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1 TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL POUR LE RWANDA

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4 AFFAIRE N° ICTR-2001-73-T LE PROCUREUR
5 CHAMBRE III C.
6 PROTAIS ZIGIRANYIRAZO
7
8
9 PROCÈS
10 Lundi 6 mars 2006
11 9 h 10
12
13 Devant les Juges :
14 Inés M. Weinberg de Roca, Présidente
15 Khalida Rachid Khan
16 Lee Gacugia Muthoga
17
18 Pour le Greffe :
19 Stephania Ntilatwa
20 Zulphur Mhina
21
22 Pour le Bureau du Procureur :
23 Wallace Kapaya
24 Gina Butler
25 Iskander Ismail
26 Charity Kagwi-Ndungu
27 Jane Mukangira
28
29 Pour la défense de Protais Zigiranyirazo :
30 Me John Philpot
31 Me Peter Zaduk
32
33 Sténotypistes officiels :
34 Françoise Quentin
35 Lydienne Priso
36 Pierre Cozette
37 Claudide Petouo
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1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 TABLE DES MATIÈRES


2 PRÉSENTATION DES MOYENS DE PREUVE À CHARGE
3

4 TÉMOIN ALISON DES FORGES


5

6 Discussion entre les parties.............................................................................2


7 Décision de la Chambre...................................................................................6
8 Suite de l’interrogatoire principal du Bureau du Procureur, par Mme Kagwi-
9 Ndungu............................................................................................................6
10 Contre-interrogatoire de la Défense de Protais Zigiranyirazo, par Me Philpot 11
11

12

13 PIÈCES À CONVICTION
14

15 Pour le Bureau du Procureur :


16 P. 51.................................................................................................................7
17 P. 52...............................................................................................................81
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1 (Début de l’audience : 9 h 10)


2

3 Mme LE PRÉSIDENT :
4 Bonjour, Mesdames, bonjour, Messieurs.
5

6 Mademoiselle Ntilatwa, pouvez-vous nous citer l’affaire inscrite au rôle


7 de la Chambre ce matin ?
8 Mme NTILATWA :
9 Introduction d’instance par le Greffier représenté par Stephania
10 Ntilatwa :
11

12 La Chambre de première instance III du Tribunal pénal international pour


13 le Rwanda, composée des Juges Weinberg de Roca, Présidente de
14 Chambre, Khalida Rachid Khan et Lee Muthoga, siège ce jour lundi 6
15 mars, en audience publique pour la continuation du procès dans l’affaire
16 Le Procureur
17 c. Protais Zigiranyirazo, affaire n° ICTR-01-73-T.
18

19 Je vous remercie, Madame le Président.


20 Mme LE PRÉSIDENT :
21 Je vous remercie.
22

23 Que les parties veuillent se présenter, s’il vous plaît.


24 Mme KAGWI-NDUNGU :
25 Le Banc du Procureur est représenté par Wallace Kapaya, Charity Kagwi,
26 Gina Butler, Iskander Ismail et Jane Mukangira.
27 Mme LE PRÉSIDENT :
28 La composition du Banc du Procureur (sic) ?
29 Me PHILPOT :
30 Bonjour, Mesdames les Juges.
31

32 Pour la Défense, John Philpot, Conseil principal ; Peter Zaduk, Coconseil ;


33 Innocent Nzambona, assistant ; et Philippe Taylor, enquêteur.
34

35 Je vous remercie, Madame le Président


36 Mme LE PRÉSIDENT :

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1 Merci.
2

3 Monsieur Zigiranyirazo, pouvez-vous suivre la procédure en français ?


4 M. ZIGIRANYIRAZO :
5 Bonjour, Madame le Président, bonjour, Honorables Juges.
6 Je vais suivre en français justement.
7

8 Je vous remercie.
9 Mme LE PRÉSIDENT :
10 Je vous remercie.
11

12 Bonjour, Docteur Des Forges.


13

14 Maître Philpot ou Maître Zaduk, êtes-vous prêts pour mener le contre-


15 interrogatoire ?
16 Mme DES FORGES :
17 Je voudrais l’autorisation de la Chambre pour dire quelque chose.
18

19 Je me retrouve dans une situation dans laquelle je m’étais déjà retrouvée


20 en l’affaire de Gouvernement II, impliquant Monsieur Mugenzi.
21

22 C’est que, pendant le week-end, je travaillais sur une autre affaire et j’ai
23 découvert un élément qui est pertinent à la présente cause, et cela est
24 un élément à charge. Ça peut être lu de différentes manières, mais ce
25 document revêt une importance particulière.
26

27 Et je me sens tenue de porter cet élément à votre connaissance. Je ne


28 sais pas si ni le Procureur ni la Défense est au courant de l’existence de
29 ce document.
30

31 Dans l’affaire Gouvernement I, je sais que nous en avions discuté ; et je


32 pense qu’il y a eu une situation dans le procès des Médias où j’ai
33 découvert un document lorsque je préparais…
34 Mme LE JUGE KHAN :
35 Vous n’étiez pas en possession de cet élément avant ?
36 Mme DES FORGES :

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1 Madame le Juge, techniquement, oui, ce document était en ma


2 possession, mais je ne l’ai pas lu parce qu’il ne m’a pas semblé
3 pertinent. Je recherchais des éléments saisis sur Kambanda, que je n’ai
4 pas exploités auparavant et, en exploitant ces documents, cela a suscité
5 un intérêt dans mon esprit. Et, hier après-midi, j’ai demandé à quelqu’un
6 qui se trouvait dans le Tribunal de retrouver certaines cassettes de
7 Kambanda.
8

9 Je l’avais en ma possession, mais je ne l’avais pas lu avec une attention


10 soutenue.
11 Mme LE PRÉSIDENT :
12 Les parties, est-ce que vous voulez vous prononcer sur cet élément ? Le
13 Procureur d’abord, puis la Défense.
14 Mme KAGWI-NDUNGU :
15 Madame la Présidente, Madame, Monsieur les Juges, étant donné que
16 nous n’avons pas encore vu ce document, mais étant donné que c’est un
17 document pertinent en notre cause… à notre cause, c’est bon que nous
18 puissions prendre connaissance de ce document et, puis, vous pouvez
19 décider de la valeur pondérale à lui… la valeur probante à lui accorder.
20 Me PHILPOT :
21 La position de la Défense est que nous voulons voir ce document avant
22 de nous prononcer, à savoir si c’est à décharge ou à charge ou de savoir
23 si c’est un élément que le Procureur aurait dû nous communiquer.
24

25 Après cela, nous pouvons nous asseoir ensemble avec Madame Des
26 Forges et le Procureur, prendre connaissance de cet élément de preuve.
27 Et je vous communiquerai la position de la Défense, parce qu’à ce
28 moment-ci, je ne sais pas à quoi a trait ce document.
29 Mme KAGWI-NDUNGU :
30 Je n’ai pas d’objection à cela.
31 M. LE JUGE MUTHOGA :
32 Monsieur Philpot, bien qu’il n’y a pas d’objection à ce que ce document
33 soit produit, si ce document venait à être pertinent à la cause, il devient
34 ipso facto admissible.
35 Me PHILPOT :
36 Je ne ferai pas de commentaires, à moins de voir ce document, parce

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1 que je n’en savais rien. Quelque chose qui est pertinent ? Bon, je ne
2 peux pas me prononcer, à moins de le voir, parce que là, nous sommes
3 en train de réfléchir à haute voix.
4 Mme LE PRÉSIDENT :
5 La question est de savoir si la Défense doit être autorisée pour séparer
6 ce qui est à décharge et ce qui est à charge ou le rejeter. Si le témoin
7 expert considère qu’elle a obtenu des informations pertinentes, ce doit
8 être accepté.
9

10 Je ne suis pas sûre si c’est raisonnable d’attendre jusqu’à ce que vous le


11 voyiez. Je pense que c’est une question de droit que le témoin expert
12 informe la Chambre d’une information dont elle a connaissance.
13

14 Est-ce que… À ce stade de la procédure, est-ce que cela peut être fait ?
15 Me PHILPOT :
16 Je voudrais faire un commentaire.
17

18 (Conciliabule entre les Juges)


19

20 Je voudrais faire un commentaire.


21

22 C’est une question de communication des pièces. En d’autres mots, si


23 c’est à décharge, ça doit nous être communiqué. Si cela devait faire
24 partie de la déposition, cela devait nous être communiqué
25 préalablement ; en ce moment, nous ferions connaître notre position.
26

27 Une chose est certaine, c’est que si nous ne pouvons pas nous défendre
28 en raison des questions de communication, alors, il y a problème : Voir
29 reporter l’audience. Mais si cela requiert que nous menions une enquête,
30 alors, nous jugerons utile d’introduire une demande auprès des Juges.
31 Mme LE PRÉSIDENT :
32 Les deux parties, pourquoi est-ce que vous ne prenez pas connaissance
33 de l’information que détient le témoin expert cet après-midi pour que
34 nous puissions en disposer demain matin ?
35 M. KAPAYA :
36 La question se voit de deux manières : Soit c’est au titre de « 68 » ou

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1 « 67 D) ». Si nous avons un document de « 68 », si c’est à décharge,


2 mais dans ce cas, c’est une information qui est pertinente à la décision
3 que voudra prendre la Chambre. Et ceci se rapporte à l’Article 67 D). Il
4 doit être admissible et, à la fin de la présentation des moyens de preuve,
5 vous verrez si c’est pertinent à la cause.
6 M. LE JUGE MOTHOGA
7 Ce qui est suggéré, c’est que tous les deux vous preniez connaissance
8 du document et vous saurez l’utilité… l’usage que vous pourriez en faire.
9 Si vous pensez que vous devez l’utiliser et si Maître Philpot pense qu’il ne
10 peut pas l’utiliser et si c’est pertinent, alors, en ce moment-là, nous
11 allons le traiter conformément aux dispositions de l’Article 67 D).
12

13 Ce document peut nous parvenir, mais pour l’heure, prenez-en


14 connaissance et adoptez la position qui sera la vôtre.
15

16 Et Maître Philpot fera la même chose, notamment de ne pas causer


17 préjudice à l’une quelconque des parties.
18

19 Nous voulons éliminer la possibilité que ce document, lorsque mis à jour,


20 puisse causer l’iniquité. Le cas contraire, nous en déciderons.
21 M. KAPAYA :
22 Nous ne sommes pas contre. Ma question, c’est la détermination qu’a
23 faite le témoin expert qui a dit que c’est en partie à charge et en partie à
24 décharge.
25

26 Je dis que si c’est à charge, c’est admissible sous l’Article 67 D) ; mais si


27 c’est à décharge, c’est sous les dispositions de l’Article 68.
28 Me PHILPOT :
29 Nous allons regarder le document. Mon collègue et moi ? nous
30 rencontrerons le Procureur et le docteur Des Forges, et nous tirerons
31 cela au clair, rapidement et le plus rapidement possible.
32 Mme LE PRÉSIDENT :
33 Poursuivez votre contre-interrogatoire.
34 Me PHILPOT :
35 Ce n’est pas ce que j’ai envie de faire, parce que je veux voir ce
36 document, et si les éléments de preuve sont à décharge… sont à charge

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1 (sic), je commencerai mon contre-interrogatoire ; si c’est à charge, alors,


2 je laisserai le soin au Procureur d’en décider.
3 M. LE JUGE MUTHOGA :
4 Si c’est sous forme de documentaire, vous pouvez l’examiner tout en
5 contre-interrogeant et voir ce que c’est. Vous n’avez pas besoin de finir
6 votre contre-interrogatoire ce matin.
7 Mme LE PRÉSIDENT :
8 Docteur Des Forges, est-ce qu’il s’agit d’un document sur support
9 papier ? En tout cas, quelle est la nature de ce document ?
10 Mme DES FORGES :
11 Initialement, c’est un seul mot noté dans un agenda. Il s’agit d’un
12 entretien enregistré de Monsieur Kambanda à cette époque, et c’est une
13 discussion longue, enregistrée sur cassette.
14 Me PHILPOT :
15 Naturellement, je suis en train de discuter sans l’avoir préparé. Si le
16 Procureur veut laisser cette information… veut se servir de cette
17 information, il devra le faire avant son interrogatoire
18 principal (sic). Il a le droit résiduel de poser des questions, c’est son droit
19 résiduel.
20

21 Je voudrais savoir quelle est la nature de l’information, et le Procureur


22 également va décider ce qu’il veut en faire. Je puis vous rassurer que
23 nous pouvons nous concerter à trois pour examiner ce document très
24 rapidement.
25 Mme LE PRÉSIDENT :
26 Nous allons suspendre pour une demi-heure, pour que vous puissiez
27 prendre connaissance de cette information.
28

29 (Suspension de l’audience : 10 h 25)


30

31 (Reprise de l’audience : 11 h 10)


32

33 Mme LE PRÉSIDENT :
34 Monsieur Kapaya ou plutôt… Est-ce que… Qu’est-ce qui a filtré de vos
35 discussions ?
36

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1 Mme KAGWI-NDUNGU :
2 Nous avons discuté et, puis, nous sommes parvenus à un accord, à
3 savoir recommencer l’interrogatoire principal pour cinq minutes
4 seulement.
5 Mme LE PRÉSIDENT :
6 Allez-y.
7 Me PHILPOT :
8 Nous avons discuté des paramètres concernant ce point, nous sommes
9 tombés d’accord.
10

11 INTERROGATOIRE PRINCIPAL (suite)


12 PAR Mme KAGWI-NDUNGU :
13 Q. Docteur Des Forges, pendant le week-end, est-ce que vous avez vu des
14 informations pertinentes dans ce procès ?
15 Mme DES FORGES :
16 R. Oui.
17 Q. Pourriez-vous décrire ces éléments d’informations ?
18 R. Ce que j’ai trouvé, c’est un manuscrit, un extrait d’un document,
19 manuscrit, préparé par l’ex-Premier Ministre Jean Kambanda. Et après
20 avoir vu ce document, j’ai regardé la retranscription d’un enregistrement
21 d’un interrogatoire de Kambanda par les enquêteurs du TPIR,
22 transcription disponible qui dit… « 42 GK ». Et nous discuterons
23 (inaudible) « A », seulement de ce cas (sic).
24 Mme KAGWI-NDUNGU :
25 Madame le Président, je voudrais déposer ce document comme pièce à
26 conviction. Je n’ai pas une copie pour tout le monde ici, mais je vais
27 remettre mon exemplaire.
28 Me PHILPOT :
29 Nous sommes d’accord sur les pages… les pages qui ne sont pas
30 pertinentes devraient être retirées du document.
31

32 (Le greffier d’audience s’exécute : Présentation d’un document aux Juges)

34 Mme LE PRÉSIDENT :
35 Est-ce que toutes ces pages sont des pièces du dossier ou quelques-unes
36 seulement ?

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1 Mme KAGWI-NDUNGU :
2 Pages 1 à 10.
3 Me PHILPOT :
4 Théoriquement, deux pages… deux lignes — pardon — à la page 11.
5 Mme LE PRÉSIDENT :
6 Oui, nous avons ces pages.
7

8 Mme KAGWI-NDUNGU :
9 Q. Maintenant, Madame Des Forges, pourriez-vous donner à la Chambre
10 votre opinion d’expert sur ces documents pertinents ?
11 Mme ZULPHUR :
12 C’est « P. 51 ».
13

14 (Admission de la pièce à conviction P. 51)


15

16 Mme LE JUGE KHAN :


17 Pourriez-vous reprendre votre question, Madame le Procureur ?
18 Mme KAGWI-NDUNGU :
19 Q. Madame le Témoin, donnez votre opinion d’expert à la Chambre sur ces
20 retranscriptions pertinentes.
21 R. Évaluer la réputation de quelqu’un dans ce réseau informel constitue
22 l’une des tâches les plus difficiles pour la Chambre : Dans quelle mesure
23 Monsieur Zigiranyirazo a effectivement eu une certaine importance dans
24 sa région d’origine.
25

26 Cette conversation, cet entretien et ces éléments de preuve fournis par


27 Monsieur Kambanda touchent directement à cette question en donnant
28 une lecture nuancée, en disant qu’essentiellement, il a perdu le pouvoir,
29 dans une certaine mesure, au cours de la période du multipartisme dont
30 nous avons discuté ici, mais à la fin, Kambanda conclut que c’est un
31 homme d’importance.
32 Mme LE JUGE KHAN :
33 Q. Et il parlait de Zigiranyirazo ?
34 R. Oui, Madame le Juge, il parlait de Monsieur Zigiranyirazo.
35

36 Donc, nous pouvons examiner ce document si vous le souhaitez, mais en

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1 voilà la quintessence. Il dit : « Voilà un homme que je ne pouvais pas… à


2 qui je ne pouvais pas répondre lorsqu’il m’appelait. J’étais dans sa
3 région, et je devais répondre et je l’ai fait ».
4

5 Il y a deux événements qui sont discutés ici. Le premier, c’est une


6 réunion politique qui s’est tenue dans la région générale de Bushiro, et
7 nous sommes convenus que nous n’allons pas discuter du contenu de
8 cette réunion.
9

10 Mais ce qui est pertinent ici, c’est que Monsieur Zigiranyirazo a pris part
11 à cette réunion, et Monsieur Kambanda semble avoir été l’organisateur…
12 Monsieur Kambanda dit que Monsieur Zigiranyirazo aurait été
13 l’organisateur de cette réunion, et le Premier Ministre a été invité par
14 Monsieur Zigiranyirazo à son domicile.
15

16 Et d’après Monsieur Kambanda, tout ceci a été fait pour montrer aux
17 populations que Zigiranyirazo avait toujours des liens puissants qui
18 pouvaient permettre que le Premier Ministre arrive chez lui.
19

20 Deuxième événement, c’est la mort de la mère de Monsieur


21 Zigiranyirazo qui, bien sûr, est la
22 belle-mère du défunt Président. Et, apparemment, elle résidait chez
23 Monsieur Zigiranyirazo et elle est décédée de maladie, donc, de mort
24 naturelle. Rien d’autre n’a été suggéré.
25

26 Monsieur Zigiranyirazo est décrit par Monsieur Kambanda comme étant


27 amer au cours de ces funérailles et il éprouvait du ressentiment ou il
28 n’était pas content que très peu de ministres soient venus.
29

30 Bien sûr, à la radio, ce décès a été annoncé. Et, en situation anormale,


31 des gens devaient venir en grand nombre, parce que l’une des
32 indications du poids social d’une personne était le nombre de personnes
33 qui assistaient aux événements de sa famille : La naissance,
34 l’anniversaire, le mariage… Donc, d’après Kambanda, Zigiranyirazo s’est
35 plaint pendant les remarques qu’il a faites aux funérailles que très peu
36 de personnes étaient venues.

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2 En demandant à Kambanda pourquoi peu de ministres… très peu de


3 personnes importantes sont venues : Le Premier Ministre, le Ministre du
4 plan, le Ministre des affaires de la famille et le Ministre de la défense… Et
5 Kambanda dit que Zigiranyirazo s’est plaint que cela ne suffisait pas, il
6 s’attendait à voir plus de monde.
7

8 Et l’analyse de Kambanda est qu’à ce moment-là, les gens ont compris


9 que cette famille perdait du pouvoir et que toutes personnes qui auraient
10 obtenu une place au Gouvernement en raison des liens de Zigiranyirazo,
11 qui n’étaient pas venues aux funérailles, elles ne voulaient pas faire
12 penser aux gens que c’est de cette façon qu’« ils » ont obtenu un poste
13 au Gouvernement.
14

15 C’est un argument très compliqué, mais je pense que cela est tout à fait
16 applicable à ce que j’ai vu dans la culture rwandaise. La réaction initiale
17 après la mort du Président, c’est un soulèvement énorme, une certaine
18 préoccupation, un engagement vis-à-vis du Président défunt et de sa
19 famille. Mais il est mort, et nous sommes ici à la fin du mois de juin. Et
20 des gens commencent à se rendre compte que ce programme
21 génocidaire a plongé le pays dans un désastre.
22

23 Le Gouvernement est à Gisenyi, prêt à fuir, tout le monde s’apprête à


24 s’enfuir du pays, et les personnes responsables, notamment le groupe de
25 Bushiro, l’Akazu, sont considérées, avec beaucoup de ressentiments. Et
26 donc, il y a une nouvelle génération de personnes qui se développe.
27

28 Il y a donc une correspondance diplomatique. Par exemple, les Français


29 essayent de créer ce nouveau leadership et de dire : « Séparez-vous de
30 cette vieille garde, parce c’est la seule façon dont nous pouvons vous
31 accorder la reconnaissance internationale ».
32

33 Donc, il y a cette implication selon laquelle Zigiranyirazo, à la fin du mois


34 de juin, avait perdu son aura au niveau national, dans une certaine
35 mesure ; mais en fin de compte, Kambanda dit que « c’était toujours une
36 personne d’une certaine influence et je devais répondre à son

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1 invitation ».
2 Mme LE PRÉSIDENT :
3 Q. De quelle date parlez-vous, de la réunion ou des funérailles ? Je
4 comprends que les funérailles ont eu lieu à la fin du mois de juin.
5 R. Madame le Président, l’agenda…
6 Me PHILPOT :
7 Objection à ce stade.
8

9 Je voudrais que le témoin puisse nous dire pourquoi elle parle de la fin du
10 mois de juin. Comment
11 est-ce qu’elle est arrivée à cette conclusion ?
12 R. Le document manuscrit ou écrit, autant que je sache, c’est ce document
13 qui a constitué la base de
14 cet interview. C’est un document qui n’est pas classé. Il y a un document
15 manuscrit, et la seule façon d’établir le lien entre ce document manuscrit
16 et ceci, c’est en regardant le contenu, parce que le contenu, à certains
17 endroits, est identique.
18

19 Donc, il apparaît que Kambanda est allé à cet entretien avec un


20 document manuscrit. Il l’a lu et on l’a enregistré, ensuite les enquêteurs
21 lui ont posé des questions. Et dans le document manuscrit, il fait allusion
22 au fait que c’est à la fin du mois de juin que le Gouvernement s’est établi
23 à Gisenyi, et je pense qu’il a également dit ici que le Gouvernement était
24 non loin de là (sic).
25 Mme LE PRÉSIDENT :
26 Q. Docteur Des Forges, la réunion après laquelle le Premier Ministre s’est
27 rendu au domicile de l’Accusé, était-ce au cours du même mois ?
28 R. Madame le Président, d’après Monsieur Kambanda, c’est plusieurs jours
29 avant. Et je pense qu’il dit en substance qu’il est allé au domicile de
30 Monsieur Zigiranyirazo, oui, à la page 2 de ce document. Je pourrais lire :
31

32

33 « À ma surprise, Monsieur Protais Zigiranyirazo surnommé « Monsieur


34 Z », le beau-frère du Président, m’a invité chez lui après la réunion — ce
35 qui veut dire qu’il était à la réunion — ainsi que le Ministre de la défense
36 qui connaissait ce monsieur.

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2 Au cours de cette visite de courtoisie, j’ai été informé que sa mère était
3 gravement malade. Elle est morte quelques jours après et j’ai été obligé
4 d’assister aux funéraires. »
5 Donc, c’était quelques jours après.
6

7 (Pages 1 à 10 prises et transcrites par Pius Onana, s.o.)


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1 Mme LE JUGE KHAN :


2 Q. Madame Des Forges, vous parlez d’un document manuscrit ; l’avez-vous
3 vu vous-même ?
4 Mme DES FORGES :
5 R. Oui, Madame le Juge Khan, C’est ce document dont je me suis servie au
6 départ. Ensuite, après avoir lu ce document, on ne sait pas très bien
7 quelle est la nature de ce document. C’est un récit manuscrit de Jean
8 Kambanda dans un ordre chronologique, ensuite, il fait des allers et
9 retours, il fait quelques commentaires, mais dans ce document, il est
10 question de cet incident, presque dans les mêmes termes, dans les
11 mêmes termes que ceux que vous trouvez à la page 2.
12

13 Après avoir lu ce document manuscrit, j’ai demandé à quelqu’un qui était


14 au bureau hier — je crois quelqu’un de l’équipe du procès des Militaires
15 — et puis l’un des stagiaires de m’aider à retrouver cette
16 retranscription ; et cette retranscription reproduit ce qui est dans le
17 document manuscrit. Mais nous pouvons consulter le document
18 manuscrit, si vous le souhaitez.
19 Me PHILPOT :
20 Je demanderais qu’une copie nous soit communiquée. Nous verrons la
21 suite.
22 Mme LE JUGE KHAN :
23 Q. Est-ce que nous avons ce document manuscrit maintenant ?
24 R. Non, mais je crois qu’il est toujours dans le bureau où j’étais. Je peux
25 donc l’apporter ou quelqu’un pourrait aller le chercher.
26 Mme LE PRÉSIDENT :
27 Ce sera peut-être après la pause ; est-ce que ça va ?
28 Me PHILPOT :
29 Ce que j’aimerais faire, c’est qu’on termine l’interrogatoire principal,
30 ensuite je pourrai m’en servir au cours du contre-interrogatoire. Je crois
31 qu’il est nécessaire d’avancer pour des raisons impératives.
32 Mme KAGWI-NDUNGU :
33 Madame le Président, j’en ai terminé. Je n’ai plus d’autres questions.
34 Mme LE PRÉSIDENT :
35 Merci, Madame le Procureur.
36 Me PHILPOT :

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 11


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Je vais donc commencer le contre-interrogatoire en tant que tel.

3 CONTRE-INTERROGATOIRE
4 PAR Me PHILPOT :
5 Q. Docteur Des Forges, dans la commission ou le rapport — plutôt — de la
6 commission internationale, et je pense que vous étiez l’un des auteurs
7 de ce rapport, vous avez dit, concernant le réseau Zéro, ce qui suit ;
8 c’est à la page 160 du rapport de la commission internationale. Il n’est
9 pas nécessaire que vous ayez ce document, je ne vais pas rentrer dans
10 les détails. Vous pourrez consulter ces éléments. Je ne pense pas que ce
11 soit nécessaire. À la page 160, vous dites :
12

13 « Ceux qui dirigeaient les opérations étaient connus collectivement


14 comme « réseau Zéro », sous le nom de réseau Zéro. Ils ont donc pu
15 diriger les autorités judiciaires et civiles, ainsi que les milices ».
16

17 Vous dites également, à la page suivante, en ce qui concerne le système


18 judiciaire : « Bien que
19 sous-financé, bien que la formation n’était pas adéquate, les
20 interférences politiques constituent la plus grande carence du système
21 judiciaire » [Traduction libre de l’interprète].
22

23 Je suppose que vous êtes d’accord avec ces déclarations, qu’elles sont
24 exactes ?
25 Mme DES FORGES :
26 R. Oui.
27 Q. D’accord. Si les membres de l’Akazu voulaient obtenir un contrat, est-ce
28 qu’ils pouvaient l’obtenir, étant donné qu’ils avaient, d’après vous,
29 beaucoup de pouvoirs ?
30 R. Pourvu qu’il n’y ait pas une concurrence d’un autre membre de l’Akazu.
31 Q. Oui. Est-ce que les gens auraient peur de s’opposer aux membres de
32 l’Akazu ?
33 R. S’ils n’avaient pas l’appui de quelqu’un de l’Akazu, ce serait inouï de
34 s’opposer à un membre influent ou puissant de l’Akazu.
35 Q. Était-il courant que des citoyens ordinaires engagent des procès contre
36 les membres de l’Akazu ?

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 12


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Seulement s’ils avaient le soutien de quelqu’un d’autre dans l’Akazu.


