You are on page 1of 25

Kentron_24.book Page 227 Jeudi, 13.

novembre 2008 4:48 16

LA PREMIÈRE APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE :
DÉFINITIONS, THÈMES ET VISÉES

Le texte qui suit a été spécialement rédigé pour la journée organisée par l’Institut des Source chrétiennes (le 8 novembre 2008, à Lyon) en vue de la préparation
du concours de l’agrégation des Lettres, pour lequel Justin a été choisi comme auteur
grec chrétien. La contribution que l’on attendait de moi consistait à définir l’apologétique ancienne (celle des années de persécutions, d’Aristide à Tertullien ou Minucius Félix) et à montrer en quoi le contenu des écrits concernés correspondait à cette
définition. Cette exigence explique en grande partie le plan de cet article, puisque
seront successivement abordés le difficile problème du « genre littéraire » de l’Apologie, celui de la destination des différents ouvrages que recouvre cette appellation
générique et enfin celui de ses différents aspects et thèmes.

Le « genre » de l’apologie
Ce qui du moins paraît certain, c’est que l’apologétique n’est pas un genre littéraire au sens strict du mot. En effet, elle prend des formes très variées, qu’il s’agisse
du dialogue (à l’exemple du Dialogue avec Tryphon de Justin) ou d’une forme dérivée telle que le compte rendu d’une conversation (c’est le cas de l’Ad Autolycum de
Théophile d’Antioche), d’une lettre ou d’une épître (tel l’Ad Diognetum ou le troisième des livres À Autolycos de Théophile), voire d’une « lettre ouverte » comme
l’Apologeticum de Tertullien 1, d’un discours adressé par écrit (fictivement ou non)
à l’empereur (comme l’illustrent les plus anciennes des Apologies, celles d’Aristide,
de Justin, de Méliton, dont nous n’avons conservé que des fragments, et d’Athénagore), ou encore d’un discours d’apparat (à l’instar de l’Ad Graecos de Tatien), voire
d’un traité (les De resurrectione de Justin et d’Athénagore, dirigés contre les gnostiques). Mais il arrive que les genres traditionnels soient confondus, ce qui relativise fortement l’intérêt d’un classement par genre : ainsi, l’Apologie de Justin peut
être définie comme un discours de type judiciaire pro gente (et non pro homine) 2,
1. Via tacitarum litterarum (Apol. 1, 1), selon l’interprétation de Fredouille 1995.
2. C’est ainsi que la perçoit Munier 2006, 23 : « Considérée du point de vue de la rhétorique antique,
l’Apologie de Justin relève du genre judiciaire ».

Kentron, no 24 – 2008

Kentron_24.book Page 228 Jeudi, 13. novembre 2008 4:48 16

Bernard Pouderon

ou comme un discours d’adresse (prosfwvnhsi", prosfwnhtiko;" lovgo") 3, mais en
fait elle est expressément désignée par l’auteur lui-même dans son ouvrage comme
un biblivdion 4, un libellum, c’est-à-dire une requête ou une pétition adressée officiellement à l’empereur, et appelée à recevoir de lui une réponse ayant force de loi
– ce qu’elle semble être sur le plan de la destination, mais non véritablement sur celui
de la forme littéraire.
Alors, pourquoi ranger l’ensemble de ces écrits sous la dénomination commune
d’apologies ? La principale raison est sans doute que c’est ainsi qu’Eusèbe, le premier
des historiens ecclésiastiques, nomme ce type d’écrits ; le terme d’ajpologiva se retrouve en effet dans son Histoire ecclésiastique pour désigner la majorité des apologies dont le texte ou le souvenir nous a été transmis :
• celle de Quadratus (perdue) et celle d’Aristide, en HE. IV, 3, 1.3 ;
• celle de Justin, en HE. II, 13, 2 ; IV, 8, 3 ; IV, 11, 11 ; IV, 16, 2 ; IV, 17, 1 ; IV, 18, 2 ;
• celle de Méliton, aujourd’hui perdue, en HE. IV, 13, 8 ; IV, 26, 1 ;
• celle de Miltiade, elle aussi perdue, d’après Eusèbe, HE. V, 17, 5 ;
• celle de Tertullien, en HE. II, 2, 4 ; III, 33, 3 ; V, 5, 5.

Ce nom d’ajpologiva a aussi été conservé par la tradition manuscrite comme
titre de deux d’entre elles – deux seulement –, à savoir l’Apologie d’Aristide et celle
de Justin, mais ce n’est pas là un indice suffisant pour affirmer que telle était la désignation que leur donnaient alors et leur auteur et leur public. Car l’on connaît l’extrême liberté dans l’usage des titres chez les Anciens, et ce, à la fois dans la tradition
textuelle directe et dans la désignation que donnaient des œuvres les différents
témoins.
Il faut donc admettre que, même pour les Apologies de Justin et d’Aristide, pour
lesquelles ce titre est attesté, celui-ci ne figurait pas nécessairement en tête des copies
originales, celles qui circulaient du vivant de leurs auteurs, et qu’il fut très vraisemblablement ajouté par la suite, quand s’imposa à tous la spécificité de l’apologie comme
« genre », si l’on donne à ce mot une acception qui dépasse la forme littéraire. À titre
d’exemple, les véritables titres des Apologies d’Aristide et de Justin, ce sont leurs adresses à l’empereur, et non le surtitre d’ajpologiva, manifestement ajouté pour qualifier l’ouvrage à une époque où il s’agissait déjà de le définir comme genre par son

3. Justin la désigne lui-même, dans le Dialogue, 120, 6, comme une prosomiliva, une « adresse » (une
acception de ce mot empruntée à celle de l’anglais address). Ailleurs (Apol. I, 1, 1 et I, 68, 3), il la désigne comme une prosfwvnhsi", ce qui est très proche du prosfwnhtiko;" lovgo", le « discours
d’adresse ».
4. Justin, Apol. II, 14, 1. Voir aussi Apol. I, 1, 1 et I, 68, 3 : prosfwvnhsi" (« adresse »), e[nteuxi"
(« requête »).

228

« s’adresser à quelqu’un ». voire une simple excuse. 28. les termes d’ajpologiva et d’ajpologei'sqai. mais très généralement un argument de défense. pour justifier à ses yeux son adhésion à la nouvelle religion . thèmes et visées usage 5 : il est difficile d’imaginer que l’écrit que Justin déposa auprès de la chancellerie impériale pour qu’il soit soumis à l’empereur (puisque telle était sa destination) ait porté le titre d’ajpologiva. 12. en revanche.Kentron_24. ce n’est jamais pour y désigner un genre. 8 : ajpologei'sqai : désigne la requête que présenta devant l’empereur la prosélyte romaine dont la conversion entraîna les martyres dénoncés par Justin. où l’intervention d’un tiers. I. Et s’il est vrai que le mot ajpologiva (ou l’un de ses dérivés) figure aussi dans le texte même de l’Apologie de Justin. « l’adresse aux autorités » (un anglicisme passé dans le français littéraire à la toute fin du XVIIIe siècle pour désigner un discours adressé aux autorités souveraines). Le texte arménien ne connaît d’ailleurs comme titre que l’adresse (à Hadrien). apparaît dans le fait qu’Aristide y est nommé à la troisième personne : « L’apologie que fit le philosophe Aristide auprès de l’empereur Hadrien au sujet de la religion ». 13. 229 . il n’observe pas la justice . 6 : « quand je me suis adressé par écrit à César ». dans la version syriaque. – II. – I. 10. Justin revient sur son Apologie dans le Dialogue avec Tryphon. est faite. 5 : ajnapolovghto" : qualifie l’empereur. dénué d’excuse devant Dieu si. ejggravfw" prosomilw'n. instruit par Justin. au « César Titus Hadrien Antonin ». 1 : ajpologivan parevcein : l’expression désigne l’échappatoire (« fournir une excuse ») que pourrait trouver Justin en se contentant de citer les prophéties sans expliquer clairement à son public qu’elles confondent délibérément le passé et le présent . il n’emploie pas. – II. – Dial. Ces termes de prosomilei'n et de prosomiliva. à la suite d’une erreur de transmission. et non à l’acte civique qui consiste à déposer un libellum auprès de la chancellerie impériale. – I. mais celui de prosomiliva (en fait le verbe prosomilei'n). 4 : ajpologei'sqai : renvoie à l’argumentation que pourra opposer Justin pour répliquer à Tryphon sur la question de l’interprétation de Gn 17. puisque l’adresse. pour la désigner. 2. 3 : ajnapolovghto" : qualifie l’homme. celui de l’écrit où il figure. puisque Dieu l’a créé raisonnable . Quand. c’est-à-dire à Antonin le Pieux. une justification : – Apol. 5. 42.book Page 229 Jeudi. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. 3. à savoir le copiste. qui renvoie à une réalité judiciaire. 5 : ajpologivan fevrein : désigne la justification que pourraient faire les chrétiens des crimes rituels qui leur sont imputés en invoquant certains des rituels du paganisme . associé à l’adverbe ejggravfw" (« par écrit ») : Dial. 120. Cela paraît évident dans la tradition textuelle syriaque de l’Apologie d’Aristide. un surtitre visiblement inspiré d’Eusèbe. qui n’a pas d’excuse pour pécher.

