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La methode dialectique classique et l’accroissement du contenu empirique de

la science economique
Guy Bensimon

(Univer.Pierre Mendés France-Grenoble)
La théorie économique contemporaine, notamment la théorie
microéconomique (néoclassique), se heurte à un problème
d’adéquation à la réalité. Certains auteurs expliquent ce divorce
entre la théorie et la réalité par l’utilisation excessive des
mathématiques
1
. Le proramme de !alras consistant à "aire de
la science économique (l’économie politique pure) une branche
des mathématiques
#
aurait en quelque sorte été réalisé, mais au
prix de la perte de son contenu empirique.
Walras croyait que l’utilisation des matématiques constituait en soi-m!me une métode
"
. Une
métode est une suite d’actions qui s’im#osent au cerceur$ ou au%quelles le cerceur s’astreint$ dans
le #rocessus d’investi&ation qu’il conduit. 'es matématiques sont de leur c(té une science
déductive. )ussi$ s’il #eut e%ister une métode relative à l’usage des matématiques dans une science
em#irique$ l’utilisation des matématiques ne constitue #as en soi-m!me une métode.
'a métode relative * l’usa&e des matématiques en science économique a été clairement dé+inie
,
.
-lle se résume dans la #ro#osition d’a#r.s laquelle l’analyse lo&ique ou qualitative$ c’est-*-dire l’analyse
des ob/ets économiques et de leurs relations * travers l’analyse et la construction du lan&a&e
économique$ 0) #réc.de l’analyse matématique et 1) détermine la +orme ou le ty#e d’analyse
matématique utilisée ainsi que le cam# de son a##lication 2 elle se ram.ne * la +ormule 3 d’abord la
logique, ensuite les mathématiques si elles sont appropriées 4
5
. 6ette métode re#ose sur les #rinci#es
&énérau% suivants
7
8
0) les téor.mes matématiques ne concernent que les ob/ets matématiques$ ils ne sont vrais que
de ces ob/ets 2
1) les ob/ets qu’étudie une science em#irique matématisée sont * distin&uer des ob/ets
matématiques utilisés #ar cette science$ ce qui revient * distin&uer les énoncés de cette science des
énoncés matématiques qui leurs sont associés 2
9
:nstitut d’-tudes Politiques de Grenoble$ 6.-.P.;.-. (6entre d’-tudes de la Pensée et des ;yst.mes -conomiques)$
Université Pierre Mendes France de Grenoble (France). )dresse électronique 8 Guy.Bensimon<ie#.u#m+-&renoble.+r
0
=oir #ar e%em#le >. 6lo?er et P. @o?itt8 3 Si l’économie doit se contenter d’être une subdivision des mathématiques
qui utilise une terminologie particulière, alors elle ne mérite pas d’exister 4 (6lo?er et @o?itt A0BB5$ #. ",C) ou -. Malinvaud 8
3 La fonction véritable de l’économie mathématique est d’apporter la rigueur là où on en a besoin !lle n’est pas de produire
des modèles abstraits pour des économies imaginaires" #’ai le sentiment qu’ils Ales économistesC sont souvent trop loués
pour un travail initial sur des modèles très spéciaux d’économies imaginaires, travail laissant la t$che inachevée, tandis que
les explorations plus utiles et pénibles de l’adéquation au monde réel ne retiennent guère l’attention 4 (Malinvaud A0BB5$ #.
7C)
1
=oir Walras A0BDD$ #. 51C.
"
Walras A0BDD$ #. 5"C.
,
;es #rinci#au% as#ects ont été +i%és #ar les #enseurs classiques et #ar Eeynes (voir sur ces #oints res#ectivement
FouboulaGis A0BB"$ ##. 05B H sq.C et I’Jonnell A0BBIC) 2 voir aussi WalGer A0BBBC.
5
K’Jonnell A0BBI$ #. "5C.
7
=oir Wessel et Finoviev A0BL7C.
0
") en conséquence de 0) et 1)$ les conclusions que l’on obtient sur le com#ortement des ob/ets
étudiés #ar une science em#irique ne #roviennent #as des énoncés matématiques utilisés$ mais des
énoncés sur les ob/ets de cette science 2
,) la croyance que les matématiques #ermettent d’obtenir des conclusions dans les sciences
em#iriques #rovient du +ait que les énoncés de ces sciences sont con+ondus avec les énoncés
matématiques qui leur sont associés 2 en d’autres termes$ on trouvera tou/ours une y#ot.se sur les
ob/ets étudiés #ar une science em#irique qui #ermet d’acce#ter ou de re+user une conclusion obtenue *
l’aide d’énoncés matématiques.
;i donc il y a divorce entre la téorie économique$ dans sa +orme matématique contem#oraine$ et la
réalité$ il n’est #as dM * l’usa&e des matématiques N ce dernier$ quelque e%cessi+ qu’il #uisse #araOtre$
est neutre du #oint de vue du contenu em#irique de la téorie économique - mais * l’absence
d’investi&ation a##ro+ondie des ob/ets économiques et de leurs relations. 6’est #ourquoi$ on ne #eut se
contenter d’attribuer au% matématiques les dé+auts de la téorie économique dominante sans #ro#oser
en m!me tem#s une métode &énérale$ a##ro#riée * l’investi&ation des ob/ets économiques$ qui
#ermettrait d’au&menter le contenu em#irique de la science économique. 'a métode relative * l’usa&e
des matématiques en science économique constituerait un +ra&ment de cette métode &énérale$ de
telle sorte que la matématisation de la science économique a##araisse comme le #rolon&ement naturel
de l’investi&ation économique et non #as comme quelque cose qui enserre et dé+orme la réalité
économique dans un corset de +ormules ma&iques.
Pon ;tuart Mill avait décrit dans son essai intitulé %n the definition of &olitical !conom' ( and on the
method of investigation proper to it #ublié en 0D"7 AMill 0DL,C les as#ects +ondamentau% de la métode
d’investi&ation des #énom.nes économiques$ avant qu’il ne l’a##ro+ondisse$ en tant que métode
&énérale d’investi&ation des #énom.nes com#le%es$ dans son S'stème de Logique AMill 0D77C
7
. '’essai
de Mill est re#résentati+ de ce que l’on #eut a##eler 3 la #iloso#ie de l’économie #olitique classique
an&laise 4 ou 3 téorie de l’économie #olitique 4
D
. 6ette #iloso#ie #artici#e d’une ré+le%ion sur la
connaissance scienti+ique qui est née et s’est dévelo##ée indé#endamment de l’économie #olitique. -lle
est constituée de travau% sur l’économie #olitique an&laise$ et non #as des travau% d’économie #olitique.
