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LE DEUXIEME AGE DE L’EMANCIPATION

La société, les femmes et l’emploi
Dominique Méda / Hélène Périvier

Mots clés

­ Femmes / Travail des femmes
­ Inégalités
­ Emploi
­ Emancipation

DOMINIQUE MEDA est sociologue, chercheuse au Centre d’études de l’emploi ( CEE). Elle
est l’auteure de nombreux ouvrages dont « Le temps des femmes » (Flammarion, 2001) et
« Faut-il brûler le modèle social français ? » ( Seuil, 2006).

HELENE PERIVIER est économiste à l’OFCE. Spécialiste de l’emploi des femmes, de la
politique familiale et des minima sociaux, elle est l’auteure de nombreux articles. Elle a
notamment co-dirigé « Travail des femmes et inégalités » ( revue de l’OFCE, n°90,2004 )

THÈSE DE L'OUVRAGE
Les Françaises conjuguent un haut niveau d’emploi et une fécondité enviée par
beaucoup. Mais les moyennes nationales cachent en réalité une situation dégradée. Leur
taux d’activité est toujours inférieur à celui des hommes, leurs emplois de moindre
qualité, leurs rémunérations plus faibles, leur temps de travail plus réduit, et elles
restent en charge de l’essentiel des tâches domestiques et familiales.
Il y a là non seulement une évidente injustice, mais aussi une lourde hypothèque sur
notre avenir collectif.
Davantage de femmes en emploi, ce serait moins de pauvreté, des comptes sociaux plus
équilibrés et des investissements d’éducation enfin valorisés.

La méthode
  
D. Méda et H. Périvier se proposent d’abord de documenter la « panne » de l’émancipation et
ses causes, ainsi que les coûts collectifs de la persistance d’inégalités entre hommes et
femmes. Elles privilégient une approche quantitative et idéelle des thématiques et se
refusent, par principe, à toute approche réflexive.
Elles examinent ensuite quelques expériences étrangères qui permettent de mieux poser les
termes du débat. Ainsi, si l’émancipation des Françaises est en difficulté, ce n’est ni le cas des
Nordiques, ni des Américaines. Les deux organisations sociétales nordiques et américaines
ont montré que l’émancipation des femmes pouvait emprunter un chemin socialisé et
égalitaire ou, à l’inverse, un chemin libéral.
Les auteures proposent enfin de s’interroger sur le chemin que cette émancipation pourrait
prendre en France.

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5% des femmes. lui reste inférieure et a cessé de progresser depuis une dizaine d’années. Cette proportion a plus que doublé aujourd’hui (30. 8 femmes sur 10 sont présentes sur le marché du travail.3% des hommes en emploi sont touchés. Pire.) 2 . en formulant en fin d’ouvrage un ensemble de propositions concrètes ( réformes indispensables et moyens que doivent mettre en oeuvre les pouvoirs publics ) susceptibles d’ouvrir cette nouvelle « voie française ». seulement 42% des femmes de 25 à 49 ans travaillaient et beaucoup d’entre elles interrompaient leur activité au moment de l’arrivée des enfants. la hausse de l’activité féminine se fait uniquement sous forme de chômage et d’emploi à temps partiel. les progrès enregistrés jusqu’au début des années 1990 semblent nettement marquer le pas.Le résultat Les auteures égrènent alors les conditions d’organisation économique et sociale susceptibles de donner aux femmes les moyens de leur liberté.8%) alors que seuls 5. celle qui est née en 1977 en compte 70%. • Mais en dépit de cette double révolution. Elles dessinent alors un « 2ème âge de l’émancipation » profitable à l’ensemble de la société. • Enfin. Depuis une dizaine d’années. qui aurait pu rattraper celle des hommes. Or en 2005. I ) LA PANNE DE L’EMANCIPATION • En 1962. Les femmes représentent 85% des emplois à temps partiel. Aujourd’hui. le temps partiel ne concernait que 12. Le développement du temps partiel présente 2 risques majeurs : Risque 1 : Le temps partiel favorise le développement de la pauvreté laborieuse Risque 2 : Une transformation insidieuse de l’emploi féminin qui entraînerait un recul des acquis des années 70 en matière d’égalité des sexes ( quant aux salaires notamment. • Les niveaux d’éducation féminins ont explosé : si la génération née en 1927 comptait 9. a) Les dangers du temps partiel des femmes • Au début des années 1990. La participation des femmes à l’emploi. nous sommes loin de l’égalité en matière d’emploi.7% de bachelières. la nature même des emplois féminins conduit à relativiser les améliorations passées. les femmes sont toujours plus affectées par le chômage que les hommes. presque un million de Françaises à temps partiel déclaraient vouloir travailler davantage. • En sus.

