lille chez les 18-25 ans), le PS s’est pris les pieds dans le tapis, jeudi, lors d’un point presse suivie d’une opération de tractage. De nombreux artistes et sportifs locaux, parmi lesquels Axiom (chanteur de rap), Alexandre Lenoir (chanteur des Blaireaux) ou encore Saïd Rachidi (5e mondial de boxe amateur et qualifié pour les JO) s’étaient donné rendez-vous pour évoquer l’abstention des jeunes devant un parterre de journalistes ! Après une demi-heure de banalités – « les jeunes doivent faire entendre leur voix » – les militants socialistes se sont rendus devant le lycée Faidherbe, dans le quartier de Moulins. Seules quatre “stars” sur la dizaine présente ont daigné venir. Les militants se sont jetés sur les lycéens, disant simplement : « Votez Martine dimanche. » Le tract choisi pour les démarcher était plutôt tendance. Des couleurs attirantes, type flyers qui annoncent une soirée étudiante, des mots accrocheurs : « Ensemble à Lille, envoyons un carton jaune à Sarkozy »… Mais les lycéens – encore fallait-il qu’ils soient en âge de voter – ne sont pas dupes. « Ce n’est pas une opération médiatique par hasard », se demande Yann, 18 ans,devant les quatre caméras et la demi-douzaine d’appareils photos… Une opération de com’ sarkozienne à la sauce socialiste en somme. Benoist Pasteau

Coup de com’ du PS

Propos recueillis par Hélène Bekmezian

« C’est un jeu d’échecs »

devance le candidat UMP Max-André Pick, qui a recueilli 19,01 % des voix et Slimane Tir, crédité de 13,67 % pour les Verts. On pourrait facilement conclure que les électeurs socialistes se sont déplacés en masse, pendant que les autres regardaient Téléfoot. Une opinion partagée par le chef de file UMP Max-André Pick : « Je pense que nous avons subi de manière forte la gigantesque abstention roubaisienne. Notre électorat ne s’est pas mobilisé pour se rendre jusqu’aux urnes et on le voit dans les bureaux de vote qui nous sont habituellement acquis. » Une démobilisation générale qui ne démoralise pas pour autant Rémy, le plus jeune militant UMP : « Il faut continuer la campagne de terrain et sensibiliser encore les Roubaisiens. J’ai pris une journée de congé pour venir distribuer ces tracts. » Quoi qu’il en soit, tous les militants des trois derniers candidats présents au second tour à Roubaix restent sur le qui-vive et espèrent conquérir de nouvelles voix. Mais la tâche s’avère délicate, surtout chez les jeunes, qui pour la plupart, n’iront pas voter dimanche. Malik, qui avait soutenu Ségolène Royal pendant la Présidentielle commente : « Le 9 mars, je ne suis pas allé voter et je n’irai pas non plus dimanche [demain, ndlr]. Ici, les candidats se foutent de certains quartiers. Y en a que pour le centre-ville. De

toute façon, on ne nous écoute pas, on n’en a rien à foutre de nous. » Un second tour à l’image du premier ? Il faudra attendre dimanche pour le savoir, mais celui-ci ne devrait pas échapper à la mode roubaisienne. Michelle, une commerçante d’une galerie marchande, confie qu’elle n’ira « pas voter dimanche. Les élections étaient déjà jouées avant le premier tour. À quoi ça sert d’aller voter quand on sait que le maire va être réélu ? Il n’y avait pas d’enjeux ici. » Pour Bertrand, c’est « l’abus de pouvoir » qui le fera rester chez lui demain. « Les candidats nous font croire qu’ils sont proches de nous pendant la campagne et puis lorsqu’ils sont élus, ils prennent leurs décisions sans nous consulter. Ils usent et abusent du pouvoir, ça me dégoûte ! » Chez d’autres, c’est le manque d’implication qui prévaut. Xavier n’a de roubaisien que son domicile. « J’habite à Roubaix, mais je travaille à Lille. Je me sens davantage concerné par les élections lilloises. Je ne suis à Roubaix que pour dormir et courir le dimanche. » Ce sera donc footing pour monsieur. Entre fatalisme, répulsion et manque d’implication, certains habitants roubaisiens ne sont pas à court d’arguments pour rester bien au chaud chez eux dimanche. À Roubaix comme ailleurs, le fossé entre politiques et citoyens se creuse.

Pierre Mathiot est directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille.
Pourquoi une telle abstention ?
L’abstention est croissante, surtout dans les zones urbaines et dans les zones populaires. Cela illustre l’éloignement traditionnel de la politique d’une partie de la population, notamment des classes populaires. Cela est d’autant plus vrai que les élections, comme les figures publiques, sont de plus en plus complexes. Les alliances et la politique d’ouverture compliquent la donne, les gens n’y comprennent plus rien. C’est un jeu d’échecs qui n’amuse que les journalistes et les politologues. C’est dû au profil socioculturel, ça vaut pour Lille, pour la région et la France. Il y a toujours eu, par tradition, une part de la population qui ne vote pas, notamment dans les couches les moins aisées. On a l’impression qu’il y a eu plus de participation pour la présidentielle mais c’est que les courbes se sont croisées. Avant on votait plus pour les municipales et moins pour la présidentielle.

La participation au second tour sera-t-elle plus forte ?
Il y a un risque que l’abstention soit encore plus élevée au second tour, surtout à Lille où les électeurs se disent que tout est joué d’avance. Mais cela dépend des enjeux, les gens iront moins voter à Roubaix ou à Lille qu’à Villeneuve-d’Ascq ou à Calais.

Roubaix a battu des records d’abstention…
D’autant plus qu’il y a toute une partie de population d’origine étrangère qui se désintéresse de la vie politique. L’abstention est importante dans les couches aisées (environ 40 %) mais encore plus (70-75 %) dans les couches populaires.

Les électeurs se désintéressent-ils des enjeux locaux ?

Une particularité dans l’abstention lilloise ?
L’importante abstention à Lille est à mettre en partie sur le compte de l’important turn-over dans la ville et de tous les étudiants qui ne viennent passer que deux ou trois ans dans la ville.

Et les abstentionnistes chroniques ?

Il est difficile de mesurer cette abstention-là. Ce qui est sûr c’est qu’il y a de moins en moins d’abstention idéologique, de gens qui ne votent jamais.

La Pression de mars

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Samedi 15 mars 2008

Photo JM

Duée pris en tenaille
Photos: Voix du Nord

EN RÉGION

MARLY. Alors que le sort de sa voisine valenciennoise est scellé depuis une semaine, celui de Marly est loin d’être réglé. Engagé dans une triangulaire, Philippe Duée, le maire sortant, est en difficulté.

Par Florian Pottiez

est une grande surprise. En nous plaçant en tête avec 44 % des suffrages exprimés, les Marlysiens ont manifesté une volonté claire de changement. C’est la conclusion d’un travail de terrain de dix-neuf années », se réjouit Fabien Thiémé. La victoire est encore loin d’être acquise mais le candidat communiste est bien parti pour accéder à la mairie de Marly, ville limitrophe de Valenciennes. Une consécration qu’il recherche pour la troisième fois face à son « véritable adversaire », Philippe Duée. Ce dernier, maire sortant en poste depuis 1989, est pour le moment distancé puisqu’il n’a obtenu que 30,11 % au premier tour. « Nous considérons que la partie n’est pas perdue. Nous avons la confiance de 30 % d’électeurs et il y a eu un bon nombre d’abstentionnistes », assurait-il hier dans les colonnes de l’Observateur du Valenciennois. La perte de son électorat peut s’expliquer par le bon score réalisé par Jérôme Léman avec 19,02 %. Adjoint de 2001 à 2003, ce centriste avait

«

C’

Pour le second tour, Philippe Duée (au centre) devra batailler ferme pour conserver son fauteuil de maire face à Fabien Thiémé (à gauche) et Jérôme Léman (à droite).

Par Julien Damien

Être maire ? Un calvaire !
Pourtant tout avait bien commencé. En 2001, à la tête d’une liste de droite, elle est élue à la mairie de Fourmies, fief de gauche. Un petit exploit pour cette novice en politique. « On appelait la ville la "fourmi rouge" à l’époque. Mon élection était inespérée. J’avais vraiment envie de faire quelque chose à mon arrivée. » Et puis très vite, tout se dégrade. « Ça a commencé au sein même de mon équipe. Quelques semaines après l’élection, un petit groupe de six adjoints s’est ligué contre moi. J’avais été parachutée, personne ne croyait en moi. Alors ils ont voulu prendre le pouvoir. » S’ensuit un véritable harcèlement psychologique. Lettres d’insultes, menaces… « J’ai porté plainte, l’affaire suit son cours. » Aujourd’hui, ses anciens adjoints sont conseillers municipaux d’opposition. Deux ans plus tard, en 2003, une famille fourmisienne porte plainte contre la maire. Leur fils est dans le

démissionné au cours du mandat, en désaccord avec la politique menée par Philippe Duée, notamment dans les quartiers. « Il met de côté cette partie de la population. Sur les 400 millions d’euros consacrés à la rénovation urbaine, Marly n’a rien eu. On est passé à côté de l’ANRU [Agence nationale pour la rénovation urbaine] », s’énerve Jérôme Léman avant de pointer du doigt l’endettement important de la ville à hauteur de 12,5 millions d’euros. « Quand on regarde autour de soi, on s’aperçoit que Marly se dégrade au fil des ans. Mais on n’a pas les moyens d’investir. » En début de semaine, il a refusé les appels du pied de son ancien chef de file. Malgré sa place de troisième homme, il ne veut pas se sentir dans la peau d’un « arbitre ». Reste à savoir à qui profitera cette triangulaire. « Ça va se jouer dans un mouchoir de poche », pronostique Fabien Thiémé. Autre enjeu de ce scrutin, Valenciennes Métropole. En cas de victoire de Fabien Thiémé, le basculement

de Marly à gauche redistribuerait-il les cartes au sein de la communauté de communes du Valenciennois, majoritairement à droite ? « Non, ça ne changera rien. La majorité est bien implantée dans le Valenciennois », rétorque l’élu communiste. Une présence toutefois non négligeable, d’autant plus qu’Anzin pourrait subir le même sort. Géry Duval, le maire sortant (DVD), est en ballottage défavorable face à Pierre-Michel Bernard, candidat radical de gauche. D’où la perte pour la majorité présidentielle de deux des plus grosses communes de Valenciennes Métropole (11 800 habitants pour Marly et 14 100 pour Anzin). Pour Jérôme Léman, la non-réélection de Philippe Duée permettrait à Marly de regagner une place digne à Valenciennes Métropole. « Il est clair que l’Agglo préférera travailler avec Fabien ou moi », conclut le challenger avouant au passage avoir du respect pour son concurrent de gauche mais pas pour son ancien leader.

