La parité en politique dans le monde : Résultats et commentaires

Simone de Beauvoir a écrit : « C’est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c’est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète. » Mais l’égalité des sexes n’est pas acquise pour autant : des résistances sérieuses font encore obstacle à une meilleure prise en compte des femmes dans l’éducation, l’emploi, la représentation politique… Ce véritable « plafond de verre » manifeste l’écart entre le droit et le fait. La France, par exemple, est le premier pays à avoir voté une loi sur la parité, mais elle compte moins de 15% de femmes à l’Assemblée nationale. Plus nombreuses à l’université, elles sont plus nombreuses à connaître le chômage. Il est pourtant reconnu que l’égalité des sexes renforce le développement économique à long terme. La parité en politique désigne une représentation équilibrée des femmes dans les institutions. Dans un nombre toujours croissant de pays, elle est considérée comme un moyen de remédier aux inégalités entre hommes et femmes, et d’améliorer le sort de la population dans son ensemble. L’application de la parité, qui relève en premier lieu d’un choix politique, est pourtant loin d’être homogène sur la surface du globe (I). Les voies qui mènent à la parité sont en effet différentes selon les pays considérés (II).

1

I - Petit tour du monde de la parité :
En 2006, la proportion de femmes dans l’ensemble des chambres parlementaires à travers le monde est de 16,9% en moyenne, mais la situation n’est résolument pas uniforme. Chaque pays connaît une situation propre permettant d'expliquer son taux de représentation des femmes en politique (système électoral, tradition politique, situation du pays, histoire, mentalités...). Certains ont néanmoins des trajectoires similaires qui peuvent être regroupées : -Pays du Nord de l'Europe : Ce sont depuis les années 1970 les meilleurs en la matière, même si le taux de présence féminine dans les parlements y plafonne aujourd’hui autour de 40% en moyenne. -Pays d'Europe occidentale (sauf pays nordiques) et Amérique du Nord : La plupart des pays de l’OCDE n’arrivent qu’à un taux de 15% environ, que n’atteignent toujours pas l’Italie, le Japon, les Etats-Unis et la France. Les femmes y restent donc minoritaires, même si des chiffres encourageants sont obtenus en Allemagne, en Autriche, en Belgique et aux PaysBas. -Pays de l'est de l'Europe : La participation des femmes y est peu élevée, en partie à cause de la transition démocratique qui a suivi la chute du bloc soviétique. La proportion des femmes dans les assemblées de ces pays est en rapide augmentation, dans une évolution qui semble prometteuse. -Pays arabes : Seulement 8,8% des sièges y sont occupés par des femmes. La place qui leur est traditionnellement attribuée y est pour beaucoup, ainsi que le dispositif juridique qui en découle. En 2005, le Koweït a finalement accordé le droit de vote et d'éligibilité aux femmes. Seule l'Arabie Saoudite ne l'a pas encore fait. -Pays africains : Les situations sont variées, dans cette région du globe où la guerre, la famine, la pauvreté et les maladies donnent aux femmes un rôle social particulièrement important. Le taux de participation politique des femmes atteint 17% en moyenne. Tandis que certains pays, notamment en Afrique sub-saharienne, ont mené une politique active d’intégration des femmes au moyen de quotas et de lois sur la parité, d’autres ne leurs reconnaissent encore que très peu de droits. -Pays asiatiques : Très discriminées, les femmes y sont peu représentées (environ 16%). Il existe cependant en Asie une tradition de dynasties politiques, qui peut conduire des femmes à des postes exécutifs hauts placés. Ce sont souvent des épouses ou filles de dirigeants assassinés en cours de mandat : le cas de Benazir Bhutto est à ce titre caractéristique. Ces processus ne passent pas forcément par le suffrage des citoyens. -Pays latino-américains: La proportion des femmes dans les assemblées stagne autour de 14%, bien que des quotas aient été mis en place dans dix pays (République Dominicaine, Équateur, Costa-Rica, Panama, Mexique, Brésil, Bolivie, Pérou, Paraguay). Seuls le CostaRica, Cuba et l’Argentine dépassent le seuil critique de 30%.