) Double ségrégation entre emplois masculins et emplois féminins : 1) une ségrégation horizontale : les postes d’encadrement et de relationnel sont majoritairement occupés par des femmes tandis que les postes plus techniques et hiérarchiques. au terme d’un grand débat social. » ­ Pour permettre une implication égale des pères et des mères dans l’emploi et dans la  famille. 2) une ségrégation verticale : les femmes ont moins accès aux postes à responsabilité que les homme. En 2004 seuls 13% des emplois étaient occupés par des femmes ( phénomène du « Plafond de verre »). les femmes ont dû supporter le poids de la « double journée »  et   ont   dû   développer   des   stratégies   leur   permettant   d’articuler   « travail »   et  « prise en charge des dépendants de la famille. les plus rémunérateurs. variabilité des horaires. En outre . ­    Faute d’avoir remis en question ces représentations sexuées. persiste un écart de salaires entre hommes et femmes. agent d’entretien…) Cette segmentation du marché du travail va de pair avec de faibles salaires et des conditions de travail dégradées ( travail le dimanche. C’est la principale variable explicative des inégalités  entre les sexes.   c)   Une organisation sociale défaillante  La   division sexuelle des rôles revient à laisser aux femmes la plus grande partie des  tâches domestiques et familiales. la société française ne  s’est pas réorganisée en profondeur pour accompagner l’arrivée massive des femmes  sur le marché du travail dans les années 1970 ­ Face à cette inertie. il aurait fallu. Les salaires annuels moyens des femmes en France représentent environ 80% de ceux des hommes selon l’INSEE.     d) Des politiques insuffisantes  3 . redéfinir la norme du travail à  temps plein de manière à en réduire la durée pour les deux sexes. sont l’apanage des hommes. b) Segmentation et discrimination Les femmes se trouvent principalement dans le secteur tertiaire ( employées .

l’ouverture au second enfant de l’Allocation Parentale d’Education (APE). Cette différence doit être corrigée. II ) LES ENJEUX DE L’EMPLOI DES FEMMES Les inégalités entre les sexes font partie intégrante de la question sociale. on aurait pu penser que les tâches familiales seraient plus souvent déléguées à l’extérieur pour permettre aux deux parents un investissement professionnel identique et limiter la charge pesant sur les mères. b) La femme au secours de la protection sociale ­ L’enjeu actuel est de compenser l’augmentation des inactifs par celle des actifs. 2/3 des enfants de moins de 3 ans sont encore gardés de manière principale par leurs parents. malgré la promesse faite en 1981 par François Mitterrand de 300 000 places supplémentaires dans les crèches. c’est-à-dire essentiellement par leurs mères. a fait chuter le taux d’activité de ces femmes de 18 points en 4 ans. il y a toujours pénurie. Elles soulèvent des enjeux de justice individuelle comme collective. • La France a décidé d’inciter les femmes les moins diplômées à s’occuper elles-mêmes de leurs enfants. • Ainsi. • Or.Les deux sexes n’ont pas la même liberté réelle de transformer les moyens dont ils disposent en résultats conformes à leurs attentes ( c’est ce que Amartya Sen appelle « capabilities » dans « Quelle égalité ? » in Ethique et économie.) . un objectif de taux d’emploi des femmes en âge de travailler de 60% d’ici 2010 pour tous ses Etats membres. Par exemple.Cela signifie que la liberté réelle qu’ont les femmes de transformer en projets de vie les ressources dont elles disposent n’est pas la même que celle des hommes. en 1994. PUF. qui consiste à verser aux mères d’enfants de moins de 3 ans un demi-SMIC si elles cessent de travailler. ­ C’est pour cela que l’Union européenne a affiché. Le coût de ces modes de garde collectifs est en outre un obstacle à leur développement massif. 2002 . L’activité des femmes offre dans cette optique une marge de manœuvre non négligeable. • Face à la montée de l’emploi féminin. a) Du principe de justice à l’égalité des possibles . et plus de la moitié des mères de jeunes enfants ne travaillent pas du tout. 4 . Le caractère sexué du congé ( 98 % des allocataires sont des femmes ) fait de toute femme en âge d’avoir des enfants une mère potentielle qui peut s’arrêter de travailler ou ralentir son activité dans un avenir proche.  Les politiques publiques développées depuis 20 ans n’ont pas permis de favoriser l’émergence d’un vrai « libre choix » entre l’interruption d’activité et le maintien en emploi des femmes. dans sa « Stratégie de Lisbonne ».