2 Q. Et pourquoi... Lorsque l’Akazu engageait des procès ou si l’Akazu
3 engageait des procès contre des citoyens ordinaires, est-ce qu’il
4 remporterait ces affaires ?
5 R. Tout dépendrait de la dynamique des pouvoirs. Si la personne était
6 parrainée par un membre de l’Akazu, pas nécessairement.
7 Q. Connaissez-vous un procès entre Monsieur Zigiranyirazo et Monsieur Aid
8 Nassour ?
9 R. Oui.
10 Q. Et savez-vous que Monsieur Zigiranyirazo n’a pas remporté ce procès ?
11 R. Vous avez raison.
12 Mme LE JUGE KHAN :
13 Quel est le nom de l’autre personne ? Est-ce que vous pouvez épeler le
14 nom ?
15 Me PHILPOT :
16 S-A-I-D ; « Nassor » : N-A-S-S-O-U-R (sic), « Said Nassor ».
17 Q. Je vais passer à la personne de Protais Zigiranyirazo. Est-ce que l’on
18 pourrait dire, qu’au cours de ces 10 années de séjour à Ruhengeri, il n’y
19 a pas eu de meurtres à connotation raciste de Tutsis au cours de cette
20 période, à votre connaissance ?
21 R. D’assassinats à connotation raciste de Tutsis ?
22 Q. Ce qui serait différent d’un crime passionnel ou du meurtre d’un voisin...
23 quelque chose de ce genre. Lorsque vous comparez cela à ce qui s’est
24 passé à Bagogwe entre autres. Donc, pendant les 10 ans de
25 Zigiranyirazo, il n’y a pas eu d’attaque de masse contre les Tutsis ?
26 R. Je suis d’accord avec vous, mais en ce qui concerne les meurtres à
27 connotation raciste ou tribale individuels, je dirais qu’à ma connaissance,
28 il n’y a pas eu d’attaque de grande envergure contre les Tutsis, non
29 seulement dans cette zone de Ruhengeri, mais également partout
30 ailleurs au Rwanda.
31 Q. Quand est-ce que Monsieur Zigiranyirazo a quitté le Rwanda ?
32 R. Je suppose qu’il est parti du Rwanda à plusieurs reprises.
33 Q. Son départ du Rwanda pour le Canada ?
34 R. Je pense qu’il est parti du Rwanda plusieurs fois pour le Canada.
35 Q. Je vous pose la question, lorsqu’il est parti au Canada pour faire ses
36 études, quand était-ce ?

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 13


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Si je vous comprends bien, il a quitté son poste de préfet en 1989. Quant


2 à la date de départ du pays, je ne la connais pas.
3 Q. Au cours de quel mois il a quitté son poste de préfet ?
4 R. Je ne connais pas ce mois.
5 Q. Et combien de temps a-t-il passé à faire des études au Canada ?
6 R. Eh bien, j’ai vu un document de 1993 qui parle d’un paiement de la part
7 du Gouvernement rwandais. Je pense que c’était pour couvrir ses frais de
8 scolarité au Canada, mais je ne pense pas qu’il était présent au Canada
9 à ce moment-là parce qu’il avait été exclu par les autorités canadiennes.
10 Q. À votre connaissance, était-il absent du Rwanda pendant tout ce temps,
11 de 1989 à 1993 ?
12 R. À mon entendement, il a fait des allers-retours plusieurs fois.
13 Q. Savez-vous quand il est allé ou il est revenu ? Quand il a fait ces voyages
14 aller-retour entre le Rwanda et le Canada ?
15 R. Je sais qu’il était là-bas en novembre 1992, mais je ne connais pas les
16 dates des différents voyages.
17 Q. Bien. Pendant l’agitation contre l’Akazu et les événements politiques, il
18 faudrait dire peut-être qu’il était souvent absent, n’est-ce pas ?
19 R. Il était hors du pays à différents moments au cours de cette période.
20 Q. Pour combien de temps et quelles sont les dates exactes ?
21 R. Ça, je ne le sais pas.
22 Q. Très bien. Quel était le surnom de Monsieur Zigiranyirazo, était-ce
23 « Monsieur zéro » ?
24 R. Non, « le » surnom que je connais, c’est « Monsieur Z », « le Prince » et
25 « le Préfet des préfets ».
26 Q. Très bien. Est-ce que vous avez des informations sur son épouse ?
27 R. Non. Je n’en ai pas.
28 Q. Savez-vous combien d’épouses il avait ?
29 Mme LE JUGE KHAN :
30 Le témoin a répondu à la question.
31 Me PHILPOT :
32 Ma question était très générale concernant les épouses. Je pourrais peut-
33 être être plus précis.
34 Q. Si vous y avez convenance, je poserais la question au témoin : Savez-
35 vous combien d’épouses il avait ?
36 R. Non, je ne le sais pas.

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 14


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Connaissez-vous l’appartenance ethnique de ses épouses ou de son


2 épouse ? Était-elle hutue ou tutsie ?
3 R. Étant donné que je ne connais rien de son mariage, je ne peux pas vous
4 aider.
5 Q. Très bien.
6 R. Mais je ferai remarquer qu’il n’était pas inhabituel que les membres de
7 l’Akazu soient mariés à des Tutsies, même au cours de la Première
8 République, des leaders politiques se mariaient à des femmes tutsies.
9 Q. Connaissez-vous une réponse donnée par « EDA » (sic) à une question
10 dans le compte rendu d’audience du témoignage du témoin ADE, version
11 anglaise. Il dit ceci :
12

13 « À votre avis, est-ce que Protais Zigiranyirazo avait des pouvoirs


14 (inaudible) en tant que préfet de Ruhengeri, en ce sens qu’il était habilité
15 à prévenir ou à punir des crimes commis contre la sous… population
16 civile au Rwanda, crimes commis par les soldats, les gendarmes ou les
17 Interahamwe ? »
18

19 Réponse : « Il était connu en tant que préfet de Ruhengeri. Protais


20 Zigiranyirazo avait le pouvoir de contrôler tout ce qui se passait dans sa
21 préfecture. Il était respecté jusqu’à ce qu’il parte en 1989 ; il a eu un
22 congé sabbatique, mais la raison, c’est que les gens en avaient assez. Il
23 est devenu un poids politique, il ternissait l’image d’Habyarimana.
24

25 Dans la préfecture qu’il dirigeait en 1989, il avait le pouvoir sur tout et il


26 pouvait ordonner l’arrestation et la détention arbitraire de qui que ce
27 soit. À son retour du Canada, en 1992, Protais Zigiranyirazo a essayé de
28 s’intégrer dans les cercles politiques du Rwanda, mais il a été dépassé
29 par les événements. Le pays était en guerre et il a contribué à obtenir la
30 promotion de certaines personnalités, comme Félicien Gatabazi, ex-
31 Ministre des travaux publics ; Frédéric Zamurambaho,
32 ex-Ministre de l’agriculture ; Enoch Ruhigrira, ex-ministre à la
33 Présidence ; et Siméon Sehuryaho, tous avaient été nommés grâce à son
34 influence en tant que beau-frère des membres de l’Akazu. Ils n’avaient
35 pas la même allégeance en retour ».
36 Est-ce que cela reflète, en termes généraux, votre entendement ?

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 15


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Je pense que j’ai décrit à la Chambre, dans ma déposition, mes deux


2 interprétations de la même période, entre 1989 et le début du génocide,
3 notamment que l’une des périodes est ce que vous venez de lire : « Que
4 Monsieur Zigiranyirazo était considéré comme quelqu’un en disgrâce et
5 n’avait plus les mêmes pouvoirs qu’il détenait, et était dans le processus
6 de remonter la pente au moment où le génocide est survenu ».
7

8 Et une autre interprétation qui disait qu’il n’exerçait plus de pouvoir au


9 cours de cette période. Là, il s’agit de… Quelle interprétation apparaît
10 comme celle qui a une valeur plus probante ?
11

12 En ce qui me concerne, l’interprétation qui concernait le fait qu’il avait


13 reçu un coup dur et qu’il voulait remonter la pente en raison de ses liens
14 avec le Président et les Interahamwe, et pour qu’il redevienne encore un
15 homme important sur la scène politique. C’est mon interprétation de ce
16 qui se passait.
17 Q. Je pense que vous avez déclaré que le Président Habyarimana avait
18 estimé : « Je pense que, en 1989, que son rôle à Ruhengeri n'était pas
19 important et que Monsieur Ruhengeri (sic), en tant que préfet, n'avait
20 plus l'ascendant pour occuper ce poste ? »
21 R. Il y a une école de pensée qui consiste à ce qu'il a été très efficace en
22 son temps, mais que ses méthodes brutales ont chassé les gens en
23 1989, en particulier au début de… L’organisation politique des politiciens
24 de Ruhengeri était la preuve qu'il perdait son emprise sur les
25 personnalités importantes que j’ai mentionnées il y a un instant.
26

27 Il ne peut plus s'opposer à des gens comme Thaddée, Bagaragaza,


28 Donald Murego : D-O-N-A-L-D. « Murego » : M-U-R-E-G-O ; Donald
29 Murego. Un autre nom, c'est « Thadée » : T-H-A-D-É-E ; Bagaragaza. Il
30 n’y a pas d'autre lien en relation avec Bagaragaza qui mérite d'être
31 connu par la Chambre — c'est : B-A-G-A-R-A-G-AZ-A. « Bagaragaza ».
32

33 Et c'est en raison du fait qu’au début, il avait des liens avec des
34 organisations politiques que nous avons traitées ici. Le MDR à Ruhengeri
35 était… La responsabilité du MDR était imputée à Zigiranyirazo et il a été
36 ressenti qu’en l’enlevant de là, on pouvait donc rapprocher ces membres

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 16


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 du MDR au sein du MRND.


2 Q. Et c’étaient en 1989 et en 1990, cela était ressenti de la même façon ?
3 R. Fin des années 80, lorsque les opposants politiques n'étaient plus formés
4 du jour au lendemain, mais certainement le sentiment favorisant la
5 reconstruction de l’organisation PARME-HUTU sous un nouveau format a
6 commencé en 1989.
7 Q. Très bien. Nous allons passer à un autre thème. Nous allons passer à un
8 autre thème maintenant. D'où avez-vous obtenu cette information sur
9 Monsieur Murego et Monsieur Thadée Bagaragaza ? N'était-il pas exact
10 que ces informations sont contenues dans le CV de Monsieur
11 Zigiranyirazo?
12 R. Je ne sais pas. Je ne me rappelle pas s'il y avait un CV. Il me semble que
13 cet événement a été décrit par Monsieur Gasana, j'ai vu cette
14 information traitée par d'autres érudits et (Inaudible).
15 Q. Cette information ne figure-t-elle pas sur le CV ?
16 R. Non, je ne sais pas, je ne saurais vous dire.
17 Q. Nous passons. En votre qualité d'expert sur l'histoire africaine et en
18 particulier la région des Grands lacs, je suis sûr que vous connaissez un
19 certain nombre de faits sur l'indépendance et les relations sophistiquées
20 entre les pays du Grand lac au cours de la période qui a suivi
21 l'indépendance.
22

23 Je voudrais vous poser une question relative à l'invasion du Rwanda par


24 le FPR. Et je dois dire... J’adopterai l'approche suivante en vous
25 demandant de faire votre commentaire. Je vais finir avant que vous ne
26 m’apportiez votre réponse.
27

28 Mais est-ce que les invasions du FPR… du Rwanda par le FPR étaient une
29 aventure irrégulière sur… Un pays qui accueille des réfugiés ne doit pas
30 permettre aux réfugiés d'envahir un pays voisin. Ce pays d'accueil ne
31 doit pas également permettre aux réfugiés de s'engager dans des
32 activités subversives dans les pays voisins ; est-ce votre entendement ?
33 Mme KAGWI-NDUNGU :
34 Je fais objection à cette ligne de questionnement. Le témoin a déjà
35 démontré sa position vis-à-vis du FPR. La question qu'il pose n'est pas
36 pertinente à la cause.

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 17


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Me PHILPOT :
2 Très bien. Tout d’abord, je ne voudrais pas discuter de ce fait en
3 présence du témoin. Ce sont des questions liées à l’histoire africaine.
4 Mme LE PRÉSIDENT :
5 Poursuivez, Maître Philpot.
6 Me PHILPOT :
7 Q. Voudrez-vous bien répondre à ma question ?
8 R. Est-ce que… Vous me demandez de faire quoi ?
9 Q. D’évaluer.
10 R. J'ai déclaré…
11 Q. Est-ce qu'il n'est pas vrai qu’un pays d'accueil de réfugiés ne doit pas
12 permettre à ces réfugiés d'envahir un autre pays, et que ce même pays
13 d’accueil ne doit pas permettre à ce que son territoire soit utilisé pour
14 mener des activités subversives contre des pays voisins ?
15 M. LE JUGE MUTHOGA :
16 (Intervention non interprétée)
17 Me PHILPOT :
18 Je lui demande, à elle, de donner son opinion.
19 M. LE JUGE MUTHOGA :
20 L'opinion étant que si ceci figure dans les traités ou dans les statuts des
21 réfugiés ou pas, ou du droit international coutumier.
22 Me PHILPOT :
23 C'est une question ouverte. Elle peut ou ne pas, en sa qualité d'expert,
24 et qu’elle ne pouvait pas ne pas être au courant de cette question au
25 cours de la période ayant… sous la colonisation ou après les
26 indépendances. Nous allons voir si je vais poser d'autres questions ou
27 pas, peut-être pas.
28 Mme KAGWI-NDUNGU :
29 Monsieur le Juge, nous voulons savoir…
30 M. LE JUGE MUTHOGA :
31 Ce que je veux comprendre, c'est la question. Quelle est la question ? La
32 question est de savoir si ce que vous venez de citer est une disposition
33 d’une convention ou bien si elle est d'accord que le droit coutumier
34 interdit tel et tel faits. La question comporte les deux possibilités.
35 Me PHILPOT :
36 Ça dépendra de la réponse, alors je poserai des questions plus précises.

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 18


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Et j'aurai…
2 Mme KAGWI-NDUNGU :
3 Je voudrais demander à la Défense de nous dire d'où il tire sa citation.
4 Mme LE PRÉSIDENT :
5 Il demande à votre témoin… Il pose une question à votre témoin expert
6 sur l'histoire de l’Afrique.
7 R. Comme j'ai compris la question originale, c’est que vous avez dit que :
8 « Je vais vous lire une citation ».
9 Mme LE PRÉSIDENT :
10 C'est… La citation vient de l’Honorable Philpot.
11 R. Donnez-moi la source.
12 Me PHILPOT :
13 Q. C'est une citation de certains principes généraux énoncés. Et je puis dire
14 en termes simples que n'est-il pas erroné pour un pays d'accueil de
15 permettre aux réfugiés d'envahir un autre pays ou bien de mener des
16 activités subversives ?
17 Mme LE PRÉSIDENT :
18 Demandez si ce n'est pas une pratique généralement connue dans les
19 Grands lacs.
20 R. Maintenant que nous parlons de l’État de droit, je sais que c'est une
21 compréhension du droit international.
22 Me PHILPOT :
23 Q. Très bien. Je pense que vous connaissez la réponse à cette question,
24 vous en avez traitée auparavant, peut-être pas sous ce format, mais la
25 charte de l'OUA qui, à ma connaissance, qui a été signée le 20 mai 1963
26 demande aux États membres de respecter les principes suivants : La
27 souveraineté des États, la non ingérence dans les affaires des États, le
28 respect de l'intégrité territoriale souveraine, le règlement pacifique des
29 différends par la négociation, etc., et la condamnation sans réserve de
30 toutes les formes de… d'assassinats politiques aussi bien que les
31 activités subversives de la part d’États voisins ou de tout autre État.
32 Est-ce votre entendement de ce principe ? Reconnaissez-vous ce
33 principe-là ?
34 R. Je dois dire que je n'ai pas lu récemment la charte de l’OUA, mais je vous
35 concède que vous citez précisément la charte.
36 Q. Il y a une autre convention de 1969 de l’OUA régissant cet aspect des

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 19


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 problèmes des réfugiés en Afrique, qui exige que les États signataires
2 interdisent aux réfugiés résidant sur leur territoire respectif d'attaquer
3 tout État membre de l'OUA par toute autre activité qui puisse causer des
4 tensions dans cet État tiers par l’utilisation d’armes, les communiqués de
5 presse ou par la radio.
6

7 L’Article 2 dispose, je cite, que : « Les réfugiés devraient s’abstenir de


8 toute acte de subversion dans les autres pays membres de l'OUA ».
9 Comprenez-vous ce principe ?
10 R. Je le comprends tel que vous le lisez, oui.
11 Q. Enfin, la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples signée le
12 27 juin 1985… 81 est… définit plusieurs principes qui codifient les droits
13 individuels et collectifs, mais dit en Article 1…
14 Article 23, paragraphe 1 : « Pour… Aux fins de renforcer la paix, la
15 solidarité et des relations amicales, les pays États à la présente charte
16 que les… toute personne ayant sollicité le droit d'asile au terme de la
17 présente charte ne doit pas s’engager dans des activités subversives
18 dans leur pays d’origine ou tout autre pays ».
19

20 Et enfin : « Leurs territoires ne doivent pas très utilisés de base pour


21 mener des activités subversives ou terroristes contre les populations
22 d'aucun État conformément aux dispositions de la Charte » ; en
23 êtes-vous au courant, Madame ?
24 R. Oui, j'en suis au courant.
25 Q. Est-ce que le Président Museveni n'était pas Président de l’OUA en
26 1990 ?
27 R. Je pense que c'est exact.
28 Q. Est-ce que l'OUA et ses organisations ont essayé de faire quoi que ce soit
29 pour veiller au respect scrupuleux des différents traités ?
30 R. Il y avait eu un certain nombre de tentatives pour réunir les autorités du
31 Rwanda et de l'Ouganda. Celle dont je me rappelle au mieux, c’est celle
32 qui a été initiée par le Haut commissaire des réfugiés avec… par le
33 truchement de l'OUA. Le non-respect du droit international ou des
34 (inaudible) dans ce domaine ; c'est une question troublante vis-à-vis de
35 l'Ouganda et du Rwanda, mais entre également le Rwanda et le Burundi.
36 Mais parce qu’à ce moment précis, le Rwanda servait de base de repli

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 20


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 aux rebelles burundais


2 Q. Est-ce que Africa Rights ou Human Rights Watch a protesté contre la
3 violation de la Charte des droits de l'homme… la Charte africaine des
4 droits de l’homme et des peuples, violations perpétrées par le FPR ?
5 R. Tout d'abord, je voudrais vous demander de garder à l’esprit que ces
6 deux organisations sont deux entités séparées et je n’ai jamais été
7 affiliée à l'une de ces organisations, il s’agit d’African Rights.
8 Q. Je reformule ma question : Aurais-je raison si African Watch, qui est
9 devenu Human Rights Watch
10 — corrigez-moi si je me trompe — est-ce que vous, au sein de African
11 Watch ou dans Human Rights Watch, avez-vous soulevé les questions…
12 ces trois questions fondamentales de violation des traités, violations
13 perpétrées par le FPR ?
14 R. Pour dire clairement, ce que je pense avoir écrit en détails au fil des
15 années, c'est que Human Rights Watch a interprété strictement son
16 mandant en sorte qu'elle s'est tenue aux violations du droit international
17 humanitaire dans le sens spécifique des droits politiques et civils, mais
18 ne s’est pas préoccupé des violations des traités.
19 Q. Les droits civils et politiques… La convention… Votre convention parle
20 également de la violation de l'intégrité territoriale, n’est-ce pas ?
21 R. Oui.
22 Q. Donc, vous auriez pu soulever la question sur sous cet angle-là, n’est-ce
23 pas ?
24 R. Si vous lisez les documents qui font autorité en la matière, vous
25 trouverez que ce n'était pas notre pratique générale de traiter de cette
26 question de violation des traités. Nous avions jugé que notre contribution
27 devait s’en tenir aux conséquences sur le terrain qui affectent la vie des
28 populations, plutôt que de viser l'aspect diplomatique qui ne nous-même
29 nulle part.
30 Q. N’êtes-vous pas au courant du jugement de Nuremberg qui dit que le
31 plus grand crime, c'est le crime d'agression et les autres… ce sont des
32 crimes qui s'ensuivent, n'êtes-vous pas au courant de cela ?
33 R. Je ne l’ai pas relu récemment.
34 Q. Je pense que je le cite avec précision. Est-ce la position officielle du
35 Tribunal ? La citation de (inaudible)… la citation de (inaudible) de la
36 décision de ce Tribunal ? N'est-il pas exact que African Watch et Human

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1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Rights Watch ne se préoccupent pas du crime de l'agression ?


2 R. En général, nous ne traitons pas des crimes de l'agression.
3 Q. N'est-il pas exact que le Président Museveni, qui était Président de l’OUA,
4 n'avait pas mis en prison tous les réfugiés rwandais membres du FPR ?
5 Et en fait, ils font partie de sa propre armée, la NRA ; il n’a rien fait
6 contre ceux-là ?
7 R. Je pense qu’à une occasion, il a pris un engagement d'arrêter ses
8 membres de la NRA qui sont ces militaires qui ont fait défection, mais il
9 ne l’a pas fait.
10 Q. Et il les a cités en disant publiquement : « Ce sont nos garçons ».
11 R. J'ai lu cette citation, mais je ne l’ai pas vérifiée.
12 Q. Pourquoi ne l’avez-vous pas vérifiée ? C'est un problème éminemment
13 grave, n'est-ce pas ?
14 R. Cela ne figurait pas parmi les questions principales qui me
15 préoccupaient.
16 Q. Vous n’étiez pas préoccupée par la légalité de l'attaque lancée par le FPR
17 contre le Rwanda ?
18 R. Je n'étais pas concernée par la déclaration du Président Museveni que
19 cette situation ait été faite précisément ou pas.
20 Me PHILPOT :
21 Peut-être c'est le moment de la pause. Enfin, ça dépendra de la décision
22 que voudra prendre la Chambre pour observer une pause. Ce n'est pas
23 moi qui demande la pause, mais peut-être que nous pouvons observer la
24 pause maintenant, une pause de cinq minutes.
25 Mme LE PRÉSIDENT :
26 Nous allons observer une pause de 15 minutes.
27 Et la direction de… L’administration des Chambres m'a informée que
28 nous pouvons siéger dans cette même Chambre dans l'après-midi.
29

30 (Suspension de l'audience : 11 heures)

32 (Reprise de l'audience : 11 h 30)

34 Me PHILPOT :
35 Puis-je poursuivre ?
36 Mme LE PRÉSIDENT :

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1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Oui, allez-y.
2 Me PHILPOT :
3 Q. Nous allons passer à un nouveau sujet avec l'assassinat du Président
4 Habyarimana et le chef d'état-major de l'armée et les autres membres
5 de son entourage. Je comprends que cela a créé un vide du pouvoir.
6 Quelles mesures les membres de l'Akazu ont prises pour combler ce
7 vide, les soi-disant membres de l'Akazu ?
8 R. Il n'y a pas eu de vide de pouvoir jusqu’à ce que les dirigeants politiques
9 et les dirigeants militaires décident d'assassiner le Premier Ministre. Il y
10 avait un Premier… Il y avait différents ministres, il y avait un Président
11 de la Cour constitutionnelle, toutes ces personnalités ont été assassinées
12 pour créer un vide du pouvoir. La mort du Président elle-même ne
13 suffisait pas pour créer ce vide.
14 Q. Bien. Disons qu'il y a eu une période de confusion. Je vais revenir aux
15 membres de l’Akazu qui, d'après vous, détenaient des pouvoirs. Les
16 membres dirigeants de l’Akazu prenaient-ils part au Conseil de
17 ministres ? Et lorsque je parle des dirigeants, je parle du cercle restreint.
18 M. LE JUGE MUTHOGA :
19 Maître Philpot, sur le plan temporel, est-ce qu'il y a eu… est-ce que
20 24 heures se sont écoulées entre la mort du Président Habyarimana et
21 celle d’Agathe ?
22 R. Monsieur le Juge, c'est 16 heures plus tard que le Premier Ministre a été
23 tuée.
24 M. LE JUGE MUTHOGA :
25 Q. Donc, lorsqu'on parle de gap, c'est ce gap de 16 heures ?
26 R. Oui. Cet écart de 16 heures et dans l’intervalle, elle a dit en tant que
27 chef de Gouvernement qu'elle allait se rendre à la radio pour appeler au
28 calme et annoncer des mesures provisoires. Et c’est cette intention plus
29 que toute autre qui a provoqué son assassinat immédiat.

31 (Conciliabule entre les Juges)

33 Me PHILPOT :
34 Q. Avez-vous dit que la présidence a été assassinée ou c’est le Président qui
35 a été assassiné ?
36 R. Je crois avoir dit « le Président ».

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 23


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Très bien. Est-ce que les membres du cercle restreint prenaient part au
2 Conseil des ministres ?
3 R. À ma connaissance, ils n'ont jamais pris part à des conseils de ministres.
4 Pensez-vous à une date précise ?
5 Q. Nous parlons de l’après 6 avril.
6 M. LE JUGE MUTHOGA :
7 Après le 9, parce qu'il n'y a pas eu de Gouvernement avant le 9.
8 Me PHILPOT :
9 Q. Est-ce que les membres du soi-disant Akazu ont pris part à un Conseil
10 des ministres, disons, après
11 le 9 ?
12 R. Comme je l'ai dit, à l'exception de Monsieur Nzanzuwera qui était
13 ministre et qui participait au Conseil des ministres, et dirigeant de parti
14 politique, qui s’identifiait à l'Akazu élargi, était présent à partir du début
15 des négociations en vue de former le gouvernement et par la suite.
16

17 La définition restreint du cercle immédiat familial, à ma connaissances,


18 les discussions politiques ont eu lieu au domicile du Président assassiné,
19 le soir de son assassinat, et n’ont pas impliqué le Président. Je pense
20 qu'il a quitté le pays le samedi, et Monsieur Zigiranyirazo…
21 Me PHILPOT :
22 Nous allons poursuivre, Madame Des Forges. Je vous remercie de votre
23 aide.
24 Q. Est-ce que l'Akazu restreint a voyagé avec le Gouvernement
25 intérimaire ? Les membres du cercle restreint de l’Akazu ont-ils voyagé
26 avec le Gouvernement ?
27 M. LE JUGE MUTHOGA :
28 Vous parlez de voyage sur Gitarama ?
29 Me PHILPOT :
30 Je parle du gouvernement formé à partir du 9.
31 M. LE JUGE MUTHOGA :
32 Le gouvernement des Abatabazi ?
33 Me PHILPOT :
34 Oui, le gouvernement Abatabazi.
35 M. LE JUGE MUTHOGA :
36 « Voyager », c'est-à-dire quoi ? Aller dans les provinces ?

