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Lens : avant le Louvre,

l’art de la division page 9


Photo JD

L e Q uo t i d i e n
d es Mu n i c i p al es 2 0 0 8
r é a l i s é p a r l e s é t ud i a n t s
d e l ’ É c o l e s u p é r i e ur e d e
jo u r n al i s m e d e L i l l e

de mars N um é r o 8
S a me d i 1 5 m ar s 2 0 0 8

Photo ESJ

A payé !
Les candidats règlent leurs comptes : locaux, tracts, affiches...
Une campagne électorale a un coût. Entre prêts, dons et système D,
relevé des milles et unes manières d’exister aux yeux des électeurs.

Motivés Contre-courant
À Roubaix, les militants Delannoy élu facilement
PS collent les dernières à Tourcoing ne cède pas aux
affiches sous la pluie. sirènes de la communication.
Photo KL

page 4 page 15
Le blé de
ÉDITO L’ É V É N E M E N T

Fauchés !

L
Fa u t e d e g r i v e s , o n m a n g e
de s me rl es. Ou p lutô t,
f aute de mo ye ns , o n i mpr o -
v i s e . L’ a r g e n t d e m e u r e l e
ner f de la guer re en pé-
ri ode él e cto rale . E n p ol i -
tique, le fri c ne f ait pas le
b o n h e u r, m a i s i l y c o n t r i -
bue gra ndem ent s ans po ur La course aux voix touche à sa fin. Si pour les
a uta nt g ara nti r la vi cto ire
dans l e s ur ne s. Autref o is imprimeurs ou les traiteurs c’est un moteur
l ’un de s p ar ti s f rançais le s économique qui s’arrête, les candidats, surtout les
p l u s r i c h e s , l e Fr o n t N a t i o - petits, doivent payer l’addition.
nal prend aujourd’hui
Par Hélène Bekmezian, Méla-
l ’e au. À tel p o int qu’ il a é té
nie Carnot, Jean Décotte et Be-
o bli gé de ve n dre so n si èg e
noist Pasteau
h i s t o r i q u e , l e Pa q u e b o t ,
p our tro uv er de s f onds.
Dans de nomb reuse s c om-
uc Doublet plus », explique-t-il. Il déplore cepen-
mune s, l e FN a dû re non-
gagne toujours dant qu’internet fasse perdre de son
c er à p ré sente r des candi -
un scrutin. « Une importance au papier.
d a t s , c e q u i n’ a p a s
élection, c’est un Pouvoir d’achat. Un tract, c’est effi-
e mpê c hé Ste ev e B ri oi s e t
business », dit-il. cace, mais il le dit lui-même : « Rien ne
M a r i n e L e Pe n d e s ’ o f f r i r
Cette année, son vaut le contact humain ». Ce qui profite
un clip d e campagne à
entreprise a fourni 3000 communes à la restauration puisque, surtout pour
10 0 00 eur os po ur co nqué -
françaises en panneaux, isoloirs, urnes les municipales, les candidats vont de
ri r l a m ai rie d’H é nin-Be a u-
ou écharpes de maires, la combinaison réunions publiques en petits déjeuners,
mont. Quentin Sénéchal,
municipales - cantonales faisant de de bars en restaurants. Mais les trai-
c andi da t à Ch â tea u-l ’A b-
l’année 2008 un très bon crû. Si cette teurs comme le lillois Lecocq préfèrent
ba ye , v il l age de 80 0 ha bi -
entreprise du Nord qui a perdu le mar- les plus grosses élections. « Les munici-
t a n t s p rè s d e S a in t -A m a n d -
ché de Lille ne communique pas sur les pales n’augmenent que légèrement notre ac-
l es-Eaux , a i nve sti :
chiffres, un petit calcul permet de se tivité, ça n’a pas énormément d’incidence
a f fi
ficch e s A 3 en p ap ie r gl ac é
faire une idée de l’argent généré rien sur notre chiffre d’affaires », explique Jé-
e t c ou le urs. Mais rése au
qu’avec les isoloirs (entre 220 et rôme Platteau, du service commercial.
o bli ge , il a ré us si à li mite r
600 euros l’unité pour un isoloirs « Pour la présidentielle, nous avions beau-
ses frai s de c ampagne à
adapté aux handicapés) et les urnes coup plus travaillé, il y avait plus de récep-
3 9 6 e u r o s . E t , i l n’ y a p a s
(environ 250 euros). tions et plus de moyens ». Quant aux
q ue dans l e s pe ti ts vi ll age s
En général, les mairies renouvellent un grands traiteurs parisiens, ils refusent
q ue l ’o n s’ ar range co mme
o n p e ut. Dans l e VI e ar ron-
peu moins de la moitié du matériel par de communiquer sur le sujet.
élection. En sachant que le nombre Allô. La communication, justement,
d i s s e m e n t d e Pa r i s , J e a n -
moyen d’électeurs d’une commune est est la clé d’une campagne réussie et,
Marc R esto ux est de ve nu
de 1 300, qu’il faut environ un isoloir pendant les élections, les ondes des té-
c él èb re grâc e à tro is bo uts
pour 1 000 personnes et qu’une urne léphones portables fusent. Sur ce sujet,
d e fi fic
ce l le s . C e « c on c ie rg e
peut contenir jusqu’à 2 000 bulletins, les opérateurs de téléphonie mobile
de tr otto ir » c omme il ai me
le chiffre d’affaire de Doublet pour ces sont catégoriquement muets et ne com-
à s e f a i r e n o m m e r, e s t u n
deux produits devrait se situer entre muniquent des noms « que sur commis-
SDF q ui sur vi t av ec
700 000 et un million d’euros pour les sion rogatoire ». Mais chez Bouygues Té-
38 0 euro s d e RMI p ar
3 000 communes. Sans compter les lécom on reconnaît que « le trafic réseau
mois ! Une bon ne tête, un
panneaux publicitaires (100 euros), ta- du week-end dernier a été un peu plus im- 120 %. Au final, la plus belle histoire
v e r b e fl fle
e uri e t d es rev e ndi-
bles (70 euros) et bustes de Marianne portant que d’habitude ». d’amour des élections reste la presse.
c ati ons da ns l es po ch e s
(740 euros mais 850 euros pour un Conte de campagne. Autre moyen En 2007, année déjà dopée par la Pré-
p e u v e n t e n c o r e s u f fi
firr e a u -
buste Deneuve ou Bardot). Il est clair de communication efficace : le livre. sidentielle, le tirage moyen du quoti-
jourd’hui pour convai ncre.
que Doublet aimerait pouvoir voter Après une présidentielle déjà riche en dien national Libération a été d’un peu
Lo i n de la po li tiq ue s pe c ta-
plus souvent. D’autant plus que les publications, plus de vingt ouvrages sur plus de 140 000 exemplaires par jour.
c le e t des pa i ll ette s n ati o -
maires ont l’orgueilleuse mais fruc- les municipales sont parus entre janvier Le lendemain du premier tour des
nal es, l es él e cti ons munic i-
tueuse habitude de quitter l’hôtel de et février 2008. Ils traitent des villes (La élections municipales, ce sont
p al e s s on t l ’o cc a si o n p our
ville avec leur écharpe ! bataille de Paris (L’Archipel), des candi- 308 492 exemplaires qui se sont vus
be auco up de f aire ente n-
Pression. Entre les isoloirs et les dats (Jean-Claude Gaudin : Une vie pour diffusés, soit une augmentation de près
dre le urs vo ix . Mêm e s’i l
urnes, le marché est pour les impri- Marseille (Rocher) ou sont écrits par les de 120 % des ventes. Idem pour Au-
n’ a p a s d é p a s s é l e s 4 % ,
meurs. Henri Roué, à la tête d’une im- prétendants eux-mêmes (Féminin sin- jourd’hui en France, avec 82 % de bonus.
Je a n-Mar c Re sto ux a réu ss i
primerie de 16 salariés à Jeumont gulier : journal par Marielle de Sarnez Le quotidien régional La Voix du Nord,
son c oup m édi atiq ue…
Clémence Lambard
(Nord), produit les bulletins mais aussi (Plon). Les éditeurs refusent souvent qui devrait logiquement profiter da-
les professions de foi et les dépliants de donner les chiffres de vente de ces vantage de ces élections locales, a éga-
d’une cinquantaine de candidats de sa livres toujours sur le marché mais pour lement augmenté son tirage, quoique
région. Il dope ainsi son chiffre d’af- Élections municipales 2008 : mode d’em- dans des proportions moindres, avec
faire de 30 % sur la période. « C’est pra- ploi, Sara Korenbajzer, des éditions un “petit” bond de 34 %. Qui a dit que
LA PRESSION de mars
tiquement les seules fois où l’on travaille Nathan, concède qu’« il y a eu un gros ces élections ne se jouaient pas à
réellement à plein temps. Pendant les élec- pic des ventes deux semaines avant le pre- l’échelle nationale ?

L’addition s’il vous plaît


Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de

tions, c’est le travailler plus pour gagner mier tour jusqu’à maintenant ». H.B.
2e année (presse écrite et agence) et de PHR.
Refermentation et maturation - Directeur
de la publication :
Pierre Savary
Fermentation - Directeurs adjoints de la
publication :
Sylvie Larrière, Cyril Petit,
Yves Sécher, Jacky Durand
Houblonnage - Rédacteurs en chef :
Marc-Antoine Barreau, Flore Thomasset
Nicolas Kienast, Clémence Lambard
Embouteillage - Rédacteurs en chef
techniques :
Caroline Bozec, Florian Hervieux,
Séverine Rouby, Guillaume Willecoq
Sur le blog des municipales de l’ESJ,
lire, écouter et regarder
les reportages des deuxièmes années :
http://chroniquesdemars.blogspot.com

École supérieure de journalisme de Lille,


50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex.
Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

La Pression de mars 2 Samedi 15 mars 2008


la campagne
L’ É V É N E M E N T

L’écharpe en bouts de ficelle

F
aire campagne sans un sou ? Pas si voix : il avait créé la polémique avec sa
insensé : SDF pendant trente ans, proposition d’offrir 300 euros de “pou-
Jean-Marc Restoux briguait di- voir d’achat” à tous les électeurs, soit
manche dernier la mairie du VIe arron- une aide totale de 3,3 M d’euros sur
dissement de Paris. Aucune fortune per- fonds municipaux. « Je n’ai jamais voulu
sonnelle, relogé depuis un an grâce à faire parler de moi, se défend-il. On m’a
Emmaüs, ce barbu débonnaire est par- classé parmi les dirigeants de républiques ba-
venu sans gros moyens à tutoyer 4 % des nanières, mais mon idée avait été mal for-
suffrages. « Quand tu fais campagne, tu es mulée. Il y a eu une incompréhension. »
forcé de payer les affiches, les bulletins, les pro- À Lille, l’inventivité d’Etienne Forest ne
fessions de foi, détaille-t-il. Ça coûte lui a valu que 642 voix, soit 1,09 % des
1 800 euros en tout. Une colistière m’a avancé suffrages. Speed-dating politique, web
l’argent, et je vais lui rembourser petit à petit. TV, apéro-rap, soirée slam, et même
C’est un prêt énorme pour moi ! », lance le l’organisation d’une grande “chenille
quinquagénaire, évoquant ses 380 euros démocratique” orange et verte sur une
de RMI. Ni QG, ni meeting : à la tête de place lilloise… Le parfait arsenal pour
sa liste Un autre son de cloche, Jean- attirer les médias. Sauf que les
Marc a fait campagne avec sa gouaille, 25 000 euros investis dans sa campagne
le soutien de bénévoles et de célébrités ne lui seront pas remboursés. « Je suis un
comme Frédéric Beigbeder, et un joli peu plus léger sur mon portefeuille d’ac-
sens de la provocation. En proposant à tions », confie le candidat, philosophe.
David Martinon, débouté de Neuilly, de Même les grands partis la jouent éco-
rejoindre sa liste, l’ex-SDF a fait nome. Les réunions d’appartement, par
mouche. France 2, LCI, M6… Son his- exemple, coûtent peu et convainquent
toire séduit les journalistes. Un bel es- beaucoup, comme l’explique Stéphane
pace médiatique pour pas un rond. Baly, 15e sur la liste des Verts à Lille :
Certains petits candidats rivalisent d’in- « Ça se passe chez un sympathisant ou un mi-
géniosité pour exister face à l’armada litant, sur le principe d’une auberge espagnole
des partis nationaux. Tel Hamza El : chacun amène ce qu’il veut. Financièrement,
Kostiti, candidat de Génération écolo- c’est neutre. » Pas de location de salle, pas
gique à Halluin, qui a parcouru à pied de frais de bouche. Et une efficacité
Il faut une légende
117 km entre sa ville frontalière et maximum : « À la fin d’une réunion, cer-
Bruxelles à trois jours du premier tour. tains invités étaient convaincus au point de
Résultat : 7,27 % et fusion avec la liste vouloir tracter dans leur voisinage. » Preuve
du maire sortant Jean-Luc Deroo (PS). qu’à l’heure du dépouillement, une cam-
Djemi Drici, lui, a enregistré 3,57 % des pagne dépouillée peut aussi payer.
J.D.