2

Les taux de représentation féminine à travers le monde :

Rappel : les objectifs de la parité
Une participation équilibrée des hommes et des femmes à la prise de décision politique et publique est fortement souhaitable, pour plusieurs raisons. Facteur indéniable de justice sociale, la représentation démocratique est un droit fondamental. Une représentation incomplète revient à exclure la moitié du corps social de la prise de décision, dont les préoccupations ne seront pas prises en compte. Cela équivaut aussi à un gaspillage des ressources humaines, matérielles et intellectuelles. Enfin la prise de décision sert des objectifs très pragmatiques, que la parité ne peut que faciliter dans l’intérêt de tous. 3

II – Les différentes voies d’accès à la parité :
La Scandinavie : les précurseurs
Les pays scandinaves mènent depuis le début du XXème siècle une politique active en faveur des femmes. La Finlande fait figure de modèle : en 1906, elle est la première en Europe à leur reconnaître le droit d’être électrices et candidates aux élections nationales. La citoyenneté des femmes renforce alors le combat national pour l’indépendance face à la Russie. Une division sexuée du travail en politique émerge néanmoins, qui s’inspire du cadre domestique : aux hommes les affaires extérieures et les finances, aux femmes ce qui concerne l’intérieur du pays, notamment le social. Cela culmine avec le rôle central des femmes dans la mise en place de l’Etat-providence Finlandais. In fine cette division des tâches institue deux classes politiques distinctes : les organisations féminines gagnent en puissance après la seconde guerre mondiale, et les alliances entres femmes font fi des divisions partisanes pour promouvoir l’égalité. C’est ainsi que le « réseau des femmes députées » et le groupe « pour la cause des femmes » sont créés. La parité et la lutte contre les discriminations sexuelles deviennent alors une question centrale pour l’Etat finlandais, consacrée par la création en 1966 du Comité d’Etat pour la promotion de l’égalité. Dès lors, le nombre de femmes députées augmente sensiblement, pour franchir le seuil critique de 30% dans les années 80 et dépasser aujourd’hui les 40%. Impulsée par les femmes, la lutte pour l’égalité des sexes a permis de considérer d’intérêt général certaines questions d’ordre privé, comme la garde des enfants, les congés parentaux ou les violences faites aux femmes. Plus encore, elle a permis la politisation de nouvelles problématiques, élargissant de fait les choix de participation offerts aux citoyens des deux sexes. Aujourd’hui, les défis de la lutte pour l’égalité en Finlande portent sur l’adaptation aux nouveaux modes de gouvernance et à l’internationalisation de la prise de décision, ainsi qu’aux corporations, qui restent des bastions masculins. L’objectif central est de rendre visibles les aspects sexués de la décision politique, surtout en matière économique. A cette fin, des cours spéciaux destinés aux fonctionnaires d’Etat et aux ministres ont même été mis en place, où l’on apprend qu’en matière de genre, il n’y a pas de neutralité des décisions politiques. En Norvège, une loi récente prévoyait la dissolution des conseils d’administration d’entreprises qui n’atteindraient pas 40% de femmes au 1er janvier 2008. Elles étaient pourtant 28,8% en moyenne, ce qui est beaucoup comparé aux maigres 4% en Espagne et 2% en Italie.

En France, un processus long et inachevé :
En 1804, le Code civil donne aux femmes des droits civils mais leur refuse les droits politiques. Puis l’ordonnance d’Alger accorde le droit de vote aux femmes françaises le 21 avril 1944. Le préambule de la constitution de la IVè République proclame : "la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme" (art.3). Après les échecs de plusieurs lois renforçant la place des femmes dans la politique française, censurées par le Conseil Constitutionnel, la constitution a été révisée afin de rendre de telles dispositions envisageables.