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 24


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Me PHILPOT :
2 Ils ont déménagé, ils sont partis de Kigali vers Gitarama ; ensuite, vers
3 Gisenyi.
4 M. LE JUGE MUTHOGA :
5 Vous demandez si les dirigeants de l’Akazu se sont déplacés avec le
6 Gouvernement ?
7 Me PHILPOT :
8 Oui, entre autres choses. Mais je pose la question de manière générale
9 et de manière spécifique, et je me réfère toujours au cercle restreint de
10 l’Akazu.
11 R. C’est-à-dire les cinq personnes ?
12 Q. Oui, les cinq personnes, c’est-à-dire : Le Président, son épouse, leurs
13 deux cousins et son frère.
14 R. Certainement pas Madame Habyarimana, parce qu’elle a quitté le pays
15 rapidement. Je ne me souviens pas avoir vu une mention quelconque de
16 la présence d'autres membres de la famille au Conseil des ministres ou
17 aux réunions du Gouvernement après le 9 avril.
18 Q. Savez-vous que Séraphin Rwabukumba est parti le 9 également avec le
19 reste de la famille et l'épouse du docteur Bararengana ; est-ce que vous
20 le savez ?
21 R. Je crois que c'est exact.
22 Q. D'accord. Donc, vous dites qu’il n'y a pas de document montrant la
23 participation des membres de l'Akazu, du cercle restreint de l’Akazu ?
24 R. Les membres de la famille immédiate.
25 Q. Après le 8 ou le 9 avril ?
26 R. Je n'ai pas connaissance de document écrit quelconque à ce sujet. Je
27 crois qu'il y a Madame Habyarimana et Madame Nyiramasuhuko, ce sont
28 peut-être les exceptions. Je vais vérifier cela, il y a peut-être des
29 communications ou des indications dans l'agenda de Madame
30 Nyiramasuhuko ‘avoir reçu’ des informations à ce sujet. Je vais le vérifier.
31 Q. Puis-je croire que vous avez écrit dans votre ouvrage que Madame
32 Kanziga et Madame… ou Madame Habyarimana ont peut-être participé,
33 cela n'est pas évident ?
34 R. C'est ce que j'ai dit dans mon ouvrage. Je pense qu'il y a eu des
35 témoignages ou d'autres documents de l'affaire dite de Butare et qui fait
36 état… qui font état — pardon — de communication entre ces deux

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 25


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 personnalités, c’est-à-dire Madame Habyarimana et le ministre


2 Nyiramasuhuko. Mais je devrais le vérifier.
3 Q. Le pouvoir de l'Akazu dépendait du Président ; n'est-ce pas ?
4 R. Je crois que nous avons décrit en détails la complexité de ce cercle de
5 pouvoir qui avait ses réseaux sur tout le pays. Donc, il y avait le
6 Président, son épouse et les parents de l’épouse. Il s'agissait donc d'un
7 réseau complexe. On ne peut pas dire que tel élément du réseau est plus
8 important que l'autre, tout dépend des circonstances et de la question
9 qui se pose, j’en suis sûre.
10 Q. C'est peut-être une boule complexe avec un noyau dur. Mais ce noyau
11 dur, lorsqu’il a été pratiquement éliminé, est-ce que le pouvoir de
12 l'Akazu n'a-t-il pas volé en éclat ? Pourquoi est-ce que les membres
13 fuyaient Kigali pour leur vie ? Pourquoi est-ce qu'ils sont allés en exil ?
14 R. Certainement, l'impact de la mort du Président était énorme. Mais
15 d'après mes recherches, mes conclusions seraient que le résultat
16 immédiat, c'était la montée immédiate.
17

18 Je vais donner un exemple : Avant le début du multipartisme, certaines


19 personnes portaient l’effigie du Président sur leurs habits pour montrer
20 leur affiliation au Président. Avec l'avènement du multipartisme, dans la
21 plupart des régions du pays, cela s’est arrêté ; les gens ne le faisaient
22 plus sauf à Bushiru et dans d’autres régions de Gisenyi.
23

24 Mais quelques heures après l’attentat contre l'avion présidentiel, un


25 certain nombre de témoins m’ont dit avoir vu des gens qui portaient
26 cette effigie, encore une fois, sur leurs vêtements. Peut-être que certains
27 d’entre nous ont eu cette expérience d'un Président qui a été assassiné.
28 On comprend aisément la réaction émotionnelle.
29

30 Mais lorsque la défaite militaire de ce Gouvernement est devenue de


31 plus en plus évidente, et le fait que ce Gouvernement était incapable de
32 répondre aux besoins de base de la population, la perception des
33 populations était, néanmoins, que ce Gouvernement, vers la fin du mois
34 de mai, était… fin du mois de juin, était en train de tomber en ruine.
35

36 Donc, qui était responsable ? Ceux qui avaient pris cette décision, y

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 26


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 compris la décision de tuer les Tutsis. Donc, vers la fin du mois de juin,
2 début juillet, il y avait un problème réel, mais ce après une pointe ou une
3 montée en flèche du pouvoir et du contrôle de ce cercle.
4 Q. Vous savez que Monsieur ADE classe un nombre important de Tutsis
5 dans l’Akazu, est-ce exact ?
6 R. D'après le diagramme que nous avons examiné, je me souviens qu'il y
7 avait une personne qui était tutsie.
8 Q. N'a-t-il pas parlé de Justin Mahangarare, qui était d'origine tutsie ?
9 R. Il a peut-être écrit des choses à son sujet, mais celui-ci ne figure pas
10 dans l'organigramme qu'il a établi du cercle restreint.
11 Q. Donc, Monsieur Kajeguhakwa fait partie de l’Akazu tel que décrit par
12 « ADE », n’est-ce pas ?
13 R. C'est exact. Il y a d'autres personnes qui ne partagent pas cette
14 perception. Ils diraient qu'il n'était pas partie de l'Akazu mais plutôt un
15 client, un satellite, quelqu'un qui dépendait de l’Akazu. Je pense que la
16 réciproque est également vraie parce que les clients ou les satellites ont
17 également le moyen d'exercer une certaine influence.
18 Q. L'Akazu dépendait de lui ?
19 R. Il y avait une relation de bénéfice réciproque.
20 Q. Parce qu’il était beaucoup plus riche que certains membres de l’Akazu ;
21 n'est-ce pas ?
22 R. Là, je ne sais pas. Mais je sais qu'il était « vachement » riche, il n'y a pas
23 de doute à ce sujet.
24 M. LE JUGE MUTHOGA :
25 Quelle personnalité… De quelle personnalité parlez-vous ?
26 Me PHILPOT :
27 Il s’agit de Valence Kajeguhakwa : K-A-J-E-G-U-H-A-K-W-A.
28 Q. Je vais maintenant vous poser un peu plus de questions concernant
29 Monsieur Zigiranyirazo. Lorsqu'il était au Canada, est-ce qu'il contrôlait
30 les nominations à des postes importants au Rwanda, d'une manière
31 générale ?
32 R. Pour tirer une conclusion là-dessus, je devrais savoir à quelle date
33 précise il était au Canada. J'ai dit tantôt que je n'en savais rien.
34 Q. En 1990, est-ce qu’il contrôlait les nominations ? Est-ce que vous avez
35 des documents pour le
36 justifier ?

2 LYDIENNE PRISO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 27


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Est-ce que nous pourrions savoir à quelle date en 1990 ?


2 Q. Je parle de 90.
3 R. 90, c'était une très longue année, peut-être qu'il était chez lui pendant
4 plusieurs mois pendant
5 l'année 90.
6 Q. Je vous demande tout simplement s'il avait un certain contrôle au cours
7 de cette période, en 1990 ?
8 M. LE JUGE MUTHOGA :
9 Est-ce que lorsque vous parlez de contrôle, vous voulez dire quoi ?
10 Me PHILPOT :
11 Q. C'est un terme général et le docteur Des Forges, dans son expertise,
12 peut y apporter des nuances. Peut-être qu'il n'y a pas d'exemple pour
13 l'année 1990 ?
14 R. Ce n'est pas du tout ce que je dis. Je vous dis que vous posez une
15 question à laquelle je ne peux pas répondre. Si je ne sais pas à quel
16 moment il était au Rwanda ou il était hors du Rwanda ; comment est-ce
17 que je pourrais dire s'il avait une influence ou pas ?
18 Mme LE PRÉSIDENT :
19 Q. Est-ce qu'il était possible qu’il exerce une certaine influence à partir du
20 Canada ou devait-il être présent physiquement au Rwanda pour exercer
21 une telle influence ?
22 R. Vous avez raison, Madame le Président. Il pouvait également exercer une
23 influence quelconque à distance ; peut-être avec moins d’efficacité, mais
24 je pense que c'était possible. Certains noms qui ont été cités comme
25 étant des personnes dont la nomination était motivée par Monsieur
26 Zigiranyirazo incluent les personnes qui ont été citées par le Conseil ce
27 matin, et ces personnes ont changé de poste. Il m’est donc difficile
28 d'établir un lien. Je ne peux pas dire oui ou non à moins que j’aie une
29 date et des informations factuelles.
30

31 (Pages 11 à 24 prises et transcrites par Lydienne Priso, s.o)


32

34

35

36

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1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

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1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Mme LE JUGE KHAN :


2 Q. Savez-vous que Zigiranyirazo a visité son pays au cours de son séjour au
3 Canada ?
4 Mme DES FORGES :
5 R. Je sais qu’il a fait des allers-retours un certain nombre de fois, Madame le
6 Président ou Madame
7 le Juge, sauf en ce qui concerne la période à partir de novembre 1992 ;
8 je crois qu’il était rarement hors du Rwanda. Mais en ce qui concerne la
9 période avant celle-là, je n’en suis pas sûre.
10 Me PHILPOT :
11 Nous allons passer les années en revue.
12 Q. En 1990, à l’intérieur ou à l’extérieur, est-ce que Monsieur Zigiranyirazo
13 aurait-« il » désigné ou demandé la… le renvoi de personnalités ? Est-ce
14 que vous avez des documents pour le justifier ?
15 R. Ce matin, vous-même, vous avez cité des noms, y compris Gatabazi,
16 Nteziryayo, Ruhigira, comme étant des personnes qui étaient supposées
17 avoir été nommées grâce à son influence.
18 Q. C’est ce que « ADE » dit. Je pose la question en ce qui concerne 1990 ;
19 avez-vous des exemples sur cette année ? Je n’ai pas dit que ces noms
20 avaient trait à l’année 1990.
21 R. Je devrais donc regarder les détails des nominations de ces personnalités
22 lorsque ces personnes ont été mutées pour tirer une conclusion si, oui ou
23 non, Zigiranyirazo a influencé ces changements de nomination.
24 Q. Je ne vous pose pas de questions sur ces personnes, je vous pose une
25 question d’ordre général.
26 Mme KAGWI NDUNGU :
27 Je pense que la question a été posée, le témoin y a répondu. Le témoin a
28 dit au Conseil qu’elle ne savait pas à quel moment le témoin (sic) était
29 au pays ou était à l’extérieur. Et elle n’a pas de document pour le
30 justifier.
31 Mme LE PRÉSIDENT :
32 Q. Docteur Des Forges, dans votre déposition, vous avez dit que Monsieur
33 Zigiranyirazo a dû quitter le Rwanda parce qu’il était devenu un poids
34 mort au plan politique, il était encombrant ; il est donc allé au Canada.
35 Ensuite, il est revenu et il essayait de reconquérir le pouvoir ou de
36 rentrer dans le cercle de pouvoir. À votre connaissance, lorsqu’il a quitté

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 25


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 le Rwanda et lorsqu’il est revenu en 1992, lorsqu’il se battait pour


2 rentrer dans le cercle de pouvoir, est-ce qu’il avait des pouvoirs ou
3 c’était, en quelque sorte, une période sabbatique ?
4 R. Madame le Président, d’après ce que je comprends des éléments de
5 preuve, il a continué à avoir une certaine influence, mais beaucoup
6 moins qu’en 1989. Cela ne satisfait peut-être pas votre curiosité, mais
7 d’après mon évaluation des éléments de preuve, il avait une certaine... il
8 avait connu une période, disons… il est tombé en disgrâce, en quelque
9 sorte. Ensuite, il a cherché à remonter la pente.
10 Me PHILPOT :
11 Q. Je ne vous comprends pas très bien. Donc vous n’avez pas de date ; si
12 vous n’avez pas de date, vous ne pouvez pas donner d’exemples. Si vous
13 n’avez pas les dates en ce qui concerne son absence du pays, vous ne
14 pouvez pas nous donner d’exemples ? Si je me trompe, dites-moi que je
15 me trompe.
16 R. Je crois que nous avons parlé de cela. Je n’ai pas cette information.
17 Q. Je vous remercie. Vous avez examiné beaucoup de documents de
18 différentes sources. Combien de temps, au cours de l’année précédant la
19 mort du Président Habyarimana, a-t-il rencontré Protais Zigiranyirazo ?
20 R. Je n’ai jamais vu un calendrier des nominations présidentielles et je n’ai
21 jamais vu de calendrier des nominations de Monsieur Zigiranyirazo. On
22 suppose que les membres de famille se rencontrent, occasionnellement
23 au moins. Mais c’est une hypothèse, il ne s’agit pas d’un fait que l’on
24 pourrait prouver.
25 M. LE JUGE MUTHOGA :
26 Q. Est-ce que le fait de se rencontrer concerne les rencontres formelles ou
27 officielles, ou cela recouvre également les rencontres fortuites, par
28 exemple pour un dîner ou mariage de quelqu’un ou au cours
29 d’événements sociaux ? Est-ce que vous parlez de rencontres
30 enregistrées lorsque Monsieur Zigiranyirazo a demandé à rencontrer le
31 Président et le Président lui a accordé l’audience ?
32 Me PHILPOT :
33 Je parle de toutes les rencontres. Je pense qu’au fur et à mesure que la
34 preuve sera présentée, vous comprendrez notre position de manière plus
35 claire. Je vous remercie.
36 Q. Combien de fois a-t-il rencontré sa sœur à Agathe Kanziga au cours de

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 26


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 l’année précédent l’assassinat du Président Habyarimana ?


2 R. Combien de fois l’a-t-il vue et s’est entretenu avec elle ?
3 Q. Oui, parce qu’après tout, vous avez dit que dans un réseau informel, les
4 choses se passent en vous servant de demi-phrases.
5 R. Je n’ai pas accès à son calendrier de rendez-vous non plus.
6 Q. Est-ce que l’on peut savoir que des rencontres se sont tenues en... en
7 dehors d’avoir un calendrier de rendez-vous ? Vous pouvez lire des
8 lettres ou lire dans l’esprit des gens.
9 R. Peut-être oui, peut-être non.
10 Q. Mais vous pouvez savoir que j’ai rencontré mes collègues pendant le
11 week-end en posant la question à un hôtel. Il y a d’autres moyens de
12 savoir que les gens se sont rencontrés.
13

14 Nous pouvons avancer. Si je vous disais que Monsieur Zigiranyirazo n’a


15 rencontré le Président que trois fois, environ trois fois au cours de
16 l’année précédente, à des occasions, à des cérémonies à caractère
17 social, est-ce que cela est possible ?
18 R. Trois, c’est possible, trente, c’est possible. On n’a aucune base pour tirer
19 des conclusions. Tout est possible.
20 Q. Je comprends que vous n’avez pas de base pour tirer des conclusions.
21 R. Je ne tire pas de conclusions si je n’ai pas d’éléments de preuve ; je dis
22 tout simplement que je ne sais pas.
23 Q. Est-ce que Madame Kanziga a pris part à des réunions lorsque les
24 décisions politiques ont été prises ?
25 R. Je crois comprendre que le soir du 6 avril, au cours des heures qui ont
26 suivi l’attentat contre l’avion présidentiel, elle et son frère ont eu des
27 discussions politiques, et je pense qu’on peut qualifier cela de rencontre
28 politique.
29 Q. Très bien. Revenons là-dessus et parlons de la période au cours de
30 laquelle la fameuse Akazu avait beaucoup de pouvoir. Lorsque... À quel
31 moment l’Akazu est intervenue dans le débat politique au Rwanda ? Je
32 suis sûr que vous avez une réponse à cela.
33 R. Cela a été utilisé, je crois, en 1991. Je ne sais pas si cela a été le cas
34 avant cela.
35 Q. Mais vous êtes historien, vous devriez le savoir.
36 R. Je viens de vous dire ce que je sais.

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 27


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Est-ce que vous dites que vous ne savez pas si le terme « Akazu » dans
2 son acception politique était utilisé avant 1991 ?
3 R. J’ai dit que la première utilisation dont je me souviens, c’est 1991. Si
4 vous voulez que je rentre consulter toutes mes interviews, je pourrais
5 donc vérifier.
6 Q. Très bien. Vous ne savez pas ? Je vous remercie.
7 R. Ce n’est pas ce que j’ai dit.
8 Q. Vous ne le savez pas maintenant ? Lorsque Monsieur Zigiranyirazo est
9 rentré du Canada, de quelle faveurs politiques a-t-il bénéficié de la part
10 du Président ? S’agissait-il de contrat de nomination, d’argent ? Est-ce
11 que vous avez des renseignements précis là-dessus ?
12 R. Eh bien, au mois d’août 1989, il a été désigné au sein du conseil
13 d’administration de l’ORTPN, l’Office national du tourisme et des parcs ;
14 et, à mon avis, il a continué à assumer ces fonctions. Et à son retour, il
15 devait avoir accès à toutes les ressources que ces structures
16 paraétatiques avaient à sa disposition.
17 Q. Donc, il n’y a rien de nouveau, autre que ce poste officiel qu’il occupait
18 depuis 1989 ?
19 R. Mais il occupait ce poste en 1989.
20 Q. Est-ce qu’il a continué à exercer ses fonctions en son absence ?
21 R. Je n’ai pas souvenance d’une quelconque révocation.
22 Q. Je vous ai posé la question sur des contrats éventuels. Est-ce qu’il a
23 bénéficié de contrats de la part du Gouvernement à partir de son retour,
24 c’est-à-dire vers 1993 ? Aurait-il reçu des contrats ? Est-ce qu’il était un
25 entrepreneur ? Je vais parler de nomination, étant donné que vous avez
26 parlé de nomination. Est-ce qu’il a été nommé, désigné au sein d’une
27 commission, d’un conseil d’administration ?
28 R. Non. Il n’y a pas de membre... d’autres membres d’Akazu qui ont été
29 nommés au sein d’une structure quelconque. C’est lorsque l’Akazu était
30 attaquée et le pouvoir... le Président ne pouvait pas attirer l’attention sur
31 ce cercle restreint du pouvoir en accordant des dénominations à des
32 membres de l’Akazu. Mais… nommer… membre de l’Akazu en plein
33 multipartisme, lorsque c’était une accusation importante contre l’Akazu
34 — on disait que c’était un cercle de corruption et de népotisme —, c’était
35 donner une occasion en or à l’opposition et je pense que le Président
36 n’était pas disposé à le faire.

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 28


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Vous avez fait allusion au réseau « Zéro » et des personnes bien connues
2 qui en sont membres. Il n’était pas au Rwanda. L’auteur du Rwanda
3 n’était pas... L’auteur du réseau « Zéro » n’était pas au Rwanda
4 en 96 (sic) ? Non, il était au Gabon, n’est-ce pas ?
5 R. Je ne sais pas où il était en 1994. Il a quitté le Rwanda en 1992 et, à ma
6 connaissance, n’y est pas retourné avant 1994.
7 Q. Puis il a adhéré au parti MDR...
8 L’INTERPRÈTE ANGLAIS-FRANÇAIS :
9 Maître, est-ce que vous pouvez observer une pause entre la question et
10 la réponse qui vous est donnée, s’il vous plaît ?
11 Me PHILPOT :
12 Q. Il a adhéré « le » parti MDR, n’est-ce pas ?
13 R. Je ne connais pas son histoire personnelle.
14 Q. Et il a été nommé à un poste pendant qu’il se trouvait au Gabon, n’est-ce
15 pas ?
16 R. Je ne sais pas.
17 Q. N’est-il pas vrai qu’après l’avènement du multipartisme, les ministères
18 n’étaient plus contrôlés par le MRND et que les autres partis pouvaient
19 octroyer des marchés aux « soumettants » ?
20 R. S’agissant de la question concernant son propre poste, qu’il a été
21 nommé ou qu’il se trouvait au Gabon, je ne connais pas. S’agissant de la
22 question générale, oui, je pense que j’en ai traité en long et en large
23 dans mon rapport lorsque j’ai parlé du multipartisme, en permettant aux
24 autres partis de venir à la table pour partager un plat. Et ceci faisait
25 partie de la rivalité dont nous avions parlé.
26 Q. Nous allons revenir à Monsieur SGM. Ce Monsieur SGM est devenu le
27 représentant du Rwanda après la prise du pouvoir par le FPR ; est-ce
28 exact ?
29 Mme LE PRÉSIDENT :
30 Voulez-vous dire « ambassadeur » ?
31 Me PHILPOT :
32 Il est devenu ambassadeur en France ; est-ce exact ?
33 R. C’est exact. Pour une très courte période, je pense.
34 Q. Au moins deux ans. Au moins deux ans, à ce que je sache.
35 R. Je ne sais pas. Je n’ai pas suivi sa carrière, je ne sais pas. Je sais qu’à un
36 moment donné, il a été ambassadeur, mais je ne connais pas la durée de

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 29


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 la période.
2 Q. Pensez-vous que ce réseau... ce document... ce document portant sur le
3 réseau « Zéro » pouvait être utilisé en votre qualité d’expert ?
4 R. En tant qu’élément de preuve, cela est sujet à précautions, et il faudra
5 tenir compte de son point de vue lorsqu’il l’a rédigé. Il s’agit d’un
6 intellectuel bien formé, une personnalité politique qui est influente dans
7 le cercle dans lequel il travaillait lorsqu’il a rédigé ce document, et on
8 peut le tenir en ligne de compte.
9 Q. Seriez-vous surprise que ce monsieur ait dit que : « Il n’avait pas mené
10 beaucoup d’enquêtes avant d’écrire ce livre ou d’écrire ce document » ?
11 R. Cela ne me surprendrait pas. Il ne l’a pas défini comme étant un
12 document issu de ses enquêtes. Il dit : « Mais écoutez, voilà ce que j’ai
13 observé autour de moi, et est-ce que vous pouvez faire quelque
14 chose ? »
15 Q. Je vais vous poser une question relative à la terminologie ou à une
16 terminologie qui a été fréquemment utilisée au Rwanda. Le terme
17 « Interahamwe » a un certain nombre de significations, n’est-ce pas ? Par
18 exemple, dans votre livre, en sa page 4, il dit : « Il veut dire "ceux qui
19 attaquent ensemble". » C’est ce que vous avez dit dans votre livre ?
20 R. C’est exact. La formulation n’est pas exactement cela, mais le contenu
21 est exact.
22 Q. La formulation est exacte. Vous savez que l’expert linguiste qui a déposé
23 en l’affaire Akayesu, Monsieur Ruzindana… Vous le connaissez, n’est-ce
24 pas ?
25 R. Je pense que j’ai fait sa connaissance en passant, mais je ne sais pas si je
26 le reconnaîtrais. J’ai rencontré beaucoup de personnes.
27 Q. Je vais donner lecture de ce qu’il a dit en janvier 1997 lorsqu’on lui a
28 parlé de définir le terme « Interahamwe ». Je le lis en français ; il a dit :
29 « Le mot "Interahamwe" quand vous (inaudible) "hamwe" veut dire
30 "ensemble" ; "Interahamwe" veut dire : "Les gens qui travaillent
31 ensemble" ou "des gens qui attaquent ensemble". »
32

33 La majorité des linguistes au Rwanda diront que ce mot signifie : « Des


34 gens qui travaillent ensemble. » Je ne vous demande pas d’adopter cette
35 définition. Mais si vous deviez utiliser le terme, ne serait-il pas indiqué
36 d’expliquer ou de donner deux définitions ?

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 30


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. À utiliser dans quel contexte ?


2 Q. Dans tout contexte. Lorsque vous utilisez ce mot en le traduisant pour
3 les fins d’un document à usage public, et… ne serait-il pas exact que
4 vous « proposeriez » deux définitions, voire trois ?
5 R. L’un des documents publics que... auquel vous faites allusion, je n’ai
6 pas... si le nom de l’organisation est l’objet de mire de la discussion, oui.
7 Mais si on l’utilise comme on l’utilise communément au cours de cette
8 période, comme je l’ai souligné, que la terminologie a changé au fil du
9 temps, l’utilisation au cours des années 70... 60, 70, 80, vous avez des
10 groupes de femmes qui peuvent utiliser ce terme.
11

12 Mais, avec le temps, avec l’évolution historique et avec les événements


13 survenus en 1990, la terminologie a pris une autre tournure, c’est-à-dire
14 reflétant le comportement de ce groupe.
15 Q. Quand est-ce que cela a revêtu cette signification-là ?
16 R. Il a commencé à être identifié comme un groupe agressif, peu après sa
17 formation, vers la fin de 1991 et début 1992, l’un des fondateurs de
18 l’organisation, Monsieur Murenzi, exprimait déjà au Président, soit
19 directement ou indirectement, ses préoccupations que ce groupe ne
20 répondait plus à… ce à quoi il avait pensé en le créant. Et il a demandé à
21 ce que le MRND reconnaisse ou accepte le désir de replacer le groupe
22 dans le contexte, parce que Monsieur Murenzi et autres ne croyaient plus
23 en ce qui se passait.
24 Q. Lorsque le MRND a été créé, est-ce que quelqu’un a dit : « Eh ! Vous ne
25 pouvez pas utiliser ce nom, c’est un nom agressif, c’est un nom guerrier.
26 Vous ne pouvez pas l’adopter. » ?
27 R. Je n’étais pas présente à sa formation et je n’ai collecté aucun élément
28 de preuve quant à savoir comment est-ce que ce terme a été choisi.
29 Q. N’est-il pas vrai... N’est-il pas vrai que le mot ressort d’une chanson du
30 PARMEHUTU, que tout le monde en est... en était au courant au
31 Rwanda ?
32 R. Ce mot avait plusieurs usages au cours des décennies précédentes et qui
33 n’avaient rien à voir avec « attaquer les gens ».
34 Q. Lorsqu’il a été adopté, c’est dans le sens de « travailler ensemble » ou
35 de « se tenir ensemble », n’est-ce pas ?
36 R. Je n’étais pas présente à cette réunion. Tel que je l’ai compris,

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 31


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 l’organisation a été créée pour promouvoir les intérêt du MRND dans le


2 contexte du multipartisme. « Se tenir ensemble » est devenu « attaquer
3 ensemble ». Je soulignerais que le nom de la milice de la CDA était un
4 nom qui veut dire : « Visons un objectif commun », qui était clairement
5 défini.
6 Q. N’est-il... Ne serait-il pas équitable d’utiliser ce terme dans votre rapport
7 — le rapport de la commission j’entends ? Page 16... Page 136 de ce
8 document, vous vous êtes référée à votre rapport de la commission
9 internationale : « La milice MRND était ceux qui attaquaient ensemble et
10 qui se sont répandus dans le pays en février 1992. » Pourquoi n’aviez-
11 vous pas donné les deux termes ou les deux noms, étant donné que
12 vous avez en tête les deux définitions telles que définies par Ruzindana ?
13 R. Je pense que j’ai déjà mentionné — peut-être que je ne l’ai pas fait —
14 l’expérience vécue par les membres de la commission, dont le véhicule
15 avait été arrêté à un barrage routier par les Interahamwe, avec pour
16 demande à ce que les Hutus... les Tutsis à bord du véhicule descendent.
17 Lorsque nous avions protesté auprès du Président Habyarimana, il a
18 répondu qu’ils étaient tout simplement des scouts. Et il y avait donc
19 plusieurs interprétations possibles de ce qui se passait, mais si vous avez
20 vu un groupe de 40 personnes munies de machettes essayant de faire
21 descendre des personnes d’origine tutsie à bord d’un véhicule, vous
22 comprendrez.
23 Q. Ne serait-il pas exact ou plus approprié pour vous de dire : « Bon, ça a
24 été formé pour signifier "travaillons ensemble", et puis, son sens a
25 changé pour devenir "attaquer ensemble". Pourquoi n’avez-vous pas dit
26 tout cela ?
27 M. LE JUGE MUTHOGA :
28 Ça dépend du sens. Ça dépend de ce que « travailler » veut dire dans
29 votre sens.
30

31 Me PHILPOT :
32 Monsieur le Juge, le terme utilisé par le docteur Des Forges dans son
33 livre, c’est « se tenir ensemble ». Je suis conscient de cette distinction,
34 mais le terme utilisé dans le livre du
35 docteur Des Forges, c’est « se tenir ensemble ».
36 Mme LE PRÉSIDENT :

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 32


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Oui, Maître. Mais pensez-vous que cette ligne de questionnement soit


2 équitable, parce que le docteur Des Forges confectionnait un rapport
3 relatif à des événements... à un événement, et non pas sur la
4 terminologie.
5 Me PHILPOT :
6 Docteur Des Forges, nous allons avancer et passer à autre chose.
7 Q. Ikubuhoza (sic) était... — nous allons utiliser une forme... une formule du
8 nord-américaine (sic) — n’était pas une façon de noter ou de... une façon
9 de raids... de mener des raids sur les autres partis.
10 R. Il ne s’agit pas de violence physique, mais lorsque les choses sont parties
11 dans différentes directions, cela a été utilisé par le MRND pour s’attaquer
12 aux personnes qui n’avaient pas adhéré au nouveau parti. Il a été
13 allégué — et je pense de manière précise — que les Ikubuhoza (sic), les
14 « initiateurs », étaient issus du MDR. Qui... Cela pouvait concerner...
15 payer des pots de vin, mais c’était réciproque que les deux groupes
16 étaient impliqués dans les activités menées par l’autre groupe.
17 Q. Rukoboza (sic) était utilisé par la GDR ?
18 R. Exact.
19 Q. N’est-il pas vrai que le chef des Interahamwe était Robert Kajuga, un
20 Tutsi ?
21 R. C’est exact. J’ai appris, par la suite, qu’il... un autre fondateur, Éric
22 Karagezi (phon.) qui était aussi un Tutsi. Karagezi (phon.) est... a quitté
23 les rangs de l’organisation après une brève période.
24 Q. Nous allons examiner un peu la guerre. Monsieur Kayega Akwa (phon.),
25 comme nous l'avons déjà discuté, était un Tutsi très prospère qui était
26 soit membre de l'Akazu ou un client important de l'Akazu, et qui était
27 tributaire de l'Akazu. Il était un Tutsi qui a été un enseignant... qui a fait
28 fortune au cours de plusieurs années en tant qu'homme d'affaires ;
29 est-ce exact ?
30 R. Oui, c'est une description d'ordre général. Sa carrière d'enseignant a
31 été... a... dépassé par sa carrière de commerçant.
32 Q. Il a quitté vers 1989, n'est-ce pas ?
33 R. C'était...
34 Q. Est-ce que c'était un août 1990 ?
35 R. C'était en août 1990.
36 Q. Je vais consulter mon client. Je pense qu'il est parti avec le pasteur

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 33


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Bizimungu. N'étaient-ils pas ensemble ? Ils ont quitté quoi ?