Photo: Courrier de Fourmies

FOURMIES. Élue en 2001 à la mairie de Fourmies, Martine Roux a enchaîné durant sept ans les coups les plus durs. Une mauvaise expérience qu’elle n’a pas l’intention de renouveler de sitôt.

«

e n’en peux plus, si vous saviez, je suis vidée… » La gorge nouée, la voix un peu tremblante, encore choquée, Martine Roux témoigne de son « expérience » à la mairie de Fourmies. Une commune de 16 000 âmes, au fin fond de l’Avesnois. Un calvaire. Durant les sept (très) longues années qui ont constitué son mandat, elle a porté l’écharpe bleu blanc rouge comme un fardeau. La mairie, c’est son chemin de croix à elle. Un adjoint écroué pour pédophilie, sa responsabilité engagée dans une noyade, une guerre de pouvoir au sein même de son équipe… Elle a tout vu, tout enduré. « J’en ai tellement bavé, je pourrais écrire un livre », lance-telle. Elle a tout entendu aussi. « J’ai reçu des insultes de la part de mes adjoints, des choses ignobles. » Alors aujourd’hui, elle jette l’éponge. Deux mois avant les municipales 2008, elle décidait de ne pas se présenter à sa propre succession. « Je n’ai même pas suivi la campagne électorale. »

J

coma. Un soir de canicule le jeune homme, éméché, plonge dans l’étang de la ville et heurte de la tête un petit muret. Il n’y avait pas de ligne d’eau à cet endroit. La responsabilité de l’élue est engagée. En 2005, le tribunal de grande instance d’Avesnessur-Helpe la condamne à verser 5 000 euros d’amende. « J’y ai passé trois heures, comme une criminelle. » Les élus de la région se mobilisent alors pour la soutenir : 601 d’entre eux lui envoient, symboliquement, un

Martine Roux, 54 ans, garde un très mauvais souvenir de son mandat à la mairie de Fourmies.

chèque de cinq euros. Enfin, comme si tout ça ne suffisait pas, en 2006, elle croise un de ses adjoints et ami à la sortie de la mairie… les mains dans le dos, accompagnés de la police. L’homme est suspecté de viol sur sa nièce, mineure. « La goutte d’eau », soupire Martine Roux. Jugé mardi dernier, il a été reconnu coupable des faits. Alors non, Martine Roux ne brigue pas de second mandat. « Je ne veux même plus entendre parler de politique ! »

La Pression de mars

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Samedi 15 mars 2008

On ne badine pas avec la mairie
HALLENNES-LEZ-HAUBOURDIN. Quatre listes au premier tour. Quatre au second. Dans ce village à 10 km de Lille, les Municipales sont mouvementées...

EN RÉGION

Par Gaël Cogné

À

Hallennes-lez-Haubourdin, 3 810 habitants, se joue une tragi-comédie en deux actes, deux tours et quatre personnages principaux. À droite : André Pau (le maire actuel) et Véronique Genelle (avec son ex-maire de mari, aujourd’hui inéligible). À gauche : Monique Herduin (liste PS-PCF-Verts) et Suzanne Heusdens (divers gauche). Les figurants : une population qui se demande s’il faut rire ou pleurer des frasques de leurs élus. Rien ne change entre le premier et le second tour (les quatre listes restent dans la course), personne ne meurt à la fin (pourtant les échanges sont parfois verts), mais on ne s’ennuie pas. Ce qui manque à la pièce, peut-être, c’est un élément perturbateur. Mais des éléments perturbateurs, il n’y en a pas beaucoup à Hallennes, à part les dealers qui boivent des bières dans leurs voitures allemandes au bout du quartier du Fort. « Les gens ont peur », estime Jean-Pierre Baert, habitant du quartier du Fort et membre de l’opposition (communiste). Vingt-cinq pour cent de vote Front national dans ledit quartier. Pourtant, les immigrés – cible habituelle de l’extrême-droite – ne courent pas les rues dans ce village cossu dénué de logements sociaux. La grosse gendarmerie qui pousse sur une friche à quelques centaines de mètres de la mairie devrait calmer les ardeurs des bandes de jeunes. Derrière les murs antibruit de la RN41 qui coupe le village en deux, rien ne bouge. Pas de marché, presque aucune activité sportive, un supermarché glacial et un bistrot pour tout commerce. « Pff, ici, il n’y a rien, soupire un Hallennois, ex-entraîneur de basket. Même le club de foot est nul. » Beaucoup d’Hallennois n’ont pas vu la tête de leurs candidats durant la campagne, à part sur les affiches. D’ailleurs, les habitants ne se fréquenteraient pas. « Je suis ici depuis 30 ans et je ne connais pas mon voisin », avoue l’ex-entraîneur. Le bruit des voitures qui foncent vers Lille n’atteint pas les maisons bourgeoises de la rue Cousteau. Tout est calme, luxe et ciel gris. Heureusement qu’il y a les municipales pour mettre de l’animation. André Pau, l’actuel maire a trahi Patrick Genelle, son prédécesseur. Véronique, son épouse, se présente face au félon. Pau, le placide directeur de maison de retraite, l’ami

C’EST CLOCHEMERLE ICI.”

qui venait manger chez les Genelle, n’a plus de mots assez durs pour qualifier Patrick Genelle, son ancien chef. « Une vraie disgrâce », pour Véronique Genelle. André Pau n’est pas le seul dans le village à regarder de travers Patrick Genelle. Il avait la fâcheuse habitude de traiter ses colistiers « comme de la merde », sourit Jean-Pierre Baert. Un peu nerveux, Genelle aurait tendance à prendre les sens interdits, à dépasser les limitations de vitesse et à se garer sur les trottoirs pourtant interdits de stationnement par lui-même. Mais il y a plus gênant que la désinvolture et la conduite sportive de l’ancien maire. En 2006, Patrick Genelle a été condamné pour prise illégale d’intérêts. L’école de musique avait brûlé. L’entreprise de menuiserie de son beau-père qui venait de lui échoir prenait l’eau. Il a fait réparer l’école vite fait bien fait par l’entreprise : « Pour les enfants. Nous avions quatre ouvriers sans travail. Ça a été fait en trois semaines », se lamente Véronique Genelle.

Photo : GC

L’ancien maire, Patrick Genelle, a réussi à lever contre lui les inimitiés de tout le village. En 2001, l’un de ses anciens colistiers, blessé dans son orgueil taguait sur son mur : « Ne votez pas pour le maire ».

Jean-Pierre Baert ironise : « Il a pris la décision tout seul. N’importe quel maire sait qu’on ne peut pas faire ça. » Patrick ayant démissionné, Véronique se présente pour son mari à l’élection du maire intérimaire. Ô désespoir, elle n’obtient que deux sièges et démissionne le lendemain en jurant qu’on ne l’y reprendra plus. Les Genelle en auraient-il fini avec la politique ? Non. « On est venu me chercher en janvier », assure Véronique Genelle, arrivée troisième avec 14 % des voix. Elle esquisse un sourire. « Il a manqué six voix à André Pau pour être élu au premier tour. Elles sont chez moi. » La gauche aurait pu espérer en profiter. Mais Suzanne Heusdens candidate de gauche depuis des lustres se serait rapprochée du MoDem et n’a jamais pu sentir les communistes. Ils sont bien implantés à Hallennes, du coup, une liste d’union de la gauche se présente, face à la dissidente. Et les vieilles inimitiés empêchent les listes de fusionner. Un vieil Halennois s’amuse : « Il y a déjà eu des bras cassés, lors de campagnes municipales. » Joëlle, une native d’Hallennes analyse avec perspicacité : « C’est vraiment clochemerle, ici. »

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REPÈRES
∆ Habitants : 36 206 ∆ Taux de chômage : 16,2 % ∆ Maire sortant : Guy Delcourt (PS) ∆ Nombre de listes : 5

Lens
FOCUS
Photo DR

Dossier réalisé par : Delphine Lacroix, Julien Damien et Mélanie Carnot.

