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Il était une autre fois...







Séquence pédagogique téléchargée sur www.livremot.be et réalisée par Gaël Gilson
Graphisme de l’en-tête : SELENART [.deviantart.com]

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Introduction /

Voici deux lignes du temps qui reprennent des événements importants de l’Histoire et leurs conséquences.
Documente-toi pour compléter les informations qui manquent.





















Christophe Colomb veut
rejoindre les Indes en
traversant l’océan
…………….
1484
Christophe Colomb entame son
voyage à bord de la
……………, la ………………
et la ……………….
3 août 1492
Après un voyage plus dur et plus
long que prévu, C. Colomb
débarque près des Bahamas et est
accueilli par des indigènes qu’il
baptise « Indiens » puisqu’il pense
être arrivé en …………….
12 octobre
1492
Amerigo Vespucci entame le même
voyage et se rend compte qu’il
s’agit en fait d’un nouveau
continent qu’il nomme
………………………
1499
C. Colomb rentre en Espagne
et entreprend jusqu’en 1504
de nouveaux voyages
durant lesquels les Indiens
sont assassinés, pillés et
réduits en …………………. :
leur nombre passe de 30
millions à 10 millions !
1493
Assoiffés d’………, les
conquistadors espagnols
Hernan Cortès au Mexique
et Fransisco Pizarro au
Pérou détruisent les empires
………………… et
…………………….
1519-
1533
Avant
1869
Tout le monde s’éclaire au
……………, à la
……………………… ou
à la ……………….
1869
Le belge Zénobe Gramme
produit pour la première
fois du courant
………………………….
1876
Grâce aux travaux de
Gramme, Alexander
Graham Bell met au point
le premier ………………
1879
Thomas Edison met au
point la première
……………………….
1887
Construction des
premières voitures
Jusqu’à
aujourd’hui
Invention du cinéma,
construction d’hôpitaux
modernes, informatique,
transports….
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Choisis une des lignes du temps et modifie l’issue de l’événement en bleu comme si l’histoire s’était déroulée
autrement. Imagine ensuite comment serait devenue l’Histoire compte tenu de ce changement. Tu peux
ajouter autant de puces à la ligne que tu le souhaites. Partage ensuite avec l’ensemble de la classe.







L’uchronie /
En modifiant les événements comme tu l’as fait, tu viens d’inventer ta
première uchronie !
Avec des « si », c’est bien connu : on pourrait refaire le monde ! N’as-tu
d’ailleurs jamais rêvé, au moins une fois dans ta vie, de remonter le fil du
temps pour modifier le cours des évènements et réécrire l’histoire à ta
guise?
L’uchronie est un récit où tu peux rendre cela possible, à condition de
t’armer d’imagination.
En effet, l’auteur d’une uchronie remonte le temps pour modifier un
évènement historique et imagine ensuite ce que serait devenu le monde
compte tenu de ce changement. A partir de ce dernier, appelé « point
de divergence », il envisage toutes les conséquences, modifiant ainsi peu
ou prou le cours de l’Histoire.
On appelle « effet papillon » ces bouleversements qui résultent d’un fait à première vue sans importance. Si
– comme certains le prétendent – le simple battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade à
l’autre bout du monde, ton intervention dans le passé pourrait bien chambouler notre présent…

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As-tu bien compris ? /

As-tu bien compris le principe de l’uchronie ? Pour le vérifier, voici deux situations historiques. Pour chacune,
un point de divergence t’est proposé. À toi d’imaginer l’effet papillon de ces changements.

SITUATION 1
La Seconde Guerre Mondiale est l’un des événements les plus sanglants de l’Histoire : elle a fait environ 50 millions de
morts. Hitler, qui en est l’un des instigateurs, voulait rattacher à l’Allemagne tous les territoires habités par des Allemands.
En 1939, l’Allemagne envahit la Pologne puis, en 1940, le Danemark, la Norvège, la Belgique, les Pays-Bas, le
Luxembourg puis la France. Elle attaque ensuite l’Angleterre. En 1941, le Japon (allié à l’Allemagne) attaque les
Américains à Pearl Harbor : le conflit devient mondial. Durant cette guerre, plus de 9 millions d’Européens ont été
persécutés, exploités et assassinés dans des camps de concentration à cause de leur « race » jugée inférieure (les
homosexuels et surtout les Juifs
1
) ou de leurs opinions divergentes (les antinazis, les résistants…). Les résistants sortent de
l’ombre en 1944 grâce au débarquement anglo-américain en Normandie et, en 1945, l’armée allemande est
attaquée sur tous les fronts. Elle se replie et finit par capituler le 8 mai. Vaincu, Hitler s’est suicidé quelques jours plus tôt.
Seul le Japon résiste toujours et lance des kamikazes contre les navires américains. Pour en finir au plus vite et limiter
leurs pertes, les États-Unis décident de lancer la bombe atomique sur Hiroshima puis sur Nagasaki. Le Japon finit par
capituler.
Point de divergence : Et si les Allemands et les Japonais avaient remporté la Seconde Guerre Mondiale ?
Effet papillon :













1
C’est en 1942 que l’Allemagne signe la « Solution Finale » dont le but est d’éliminer tous les Juifs d’Europe. Déportés dans des
camps comme celui d’Auschwitz, ils sont forcés à travaillés, torturés, brûlés ou asphyxiés dans des chambres à gaz.
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SITUATION 2
Au 18
è
siècle, la traite des Noirs bat son plein en Europe : elle est à la base de l’économie et du commerce. À partir de
1780, de nombreux militants veulent abolir l’esclavage. En Angleterre, de nombreuses pétitions se multiplient contre la
traite négrière qui se voit interdite en 1807. En 1815, lors du Congrès de Vienne
2
, l’Angleterre persuade les autres
pays que c’est une pratique inhumaine et amorale. En 1830, l’Angleterre et la France s’associent pour intercepter les
navires négriers. En 1833, l’Angleterre abolit définitivement l’esclavage. La France fera de même en 1848, les Pays-Bas
en 1859, les États-Unis en 1865…
Point de divergence : Et si l’Angleterre n’avait pas aboli définitivement l’esclavage en 1833 ?
Effet papillon :










À ton tour de choisir une situation historique et d’imaginer, pour celle-ci, son point de divergence et l’effet
papillon.













2
Le congrès de Vienne est une conférence des représentants diplomatiques des grandes puissances européennes qui eut lieu à
Vienne du 1
er
novembre 1814 au 9 juin 18151. Les pays s’y sont réunis après la défaite de Napoléon pour rédiger les conditions
de la paix.
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Sur écran... /

Visionne les bandes-annonces proposées. Pour chacune, identifie le point de divergence et l’effet papillon.

