Compte­rendu partiel du colloque: « Justice et sociétés rurales du XVIIIe  siècle à nos jours »

Ce colloque, organisé à Poitiers les 18, 19 et 20 novembre 2009, a pour originalité de proposer une  approche pluridisciplinaire du thème « Justice et sociétés rurales du XVIIIe siècle à nos jours ». Il  fut organisé par un géographe (Yves Jean), un sociologue (Laurent Willemez), et un historien (qu'on  ne présente plus). Ce colloque nous a particulièrement intéressé dans le cadre de la spécialisation en  histoire contemporaine puisqu'on a pu y écouter des communications qui étaient le résultat direct  d'un travail sur les sources, qu'elles soient de l'époque moderne ou contemporaine.  Je   vais   résumer   quelques­une   de   ces   communications   avant   de   donner   mes   impressions  personnelles.
→ Tribunaux seigneuriaux ou cours royales secondaires. L'inégal accès à « une justice de  proximité » dans les campagnes poitevines du XVIIIe siècle, par Fabrice Vigier,  moderniste à Poitiers.

Pour mener à bien sa recherche, Fabrice Vigier a utilisé un manuscrit du XVIIIe siècle ainsi que des  registres   paroissiaux.   Il   s'est   également   appuyé   sur   le   travail   d'un   étudiant   de   master.   J'ai   pu  pleinement mesurer qu'au XVIIIe siècle, il existait en France un véritable appareil judiciaire, avec  des niveaux de compétences définis (Justice royale, justice seigneuriale). Les conclusions de cette  intervention sont les suivantes.  • La justice seigneuriale est très présente dans le Poitou au XVIIIe siècle. Chaque seigneurie a un  personnel, une prison, un pilori, une roue et une potence. • Cependant, cela ne signifie par pour autant que cette justice soit de proximité. Même si la police  (justice civile) est assez présente sur le terrain, c'est moins le cas pour la justice criminelle. • Les campagnes poitevines verront s'implanter une justice de proximité seulement à partir de la  révolution française avec l'instauration des justices de paix.
La justice dans les campagnes françaises de la fin de l'Ancien Régime: une nouvelle approche  du rôle des tribunaux seigneuriaux, par Fabrice Vauclair.

Cette communication se situe en continuité de celle de Fabrice Vigier. J'ai d'ailleurs noté que ce  dernier ne manqua pas, par ses expressions faciales, d'exprimer son accord ou son désaccord avec  les propos de Monsieur Vauclair. Un document nous fut distribué: trois cartes nous indiquant la  localisation des justices seigneuriales et royales dans trois départements (l'Ain, l'Indre­et­Loire, et le  Rhône, départements où la série B fut bien dépouillée). Ces cartes ne sont que des visions partielles 

des implantations des justices seigneuriales, car on manque parfois de sources (l'historien a donc eu  à faire face à des lacunes). Ses conclusions furent les suivantes: • Les justices de village sont des rouages essentiels dans la diffusion du droit en milieu rural • Cette justice seigneuriale est présente de manière nombreuse et équitable. C'est l'institution la  plus proche, évitant ainsi le recours à la justice royale, propre aux villes. • Cette institution et son personnel, plutôt bien formé en dépit des idées reçues, aux domaines de  compétence bien définis, eurent un rôle de premier plan dans le judiciarisation des campagnes. Cette communication est en partie une histoire de la justice et du personnel judiciaire.
Un village au prétoire. 128 ruraux face à leurs juges dans la France du XVIIIe siècle, par Hervé  Piant.

J'ai particulièrement aimé cette communication, car le ton a décontracté la salle. Hervé Piant a  étudié les archives judiciaires du village de Chalaines  dans la Meuse (500 habitants au XVIIIe  siècle, 128 chefs de famille). Il note une variabilité des attitudes des chefs de famille face à la justice  seigneuriale. Un gros pourcentage de la population a un recours limité à la justice, tandis qu'une  étroite minorité utilise la justice de manière stratégique et précise. C'est un moyen pour eux d'assurer  leur   position   sociale.   Il   note   que   l'on   peut   difficilement,   à   travers   les   sources,   mesurer   les  caractéristiques psychologiques de certains individus, que l'on pourrait appeler des « maniaques »  de la justice.  On a pu voir que grâce aux sources, on peut faire de l'histoire sociale.
Impressions personnelles

Je suis allé à ce colloque à reculons. J'avais en effet assisté à un colloque d'histoire médiévale en  septembre dernier (sur la rumeur), qui m'avait particulièrement refroidi. Il n'en fut rien pour ce  colloque. J'y ai apprécié la qualité des interventions, ainsi que le travail du chercheur, qu'il soit  historien,   sociologue, ou géographe (j'ai aussi assisté à la communication de Nicole Chambron  concernant la Guyane). Le parallèle avec le cours fut aisé à faire, car même si j'ai surtout assisté à  des interventions de modernistes, il n'empêche que la rigueur du travail face aux sources doit être la  même   quelque   soit   la   période   étudiée.   De   plus,   chercheurs   modernistes   et   contemporainistes  partagent le même système de classification des sources. J'ai pu aussi mesurer l'intérêt de croiser les  regards sur un même sujet. Cela permet à l'historien de prendre du recul et d'enrichir son point de  vue.