il est actuellement de 57. Or il reste une marge de manœuvre de force de travail en France. d’en consacrer encore plus à les écarter du marché du travail via le congé parental rémunéré. Ce système ne reconnaît pas le travail domestique effectué par les femmes inactives. Si la présence d’enfants. selon l’INSEE. f)  Le déclassement des filles   . notamment non scolarisés. .) d) Les coûts cachés de l’inactivité .Ainsi. l’insertion dans l’emploi leur est plus difficile : si 69% des garçons ont une trajectoire d’accès à l’emploi rapide et durable. augmente le risque de pauvreté. en moyenne plus diplômées que les garçons. singulièrement après l’arrivée des enfants. 5 . les plaçant ainsi dans une situation de dépendance vis-à-vis de leur conjoint. Selon EUROSTAT. après ces lourdes dépenses d’éducation des filles. Il existe toujours une disproportion entre les années de formation suivies par les femmes et les postes qu’elles occupent .Les femmes inactives en âge de travailler représentent une main-d’œuvre inutilisée. ­ En France.6 point à ce qu’il est actuellement. le système fiscalo-social français encourage indirectement l’inactivité des femmes en couple. ­ Les pouvoirs publics devraient prévenir les risques de pauvreté en facilitant l’accès des mères à l’emploi ( par exemple en innovant sur les modes de garde ou en réformant le congé parental. En effet. ­ Ces données peuvent avoir un impact fort sur notre croissance économique.Il apparaît encore plus irrationnel. le PIB pourrait être supérieur de 1.5 millions de femmes au foyer âgées de 25 à 55 ans. si le taux d’activité des Françaises rejoignait celui des Suédoises. les ¾ des femmes au foyer invoquent des responsabilités familiales pour expliquer leur situation.En outre. . la proportion n’est « que » de 57% chez les filles. l’emploi de la mère réduit ce risque. puisqu’il reste 2.La collectivité consacre un budget important à l’éducation ( presque le quart du budget de l’Etat ) et elle accepte qu’il n’y ait pas de retour à hauteur de l’investissement réalisé de la part des filles.Les filles.4%. c) L’emploi des femmes comme rempart contre la pauvreté ­ L’emploi des femmes en couple ne peut plus être considéré comme un emploi d’appoint : il s’agit bel et bien d’un rempart contre la pauvreté. ­ Double gâchis consistant à exiger des filles des formations toujours plus élevées sans obtenir  les   bénéfices   correspondants   en   terme   d’augmentation   quantitative   et   qualitative   de   la  production. e) Le gâchis de matière grise . ne mènent pas les carrières auxquelles elles pourraient prétendre.

