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Séance N

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16 du 8 mai 2012 – 2
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partie
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Motion de M. Mathieu Blanc et consorts : « Pour l’instauration de mesures d’éloignement
permettant aux Lausannois de se réapproprier le domaine public ! »
Reprise de la discussion
M. Jean-Michel Dolivo (La Gauche) : – Cette proposition d’instauration de mesures
d’éloignement me paraît inacceptable du point de vue des restrictions des droits
fondamentaux. Le droit fondamental en cause est celui d’aller et venir librement sur
l’espace public. Or la restriction touche un cercle de destinataires extrêmement large et,
que ce soit une motion ou un postulat, le texte est le même. Il vise des personnes qui
menacent l’ordre public par des rassemblements – on ne sait pas très bien ce que cela veut
dire ; il vise des personnes qui dérangent délibérément les passants, mais aussi les
mendiants ou des personnes participant au commerce de stupéfiants. Le cercle des
destinataires est donc extrêmement large, voire indéterminé, sauf pour les mendiants ou les
personnes participant au commerce de stupéfiants.
Je ne donnerai pas un cours de droit, surtout pas à mon collègue du Parti Libéral-Radical,
qui exerce la même profession que moi, M. Mathieu Blanc, mais je le renverrai à
l’article 38 de la Constitution vaudoise qui nous dit : « Toute restriction d’un droit
fondamental doit être fondée sur une base légale. » Le premier problème est là. D’ailleurs,
M. Mathieu Blanc, ainsi que les autres signataires de la motion, parle et donne comme
exemple la Loi sur la police du Canton de Genève. Effectivement, il faut une loi lorsqu’on
restreint gravement les droits fondamentaux. Je continue la lecture de l’article 38 : « Toute
restriction doit être justifiée par un intérêt public ou par la protection d’un droit
fondamental d’autrui. Elle doit être proportionnée au but visé. L’essence des droits
fondamentaux est inviolable. »
Ceci me paraît mettre en cause la proposition de cette motion, que ce soit une motion ou un
postulat, parce qu’elle n’est guère proportionnée au but visé, qui est l’éloignement de
personnes. C’est une violation importante des droits fondamentaux et on risque de tomber
dans l’arbitraire lors de l’application de cette mesure. Je vous propose donc de refuser cet
objet. Il s’agit d’éviter de construire une forme d’arbitraire, un mur, si j’ose dire, ou en tout
cas une interdiction de périmètre très large pour des habitants qui sont peu spécifiés dans le
texte de la proposition qui vous est faite.
M. Mathieu Blanc (PLR) : – Après de très vives discussions il y a de cela quinze jours,
on va pouvoir reprendre avec mon collègue Dolivo. Je reviens d’abord sur ce qu’il dit
avant de revenir à la question qui vous intéresse aussi, celle de la motion ou du postulat.
J’ai discuté avec mon groupe et nous avons apprécié le fait que les Verts et le Parti
socialiste – en tout cas leurs représentants qui se sont exprimés – aient exprimé leur intérêt
pour cette mesure, qui donne une compétence supplémentaire à la police et qui permet de
garantir à chaque Lausannois le droit de se déplacer en toute sécurité sur le domaine
public, quelle que soit l’heure. C’est une bonne chose qu’il y ait une discussion et qu’il y
ait un consensus au sein de ce Conseil.
Je comprends la question de la base légale – c’était aussi un souci de M
me
Bergmann la
dernière fois. La question mérite d’être posée, mais, à mon sens, dans la mesure où la Loi
sur les communes donne une compétence à la police communale pour régler des problèmes
quand il y a des troubles à l’ordre public, elle pourrait constituer une base légale suffisante.
Comme je le disais aussi à M
me
Bergmann, je porterai cet objet au Grand Conseil lorsque
j’aurai eu la chance d’être intronisé et assermenté ; monsieur Dolivo, vous pourrez vous y
opposer à ce moment. J’espère fonder cette base légale à ce moment-là, si elle devait être
manquante ; mais, à mon sens, cela n’empêche pas la Ville de Lausanne d’examiner déjà
cette possibilité.