Les deux sous


des candidats
taurateur qui lui a fait don de repas entre colistiers après aussi compter sur les dons des sympathisants et mili-

À
les réunions. Un plafond de 50 % (par rapport au budget tants. De l’argent gratuit qui met du beurre dans les épi-
global) est prévu pour ce type de dépenses. nards. Parfois même des mécènes de la politique,
Pour Les Gens d’Hellemmes, la note est salée. Même si comme pour Bagdad Ghézal qui a reçu ainsi 950 euros
la veille du second tour, les candidats commen- elle a obtenu plus de 24 % au premier tour, la liste pour- dont « 300 venaient d’un sympathisant dunkerquois du MRC
çent à faire leurs comptes, avant de les déposer rait ne pas se faire rembourser les 6 000 euros de frais (Mouvement Républicain et Citoyen) ».
d’ici deux mois, leurs budgets à la commission personnels. Raison : une association n’a pas la recon- Pour rentrer dans ses frais, le candidat a donc tout inté-
des comptes. Le code électoral prévoit un rembourse- naissance politique dans une élection. rêt à jouer de ses relations. Un “ami” imprimeur est in-
ment partiel de la campagne pour les candidats ayant D’autres ont recours au prêt bancaire pour se lancer dispensable. À Château-l’Abbaye, Quentin Sénéchal a
obtenu plus de 5 %. dans la course à la mairie. Bagdad Ghézal, le tête de profité d’une remise grâce à ses connaissances. Au total,
Dominique Slabolepszy, candidat sans étiquette à Va- liste et trublion de la gauche à Etaples, a emprunté sa campagne aura coûté 33 euros par colistier au lieu
lenciennes, n’a pas dépassé ce seuil. « J’assume seul les 5 000 euros. Il garde soigneusement les factures pour de 100 euros pour faire imprimer 10 affiches, 350 dé-
6 000 euros dépensés ». 593 euros de tracts plus 5000 d’im- bénéficier des remboursements puisqu’il a récolté pliants, 350 professions de foi, et 1500 bulletins de vote.
pression de professions de foi et bulletins de vote qui sont 9,97 % des suffrages. Le candidat connaît les montants Quoi qu’il en soit, une gestion stricte du budget est né-
à sa charge. « Je m’engage par conviction politique et non pas par cœur. « Ce qui m’a coûté le plus cher c’est l’impression cessaire, ce qui n’empêche pas quelques écarts de bud-
par calcul financier ». Sans compter les dépenses person- des tracts, des affiches officielles et des professions de foi. En get. Pour 200 euros, Les Gens d’Hellemmes se sont
nelles, comme le téléphone et les enveloppes timbrées. tout, 1 682,26 euros qui seront remboursés par la Commission payés une caravane équipée d’un mégaphone pour rou-
Heureusement que le candidat compte sur sa liste un res- des comptes de campagne ». Mener une campagne, c’est ler en campagne … électorale bien sûr.
M.C. et B.P.

La Pression de mars 3 Samedi 15 mars 2008


La nuit des afficheurs
EN RÉGION

R O U B A I X . Maurice, Moussa et Brédé sillonent les rues


de la ville. Les partisans de René Vandierendonck ont pour
mission de coller les cinquantes affiches de leur candidat.

Par Gaël Arcuset

Moussa s’occupe de décoller les affiches des « adversaires » tandis que


Brédé passe la première couche de glu. Le tout dans la bonne humeur.
Maurice l’avoue de lui-même : « Parfois, il nous arrive de pousser la chanson-
nette. » Une fois le collage effectué, les militants repartent. Mais avant, pe-
tite séance de nettoyage. Munis de sacs en plastique, ils ramassent tous les
débris des affiches. « Bon les gars, on file vers l’école de police », lâche Maurice.
La ville est soigneusement quadrillée. Ils en connaissent tous les panneaux
d’affichage. Plan sur le tableau de bord, le copilote indique la route au

J
chauffeur. « Mais bon, maintenant on connaît les moindres recoins de Roubaix »,
raconte Brédé.
22 h 15. Ça colle encore ! Cette fois-ci, en lisière d’un quartier populaire
de la ville. Des jeunes déboulent : « Ouais René, c’est trop bien », s’excla-
Brédé est un ancien Roubaisien. Aujourd’hui, il vit
ment-ils. Maurice interpelle l’un d’entre eux : « Avant de crier comme ça, il
faut que tu ailles poser ton bulletin dans l’urne. Tu vas voter, au moins ? » Si-
à Lille mais milite toujours dans sa ville d’origine. Photo : G.A
lence. L’adolescent ne répond pas. Et Maurice lui explique l’importance
du vote. Les soirées de vadrouille ne se résument pas à la simple pose d’af-
eudi 13 mars. 21 h 30. Il pleut des cordes sur Roubaix. Dans la fiche. Les militants socialistes en profitent également pour sensibiliser la
Grand Rue, au siège local du PS, des militants socialistes s’acti- population roubaisienne.
vent. Ce soir, c’est collage ! Pinceaux, affiches, colle, ils embar- Des trombes d’eau continuent de s’abattre sur la ville. La tournée des pan-
quent tout le matériel nécessaire. Quatre équipes sillonneront la neaux s’achève. Avant de rentrer au bercail, petit tour rapide pour voir si
Photo : G.A

ville. « On se sépare, une équipe à l’Est, une à les affiches de Vandierendonck n’ont pas été recou-
l’Ouest, une au Nord et l’autre au Sud de la
ville, explique Maurice, d’origine camerounaise et
22 H 15 : ÇA COLLE vertes. « On a gagné la bataille de la soirée, raconte Mau-
rice, tout sourire. C’est un jeu énervant par moment. Avec
chef de file de cette joyeuse bande. Tout est prévu. ENCORE ! nos adversaires, c’est la guerre des nerfs. Une guerre psy-
On est une vraie armée déployée sur le terrain », plai- chologique. Le but, c’est que nos affiches restent jusqu’au
sante le membre du bureau de section. petit matin pour que les gens les voient. » Ce soir, c’est le cas. Les militants so-
Première étape : le centre hospitalier de Roubaix. Tous descendent rapi- cialistes n’auront croisé aucun « adversaire ».
dement de voiture. Pas question de perdre une seconde pour les partisans Retour au siège du PS. Petit café entre amis militants. Maurice ne paraît
de René Vandierendonck (PS), maire sortant et candidat à sa propre suc- pas épuisé. Les collages, il en a l’habitude : « Aux élections présidentielles, on
cession. Ouverture du coffre. Sortie de l’équipement. Le moteur de l’au- finissait à 4 heures du matin. Là, c’est un peu plus tranquille. On peut nous pren-
tomobile continue de tourner. Ça va très vite. Maurice distille ses ordres. dre pour des dingues mais, c’est comme ça… la passion. »

Dans les coulisses


d’un débat télévisé
Photo : C.J
D U E L . Avant le second tour, les prétendants à la mairie de Calais
Jacky Hénin et Natacha Bouchart débattent dans les locaux de France 3.

L
Par Camille Janik

ille, dans les locaux de France 3 Nord-Pas moins habituée à l’œil des caméras que son rival.
de Calais. Sur le plateau, on attend les 5, 4, 3, 2, 1, ça tourne. Le débat commence. En-
deux candidats à la lutte pour la mairie de registré dans la journée, un magnéto lance les
Calais. Il est 20 h 30. À l’écart de l’agitation, Vé- hostilités : Mathieu Pagura, journaliste au quoti-
ronique Marchand, la présentatrice, est au ma- dien Métro a une question à leur poser. Les can-
quillage. Les techniciens, eux, sont sur le qui- didats y répondent chacun leur tour calmement.
vive. On règle les caméras, les lumières, le Jusqu’à ce que les choses prennent une autre
plateau « spécial second tour » est bientôt prêt. On tournure. Il suffit d’évoquer le FN pour que les
y est presque. Juste le temps pour Anne Brucy, la esprits s’échauffent. Jacky Hénin digère mal le
directrice de France 3 Lille, de serrer la main des fait que le parti frontiste se soit retiré et va jusqu’à
personnes déjà présentes : le directeur de cabinet parler de « magouille » orchestrée par l’UMP et
Véronique Marchand a accueilli

et l’attaché de presse de Jacky Hénin, le maire l’extrême droite.


les deux candidats de Calais sur son plateau.

sortant (PC), les deux politologues qui clôture- Véronique Marchand calme le jeu et passe à une sans ironie : « Vous n’aurez qu’à présenter vos décla-
ront la soirée… autre question. Différents thèmes sont abordés : rations à la presse écrite. »
Pendant ce temps, Natacha Bouchart, candidate emplois, immigrés… Par moments, le ton monte 21 h 30, le débat est clos. Sans un regard, les deux
UMP s’installe sur le plateau et profite du peu de à nouveau. « Vous n’êtes pas le seul à faire la pluie et protagonistes quittent le plateau, direction les
temps qui lui reste pour relire ses notes. De son le beau temps à Calais M. Hénin. Les Calaisiens en ont loges pour le démaquillage. Suivront ensuite
côté, Jacky Hénin essaie de se détendre en faisant marre ! », déclare la candidate UMP. « Mme Bou- quelques réactions. « Un débat intéressant » pour les
les cent pas dans l’Atrium, l’espace de décom- chart représente M. Sarkozy. Ce que vous voulez c’est deux partis. Natacha Bouchart est « très sereine
pression. 20h50, il est temps pour lui, le maire des places pour vous enrichir ! », fustige le maire sor- pour dimanche ». Jacky Hénin est « sûr que les Ca-
sortant, de rejoindre son adversaire. Du bleu, du tant. Porté par deux personnalités qui visiblement laisiens ne pas sont dupes et maintiendront leur vote à
blanc, du rouge, la Marianne qui observe tout son en ont à découdre, le débat s’éloigne quelque peu gauche ». Retour à l’Atrium, place à la détente et
petit monde, le ton est donné. « Tout va bien se pas- du sujet. Allant même jusqu’à leurs propres dé- au cocktail gracieusement offert par la chaîne
ser, c’est parfait », Véronique Marchand rassure les clarations d’impôts. Sauf que Véronique Mar- télé. Un peu de répit avant dimanche où tout se
deux candidats, surtout Natacha Bouchart, chand veille et met un terme à la discussion, non jouera à Calais.

La Pression de mars 4 Samedi 15 mars 2008


Douai
L’ E S S E N T I E L

Jeune loup contre


S vieux briscard
Par Gaël Arcuset

urprise à Douai. La supré-


matie de Jacques Vernier
(UMP), maire sortant, a

duel
été remise en cause au pre-
mier tour des élections mu-
nicipales. Certes, cette année, il a ré- Le
colté 49,75 % des suffrages et seules
33 voix lui ont manqué pour être élu
directement. Une première depuis son
premier mandat en 1983, puisque
jusque là, il était systématiquement
exempté de second tour. Faut-il voir là
un simple accident ou un vote sanc-
tion révélateur ? Pour lui, l’explication
se trouve dans le fort taux d’abstention
(près de 50 %).
Dimanche, il sera opposé à Frédéric
Chéreau (PS), à la tête d’une liste
d’union de la gauche. À 33 ans, il suc-
cède à Marc Dolez, candidat en 2001
et aujourd’hui député de la 17e cir-
conscription du Nord. C’est le parle-
mentaire lui-même qui l’a fait venir à
Douai. Arrivé dans la cité de Gayant
voilà quatre ans, celui qui se définit
comme un « enfant du 21 avril 2002 » a
obtenu 33,40 % des voix au premier
tour des élections municipales.
Recalés à l’issue du premier tour, Franz
Quatrebœufs (MoDem), avec 8,80 %,
et Léopold Pons (SE), avec 8,04 %,
n’ont souhaité s’allier à aucun des deux
candidats. Le report des votes de leurs
électeurs pourrait s’avérer déterminant
dans la journée de dimanche [voir ci-
dessous]. Jacques Vernier possède tou-
Photos DR

tefois de l’avance. Car, en plus des


49,75 % de voix acquis au premier
tour, il devrait bénéficier de l’appui des
militants centristes, peu enclins à voter
FRÉDÉRIC CHÉREAU JACQUES VERNIER
pour un candidat socialiste. Reste à sa- Parti socialiste, UMP,
voir si les théories électorales devien-
nent les vérités des urnes. 33 ans. 64 ans.
Fonctionnaire territorial. Maire sortant (depuis 1983).
Les arbitres Ce diplômé de Sciences Po Paris est un véritable globe-trot- Ingénieur, spécialiste des questions environnementales,
ter. Avant de poser ses valises dans le Nord sur sollicitation Jacques Vernier devient directeur de l'Agence de l'eau Artois-
À eux deux, Franz Quatrebœufs Picardie en 1974, année qui coïncide avec son arrivée à Douai.
(MoDem) et Léopold Pons (SE) ont ré- de Marc Dolez, il est passé par la Tunisie, la Lorraine, l’Aqui-
taine et Paris. Au premier tour, il a récolté 33,40 % des suf- En 1976, il adhère à l’UDR (ex-RPR) du Nord. « L'adhésion au
colté 16,84 % des suffrages. Pour le se- mouvement gaulliste collait bien avec ce que je ressentais à
cond tour des élections municipales, frages, loin derrière Jacques Vernier. Mais il garde confiance
pour le scrutin de dimanche. Militant socialiste depuis avril l'époque, ce mélange de libéralisme et d'engagement social me
ils auront donc un rôle important à convenait bien et me convient toujours », explique-t-il sur le site
jouer. Pons a clairement appelé ses 2002 – date de l’accession de Jean-Marie Le Pen au second
tour de l’élection présidentielle – Frédéric Chéreau, accom- internet de L’Observateur du Douaisis. Conseiller régional de-
électeurs à opter pour l’abstention. puis 1988, député européen de 1984 à 1993, député du Nord
« Ni pour Vernier, ni pour Chéreau, dé- pagné de sa liste d’union de la gauche (Verts, Parti commu-
niste et Radicaux de gauche) affiche, aujourd’hui, clairement de 1993 à 1997, Jacques Vernier s’impose aujourd’hui comme
clare-t-il. Il faut que Vernier sache qu’il la figure incontournable de la cité de Gayant. Il s’engage sur
n’est pas le maire de tous les Douai- un optimisme à toute épreuve : « Tout est possible. Nous pro-
posons un programme construit avec une équipe solide, com- tous les fronts (Imprimerie nationale, tramway). Il a même reçu
siens », explique le candidat sans éti- la médaille de la Légion d’Honneur en 2002 et l’ordre de com-
quette. Conscient des menaces qui pè- pétente et prête dès le 17 mars », s’efforce-t-il à clamer.
Confiance en soi ou volonté de ne pas avouer sa faiblesse ? mandeur dans l'Ordre national du mérite en 2005. Pour autant,
sent sur son siège de maire, Jacques « il sait rester humble », au dire de Marie-Hélène Quatrebœufs,
Vernier a très vite anticipé. À peine les Une chose est sûre, son programme est riche : logement, dé-
veloppement économique et social, démocratie participative, colistière. « C’est un homme abordable, quelqu’un de chaleu-
résultats du premier tour annoncés, Il a reux et amusant », raconte-t-elle.
affiché son objectif : récupérer les voix transports, culture, sport… Il ne veut rien négliger. « Nous de-
vons faire changer l’image de Douai avec un grand événement L’année dernière, il a annoncé vouloir passer la main, en cas
centristes du premier tour. Mais Qua- de réélection, à l’une de ses adjointes. Il s’est finalement ravisé
trebœufs ne l’entend pas de cette et qu’elle soit connue autrement que par les fermetures
d’usines. » Objectif : redorer le blason de la cité de Gayant. quelques mois plus tard. Goût du pouvoir ou amour
oreille : il n’a donné aucune consigne de la ville ?