2 R. Ils ont quitté le Rwanda pour se rendre en Ouganda. Je crois comprendre
3 qu'ils se sont rencontrés en Ouganda.
4 Q. Donc, ce n'est ni ici ni là. Kajuga Akwa (phon.) prétend — à tort ou a
5 raison — qu'il avait un important réseau d'informateurs à l'intérieur du
6 Rwanda, n'est-ce pas ?
7 M. LE JUGE MUTHOGA :
8 Q. Il a prétendu avoir un réseau important ?
9 R. Il a prétendu, et avec raison, son livre est une description remarquable
10 du fonctionnement du clientélisme.
11 Me PHILPOT :
12 Q. Et il s'est servi de ce réseau pour se mettre à la cause du FPR, n'est-ce
13 pas ?
14 R. Je ne le sais pas. Je ne sais pas si c'est précis. C'était un réseau qu'il a
15 bâti pour ses propres intérêts. Et lorsqu'il a quitté le pays, combien de
16 ses clients lui sont resté fidèles et combien étaient devenus « déloyal »
17 ou se sont dissociés de lui. Je ne sais pas.
18 Q. Donc, vous nous dites... En clair, vous nous dites... Je comprends, je
19 comprends. Vous nous dites qu'il a pu perdre quelques-uns de ses
20 soutiens lorsqu'il a quitté ?
21 R. Oui. Je pense que le... les gens qui l'ont quitté l'ont fait parce que
22 lui-même a été déloyal envers le pays. Les gens se sont dit : « Mais il est
23 parti, il nous a laissés derrière et je ne voudrais pas apporter mon
24 soutien à quelqu'un qui ne serait pas là pour me défendre ou pour me
25 soutenir. »
26 Q. Est-il correct qu'il a considéré qu'il avait un réseau d'informateurs au sein
27 de l'armée et dans les milieux civils qui lui ont permis de faire une
28 analyse importante sur l'organisation de l'armée, de la Gendarmerie et
29 de la société rwandaise ?
30 Mme LE PRÉSIDENT :
31 Lorsqu'il est parti, de quelle période parlons-nous ?
32 Me PHILPOT :
33 En 1990.
34 R. Je ne sais pas qu'il décrirait les choses comme vous les décrivez. Il a
35 décrit dans le sens des services secrets pour comprendre le
36 fonctionnement de la Gendarmerie et de l'armée. Sa définition était plus

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 34


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 étroite, c'est-à-dire les intérêts de Kajuga. C'est-à-dire, c'est comme ça


2 qu'il fonctionnait. Je ne sais pas si ce qu'il disait était aussi élargi, comme
3 vous le dites.
4 Q. Mais il a dit qu'il a mis ses efforts après cela au service du FPR... et
5 beaucoup d'argent, n'est-ce pas ?
6 R. Est-ce que nous pouvons regarder cette citation parce que cela me
7 permettrait de sous-peser ce
8 qu'il a dit ?
9 Q. Je voudrais que vous me donniez la... votre compréhension de son rôle
10 historique. Vous, en tant qu'experte, est-ce que vous ne comprenez pas
11 qu'il s'est prêté… et il a prêté ses propres ressources... il a prêté... il s'est
12 prêté... il a prêté beaucoup de ses ressources au FPR ?
13 R. Je dirais que dans son livre, ceci n'est pas apparu clairement. Mais dans
14 l'évaluation d'autres personnes qui ont suivi son cursus, c'est clair qu'il a
15 apporté beaucoup de concours au FPR.
16 Q. Non seulement en termes d'argent, mais en termes de ressources et de
17 contacts ?
18 R. Je ne le sais pas précisément. Mais actuellement, oui, il y a un cas précis.
19 Mais je dirais qu'aux yeux de quelqu'un qui est engagé pour une cause,
20 peu importe le montant d'argent ou de ressources consacrés à cette
21 cause.
22 Q. Lorsque le FPR rwandais a envahi le Rwanda, c'est mon entendement
23 qu'ils avaient... ils disposaient déjà de cellules clandestines dans le pays
24 depuis 1990 ; est-ce exact ?
25 R. Tel que je comprends les choses, il y avait un effort d'organisation
26 politique dans différentes localités du pays, parce qu'en raison du fait
27 que le multipartisme n'était pas autorisé, et les... le parti politique n'était
28 pas sur place. Par exemple, le MDR était organisé clandestinement avant
29 la proclamation de la reconnaissance de l'activité des partis politiques.
30 Q. N'est-il pas vrai qu'il a attaqué... je ne... le MDR n'a pas attaqué le pays
31 militairement... je parle du FPR ?
32 R. Dans son organisation, avant 1990, il y avait dans la tête d'un groupe de
33 personnes... qui avaient l'esprit… l'attaque militaire, mais ils avaient
34 peut-être adopté l'option politique.
35 Q. Avez-vous rencontré Aloys Muyenzi, quelqu'un qui a fui et qui se trouve à
36 Paris maintenant ?

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 35


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. (Intervention non interprétée)


2 Q. N'est-il pas exact que le recrutement des jeunes se faisait par la force ?
3 N'est-ce pas ce qu'ils ont dit ?
4 R. Ce qui est important, c'est l'élément temporel
5 Q. 87, 88, 89,90 ?
6 R. C'est ce qu'il a dit qu'il avait été recruté à cette époque-là ?
7 Q. La déclaration...
8 Mme LE PRÉSIDENT :
9 Maître Philpot, attendez que le témoin réponde à votre question avant
10 d'enchaîner, sinon on ne comprend plus rien.
11 Me PHILPOT :
12 Merci
13 Mme LE PRÉSIDENT :
14 Là, vous vous emportez.
15 Me PHILPOT :
16 Je suis d'accord que nous devons ralentir ; non seulement ralentir, mais
17 marquer une pause entre les questions et les réponses.
18 Q. Vous avez lu la déclaration de Monsieur Ruhenzi de 1994 (sic) et en
19 disant qu'il a été recruté pendant qu'il se trouvait en Ouganda, n'est-ce
20 pas ? L'avez-vous lue ?
21 R. Je pense que nous risquons de faire une confusion ici. Vous m'avez posé
22 une question relative à l'organisation du FPR au Rwanda avant 1990,
23 puis, vous avez introduit les dates — 86, 87,88 — et vous avez parlé de
24 Monsieur Ruhenzi. Maintenant, vous me posez la question de savoir si
25 Monsieur Ruhenzi a été recruté au Rwanda... en Ouganda.
26 Q. Est-ce que vous me suggérez qu'il n'a pas été recruté au Rwanda ?
27 Mme LE PRÉSIDENT :
28 La pause, s'il vous plaît.
29 Me PHILPOT :
30 La raison pour laquelle j'ai cité Monsieur Ruhenzi, c'est en raison de son
31 discours, non pas parce qu'il a été recruté au Rwanda, en Ouganda ou au
32 Burundi.
33

34 Je vais maintenant revenir au 1er octobre 1990.


35 Q. Avez-vous lu une article intitulé : « Exil, reforme et la montée du FPR » ?
36 Un livre écrit dans le Journal des Études africaines, volume écrit en 1996.

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 36


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Non, je n'ai pas lu ce livre ou cet article — pardon.


2 Q. Est-il plausible que lorsque Monsieur Reeds (phon.) a dit qu'il disposait de
3 cellules clandestines au Rwanda en octobre 1990, ceci est possible parce
4 qu'il ne pouvait pas travailler dans... en toute légalité ; est-ce exact ?
5 R. Je pense que nous l'avons établi.
6 Q. Il est également probable que le nombre de cellules dont disposait
7 l'envahisseur sur le terrain a augmenté au fil du temps ?
8 R. C'est exact.
9 Q. Et qu'il y avait un recrutement extensif à l'intérieur du Rwanda de jeunes
10 gens tutsis pour aller prendre les armes en vue de renverser le
11 Gouvernement rwandais ; n'est-ce pas exact ?
12 R. Il y avait eu des recrutements, mais quelle est votre définition de
13 recrutement extensif ? Combien de milliers de jeunes gens ?
14 Q. Connaissez-vous ce fait en votre qualité d'historienne ?
15 R. Je vous demande de définir votre terme afin que je puisse y répondre.
16 Q. Je ne suis pas expert en... sur l'histoire du Rwanda, encore moins témoin.
17 Pouvez-vous nous dire la portée ou l'envergure du recrutement de
18 jeunes gens tutsis au Rwanda ?
19 R. À quelle date ?
20 Q. Entre 1990 et le 6 avril 1994, et peut-être même avant, Docteur. Mais je
21 suis préoccupé par la période de la guerre plus précisément.
22 R. Si nous commençons avec la date du 1er octobre 1990, notre meilleur
23 estimation était que les forces du FPR étaient composées de
24 7 000 combattants dont un tiers peut-être étaient des militaires
25 appartenant à la NRA, l'armée ougandaise. La majorité des recrues
26 jusqu'à cette date-là provenaient de l'extérieur du Rwanda. En Ouganda,
27 au Burundi, et ce qui était à l'époque le Zaïre, et la Tanzanie et ailleurs
28 dans la diaspora. Mais c'est dans l'environnement immédiat de cette
29 région.
30

31 Ils ont déployé des efforts en vue de recruter des Tutsis à l'intérieur du
32 Rwanda. Ceci est devenu important vers la fin de 1991, début 92. Pour
33 récapituler, après la première invasion, la force a été repoussée ou
34 boutée hors du territoire rwandais. Mais il y avait quelques poches, mais
35 ils se sont... ils ont déplacé leurs opérations vers le nord-ouest en
36 menant des actions de guérilla sur le territoire rwandais. À l'époque, la

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 37


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 force était relativement désorganisée. Elle n'était pas en mesure de


2 procéder à des recrutements massifs. Mais ce n'est qu'après quelques
3 mois qu'ils se sont regroupés et, encore une fois, ont été en mesure
4 d'absorber un nombre plus important de recrues. C'est pourquoi je
5 situerais la date vers la fin 91, début 92. Les cas de recrutement sur
6 lesquels j'ai pu mener des enquêtes concernaient novembre,
7 décembre 91 et la période qui a suivi. Le nombre... Il est très difficile de
8 cerner le nombre, mais c'étaient des... un nombre qui se situe en
9 centaines plutôt que par milliers.
10 Q. La population locale était furieuse en raison de ces faits, n'est-ce pas ?
11 R. Pas nécessairement. Ça dépend de quelle population locale vous parlez.
12 La population locale tutsie, probablement, était fière que « des leurs »
13 allaient rejoindre les rangs du FPR. Certains tutsis étaient contre. Bien
14 sûr que des gens... leurs fils avaient été recrutés de manière approprié...
15 inappropriée, mais les Hutus, très certainement, avaient pensé que ce
16 n'était pas approprié. Par... Mugesera avait dit que les familles dont des
17 membres avaient été recrutés devaient être exterminés. Mais certains
18 Tutsis avaient... certains Hutus avaient considéré le FPR comme un allié
19 et l'aile armée qu'eux même n'avaient pas... Il n'y avait pas une armée
20 du MDR ; il n'y avait pas le parti PL ; il n'y avait pas une armée du PSD.
21 Et quelques-uns avaient tiré partie de la force FPR pour consolider leurs
22 propres positions dans le pays. Ainsi, vous devez être précis en ce qui
23 concerne le temps et le lieu en disant que les gens étaient furieux.
24 Q. Nous y reviendrons en... plus en détail. Vous avez fait beaucoup de
25 travail... beaucoup de travail sur des Bagogwe.
26 R. Oui, j'ai interrogé un nombre important de Bagogwe.
27 Q. Il y avait des listes de personnes qui auraient été tuées à partir des
28 attaques menées de 90, 91 et par la suite. Je voudrais vous suggérer
29 qu'un nombre important de personnes ou un certain nombre de
30 personnes qui auraient été tuées avaient rejoint les rangs du FPR à
31 Mulindi, et je vais vous l'expliquer. Nous avons reçu des informations
32 d'un témoin originaire de la région des Bagogwe ; selon lui, les gens
33 étaient retournés en 1996 et étaient surpris de constater le nombre de
34 personnes qui auraient été tuées et ces personnes sont vivantes. Et je
35 vais vous donner ces noms pour vous demander si ceci est plausible. Il y
36 a le nom de Serushago ; ne tirez pas de conclusions pour le moment...

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 38


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Mme KAGWI-NDUNGU :
2 Messieurs les Juges, est-ce qu'il peut nous donner la source de ses
3 informations qu'il a reçues, parce que cette source n'est pas de nous.
4 Me PHILPOT :
5 Je demande au docteur Des Forges si c'est plausible. Il y a beaucoup de
6 personnes qui ont déposé à plusieurs reprises et ont donné des noms. Je
7 lui demande si c'est plausible ce nom que je viens de lui citer.
8 Mme LE PRÉSIDENT :
9 De dire si c'est possible que des personnes qui étaient supposées être
10 tuées avaient, en fait, rejoint les rangs du FPR ; est-ce exact ?
11

12 Me PHILPOT :
13 Q. Ou ont rejoint les rangs du FPR parce que certains n'étaient pas
14 nécessairement des militaires. Nous avons le nom de Monsieur
15 Serushago et Monsieur Bageni (phon.) qui s'occupaient des vaches dans
16 l'une des propriétés du Président Kagame. Il y a Kamango, Mabuye,
17 Straton Sabutiliro : S-A-B-U-L-I-R-O (sic), Straton Sabutiliro — Straton.
18 Vous avez Laurent Kanamugire, K-N-A-M-U-J-R-E (sic) Laurent qui était un
19 lieutenant des FAR. Il y avait d'autres… Karangwayire (sic) : G...
20 K-A-N-A-N-G-A-Y-E-R (sic) (inaudible), Ilian (sic) Kanamugira (sic). Ce sont
21 des informations que nous avons obtenues, vrai ou faux. Je demande au
22 Docteur Des Forges.
23 Mme KAGWI-NDUNGU :
24 Messieurs les Juges, peut-être qu'il peut reformuler sa question. Ce sont
25 des informations qui, dit-il,
26 il a obtenues ; nous ne connaissons pas la source de ses informations.
27 Mme LE PRÉSIDENT :
28 Monsieur Philpot a dit que ces informations ne sont pas nécessairement
29 exactes et demande au Docteur Des Forges de savoir si ceci est possible
30 ou plausible.
31 Me PHILPOT :
32 Q. Ma question... Quelle était ma question ? Ma question est celle-ci :
33 N'est-il pas possible que parmi les personnes alléguées avoir été tuées
34 parmi les Bagogwe au cours de la période ayant précédé le génocide,
35 qu'en fait, certains n'avaient pas été tués, mais plutôt ont rejoint l'autre
36 parti ; est-ce que c'est une possibilité ?

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 39


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Est-ce que nous allons répondre à votre première formulation qui parle
2 de Mulindi ou plutôt avec la deuxième question qui ne précise pas le
3 lieu ?
4 Q. Utilisez l'option que je vous propose. Je vous demande si cela est
5 plausible ou possible ?
6 R. La réponse à la première question, ce serait non ; à la deuxième
7 question, je dirais oui. Parce qu'il est très peu probable de trouver ces
8 personnes à Mulindi. Lorsque les Bagogwe ont été attaqués, certaines
9 personnes ont fui... des gens ont fui, cela ne surprend personne. La liste
10 des gens supposés morts a été élaborée à la suite de l'observation des
11 maisons qui avaient été incendiées, la destruction physique qui a eu lieu.
12 Donc, les voisins ont élaboré des listes, ont dit que nous savons que
13 telles familles ne sont plus là, les maisons ont été détruites, les gens
14 sont partis. Dans cette confusion, dans cette fuite, peut-être que ces
15 personnes se sont retrouvées quelque part ?
16 Mme LE PRÉSIDENT :
17 Q. Est-ce qu'il n'aurait pas été bénéfique pour les voisins de supposer que
18 ces personnes étaient mortes pour s'approprier leurs biens ?
19 R. En fait, Madame le président, vous avez tout à fait raison. L'explication
20 du Gouvernement rwandais, à l'époque, était qu'il n'y a pas eu de tueries
21 à cet endroit, ces personnes avaient toutes fui. En fait, il n'y avait pas eu
22 d'attaque. Mais lorsque nous sommes allés sur le terrain — nous avons
23 vu les maisons, certaines étaient encore enfumées, nous avons vu les
24 preuves des attaques —, nous avons interviewé les personnes qui
25 avaient été blessées et nous avons ouvert des fosses communes à des
26 occasions. Il y a des gens qui donnaient des éléments précis ; il y a une
27 mère qui disait que : « Mes enfants ont été enterrés dans ces fosses
28 communes. » Nous avons trouvé des restes humains de jeunes hommes.
29 Donc, c'était une explication courante donnée par les autorités, et je
30 pense que dans certains cas, c'est vrai que certaines personnes ont fui
31 et étaient encore en vue... en vie — pardon
32 — et ont volontairement fui et…. sous le prétexte d'une attaque, parce
33 qu'elles voulaient se joindre à notre parti, mais cela concerne un nombre
34 relativement infime des centaines de personnes qui ont fui.
35 Me PHILPOT :
36 Q. Vous avez dit que vous avez « vu » le livre D'Abdel (inaudible) Ruzibiza ;

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 40


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1 exact ?
2 R. C'est exact.
3 Q. Et vous avez lu la préface de Claudine Vidal et la post-face de Monsieur
4 Guichaoua, n'est-ce pas ?
5 R. Monsieur Guichaoua, dites-vous ?
6 Q. Oui. Je vous remercie. Et les deux ont donné le sceau d'approbation à cet
7 ouvrage pour dire les choses simplement ; exact ?
8 R. Tout à fait.
9 Q. C'était rigoureux et exact ?
10 R. Je ne sais pas s'ils l'ont dit, je crois qu'ils ont dit que c'est un document
11 important et qu'il faut prendre au sérieux.
12 Q. Est-ce qu'ils n'ont pas dit plus que cela ? Ils ont donné une espèce de
13 sceau d'approbation en disant que c'était tout à fait exact ?
14 R. Je ne sais pas si l'appréciation est générale. Si vous avez la formulation,
15 vous pouvez me la donner.
16 Mme LE JUGE KHAN :
17 On aura l'occasion plus tard.
18 Q. Quelle appréciation faites-vous de l'ouvrage de Ruzibiza ?
19 R. C'est un livre important pour des raisons diverses. C'est la première fois
20 qu'un survivant du génocide a parlé publiquement en appelant à la
21 justice pour les deux parties. Donc, pour la première fois, un survivant
22 est prêt à le dire à la communauté internationale de façon publique. Ça,
23 c'est très important. Quant aux détails de son expérience personnelle, je
24 suppose que cela est exact. La description des informations recueillies
25 auprès de tiers, je voudrais l'examiner avec beaucoup de soins. Je crois
26 qu'il a tiré des informations de sources publiques sans indiquer qu'il
27 s'agit de sources publiques. Il a également, d'après son propre récit, tiré
28 des informations de ce qui a été relaté par d'autres personnes. Dans
29 certains cas, ce qu'il dit cadre avec les informations que j'ai recueillies
30 moi-même ou des informations recueillies par d'autres collègues
31 défenseurs des droits de l'homme. Donc, comme tout ouvrage important,
32 il faudrait l'analyser avec beaucoup de soins, il ne faudrait pas prendre
33 cela pour parole d'évangile ou le rejeter en bloc.
34 Me PHILPOT :
35 Q. J'ai quelques extraits, vous pourrez peut-être les regarder, et je vais vous
36 poser des questions.

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 41


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1 R. J'aime toujours avoir le texte.


2 Q. Je vais donc remettre un exemplaire à ma consœur, je vais peut-être
3 remettre une copie aux Juges s'ils le souhaitent. Et ces documents sont
4 en français et j'entends les verser aux débats.
5 Mme LE PRÉSIDENT :
6 Madame Ntilatwa, est-ce que vous pourriez prendre les documents
7 auprès de Maître Philpot ?
8

9 (Le greffier d’audience s’exécute)


10

11 Me PHILPOT :
12 J'ai donc des extraits ici : J'en ai trois pour les Juges, un exemplaire pour
13 le témoin, un exemplaire pour le Procureur et un exemplaire,
14 éventuellement, comme pièce à conviction si ce document est accepté
15 par la Chambre.
16 L'INTERPRÈTE ANGLAIS-FRANÇAIS :
17 Si le Conseil entend citer le document, qu'il le remette aux interprètes,
18 s’il vous plaît.
19 Me PHILPOT :
20 Je vais essayer de suivre quelques extraits de près.
21 Q. Docteur Des Forges, d'abord, à la page 143, c'est la première page, côté
22 droit, juillet 1991, le 27 juillet... le 29 juillet, plutôt, il décrit « une action
23 ou une série d'actions militaires » et il dit :
24 « Un plan de déstabilisation du pays a été entrepris en plaçant des
25 bombes sur des routes pour blesser les passants ou pour détruire les
26 véhicules. »
27

28 Ensuite, en bas, il décrit un peu : « Vous avez dit qu'ils étaient dans la
29 région volcanique » et il cite l'exemple d'explosifs mis en place par ce
30 réseau, dans la préfecture de Gisenyi, commune Rubovu, le 21 juillet... le
31 23 août et le 22 octobre 1991 à Kaburanga (phon.) dans la commune de
32 Mutura, le 29 octobre 1991 à Ruheri, Gisenyi.
33

34 Ma question est la suivante : Convenez-vous qu'il y a eu un plan de


35 déstabilisation entrepris par les guérilleros du FPR et, entre autres
36 choses, ils ont placé des explosifs dans les lieux publics pour frapper les

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 42


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1 passants et les véhicules. Vous, en tant qu'expert, est-ce que cela vous
2 dit quelque chose ?
3 R. Je m'interroge sur la date, la date qui se trouve au haut de la page
4 concernant le plan de déstabilisation, parce que les incidents qu'il cite
5 sont faits près de la zone de combat. Ce qu'il donne au bas de la page et
6 ce qu'il mentionne de l'autre côté, dans le Bugesera, et qui a eu lieu, je
7 crois, au mois d'octobre, novembre, peut-être décembre 1991, cela
8 concerne une zone frontalière et, donc, l'entrée ou le déplacement de
9 bombes ou de mines dans les zones de combat date de 92. Et je pense
10 qu'il y a eu des bombes et des mines. Et il n'est pas clairement établi qui
11 est responsable du placement de ces bombes ou mines. Je dirais qu'il y a
12 eu une série d'activités concernant l'utilisation d'explosifs visant des
13 cibles civiles, surtout en 1992. Mais je crois que tout cela ne devrait pas
14 être imputé au FPR et certains de ces incidents pourraient être attribués
15 ou imputés au FPR, mais pas tous.
16 Q. Je parle de ce qui s'est produit en 1991 dans la préfecture de Gisenyi.
17 Est-ce que vous voulez dire que Monsieur Ruzibiza ne dit pas la vérité
18 ici ?
19 R. Non. Je crois que si vous examinez attentivement ce que je viens de dire,
20 je ne disais pas qu'il n'était pas en train de dire la vérité.
21 Q. Nous allons passer à la page suivante, page 196. Je vous renvoie
22 au 7, 8, 9 et 10 mars 1993, et je vais lire la traduction en anglais : « Au
23 cours de cette période, l'APR a enterré et brûlé les corps de civils
24 massacrés dans les régions sous son contrôle. Il y avait, à ce moment-là,
25 de nombreux pillages de véhicules, de magasins, de marchandises, de
26 fournitures médicales à Rulindo, à Kinihira, dans l'usine de thé, à
27 Cyezaho (phon.) et Nakumba (phon.). » Est-il vrai qu'à cette période, que
28 l'armée patriotique rwandaise — APR — a enterré et brûlé des dépouilles
29 mortelles de civils qu'ils... qu'elle avait massacrés ; est-ce que cela est
30 vrai, à votre avis ?
31 R. Si mon souvenir est bon, le 8 mars 1993, c'était la date de la signature
32 de nouveaux cessez-le-feu. Et donc, je ne sais pas si le retrait du FPR,
33 c'était après le 8, mais il est probable que c'est au cours de cette période
34 générale, lorsqu'ils rentrent ou lorsqu'ils battaient en retraite, par
35 rapport à la zone d'avancée militaire — ils battaient donc en retraite en
36 raison de la pression internationale. « Il faudrait rentrer à votre zone de

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 43


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1 combat d'origine. » Et donc, si je considère que cette zone est celle qui
2 est un... décrite ici, je dirais qu'il est possible que... qu'ils aient souhaité
3 effacer des preuves des tueries perpétrées contre les civils. Maintenant,
4 combien de civils étaient tués ? À mon avis, cette question n'a pas été
5 suffisamment creusée. Le Gouvernement rwandais, trois ou quatre jours
6 après l'attaque,
7 a publié le chiffre de 140 000 personnes qui avaient été tuées, et je
8 pense que, franchement, cela est impossible. Human Rights Watch n'a
9 pas eu l'occasion de se rendre au Rwanda à ce moment-là et les
10 organisations locales qui ont tenté de mener des enquêtes ont abouti à
11 un chiffre beaucoup plus faible, peut-être des morts par centaines et non
12 par milliers. Je ne puis dire combien de civils ont été tués au cours de cet
13 événement. Que c'était une politique habituelle du FPR d'effacer les
14 preuves des tueries, je puis dire que c'était effectivement le cas.
15 Q. Pillages des véhicules, des voitures, des magasins, de fournitures
16 médicales, est-ce que cela est probable ?
17 R. Je n'ai pas d'informations précises là-dessus. Cela est probable étant
18 donné que c'est ce que font les armées qui se retirent.
19 Q. Et à la page 147... 197 — pardon —, en bas, à droite, il est dit : « Au
20 niveau économique ou au plan économique, l'attaque a complètement
21 désorganisé le pays en créant plus d'un million de réfugiés ou de
22 personnes déplacées de guerre. Toutes ces personnes sont devenues
23 une... un fardeau pour l'État qui devait s'en occuper parce que ces
24 personnes ont quitté leur culture... ont laissé leur culture derrière elles. »
25 Est-ce que cette description est exacte ?
26 R. Oui, mais encore une fois, il faudrait compléter cela par des informations
27 supplémentaires sur le nombre de personnes sur le million qui sont
28 restées une fois que leurs domiciles ont été libérés, c'est-à-dire lorsque
29 le FPR s'est retiré. Combien de personnes ont regagné leur domicile ?
30 Certainement, des gens on regagné leur domicile, mais je n'ai pas
31 connaissance des chiffres précis. Donc, les gens utilisaient ce chiffre
32 comme si c'était un million de personnes à partir de ce moment-là
33 jusqu'en 1994. En fait, tel n'est pas mon entendement. Il ne s'agit pas
34 d'un million à partir de ce moment-là jusqu'en 1994.
35 Q. Kigali n'était-elle pas entourée de bidonvilles, des gens qui vivaient dans
36 des camps de fortune, des gens déplacés du nord. Si c'est pas un million,

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 44


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1 c'est peut-être 600 000 personnes. N'est-il pas établi que c'était un
2 problème dont tout le monde avait conscience ?
3 R. Il y avait de grosses concentrations de personnes déplacées qui vivaient
4 dans la misère noire. Il n'y a pas de doute à ce sujet, et la plupart étaient
5 au nord de Kigali. Je ne dirais pas que Kigali était entouré de ces
6 bidonvilles, mais certainement, il y avait une présence importante de ces
7 personnes dans la vie nationale.
8 Q. D'après votre expérience, est-ce que les gens rentrent à l'endroit où ils
9 ont été chassés par le FPR, sachant que le FPR n'a jamais respecté le
10 cessez-le-feu et qu'ils étaient plutôt disposés à « les » violer ?
11 R. Votre question a deux angles.
12 Q. Je vais donc la reformuler : Étant donné que le FPR avait toujours violé
13 les cessez-le-feux, est-ce que les populations pensaient qu'il était
14 judicieux de rentrer chez elles ?
15 M. LE JUGE MUTHOGA :
16 Q. Est-ce que les populations savaient que le FPR violait toujours le
17 cessez-le-feu ?
18 Me PHILPOT :
19 C'est un fait et les populations sauraient davantage que nous qui
20 sommes ici, 12 ans plus tard. Je suis certain que les populations
21 voulaient la paix. Je suis en train de faire un discours maintenant, mais je
22 pense qu'il faudrait plutôt poser la question. Je pense qu'étant donné
23 qu'elles vivaient sur les lieux et qu'elles voyaient les attaques, elles
24 savaient quel était le risque de l'invasion d'une armée et… qui attaquait ;
25 donc, les populations savaient qu'il y avait violation de cessez-le-feu.
26 R. Il y a eu un certain nombre de cessez-le-feu ; tous ont été violés. Je ne
27 sais pas s'il est établi qui était la première personne à ouvrir le feu dans
28 chaque cas, mais il est établi que tout les cessez-le-feu avaient été
29 violés. Il est également établi que les cultivateurs cherchent à regagner
30 leur domicile une fois que la situation... le calme revient. Donc, même
31 lorsqu'il y a un risque d'inondation, les gens ont tendance à regagner
32 leur culture.
33

34 M. LE JUGE MUTHOGA :
35 Q. Y compris New Orleans ?
36 R. Oui, y compris New Orleans ou la Nouvelle-Orléans.

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1 Me PHILPOT :
2 Q. Est-ce qu'un cessez-le-feu aurait été violé par les forces armées
3 rwandaises ? En votre qualité d'expert, est-ce que vous en avez
4 connaissance ?
5 R. À l'époque, lorsque les cessez-le-feu initiaux ont été conclus, il n'y a pas
6 eu de force neutre d'observation pour signaler les cas de violation. Donc,
7 il est très difficile de dire s'il y a eu violation ou pas. Mais à cet égard, la
8 violation qui nous concerne ici, c'est de février 1993, il n'y a pas de
9 doute, il y avait une force d'observation de l'OUA sur place qui a pu donc
10 documenter cela.
11 Q. Passons à la page 202. À gauche — 18 mars 1993 — je vais le traduire
12 pour les Juges.
13 Mme LE PRÉSIDENT :
14 Il vaut mieux le lire en français et les interprètes feront leur travail.
15 Me PHILPOT :
16 Je vous remercie : « 18 mars 1993, c'est à cette date que le président
17 de... » Je dois éteindre mon récepteur parce que je vais m'entendre.
18 Mme LE PRÉSIDENT :
19 Bien sûr, il faudrait observer les pauses. Je crois que c'était le 18 mai et
20 non le 18 mars.
21 Me PHILPOT :
22 Tout a fait, Madame le Président. « (Début de la citation inaudible)...
23 cette date que le président de la commission politique du MDR et
24 président du forum paix et démocratie, Emmanuel Gapyisi, fut assassiné
25 par le commando de l'APR dirigé par le (inaudible), Charles (inaudible)
26 sous les ordres de (inaudible) Karenzi. La raison de son assassinat était
27 d'avoir dénoncé ouvertement le projet du FPR d'accaparer tout le
28 pouvoir. Des émissaires lui furent envoyés pour obtenir son silence, mais
29 sans succès. Paul Kagame ordonna son assassinat. La mort de Gapyisi a
30 créé une grande confusion dans la population. La plupart des gens
31 croyaient qu'il avait été assassiné par le clan présidentiel ; très peu
32 d'hommes politiques affirment... affirmaient, sans pouvoir en fournir la
33 preuve, que c'était le FPR. »
34 Q. Madame Des Forges, tout d'abord, pensez-vous que ce Monsieur dit la
35 vérité, à savoir que son armée a tué Monsieur Gapyisi ?
36 R. Je crois qu'il relate ce qu'il croit être la vérité.

