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L’UTOPIE DE LA COMMUNICATION

:
LE MYTHE DU « VILLAGE PLANÉTAIRE ».
Philippe BRETON

Mots clés :
- Société de communication
- Utopie
- Entropie
- Cybernétique
- Information
- Science fiction

Philippe BRETON, chercheur au CNRS, enseigne à la Sorbonne. Il est notamment l’auteur de
l’Explosion de la communication ou le Culte de l’Internet.

Thèse de l’ouvrage :
L’idée de « société de communication » n’est pas nouvelle. Elle date de 1942 et a été l’œuvre du
cybernéticien WIENER. Il s’agit en fait de considérer l’homme comme un être purement social,
capteur et générateur d’information.
Cette utopie a bénéficié d’un moment favorable dans l’histoire pour pouvoir s’étendre. Elle
remplit le vide philosophique lié au traumatisme issu de la 2nd Guerre Mondiale.
Cependant, l’auteur démontre que cette société de communication n’est qu’une utopie, car
parallèlement à elle réapparaissent de nouvelles formes de xénophobie.

La méthode :
Le raisonnement se fait en 2 temps, le 1e étant de démontrer que cette notion de société de
communication n’est pas nouvelle, et le 2nd de monter comme elle apparaît comme une valeur post
traumatique.

Intérêt du sujet :

 Une question politique :
o Rapport de l’idéologie de la communication et l’existence de forces politiques qui ont
o en commun le désir d’exclusion, de repli et de purification.
o L’apologie d’une universalité planétaire sans contenu, les enthousiasmes naïfs pour les
« mondes virtuels » et le « village global » ont paradoxalement rendu attrayant le repli
identitaire, le rejet de l’autre, comme moyen de retrouver de « vraies racines ».
o Concentration entre les mains des médias du pouvoir sur l’information les rend des
outils potentiels de vastes entreprises de désinformation. Les autoroute de la
communication pourrait aussi être le support d’un régime totalitaire.

 Le vide de la culture
o Peu de critiques de la « société de communication » : R DEBRAY, J BAUDRILLARD
et L SFEZ, A GRAS.
o La critique de l’utopie : maintenir une distinction entre les outils et l’usage que l’on en
fait et surtout la place et la signification qu’une société leur accorde.
o La question pertinente est donc de se demander pourquoi nos sociétés accordent,
depuis le milieu du siècle, une telle importance à la communication. Cette utopie a des
allures de fausse modernité (traits conservateurs). La présence des techniques dans
notre environnement quotidien n’est pas le signe automatique de la modernité.

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et surtout de profondes transformations concernant la représentant de ce qu’est un homme dans une société donnée (la « constitution normative de l’humain » de P LEGENDRE)  N WIENER. après une longue période d’oubli a ressurgi avec les discours d’accompagnement qui entourent les autoroutes de la communication. 19es montrent une sensibilité très forte à la communication et aux espoirs qu’elle suscite. oA priori. la véritable modernité est d’abord politique et seulement.// idée que le développement des médias et de la liberté de communication sont des conditions essentielles au progrès des sociétés. 2 . mais de s’interroger sur son versant le plus excessif. La cybernétique. autant de communication ?  Depuis quand ce mot a pris sa signification actuelle ? Les Lumières. la science générale de la communication. représentation très large et universelle de l’homme par son apologie du consensus.  Naissance d’une nouvelle utopie : Pourquoi parle t on aujourd’hui. réduit à son image. Cependant. ensuite. Mise en garde : l’objet n’est pas de critiquer gratuitement la communication. la crise des valeurs et la progression du relativisme. mais faiblement rencontrante). nous nous méfions des utopies.  1942 : le retrait du politique qui s’amorce. éventuellement technique. l’utopie de la communication de WIERNER se répand dans la société est y provoque des effets pervers (un homme sans intérieur. Effets pervers de la société de communication : Depuis la 2e guerre mondiale. développement d’un néo-individualisme : l’homme vit dans une société fortement communicante. créateur de la cybernétique.

mathématicien. Critique de la thèse de MAC LUHAN : Elle est trop simplificatrice. La communication est à la fois une opération technique du langage et un mouvement d’innovation dans le domaine des techniques susceptibles de porter la parole sous la forme d’un message. Selon lui. téléphonie). B/ Paradigme unificateur  La « cybernétique » : C’est la recherche des lois générales de la communication. WIENER. qu’elles impliquent les machines. sciences naturelles. culturels (matérialisme organique dominant dans la philosophie chinoise) ou intellectuels (mode d’organisation et de reproduction du savoir dans la bureaucratie impériale). puis un livre the human use of human beings (l’usage humain des êtres humains qui sera traduit en français par « cybernétique et société ») 3 .  L’ « illumination méthodique de WIENER » 1942. cosigne un article important intitulé : Behavior.La nouvelle de notion de communication est née dans l’univers scientifique. Elle joue alors un rôle unificateur. puis les médias de masse. Jusqu’alors c’était le monopole quasi exclusif des chercheurs en mathématiques.et 1947-1948 : la communication reste cantonnée au domaine scientifique : la cybernétique opte pour un fonctionnement en réseau avec les autres disciplines.naissance de la notion moderne entre 1942 et 1948. les grandes étapes de l’histoire de l’humanité ont directement découlé des innovations dans le domaine des techniques de communication. puis de l’action politique et sociale. Elle fait l’impasse sur l’ensemble des phénomènes sociaux qui sont préalables à l’innovation et qui conditionnent en amont.  Après la 2e guerre mondiale : réflexion sur la communication. qu’elles concernent des phénomènes naturels ou artificiels. l’imprimerie. intellectuel et social. Il faut s’intéresser au lien entre les techniques de communication et le contexte social dans lequel elles interviennent. . Etapes de la formation de la notion : . par les grandes techniques qu’on été successivement l’écriture.  1947-1948 : volonté explicite de N WIENER (l’un des fondateurs du réseau initial) d’étendre la portée de cette notion de communication au domaine de l’analyse. Thèse de MAC LUHAN a été popularisée dans les années 1960. Ex : échec de l’imprimerie en Chine en raison de facteurs sociaux (refus du mercantilisme). PARTIE 1 : GENESE DE LA NOTION MODERNE DE COMMUNICATION I/ formation d’une notion unificatrice La notion de communication est récente dans le sens que nous lui donnons actuellement. Leur objectif est de construire ensemble un champ interdisciplinaire qui unifie sous une même appellation un ensemble de phénomènes déjà connus (cardiologie. le succès ou l’échec de telle ou telle technique. l’homme ou la société. les animaux. Purpose and Teleology. A/ Les 3 moments de la communication  Entre 1942. La communication est associée à la notion de régulation. Les sociétés humaines seraient directement modelées. L’homme a toujours communiqué. sur le plan culture. enseignant au MIT.