34
de vote.

Le chiffre La phrase
du jour du jour
« Il y a un malaise au sein du conseil
général, un malaise lié à de vrais
problèmes de choix politiques. »
C’est le nombre de villes que l’UMP
pourrait perdre dimanche, selon une note
Isabelle Balkany, épouse du député-maire de Levallois, Patrick Balkany,

interne du parti, révélée hier par Le Figaro.


au sujet du conseil général des Hauts-de-Seine, dirigé par Patrick Devedjian.

La Pression de mars 5 Samedi 15 mars 2008


Voter n’est pas
EN RÉGION

au programme

Photo JM
devance le candidat UMP Max-André Pick, qui a toute façon, on ne nous écoute pas, on n’en a rien à fou-
recueilli 19,01 % des voix et Slimane Tir, crédité de tre de nous. »
R O U B A I X . Dimanche dernier,
la gagnante des élections 13,67 % pour les Verts. On pourrait facilement Un second tour à l’image du premier ? Il faudra
conclure que les électeurs socialistes se sont dé- attendre dimanche pour le savoir, mais celui-ci ne
placés en masse, pendant que les autres regar- devrait pas échapper à la mode roubaisienne. Mi-
a sans nul doute été l’abstention.

L
Et le second tour a toutes les chances daient Téléfoot. Une opinion partagée par le chef chelle, une commerçante d’une galerie mar-
d’être à l’image du premier... de file UMP Max-André Pick : « Je pense que nous chande, confie qu’elle n’ira « pas voter dimanche. Les
avons subi de manière forte la gigantesque abstention élections étaient déjà jouées avant le premier tour. À quoi
roubaisienne. Notre électorat ne s’est pas mobilisé pour se ça sert d’aller voter quand on sait que le maire va être
Par Jeffrey Martin rendre jusqu’aux urnes et on le voit dans les bureaux de réélu ? Il n’y avait pas d’enjeux ici. » Pour Bertrand,
vote qui nous sont habituellement acquis. » c’est « l’abus de pouvoir » qui le fera rester chez lui
Une démobilisation générale qui ne démoralise demain. « Les candidats nous font croire qu’ils sont
pas pour autant Rémy, le plus jeune militant proches de nous pendant la campagne et puis lorsqu’ils
UMP : « Il faut continuer la campagne de terrain et sen- sont élus, ils prennent leurs décisions sans nous consulter.
e taux d'abstention (60,48 %) a volé la ve- sibiliser encore les Roubaisiens. J’ai pris une journée de Ils usent et abusent du pouvoir, ça me dégoûte ! »
dette aux candidats roubaisiens. On est congé pour venir distribuer ces tracts. » Chez d’autres, c’est le manque d’implication qui
malheureusement habitué à une faible Quoi qu’il en soit, tous les militants des trois der- prévaut. Xavier n’a de roubaisien que son domi-
participation dans la deuxième commune du niers candidats présents au second tour à Roubaix cile. « J’habite à Roubaix, mais je travaille à Lille. Je
Nord. Mais cette fois, alors que la participation restent sur le qui-vive et espèrent conquérir de nou- me sens davantage concerné par les élections lilloises. Je
augmente au niveau national par rapport à 2001, velles voix. Mais la tâche s’avère délicate, surtout ne suis à Roubaix que pour dormir et courir le di-
elle baisse encore à Roubaix, passant de 45 % à chez les jeunes, qui pour la plupart, n’iront pas manche. » Ce sera donc footing pour monsieur.
39,52 %. voter dimanche. Malik, qui avait soutenu Ségolène Entre fatalisme, répulsion et manque d’implica-
Malgré ce faible taux de participation, le maire PS Royal pendant la Présidentielle commente : « Le tion, certains habitants roubaisiens ne sont pas à
sortant, René Vandierendonck, était à deux doigts, 9 mars, je ne suis pas allé voter et je n’irai pas non plus court d’arguments pour rester bien au chaud chez
ou plutôt à deux pour cent d’être réélu dès le pre- dimanche [demain, ndlr]. Ici, les candidats se foutent eux dimanche. À Roubaix comme ailleurs, le fossé
mier tour. Avec 48,06 % des suffrages obtenus, il de certains quartiers. Y en a que pour le centre-ville. De entre politiques et citoyens se creuse.

Coup de com’ du PS
À vouloir fédérer les jeunes (plus de
80 % d’abstention au premier tour à Lille
« C’est un jeu d’échecs »
chez les 18-25 ans), le PS s’est pris les
pieds dans le tapis, jeudi, lors d’un point Propos recueillis par Hélène Bekmezian
presse suivie d’une opération de trac-
tage. De nombreux artistes et sportifs lo-
caux, parmi lesquels Axiom (chanteur de
La participation au second tour sera-t-elle
plus forte ?
Pierre Mathiot est directeur de l’Institut
rap), Alexandre Lenoir (chanteur des
Il y a un risque que l’abstention soit encore plus
d’études politiques (IEP) de Lille.
Blaireaux) ou encore Saïd Rachidi
(5e mondial de boxe amateur et qualifié Pourquoi une telle abstention ? élevée au second tour, surtout à Lille où les élec-
pour les JO) s’étaient donné rendez-vous
pour évoquer l’abstention des jeunes de-
L’abstention est croissante, surtout dans les zones teurs se disent que tout est joué d’avance. Mais cela
vant un parterre de journalistes ! urbaines et dans les zones populaires. Cela illustre dépend des enjeux, les gens iront moins voter à
Après une demi-heure de banalités l’éloignement traditionnel de la politique d’une Roubaix ou à Lille qu’à Villeneuve-d’Ascq ou à Ca-
– « les jeunes doivent faire entendre leur partie de la population, notamment des classes lais.
voix » – les militants socialistes se sont populaires. Cela est d’autant plus vrai que les
rendus devant le lycée Faidherbe, dans
le quartier de Moulins. Seules quatre élections, comme les figures publiques, sont de Roubaix a battu des records d’abstention…
“stars” sur la dizaine présente ont dai- plus en plus complexes. Les alliances et la poli- D’autant plus qu’il y a toute une partie de popula-
gné venir. Les militants se sont jetés sur tique d’ouverture compliquent la donne, les gens tion d’origine étrangère qui se désintéresse de la
les lycéens, disant simplement : « Votez n’y comprennent plus rien. C’est un jeu d’échecs vie politique. L’abstention est importante dans les
Martine dimanche. » Le tract choisi pour
les démarcher était plutôt tendance. Des
qui n’amuse que les journalistes et les polito- couches aisées (environ 40 %) mais encore plus
couleurs attirantes, type flyers qui annon- logues. (70-75 %) dans les couches populaires.
cent une soirée étudiante, des mots ac-
crocheurs : « Ensemble à Lille, envoyons Les électeurs se désintéressent-ils des en- Une particularité dans l’abstention lilloise ?
un carton jaune à Sarkozy »… Mais les ly- jeux locaux ? L’importante abstention à Lille est à mettre en par-
céens – encore fallait-il qu’ils soient en
âge de voter – ne sont pas dupes. « Ce C’est dû au profil socioculturel, ça vaut pour Lille, tie sur le compte de l’important turn-over dans la
n’est pas une opération médiatique par pour la région et la France. Il y a toujours eu, par ville et de tous les étudiants qui ne viennent passer
hasard », se demande Yann, 18 ans,de- tradition, une part de la population qui ne vote pas, que deux ou trois ans dans la ville.
vant les quatre caméras et la demi-dou- notamment dans les couches les moins aisées. On a
zaine d’appareils photos… Une opéra-
tion de com’ sarkozienne à la sauce
l’impression qu’il y a eu plus de participation pour Et les abstentionnistes chroniques ?
socialiste en somme. la présidentielle mais c’est que les courbes se sont Il est difficile de mesurer cette abstention-là. Ce qui
Benoist Pasteau croisées. Avant on votait plus pour les municipales est sûr c’est qu’il y a de moins en moins d’absten-
et moins pour la présidentielle. tion idéologique, de gens qui ne votent jamais.

La Pression de mars 6 Samedi 15 mars 2008


Duée pris
EN RÉGION

en tenaille
MARLY. Alors que le sort de sa voisine
valenciennoise est scellé depuis une semaine,
celui de Marly est loin d’être réglé.
Engagé dans une triangulaire,
Philippe Duée, le maire sortant, est en difficulté.
Par Florian Pottiez

Photos: Voix du Nord

C’
Pour le second tour, Philippe Duée (au centre) devra batailler ferme pour conserver son fauteuil de maire

«
face à Fabien Thiémé (à gauche) et Jérôme Léman (à droite).

est une grande surprise. En nous plaçant en démissionné au cours du mandat, en désaccord avec de Marly à gauche redistribuerait-il les cartes au sein
tête avec 44 % des suffrages exprimés, les Mar- la politique menée par Philippe Duée, notamment de la communauté de communes du Valenciennois,
lysiens ont manifesté une volonté claire de dans les quartiers. « Il met de côté cette partie de la po- majoritairement à droite ? « Non, ça ne changera rien.
changement. C’est la conclusion d’un travail de terrain de pulation. Sur les 400 millions d’euros consacrés à la réno- La majorité est bien implantée dans le Valenciennois »,
dix-neuf années », se réjouit Fabien Thiémé. La vic- vation urbaine, Marly n’a rien eu. On est passé à côté de rétorque l’élu communiste.
toire est encore loin d’être acquise mais le candidat l’ANRU [Agence nationale pour la rénovation ur- Une présence toutefois non négligeable, d’autant
communiste est bien parti pour accéder à la mairie baine] », s’énerve Jérôme Léman avant de pointer du plus qu’Anzin pourrait subir le même sort. Géry
de Marly, ville limitrophe de Valenciennes. doigt l’endettement important de la ville à hauteur Duval, le maire sortant (DVD), est en ballottage dé-
Une consécration qu’il recherche pour la troisième de 12,5 millions d’euros. favorable face à Pierre-Michel Bernard, candidat ra-
fois face à son « véritable adversaire », Philippe Duée. « Quand on regarde autour de soi, on s’aperçoit que Marly dical de gauche. D’où la perte pour la majorité pré-
Ce dernier, maire sortant en poste depuis 1989, est se dégrade au fil des ans. Mais on n’a pas les moyens d’in- sidentielle de deux des plus grosses communes de
pour le moment distancé puisqu’il n’a obtenu que vestir. » En début de semaine, il a refusé les appels du Valenciennes Métropole (11 800 habitants pour
30,11 % au premier tour. « Nous considérons que la par- pied de son ancien chef de file. Malgré sa place de Marly et 14 100 pour Anzin). Pour Jérôme Léman,
tie n’est pas perdue. Nous avons la confiance de 30 % d’élec- troisième homme, il ne veut pas se sentir dans la la non-réélection de Philippe Duée permettrait à
teurs et il y a eu un bon nombre d’abstentionnistes », as- peau d’un « arbitre ». Reste à savoir à qui profitera Marly de regagner une place digne à Valenciennes
surait-il hier dans les colonnes de l’Observateur du cette triangulaire. « Ça va se jouer dans un mouchoir de Métropole. « Il est clair que l’Agglo préférera travailler
Valenciennois. La perte de son électorat peut s’expli- poche », pronostique Fabien Thiémé. avec Fabien ou moi », conclut le challenger avouant au
quer par le bon score réalisé par Jérôme Léman avec Autre enjeu de ce scrutin, Valenciennes Métropole. passage avoir du respect pour son concurrent de
19,02 %. Adjoint de 2001 à 2003, ce centriste avait En cas de victoire de Fabien Thiémé, le basculement gauche mais pas pour son ancien leader.

Être maire ? Un calvaire !


Par Julien Damien

Photo: Courrier de Fourmies


FOURMIES. Élue en 2001 à la mairie de Fourmies,
Martine Roux a enchaîné durant sept ans les
coups les plus durs. Une mauvaise expérience

J
qu’elle n’a pas l’intention de renouveler de sitôt.