a) Vers la déspécialisation des rôles ­ Dans les années 50. ­ C’est théoriquement la fin du male breadwinner et de la spécialisation des rôles. car ils contribuent à remplir la fonction de promotion du bien- être qui lui incombe. 1) La voie nordique L’Etat providence social-démocrate suédois octroie des subsides directement aux enfants et prend la responsabilité directe des soins que ces enfants requièrent. ­ Il revient donc à la société de permettre aux femmes d’exercer un emploi et aux hommes de s’investir concrètement dans la parentalité. va se développer l’idée en Suède que la nation a besoin des femmes non seulement pour s’occuper des enfants. Cependant ces pays se fondent sur une organisation et des choix de société opposés à ceux de la France (III) III) DEUX MODELES ALTERNATIFS Depuis les années 1970 les pays nordiques constituent une référence en matière d’égalité de genre. Malgré quelques variantes. ­ Un soin particulier est apporté à l’organisation de ces services pris en charge par l’Etat providence.) b) L’Etat et les soins aux enfants • L’intervention de l’Etat dans la mise en place d’une politique volontariste visant à décharger les femmes du « care » ( ensemble des soins aux enfants et autres 6 . mais aussi pour travailler. ce modèle suédois sera adopté par les autres pays nordiques : les femmes y présentent depuis les années 1970 des taux d’emploi très élevés ( toujours d’une dizaine de points de plus qu’en France. Il en résulte deux points essentiels : ­ Les femmes peuvent choisir le travail plutôt que les tâches domestiques et familiales . ­ Les taux d’activité des femmes vont dès lors considérablement progresser : de 60% à 75 % entre 1970 et 1980. contre une augmentation de 49% à 55% en France pour la même période. Les pays nordiques et les Etats-Unis constituent en revanche deux système qui affichent une certaine réussite en matière d’égalité entre les sexes. Cependant les Etats-Unis constituent un autre modèle auquel il faut prêter attention.

même dans ces pays où les incitations envers les pères ont été le plus développées. ce sont toujours les mères qui vont chercher le soir les enfants à la crèche ou à la sortie de l’école. a) Les Américaines et l’emploi ­ Depuis les années 1960. 2) Le choix américain A l’inverse du modèle nordique. la réussite américaine repose sur des inégalités sociales exacerbées. sur certains aspects. mais en  avance par rapport à beaucoup de pays européens. du modèle nordique. Dans le contexte actuel de pression sur les finances publiques. c) Les limites du modèle nordique Dans les faits.  La France pourrait s’inspirer. qualité de vie des parents et bien-être des enfants.   mais   ont  7 . qui a été déterminante. associé à une garantie de retour à l’emploi. conviendrait mieux (2). En outre. le modèle nordique semble avoir réussi à combiner emploi des femmes. les Américaines sont entrées massivement sur le marché du  travail. Ainsi donc. mais aussi par la qualité de l’emploi des mères.   le   taux   d’activité   des   Américaines   s’est   accru   de  presque 30 points en trente ans : depuis le milieu des années 1990. ­ Selon   les   données   de   l’OCDE. la solution nordique semble peu indiquée pour la France. De ce point de vue. les hauts taux d’emploi féminins sont permis non seulement par la double possibilité de la délégation du care et de son exercice par les parents. Mais il présente quelques désavantages quant aux dépenses publiques supplémentaires considérables qu’il nécessiterait. • L’Etat encourage en effet le développement d’une organisation dans laquelle le jeune enfant est gardé au domicile de ses parents dans les premiers mois de sa vie. en réalité. personnes dépendantes ) et dans l’organisation d’un parcours de prise en charge pour les premières années de l’enfant. • Les deux mesures principales consistent à financer des services d’accueil accessibles à tous et à offrir un congé parental bien rémunéré. plus de 7 femmes  sur 10 âgées de 15 à 64 ans sont actives aux Etats­Unis.) Ainsi la plupart du temps. les  Etats­Unis   ont   une   performance   inférieure   à   celle   de   la   Suède   (   77%). Cependant les performances américaines en matière d’insertion des femmes dans l’emploi se sont nettement améliorées durant les années 1990. Et la part du congé parental effectivement prise par les pères n’est que de 17% en Suède. avec sa version minimale de Welfare State. Peut-être que le modèle américain. les mères continuent à prendre en charge l’essentiel du « care » ( tâches domestiques notamment . à l’instar des françaises avec un léger retard sur les pays nordiques. et confié ensuite à des institutions extérieures. majoritairement dans le secteur public.