et se déchaîne contre tous les régimes (fasciste. C’est là que réside la théorie du « tout communication » o Critique de la « méthode fonctionnelle » classique qui postule une « intériorité » des phénomènes : Selon WIENER.(idée du thermostat). humains et artificiels en fonction de la théorie selon laquelle les êtres n’existent uniquement que dans leurs rapports mutuels : Le critère est celui de la complexité du comportement d’échange d’information. o La recherche d’une classification générale des phénomènes naturels. implique clairement que tout est à l’extérieur. et représenté comme intégralement constitutif de phénomènes aussi bien naturels qu’artificiels. la neurophysiologie (réseau neuronal MAC CULLOCH). ainsi que sur les implications de la cybernétique pour les sciences humaines. Originalité du texte : instaurer une nouvelle science. Il propose de reconnaître la communication comme valeur centrale pour l’homme et la société. en dernière instance. C’est à ce moment que WIENER introduit la notion de « rétroaction » qui peut être définie comme ce qui sert à désigner la capacité d’un dispositif quelconque à recevoir et à émettre les informations nécessaires au maintien d’un équilibre donné. d’échange et de circulation d’informations. : L’originalité de la présentation réside dans le fait que c’est le mouvement d’échange qui est mis en scène. un ouvrage essentiellement composé de remarques et de résultats scientifiques et techniques qui sera diffusé largement. et l’informatique avec l’invention de l’ordinateur (VAN NEUMANN) C/ La formation de la notion de communication au travers de ses textes fondateurs C’est en 1942. mais du comportement des êtres qui consiste à échanger de l’information. 4 . nouvelle définition de l’homme. totalitaire. WIENER publie cybernetics. en termes de relations. lors d’une conférence que N WIENER affirment ces notions en rupture presque complète avec les conceptions classiques jusque là en vigueur dans les sciences. On voit apparaître l’idée selon laquelle plus un être aura un « comportement de communication » complexe. L’idée maîtresse est que tous les phénomènes du monde visible peuvent se comprendre.  Un réseau fondateur qui touche des sciences différentes telles que l’anthropologie ( G BATESON). et sur la synthèse des travaux sur la théorie mathématique de l’information. 1/ Une nouvelle vision du réel o Il ne parle pas de communication. On y trouve des développements abondants sur les analogies entre le système nerveux de l’homme et certains dispositifs artificiels. démocratique) qui font un usage « non humain » des êtres humains. 2/Une synthèse scientifique En 1948. plus il sera haut dans l’échelle de valeur de l’univers. et introduction des grandes notions qui nourriront les futures « sciences de la communication » comme celle de « rétroaction ». Cela favorise l’émergence de la notion de transparence. affirmer que tout peut s’expliquer en termes de relations. importance des ordinateurs.

 Une société de communication La « thèse » de WIENER est que « la société peut être comprise seulement à travers l’étude des messages et des facilités de transmission qui lui sont propres ». Or. mais pas un phénomène trompeur. L’idée centrale en matière d’exercice du pouvoir est celle de l’autorégulation. par contre. qui circule et rend les systèmes « ouvertes ». celle ci ne change pas. d’une certaine manière.  Une théologie de l’entropie WIENER compare l’action de l’entropie à celle du diable qui selon ST Augustin revêt 2 formes : l’imperfection. Il est en même temps. ou l’être qui sème le désordre et la confusion. A partir de là. elle signifie qu’une société a pu. Ces machines ont 2 fonctions : traiter et échanger individuellement de l’information et maintenir ouverts les canaux de communication qui favorisent la régulation. et donc.II/ la portée sociale d’une nouvelle valeur Dans son ouvrage publié en 1949 The human use of human being. la base de tout dispositif technique de communication. Mais même dans cette perspective. C’est à ce point précis que le discours de WIENER passe de l’énoncé de notions scientifiques à celles des valeurs qui sont aptes à assurer le maintien du lien social. Le rôle de l’homme est de faire « reculer localement l’entropie ». relève d’un procédé malin au sens strict. car une fois qu’elle est connue. une fonction sociale majeure. et qui nous vivons dans un monde inéluctablement voué à la destruction. Une société donnée est ainsi entièrement constituée par les messages qui circulent en son sein. A/ La construction d’une nouvelle valeur La notion d’entropie va jouer un rôle central dans cette vision du monde organisée autour de l’information et de la communication. Il va soutenir que les sociétés humaines ne peuvent être comprises qu’en termes de communication et il oppose le modèle des sociétés « ouvertes » et « rigides (parallèle avec l’opposition entre opacité et transparence). mais de créer des machines qui remplaceront les hommes dans leurs prises de décisions délicates. toute entière. Elle a été importée de la thermodynamique. Son argumentation se déploie autour d’un axe qui oppose information et entropie. Le premier acte qui permet de faire reculer localement l’entropie est la reconnaissance par les hommes de l’importance décisive des phénomènes de communication. par exemple. Pour lui. Ex :l’ordinateur. Certains de ces modèles vont augmenter l’entropie alors que d’autres permettent de maintenir ces îlots d’organisation locale. et il faut identifier clairement la nature exacte des modèles de communication qu’une société ou qu’une communauté donnée privilégie. constituée par ses communications. et de l’autre une machine à communiquer. et en 5 . la démarche de WIENER est double : une société est par nature. dont la 2nd loi énonce que tout système isolé tend vers un état de désordre maximal. L’entropie que l’homme peut générer. se doter d’un « réseau de communication nationale et internationale d’une perfection inégalée dans l’histoire ». Le scientifique a alors une mission fondamentale qui est non pas de « prendre le pouvoir ». Il est en effet persuadé que l’univers est un système clos qui va vers son nivellement absolu. Le rôle de la communication est alors de s’attaquer à la fois au désordre créé par l’homme et au Mal que la Nature porte en elle. d’un côté c’est une machine rendue possible en raison de l’évolution des connaissances sur la communication. WIENER va la transposer et l’appliquer au champ de l’information. l’entropie « naturelle » de l’univers est une imperfection originelle. Cette distinction est importante car. le strict opposé de l’entropie est l’information. L’entropie se définit comme l’ordre inverse de l’ordre généré par l’information. il a de fait. Ainsi le langage peut être brouillé par la nature (bruits de fonds) ou par « les entreprises d’hommes obstinés à changer de force sa signification ». il demeure certaines règles et valeurs humaines. vivante. WIENER développe les raisons pour lesquelles la communication doit devenir une valeur centrale pour lutter contre la crainte du chaos social.