« e n’en peux plus, si vous saviez, je


suis vidée… » La gorge nouée, la
Pourtant tout avait bien com-
mencé. En 2001, à la tête d’une
voix un peu tremblante, encore liste de droite, elle est élue à la mai-
choquée, Martine Roux témoigne de rie de Fourmies, fief de gauche. Un
son « expérience » à la mairie de Four- petit exploit pour cette novice en
mies. Une commune de 16 000 âmes, politique. « On appelait la ville la
au fin fond de l’Avesnois. Un cal- "fourmi rouge" à l’époque. Mon élec-
vaire. Durant les sept (très) longues tion était inespérée. J’avais vraiment
années qui ont constitué son mandat, envie de faire quelque chose à mon arri-
elle a porté l’écharpe bleu blanc rouge vée. »
comme un fardeau. La mairie, c’est Et puis très vite, tout se dégrade.
son chemin de croix à elle. « Ça a commencé au sein même de
Martine Roux, 54 ans, garde un très mauvais
Un adjoint écroué pour pédophilie, sa mon équipe. Quelques semaines après
souvenir de son mandat à la mairie de Fourmies.
responsabilité engagée dans une l’élection, un petit groupe de six ad- coma. Un soir de canicule le jeune chèque de cinq euros. Enfin, comme
noyade, une guerre de pouvoir au joints s’est ligué contre moi. J’avais été homme, éméché, plonge dans l’étang si tout ça ne suffisait pas, en 2006,
sein même de son équipe… Elle a parachutée, personne ne croyait en de la ville et heurte de la tête un petit elle croise un de ses adjoints et ami
tout vu, tout enduré. « J’en ai tellement moi. Alors ils ont voulu prendre le pou- muret. Il n’y avait pas de ligne d’eau à la sortie de la mairie… les mains
bavé, je pourrais écrire un livre », lance-t- voir. » S’ensuit un véritable harcèle- à cet endroit. La responsabilité de dans le dos, accompagnés de la po-
elle. Elle a tout entendu aussi. « J’ai ment psychologique. Lettres d’in- l’élue est engagée. En 2005, le tribu- lice. L’homme est suspecté de viol
reçu des insultes de la part de mes adjoints, sultes, menaces… « J’ai porté plainte, nal de grande instance d’Avesnes- sur sa nièce, mineure. « La goutte
des choses ignobles. » l’affaire suit son cours. » Aujourd’hui, sur-Helpe la condamne à verser d’eau », soupire Martine Roux. Jugé
Alors aujourd’hui, elle jette l’éponge. ses anciens adjoints sont conseillers 5 000 euros d’amende. « J’y ai passé mardi dernier, il a été reconnu cou-
Deux mois avant les municipales municipaux d’opposition. trois heures, comme une criminelle. » Les pable des faits. Alors non, Martine
2008, elle décidait de ne pas se pré- Deux ans plus tard, en 2003, une fa- élus de la région se mobilisent alors Roux ne brigue pas de second man-
senter à sa propre succession. « Je n’ai mille fourmisienne porte plainte pour la soutenir : 601 d’entre eux lui dat. « Je ne veux même plus entendre
même pas suivi la campagne électorale. » contre la maire. Leur fils est dans le envoient, symboliquement, un parler de politique ! »

La Pression de mars 7 Samedi 15 mars 2008


On ne
EN RÉGION

badine
Par Gaël Cogné

pas avec
la mairie

À
HALLENNES-LEZ-HAUBOURDIN. Quatre
listes au premier tour. Quatre au second.
Dans ce village à 10 km de Lille, les
Municipales sont mouvementées...

Hallennes-lez-Haubourdin,
3 810 habitants, se joue une
tragi-comédie en deux
actes, deux tours et quatre personnages princi-
paux. À droite : André Pau (le maire actuel) et
Véronique Genelle (avec son ex-maire de mari,
aujourd’hui inéligible). À gauche : Monique Her-
duin (liste PS-PCF-Verts) et Suzanne Heusdens
(divers gauche). Les figurants : une population
qui se demande s’il faut rire ou pleurer des
frasques de leurs élus. Rien ne change entre le
premier et le second tour (les quatre listes restent
dans la course), personne ne meurt à la fin (pour-
tant les échanges sont parfois verts), mais on ne
s’ennuie pas.
Ce qui manque à la pièce, peut-être, c’est un élé-
ment perturbateur. Mais des éléments perturba-
teurs, il n’y en a pas beaucoup à Hallennes, à part
les dealers qui boivent des bières dans leurs voi-
tures allemandes au bout du quartier du Fort.
L’ancien maire, Patrick Genelle,
« Les gens ont peur », estime Jean-Pierre Baert, ha-
a réussi à lever contre lui les inimitiés
bitant du quartier du Fort et membre de l’oppo-
de tout le village. En 2001,
sition (communiste). Vingt-cinq pour cent de vote
l’un de ses anciens colistiers, blessé
Front national dans ledit quartier. Pourtant, les
Photo : GC

dans son orgueil taguait sur son mur :


immigrés – cible habituelle de l’extrême-droite –
« Ne votez pas pour le maire ».

ne courent pas les rues dans ce village cossu


dénué de logements sociaux. La grosse gendar-
merie qui pousse sur une friche à quelques cen- qui venait manger chez les Genelle, n’a plus de Jean-Pierre Baert ironise : « Il a pris la décision tout
taines de mètres de la mairie devrait calmer les mots assez durs pour qualifier Patrick Genelle, seul. N’importe quel maire sait qu’on ne peut pas faire
ardeurs des bandes de jeunes. son ancien chef. « Une vraie disgrâce », pour Véro- ça. » Patrick ayant démissionné, Véronique se pré-
Derrière les murs antibruit de la RN41 qui coupe nique Genelle. sente pour son mari à l’élection du maire intéri-
le village en deux, rien ne bouge. Pas de marché, André Pau n’est pas le seul dans le village à re- maire. Ô désespoir, elle n’obtient que deux sièges
presque aucune activité sportive, un supermarché garder de travers Patrick Genelle. Il avait la fâ- et démissionne le lendemain en jurant qu’on ne
glacial et un bistrot pour tout commerce. « Pff, ici, cheuse habitude de traiter ses colistiers « comme l’y reprendra plus. Les Genelle en auraient-il fini
il n’y a rien, soupire un Hallennois, ex-entraîneur de la merde », sourit Jean-Pierre Baert. Un peu ner- avec la politique ? Non. « On est venu me chercher en
de basket. Même le club de foot est nul. » Beaucoup veux, Genelle aurait tendance à prendre les sens janvier », assure Véronique Genelle, arrivée troi-
d’Hallennois n’ont pas vu la tête de leurs candi- interdits, à dépasser les limitations de vitesse et à sième avec 14 % des voix. Elle esquisse un sou-
dats durant la campagne, à part sur les affiches. se garer sur les trottoirs pourtant interdits de sta- rire. « Il a manqué six voix à André Pau pour être élu
D’ailleurs, les ha- tionnement par au premier tour. Elles sont chez moi. »
bitants ne se fré-
quenteraient pas. C’EST CLOCHEMERLE ICI.” lui-même.
Mais il y a plus
La gauche aurait pu espérer en profiter. Mais Su-
zanne Heusdens candidate de gauche depuis des
« Je suis ici depuis 30 gênant que la dés- lustres se serait rapprochée du MoDem et n’a ja-
ans et je ne connais pas mon voisin », avoue l’ex-en- involture et la conduite sportive de l’ancien mais pu sentir les communistes. Ils sont bien im-
traîneur. Le bruit des voitures qui foncent vers maire. En 2006, Patrick Genelle a été condamné plantés à Hallennes, du coup, une liste d’union
Lille n’atteint pas les maisons bourgeoises de la pour prise illégale d’intérêts. L’école de musique de la gauche se présente, face à la dissidente. Et
rue Cousteau. Tout est calme, luxe et ciel gris. avait brûlé. L’entreprise de menuiserie de son les vieilles inimitiés empêchent les listes de fu-
Heureusement qu’il y a les municipales pour met- beau-père qui venait de lui échoir prenait l’eau. sionner.
tre de l’animation. André Pau, l’actuel maire a Il a fait réparer l’école vite fait bien fait par l’en- Un vieil Halennois s’amuse : « Il y a déjà eu des
trahi Patrick Genelle, son prédécesseur. Véro- treprise : « Pour les enfants. Nous avions quatre ou- bras cassés, lors de campagnes municipales. » Joëlle,
nique, son épouse, se présente face au félon. Pau, vriers sans travail. Ça a été fait en trois semaines », se une native d’Hallennes analyse avec perspica-
le placide directeur de maison de retraite, l’ami lamente Véronique Genelle. cité : « C’est vraiment clochemerle, ici. »

La Pression de mars 8 Samedi 15 mars 2008


Lens
FOCUS

REPÈRES Dossier réalisé par :


Delphine Lacroix,
∆ Habitants : 36 206 Julien Damien et
∆ Taux de chômage : 16,2 %
∆ Maire sortant : Guy Delcourt (PS) Mélanie Carnot.
∆ Nombre de listes : 5

Photo DR Photo : Julien Damien

Le Louvre 2
divise
les candidats
«
O
ne sommes pas anti-Louvre, mais il faut des ment ces quartiers, délaissés par la mairie. » seront sûrement pas Lensois, alors
projets d’accompagnement. » Et les cri- D’un côté, un musée qui n’intéresse même que ces offres d’emploi étaient
n a peur que les Len- tiques fusent. pas les habitants. De l’autre, un parc un argument de la région en faveur de
sois aient un musée et Déconnecté de leurs préoccupations hôtelier incapable d’accueillir le sur- la venue du musée dans le bassin mi-
n’en profitent pas. On quotidiennes, le Louvre 2 apparaît plus de visiteurs, du personnel non nier. Naceira Vincent renchérit : « Le
essaie de leur montrer que c’est une comme trop ambitieux. « C’est trop bien qualifié. parcours touristique passera par Béthune,
chance », revendique Grégory Galvaire. pour nous », c’est ce qu’a entendu Annie « C’est un projet qu’il faut préparer en Lille ou Arras. Des villes qui ont la possibi-
Plus facile à dire qu’à faire pour ce St Arnoult, la candidate Pôle de re- amont, constate Naceira Vincent. Or, lité d’héberger les visiteurs. Lens n’en profi-
chargé de communication à la com- naissance communiste en tera pas ». Pourtant, les touristes
munauté d’agglomérations Lens-Lié- France (PCRF)-écologiste, dorment, mangent, consom-
vin. En 2004, la ville de Lens a été
choisie pour l’implantation du Louvre
lors de sa campagne. Si
l’événement est sans aucun « LES GRANDS OUBLIÉS ment… de quoi donner confiance
à certains. Béatrice Permuy, tête
2, destiné à exposer les collections du
musée parisien qui dorment dans les
doute majeur dans le
monde culturel, les Lensois DU LOUVRE, CE SONT de liste UMP, est de ceux-là : « Les
Lensois s’adapteront, j’ai confiance en
LES LENSOIS »
sous-sols. Ouverture prévue : prin- semblent dans l’immédiat eux. La ville bénéficiera de l’aura du
temps 2010. Mais déjà, le projet sème dépassés et peu concernés. Louvre 2 ». Et pour ne pas mettre
la discorde du côté de la population et Pourtant, la ville se prépare la périphérie de la ville de côté,
des politiques. Jusqu’à devenir un doucement. Les rénova- « les parcs de stationnement pourront
thème de campagne. À la mairie, Guy tions en centre-ville ont débuté, mais aucune formation pour l’apprentissage de être aménagés là-bas ».
Delcourt, candidat socialiste à sa pro- les cités minières en périphérie restent l’anglais n’est mise en place. » Le projet est Lens s’est battu pour remporter l’appel
pre succession, accuse ses adversaires délaissées. Chez les Verts, Naceira Vin- acté, mais les créations d’emplois sont d’offres. Pourtant, la ville peine à se dy-
de ne pas soutenir le projet. Alors que cent est catégorique : « Les grands oubliés encore au point mort. Cent cinquante namiser. Un retard que le futur maire
deux rues plus loin, au siège du Parti du Louvre, ce sont les Lensois. » Jean-Mi- emplois directs sont prévus, mais prin- devra combler d’ici 2010, sous peine de
communiste (PCF), Jean-Michel chel Humez va plus loin : « Le parcours cipalement des spécialistes de l’art, des voir “l’effet Louvre” bien plus faible
Humez, tête de liste, se défend : « Nous touristique prévu dans la ville évitera forcé- conférenciers. Dans tous les cas, ils ne qu’escompté.

La Pression de mars 9 Samedi 15 mars 2008


FOCUS

Aucune alliance et cinq listes


au second tour, un record
dans le Nord-Pas de Calais.

H
Ensemble
dans la désunion

Photo : J.D.
istorique. À Lens, pour personne, car du côté des “petites listes”, per- « M. Humez voulait absolument la tête de liste, sans
la première fois depuis sonne ne s’entend pour tenter un front commun, discuter. Ce qui n’est pas logique, car nous avions fait
plus de cinquante ans, alors que tous affirment vouloir jouer un rôle tout le travail durant le mandat, justifie la conseil-

Photo : J.D.
un maire socialiste d’opposition. lère municipale. De plus, il ne cache pas l’éventua-
n’est pas réélu dès le Jean-Michel Humez (PCF-Lutte ouvrière), lité d’accepter un poste dans l’exécutif si M. Delcourt
premier tour des muni- Annie Saint-Arnoult (PRCF*-Groupe écolo- le lui proposait. Ce que nous refusons. » Au PCF, l’in-
cipales. Guy Delcourt, l’édile sortant, ne comp- giste lensois) et Naceira Vincent (Verts- téressé se dit ouvert à toute proposition d’al-
tait au soir du 9 mars “que” 47,22 % des liance, mais avoue avoir été refroidi par
« ON VA SE RETROUVER CHA-
suffrages. Soit 12 points de moins qu’en l’appétit d’Annie Saint-Arnoult, qui elle
2001. Une invitation à revenir voter le aussi « réclamait la tête de liste fusionnée ».
16 mars qui s’explique en partie par la dé-
mobilisation des électeurs lensois. L’absten- CUN AVEC UN OU DEUX ÉLUS De son côté, Naceira Vincent n’a rien es-
sayé, parce que « c’est à ceux qui ont réalisé le
tion plafonnait en effet à plus de 47 % di-
manche. Une situation inédite dans la ville
MAXIMUM. NOUS NE plus gros score de venir l’approcher ». Elle dé-
plore toutefois cette absence d’entente
artésienne, à laquelle vient s’ajouter un
autre record, régional celui-ci : le nombre de
FERONS PAS LE POIDS. » entre les candidats : « Avec une seule liste
nous aurions pu peser plus lourd durant les
listes présentes au second tour, avec pas conseils municipaux face à Delcourt. Là on va
moins de cinq candidats encore en lice. Et parmi MoDem) ne sont pas parvenus à trouver un ac- se retrouver chacun avec un ou deux représentants
eux trois listes… de gauche. Car si Guy Delcourt cord lors de l’entre-deux tours. Pire, seuls les maximum. Nous ne ferons pas le poids. » Une dés-
est assuré de l’emporter dimanche soir, il n’aura deux premiers auront essayé de discuter. Annie union à gauche qui pourrait bien faire les affaires
pas pour autant réussi à unifier son camp. Une Saint-Arnoult confiait qu’un rapprochement de Béatrice Permuy, la prétendante UMP.
désunion qui lui aura sans doute coûté le premier avec les communistes, tenté mardi soir, s’avérait
tour. Un morcellement qui ne profite d’ailleurs à finalement « impossible ». *Pole de renaissance communiste en France

Nom : Nom : Nom :


Delcourt Permuy Vincent
Prénom : Prénom : Prénom :
Guy Béatrice Naceira
Âge : 60 ans Âge : 54 ans Âge : 42 ans
Photo : DR

Photo : D.L.