4

La révision de 1999 ajoute ainsi que "la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives" (art.3), et prévoit que les partis doivent "contribuer à la mise en oeuvre" de ce principe (art. 4). Ces dispositions sont mises en oeuvre par la loi sur la parité en politique du 6 juin 2000, qui reste malgré tout incomplète. Dans les Conseils municipaux, les Conseils régionaux, au Parlement européen (c'est-à-dire partout où le mode de scrutin le permet) on retrouve plus de 47% de représentation féminine. Le Sénat lui-même affiche près de 17% de femmes depuis le changement du mode de scrutin, qui devient proportionnel partout où les départements élisent plus de 3 sénateurs. Seule l’Assemblée Nationale résiste. La loi impose pourtant aux partis d’y présenter autant de femmes que d’hommes, mais les sanctions sont seulement financières. C'est ainsi que le PS préfère perdre plus de 1,5 millions d'euros par an pendant 5 ans, et la droite le double. En matière d’égalité salariale, un projet de loi est déposé le 24 mars 2005. Très récemment, une proposition d’impôt sur le revenu à taux réduit pour les femmes a vu le jour. Destinée à favoriser l’emploi des femmes, cette initiative est accusée de rompre l’égalité des hommes et des femmes devant la loi. Il est assez intéressant de constater qu’aucune femme n’a été invitée à participer à la rédaction de cette proposition… Une campagne publicitaire fin 2008 a enfin soulevé le problème des violences conjugales, dont les femmes sont presque exclusivement les victimes.

En Espagne, l’oeuvre des partis politiques :
En Espagne, et dans quelques autres pays, le changement s’est amorcé grâce à l’action d’un petit nombre de partis, dont l’état-major a soudain décidé de présenter une liste sur laquelle un candidat sur deux serait une femme. Le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, annonce ainsi dans Le Monde du 29 juillet 2004 qu’il est "plus efficace de faire des programmes de discriminations positives, par exemple pour avoir plus de femmes scientifiques, que d'augmenter les impôts ou d'établir les 35 heures". Pour lui, "la parité a un effet de démocratisation. Là où elle arrive, la démocratie augmente".

Aux Etats-Unis, l’approche communautariste :
La notion de « genre » a été inventée dans les pays anglo-saxons, au cours de la deuxième moitié du XXè siècle. Elle permet d’isoler les composantes culturelles et psychologiques des identités sexuelles. Ainsi Simone de Beauvoir écrit qu’ « on ne naît pas femme, on le devient ». Le genre sert de prisme aux militantes féministes américaines, qui ré-interprétent les faits sociaux passés ou présents, dans une approche communautariste assumée. La Déclaration américaine des Droits et Devoirs de l'Homme stipule dans son Article II : "Toutes les personnes, sans distinction de race, de sexe, de langue, de religion ou autre, sont égales devant la loi et ont les droits et les devoirs consacrés dans cette déclaration". Cependant les Etats-Unis sont au 11è rang en ce qui concerne la représentation politique des femmes : 10,9% des députés sont des femmes, exactement comme au Sénat français. L’inégalité salariale y est forte, et seulement 13 des 500 premières entreprises sont dirigées par une femme (ce qui est toujours mieux que les 3 sur les 100 premières en France).

5

En Afrique, un parcours atypique :
L’égalité entre les sexes est un principe aujourd’hui répandu et admis dans les pays d’Afrique, dont une majorité a ratifié la « Convention des Nations Unies sur l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme ». Malgré une inégalité persistante dans les faits, plusieurs d’entre eux sont beaucoup mieux classés que la France en matière de représentation féminine. Fin mars 2007, une loi de parité hisse le Sénégal au 13è rang en Afrique, et 56è dans le monde, devant la France (70è) et l’Italie. La Guinée-Bissau et le Burkina-Faso ont appliqué très tôt une politique anti-discriminatoire efficace, qui les place parmi les premiers de la liste. La politique dans les sociétés traditionnelles d’Afrique était très discriminante pour les femmes. Cependant, leur rôle reconnu de conseillères leur garantissait une place à côté des instances du pouvoir. Avec la colonisation, les structures dirigeantes ont été remplacées par une administration reproduisant le modèle du pays dominant. Cela a logiquement conduit à reproduire les discriminations envers les femmes, y - compris dans les régions d’Afrique où elles occupaient traditionnellement un rôle social fort. Lors de la décolonisation, les nouveaux dirigeants ont recherché l’appui des groupes féminins, depuis longtemps favorables à l’instauration d’un nouvel ordre social. La libération nationale passe alors par la libération des femmes. Une fois les nouvelles institutions mises en place, elles se voient effectivement attribuer une plus grande place dans les assemblées locales. Mais souvent, l’objectif est d’utiliser les réseaux d’associations féminines afin de diffuser la propagande officielle, plutôt que dans un réel souci de représentation. Cette pratique permet néanmoins de poser les premiers jalons d’un lent progrès. Tout au long des années soixante-dix, des africaines obtiennent régulièrement des portefeuilles ministériels, même s’ils sont toujours en rapport avec les domaines associés aux « valeurs féminines » : le social, la santé et l’éducation. En effet, dans ces systèmes monopartistes néocoloniaux, les nominations sont en pratique le fait du prince, ce qui renforce les schémas établis. La démocratisation va peu à peu changer les choses, et un nombre croissant de femmes accède à des postes à grande responsabilité dans l’exécutif, à mesure que leur niveau d’instruction rejoint celui des hommes. Cette dynamique culmine avec l’élection de Helen Johnson Sirleaf à la présidence du Libéria en janvier 2006. C’est la première femme à être élue au suffrage universel à la tête d’un pays africain.