Leur attitude critique vis à vis de l’utilisation de la bombe atomique a prouvé en même temps leur puissance (ils l’ont découvert) et leur sagesse (ils se sont opposés à son utilisation). il a s’agir d’un engagement plus concret dans le conflit à partir des résultats pratiques de la science elle-même (la chimie pendant la guerre de 1914-1918). beaucoup éprouvent le sentiment d’être directement concernés par les évènements et peuvent y intervenir de manière décisive. et soutiendront les différents nationalismes. Ex : activité des briseurs de codes avec à leur tête le mathématicien A TURING. a longtemps été. les scientifiques sont largement sollicités pour produire de nouvelles connaissances ainsi que pour guider les politiques. l’un des fondateurs de l’informatique moderne.  La mobilisation des mathématiciens De nos jours.même temps risquer de sombrer dans la décadence parce que ce réseau n’est pas utilisé pour « communiquer véritablement ». en partie. Puis dès le début des années 1914.  La militarisation de la science L’homme de science. Très rapidement. les chercheurs étaient majoritairement pacifistes. dans l’imagination populaire.  Une attitude ambiguë : Pendant l’entre deux guerres. le fort désir d’apporter en contrepartie une contribution positive au sort de l’humanité. recalculer sa position. loin des idéologies partisanes et leur capacité de réflexion sur le monde semble de ce fait entièrement préservée. bien qu’il soit souvent proche du pouvoir. désinformation). Ainsi. qu’on attend les fondations de la nouvelle société d’après guerre. WIENER : « la communication est le ciment de la société et ceux dont le travail consiste à maintenir libres les voies de communication sont ceux là mêmes dont dépend surtout la perpétuité ou la chute de notre civilisation ». les scientifiques sont investis d’une grande légitimité pour prendre en charge les affaires du monde. Malgré cette implication dramatique de la science dans le conflit. Leur position d’expert est vécue comme « neutre » et « objective ». Cet engagement s’accroît pendant la seconde guerre mondiale. ou plutôt grâce à elle. un « homme de paix ». la guerre se caractérise par son caractère indirect. Sa participation directe aux massacres commis pendant la guerre l’éjecte brutalement de ce piédestal confortable. où tous les secteurs de la science sont mis à contribution.  Les scientifiques et l’idéologie : L’utilisation des bombes atomiques contre les populations civiles japonaises à deux reprises en 1945 va contribuer à la montée d’un fort sentiment de responsabilité des scientifiques vis à vis de la société. certains renoueront rapidement avec le service du Prince. C’est d’eux. chez certains savants. puis se sont rangés du côté de ceux qui pouvaient financer leurs recherches. il faut donc pouvoir en permanence anticiper. Il va notamment provoquer. Les premières années du 20e siècle voient la mise en place d’une tentative de certains représentants de la communauté scientifique de prendre littéralement le pouvoir au niveau mondial. Cela s’explique par leur sensibilité aux évènements ainsi que la légitimité absolue qu’ils incarnent. en tout cas. ou du moins de dissoudre toutes les formes de pouvoir associées à l’Etat-nation. on ne voit plus son ennemi. 6 . L’innovation va dans 2 directions : le développement des machines mathématiques et le développement de modèles de compréhension et de décision pour des situations trop complexes pour être appréhendées par l’esprit humain. dans un contexte de guerre idéologique. considéré comme le facteur principal dans la genèse des conflits et des guerres. notamment la physique nucléaire et le domaine du calcul et du traitement de l’information (psychologie. diriger ses coups sans jamais l’apercevoir. propagande. B/ la montée de l’implication sociale des scientifiques A l’époque des années 40.

qui vit dans une société sans secret.  L’ « homme de WIENER » Pour WIENER. Cet homme nouveau est une sorte d’antithèse. Les médias sont ainsi l’outil essentiel qui permet à l’homme de réagir de façon appropriée aux réactions qui l’entourent. A/ Un « homme nouveau » Les nouvelles conceptions s’articulent autours de 2 principes : tout être qui communique à un certain niveau de complexité est digne de se voir reconnaître une existence en tant qu’être social . Ces 3 valeurs se concentrent autour du thème d’un homme nouveau que l’on appelle l’homo communicans. et jusqu’à la remise en question des valeurs qui caractérise la 2nd moitié e du 20 s. En outre.  L’homo communicans. entièrement définis par leurs capacités à communiquer. Son intérieur est tout entier à l’extérieur.  l’apologie de la pensée rationnelle La nouvelle utopie n’est pas une tentative de dévalorisation de la pensée. Il s’agit d’un être sans intériorité et sans corps. du conflit ou de l’agression sont écartées. PARTIE 2/ LA CRISE DES VALEURS ET LA MONTEE DE L’UTOPIE I/ la formation d’une nouvelle utopie L’idée d’une société de communication voit le jour en 1942. mais des « êtres sociaux ». En quoi est ce une utopie ? L KOLAKOWSKI définit l’utopie comme « la foi en une société où non seulement les sources du mal. comme jamais. ce qu’il devient et ce qui l’entoure ». il « réagit à une réaction ». dans une société rendue transparente grâce aux nouvelles « machines à communiquer ». et ce n’est pas le corps biologique qui fonde cette existence en tant qu’être social. date qui marque le tournant définitif du conflit mondial dans la barbarie. 7 . c’est ainsi que G BATESON décrit le lien social. mais de sa capacité à collecter. mais où se réalise une réconciliation totale entre ce que l’homme est. C’est un double placement de l’identité de l’homme : à la fois une dévalorisation du corps et une revalorisation de la pensée rationnelle. Il n’a pas d’intériorité. l’image centrale qui permettait de penser l’homme reposait sur la métaphore de l’intériorité (sa personnalité). à traiter. D’une certaine façon avec la communication. la transparence pour comprendre les fondements de la société moderne. une autre définition anthropologique de l’homme. un être sans intérieur Au 19e s. le projet utopique qui se noue autour de la communication se développe à 3 niveaux : une société idéale. WIENER va s’intéresser à l’architecture du lien social. un homme dirigé de l’extérieur qui tire son énergie non des qualités intrinsèques qui viendraient du fond de lui même. et va privilégier. la promotion de la communication comme valeur. il réagit. L’idée est que cette notion prend une telle force du fait de son contexte historique. qui n’existe qu’à travers l’information et l’échange. à analyser l’information dont il a besoin pour vivre. mais bien la nature « informationnelle » de l’être en question. un homme est un être tout entier constitué d’information. et se trouve potentiellement en concurrence directe avec d’autres êtres qui risquent de le battre sur le terrain de la complexité. (// l’inconscient de FREUD) La nouvelle utopie fournit une métaphore alternative à l’homme « dirigé de l’intérieur » : l’homme moderne est un « être communicant ». Il n’agit pas. il ne réagit pas à une action. Un être tout entier tourné vers le social. Il représente un élément intermédiaire du vaste processus de communication croisées qui caractérise une société. il n’y a plus d’ « êtres humains ».

On imagine une société nouvelle dont la construction ne requiert pas une purification préalable puisque son principe de fonctionnement est justement la communication et le consensus rationnel. le jeu social devient un jeu à information complète. Le lien social fonctionne sur la base de la raison.nécessité absolue que les hommes soient reconnus comme des êtres communicants et que ses facultés soient utilisées en ce sens. l’homme est transparent à la société. la communication se nourrit d’un certain héritage anarchiste.que la société s’autorégule grâce à la rétroaction et au caractère ouvert des voies de communication.  L’ « anarchisme rationnel » : le mode de gestion politique de cette société Les impératifs de WIENER sont triples : . la pensée de l’homme est une qualité qui ne lui appartient donc pas en propre puisqu’elle est transférable en dehors de la personne. il a une forte connotation rationnelle parce que les décisions. L’Etat mondial ne serait que fonctionnel. l’idéal utopique de changement social qui avait commencé à s’exprimer un siècle auparavant. plus proches de la technique : les machines. Grâce à la communication.  La nouvelle société s’articule autour du thème fondamental de la transparence sociale qui concerne indissociablement l’homme et la société. du calcul. et la société est transparente pour l’homme. Dans ce sens. et du même coup. Ainsi. est un calcul et par conséquent que cela est indépendant du support biologique et transférable. qui s’articule autour du progrès technique et d’un rapport nouveau aux machines. sont prises sur le mode de la raison et de préférence. . par les machines. C’est la transparence qui permet cette fusion. La pensée. dans une telle société. Elles ont leur propre langage. d’où le pouvoir comme mode d’exercice du gouvernement est banni.  Les machines à communiquer Le processus de formation de la communication comme valeur va s’enrichir en s’étendant vers de nouveaux territoires. Il n’y a donc plus un niveau où agirait l’individu et un autre qui serait celui de la société : l’un et l’autre sont fondus dans un lien social moderne unitaire.que les machines aient dans la société le statut qu’elles méritent et qu’on transfère vers elles la responsabilité des processus de commande et de décision . Ex : recherche scientifiques sur l’intelligence artificielle. Elle s’en distingue toutefois par le type de régulation sociale qu’elle propose. et sont reconnues depuis 1942 comme des êtres communicants. Cependant. mais aussi autour d’une autre définition de l’homme et du lien social. Cela rappelle les thèses anarchistes puisqu’il dessine une société sans Etat. WIENER critique les modes d’organisation territoriale qui privilégient des ensembles trop vastes pour soutenir l’idée selon laquelle les petites communautés de vie ont des capacités de régulation plus importantes. Cette croyance en la possibilité pour les machines de devenir intelligences va être un des aspects essentiels du mythe fondateur de notre modernité. comme action communicante. B/ Une société de communication Parallèlement à ce nouveau concept d’humanité va naître le thème d’une nouvelle société où la « communication doit avoir l’étendue qu’elle mérite à bon droit comme phénomène central ». sans le savoir. 8 . = Le thème de la société de communication reprend à son compte.