Photo : D.L.

Parti : Parti : Parti :


PS UMP Verts-MoDem

■ S’appuyer davantage sur la cellule ■ Création d’une police municipale : ■ Sécurité routière d’abord. Aménage-
médiation de rue pour mieux lutter sécurisation à la sortie des écoles, ment de pistes cyclables sécurisées dans
Sécurité contre la délinquance. lutte contre les incivilités, bruits, sta- les grandes artères et le centre-ville. As-
tionnements gênants, dépôts sau- surer la sécurité des enfants à la sortie
vages. des écoles.

Démocratie
■ Bien que la loi ne l’oblige pas pour ■ Création d’un conseil municipal de ■ Droit pour les Lensois d’avoir un
les communes de moins de jeunes ainsi que d’un dispositif de pouvoir de décision et de proposition
participative
80 000 habitants, renforcer la poli- médiation, création d’un groupe d’as- pour l’avenir de leur ville, par le biais
tique des comités de quartiers. sistance jeunesse. Réunions des co- des comités de quartiers. Commission
mités de quartier. mixte avec les commerçants.

■ Avec le parking de 2 000 places à ■ Ne pas démolir le parking de la ■ Stationnement en épi dans les
800 mètres du centre-ville, il ne de- place de la République, ni les par- grandes artères du centre ville, un
Circulation vrait plus y avoir de problèmes, mais kings du centre. Étudier la possibilité partage de la ville entre automobiles,
nous voulons continuer nos efforts. de parkings “extérieurs” avec des na- vélos et piétons, contre le stationne-
vettes aux heures de bureau. ment payant.

La Pression de mars 10 Vendredi 14 mars 2008


Mal à droite
Quelle première
mesure doit
FOCUS

prendre votre
prochain maire ?

L’ UMP est-il en train de


faire son trou à Lens, fief
socialiste s’il en est ?
Prénom : Myriam
Âge : 55 ans

Photo : D.L.
C’est en tout cas ce que donne à pen- Profession :
Coiffeuse
ser, à la première lecture, le résultat
obtenu par Béatrice Permuy, la candi-

Photo : J.D.
date de droite, au soir du premier tour « J’aimerais qu’il
des élections municipales. En attei- fasse quelque chose
gnant 18,41 % des suffrages, la tête de pour le stationne-
liste de Lens c’est vous a en effet qua- ment des voitures. Je
trouve qu’il y a un réel problème à ce ni-
siment doublé le score qu’elle avait veau-là à Lens. Je suis commerçante, et
réalisé en 2001*. Et se place désor- mes clients doivent faire trois fois le tour
mais comme la seconde force du pay- du centre-ville pour trouver à se garer.
sage politique local. Loin, il est vrai, Même moi j’ai du mal. Je me suis encore
derrière Guy Delcourt, le maire sor- pris trois P.V. rien que cette semaine ! »
tant, à plus de 47 %, mais 6 points de-
vant son premier poursuivant.
« Le travail que nous avons réalisé depuis
sept ans maintenant a porté ses fruits, et
aujourd’hui nous nous implantons tout
doucement à Lens », se réjouit la
conseillère municipale d’opposition.
« On ne peut que se féliciter du score réalisé Prénom : Marie-
par Béatrice Permuy », affirme de son Annick
côté Philippe Rapenau, le secrétaire Âge : 47 ans
départemental de l’UMP dans le Pas- Profession :
Sans emploi
de-Calais, ajoutant que ce résultat
s’inscrit dans « une dynamique pas si

Photo : J.D.
« J’aimerais bien que
mauvaise que ça sur le département, le maire fasse
lorsque l’on considère les victoires à Arras, quelque chose pour
Saint-Pol-sur-Ternoise ou encore Calais ». Béatrice Permuy, UMP, a obtenu 18,41 % des voix au premier tour. les plus démunis. Ici
Alors oui, l’UMP a réalisé un score la précarité est très élevée, plus qu’ail-
leurs. Bien sûr il va y avoir le Louvre,
historique dans la capitale artésienne, mais c’est sans 1 335 il y a sept ans). Une progression donc, mais pas c’est une bonne chose, mais ça ne sera
compter sur l’absence des deux listes de l’extrême- si spectaculaire que l’on veut bien le croire, ou le faire pas pour nous. »
droite, qui avait rassemblé à elles deux 13 % des croire… « Il est vrai qu’il faudra attendre le deuxième tour
votes en 2001. « Les votes extrémistes ne se sont pas re- pour confirmer une réelle percée de l’UMP à Lens », tem-
portés sur notre liste, et c’est tant mieux ! » se défend Béa- père tout de même Philippe Rapeneau. Finalement,
trice Permuy. Soit. la vraie question à Lens est de savoir s’il y a bien une
Mais surtout, comment ne pas mettre ce chiffre en re- place pour l’opposition, car comme le constate Na-
Photo: G.A.

lief avec le taux d’abstention (47 %) enregistré à ceira Vincent, la candidate des Verts alliés au
Lens ? En y regardant de plus près, on constate qu’en- MoDem : « Ici, on vote socialiste, ou on ne vote pas. »
tre l’élection de 2001 et celle de 2008, si la droite a
bien doublé son score, elle n’a en revanche gagné * Béatrice Permuy avait obtenu 9,81 % des suffrages lors des mu-
que… 916 électeurs (2 251 dimanche dernier contre nicipales 2001, au sein d’une liste d’union RPR, UDF et DL. Prénom : Alain
Âge : 27 ans
Profession :
Valet de chambre

Nom : Nom :
Photo : J.D.

Saint-Arnoult Hume « J’attends du maire


Prénom : Prénom : MUNICIPALES qu’il fasse quelque
Annie Jean-Michel 2008 : 1er tour chose pour le loge-
Âge : NC Âge : 54 ans ment. Qu’il les ré-
Photo : D.L.

Photo : J.D.

Parti : Parti : nove ou en construise d’autres. J’habite


DVG PCF dans une ancienne cité minière, et ma
maison est complètement insalubre. Je
dois être relogé mais je ne sais pas où je
vais aller. J’aimerais habiter dans un en-
■ Le commissariat de quartier doit ■ Revendiquer des moyens pour la
Liste Delcourt (PS) : 47,22 %
Liste Permuy (UMP) : 18,41 %
droit plus digne. »
rester ouvert en permanence. Créer police nationale. Mise en place d’un
Liste Saint-Arnoult (DVG) : 12,70 %

des postes de médiateurs de rues et office de la tranquillité. Création du


Liste Humez (PCF) : 11,15 %
Liste Vincent (Verts-MoDem) : 10,52 %

rouvrir les CAJ (Commissions contrat de réussite solidaire pour les Pour la première fois
armée-jeunesse). jeunes. depuis cinquante ans, la
gauche n’est pas passée
dès le premier tour.

MUNICIPALES
■ Mise en place de budgets partici- ■ Démocratie délibérative. Élection 2001 : 1er tour Prénom : Pascal
patifs. Redonner le pouvoir aux ci- au suffrage universel pour les com- Âge : 48 ans
Profession :
toyens doit être l’instrument d’une munautés d’agglomération, budgets Agent SNCF
politique publique en faveur des participatifs, référendums locaux et
couches populaires. d’initiative populaire. « La sécurité est ce
Photo : D.L.

qui me préoccupe le
plus. Plus de pa-
trouilles policières,
Liste Delcourt (PS) : 59,35 %

surtout très tôt le


Liste Mismacque (PCF) : 10,82 %

matin et tard le soir. Je le vois le matin


Liste Barbet (MNR) : 10,46 %

■ Relier les quartiers entre eux et au ■ Développer la mise en réseau des quand je me rends au travail. Je travaille
Liste Permuy (RPR-UDF) : 9,88 %

centre : transports en commun gra- modes de transport. être attentifs aux


Liste Saint-Arnoult (DVG) : 7 %

à Lille. Il y a aussi des choses à faire pour


tuits et performants, des parkings horaires des usagers. Accélérer les l’animation culturelle, insuffisante dans la
Liste Fontaine (DVD) : 2,49 %

En 2001, la liste PS ville. Nous manquons également de


gratuits aux entrées de ville et des travaux engagés pour un accès plus n’a même pas eu besoin commerces. »
pistes cyclables sécurisées. facile au centre-ville. du Parti communiste
pour emporter la mairie.

La Pression de mars 11 Vendredi 14 mars 2008


Les cités
FOCUS

Un melting-pot

font
politique
Naceira Vincent s’est beaucoup cher-

grise mine
chée. En 2001, elle s’alliait au Parti com-
muniste sous l’étiquette “Écolo alterna-
tif”. En 2004, elle décide de s’engager
politiquement et rejoint les Verts. Au-
jourd’hui à la tête de la liste “Atout Len-
sois”, elle allie Verts et MoDem… et doit
faire face aux critiques : « On me dit que
ma liste n’est pas de gauche, mais c’est un
trop mauvais argument, explique-t-elle,
l’important est de créer un regroupement
politique local. »

Un tramway
nommé désir
Un tramway entre Lens et Hénin-Beau-
mont pour remplacer la ligne “buLLe de
Tadao” ? Il pourrait faire escale au Lou-
vre-Lens, au stade Félix Bollaert et re-
joindre le centre commercial de
Noyelles-Godault. Le projet est en cours,
même si la date de fin reste hypothé-
tique. En 2015, les Lensois pourront peut-
être emprunter ce nouveau moyen de
Les habitants transport, très en vogue dans la région.
En effet, un tramway devrait rejoindre
Béthune et Bruay-La-Buissière à l’avenir.
des cités minières

Le terril écolo
parlent peu,

T
mais ils votent.
L’ancien site minier “11/19” fait l’objet

Photo : Julien Damien


Pas de plaintes,
d’une réhabilitation des anciens bâti-
ments dans le respect des normes Haute
juste l’espoir de voir
leur cadre de vie qualité environnementale. Avec l’im-
plantation prévue pour le mois de juin
d’éco-entreprises et un projet sur le dé-
Les cités des fosses 9 et 9bis ont été
s’améliorer.
veloppement durable, la communauté
détruites pour faire place au Louvre 2.
d’agglomération Lens-Liévin colore le
La cité 11 n’est peut-être pas le plus beau quartier de Lens, terril en vert. Au programme pour les
mais ses habitants y sont attachés. Ils ne sont pas du genre touristes ou les curieux : visites guidées
et explications de l’écologie.
outes alignées strictement les unes à côté des au- à se lamenter sur leur sort mais « un peu plus de vie dans le
tres, les maisons des cités minières ne ressem- quartier ne serait pas de trop », ajoute Isabelle. Les anciens
blent en rien au Louvre. Des briques rouges, des sont la mémoire d’une époque où ces maisonnettes re- Conseil déserté
barrières cassées, des écharpes “Sang et or” à l’intérieur couvraient une majeure partie du territoire. « Avant, c’était Les vacheries et pics lancés à l’adver-
des maisons, on est loin des fastes du plus grand musée beau », explique Jeannine. Et maintenant ? « Les commerces saire animent toujours le quotidien des
du monde. Tous fiers de leur ville et de leurs racines his- ont disparu. » candidats. Pour le second tour, les cinq
toriques, les habitants de la cité 11 attendent pourtant un Les projets de rénovation s’amoncèlent mais n’aboutissent rivaux continuent de semer la zizanie
dans la campagne. Béatrice Permuy ac-
geste de la part de la mairie. Jeannine, 68 ans, connaît bien pas. Du coup, les cités minières deviennent une polémique cuse Annie Saint-Arnoult de ne pas sié-
les lieux. Elle y habite depuis plus de 20 ans. « Les rues de- de campagne. Les candidats de l’opposition rendent Guy ger au conseil municipal depuis trois
vraient être plus propres. Je ne me sens pas particulièrement dé- Delcourt responsable des retards annoncés. Jean-Michel ans. Cette dernière répond à sa concur-
laissée, mais c’est vrai que les projets tardent à être réalisés » re- Humez, le candidat communiste, dénonce le laxisme de la rente : « Mes propositions sont toujours
refusées. Ça décourage. »
grette-t-elle. La majorité d’entre eux déplore les mairie en place. « On a l’impression que les élus socialistes lais-
dégradations et le manque de sécurité. Jeannine renché- sent faire, alors qu’ils devraient se battre pour que la rénovation
rit : « J’ai été cambriolée l’année dernière. » Théodore, 36 ans, s’accélère. » Béatrice Permuy, la figure locale de la droite Grosse tête
vit à quelques mètres de chez la vieille dame. « Le soir, les lensoise, va même jusqu’à accuser la gauche entière Guy Delcourt n’en finit pas de subir les
rues deviennent incertaines. Les jeunes ne se gênent pas pour for- d’avoir délaissé les anciens mineurs. « Jamais je n’ai vu les critiques de ses adversaires. « Il est hau-
cer les garages et voler à l’intérieur », déplore-t-il. socialistes aider ces gens-là. » tain », lance Jean-Michel Humez. « Les
Pour d’autres, c’est plus que calme. Labir, 34 ans, s’est ins- Quoi qu’il en soit, la Communaupole (Communauté d’ag- décisions du conseil municipal relèvent
du monologue, regrette la tête de liste
tallé il y a deux ans. « J’ai déjà entendu parler de cambriolages glomération de Lens-Liévin) se charge d’accompagner les Naceira Vincent, c’est un personnage ».
mais pour moi tout va bien. » De son côté, Isabelle est satis- propriétaires désirant bénéficier du programme d’État Annie Saint-Arnoult, pour sa part, l’ac-
faite. De nouvelles fenêtres ont été installées. « Je n’ai pas “Aide à la pierre”. Une manière de conserver les maisons cuse d’être « déconnecté du terrain ».
de souci particulier avec mon logement, mais c’est plutôt l’insé- tout en les mettant aux normes. Certaines sont détruites et
curité routière qui me préoccupe. Les voitures déboulent à toute vi- remplacées par de nouvelles habitations. Désormais, les Échec du Stopbus
tesse. Il n’y a pas de ralentisseurs, alors que le centre-ville n’en pierres des cités minières détruites se vendent cher. Au-
manque pas », explique cette mère de famille. ront-elles un jour leur place au Louvre de Lens ?