Point de divergence Effet papillon
John MAYBURY, The Jacket (2005)






Eric BRESS, L’Effet Papillon (2004)






Jaco VAN DORMAEL, Mr. Nobody
(2010)






Robert ZEMECKIS, Retour vers le futur
(1985)















Il m’arrive de penser que la vie a une masse de significations,
comme des centaines de fils tissés en une complexe tapisserie, mais
si l’on en retire un seul, on détruit du même coup la signification
de l’ensemble…
Keith Roberts, Pavane.
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Ceux qui sauront... /

Lis l’extrait ci-dessous puis réponds aux questions.

Extrait 1
Le train filait à vive allure dans la campagne en crachant son panache de fumée blanche. Perchés
sur le toit du wagon, les saisonniers contemplaient en silence les champs et les forêts qui s’étendaient à
perte de vue de part et d’autre de la voie ferrée.
Le vent frais et humide de ce début d’automne transperçait les vêtements de laine de Jean, coincé
entre ces deux rocs imposants qu’étaient son père et oncle
Michel. C’était la première fois qu’il prenait le train et il n’avait pas assez de ses yeux pour tout voir.
La famille avait décidé que le temps était venu pour lui de partir avec les hommes. Le travail dans les
usines, les ports, les ateliers ou les mines ne suffisait plus à subvenir aux besoins quotidiens. Les
ouvriers essayaient de trouver de l’embauche dans les immenses domaines agricoles de l’Ouest. La paie
n’était pas folichonne, mais, comme disait oncle Michel, il valait mieux un petit peu de pas beaucoup que
rien de rien, et puis, au moins, on ne resterait pas dans les minuscules maisons des banlieues ouvrières
à se taper la tête contre les murs.
«Tiens, P’tit Roi...»
Jean saisit le morceau de pain que lui tendait son oncle et l’avala en deux bouchées. Il n’aimait pas
son surnom, P’tit Roi, d’abord parce qu’il avait brusquement poussé cette année et qu’il était maintenant
presque aussi grand que son père, ensuite parce que ce n’était pas sa faute s’il portait le même prénom
que le roi de France. Sa mère disait en riant que ses cheveux noirs et ondulés formaient une belle
couronne autour de sa tête. Elle allait jusqu’à lui inventer des ressemblances avec le souverain Jean IV,
qui, pourtant, appartenait à un autre monde, à une autre espèce.
«Bois donc un coup, mon gars...»
Oncle Michel lui présentait une bouteille de verre dont il avait retiré le bouchon de liège. Jean porta
le goulot à ses lèvres et but une gorgée. L’amertume du vin rouge lui irrita la gorge et lui tira des
larmes. Il en fut déçu, lui qui avait toujours rêvé de goûter au breuvage jusqu’alors réservé aux hommes.
Oncle Michel éclata de rire.
«Tu verras, tu t’y feras.
– On arrive!»
La voix puissante avait dominé le sifflement prolongé du train qui entrait dans un gros bourg aux
toits d’ardoise grise. Jean avisa le panneau de la gare et cria, dans un réflexe : «On est déjà à Ancenis?»
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Son oncle lui lança un regard soupçonneux. «Comment tu sais ça, toi? T’es jamais venu dans le
coin...»
Jean se mordit les lèvres. Il s’était montré imprudent.

1. À ton avis, à quelle année/époque se situe ce récit ? Quels indices t’ont mis sur la voie ?






2. « Jean se mordit les lèvres. Il s’était montré imprudent. » À ton avis, pourquoi Jean s’est-il montré
imprudent ?




Lis la suite puis réponds aux questions.

Extrait 2
La maîtresse lui avait pourtant recommandé de ne jamais rien dévoiler de leurs activités nocturnes.
C’était leur secret, un secret partagé par les mères et les sœurs, un secret d’où étaient exclus les
hommes, qui, après avoir vu mourir leurs pères, leurs grands frères et leurs oncles lors de
l’insurrection de 1982, vivaient dans la hantise permanente de la répression.
«Euh, je vous ai entendus parler, papa et toi, et je savais qu’on devait descendre à Ancenis. Et aussi
que le domaine s’appelle la Roussière.»
Oncle Michel hocha la tête.
«Y’en a, dans cette caboche! Mais, même si t’es plus futé que nous autres, n’oublie jamais d’où tu
viens, P’tit Roi...»
Une sourde inquiétude imprégnait la voix grave d’oncle Michel. Le train s’immobilisa à l’issue d’un
interminable frissonnement. Les saisonniers attendirent que les occupants des wagons de première et
de deuxième classe soient descendus pour sauter à leur tour sur le quai sans lâcher leurs valises ou
leurs baluchons. Jean portait un lourd sac de toile bourré des vêtements et des chaussures que sa mère
avait récupérés du grand-père décédé cinq ans plus tôt, et qui, dans les grands domaines agricoles de
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l’Ouest, lui serviraient de tenues de travail. Les saisonniers traversèrent le hall de la gare en jetant un
regard furtif sur la salle d’attente où patientaient de riches familles assises sur de confortables
fauteuils.
Deux gendarmes en uniforme blanc frappé de la fleur de lys en gardaient l’entrée. Au moindre geste
considéré comme suspect, ils n’hésiteraient pas à se servir de leur fusil d’assaut. Depuis l’insurrection
de 1982 et ses répliques décroissantes, les gardiens de l’ordre devaient tirer sans sommation sur les
fauteurs de trouble.
«Garde la tête baissée, fils», murmura son père derrière lui.
Il avait raconté comment deux de ses amis avaient trouvé la mort pour avoir simplement parlé fort
un soir qu’ils avaient trop bu. Au sortir de la gare, les régisseurs, reconnaissables à leurs casquettes,
hurlaient les noms des domaines pour permettre aux saisonniers de se repérer. Une vingtaine de
camions stationnaient sur la grande place hérissée de marronniers aux feuilles jaunies.
«La Roussière! La Roussière!»
Jean, son père et son oncle grossirent le petit groupe qui se formait autour d’un jeune homme aux
joues pleines et rougies par la fraîcheur matinale. Des boucles blondes dépassaient de sa casquette
brune à carreaux et donnaient à son visage un air d’angelot irascible. Tandis que s’ébranlaient les
premiers camions, il commença l’appel des saisonniers recrutés par le domaine de la Roussière,
cochant avec un crayon les noms sur une liste. Le cœur de Jean battit à tout rompre lorsque vint son
tour de répondre présent.
Il fut envahi d’une tristesse diffuse, comme s’il quittait à l’instant le cocon douillet et rassurant de
l’enfance. Il lui était certes arrivé de se coucher avec la faim au ventre, il portait des vêtements mille
fois ravaudés et des chaussures qui avaient servi à plusieurs générations, il avait dû partager sa
chambre avec ses trois jeunes sœurs, il ne prenait une douche tiède que tous les quatre ou cinq jours,
mais jamais, jamais il n’avait manqué d’amour.
Il n’y avait pas d’autre garçon de son âge dans le groupe. Le régisseur posa sur lui un regard
indéfinissable, désagréable en tout cas. Les trente-deux saisonniers (Jean les avait comptés; compter
lui procurait une véritable jubilation) grimpèrent à l’arrière du camion et s’assirent sur les bancs
métalliques scellés au plancher tandis que le régisseur s’installait à l’avant à côté du chauffeur. Il se mit
à pleuvoir lorsque le véhicule sortit d’Ancenis et s’engagea sur la route d’Angers. Comme le chauffeur
n’avait pas jugé nécessaire de fixer la bâche, la trentaine de passagers furent rapidement trempés
jusqu’aux os.
«Ça commence bien!» maugréa oncle Michel.
Il s’assura aussitôt que personne n’avait relevé ses paroles. La dénonciation pour propos et
comportement séditieux étant généreusement récompensée, il valait mieux garder pour soi ses pensées.