Il me semble que le seul problème posé par cet objet la dernière fois était le problème de la
mendicité – peut-être que vous me démentirez –, en tout cas pour une majorité des élus
socialistes et Verts. C’est l’analyse que j’en ai faite avec le groupe PLR. Contrairement à
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ce qui a été dit, il n’y a pas d’amalgame entre les dealers, les mendiants et ceux qui posent
problème, car on ne se situe pas du point de vue de l’interdiction ou du comportement,
mais du fait de savoir ce qui est autorisé sur le domaine public et de la liberté qu’on laisse
à ceux qui veulent le fréquenter. Je ne fais évidemment pas d’amalgame entre ce qui est
vraiment inacceptable et qu’on doit interdire avec toute la force possible, soit le deal, et de
savoir si l’on s’en prend à certaines formes de mendicité, comme le souhaite l’initiative du
PLR sur l’interdiction de la mendicité organisée. De ce point de vue, il nous semblait
important de conserver cette idée de mendicité. D’ailleurs, un contre-projet a déjà été
annoncé par la Municipalité ; nous verrons bien ce qu’il contient. Il y aura peut-être un
vote si le contre-projet ne va pas assez loin pour le comité d’initiative, ce qui permettra aux
Lausannois de dire s’ils veulent interdire la mendicité. Il ne faudrait donc pas se limiter en
disant qu’on ne souhaite pas que le terme de mendicité figure dans la motion ; il faut le
laisser et si l’initiative ou le contre-projet ne sont pas acceptés, cette interdiction n’existera
plus. Pour nous, cela fait du sens de laisser ce terme.
Imaginons que cette question de mendicité doive être refusée par une majorité de cet
hémicycle. A mon sens, cela ne justifierait pas qu’on transforme la motion en postulat
parce qu’il faut aussi savoir en appliquer tous les points sur la base du Règlement qu’on
cite souvent ; et l’article 65 prévoit que la Municipalité peut présenter un contre-projet,
c’est-à-dire qu’elle peut prendre des parties du texte de la motion en disant que c’est
intéressant, mais que tout n’est pas réalisable ou opportun. Donc si la Municipalité estime,
au vu des considérations émises dans cet hémicycle, que la mendicité ne doit pas faire
partie de ces mesures d’éloignement, elle peut proposer un contre-projet.
Je vous invite, avec le groupe PLR, à accepter cette motion, parce que vous l’estimez
bonne et opportune, en tout cas la majorité d’entre vous. Il serait dommage de ne pas
l’accepter ou de demander un changement qui ne sera pas fait par notre groupe, car la
possibilité de contre-projet existe.
Quelques sages dans notre groupe, plus anciens que moi au Conseil communal, me
rappelaient que, même sans présenter un contre-projet, la Municipalité a parfois décidé de
ne pas appliquer complètement une motion, mais d’en prendre certains aspects en disant
que d’autres n’étaient tout simplement pas applicables. Donc, s’il y a des précédents soit
par le biais du contre-projet soit par le biais de cette initiative autonome de la Municipalité,
on peut éviter l’écueil que vous mentionnez. Je vous encourage donc véritablement à
soutenir cette motion, qui donnera ce droit en plus aux Lausannois et aux policiers.
M. Julien Sansonnens (La Gauche) : – Il y a quelques semaines, le PLR déposait une
initiative intitulée « Contre la bureaucratie absurde », texte qui n’était d’ailleurs pas dénué
d’électoralisme, voire d’une certaine démagogie. J’en veux pour preuve le fait qu’il a
finalement été déposé par mon camarade Joseph Zysiadis – c’est assez cocasse !
Dans l’argumentaire de cette initiative, je lis la phrase suivante : « Les interdictions
inutiles, le paternalisme ainsi que trop de bureaucratie sont nuisibles. » On a là trois
caractéristiques fondamentales du texte proposé par M. Blanc : inutile, paternaliste et
bureaucratique, car c’est bien de bureaucratie dont il s’agit, surtout pour les policiers.