L
Le bassin minier labellisé
d’un office de tourisme, le recru- puis des années à se valoriser.
photo : JD

tement d’un chargé du patrimoine Pourtant la Call comprend la ville


e Louvre attirera des mil- et l’instauration de conférences de Vimy, où le cimetière de la Pre-
liers de visiteurs français thématiques. « Notre objectif est de mière Guerre mondiale constitue Le réseau de bus devant relier les par-
et étrangers. Mais l’his- développer le tourisme de mémoire. Il un succès touristique, mais c’est kings à la périphérie de Lens jusqu’au
toire des anciennes mines de char- faudra amener des touristes au Louvre « davantage Arras qui bénéficie de centre-ville ne fait pas l’unanimité dans
la course à la mairie. Les adversaires de
bon aura aussi sa place dans le cir- et leur proposer une formule théma- cette image de marque », regrette Guy Delcourt sont d’accord pour dire
cuit touristique. Depuis le mois de tique d’une semaine avec des visites de Grégory Calvaire. que les horaires sont inadaptés (entre
janvier, le pays de Lens et Liévin a sites liés à l’activité minière », assure Le Louvre 2 a sans conteste joué 9 h et 17 h). Mais chacun y va de sa petite
reçu le label “Ville et pays d’art et Grégory Calvaire, chargé de com- dans l’obtention du label national. idée. Un échec pour le maire sortant qui
d’histoire” par le ministère de la munication à la Call (Commu- Depuis 2004, Lens revoit son devra revoir le plan de circulation.

Un camping à Lens
Culture et de la communication. nauté d’agglomération Lens-Lié- image et tente de mettre en avant
Une distinction qui vise à pro- vin). La sensibilisation du jeune le tourisme minier. Sur les
mouvoir le patrimoine et l’archi- public à l’architecture et au patri- 127 millions d’euros d’investisse- Annie Saint-Arnoult prend son expé-
tecture. Quelques 95 villes et moine constitue un enjeu impor- ment pour la délocalisation du rience de touriste en exemple et va
36 pays ont déjà reçu le label na- tant de la mise en oeuvre de la musée à Lens, la communaupole jusqu’à en faire une proposition. Elle se
souvient de la tente qu’elle a planté en
tional. La communauté d’agglo- convention. Pour l’heure, un par- participe à hauteur de 10 %. Elle Hollande lors de sa visite des musées.
mération attend donc la signature cours thématique a été initié. pouvait donc bien consacrer une Un camping pour accueillir les touristes
de la convention avec l’État (liée Un nouveau souffle donc pour le part de son budget à la promotion serait pour elle « une bonne idée ».
au label), qui prévoit la création bassin minier lensois qui peine de- du patrimoine local.

La Pression de mars 12 Samedi 15 mars 2008


Acte de présence
féminine
L’ E N Q U Ê T E

Photo : Imanol Corcostegui


S
À Tourcoing, les femmes sont 33 % à siéger
au Conseil municipal.

PARITÉ. Pour la première fois, les listes candidates


Par Imanol Corcostegui
dans les villes de plus de 3 500 habitants doivent présenter
autant de femmes que d’hommes. Mais celles-ci
se présentent rarement au poste de première magistrate.
ouvent, ce chiffre est agité comme un épou- rain, certaines expliquent la méthode. « En fait, on me l'a
vantail censé effrayer les corbeaux du fémi- demandé. C'était pour rendre service car ils n'avaient pas assez Au bonheur
nisme et faire taire les chiennes de garde. de femmes. Au départ, je voulais juste un peu aider pendant la des dames
33 %. Soit la part de femmes présentes dans campagne mais comme ils en avaient besoin, j'ai accepté », ra-
les conseils municipaux. Un résultat bien conte Elisabeth Prevost, n°52 sur la liste de Christian d’Houplin-Ancoisne
supérieur aux 17 % d'élues qui peuplent les Vanneste (UMP, Tourcoing). C’est le genre de village dont
rangs de l’Assemblée nationale. À cela La loi de 2007, qui ne contraint que 7 % des communes on ne parle que pour une
histoire insolite. Un fait divers
s'ajoute la figure de Martine Aubry qui (les villes de plus de 3 500 habitants), ne serait donc tragique, un record absurde.
étend son ombre sur la région, laissant croire à certains qu'un caillou dans la chaussure de nos têtes de listes Ou une anecdote amusante.
qu'une carrière politique d'envergure nationale est à la mâles ? « Non, répond Mariette Sineau, chercheuse au Houplin-Ancoisne, une petite
portée de toutes. Et pourtant, les chiffres parlent d'eux- Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences bourgade encerclée par les
même : 11 % des maires sont des femmes, et 85 % des Po) et spécialiste de la question. Cette loi a une conséquence villes du Nord. Avec ses
3 600 habitants, la commune a
têtes de listes candidates lors de ces élections munici- sociologique : les conseils municipaux rajeunissent. Contraire- tout juste la population néces-
pales sont conduites ment aux hommes qui saire pour être soumise à la loi

« L’ENTRÉE DES FEMMES


par des hommes. Le s'engagent en politique à de 2007 sur la parité. Ce qui ne
Nord-Pas de Calais au- leur retraite, beaucoup de constitue vraiment pas un pro-

EN POLITIQUE EST TARDIVE »


blème pour la liste divers droite
rait d'ailleurs tort de ces nouvelles venues sont de Jacques Bocquillon.
s'enorgueillir de sa si- de jeunes femmes sans pro- « Lorsqu’on est allé déposer la
tuation puisqu'il pointe fession. » Elle ajoute : liste à la préfecture, on ne
à l'avant-dernière place « Et puis, la loi permet connaissait pas la loi et il se
du classement régional en nombre de femmes maires aux femmes d'investir massivement les assemblées locales. De trouve qu’il y avait beaucoup plus
de femmes que d’hommes. On a
(8,5 %). « Les zones industrielles sont souvent les mauvais faire leur trou, de se faire connaître. C'est le seul moyen d'avan- dû en remplacer certaines », ex-
élèves de la parité car plus qu'ailleurs, l'entrée des femmes en cer en politique. » plique sa colistière Sylvie Dra-
politique y est tardive », explique Michèle Mathé, prési- Se faire connaître, quitte à partir au casse-pipe pour ses pri.
dente de l'Observatoire régional de la parité. premières batailles électorales. À l'image d'Anne Cour- Aujourd’hui, 14 femmes et
13 hommes y figurent. Consé-
Alors, en 2007 est apparue la loi sur la stricte alternance. tillé à Clermont-Ferrand, ville traditionnellement de quence de ce nombre impair :
Elle devait renverser la tendance, mettre un terme à la gauche où Brice Hortefeux a refusé de se présenter. Ré- même s’il conduit la liste,
guerre des sexes, bousculer les mentalités. En fait, elle a sultat : à peine 20 % des voix. « C'est un grand classique, Jacques Bocquillon est inscrit
surtout représenté un véritable casse-tête pour les can- une double discrimination en quelque sorte. Les villes faciles à à la deuxième place
didats, obligés d'aller convaincre leurs concitoyennes de gagner sont les plus recherchées et donc trustées par les de la liste à la préfecture.
Maggy Salemi, une autre de ses
faire office de colistières. Un exercice compliqué ? « Pas hommes. » colistières, a une explication à
du tout ! », répondent les partis politiques de la région. La situation aurait de quoi être inquiétante. Pas pour son succès politique auprès des
Michèle Mesans, n°18 sur la liste de Jacques Richir Caroline Vannier, tête de liste UMP à Hellemmes (et femmes : « Beaucoup de femmes
(MoDem, Lille) l'assure : « Non, nous n'avons eu aucun battue au premier tour) : « Bientôt on ne parlera plus de pa- de la liste sont des mères de
famille. Et l’école, c’est le sujet
problème. Des femmes sont venues nous contacter partout, sur- rité. C'est comme avec la ceinture de sécurité : au début, les majeur de la campagne de
tout dans les petites villes. » Une assurance de façade qui Français râlaient et maintenant, c'est rentré dans les moeurs. » Jacques. » Avec un score de
contraste avec le résultat du sondage réalisé par Ipsos Un optimisme béat que les résultats du second tour ne 29 % au premier tour, la liste
auprès de 405 maires réalisé en janvier 2007 : 29 % d'en- renforceront pas. Le soir de sa probable élection, Mar- devrait pouvoir placer quelques-
tre eux reconnaissent la difficulté de trouver suffisam- tine Aubry n'aura pas beaucoup d'homologues fémi- uns (et quelques-unes) de ses
membres au conseil municipal.
ment de femmes pour figurer sur leurs listes. Sur le ter- nines à féliciter.

La Pression de mars 13 Samedi 15 mars 2008


POINTS DE VUE

Pas vu, pas entendu, pas dit

L
LILLE. Après la loi anti-tabac, parler politique dans les bars Photo : J.R.
devient un risque, selon les cafetiers.

Par Jonathan faire fuir le client. « Déjà que nous qui influent sur leurs manières de
avons perdu de la fréquentation avec travailler. « Comme la décision de ré-
Roux la loi anti-tabac, ce serait idiot d’en duire la durée de la Braderie année
perdre davantage », ajoute Gérald. après année, tempête Gérald, avant,
Parlons-en de la cigarette. « Même c’était sur trois jours et pas deux

’orientation
si cette loi est une décision d’ordre gé- comme maintenant. C’est un manque
politique néral, la gestion se à gagner énorme pour
des cafetiers lillois est
un mystère. À deux
fait essentiellement
au niveau munici- « IL SERAIT tous les cafetiers du centre
ville. » D’autre part, dé-
jours du second tour des élections pal, assure David, IDIOT DE ménager le lancement
municipales, ils préfèrent conti- gérant du Legend du Ch’ti de la
nuer de se tenir à l’écart des dé- près de la PERDRE Grand’place n’a pas
bats pour éviter les barrières avec
la clientèle. « Dans la profession, la
Grand’place, je
parle ici de la loca- ENCORE vraiment été une
bonne idée selon les
loi des trois singes (pas vu, pas en- tion des terrasses que DES débiteurs de boisson :
tendu, pas dit) est très présente, ex- nous devons chaque « Tout ça pour justifier la
plique Gérald, responsable de année à la ville et CLIENTS » rénovation de la place de
salle du Rihour, même si nos éta- que Martine Aubry la République alors qu’il
blissements sont très propices aux dis- a augmenté a l’occasion de son man- n’y a presque aucun café autour ! »
cussions politiques, et en l’occurrence dat. Nous aimerions vraiment déve- Pas plus en faveur d’un candi-
aux élections municipales en ce mo- lopper ces espaces, mais c’est trop dif- dat qu’un autre, les cafetiers
ment, nous préférons ne pas intervenir ficile car on nous rappelle à l’ordre pensent essentiellement à leur
dans le débat et préserver ainsi une pour la moindre chaise qui dépasse. quotidien. « On souhaite seule-
certaine neutralité. Nous voulons ac- C’est vraiment handicapant. » ment travailler tranquillement,
cueillir tout le monde, tout le temps. » Bien que peu sensibles aux discus- conclut le gérant du Legend, car
En clair, cette absence d’engage- sions politiques, les cafetiers sont depuis quelque temps, c’est beau-
ment pour tel ou tel candidat est en revanche assez attentifs aux dé- coup de contraintes pour peu
Discuter politique autour
uniquement un moyen de ne pas cisions concrètes. À savoir, celles d’avantages. »
d’une petite mousse,

Combats
une époque révolue ?