-lle +orme une unité$ mais on #eut y distin&uer deu% #arties 8 0) l’économie #olitique$ conQue comme une
téorie universelle$ distincte de l’économie #olitique classique #ro#rement dite$ qui$ #arce qu’elle ne
concerne que les nations 3 industrielles et commerQantes 4$ c’est-*-dire ca#italistes$ n’est #as
universelle$ et 1) la métode d’investi&ation des #énom.nes économiques com#ris comme des
#énom.nes em#iriques com#le%es.
Rous nommerons la métode de Mill 3 métode dialectique classique 4. :l e%iste$ en #iloso#ie$ des
conce#tions variées de la dialectique. Rous re#rendrons celle qui est su&&érée #ar Finoviev A0B7"C
A0BBIC$ d’a#r.s laquelle 3 " la méthode dialectique n’est rien d’autre qu’une pensée scientifique dans
des conditions où, pour paraphraser )arx, les méthodes d’investigation expérimentales et empiriques
doivent laisser la place à la force de l’abstraction, à des postulats théoriques et à des déductions
appliquées à une interconnexion changeante et complexe de relations et de processus #ohn Stuart )ill
avait dé*à tenté de décrire une telle méthode, mais +ieu sait pourquoi on ne l’avait *amais rapprochée
de la dialectique 4
B
. 6ette métode dialectique a été inventée #our la connaissance d’ob/ets com#le%es
qui$ comme les sociétés et les économies$ sont le si.&e de #énom.nes nombreu%$ interdé#endants et
can&eants$ qui ne #euvent !tre su/ets * des e%#ériences sur le mode des e%#ériences #ysiques ou
cimiques. ;on utilisation dans l’investi&ation des #énom.nes sociau% #ermet de construire la classe
des #énom.nes économiques$ elle détermine la +orme abstraite et déductive de la téorie économique
en m!me tem#s qu’elle +i%e les limites ob/ectives de son contenu em#irique.
L
;ur la #iloso#ie économique de Mill$ voir @ausman A0BD0C A0BB1$ notamment ca#. DC$ @ollander A0BD5$ =ol. 0$
notamment ca#. 1C
D
Kutre Mill$ les #rinci#au% re#résentants de cette #iloso#ie sont ;enior$ 6airnes$ ;id&?icG$ Ba&eot et Reville Eeynes.
B
Finoviev A0BBI #. 11"C. Mar% écrivait dans la Pré+ace * la #remi.re édition allemande du 6a#ital que 3l’anal'se des
formes économiques ne peut s’aider du microscope ou des réactifs fournis par la chimie ( l’abstraction est la seule force qui
puisse lui servir d’instrument 4 AMar%$ 0B5I #. 0DC
1
)#r.s Mill$ Mar% a$ de +aQon indé#endante$ e%#osé certains as#ects de la métode dans la troisi.me
#artie de l’,ntroduction de 0D5L
0I
$ * laquelle il +aut a/outer le com#lément de Maurice BlocG qu’il cite et
re#rend * son com#te dans la &ostface de 0DL" * la deu%i.me édition allemande du -apital
00
. -n+in
Eeynes ne dé+init #as une métode sensiblement di++érente lorsqu’il commente sa #ro#osition d’a#r.s
laquelle 3 la science économique est une branche de la logique, une fa.on de penser 4$ ou lorsqu’il
#récise la nature du raisonnement économique dans la /héorie générale
01
. 6ertains as#ects de la
métode dialectique classique ont +ait l’ob/et d’une descri#tion en lo&ique contem#oraine dans les
travau% de Finoviev A0BL"CA0BD"C et Wessel et Finoviev A0BL7C. 6ette descri#tion se ram.ne * +i%er le
sens de certaines e%#ressions comme 3 ob/ets em#iriques 4 3 abstraction 4$ 3 niveau d’abstraction 4$
3 ob/et abstrait 4$ 3 cause 4$ 3 loi 4$ 3 condition 4$ 3 toutes coses é&ales #ar ailleurs 4$ 3 tendance 4.
)##liquée * l’économie$ la métode dialectique est un mode de construction du lan&a&e économique.
'a métode dialectique classique re#ose sur deu% #iliers 8 0) l’ Sobservation vi&ilante’ de la réalité$ ce
qui #résu##ose que le cerceur acce#te qu’il e%iste une réalité économique indé#endante de l’es#rit$
et que cette réalité est susce#tible d’!tre ob/et de science$ et 1) l’abstraction$ qui est un #rocédé distinct
de la &énéralisation. Ju #oint de vue de sa structure$ elle se décom#ose en deu% #rocessus
intellectuels 8 0) le #assa&e du concret * l’abstrait et 1) le #assa&e de l’abstrait au concret
0"
. 6es
#rocessus sont tous deu% des #rocessus déducti+s. -lle est utilisée en science économique dans le but
de découvrir les lois qui ré&issent le com#ortement des ommes dans les relations qu’ils nouent en vue
d’acquérir des ricesses.
Eeynes écrivait que 3 la science économique est une science qui pense en termes de modèles *oint
à l’art de choisir les modèles qui sont pertinents pour le monde contemporain" Les bons économistes
sont rares parce que le don d’utiliser 0l’observation vigilante’
0,
pour choisir les bons modèles, quoiqu’il ne
requiert pas une technique intellectuelle hautement spécialisée, para1t être une chose très rare. 4
05
Ju
#oint de vue de la métode dialectique classique$ la cause #rinci#ale du dé+aut de contenu em#irique de
la téorie économique contem#oraine réside dans l’absence de 3 bons mod.les 4 de l’économie
07
. )ussi
#orterons-nous attention au% #rinci#es de construction de tels mod.les$ qui dans leur +orme la #lus
abstraite$ se ram.nent * l’état de société de Mill ou * la structure économique de Mar%. Mais ces
#rinci#es dé#endent eu%-m!mes en #artie de la conce#tion de la science économique qui est issue de
la métode. 6omme Mill est celui qui a traité le #lus com#l.tement cet as#ect des coses$ nous lui
accorderons une #lace #rivilé&iée sous la +orme d’un commentaire libre de son essai
0L
.
1. Les caractères énéraux de la méthode dialectique classique
Mill est de ceu% #our qui la délimitation des +ronti.res d’une science est insé#arable de la métode
utilisée #ar cette science (voir #. 0,0). '’utilisation de la métode dialectique #our les sciences sociales
(qu’il a##elle 3 métode a priori 4 dans son essai) est /usti+iée #ar la com#le%ité des #énom.nes
sociau%. :l y a une #luralité de causes$ de désirs et d’aversions$ qui déterminent la conduite de l’omme
en société. )ussi$ a+in de /u&er de cette conduite$ +aut-il d’abord étudier comment l’omme a&irait sous
l’in+luence de cacune de ces causes #rises sé#arément (voir #. 0"B).