Mais même dans la réception qui se fit des Apologies dans les siècles suivants. V. 2. 3. mais le prosfwnhtiko. on trouve la variante ejpifwnei'n : – Eusèbe." lovgo" (ou toute autre synonyme) 7 montre combien ces deux mots s’équivalent aux yeux de ceux qui les employaient pour désigner les Apologies – l’ajpologiva se définissant surtout par sa finalité et le prosfwnhtiko. 1. IV. 3 : prosfwvnhsi" kai. 5. dans la mise en forme (ejrgasiva). 18. de l’expression technique qui désigne le « discours d’adresse ». p." lovgo" devient (tel) précisément lorsque le discours prend son ampleur à partir des propres actes qu’il réalise (ejx aujtw'n tw'n prattomevnwn uJpΔ aujtou' pravxewn) 6. 68. et qu’a conservé la tradition manuscrite de l’exégète alexandrin. 2. Ménandre le Rhéteur. – Eusèbe. entre autres celui de presbeiva. 414-415 Spengel = p. – Justin. HE. 11. Par ex. à propos de l’Apologie de Tertullien : prosfwnei'n. e[nteuxi" . 26. ejxhvghsi" . rencontrée à plusieurs reprises. Selon les termes mêmes de Ménandre le Rhéteur." lovgo" est : … un compliment (eu[fhmo") prononcé par quelqu’un à l’adresse des autorités. En tout cas. ainsi que le verbe prosfwnei'n correspondant. le nom prosfwvnhsi" et l’expression prosfwnhtiko. 3. ou plutôt le « rapport d’ambassade ». Apol. chez Eusèbe en particulier. appliquée à la première Apologie de Justin (à Antonin) est ensuite reprise par le déterminant oJ de.book Page 230 Jeudi. 5. IV. le prosfwnhtikov" lovgo". un éloge (ejgkwvmion). HE. III. l’« ambassade ». à propos de l’Apologie de Quadratus : prosfwnei'n . – Eusèbe. Et c’est ce même mot 6. du mot ajpologiva avec l’expression prosfwnhtiko." lovgo" par sa destination et sa forme littéraire. – Eusèbe. I. un prosfwnhtiko. cependant . Rhetores graeci III. 1. 1 : prosfwvnhsi" kai. 13. HE. 1. 1. HE. les termes d’ajpologiva et de prosfwvnhsi" eurent des concurrents. Eusèbe. Apol." lovgo" . Ailleurs. 3. mais point achevé. HE. l’association. qu’Eusèbe applique déjà au récit que fit Philon le Juif de son ambassade auprès de Caius. car il ne possède pas tout de l’éloge. où l’expression oJ me. novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon sont très proches et par le sens et par la forme. 18. certes. I.Kentron_24. à propos de l’Apologie de Méliton : prosfwnei'n . pour être appliquée à la seconde Apologie [deutevra ajpologiva] (à Marc Aurèle). à propos de l’Apologie d’Aristide : ejpifwnei'n.n lovgo" prosfwnhtikov". HE. HE. à propos de l’Apologie (perdue) de Justin à Marc Aurèle : prosfwnhtiko. – Eusèbe. 7. IV." lovgo". IV. IV. reviennent à maintes reprises chez Justin et chez Eusèbe pour désigner les Apologies : – Justin. 164-171 Russel-Wilson. à propos de l’Apologie de Justin : prosfwnei'n . 230 . D’ailleurs. – Eusèbe.

fait l’objet d’une définition à part. 30. Mais dans les faits.Kentron_24. traditionnellement désigné comme une legatio. le presbeutiko." ”Ellhna" (discours « aux grecs » ou « contre les Grecs ». 6 . 1438 a. preuve qu’il s’agissait alors d’un genre bien défini. Sur ce témoignage. p. au fur et à mesure que le genre évoluait et se diversifiait. 2. puisque Philippe de Sidè qualifie de presbeutikovn 10 l’ouvrage d’Athénagore que la tradition manuscrite appelle presbeiva." lovgo"). tandis que la désignation très vague de lovgo" pro. alors qu’il s’agit plutôt d’un prosfwnhtiko. 8. Ménandre. Rhetores graeci III. Mais le « discours d’ambassade » lui-même." lovgo"." lovgo" ont été tôt confondus. il n’a pas pu la définir pour la postérité. IV." lovgo" . 9. 7. Y sont précisées les qualités dont doit faire preuve l’ambassadeur au retour de sa mission : Quand nous rapportons une ambassade (presbeivan ajpaggevllwmen). tout en respectant plus strictement les cadres littéraires. thèmes et visées de presbeiva qui figure en tête de l’Apologie d’Athénagore. presbeiva et presbeutiko. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. il faut exposer d’un bout à l’autre fidèlement l’intégralité des propos tenus 8… Le verbe ajpaggevllw indique bien que l’orateur se situe dans un récit. voir Pouderon 1997. dont il sera question plus loin.book Page 231 Jeudi. et ce sont d’autres que lui qui lui ont attribué le titre de presbeiva. mais on amplifiera partout (le thème) de la philanthropie du prince 9. on dira certes ce que l’on dit dans un discours stefanwtikov". ont surgi d’autres désignations. c’est-à-dire les païens) semblait même devoir l’emporter : – e[legco" : titre possible d’un écrit d’Agrippa Castor dirigé contre Basilide : Eusèbe. 231 . que l’on trouve par exemple chez Ménandre le Rhéteur. 180 Russel-Wilson. et que le discours d’ambassade lui-même n’est rapporté qu’indirectement. comme Eusèbe ne connaissait pas la Legatio d’Athénagore. Rhétorique à Alexandre. la Legatio ad Caium de Philon est un récit d’ambassade. Avec le temps. Ainsi sont apparus la réfutation (e[legco"). où il est présenté comme une variante du discours dit stefanwtikov" (théoriquement lié à la remise d’une couronne à un bienfaiteur ou à un personnage important) : S’il faut faire une ambassade en faveur d’une cité dans la difficulté. attesté dans toute la tradition manuscrite. 13. 10. Le rapport d’ambassade fait l’objet d’un chapitre de la Rhétorique à Alexandre. et donné par référence à deux types bien codifiés : le rapport d’ambassade et le discours d’ambassade. 423-424 = p. tandis que la Legatio d’Athénagore est un discours d’ambassade. le discours protreptique (protreptiko. HE." lovgo") et le discours parénétique (parainetiko. Ainsi.

titre repris dans l’ouvrage adressé plus tard (c. 1 . V. Il ne désigne donc pas un genre. mais une démarche. – pro. ni l’un ni l’autre ne semblent correspondre à l’un des ouvrages conservés dans le corpus pseudo-justinien . 11 & 18 ." ”Ellhna" : titre de l’Apologie perdue d’Apollinaire de Laodicée selon Eusèbe. 13. 6 – celle destinée à son père. 13. IV. 64 et passim . 16. 7. 4 . 5 – apparemment un ouvrage distinct de celui qui portait le nom d’ajpologiva . HE." ”Ellhna" : titre de la Cohortatio ad Graecos du PseudoJustin (Marcel d’Ancyre ?). 18.Kentron_24." ”Ellhna" figure aussi dans le titre de plusieurs ouvrages apologétiques. réfuter. C. 232 . V. pour le traité De la science (peri. – parainetiko. 1 Strom. convaincre ». 16 (avec l’addition du mot lovgo") . selon la tradition manuscrite . HE. 2. adressée au public païen . Voir P. Cels. – pro.book Page 232 Jeudi. Origène. 101. Chantraine. VII." pro. 27 ." ”Ellhna" attribué à Justin : Eusèbe.) à son ami Ambroise et au diacre Protoclète (ΔWrigevnou" eij" martuvrion protreptiko. IV. HE. HE. comme le mot ajpologiva.D. I." lovgo" pro. HE. 2. HE. 334. DELG. HE. – e[legco" : titre d’un ouvrage perdu de Denys contre les allégoristes : Eusèbe. en plus de sa désignation générique . ejpisthvmh") d’Irénée selon Eusèbe. À l’époque classique. l’ouvrage est bien une « apologie » au sens où nous l’entendons aujourd’hui. 2 . Eusèbe. 24. – e[legco" : titre de l’Adversus haereses d’Irénée : Eusèbe. – e[legco" : titre possible d’un ouvrage anonyme antimontaniste : Eusèbe. IV. 7 . 1 . et aujourd’hui perdue . – pro. t. 16. 3-4 (l’un est très exactement intitulé oJ pro." ”Ellhna" : titre d’une apologie perdue de Miltiade selon Eusèbe. pasw'n aiJrevsewn ejlevgcou ." ”Ellhna" : titre de l’ouvrage de Tatien selon la tradition manuscrite. p. s. – pro." ”Ellhna" : titre du Protreptique de Clément d’Alexandrie dans la tradition manuscrite. – pro. 26 . VI." lovgo" ) . – e[legco" : titre possible d’un ouvrage perdu d’Apollonios contre les cataphrygiens : Eusèbe. HE. 18." lovgo" pro. 235 A. IV." ”Ellhna" : titre de deux ouvrages apologétiques attribués à Justin par Eusèbe." ”Ellhna" [lovgo"]. ejlevgcw : au sens ionien-attique : « chercher à réfuter (par des questions notamment). novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon – e[legco" : titre d’un ouvrage polémique pro. l’e[legco" appartient à la langue des tribunaux 11. evang. un mode 11.v. V. II. faire subir un contre-interrogatoire. – protreptiko. et l’autre soit pro. etc." ”Ellhna" suvggramma soit e{legco") ." ”Ellhna") selon le double témoignage de la tradition manuscrite et d’Eusèbe . ainsi pour le protreptique de Clément (protreptiko. HE. I. – protreptik(wtavt)h ejpistolhv : titre de l’Exhortation au martyre d’Origène selon Eusèbe. HE. HE. V. 2 . VI. 3 . confortée par le témoignage d’Eusèbe : Praep. V. 18. confortée par Clément. en HE. 17. – e[legco" : titre probable de l’Elenchos d’Hippolyte. d’après le pinax du livre I : tavde e[nestin ejn th/' prw'th/ tou' kata.