permanents
E
lle est arrivée à Villeneuve-d’Ascq lioration des conditions de vie des per-
au début des années 1980. Laha- sonnes à mobilité réduite. « Quand je
nissa Madi n’a pas choisi cette m’investis, c’est pour aller au bout des
destination par hasard. « À l’époque, la choses », affirme la quadragénaire. Per-
ville faisait partie des deux communes de fectionniste, exigeante « avec moi-même
France où les personnes handicapées pou- mais autant avec les autres », Lahanissa
vaient faire des études et se loger », se sou- Madi vit cette expérience « comme un en-
vient-elle. Tétraplégique, elle ne peut se richissement personnel. Ce n’est pas la muni-
déplacer qu’à l’aide d’un fauteuil rou- cipalité qui a fait de moi ce que je suis au-
lant. « C’est un combat de tous les jours », jourd’hui ».
Lahanissa Madi
souligne l’élue. « Elle a un caractère très fort et gère ses dos-
est prête pour
Lahanissa Madi a toujours été une siers merveilleusement bien », avoue Mar-
femme épanouie, coquette, souriante. jolaine Pierrat-Ferraille, collaboratrice
un second mandat.
Maman d’une jeune adolescente de du cabinet de Jean-Michel Stievenard.
Elle vit cela comme
15 ans, elle ne se considère pas comme Ses missions, « m’occuper de toutes les per-
« un enrichissement
une personne handicapée. « On est handi- sonnes souffrant d’un handicap qu’il soit au-
personnel ».
capé quand l’ascenseur est en panne ou ditif, visuel, moteur… » Elle a fait de l’ac-
lorsqu’il n’y a pas de rampe à l’escalier. Le cessibilité aux bâtiments publics son
Photo : Guillaume Carré

problème, c’est l’aménagement de l’environ- cheval de bataille. « Il faut être autonome


nement ». Lorsqu’en 2001, le Mouvement quelle que soit la situation de la personne. »
des citoyens (MDC) la présente à Jean- Quand elle suit un dossier, c’est toujours
Michel Stievenard, ce dernier est conquis en concertation avec l’élu concerné. Des
par sa force de caractère. « On est venue me travaux sont entrepris, Lahanissa de-
Par Guillaume Carré chercher, indique-t-elle. Le maire voulait une mande si la question des personnes han-
femme qui soit une personne handicapée et du dicapées a été évoquée. « Ce n’est pas for-
quartier de l’hôtel de ville. » Elle rejoindra cément un réflexe pour les valides. » Certes.
le parti politique l’année suivante. « Je Fidèle dans ses convictions, elle se ver-
VILLENEUVE-D’ASCQ. Lahanissa Madi a
rejoint l’équipe de Jean-Michel Stievenard n’ai pas renouvelé ma carte. On peut très bien rait bien débuter un second mandat,
défendre les intérêts des personnes handicapées lundi, au lendemain du second tour des
sans être encartée », admet-elle. municipales. « Rien n’est joué. » Et pour-
en 2001. Tétraplégique, elle entend prendre
en charge l’amélioration des conditions Clerc de notaire à mi-temps, elle devient quoi pas viser une place au sein de la
de vie des personnes à mobilité réduite. conseillère municipale déléguée à l’amé- Communauté urbaine de Lille.

La Pression de mars 14 Samedi 15 mars 2008


Un porteur de flambeau
PORTRAIT

bien discret

C’
TOURCOING. Élu avec 53 % des voix dès le premier tour,
Par Imanol Corcostegui
le socialiste Michel-François Delannoy est le nouveau maire
de Tourcoing. Un sacré coup de projecteur pour un homme
qui n’aime pas parler de lui.

est le propre de “l’anticommuni-


quant”. Balader les journalistes
d’attaché de presse en responsable
com’, annuler les rendez-vous au
dernier moment. Et tant pis pour
les curieux qui souhaiteraient sa-
voir comment l’on vit la mort de
son père lorsque l’on a sept ans ou
qui se délecteraient du récit des
premiers pas d’un militant socialiste dans le Larzac.
Être “anticommuniquant”, un mal pour les médias
mais un choix qui n’a jamais empêché de s’imposer
comme un homme politique de valeur. Cela permet
même de conserver intacte son image de grand bon-
homme souriant et courtois au front dégarni, si dis-
cret sur lui-même mais intarissable sur sa ville. En
ne s’exposant pas aux projecteurs, on ne risque pas
de commettre d’impair. Une position qui satisfait
pleinement cet éternel second, premier adjoint de
Jean-Pierre Balduyck et vice-président du conseil gé-
néral du Nord depuis 2001. Sauf que depuis di-
manche, qu’il le veuille ou non, Michel-François De-
lannoy attire la lumière. Son élection à la mairie de
la troisième ville de la région récompense une stra-
tégie politique guère originale mais efficace. La
continuité du projet mise en place par l’équipe sor-
tante et donc en partie par lui-même. Le nouvel édile
de Tourcoing avoue qu’il aurait été « insupportable »
de voir quelqu’un d’autre que lui inaugurer le centre
nautique ou le futur complexe commercial.
De toute façon, avait-il vraiment le choix de sa tac-
tique politique ? Ancien assistant parlementaire de
Balduyck, Delannoy lui doit beaucoup. Presque tout.
Son entrée en politique en 1988 qui le fait arrêter sa
thèse de sociologie, sa connaissance du milieu et de
la manière d’exercer le pouvoir. Presque tout, sauf
ses valeurs que sa famille, des militants chrétiens de
gauche, s’est char-
gée de lui incul-
BALDUYCK DIT DE quer. Celles d’une
gauche qu’il qua-
LUI QU’IL A « LE VIRUS lifie d’« exigeante,
ET LE CHARISME
curieuse et ouverte ».
Celles qui l’ont
DES POLITIQUES ». fait pencher pour
Ségolène Royal
l’an dernier au
Photo : Karine Lambin

moment du choix
du candidat PS à la présidentielle. Balduyck, lui,
avait choisi DSK. La différence de point de vue n’a
pas créé de tension entre les deux hommes, ni de
Delannoy a été pendant
conséquence à l’échelle tourquennoise. De toute
sept ans l’adjoint de Balduyck.
façon, sur sa position au sein du parti, Delannoy a
Michel-François
déjà répondu : « Je suis à Tourcoing d’abord ! Car la re-
connaissance viendra par les élus locaux. Des personnes et améliorée. « Un saut générationnel qualitatif », souf-
comme Martine Aubry ou Bertrand Delanoë nous sont très fle le Vert Bernard Despierre qui n’a accepté de faire Delannoy en dates
utiles : ils ramènent les sujets aux valeurs. » liste commune avec le PS que parce que Delannoy a
Balduyck dit de lui qu’il a « le virus et le charisme des fait de l’écologie une priorité de campagne. « Il n’a 1963 : Il naît à Tourcoing (Nord).
1988 : Il rencontre le député Balduyck,
politiques ». Hubert Ledoux, auteur d’un ouvrage sur que 44 ans et il est particulièrement ouvert aux problèmes ami de son père, qui lui propose un
le désormais ancien maire de Tourcoing, explique : modernes. La lutte contre la pollution est une valeur im- poste d’attaché parlementaire.
« Tous deux viennent des mêmes bases : même origine ru- portante pour lui, ce qui était nettement moins le cas pour 1998 : Il est élu conseiller général du
rale, même culture politique. Ils ont en commun leur dis- Balduyck. » canton de Tourcoing Nord-Est.
2001 : Il devient premier adjoint de
crétion et un vrai respect des gens. Si Delannoy n’avait pas À son âge, Delannoy a tout son temps pour mettre Balduyck, alors maire de Tourcoing. Il
été compétent, Balduyck aurait fait un mandat supplé- en place un projet sur le long terme. De là à lui pré- est également nommé vice-président
mentaire. Là, le flambeau est transmis. » dire une longévité à la Balduyck et ses 19 années de du conseil général du Nord.
Balduyck et Delannoy, le modèle et la copie. Enfin, mandat... En tout cas, si Delannoy a cette ambition- 2008 : Il est élu dès le premier tour
en plus moderne. Delannoy est à Balduyck ce que là, il ne faudra pas compter sur lui pour qu’il l’an- maire de Tourcoing avec 53,58 % des
voix. Sa liste comprend des membres
l’Iphone® est au téléphone. Une version rafraîchie nonce aux médias. du PS, du PCF et des Verts.

La Pression de mars 15 Samedi 15 mars 2008


Sarko
ET AILLEURS

tente
La requête de Chantal
Sébire est « irrecevable »

le relooking
EUTHANASIE. Le procureur de la République
de Dijon a requis, vendredi, « l’irrecevabilité
de la requête » de Chantal Sébire, qui deman-
dait à la justice le droit d’être euthanasiée.
Etienne Daures, procureur général à le cour
d’appel de Dijon a expliqué « qu’en l’état ac-
tuel de la loi » la demande de Madame Sébire
ne pouvait être accordée. La loi sur la fin de
vie datant de 2005 ne permet pas aux méde-
cins de pratiquer l’euthanasie active, mais
tend à instaurer un « droit au laisser mourir ».
Chantal Sébire est atteinte d’une tumeur évo-
lutive et mortelle des sinus et de la cavité na-
sale qui déforme son visage. Le conseiller
santé du chef de l’Etat lui a proposé un nouvel
avis sur son cas par « un collège de profession-
T R A N S F O R M A T I O N . Après avoir nels de la santé du plus haut niveau ». De son
côté Christine Boutin, la ministre de la Ville et
du Logement s’est exprimé sur cette affaire
longtemps songé à tout bouleverser
après les municipales, Nicolas Sarkozy sur l’antenne de RMC : « Mais pourquoi ne
peut-elle plus vivre ? Parce qu'elle dit qu'elle
temporise et annonce que rien n’est souffre mais il y a les médicaments qui peuvent
empêcher cette souffrance, parce qu'elle est
difforme mais la dignité d'une personne va au-
encore décidé. Un revirement qui
pourrait annoncer un changement de delà de l'esthétique de cette personne. »

L
Photo : D.R

Airbus jugé
style à la présidence.

non responsable
Par Gaël Cogné ( avec agences)
Le Président suit la ligne prônée par François Fillon.

diplomatique de Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, secré-


taire général de l’Elysée, s’occuperaient de « tout le reste », le
Nicolas Sarkozy commencerait-il à écouter Fran- premier s’attelant plus particulièrement aux questions in-
çois Fillon ? Alors que le président de la Répu- ternationales.
blique souhaitait, au lendemain du premier tour, Des petits ajustements qui devraient satisfaire le Premier
« tenir compte » du résultat des élections municipales et de ce ministre. Il rappelait hier que « La France est le seul pays en
que « le peuple aura exprimé », il a affirmé hier qu’ « au niveau Europe qui change plusieurs fois de gouvernement entre deux élec-
du gouvernement, pour l’instant, rien n’[était] encore décidé ». tions législatives. Tous les grands pays modernes choisissent une
Une réaction aux déclarations du Premier ministre, jeudi équipe de gouvernement, choisissent un projet politique et le mettent
en fin d’après-midi, à Tarbes, moyennement enthousiaste à en oeuvre pendant 4 ou 5 ans ». MONT SAINTE-ODILE. Contrairement aux
l’idée que son gouvernement porte le chapeau. Selon un sondage Opinion Way pour le quotidien Métro réa- décisions en première instance, la cour d’ap-
François Fillon y prônait « une stabilité gouvernemen- lisé le 10 mars, la chute de popularité de Nicolas Sarkozy se pel de Colmar a réfuté la responsabilité civile
d’Airbus et confirmé vendredi la relaxe des
tale »… tout en assurant qu’il se pliait aux volontés du chef : stabiliserait à 41 %. Mais dans le même temps, celle de six personnes prévenues dans le procès du
« Ce n’est pas à moi de prendre cette décision, c’est le président de François Fillon continuerait de grimper, passant de 53 à crash du Mont Sainte-Odile. La cour a en outre
la République. » L’Elysée songe néanmoins à un ajustement 55 % par rapport à février. confirmé la responsabilité civile de la société
de l’équipe gouvernementale depuis plusieurs semaines. Et Nicolas Sarkozy voudrait-il changer d’image ? À défaut de Air France, successeur légal d'Air Inter, en tant
que transporteur. Dans l’accident qui a eu lieu
ça pourrait aller vite. Dès lundi, peut-être. Dans tous les cas changer de politique, il a fait disparaître ses énormes mon- en 1992, quatre-vingt-sept personnes avaient
« dans les jours qui suivront les élections ». Au programme : un tres. Finis aussi les Ray Ban et le jogging. Le Sarkozy nou- péri et neuf autres avaient survécu.
secrétariat à “l’Economie numérique”, un à “l’aménage- veau serait plus lisse, plus discret. Il va devoir écouter plus
ment du territoire”, un autre au “Grand Paris”. Selon Eu- et notamment ses ministres. Des ministres indéboulonna-
Photo : D.R.

rope1, un quatrième secrétariat, à l’Industrie, devrait être


créé.
bles, trop bien protégés par leurs bons résultats électoraux
deux tiers d’entre eux ont été réélus au premier tour - et
Non-lieu pour Jean-Louis
Nicolas Sarkozy pourrait aussi changer de porte-parole. Il l’approche de la présidence européenne, qui reviendra à la Courjault
réfléchirait à un poste de remplacement pour David Marti- France le 1er juillet. Nicolas Sarkozy n’est plus le seul maî- JUSTICE. La juge d’instruction, Marie-Domi-
non (peut-être consul à New York). Selon Le Parisien, le tre à bord, il faut qu’il change. Mais en est-il capable ? Selon nique Boulard-Paolini, a accordé mercredi
conseiller du président pour la communication et la presse, un proche du Président, « la question est maintenant de savoir dernier un non-lieu à Jean-Louis Courjault
Franck Louvrier, devrait voir ses prérogatives étendues en si Sarkozy aura la force de caractère pour persister dans sa méta- dans l’affaire des “ bébés congelés ”. Cette
s’occupant du « quotidien ». Jean-David Levitte, conseiller morphose. » décision inattendue a été reçu avec beaucoup
d’émotion et surtout un grand soulagement

Deux jeunes corréziens morts


par le mari de Véronique Courjault, qui est,
elle, mise en examen pour assassinats depuis
le 12 octobre 2006.Véronique Courjault avait
avoué trois infanticides : ceux de deux bébés
nés en septembre 2002 et décembre 2003
alors que le couple vivait à Séoul, et celui d'un
nouveau-né mis au monde clandestinement au
cours de l'été 1999 en France. Elle sera jugée