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3. La première question te demandait : « À ton avis, à quelle année/époque se situe ce récit ? »
Maintenant que tu as lu ce nouvel extrait, ta réponse est-elle la même ? Pourquoi ?






4. Quels éléments du récit t’avaient mis sur la mauvaise piste ?




5. Finalement, en quoi Jean s’était-il montré imprudent dans l’extrait n°1 ?





6. En quoi la France décrite dans cet extrait est-elle différente de celle que l’on connait ?






7. Quel est le statut social de Jean ? Relève les indices qui t’aident à répondre.







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Lis la suite puis réponds aux questions.

Extrait 3
[…]
Parfois Jean enrageait de ne pas être né dans le bon camp. C’était injuste pour ses parents, mais il
ne s’imaginait pas consumer sa vie dans une usine, une mine, un commerce ou un domaine agricole. Il
voulait parcourir le vaste monde, explorer les royaumes lointains affichés sur les cartes du grenier où
Magda, la maîtresse, leur faisait classe deux nuits par semaine.
[…] Il appartenait à la multitude laborieuse que la caste possédante appelait avec mépris les cous
noirs. L’école clandestine l’avait invité à lever la tête, il lui fallait maintenant réapprendre à la baisser.

8. Dans le récit, comment la société est-elle divisée ?




9. Relis la dernière phrase de l’extrait. Quel rôle de l’éducation met-elle en avant ?




Lis le dernier extrait puis réponds aux questions.

Extrait 4
Après quelques heures de travail, Jean s’est isolé, à l’écart des autres cous noirs, dans les bois.
Jean tira de la poche de sa veste son petit carnet à spirale et le crayon de bois fixé à la couverture
rigide par un élastique. Il s’était retiré dans un endroit sauvage et tranquille de la forêt du domaine.
Magda lui avait dit de se débrouiller pour écrire chaque jour, même quelques minutes, et, maintenant que
son ressentiment s’était estompé, il appliquait les consignes de la maîtresse. Les jours suivants, il lui
serait difficile de trouver un moment pour s’exercer. C’était le prix à payer pour apprendre, pour sortir
de sa condition.
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Il avait parfois l’impression de trahir et de mépriser les siens, mais sa mère l’encourageait malgré
les risques encourus. Magda lui avait affirmé que son fils était doué, bien plus que la plupart des enfants
scolarisés du royaume, et les cous noirs avaient besoin de représentants instruits pour améliorer leur
existence.
«À quoi ça servira si on le met en prison? avait rétorqué maman avec une moue. L’école est interdite
aux gens de notre condition.
– Il n’ira pas en prison si on prend toutes les précautions.
– Pourquoi donc vous intéressez-vous à nous?»
Magda n’avait pas répondu, le regard dans le vague.
«Ça vous regarde après tout. Quoi qu’il en soit, Dieu vous bénisse, ma fille...»
Jean s’appliqua à tracer les lettres sur les lignes de son carnet. Il ne conservait que les plus
réussies, la gomme du crayon lui permettant d’effacer celles qu’il jugeait ratées. Et puis le carnet étant
un présent de Magda, il n’était pas pressé de remplir les pages. Il écrivit plusieurs lignes de B
majuscules, la lettre qu’il maîtrisait le moins. Il aimait ces moments de silence enchantés par le doux
crissement de la mine sur le papier.
Il avait l’impression que les lettres dessinées de ses doigts malhabiles ouvraient des portes sur des
univers fabuleux. Et que, quand il aurait appris à maîtriser l’écriture et la lecture, il pourrait enfin
explorer les mondes façonnés par les mots. Il gomma une demi page couverte de B avant de
recommencer avec son prénom complet, le J majuscule, les e, a et n minuscules.
Écrire son nom le ravissait, lui donnait la sensation d’exister une deuxième fois.
«Qu’est-ce que tu fiches donc là, toi?»
Jean tressaillit. Un homme émergea des fourrés environnants et s’avança d’une démarche pesante.

Pierre BORDAGE, Ceux qui sauront, Flammarion

10. En quoi apprendre est-il risqué pour Jean ?




11. Pourquoi le fait d’écrire lui donne-t-il l’impression d’avoir une nouvelle existence ?




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Voici quelques informations supplémentaires.

Ceux qui sauront est un roman écrit par Pierre Bordage et publié en 2008 aux éditions Flammarion. Cette uchronie imagine comment le
monde serait devenu aujourd’hui si, en 1882, Jules Ferry avait été assassiné : son projet d’école obligatoire pour tous n’aurait pas vu le
jour et l'école serait aujourd’hui interdite pour les gens du peuple. Dans Ceux qui sauront, l’histoire prend donc place en 2008 ; le monde
est scindé en deux: d'un côté les élites vivant dans le confort et à l’abri du besoin, de l'autre le peuple, croupissant dans la misère.


In Télérama, octobre 2008
12. Réalise deux lignes du temps : sur la première, reprends les éléments de l’Histoire réelle ; sur la
deuxième, mets en évidence le point de divergence proposé par Pierre Bordage et l’effet papillon
qu’entraîne ce changement.




Jules Ferry, né le 5 avril 1832 à Saint-Dié
(Vosges) et mort le 17 mars 1893 à Paris, est un
homme politique français. Opposant à l'Empire,
membre du gouvernement provisoire en 1870 et
maire de Paris en 1871, il restaure l'instruction
obligatoire et gratuite pour éduquer tous les
Français. Il pense ainsi lutter contre l’anarchie et
faire naître un sentiment de patriotisme.
Avant ces lois, l’enseignement primaire était
encore principalement assuré par l’Eglise
catholique qui n’hésitait pas à affermir son
emprise sur le peuple. Jules Ferry pensait donc
que l’école publique et laïque était la condition
indispensable à la formation de citoyens éclairés,
puisque l’école est par excellence le lieu
d’apprentissage de la démocratie.
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Le steampunk /

Observe l’illustration ci-dessous.


Didier GRAFFET

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a) Quelle ville est représentée dessus ? Quel(s) indice(s) t’a(ont) aidé à répondre ?



b) À ton avis, à quelle époque se situe la scène ? Quel(s) indice(s) t’a(ont) aidé à répondre ?



c) Y a-t-il une ou plusieurs incohérences temporelles ? Si oui, lesquelles ?




LE STEAMPUNK
Le steampunk est un sous-genre de l’uchronie qui « s’efforce d’imaginer à quel point le passé aurait pu être
différent si le futur était arrivé plus tôt ». – Daniel RICHE
Le steampunk ne procède pas à partir d’un point de divergence précis mais dépeint un univers du 19
è
siècle
où l’avenir est arrivé plus tôt. Le 19
è
siècle est le siècle de l’industrialisation : c’est l’époque de grandes
inventions comme la locomotive et on voit apparaître de nombreuses machines à vapeur (steam signifie
d’ailleurs « vapeur »). Le commerce commence à se déployer mondialement et la société, industrialisée, se
transforme sur de nombreux plans (politique, économique, social…).
Le steampunk imagine comment aurait pu être cette époque si l’industrialisation avait été encore plus
importante : l’homme n’aurait peut-être pas inventé l’informatique, nous vivrions dans un décor rempli
d’immenses tours qui crachent de la vapeur, des engrenages et des tuyaux en cuivre démesurés serviraient
de décorations, le dirigeable et le train seraient les moyens de transport privilégiés ; quant à nous, nous
porterions peut-être des vêtements de l’époque victorienne et des accessoires mécaniques, entourés
d’automates…
L’esthétique steampunk grouille d’…………………………………… : ce sont des incohérences temporelles
comme la présence au 19
è
siècle de technologies aussi avancées qu’aujourd’hui.


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Repère les caractéristiques du steampunk dans les illustrations ci-dessous.


Dmitriy Filippov









Paride Bertolin Tuomas Korpi
Paride Bertolin
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Ruslan Svobodin Casque d’ingénieur impérial I, Futuravapeur


Clint Cearley
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Quels mythes revisités par l’esthétique steampunk reconnais-tu ci-dessous ? Que peux-tu en dire ?


Sam VAN OLFFEN, Babel


Sam VAN OLFFEN, Shéhérazade

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Le 22 octobre 1895, un accident ferroviaire a eu lieu à Paris, gare de l’Ouest. Cette photo a été prise trois
jours plus tard pendant les travaux qui devaient descendre la locomotive quasi intacte au niveau du sol.
Que pourrait-on ajouter comme éléments de décor à cette photographie pour la faire basculer dans un
univers steampunk ?



Visionne le court-métrage La main des Maîtres réalisé par Adrien Toupet, Clément Delatre et Looky.

a) Décris l’atmosphère des lieux : en quoi représente-t-elle bien l’esthétique steampunk ?



b) Résume l’histoire des deux protagonistes.





Studio Lévy & sons

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Présentation du défi d'écriture /


Tu vas devoir choisir un événement historique (comme la Seconde Guerre Mondiale, la
découverte de l’Amérique, l’apparition d’une invention célèbre, le premier pas sur la Lune…) et
en modifier l’issue pour imaginer comment le monde serait devenu compte tenu de ce
changement (par exemple : les Allemands remportent la Seconde Guerre Mondiale, la
première bombe atomique ne tombe pas sur Hiroshima mais sur ton pays…).
 Ton texte devra clairement exprimer le point de divergence, c’est-à-dire une autre issue,
imaginaire, à l’événement que tu as sélectionné. Tu peux l’annoncer au début, au
milieu ou à la fin de ton texte.
 Tu dois imaginer les conséquences de ce changement : soit tu restes dans l’époque de
ton événement historique et tu racontes ce qu’il se passe en fonction de la manière
dont tu as modifié l’Histoire, soit tu fais un bond dans le temps et tu imagines comment
serait notre vie aujourd’hui compte tenu des changements que tu as effectués.
 Ton texte devra mettre en scène au moins un personnage dont tu narres le récit.
Pense donc à lui imaginer une aventure et n’oublie pas d’insérer quelques
rebondissements pour assurer l’intérêt de ton récit.
 Tu peux enrichir ton récit avec des descriptions de lieux et d’objets en utilisant
l’esthétique du steampunk.
 Ton texte peut comporter des anachronismes.
Ton texte ne dépassera pas 3 pages A4. Tu le publieras dans l’Atelier du site
www.livremot.be, dans la section « Défis littéraires 2013-2014 ».








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Une nouvelle uchronique /

Lis la nouvelle ci-dessous puis réponds aux questions.

Un vaccin pour le cœur

17 juin 1885
Cher journal,
Il y a plusieurs jours, la maîtresse nous a demandé le métier de nos rêves. J’ai réfléchi de longues
minutes. Selon elle, c’est un choix crucial : il nous permettra ou non de manger beaucoup de viande, de
porter de beaux vêtements ou de vieilles défroques, d’avoir peu ou beaucoup de temps à consacrer à
nos futures familles, de mourir à 30 ou à 60 ans…
Même si je ne sais pas vraiment ce que je veux faire plus tard, j’aurais aimé mourir à 60 ans. Mais mon
état s’aggrave. Je le sens. Je le vois. La plaie, ouverte par cette morsure qui me déchire toujours dans
mes cauchemars, est maintenant noire. Je la revois encore sanguinolente, dépourvue de chair et
débordant de bave mousseuse…
Je crois que dans mes rêves, il est temps de troquer les beaux murs d’une banque contre le bois sale
d’un cercueil… Mais mes nuits, dévorées par l’insomnie, sont tellement courtes que je n’ai même plus le
temps de rêver…

19 juin 1885
Cher journal,
Maman m’a emmenée marcher quelques pas dehors. Le poids de mon corps, aminci, m’est douloureux et
mes articulations me brûlent. Sur le chemin, un garçon de mon âge scandait sa révolte. Il était contre la
semaine de 72h, il en avait assez de ne manger que du pain et des pommes de terre, il était triste de voir
son frère âgé de 9 ans travailler dans une usine au lieu d’aller à l’école. Je passe souvent par ces
ruelles où des dizaines d’enfants fourmillent, où une odeur âcre s’abîme toujours contre mes vêtements,
où les murs semblent constamment sur le point de s’effondrer…
Moi, je ne m’en suis jamais plaint. La pièce où je vis est peut-être petite mais il y fait bon vivre malgré le
poêle en mauvais état et la bassine trouée dans laquelle on se lave. Nos murs, rongés par la ferraille,
sont troués par un immense tube qui serpente dehors. C’est vrai qu’il fait très froid en hiver.
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Tu sais, j’ai encore pleuré toute la journée. Parfois, je ne suis même pas triste, mais ça vient et ça ne
s’arrête pas. Je pleure beaucoup. Mais pas autant que papa.
Lui, il boit beaucoup pour oublier qu’il existe. Moi, je voudrais croire que je vais exister longtemps. Mais
je l’ai entendu dire à maman qu’il n’en pouvait plus de voir mon état s’aggraver. Que je serais peut-être
mieux morte. Comment peut-on aller mieux si on est mort ?

20 juin 1885
Cher journal,
Nom : Poughon. Prénom : Julie-Antoinette. Maman m’a appelée ainsi en mémoire de ma grand-mère et de
mon arrière-grand-mère. J’en suis le souvenir vivant, me rappelle-t-elle régulièrement.
Nous sommes allées voir le médecin. Il a une barbe touffue mais il est très propre sur lui. Il semble
ordonné et réalise chacun de ses gestes avec une mécanique bien huilée.
Je dois essayer de manger plus, mais avaler me fait atrocement mal.
Dans deux jours, il me fera une piqûre. Il m’a promis que j’irai bientôt mieux, que je pouvais avoir
confiance. En attendant, je dois écrire régulièrement mon nom et mon prénom. Ne me concentrer que
sur ça.
Nom : Poughon. Prénom : Julie-Antoinette. Et si je m’écrivais encore plus, aurais-je plus de chance de
survivre ? Nom : Poughon. Prénom : Julie-Antoinette.

21 juin 1885
Cher journal,
Nom : Poughon. Prénom : Julie-Antoinette. Nous n’avons pu faire que quelques pas dehors, maman et
moi. J’avais beaucoup trop mal.
La ville ressemble à une immense machine vivante. Des tours s’élèvent partout à l’horizon, vomissant
d’épaisses couches de fumée qui meurent sur les nuages que forment les parapluies des marcheurs. Ce
sont les poumons de la ville. Il y a du cuivre et des tuyaux partout. Les usines sont percées de rouages
massifs qui ressemblent à des planètes de fer. D’où je vis, on entend même le cri de la locomotive.
J’essaye de capter chaque détail du décor pour que mon attention s’y attache. Si je me laisse gagner par
la rêverie, j’aperçois des ombres qui m’effraient avec leurs grandes gueules ouvertes, remplies de sang
et de bave…
J’ai vu un immense dirigeable traverser le ciel. J’adorerais voyager à bord d’un tel engin. Survoler les
épais nuages noirs qui laissent sur nos poumons autant de noir comme celui qu’on voit à la surface de
l’eau.
Tu crois, toi, que je les verrais un jour, ces nuages blancs dont on parle dans les histoires ?

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22 juin 1885
Cher journal,
Nom : Poughon. Prénom : Julie-Antoinette. Née en 1874. Je dois continuer à me rappeler des souvenirs.
N’importe lesquels, m’a dit le médecin. Tant que je n’oublie pas. Il dit que la mémoire est le deuxième
cœur de l’homme.
On va enfin me guérir, aujourd’hui. Il parait que je serai l’une des premières à bénéficier de ce
traitement. Si j’ai bien compris, les expériences sur les chiens et les lapins ont été prometteuses. Et j’ai
justement besoin d’une promesse.
Maman voudrait me laver les cheveux pour l’occasion, mais c’est peine perdue. La simple vue de l’eau
m’effraie et son contact m’est douloureux, comme une terrible brûlure.
Elle m’a dit que je pouvais avoir confiance au médecin. C’est lui qui a permis la fermentation, m’a-t-elle
expliqué. Mais je ne sais pas ce que c’est. Ce que j’ai retenu, surtout, c’est qu’il a déjà guéri de
nombreuses maladies infectieuses.
***
Voilà, nous sommes rentrées. Papa était déjà là. Son sourire était plein d’espoir. Je n’ai pas pleuré
pendant les injections, même si c’était douloureux. Le médecin a été gentil. J’oublie toujours son nom. En
fait, il n’est pas vraiment médecin. C’est un chercheur, m’a-t-il dit. Mais je pouvais avoir confiance en lui
car deux vrais médecins l’accompagnaient. Eux m’ont dit que j’étais peut-être la clé d’une découverte
scientifique révolutionnaire. Qu’on n’oublierait jamais mon nom.
Cependant, l’un des deux médecins tirait un peu la tête. Il me regardait avec gravité et c’était comme si
ses yeux m’ordonnaient de fuir. Ce n’était peut-être qu’une hallucination de plus.


26 juin 1885
Cher journal,
J’ai vu un oiseau mort, ce matin. La dernière fois, j’ai pleuré beaucoup parce que je ne comprenais pas.
Aujourd’hui, pas une larme n’a coulé. Mon cœur ne s’est même pas arrêté. Je crois que cet oiseau devait
mourir, c’est tout.
Mon corps me laisse me reposer. Il accepte d’avaler, même si ça fait encore mal. Ma plaie est mauve à
présent. Elle est moins laide à voir, m’a dit papa.




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7 juillet 1885
Cher journal,
Des centaines de personnes ont déjà pris rendez-vous pour avoir des injections. Il parait qu’on a
retrouvé un petit garçon dont le corps est couvert de morsures. Le scientifique mise de grands espoirs
sur lui aussi. Je ne suis pas jalouse.
Papa m’a dit qu’il avait croisé la mère du garçon et qu’elle lui avait demandé l’adresse du laboratoire,
mais il a refusé de la lui indiquer. Les autres ouvriers qui travaillent avec lui ne voulaient pas non plus la
lui donner. Selon eux, le scientifique n’est qu’un charlatan, un fou. Rien ne peut guérir les gens comme
moi, ils disent. Pourtant je suis toujours là.
Mais à vrai dire, je m’en fiche de ce gamin. Le vaccin semble avoir fonctionné sur moi et le sort des
autres m’importe peu. Je crois que je vais pouvoir mourir à 60 ans, c’est tout ce qui compte.


12 juillet 1885
Cher journal,
Papa continue de boire, mais je ne suis pas triste pour lui. Maman pleure car papa la frappe, mais je ne
suis pas triste pour elle. Le petit garçon qui criait dans la rue est mort hier, mais je ne suis pas triste
pour lui.
Écrire ne me soulage plus. Je n’ai plus besoin d’être soulagée.
Je n’ai plus peur du chien dans mes cauchemars.
Je ne veux plus voler à bord d’un dirigeable.


16 juillet 1885
Cher journal,
Depuis moi, le vaccin a été administré des centaines de fois. Avec maman, on a vu une longue file devant
le laboratoire. Un dirigeable a traversé le ciel, mais le petit battement qui chatouillait mon cœur quand
j’en voyais un n’est jamais arrivé. Je suis sûrement en train de grandir et les choses devant lesquelles je
m’émerveille vont forcément changer…



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19 juillet 1885
Cher journal,
C’est étrange. Mon corps est toujours aussi abîmé et je ne ressens plus rien. Je n’ai plus envie de rien.
Je ne rêve plus d’un métier. Maman dit que je deviens une coquille vide. Papa me demande pourquoi je ne
parle plus. Je n’ai même plus envie de t’écrire. Je n’ai même plus envie de…

***

ÉDITO - JANVIER 2014
Pour cette édition spéciale de notre magazine, nous avons décidé de publier ces extraits du
journal intime de la jeune Julie-Antoinette que l’histoire semble avoir oubliée.
Julie-Antoinette n’a plus rien écrit après le 19 juillet 1885. Elle n’a d’ailleurs jamais terminé sa
dernière phrase. Dans un vieux document qui est le compte rendu d’une rencontre avec ses
proches, la jeune fille semblait, selon eux, ne plus rien ressentir. La maladie n’avait pas disparu
et le vaccin n’avait pas fonctionné. Pire, il lui avait ôté tout ce qui lui restait : l’envie de vivre et
ses rêves de jeune fille.
Pourquoi ? Comme vous le savez, 1885 est une année noire pour la science. Louis Pasteur,
scientifique émérite de l’époque, pensait avoir découvert un vaccin contre la rage. Mais une
erreur inattendue et impardonnable a modifié l’effet attendu : au lieu de guérir cette maladie
infectieuse, le vaccin neutralise une zone du cerveau qui est le siège des émotions chez l’humain.
Une fois injecté, le produit efface peu à peu les sentiments du patient jusqu’à lui ôter l’envie de
vivre, ce qui explique les nombreux cas de suicides de 1885, comme celui de la jeune Julie-
Antoinette ou du petit Joseph que Pasteur avait pris sous son aile.
Aujourd’hui, si les cas de rage sont toujours aussi nombreux, une kyrielle de domaines ont su
tirer parti des échantillons de ce vaccin qui se vendent aujourd’hui très cher. On l’utilise en effet
dans les prisons sur certains prisonniers. Ceux qui se destinent à devenir avocat n’ont pas le
choix et doivent se l’administrer – ce qui explique d’ailleurs les salaires exorbitants qu’ils
reçoivent. Des particuliers s’administrent également des échantillons pirates qu’ils consomment
à la manière d’une drogue pour oublier une peine de cœur ou la douleur d’un décès. Un prochain
numéro de notre magazine sera d’ailleurs consacré aux nombreux effets secondaires de ce
vaccin.
G.
Texte rédigé dans le cadre du rallye écriture 2013-2014 (www.livremot.be)




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Questions
1. Documentez-vous sur Pasteur, Joseph Meister et Julie-Antoinette Poughon.
A) Quel est le point de divergence proposé dans cette nouvelle par rapport à l’Histoire réelle ?



B) Quel est l’effet papillon provoqué ?




2. Expliquez le titre de la nouvelle.




3. A) Quelle est la maladie qu’a contractée Julie-Antoinette ?


B) Comment a-t-elle été contaminée ?


C) Quels sont les symptômes de cette maladie ?



4. « Cependant, l’un des deux médecins tirait un peu la tête. Il me regardait avec gravité et c’était
comme si ses yeux m’ordonnaient de fuir. Ce n’était peut-être qu’une hallucination de plus. »
Pourquoi le médecin tirait-il un peu à la tête ?



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5. Quelles sont les attitudes de Julie-Antoinette qui prouvent que le vaccin n’a pas fonctionné ?




6. Le texte livre certaines informations sur la vie quotidienne au 19
è
siècle. Relèves-en le plus possible.






7. À quelle classe sociale Julie-Antoinette appartient-elle ? Relève deux indices pour justifier ta réponse.





8. A) Le décor de la ville correspond-il à la réalité historique ou est-il anachronique ? Justifie.




B) Dis en quoi le décor correspond à l’esthétique steampunk et à la définition qu’en donne Daniel
Riche : « Le steampunk est un sous-genre de l’uchronie qui s’efforce d’imaginer comment aurait
pu être le passé si le futur était arrivé plus tôt. »



9. Le nom de Pasteur n’est dévoilé qu’à la fin du texte. Pourtant certains indices dans le texte laissaient
deviner qu’il s’agissait de lui. Relèves-en le plus possible.





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10. Comment pourrais-tu caractériser l’écriture de Julie-Antoinette ? En quoi correspond-elle à la forme
littéraire dans laquelle elle rédige ?



11. A) En quoi notre présent aurait-il été différent si l’Histoire s’était déroulée comme dans la nouvelle ?



B) Imagine d’autres conséquences.





 Bilan

Prouve que cette nouvelle est une uchronie en relevant les caractéristiques du genre qu’elle exploite.

















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Lance-toi ! /

À ton tour de rédiger une uchronie ! Pour t’aider, suis les étapes ci-dessous qui feront de toi un écrivain en
herbe.

1. Choisis un événement historique dont tu as envie de modifier l’issue.
Formule-le en commençant par « Et si… ? » : Et si ……………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………………… ?
Quelques exemples si tu manques d’inspiration :
 Et si Christophe Colomb, en découvrant l’Amérique, était tombé sur des dinosaures ?
 Et si Jack l’Eventreur avait été cryogénisé et revenait hanter les rues de Londres aujourd’hui ?
 Et si Neil Armstrong, en posant son pied sur la lune, était tombé sur une forme de vie extraterrestre ?
 Et si les Allemands avaient remporté la Seconde Guerre Mondiale ?
 Et si les hommes préhistoriques n’avaient jamais inventé le feu ?
 Et si le 11 septembre 2001, l’avion de l’attentat visant les États-Unis s’était écrasé dans ton pays ?
 Et si le Mur de Berlin n’avait pas été abattu en 1989 ?
 Et si Rosa Parks avait dit oui ?

Documente-toi sur l’événement que tu as choisi. Relève des informations sur l’événement en lui-même (ses
causes, son déroulement, ses conséquences) et sur le contexte historique (vie quotidienne…). Résume tes
recherches sous forme de mots-clés.









Ton événement historique :

Date :
Causes :
Déroulement :
Conséquences :
Comment les gens vivaient-ils à
l’époque (vie quotidienne) ?
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Résume à nouveau tes recherches sur cette ligne du temps en notant sur la première puce ton événement
historique et en complétant la suite avec les conséquences de cet événement (ce qu’il a changé dans le
monde…).










Modifie l’issue de cet événement historique et imagine ensuite les conséquences de ce changement :
qu’aurait-il pu se passer ?













Partage tes idées avec tes camarades pour éventuellement en trouver d’autres.
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II. Choisis le héros de ton histoire.
Tu as deux possibilités :
 Soit tu reprends un personnage historique, qui a réellement vécu et dont tu vas modifier l’existence
grâce au point de divergence (comme Julie-Antoinette dans Un vaccin pour le cœur) ;
 Soit tu inventes un personnage de toute pièce dont tu vas imaginer l’histoire (comme Jean dans le
roman Ceux qui sauront).
Coche ton choix !
 Si tu as choisi un personnage historique, documente-toi pour compléter la carte d’identité ci-dessous.
 Si tu as choisi d’inventer un personnage, imagine qui il est en complétant la carte ci-dessous.




















Prénom / Nom du personnage :
Date de naissance :
Âge :
Métier :
Traits de caractère :

Qualités & défauts :

Un trait particulier qui le distingue des autres :







Tu peux coller ici une photo de ton
personnage. Si c’est un personnage
que tu as inventé, tu peux prendre
celle d’un personnage à qui il pourrait
ressembler. Cela t’aidera à le décrire
plus facilement !
Ton personnage
Dans ta nouvelle, quelle sera
sa quête, son objectif ?
Pour qui, pour quoi a-t-il
cet objectif ?
Qui / qu’est-ce qui va l’aider
à accomplir son objectif ?
Qui / qu’est-ce qui
pousse le personnage à
démarrer sa quête / son
objectif ?
Qui / qu’est-ce qui va l’empêcher à
accomplir son objectif ?
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Tu peux ensuite imaginer des personnages secondaires en complétant le tableau ci-dessous. Aide-toi de
l’exemple :

Nom du personnage
Caractéristiques physiques
et morales
Son rôle dans le récit, son
action principale
Ce qu’il lui arrive / ce qu’il
fait au protagoniste
Pasteur
Méticuleux, barbe un peu sale,
intimidant. Passe son temps sur
ses recherches.
Il met au point un vaccin contre la
rage. Après des expériences sur
des animaux, il le teste sur des
êtres humains.
Le vaccin n’a pas l’effet escompté :
au lieu de guérir de la rage, il
éradique toute forme de sentiment
humain, ce qui pousse ses patients
au suicide (perte de l’envie de
vivre).



























Lorsque tu rédigeras ta nouvelle, pense à insérer les caractéristiques des personnages que tu as inventées.
La nouvelle est un texte court : ne t’égare pas dans de longues descriptions ; va à l’essentiel et disperse les
renseignements au fil de ta production. Mets également en évidence les particularités de chaque
personnage pour attirer l’attention du lecteur sur ce qui le rend intéressant. C’est comme ça que tu créeras des
personnages attachants. Tu peux aussi leur imposer un ton ou un registre de langue lorsqu’ils dialoguent.




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III. Choisis la narration
Tu as trois possibilités :
 Soit ton personnage raconte en « je » : il raconte ce qu’il vit, voit, entend et partage ses sentiments.
 Soit une « voix-off », omnisciente, raconte l’histoire : elle sait ce que font tous les personnages, ce qu’ils
pensent et ce qu’ils disent.
 Soit un personnage externe raconte à la 3
è
p. l’histoire de ton personnage comme s’il en était un
témoin.
Pour faire ton choix, dresse la liste des avantages et des inconvénients de chaque mode de narration :
Narration en « je » Narration omnisciente Narration externe
Avantages






Inconvénients








Tu dois ensuite choisir le système temporel que tu vas utiliser :
 Soit le système du passé qui est le système traditionnellement employé dans un récit :

Imparfait Passé simple Plus-que-parfait
Conditionnel
présent
Indicatif présent
Usages






 Soit le système du présent pour donner plus de vivacité et de dynamisme à l’action :

Indicatif présent Passé composé Imparfait
Conditionnel
présent
Futur simple
Usages





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Exercice : conjugue les verbes au temps adéquat en veillant à la cohérence du système temporel.

 SÉRIE 1 : Pierre Bordage, Ceux qui sauront
- Vous n'………………………… (avoir) pas peur ? demanda-t-elle aux enfants.
- On a trop faim pour avoir peur, ………………………… (répondre) Timothée, un garçon de huit ans.

 SÉRIE 2 : Scott Westerfeld, Léviathan
C'était comme de rejoindre une meute de chiens. Ils ………………………… (se chamailler) et …………………………
(se bousculer) pour les meilleures places à la table du mess. Ils ………………………… (se moquer) les uns des
autres à chaque erreur dans la lecture des signaux ou des tables de navigation, ou chaque fois que les officiers
………………………… (complimenter) l'un d'entre eux. Ils ………………………… (chercher) sans cesse à prouver
lequel ………………………… (pouvoir) cracher le plus loin, engloutir son rhum le plus vite ou roter le plus fort.
C'………………………… (être) drôlement fatiguant d'être un garçon.
 SÉRIE 3 : Robert Harris, Fatherland
A l'ouest, douze nations - Portugal, Espagne, France, Irlande, Grande-Bretagne, Belgique, Pays-Bas, Italie, Danemark,
Norvège, Suède et Finlande - ………………………… (lier) leur sort à celui de l'Allemagne, par le Traité de Rome, et
………………………… (former) l'espace économique européen. L'allemand était la deuxième langue officielle dans
toutes les écoles.
 SÉRIE 4 : Robert Silverberg, La Porte des Mondes
- Que ………………………… (signifier) pour toi l’année 1348 ?
- Ma réponse fut immédiate : La Peste Noire, bien sûr.
- Bravo. La Peste Noire ! Le fléau qui ………………………… (dévaster) l’Europe, détruisant des villes entières. La
Peste et ses millions de victimes, les trois quarts de la population, aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Pologne.
L’Europe transformée en un immense cimetière. Les routes désertes, les maisons vides, les cadavres pourrissant dans
les rues, et partout le silence. Un silence terrible. L’Europe ………………………… (recevoir) là un coup fatal. Sur
quatre habitants, un seul survivant.
Je ………………………… (s’écrier) : « Je/J’………………………… (comprendre). Si la Peste Noire
………………………… (frapper) les Hespérides au lieu de ravager l’Europe… »
- Doucement, ………………………… (vouloir)-tu ? Doucement, doucement. Il n’………………………… (être) pas
même nécessaire de changer les événements d’une façon aussi radicale. ………………………… (dire) que la peste
………………………… (frapper) l’Europe avec moins de sauvagerie. Les morts : non plus trois quarts mais un quart de
la population. L’Europe en sort amoindrie mais elle garde quelque force. La France, l’Angleterre, l’Espagne
………………………… (avoir) encore de la vitalité. La convalescence est longue. Il ………………………… (falloir) bien
cent ans pour que le nombre d’habitants redevienne ce qu’il ………………………… (être). Mais l’Europe de l’Ouest finit
par guérir. En 1450, elle ………………………… (retrouver) sa vigueur.
- Et quand les Turcs nous envahissent…
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- Tu ………………………… (voir) à présent comment tout s’enchaîne. Dans notre monde, les Turcs, pas plus que les
Russes et les peuples d’Afrique, ………………………… (ne rien subir) de semblable à la dévastation dont l’Europe de
l’ouest ………………………… (être) la victime. C’est pourquoi les Turcs ………………………… (ne pas rencontrer)
d’opposition lorsqu’ils ………………………… (s’aventurer) vers l’ouest. En 1420, ils ………………………… (prendre)
Constantinople que tu ………………………… (connaître) sous le nom d’Istanbul. En 1440 ils sont à Vienne, en 1460 à
Paris, en 1490 à Londres. Et en même temps les Arabes venant d’Afrique du Nord ………………………… (occuper)
une fois de plus l’Espagne, et l’Italie par-dessus le marché. Puis les Turcs et les Arabes ………………………… (se
quereller), et quand est dissipée la fumée des canons, les Turcs sont maîtres de toute l’Europe à l’exception de la
Russie. Et les Russes ont fait la même chose dans la direction opposée, descendant de Sibérie pour s’emparer de l a
Chine, du Japon, puis du reste de l’Asie.
- Ça c’est dans le monde réel. Qu’arrive-t-il dans cet autre monde où la Peste Noire n’a pas été aussi meurtrière ?
 SÉRIE 5 : Philip K. Dick, Le maître du Haut Château
Mais il y avait l’Afrique. […] Là, les Nazis ………………………… (faire) preuve de génie ; l’artiste s’était vraiment
montré. La Méditerranée close de toutes parts, asséchée, transformée en terres cultivables grâce à l’utilisation de
l’énergie atomique, quelle audace ! […] Il ………………………… (falloir) 200 ans pour régler la question des
populations autochtones américaines et l’Allemagne ………………………… (être parvenu) au même résultat en Afrique
en 15 ans. Il n’y ………………………… (avoir) aucune raison valable pour critiquer.

IV. Suscite une vivre impression plutôt que décrire un vaste décor
Une nouvelle est un récit court qui ne doit donc pas ennuyer le lecteur. Au lieu de rédiger de longues
descriptions, il vaut mieux créer une atmosphère et susciter une vive impression tout au long du texte à l’aide
de champs lexicaux.
Un champ lexical, c’est ………………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………………………….
Quels sont les champs lexicaux qui participeraient, selon toi, à créer une atmosphère propice à une nouvelle
uchronique ?










Recherche des images en rapport avec l’univers steampunk pour t’inspirer.
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Exercice : complète la présentation de l’esthétique steampunk à l’aide des mots proposés.

Charbon – aéronefs – tentaculaire – rouillées – cuivre – absinthe – galeries souterraines – pétrole – gaz –
vapeur – clef anglaise – tuyauteries – électricité – industrielle – cambouis – automotives – inventions –
rouages – gigantisme – usines – opium – lustrées – grincements – fumées – smog – capitaliste

L’expression steampunk, désignant un sous-genre dans la famille de la science-fiction, date de la fin des années 1980.
Elle est construite en référence à son glorieux ainé, le genre cyberpunk, par contraction de l’anglais « steam »
( ) et « punk » (instillant une idée de déviance). ……………………………………..
« Steam » est l’élément déterminant. Alors que le courant cyberpunk prend place dans un futur apocalyptique, le
steampunk est avant tout une uchronie. Les histoires racontées se déroulent dans un monde alternatif basé sur
l’Angleterre victorienne (1840-1900), sans doute parce que les premiers auteurs sont anglo-saxons, mais aussi
certainement parce que l’Angleterre est, au XIX
e
siècle, à l’origine de la première révolution
. Dans ce XIX
e
siècle alternatif, le , l’électricité et les …………………………………….. ……………………………………..
qui en découlent n’ont pas leur place. La source d’énergie principale demeure la ……………………………………..
vapeur, grâce au . On pourrait donc traduire, en bon français, steampunk par « rétro- ……………………………………..
futur à vapeur ». On tire de cette hypothèse de départ les conclusions qui suivent.
L’énergie tirée du n’est pas, en puissance, inférieure à celle obtenue dans notre ……………………………………..
monde par l’ , quand on consent aux contraintes qui s’imposent : les chaudières valent ……………………………………..
les piles, quand on en accepte la taille. Le charbon pousse donc d’abord au . La ……………………………………..
vapeur ne peut circuler que dans des de , sous …………………………………….. ……………………………………..
pression, toujours au bord de la rupture. L’humidité et la chaleur saturent l’atmosphère alentours. La transmission de la
dynamique est, pour pallier ces inconvénients, souvent mécanique, avec les axes, les , ……………………………………..
les frottements et le indispensables. Les machines sont ……………………………………..
, ou noires de graisses, selon le mécanicien qui les …………………………………….. ……………………………………..
entretient. La est l’outil roi, avec le marteau : la force brute contraint les métaux. Le ……………………………………..
paysage sonore en découle : cliquetis, chocs sourds, . Le monde est bruyant, le ……………………………………..
silence est suspect.
L’industrie impose la concentration des hommes, donc la ville. Les villes qui poussent aux marges des
et qui en dépendent reçoivent leurs noires, leurs …………………………………….. ……………………………………..
eaux tièdes et polluées. L’éclairage au est indispensable souvent une bonne partie de ……………………………………..
la journée. Dans l’Europe du Nord, le est quotidien. L’air extérieur étant souvent ……………………………………..
difficilement respirable, les ne sont plus répulsives : ainsi s’impose l’idée d’un métro ……………………………………..
dans la plupart des mégapoles. Métropolitain (à vapeur) et chemin de fer sont par ailleurs indispensables à l’extension
des banlieues. Mais pour les déplacements, les machines à vapeur ne sont pas ……………………………………..
seulement l’apanage des transports ferrés : sur terre, les familiales, ou dans les airs, ……………………………………..
les énormes largement améliorés grâce à Henri Giffard ou au baron von Zeppelin, ……………………………………..
permettent aux hommes de franchir rapidement les plus grandes distances.
Mais en ses bas-fonds, la société industrielle engendre des monstres, tel Jack l’Eventreur, qui font trembler d’un
délicieux sentiment de terreur la bourgeoisie, lorsqu’ils assassinent, par série, d’innocentes victimes dans la nuit des
grandes villes. Or si les classes populaires dégénèrent au contact de l’alcool, en particulier de
l’ , les classes supérieures sont, elles, régulièrement corrompues par ……………………………………..
l’ . ……………………………………..
Source : De charbon et d’éther, http://www.charbon-et-ether.fr/spip.php?article119
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N’oublie pas de susciter l’intérêt de tes lecteurs en insérant dans ta narration des rebondissements. Par
exemple, dans une nouvelle uchronique, tu peux :
 Imaginer des courses-poursuites (en automotive, sur un dirigeable, sur le toit d’un train à vapeur…) ;
 Imaginer des scènes d’action épiques (duel à mort sur le toit d’un dirigeable sous un nuage de
fumée noire…) ;
 Théâtraliser la mort des personnages ;
 Mettre en scène des personnages historiques, fictifs (comme Sherlock Holmes) ou des savants fous…

IV. Rédige le plan de ton histoire
À présent, tu as un tas d’outils pour rédiger ta nouvelle uchronique. Il ne te reste plus qu’à rédiger le plan
de ton histoire et de récolter des idées. Pour t’aider, tu peux utiliser le schéma narratif :
Situation initiale : comment l’histoire débute-t-
elle ? contexte historique ? cadre
spatiotemporel ? personnage principal ?



Force perturbatrice : effet papillon ? événement
qui va lancer la quête du personnage ?
objectif à atteindre ?



Péripéties : actions que le personnage va
accomplir pour réussir sa quête ? obstacles ?
adjuvants et opposants ? rebondissements ?





Force équilibrante : dernière action du
personnage qui va mettre un terme à sa
quête ? rebondissement final ? scène épique ?

Situation finale : comment l’histoire se finit-elle ?


À présent, lance-toi et rédige ta nouvelle
uchronique ! Bon amusement !