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 46


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1 Q. Vous êtes expert, est-ce que vous pensez que ce qui s'est passé, c'est la
2 vérité ?
3 R. Je n'ai pas eu l'occasion d'évaluer les éléments de preuve dont il se sert.
4 Comme il le dit, au second paragraphe, il y a eu une certaine suspicion
5 concernant le Président et son cercle immédiat, parce que, ce qui n'est
6 pas clair par rapport à ce passage, c'est que Gapyisi critiquait également
7 Habyarimana à l'époque. Il tentait de créer une troisième voie et… qui
8 aurait donc exploité les forces du MRND. Donc, à l'époque, je pense que
9 les deux interprétations sont également possibles. Maintenant, nous
10 avons l'affirmation de quelqu'un qui, apparemment, a tiré cette
11 information ou tient cette information d'autres personnes, mais on ne
12 sait pas s'il s'est adressé aux assassins ou comment est-ce qu'il a pu
13 obtenir cette information. Je suis donc mal placée pour évaluer sa
14 véracité. Ce que je peux dire, c'est que je pense qu'il y croit lui-même.
15 Mme LE JUGE KHAN :
16 Q. Que disent vos propres enquêtes ?
17 R. Madame le Président, Honorables Juges, à l'époque, nous n'avons pas
18 mené des enquêtes sur ce cas. Nous l'avons fait au plan policier, nous
19 avons signalé cela sur la base des informations obtenues par les
20 organisations rwandaises de défense des droits de l'homme et nous
21 n'avons pas essayé d'examiner des éléments de preuve ou de suivre à la
22 trace les assassins ou quelque chose de ce genre.
23 Q. Est-ce que vous êtes arrivé à une conclusion sur la manière dont il a été
24 tué et sur l'identité du tueur ou des tueurs ?
25 R. Madame le Juge, la position que nous avons adoptée était que
26 l'assassinat n'avait pas été suffisamment creusé. Nous ne savons pas
27 donc qui était le tueur ou l'assassin. Encore une fois, le fait que la police
28 n'a pas mené suffisamment d'enquêtes pour que la personne auteur soit
29 poursuivie, cela a porté atteinte à la justice. Ce qui était clair, c'est qu'un
30 politicien avait été assassiné en toute impunité.
31 M. LE JUGE MUTHOGA :
32 Q. Est-ce que vous suggérez que les autorités gouvernementales ou la
33 police n'ont pas essayé d'enquêter sur cet assassinat, ou ils ont mené
34 des enquêtes et ils sont arrivés à une autre conclusion ?
35 R. Madame le Président, Honorables Juges, ma conclusion... notre
36 conclusion, c'est que les enquêtes n'étaient pas suffisantes. Nous

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 47


1 ZIGIRANYRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 n'avons pas conclu si cela était dû à un manque de volonté ou à


2 l'incompétence des autorités. Nous avons tout simplement constaté que
3 cela n'avait pas été suffisamment... cela n'avait pas suffisamment fait
4 l'objet d'enquêtes. Ce que dit Ruzibiza, c'est quelque chose qui est
5 devenu de plus en plus courant au fil des ans.
6 Me PHILPOT :
7 Est-ce que nous pourrons observer la pause.
8 Mme LE PRÉSIDENT :
9 Oui, nous pouvons observer la pause, je crois que le rythme est bon.
10

11 Nous allons observer une pause d'une heure trente, nous allons donc
12 reprendre les débats à 15 h 40.
13

14 (Suspension de l'audience : 13 h 5)
15

16 (Pages 25 à 42 prises et transcrites par Pierre Cozette, s.o.)


17

2 PIERRE COZETTE, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 48


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 (Début de l’audience : 14 h 55)

3 Mme LE PRÉSIDENT :
4 Maître Philpot, poursuivez.
5 Me PHILPOT :
6 Merci, Madame.
7 Q. Madame le Témoin, avant la pause, vous nous parliez des enquêtes
8 menées en ce qui concerne la mort de Monsieur Gapyisi. Suite à une
9 question posée par les Juges, vous avez déclaré que les enquêtes
10 n’étaient pas concluantes et que vous n’avez pas eu à faire de
11 commentaires là-dessus ; est-ce exact ?
12 Mme DES FORGES :
13 R. Je ne crois pas avoir déclaré cela. J’ai dit qu’en ce qui concerne
14 l’assassinat, c’était un signe de plus concernant la terreur et le manque
15 de la mise en œuvre de la loi.
16 Q. Et que pour vous, cela…c’était là un signe d’impunité ?
17 R. Oui, manquer à enquêter sur ces crimes était un signe d’impunité relevé
18 à l’époque.
19 Q. Dans votre livre Aucun témoin ne doit survivre, page 113, vous avez
20 décrit l’assassinat du 18 mai par un Escadron de la mort et vous avez
21 déclaré que Habyarimana avait essayé d’utiliser l’assassinat pour
22 discréditer ses adversaires et a accusé le FPR et ses complices de
23 l’assassinat.
24

25 Et vous avez déclaré qu’eux, par contre, ont accusé Habyarimana du


26 crime, et ceci a été étayé par une enquête. Pourquoi dans votre livre
27 vous avez déclaré que les enquêtes avaient prouvé que Habyarimana
28 était responsable ? Pourquoi n’avez-vous pas dit la même chose à la
29 Chambre aujourd’hui ?
30 R. Lorsque vous écrivez un livre de 800 pages, il est difficile de vous
31 rappeler tous les passages. Le crime n’a jamais été résolu parce qu’il n’y
32 a jamais eu aucun procès ayant entraîné des condamnations.
33 Q. Vous avez dit dans votre livre en termes crus que les enquêtes ont
34 prouvé que c’était Habyarimana qui était responsable de ce crime, et
35 que, à cause de l’impunité, les auteurs n’ont jamais été traduits en
36 justice.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 43


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Ce n’est pas exact. Pouvez-vous relire ce passage, s’il vous plaît ?


2 Q. Parlant du FPR et du MDR, ils ont à leur tour imputé la responsabilité à
3 Habyarimana. Et que des enquêtes ont prouvé ces faits, mais les auteurs
4 n’ont jamais été traduits en justice.
5 R. En un moment, il y a eu une enquête qui semblait étayer cette
6 allégation, mais cela n’a jamais été prouvé par-devant une Cour de
7 justice.
8 Q. L’allégation à l’effet que Habyarimana et son entourage en étaient
9 responsables. Et comme l’a dit Monsieur Ruzibiza, le camp présidentiel
10 était tenu responsable de ce fait.
11 R. Nous parlons d’un élément de perception ici.
12 Q. Merci. Êtes-vous d’accord avec l’assertion formulée par Monsieur
13 Ruzibiza ici et selon laquelle Gapyisi a dénoncé publiquement le projet
14 du FPR pour prendre tout le pouvoir, et c’est la raison pour laquelle
15 Kagame a commandité son assassinat ?
16 R. Comme je l’ai déjà décrit ce matin, il y a eu beaucoup de thèses des
17 deux côtés. Et je ne sais pas exactement ce à quoi se réfère Monsieur
18 Ruzibiza. Ce que j’ai dit ce matin est que Gapyisi, en effet, c’est… après
19 ces distances des deux côtés… parce que, selon lui, les deux côtés
20 essayaient de prendre complètement le contrôle du pouvoir.
21 Q. Je vais me reporter à la page 202 brièvement, et je ne voudrais pas en
22 donner lecture nécessairement. Ici, il parle de caches d’armes à
23 Kinyabushenge, dans la commune de Butare, à Ruhengeri et Bungwe,
24 dans la commune Siyondo, à Byumba, et Kaniga à Siyondo, commune de
25 Kayumbu, Byumba ; et Karama, dans la commune de Muvumba, à
26 Byumba.
27

28 Est-ce une évaluation raisonnable ? Ce qui manque ici, me semble-t-il, et


29 qui serait utile : Tout d’abord, une carte délimitant la zone du FPR ; et
30 deuxièmement, une date à laquelle les événements seraient survenus.
31 Q. Ça, c’est deux éléments, et une évaluation ne serait pas utile. Une date,
32 c’est (inaudible)1993, et je crois que je dois donner lecture
33 complètement du document au bas de la page 202. Et c’est en français…
34 « Le FPR (inaudible) entrer au Rwanda en provenance d’Ouganda,
35 quantité d’armes, munitions et bombes destinées à créer le désordre par
36 les actes de sabotage dans le pays, au cas où la fusion des armées serait

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 44


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 décidée. »
2 R. Tout à fait. Mais je crois que la date spécifique qui est mentionnée là, du
3 9juin, renvoie non pas à ce vous avez lu, mais au premier paragraphe,
4 autrement dit la signature du protocole d’accord. Parce que
5 manifestement, il ne dit pas que tout cela s’est produit le 9 juin,
6 d’accord ? Donc si nous revenons au sous-titre au-dessus, cette période
7 de trois mois de 1993, c’est la période, d’après lui, au cours de laquelle
8 ces armes ont été cachées dans ces zones.
9

10 Je dirais qu’il s’agit de localités qui sont relativement proches de la zone


11 de combats. Et si nous avons donc une carte de la zone où le FPR était
12 présent à l’époque, nous pouvons donc à ce moment-là dire quelle en est
13 l’importance, autrement dit, ne (inaudible) pas que les armes ont été
14 cachées dans des zone civiles au sud de Butare ou à Gikongoro. Il parle
15 de la zone de combats où les armes auraient été enterrées ou cachées,
16 comme ça a été le cas à Bushiru ou à Rambura. Donc ce n’est pas une
17 surprise, les partis, à plusieurs reprises, avaient des groupes qui n’ont
18 pas accepté les Accords et qui préparaient la guerre.
19 Q. Passons à la page suivante, 224. Et là, il est question de l’assassinat de
20 Monsieur Félicien Gatabazi. Et je vais essayer de lire juste une phrase en
21 français : « Du 21 au 22 février 1994, le Ministre Félicien Gatabazi, a été
22 assassiné par les membres de l’APR qui s’étaient dissimulés parmi les
23 Interahamwe. »
24 Vous avez sans doute lu que Monsieur Gashua (sic) a également dit que
25 le FPR a tué Monsieur Gatabazi. S’agit-il d’un avis raisonnable, à votre
26 avis ?
27 R. Je n’ai pas saisis le nom de la personne que vous avez mentionnée.
28 Monsieur Guichaoua ?
29 Q. Oui, Monsieur Guichaoua.
30 R. Je n’ai pas de preuve à l’effet du contraire. Et l’extrait, citant les noms de
31 personnes supposées être responsables, ouvre la voie à davantage
32 d’enquêtes. Mais je ne risquerais pas de tirer les conclusions qu’il a
33 tirées sur les personnes, notamment que les assassins étaient dissimulés
34 parmi les Interahamwe. Plusieurs personnes ont dit, y compris Monsieur
35 Guichaoua, que les assassins étaient des éléments de l’APR. Mais est-ce
36 que ces éléments de l’APR ne se faisaient pas passer pour des

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1 Interahamwe ? Je ne sais pas si cela a été établi.


2 Q. Vous semblez remettre en cause les sources d’informations de Monsieur
3 Ruzibiza ou la matière dont il tire les conclusions. Je présume que vous
4 avez lu l’avant-propos, et Monsieur Guichaoua dit qu’il a passé trois jours
5 à vérifier les faits avec Monsieur Ruzibiza, et il a abouti à la conclusion
6 selon laquelle ils étaient sur la même longueur d’ondes.
7 R. Est-ce qu’il affirme avoir vérifié les faits ou a-t-il passé trois jours à
8 discuter avec l’auteur ?
9 Q. Il dit qu’ils sont sur la même d’ondes ; je le paraphrase en quelque sorte.
10 « Nous sommes sur la même longueur d’ondes en ce qui concerne la
11 méthodologie. »
12

13 Madame Des Forges, je voudrais revenir à ceci : Est-ce que vous avez
14 examiné la méthodologie de Monsieur Ruzibiza ? Est-ce qu’il l’a « décrit »
15 avec (inaudible) détails dans son ouvrage ?
16 R. Oui, si cela est décrit dans le livre, j’en ai pris connaissance, mais j’ai du
17 mal à m’en tenir à des paraphrases telles que vous me dites, parce que
18 le professeur Guichaoua dit qu’il est sur la même longueur d’ondes que
19 lui ; il faudrait que je voie ce que le professeur a effectivement dit.
20 Q. Je ne rentrerai pas dans les détails. Je vous demande si, oui ou non, les
21 techniques de recherche de Monsieur Ruzibiza, les techniques de
22 recherche en matière d’histoire, et ses assertions sont rigoureuses. Je
23 suis sûr que vous avez regardé tout cela.
24 R. J’ai lu sa description.
25 Q. Et vous avez mené des enquêtes sur cette mort ?
26 R. Non. J’en ai discuté avec des personnes qui connaissent les enquêtes
27 menées par les unités de police et des Nations Unies, ainsi que la police
28 civile qui ont mené des enquêtes là-dessus, mais je n’ai pas mené des
29 enquêtes moi-même.
30 Q. Il s’agit d’une vieille enquête et qui date de l’époque ; de l’époque de la
31 guerre, n’est-ce pas ?
32 R. Cela a été mené au moment où le crime a été perpétré.
33 Q. Vous avez lu les travaux de Monsieur Guichaoua sur cette affaire ?
34 R. Monsieur Guichaoua a publié beaucoup de travaux, je ne suis pas sûre
35 que j’ai tout lu.
36 Q. De quoi parlez-vous précisément ? De ses travaux récents sur qui aurait

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1 tué Monsieur Gatabazi ? De quels travaux ?


2 R. Il en a parlé une ou deux fois au cours de l’année dernière.
3 Q. Bien, Madame Des Forges. Nous allons passer à la page 228. Et
4 intéressons-nous au 2 mars 1994, et la première partie, j’ai 2 mars,
5 première phrase — pardon : « Nous avons (inaudible) tous les réseaux
6 dont ceux des Interahamwe. »
7

8 Est-ce que vous estimez que cette affirmation est exacte, en votre
9 qualité d’expert, ou l’auteur se trompe-t-il ?
10 R. Je crois qu’il est exact de dire que la source des informations avait
11 effectivement infiltré différents réseaux, y compris les Interahamwe, et
12 donc, le FPR savait ce que les Interahamwe comptaient faire. Donc
13 d’après la conversation que Kagame a eue avec le général Dallaire,
14 comme le général Dallaire le dit dans son ouvrage, il savait très bien ce
15 qui était programmé, planifié. L’implication selon laquelle tous les
16 réseaux avaient été infiltrés et dans quelles mesures, à quelles fins, pour
17 savoir ce qu’il comptait faire pour influer sur leur action, là, j’ai du mal à
18 me prononcer. L’analyse de la situation n’est pas très précise à cet
19 égard.
20 Q. Reportez-vous à la page 229, vers le milieu de la page. Date du 14 mars,
21 quelque trois semaines avant l’assassinat du Président ; au milieu de la
22 page concernant une réunion du FPR : « Il a été décidé de nettoyer tout
23 élément hutu dans les régions de Byumba, ou Mutara et Kibungo. »
24

25 En votre qualité d’historienne, est-ce que vous estimez que cela reflète
26 de manière exacte les décisions du FPR ?
27 R. Je ne vois aucune référence à la source d’information relativement à
28 cette décision. Si je considère la série des événements sur le terrain et
29 ce qui a été dit par les acteurs de l’époque, les dirigeants du FPR à
30 l’époque disaient… « Nous sommes en train de tuer les Hutus et nous
31 tuerons les Hutus si nous les trouvons en train de tuer les civils tutsis. »
32 Et ils étaient très clairs sur ce point.
33

34 Et à mon avis, cela n’étaye pas suffisamment un plan pré-établi pour


35 éliminer tous les Hutus de Byumba, de Mutara et de Kibungo. Il me
36 semble que c’est une affirmation qu’il serait difficile d’étayer ; et dans ce

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 47


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 cas précis, cela n’a pas été étayé.


2 Q. Mais étiez-vous présente lors de la réunion du FPR pendant la période qui
3 a précédé le déclenchement de la guerre ?
4 R. C’est précisément parce que je n’étais pas présente que j’estime qu’en
5 tant que historienne, je devrais m’interroger là-dessus ; si j’avais été là,
6 je ne poserais pas de question.
7 Q. Est-ce que cela n’est pas contraire à vos prétentions concernant la
8 guerre, selon lesquelles les seules tueries perpétrées par le FPR
9 concernaient les dirigeants des groupes de tueurs ?
10 R. Est-ce que vous pouvez me dire où j’aurais fait une telle affirmation ?
11 Q. Je vous pose la question à nouveau, ensuite nous verrons s’il faut vous
12 présenter le document. Au cours de la guerre, est-ce que Human Rights
13 Watch a affirmé que le FPR tuait les civils, les civils d’ethnie hutue ?
14 Répondez par « oui » ou par « non ».
15 R. Je crois que nous avons discuté en long et en large sur la question. Je
16 crois que nous avons parlé des déclarations de Human Right Watch, et
17 j’ai dit que ce que vous avez présenté n’était pas complet, et j’ai même
18 cité un certain nombre d’exemples où nous avons condamné les
19 assassinats de civils.
20 Q. Devons-nous comprendre que Human Rights Watch, au cours de la
21 guerre, a publiquement critiqué le FPR pour avoir tué les civils hutus, et
22 non pas seulement des gens qui avaient perpétré des tueries ?
23 R. Je crois que si vous regardez la lettre au début de la déclaration, à
24 commencer par le 15 avril — la lettre adressée au Président du FPR —,
25 vous trouverez une telle indication.
26 Q. Là, il s’agit de la lettre adressée au FPR ou du FPR ; moi, je parle de prise
27 de position publique.
28 R. Je crois qu’il y a une prise de position publique.
29 Q. Je reviendrai plus tard, étant donné que je n’ai pas les documents sous
30 les yeux, bien que je les ai en ma possession.
31

32 Page 272, tout en haut, à gauche de la page. Je présume que vous avez
33 eu l’occasion de prendre connaissance de ces pages au cours de la
34 pause ?
35 R. Non. Je me détendais aussi.
36 Q. Tout à fait. Donc, en haut, à gauche, en français :

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2 « Les massacres perpétrés par le FPR après la chute de Byumba. Après


3 la prise de Byumba, l’APR a systématiquement tué la population civile,
4 sans distinction d’âge ou de sexe. Je vais montrer qu’il y avait une
5 volonté... il y avait bien une volonté d’exterminer l’ethnie des Hutus. »
6

7 En votre qualité d’historienne, pensez-vous que cela soit exact ?


8 R. Nous avons documenté des tueries de masse perpétrées par le FPR, y
9 compris celles de Byumba, sans nous limiter à Byumba, nous avons
10 documenté l’intention d’exterminer le groupe ethnique hutu.
11 Q. Donc, si cela s’avère exact, le travail fait par Human Rights Watch serait
12 donc erroné, n’est-ce pas ?
13 R. On pourrait dire que le travail de Human Rights Watch constitue le
14 fondement sur lequel les travaux ultérieurs ont été bâtis.
15 Q. Donc, vous suggérez que Monsieur Ruzibiza s’est appuyé sur le travail de
16 Human Rights Watch ?
17 R. Étant donné que Monsieur Ruzibiza n’indique nulle part les sources,
18 publications qui auraient servi à son... à ses travaux, je ne peux pas me
19 prononcer là-dessus.
20 Q. Est-ce que Monsieur Ruzibiza ne dit pas que la source est lui-même ou
21 les personnes qui ont été impliquées dans ces travaux ?
22 R. Je ne pense pas qu’il exclut d’autres possibilités, je ne pense pas qu’il ait
23 dit avoir utilisé uniquement des sources orales.
24 Q. Est-ce que son travail ne se fonde pas sur l’expérience personnelle et
25 celle des collègues, les personnes avec qui il a combattu ?
26 R. Il ne cite pas de sources écrites parmi les autres sources.
27 Mme LE JUGE KHAN :
28 Est-ce que vous pouvez attendre un instant, Maître Philpot ?
29

30 (Conciliabule entre les Juges)


31

32 Je vous remercie, Maître Philpot. Poursuivez.


33 Me PHILPOT :
34 Je vais passer à un autre sujet.
35 Q. Vous avez parlé de ce qui est connu sous le nom de « document
36 ennemi », et j’aimerais vous entretenir à ce sujet. Est-ce que vous avez

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 49


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1 copie de ce document ?
2 R. Oui, je crois.
3 Q. Je vais donc me servir de la version anglaise. C’est dans le dossier que
4 nous avons, et les pages en anglais, ce sont les pages 62 à 81 ; ces
5 pages ont déjà été versées aux débats. Il s’agit du recueil des pièces à
6 conviction produites par le docteur Des Forges. Et donc, dans la version
7 anglaise, il s’agit des pages 62 à 81 ; dans la version française, c’est les
8 pages 48 à 61. C’est un peu difficile à lire. Je vais donc...
9 M. LE JUGE MUTHOGA :
10 C’est très difficile, surtout pour les gens de mon âge. Comme vous le
11 constatez, je dois enlever mes lunettes.
12 Mme KAGWI-NDUNGU :
13 Madame le Président, le Procureur a reçu des copies plus lisibles dans le
14 dossier noir, le dossier de couleur noire ; donc, je pourrais remettre ces
15 copies aux Juges.
16 Mme LE PRÉSIDENT :
17 Nous vous en remercions. Je crois qu’il faudrait également remettre un
18 exemplaire au témoin pour que celui-ci puisse suivre.
19

20 (Le greffier d’audience s’exécute)


21

22 Me PHILPOT :
23 Que l’on me remette également un exemplaire.
24 Mme KAGWI-NDUNGU :
25 En fait, nous avons remis des copies lisibles à la Défense.
26 Me PHILPOT :
27 Non, je ne me plains pas, j’essaie de retrouver ce document.
28 R. Je ne l’ai pas non plus, mais je vais me servir de...
29 Me PHILPOT :
30 S’il y a une version plus lisible, je vous serais reconnaissant. Je n’accuse
31 personne, je ne me plains pas.
32

33 Merci beaucoup.
34 R. Je vais, peut-être, faire une remarque sur la traduction. Le document qui
35 vient de me parvenir, K0237414, la traduction ne correspond pas à celle
36 de K0153844 et ainsi de suite. Donc, je vois une phrase ou un bout de

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 50


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 phrase qui est différent. Je ne sais pas s’il y a d’autres différences


2 majeures, je voulais tout simplement attirer l’attention de la Chambre là-
3 dessus.
4

5 Dans un cas, il est dit « La propagation de fausses rumeurs », et l’autre


6 dit « La propagande à travers les rumeurs et la désinformation ».
7 L’INTERPRÈTE ANGLAIS-FRANÇAIS :
8 C’est à peu près ce que l’interprète a compris de ce que disait le témoin
9 à toute vitesse.
10 Me PHILPOT :
11 Je pourrais donc me servir du document en français ? Quel est le
12 document officiel, Madame le Procureur ?
13 Mme KAGWI-NDUNGU :
14 L’original, c’est la version française. Donc, nous allons travailler avec la
15 version française et les interprètes vont nous la traduire.
16 Me PHILPOT :
17 Je propose donc à la Chambre que nous suivions la version anglaise pour
18 que vous soyez en mesure de me suivre. Je vais donc donner lecture du
19 paragraphe 1 ; je vais donner lecture de ce paragraphe en français :
20

21 « Définition de l’ennemi. L’ennemi se subdivise en deux catégories :


22 L’ennemi principal et les partisans de l’ennemi. L’ennemi principal est le
23 Tutsi de l’intérieur ou de l’extérieur, extrémiste et nostalgique du
24 pouvoir, qui n’a jamais reconnu et qui ne reconnaît pas encore les
25 réalités de la Révolution sociale de 1959 et qui veut reconquérir le
26 pouvoir au Rwanda par tous les moyens, y compris les armes. Le
27 partisan de l’ennemi est toute personne qui apporte tout concours à
28 l’ennemi principal. »
29 Q. Madame Des Forges, qu’est-ce qui est inexact dans cette phrase ? Il y
30 avait une guerre et puis le FPR se battait contre le pouvoir en place. Il
31 n’est pas question de Tutsis, il est question de celui qui refuse de
32 reconnaître la réalité de la Révolution et qui souhaite conquérir le
33 pouvoir par la force des armes.
34 M. LE JUGE MUTHOGA :
35 Maître, comment est-ce qu’on identifie le Tutsi qui est nostalgique de
36 pouvoir et celui qui ne l’est pas ?