En définitive. ce sont les réformes sociales votées sous la présidence  Clinton dans les années 1990 qui ont permis d’accroître fortement leur accès à l’emploi. d)  Les effets du Workfare prôné par l’Administration Clinton(1992­2000)  ­ La   majorité   des   Américains   pensent   qu’il   est   inacceptable.) En 1965.   sauf   incapacité  8 . l’« Executive Order   11246 » du Président Johnson a été la première forme de régulation gouvernementale  par l’action positive. les filles ont cessé d’investir massivement les filières conduisant à des  postes typiquement féminins pour aller vers celles qui offraient un déroulement de  carrière. il reste  cependant important. ­ Si l’écart de salaire entre les sexes s’est atténué dans les années 80 et 90. c)  Le résultat du militantisme féministe des années 60 et 70 aux Etats­Unis  Les féministes se sont appuyées sur deux leviers pour faire avancer leur cause : ­ d’une   part. de religion ou de sexe. ­ d’autre   part. si les mouvements féministes ont eu un impact positif sur la position des  femmes sur le marché du travail.  la   pratique   de   l’action   positive   ( affirmative   action )  qui   a   permis  d’instaurer   des   quotas   de   postes   réservés   aux   femmes   tant   dans   les   filières   de  formation que dans l’emploi (public essentiellement. dépassé la France depuis le début des années 1970 (64%). Ces résultats remarquables sont notamment l’œuvre du mouvement féministe. b)  Des Américaines qui font carrière  ­ Les Américaines sont désormais plus diplômées que les hommes. Il s’agissait de s’assurer que les candidats à un poste. et que les  employés soient traités sans distinction de race. de couleur.  l’obtention   d’un   arsenal   législatif   efficace   de   lutte   contre   les  discriminations sexistes  matérialisée par l’article VII des Droits civils de 1964 qui  interdit la discrimination à l’embauche et à la promotion ainsi que l’article IX des  amendements de l’éducation de 1972 qui exige un égal traitement des sexes dans les  programmes éducatifs et universitaires .   obtenant   de   plus   en   plus   fréquemment   des   postes   à   responsabilité  traditionnellement réservés aux hommes. Depuis le début des  années 1970.

 Du  Welfare.) ­ La   réforme   de   l’aide   sociale. au prix de lourds  sacrifices consentis par les femmes qui continuent d’assumer l’essentiel des tâches  domestiques et familiales. le plafond de verre y est plus faible.   a   rendu   le   travail   plus   attractif   que  l’inactivité. cependant que les tâches domestiques sont pour partie déléguées à l’extérieur ( marché ou institutions publiques) et pour partie réparties de manière paritaire entre les deux parents.   en   1996. quitte à appliquer des sanctions. on est passé au  Workfare. Cette vision individualiste de la société vaut tant pour les hommes que pour  les femmes. car les avancées en terme d’égalité des genres aux Etats-Unis reposent largement sur un accroissement corrélatif des inégalités sociales. Le développement de l’emploi féminin exige le développement de ces modes de garde de qualité. Il est dès lors urgent d’établir les conditions d’une véritable égalité entre les sexes en  procédant à une réorganisation de la société. les écarts de salaire entre les sexes ont été considérablement réduits. Quelles mesures concrètes mettre en œuvre en ce sens ? 9 . les mères isolées sont traitées comme des citoyennes actives. s’est  fait jour dans l’opinion publique américaine l’idée qu’il était impératif d’exiger des  bénéficiaires du Welfare State qu’ils fassent preuve de leur bonne volonté de réintégrer  l’emploi. pour que la collectivité accepte de les aider. Désormais. Dans un tel système. ce qui a poussé ces dernières vers l’emploi ( en particulier les mères  isolées . Mais ceci masque des résultats différents selon les groupes sociaux. une aide limitée à 60 mois au total dans la  vie d’une personne. insurmontable à travailler.  L’aide publique à laquelle elles avaient droit est désormais limitée dans le temps. et un  minimum d’activité est requis pour y être éligible. de vivre des aides publiques. IV) Quelle voie pour la France ? L’emploi des femmes s’est considérablement développé en France. Par  exemple. Les progrès réalisés aux Etats-Unis du point de vue de l’égalité entre les sexes sont indéniables : les taux d’emplois des femmes y sont désormais comparables à ceux des bons élèves européens. 1)  Quelle société pour demain    ?  Il faut placer l’enfant et son bien­être au centre de la nouvelle organisation sociale. A partir des années 1990.   le   programme  « Aid   to   Family   with   Dependent   Children”  est   devenu   le  « Temporary Assistance to Needy Family ». La prise en  compte de ce bien­être conduit à conditionner le développement de l’emploi des parents à  celui des modes de garde de qualité dans lesquels ils sont susceptibles d’avoir toute confiance. et à laquelle seules les personnes actives ont droit. femmes et hommes participent également à l’emploi et en tirent des revenus identiques.