D’ailleurs, je relève que tous les groupes de ce Conseil réclament plus de policiers sur le
terrain et des effectifs de police accrus. Et M. Blanc demande que ces policiers soient
occupés à contrôler si des personnes se trouvent au bon endroit en Ville de Lausanne, si
M. X est bien à 50 ou à 100 mètres du lieu qui lui est interdit.
On a des défis de sécurité importants ; je pense par exemple à l’insécurité routière, aux
cambriolages, qui, semble-t-il, augmentent dans la région, et à la question du deal ou des
braquages. Les policiers doivent être sur le terrain pour tous ces dossiers et certainement
pas pour mettre des amendes ou contrôler sur leur GPS si M. X ou M
me
Y sont bien à 50 ou
à 100 mètres de l’endroit où ils devraient se trouver en ville. La population a des attentes
en matière de sécurité ; dès lors, il est assez choquant de proposer que les policiers fassent
un travail bureaucratique de contrôle. Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce qui se passe à
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Genève : un Temps présent montrait des policiers occupés à envoyer des amendes en
Roumanie pour les malheureux mendiants qui se sont fait amender. C’est effarant ! Je
crains qu’on se dirige vers ce genre de chose avec cette motion. Il est assez piquant que,
une fois de plus, le PLR nous dévoile sa vision totalement antilibérale de la société faite
d’interdictions, de répressions et de mises à l’écart de parties de notre corps social.
M
me
Sylvianne Bergmann (Les Verts) : – Pour une fois, avec M. Dolivo, on aura eu des
avis de deux juristes qui convergent. Cette motion est peut-être bonne, on n’en sait rien. En
tout cas, ces mesures d’éloignement ont été introduites dans beaucoup de cantons de
Suisse ; mais nous, les Verts, disons que cette motion se trompe de cible ; on s’est trompé
de Parlement.
M. Jean-Michel Dolivo (La Gauche) : – Monsieur Blanc, vous avez essayé d’appâter les
Verts et certains socialistes en leur disant que cela ne change rien si c’est une motion, car
la Municipalité pourra faire une contre-proposition. Non, vous le savez bien, il s’agit d’un
signal politique très précis, celui de la limitation d’un certain nombre de droits et de
libertés pour des personnes qui, selon vous, dérangent ou menacent l’ordre public d’une
manière ou d’une autre. C’est tout à fait caractéristique non pas de la pensée libérale, mais
d’une pensée répressive, comme l’a dit mon collègue Sansonnens. Vous élargissez le
champ de ces personnes, puisqu’on parle de rassemblement ou de personnes qui
participeraient à des rassemblements menaçant l’ordre public. J’attends de voir ! Je n’ai
pas entendu d’exemple. S’agit-il de la manifestation du 1
er
mai ou d’une autre assemblée
en Ville de Lausanne ? Que sont des rassemblements qui menacent l’ordre public qui
seraient sous le coup de ces mesures d’éloignement ? Vous ne le dites pas. Il ne s’agit donc
pas seulement du problème de la mendicité.
Quant à la présence de personnes qui dérangent délibérément les passants, c’est assez
vaste. Est-ce que faire du théâtre de rue ou de la musique dérange délibérément les
passants ? Il y a des goûts et des couleurs et pour certains c’est peut-être un dérangement,
mais pas pour d’autres. Vous voyez bien que votre motion, même si elle est transformée en
postulat, est avant tout un signal politique ; elle n’est pas véritablement destinée à être mise
en œuvre. C’est une forme de propagande pour montrer que le PLR s’occupe de problèmes
qui concernent les habitants de Lausanne, ce qui n’est évidemment pas le cas parce que, à
ma connaissance, la grande majorité des Lausannois et des Lausannoises ne sont en aucune
mesure empêchés d’utiliser l’espace public librement.
M
me
Rebecca Ruiz (Soc.) : – Lors de notre dernière séance, j’avais clairement exprimé
que le Parti socialiste était prêt à soutenir cette initiative si le motionnaire la transformait
en postulat ; c’est toujours le cas. En effet, le Parti socialiste est prêt à étudier toutes
propositions de nature à lutter contre le trafic de drogue dans nos rues ; nous estimons que
les mesures d’éloignement font peut-être partie de ces pistes à examiner de plus près.