un vide et un silence dans lesquels s’engouffreront les théories modernes de la communication nées. Pourtant au milieu du XIXe s. de ce point de vue. la guerre devient pleinement et de tous côtés une guerre « idéologique » . le lieu de la sélection des « espèces » les plus adaptées. La seconde guerre mondiale a constitué la plus grande menace contre le lien social. A partir de l’hiver 1941-1942. C’est au XVIIIe XIXe s. seules survivent les espèces les plus fortes et les plus adaptées. qui définissaient l’étranger comme celui qui ne faisait pas partie de l’ethnie. « Indien ». Elle a conduit à un effondrement massif des valeurs au discrédit des idéologies traditionnelles et peut être. justement en 1942. La barbarie qui dévaste les valeurs du XX e s est une barbarie moderne dont les traits sont spécifiques : absence de résistance du politique voire convergence sur certains points tels que le progrès de la société par le retranchement de certains de ses membres.  Le darwinisme social fournit un cadre mental pour penser les rapports sociaux. « primitif »). la perte de crédibilité qui va atteindre au bout du compte le politique tout entier. la société serait. Cet ébranlement du lien social va créer les conditions d’une transformation en profondeur des représentations de ce qu’est un homme. l’effondrement des valeurs. L’eugénisme et son souci de perfectibilité de l’homme va particulièrement bien s’articuler sur cette théorie. Tout cela intervient dans un contexte global où la dégradation des conditions morales et notamment de la valeur de l’homme conduit à légitimer tous les excès. l’idée que certains membres de la société en sont pas des hommes et que leur apparence d’humanité est même une menace (« sauvage ». est préparée sur la plan théorique et philosophique par 2 courants d’idées qui ont un large succès au siècle précédent. Il y a eu des définitions « ethniques » qui ont eu cours jusqu’à la construction des Etats-nations modernes. 9 . moment clé où l’humanité bascule concrètement dans la barbarie absolue. car l’idée de race n’est pas la seule manière de désigner celui qu’il faut rejeter au delà des frontières de l’humanité. Pourtant.II/ La barbarie moderne et l’effondrement des valeurs Il s’agit de replacer la théorie de WIENER dans son contexte historique. cette question va revenir et tout un réseau de justifications concrètes va alors se mettre en place pour légitimer. et vont laisser. dans différents milieux. B/ L’effondrement des valeurs La « guerre de Trente Ans » n’échappe pas à la question de la définition de l’homme. on ne peut pas dire que le XIXe s mérite le titre de grand inventeur de l’exclusion meurtrière. Ensuite. La faillite de l’humanisme. que l’idée du caractère précieux de la vie humaine apparaît (succès de la science qui entraîne des améliorations des conditions sanitaires et de vie). Puis le grand courant les Lumières innove en désignant tout homme comme un « être humain » doté de droits naturels du simple fait de son existence et non en fonction de son ethnie ou de sa naissance. elle aussi. grâce à un processus de sélection. A/ La « seconde guerre de Trente Ans » Il s’agit globalement de l’ensemble des évènements mondiaux qui se déroulent entre 1914 et les explosions d’Hiroshima et de NAGASAKI. 1/ La lutte contre la morale La déconstruction de la morale qui s’annonce au 20e s. Il faut savoir que jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. au plus vaste renouvellement culturel que l’humanité ait connu jusqu’à présent. c’est que les théories violentes de l’exclusion renaissent au moment même où l’on continue à affirmer en parallèle la primauté de la vie humaine. il faut distinguer le processus d’exclusion interne au racisme. Comme dans la nature où. la vie humaine n’avait finalement que peu d’importance à la fois sur le plan moral et juridique. La grande nouveauté du XIXe s.

Le 20e s sera celui du combat au nom de ces idées. à un moment les faibles ont pris le pouvoir grave à la religion qui est à la fois la « morale » en tant qu’apologie des faibles et la « culture ». avec les bombardements aériens de villes (le premier à Guernica par l’aviation fasciste au service de FRANCO) C/ Le développement des idéologies d’exclusion La dégradation des valeurs qui accompagne tout le 20e s. dépassés ou étrangers. La forte dose d’utopie des idéologies héritées de cette époque explique sans doute ce paradoxe qui est de voir côte à côté se déployer la recherche du bonheur et d’une civilisation meilleure et la mise en œuvre d’une violence et d’une barbarie insoutenable. La barbarie moderne a ceci de particulier qu’elle est perçue par ceux qui la mettent en œuvre comme le moyen de mettre en œuvre un changement vers une société meilleure. une division de la société entre ses membres faibles. Son programme est donc de renverser la morale. pour parvenir au but. qui consacrera l’essentiel de son énergie intellectuelle à dresser les plans de sociétés meilleures. se voit amplifiée par la société politique et les idéologies d’exclusion qu’elle a secrétées. Mais c’est le XIXe s. Un grand désir d’utopie est alors à l’œuvre sur la base d’une double rupture avec la religion. L’attrait pour la transparence dans les sociétés dites de communication est directement issue du lien qui s’établit entre le secret et la barbarie moderne. là où le faible est tout entier guidé par la société et la morale. Ex : le communisme qui veut éradiquer la classe bourgeoise. et au besoin. une ère nouvelle dans la recherche d’une société meilleure. La barbarie moderne est une barbarie qui se donne l’excuse de la civilisation. est qu’elles postulent toutes. Une véritable « révolution morale » intervient à cette époque : toutes les conceptions à base humanistes qui avaient été développées. les faibles. « purifiée ». la morale des faibles prend toujours naissance dans une opposition. 3/ La dégradation générale de la morale 1942 correspond à un accroissement de la brutalité du conflit. argumentées et soutenues au sujet du comportement à adopter vis à vis des civils habitant les pays ennemis vont s’effondrer. l’imposer. les esclaves. Selon lui. La quête de la cité idéale engendre curieusement une grande tolérance par rapport à la violence qu’elle légitime ainsi idéologiquement.  La purification de la société Une des caractéristiques des idéologies nées au 19e s. 2/ La spécificité de la barbarie moderne Ces deux théories ne sauraient à elles seules expliquer la barbarie de la guerre.  La montée de l’utopie C’est le XVIIIe s qui annonce en Europe et en Amérique. les Etats Unis avec le massacre des Indiens. anarchisme. prendre le pouvoir en vue de réaliser cet objectif. L’idée est que le fort est dirigé de l’intérieur et n’obéit qu’à ses instincts. puis avec l’histoire (marxisme. libéralisme). 10 . elle est une « réaction ». d’abord. Le génocide implique une rupture nette et fondamentale du lien social qui menace la société toute entière. Le sens de l’histoire pour lui est clair. Tous ces penseurs ont la même intention : construire (ou retrouver) une société meilleure. les maîtres et de l’autre. C’est dans ce sens qu’elles sont toutes des idéologies de la purification. en opposition avec celle des maîtres qui est une « action ».  « l’homme de NIETZSCHE » : l’humanité est divisée en deux : d’un côté les forts.