Photo : Julien Damien

n a peur que les Lensois aient un musée et n’en profitent pas. On essaie de leur montrer que c’est une chance », revendique Grégory Galvaire. Plus facile à dire qu’à faire pour ce chargé de communication à la communauté d’agglomérations Lens-Liévin. En 2004, la ville de Lens a été choisie pour l’implantation du Louvre 2, destiné à exposer les collections du musée parisien qui dorment dans les sous-sols. Ouverture prévue : printemps 2010. Mais déjà, le projet sème la discorde du côté de la population et des politiques. Jusqu’à devenir un thème de campagne. À la mairie, Guy Delcourt, candidat socialiste à sa propre succession, accuse ses adversaires de ne pas soutenir le projet. Alors que deux rues plus loin, au siège du Parti communiste (PCF), Jean-Michel Humez, tête de liste, se défend : « Nous

«

O

Le Louvre 2 divise les candidats
ne sommes pas anti-Louvre, mais il faut des projets d’accompagnement. » Et les critiques fusent. Déconnecté de leurs préoccupations quotidiennes, le Louvre 2 apparaît comme trop ambitieux. « C’est trop bien pour nous », c’est ce qu’a entendu Annie St Arnoult, la candidate Pôle de renaissance communiste en France (PCRF)-écologiste, lors de sa campagne. Si l’événement est sans aucun doute majeur dans le monde culturel, les Lensois semblent dans l’immédiat dépassés et peu concernés. Pourtant, la ville se prépare doucement. Les rénovations en centre-ville ont débuté, mais les cités minières en périphérie restent délaissées. Chez les Verts, Naceira Vincent est catégorique : « Les grands oubliés du Louvre, ce sont les Lensois. » Jean-Michel Humez va plus loin : « Le parcours touristique prévu dans la ville évitera forcé-

« LES GRANDS OUBLIÉS DU LOUVRE, CE SONT LES LENSOIS »
aucune formation pour l’apprentissage de l’anglais n’est mise en place. » Le projet est acté, mais les créations d’emplois sont encore au point mort. Cent cinquante emplois directs sont prévus, mais principalement des spécialistes de l’art, des conférenciers. Dans tous les cas, ils ne

ment ces quartiers, délaissés par la mairie. » D’un côté, un musée qui n’intéresse pas les habitants. De l’autre, un parc hôtelier incapable d’accueillir le surplus de visiteurs, du personnel non qualifié. « C’est un projet qu’il faut préparer en amont, constate Naceira Vincent. Or,

seront sûrement pas Lensois, alors même que ces offres d’emploi étaient un argument de la région en faveur de la venue du musée dans le bassin minier. Naceira Vincent renchérit : « Le parcours touristique passera par Béthune, Lille ou Arras. Des villes qui ont la possibilité d’héberger les visiteurs. Lens n’en profitera pas ». Pourtant, les touristes dorment, mangent, consomment… de quoi donner confiance à certains. Béatrice Permuy, tête de liste UMP, est de ceux-là : « Les Lensois s’adapteront, j’ai confiance en eux. La ville bénéficiera de l’aura du Louvre 2 ». Et pour ne pas mettre la périphérie de la ville de côté, « les parcs de stationnement pourront être aménagés là-bas ». Lens s’est battu pour remporter l’appel d’offres. Pourtant, la ville peine à se dynamiser. Un retard que le futur maire devra combler d’ici 2010, sous peine de voir “l’effet Louvre” bien plus faible qu’escompté.

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Samedi 15 mars 2008

FOCUS
Aucune alliance et cinq listes au second tour, un record dans le Nord-Pas de Calais.

H

dans la désunion
« M. Humez voulait absolument la tête de liste, sans discuter. Ce qui n’est pas logique, car nous avions fait tout le travail durant le mandat, justifie la conseillère municipale. De plus, il ne cache pas l’éventualité d’accepter un poste dans l’exécutif si M. Delcourt le lui proposait. Ce que nous refusons. » Au PCF, l’intéressé se dit ouvert à toute proposition d’alliance, mais avoue avoir été refroidi par l’appétit d’Annie Saint-Arnoult, qui elle « ON VA SE RETROUVER CHAaussi « réclamait la tête de liste fusionnée ». De son côté, Naceira Vincent n’a rien esCUN AVEC UN OU DEUX ÉLUS sayé, parce que « c’est à ceux qui ont réalisé le plus gros score de venir l’approcher ». Elle déMAXIMUM. NOUS NE plore toutefois cette absence d’entente entre les candidats : « Avec une seule liste FERONS PAS LE POIDS. » nous aurions pu peser plus lourd durant les conseils municipaux face à Delcourt. Là on va MoDem) ne sont pas parvenus à trouver un ac- se retrouver chacun avec un ou deux représentants cord lors de l’entre-deux tours. Pire, seuls les maximum. Nous ne ferons pas le poids. » Une désdeux premiers auront essayé de discuter. Annie union à gauche qui pourrait bien faire les affaires Saint-Arnoult confiait qu’un rapprochement de Béatrice Permuy, la prétendante UMP. avec les communistes, tenté mardi soir, s’avérait finalement « impossible ». *Pole de renaissance communiste en France
Nom : Delcourt Prénom : Guy Âge : 60 ans Parti : PS Nom : Permuy Prénom : Béatrice Âge : 54 ans Parti : UMP

istorique. À Lens, pour la première fois depuis plus de cinquante ans, un maire socialiste n’est pas réélu dès le premier tour des municipales. Guy Delcourt, l’édile sortant, ne comptait au soir du 9 mars “que” 47,22 % des suffrages. Soit 12 points de moins qu’en 2001. Une invitation à revenir voter le 16 mars qui s’explique en partie par la démobilisation des électeurs lensois. L’abstention plafonnait en effet à plus de 47 % dimanche. Une situation inédite dans la ville artésienne, à laquelle vient s’ajouter un autre record, régional celui-ci : le nombre de listes présentes au second tour, avec pas moins de cinq candidats encore en lice. Et parmi eux trois listes… de gauche. Car si Guy Delcourt est assuré de l’emporter dimanche soir, il n’aura pas pour autant réussi à unifier son camp. Une désunion qui lui aura sans doute coûté le premier tour. Un morcellement qui ne profite d’ailleurs à

personne, car du côté des “petites listes”, personne ne s’entend pour tenter un front commun, alors que tous affirment vouloir jouer un rôle d’opposition. Jean-Michel Humez (PCF-Lutte ouvrière), Annie Saint-Arnoult (PRCF*-Groupe écologiste lensois) et Naceira Vincent (Verts-

Photo : J.D.

Ensemble

Photo : D.L.

Sécurité

I S’appuyer davantage sur la cellule médiation de rue pour mieux lutter contre la délinquance.

I Création d’une police municipale : sécurisation à la sortie des écoles, lutte contre les incivilités, bruits, stationnements gênants, dépôts sauvages. I Création d’un conseil municipal de jeunes ainsi que d’un dispositif de médiation, création d’un groupe d’assistance jeunesse. Réunions des comités de quartier.

I Sécurité routière d’abord. Aménagement de pistes cyclables sécurisées dans les grandes artères et le centre-ville. Assurer la sécurité des enfants à la sortie des écoles. I Droit pour les Lensois d’avoir un pouvoir de décision et de proposition pour l’avenir de leur ville, par le biais des comités de quartiers. Commission mixte avec les commerçants.

Démocratie participative

I Bien que la loi ne l’oblige pas pour les communes de moins de 80 000 habitants, renforcer la politique des comités de quartiers.

Circulation

I Avec le parking de 2 000 places à 800 mètres du centre-ville, il ne devrait plus y avoir de problèmes, mais nous voulons continuer nos efforts.

I Ne pas démolir le parking de la place de la République, ni les parkings du centre. Étudier la possibilité de parkings “extérieurs” avec des navettes aux heures de bureau.

I Stationnement en épi dans les grandes artères du centre ville, un partage de la ville entre automobiles, vélos et piétons, contre le stationnement payant.

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Vendredi 14 mars 2008

Photo : D.L.

Nom : Vincent Prénom : Naceira Âge : 42 ans Parti : Verts-MoDem

Photo : DR

Photo : J.D.

« J’aimerais qu’il fasse quelque chose pour le stationnement des voitures. Je trouve qu’il y a un réel problème à ce niveau-là à Lens. Je suis commerçante, et mes clients doivent faire trois fois le tour du centre-ville pour trouver à se garer. Même moi j’ai du mal. Je me suis encore pris trois P.V. rien que cette semaine ! »

Photo : J.D.

L’

UMP est-il en train de faire son trou à Lens, fief socialiste s’il en est ? C’est en tout cas ce que donne à penser, à la première lecture, le résultat obtenu par Béatrice Permuy, la candidate de droite, au soir du premier tour des élections municipales. En atteignant 18,41 % des suffrages, la tête de liste de Lens c’est vous a en effet quasiment doublé le score qu’elle avait réalisé en 2001*. Et se place désormais comme la seconde force du paysage politique local. Loin, il est vrai, derrière Guy Delcourt, le maire sortant, à plus de 47 %, mais 6 points devant son premier poursuivant. « Le travail que nous avons réalisé depuis sept ans maintenant a porté ses fruits, et aujourd’hui nous nous implantons tout doucement à Lens », se réjouit la conseillère municipale d’opposition. « On ne peut que se féliciter du score réalisé par Béatrice Permuy », affirme de son côté Philippe Rapenau, le secrétaire départemental de l’UMP dans le Pasde-Calais, ajoutant que ce résultat s’inscrit dans « une dynamique pas si mauvaise que ça sur le département, lorsque l’on considère les victoires à Arras, Saint-Pol-sur-Ternoise ou encore Calais ». Béatrice Permuy, UMP, a obtenu 18,41 % des voix au premier tour. Alors oui, l’UMP a réalisé un score historique dans la capitale artésienne, mais c’est sans 1 335 il y a sept ans). Une progression donc, mais pas compter sur l’absence des deux listes de l’extrême- si spectaculaire que l’on veut bien le croire, ou le faire droite, qui avait rassemblé à elles deux 13 % des croire… « Il est vrai qu’il faudra attendre le deuxième tour votes en 2001. « Les votes extrémistes ne se sont pas re- pour confirmer une réelle percée de l’UMP à Lens », temportés sur notre liste, et c’est tant mieux ! » se défend Béa- père tout de même Philippe Rapeneau. Finalement, trice Permuy. Soit. la vraie question à Lens est de savoir s’il y a bien une Photo: G.A. Mais surtout, comment ne pas mettre ce chiffre en re- place pour l’opposition, car comme le constate Nalief avec le taux d’abstention (47 %) enregistré à ceira Vincent, la candidate des Verts alliés au Lens ? En y regardant de plus près, on constate qu’en- MoDem : « Ici, on vote socialiste, ou on ne vote pas. » tre l’élection de 2001 et celle de 2008, si la droite a bien doublé son score, elle n’a en revanche gagné * Béatrice Permuy avait obtenu 9,81 % des suffrages lors des muque… 916 électeurs (2 251 dimanche dernier contre nicipales 2001, au sein d’une liste d’union RPR, UDF et DL.
Photo : D.L.