On comprend ainsi que ce terme désigne à plusieurs reprises des ouvrages dirigés contre les hérétiques (ceux d’Irénée. l’orateur montrera sa reconnaissance à la cité d’où il revient… ». et l’Ad Graecos de Tatien." lovgo" est ainsi essentiellement un éloge. Aux yeux de Ménandre. des actions et des hommes eux-mêmes. les témoins. 393-394 Spengel = p. 124 Russel-Wilson. Sur le suntaktiko. à savoir l’“Elegco" perdu du Pseudo-Justin – qui est défini ainsi comme relevant d’une catégorie bien particulière d’« apologie » pro. Néanmoins. les enthymèmes.Kentron_24. c’est-à-dire d’écrits élémentaires. il semble bien qu’il s’agisse d’un genre littéraire voisin de l’apologie – un genre caractérisé. et III. thèmes et visées d’action. comme elle. le suntaktiko. la preuve se tire de ce qui est nécessaire par nature. Les uns sont issus des paroles. non par sa forme. les indices. mais au contraire d’attaquer ou plutôt de démonter la doctrine de l’adversaire. où le mot est employé comme titre d’ouvrage. Rhétorique à Alexrandre. comme le serait plutôt l’Ad Graecos de Tatien. elle affecte de souffrir aux yeux de ceux à qui elle dit adieu. des hommes et des faits eux-mêmes . les signes et les preuves (e[legcoi) sont des moyens de persuasion issus des paroles. Toutefois. qu’Eusèbe précisément mentionne par deux fois simplement sous le titre de Pro. et dans lequel les modernes voient soit un discours d’adieu (suntaktiko. peut-être parce qu’ils jouent le rôle d’une initiation à la doctrine chrétienne. Car les vraisemblances. qu’Eusèbe qualifie de stoiceivwdh suggravmmata. 13. sont ajoutés l’opinion. et peut-être d’autres encore)." ”Ellhna" (lovgo"). les exemples. (même) si elle ne l’est pas véritablement. […] (Comme Homère représentant Ulysse quittant les Phéaciens). 194-200 Russel-Wilson : « Sur le suntaktikov" : une personne qui prend congé (suntattovmeno") est de toute évidence chagrinée de la séparation. 13. 430-434 = p. les trois livres À Autolykos de Théophile. de Denys. 1428 a et 1431 a. Eusèbe l’emploie au moins une fois pour désigner une « réfutation » du paganisme. les sentences. donc. Les autres s’apparentent à ce qui est dit et fait. et à partir de ce qui est impossible par nature ou impossible tel que nos adversaires le disent 12. ou nécessaire tel que nous le disons. […] La preuve (e[legco") est ce qui ne peut pas être autrement que ce que nous disons . dans laquelle la polémique contre le paganisme l’emporte sur la nécessité de défendre sa propre doctrine. le but de l’e[legco" n’est plus de défendre la communauté ou la doctrine. 233 . du [pseudo-]Hippolyte. les témoignages obtenus sous la torture. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. et. et non un blâme. D’un autre côté. mais par sa destination. D’où le sens de « réfutation » qui est généralement donné au mot e[legco". les serments. III.book Page 233 Jeudi. Voici la définition qu’on en trouve dans la Rhétorique à Alexandre du Pseudo-Aristote : Il y a deux types de moyens de persuasion. voir Ménandre le Rhéteur." lovgo". en revanche. Chez les auteurs chrétiens. un moyen de persuasion." ”Ellhna"." lovgo") 13 – celui qu’adresse Tatien à 12. l’histoire littéraire moderne applique le nom d’apologie à des ouvrages qu’Eusèbe ne considérait pas comme tels : ainsi.

15 Spengel. 1421 b. la défense (ajpologhtikovn) et l’examen (ejxetastikovn) 16. 1. la dissuasion (ajpotreptikovn). Disc. Rhétorique. l’accusation (kathgorikovn). qui n’a certes pas été prononcée par Socrate au cours de son procès. de. Ce terme d’ajpologiva (ou le verbe correspondant ajpologei'sqai) appartient évidemment au monde judiciaire. 16.book Page 234 Jeudi. qui est la défense des communautés (ajpologei'sqai. en Apol. 1426 b. novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon la religion et à la société païenne –. la défense (to. Voici comment sont définies l’accusation et la défense : Étudions… les espèces de l’accusation et de la défense [qui concerne l’activité judiciaire] . 5 (Sur le meurtre d’Hérode). la réfutation (diavlusi") d’accusations ou de soupçons de fautes ou de délits 17. de. un terme qu’emploie une fois – et une seule – Justin pour désigner sa démarche apologétique. mais qui est une composition 14. et. Le titre attesté par la tradition manuscrite est bien celui de ΔApologiva Swkravtou". en bref. selon la distinction établie par Aristote entre les deux formes principales de discours épidictique : l’éloge (ejgkwvmion) et le blâme (yovgo") 14. Mais le mot ajpologiva a fini par désigner de facto un genre littéraire. II. soit un blâme (yovgo"). accusé de meurtre sur la personne d’un dénommé Hérode. spécialement pour désigner la défense d’un accusé au cours d’un procès – par exemple dans la bouche du Mytilénien Euxithéos. L’accusation est. Rhétorique à Alexandre. p. et dont Antiphon rédigea le discours 15. tw'n kathgorhmevnwn ajpologhvsomai kaqΔ e{kaston ». 13. 17. et pas seulement une partie ou une forme d’argumentation particulière d’un discours judiciaire. 18. Dans les traités de rhétorique de l’Antiquité. sept « espèces » (ei\dh) différentes : l’exhortation (protreptikovn). 234 . « plaider pour quelqu’un. peri. 12. le mot ajpologiva ne désigne pas un genre à proprement parler. Antiphon. L’auteur anonyme de la Rhétorique à Alexandre distingue ainsi trois « genres » (gevnh) de discours politiques : le démégorique. Telle la très célèbre Apologie de Socrate 18. les éléments dont elles se composent et les règles qui en régissent l’emploi. 5 : ajpologivan fevrein). 15. prendre la défense de quelqu’un ». réel ou fictif. 7 : « Je vais maintenant répondre à l’accusation point par point. I.Kentron_24. le blâme (yektikovn). Rhétorique à Alexandre. mais sa finalité. mais plutôt une partie d’un discours judiciaire. l’épidictique et le judiciaire. à propos de l’accusation d’anthropophagie rituelle. ajpologhtikovn). l’exposé de délits ou de fautes . l’éloge (ejgkwmiastikovn). Aristote. Le terme d’ajpologiva correspond parfaitement à l’une d’entre elles. 4. 331. indépendamment de cette distinction. repris par Ménandre le Rhéteur. 1358 b . I. La destination des Apologies Une autre façon de définir un genre est non pas sa forme.

bien des années après l’exécution de son maître. 235 . le plaidoyer pro se. dont la source est indiquée : il s’agit de rapporter le témoignage d’Hermogène. On voit que chez Xénophon. c’est-à-dire le premier discours. dans une troisième partie. Ces deux parties peuvent être confondues pour n’en former qu’une seule . qui certes ressortit à l’espèce (ei\do") apologétique. que les discours de Socrate sont insérés dans un récit. 13. ayant jugé bon de lui mettre dans la bouche un discours susceptible de livrer à la postérité une image digne de lui. une fois le principe de la condamnation acquis (35 e-38 b). Néanmoins. mais qui se distingue aussi de l’apologie à proprement parler par le fait même que c’est un récit (dihvghsi") qui les gouverne. La fin de l’ouvrage est consacrée aux dernières paroles de Socrate. et enfin. dans sa propre Apologie de Socrate [ΔApologiva Swkravtou" pro. un épilogue conclut l’ensemble. se compose de quatre parties distinctes.Kentron_24. puis une réfutation des accusations portées contre lui par Mélétos. il est peut-être abusif de qualifier l’ensemble de l’ouvrage d’« apologie » . en guise d’adieu (38 c-42 a). dans lequel Socrate expose son mode de vie et ses idées en réponse aux anciennes accusations portées contre lui (18 a-24 b) . puisque même la structure de l’ouvrage suit le déroulement d’un procès de ce type. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. On remarquera que l’apologie à proprement parler. avec cette différence. évoque l’attitude de Socrate devant ses juges. c’està-dire la défense de l’accusé par lui-même (17 a-35 d)." tou. la forme choisie est bien celle des discours judiciaires. une fois la peine fixée. dans lequel Socrate explique à ses juges qu’il serait indécent pour lui de les supplier (34 b-35 d). intervient un récit de transition. a étudié plus spécialement la dépendance dont témoignent les « deux » Apologies de 19. essentielle. Socrate fait état de la mission qu’il se croit imposée par la divinité (28 a-34 b) . censé avoir été prononcé après sa condamnation (§§ 24-26). à savoir. traitée sur le mode satirique (24 b-28 a 19) . le troisième étant une nouvelle allocution de Socrate à ses juges. Le récit débute avant même le procès. l’un qui forme l’apologie à proprement parler. le fils d’Hipponicos. Jean-Claude Fredouille. En effet. Néanmoins. thèmes et visées littéraire finie. Platon fait se succéder trois discours indépendants. Xénophon imita Platon. après un court prologue (17 a-18 a). dans lequel la sentence portée sur la culpabilité est distincte de celle fixant la peine." dikastav"]. dans un article qui a fait date.book Page 235 Jeudi. tout au plus peuton dire que des discours apologétiques (au nombre de deux) sont insérés dans un ouvrage plus vaste. disciple de Socrate. la conclusion étant formée par le jugement de Xénophon sur l’attitude de son maître. le second portant sur la peine à prononcer. avant que ne soit rapporté un second discours de Socrate. voir plus loin la structure proposée par Fredouille 1990. l’influence de l’Apologie de Socrate sur le développement du « genre » apologétique est indiscutable. formant un ensemble suffisant à lui-même – Platon. avant de reproduire le discours que Xénophon juge bon d’attribuer à Socrate (§§ 15-21) .

Voir notre article « Une œuvre fantôme : la question de l’unité de l’Apologie de Justin reconsidéree ». on admettra que ce type de démarche est extrêmement banal. (…) choisir de dire et de faire ce qui est juste » 17 b et 18 a II. une réfutation des accusations (18 b-27 e) et un exposé de la « mission » du maître (28 a-34 b). 2008. 4 « vous pouvez nous tuer . 14-67). 13. 4-5 il appartient à Justin de dire la vérité. dans la bouche de Socrate. 2. et que. 5 Justin prend en fait la parole dans l’intérêt même de l’empereur Pour ce qui est de la structure de l’ouvrage. de toute manière et de préférence à sa propre vie. la réduire à la seule première Apologie de Justin pose inévitablement le problème de l’unité des « deux » Apologies. en refusant de suivre les opinions des anciens. qui semble s’offrir déjà comme une victime prête au sacrifice) autant de nouveaux « Socrate » : Platon Justin 24 b II. 8. que. 1 « ceux qui sont véritablement pieux et philosophes. Fredouille a souligné que la première Apologie de Justin fait succéder à une réfutation (e[legco") des accusations (Apol. 15. Nous nous contenterons donc de faire remarquer que l’Apologie de Socrate couvre très naturellement les deux aspects de tout discours judiciaire : la défense à proprement parler. tout comme l’Apologie de Socrate de Platon faisait se succéder. 1. non » 28 b I. 1 . 5 grief d’impiété fait à Socrate 30 c I. pour notre part. c’est-à-dire la justification de l’action de l’accusé (17 a-24 b). 4-12) un exposé (ejxhvghsi") de la doctrine (Apol. Toutefois. 15. 1 . celui des idées et celui de la structure. I. J. mais l’ami de la vérité doit. II. Il la situe sur un double plan. 2. après Charles Munier. 10. si elles sont mauvaises : la saine raison ordonne en effet de ne pas suivre ceux qui commettent ou enseignent l’injustice. de toute façon. la raison leur ordonne de n’estimer et de n’aimer que la seule vérité. nous admettons 20. Rivista di Storia del Cristianesimo. 2. et la 20. cinq passages de l’Apologie de Justin offrent avec celle de Platon des parallèles si frappants qu’ils montrent sans conteste combien Justin était désireux de faire de Socrate un chrétien avant la lettre. II. I.Kentron_24.book Page 236 Jeudi. et à l’empereur de trancher 30 d-e I.-C. et des chrétiens persécutés (dont lui-même au premier chef. novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon Justin par rapport à l’ouvrage de Platon. 236 . Sur le plan des idées. à paraître. nous nuire.