le congé « petite enfance » ne couvrirait que la première année de l’enfant. il faudrait envisager un régime transitoire pour les femmes qui n’ont pas ou peu travaillé. quand le salaire auquel elle peut prétendre est inférieur à celui de son conjoint.8 milliards que coûte l’actuel congé parental. Individualiser l’impôt sur le revenu de la femme mariée supprimerait ce type d’effet pervers. -Le développement de modes de garde de qualité constitue un élément central d’une nouvelle politique d’émancipation : non seulement c’est le facteur clé qui permet l’activité féminine. -En outre. 3) Rationaliser le congé parental par la création d’un congé « petite enfance » •Les congés parentaux longs sont défavorables à l’activité des femmes.2 milliards d’euros. Un congé d’une durée raisonnable ( environ un an ) et bien rémunéré y est en revanche propice. En effet. mais c’est également un facteur essentiel de réduction des inégalités. L’équivalent de 450 000 enfants serait couvert pendant un an par ce congé.) •Les conditions d’accès à ce congé « petite enfance » seraient identiques à celles du congé maternité et paternité. mais il serait rémunéré à hauteur de 80% du salaire sous plafond. Les parents devraient donc avoir accès à un mode de garde jusqu’à la scolarisation.) •Pris à la suite des 10 semaines de congé maternité postnatal. Ils seraient pris en charge par leurs pères et mères de manière paritaire. •Une autre réforme viserait à éviter la surimposition du salaire de la femme mariée. ce congé « petite enfance » pourrait donc durer 42 semaines ( 21 semaines pour la mère. comme cela a par exemple été fait en Suède à l’occasion de la suppression de la pension de veuvage ou de la réforme des pensions de retraite. Les nouvelles dispositions pourraient entrer en vigueur à une date annoncée à l’avance. En effet. le coût en serait d’un peu moins de 5 milliards d’euros par an. perdues en cas de non recours de sa part. 2) Adapter notre système social et fiscal •On pourrait tout d’abord envisager de prélever une cotisation supplémentaire sur les couples mono-actifs pour garantir le financement d’une partie des droits dérivés •En ce qui concerne les avantages familiaux associés à la retraite ( en particulier les pensions de réversion ). 21 semaines pour le père. il resterait à financer 2. et un partage entre le père et la mère de manière à ce que le congé soit non transférable de l’un à l’autre. 4) La fin de la pénurie des modes de garde -Une telle réforme ne doit pas faire obstacle à ce que les parents qui le souhaitent puissent retravailler rapidement. si les parents recouraient à ce congé dans les mêmes proportions qu’aux congés maternité et paternité. bien indemnisé et partager entre les deux parents ( pour obliger les hommes à prendre leur part. 10 . le quotient conjugal engendre une imposition de son salaire supérieure à ce qu’elle serait si elle vivait seule. chaque individu étant dès lors imposé sur son propre salaire. Si l’on déduit les 2. mais il devra être court. Il convient donc que l’enfant puisse être accueilli dès la fin du congé maternité. •Il conviendra de conserver un congé indemnisé à l’attention des parents qui souhaitent conserver un certain temps à l’enfant juste après sa naissance. avec des mesures différenciées par générations. Il faut une individualisation totale du droit au congé parental. •Le coût du congé « petite enfance » pour la collectivité serait très raisonnable.