Mal à droite
FOCUS

Quelle première mesure doit prendre votre prochain maire ?

Prénom : Myriam Âge : 55 ans Profession : Coiffeuse

« J’aimerais bien que le maire fasse quelque chose pour les plus démunis. Ici la précarité est très élevée, plus qu’ailleurs. Bien sûr il va y avoir le Louvre, c’est une bonne chose, mais ça ne sera pas pour nous. »

Photo : J.D.

Prénom : MarieAnnick Âge : 47 ans Profession : Sans emploi

Photo : D.L.

I Le commissariat de quartier doit rester ouvert en permanence. Créer des postes de médiateurs de rues et rouvrir les CAJ (Commissions armée-jeunesse). I Mise en place de budgets participatifs. Redonner le pouvoir aux citoyens doit être l’instrument d’une politique publique en faveur des couches populaires.

I Revendiquer des moyens pour la police nationale. Mise en place d’un office de la tranquillité. Création du contrat de réussite solidaire pour les jeunes. I Démocratie délibérative. Élection au suffrage universel pour les communautés d’agglomération, budgets participatifs, référendums locaux et d’initiative populaire.

Photo : J.D.

Nom : Saint-Arnoult Prénom : Annie Âge : NC Parti : DVG

Nom : Hume Prénom : Jean-Michel Âge : 54 ans Parti : PCF

Prénom : Alain Âge : 27 ans Profession : Valet de chambre « J’attends du maire qu’il fasse quelque chose pour le logement. Qu’il les rénove ou en construise d’autres. J’habite dans une ancienne cité minière, et ma maison est complètement insalubre. Je dois être relogé mais je ne sais pas où je vais aller. J’aimerais habiter dans un endroit plus digne. »
Photo : J.D.

MUNICIPALES 2008 : 1er tour

Liste Delcourt (PS) : 47,22 %

Liste Permuy (UMP) : 18,41 % Liste Humez (PCF) : 11,15 %

Liste Saint-Arnoult (DVG) : 12,70 % Liste Vincent (Verts-MoDem) : 10,52 %

Pour la première fois depuis cinquante ans, la gauche n’est pas passée dès le premier tour.

MUNICIPALES 2001 : 1er tour

Prénom : Pascal Âge : 48 ans Profession : Agent SNCF « La sécurité est ce qui me préoccupe le plus. Plus de patrouilles policières, surtout très tôt le matin et tard le soir. Je le vois le matin quand je me rends au travail. Je travaille à Lille. Il y a aussi des choses à faire pour l’animation culturelle, insuffisante dans la ville. Nous manquons également de commerces. »
Photo : D.L.

Liste Delcourt (PS) : 59,35 %

Liste Mismacque (PCF) : 10,82 %

I Relier les quartiers entre eux et au centre : transports en commun gratuits et performants, des parkings gratuits aux entrées de ville et des pistes cyclables sécurisées.

I Développer la mise en réseau des modes de transport. être attentifs aux horaires des usagers. Accélérer les travaux engagés pour un accès plus facile au centre-ville.

Liste Barbet (MNR) : 10,46 %

Liste Permuy (RPR-UDF) : 9,88 % Liste Saint-Arnoult (DVG) : 7 %

En 2001, la liste PS n’a même pas eu besoin du Parti communiste pour emporter la mairie.

Liste Fontaine (DVD) : 2,49 %

La Pression de mars

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Vendredi 14 mars 2008

Les cités font grise mine
FOCUS
Les habitants des cités minières parlent peu, mais ils votent. Pas de plaintes, juste l’espoir de voir leur cadre de vie s’améliorer.

Un melting-pot politique

Naceira Vincent s’est beaucoup cherchée. En 2001, elle s’alliait au Parti communiste sous l’étiquette “Écolo alternatif”. En 2004, elle décide de s’engager politiquement et rejoint les Verts. Aujourd’hui à la tête de la liste “Atout Lensois”, elle allie Verts et MoDem… et doit faire face aux critiques : « On me dit que ma liste n’est pas de gauche, mais c’est un trop mauvais argument, explique-t-elle, l’important est de créer un regroupement politique local. »

Un tramway nommé désir

Un tramway entre Lens et Hénin-Beaumont pour remplacer la ligne “buLLe de Tadao” ? Il pourrait faire escale au Louvre-Lens, au stade Félix Bollaert et rejoindre le centre commercial de Noyelles-Godault. Le projet est en cours, même si la date de fin reste hypothétique. En 2015, les Lensois pourront peutêtre emprunter ce nouveau moyen de transport, très en vogue dans la région. En effet, un tramway devrait rejoindre Béthune et Bruay-La-Buissière à l’avenir.
Photo : Julien Damien

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Le terril écolo

Les cités des fosses 9 et 9bis ont été détruites pour faire place au Louvre 2.

e Louvre attirera des milliers de visiteurs français et étrangers. Mais l’histoire des anciennes mines de charbon aura aussi sa place dans le circuit touristique. Depuis le mois de janvier, le pays de Lens et Liévin a reçu le label “Ville et pays d’art et d’histoire” par le ministère de la Culture et de la communication. Une distinction qui vise à promouvoir le patrimoine et l’architecture. Quelques 95 villes et 36 pays ont déjà reçu le label national. La communauté d’agglomération attend donc la signature de la convention avec l’État (liée au label), qui prévoit la création

Le réseau de bus devant relier les parkings à la périphérie de Lens jusqu’au centre-ville ne fait pas l’unanimité dans la course à la mairie. Les adversaires de Guy Delcourt sont d’accord pour dire que les horaires sont inadaptés (entre 9 h et 17 h). Mais chacun y va de sa petite idée. Un échec pour le maire sortant qui devra revoir le plan de circulation.

Un camping à Lens

Annie Saint-Arnoult prend son expérience de touriste en exemple et va jusqu’à en faire une proposition. Elle se souvient de la tente qu’elle a planté en Hollande lors de sa visite des musées. Un camping pour accueillir les touristes serait pour elle « une bonne idée ».

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photo : JD

Le bassin minier labellisé
d’un office de tourisme, le recrutement d’un chargé du patrimoine et l’instauration de conférences thématiques. « Notre objectif est de développer le tourisme de mémoire. Il faudra amener des touristes au Louvre et leur proposer une formule thématique d’une semaine avec des visites de sites liés à l’activité minière », assure Grégory Calvaire, chargé de communication à la Call (Communauté d’agglomération Lens-Liévin). La sensibilisation du jeune public à l’architecture et au patrimoine constitue un enjeu important de la mise en oeuvre de la convention. Pour l’heure, un parcours thématique a été initié. Un nouveau souffle donc pour le bassin minier lensois qui peine de-

outes alignées strictement les unes à côté des autres, les maisons des cités minières ne ressemblent en rien au Louvre. Des briques rouges, des barrières cassées, des écharpes “Sang et or” à l’intérieur des maisons, on est loin des fastes du plus grand musée du monde. Tous fiers de leur ville et de leurs racines historiques, les habitants de la cité 11 attendent pourtant un geste de la part de la mairie. Jeannine, 68 ans, connaît bien les lieux. Elle y habite depuis plus de 20 ans. « Les rues devraient être plus propres. Je ne me sens pas particulièrement délaissée, mais c’est vrai que les projets tardent à être réalisés » regrette-t-elle. La majorité d’entre eux déplore les dégradations et le manque de sécurité. Jeannine renchérit : « J’ai été cambriolée l’année dernière. » Théodore, 36 ans, vit à quelques mètres de chez la vieille dame. « Le soir, les rues deviennent incertaines. Les jeunes ne se gênent pas pour forcer les garages et voler à l’intérieur », déplore-t-il. Pour d’autres, c’est plus que calme. Labir, 34 ans, s’est installé il y a deux ans. « J’ai déjà entendu parler de cambriolages mais pour moi tout va bien. » De son côté, Isabelle est satisfaite. De nouvelles fenêtres ont été installées. « Je n’ai pas de souci particulier avec mon logement, mais c’est plutôt l’insécurité routière qui me préoccupe. Les voitures déboulent à toute vitesse. Il n’y a pas de ralentisseurs, alors que le centre-ville n’en manque pas », explique cette mère de famille.