A Collection of papers in honor of D. réfutation : I. Stuttgart. Par ex. et la parénèse. ou bien le monde païen dans son ensemble (« les Grecs »). c’est le titre conservé dans la tradition manuscrite de Clément d’Alexandrie pour l’ouvrage que nous intitulons le Protreptique. « Le protreptique en philosophie." lovgo" ou de prosfwvnhsi". 591-621 (ainsi que sa thèse. VU University Press. thèmes et visées réfutation des accusations de son adversaire. REG. même fictifs. le discours de propagande. persécutions et autres menaces contre les communautés. Berlin." lovgo".G. 4-12 & II. le discours protreptique. L’un d’eux est protreptiko. 2002. péroraison : II. et qui est en fait une apologie dégagée de toute actualité immédiate. Dans une telle définition. J. Engeberg-Pedersen (éd. si le terme d’ajpologiva (ainsi que celui d’ajpologei'sqai) renvoie à la double réalité de la défense et de l’attaque. à savoir. 1995. T. où. qui est le corollaire quasi obligé de la défense. Remarquons tout d’abord que ces deux expressions s’appliquent généralement à des ouvrages plus tardifs que celles de prosfwnhtiko. Essai de définition d’un genre ». qui désigne une littérature d’exhortation appelant l’auditeur ou le lecteur à adopter un mode de vie différent et nouveau. (éd. narration : II. On se reportera au plan de l’Apologie unique donné par C. Stowers 1986. Protreptik und Paränese bei Platon.K. se répondent par deux fois la réfutation (I. 10-12 . novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions.). 21.M. dont le but est d’inciter l’auditeur ou le lecteur à persévérer ou à s’améliorer dans un certain mode de vie. 2004. 13. « Protreptic in ancient theories of philosophical literature ». 3-9 . Socr. I.). 24 d-28 a : Socrate s’en prend directement à Mélétos en engageant avec lui un (faux) dialogue. Slings. nous adopterons ici la distinction qu’établit S. dont le propre est précisément d’être destiné à ceux de l’intérieur (oiJ ei[dw). 1959 . de Gruyter. preuve : I." lovgo". 23. pour les encourager à persévérer dans la foi et dans le mode de vie (la divaita ou le polivteuma) chrétien. S. Kolhammer.J. W. selon les cas. mais plutôt des traités destinés à un public beaucoup plus large. Cette double démarche se retrouve évidemment chez Justin. 13-15. ou bien tout ou partie des fidèles. 1-3 . c’està-dire les païens) . 2 . Amsterdam. et qui prend. Gaiser.Kentron_24. Starr. Par ailleurs. W. 173-192 . sur la littérature protreptique) . J. destiné à un public extérieur (oiJ e[xwqen. la forme d’une satire (24 b-28 a) 21. Stowers 23 entre le protreptique. 152-156 : Exorde : Apol. R. 13-68 & II. 4-12 & II. 13-68 & II. 115. Voir aussi K. adressés au souverain. 237 . Early Christian Paraenesis in Context. 3-9) et la preuve ou l’exposé (I.book Page 237 Jeudi. 92. mais il n’est point si facile d’en discerner la succession exacte au sein de l’ouvrage réunifié. 22. d’autres termes utilisés pour désigner ce que nous appelons des « apologies » évoquent en revanche plutôt l’activité de propagande. van der Meeren. 10-12) 22. in Greek Literary Theory after Aristotle. les fidèles. le discours d’exhortation. Schenkeveld. Apol. Elles ne désignent d’ailleurs jamais des discours. semblet-il. « ceux de l’extérieur ». dans la bouche de Socrate. Sans vouloir entrer trop loin dans les considérations théoriques. non publiée. Abbenes et al. Le second est parainetiko. Munier dans Munier 1994.

dont Quintilien nous dit qu’elle forme la majeure partie de la tâche du défenseur : 24. 238 . et de B. cette distinction n’est pas aussi tranchée que le voudrait Stowers. c’est-à-dire la défense des communautés et de la doctrine (uJpe. en bref. p. puisqu’il existe. Apologie im frühen Christentum. la « réfutation » des accusations. p. dans la tradition chrétienne. Les différents aspects et thèmes de l’apologétique ancienne Ces différentes réflexions nous amènent à distinguer quatre aspects différents dans l’apologétique chrétienne 24 : 1) l’apologétique stricto sensu. le sumbouleutikov" (« de conseil »). le discours parénétique n’admet pas de contradiction . lorsque l’on dit qu’il faut honorer la divinité : car personne ne s’oppose à cette exhortation." lovgo" qui s’adressent à des païens pour les exhorter à la conversion. Paderborn. dans le conseil (sumboulhv). la réfutation d’accusations ou de soupçons de fautes ou de délits ». Fiedrowicz. il y a trois types de discours rhétoriques. Paris. Rhetores graeci I. la défense. Darmstadt. novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon il est évident que le protreptique s’adresse à des gens « de l’extérieur ». nécessairement. et des discours ou des ouvrages dits protreptiques qui s’adressent à d’autres chrétiens. par exemple. il s’agit en particulier de montrer en quoi les accusations portées contre les chrétiens sont injustes et mal fondées aussi bien en droit (la référence explicite ou implicite étant les deux Rescrits de Trajan et d’Hadrien) que sur le plan de la raison (le christianisme est une philosophie parmi d’autres. 13. 40 Walz : « le (genre) parénétique ne comporte jamais de contestation (oujdevpote stasiavzetai) .Kentron_24. le dikanikov" (« judiciaire ») et l’ejpideiktikov" (« d’apparat ») .r cristianw'n) . et beaucoup plus proche que les autres de la vérité. On se reportera éventuellement aux ouvrages de M. puis du Verbe lui-même) .v. – Souda. 1426 b : « l’accusation est. tel le parainhtiko. Cerf." lovgo" du Pseudo-Justin. Les Apologistes grecs du second siècle. on distingue la protrophv (l’incitation) et l’ajpotrophv (la dissuasion) » . s. Wissenschaftliche Buchgesellschaft. Rhetores graeci VI. 25. – Prolegomena rhetorica. Voici quelques exemples de définitions qui tendent à corroborer la distinction établie par Stowers : – Anaximène. F." lovgo"). des ouvrages intitulés parainetiko. en effet. Ars rhetorica. 2004 . dont elle a reçu la révélation par la bouche des prophètes. Christen und Heiden. et la parénèse à des gens « de l’intérieur ». s’il n’est auparavant pris de folie » . Pouderon. comme l’Exhortation au martyre d’Origène (ΔWrigevnou" eij" martuvrion protreptiko. Mais dans les faits. Schöningh. car il y a accord unanime (oJmologouvnenon) ». paraivnesi" (P n° 499) : « La parénèse diffère du conseil (sumboulhv) . l’exposé de délits ou de fautes . c’est l’e[legco" ou la diavlusi" 25.book Page 238 Jeudi. 2000 . Voir Rhétorique à Alexandre. 2005. 174 Spengel : « Ainsi.

pour tenter d’obtenir le pardon ». ou alors. ajpologhtikovn) se fait par trois méthodes. Apol. ils mettent en avant le fait que les persécutions dont les chrétiens sont victimes ne sont pas fondées sur le plan du droit.book Page 239 Jeudi. Ou bien le défenseur doit prouver qu’il n’a rien fait de ce dont on l’accuse. et celui d’Hadrien cité intégralement par Justin. fondé sur la seule satisfaction des plaisirs . voire impériales. anthropophagie rituelle. ou de l’opposition entre le mode de vie chrétien. qu’il s’agisse de la rétorsion des accusations portées contre les chrétiens (athéisme. et éventuellement de réfuter (ejlevgcein) les thèses adverses . Nous allons développer successivement ces quatre aspects. 1427 a : « La défense (to. tw'n eJllhvnwn).Kentron_24. beau et utile à la cité . en décourageant les dénonciations et en restreignant les poursuites judiciaires 27 . 6-10. s’il est contraint d’admettre les faits. ejlevgcw/ 2) la polémique (pro. kata. qui adressèrent leurs ouvrages respectifs à l’empereur Hadrien. pour conforter les chrétiens dans leur foi et les exhorter (paraivnein) au bien. 239 . 68. 3) le protreptique (il s’agit de convaincre « ceux de l’extérieur » de la justesse de la doctrine chrétienne et de la beauté de sa morale pour les attirer [protrevpein] au christianisme). il n’y a pas de délit qui puisse justifier leur condamnation. qu’il s’agisse de la foule ou des autorités locales. soumis aux préceptes du Décalogue et à la règle d’or de l’amour du prochain. C’est principalement le cas pour la première génération des Apologistes chrétiens. et enfin Athénagore et Méliton. 13. à savoir. si c’est impossible à prouver. d’autre part. 5-9. ou même incivisme et haine de l’humanité). les rescrits de Trajan et d’Hadrien sont censés les protéger. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions." e{llhna". l’argumentation des Apologistes est double : sur le plan du droit et sur le plan des faits 26. 4) la parénèse. et celui des païens. 1) Tout d’abord. qui est l’argumentation ad internos. thèmes et visées La tâche des défenseurs réside tout entière dans la réfutation (in refutatione = ejn ). il doit tâcher de montrer que l’acte commis est conforme aux lois. il faut réduire les actions à une faute ou à la malchance et faire ressortir que les préjudices causés ont été minimes. en tout premier lieu. puisque les accusations portées contre eux sont 26. Quadratus et Aristide. Voir Rhétorique à Alexandre. qui adressa le sien à Antonin. relations incestueuses et débauches collectives. Dans ce travail de défense. ou bien. Le Rescrit de Trajan est cité en substance par Tertullien. I. Apol. 27. juste. qui adressèrent le leur à Marc Aurèle. celle du second siècle. puis Justin. 2. D’une part. Apologétique et défense des communautés La première fonction des apologies est de défendre les communautés contre leurs adversaires persécuteurs.