0I
Jans Mar% A0B5LC
00
3 !n définissant ce qu’il appelle ma méthode d’investigation avec tant de *ustesse, et, en ce qui concerne l’application
que *’en ai faite, tant de bienveillance, qu’est2ce donc que l’auteur a défini si ce n’est la méthode dialectique T 4 AMar%$ 0B5I
##. 1D-1BC.
01
=oir la lettre de Eeynes * >oy @arrod du , /uillet 0B"D dans Eeynes A0BL"C$ et Eeynes A0BL5$ #ar e%em#le ca#. 0D et
10C.
0"
Jans la mesure oU la dialectique est une métode$ c’est-*-dire un ensemble de #rocédés intellectuels$ il n’e%iste #as$
contrairement * ce qu’a++irmait Mar%$ de dialectique dans la nature ou dans la société. )u mieu%$ il y a de la dialectique dans
la t!te des ommes.
0,
Eeynes re#rend l’e%#ression que @arrod avait utilisée.
05
Eeynes$ A0BL" ##. 1B7-1BLC.
07
6’est aussi la t.se dévelo##ée #ar WalGer A0BBBC.
0L
'es ré+érences +aites * l’!ssai sont indiquées #ar le numéro de la #a&e de l’édition de 0DL,$ sans autre mention. 'es
ré+érences +aites au S'stème de logique (édition +ranQaise de 0D77) sont #récédées de la mention de l’ouvra&e.
"
'e +ondement de la métode réside dans l’abstraction$ qu’il a##elle 3 #rinci#e &énéral 4$ le scéma
d’investi&ation consistant * 3 remonter 4 des +aits #articuliers * un #rinci#e &énéral - c’est le #assa&e du
concret * l’abstrait - et ensuite * 3 descendre 4 du #rinci#e &énéral en direction de conclusions
s#éci+iques - c’est le #assa&e de l’abstrait au concret - (voir #. 0,1).
'’abstraction se distin&ue de la &énéralisation. ) l’abstraction corres#ond un cercle d’ob/et #lus lar&e
que celui * #artir duquel elle est construite$ elle couvre 3 un domaine plus large que celui de la question
discutée 4 (#. 0,1). Une &énéralisation (une loi em#irique) est quant * elle e++ectuée * #artir d’un
matériau donné$ et elle n’est acce#tée que #our ce matériau.
'es #lus autes abstractions économiques$ celles qui sont #résentées comme les #rémisses ou les
#ostulats de la science$ sont celles qui ont été construites en dernier$ a#r.s que la science ait accumulé
certains résultats$ certaines abstractions. )utrement dit$ la téorie de l’économie #olitique n’aurait #u
!tre construite avant que ;mit et >icardo n’aient +ormulés leurs téories de l’économie ca#italiste.
'’économie #olitique re#ose sur une abstraction #réalable qui #ermet d’isoler la sous-classe des
#énom.nes économiques dans la classe des #énom.nes sociau% 8 c’est l’abstraction de l’omme
économique$ omme dont la conduite est déterminée #ar le seul désir de ricesses. ;es conclusions
sont obtenues * #artir d’a++irmations sur l’omme économique et sur l’or&anisation sociale et
économique qui est abstraite de l’observation de la société. Pour cette raison qu’elle obtient ses
conclusions * #artir d’abstractions$ l’économie #olitique est une science abstraite et déductive (voir #.
0,5).
1.1. Les abstractions économiques ultimes $ l’état de société et les lois
économiques
Parmi les lois de la nature umaine$ il en est qui a##artiennent * l’omme en tant qu’il est un !tre
biolo&ique 2 il en est d’autres qui lui a##artiennent en tant qu’il +ait #artie 3 d’une agrégation d’êtres
humains, coopérant s'stématiquement pour des buts communs 4 (#. 0",). 6es derni.res sont les 3 lois
de la société, ou loi de la nature humaine dans l’état social 4 (#. 0"5$ souli&né #ar Mill). 6es lois +orment
le su/et d’une brance de la science qu’il a##ellera dans le S'stème de logique 3 sociolo&ie &énérale 4.
6ette science énonce les lois de l’or&anisation sociale. -lle montre 3par quels principes de sa nature
l’homme est amené à entrer dans un état de société ( comment ces caractéristiques agissent sur ses
intérêts et sensations, et à travers eux, sur sa conduite ( comment l’association tend progressivement à
devenir plus étroite, et comment la coopération s’étend d’elle2même à des buts de plus en plus
nombreux ( quels sont ces buts et quels sont les variétés de mo'ens les plus généralement adoptés
pour les poursuivre ( quelles sont les relations variées qui s’établissent d’elles2mêmes parmi les êtres
humains comme les conséquences ordinaires de leur union sociale ( comment ces relations se
différencient dans les différents états de société ( dans quel ordre historique ces états tendent à se
succéder l’un à l’autre ( et quels sont les effets de chacun de ces états sur la conduite et le caractère de
l’homme 4 (#. 0"5-0"7)
'’état de société est l’abstraction ultime de la société. 6elle-ci est réduite au% &rou#es d’ommes qui
coo#.rent * la #oursuite de buts communs et * leurs relations nécessaires$ qui découlent de leurs buts
et du sim#le +ait qu’il sont re&rou#és. 'a di++érenciation des relations selon les di++érents états de société
constitue un #as vers les sociétés concr.tes.
'’état de société est une abstraction commune * Mill et * Mar% (ce dernier l’a##elait 3 structure
économique de la société 4)$ et m!me * ;mit. -lle est décisive en économie #olitique en ce qu’elle est
* l’ori&ine du contenu em#irique de la téorie économique.