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 51


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1 Me PHILPOT :
2 Je crois que cela apparaît ailleurs dans le document, Monsieur le Juge.
3 M. LE JUGE MUTHOGA :
4 Bien, c’est où ça ? À quel endroit ?
5 R. J’appelle l’attention de la Chambre sur la différence entre la définition de
6 l’ennemi principal et la définition du partisan de l’ennemi. Vous avez
7 peut-être remarqué que le partisan de l’ennemi est défini sans qu’on ne
8 mentionne l’appartenance ethnique. Pourquoi est-ce que l’ennemi
9 principal est défini sans référence à l’ethnie ? Pourquoi on ne dit pas :
10 « L’ennemi principal est toute personne de l’intérieur ou de l’extérieur
11 extrémiste et nostalgique du pouvoir, qui n’a jamais reconnu et ne
12 reconnaît pas encore la Révolution sociale de 1959 » ? Pourquoi il y a
13 cette référence à l’ethnie ?
14 Q. Vous avez dit, et Monsieur Dallaire aussi, et je crois que tout auteur qui
15 examinerait ces textes sait que le FPR, c’est une organisation à majorité
16 tutsie.
17 R. Le Président du FPR était hutu et un certain nombre de dirigeants du FPR
18 étaient d’ethnie hutue, et je suis « prêt » à vous concéder que la
19 majorité était tutsie, mais pourquoi attirer l’attention à leur groupe
20 ethnique lorsqu’on les définit comme ennemis ?
21

22 Il vous souvient certainement... le passage que nous avons examiné qui


23 dit que l’ennemi est toute personne qui parle des problèmes socio-
24 économiques du pays en s’écartant de la lutte ethnique. Donc, si vous
25 regardez vers la fin, ce que j’ai dit tantôt, qui parle des Tutsis qui sont
26 unis en vue de créer une hégémonie tutsie, donc l’élément ethnique ici
27 était déterminant pour ce qui est de définir qui était l’ennemi et qui ne
28 l’était pas.
29 Q. Parlons des Hutus qui étaient membres du FPR : N’est-ce pas Monsieur
30 Sendashonga qui est mort, Monsieur Lizinde qui est mort, Monsieur
31 Twagiramungu qui se trouve à l’extérieur, n’a-t-il pas fui en août 1995 ?
32 R. Vous avez oublié Monsieur Bizimungu qui est en prison.
33 Q. Je vous remercie, j’allais le citer.
34 Mme KAGWI-NDUNGU :
35 Est-ce une question, Maître ?
36 Me PHILPOT :

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 52


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Est-ce qu’il ne s’agit pas là de façade ? Est-ce qu’on n’essaye pas de


2 restreindre le gouvernement qui allait suivre ?
3 R. Je crois que cela n’est pas pertinent au document qu’il faudrait examiner
4 dans le contexte de la période, celle de 1992. À l’époque, le FPR se
5 présentait comme un front multiethnique. Je ne sais pas si c’était une
6 fausse... un faux-semblant où, maintenant, nous voyons la vraie face. Je
7 ne sais pas s’il s’agissait d’une intention réelle et qui, après le génocide,
8 s’est avérée être autre chose. Personne ne peut se prononcer là-dessus.
9 Il faudrait donc remonter dans le temps. Ce que je sais, c’est que le FPR
10 s’est présenté comme un front multiethnique et que les personnes qui
11 ont rédigé ce document ont choisi de définir l’ennemi en se fondant sur
12 son appartenance ethnique.
13 Q. Et la plupart des Hutus dans ce front multiethnique ?
14 R. Je ne pense pas que ce que vous dites soit exact. Maintenant, si vous
15 regardez mes entretiens avec Monsieur Sendashonga, où personne... où
16 ce monsieur n’a jamais remis en cause la nature du FPR à l’époque, il
17 remet en question les développements ultérieurs du FPR, mais nous ne
18 pouvons pas lire l’histoire... à rebours.
19 Q. ... Donc, je vais peut-être donner lecture du paragraphe suivant :
20

21 « L’identification de l’ennemi : L’ennemi ou son partisan, qu’il soit


22 rwandais ou étranger de l’intérieur ou de l’extérieur, est reconnu
23 notamment par un des actes suivant... ci-après :
24

25 Prendre les armes et attaquer le Rwanda, acheter des armes pour les
26 combattants de l’ennemi ; appuyer matériellement l’ennemi sous
27 n’importe quelle forme ; faire de la propagande favorable à l’ennemi ;
28 effectuer les recrutements au profit de l’ennemi ; se livrer à l’intoxication
29 de l’opinion publique dans la propagation des rumeurs et des fausses
30 informations ; se livrer à l’espionnage au profit de l’ennemi ; divulguer le
31 secret militaire au profit de l’ennemi, être agent de liaison ou perd...
32 (inaudible) au profit de l’ennemi ; organiser ou se livrer à des actes de
33 terrorisme et de sabotage pour appuyer l’action de l’ennemi ; organiser
34 ou provoquer des révoltes, des grèves et des désordres de toutes sortes
35 pour soutenir l’action de l’ennemi ; refuser de combattre l’ennemi ;
36 refuser de satisfaire aux réquisitions de guerre. »

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 53


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

2 Et on ajoute : « Les opposants politiques qui veulent le pouvoir ou le


3 changement pacifique et démocratique du régime politique actuel du
4 Rwanda ne sont pas à confondre avec l’ennemi ou des partisans de
5 l’ennemi. »
6

7 La majorité des actes rapportés dans cette liste ne constituerait-elle pas


8 des actes de trahison dans quelque pays que ce soit ?
9 R. Je dirais oui. Et la loi prévoit également des recours, par exemple, des
10 enquêtes policières ou des jugements menés par les autorités judiciaires
11 reconnues.
12 Q. Pourquoi ne l’avez-vous pas noté dans votre déposition, cette dernière
13 phrase, qui dit que les opposants politiques ne devraient pas être
14 confondus à l’ennemi ?
15 R. Je suis heureuse que vous me donniez ici l’occasion de m’exprimer là-
16 dessus ; on n’a pas toujours le temps d’exprimer la complexité des
17 événements historiques, et ce, dans les détails. Si l’on m’avais posé des
18 questions sur ce paragraphe, j’aurais été très heureuse d’attirer votre
19 attention sur un autre paragraphe dans un document publié par le Haut
20 commandement des Forces armées rwandaises en décembre 1991, à
21 peu près deux semaines avant « que » la création de la commission qui a
22 produit ce document. Ce document publié par le Haut commandement
23 reprend pratiquement le même langage.
24

25 J’irais même plus loin pour parler de la lettre du 27 juillet 1991, par le
26 colonel Nsengiyumva qui a parlé de lever le drapeau national pour faire
27 plaisir à la communauté internationale. Donc, l’on ne peut pas se fonder
28 dessus pour dire que les partis politiques menaient des activités
29 légitimement acceptées. Mais si vous preniez ce passage et que vous
30 faites référence au détournement, par exemple, de l’attention du public,
31 c’est précisément ce que les partis politiques faisaient.
32

33 Et en haut de la page 58, on parle de mener une campagne


34 d’intoxication à travers la presse. Très clairement, certaines activités
35 politiques étaient acceptées alors que d’autres ne l’étaient pas. L’objet
36 de ce document fait suite à une publication dans le journal, publication

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 54


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 faite par le CDR, document qui mentionnait certaines personnes qui ont
2 été pointées du doigt comme étant des ennemis. J’y vois une preuve que
3 ce document avait pour but d’attirer l’attention sur l’aspect ethnique du
4 conflit.
5 Q. Ce document parle de recrutement, et j’en parle... j’en donne lecture en
6 français :
7

8 « Les groupes sociaux de recrutement : L’ennemi et ses partisans se


9 recrutent essentiellement parmi les groupes.... des groupes sociaux
10 suivants : Les réfugiés tutsis, le NRA — National resistance army —, les
11 Tutsis de l’intérieur, les Hutus mécontents du régime en place, les sans-
12 emploi de l’intérieur ou de l’extérieur du Rwanda, les étrangers mariés
13 aux femmes tutsies, les peuples... peuplades
14 nilo-hamitiques dans la région, et les criminels en fuite. »
15 Mme LE PRÉSIDENT :
16 Maître Philpot... (fin de l’intervention non interprétée)
17 Me PHILPOT :
18 Je vais...
19 Mme LE PRÉSIDENT :
20 Avez-vous donné lecture de ce passage ?
21 Me PHILPOT :
22 Je vais demander en fait qu’on en donne lecture.
23 Q. N’est-ce pas vrai que c’était dans ces milieux que le FPR procédait à ses
24 recrutements ?
25 R. Nous tournons en rond ; nous disons la même chose, à savoir que la
26 majorité des combattants du FPR étaient des Tutsis. Et les auteurs de ce
27 document ont tenu à souligner ce fait en faisant référence au groupe...
28 aux peuplades nilo-hamitiques de la région. Tout le monde comprenait
29 alors qu’il s’agissait des Tutsis.
30 Me PHILPOT :
31 Q. Il y a quelque temps, vous avez fait référence au document publié par le
32 colonel Nsengiyumva dont j’ai la version anglaise, document qui a été
33 versé aux débats — je n’en connais pas le numéro de référence ; ce
34 document est en date du 27 juillet 1992.
35

36 Je ne suis pas sûr du numéro de référence de cette pièce à conviction.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 55


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 M. KAPAYA :
2 Il s’agit de la pièce P. 47.
3 Me PHILPOT :
4 Oui, « P. 47 ». Je vous remercie, Monsieur Kapaya.
5 Q. Ne s’agit-il pas d’un rapport confidentiel d’enquêtes destiné au
6 Président ?
7 R. C’est effectivement le format.
8 Q. Ce document ne parle-t-il pas des pressions sociales causées par les
9 crimes tels que décrits par Monsieur Ruzibiza — l’assassinat des civils,
10 les actes de terrorisme et de sabotage ? N’est-ce pas là une explication
11 tout à fait logique du climat qui régnait... du climat social qui régnait à
12 cette époque ?
13 R. Un document d’analyse mené par un chef services d’espionnage sous-
14 estimerait pour ainsi dire le sérieux avec lequel ce document a été
15 produit.
16 Q. Vous avez eu connaissance de ce document à un moment donné, n’est-
17 ce pas ?
18 R. Non.
19 Q. Quel document avez-vous reçu de Linda Melvern ?
20 R. J’ai vu ce document en sa possession, elle me l’a montré, mais je n’en ai
21 pas reçu copie de sa part. Par la suite, j’en ai eu copie du Bureau du
22 Procureur.
23 Q. Très bien. A-t-elle donné sa collection au Bureau du Procureur ? Est-ce ce
24 que vous essayez de nous faire comprendre ?
25 R. C’est probable, cela. Mais ce document fait également partie des
26 archives à l’Université de (inaudible)
27 Q. Ne vous a-t-elle pas dit qu’elle a obtenu ces documents sous l’autorité
28 personnelle de Paul Kagame ?
29 R. Je crois que lors de notre conversation, elle a dit que c’est après s’être
30 adressée au Président Kagame qu’elle a eu accès à ses archives.
31 Q. Et, c’est de ces archives qu’elle a obtenu un grand nombre de
32 documents de la part de Kagame ?
33 R. Je crois qu’elle m’a montré ce que je dénombrerais comme étant une
34 vingtaine de documents. Mais je crois qu’elle en a obtenu d’autres, mais
35 je ne les ai pas vus, et je ne sais pas s’ils existent ou même en quoi ces
36 documents consistent.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 56


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. La Défense a-t-elle accès libre aux archives militaires que contrôle


2 Monsieur Kagame ?
3 R. Comme j’ai eu à le souligner au Tribunal, le Procureur n’a pas accès libre
4 aux archives. Autant que je sache, Madame Melvern est la seule à avoir
5 bénéficié de ce... de cette possibilité.
6 Q. Comment est-ce que ces documents que Madame Melvern a reçu sont
7 parvenus au Tribunal ?
8 R. Tel que j’ai compris, elle a eu la possibilité de choisir ce qu’elle voulait
9 dans les archives. Je ne sais pas si elle les a tous communiqués au
10 Tribunal ou non.
11 Q. Mais c’était avec l’approbation de Monsieur Kagame, n’est-ce pas ?
12 R. Tel que je l’ai compris, elle a pu accéder aux archives avec l’autorisation
13 de Monsieur Kagame.
14 Q. Je voudrais vous présenter deux documents... plutôt, quatre documents ;
15 je commencerai par deux documents.
16

17 (Le greffier d’audience présente le document à Madame Des Forges)


18

19 Je vous demanderais, Madame, d’examiner ces documents. Je vous dirais


20 ce que ces documents représentent à nos yeux.
21 Mme KAGWI-NDUNGU :
22 Pouvons-nous également jeter un coup d’œil sur les documents qui ont
23 été présentés au témoin ?
24 Me PHILPOT :
25 Certainement.
26 Si nous décidons de verser ces pièces aux débats, nous en remettrons
27 copie à la Chambre.
28

29 Pour votre information, je dirais que ces documents sont des rapports de
30 sécurité rédigés par Monsieur James Gasana, à l’intention du Premier
31 Ministre Dismas Nsengiyaremye, en septembre... le 19 septembre 1992.
32

33 (Conciliabule entre les Juges)


34

35 Mme LE PRÉSIDENT :
36 Madame Philpot, pouvez-vous envoyer des copies aux interprètes ?

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 57


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Me PHILPOT :
2 Ces documents sont plutôt volumineux. Mon intention est d’en lire
3 quelques passages, mais je n’ai pas l’intention de les verser aux débats,
4 à moins que cela ne devienne nécessaire. Mais je n’en ai pas plusieurs
5 copies.
6 Mme LE PRÉSIDENT :
7 Non, nous ne le demandons pas. Vous avez remis copie au Procureur ;
8 les interprètes auraient voulu en avoir aussi.
9 Me PHILPOT :
10 Je suis désolé, je vous avais mal comprise.
11

12 Peut-être que je peux vous faire une suggestion et vous montrer un


13 passage.
14 Q. Madame Des Forges, ces documents sont en réalité deux lettres rédigées
15 par le Ministre de la défense à l’intention du Premier Ministre. Le
16 document parle des problèmes de sécurité, et je souhaiterais vous poser
17 un certain nombre de questions sur ces documents qui, à nos yeux, sont
18 authentiques.
19

20 Mme LE JUGE KHAN :


21 Des problèmes de sécurité au niveau national ou dans des localités bien
22 précises ?
23 Me PHILPOT :
24 Il s’agit là des documents nationaux qui décrivent les problèmes — et je
25 parle d’une manière générale. Ces documents parlent de planification
26 aux militaires, recrutement de jeunes Tutsis dans les rangs du FPR et
27 d’autres problèmes connexes, qui ont créé la terreur, la... l’énervement
28 de la population et une situation de guerre dans le pays.
29 Mme KAGWI-NDUNGU :
30 Monsieur Philpot dit que ce document est authentique, il ne lui
31 appartient pas de faire une telle affirmation, c’est plutôt au témoin de
32 nous le dire.
33 Me PHILPOT :
34 Je demande au docteur Des Forges de nous dire si elle reconnaît ce
35 document, si elle en confirme l’authenticité. Et s’il est nécessaire, nous
36 les verserons aux débats comme pièce à conviction à décharge ; mais

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 58


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 pour l’instant, nous voudrions en discuter d’abord.


2 R. C’est la première fois que j’ai ce document sous les yeux. Je ne connais
3 pas la signature de Monsieur Gasana, je ne peux donc pas, sur cette
4 base, dire s’ils sont authentiques ou non. J’aurais besoin de quelque
5 temps pour les étudier, en examiner la teneur.
6 Mme LE PRÉSIDENT :
7 Ces documents ont été versés aux débats dans quelle affaire ?
8 Me PHILPOT :
9 Nous avançons... Nous avançons assez rapidement, et je ne suis pas sûr
10 que je finirai aujourd’hui, mais pendant la pause ou demain, je pourrais...
11 Mme LE PRÉSIDENT :
12 Vous aurez une demi-heure demain. Nous ne commencerons pas avant
13 10 h 20.
14 Me PHILPOT :
15 Dans tous les cas, le Procureur a disposé de deux jours. Tout ce que je
16 peux dire, c’est que nous avançons assez rapidement et que je ferai de
17 mon mieux.
18 Mme LE PRÉSIDENT :
19 Très bien. Continuez à faire de votre mieux.
20 M. LE JUGE MUTHOGA :
21 Maître Philpot, ce document que vous avez présenté au témoin, est-ce...
22 est-ce pour que, en sa qualité d’experte, elle nous en affirme
23 l’authenticité, ou pensez-vous qu’elle est en position de le faire ?
24 Me PHILPOT :
25 Je lui poserai un certain nombre de questions sur ces documents. On
26 peut les verser aux débats provisoirement comme pièce à conviction à
27 décharge, éventuellement.
28 Je ne peux pas en garantir l’authenticité, mais c’est l’occasion de
29 demander à l’expert, poser à l’expert des questions sur des documents
30 similaires qui ont fait l’objet de nombreux commentaires.
31 Historiquement, le contexte peut être différent de l’interprétation qui a
32 été faite d’autres documents similaires.
33

34 Et je puis dire que ces documents ont été versés aux débats dans le
35 procès Militaires I dans le même contexte que les autres documents que
36 nous avions eus à examiner aujourd’hui et sur lesquels j’ai posé des

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 59


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 questions au témoin.
2 Mme KAGWI-NDUNGU :
3 Messieurs les Juges, il faut nous donner le... la cote sur laquelle ces
4 documents sont versés aux débats. Il faut qu’il trace le préalable des
5 faits avant de poser les questions au témoin.
6 Me PHILPOT :
7 Je n’ai pas le numéro... Je n’ai pas la cote avec laquelle ces documents
8 ont été versés aux débats dans cette affaire-là. J’ai peut-être ce numéro
9 de la cote, et peut-être que pendant la pause, je pourrai le retrouver,
10 c’est certainement dans mon bureau.
11 Mme LE PRÉSIDENT :
12 Q. Docteur Des Forges, pensez-vous que vous serez en mesure de répondre
13 aux questions relatives à ces documents en les étudiant attentivement
14 pendant la pause, pour y répondre demain matin ?
15 R. Madame le Président, je ne connais pas très bien ce format, qui est un
16 rapport de sécurité de... établi par Monsieur Gasana. Pour pouvoir
17 répondre intelligemment à une question quelconque relative à cette
18 question, je dois étudier attentivement ce document.
19 Mme LE PRÉSIDENT :
20 Bon, reformulez autrement vos questions.
21 Me PHILPOT :
22 Nous allons examiner brièvement la défense civile.
23 Q. J’ai maintenant deux documents que je m’en vais vous présenter. L’un
24 de ces documents nous a été communiqué par le Procureur, comme je
25 puis le constater, sous la cote du document concernant la défense civile.
26 Je vais vous montrer ce document, et au Procureur, et je pense que ce
27 document ne créera pas le même problème... le même problème que
28 celui que nous avions eu à examiner tout à l’heure.
29

30 Ce document est destiné au témoin et celui-ci est destiné au Procureur.


31

32 (Le greffier d’audience s’exécute)


33

34 Nous allons examiner ces documents « par » l’ordre, chronologiquement.


35

36

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 60


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Le premier document est un document de feu Déogratias Nsabimana, qui


2 est mort dans le même attentat ayant entraîné la mort du Président. Et
3 dans ce document... Il retrace les discussions qui ont eu lieu concernant
4 la défense civile ; ce document est préparé en mars 1994. Avez-vous vu
5 ce... dernier document, le reconnaissez-vous ?
6 R. Oui.
7 Q. Considérez-vous ce document comme étant authentique ?
8 R. Oui.
9 Q. À présent…
10 R. Si vous me permettez de faire un commentaire : Ce document, tel que
11 présenté, n’est pas complet. Il s’agit de deux documents ; de par la
12 présentation que je vois, il ne s’agit pas d’un seul document. Si le
13 deuxième document est considéré comme la suite de... du... du
14 deuxième... du premier document, alors ce serait exact.
15 Q. Je ne suis pas expert en matière d’archives ; vous pouvez prendre la
16 dernière page et nous allons oublier le reste.
17 R. Ces pages sont importantes parce qu’elles constituent la réponse à
18 apporter au premier document.
19 Mme KAGWI-NDUNGU :
20 Madame le Président, il... ce n’est pas indiqué d’examiner un document
21 et ne prendre que la onzième ou douzième page. Pour être équitable à
22 l’endroit du témoin, il faut que le témoin examine l’en... l’ensemble du
23 document.
24 Mme LE PRÉSIDENT :
25 Pourquoi est-ce que vous ne pouvez... posez pas de question concernant
26 l’ensemble du document ?
27 Me PHILPOT:
28 Je m’en vais poser une question fort simple.
29

30 Je vais donner lecture du paragraphe 10 de la lettre rédigée par l’ancien


31 chef d’état-major de l’armée ; c’est en français, je cite...
32 Mme LE PRÉSIDENT :
33 Tous, nous n’avons pas d’exemplaires.
34 Me PHILPOT :
35 Il ne s’agit que d’un seul paragraphe : « Il a été suggéré d’instruire la
36 population par les bourgmestres sur le maniement des... sur le

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 61


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 maniement des armes traditionnelles (inaudible) — excusez-moi — des


2 lances, des épées, machettes, arcs et flèches, étant donné l’insuffisance
3 des... des armes de... à feu disponibles. »
4

5 Madame... Docteur Des Forges, est-ce que ce document est


6 authentique ? Bien sûr, vous avez déjà répondu que oui.
7 R. Ce document est extrêmement utile afin d’expliquer l’historique qui
8 sous-tend l’effort de la défense civile, à commencer par l’agenda du
9 colonel Bagosora, qui va dans le même sens : Compte tenu de
10 l’insuffisance des armes à feu, que la population doit être équipée des
11 lances, de machettes. Il répète également les mêmes informations mot
12 par mot, les mêmes arguments tel que l’on retrouve dans le document
13 concernant la distribution directe.
14

15 Je pense que ce document est authentique, malgré le fait que ce


16 document ne comporte... ce document ne comporte pas la date.
17 Q. Le dernier document auquel je fais faire allusion, c’est le document du
18 25 mai 1994, émanant de Monsieur Jean Kambanda. Et je... je pense que
19 vous êtes au courant de ce document-là également ?
20 R. Oui.
21 Q. Est-ce que ce n’est pas là la forme d’un décret portant création de la
22 force de défense civile ?
23 R. C’est la finalisation du programme en cours.
24 Q. Qui date du 25... 25 mai 1994.
25 R. Il s’agit de la même date lorsque... ce document est signé par le Ministre
26 de l’Intérieur... lorsqu’on avait un ministère de... de l’intérieur ; avant, il
27 n’y avait qu’un ministère par intérim.
28

29 Les deux questions sont connexes. La question a été reprise par le


30 Ministre de l’intérieur titulaire, ce document et les documents qui ont
31 suivi, qui donnaient instruction du Ministre de l’intérieur quant à la
32 manière de formaliser cette question.
33 Q. Je voudrais passer à un autre thème.
34

35 Dans votre interprétation historique de ce que nous pourrions appeler


36 « les problèmes ethniques du Rwanda », mon entendement est que votre

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 62


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 théorie veut que les maîtres colo... coloniaux ont réécrit l’histoire en
2 remettant les mains... entre mettant les rênes du pouvoir dans les mains
3 des Tutsis et en dépossédant les hutus de ce pouvoir ; est-ce exact ?
4 R. La position de l’historien le mieux informé, qui a essayé d’aborder cette
5 question des plus difficiles, c’est que les... la situation existait avant la
6 période coloniale, que les populations étaient connues comme Hutus et
7 Tutsis, avant l’arrivée des colons.
8

9 Mais avec les changements intervenus au XXe... au XXI... au XXe siècle, et


10 ce n’est pas seulement les... « le » colonialistes, mais les changements
11 intervenus dans les échanges inter... internationaux. Le (inaudible) a
12 revêtu une importance et ces groupes ont été désignés ainsi.
13

14 C’est-à-dire, avant le début du colonialisme, les Hutus avaient leurs


15 serviteurs, leurs clans. Après l’impact du colonialisme et l’entrée ou la
16 mise en œuvre de l’économie mon... monétaire, le terme a acquis la
17 signification de groupe et amplifié.
18

19 Ce discours... Cette situation ne se prête pas à une formule toute faite.


20 Q. Dans le procès Gacumbitsi — c’est ce que vous... vous avez dit, ce que
21 vous dites maintenant —, vous avez dit que la réor... réorganisation des
22 Tutsis, en tant que groupe ethnique défini, et l’organisation des Hutus
23 comme une catégorie... une sous-catégorie de ce groupe est une... est
24 un phénomène né au XXI... au XXe siècle ?
25 R. Je pense que oui, je peux m’en accommoder. Certainement, les Hutus
26 jouissaient d’un pouvoir politique considérable avant la période
27 coloniale ; ils étaient chefs de l’unité militaire de par leur lignée
28 également. À l’arrivée de la période coloniale... À l’arrivée de la période
29 coloniale, cela n’était plus possible.
30 Q. En 1969, vous avez écrit un article consacré à l’histoire de l’Afrique
31 orientale intitulé : Les maîtres blancs, les... dans l’histoire…. Les chefs
32 sans couronne.
33

34 Je voudrais vous montrer et donner une copie aux... aux Juges, et je


35 voudrais...
36

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 63


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Ce sont... Ce que je vais citer est un extrait de votre article.