mais d’empêcher la dégradation du monde. elle ne fait que lutter contre ce qui empêche l’information de circuler. Tout désormais relèverait de l’argumentation et pourrait être discuté. Les valeurs de la communication apparaissent ainsi comme des valeurs réactionnelles. 1/ L’extension de l’espace de l’argumentable La conséquence centrale de la crise des valeurs et du politique est sans doute l’ouverture sans précédents dans l’histoire de l’humanité à « l’espace de l’argumentable ». Néanmoins. La communication apparaît alors comme une « valeur cadre » qui correspond bien à l’extension de l’espace de l’argumentable plutôt qu’une valeur dorée d’un contenu déterminé et nouveau. Il s’agit d’insister sur la valeur de la transparence plus que sur le contenu même. L’utopie de la communication nous promet une société meilleure dans le sens où la consommation des objets et des machines est considéré comme un « mieux être communicatif ». Cette utopie ne nous promet pas de créer une nouvelle société. En outre. en quelque sorte post-traumatiques. par réaction au silence absolu du génocide nazi. l’originalité de cette thèse est qu’elle promeut une nouvelle valeur qui n’a pas de contenu. 2/ Le renouvellement de l’utopie Le thème de la communication apparaît en parallèle avec le mouvement de retrait des idéologies telles que le communisme ou le libéralisme. car la communication en elle même ne produit pas l’information. 3/ Un « homme sans intérieur » : modèle de l’homme rationnel et transparent  il faut détacher l’homme de son corps biologique afin de le traiter comme un pur être de communication  il faut faire de l’homme un être purement social. les nouvelles conceptions vont aller jusqu’à considérer qu’au delà des hommes. C’est ainsi que le propos doit être modéré. c’est parce que l’homme est irrationnel que les technologies de traitement de l’information semblent l’occasion d’une véritable « révolution » .III/ La communication. 11 . C’est plus un « moins mal être » qu’un « mieux être ». Enfin. Dans cette optique. A l’idée selon laquelle tous les hommes ne sont pas des hommes. il existe des « êtres » (machines intelligentes) qui peuvent prétendre à l’accession à l’humanité. C’est parce que le monde est obscur que le thème de la transparence a autant de succès. Cela pourrait se résumer en un « communiquez ! quel que soit ce que vous communiquez ». ce mieux être communicatif semble avoir plus comme fonction d’éviter une perte que d’obtenir un gain. elle va présenter une alternative à la crise des systèmes de représentation politique. une valeur post traumatique A/ Une triple réponse à la crise C’est parce qu’elle intervient dans une situation de vide à la fois sur le plan des valeurs que sur celui des systèmes de représentation politique. Le thème de la « société de communication » s’ajuste très bien à ce retrait du politique et à la nécessité incontournable d’avoir à imaginer un mode d’organisation sociale qui permette de s’adapter au changement. La fin de la Guerre Froide sonne le glas du politique pour voir apparaître d’idée d’une « société de l’information ». (thèse opposée à celle de « l’homme de NIETZSCHE »). que l’utopie de la communication a connu progressivement un tel succès. plutôt que « dirigé de l’intérieur » par des valeurs. pilotant son destin rationnellement en fonction des contraintes externes. le développement des moyens de communication apparaît naturellement comme la première des priorités et les nouvelles conceptions qui fondent un cadre à la communication sont acceptées.

n’est pas en soi un facteur suffisant pour expliquer l’engouement qu’elles provoquent. C/ L’imprégnation par les usages  L’invention d’une nouvelles machine ou technique  Discours d’accompagnement dont l’objectif est de guider clairement l’usage qui sera fait des nouvelles technologies et d’indiquer le sens qui devra ainsi leur être donné. le cheval de Troie de l’utopie de la communication L’invention des nouvelles machines à communiquer comme l’ordinateur constituent de véritables chevaux de Troie au sens où elles sont le vecteur concret des projets qui ont été conçus avant même que ces machines n’aient été inventées. les discours intellectuels et la littérature et pour finir dans la culture. L’ordinateur est bien le cheval de Troie de l’utopie de la communication dans la société moderne au double sens de la transparence sociale qu’il permet d’obtenir (un monde informatisé est entièrement explicité) et de la rationalité qu’il injecte dans les processus humains tels que ceux de la décision.  Laisser faire par elles mêmes les techniques : transfert des idéaux que ces machines incarnes vers ceux qui les utilisent. L’humanité est appelée à un « virage indispensable et inévitable ». médias moderne) induirait de profondes transformations sociales et culturelles Critiques : Il est vrai que l’usage d’un outil transforme peu ou prou son utilisateur. La littérature de vulgarisation a été un formidable amplificateur de la communication 12 . qui de plus se préoccupe directement de ses applications. Une grande quantité d’articles et d’ouvrages seront écrits à ce sujet. c’est à dire à décrire l’homme moderne comme le pur produit des techniques qu’il utilise et donc de devenir un jouet passif des évènements. Dès lors. 1/ L’influence du nouveau paradigme sur les sciences Les transformations se sont opérées à l’intérieur du monde des sciences du fait de la prise en compte de la problématique de l’information et de la communication. 2/ La vulgarisation La littérature de vulgarisation joue un très grand rôle dans la propagation des grandes vues sur l’homme et la société que WIENER et les cybernéticiens prodiguaient au titre de nouvelle utopie. En outre. Cependant. cela conduit à une impasse. La cybernétique influence toutes les sciences jusqu’à l’anthropologie et la psychologie. mais plutôt à une volonté de rachat des scientifiques par rapport aux dégâts causés par le nucléaire. la présence des techniques dans notre environnement.  L’obstacle du déterminisme : L’idée serait que c’est l’utilisation des outils modernes tels que l’ordinateur qui déterminerait le comportement de l’homme à communiquer. à aller trop loin. imprimerie. D/ Les quatre voies de l’influence intellectuelle La communication. L’ordinateur. Elle met en scène une science. L’invention de l’ordinateur en 1945 se situe à l’intersection entre la crise du savoir et des idéologies et la naissance de l’utopie de la communication. va prendre une place de plus en plus importante dans les sciences. Elle ne répond pas directement à un besoin.  Le modèle explicatif du déterminisme de Marshal MAC LUHAN Thèse : chaque grande étape du développement technique dans le domaine de la communication (écriture. B/ Les voies originales de la diffusion d’une nouvelle valeur classique : par l’intermédiaire les discours sociaux : influence intellectuelle et culturelle directe originale et invisible : la communication se diffuse comme valeur à travers le mouvement de l’innovation et par l’intermédiaire des objets techniques auxquels elle est incorporée : imprégnation par les usages que l’on peut faire d’objets ou de techniques servant à communiquer. unifiée. globale. parallèlement au développement des techniques. la « révolution informatique » est en marche.