Athénagore. de Gruyter. qu’ils considèrent comme le seul maître de l’univers. 2007. 10. chez Eusèbe. Pour corroborer le déni des crimes qui leur sont imputés. Cerf. puisque les griefs qu’on leur fait sont eux-mêmes infondés : ils ne sont pas des athées 29. les Apologistes se sont plu à dresser un portrait du chrétien comme modèle de vertu : modèle de piété et de religion. Voir Athénagore. 1 . Apol. 7 (renvoyé aux gnostiques) . Le chrétien comme modèle de piété et de religion Le grief principal que nourrissaient à la fois le public païen et les autorités à l’égard des chrétiens était qu’ils ne respectaient pas le culte des cités. HE. Apol. Théophile. Méliton. et modèle de comportement civique. Aut. desquels ils ont hérité leurs textes sacrés . II. La critique sociale et religieuse du christianisme des origines au concile de Nicée. Athénagore. novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon mensongères. Apol. 33. I.book Page 240 Jeudi. en vertu d’une lettre du très grand et très illustre César Hadrien votre père. 7. ils auront à cœur d’expliquer leur doctrine. Berlin. 3. Tertullien. Apol. Leg. Leg. Graec. et. Apol. Dial. 68. 2-7. II. Athénagore. et dont les écrits de Lucien ou les propos rapportés par Minucius Félix donnent un aperçu assez éloquent 33. modèle de perfection morale. Paris. I. qu’il s’agisse des cultes traditionnels ou du culte impérial. 7 (renvoyé aux gnostiques) . nul n’ayant pu les convaincre d’avoir commis l’un des délits dont on les charge 28. à l’instar des Juifs. 1 . Aut. 2 . et celui. 25. I. ils objectent que la haine dont ils sont l’objet de la part de la foule est infondée. 1. I. de X. bien sûr. Athénagore. 3. 1. 26. 26. dans le dessein. 6 : « Nous te supplions de ne pas nous abandonner à un tel brigandage public ». D’autre part. Ad Diognetum. 32. et rend totalement invraisemblables les méfaits qu’on leur impute. 13. Tertullien. Justin. 1. Apol. Paris. La Réaction païenne. 12. différemment. II. 31. vous demander d’ordonner que les procès soient conduits selon les termes de notre requête » . 2. 12. 7. Justin. 2) Ensuite. 29. considéré comme le « ciment » idéologique 28. 1 . Tertullien. puisque leurs lois condamnent plus que toute autre législation le meurtre et la débauche sexuelle. 3. 1 : « Il vous appartient de nous débarrasser de la calomnie par une loi » . C’est donc le devoir des autorités de les défendre 32 contre les attaques de leurs persécuteurs. IV. 26. 1 . 5 . ils vont montrer combien leur morale est exigeante. Par contraste avec l’image très sombre que donnaient des chrétiens leurs adversaires. Dial. Théophile. Apol.Kentron_24. 1 . Leg. Voir l’ouvrage déjà ancien de P. les Apologistes se livrent à un double travail d’explication. Leg. Intéressons-nous d’abord à ce premier aspect. et non de les traduire en justice sous la pression de la foule. 1 . puisqu’ils vénèrent leur Dieu. 7. 1 . 30. III. Levieils. Leg. Tatien. ils ne sont ni anthropophages 30 ni incestueux ou débauchés 31. 1934 (repr. Apol. plus récent. 13. 1. D’une part. Tertullien. de montrer qu’ils ne sont pas des athées. 2 . 2. 10. W. L’artisan du livre. Justin. 10. 4. 1 . de Labriolle. 4. 240 . 3 : « Nous pourrions. mais aussi dans un but évident de propagande religieuse. 2005) . Voir Justin. 1 . Contra Christianos.

1. 4. 37. 1 . Martyre de Polycarpe. 2 (parallèle entre l’empereur et son palais d’une part. 37. que mentionnent à la fois Justin. les Apologistes se sont efforcés 34. 1-5 . C. 9. cf. 7. II. qui prient pour le salut de l’Empire » . I. 5 . 10 (hostes… non generis humani tamen. 1 . ils montraient que les chrétiens avaient un Dieu. d’une façon générale. mais de constater que les Apologistes mettent souvent en parallèle la « monarchie » divine et la monarchie impériale. Origène. 27 LXX : « Tu ne maudiras pas (ouj kakolhghvsei") les dieux. toutefois. Leg. athéisme 40. sans doute pour ne pas froisser les destinataires. cf. Il faut se retenir de les insulter (blasfhmiva"). et tu ne diras pas de mal des chefs du peuple » . 36. 3 : « Nous n’adorons que Dieu seul. Apol. 2. Minucius Félix. 3. je ne l’adore pas. pour qu’aucun des disciples de Moïse ne s’habitue à traiter à la légère. Justin. Justin. Cels. 14 (Epist. mais pour le reste nous vous obéissons avec joie. Enfin. 2 . 30. Apol. D’autre part. 27 cité ci-dessus) des hommes et nous demandons dans nos prières qu’avec la puissance souveraine on puisse trouver aussi en vous la saine raison » . en exposant la doctrine chrétienne. 41. je prie pour lui » . I. Orat. 5-7 . 67. 44. 26. car nous vous reconnaissons comme les rois et les chefs (peut-être d’après Ex 22. Vienn. 39. Justin. 6. HE. 16.book Page 241 Jeudi. Ex 22. et même « haine de l’humanité » 41. ils manifestaient la supériorité de leur conception de la divinité sur celle des traditions populaire et poétique. II. Il ne s’agit pas d’attribuer à la génération des Apologistes une doctrine qui se développera avec Eusèbe et Constantin. de statues et d’images de ce genre. sed potius erroris). 5. Athénagore. 4 (odio humani generis convicti) . Philon. Tertullien. 3. 2 . I. Apol. et qui entraîna la mort de l’évêque Polycarpe. Leg. le nom de Dieu ». 40. 18. Leg. Le chrétien comme modèle de perfection morale Face aux accusations lancées contre les chrétiens : anthropophagie rituelle. 30. 38. 11. Athénagore et l’auteur anonyme de l’Épître à Diognète 34. Leg. C’est particulièrement le cas chez Athénagore. 15. 35. C’est l’accusation d’athéisme (ajqeovth" en grec. 12. Justin. 1 . 13. 31. 2 : « Des hommes comme nous. 3. 1 . 1 . Athénagore. Aut. thèmes et visées de l’Empire. 1 . Mos. 1. Lugd. Athénagore. Ad Diognetum. Leg. 1 : « J’honorerai plutôt l’empereur. 7 . 2. Tatien. 241 . dont l’essence (oujsiva) était tout à fait comparable à celle du Dieu des philosophes. Apol. Tertullien. Dion Cassius. I. Oct. 27 . La réponse des Apologistes fut triple. 14. 18-21 (les dieux des poètes) . Les « trois griefs » . 65-67. Eccl. inceste. Leg. Théophile. en opposant la figure de leur Dieu à celles des « démons » (daivmone") du polythéisme 36. « Mon propos n’est pas de contester / dénigrer / réfuter (ejlevgcein) les idoles » . Tacite.). Apol. représentant de Dieu sur cette terre 39. 1 . Ann.Kentron_24. Vita. Dieu et ses créatures matérielles d’autre part). Apol. ils écartaient l’accusation d’impiété 35. ils protestaient à la fois de leur respect envers les dieux de la cité 37 et d’une certaine forme de dévotion envers l’empereur 38. I. les cultes sont relativement épargnés. 25. C’est en particulier le cas chez Athénagore. Apol. Athénagore. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. Par ex. 13. Théophile. 2 . D’une part. comme jadis elle avait entraîné la mort du prosélyte Flavius Clemens. Apol. Tertullien. 37. 205 : « La terre habitée est pleine de représentations taillées dans le bois. 1 : « Nous invoquons pour le salut des empereurs le Dieu éternel ». 3. tandis qu’en décrivant leur culte. Eusèbe. 17. impietas en latin). Aut.