'es lois économiques sont les lois de la société reliées au désir de ricesse de l’omme$ dans le
sens +ort oU l’omme #ré+.re une ricesse #lus &rande * une #lus #etite$ et * sa ca#acité de /u&er de
l’e++icacité com#arée des moyens de #arvenir * cette +in. )ucun autre #rinci#e de la nature umaine
n’est #ris en com#te$ * l’e%ce#tion de ceu% qui contrarient #er#étuellement le désir de ricesse$ * savoir
l’aversion #our le travail et le désir de /ouissance immédiate de #laisirs coMteu%. 'a construction de ces
abstractions économiques #ermet de dé+inir en retour l’e%#ression 3 #énom.nes économiques 4 8 ces
,
derniers sont les #énom.nes sociau% qui sont en&endrés #ar la conduite de l’omme lorsqu’il est
considéré comme étant mM #ar le seul désir de ricesse. 6e sont les #énom.nes d’acquisition de
ricesses$ de consommation de ricesses$ de #roduction de ricesses$ de ré#artition de ricesses$ de
#rotection de la #ossession de ricesses$ de distribution de ricesses$ et les autres #énom.nes qui
leurs sont reliés$ tels la monnaie$ le crédit$ l’accroissement de la #roductivité$ etc. (voir ##. 0"L-0"D)
'es relations entre l’économie #olitique et la sociolo&ie &énérale sont des relations entre niveau%
d’abstraction. 'a sociolo&ie &énérale$ qui n’est concernée que #ar le #énom.ne de l’or&anisation
sociale$ laisse de c(té les activités concr.tes$ #armi lesquelles les activités économiques$ #our ne
s’intéresser qu’* la +orme de leur or&anisation. -lle se situe donc * un niveau d’abstraction #lus élevé
que celui de l’économie #olitique$ laquelle est orientée sur la conduite de l’omme mM #ar le désir de
ricesse dans le cadre de l’or&anisation sociale et #rend donc en considération les #énom.nes de
ricesse mentionnés$ ainsi que les +ormes #articuli.res d’or&anisation sociale en&endrées #ar le seul +ait
de la #résence de ces #énom.nes. ) ce niveau d’abstraction de l’économie #olitique$ les 3 causes 4
des #énom.nes économiques sont réduites au% lois économiques et au% #rinci#es &énérau%
d’or&anisation sociale et économique. 'e #assa&e de l’abstrait au concret$ #ar lequel l’économie
#olitique se réa##ro#rie le réel et e%ibe son contenu em#irique$ consiste essentiellement * s#éci+ier
l’état de société de la société étudiée avec #lus ou moins de détails selon le niveau d’abstraction auquel
on se #lace$ #ourvu que l’état de société en question #ermette l’e%#ression du désir de ricesses des
ommes$ et donc l’action des lois économiques.
1.#. Le passae de l’abstrait au concret $ conditions et tendances
'e #assa&e de l’abstrait au concret se réalise lorsque ces #rinci#es sont a##liqués * un cas
#articulier$ car 3 " alors il est nécessaire de prendre en compte toutes les conditions individuelles de ce
cas 4 (#. 05I). :l y a les conditions du cas qui corres#ondent * des 3 ensembles de conditions
considérés par la science abstraite 4 et les autres conditions du cas 3 qui n’étant pas communes à une
grande classe de cas bien définie, ne tombent pas sous la connaissance de la science 4 (#. 05I) 6es
derni.res conditions sont les Scauses #erturbatrices’ 6es causes #erturbatrices en&endrent une
incertitude 3 qui na1t de l’impossibilité d’être tout à fait s3rs que toutes les conditions du cas particulier
sont connues de nous avec suffisamment de détail 4 (#. 05I).
'a #résence des causes #erturbatrices ne constitue #as une #erversion de la métode dialectique$
car ces cause ont leurs #ro#res lois$ de telle sorte que si les lois des causes #erturbatrices identi+iées
sont connues$ la #erturbation #eut !tre #rédite a priori. Voute+ois$ on ne #eut !tre assuré a priori que
toutes les conditions d’un #énom.nes ont été #rises en com#te. Pour cette raison$ dans cette #ase de
#assa&e de l’abstrait au concret$ il devient nécessaire de scruter dans le détail les conditions qui
entourent caque #énom.ne #articulier$ de +aQon * réduire l’écart entre les #rédictions sur le
#énom.ne et le #énom.ne réalisé (voir ##. 050-05")
'a #résence de causes #erturbatrices im#ose de raisonner sur les #énom.nes économiques en
termes de tendance 8 3 /outes les lois de causation, étant susceptibles d’être contrariées, doivent être
énoncées en des termes affirmant seulement des tendances et non des résultats actuels 4 (S'stème
de logique$ V. 0$ #. 5II) 'orsqu’en économie #olitique on a++irme quelque cose sur un #énom.ne$ on
a++irme en +ait une tendance de ce #énom.ne. 6omme l’e%istence d’une tendance se mani+este en
&énéral #ar un écart entre ce qui est a++irmé du #énom.ne * #artir de la science abstraite et des
causes #erturbatrices connues$ et ce qui est observé sur le #énom.ne$ on #eut !tre conduit * #enser
qu’il e%iste des 3 e%ce#tions * la loi 4$ ce que Mill ré+ute avec +orce 8 3 ,l n’' a pas une loi et une
exception à cette loi 4 la loi agissant dans quatre vingt dix neuf cas et l’exception dans un cas ,l ' a
deux lois pouvant agir ensemble dans les cent cas, et produire par leur réunion un effet commun 4 (#.
071) -n d’autres termes$ la tendance est vraie de tous les cas #our lesquels la loi$ qui #rend le nom de
3 loi tendancielle 4$ #eut !tre invoquée$ et non #as seulement de quelques uns ou de la #lu#art.
5
'a structure de la métode dialectique classique #eut !tre décom#osée en deu% sous-structures. 'a
#remi.re re&rou#e les actions qui #ermettent de construire les abstractions * #artir de l’observation des
#énom.nes réels et des acquits de la science concernée #ar les #énom.nes. 'a seconde re&rou#e
les actions #ar lesquelles sont sélectionnées les conditions du #énom.ne qui$ associées au%
abstractions$ #ermettent d’obtenir les conclusions sur le #énom.ne$ ses tendances. 'e résultat obtenu
est ce que Mar% a##elait le 3 concret #ensé 4 ou 3 une rice totalité de déterminations 4.
Rous allons * #résent illustrer certains as#ects de la métode dialectique classique 8 l’abstraction et
les conditions d’action des lois économiques.
#. L’abstraction
1%
'e but #rinci#al de cette section est de distin&uer les statuts lo&iques des ob/ets et de di++érencier
abstraction et &énéralisation.
#.1. &b'ets empiriques et procédés d’abstraction
'es ob/ets em#iriques sont les ob/ets qui a&issent directement$ ou indirectement #ar l’intermédiaire
d’autres ob/ets (des instruments #ar e%em#le)$ sur l’a##areil sensoriel. :ls sont donc #erQus$ ou leur trace
est observée. 'es ob/ets em#iriques #oss.dent les caractéristiques suivantes 8 0) ils viennent *
l’e%istence et dis#araissent 2 1) leur durée d’e%istence est dé+inie 2 ") ils #oss.dent une e%tension
s#atiale dé+inie 2 ,) ils ont une e%istence unique dans le tem#s (un ob/et em#irique n’e%iste #as deu% +ois
ou #lus) et dans l’es#ace (deu% ob/ets em#iriques ou #lus n’occu#ent #as la m!me ré&ion s#atiale) 2 5)
ils can&ent$ c’est-*-dire qu’ils #erdent certains attributs (au moins un) ou en acqui.rent d’autres (au
moins un) au cours de leur e%istence 2 7) ils sont stables$ c’est-*-dire qu’ils conservent certains attributs
(au moins un) au cours de leur e%istence.