2 Mme LE PRÉSIDENT :
3 Donnez un exemplaire aux interprètes également. Sinon, vous pouvez
4 reprendre ma copie.
5 Me PHILPOT :
6 Cette copie est destinée au témoin, « celui-ci » au Procureur et
7 également celle-ci aux interprètes.
8

9 (Le greffier d’audience distribue les copies)


10

11 Je vais me porter à la page 177, à commencer par le milieu du premier


12 paragraphe, qui se lit comme suit :
13

14 « Les Bantus hutus, qui représentent plus de 80 pour cent de la


15 population, vivaient dans de petits royaumes jusqu’au XVIII... XVIIIe
16 siècle, lorsque le deuxième groupe, appelé "Tutsis" a migré du
17 (inaudible)…. Bien que les Tutsis constituaient une petite minorité, ils ont
18 réussi à subjuguer les Hutus et à constituer une monarchie tutsie. Les
19 Tutsis, eux-mêmes, ont... agriculteurs ont établi des systèmes de... un
20 système féodal par lequel les Hutus étaient des serviteurs. »
21

22 Est-ce que c’est ce que vous avez déclaré en 1969 ?


23 R. Lorsque j’étais... je faisais mes études de troisième cycle, je... j’avais fait
24 déjà des travaux de recherche sur le terrain. J’ai été reconnue comme
25 étant prometteuse, et j’ai fait une communication à l’université de
26 Boston, qui était un coup de maître, quand bien même je n’avais pas
27 présenté une thèse de doctorat. C’était un exercice de débutant, d’un
28 étudiant de troisième cycle qui a publié cet article, et qui a été publié
29 en 1969, et qui représentait ce qui était considéré à l’époque une version
30 précise de l’histoire.
31 C’est une version que moi-même j’ai eue à critiquer à plusieurs reprises
32 comme une version inadéquate des faits historiques. Mais à l’époque,
33 c’était basé sur l’interprétation qu’ont « fait » les historiens étrangers et
34 les historiens des tribunaux. Mais au fil du temps, nous avions eu accès à
35 d’autres sources d’information pour pallier à ces insuffisances.
36 Q. Dans votre thèse de doctorat dont j’ai quelques copies, n’avez-vous pas

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 64


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 dit les mêmes choses ? Et étant fidèle à ce que vous avez affirmé,
2 n’aviez vous... n’aviez-vous pas écrit que les Hutus et les Rwandais
3 étaient considé... étaient composés de Abahutus et de Abatutsis ; et
4 comme les Abahutus qui étaient venus au début du Ier... du IIe siècle, et
5 les autres étant venus du nord…
6

7 Je reprends : Les Abatutsis sont des personnes qui sont entrées au


8 Rwanda par le nord-est au cours du XIIe au XIIIe siècle. Est-ce que c’est
9 comme ça que vous avez vu les choses lorsque vous avez présenté votre
10 thèse de doctorat ?
11 R. C’était un exercice dans lequel nombre d’entre nous — pas seulement
12 moi —, avec le... avec le temps, nous avions eu à mettre une date sur
13 l’arrivée des différents groupes au Rwanda. Et ce n’est que par la suite
14 que le développement, avec de meilleures connaissances historiques,
15 que ceci n’avait pas de but, que les gens n’étaient pas arrivés comme
16 peuples. Ils sont... Ils se sont définis au Rwanda avec l’expérience et
17 grâce à l’expérience coloniale.
18

19 Ce que vous voyez, c’est là, une évolution de la connaissance historique


20 au fil du temps, à partir de cette période-là.
21 Q. Monsieur René Le Marshall a également présenté une thèse
22 substantielle ?
23 R. Il a été... Ceci a été le point de vue jusqu’à la parution du livre de Jean
24 (inaudible) et également Monsieur Reyntjens.
25 Q. Quand est-ce que vous avez changé d’opinion sur ce... sur le sujet ?
26 Mme LE PRÉSIDENT :
27 Le... Le témoin a déjà répondu.
28 R. C’est tout au long de mes propres recherches sur le terrain et des
29 recherches de (inaudible) non seulement des travaux publiés, mais
30 également des travaux non « publie » ... non publiés, que mes idées ont
31 évolué.
32 Me PHILPOT :
33 Q. C’est à partir de quelle date, environ ?
34 R. Je ne saurais le dire. Mes travaux de recherche en vue de mon doctorat
35 se sont effectués « 66, 68, 69 » ; donc c’est un processus qui s’est étalé
36 au fil du temps.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 65


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Quand est-ce que vous avez arrêté la thèse selon laquelle ce fut
2 probablement la période coloniale qui a amené les Tutsis à s’octroyer le
3 pouvoir et à subjuguer les Hutus ?
4 R. Je vais seulement l’accepter dans mes conclusions.
5 Q. Je veux seulement que vous puissiez nous donner une date à laquelle
6 vous avez changé d’avis et que vous avez arrêté cette thèse en 1969.
7 R. Eh bien, il y avait mes propres travaux et il y avait les travaux de
8 Catherine et son collègue… son ami Newbury qui ont été déterminants
9 pour forger mon idée. Comme j’ai dit, Jean Vansina a relevé une date
10 précise, et moi, je ne saurais le faire.
11 Q. Est-ce 1900… avant 1980 ?
12 R. C’est un processus qui s’est étalé au fil du temps. Votre caractérisation
13 est un peu exagérée, et ce n’est pas équitable. Ma thèse n’a pas changé
14 aussi fondamentalement. J’ai dit à la Chambre il y a un instant que le rôle
15 politique des groupes est défini avec le temps au cours du XXe siècle. Je
16 n’ai pas dit que les groupes n’ont pas existé, mais l’appartenance était
17 attachée à des individus et non pas à des entités politiques ou avec une
18 importance politique.
19 Mme LE PRÉSIDENT :
20 À quand la pause ?
21 Me PHILPOT :
22 Si la Chambre veut bien observer la pause, nous pouvons partir…
23 prendre la pause maintenant.
24 Mme LE PRÉSIDENT :
25 Vous voulez… est-ce que… le témoin puisse prendre connaissance de ce
26 document ?
27

28 (Début de la question inaudible) de temps il vous faut pour en prendre


29 connaissance ?
30 R. 15 minutes.
31 Mme LE PRÉSIDENT :
32 Nous allons observer une pause de 15 minutes.
33

34 (Suspension de l’audience : 16 h 15)


35

36 (Reprise de l’audience : 16 h 50)

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 66


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

2 Mme LE PRÉSIDENT :
3 Maître Philpot.
4

5 Nous allons siéger jusqu’à 18 heures.


6 Me PHILPOT :
7 Nous allons poursuivre sur ce sujet et, ensuite, nous reviendrons au
8 document que vous avez lu pendant la pause.
9 Q. Avant la pause, vous avez dit que vous avez changé de théorie
10 progressivement ; la théorie selon laquelle les Tutsis ont opprimé les
11 Hutus pendant des siècles, pendant trois à quatre siècles ; quand avez-
12 vous renoncé à cette théorie ? Je parle en termes très simples, en termes
13 prosaïques. Vous pouvez nuancer votre pensée et donner une date
14 approximative.
15 R. En histoire, les nuances sont importantes, je ne peux pas les ignorer. Mes
16 idées ont donné beaucoup de poids à l’idée des migrations des
17 populations en bloc. Par la suite, moi et mes collègues historiens avons
18 conclu qu’il n’y a pas eu de migration d’un peuple connu sous le nom de
19 « Hutu » ou un peuple connu sous l’appellation « Tutsi ». Je m’en suis
20 rendu compte en étudiant l’histoire des différentes parties dominées par
21 les Hutus au Rwanda ainsi qu’en révisant l’histoire.
22

23 Ma position a évolué au point où je me suis rendu compte que le


24 Rwanda, comme tout autre pays, a connu une période de croissance de
25 l’État à travers l’utilisation de pouvoir militaire comme les autres types
26 de pouvoir ou les forces de l’État.
27

28 Les pouvoirs publics se sont battus contre les dirigeants locaux dont
29 certains étaient hutus et d’autres Tutsis ; et je pense que l’ai dit très
30 clairement dans l’interrogatoire principal — je l’espère du moins.
31

32 Donc, l’État s’est développé aux dépens des Tutsis et des Hutus. Je ne
33 voudrais pas que vous créiez une image simpliste décrivant ma position
34 comme étant une position qui ne reconnaît pas l’expansion du pouvoir
35 d’État. Manifestement, le pouvoir d’État s’est développé sur plusieurs
36 siècles. Mais l’État comprenait tant les Hutus que les Tutsis, dans

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 67


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 l’expansion. Autrement dit, il y a des dirigeants militaires qui étaient des


2 Hutus ; les plus importants dirigeaient les militaires sous (inaudible)…
3 sont ce que nous appellerons aujourd’hui des Hutus. Pourquoi ? Parce
4 que ce roi ne faisait pas confiance aux Tutsis. C’est donc une situation
5 qui a des parallèles ailleurs dans l’histoire.
6

7 Donc un dirigeant utilise des groupes autres que le sien parce qu’il a
8 peur des rivaux appartenant à son propre groupe. En même temps, les
9 forces de l’État comprenaient autant les Hutus que les Tutsis ; et les
10 victimes de cette expansion comprenaient également les Hutus et les
11 Tutsis. Il y avait un État dominé par les Tutsis ainsi que des lignées qui
12 sont tombées sous le poids de l’État. L’inverse est également vrai.
13

14 Donc, cela nous permet de comprendre la complexité de l’évolution de


15 l’État, et c’est ce que j’ai dû faire dans le cadre de mes études en même
16 temps que d’autres.
17 Q. De 62 à 69, vous aviez un point de vue différent. À quel moment avez-
18 vous renoncé aux théories similaires sur lesquelles vous avez « écrite »
19 en 1962 à 1969 (sic) ?
20 Mme LE PRÉSIDENT :
21 Le témoin a répondu qu’il était étudiant de troisième siècle, Maître
22 Philpot.
23 Me PHILPOT :
24 Q. La théorie selon laquelle les Hutus et les Tutsis sont des tribus en conflit
25 depuis l’antiquité, et ce sera le cas jusqu’à la fin des temps, est-ce que
26 vous ne pensez pas que cela aboutit à des décisions politiques
27 erronées ?
28 R. Oui, je le pense.
29 Q. Et savez-vous à quel moment vous avez renoncé à la théorie — je ne
30 parle plus de migration, je parle d’oppression — de l’aristocratie tutsie
31 avant le colonialisme ?
32 R. Je vais peut-être dire les choses clairement une fois pour toutes : Je crois
33 que l’État était un État expansionniste, et en ce sens, c’était un État qui
34 exerçait une forme d’oppression sur les populations qui étaient dans son
35 territoire. Mais ce faisant, l’État n’opprimait pas seulement les Tutsis. Je
36 ne décris pas un pays de merveilles où il y a une harmonie utopique, je

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 68


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 dis tout simplement que les violences qui ont eu lieu n’ont pas été
2 perpétrées à cause de l’appartenance ethnique des uns et des autres.
3 Q. Serait-il inexact de dire qu’en 1959, les Hutus constituaient la majorité
4 de la population et se sont redressés contre la minorité tutsie qui les
5 avaient dirigés pendant des siècles ?
6 R. Je dirais que c’est trop simpliste. La nouvelle élite nouvellement créée,
7 élite hutue, de concert avec certaines élites tutsies, ont rejeté le contrôle
8 de ce groupe autour de la monarchie qui incluait certains Hutus et
9 certains Twas. Parmi les réfugiés qui ont fui le pays en 1959, il y avait
10 des Hutus et des Twas. Donc, c’était le rejet du pouvoir monarchique.
11 Mais cela n’était pas exclusivement ethnique à l’époque.
12 Q. Mais, n’avez-vous pas dit, en rédigeant cette lettre en 1992, que les
13 Hutus se sont dressés contre les Tutsis qui les avaient dirigés pendant
14 des siècles ?
15 R. À certaines occasions, nous devons adopter certaines positions, mais
16 avec le temps, nous devons développer nos idées avec détail. Et je
17 préfère donc donner une présentation plus nuancée de l’histoire.
18 Q. Donc, vous avez dit cela en 1992 ?
19 R. Non, je ne le sais. Pouvez-vous me le montrer ?
20 Q. Oui. C’est un document d’Africa Watch que je vais vous exhiber.
21

22 Et si cela est nécessaire, je vais le verser aux débats.


23

24 Je remercie le Greffe qui voudrait prendre le document.


25

26 (Le greffier d’audience s’exécute)


27

28 Mme KAGWI-NDUNGU :
29 Madame le Président, pour éviter de demander chaque fois qu’il a un
30 document à montrer au témoin, est-ce qu’il pourrait nous donner une
31 copie de ce document ?
32 Me PHILPOT :
33 Oui, nous avons un exemplaire du document, il suffit de demander.
34

35 Remettez une copie au (inaudible) aux interprètes.


36

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 69


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 (Le greffier d’audience s’exécute)


2

3 (Concertation entre le greffier d’audience et le Président)


4

5 J’ai des problèmes avec mes écouteurs. Désolé.


6 Q. Reconnaissez-vous ce document ?
7 R. Oui.
8 Q. L’avez-vous lu avec d’autres personnes ?
9 R. Oui.
10 Q. Nous allons passer à un autre sujet. Je vais... Je vais le verser comme
11 pièce au dossier.
12

13 Pendant l’interrogatoire principal, vous avez cité un long document


14 rédigé par Monsieur Anasthase Gasana, document qui figure dans l’un
15 des dossiers qui a été distribué. Je crois qu’il s’agit du
16 numéro 3, pages 11 à 27. Je voudrais vous demander ceci : Ce document
17 a été rédigé par un opposant politique du MRND, n’est-ce pas ?
18 R. Je crois que j’ai décrit avec force détails son origine.
19 Q. Dans un pays... ou pensez-vous… ou croyez-vous à tout ce qu’un parti
20 démocrate dit d’un parti républicain et vice-versa ?
21 R. Je suis sceptique par rapport à tout le monde, à tout moment.
22 Q. Et ne devons-nous pas tenir compte des allégeances politiques avec des
23 pincettes ?
24 R. Je crois qu’il faudrait le faire.
25 Q. Vous avez cité un article critique du régime rédigé par les membres du
26 MDR et publié dans un journal du MDR ; est-ce que vous n’auriez pas
27 préféré une source moins partisane ?
28 R. Est-ce que vous avez un exemple à me citer ?
29 Q. N’y a-t-il pas un document de personnes qui étaient impliquées dans la
30 politique ?
31 R. Je vous demande un exemple concernant le MDR... publié dans le journal
32 du MDR.
33 Q. Est-ce que ce document de Gasana n’avait-il pas été publié dans le
34 journal du MDR ?
35 R. Cela n’a pas été publié dans le journal du MDR.
36 Q. Je vous pose la question en ce qui concerne ce que vous avez dit tantôt.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 70


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Moi, je vous pose la question en ce qui concerne le document de Gasana.


2 Q. Ce document, c’est un document interne. Il ne visait pas à influencer
3 l’opinion publique ou à susciter une réaction publique contre le MRND. Il
4 visait à être un document de travail confidentiel au sein du MDR qui, de
5 mon point de vue, cela est très différent d’un document élaboré visant à
6 influencer l’opinion publique.
7

8 Mme LE PRÉSIDENT :
9 Maître Philpot, vous pouvez présenter des arguments sur le parti pris de
10 témoin expert, et nous pourrons donc évaluer cela au moment de passer
11 en revue la preuve. Mais vous semblez vous répéter.
12 Me PHILPOT :
13 Je suis en train d’avancer. Mais il y a des faits que je n’ai pas abordés
14 concernant le contexte ou la période qui a été évoquée pendant
15 l’interrogatoire principal. En fait, je suis en train d’avancer sur ces sujets.
16 Mme LE PRÉSIDENT :
17 Vous pouvez présenter vos arguments en ce qui concerne le parti pris du
18 témoin. Nous pouvons en prendre connaissance.
19

20 Mais en ce qui concerne le témoignage, poursuivez.


21 Me PHILPOT :
22 Q. Nous avons déjà abordé la question, mais savez-vous qui a décidé
23 d’utiliser le vocable « Akazu » sur la scène politique, et ce, dans quelles
24 circonstances ?
25 R. Je ne sais pas dans quelles circonstances ce terme a été utilisé au
26 départ, et par qui et à quelle date.
27 Q. Si je vous dis que ce terme a fait l’objet d’une décision par certaines
28 personnes qui étaient auparavant membres du MDR, est-ce que cela
29 vous semble plausible ?
30 R. C’est une théorie intéressante, mais il faudrait l’étayer.
31 Q. Connaissez-vous Monsieur Jean Marie Vianney Nkizabera, qui était
32 membre du MDR ?
33 R. Jean-Marie... Je ne sais pas si je l’ai rencontré.
34 Q. Connaissez-vous Monsieur Anasthase Munyandekwe ?
35 Mme KAGWI-NDUNGU :
36 Madame le Président, aux fins de procès-verbal, est-ce que le Conseil de

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 71


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 la défense pourrait épeler ces noms ?


2 Me PHILPOT :
3 « Anasthase », c’est phonétique et « Munyandekwe », c’est : M-U-N-Y-A-
4 D-E-N-K-W-E (sic). Et le nom précédent, c’était Jean Marie Vianney — V-I-
5 A-N-N-E-Y ; « Nkizabera » : N-K-I-Z-A-B-E-R-A ; Nkizabera.
6

7 N’est-il pas plausible que ces personnes se sont dit : « Utilisons ce


8 terme pour décrire la belle-famille du Président, pour marginaliser le
9 Président en nous attaquant à ceux qui l’entourent. »
10 R. En histoire, beaucoup de choses sont plausibles, mais seules peu de
11 chose sont réelles. Je ne sais pas comment étayer cette idée, je ne peux
12 pas tirer des conclusions sans fait.
13 Q. Avez-vous jamais interrogé des personnes du MDR sur l’invention du
14 terme « Akazu » ?
15 R. Je crois avoir dit clairement dans la réponse précédente que je ne savais
16 pas qui a inventé ce vocable, si c’est des membres du MDR ou d’autres
17 personnes.
18 Q. Savez-vous quand le terme « Akazu » a été utilisé pour la première fois
19 en public, dans une réunion publique ?
20 R. Je crois que nous avons discuté de cela ce matin.
21 Q. En votre qualité d’historienne, êtes-vous en mesure de dire si les
22 épouses des dirigeants sont souvent attaquées par des opposants
23 politiques de leur mari pour diffamer les dirigeants de genre masculin ?
24 Mme LE PRÉSIDENT :
25 En général au Rwanda ou dans un autre pays ?
26 Me PHILPOT :
27 En général, dans l’histoire.
28 M. LE JUGE MUTHOGA :
29 Est-ce que c’est une question d’histoire ou vous lui posez la question
30 concernant des cas où des épouses ont été attaquées, pour en fait
31 atteindre leur conjoint ?
32 Me PHILPOT :
33 Q. En termes prosaïques, critiquer la femme comme celle qui manipule le
34 mari pour dénigrer le mari.
35 R. Je crois que nous pouvons tous penser à des exemples dans nos cultures
36 et dans d’autres cultures, oui.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 72


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Pouvez-vous me donner quelques exemples ?


2 Mme KAGWI-NDUNGU :
3 Madame le Président, est-ce que cela est pertinent ? Il demande des
4 exemples concernant quelle partie du monde, au cours de quelle
5 période ? Je crois que le Conseil va un peu plus loin.
6 M. LE JUGE MUTHOGA :
7 Des exemples dans l’histoire, peut-être dans les années 40. « S’il y a pas
8 de pain, on mange le gâteau. »
9 Me PHILPOT :
10 Q. Je vais vous montrer un document...
11 M. LE JUGE MUTHOGA :
12 Il y a de meilleurs historiens qui me disent que ce n’est pas les années
13 40, mais les années 60... plutôt le seizième siècle.
14 Me PHILPOT :
15 J’ai un document, un extrait du livre de James Gasana et j’ai des
16 exemplaires supplémentaires — quatre ; je pensais avoir un peu plus. Je
17 vais peut-être montrer un exemplaire au Procureur et l’autre au témoin.
18 Mme LE PRÉSIDENT :
19 Un pour les interprètes.
20

21 Me PHILPOT :
22 D’accord, Madame le Président.
23 (Le greffier d’audience s’exécute)
24

25 Me PHILPOT :
26 C’est à la page 100, et je vais donner lecture du passage à partir du
27 milieu de la page. Je commence à la date du 16 avril. Je vais donc lire le
28 document en français :
29

30 « Le 16 avril 1992, le Gouvernement de transition, composé des partis


31 MRND, MDR, PSD, PL et PDC est mis en place selon les règles comprises
32 dans un protocole non intériorisé par les militants de ces partis. Et
33 d’ailleurs, Habyarimana n’a pas daigné engager sa propre... » Ah, non !
34 Mme LE PRÉSIDENT :
35 Maître Philpot, reprenez, s’il vous plaît.
36 Me PHILPOT :

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 73


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Je m’en rends compte.


2

3 « Le 16 avril 1992, le Gouvernement de transition, composé des partis


4 MRND, MDR, PSD, PSD, PL et PDC est mis en place selon les règles
5 comprises dans un protocole non intériorisé par les militants des partis.
6 Et d’ailleurs, Habyarimana n’a pas daigné engager sa propre personne. »
7

9 J’avance maintenant... Je vais un peu plus loin, un paragraphe au


10 dessous. Je vais commencer à lire le dernier paragraphe :
11

12 « Dès la mise en place de ce Gouvernement, il y a eu des


13 restructurations importantes dans les administrations. Il y a une
14 répartition des services de sécurité entre tendances politiques, et
15 Habyarimana n’en contrôle plus aucun. Tous les instruments dont il
16 dispose pour son pouvoir lui sont repris. Le Ministère de la justice est
17 donné au PL ; le Renseignement extérieur est rattaché au MINADEF ; le
18 Renseignement intérieur est donné au MDR avec rattachement
19 directement au Premier Ministre ; les Affaires étrangères et l’Information
20 au MDR, et le Ministre (sic) de l’intérieur au MRND.
21

22 Même dans l’administration territoriale où Habyarimana a compétence


23 constitutionnelle de nommer les préfets de préfecture, l’opposition lui
24 impose quatre préfets de ses rangs. Il ne peut plus démettre ni nommer
25 les bourgmestres des communes. Comme nous le verrons plus loin, il
26 perd rapidement le contrôle des forces de sécurité. Il est donc
27 (inaudible)… il ne semble, de parler encore du régime Habyarimana
28 après le 16 avril 1992. »
29

30 Alors, êtes-vous d’accord avec la teneur de ce texte ?


31 R. Je suis d’accord avec le sens que vous n’avez pas lu : « Tout en restant le
32 premier chef de (inaudible) il est conscient que sa position est
33 profondément modifiée et son champ de manoeuvre fortement réduit. »
34

35 Parce que, par exemple, si vous vous portez sur la lettre... « sur
36 laquelle » nous avons examiné du colonel Nsengiyumva, ceci en juillet.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 74


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Ici, le 16 avril, il nous dit : « Habyarimana avait peu de pouvoir. » Non, ce


2 n’est pas le cas, si l’on reprend l’analyse depuis juillet. Mais il retenait
3 l’essentiel du pouvoir, mais il était menacé par un groupe, un noyau dur
4 de personnes qui n’avaient pas accepté la politique de négociations. Il
5 était pris entre le marteau et l’enclume. Il avait ses partisans de la ligne
6 dure qui étaient contre les négociations, il y a les... composée des
7 militaires et des politiciens, et la communauté internationale qui détenait
8 la bourse de l’aide. Et on lui dit : « Si vous négociez, vous ne serez pas
9 abandonné. » Et donc, il était pris entre le marteau et l’enclume, il va et
10 vient dans cette impasse.
11 Q. Il était privé de ressources qu’il avait à sa disposition avant cette date-là,
12 n’est-ce pas ?
13 R. Il avait été certainement privé de nombreuses ressources, mais il avait
14 conservé son propre réseau. Et c’est là où le pouvoir personnalisé entre
15 en jeu. Il y a ce qui peut être fait ouvertement par l’administration et ce
16 qui peut être fait par le biais de contacts personnalisés qui constituaient
17 la corruption.
18 Q. Docteur Des Forges, combien de fois, dans vos rapports et dans votre
19 livre, vous n’avez pas divulgué les sources de vos conclusions ?
20 Mme LE PRÉSIDENT :
21 Les sources des enquêtes ou les sources des conclusions.
22 Me PHILPOT :
23 Les sources des enquêtes qui ont abouti aux conclusions tirées.
24 R. J’ai essayé d’être exhaustive dans mes conclusions. Je n’ai pas la
25 prétention d’être exhaustive à 100 pour cent, mais j’ai essayé d’être le
26 plus complet que possible et étayé mes conclusions.
27 Q. Peut-être que je n’avais pas été suffisamment clair dans ma question.
28 Souvent, vous gardez par-devant vous les noms que vous... certains
29 noms. Je voudrais vous demander quel est le pourcentage de vos
30 informations qui proviennent des sources que vous n’aimeriez pas
31 divulguer ?
32 R. C’est difficile de dire. Si vous vous référez au livre Aucun témoin ne doit
33 survivre, si vous vous reportez aux notes en bas de page, vous verrez
34 que de nombreuses informations sont tirées à partir des sources
35 documentaires, mais également, il y a des endroits où les enquêtes
36 concernent des personnes interrogées. Donc, ça dépend de l’endroit du

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 75


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 livre qui vous intéresse. Peut-être que vous voudrez être un peu plus
2 précis.
3 Q. Très bien. Ne serait-il pas exact...
4 Mme LE PRÉSIDENT :
5 Est-ce que vous n’avez pas un parti... parti pris ?
6 Me PHILPOT :
7 Des partis pris, je vais les mentionner, mais ce n’est pas le cas
8 aujourd’hui.
9 Q. Ne serait-il pas exact de dire que la moitié, voire 60 pour cent de vos
10 sources sont fondées sur les sources documentaires et les autres 40
11 pour cent fondées sur des sources qui sont confidentielles ?
12 R. Je n’ai pas été en mesure d’analyser mes sources. De toute évidence,
13 nous, historiennes, nous n’estimons pas qu’une source soit plus
14 importante que l’autre. Il y a une source... d’autres sources qui sont plus
15 importantes que des entretiens. Alors, comment est-ce que vous pouvez
16 évaluer cela ?
17 Q. Vous avez eu un entretien avec le général Dallaire au sujet de la
18 personne qui a donné l’information qui a été l’étincelle qui a mis le feu
19 aux poudres du génocide, n’est-ce pas ?
20 R. À l’époque, non ; par la suite, oui, j’aurais pu avoir un entretien avec lui.
21 Q. N’est-ce pas le général Dallaire qui vous a donné l’information
22 concernant la personne que vous avez rencontrée le 10 janvier qui,
23 apparemment, vous avait informé sur l’entraînement dispensé à la milice
24 Interahamwe ?
25 R. Je pense que la réunion ne concernait pas le général Dallaire, mais dans
26 un interview que j’ai eu avec le colonel Marchal, et c’est lui qui a
27 rencontré cet informateur.
28 Q. Êtes-vous au courant du rapport sur le génocide commandité par le
29 Gouvernement rwandais, publié en février 1996 ?
30 R. Est-ce celui-là qui a été fait sous les hospices du Ministère de l’éducation
31 nationale ?
32 Q. Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de
33 la culture ?
34 R. Oui, je connais cette étude-là.
35 Q. Était-ce là une tentative visant à cataloguer les sites de génocide ?
36 R. Dans certains cas, cela a fourni des témoignages sur la manière dont les

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 76


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 tueries étaient perpétrées, mais également, on a donné des informations


2 sur les sites de génocide, etc.
3 Q. Je vais vous montrer un document dont je n’ai qu’un seul exemplaire.
4 C’est un passage d’un rapport, puis je vais vous poser des questions là-
5 dessus.
6

7 Vous pouvez montrer ce document d’abord au Procureur puis, ensuite,


8 au témoin.
9

10 (Le greffier d’audience s’exécute)

12 (Madame Des Forges prend connaissance du document)


13

14 Q. En avez-vous pris connaissance, Madame ?


15 R. Oui.
16 Q. Ce document traite de la région de Gaseke, (inaudible)... et parle des
17 massacres perpétrés à Gashihe ou sur la colline de (inaudible) où il y
18 avait eu environ 820 morts. Et il y a une commémoration d’une autorité.
19 C’est intitulé : « Les principaux sites de génocide dans la préfecture de
20 Gisenyi. Êtes-vous au courant de ce rapport ?
21 R. Voulez-vous définir votre terme « c’est la conscientisation de ce
22 rapport » ? Les (inaudible) qui sont impliqués ?
23 Q. Le savez-vous ?
24 R. Non, je ne... je ne le sais, je ne connais pas qui étaient les enquêteurs,
25 quitte à savoir que c’est publié sous les hospices du docteur
26 Nsengimana, je ne sais pas qui étaient les enquêteurs ou bien le temps
27 que cela leur a pris pour recenser ces sites.
28 Q. Y avait-il une motivation en vue de minimiser le nombre de personnes
29 tuées ou réduire le nombre de sites de génocide ?
30 R. Je ne le sais pas.
31 Q. Pensez-vous que ce rapport est précis en ce qui concerne la préfecture
32 de Gisenyi ?
33 Mme KAGWI-NDUNGU :
34 Madame le Président, elle a répondu.
35 Me PHILPOT :
36 Soyez précis, fondez sur votre connaissance.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 77


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Je dirais que, en général, mon évaluation est que ce rapport, dans son
2 estimation de nombre, est par endroit et d’après ma connaissance,
3 substantiellement inexact. Pourquoi cela ? Je ne saurais vous le dire.
4 Q. Très bien. Je vous remercie, je vais reprendre le document.
5

6 (Le greffier d’audience s’exécute)


7

8 Aujourd’hui, vous avez déposé relativement à Monsieur Kambanda. Vous


9 avez dit que la mort de la mère de notre client a eu lieu, fin juin ; à partir
10 de quel document ou sur quelle base faites-vous cette assertion ?
11 R. Je pense que nous avons eu accès, chacun de son côté, à des centaines
12 de documents... de manuscrits — pardon ; « K0127115 ».
13

14 Au milieu... pas tout au fait au milieu de la page, mais sous la rubrique


15 de Gisenyi, le titre : « À Gisenyi », région de... (inaudible) ; quatrième
16 ligne plus bas : « À la fin de juin… » Et également en ce qui concerne la
17 transcription des enregistrements sonores, je n’ai pas le numéro de la
18 série K, c’est « 42KG... JK », ,et la... (inaudible) vous avez également un
19 grand nombre de textes, deuxième ligne à partir de l’angle droit ; là,
20 également, c’est mentionné « Fin juin… »
21 Q. Si je vous suggère que cette personne, cette dame âgée est décédée
22 autour du 6 juin, et si cela s’avérait être exact, est-ce que vous allez
23 vous poser des questions sur l’exactitude de ce rapport, du moins, en ce
24 qui concerne les dates ?
25 R. J’aurais bien sûr besoin de comparer les sources. Il y a des sources
26 conflictuelles en ce qui concerne les dates et les sujets. Je pense que ce
27 ne serait pas difficile à établir, dans la mesure où les... le... l’agenda
28 portant sur le déplacement de Monsieur Kambanda et les déplacements
29 du Ministre des affaires féminines, ces... ces informations sont très
30 détaillées et en ce qui concerne les déplacements dans la région. Et à
31 partir de là, nous pouvons déterminer la date précise.
32 Q. Si ces... ces documents concernent les entretiens que vous avez eus
33 avec Monsieur Kambanda, avez-vous noté que Monsieur Zigiranyirazo
34 n’avait pas pris part à cette réunion... n’a pas pris part... la parole au
35 cours de cette réunion ?
36 R. (Intervention non interprétée)

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 78


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Avez-vous remarqué que Monsieur Kambanda avait noté qu’il n’était pas
2 un radical ?
3 R. Il a dit que la région était connue pour... par son radicalisme.
4 Q. Je peux vous aider, si vous le voulez.
5 R. S’il vous plaît.
6 Q. Page 7, à partir du bas : « Est-ce que l’on peut décrire Monsieur Z
7 comme un radical, ou quelqu’un que ... c’est quelqu’un que Monsieur
8 Jean Kambanda connaissait et qui se tenait coi pendant la guerre et les
9 jours qui ont suivi son licenciement, on n’a plus entendu parler de lui ? »
10 R. Pour moi, ce n’est pas complètement clair, ce que représentaient ces
11 notes eu égard à la première question posée ou... la question... la... la
12 première question posée par la... l’enquêteur. Il y a deux questions à
13 deux volets, et on ne sait pas à « laquelle » question il répondait.
14

15 Il se pourrait que Monsieur Kambanda avait compris que c’est quelqu’un


16 qui jouait un rôle important, et pourtant il se tenait coi. Il dit plutôt qu’il
17 pense que ses connaissances de Monsieur Zigiranyirazo sont limitées et
18 qu’il ne l’a pas... rencontré auparavant.
19

20 Donc, clairement, il a un respect pour lui, mais il ne connaît pas tout à


21 fait ses idées, et ceci est hors de question.
22 Q. Et Monsieur Kambanda est devenu Premier Ministre sans toutefois
23 connaître ce monsieur, Monsieur Zigiranyirazo ?
24 M. LE JUGE MUTHOGA :
25 Quand bien même, même si le Monsieur dit... a dit que Monsieur
26 Zigiranyirazo le connaissait, lui, le Premier Ministre ; mais, lui, le Premier
27 Ministre, ne le connaissait pas.
28 Me PHILPOT :
29 C’est exact.
30 Q. Vous avez également déclaré dans l’entretien que Monsieur Zigiranyirazo
31 n’avait pas exprimé son opinion sur ce qui se passait ?
32 R. Aux funérailles, s’il avait exprimé ses opinions aux funérailles.
33 Q. Aujourd’hui, j’ai cru comprendre que vous avez dit que c’était l’opinion
34 de Monsieur Kambanda selon lequel... selon laquelle Zigiranyirazo a
35 organisé la réunion. D’où tirez-vous cette information ?
36 R. Au milieu de la page 8, là encore, et la qualité de la question posée par

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 79


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 l’enquêteur laisse à désirer.