Par contre, j’avais également dit il y a deux semaines que le texte, sous sa forme actuelle,
en tant que motion soulevait des problématiques pour des raisons politiques et éthiques,
puisqu’il met sur le même plan les dealers et les mendiants, ces derniers étant aussi visés
par les mesures d’éloignement que M. Blanc souhaite introduire. Il ne nous semble pas
acceptable – il nous semble même dangereux – de faire un amalgame douteux entre la
population des dealers et celle des mendiants. C’est ce rapprochement qui nous avait
poussés à suggérer à M. Blanc de transformer son texte en postulat, que nous aurions
soutenu sous cette forme. Cela aurait permis à la Municipalité d’y répondre avec souplesse
en mettant l’accent sur les dealers et en écartant les mendiants du public visé par de telles
mesures.
Nous prenons aujourd’hui acte du fait que le PLR ne souhaite pas transformer ce texte en
postulat ; je ne peux que le regretter. La droite de ce Conseil prétend, dès qu’elle le peut,
que la gauche fait preuve d’angélisme en matière de sécurité publique. Le PLR pourrait
aujourd’hui faire passer une de ses propositions dans le domaine en trouvant une majorité
dans ce Conseil, mais, pour des raisons complètement illisibles, il préfère maintenir une
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forme d’initiative qui pose problème à la gauche. C’est un peu comme lorsque la droite
dénonce les conditions de sécurité sur le territoire vaudois et persiste à refuser, des années
durant, de voter le renforcement des effectifs de police. C’est tout simplement regrettable.
Ou alors c’est peut-être le signe qu’il est parfois plus facile de faire de la politique avec des
slogans plutôt que de se donner les moyens de faire avancer les choses avec pragmatisme,
en tenant compte du rapport des forces politiques en présence.
Puisque c’est cette option que le PLR privilégie ce soir, j’annonce d’ores et déjà que lors
de la prochaine séance, le Parti socialiste déposera une initiative pour étudier l’introduction
de mesures d’éloignement pour lutter explicitement contre le deal, et seulement contre le
deal.
M
me
Isabelle Mayor (Les Verts) : – Je ne vais pas répéter tout ce qu’a dit M
me
Ruiz, mais
les Verts sont quasiment sur la même ligne. Je l’avais aussi dit la dernière fois, les Verts
auraient été prêts à soutenir un postulat dans une grande majorité ; ce n’est pas le cas pour
la motion.
Les Verts sont suffisamment à l’aise avec cette question sécurité ; on ne peut pas nous
reprocher de ne pas prendre le sujet à bras le corps. En février 2011, on avait renvoyé à la
Municipalité un postulat de M
me
Litzistorf extrêmement complet, qui demandait de
concevoir, de mettre en œuvre et d’évaluer une politique globale de la sécurité urbaine.
Donc, si M. Blanc persiste et signe à ne pas vouloir transformer sa motion en postulat,
nous nous contenterons des réponses de la Municipalité au postulat de M
me
Litzistorf, qui
était aussi une motion qu’elle avait été d’accord de transformer en postulat.
La dernière fois, j’avais évoqué la possibilité que ce soit le Conseil communal qui
transforme cette motion en postulat selon l’article 63 de notre Règlement qui dit : « Le
Conseil ou l’auteur d’une motion peuvent transformer celle-ci en postulat avant la décision
sur la prise en considération ». Quid de cette possibilité ? Est-ce faisable ? Si oui, selon
quelles modalités ? Je me demande si cela ne serait pas possible de mettre tout le monde
d’accord de manière à avoir une sorte de négociation entre la gauche – en tout cas les verts
et les roses – et le PLR.
Le président : – Effectivement, on a eu un débat la dernière fois concernant l’article 63 et
la lecture qu’il fallait en faire. J’ai téléphoné à la Préfecture de Lausanne pour savoir
comment on devait appliquer cet article. La réponse n’est pas très simple. Effectivement,
on ne peut en principe pas déposséder ou dénaturer une intervention faite par un membre
d’un conseil ; c’est lui-même qui doit accepter ce changement. D’ailleurs, la Préfecture a
fait référence à l’article 123 du Grand Conseil – Transformation en postulat, où la règle est
similaire à celle de notre Règlement, mais qui est complété avec l’élément suivant : « Une
telle transformation est subordonnée à l’accord de l’auteur de la motion ». Il y a cela dans
l’ensemble des parlements qui ont ce type de règlement. Voilà pour notre situation.