'es dimensions s#atiale et tem#orelle des ob/ets em#iriques$ ainsi que leur stabilité et leur
can&ement sont considérés comme des attributs de ces ob/ets. 'a naissance et la dis#arition d’un ob/et
em#irique sont des cas #articuliers de can&ement. Un a&ré&at d’ob/ets em#iriques est é&alement un
ob/et em#irique.
J’a#r.s ces dé+initions$ un ob/et #ysique$ un individu$ un &rou#e$ une société$ l’économie d’une
société$ sont des d’ob/ets em#iriques.
'’abstraction consiste soit * né&li&er et * ne #as #rendre en considération certains attributs d’un ob/et
em#irique N abstraction e%clusive-né&ative - $ soit * sélectionner et * considérer seulement certains
attributs d’un ob/et em#irique - abstraction sélective-#ositive -.
'es ob/ets créés #ar abstraction n’e%istent #as dans la réalité. Mais cela ne si&ni+ie #as qu’ils #erdent
tou/ours leur caract.re d’ob/ets em#iriques. -n e++et$ si les attributs de l’ob/et em#irique qui sont né&li&és
ne sont ni ses dimensions s#atiale et tem#orelle$ ni le +ait qu’il can&e$ l’ob/et créé #ar abstraction reste
un ob/et em#irique. Je m!me$ si #armi les attributs de l’ob/et qui sont sélectionnés$ se trouvent sa
dimension s#atiale et tem#orelle ainsi que le +ait qu’il can&e$ l’ob/et créé #ar abstraction reste un ob/et
em#irique. Kn dénotera les attributs sans lesquels un ob/et ne serait #as un ob/et em#irique #ar les
termes-#rédicats P
0
$ P
1
$ W$ P
m
$ m ≥ 0.
Kn retiendra le scéma &énéral suivant de dé+inition d’un terme 8 s est #ar dé+inition le terme d’un
ob/et sX tel que l’ob/et sX a l’attribut (dési&né #ar ) P
0
et l’attribut P
1
W et W 'a notation est la suivante 8
s* 8 3 un ob/et 4
χ 8 l’o#érateur +ormateur de terme (3 qui 4$ 3 tel que 4$ 3 le +ait que 4)
. 8 la con/onction (P . Y si&ni+ie 3 * la +ois P$ Y 4)
¬ 8 la né&ation (¬P si&ni+ie 3 n’a #as P 4)
∨ 8 la dis/onction +aible (P ∨ Y si&ni+ie 3 au moins l’un de P$ Y 4)
'e scéma de dé+inition mentionné s’écrit dans cette notation 8
s Z
J+
s* χ (P
0
. P
1
.

W . P
n
. P
0
. P
1
. W . P
m
)$ (n ≥ 0$ m ≥ 0)
0D
=oir ;ubbotin A0BLIC$ Wessel et Finoviev A0BL7C$ Finoviev A0BL"CA0BD"C.
7
;u##osons que l’on dé+inisse le terme s
0
comme suit 8
s
0
Z
J+
s*χ (P
0
∨ P
1


W ∨ P
n
. ¬P
0
. ¬P
1
. W . ¬P
m
)
Jans ce cas$ le terme s
0
est un terme d’ob/et abstrait$ et l’ob/et s* est un ob/et abstrait #rimiti+$ c’est-*-
dire construit$ comme le scéma le montre$ * #artir d’un ob/et em#irique. Par dé+inition de s
0
$ s* ne
#oss.de ni dimensions s#atiales$ ni dimension tem#orelle$ ni la #ro#riété du can&ement. Par la +aQon
dont est construit un ob/et abstrait$ un tel ob/et est immuable$ #uisque on e%clut le +ait qu’il can&e. Un
ob/et abstrait #rimiti+ e%iste * #artir du moment oU son terme est dé+ini. 'a valeur est un e%em#le d’ob/et
abstrait #rimiti+ construit * #artir de la marcandise.
;u##osons maintenant que l’on dé+inisse le terme s
1
comme suit 8
s
1
Z
J+
s*χ (¬P
0
∨ ¬P
1
∨ W∨ ¬P
n
. P
0
. P
1
.

W . P
m
)
Jans ce cas$ le terme s
1
est un terme d’ob/et em#irique$ et s*$ bien que construit #ar abstraction$
conserve le statut d’ob/et em#irique$ #uisque les attributs sans lesquels il ne serait #as un ob/et
em#irique sont sélectionnés dans la dé+inition de son terme. Je tels ob/ets sont #ar+ois a##elés
3 situation arti+icielle de recerce 4. '’équilibre classique en constitue un e%em#le construit * #artir
d’une économie ca#italiste.
>evenons au% abstractions de la téorie de l’économie #olitique.
#.#. L’homme économique de (ill et les lois économiques
Pour Mill$ le #rinci#e de la nature umaine qui est * l’ori&ine des #énom.nes économiques est le
désir de ricesse de l’omme. '’énoncé # 3 l’omme est mM #ar le désir de ricesse 4 #eut !tre
considéré comme une dé+inition im#licite du terme 3 omme économique 4$ soit
e.
-n #renant P #our
3 est mM #ar le désir de ricesse 4$ on écrit 8

e
Z
J+
X χ (P)
6et omme économique est un ob/et abstrait$ construit #ar Mill * #artir des ommes des nations
industrielles et commerQantes et des abstractions économiques dé/* construites que sont les
ca#italistes$ les rentiers et les salariés qui recercent res#ectivement les #ro+its$ les rentes$ et les
salaires #lus élevés.
'’omme économique n’a #as e%istence em#irique$ mais cela ne veut #as dire que le terme
3 omme économique 4 ne dési&ne aucun ob/et. 'a construction de l’ob/et abstrait omme économique
revient * ne considérer ces derniers que sous leur as#ect S!tre mM #ar le désir de ricesses’. 6onstruire
l’ob/et abstrait omme économique de la sorte revient * décider que le terme 3 omme économique 4
dénote les ommes réels des nations industrielles et commerQantes. Kn #eut décider d’étendre le cercle
des ob/ets qu’il dési&ne au% ommes des autres nations$ #ourvu que le désir de ricesses soit #résent
ce[ ces derniers.
