GROUPE DES VERTS

Bordeaux, le 14 mars 2006 Monsieur Alain Rousset Président de la Communauté Urbaine de Bordeaux

Objet : Urbanisme Commercial Monsieur le Président, Suite aux deux réunions de Bureaux dont une partie des débats a porté sur la question de l’urbanisme commercial, nous ne pouvons que nous interroger sur le déficit d’une d’approche globale constaté dans le travail mené par l’agence A-Urba : une étude certes de qualité, mais qui ne prend pas en considération un certain nombre d’enjeux clés liés à l’expansion commerciale. A aucun moment en effet n’est remise en cause la grande distribution comme mode de développement, et nous souhaitons donc attirer votre attention sur un certain nombre de considérations : 1. l’urbanisme commercial connaît actuellement une croissance sur le territoire de la CUB que rien ne semble pouvoir arrêter.

La densité commerciale de la région Aquitaine est passée de 791 m2/1000habitants en 1999 à 1004 m2/1000 habitants en 2004, essentiellement en raison de la croissance de la densité commerciale de la CUB. A l’échelle de la Gironde, la densité de grandes surfaces est forte comparée à d’autres départements : environ 1000 m2/1000 habitants contre environ 800m2/1000 habitants en Haute-Garonne et en LoireAtlantique. Pour ce qui est de la CUB, si sa densité commerciale reste dans la moyenne de certaines grandes agglomérations (comme Nantes, Toulouse et Lille), elle est pour autant à l’heure actuelle supérieure à la moyenne nationale.  Cependant, le véritable sujet d’inquiétude repose dans le fait que la Communauté Urbaine de Bordeaux a connu une accélération massive de l’urbanisation commerciale ces dernières années : +30% de grandes et moyennes surfaces entre 1999 et 2004 !

C’est à un véritable boum commercial que nous assistons depuis quelques années, ceci en seulement 5 ans ! Et ce n’est probablement que le début ! Cette densité commerciale de la CUB, très forte, risque d’exploser avec les projets déjà autorisés, non réalisés à ce jour et qui d’ici 5 ans vont être mis en oeuvre, soit 120 949 m² qui viendront s’ajouter aux 621 993 m² existants sur la CUB (20% de surfaces commerciales supplémentaires !). De plus, les projets fleurissent actuellement : - les « villages de marques », comme le projet de St André de Cubzac, déposé le 9 février devant la CDEC (1800 places de parking, 110 à 130 magasins d’usine mais aussi des hôtels et des activités de

Groupe des Verts de la Communauté Urbaine de Bordeaux Laure Curvale, Marie-Claude Noël, Pierre Hurmic, Noël Mamère, Gérard Chausset, Michel Dané Esplanade Charles de Gaulle - 33076 Bordeaux cedex Tel : 05 56 99 89 34 - Télécopie : 05 56 99 89 01 - Courriel : dnicolas@cu-bordeaux.fr

loisirs, soit 25 000 m², pour 2 millions de visiteurs attendus par an), ou celui de Floirac (25 000 m² qui se veulent être une locomotive pour une zone commerciale de 50 000 m²). - Bordeaux Nord (50 à 60 000 m² de terrains que le Port aurait l’intention de céder au groupe Apsys) - Les Berges du Lac (la partie commerciale est certes gelée pour le moment, mais le groupe Auchan compte toujours profiter de cette grande opération d’aménagement pour augmenter de 20000 m² sa surface commerciale) Ainsi, selon la CCI, pour la seule agglomération bordelaise, la somme de ces surfaces souhaitées atteindrait 169 000 m².  Si l’ensemble de ces projets devait aboutir, la densité commerciale de la Gironde passerait à plus de 1300 m²/1000 habitants ! Aussi, nous dénonçons ce véritable rouleau compresseur de la distribution que rien ne semble pouvoir arrêter.

2. La maîtrise de l’étalement commercial est un enjeu capital pour la CUB Le commerce et les services constituent un vecteur déterminant du développement équilibré des quartiers, des communes et de l’agglomération, tant sur le plan de l’emploi, du service rendu aux consommateurs ou de l’animation urbaine qu’elles induisent. Plus encore que cette croissance inexorable de la densité commerciale, nous sommes particulièrement inquiets en constatant l’absence dans cette étude de réelle prise en compte d’enjeux pourtant prioritaires dans un tel dossier, tels que les problématiques environnementales (flux routiers, assainissement, déchets, etc.) ou les retombées de ces projets sur le commerce de centre-ville. Dans le travail mené par l’A-Urba, il n’en est fait mention que très sommairement. Or, les trois enjeux suivants sont indissociables d’un urbanisme commercial équilibré : • Garantir l’équilibre entre commerces de proximité et commerces périphériques