Je pense qu’on débattra encore ici de l’application de notre Règlement et ce ne sera pas
très simple. J’en ai aussi discuté tout à l’heure avec M. le syndic, qui me disait qu’on
devrait probablement demander à la Préfecture ou aux services de l’Etat de voir comment
on doit apprécier cet article. On ne va peut-être pas ouvrir le grand débat ce soir, mais je
voulais répondre à M
me
Mayor. Je ne sais pas si M. le syndic veut rajouter quelque chose
sur ce problème de procédure.
M. Daniel Brélaz, syndic : – J’ai été interpellé par le président au début de la séance sur
ce sujet. En gros, la Préfecture affirme que, du moment que le Grand Conseil ne le fait pas,
les communes ne peuvent pas le faire. La Loi sur les communes ne dit rien sur le sujet. Au
niveau du Grand Conseil, c’est interdit. Au niveau du Conseil national même l’auteur n’a
pas le droit de changer une motion en postulat, ou l’inverse. Dans ce domaine, les
interprétations peuvent être diverses ; le fait que la Loi sur les communes ne dise rien le
permet quand même par extrapolation, si j’ose dire, pour peu qu’il n’y ait pas de législation
cantonale qui l’interdise pour le Grand Conseil.
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Si l’on voulait être sûr, il faudrait demander un avis au Service juridique et législatif, voire
à la Cour constitutionnelle. Il peut en découler deux choses : soit le contraire de ce que la
Préfecture pense, ce qui est finalement possible, parce que la Loi sur les communes ne
l’interdit pas et que le Grand Conseil a pris une telle décision de manière autonome –
enfin, la Constituante –, soit, pour des raisons de droit cantonal, même non exprimé, il est
impossible dans les communes ; si c’est le cas, cet article est illégal et il devra être modifié.
C’est évidemment impossible de le dire ce soir. Donc, si les auteurs voulaient insister sur
le postulat forcé par le Conseil, la seule voie raisonnable serait de reporter ce débat à des
temps meilleurs, jusqu’à l’avis de droit du Service juridique et législatif. Ceci dit, il serait
bien que le Bureau consulte néanmoins le Service juridique et législatif pour savoir si notre
article ne vaut rien ou si, contrairement à ce que pense la Préfecture, il peut s’appliquer.
Le président : – La situation n’est donc pas très simple. Je vous propose de discuter de ce
problème de procédure et de continuer le débat ensuite Il est logique qu’on parle de cela,
sinon on ne va jamais s’en sortir. Je vous propose de voter sur cette proposition.
La proposition du président est adoptée.
La discussion sur la procédure est ouverte.
M. Yves Ferrari (Les Verts) : – C’est effectivement un problème ennuyeux, mais, sans
vouloir tirer trop de parallélismes, il y a une règle qui me semble pouvoir s’appliquer dans
ce cas. Si nous partons du principe que ce plénum peut sans autre transformer une initiative
contre l’avis de la personne qui l’a déposée, on peut imaginer aisément que plus une seule
motion, voire même un postulat, ne pourrait trouver preneur dans la minorité de ce
Conseil. Cela pose des problèmes, parce que la minorité doit être respectée ; elle doit
pouvoir dire si, oui ou non, elle prend le risque de modifier son postulat en motion.
Comme on l’a entendu tout à l’heure, M. Blanc a conscience du probable résultat du vote
s’il ne transforme pas sa motion en postulat. Dès lors, il est bon qu’on respecte ce
principe ; si le motionnaire ne souhaite pas transformer sa motion en postulat, la majorité
doit le respecter, mais la majorité se garde le droit de ne pas faire suivre la motion à la
Municipalité. Cela me paraît être du bon sens.