'a relation entre le terme de l’ob/et abstrait et les termes des ob/ets qu’il dési&ne #ar suite de la
décision mentionnée$ est donnée #ar le #rédicat d’inclusion #ar si&ni+ication$ noté 1 $ 3 le #remier est
inclus #ar si&ni+ication dans le second 4. Par dé+inition$ le terme t
0
est inclus #ar si&ni+ication dans le
terme t
1
si et seulement si tout ob/et dési&né #ar t
1
est aussi dési&né #ar t
0
2 on écrit 8
t
0
1 t
1
;i le conte%te est sans ambi&u\té t
0
1 t
1
#eut se lire 3 l’ob/et t
1
est l’ob/et t
0
4$ ou$ bri.vement 3 t
1
est
t
0
4. Par e%em#le$ 3 nombre 4 1 3 nombre #air 4 8 un nombre #air est un nombre$
;i on #rend
e
#our 3 omme économique 4 et #our 3 omme 4$ on a 8

e
1
ce qui veut dire que tout ob/et dési&né #ar 3 omme 4 est dési&né #ar 3 omme économique 4$ ou que
tout omme est un omme économique. '’inter#rétation em#irique de l’omme économique revient *
sélectionner tous les ommes$ c’est-*-dire les ob/ets dési&nés #ar tels que
e
1 . '’e%tension de la
s#.re d’inter#rétation de
e
au &enre umain consiste * considérer que tous les ommes sont mus
#ar le m!me désir.
L
Mill énonce un certain nombre de #ro#riétés de cet omme économique sous la +orme des
#ro#ositions suivantes 8
#
0 8
l’omme sait /u&er de l’e++icacité com#arée des moyens #our #arvenir * ses +ins (P
0
#our 3 sait
/u&er de l’e++icacité com#arée des moyens #our #arvenir * ses +ins 4)
#
1
8 l’omme #ré+.re une ricesse #lus &rande * une #lus #etite (P
1
#our 3 #ré+.re une ricesse #lus
&rande * une #lus #etite 4)
#
"
8 l’omme est abité #ar l’aversion #our le travail (P
"
#our 3 est abité #ar l’aversion #our le
travail 4)
#
,
8 l’omme recerce la /ouissance immédiate de #laisirs coMteu% (P
,
#our 3 recerce la
/ouissance immédiate de #laisirs coMteu% 4)
6onsidérons ces #ro#ositions comme des #ro#ositions sur l’omme économique. -lles s’écrivent$ (i Z
0$ W$ ,) 8
P
i
(
e
)
6onsidérons maintenant ces #ro#ositions comme des #ro#ositions sur les ommes tel que
e
1 .
-lles sont des #ro#ositions universelles relativement au terme 3 omme 4$ #uisque leur valeur de vérité
(3 !tre vraie 4$ 3 !tre +ausse 4$ 3 !tre indéterminée 4) ne can&e #as lorsque l’on substitue * 3 omme 4
dans les #ro#ositions n’im#orte quel nom #ro#re d’omme. Kn écrit l’universalité des #ro#ositions #
i
relativement * 3 omme 4 (i Z 0$W$,) 8
(∀) P
i
()

e
étant le terme de l’ob/et abstrait omme économique et les ommes l’inter#rétation em#irique de
ce dernier$ on a le scéma déducti+ suivant$ avec ′ #our le #rédicat de conséquence lo&ique (3 le
second est une conséquence lo&ique du #remier 4) 8
P
i
(
e
) . (
e
1 ) ′ (∀) P
i
()
)insi$ si l’on a construit l’ob/et abstrait
e
et que l’on acce#te les #ro#ositions P
i
(
e
)$ on déduit les
#ro#ositions (∀) P
i
() en vertu de la décision que
e
1 .
'es #ro#ositions (∀) P
i
() sont des lois économiques. -lles ne sont #as construites #ar
&énéralisation$ mais #ar abstraction$ et #our cette raison on #eut les a##eler 3 lois abstraites 4. -lles
sont universelles$ et #ar dé+inition n’admettent #as d’e%ce#tions.
Pour illustrer que l’abstraction est un #rocédé di++érent de la &énéralisation$ nous allons e%aminer
l’écriture d’une &énéralisation. ;oit la #ro#osition #
0
3 l’omme sait /u&er de l’e++icacité com#arée des
moyens #our #arvenir * ses +ins 4$ que l’on su##osera !tre le résultat d’une &énéralisation e++ectuée *
#artir d’observations sur les ommes. Prenons @ #our 3 est un omme 4 et x #our variable d’ob/ets. Kn
écrira la #ro#osition 3 quelque soit l’ob/et x$ si x est un omme$ alors x sait /u&er de l’e++icacité
com#arée des moyens #our #arvenir * ses +ins 4$ soit$ avec Τ comme si&ne du conditionnel (siW$
alors) 8
(∀x) ]@(x) Τ P
0
(x)^
Jans cette écriture$ la #ro#osition a++irme P
0
de tout omme et P
0
(x) n’est #as une conséquence
lo&ique de @(x).
'e #rocédé d’abstraction est di++érent. ) #artir de l’observation des ommes et d’un certain
dévelo##ement de la téorie$ on construit l’ob/et abstrait
e
et on décide des ob/ets tels que
e
1 . Je
l’a++irmation P
0
(
e
) et de
e
1 $ on déduit (∀) P
0
(). 6omme d’autre #art si ]P
0
(
e
) . (
e
1 ) ′ (∀) P
0
()^
alors ]P
0
(
e
) . (
e
1 ) Τ (∀) P
0
()^$ la di++érence entre la &énéralisation et l’abstraction a##araOt
clairement dans la di++érence entre les scémas (∀x) ]@(x) Τ P
0
(x)^ d’une #art et P
0
(
e
) . (
e
1 ) Τ (∀)
P
0
() d’autre #art.
#.). L’état économique de la société ou structure économique
'’ob/et de dé#art est la société. '’o#ération d’abstraction consiste * sélectionner un certain nombre
d’attributs de la société$ * les réunir en un tout$ et * considérer ensuite la société comme réduite * ce
D
tout. 'a sélection des attributs n’est #as arbitraire$ elle dé#end des #ostulats de la téorie de l’économie
#olitique. Mar% réduit la société ca#italiste qu’il étudie * la #ro#riété$ au marcé$ * l’écan&e$ * la
concurrence$ au salariat et * la relation de travail ca#italistes$ qui sont autant de relations qui résultent
du +ait que les ommes s’or&anisent en vue de réaliser des buts économiques. Je m!me$ Mill
0B
$ au +ond$
demande de sélectionner les +ormes d’or&anisation sociale qui découlent du sim#le +ait que les ommes
sont re&rou#és et qu’ils se donnent des buts. Parmi ces buts$ il y a les buts économiques. '’état de
société (ou l’état économique d’une société) réduit la société * ces +ormes d’or&anisation sociale et
économique et au% lois qu’elles +ont naOtre. 6es +ormes d’or&anisation #euvent !tre elles-m!mes
réduites au% relations entre les ommes #ar lesquelles elles sont constituées et sur lesquelles elles
re#osent. 6es relations #euvent !tre abstraites des relations que Mar% a sélectionnées 8 au lieu de la
#ro#riété$ on retiendra la relation qui ré&it la #ossession 2 au lieu du marcé$ on retiendra la relation #ar
laquelle les caract.res utiles des biens sont com#arés 2 au lieu de l’écan&e$ on retiendra la relation #ar
laquelle les biens sont acquis 2 au lieu de la concurrence$ la relation #ar laquelle les biens sont ré#artis 2
au lieu du salariat ca#italiste$ la relation salariale indé#endamment de ses +ormes concr.tes 2 et la
relation de travail en &énéral. Voutes ces relations sont susce#tibles d’!tre décrites dans le cadre de la
téorie des relations em#iriques
1I
.