Le commerce de proximité est d’ores et déjà en crise. Dans nos centres-villes, les banques, les opticiens et les agences immobilières investissent le terrain tandis que les petits commerces alimentaires diminuent chaque année. La concurrence de nouveaux pôles commerciaux en périphérie ne peut que les fragiliser davantage encore, tout en rendant les centres-villes dépendants des périphéries pour son approvisionnement. Le maintien d’un maillage commercial optimal entre commerces de proximité (commerce inter-quartier ou intercommunal) et commerces périphériques constitue donc une priorité pour ne pas pénaliser davantage le commerce de proximité et assurer une complémentarité des différentes formes de distribution. • La maîtrise des flux

Nous sommes frappés de constater dans l’étude de l’A-Urba la faible prise en compte des problématiques de déplacements. Or, le développement de zones commerciales en périphérie, sans aucun réseau structuré de transport collectif (Mériadeck demeurant le seul pôle commercial facilement accessible en transport en commun), ne peut qu’engendrer des flux massifs de voitures, ce qui va à l’encontre des objectifs définis dans l’axe 2 du PDU. Rappelons à ce sujet que l’article 97 de la loi SRU introduit parmi les critères sur le fondement desquels la CDEC doit décider de l’intérêt d’un projet commercial : 1) l’impact global du projet sur les flux de voitures particulières et de véhicules de livraison, et 2) la qualité de la desserte en transport public ou avec des modes alternatifs. Nous joignons en annexe un schéma de l’ADEME démontrant l’impact environnemental, notamment en ce qui concerne la consommation d’énergie et les émissions de CO2, généré par ces grands ensembles dédiés principalement à la voiture. • La maîtrise de l’étalement urbain

Le développement incessant de zones commerciales périphériques auquel nous assistons aujourd’hui s’avère très gourmand en espace, et conduit inexorablement à accentuer l’étalement urbain que nous tentons par ailleurs de contenir. Nous nous trouvons dans une situation paradoxale, en provoquant d’un côté ce que la CUB s’efforce d’éviter de l’autre, via ses politiques urbaines (ZAC, bourgs-centres, PLU…). La priorité est de mettre nos politiques en cohérence.

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Par ailleurs il n’est jamais fait mention dans ces études des coûts pris en charge par la collectivité pour aménager les infrastructures nécessaires à leur installation : échangeurs, rond point, desserte. Enfin, le projet de grand contournement et l’insistance de certains élus pour obtenir des sorties sur leur territoire communal laisseront la porte ouverte à d’autres projets similaires qui viendront accentuer l’ensemble des difficultés déjà annoncées. 3. La CUB face à l’urbanisme commercial La décision de la CUB de procéder à un gel temporaire des surfaces commerciales (notamment dans le cadre du projet Berge du Lac) est évidemment positive. Mais cette pause ne constitue en aucun cas un remède durable à la problématique de l’étalement commercial. Visiblement, les grandes orientations retenues en 1997 dans la Charte d’urbanisme commercial (« renforcer et développer le commerce de proximité », « équilibrer l’offre commerciale entre les différentes formes de distribution » et « donner la priorité au centre-ville ») restent des vœux pieux. De plus, dans ce dossier, force est de constater par exemple que l’organisation actuelle de la CDEC s’appuie plus sur des ententes entre communes que sur la coordination et la concertation. Ainsi, l’espace disponible sur notre territoire s’offre facilement aux volontés hégémoniques de la grande distribution. L’étalement commercial se trouve facilité par des logiques de concurrence entre les différents pôles économiques de l’agglomération. La TPU, qui avait notamment comme ambition d’offrir à l’ensemble des communes un cadre collectif pour un développement économique harmonieux, qui profite à tous, semble sans effet dans le domaine commercial, alors qu’il s’agit aussi de développement économique : pourquoi ? Aussi, nous attendons aujourd’hui plus qu’un état des lieux ou un diagnostic. Nous souhaitons un moratoire des projets énoncés plus haut jusqu’à la fin du mandat de cette assemblée afin de stopper ce déferlement commercial et de mettre en cohérence la politique de développement économique et commercial de la CUB avec les objectifs de développement durable qu’elle s’est fixés, notamment le renforcement des centralités, la mixité sociale et fonctionnelle, la maîtrise des flux automobiles et le développement des transports collectifs. Veuillez croire, Monsieur le Président, en l’assurance de nos salutations distinguées. Gérard CHAUSSET VICE-PRÉSIDENT de la Communauté Urbaine de Bordeaux Adjoint au Maire de Mérignac Laure CURVALE VICE-PRÉSIDENTE de la Communauté Urbaine de Bordeaux Conseillère Municipale de Pessac

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