C
par la cour d’assises de Tours.
Par Gaël Cogné (avec AFP)
’est fini. Les recherches
n’ont plus lieu d’être au-
premier jeune, le procureur de
Tulle, Etienne Manteaux, évo-
renversement de l’embarcation.
Pourtant, les adolescents connais- Delanoë sans trop
tour de l’étang corrézien quait deux hypothèses : « Soit lui saient bien les dangers du lac. Ils de Verts
où Kevin et Vincent avaient dis- aussi s’est noyé sachant que, lui, sa- avaient l’habitude de venir pêcher
PARIS. Bertrand Delanoë, maire sortant de
paru depuis mercredi. Un premier vait nager, ou alors il est choqué et il la carpe dans ce bassin à 200 mè- Paris et quasiment assuré de sa réélection, a
corps est remonté à la surface, est dans les bois. » tres de chez eux. Mais cette fois- annoncé vendredi sur RTL que sa nouvelle
hier matin. L’autre a été décou- Un temps, les enquêteurs ont cru ci, ils n’avaient pas pris leur équi- équipe municipale serait « très renouvelée » et
vert au fond du lac quelques qu’ils retrouveraient en vie le se- pement. comprendrait « beaucoup de jeunes ». Il a éga-
heures après. C’est l’hélicoptère cond jeune. Mais l’eau à 6 degrés Devant ces nouveaux éléments, la lement prévenu que l’influence des Verts y se-
rait « moins grande ». Bertrand Delanoë tra-
qui tournait autour du plan d’eau a eu raison des deux adolescents piste de l’enlèvement ou celle de vaille depuis 2001 avec les écologistes, dont
qui l’a repéré, la vidange partielle âgés de 13 et 15 ans. Leurs vête- la fugue semblent écartées. Kévin Denis Baupin qu’il a choisi comme premier
du lac des Bariousses ayant per- ments « relativement amples » les et Vincent étaient décrits par leurs adjoint. Le sort du candidat des Verts, malheu-
mis de voir le fond. auraient empêchés de nager proches comme des jeunes sans reux au premier tour, n’est pas encore fixé.
Le canoë qu’ils avaient dérobé jusqu’à la rive et les auraient fait histoires et bien dans leur peau.
dans le jardin d’une voisine avait couler. Une centaine de pompiers, na-
été retrouvé plus tôt dans la mati- Pour les gendarmes « la thèse acci- geurs, gendarmes et une brigade
née. Il flottait près du barrage. dentelle est privilégiée ». Un lâché cynophile étaient mobilisés de-
Après avoir découvert le corps du d’eau pourrait être à l’origine du puis mercredi soir.

La Pression de mars 16 Samedi 15 mars 2008


Déchets cherchent incinérateur
ET AILLEURS

MARSEILLE. L’implantation
d’un incinérateur à Fos-sur-Mer,
afin de traiter les déchets
de l’agglomération phocéenne,

T
est un enjeu majeur de la campagne.
Malgré l’indifférence des Marseillais.

Par Sophie Bouillon (avec AFP)

puisque personne dans le département


ne veut enfouir les déchets ». L’inci-
outes les Bouches-du-Rhône sont pen- nérateur devrait voir le jour dans
dues aux lèvres des deux candidats à la la région d’Istres, entre Fos-sur-
mairie de Marseille. Et pour cause, des Mer et Miramas, à quelques kilo-
résultats très incertains de dimanche dépend mètres de la plus grande décharge
l’avenir du département. D’abord parce que le d’Europe qu’il est censé rempla-
projet d’incinérateur des déchets sur lequel se dé- cer, aux portes du village médié-
chirent Jean-Noël Guérini (PS) et Jean-Claude val des Baux-de-Provence.

Photo : DR
Gaudin (UMP) se situe à 60 km de la cité pho- Marseille, 80 000 habitants,
céenne. Et également parce que Jean-Noël Gué- croule sous les déchets. Chaque
Les habitants de Fos-sur-Mer s’inquiétent

rini est le président du riche Conseil général des année, 450 000 tonnes d’ordures
Bouches-du-Rhône, et qu’il compte sur les fonds sont déversées dans les campagnes alentour. Pas question pour Guérini de se les mettre à dos
du département pour financer son projet munici- « Depuis 1910, Marseille se débarrasse de sa merde à cause d’un incinérateur à déchets très impopu-
pal, « sans augmenter d’un dans tout le département », laire dans leur commune. Quitte à ce que les sacs
« MARSEILLE
centime les impôts locaux des confie une journaliste du plastiques continuent à s’envoler dans les bour-
Marseillais », a-t-il promis quotidien régional La Pro- rasques du mistral.
lors du débat qui l’opposait
au maire sortant sur Eu- SE DÉBARASSE vence. Cette situation ne Dans un sondage TNS-Sofres-Logica pour Le Fi-
gêne pas vraiment les élec- garo, publié vendredi, Jean-Claude Gaudin serait
rope 1 mercredi soir. Jean-
Claude Gaudin mise de son
DE SA MERDE » teurs marseillais. Le projet reconduit avec 51 % des voix. Mais le troisième
d’incinérateur, thème essen- secteur de la ville, s’il votait pour la liste com-
côté sur l’argent promis par tiel de la campagne des mu- mune MoDem-divers Gauche, pourrait faire
Nicolas Sarkozy, dans une lettre adressée à « mon nicipales, ne semble pas les affecter, ni même les tomber la mairie marseillaise. Les indécis aussi :
cher Jean-Claude ». concerner. Alors pourquoi est-il si important à trois jours du second tour, 14 % des électeurs
Le candidat socialiste, soutenu par les écolo- dans la campagne ? Parce que la Communauté de droite disent qu’ils « pourraient changer d’avis »,
gistes, veut abandonner ce projet d’incinérateur urbaine de Marseille est très endettée (3 milliards contre 9 % des électeurs de gauche. Comme di-
« parce qu’il est dangereux pour la santé ». Jean- d’euros) et qu’elle a cruellement besoin des fonds rait Jean-Claude Gaudin lui-même : « Les jeux ne
Claude Gaudin, lui, estime qu’il est « obligatoire du département, et donc du soutien des maires. sont pas faits. C’est serré. »

La campagne
n’est pas toute rose
TOULOUSE. Une lutte féroce met
Par Alexandra
aux prises le sortant Jean-Luc Moudenc

À
Nawawi (avec AFP)
et son challenger Pierre Cohen.

mesure que le second tour approche, bliée le 12 mars dans Paris Match, qui don-
les langues se délient à Toulouse. Pas nait Pierre Cohen gagnant avec une avance
un jour sans petites phrases assassines confortable (53 % contre 47 % pour le maire
entre Pierre Cohen, le candidat PS, et Jean- sortant), le candidat socialiste n’est plus cré-
Luc Moudenc, maire sortant UMP. Mercredi dité que de 50 % des voix par un sondage
dernier, lors d’un meeting à Ramonville- TNS-Sofres pour Le Figaro publié ce ven-
Saint-Anne, Pierre Cohen a ainsi pris un dredi.
malin plaisir à dénigrer Dominique Baudis, Ce léger fléchissement s’explique en partie par
ancien maire de Toulouse et soutien de Jean- la stratégie d’alliances de Pierre Cohen. Après
Luc Moudenc. « Depuis une semaine, on a res- avoir refusé la main tendue du MoDem, le
sorti l’icône usée : Dominique Baudis, qui ne figure candidat socialiste a tourné le dos à plusieurs
pas sur la liste, mène la campagne, accorde des in- listes alternatives et d’extrême gauche. Non à
terviews, distille des conseils et profère des menaces. Toulouse debout !, non également à la Ligue
Il est parisien, il est en vacances dans notre ville. » communiste révolutionnaire (LCR). Le PS a
Et ses colistiers ne sont pas en reste. Magyd choisi la tactique de feu l’union de la gauche
Cherfi, ancien chanteur du groupe Zebda et en s’alliant avec les Verts, le Parti radical de
numéro 67 sur la liste de Pierre Cohen, a dé- gauche (PRG), le Parti communiste (PC) et le
claré lors d’un meeting public que la première Mouvement républicain et citoyen (MRC).
adjointe sortante Françoise de Veyrinas « se Un choix tactique qu’il payera peut-être di-
rendait naguère au Mirail [NDLR : grand quar- manche prochain car le candidat centriste,
tier sensible de Toulouse] en servant des sand- Jean-Luc Forget, a finalement rejoint la liste
wichs au jambon. À une population largement mu- de Jean-Luc Moudenc. Ce dernier a appelé
sulmane. » quant à lui ses électeurs à « déposer un bulletin
Jean-Luc Moudenc

La dernière ligne droite de la campagne mu- de vote dans l’urne » dimanche prochain, et à ne
pourrait perdre
Photo : DR

nicipale déchaîne donc les passions. Et les pas adresser un « chèque en blanc » à son adver-
son écharpe

sondages. Après une première étude Ifop, pu- saire socialiste Pierre Cohen.
ce dimanche

La Pression de mars 17 Samedi 15 mars 2008


La
DÉCALÉ

tranquille
mollesse Par Joël Bronner

À
Photo : DR

«
Durant la campagne, les slogans des différents
partis se ressemblent tous. Seul change le nom
de la ville. Le marketing électoral a toujours
recours aux mêmes arguments.

Jeumont, deux listes sont


en concurrence. Jeumont
ambitions affronte Jeu-
mont passion. « On est bien
avancé avec ça… » Com-
mentaire sans appel de
l’agence publicitaire lilloise
Vive la Pub. Les noms de
liste électorale aux allures
de slogan publicitaire ont l’imagination qui refuse de
déborder. “Union”, “avenir”, “ensemble”, “demain”…
Les mêmes mots reviennent sans cesse autour de
phrases qui sonnent creuses.
Adressés en particulier aux indécis, les slogans doivent
toucher le public le plus large possible. Il faut rester très
consensuel… et donc mou. « Plus il y a de quantité, moins
il y a de qualité. C’est la même chose quand il faut vendre une
voiture qui doit convenir à tout le monde. Il semble impossi-
ble d’être original et de gagner. »
Le slogan ne fait pas la victoire, mais il peut y contri-
buer. 1981 : “La Force tranquille” du candidat Mitter-
rand, tiré de l’esprit du publicitaire Jacques Séguéla,
marque durablement les mémoires. Mais la force tran-
quille de l’un s’est transformée en mollesse faiblarde
des autres slogans qui ont voulu s’en inspirer.
Pour se vendre, de plus en plus d’hommes politiques
s’adressent à des agences publicitaires. Mais leurs exi-
gences précises laissent peu de place à l’innovation.
« C’est un domaine où il est difficile de sortir des sentiers bat-
tus. Les candidats ont peur de dérouter les électeurs », pré-
cise-t-on à l’agence publicitaire Le 7 Martien. Pour sa
campagne, la tête de liste MoDem de la Madeleine
s’est adressé à l’agence pour concevoir des dépliants.
« On n’avait pas notre mot à dire. Il voulait quelque chose de
très basique. On n’a pas pu mettre notre grain de sel. » Et à
l’arrivée : “La Madeleine en mouvement”, du beau, Si l’originalité conduit rarement à la mairie,
du bon, du banal… ce candidat (coluchiste) de Lodève (Hérault)
Alors, ringards les slogans électoraux des municipales ? a tout de même obtenu
« Si on veut. Mais ce n’est pas forcément parce que les idées 8 % des voix au premier tour.
sont dépassées. C’est une question de forme. De manière gé-
nérale, on pourrait faire passer le message autrement. » La
frilosité des politiques
face à l’électorat dé-
Ensemble pour le cœur de l’avenir !
LE PLUS
bouche finalement sur Les noms de listes politiques en concurrence rivalisent d’une originalité similaire. Petit tour
d’horizon absurde dans le Pas-de-Calais.
un discours tiède. La
CONFORMISTE,
Un département où il y a parfois de quoi perdre le nord. Dans la commune d’Houdain, les
modernité y est deux listes concurrentes semblent faire le plein. Ensemble pour Houdain affronte Union pour
presque toujours mise Houdain. Deux listes pour une union d’ensemble. À force de conformisme, les slogans per-

POUR GAGNER ” en avant. Mais atten- dent leur sens.


Mais puisque le rassemblement est à l’honneur dans une majorité d’entre eux, pourquoi ne
tion à ne pas effrayer, pas forcer les listes à s’unir réellement ? Prenons la sympathique commune de Beuvry. Au
« il ne faut pas que la nou- programme : Beuvry demain, j’y crois ; De tout cœur pour Beuvry ; Beuvry avenir ; Beuvry en-
veauté soit trop nouvelle », semble ;Vivre ma ville. On reprend son souffle, on s’unit et on recommence.“Demain, je
rappelle le publicitaire. Et un bilan ne se conçoit qu’en crois de tout cœur à l’avenir commun de Beuvry.” Aussitôt dit, aussitôt réunis.
parlant d’avenir. Un exercice d’équilibrisme qui fait la Nombreux sont les candidats qui semblent éprouver le même plaisir à envisager l’avenir
de demain. Avec vous, d’une part. Pour vous, d’autre part. Aucune liste n’a eu le courage de
part belle aux clichés et aux idées reçues. « Celui qui veut proposer un audacieux “Divisons nous pour vivre ensemble au cœur du passé”. Heureuse-
gagner, malheureusement, doit être le plus conformiste possi- ment, il y a tout de même les candidats pour qui l’avenir est déjà vieux.
ble. » Les visionnaires qui s’adressent à ceux qui possédaient déjà une carte Vermeil, lors du pas-
Pour la petite histoire, Jeumont ambitions l’a emporté sage fatidique au nouveau millénaire. Auchel des années 2000, la dynamique nouvelle pour
demain : une liste qui regarde vers l’avenir grâce au rétroviseur.Vivement demain !
dès le premier tour, avec 55 % des voix. Pour les slo-
gans remplis de passion, les électeurs devront attendre J.B.
un prochain scrutin.

La Pression de mars 18 Samedi 15 mars 2008