)dmettons la liste de ces relations$ >
0
$ >
1
$ W$ >
n
(n _ 0). 'e terme ; #our 3 état économique de la
société 4 est dé+ini comme suit 8
; Z
J+
;X χ (>
0
. >
1
. W . >
n
)
6’est un terme d’ob/et abstrait$ #uisque #ar dé+inition$ on né&li&e les dimensions s#atio-tem#orelles
de la société et le +ait qu’elle can&e. Un état économique de la société est donc immuable$ il ne se
trans+orme #as en un autre$ et il n’y a #as de loi de trans+ormation de l’un en l’autre. 6omme l’état
économique ne #eut !tre abstrait que de l’observation d’un économie$ on ne #eut #rédire les nouvelles
+ormes d’or&anisation économiques qui naOtront de la dissolution d’une économie.
6ette donnée que l’état de société (l’état économique d’une société) est une abstraction économique
constitue le +il directeur du #assa&e de l’abstrait au concret.
). Le passae de l’abstrait au concret $ conditions et tendances
6omme les #énom.nes économiques sont susce#tibles d’e%ister dans divers états de société$ le
#assa&e de l’abstrait au concret consiste avant tout * e%aminer comment se com#orte l’omme
économique selon les s#éci+ications que l’on a##orte * l’état de société. 6ela revient * étudier comment
(ou sous quelles +ormes) a&issent les lois économiques selon les conditions que l’on +i%e sur l’état de
société. Un #assa&e 3 com#let 4 est néanmoins im#ossible$ car il est im#ossible de +i%er dans le
lan&a&e toutes les conditions mentionnées$ et ces conditions elles-m!mes sont can&eantes$ certaines
a##araissent$ d’autres dis#araissent. Je #lus$ caque condition nouvelle #rise en com#te est en quelque
sorte 3 stylisée 4$ c’est-*-dire qu’elle est e%#rimée (décrite) comme abstraction d’une condition réelle.
)ussi$ le #assa&e de l’abstrait au concret$ loin d’!tre un #rocessus 3 inverse 4 du #rocessus
d’abstraction$ re#ose-t-il lui aussi sur l’abstraction. 'a clause 3 toutes coses é&ales #ar ailleurs 4$
d’a#r.s laquelle les conditions retenues sont les seules énoncées$ qui donc écarte les causes
#erturbatrices$ +ait #ar dé+inition abstraction des conditions non énoncées et des causes #erturbatrices.
6ette clause se retrouve * toutes les éta#es du #assa&e de l’abstrait au concret. J’un autre c(té$ on l’a
vu$ la #résence de causes #erturbatrices im#ose de raisonner en terme de tendances.
).1.Conditions
-%aminons le #robl.me de la déduction dans le #assa&e de l’abstrait au concret. ;u##osons que l’on
s’intéresse * un #robl.me #articulier$ #ar e%em#le le com#ortement du ca#italiste et du salarié dans la
0B
=oir #lus aut et Mill A0D77 V.1 ##. 5ID H sq.C
1I
=oir Bensimon A0BB7 ca#. 1C. Kn y #ro#ose une métode de construction de la structure économique (ou de l’état
économique$ a##elé dans cet ouvra&e 3 ty#e économique 4) d’une société * #artir des relations économiques$ considérées
comme des relations em#iriques$ ainsi qu’une métode de di++érenciation des états économiques.
B
séquence relation salariale-relation de travail. )dmettons que dans sa +orme la #lus abstraite$ cette
séquence entre deu% individus ) et B soit décrite #ar la #ro#osition suivante 8 3 ;i ) donne des
ricesses * B$ alors B #roduit des ricesses #our ) 4$ sous l’y#ot.se que B n’a la #ossibilité de
#roduire des ricesses que dans la séquence de relations mentionnée. 'a déduction consiste * #roduire
des énoncés sur le com#ortement de ) et B dans ces relations$ * #artir des lois économiques. Je tels
énoncés seraient des lois économiques dérivées$ elles aussi abstraites$ #uisque aucune s#éci+ication
d’un état de société n’est introduite. Kn obtiendrait de l* deu% autres lois 8 3 ) donne la #lus #etite
quantité de ricesses #ossible * B 4 et 3 ) essaie d’obtenir de B la #lus &rande quantité de ricesses
#ossible 4. ;u##osons maintenant que l’on introduise la donnée su##lémentaire suivante 8 ) dé#end de
B #our obtenir des ricesses$ et B dé#end de ) #our obtenir des ricesses$ l’y#ot.se sur B étant
maintenue. )dmettons que les lois de la société relatives * la dé#endance des ommes entre eu% soient
les suivantes
10
8 0) l’individu cerce * rendre minimum sa dé#endance vis-*-vis d’autrui$ 1) l’individu
cerce * accroOtre au ma%imum la dé#endance d’autrui vis-*-vis de lui. Kn doit alors s’intéresser au
de&ré de dé#endance réci#roque de l’un #ar ra##ort * l’autre. 6e de&ré est donné #ar les #ossibilités de
substitution. ;i ) ne #eut substituer * B aucun autre B$ sa dé#endance vis-*-vis de B est absolue. -lle
est d’autant #lus +aible que le nombre de B substituables est &rand. Je m!me #our B vis-*-vis de ). -n
vertu des lois de la société$ des lois économiques et de cette nouvelle donnée$ on conclurait que si la
dé#endance de ) #ar ra##ort * B est #lus &rande que la dé#endance de B #ar ra##ort * )$ ) donne * B
#lus que la #lus #etite quantité de ricesses #ossible$ et obtient de B moins que la #lus &rande quantité
de ricesses #ossible. 'es énoncés qui décrivent ce com#ortement de ) et de B ne contredisent #as les
lois économiques dérivées mentionnées$ #uisque celles-ci sont acce#tées sous d’autres conditions. 'e
scéma &énéral est le suivant
11
. ;i v est une variable de condition$ ` un énoncé$ et `/v si&ni+ie que `
est acce#té sous la condition v$ on a 8
(∃v) ` . (∃v) ¬`
de telle sorte que
`/v
5
. ¬` /v
6
n’est #as une contradiction.