470). 11. 45. 44. 10). Dial. Voir notre édition : Aristide. qui non seulement refuse de pratiquer le mal. 2003.). Imitatio Dei. qui manifestent qu’il s’agit bien là du précepte chrétien par excellence. 5. 10. I. 1 . souvent eux-mêmes hérités pour leur majeure partie du judaïsme. mais plutôt la mise en figure des préceptes véhiculés par les manuels de discipline. 1 . Théophile. 4. tempérant. sinon un autre Dieu (un thème un peu négligé par les Apologistes). figure bien évidemment en tout premier l’amour du prochain : Dieu. 10. Apol. Leg.book Page 242 Jeudi. 1940. 1-6. 32-34 . 13. Athénagore. H. […] En l’aimant. 9 . 5. 32. Die ethische Nachahmung Gottes nach der Väterlehre der zwei ersten Jahrhunderte. a créé les hommes par un effet de sa bonté. enfin tout ce qui appartient en propre à Dieu » . Cela est particulièrement manifeste pour l’Apologie d’Aristide." plhsivou"] (« amour du prochain ») reviennent comme un leitmotiv chez les Apologistes 46. Justin. 12. Dieu le voulant » (trad. Marrou). B. Apol. Aristide. expliquent-ils. Apol. pour mériter de devenir. M. Certains des Apologistes ont mis en relation cette vertu chrétienne avec le thème en partie philosophique de l’imitatio Dei – ainsi. 3 . I. il leur a promis le royaume des cieux qu’il donnera à ceux qui l’auront aimé. Dial. Tatien. Pouderon. amour des hommes. Ces traits ne sont pas une synthèse idéale de l’adepte moyen. 242 . 15. Athénagore. prostitution. 39. l’homme selon Dieu. 42." tou' qeou' th'" crhstovthto". 1-2 . bénéficiant de son héritage 45. conscient qu’il a été créé à l’image de Dieu. 1-7 . même envers ses ennemis 43. 1-5 . [tou. celui de l’homme chrétien. Justin. il les a formés à son image. Apol. et ne t’étonne pas qu’un homme puisse devenir un imitateur de Dieu : il le peut. il s’efforce de mettre ses actes en accord avec cette ressemblance de nature. prosovnta tw/' qew/' ajgaqa. qui est bon. Les mots filanqrwpiva (« amour de l’humanité ») et ajgaphv / ajgapa'n / filei'. Voir A. 14. sagesse. mais choisit de faire le bien. 15-16 . 6-7 . Apologie. 1 : « Nous croyons fermement que seuls trouvent grâce devant lui ceux qui s’efforcent d’imiter les perfections de sa nature (ta. 4-6 . novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon de tracer le portrait du chrétien comme celui de l’homme parfait. 15. « doux et humble de cœur ». 77. Ad Diogn. dans laquelle le tableau de la vie chrétienne évoque les préceptes de manuels que nous avons conservés. Cerf (SC . Leg.-J. 46. 2-3 . Aristide. Orat. Herder (Studia Anselmiana . 43. 67. Hom. Ad Diognetum.Kentron_24. Tertullien. débauche. Paris. Parmi les vertus que le chrétien doit pratiquer à l’imitation de Dieu.-I. clem. I. cruauté. Ad Diogn. Aut. 93. à son imitation. 11. 85. 34. 10. et il attend d’eux qu’en retour ils aiment leur prochain. Justin et surtout l’auteur anonyme de l’Écrit à Diognète. Apol. Ils ont donc opposé à un tableau sévère des mœurs du paganisme. Leg. du moins un véritable parent de Dieu. ps. Heitmann. 1). tel que la Didachè 44. Pierre (éd. il les aime comme un père aime ses enfants. mimei'sqai). 69. Apol. 10 . I. 3. 2-4 : « Dieu a aimé les hommes. Rome. tu seras un imitateur de sa bonté (mimhth. 2-3 . d’après Eph 5. Justin. 15. pédérastie 42. parce que. 7 . Voir Athénagore. 3. L’attitude du chrétien est parfaite.

Cels. parall. qui sommes soumis aux mêmes nécessités de l’existence ? […]. Mais c’est surtout chez Celse qu’il se trouve traité le plus vigoureusement. qui s’efforce de concilier la « citoyenneté du ciel » avec la citoyenneté commune. 15. et refusant de se mêler à eux dans la vie et les occupations de tous les jours : les fêtes. 49. reprenant des thèmes polémiques développés par Fronton (inlicita ac desperata factio. Ad Diogn. 2 . quand ils ne les accusent pas.Kentron_24. refusant même de prendre part aux affaires publiques. Tacite. Oct. dans les charges civiles. 1 : « Quel est ce grand amour qu’ils ont les uns pour les autres ? ». préférant les ténèbres des réunions clandestines à la vie sociale en pleine lumière 52. Enfin. 53. 243 . privant ainsi l’Empire de leur secours. 5. vos boutiques. Oct. Celse chez Origène. Comment pourrionsnous l’être. vos magasins. 8. même vêtement. Fronton chez M. 12. 3). Cels. 52. Félix. Ann.book Page 243 Jeudi. 69. vos bains. Sans laisser de fréquenter votre forum. 5. À ces accusations. parall. 1-2 . Oct. cela prêtait à d’injustes soupçons. 3 : « En cachette les chrétiens pratiquent et enseignent ce qui leur plaît ». Ce type d’accusation se rencontre à la fois dans l’Octavius de Minucius Félix. 1. 1. Tertullien. même genre de vie. et chez Tertullien (christiana factio : Apol. vivant « séparés » de leurs concitoyens. qui avons même nourriture. Cels. Celse chez Origène. Fronton et Celse et d’autres encore dénoncent en eux des êtres asociaux. 1). de « haine de l’humanité » 48 ! Le chrétien comme modèle du bon citoyen Parmi les griefs formulés à l’encontre des chrétiens. 8 : « Vous avez préféré donner (aux chrétiens) le nom d’ennemis du genre humain ». manifestant par là quelle était leur portée dans l’opinion : On dit que nous sommes des gens inutiles pour les affaires. Ensuite. 47. 48. 8. 73-75. Celse chez Origène. Apol. les spectacles. 10. 39. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. Tertullien. mais aussi et surtout dans les obligations militaires 50. Fronton chez M. thèmes et visées comme les en raillent leurs adversaires païens 47. peut-être. Apol. « une faction illégale et sans espoir ». Évidemment. il déplore que les chrétiens ne rendent pas à l’empereur le service qui lui est dû. nous qui vivons avec vous. 42. Tertullien répondra vigoureusement. voire des factieux. qui refuseront désormais de prêter au peuple romain l’assistance qui ne lui a jamais fait défaut jusque-là 49. Le polémiste païen souligne d’abord que l’impiété chrétienne met en cause la « paix des dieux ». C. figurait celui d’être de mauvais citoyens. 51. nous habitons ce monde avec vous 53. 8. vos foires et les autres lieux de commerce. 37. C. Félix. C. 44 (« convaincus de haïr le genre humain ») . votre marché. 50. les jeux 51. Ad Diognetum. 13. vos hôtelleries. au contraire.

205 (déjà cités). I. Athénagore. 2 : « Vous avez jugé que l’impiété et le sacrilège consistent à ne pas reconnaître de dieu du tout » . Justin.Kentron_24. les Apologistes ont beaucoup insisté sur le loyalisme de leurs coreligionnaires. 17. et remplacent par des prières les sacrifices pour le salut de l’empereur 57. 13-20. La religion fait l’objet d’attaques très prudentes. Ce dernier point explique en partie que les Apologistes aiment à se présenter comme 54. Orat. I.book Page 244 Jeudi. Pépin. Apol I. et contre ceux de leurs cultes qui prêtent le plus au ridicule . mais avec des différences notables dans les pratiques religieuses et les croyances. Tertullien. II. loin d’être rebelles à l’autorité. 37. Athénagore. Théophile. 56. 27 = Q. Justin. Apologétique et polémique Comme dans tout discours judiciaire. ils paient les taxes comme les autres 56. Paris. Leg. Apol. Leg. 55. Ex 22. les Apologistes ne font en cela que reprendre les critiques portées traditionnellement contre le polythéisme. 58. qu’il s’agisse de distinguer l’Église naissante des Juifs indociles 54 . 11. le Dieu d’Abraham. Apol. 4 (s’appuyant sur 1 Tm 2. voir comment Théophile attaque Évhémère. 4. dont la doctrine formait pourtant une arme redoutable contre le paganisme : Aut. prière du Shema Israël et Dt 5. à savoir qu’il ne faut en aucun cas dénigrer les dieux des autres peuples 58 – le polythéisme semblant de loin préférable à l’athéisme 59 –. 3 (s’appuyant sur 1 Tm 2. ou de montrer que. Apol. 21. alterum a philosophis. 1. Voir par ex. 59. 6. 11. Voir J. en l’occurrence. IV. 1-2. la défense se mêle aux attaques lancées contre l’adversaire. 9 . novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon Plus généralement. Mythe et allégorie. 699 Cardauns : Relatum est in litteras doctissimum pontificem Scaevolam disputasse tria genera tradita deorum : unum a poetis. 19762. 17. III. à la fois par respect envers leurs illustres destinataires et par prudence. 2. testim. il est le même qui a fait sortir vos pères d’Égypte par sa main puissante et son bras élevé (cf. 60. tertium a principibus civitatis. les principales attaques sont dirigées contre les représentations mythiques des dieux. 11. Études augustiniennes. Mucius Scaevola d’après Varron. mais spirituel 55 . 15-16) » . 244 . Mos. 2 . Augustin. Justin. Apol. Cet adversaire. Aut. 2 . 15) […] le même Dieu que vous. Soit que les Apologistes répugnent à dénigrer devant les autorités publiques les dieux dont elles ont la charge. Justin. Tertullien. soit qu’ils suivent le précepte édicté dans l’Exode selon les Septante et repris dans la tradition juive hellénistique. 1-3 : les chrétiens honorent le même Dieu que les Juifs. 13. 27 . d’expliquer que le royaume nouveau que les chrétiens attendent n’est pas humain. Tatien. 1 : « nous ne pensons pas que Dieu soit autre pour nous que pour vous . Dial. est double : la religion et la société païenne d’une part. Philon. Civ. 1-2) . ce que Varron appelle la religion des poètes 60. 1-2). au nom de la raison et de la philosophie. 7. et la pensée grecque d’autre part – puisqu’aussi bien le combat se livre sur deux champs de bataille : civique (ou politique) et intellectuel. d’Isaac et de Jacob (prière du Shemone Esre et Ex 3. 42. Dei. 57. 1 .

I. 4 . soit qu’il y ait eu. II. les écoles philosophiques s’accommodaient fort bien de la divinisation des meilleurs des humains : le stoïcisme en avait même fait l’un des fondements de sa doctrine religieuse 64. De nat. et le médioplatonisme n’était pas loin de le suivre sur ce point 65… En fait. 1961. tandis que les autres dieux étaient qualifiés de daivmone" et figuraient plus bas dans la hiérarchie 67. D’abord. Leg. 6. 66. 3 . Clément. daivmone") du paganisme aux esprits mauvais des traditions juive et chrétienne. Cels. 10. Oct. Malingrey. IV. de délit d’« athéisme ». II. Voir surtout Athénagore. Maxime de Tyr. Leg. Théophile.Kentron_24. Tertullien. Par ex. 26. 1 . sous le nom de « démons » (daimovnia. C. 64. Graec. et la doxographie de Platon chez Athénagore. dans la législation romaine. Paris. l’évhémérisme est susceptible de mettre à bas le fondement même de la religion chrétienne. Méliton chez Eusèbe.-M.-C. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. ils ne sont en aucun cas des dieux. qui est la reconnaissance de la divinité d’un homme qui a eu une existence historique (c’est d’ailleurs ce que comprend fort bien un Théophile. HE. Théophile. 26. et les titres attribués par la tradition aux ouvrages des « philosophes chrétiens » que sont Aristide. XI. la critique se fait plus rude envers les mœurs supposées des païens. sans pour autant sortir de la tradition grecque. 1 (« la philosophie barbare qui est la nôtre ») . Leg. qui fait suivre la 61. 65. Voir Justin. comme l’illustre parfaitement le plan de la Supplique d’Athénagore. 67. 3. En revanche. pour reprendre la formulation du crime imputé aux chrétiens. 12 . Philosophia. dans leurs critiques. 31. 13. puisqu’aussi bien le platonisme de l’époque classait volontiers sous l’étiquette de « dieux » (qeoiv) les seules divinités astrales (d’ailleurs le plus souvent identifiés aux plus grands dieux du panthéon). 35. deor. Félix. Voir Cicéron. Aut. 7. 22. Apol. Consulter A. 62. 21.. 28-30 . 1. et à réclamer pour eux-mêmes la tolérance dont bénéficient les intellectuels du paganisme – puisqu’aussi bien il n’existait pas. Cela revient à dégrader les dieux des cités. Apol. Étude d’un groupe de mots dans la littérature grecque des présocratiques au IVe siècle après J. qui condamne Évhémère pour impiété 63). Graec. 245 . l’argument principal des Apologistes est emprunté à la tradition juive. une volonté de rétorsion. Mais même ce type d’attaque montre bien ses limites. 2 . Tatien. 23. 29. Voir Tatien. III.book Page 245 Jeudi. Athénagore. thèmes et visées des « philosophes » 61. 9. 62. 23 à 27. 1 . La seule attaque véritablement dangereuse qui soit portée contre le paganisme est celle qui emprunte la voie de l’évhémérisme : si les dieux ne sont que des hommes divinisés après leur mort par leurs contemporains reconnaissants ou apeurés 62. 24. soit que les Apologistes aient réellement été choqués par les mœurs de leurs contemporains. I. Voir Celse chez Origène. 27 . 1 (« notre philosophie ») . M. 7 (« notre philosophie ») . Protr. 5. Klincksieck. 24. Ensuite. daivmone") 66. Aut. et consiste en une assimilation sans nuances des dieux (qeoiv. 63. Justin et Athénagore.

I. Aut. Cet effort « pédagogique ». ou l’appel à la conversion Il serait faux de croire que. 35-36 : rétorsion de l’accusation d’anthropophagie rituelle). D’abord. o[n). Athénagore. Théophile. stoïcienne (par ex. Wartelle. 5. voir par ex. 1 . I. Leg. ou. Leur sont surtout reprochés la pratique de l’avortement et de l’abandon des nouveau-nés 69. Dieu est qualifié par les épithètes apophatiques chères à la philosophie médioplatonicienne. 34. se traduit de plusieurs manières. Ensuite. les Apologies se cantonnent dans la défense des communautés et la rétorsion des accusations portées contre elles. III. 69. 73. 15. la doctrine est volontiers parée des couleurs de la philosophie . c’est encore l’attaque. de l’autre 72. à l’instar des systèmes philosophiques. Apol. Cette démarche s’effectue de deux manières totalement différentes. 1 . 23. 6. étendue à de jeunes adolescents 70. « Quelques remarques sur le vocabulaire philosophique de saint Justin dans le Dialogue avec Tryphon ». 9. Apol. 27. dans la mesure où il donne des dieux une image impie. 15 à 17. plus ou moins confondue avec celle du théisme philosophique. les Apologistes poursuivent un but beaucoup plus ambitieux : celui de convaincre leurs interlocuteurs de la véracité de leur religion. 35. parce qu’elles se situent dans un cadre politicojudiciaire. 29. 2 . 13. Justin. ejnevrgeia) 73. 27. Graec. pour le moins. A. ainsi. à celle du polythéisme : dieux créés et soumis au devenir d’un côté. 1) D’abord. Athénagore. 6 : Tertullien. le second des Trois (je n’ose 68. 70. les Apologistes s’efforcent de rendre compte de leur doctrine sous une forme qui soit compréhensible pour leur public. l’immoralité des spectacles et la cruauté des jeux du cirque 71. « étant » en soi. Leg. La protreptique. Ad Diogn. 246 . 35. Pour l’emploi d’une terminologie empruntée à la philosophie chez Justin. le recours à la prostitution. et c’est le paganisme qui siège du côté de la déraison et de l’impiété. Athénagore. Justin. Mieux encore. dirionsnous aujourd’hui. qui est l’immuabilité et l’impassibilité. to. 2. Athénagore. Leg. Apol. et son action est elle aussi évoquée avec le vocabulaire de la philosophie : platonicienne (par ex. 6 . 72.Kentron_24. dihvkein ou lovgo") et aristotélicienne (par ex. 2 . En fait. d’après le principe que la meilleure des défenses. 31 à 36 (32-34 : rétorsion de l’accusation d’inceste et de débauche . les Apologistes opposent volontiers leur conception de la divinité. 67-80. in Pouderon & Doré 1998. 71. Leg. Ainsi le christianisme prend le parti de la raison et de la philosophie (et non celui d’une superstitio barbare). 4 .book Page 246 Jeudi. Athénagore. et en conséquence éternel et immortel. Tatien. 2. I. d’anthropophagie rituelle et d’inceste d’un réquisitoire très sévère contre la religion et les mœurs des païens 68. Leg. novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon réfutation des trois accusations d’athéisme. de son caractère raisonnable. Dieu incréé. non conforme à l’essence même du divin.

Dial. 74. Athénagore. 1 Ba . 13. 78.Kentron_24. évidemment. Dieu unique : Dial. inventant notions et termes pour rendre compte de l’irrationnel : la pluralité de la divinité dans l’unité (puisque tous admettent le postulat de base du judaïsme qu’il n’existe qu’un seul Dieu. L’enracinement biblique de la théologie chrétienne est souligné par Justin. Dial. il joue enfin sur l’alternance des expressions « Dieu unique » et « second Dieu » 78 . 4 (« émanation » de Dieu) . Seuls Justin et Théophile. 61. 76. 10. Justin. 10. 2003. d’Isaac et de Jacob. Aristide. au Verbe divin 75. Aut. 11. 5. Justin utilise la double image du feu pris à un autre feu et de la lumière émanée du soleil 76 . 4 sy = 15. et non celui des savants 74. Dialogue avec Tryphon. de l’émanation et de l’écoulement (qui renvoie à la distribution d’une même substance / essence [oujsiva] – même si le terme n’en est pas employé avant Tertullien) 79 . novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. ayant subi sa passion et ayant ressuscité le troisième jour. et non division de Dieu pour engendrer une seconde entité) . 2. II. I. 61 pour les références. II. Fribourg. 2 . 22. 3-4 . puisque ce vocabulaire n’est pas encore fixé par l’usage) apparaît moins souvent comme Fils et comme Christ que comme Verbe / Logos. – dans le même but. né de la vierge Marie. très nombreuses mentions de Jésus-Christ chez Justin. tel Athénagore et même Tatien ou Théophile. t. le Messie / Christ. Academic Press. 3 (« distribution ». Justin Martyr. Théophile. il utilise aussi – moins explicitement que Théophile – l’image de la parole proférée 77 . et déjà Justin. Graec. Seuls Aristide (qui voit en lui le fondateur de la « race » des chrétiens) et Justin (qui reprend nombre de formules liturgiques) identifient clairement Jésus. ils sont devenus ainsi les premiers théologiens de l’Église. Leg. 11. devenu homme et appelé Jésus-Christ ». les Apologistes se livrent à un immense effort pour rendre rationnelle la doctrine . thèmes et visées pas dire la seconde « personne » de la « trinité ». 79. restent très discrets sur la personne du Christ en tant que Dieu incarné. Voici quelques exemples de ces innovations : – pour justifier la distinction du Père et du Fils tout en conservant l’unité de leur essence (oujsiva). 128. mais que le Christ lui aussi est Dieu. III. Aut. à la fois dans l’Apologie (Apol. 2 . Les autres. 9. 77. 2) Ensuite.book Page 247 Jeudi. un terme qui est commun au stoïcisme et au prologue de Jean pour désigner le Dieu agissant dans le monde et le gouvernant. 61. Tatien.) et. Bobichon. 1 . Le traitement de la figure du Christ est encore plus frappant. à la fois distinct du Créateur de toutes choses et confondu avec lui). 1 . très proches l’un et l’autre du judaïsme. dans le Dialogue avec Tryphon. 10. Dial. II. 5 (« puissance dans l’unité et distinction dans 247 . le Dieu de Moïse. Apol. 3-4. « autre » ou « second » Dieu : voir P. etc. 2. 6-8. annoncé par les prophètes. 5. 4 : « le Logos lui-même. Théophile. 75. Tatien et Athénagore utilisent le vocabulaire de la distinction et de l’unité . présentent véritablement en la divinité le Dieu d’Abraham. le fondateur de la secte.

" h] ajpo. II. l’ami de Théophile. 15. présente dans la Bible pour désigner Dieu dans ses manifestations. mais qu’ils ont aussi participé à l’élaboration de la doctrine. distincts dans le rang ») . de même. 4. Théophile. ce en quoi la théologie ultérieure verra une « personne » 81. qui ressortit à la polémique adversus Judaeos et les différents traités Sur la résurrection. Théophile emploie pour la première fois le mot 80 . 248 . distingués par les relations qu’ils entretiennent avec l’apologiste (tel Autolykos. de la « trinité » et de l’action respective des Trois.book Page 248 Jeudi. Aut. c’est que les Apologistes ne se sont pas contentés d’un rôle de polémiste et de défenseur de leur communauté. soit en son propre nom / par sa propre bouche ». tou' ijdivou. Méliton. On pourrait multiplier les exemples. triva" La parénétique et le réconfort des communautés Les ouvrages apologétiques que nous avons conservés – je mets à part le Dialogue avec Tryphon. de même les nécessités de la polémique avec le paganisme et les controverses avec les différentes écoles philosophiques ont obligé les Apologistes à clarifier leur conception de Dieu. Justin paraît innover en utilisant l’expression provswpon qeou' (« la face de Dieu »). à savoir l’Esprit. Apol. 36. Adv. Athénagore) ou de simples particuliers. 2. ajpo. 6 : « l’Esprit saint alors leur répond. Justin. mais ce qui est certain. Dial. II. en rendant nécessaire la fixation d’un canon des Écritures qui puisse servir de base fiable à l’argumentation contre les hérétiques. Tertullien. seule celle de Justin semble correspondre à ce qu’on attend d’une supplique aux autorités. 81. et l’on peut même penser que. Justin. au tournant du siècle. le public est l’ensemble des païens : c’est le cas pour l’Ad Graecos de Tatien. 4 (filium… de substantia patris). 82. 2 (« émanation ». ou encore. 13. « unis en puissance. Parfois même. de même que la polémique antignostique a favorisé l’établissement d’un corpus néo-testamentaire. soit au nom / par la bouche du Père. Mais qu’en est-il exactement des destinataires véritables ? Des apologies destinées aux empereurs. 80. ou encore le Diognète de l’Ad Diognetum). Elle correspond à un événement précis (des exécutions récentes 82) et réclame des mesures précises (l’application de la politique 80. d’un libellum. du Protreptique de Clément – mais nous sommes là déjà dans une autre conception de l’activité apologétique. Justin. 24. sans doute dirigés au premier chef contre les gnostiques – se proclament eux-mêmes destinés aux païens. novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon – pour justifier l’unité des Trois. proswvpou tou' patro. Prax. qu’il s’agisse des empereurs (c’est le cas pour Aristide. comme distinct de Dieu « le Père ». le rang ») .Kentron_24. contribuant sans doute de manière considérable au progrès d’une théologie alors encore balbutiante. montrant en l’occurrence une volonté particulière de distinguer l’un des Trois.

Apol. La Supplique d’Athénagore et l’Apologie de Méliton en sont assez proches. elles répondent à une situation politique relativement précise (en l’occurrence. Mais même ces ouvrages-là ne ressemblent que d’assez loin à ce que l’on attend d’un écrit adressé à l’empereur pour lui demander de prendre des mesures bien concrètes afin de répondre à une situation urgente. par exemple. 13. Cela. 84. En effet. nous l’avons déjà montré. ou même aux seuls païens de bonne volonté ! Et que dire des subtilités théologiques sur l’unité et la distinction du Père et du Fils ! L’état actuel des Apologies. l’Apologie de Méliton fait expressément mention de « nouveaux édits » promulgués sous Marc Aurèle 85. ne s’adressent pas seulement aux autorités politiques. I. 3. Leg. Méliton chez Eusèbe. Athénagore. que la Supplique d’Athénagore. il semble déraisonnable de penser que toute l’argumentation scripturaire contenue dans l’Apologie de Justin n’est destinée qu’au seul empereur. 44. même si Justin lui conseille (à mon avis sans illusions) de se plonger dans les Écritures des chrétiens 86. destinée à être lue par un public de païens sympathisants et de chrétiens déjà convaincus. 26. donne plutôt à penser que. Athénagore. IV. Plus particulièrement. HE. et réclament un retour à la situation antérieure 84. Justin. En effet. qui correspond à un usage ad internos. 85. thèmes et visées religieuse voulue par Hadrien) 83. c’est-à-dire apprêtés ou remaniés pour la publication. elles étaient au moins autant destinées à être lues à l’intérieur même des communautés qu’à l’extérieur. Leg. 2 (sollicite implicitement la promulgation d’un nouveau rescrit) . 5 (déplore les innovations dans l’application de la politique religieuse envers les chrétiens). la recrudescence des persécutions à la fin du règne de Marc Aurèle). cf.book Page 249 Jeudi. 249 . l’empereur et les secrétaires de sa chancellerie ont eu ou auraient eu bien du mérite à prendre la peine de lire tout ce fatras ! Nous sommes bien obligés d’en conclure que les ouvrages tels qu’ils sont actuellement conservés. 68. 9. déplorent un changement de politique religieuse de la part des autorités. elles aussi. un autre ouvrage ayant trait à la résurrection si vraiment il la destinait 83. Mais il existe (à notre avis) une troisième strate dans l’action apologétique. Méliton chez Eusèbe. Apol. Il semble. 5. 26. Ils visent aussi un public plus large. 86. et c’est ce que nous avons appelé l’aspect protreptique des Apologies. 13 . qu’il y ait eu ou non remaniement pour la publication. qui est le public païen. novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions. 1. C’est cela que nous désignerons comme l’aspect parénétique de l’apologétique ancienne. IV. a pu être une forme de « lettre ouverte ». à la fin de sa supplique.Kentron_24. HE. puisque. I. même celles qui sont adressées aux autorités impériales. Justin. plutôt qu’un libellum déposé à la chancellerie impériale ou porté jusqu’à l’empereur au cours de son voyage en Orient. je vois mal comment Athénagore a pu annoncer. Force est de reconnaître que la polémique religieuse et les développements doctrinaux occupent dans ces écrits une place trop importante .

aux mille exigences d’une argumentation à la fois défensive et polémique contre le paganisme. Nous avions déjà fait remarquer que l’apologie ne correspondait pas à un « genre » littéraire. dans la réalité. ni quelle force de conviction politique représentaient les séquences de citations des poètes ou l’abrégé de l’histoire des arts plastiques inclus dans son ouvrage 88 ! Un fait au moins en attesterait : celui que. dans leur volonté de résister victorieusement aux attaques de toutes sortes dont elles étaient les victimes. donc. 89. et même à soutenir leur réflexion théologique en une forme de catéchèse plus savante que celle dont elles bénéficiaient de la part du clergé local. IV. s’adaptant.book Page 250 Jeudi. 1 (conservation de l’ouvrage de Quadratus) . HE. 88. Athénagore. pour reprendre la distinction établie précédemment. 20-21. mais comme des objets d’édification. celui de l’homilétique. 3. mais qu’elle était multiforme. destinés à affermir les fidèles dans leur foi. 1 (si vraiment cette formule annonce le futur traité De resurrectione). et un ensemble de règles ou d’exhortations morales qui apparentent certains de leurs chapitres à des ouvrages d’édification. la fortification de leur foi et l’exhortation à la vertu : bref. 3. tout ce qui est destiné à entrer dans un genre qui va bientôt s’épanouir. pas seulement la réfutation des croyances et des doctrines adverses (deux fonctions qui sont appelées à disparaître avec le succès du christianisme). nous informe Eusèbe 89 – non pas comme de simples témoignages historiques. une réflexion sur le contenu de la foi chrétienne. Mais nous nous apercevons maintenant qu’elle vise aussi à plusieurs buts : pas seulement la défense des communautés et de la doctrine (et c’est cette fonction qui donne son nom à ces différents écrits). novembre 2008 4:48 16 Bernard Pouderon uniquement aux empereurs 87 . etc. mais aussi la formation des fidèles. IV. Eusèbe. Leg. et passim (séquences de citations des poètes). Cette dernière phrase montre combien il est difficile de définir le « genre » de l’Apologie. Car il y a dans ces apologies une matière « pédagogique » absolument remarquable : à la fois un nid d’arguments dans la polémique contre le paganisme. 1-9 (de ceux de Justin) . plutôt que protreptique. voire pour y trouver des arguments dans les débats que chacun pouvait avoir à mener contre des adversaires païens rompus aux subtilités de la dialectique – bref. 250 . Leg. Bernard Pouderon Université de Tours Institut universitaire de France 87. 13. IV. ces écrits aient été conservés au sein des communautés pour y être lus. 3 (de celui d’Aristide) . à conserver comme des archives. 17 (histoire de la naissance des arts plastiques) . 37.Kentron_24. dans un but parénétique et didactique. au bénéfice des siècles à venir. tel Protée. Athénagore. 18.

Philadelphie. Pouderon). 139-188 (bibliographie p. Beauchesne. (1971).Kentron_24.-C. Québec – Louvain. REAug. Fredouille J. Paris. Fribourg. (2006). Pouderon (dir. Munier C. 182-188).-C. « Introduction » (sous la responsabilité d’E. Doré J. C. Norelli et B. t. Publications de la Faculté des Lettres de Nice. 219-234. p. p. Reardon B. B. Les Belles Lettres (Annales littéraires de l’université de Nantes . Justin. Nice. Braun.. 41. (1992). 38. REAug. Paris. Cerf (SC .P.K. 105). Fontaine. 13. p.-C. 479-497.-C. I. Presses de l’Université Laval – Peeters. Apologie pour les chrétiens. (1985). Munier C. « Les formes et modèles littéraires ». « De l’Apologie de Socrate aux Apologies de Justin ». p. Letter writing in Greco-Roman Antiquity. J.). Paris. in Histoire de la littérature grecque chrétienne. (1990). « Le témoignage du codex Baroccianus sur Athénagore et les origines du didaskaleion d’Alexandrie ». Pouderon B. Paris. « L’Apologétique chrétienne : naissance d’un genre littéraire ». thèmes et visées Références bibliographiques Alexandre M. (1994). 1-22. Dorival G. t. Paris. (dir. (2008). 1-70. (1997). Fredouille J. « Bible et apologétique ». in Pouderon & Doré 1998.). novembre 2008 4:48 16 La première apologétique chrétienne : définitions.). p. (1995). 1-40. septembre 1996). p. « L’Apologétique chrétienne : métamorphose d’un genre littéraire ».-C. « Apologétique judéo-hellénistique et premières Apologies chrétiennes ». 251 . Granarolo (éd. p. (1998). Cerf. 503).book Page 251 Jeudi. Westminster Press. 3). J. Études sur Athénagore et les origines de la philosophie chrétienne. Fredouille J. Beauchesne (Théologie historique . philosophe et martyr. in Hommage à R. Stowers S. Éditions universitaires. Pietri (éd. Les Apologistes chrétiens et la culture grecque (Actes du colloque de Paris.) (1998). Courants littéraires grecs des IIe et IIIe siècles après J. 201-216. Fredouille J. in Le Monde latin antique et la Bible. Pouderon B. L’Apologie de saint Justin. II. (1986). in D’Athènes à Alexandrie..