2

3 Mais vers le milieu de la page, nous ne nous sommes pas réellement


4 rencontrés pour des discussions, pour lui dire que j’étais un tel et tel.
5

6 Question : « Passez-vous... Pensez-vous qu’il aurait des raisons de vous


7 inviter chez lui ?
8 « Oui — réponse par Kamanda. Il voulait démontrer que, étant issu de la
9 famille du Président, le Premier Ministre pouvait se rendre chez lui pour
10 le mettre en valeur à l’époque. »
11

12 « Question... »
13 Mme LE PRÉSIDENT :
14 Allez-y, Madame, mais posément, s’il vous plaît.
15 R. « Question : Pen... Pensez-vous qu’il était impliqué de... dans
16 l’organisation de cette visite, que lui-même aurait pu vous inviter pour
17 vous rencontrer ? »
18

19 Réponse : « Je pense. »
20

21 Question : « Vous pensez ? »


22

23 Réponse : « Oui. »
24

25 Question : « Qu’il serait derrière cette visite avec le but précis de se


26 voir... d’être vu en votre compagnie ? »
27

28 « Oui. »
29

30 Question : « De vous inviter. Ainsi vous pensez que la rencontre — y


31 compris l’invitation qui vous a été faite de se rendre chez lui —, tout ceci
32 avait été planifié dans ce cadre-là ? »
33

34 « Oui — réponse de Monsieur Kambanda : Je ne saurais le confirmer,


35 mais ce... je ne serais pas surpris que cela faisait partie de la raison pour
36 laquelle la visite avait été organisée. »

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 80


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

2 « Et qui d’autre avait été invité à votre compagnie ? »


3 « Le Ministre de la défense. »
4 Me PHILPOT :
5 Q. Saviez-vous que le Ministre de la défense était un ami de Monsieur
6 Zigiranyirazo, Monsieur Bimana (Phon.) ?
7 R. Selon Kambanda, il a dit qu’il le connaissait bien.
8 Q. Aujourd’hui, vous avez dit que Monsieur Kambanda était tenu... N’est-il
9 pas... N’est-il pas vrai qu’il était tenu de participer aux funérailles, tel
10 que signifié dans le para... dans le... à la page 2 ? Après tout, c’est... il
11 s’agissait de la belle-mère du Président qui est décédée.
12 R. Je pense que oui. Nous sommes arrivés à la question de savoir de... si
13 la... la poule... entre la poule et l’oeuf, qu’est-ce qui est... qu’est-ce qui
14 vient en premier.
15

16 Il devrait être en compagnie de quelqu’un qui, pour lui, était quelqu’un


17 d’important. Je pense que l’importance de Monsieur Zigiranyirazo ne
18 saurait être dissociée de l’importance de le... de la belle-mère du
19 Président.
20 Q. Mais ne se trouvait-il pas déjà dans la localité, comme indiqué à la
21 page 10 ?
22 R. Oui, ça dépend de... de la question de dates. Si la date fournie par
23 Monsieur Kambanda est exacte et que nous parlons de la fin juin, le
24 Gouvernement était déjà établi à Gisenyi. Ça... Ça pourrait dire une
25 demi-journée du temps du Premier Ministre au mini... au minimum de
26 Gisenyi au lieu « du » funérailles ; peut-être une journée entière.
27

28 Si la date était située plus tôt en juin, nous devons localiser là où se


29 trouvait Monsieur Kambanda pour être sûrs qu’il se trouvait dans la
30 région. Mais sa propre description nous fait croire qu’il était dans la
31 localité et sur le territoire de Monsieur Zigiranyirazo, donc tenu d’y
32 participer.
33 Q. Vous savez également que les ministres qui se trouvaient dans la région
34 n’est... n’étaient pas en grand nombre à... à y avoir participé ; est-ce
35 exact ?
36 R. Au moins deux des ministres étaient à l’extérieur du pays. Et je... De

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 81


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1 toute façon, je dois vérifier combien de ministres se trouvaient au


2 Rwanda à cette époque-là.
3

4 L’interprétation de Monsieur Kambanda quant à la raison pour laquelle il


5 n’était pas là, c’est que cela en dit long : Les gens savaient qu’il était
6 presque en disgrâce et ne voulaient plus s’associer avec lui, même s’ils
7 lui sont redevables pour être parvenus au pouvoir.
8

9 Et c’est ça qui a suscité son amertume. Kambanda a dit que cela ne


10 devrait pas être pris comme ça, mais c’est comme ça qu’il a pris cela ;
11 que les gens devraient être préparés pour démontrer leur gratitude eu
12 égard aux sollicitudes dont ils ont bénéficié dans le passé.
13 Q. N’est-ce pas, dans la culture rwandaise, que les rituels liés aux
14 naissances, aux décès et aux mariages sont des événements importants
15 de la vie ?
16 R. Oui.
17 Q. Et le Président vient d’être assassiné et sa belle-mère venait de mourir ?
18 R. Bien sûr, c’est... c’est deux coups durs, voire trois coups durs portés à la
19 famille, à... et à Monsieur Segatwa également.
20 Q. Ce n’est pas là une raison de la... de plus pour que les dignitaires
21 puissent participer massivement à la... aux funérailles d’un membre de
22 la famille de... du Président ?
23 Mme LE PRÉSIDENT :
24 Le témoin a déjà répondu à cette question.
25 Me PHILPOT :
26 Q. Vous avez émis la thèse selon laquelle les tueries perpétrées au cours de
27 cette période faisaient suite à une préparation. Sans nul doute, vous
28 reconnaîtrez qu’il y avait des centaines de milliers, voire 1 million de
29 réfugiés ?
30 R. Des réfugiés, c’est-à-dire des personnes déplacées, dites-vous ?
31 Q. Qu’il y avait une guerre qui a duré trois ans et demi, avec des
32 infiltrations, des actes de sabotage, l’extermination ou des tueries à
33 grande échelle des Hutus et que l’avion avait été abattu. N’était-il pas
34 normal que la... qu’il y ait explosion de violence suite à cette série
35 d’événements ?
36 R. La faiblesse de cette explication, c’est qu’il n’y avait pas eu explosion de

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 82


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 violence, que la violence a été causée par des actes délibérés, posés par
2 les autorités de toutes sortes, à différents endroits.
3

4 Il est important d’être exact et précis, et de faire une distinction claire et


5 nette entre ces domaines
6 — tel que je l’ai fait dans ma déposition —, entre ces domaines qui
7 étaient les places fortes du MRND et la loyauté personnelle envers le
8 Président de la République, où les gens répondaient promptement aux
9 appels et ont commencé les tueries.
10

11 Il est important de faire une distinction entre cet endroit et les autres
12 régions du (inaudible) du pays ; la région du centre et les régions du sud
13 où les Hutus eux-mêmes doivent tuer afin de susciter ou d’inciter
14 d’autres Hutus à tuer les Tutsis. Je peux donner des exemples.
15

16 Ce n’était pas un soulèvement spontané où le personnel d’un... d’un


17 hôpital qui traitait Hutus et Tutsis, et il a été demandé aux Hutus de tuer
18 les Tutsis, et il ont... refusé jusqu’à un certain nombre d’entre eux ont
19 été tués et qu’on leur a remis des machettes pour tuer les Tutsis ; cela,
20 ce n’est pas spontané, ce n’est pas une surprise.
21 Q. Nous allons passer à une région où vivait « ADE ».
22

23 « ADE » a dit... A-t-il dit qu’il a demandé aux gens de se lever, d’aller
24 tuer ? Il a dit qu’il a facilité cet état de choses ; il n’a pas ordonné...
25 M. LE JUGE MUTHOGA :
26 Qu’est-ce qu’il a facilité ?
27 Me PHILPOT :
28 Il a fourni du carburant, il a parlé aux gens que... pendant quelques
29 jours ; il n’a pas ordonné les tueries. Le savez-vous ? Du moins, c’est ce
30 qu’il a dit.
31 Mme LE PRÉSIDENT :
32 Est-ce que vous lui demandez, au témoin, de juger de sa responsabilité ?
33 Me PHILPOT :
34 Q. Je lui suggère que « ADE » était la seule autorité présente dans la région.
35 Je... Je parle de... d’immédiatement après le 7 ou le 8 ; n’était-il pas la
36 seule autorité présente dans la région ?

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 83


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 R. Je ne sais pas la portée de... la responsabilité de « ADE » de faciliter ou


2 d’ordonner. Mais si nous devons présenter des arguments dans une
3 culture comme celle du Rwanda, et compte tenu de mon expérience et
4 de mes recherches, c’est que même les autorités ont remis des... du
5 pétrole... du carburant et des armes et ont désigné les Tutsis comme
6 ennemis ; et cela peut être interprété comme ordre.
7 M. LE JUGE MUTHOGA :
8 Q. Et il a été défini que... Il a été dit qu’une façon de définir l’ennemi était le
9 refus de... tuer l’ennemi, et que cet ennemi était le Tutsi. Et
10 immédiatement, ils pouvaient être tués ; y avait-il un... mot comme ça ?
11 R. C’est exact, Monsieur le Juge. Dans certains endroits, ça a été le cas et
12 ça n’a pas pris longtemps pour convaincre les gens de la gravité de la
13 situation ; quelques exemples ont suffit.
14 Me PHILPOT :
15 Q. Et lorsque vous parlez de la zone de Bushiru, est-ce que c’est une
16 hypothèse ? Est-ce que votre opinion se fonde sur des faits — disons —
17 en preuve, ou des éléments de preuve dont vous avez pris note, ou,
18 comme vous l’avez dit, vous n’étiez pas tout à fait au courant de ces
19 activités ?
20 R. J’ai du mal à répondre à votre question.
21 Me PHILPOT :
22 Oui, je m’en rends compte.
23 Mme LE PRÉSIDENT :
24 Est-ce que l’on peut recentrer les débats, Maître Philpot ? Parlez des
25 questions qui touchent à la cause.
26 Me PHILPOT :
27 D’accord.
28 Q. Connaissez-vous les écrits d’André Guichaoua concernant la composition
29 des gouvernements au Rwanda ?
30 R. Je connais un certain nombre de choses écrites par Monsieur Guichaoua,
31 mais je voudrais savoir à quoi vous renvoyez précisément. Je crois qu’il y
32 a quelques semaines, au cours des derniers jours, produit un autre
33 élément de l’ensemble de ses travaux ; je ne l’ai pas encore lu.
34 Me PHILPOT :
35 Je vais vous montrer ce document et entend le verser aux débats. Les
36 extraits de son ouvrage intitulé : Les Crises politiques au Burundi et au

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 84


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Rwanda, 1993-1994.
2

3 (Le greffier d’audience distribue le document)


4

5 Et je pense avoir huit exemplaires, quoi qu’il y a d’autres exemplaires


6 supplémentaires. Oui, c’est tiré du même ouvrage.
7

8 Nous avons ici...


9

10 Est-ce que vous avez reçu le document ?


11 R. Non, pas encore.
12

13 (Le greffier d’audience remet le document à Madame Des Forges)


14

15 Merci.
16 Me PHILPOT :
17 Nous avons donc là un extrait du recensement de 1991 mené au
18 Rwanda. Ensuite, nous avons quatre pages d’un ouvrage rédigé par
19 Monsieur Guichaoua : « Les crises politiques… » ; ensuite, une autre
20 page ; à la fin, la page 770 du même ouvrage.
21 Q. Je vous signale que le Gouvernement de 1997, comme je l’ai indiqué sur
22 la page de couverture, 5 ministres sur 16 étaient originaires de Gisenyi
23 et Ruhengeri ; 1999, 3 sur 17, issus de la même
24 région ; 1993, 3 sur 17 ; 1991, 5 sur 17.
25

26 Il s’agit tous de Gouvernement-MRND, cela fait au total 16 sur 67. C’est-


27 à-dire 23, 8 pour cent.
28 Mme KAGWI-NDUNGU :
29 Madame le Président, avant de poursuivre, je ne crois pas qu’il soit
30 indiqué qu’un document soit revêtu de mention par le Conseil de la
31 défense, et que le Conseil lise cela au témoin. Il devrait se servir du
32 document tel quel.
33 Me PHILPOT :
34 Bien sûr, nous avons fait une compilation ; si je n’avais pas fait une
35 compilation, lire tout, cela aurait été extrêmement coûteux et difficile à
36 suivre. Et si je suis malhonnête sur ce point, la Chambre le dira. Nous

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 85


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1 avons essayé de travailler avec le document.


2 Mme LE PRÉSIDENT :
3 Maître Philpot, nous avons ici la page de couverture et vous êtes arrivé à
4 ces résultats en additionnant le nombre de ministres qui faisaient partie
5 du Gouvernement ?
6 Me PHILPOT :
7 Oui.
8 Mme LE PRÉSIDENT :
9 Et les ministres tutsis, je veux dire les ministres issus de Gisenyi et de
10 Ruhengeri, ce sont ceux qui portent une croix ?
11 Me PHILPOT :
12 Oui.
13 R. Non pas tous, certains sont indiqués séparément parce qu’ils étaient
14 tutsis.
15 Me PHILPOT :
16 J’ai seulement une copie.
17 Mme LE PRÉSIDENT :
18 Et 1989, par exemple, il y a trois, mais nous avons quatre étoiles ou
19 quatre croix.
20 Me PHILPOT :
21 Je vais l’expliquer : Ce que nous avons fait, c’est très simple, nous
22 n’avons pas inclus le Président, le Premier Ministre et le Ministre de la
23 défense, Monsieur Habyarimana, il n’est pas inclus. C’est la raison pour
24 laquelle il en est ainsi, nous parlons des ministres en dehors de Monsieur
25 Habyarimana.
26 Mme LE PRÉSIDENT :
27 Et en 91, nous avons deux listes ?
28 Me PHILPOT :
29 Oui, la deuxième liste n’est pas comprise, c’est la « 4291 ».
30 Mme LE PRÉSIDENT :
31 La première liste de 91, nous n’avons pas cinq ministres, en dehors de
32 Habyarimana.
33 M. KAPAYA :
34 Nous proposons que ce calcul soit fait par le témoin ; autrement, Maître
35 Philpot, devrait se référer à l’ouvrage et interroger le témoin là-dessus.
36 Me PHILPOT :

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 86


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Non, il s’agit tout simplement de faciliter les choses, mais je peux poser
2 la question.
3 Mme LE PRÉSIDENT :
4 (Intervention non interprétée)
5 L’INTERPRÈTE ANGLAIS-FRANÇAIS :
6 L’interprète n’a pas compris le Président qui parlait en même temps.
7 Mme LE PRÉSIDENT :
8 Je crois que Maître Kapaya — ou Monsieur Kapaya — pourra revenir là-
9 dessus pendant l’interrogatoire supplémentaire.
10 Me PHILPOT :
11 Q. Donc le Gouvernement 1987, est-ce que ce gouvernement qui exclut le
12 Président de la République... Combien de ministres étaient issus de
13 Gisenyi et de Ruhengeri ?
14 Mme LE PRÉSIDENT :
15 Est-ce que vous pouvez le faire en regardant les noms ?
16 Me PHILPOT :
17 Ce n’est pas très lisible.
18 Mme LE PRÉSIDENT :
19 Le témoin expert ne connaît pas nécessairement.
20 Me PHILPOT :
21 Mais cela est indiqué ; il s’agit des propos même de Monsieur Guichaoua.
22 R. Tout d’abord, je voudrais protester contre toute exclusion du Ministre de
23 la Défense et du Président de la République. Dans quel pays dans le
24 monde chercherait-on à évaluer le poids politique d’un système en
25 commençant par exclure le Président de la République, le Ministre de la
26 défense ? Cela n’est pas une approche logique ou une évaluation logique
27 du pouvoir politique.
28 Mme LE PRÉSIDENT :
29 En les incluant donc... Le Président n’est pas un ministre. Nous sommes
30 en train de nous intéresser aux ministres.
31 R. Il était ministre, Madame le Président. Excusez-moi, il était Ministre de la
32 défense.
33 Mme LE PRÉSIDENT :
34 Donc, il apparaît deux fois.
35 Q. Pour ma propre gouverne, Gisenyi, c’était une préfecture ?
36 R. Tout à fait, Monsieur le Juge.

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 87


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Q. Et Ruhengeri, c’était une préfecture différente ?


2 R. Tout à fait.
3 Q. Donc, il est question de 2 préfectures sur 12.
4 R. À l’époque, Honorable Juge, c’étaient donc deux préfectures sur 10. La
5 11ème préfecture a été créée en 1991, je crois.
6 Q. Mais le tableau suggère qu’il y en avait 12.
7 R. Cela est inexact. C’est la situation actuelle ; telle était la situation juste
8 avant le 1er janvier 2006, telle n’était pas la situation en 1987.
9 Q. En 1987, il y avait combien de préfectures ?
10 R. À cette époque, il y avait 10 préfectures.
11 Q. Et en 89 ?
12 R. La même chose.
13 Q. En 90 ?
14 R. 90, même nombre. Je crois que c’est en 91 que la 11ème préfecture a été
15 créée. Je pense que cette information figure dans mon rapport.
16 Mme LE PRÉSIDENT :
17 Laquelle des régions sur la liste des 12 n’était pas une préfecture ? Était-
18 ce Kigali-rural ?
19 R. Tout à fait, Madame le Président, il y avait une préfecture unique de
20 Kigali jusqu’en 1991, je crois, mais il est possible que ce soit en 1992 que
21 Kigali-ville a été créée comme préfecture. Et la 12ème préfecture de
22 Mutara n’avait pas été créée jusqu’après 1995 ; ce n’est qu’à cette date
23 que cette préfecture a existé.
24 Mais la structure administrative n’est pas celle qui existe en ce moment,
25 il y avait une structure administrative jusqu’au 1er janvier 2006 qui
26 éliminait une préfecture.
27 Mme LE PRÉSIDENT :
28 Ayant à l’esprit 10 les préfectures qui existaient à l’époque, nous verrons
29 donc combien de ministres étaient issus de Ruhengeri et de Gisenyi.
30 Mme LE JUGE KHAN :
31 En 87, il y en avait six.
32 R. En 1987, je compterais : 2, 3, 4, 5, 6, 7. En 1987, si on inclut le Président
33 et le Ministre de la défense...
34 Me PHILPOT :
35 Est-ce que vous comptez le Président deux fois ?
36 Mme LE PRÉSIDENT :

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 88


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1 Le Président est le Ministre de la défense, je crois. Mais cela importe peu,


2 nous allons évaluer cela.
3 Mme LE JUGE KHAN :
4 Q. Le Président était également Ministre de la défense ?
5 R. Tout à fait, Madame le Juge.
6 Q. Donc, c’est un (inaudible).
7 R. Il s’agirait de deux postes, donc je compterais plutôt les postes.
8 Q. Donc si l’on compte les postes, c’est deux personnes.
9 Me PHILPOT :
10 Moi, je compte les personnes dans ma question.
11 Mme LE PRÉSIDENT :
12 Je crois qu’il faudrait que la réponse concerne les deux aspects, les
13 postes et les individus.
14 R. Le suivant, c’était donc le Ministre des affaires étrangères, le Ministre de
15 l’enseignement primaire et secondaire, le Ministre de l’industrie et du
16 commerce et le Ministre de la santé publique et des affaires sociales, le
17 Ministre des travaux publics.
18 R. Donc, le résultat c’est 7 sur 17.
19 Me PHILPOT :
20 Q. Si vous comptez le Premier Ministre, c’est 2 sur 18. Si vous comptez le
21 Président, c’est 2 sur 18 ; donc je crois que les choses deviennent plutôt
22 irréelles.
23 R. Vous avez raison.
24 Me PHILPOT :
25 Je proposerais donc à la Chambre que nous ajournions l’audience. Il nous
26 reste très peu de sujets à couvrir, peut-être une demi-heure sur des
27 petites questions ; en plus, le document que Docteur Des Forges a lu
28 pendant la pause. Je pense qu’il y a un interrogatoire complémentaire,
29 sauf si je me trompe.
30

31 Mme KAGWI-NDUNGU :
32 Oui, il y aura un bref interrogatoire complémentaire.
33 Me PHILPOT :
34 Donc telle est la situation en ce moment.
35 Mme LE PRÉSIDENT :
36 Nous terminons d’ici midi demain ?

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 89


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1 Me PHILPOT :
2 Non, je pense avant.
3 Mme LE PRÉSIDENT :
4 Est-ce qu’il y a du travail à donner à Madame Des Forges à faire à la
5 maison ?
6 Me PHILPOT :
7 Non.
8 Mme LE PRÉSIDENT :
9 Le Juge Muthoga me rappelle que le CV a été versé provisoirement aux
10 débats, donc il faudrait traiter de la question après l’interrogatoire
11 complémentaire.
12 Me PHILPOT :
13 Je m’en remets au Procureur.
14 Mme KAGWI-NDUNGU :
15 Nous n’aurons pas de problème, nous essayons de nous organiser à ce
16 sujet.
17 M. KAPAYA :
18 Nous entendons citer la personne qui traitait avec l’Accusé à l’époque ;
19 en ce moment, cette personne se trouve en Europe.
20 Me PHILPOT :
21 Nous demandons donc une déclaration will-say nous soit communiquée,
22 et je l’ai rappelé à mon collègue et contradicteur à plusieurs reprises.
23 Mme LE PRÉSIDENT :
24 Est-ce que vous pouvez expliquer ce que vous entendez par will-say ?
25 Me PHILPOT :
26 Un will-say, c’est une déclaration signée ou alors un résumé des faits sur
27 lesquels le témoin va déposer. Dans le cas d’une déclaration de témoin,
28 cela va au-delà d’une personne.
29

30 Mais nous allons faire la demande par courriel ce soir ou demain matin
31 en indiquant la liste de tous les individus qui étaient en contact avec
32 mon client et qui sont associés au Procureur, dans le cadre de l’audition
33 ou l’enregistrement des déclarations. Nous allons donc faire ce courriel
34 et peut-être une requête.
35 M. KAPAYA:
36 Madame le Président, nous allons poursuivre l’ordre qui nous convient ; il

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 90


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 appartiendra à la Chambre de décider si le document est recevable ou


2 non.
3 M. LE JUGE MUTHOGA :
4 Est-ce que nous allons aborder cela demain ou un autre jour ?
5 M. KAPAYA :
6 Madame le Président, Messieurs les Juges, nous demandons quelque
7 temps, ce témoin est en mission, mission portant sur des questions très
8 importantes.
9 Me PHILPOT :
10 Je vais donc demander du temps, et nous allons faire notre demande par
11 écrit.
12

13 (Conciliabule entre les Juges)


14

15 Mme KAGWI-NDUNGU :
16 Juste un petit point, Madame le Président. Il y a ce document manuscrit
17 que le docteur Des Forges a examiné et consulté avant d’obtenir les
18 transcriptions de Kambanda. Nous aimerions verser cela aux débats
19 comme pièce à charge.
20 Mme LE PRÉSIDENT :
21 La seule pièce à verser aujourd’hui?
22 Me PHILPOT :
23 Il y aura d’autres pièces à verser demain... oui demain.
24 Mme LE PRÉSIDENT :
25 Parce que... En ce qui concerne le devoir à faire à la maison ? Une chose
26 à la fois, s’il vous plaît.
27

28 Ce sera la pièce à conviction à charge n°...


29 Mme ZULPHUR :
30 « P. 52 », Madame le Président.
31

32 (Admission de la pièce à conviction P. 52)


33

34 Mme LE PRÉSIDENT :
35 Et qu’en est-il de l’autre document que vous avez montré au témoin ?
36 Vous le verserez aux débats demain ?

2 CLAUDIDE PETOUO, S.O. - TPIR - CHAMBRE III - page 91


1 ZIGIRANYIRAZO LUNDI 6 MARS 2006

1 Me PHILPOT:
2 J’en verserai certains en fonction des réponses ; et je vais donc regarder
3 ce que dit le compte-rendu.
4 Mme LE PRÉSIDENT :
5 Eh bien, il faudrait nous tenir informés demain.
6 Me PHILPOT :
7 Je suggère au témoin de travailler pendant quelques minutes sur le
8 document que je lui ai remis.
9 Mme LE PRÉSIDENT :
10 Le document qu’elle a examiné pendant la pause cet après-midi ? Je
11 pense que cela a été fait, je l’espère.
12 Me PHILPOT :
13 Il y a le document du professeur Guichaoua sur la composition du
14 gouvernement, le nombre de ministres ainsi que les militaires.
15 Mme LE PRÉSIDENT :
16 Le dernier document, donc.
17 Me PHILPOT :
18 Oui.
19 R. Le document sur les militaires, c’est quel document ?
20 Me PHILPOT :
21 C’est la deuxième page… la dernière, la page 770.
22 Mme LE PRÉSIDENT :
23 Nous vous prions de le faire, Madame Des Forges.
24 R. Je le ferai, Madame le Président.
25 Mme LE PRÉSIDENT :
26 L’audience est levée jusqu’à demain.
27

28 (Suspension de l’audience : 18 h 5)
29

30 (Pages 43 à 82, prises et transcrites par Claudide Petouo, s.o.)


31

32

33

34

35

36

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2 SERMENT D’OFFICE

4 Nous, sténotypistes officiels, en service au Tribunal pénal international pour le


5 Rwanda, certifions, sous notre serment d’office, que les pages qui précèdent
6 ont été prises au moyen de la sténotypie et transcrites par ordinateur, et que
7 ces pages contiennent la transcription fidèle et exacte des notes recueillies au
8 mieux de notre compréhension.

10 ET NOUS AVONS SIGNÉ :

11 ________________ _________________

12 Pius Onana Lydienne Priso

13

14 ________________ _________________
15 Pierre Cozette Claudide Petouo
16

17

18

19
20

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