M
me
Thérèse de Meuron (PLR) : – On ne va bien sûr pas régler le problème ce soir, car il
est particulièrement délicat. C’est vrai qu’à première lecture, notre Règlement offre la
possibilité au Conseil communal de transformer une motion en postulat. Nous avons voté
ce Règlement et je crains qu’en votant cet article 63, nous ayons fait une erreur
d’appréciation, pour ne pas dire commis un péché contre l’intelligence.
En donnant ce pouvoir au Conseil, on dépossède totalement le motionnaire de son droit ;
comme vient de le dire M. Ferrari, c’est très heurtant. Je crois me souvenir que
M. Sansonnens était intervenu il y a quelques semaines pour dire combien il était heurté
par le fait que, dans le cadre d’une commission, des commissaires avaient mis la pression
sur une motionnaire pour lui demander de transformer sa motion en postulat. Il estimait
cela tout à fait inacceptable. J’ose croire qu’il mettra la même énergie ce soir à combattre
cette pression que l’on met sur le motionnaire, votre camarade Blanc, de façon à ce qu’il
puisse défendre son droit. On en saura plus ensuite en soumettant le cas au Service
juridique et législatif pour avoir un avis de droit sur ce point. Quoi qu’il en soit, il serait
sage de modifier cet article 63 et de supprimer cette possibilité qu’a actuellement le
Conseil.
M. Laurent Rebeaud (Les Verts) : – On n’a pas besoin de faire appel au Service
juridique et législatif, ni à la Cour constitutionnelle ; le texte de notre Règlement est
parfaitement clair : ce Conseil peut décider de transformer une motion en postulat contre le
vœu de son auteur. Cette disposition du Règlement est peut-être sotte, contraire aux
principes et politiquement ingérable, mais il n’y a pas besoin de demander un avis au
Service juridique et législatif ; on n’a qu’à modifier notre Règlement et copier la petite
phrase de la Loi sur le Grand Conseil, qui dit que cette décision ne peut pas être prise
contre l’assentiment de l’auteur de la motion. Point.
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Si je suivais le Règlement à la lettre ce soir, je voterais le postulat, mais je n’ai pas envie
d’embêter M. Blanc, donc je vais me borner à voter contre sa motion. Cette idée resurgira
par la suite sous une autre forme. Mais, s’il vous plaît, ne consultez pas le Service juridique
et législatif ; cela ne sert à rien. Nous n’avons qu’à changer nous-mêmes notre Règlement.
Le texte est parfaitement clair.
M. Nicolas Gillard (PLR) : – Je renonce.
M. Giampiero Trezzini (Les Verts) : – Au-delà de la lecture du respect de la minorité,
que je peux parfaitement accepter, il me semble aussi très important que je sois sage ce
soir. Je ne sais pas qui est le fautif de cet amateurisme. Est-ce notre Conseil ? Nous avons
voté ce Règlement. Qui a proposé le préavis ? Des juristes, j’imagine ; donc des gens
compétents. Nous l’avons bien sûr amendé et nous en avons discuté. J’imagine qu’on me
rappellera la procédure dans une réponse. Si, aujourd’hui, on entend le préfet s’étonner à la
lecture d’un article du Règlement, je me demande si les règlements que nous adoptons sont
internes au Conseil et nous concernent uniquement ; et quand ils sont contestés, on
demandera un avis juridique à l’extérieur. Donc, ce soir j’ai une impression d’amateurisme
– mais elle se tourne vers moi.
M. Philippe Mivelaz (Soc.) : – Je partage l’opinion de la plupart de mes préopinants ; on a
un Règlement dont on a beaucoup discuté, on en a fait un pur chef-d’œuvre, mais il a
quelques bugs. Si, ce soir, on votait la transformation de la motion en postulat contre la
volonté de son initiant, on créerait un grave précédent. Il faut vraiment respecter le droit
d’initiative des conseillers. Il faudra modifier ce Règlement à terme, c’est clair ; mais, ce
soir, il ne faut pas créer un précédent.
Quant au sujet en lui-même, le groupe socialiste demande une transformation en postulat,
mais idéalement on voudrait une prise en considération partielle, ce qui serait dénaturer
encore plus l’initiative de M. Blanc. Politiquement et de son point de vue, il faut
reconnaître qu’il a raison de maintenir cette motion avec l’intégralité de son texte, puisque
ce sont les causes qu’il défend. Donc les choses sont plus claires s’il maintient sa position.