45 milliards d’euros par an. l’école maternelle semble une solution appréciable. la crèche semble en revanche une solution adaptée à la prise en charge des enfants de 1 à 2 ans et demi. Si pour les enfants de 2 à 3 ans. sans lequel nous ne parviendrons pas à enclencher un second mouvement d’émancipation des femmes ne peut se faire sans la participation active des entreprises. Et quand la pénurie de mode de garde sera réglée. Plusieurs solutions sont envisageables. mais aussi les horaires atypiques auxquels sont soumises beaucoup de femmes. ni un brise-carrière pour les mères. En outre. notamment dans les services. 6)Un temps de travail davantage favorable à la vie de famille •La société française devrait s’interroger sur la compatibilité des horaires de travail avec la vie familiale en se donnant pour objectif de limiter non seulement les réunions tardives. soit 1.32% du PIB. mais toutes exigent un investissement important de la part de la collectivité. Les réformes proposées ici supposent un montant supplémentaire de 5. en rythme de fonctionnement maximal. les dépenses de fonctionnement annuelles pour la prise en charge des enfants de moins de 6 ans sont d’environ 22. •Enfin. • Actuellement. le réseau actuel des assistantes maternelles peut également être mobilisé pour augmenter rapidement la capacité d’accueil du dispositif de prise en charge de la petite enfance. •L’aménagement des temps sociaux. 5) Un investissement rentable à long terme Pour que la garde des jeunes enfants ne soit ni un casse-tête. il convient de mettre davantage de moyens en œuvre.6 milliards par an. il faut rappeler que l’accroissement de l’emploi féminin constitue avant tout un enjeu de justice sociale.-Dès lors il est urgent d’en finir avec la pénurie des structures d’accueil. on verra que la création de ces nouvelles places en crèche aura permis l’entrée sur le marché du travail de mères actuellement inactives. donc à long terme. CONCLUSION La poursuite du travail d’émancipation des femmes est urgente est nécessaire. la dépense annuelle pour la garde et la scolarisation des enfants de moins de 6 ans sera d’environ 28 milliards d’euros ( hors investissement pour la création des places en question. indépendamment de la question de la rentabilité financière de telles mesures.) •Sur le long terme. parce qu’elle  répond à la satisfaction de 3 intérêts convergents dans la société française contemporaine : •Les intérêts des femmes : l’exigence de justice devrait inciter la société française à leur accorder comme aux hommes des conditions de construction de soi propres à assurer leur 11 . Il faut dès lors ouvrir davantage de places en crèches.

autonomie. par le biais d’un changement radical des normes de références et mettre ainsi fin aux conceptions réactionnaires des rôles impartis à chacun en fonction du sexe. il faut permettre aux individus de mener leurs projets de vie librement.) Dans un objectif d’organisation sociétale plus juste. •Les intérêts des enfants : ils ont besoin de leurs parents pour s’épanouir. Les parents doivent être en mesure de se rendre disponibles à la vie familiale. c’est contribuer à rendre la société plus neutre du point de vue des genres. 12 . •Les intérêts de la société toute entière : l’emploi des femmes est une variable décisive pour une nouvelle stratégie de l’Etat Providence. et que demander aux hommes de participer davantage à l’éducation des enfants ou aux tâches ménagères ne les « dévirilisera » en rien. grâce aux pouvoirs publics. le seul à pouvoir travailler et d’autre part la femme. ainsi que de structures d’accueil adaptées permettant aux parents de travailler. mais également développeraient des modes de garde d’enfants de qualité et accessibles à tous. c’est affirmer que cet ordre des choses n’est pas établi depuis la nuit des temps et qu’il n’a rien de naturel. qui verraient d’une part l’homme « naturellement » breadwinner. sans que cette fécondité débridée n’entrave le moins du monde le déroulement de leur carrière. Finir d’émanciper la femme. Cela devra passer par un travail collectif positif. qui seraient conçus pour repenser l’ensemble de la vie professionnelle et intervenir sur les entreprises afin de permettre cet équilibre idéal… Mener à son terme l’émancipation des femmes. appelée par nature à élever les enfants et s’occuper des tâches domestiques. Il représente une ressource majeure de production et un moyen de financer la protection sociale ( et donc de faire face au défi du vieillissement. indépendamment de leur sexe. qui encourageraient l’emploi des femmes. au moyen de politiques publiques audacieuses et volontaristes. Femmes et hommes doivent pouvoir engendrer autant d’enfants qu’ils le désirent.