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La cité 11 n’est peut-être pas le plus beau quartier de Lens, mais ses habitants y sont attachés. Ils ne sont pas du genre à se lamenter sur leur sort mais « un peu plus de vie dans le quartier ne serait pas de trop », ajoute Isabelle. Les anciens sont la mémoire d’une époque où ces maisonnettes recouvraient une majeure partie du territoire. « Avant, c’était beau », explique Jeannine. Et maintenant ? « Les commerces ont disparu. » Les projets de rénovation s’amoncèlent mais n’aboutissent pas. Du coup, les cités minières deviennent une polémique de campagne. Les candidats de l’opposition rendent Guy Delcourt responsable des retards annoncés. Jean-Michel Humez, le candidat communiste, dénonce le laxisme de la mairie en place. « On a l’impression que les élus socialistes laissent faire, alors qu’ils devraient se battre pour que la rénovation s’accélère. » Béatrice Permuy, la figure locale de la droite lensoise, va même jusqu’à accuser la gauche entière d’avoir délaissé les anciens mineurs. « Jamais je n’ai vu les socialistes aider ces gens-là. » Quoi qu’il en soit, la Communaupole (Communauté d’agglomération de Lens-Liévin) se charge d’accompagner les propriétaires désirant bénéficier du programme d’État “Aide à la pierre”. Une manière de conserver les maisons tout en les mettant aux normes. Certaines sont détruites et remplacées par de nouvelles habitations. Désormais, les pierres des cités minières détruites se vendent cher. Auront-elles un jour leur place au Louvre de Lens ?

L’ancien site minier “11/19” fait l’objet d’une réhabilitation des anciens bâtiments dans le respect des normes Haute qualité environnementale. Avec l’implantation prévue pour le mois de juin d’éco-entreprises et un projet sur le développement durable, la communauté d’agglomération Lens-Liévin colore le terril en vert. Au programme pour les touristes ou les curieux : visites guidées et explications de l’écologie.

Conseil déserté

Les vacheries et pics lancés à l’adversaire animent toujours le quotidien des candidats. Pour le second tour, les cinq rivaux continuent de semer la zizanie dans la campagne. Béatrice Permuy accuse Annie Saint-Arnoult de ne pas siéger au conseil municipal depuis trois ans. Cette dernière répond à sa concurrente : « Mes propositions sont toujours refusées. Ça décourage. »

Grosse tête

Guy Delcourt n’en finit pas de subir les critiques de ses adversaires. « Il est hautain », lance Jean-Michel Humez. « Les décisions du conseil municipal relèvent du monologue, regrette la tête de liste Naceira Vincent, c’est un personnage ». Annie Saint-Arnoult, pour sa part, l’accuse d’être « déconnecté du terrain ».

Échec du Stopbus

puis des années à se valoriser. Pourtant la Call comprend la ville de Vimy, où le cimetière de la Première Guerre mondiale constitue un succès touristique, mais c’est « davantage Arras qui bénéficie de cette image de marque », regrette Grégory Calvaire. Le Louvre 2 a sans conteste joué dans l’obtention du label national. Depuis 2004, Lens revoit son image et tente de mettre en avant le tourisme minier. Sur les 127 millions d’euros d’investissement pour la délocalisation du musée à Lens, la communaupole participe à hauteur de 10 %. Elle pouvait donc bien consacrer une part de son budget à la promotion du patrimoine local.

Acte de présence
L’ E N Q U Ê T E

féminine
Photo : Imanol Corcostegui

À Tourcoing, les femmes sont 33 % à siéger au Conseil municipal.

S

Par Imanol Corcostegui

PARITÉ. Pour la première fois, les listes candidates dans les villes de plus de 3 500 habitants doivent présenter autant de femmes que d’hommes. Mais celles-ci se présentent rarement au poste de première magistrate. Au bonheur des dames d’Houplin-Ancoisne
C’est le genre de village dont on ne parle que pour une histoire insolite. Un fait divers tragique, un record absurde. Ou une anecdote amusante. Houplin-Ancoisne, une petite bourgade encerclée par les villes du Nord. Avec ses 3 600 habitants, la commune a tout juste la population nécessaire pour être soumise à la loi de 2007 sur la parité. Ce qui ne constitue vraiment pas un problème pour la liste divers droite de Jacques Bocquillon. « Lorsqu’on est allé déposer la liste à la préfecture, on ne connaissait pas la loi et il se trouve qu’il y avait beaucoup plus de femmes que d’hommes. On a dû en remplacer certaines », explique sa colistière Sylvie Drapri. Aujourd’hui, 14 femmes et 13 hommes y figurent. Conséquence de ce nombre impair : même s’il conduit la liste, Jacques Bocquillon est inscrit à la deuxième place de la liste à la préfecture. Maggy Salemi, une autre de ses colistières, a une explication à son succès politique auprès des femmes : « Beaucoup de femmes de la liste sont des mères de famille. Et l’école, c’est le sujet majeur de la campagne de Jacques. » Avec un score de 29 % au premier tour, la liste devrait pouvoir placer quelquesuns (et quelques-unes) de ses membres au conseil municipal.

ouvent, ce chiffre est agité comme un épou- rain, certaines expliquent la méthode. « En fait, on me l'a vantail censé effrayer les corbeaux du fémi- demandé. C'était pour rendre service car ils n'avaient pas assez nisme et faire taire les chiennes de garde. de femmes. Au départ, je voulais juste un peu aider pendant la 33 %. Soit la part de femmes présentes dans campagne mais comme ils en avaient besoin, j'ai accepté », rales conseils municipaux. Un résultat bien conte Elisabeth Prevost, n°52 sur la liste de Christian supérieur aux 17 % d'élues qui peuplent les Vanneste (UMP, Tourcoing). rangs de l’Assemblée nationale. À cela La loi de 2007, qui ne contraint que 7 % des communes s'ajoute la figure de Martine Aubry qui (les villes de plus de 3 500 habitants), ne serait donc étend son ombre sur la région, laissant croire à certains qu'un caillou dans la chaussure de nos têtes de listes qu'une carrière politique d'envergure nationale est à la mâles ? « Non, répond Mariette Sineau, chercheuse au portée de toutes. Et pourtant, les chiffres parlent d'eux- Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences même : 11 % des maires sont des femmes, et 85 % des Po) et spécialiste de la question. Cette loi a une conséquence têtes de listes candidates lors de ces élections munici- sociologique : les conseils municipaux rajeunissent. Contrairepales sont conduites ment aux hommes qui par des hommes. Le s'engagent en politique à « L’ENTRÉE DES FEMMES Nord-Pas de Calais auleur retraite, beaucoup de rait d'ailleurs tort de ces nouvelles venues sont EN POLITIQUE EST TARDIVE » s'enorgueillir de sa side jeunes femmes sans protuation puisqu'il pointe fession. » Elle ajoute : à l'avant-dernière place « Et puis, la loi permet du classement régional en nombre de femmes maires aux femmes d'investir massivement les assemblées locales. De (8,5 %). « Les zones industrielles sont souvent les mauvais faire leur trou, de se faire connaître. C'est le seul moyen d'avanélèves de la parité car plus qu'ailleurs, l'entrée des femmes en cer en politique. » politique y est tardive », explique Michèle Mathé, prési- Se faire connaître, quitte à partir au casse-pipe pour ses dente de l'Observatoire régional de la parité. premières batailles électorales. À l'image d'Anne CourAlors, en 2007 est apparue la loi sur la stricte alternance. tillé à Clermont-Ferrand, ville traditionnellement de Elle devait renverser la tendance, mettre un terme à la gauche où Brice Hortefeux a refusé de se présenter. Réguerre des sexes, bousculer les mentalités. En fait, elle a sultat : à peine 20 % des voix. « C'est un grand classique, surtout représenté un véritable casse-tête pour les can- une double discrimination en quelque sorte. Les villes faciles à didats, obligés d'aller convaincre leurs concitoyennes de gagner sont les plus recherchées et donc trustées par les faire office de colistières. Un exercice compliqué ? « Pas hommes. » du tout ! », répondent les partis politiques de la région. La situation aurait de quoi être inquiétante. Pas pour Michèle Mesans, n°18 sur la liste de Jacques Richir Caroline Vannier, tête de liste UMP à Hellemmes (et (MoDem, Lille) l'assure : « Non, nous n'avons eu aucun battue au premier tour) : « Bientôt on ne parlera plus de paproblème. Des femmes sont venues nous contacter partout, sur- rité. C'est comme avec la ceinture de sécurité : au début, les tout dans les petites villes. » Une assurance de façade qui Français râlaient et maintenant, c'est rentré dans les moeurs. » contraste avec le résultat du sondage réalisé par Ipsos Un optimisme béat que les résultats du second tour ne auprès de 405 maires réalisé en janvier 2007 : 29 % d'en- renforceront pas. Le soir de sa probable élection, Martre eux reconnaissent la difficulté de trouver suffisam- tine Aubry n'aura pas beaucoup d'homologues fémiment de femmes pour figurer sur leurs listes. Sur le ter- nines à féliciter.

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jours du second tour des élections municipales, ils préfèrent continuer de se tenir à l’écart des débats pour éviter les barrières avec la clientèle. « Dans la profession, la loi des trois singes (pas vu, pas entendu, pas dit) est très présente, explique Gérald, responsable de salle du Rihour, même si nos établissements sont très propices aux discussions politiques, et en l’occurrence aux élections municipales en ce moment, nous préférons ne pas intervenir dans le débat et préserver ainsi une certaine neutralité. Nous voulons accueillir tout le monde, tout le temps. » En clair, cette absence d’engagement pour tel ou tel candidat est uniquement un moyen de ne pas

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Pas vu, pas entendu, pas dit
LILLE. Après la loi anti-tabac, parler politique dans les bars devient un risque, selon les cafetiers.
faire fuir le client. « Déjà que nous qui influent sur leurs manières de avons perdu de la fréquentation avec travailler. « Comme la décision de réla loi anti-tabac, ce serait idiot d’en duire la durée de la Braderie année perdre davantage », ajoute Gérald. après année, tempête Gérald, avant, Parlons-en de la cigarette. « Même c’était sur trois jours et pas deux si cette loi est une décision d’ordre gé- comme maintenant. C’est un manque néral, la gestion se à gagner énorme pour fait essentiellement tous les cafetiers du centre « IL SERAIT au niveau municiville. » D’autre part, dépal, assure David, ménager le lancement IDIOT DE gérant du Legend du Ch’ti de la PERDRE près de la Grand’place n’a pas Grand’place, je vraiment été une ENCORE parle ici de la locabonne idée selon les tion des terrasses que débiteurs de boisson : DES nous devons chaque « Tout ça pour justifier la CLIENTS » année à la ville et rénovation de la place de que Martine Aubry la République alors qu’il a augmenté a l’occasion de son man- n’y a presque aucun café autour ! » dat. Nous aimerions vraiment déve- Pas plus en faveur d’un candilopper ces espaces, mais c’est trop dif- dat qu’un autre, les cafetiers ficile car on nous rappelle à l’ordre pensent essentiellement à leur pour la moindre chaise qui dépasse. quotidien. « On souhaite seuleC’est vraiment handicapant. » ment travailler tranquillement, Bien que peu sensibles aux discus- conclut le gérant du Legend, car sions politiques, les cafetiers sont depuis quelque temps, c’est beauen revanche assez attentifs aux dé- coup de contraintes pour peu cisions concrètes. À savoir, celles d’avantages. »
Photo : J.R.

POINTS DE VUE

Par Jonathan Roux
politique ’orientation lillois est des cafetiers un mystère. À deux

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Lahanissa Madi est prête pour un second mandat. Elle vit cela comme « un enrichissement personnel ».
Photo : Guillaume Carré

Par Guillaume Carré

VILLENEUVE-D’ASCQ. Lahanissa Madi a rejoint l’équipe de Jean-Michel Stievenard en 2001. Tétraplégique, elle entend prendre en charge l’amélioration des conditions de vie des personnes à mobilité réduite.

lle est arrivée à Villeneuve-d’Ascq au début des années 1980. Lahanissa Madi n’a pas choisi cette destination par hasard. « À l’époque, la ville faisait partie des deux communes de France où les personnes handicapées pouvaient faire des études et se loger », se souvient-elle. Tétraplégique, elle ne peut se déplacer qu’à l’aide d’un fauteuil roulant. « C’est un combat de tous les jours », souligne l’élue. Lahanissa Madi a toujours été une femme épanouie, coquette, souriante. Maman d’une jeune adolescente de 15 ans, elle ne se considère pas comme une personne handicapée. « On est handicapé quand l’ascenseur est en panne ou lorsqu’il n’y a pas de rampe à l’escalier. Le problème, c’est l’aménagement de l’environnement ». Lorsqu’en 2001, le Mouvement des citoyens (MDC) la présente à JeanMichel Stievenard, ce dernier est conquis par sa force de caractère. « On est venue me chercher, indique-t-elle. Le maire voulait une femme qui soit une personne handicapée et du quartier de l’hôtel de ville. » Elle rejoindra le parti politique l’année suivante. « Je n’ai pas renouvelé ma carte. On peut très bien défendre les intérêts des personnes handicapées sans être encartée », admet-elle. Clerc de notaire à mi-temps, elle devient conseillère municipale déléguée à l’amé-

Combats permanents

Discuter politique autour d’une petite mousse, une époque révolue ?

lioration des conditions de vie des personnes à mobilité réduite. « Quand je m’investis, c’est pour aller au bout des choses », affirme la quadragénaire. Perfectionniste, exigeante « avec moi-même mais autant avec les autres », Lahanissa Madi vit cette expérience « comme un enrichissement personnel. Ce n’est pas la municipalité qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui ». « Elle a un caractère très fort et gère ses dossiers merveilleusement bien », avoue Marjolaine Pierrat-Ferraille, collaboratrice du cabinet de Jean-Michel Stievenard. Ses missions, « m’occuper de toutes les personnes souffrant d’un handicap qu’il soit auditif, visuel, moteur… » Elle a fait de l’accessibilité aux bâtiments publics son cheval de bataille. « Il faut être autonome quelle que soit la situation de la personne. » Quand elle suit un dossier, c’est toujours en concertation avec l’élu concerné. Des travaux sont entrepris, Lahanissa demande si la question des personnes handicapées a été évoquée. « Ce n’est pas forcément un réflexe pour les valides. » Certes. Fidèle dans ses convictions, elle se verrait bien débuter un second mandat, lundi, au lendemain du second tour des municipales. « Rien n’est joué. » Et pourquoi pas viser une place au sein de la Communauté urbaine de Lille.

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Un porteur de flambeau bien discret
PORTRAIT
TOURCOING. Élu avec 53 % des voix dès le premier tour, le socialiste Michel-François Delannoy est le nouveau maire de Tourcoing. Un sacré coup de projecteur pour un homme qui n’aime pas parler de lui.

Par Imanol Corcostegui

est le propre de “l’anticommuniquant”. Balader les journalistes d’attaché de presse en responsable com’, annuler les rendez-vous au dernier moment. Et tant pis pour les curieux qui souhaiteraient savoir comment l’on vit la mort de son père lorsque l’on a sept ans ou qui se délecteraient du récit des premiers pas d’un militant socialiste dans le Larzac. Être “anticommuniquant”, un mal pour les médias mais un choix qui n’a jamais empêché de s’imposer comme un homme politique de valeur. Cela permet même de conserver intacte son image de grand bonhomme souriant et courtois au front dégarni, si discret sur lui-même mais intarissable sur sa ville. En ne s’exposant pas aux projecteurs, on ne risque pas de commettre d’impair. Une position qui satisfait pleinement cet éternel second, premier adjoint de Jean-Pierre Balduyck et vice-président du conseil général du Nord depuis 2001. Sauf que depuis dimanche, qu’il le veuille ou non, Michel-François Delannoy attire la lumière. Son élection à la mairie de la troisième ville de la région récompense une stratégie politique guère originale mais efficace. La continuité du projet mise en place par l’équipe sortante et donc en partie par lui-même. Le nouvel édile de Tourcoing avoue qu’il aurait été « insupportable » de voir quelqu’un d’autre que lui inaugurer le centre nautique ou le futur complexe commercial. De toute façon, avait-il vraiment le choix de sa tactique politique ? Ancien assistant parlementaire de Balduyck, Delannoy lui doit beaucoup. Presque tout. Son entrée en politique en 1988 qui le fait arrêter sa thèse de sociologie, sa connaissance du milieu et de la manière d’exercer le pouvoir. Presque tout, sauf ses valeurs que sa famille, des militants chrétiens de gauche, s’est chargée de lui inculquer. Celles d’une BALDUYCK DIT DE gauche qu’il quaLUI QU’IL A « LE VIRUS lifie d’« exigeante, curieuse et ouverte ». ET LE CHARISME Celles qui l’ont fait pencher pour DES POLITIQUES ». Ségolène Royal l’an dernier au moment du choix du candidat PS à la présidentielle. Balduyck, lui, avait choisi DSK. La différence de point de vue n’a pas créé de tension entre les deux hommes, ni de conséquence à l’échelle tourquennoise. De toute façon, sur sa position au sein du parti, Delannoy a déjà répondu : « Je suis à Tourcoing d’abord ! Car la reconnaissance viendra par les élus locaux. Des personnes comme Martine Aubry ou Bertrand Delanoë nous sont très utiles : ils ramènent les sujets aux valeurs. » Balduyck dit de lui qu’il a « le virus et le charisme des politiques ». Hubert Ledoux, auteur d’un ouvrage sur le désormais ancien maire de Tourcoing, explique : « Tous deux viennent des mêmes bases : même origine rurale, même culture politique. Ils ont en commun leur discrétion et un vrai respect des gens. Si Delannoy n’avait pas été compétent, Balduyck aurait fait un mandat supplémentaire. Là, le flambeau est transmis. » Balduyck et Delannoy, le modèle et la copie. Enfin, en plus moderne. Delannoy est à Balduyck ce que l’Iphone® est au téléphone. Une version rafraîchie

Delannoy a été pendant sept ans l’adjoint de Balduyck.

et améliorée. « Un saut générationnel qualitatif », souffle le Vert Bernard Despierre qui n’a accepté de faire liste commune avec le PS que parce que Delannoy a fait de l’écologie une priorité de campagne. « Il n’a que 44 ans et il est particulièrement ouvert aux problèmes modernes. La lutte contre la pollution est une valeur importante pour lui, ce qui était nettement moins le cas pour Balduyck. » À son âge, Delannoy a tout son temps pour mettre en place un projet sur le long terme. De là à lui prédire une longévité à la Balduyck et ses 19 années de mandat... En tout cas, si Delannoy a cette ambitionlà, il ne faudra pas compter sur lui pour qu’il l’annonce aux médias.

Michel-François Delannoy en dates

1963 : Il naît à Tourcoing (Nord). 1988 : Il rencontre le député Balduyck, ami de son père, qui lui propose un poste d’attaché parlementaire. 1998 : Il est élu conseiller général du canton de Tourcoing Nord-Est. 2001 : Il devient premier adjoint de Balduyck, alors maire de Tourcoing. Il est également nommé vice-président du conseil général du Nord. 2008 : Il est élu dès le premier tour maire de Tourcoing avec 53,58 % des voix. Sa liste comprend des membres du PS, du PCF et des Verts.