;i l’investi&ation de la séquence relation salariale-relation de travail ca#italiste conduit * conclure que
la dé#endance de B (le salarié) est relativement #lus +orte que celle de ) (le ca#italiste)$ les lois dérivées
mentionnées e%ercent leur action dans #resque toute leur #ureté. 'a situation dans laquelle la
dé#endance relative de ) est #lus +orte que celle de B est celle du ra##ort salarial communiste$ dans
laquelle les lois dérivées n’e%ercent #as la #lénitude de leur action
1"
. 'es deu% e%em#les montrent que
des m!mes lois économiques$ on #eut déduire des énoncés sur les com#ortements dans ces cas
analo&ues (la séquence relation salariale-relation de travail) qui a##aremment sont contradictoires$ mais
qui ne le sont #lus si l’on tient com#te de la di++érence des conditions.
6e scéma de déduction #eut !tre continué en a/outant d’autres conditions$ #lus concr.tes.
'e scéma de déduction dans le #assa&e de l’abstrait au concret #eut !tre résumé
1,
8
0) Kn construit #ar abstraction les conditions d’or&anisation sociale et économique au%quelles se
ra##orte le cas concret étudié 2
1) Kn déduit des lois économiques et de ces conditions abstraites d’or&anisation sociale les lois
dérivées de com#ortement dans ces conditions 2
") Kn a/oute * ces conditions d’autres conditions e%traites du cas concret et on déduit * #artir des
lois dérivées et de ces nouvelles conditions$ les lois de com#ortement qui en résultent.
:l conviendrait de donner * ce #rocessus de #assa&e de l’abstrait au concret son e%#ression +ormelle
com#l.te.
10
=oir le /raité de Sociomécanique du Schi7ophrène$ dans Finoviev A0BLLC.
11
;ur les conditions des #ro#ositions voir Wessel et Finoviev A0BL7C et Finoviev A0BD"C.
1"
=oir Bensimon A0BB7C.
1,
=oir aussi @ausman A0BB1 ##. 0,L-0,DC
0I
).#. *endances
:l s Sa&it ici de #réciser le sens du terme 3 tendance 4
15
$ autre+ois d’utilisation courante en téorie
économique.
Kn +orme un #rédicat de tendance * #artir d’un #rédicat et * l’aide de l’o#érateur de tendance t 8 tP
si&ni+ie 3 a tendance * avoir la #ro#riété P 4.
'’a++irmation +ondamentale relative au% #rédicats de tendance est la suivante 8
P(a) Τ tP(a) 8 si l’ob/et a a la #ro#riété P$ alors il a tendance * avoir la #ro#riété P
:l suit de cette a++irmation 8
¬tP(a) Τ ¬ P(a) 8 si a n’a #as tendance * avoir la #ro#riété P$ alors il n’a #as la #ro#riété P.
6omme Mill l’avait remarqué$ un ob/et #eut #résenter une tendance * avoir une #ro#riété P sans que
cette #ro#riété se mani+este dans la réalité$ c’est-*-dire que
tP(a) . ¬ P(a)
#eut !tre vrai (3 l’avion a tendance * tomber et il ne tombe #as 4$ 3 le salaire a tendance * baisser et il
ne baisse #as 4).
Kn #eut avoir un ob/et qui n’a #as simultanément les #ro#riétés P et Y$ c’est-*-dire un ob/et #our
lequel les #ro#riétés P et Y s’e%cluent mutuellement$ mais qui #eut #résenter * la +ois la tendance P et la
tendance Y. Kn a donc 8
¬ ]P(a) . Y(a)^
et en m!me tem#s
tP(a) . tY(a)
Par e%em#le * un m!me instant$ le salaire d’une salarié ou d’un &rou#e de salariés ne #eut #as * la
+ois baisser et au&menter. Mais il #eut avoir tendance * baisser et * au&menter en m!me tem#s du +ait
des lois qui ré&issent le salaire et des circonstances du moment.
'’e%istence des tendances en économie illustre la remarque &énérale de Ba&eot 8 3 les faits du
commerce, spécialement du grand commerce, sont très complexes -ertains des plus importants ne
sont pas à la surface ( certains des plus embrouillés sont à la surface Si vous essa'e7 de résoudre de
tels problèmes sans un appareil méthodologique, vous êtes s3rs d’échouer" 4
17
Penser le concret * la
+aQon de Mill ou Mar% revient * aller au-del* des a##arences$ * #énétrer l’essence des #énom.nes
économiques. 6om#arativement * la téorie de l’économie #olitique$ la téorie dominante
contem#oraine de l’économie s’en tient au% #énom.nes de sur+ace$ qu’elle croit sim#li+ier #ar
l’utilisation des matématiques$ ce qui ne +ait que la vider de toute substance. 6’est #ourquoi$ le retour *
la métode dialectique classique a##araOt comme la condition sine qua non d’un #ro&r.s réel de la
science économique.
+é"érences
Ba&eot Walter A0DBDC$ !conomic Studies$ >. @. @utton$ 'ondon
Bensimon Guy A0BL7C$ !ssai sur l’économie communiste$ '’@armattan$ Paris
15
=oir Finoviev A0BD"$ ##. 1I5 H sq.C
17
Ba&eot A0DBD ##. 01-0"C
00
6lo?er >obert$ @o?itt Peter A0BB5C$ 3 'es +ondements de l’économie 4$ L’économie devient2elle une science
dure$ )ntoine d’)utume et Pean 6artelier ed.$ -conomica$ Paris
@ausman Janiel A0BD0C$ 3 Pon ;tuart Mill’s Piloso#y o+ -conomics 4$ &hilosoph' of Science$ ,D$ ##. "7"-
"D5
@ausman Janiel A0BB1C$ /he inexact and separate science of economics$ 6ambrid&e University Press
@ollander ;amuel A0BD5C$ /he !conomics of #ohn Stuart )ill$ 8ol 5 /heor' and )ethod$ Basil BlacG?ell
Eeynes Pon Maynard A0BL"C$ /he -ollected 9ritings of #ohn )a'nard :e'nes, )acmillan, -ambridge
;niversit' &ress, =ol. `:=
Eeynes Pon Maynard A0BL5C$ /héorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie$ Payot$ Paris
Malinvaud -dmond A0BB5C$ 3 Pourquoi les économistes ne +ont #as de découvertesT 4$ 6olloque
d’-#istémolo&ie économique$ Vunis
Mar% Earl A0B5IC$ Le -apital$ -ditions ;ociales$ Paris$ V. 0
Mar% Earl A0B5LC$ -ontribution à la critique de l<économie politique$ -ditions ;ociales$ Paris
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