qui donnent sur l’extérieur. Le souci de ces auteurs est de sauvegarder à tout pris l’optimisme envers la science dans un contexte où les destructions d’Hiroshima avaient profondément troublé le public. assez peu nombreux. inauguration d’une réflexion sur les problèmes quotidiens que pose la présence accrue des techniques dans notre environnement. description pertinente des changements contemporains du lien social. Ils réalisent alors parfaitement l’idéal utopique de la communication. dans une société de communication. Sur Terre. signe de la phobie ambiante. Elle a ainsi largement répandu le thème du « tout communication ». Comme la vulgarisation. grâce à un système de communication sophistiqué de type holographique. A/ Les auteurs  J W CAMPBELL : il est l’un des pionniers du thème de l’intelligence artificielle. En contrepartie de cet éloignement physique permanent. Cette présentation de la vie sur terre sert ici à mettre en valeur la société qui vit sur Solaria.Il montre la dissolution du lien social et l’accroissement de l’entropie. pourtant murées. les hommes sont entassés dans d’immenses villes où ils n’ont plus guère de contact avec la nature. Sur cette planète chacun vit seul (il n’y a pas de ville. (les machines peuvent améliorer le lien social)  Isaac ASIMOV : c’est l’auteur américain qui a mis en scène l’utopie de la communication de la façon la plus directe et la plus influente. La communication vient ici constituer une solution à ce que l’on pourrait appeler par raccourci une « promiscuité meurtrière ». font leur consultation par médias interposés). mais des propriétés isolées) et la rencontre physique. Il appartient à la famille des « sociologues du futur ». les loyers des appartements qui sont au centre des grands immeubles sont beaucoup plus chers que ceux des logements qui ont des fenêtres. La vision d’un espace trop grand ou le simple fait d’être confronté à l’air libre provoque chez eux une sensation de vertige insupportable. elle n’est que la mise en scène concrète de ce que serait une société où les techniques de communication occuperaient une place centrale. o Son roman « Face aux feux du soleil » paru en 1957. La science fiction sociale devait permettre d’imaginer des points d’application possible de résultats scientifiques actuels ou futurs dans une perspective optimiste.  Philip K DICK est lui aussi un questionneur de l’état et de la nature du lien social. y est vécue comme insupportable (les médecins par exemple. considérée comme un véritable tabou. B/ Science-fiction et lien social  Le roman d’ASIMOV « Face aux feux du soleil » paru en 1957 : o Histoire : ASIMOV nous décrit deux sociétés distinctes (la terre et la planète extérieure « Solaria ») qui représentent deux évolutions possibles de notre monde actuel. o Ses ouvrages se placent dans la mouvance née dans les années 50. sont faiblement rencontrants et fortement communicants.comme valeur à portée universelle. vivent entourés d’une multitude de robots qui les assistent pour les moindres tâches et représentent autant de partenaires avec lesquels chacun a le loisir de communiquer. Son intérêt est triple : anticipation des descriptions des technologies de communication de la vie quotidienne. 13 . qui semble faire désormais partie de la nature humaine tant elle est intériorisée. Elle touche particulièrement le microcosme des ingénieurs et des créateurs dans le cadre des nouvelles technologies. les contacts médiatisés sont fréquentes. de la « science fiction sociale ». Il s’agit d’un monde où les hommes. pourrait être considéré comme un miroir décrivant le mythe de la communication moderne. o Critique : les ouvrages d’ASIMOV sont autant de questions sur la nature du lien social d’une société donnée et sur les réponses que les techniques permettent de fournir aux menaces qui pèsent sur lui. Il y a peu de machines dans ces univers où l’humain remplit tout l’espace et où. Les êtres. 3/ La science fiction promeut la communication comme valeur constitutive de la modernité.

L’essentiel de cette philosophie est ancienne et date de plus d’un demi siècle. le japonais MASUDA et les français JJ SERVAN-SCHREIBER. Un rapport du Standfort Research Institute indique que « l’idée selon laquelle l’informatique. nombre d’indices tendant à indiquer que les clivages entre différents secteurs persisteront ». d’autant plus que l’on croit y lire l’avenir. S NORA. Ex : 1940-1950. on parle de la « société cybernétique » dans tous les journaux. de chaînes de télévision. de médias. la confusion qui s’installe. N NEGROPONTE a bien compris que l’argument de l’inéluctabilité n’est pas suffisant. ce qui est à l’évidence faux. B/ Un attrait contestable Ce discours exerce une force d’attraction considérable sur l’option. Ils ne cessent d’annoncer le « triomphe de l’âge de l’information » et maintenant l’avènement du « cyberespace » avec le thème récent des « autoroutes de l’information ». plus de libertés. les jeux vidéo et les télécommunications seraient bientôt appelés à se fonde en une seule et même gigantesque entité qui offrirait un service global ne repose sur absolument rien. mais elle se réactualise environ tous les 10 à 15 ans sous d’autres formes.  Isoler l’argument central de ces nouveaux militants. dans des laboratoires lointains dont la plupart des chercheurs ignorent l’existence. les américains BRZEZINSKI et TOFFLER. Un des idéologues les plus fins de la « société de communication ». 4 clés d’analyse permettent de relativiser et d’éviter de se laisser prendre malgré soi aux pièges de cette rhétorique utopique.  Les propos sur la « société de communication » ne sont pas nouveaux. 14 . dans une société moderne.Ces 2 auteurs représentent les 2 faces complémentaires d’une même vision de la modernité. société meilleure). compte tenu du renouveau des discours sur le thème des autoroutes de données soutenu par l’ex vice président américain Al GORE. 1960-1970 : c’est le grand moment de la « révolution informatique » (S JOB déclarait « la démocratie. Depuis 20 ans.  Mélange de ce qui existe effectivement. et T BRETON. d’informatique) qui vont provoquer un changement qualitatif (relations plus épanouies. à un degré ou à un autre. certains auteurs ont pensé que ce thème de la « société de l’information » s’essoufflerait. Cela se heurte au rapport assez disjoint que nous avons entre la quantité et la qualité. Au contraire. C’est l’idée selon laquelle la révolution communicationnelle serait en train de se dérouler au Japon ou en Californie. tandis que le second met en scène. de ce qui probable et de ce qui est souhaité. entre le vivant et l’artificiel. A MINC. la promotion de la « société d’information » ou de la « société de communication ». c’est un ordinateur par personne »)  L’avenir serait inéluctable : on sort de l’espace du discutable. qui consiste à dire que ce sont des changements quantitatifs (plus de numérique. en contrepoint. la télévision. Le 1e tente de réguler moralement les changements à venir dans le lien social. tous ont fait. 4/ Les essayistes de la « société de communication » A/ Le discours sur le rôle décisif de la communication dans notre société Les principaux auteurs sont le canadien M MAC LUHAN. Dans les années 1980.

il permet de nommer le secteur des « nouvelles technologies de communication ». les tensions entre l’individualisme exacerbé qui est au fondement du libéralisme et une société rendue de plus en plus collective du fait du recours généralisé à la communication et à ses techniques. là où. Pour WIENER. ou le savoir. tantôt. La communication (et ses techniques) se constitue ainsi comme un recours majeur à tous les dysfonctionnements de notre société. A/ L’utopie de la communication et la progression du libéralisme La communication n’est pas la seule valeur sur le marché des idées. car son idéal est qu’à terme aucune activité humaine ne soit plus gratuite. Pour le citoyen lambda. Au sortir de la Guerre Froide. d’un certain point de vue une redondance. ou encore tout ce qui concerne la vie de la presse ou de l’audiovisuel. les « nouvelles ». 15 . Tantôt. Le libéralisme étend l’emprise de la marchandise sur celui de la communication. ou les rapports internes avec le personnel. il y a aussi le culte de la performance. Il y a aussi des filières universitaires ayant pour objet la communication. et impliquent la remise en question des droits d’auteurs. l’entrave au libre mouvement de l’information entraîne sa stérilisation. • La communication dans l’univers marchand :. PARTIE 3 : LES EFFETS PERVERS DE LA NOUVELLE UTOPIE I/ Les ambiguïtés de la communication. la « politique de communication » concerne la gestion de l’image. le libéralisme et ses valeurs. On pense aussi à la psychologie qui étudie la communication dans sa dimension « interpersonnelle ». par l’intermédiaire du langage et des signes non verbaux. et le système de valeur professionnel des milieux informatiques fortement marqués par l’idéologie de WIENER. pour beaucoup de professionnels. comme par exemple. La contradiction tient à ce que la société exige que l’information soit traitée comme une marchandise et donc soumise aux lois de la propriété privée. L’utopie de WIENER s’est elle concrétisée ? Vivons-nous aujourd’hui dans une « société de communication » ? G BALANDIER souligne que parler de « société de communication » est. à la fois la « donnée ». Le terme « information » est lui aussi difficile à définir. La « société de communication » et la société libérale sont certes des impératifs en partie convergents. Il va essayer de prendre un nouveau souffle avec la récupération des grands thèmes de la communication. des informations sur eux-mêmes et sur les autres. bien que victorieuses. • Les dangers du piratage : contradiction entre l’importance croissante prise par les mémoires et les réseaux d’ordinateurs dans la concentration de l’information. sur leurs actions et sur leur environnement. Ils ont probablement toujours utilisé des « techniques de communication ». Il est vrai que les hommes ont toujours échangé entre eux. 1/ Les nouveaux « gourous » Dans les entreprises. Cette pluralité sémantique atteste l’importance accordée à cette valeur. qu’elles soient matérielles ou intellectuelles. il est identifié exclusivement aux médias. ont subi une lourde perte de crédibilité. Chaque problème trouverait ainsi une approche « rationnelle » grâce à la « communication » qui apporterait à la fois la « transparence » dans l’analyse et le « consensus » dans la solution. B/ Un mot qui ne veut plus rien dire Ce mot revêt des sens divers selon le milieux qui l’utilise. Le piratage et la « délinquance » informatique sont un symptôme révélateur de cette contradiction. mais aussi sur certains points essentiels largement antagonistes. une « bonne information » doit circuler librement pour avoir sa potentialité maximale. Les médias et les réseaux de l’information sont aux cœur de ces contradictions. communiquer veut dire simplement s’adresser à son voisin.

C R BERGER ou J LAZAR. tout se passe comme si nous allions inéluctablement. s’il est à peu près certain que la « société de communication » a pour effet premier de détourner provisoirement les énergies. Ce n’est pas parce qu’un projet social est irréalisable que ses tentatives sont dénuées d’effets concrets. le partage. on ne peut pas dire que la « société de communication » n’arrivera pas. la communication est définie par S H CHAFFEE. contenant des généralisations légitimes permettant d’expliquer les phénomènes associés à la production. à base d’informatique. de nos comportements jusqu’aux plus intimes. elle va de pair avec le développement sans frein de l’espace public et du voyeurisme social. Il n’y a donc aucune contradiction à dénoncer à la fois le caractère illusoire. C/ Une utopie aux effets concrets Malgré cette ambivalence. quand elles ne sont pas déjà parmi nous. Elles sont le domaine de spécialistes inconciliables comme les scientifiques. Il ne faut alors par opposer les « bons » médias. La culture de l’évidence rationnelle des premiers s’affronte à celle de l’argumentation des seconds. Le fait que l’utopie ne se réalise pas ne signifie pas qu’elle n’a pas des conséquences concrètes. de nos systèmes politiques. et connote un ensemble de valeurs positives comme le dialogue. vers une « révolution » globale de notre organisation sociale. il est tout aussi certain que les réseaux de demain pourront servir à ficher les gens et à réduire les libertés. l’essentiel nous échappe. mais de l’autre. 16 . de codes-barres et de violation électronique des libertés. et que paradoxalement. comme le domaine qui « cherche à comprendre la production. on a l’impression que l’on nous montre tout. En outre. et les « mauvaises » technologies. Les sciences de l’information sont diverses. 3/ Des sentiments contradictoires D’un côté cette notion suscite une attraction très forte. En outre. abstrait et transitoire des projets utopiques en matière de communication et à en dénoncer les applications qui ne manqueront pas de survenir. à marche forcée. Ainsi. sur les plans de la couverture des évènements tels que ceux de la Roumanie en 1989 ou de la guerre du Golfe en 1991. Le problème est la trop grande importance sociale confiée aux moyens de communication dans leur ensemble et non leurs effets. les littéraires ou les spécialistes des sciences sociales. au traitement et aux effets ». le traitement et les effets des symboles et des systèmes de signes par des théories analysables. la connaissance . et avec le progrès de l’individualisme et de la solitude. 2/ Les nouvelles sciences de la communication En tant que science enseignée à l’université. ceux qui permettent de lutter pour la démocratie et la pluralité.

mais plutôt de « composer la vérité » à partir des différents points de vue qu’ils ont charge de mettre en scène. l’image et le son. Néanmoins. Les médias ne font que remplir un vide dont ils ne sont pas responsables. ce monde est celui de la « communication pour la communication ». La nouveauté est qu’aujourd’hui les médias prétendent au monopole de la circulation de l’information entre les hommes. Leur rôle n’est pas de produire ou de détenir la vérité. toutes sortes de manipulations sont possibles dans la traduction. les premiers destructeurs de l’idée de « vérité ». La désinformation systématique des messages par des médias. La trop grande importance conférée aux outils dans ce domaine conduit à ce que le média devienne un centre plutôt qu’un passage. sous forme de messages médiatiques. en retour. Leur impact est donc relatif à la nature du lien social dans lequel ils interviennent. L’univers des médias et des autoroutes de la communication sont censés avoir une fonction de médiation. La plus courante est la réécriture d’interview. Ils sont conçus pour aider les hommes. d’un éloignement les uns des autres. C’est dans cette perspective que les médias sont devenus incontournables. les médias contribuent largement. de la connaissance. 17 . Or. oblige à un combat constant visant à les réinterpréter dans leur contexte. avant ce développement. Le « savoir » y est présenté comme un stock d’informations numériques qui seraient disponibles grâce aux autoroutes de l’information. couplé à une soif de rapprochement. L’intervention d’un savant doit désormais être un loisir pour le public qui ne doit jamais être confronté à son ignorance. On pourrait le traduire par une sorte d’idolâtrie qui consisterait à dire que ce n’est plus la communication qui est faite pour l’homme. • Les illusions du multimédia Selon T GAUDIN. les médias prennent la place d’un système de guidage externe de l’action humaine. L’un des tout premiers effets de la mise en utopie des nouvelles techniques de communication et des médias est un formidable déplacement du rôle et de la fonction de l’outil par rapport à ses finalités. B/ L’incontournabilité des médias : le rôle des médias dans la circulation de l’information entre les hommes. l’outil de cette prétendue « révolution » serait la capacité du multimédia à réaliser le « vieux rêve d’uniformisation de l’information » en intégrant sur un même support l’écrit. cloisonné et ne savait rien sur rien. mais l’homme pour la communication. ils sont le seul lieu où l’on trouve les informations permettant de décoder les différents univers dans lesquels nous évoluons. Pour BAUDRILLARD. dont la mission était pourtant d’en garantir l’intégrité. A en croire certains. Le message principal que les médias véhiculent aujourd’hui est l’importance de la communication comme valeur centrale autour de laquelle la société est censée s’organiser. auparavant les données circulaient par des contacts interpersonnels. Ils sont globalement. il y a une différence enter le fait de disposer d’une information et celui d’intérioriser une connaissance. Ils jouent ainsi un rôle important dans le développement de l’idée selon laquelle. Ils sont la réponse à la conscience aiguë que nous avons d’une séparation sociale. • La généralisation du style médiatique Le savoir n’a désormais pas d’autres choix que d’être compris par le plus grand public.II/ L’empire des médias Le monde des médias est en train de déplacer et d’absorber l’essentiel des activités humaines. Dans un autre sens. il faut rappeler que l’amélioration de l’accès au savoir ne changera pas la situation du désir de savoir qui doit animer l’élève. car « l’enjeu n’est plus le message mais le fait que ça communique ». à amplifier les effets de la crise des valeurs. il n’y a pas de vérité. effectivement à mieux communiquer. En outre. mais uniquement des « points de vue ». A partir de là. chacun était isolé. A/ La confusion entre information et connaissance Pour D de ROUGEMONT.

Ce néo-individualisme n’est pas sans rapport avec la montée actuelle de la xénophobie. mais c’est au prix de vider la communication de sa substance : la rencontre avec l’autre. pourvu qu’ils restent à distance.III/ le nouvel individualisme et la montée de la xénophobie Que l’utopie se réalise ou non. B/ Les pièges de l’interactivité Les utopistes répondent à l’argument d’une communication qui encourage la solitude que le concept majeur de la communication. « parlez et tout ira mieux » IV/ Un nouvel individualisme Il est clair que le thème de la communication ne peut avoir de résonance que dans une société dont les membres sont de plus en plus séparés. besoins. • La continuité communicationnelle : En théorie. Ce néo-individualisme se vit comme extraordinairement communicant. Ex : le journal de demain de N NEGROPONTE. La nouvelle utopie génère l’illusion majeure de la toute puissance libératrice de la communication. ce qui est au fond la définition initiale de la xénophobie. Il s’accoutume à un rapport à l’autre qui le rend à la fois phobique à la présence physique d’autrui. on voit bien que l’objectif ici est de désynchroniser 18 . mais aussi d’une « conscience artificielle ». forums électroniques) • la représentation de soi comme une « machine communicante » : Le mythe moderne de « l’intelligence artificielle » contribue largement à développer une telle représentation de soi. la construction d’un espace public universel . bulletins TV. journal. Ex : travailler chez soi. Le recours systématique à la communication produit 2 effets contradictoires : l’uniformisation planétaire des goûts. on pourrait tout accepter des autres. sans véritable rencontre avec l’autre. A/ Une société fortement communicante mais faiblement rencontrante L’élément essentiel du nouvel individualisme que provoque le recours systématique aux médias est la façon dont ceux-ci privilégient la communication indirecte. un journal en lisant tous les télex. Si l’on admet l’idée que toute la société à la fois respecte l’individu dans sa singularité et le fait participer à des mouvements collectifs. mais en même temps étroitement dépendant de sa présence virtuelle. journaux. ou du moins se vivent comme tels. et un repli de l’individu sur lui-même. c’est l’interactivité. humeurs. télé. Ainsi informé. la confrontation avec ce que l’on pourrait appeler au sens fort une surprise. normes et comportements. un individu peut ne jamais cesser de communiquer du matin jusqu’au soir (radio. abstraite.  Le seul fait de communiquer serait suffisant pour vivre harmonieusement en société  La communication pourrait s’instrumentaliser. Puis lui commande de composer en fonction de lui et du moment de la semaine. elle a des effets concrets tels que l’encouragement des nouvelles formes d’individualisme qui caractérisent les sociétés modernes de la fin du 20e s. chacun vivrait de plus en plus dans « son monde ». pouvoir faire les courses dans un supermarché virtuel. pourquoi l’homme ne pourrait il pas âtre considéré comme une machine ? • L’illusion de la libération par la communication. Dans ce nouvel imaginaire. Si l’on peut construire une machine qui soit « comme un homme ». Ex : la psychologue S TURKLE avait remarqué concernent le rapport étroit qu’entretenaient certains de ses patients avec l’ordinateur que celui ci « offre une compagnie dénuée du caractère menaçant de l’intimité avec autrui ». la rencontre avec un univers qu’on n’a pas forcément choisi. qui dispose non seulement d’une intelligence. c’est à dire être l’objet d’un savoir pratique facilement manipulable. Le risque que nous prenons est de devenir une société fortement communicante. mais faiblement rencontrante. Il invente un « agent d’interface » sorte de serviteur électronique qui connaît parfaitement ses goûts.

B/ une société privée de futur La seule image du futur que nous disposions encore est justement celle d’une société de communication hyper-technologique faite de nouveaux médias et d’autoroutes de la communication. est que cet avenir en termes de communication est désormais le seul disponible sur le marché des idées. utopiques ou non. C’est à dire qu’il y a bien un conflit provisoirement irréductible. c’est le déni systématique du conflit. En tant que tel. la communication n’est pas toujours la préoccupation centrale de l’homme. Les dérives de la communication nous renvoient. et en même temps le vrai danger. cette vision futuriste était concurrente avec d’autres visions. La personnalité valorisée est celle de l’homme positif. des systèmes de représentation et la montée de la communication comme utopie. la partition binaire entre le bien (l’harmonie des objectifs) et le mal (le conflit) qui ne laisse que peu de place à une troisième voie qui est celle de la « contractualisation du conflit ». Cela étant dit. le système de valeur qui s’est construit autour d’elle s’est progressivement affirmé comme une alternative possible aux idéologies et aux représentations classiques de l’homme. La vraie nouveauté. une société qui n’a pas d’avenir à se mettre sous la dent ne peut que se dévorer elle- même. Notre société est ainsi désormais presque complètement privée de représentations de son futur. Né dans les tourments d’une longue guerre mondiale et dans les soubresauts d’une dégradation dramatique du lien social. et donc. Le fait est que jusqu’à présent. mais que l’on doit malgré tout avancer dans le cadre d’une communauté effective. La nouvelle utopie soutient que la négation est un « brouillage » dans la communication. L’homme est bien de ce point de vue. en partie structuré par cette pulsion de « sortir de lui » qui l’anime sans fin. celle de la reconstruction de la représentation de l’homme et de la société. Conclusion : La question initiale était : pourquoi la communication a pris autant de place dans notre société ? La communication est devenue en grande partie une utopie. le recours universel à la communication est largement tributaire des circonstances historiques qui lui donnent son sens et sa portée sociale. ne niant ni les différences ni les désaccords. 19 . une des questions essentielles de notre temps. La situation que nous vivons aujourd’hui n’est pas nouvelle.systématiquement tous les individus les uns par rapport aux autres. un être communicant. L’acte de communiquer et celui de bâtir des techniques dans ce but apparaissent en effet à la fois comme une constante anthropologique et comme un ensemble de pratiques très largement soumises aux aléas de l’histoire. Cette mise à distance de l’autre et ce repli dans « mon monde » portent en germe une forme nouvelle de xénophobie V/ Un monde d’harmonie et de consensus A/ La volonté de mettre en place une société harmonieuse et sans conflits L’effet pervers. Le fait que certaines époques soient plus « communicantes » que d’autres est lié au rapport entre la crise du lien social. Or. en miroir.