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Photo : Karine Lambin

Sarko tente le relooking

ET AILLEURS

La requête de Chantal Sébire est « irrecevable »

Nicolas Sarkozy commencerait-il à écouter François Fillon ? Alors que le président de la République souhaitait, au lendemain du premier tour, « tenir compte » du résultat des élections municipales et de ce que « le peuple aura exprimé », il a affirmé hier qu’ « au niveau du gouvernement, pour l’instant, rien n’[était] encore décidé ». Une réaction aux déclarations du Premier ministre, jeudi en fin d’après-midi, à Tarbes, moyennement enthousiaste à l’idée que son gouvernement porte le chapeau. François Fillon y prônait « une stabilité gouvernementale »… tout en assurant qu’il se pliait aux volontés du chef : « Ce n’est pas à moi de prendre cette décision, c’est le président de la République. » L’Elysée songe néanmoins à un ajustement de l’équipe gouvernementale depuis plusieurs semaines. Et ça pourrait aller vite. Dès lundi, peut-être. Dans tous les cas « dans les jours qui suivront les élections ». Au programme : un secrétariat à “l’Economie numérique”, un à “l’aménagement du territoire”, un autre au “Grand Paris”. Selon Europe1, un quatrième secrétariat, à l’Industrie, devrait être créé. Nicolas Sarkozy pourrait aussi changer de porte-parole. Il réfléchirait à un poste de remplacement pour David Martinon (peut-être consul à New York). Selon Le Parisien, le conseiller du président pour la communication et la presse, Franck Louvrier, devrait voir ses prérogatives étendues en s’occupant du « quotidien ». Jean-David Levitte, conseiller

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Par Gaël Cogné ( avec agences)

Le Président suit la ligne prônée par François Fillon.

Photo : D.R

T R A N S F O R M A T I O N . Après avoir longtemps songé à tout bouleverser après les municipales, Nicolas Sarkozy temporise et annonce que rien n’est encore décidé. Un revirement qui pourrait annoncer un changement de style à la présidence.

EUTHANASIE. Le procureur de la République de Dijon a requis, vendredi, « l’irrecevabilité de la requête » de Chantal Sébire, qui demandait à la justice le droit d’être euthanasiée. Etienne Daures, procureur général à le cour d’appel de Dijon a expliqué « qu’en l’état actuel de la loi » la demande de Madame Sébire ne pouvait être accordée. La loi sur la fin de vie datant de 2005 ne permet pas aux médecins de pratiquer l’euthanasie active, mais tend à instaurer un « droit au laisser mourir ». Chantal Sébire est atteinte d’une tumeur évolutive et mortelle des sinus et de la cavité nasale qui déforme son visage. Le conseiller santé du chef de l’Etat lui a proposé un nouvel avis sur son cas par « un collège de professionnels de la santé du plus haut niveau ». De son côté Christine Boutin, la ministre de la Ville et du Logement s’est exprimé sur cette affaire sur l’antenne de RMC : « Mais pourquoi ne peut-elle plus vivre ? Parce qu'elle dit qu'elle souffre mais il y a les médicaments qui peuvent empêcher cette souffrance, parce qu'elle est difforme mais la dignité d'une personne va audelà de l'esthétique de cette personne. »

Airbus jugé non responsable

Deux jeunes corréziens morts
Par Gaël Cogné (avec AFP)
’est fini. Les recherches n’ont plus lieu d’être autour de l’étang corrézien où Kevin et Vincent avaient disparu depuis mercredi. Un premier corps est remonté à la surface, hier matin. L’autre a été découvert au fond du lac quelques heures après. C’est l’hélicoptère qui tournait autour du plan d’eau qui l’a repéré, la vidange partielle du lac des Bariousses ayant permis de voir le fond. Le canoë qu’ils avaient dérobé dans le jardin d’une voisine avait été retrouvé plus tôt dans la matinée. Il flottait près du barrage. Après avoir découvert le corps du

diplomatique de Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, s’occuperaient de « tout le reste », le premier s’attelant plus particulièrement aux questions internationales. Des petits ajustements qui devraient satisfaire le Premier ministre. Il rappelait hier que « La France est le seul pays en Europe qui change plusieurs fois de gouvernement entre deux élections législatives. Tous les grands pays modernes choisissent une équipe de gouvernement, choisissent un projet politique et le mettent en oeuvre pendant 4 ou 5 ans ». Selon un sondage Opinion Way pour le quotidien Métro réalisé le 10 mars, la chute de popularité de Nicolas Sarkozy se stabiliserait à 41 %. Mais dans le même temps, celle de François Fillon continuerait de grimper, passant de 53 à 55 % par rapport à février. Nicolas Sarkozy voudrait-il changer d’image ? À défaut de changer de politique, il a fait disparaître ses énormes montres. Finis aussi les Ray Ban et le jogging. Le Sarkozy nouveau serait plus lisse, plus discret. Il va devoir écouter plus et notamment ses ministres. Des ministres indéboulonnables, trop bien protégés par leurs bons résultats électoraux deux tiers d’entre eux ont été réélus au premier tour - et l’approche de la présidence européenne, qui reviendra à la France le 1er juillet. Nicolas Sarkozy n’est plus le seul maître à bord, il faut qu’il change. Mais en est-il capable ? Selon un proche du Président, « la question est maintenant de savoir si Sarkozy aura la force de caractère pour persister dans sa métamorphose. »

MONT SAINTE-ODILE. Contrairement aux décisions en première instance, la cour d’appel de Colmar a réfuté la responsabilité civile d’Airbus et confirmé vendredi la relaxe des six personnes prévenues dans le procès du crash du Mont Sainte-Odile. La cour a en outre confirmé la responsabilité civile de la société Air France, successeur légal d'Air Inter, en tant que transporteur. Dans l’accident qui a eu lieu en 1992, quatre-vingt-sept personnes avaient péri et neuf autres avaient survécu.

Non-lieu pour Jean-Louis Courjault

Photo : D.R.

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JUSTICE. La juge d’instruction, Marie-Dominique Boulard-Paolini, a accordé mercredi dernier un non-lieu à Jean-Louis Courjault dans l’affaire des “ bébés congelés ”. Cette décision inattendue a été reçu avec beaucoup d’émotion et surtout un grand soulagement par le mari de Véronique Courjault, qui est, elle, mise en examen pour assassinats depuis le 12 octobre 2006.Véronique Courjault avait avoué trois infanticides : ceux de deux bébés nés en septembre 2002 et décembre 2003 alors que le couple vivait à Séoul, et celui d'un nouveau-né mis au monde clandestinement au cours de l'été 1999 en France. Elle sera jugée par la cour d’assises de Tours.

premier jeune, le procureur de Tulle, Etienne Manteaux, évoquait deux hypothèses : « Soit lui aussi s’est noyé sachant que, lui, savait nager, ou alors il est choqué et il est dans les bois. » Un temps, les enquêteurs ont cru qu’ils retrouveraient en vie le second jeune. Mais l’eau à 6 degrés a eu raison des deux adolescents âgés de 13 et 15 ans. Leurs vêtements « relativement amples » les auraient empêchés de nager jusqu’à la rive et les auraient fait couler. Pour les gendarmes « la thèse accidentelle est privilégiée ». Un lâché d’eau pourrait être à l’origine du

renversement de l’embarcation. Pourtant, les adolescents connaissaient bien les dangers du lac. Ils avaient l’habitude de venir pêcher la carpe dans ce bassin à 200 mètres de chez eux. Mais cette foisci, ils n’avaient pas pris leur équipement. Devant ces nouveaux éléments, la piste de l’enlèvement ou celle de la fugue semblent écartées. Kévin et Vincent étaient décrits par leurs proches comme des jeunes sans histoires et bien dans leur peau. Une centaine de pompiers, nageurs, gendarmes et une brigade cynophile étaient mobilisés depuis mercredi soir.

PARIS. Bertrand Delanoë, maire sortant de Paris et quasiment assuré de sa réélection, a annoncé vendredi sur RTL que sa nouvelle équipe municipale serait « très renouvelée » et comprendrait « beaucoup de jeunes ». Il a également prévenu que l’influence des Verts y serait « moins grande ». Bertrand Delanoë travaille depuis 2001 avec les écologistes, dont Denis Baupin qu’il a choisi comme premier adjoint. Le sort du candidat des Verts, malheureux au premier tour, n’est pas encore fixé.

Delanoë sans trop de Verts

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Samedi 15 mars 2008

Déchets cherchent incinérateur
ET AILLEURS

La campagne n’est pas toute rose

TOULOUSE. Une lutte féroce met aux prises le sortant Jean-Luc Moudenc et son challenger Pierre Cohen.