Conclusion
La diffusion de la parité favorise une meilleure représentation des femmes en politique et dans les lieux de pouvoir en général. C’est un combat de longue haleine, dans lequel les avancées ne sont jamais définitivement acquises. Il existe de forts blocages dans certains pays, notamment d’Asie, d’Afrique et du Moyen-orient, où des traits culturels tels que des interdits religieux s’opposent à l’égalité des sexes. Plus grave encore, plusieurs groupes de pression mènent actuellement une campagne auprès des Nations Unies, afin d’obtenir un amendement des dispositions les plus progressistes du droit international lors du forum de Durban en 2009. (Lire sur Internet Le Monde du 28-02-2008 : «L’ONU contre les droits de l’homme»)

6

Si la lutte pour la parité est avancée dans les pays développés, l’égalité homme – femme est loin d’être acquise dans les pays en développement. Les femmes africaines connaissent les mêmes problèmes qu’en occident, mais qui sont plus récurrents dans leurs pays: illettrisme, violences, chômage… à un degré tel que dans certains Etats, les femmes n’ont quasiment aucun droit. Ce combat revêt donc une dimension internationale, où la France se doit de montrer l’exemple.

Quelques données supplémentaires : Les femmes chef d’Etat :
• 1997-2011, Irlande : Mary McAleese (née 1951), Président • 1999-2008, Nouvelle Zélande : Helen Clark (née 1950), Président • 1999-2007 Lettonie : Vaira Vike-Freiberga (née 1937), Président • 2001-2012, Finlande : Tarja Halonen (née 1943), Président • 2004-2010, Philippines : Gloria Arroyo (née 1947), Président • 2005—, Allemagne : Angela Merkel (née 1954), Chancelier • 2006—, Libéria : Helen Johnson Sirleaf (née 1939), Président • 2006-2010, Chili : Michelle Bachelet (née 1956), Président • 2006—, Jamaïque : Portia Simpson Miller (née 1945), Président • 2007__, Argentine : Cristina Fernández de Kirchner (1953- ) , Président • 2007__, Géorgie : Nino Bourdjanadze (1964- ), Président par intérim • 2007__, Inde : Pratibha Patil (1934- ), Président

Les femmes politiques les plus puissantes du monde en 2008 :
(d’après le classement Forbes) 1 - Condoleezza Rice : Secretary of state (Ministre des affaires étrangères), USA 2 - Yi Wu : Vice-Premier Ministre et ministre de la santé, Chine 3 - Yulia Tymoshenko : Ancien Premier Ministre d’Ukraine 4 - Gloria Arroyo : Président des Philippines 5 - Mary McAleese : Président d’Irlande 6 - Ruth Bader Ginsburg : juge à la Court Suprême des Etats-Unis 7 - Helen Clark : Premier Ministre de Nouvelle-Zélande 8 - Chandrika Kumaratunga : Président du Sri Lanka 9 - Hillary Rodham Clinton : Sénateur de l’Etat de New York, USA 10 - Khaleda Zia : Premier Ministre du Bangladesh etc…

Liens :
Sur les Nations Unies : - La Licra : http://www.licra.org/ - Article du Monde : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/27/l-onu-contre-lesdroits-de-l-homme_1016249_3232.html Autres : - Council of Women World Leaders : http://www.cwwl.org/

7

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful