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La démocratie- monde, Pour une autre gouvernance mondiale

Pascal Lamy
La République des Idées, 2004
M. Ducros (MAP)

Introduction : Le monde a pris une place importante dans la vie quotidienne de chacun,
principalement à cause de trois phénomènes.

- Les deux guerres mondiales et la création de la Société des nations (SDN).


Les deux guerres mondiales ont été accompagnées d’idéologies nationalistes et totalitaires
qui ont eu des conséquences sur le mode entier. Paul Valéry en 1919 dans un ouvrage intitulé
La crise de l’esprit déclare à ce sujet : « Nous autres, civilisations, nous savons désormais que
nous sommes mortelles.»
La SDN est une première tentative de règlement des problèmes à échelle mondiale. Sa
réalisation et surtout son échec ont montré aux pères fondateur de l’Europe qu’une paix
durable ne peut être fondée que sur l’union des peuples européens.

- Les évènements de la fin du XXème siècle sont d’une telle ampleur qu’ils nous concernent
tous. La chute du mur de Berlin, l’effondrement du bloc soviétique et de nouvelles instabilités
politiques obligent à une prise en charge collective des questions globales.

- La mondialisation donne un caractère global à un nombre croissant de phénomènes. Il


s’agit par exemple de l’épuisement des ressources énergétiques, de la destruction de la
biosphère, de l’augmentation des pandémies ou encore des mouvements migratoires.
La mondialisation se définit comme l’interdépendance croissante de tous les peuples de la
planète. Il est nécessaire de mettre en place de nouvelles formes de pouvoirs pour répondre
aux enjeux globaux et à une exigence nouvelle d’efficacité que les Etats-nation ne peuvent
pas satisfaire seuls.

Selon P. Lamy la construction européenne est un exemple d’association de pays, qui


peuvent avoir des intérêts différents, pour régler des questions communes, ce qui peut servir
de modèle à l’élaboration d’une telle collaboration au niveau mondial.
Le projet européen a comme base la prospérité économique, fondée à ses débuts sur le
charbon et l’acier et aujourd’hui l’UE a une action sur le capitalisme de marché.
Mais elle apporte aussi une réponse de long terme aux désordres de l’Histoire, comme par
exemple le conflit historique entre la France et l’Allemagne. Cependant l’UE n’est qu’un
échelon et on ne peut plus penser l’Europe aujourd’hui sans penser le monde.

Les Etats sont démunis face à un grand nombre d’aspects de la mondialisation, car ils ne
peuvent pas régler seuls ce qui se passe à l’échelle mondiale. Les démocraties nationales n’ont
pas les moyens de maîtriser les mutations globales. Il faudrait donc des instances
internationales légitimes pour résoudre les problèmes mondiaux, mais la légitimité reste au
niveau des Etats et il est difficile de fonder une légitimité internationale. De plus les
institutions internationales existantes sont soupçonnées d’illégitimité.

La gouvernance mondiale ne peut pas se passer de démocratie, hors un pouvoir démocratique


s’appuie sur trois piliers.
-La légitimité des procédures et des institutions s’établit grâce à la séparation des pouvoirs,
au suffrage et au système de représentation.

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-L’efficacité est nécessaire et oblige le pouvoir à être responsable de ses actes.
-Il faut aussi créer un espace public de confrontation entre les partis.
Ces trois éléments donnent aux citoyens l’impression d’être maîtres collectivement de leur
destin et créent un sentiment de démocratie.

La crise de la société contemporaine s’explique en partie par le manque de sentiment


démocratique et la question est de savoir comment réagir face à ce phénomène.
Une réflexion sur l’Europe et sur le monde peut donner des idées. En effet l’Union
européenne est la forme la plus avancée d’invention d’un système de gouvernance
démocratique alternationale et non hégémonique.

Thèse soutenue : La gouvernance internationale qui existe aujourd’hui souffre d’un manque
de légitimité et de démocratie. Les problèmes à échelle mondiale nécessitent donc
l’établissement d’une nouvelle gouvernance, que l’auteur appelle démocratie alternationale
( pour la distinguer de la gouvernance internationale qui existe déjà mais est insuffisante selon
lui.)
Définition : « La démocratie alternationale ne se fonde pas sur un peuple historiquement
constitué, mais sur une communauté élargie de peuples qui prennent chaque jour davantage
conscience de leur destin commun.» p. 59

Chapitre I Malaise dans les pouvoirs mondiaux

De plus en plus de questions se posent en termes mondiaux et elles sont principalement de


deux ordres.
-Certains problèmes menacent directement la planète, il s’agit par exemple des atteintes au
système écologique et au bien-être de l’Humanité en général. Les Etats ne s’engagent pas tous
et pas de la même manière pour résoudre ces problèmes, par exemple les Etats-Unis n’ont pas
ratifié le protocole de Kyoto de 1992.
-D’autres problèmes sont liés à l’interdépendance entre l’économie et le politique. Des
rivalités se dessinent pour l’accès aux ressources telles que l’eau et les migrations causées par
la pauvreté s’accentuent.

La mondialisation a fait apparaître une nouvelle sphère d’intérêts communs et les domaines
réservés des gouvernements nationaux diminuent. Un exemple illustrant bien ce phénomène
est la mise en commun dans l’Union européenne des compétences judiciaires, qui avant ne
dépendaient que de l’Etat.
La globalisation des enjeux rend donc nécessaire l’organisation d’un pouvoir politique
mondial mais de nombreuses oppositions rendent cette organisation difficile. Les
souverainistes ont peur de la perte d’autonomie des états et ces derniers ne veulent pas perdre
leurs prérogatives.

Pour l’auteur la prise en charge transnationale des problèmes dépassant les frontières est
nécessaire mais elle n’a pas encore de traduction politique claire, sauf peut-être au travers de
Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations-Unies.
D’autre part le vocabulaire de l’Etat-nation n’est pas suffisant pour dire le monde
d’aujourd’hui, ce qui illustre bien les carences d’une conception internationale des problèmes.

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A) Les failles de la gouvernance inter-nationale

La réunion des souverainetés nationales au sein du concert des Nations ne donne pas une
politique coordonnée et il manque une vision d’ensemble.
Il existe un grand nombre de déclarations internationales mais peu d’actions les suivent. Il
n’y a pas forcément une politique concrète qui met en œuvre ces déclarations ; cependant la
Gouvernance déclamatoire fait avancer la conception du monde et les grands textes comme la
Déclaration des droits de l’Homme de 1948 ont une utilité puisqu’ils affirment des droits et
devoirs.

On distingue aujourd’hui trois genres de gouvernance :


- La gouvernance inter-nationale n’est que la succession des actions des Etats en ordre
dispersé. Dans ce cas il n’y a pas de politique coordonnée.
- La gouvernance déclamatoire se constitue de tous les textes et déclarations
internationales mais ils manquent souvent d’effets concrets.
- La gouvernance par la sphère privée est exercée par les organisations non
gouvernementales, les lobbies et les organisations syndicales. Ils agissent par le biais
de campagnes d’information et de pression et la généralisation de codes de bonne
conduite tels que les labels écologiques. Ce type de gouvernance aboutit à la
privatisation de l’action mais constitue aussi l’embryon d’un espace public mondial.

Il existe des éléments de gouvernance internationale mais ils n’ont pas d’attributs de
démocratie et manquent à la fois de légitimité et d’efficacité.
L’ONU a une légitimité grâce à son Assemblée générale qui regroupe presque tous les pays
du monde mais manque d’efficacité puisque ses résolutions sont soit ignorées soit bafouées.
Les Agences des Nations-Unies ( UNICEF, HCR) ont une légitimité et un rôle visibles mais
manquent souvent de moyens.

L’OMC est efficace dans son rôle de juge suprême du commerce international avec l’organe
de règlement des différends mais sa légitimité est contestée par une partie de l’opinion
publique qui pose la question de savoir au nom de qui et de quoi l’ORD édicte ses règles.

Le FMI et la Banque mondiale sont efficaces car leurs politiques sont mises en œuvre. Ils
manquent toutefois de légitimité car les pays les plus riches pèsent beaucoup plus dans la
prise de décision que les pays pauvres.

B) La démocratie impossible ?

Les relations internationales aujourd’hui ne sont que la juxtaposition de légitimités


nationales et renoncent à rechercher un intérêt commun.
Il existe des cas de communautarisation dans des domaines spécifiques tels que le droit
international qui a mis en place la Charte des Nations unies et les Tribunaux pénaux
internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda. Ces éléments de gouvernance
internationale ne concernent qu’un domaine d’action et sont insuffisants vu l’ampleur des
problèmes à résoudre.
Il est donc nécessaire de construire un pouvoir démocratique alternational, et cette
gouvernance doit être associée à la démocratie.

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Chapitre II Le laboratoire européen

Le but de l’Union européenne (UE) est d’inventer un pouvoir démocratique supranational.


Le sentiment d’appartenance à L’UE n’est pas évident puisque au deuxième semestre 2003
seulement 46 % des citoyens de l’UE estiment que l’appartenance de leur pays à l’UE est une
bonne chose, et 41% ont confiance dans l’UE.
Même si l’UE est en construction et n’est qu’une étape de la gouvernance alternationale,
elle représente un exemple de volonté de réponse commune aux problèmes mondiaux et peut
servir de base de reflexion.

A) L’Europe : un saut technologique de gouvernance.

Les nouveaux principes de gouvernance d’inspiration fédérale sont acquis en UE. Ils ont
permis le passage d’un système international à un système communautaire. La méthode
communautaire se caractérise par des éléments tels que la primauté du Droit européen, la
subsidiarité, le principe de majorité et le monopôle de l’initiative confié à la Commission
européenne.

-La supranationalité est garantie par la Cour de justice des communautés européennes.
-Le principe de subsidiarité entraîne la répartition des compétences entre l’Union et les Etats
au niveau le plus adapté.
-Le principe de majorité revisité s’est imposé au Conseil des ministres des états membres et
au Parlement européen.
-Le monopôle de l’initiative conféré à la Commission lui donne l’exclusivité de l’initiative
des politiques. Elle est indépendante des Etats qui lui font confiance en lui donnant cette
capacité. Cette technique a permis de construire l’UE progressivement. Ainsi ce sont établis le
marché intérieur, l’Euro, et la politique commerciale extérieure européenne.
La Commission européenne rassemble la confiance des Etats membres et garantit ainsi le
projet européen et sa dynamique. Elle construit l’intérêt général européen.

B) Une machine inanimée.

Des freins au sein de chaque Etat ralentissent la construction européenne.


Le Parlement européen ne provoque pas l’enthousiasme dans la population européenne
puisque le sentiment que les décisions sont prises « à Bruxelles », et donc sans concertation,
perdure. Les citoyens nationaux ne se sentent pas proches de l’UE.

Pourtant de nombreux efforts sont faits pour la publicité de l’UE. La Commission fait des
conférences de presse, publie des brochures et crée des sites Internet afin de se faire connaître.
Ces relais d’informations sont nécessaires à la transparence des instances européennes,
cependant le problème persiste et l’espace européen manque toujours de visibilité et de
lisibilité pour les citoyens.

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C) Les fausses pistes

Il y a bien une difficulté à construire l’UE aujourd’hui mais ce ne sont pas forcément les
bons constats qui sont faits ni les bonnes raisons qui sont énoncées, il y a certaines « fausses
pistes.»

•L’idée reçue d’un déficit démocratique est fausse. Le système institutionnel européen offre
des gages d’indépendance, de contrôle et de séparation des pouvoirs qui garantissent la
démocratie.
Les eurosceptiques, dubitatifs quant à l’UE, et les fédéralistes, qui souhaitent une intégration
plus poussée, s’opposent sur la question des institutions mais les bases pour permettre la
démocratie sont construites.

•Une autre fausse piste consiste à nier le problème du sentiment que l’UE est lointaine,
alors qu’il y a bien une distance entre l’UE et les citoyens européens.
Il s’agit pour certains d’un éloignement structurel provoqué par le pouvoir supranational de
l’UE. Il faut dans ce cas rapprocher les institutions européennes des citoyens.

Ce sentiment d’éloignement se trouve au niveau national. Dans la société contemporaine


une coupure croissante se fait jour entre les dispositifs de pouvoir et la société, ce qui fait que
la population ne s’estime pas représentée.
La crise européenne ne serait donc que la répercussion des problèmes des démocraties
nationales. La crise vient en effet pour une part du sentiment qu’ont les citoyens de
l’impuissance du politique à résoudre les nouveaux problèmes.

•La troisième fausse piste serait de penser qu’il n’existe pas de peuple européen et donc pas
non plus de construction européenne démocratique possible.
Au contraire l’UE invente des façons de conjuguer la diversité des peuples. L’idée que hors
des Etats-nation il n’existe pas de démocratie est réductrice.

•La quatrième fausse piste est de penser que le désir d’UE n’existe pas et que la
construction européenne se fait contre les opinions publiques.
Il existe en fait des problèmes et des goûts communs en Europe qui peuvent constituer la base
du sentiment d’appartenance à l’UE.
La montée des extrêmes, le souverainisme, le repli national et la xénophobie marquent les
démocraties européennes depuis les années quatre-vingt dix. Il y a aussi une convergence
structurelle constituée par le vieillissement de la population et la baisse du taux de fécondité.
Ceci aboutit aux mêmes inquiétudes et aux mêmes projets de réformes sur les questions de
retraite et de protection sociale.

Même si la société européenne n’existe pas, il peut y avoir un sentiment d’appartenance


européenne qui crée une identité européenne. La politique de l’UE a des répercussions sur
notre vie quotidienne et peut donc créer ce sentiment d’appartenance. L’identité européenne
est ancrée dans le quotidien, d’où sa force.

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L’objectif de l’UE doit être de superposer l’identité européenne à l’identité nationale. Les
citoyens de l’UE ont une double identité et 47% des européens se disent nationaux et
européens.

L’identité européenne se construit grâce à des éléments variés tels que les échanges scolaires
et universitaires, l’Euro, les débats européens, une Histoire commune faite des entrées de
nouveaux Etats. L’UE est plus une réunification qu’un élargissement de l’Europe.

Le regard des pays qui n’appartiennent pas à l’Europe permet aussi de construire son
identité. De l’extérieur elle est perçue comme unie puisqu’elle fait des choix marqués. Elle est
sensible à des questions telles que le développement durable, la meilleure maîtrise de la
mondialisation et la priorité donnée à la paix.

D) Les vraies pistes

•La première des bonnes explications du désamour entre l’UE et les Européens est le
manque de résultats. L’UE a privilégié les procédures par rapport aux résultats mais le citoyen
européen veut des actions concrètes. C’est la mesure des réalisations de l’UE qui rend l’UE
légitime. Il faut une politique commune pour répondre aux problèmes communs concrets.

-Il y a trois conditions que l’UE doit remplir pour être efficace. L’UE doit d’abord être le
moyen de résoudre des problèmes présents, qui ne puissent être résolus seulement par les
autorités nationales et qui soient communs aux états membres.

-Mais il existe aujourd’hui un décalage entre les réalisations de l’UE et les attentes des
européens. Par exemple les citoyens veulent à 64% une politique extérieure commune mais
les gouvernements refusent de perdre leur souveraineté dans ce domaine.

•Le deuxième manque qui explique la méfiance des citoyens envers l’UE est l’absence de
projet. En effet à ses débuts l’UE s’est construite grâce à ses projets.
S’il existe en fait des idées à long terme, elles ne sont pas assez débattues ni assez visibles
pour l’opinion publique. Ainsi l’Euro a été admis grâce à de nombreux débats.

-L’équilibre subtil de la construction européenne s’est déréglé, il y a moins de débats et plus


de « petits pas », moins de grandes ambitions politiques et plus de normes techniques. La
gouvernance, qui repose sur des règles, a pris le pas sur le gouvernement, qui repose sur les
choix.

-L’UE se heurte à un seuil symbolique qui l’empêche de mener de nouvelles politiques. Il


s’agit du refus des Etats de mettre en commun leur pouvoir, de peur de perdre leur identité.
Il faut donc redonner une place et un sens au choix politique collectif.

-L’UE souffre d’un manque de ritualisation des enjeux politiques tel qu’il se pratique dans
les Etats membres entre les différents partis et courants politiques. Une des explications est le
fait qu’il n’existe pas de grande force politique à échelle européenne. Les partis européens ne
sont que des relais lointains des partis nationaux et ne constituent pas des forces
transeuropéennes autonomes.

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De plus les étiquettes politiques sont différentes selon les pays et difficilement adaptables. Les
Européens ne partagent pas non plus les mêmes types de structuration du débat et de
représentation des enjeux politiques.

E) Leçons d’Europe

La construction européenne est la preuve qu’une gouvernance qui dépasse les Etats-nation
est possible puisqu’elle a mis en place des éléments de gouvernement transnational. L’idéal de
l’UE est démocratique et des progrès doivent être faits pour donner encore plus de poids à
cette organisation.
Il est urgent pour l’UE de fournir des résultats tangibles, mesurables et concrets. Il est aussi
nécessaire de mettre en scène des enjeux politiques accessibles à tous. Ces deux nécessités
s’appliquent aussi à la gouvernance mondiale.

Chapitre III Vers une démocratie alternationale : jalons pour le débat

L’UE est aujourd’hui la tentative la plus aboutie de dépassement de la démocratie nationale.


Or quand la mondialisation impose des arbitrages entre intérêts et valeurs c’est à la
démocratie de les arbitrer. L’enjeu est donc de faire émerger des valeurs communes au-dessus
des conflits d’intérêts.

Cinq éléments constituent les bases d’une gouvernance démocratique mondiale :

-Les valeurs permettent de fonder un sentiment d’appartenance.


-Les acteurs doivent être légitimes pour porter le débat.
-Les lieux reconnus permettent au pouvoir de s’exercer.
-Des mécanismes de gouvernance doivent assurer une réelle efficacité du pouvoir.
-Il faut également des principes sur lesquels s’appuyer, comme la transparence et la solidarité.

A) Des valeurs

La projection dans un avenir commun et des valeurs partagées forgent les liens entre les
Nations. Les seules valeurs mondialement partagées sont les droits de l’Homme, mais ils ne
permettent pas un consensus total puisqu’ils reçoivent des interprétations différentes.
La question est de savoir si la diversité peut être transcendée pour permettre à la
« communauté des nations » de devenir une communauté alternationale.

-Premier jalon : des préférences collectives globales

Un débat sur un projet commun est nécessaire pour définir les biens communs de
l’humanité et pour donner un sens et un avenir aux politiques internationales. Il faut engager
un débat sur les préférences collectives et définir l’intérêt général mondial, de même qu’un
intérêt général européen a été défini.

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Il existe des questions communes au niveau international, comme celles de
l’environnement ou des migrations de populations sur lesquelles les Etats doivent debattre et
s’accorder.

-Deuxième jalon : des normes minimales

Pour harmoniser la volonté des citoyens de tous les pays il faut traduire les préférences
communes dans des normes, en commençant par le moins ambitieux pour pouvoir évoluer. En
élevant progressivement le seuil d’attente des citoyens on peut atteindre la coexistence
pacifiée des préférences collectives.

Lors des conflits entre différents intérêts nationaux, un arbitrage politique doit se mettre en
place. Par exemple la question de l’accès des pays en voie de développement aux
médicaments protégés par des brevets a fait l’objet de débats. Les Etats membres de l’OMC
ont adopté en 2003, sous la pression des pays en voie de développement et de l’UE, une
interprétation plus souple que celle de 1994 des accords sur la propriété intellectuelle. En cas
de grandes pandémies les pays en voie de développement qui ne fabriquent pas de
médicaments peuvent contourner les brevets pharmaceutiques et importer des médicaments
génériques.

Il est donc possible de trouver des décisions collectives si la volonté de faire émerger ces
choix est présente.

-Troisième jalon : des biens collectifs mondiaux

Une gouvernance mondiale a pour but de suppléer aux défaillances des marchés et des
Etats et de protéger la population mondiale.
Un débat permettrait de déterminer les biens collectifs mondiaux que les peuples veulent
préserver et qui constitueraient le socle de la gouvernance mondiale. Le bien collectif mondial
ne peut être qu’un élément pour lequel il n’y a pas de rivalité et qui n’exclut pas des
consommateurs potentiels.
Il existe de nombreux biens collectifs mondiaux : la protection de la couche d’ozone, la
réduction de la pollution de l’air, l’accès à l’eau ou encore la lutte contre la propagation des
maladies infectieuses.

B) Des lieux

-Quatrième jalon : du régionalisme

Les constructions régionales qui rassemblent plusieurs Etats-nation constituent aussi une
première approche de la démocratie alternationale. L’expérience la plus achevée est l’Union
européenne, et après elle le Mercosur.
Composée du Brésil, de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay, cette organisation a pour
but de faire émerger des convergences économiques et politiques de ces régions.

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Ces constructions régionales se donnent des objectifs qui dépassent leurs frontières et sont
en ce sens des réponses aux transformations dues à la mondialisation. De plus les
regroupements régionaux permettent à leurs membres d’avoir plus de poids sur la scène
internationale.
Grâce aux ententes régionales des positions communes se dégagent et la pratique du
compromis se généralise.

-Cinquième jalon : de la subsidiarité

Le principe de subsidiarité consiste à mener les politiques au niveau où c’est nécessaire et


où elles peuvent avoir un effet. Cette méthode permet de lutter contre la concentration
étatique et de répondre aux exigences de légitimité et d’efficacité des actions politiques.

Ainsi dès les années 1970 l’UE prend en charge la protection de l’environnement,
puisqu’elle est confrontée à des questions environnementales d’échelle mondiale. L’UE
élabore un Droit de l’environnement, alors que cette question n’est pas centrale pour les
gouvernements des Etats membres.

-Sixième jalon : des lieux de cohérence

Il faut créer une organisation visible aux citoyens pour rendre la gouvernance mondiale
plus concrète et cohérente. Des lieux doivent être identifiés pour procéder aux arbitrages
nécessaires des questions internationales et donner ainsi plus de cohérence aux décisions.

Le système international manque aussi d’institutions dans certains domaines pour assurer le
lien entre les Etats et les organisations internationales. Il faudrait aujourd’hui une organisation
mondiale de l’environnement et une Agence internationale des migrations. Ainsi J. Delors a
proposé la création d’un conseil de sécurité économique, qui pourrait prendre en charge le
développement durable.

C) Des acteurs

-Septième jalon : des acteurs globaux

Une communauté internationale ne peut émerger que s’il existe un espace commun de
représentation et de débat.
Les volontés politiques doivent faire l’objet d’une appropriation collective grâce à ces
débats mais les grandes rencontres internationales ne permettent pas de prendre des décisions
globales. En effet les contre-pouvoirs tels que les parlements et les représentants de la société
civile n’y sont pas présents.
Comme pour l’UE, la vie internationale manque d’une mise en scène de la confrontation et
des choix collectifs. Elle manque aussi de figures symboliques qui pourraient porter un intérêt
général global et donc en partie abstrait.

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-Huitième jalon : des résultats

Les questions qui se posent à échelle mondiale prennent du temps à être traitées et à être
évaluées. Par exemple il a fallut attendre dix ans pour voir les premières améliorations des
actions menées pour protéger la couche d’Ozone.
Pour rendre visibles les résultats des mesures engagées il faut mettre en avant les résultats
intermédiaires issus des actions menées et non attendre le résultat final, trop long à obtenir vu
le poids des questions à résoudre.
La méthode déjà employée par l’ONU dans ce domaine consiste à définir des objectifs sur
des intérêts communs, à établir un calendrier, et aussi d’établir un système d’incitations et de
sanctions.

D) Des mécanismes de gouvernance réelle

-Neuvième jalon : des majorités

Le principe de représentativité selon lequel chaque Etat a une voix n’est pas sans défaut
mais reste le plus satisfaisant. La volonté d’une représentation mieux pondérée des acteurs
donne jour à des évolutions. Par exemple l’intégration de l’Inde et du Brésil au Conseil de
sécurité de l’ONU est en discussion.
La majorité peut être dégagée grâce à des modalités de vote qui allient les aspects
démographiques et géographiques à l’égalité arithmétique.

-Dixième jalon : d’une capacité d’initiative

La méfiance guide pour l’instant les Etats dans les relations internationales, même si le
Droit international a pacifié les relations entre Etats. La confiance est nécessaire pour
permettre les initiatives, les compromis et les solutions.
Aujourd’hui certains acteurs peuvent déjà être investis de confiance et jouer le rôle de
médiateurs.
Créer l’équivalent de la Commission européenne au niveau mondial paraît difficile mais
certaines organisations internationales ont déjà une réelle capacité d’initiative. Des personnes
comme le secrétaire général de l’ONU, le directeur général du FMI ou le président de la
Banque mondiale ont du pouvoir sur les institutions qu’ils dirigent et peuvent établir des
décisions et des compromis.

-Onzième jalon : mécanismes d’arbitrage des différents

Il faut garantir une justice internationale et le respect de la règle commune, et des


institutions sont déjà mises en place pour cela. La répression des crimes de guerre et des
crimes contre l’humanité est assurée par la Cour pénale internationale, qui a mis en place les
tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie ou le Rwanda.
En ce qui concerne le commerce, la création de l’OMC en 1994 constitue un moyen
contraignant de règlement des différends.

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Il y a trois conditions à la légitimité des règles à former et à appliquer.
- Les mécanismes d’adoption des règles doivent être démocratiques.
- De plus les règles doivent être assumées au niveau national.
- Enfin ces règles ne doivent porter que sur des domaines dans lesquels l’Organisation
internationale concernée est compétente.

E) Des principes

-Douzième jalon : de la transparence

La démocratie s’exerce à condition que l’information soit diffusée, que l’action soit
transparente et que les contre-pouvoirs aient la possibilité de jouer leur rôle.
La transparence et la prise en compte des opinions des contre-pouvoirs doivent être
associées pour plus de légitimité de la gouvernance. Des instances de contrôle exprimant leur
avis sont donc nécessaires.

-Treizième jalon : de la solidarité

La solidarité au niveau national se caractérise par exemple par l’impôt progressif sur le
revenu et le patrimoine et par une législation sociale.
De même une redistribution doit être effectuée à échelle mondiale. Une solidarité financière
permet de lutter contre la maladie et la pauvreté. On voit d’ailleurs émerger une réflexion sur
la question d’une taxation mondiale. Ainsi la taxe Tobin propose de taxer les mouvements de
capitaux. Cependant une limite à cette proposition vient du fait qu’une faible taxation n’aura
pas d’effet sur les mouvements de capitaux spéculatifs tant que les gains qu’ils rapportent
seront élevés.
Il vaudrait donc mieux une taxation sur les revenus du capital sous forme de prélèvement
forfaitaire plutôt que sur les mouvements du capital.
Mais il faut tout d’abord éliminer les dispositifs qui minent de l’intérieur la solidarité, tels
que les paradis fiscaux.

Conclusion :
La Démocratie est la plus précieuse des œuvres humaines. Elle permet de faire reculer la
pauvreté, de limiter les conflits armés et de lutter contre l’injustice. Le système de l’ONU
représente une base qu’il faut investir pour plus de rayonnement mondial.
Une gouvernance alternationale encadrée afin de préserver la démocratie permettrait de
résoudre les problèmes qui se posent à échelle mondiale mais de nombreux progrès sont à
réaliser.
Les pays riches ont un rôle spécial à jouer dans la recherche de solutions globales aux maux
contemporains :
« Aux pays développés, qui ont beaucoup reçu dans le passé et qui ont accumulé atouts
financiers, technologiques et humains, reviendra la responsabilité de favoriser réellement le
développement des autres.» (p. 85)

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