Photo : DR

Jean-Luc Moudenc pourrait perdre son écharpe ce dimanche

mesure que le second tour approche, les langues se délient à Toulouse. Pas un jour sans petites phrases assassines entre Pierre Cohen, le candidat PS, et JeanLuc Moudenc, maire sortant UMP. Mercredi dernier, lors d’un meeting à RamonvilleSaint-Anne, Pierre Cohen a ainsi pris un malin plaisir à dénigrer Dominique Baudis, ancien maire de Toulouse et soutien de JeanLuc Moudenc. « Depuis une semaine, on a ressorti l’icône usée : Dominique Baudis, qui ne figure pas sur la liste, mène la campagne, accorde des interviews, distille des conseils et profère des menaces. Il est parisien, il est en vacances dans notre ville. » Et ses colistiers ne sont pas en reste. Magyd Cherfi, ancien chanteur du groupe Zebda et numéro 67 sur la liste de Pierre Cohen, a déclaré lors d’un meeting public que la première adjointe sortante Françoise de Veyrinas « se rendait naguère au Mirail [NDLR : grand quartier sensible de Toulouse] en servant des sandwichs au jambon. À une population largement musulmane. » La dernière ligne droite de la campagne municipale déchaîne donc les passions. Et les sondages. Après une première étude Ifop, pu-

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bliée le 12 mars dans Paris Match, qui donnait Pierre Cohen gagnant avec une avance confortable (53 % contre 47 % pour le maire sortant), le candidat socialiste n’est plus crédité que de 50 % des voix par un sondage TNS-Sofres pour Le Figaro publié ce vendredi. Ce léger fléchissement s’explique en partie par la stratégie d’alliances de Pierre Cohen. Après avoir refusé la main tendue du MoDem, le candidat socialiste a tourné le dos à plusieurs listes alternatives et d’extrême gauche. Non à Toulouse debout !, non également à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Le PS a choisi la tactique de feu l’union de la gauche en s’alliant avec les Verts, le Parti radical de gauche (PRG), le Parti communiste (PC) et le Mouvement républicain et citoyen (MRC). Un choix tactique qu’il payera peut-être dimanche prochain car le candidat centriste, Jean-Luc Forget, a finalement rejoint la liste de Jean-Luc Moudenc. Ce dernier a appelé quant à lui ses électeurs à « déposer un bulletin de vote dans l’urne » dimanche prochain, et à ne pas adresser un « chèque en blanc » à son adversaire socialiste Pierre Cohen.

Par Alexandra Nawawi (avec AFP)

La Pression de mars

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MARSEILLE. L’implantation d’un incinérateur à Fos-sur-Mer, afin de traiter les déchets de l’agglomération phocéenne, est un enjeu majeur de la campagne. Malgré l’indifférence des Marseillais.
Par Sophie Bouillon (avec AFP)

puisque personne dans le département ne veut enfouir les déchets ». L’incioutes les Bouches-du-Rhône sont pen- nérateur devrait voir le jour dans dues aux lèvres des deux candidats à la la région d’Istres, entre Fos-surmairie de Marseille. Et pour cause, des Mer et Miramas, à quelques kilorésultats très incertains de dimanche dépend mètres de la plus grande décharge l’avenir du département. D’abord parce que le d’Europe qu’il est censé remplaprojet d’incinérateur des déchets sur lequel se dé- cer, aux portes du village médiéchirent Jean-Noël Guérini (PS) et Jean-Claude val des Baux-de-Provence. Les habitants de Fos-sur-Mer s’inquiétent Gaudin (UMP) se situe à 60 km de la cité pho- Marseille, 80 000 habitants, céenne. Et également parce que Jean-Noël Gué- croule sous les déchets. Chaque rini est le président du riche Conseil général des année, 450 000 tonnes d’ordures Bouches-du-Rhône, et qu’il compte sur les fonds sont déversées dans les campagnes alentour. Pas question pour Guérini de se les mettre à dos du département pour financer son projet munici- « Depuis 1910, Marseille se débarrasse de sa merde à cause d’un incinérateur à déchets très impopupal, « sans augmenter d’un dans tout le département », laire dans leur commune. Quitte à ce que les sacs centime les impôts locaux des confie une journaliste du plastiques continuent à s’envoler dans les bour« MARSEILLE Marseillais », a-t-il promis quotidien régional La Pro- rasques du mistral. lors du débat qui l’opposait vence. Cette situation ne Dans un sondage TNS-Sofres-Logica pour Le FiSE DÉBARASSE au maire sortant sur Eugêne pas vraiment les élec- garo, publié vendredi, Jean-Claude Gaudin serait rope 1 mercredi soir. Jeanteurs marseillais. Le projet reconduit avec 51 % des voix. Mais le troisième DE SA MERDE » Claude Gaudin mise de son d’incinérateur, thème essen- secteur de la ville, s’il votait pour la liste comcôté sur l’argent promis par tiel de la campagne des mu- mune MoDem-divers Gauche, pourrait faire Nicolas Sarkozy, dans une lettre adressée à « mon nicipales, ne semble pas les affecter, ni même les tomber la mairie marseillaise. Les indécis aussi : cher Jean-Claude ». concerner. Alors pourquoi est-il si important à trois jours du second tour, 14 % des électeurs Le candidat socialiste, soutenu par les écolo- dans la campagne ? Parce que la Communauté de droite disent qu’ils « pourraient changer d’avis », gistes, veut abandonner ce projet d’incinérateur urbaine de Marseille est très endettée (3 milliards contre 9 % des électeurs de gauche. Comme di« parce qu’il est dangereux pour la santé ». Jean- d’euros) et qu’elle a cruellement besoin des fonds rait Jean-Claude Gaudin lui-même : « Les jeux ne Claude Gaudin, lui, estime qu’il est « obligatoire du département, et donc du soutien des maires. sont pas faits. C’est serré. »

«

Durant la campagne, les slogans des différents partis se ressemblent tous. Seul change le nom de la ville. Le marketing électoral a toujours recours aux mêmes arguments.

À

tranquille
mollesse

La

DÉCALÉ

Par Joël Bronner

Photo : DR

LE PLUS CONFORMISTE, POUR GAGNER ”

Jeumont, deux listes sont en concurrence. Jeumont ambitions affronte Jeumont passion. « On est bien avancé avec ça… » Commentaire sans appel de l’agence publicitaire lilloise Vive la Pub. Les noms de liste électorale aux allures de slogan publicitaire ont l’imagination qui refuse de déborder. “Union”, “avenir”, “ensemble”, “demain”… Les mêmes mots reviennent sans cesse autour de phrases qui sonnent creuses. Adressés en particulier aux indécis, les slogans doivent toucher le public le plus large possible. Il faut rester très consensuel… et donc mou. « Plus il y a de quantité, moins il y a de qualité. C’est la même chose quand il faut vendre une voiture qui doit convenir à tout le monde. Il semble impossible d’être original et de gagner. » Le slogan ne fait pas la victoire, mais il peut y contribuer. 1981 : “La Force tranquille” du candidat Mitterrand, tiré de l’esprit du publicitaire Jacques Séguéla, marque durablement les mémoires. Mais la force tranquille de l’un s’est transformée en mollesse faiblarde des autres slogans qui ont voulu s’en inspirer. Pour se vendre, de plus en plus d’hommes politiques s’adressent à des agences publicitaires. Mais leurs exigences précises laissent peu de place à l’innovation. « C’est un domaine où il est difficile de sortir des sentiers battus. Les candidats ont peur de dérouter les électeurs », précise-t-on à l’agence publicitaire Le 7 Martien. Pour sa campagne, la tête de liste MoDem de la Madeleine s’est adressé à l’agence pour concevoir des dépliants. « On n’avait pas notre mot à dire. Il voulait quelque chose de très basique. On n’a pas pu mettre notre grain de sel. » Et à l’arrivée : “La Madeleine en mouvement”, du beau, du bon, du banal… Alors, ringards les slogans électoraux des municipales ? « Si on veut. Mais ce n’est pas forcément parce que les idées sont dépassées. C’est une question de forme. De manière générale, on pourrait faire passer le message autrement. » La frilosité des politiques face à l’électorat débouche finalement sur un discours tiède. La modernité y est presque toujours mise en avant. Mais attention à ne pas effrayer, « il ne faut pas que la nouveauté soit trop nouvelle », rappelle le publicitaire. Et un bilan ne se conçoit qu’en parlant d’avenir. Un exercice d’équilibrisme qui fait la part belle aux clichés et aux idées reçues. « Celui qui veut gagner, malheureusement, doit être le plus conformiste possible. » Pour la petite histoire, Jeumont ambitions l’a emporté dès le premier tour, avec 55 % des voix. Pour les slogans remplis de passion, les électeurs devront attendre un prochain scrutin.

Si l’originalité conduit rarement à la mairie, ce candidat (coluchiste) de Lodève (Hérault) a tout de même obtenu 8 % des voix au premier tour.

Ensemble pour le cœur de l’avenir !

Les noms de listes politiques en concurrence rivalisent d’une originalité similaire. Petit tour d’horizon absurde dans le Pas-de-Calais. Un département où il y a parfois de quoi perdre le nord. Dans la commune d’Houdain, les deux listes concurrentes semblent faire le plein. Ensemble pour Houdain affronte Union pour Houdain. Deux listes pour une union d’ensemble. À force de conformisme, les slogans perdent leur sens. Mais puisque le rassemblement est à l’honneur dans une majorité d’entre eux, pourquoi ne pas forcer les listes à s’unir réellement ? Prenons la sympathique commune de Beuvry. Au programme : Beuvry demain, j’y crois ; De tout cœur pour Beuvry ; Beuvry avenir ; Beuvry ensemble ;Vivre ma ville. On reprend son souffle, on s’unit et on recommence.“Demain, je crois de tout cœur à l’avenir commun de Beuvry.” Aussitôt dit, aussitôt réunis. Nombreux sont les candidats qui semblent éprouver le même plaisir à envisager l’avenir de demain. Avec vous, d’une part. Pour vous, d’autre part. Aucune liste n’a eu le courage de proposer un audacieux “Divisons nous pour vivre ensemble au cœur du passé”. Heureusement, il y a tout de même les candidats pour qui l’avenir est déjà vieux. Les visionnaires qui s’adressent à ceux qui possédaient déjà une carte Vermeil, lors du passage fatidique au nouveau millénaire. Auchel des années 2000, la dynamique nouvelle pour demain : une liste qui regarde vers l’avenir grâce au rétroviseur.Vivement demain !

J.B.

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