M
me
Isabelle Mayor (Les Verts) : – Cela aura au moins valu la peine de poser la question
pour voir que ce Règlement n’est pas complètement applicable et pour voir ce qu’on peut
en faire. Par rapport à la proposition faite à M. Blanc et qui n’a pas été acceptée, on en
prend note et, selon le postulat que nous proposera le Parti socialiste, on l’acceptera – s’il
va dans le sens qui nous convient. On attend le postulat, que le groupe des Verts acceptera
certainement de renvoyer à la Municipalité.
M. Nkiko Nsengimana (Les Verts) : – Finalement, motion ou postulat, la question de
l’inconstitutionnalité partant de la légalité de l’initiative de M. Blanc n’est pas tranchée. A
choisir, je préfère que l’initiative reste sous la forme d’une motion, car au moins la
Municipalité va y opposer un contre-projet de refus pur et simple en l’absence de base
légale.
M
me
Sylvianne Bergmann (Les Verts) : – Après tous ces Verts, je renonce.
M. Jean-Michel Dolivo (La Gauche) : – Je propose que le Bureau fasse une proposition
de modification du Règlement pour le rendre explicite, ce que l’Assemblée, me semble-t-il,
défend assez unanimement.
Je suis d’accord avec Laurent Rebeaud. C’est évident qu’il ne faut pas partir dans une
demande d’avis de droit et perdre du temps. Il faut trouver une formulation ; c’est donc un
vœu par rapport au travail du Bureau. Pour le reste, on ne va pas mettre en œuvre cette
disposition qui ne respecte pas les droits des minorités, comme cela a déjà été dit à maintes
reprises.
M. Jean-Luc Chollet (UDC) : – M. Dolivo rejoint M
me
de Meuron, en ce sens qu’on ne
peut pas déposséder le motionnaire de son droit. Si on le dépossède de son droit de
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maintenir son texte sous forme de motion, alors il faut accepter qu’il puisse le retirer ; si on
le contraint à quelque chose qu’il n’a pas souhaité, encore doit-il avoir le droit de le retirer.
Quand M. Rebeaud nous dit qu’il faut modifier le Règlement et foin de tous les avis du
Service juridique et législatif ; je veux bien. Encore faut-il que nos règlements soient
compatibles avec la loi. Il se trouve que je fais partie de la commission du Grand Conseil
qui s’occupe de la modification de la Loi sur les communes. Nous avons déjà eu quatre
séances de quatre heures, dont la dernière samedi matin, ce qui prouve que le temps presse,
mais qu’on avance à un rythme d’escargot. Nous ne manquerons pas de soumettre ce
problème directement à M. Eric Golaz du Service des communes et des relations
institutionnelles, qui pourra nous donner directement le point de vue de la loi, quitte à ce
que nous intervenions pour modifier cette loi. Actuellement, nous ne sommes
effectivement pas du tout au clair.
M. Roland Ostermann (Les Verts) : – La crainte a été exprimée de voir un initiant
dépossédé de son bien ; mais il faut être conscient du fait que le vote sur la prise en
considération dépossède l’initiant de son droit, et que le Conseil fait sienne l’initiative dès
lors qu’il l’a acceptée. Preuve en est qu’un initiant ne peut alors plus retirer son initiative.
M. Chollet estime que l’on doit pouvoir retirer une motion transformée de force en
postulat ; oui, on peut le faire tant que le Conseil n’a pas voté en fin de compte sur la prise
en considération. L’article incriminé peut être l’objet d’une discussion ultérieure. Mais,
actuellement, le Règlement du Conseil peut être appliqué dans le sens souhaité par mon
préopinant, à condition d’effectuer les opérations dans le bon ordre.
M. Julien Sansonnens (La Gauche) : – Oui, madame de Meuron, je vous rassure, je n’ai
pas changé d’opinion là-dessus. Vous soulignez avec beaucoup de justesse que les
pressions existent. Elles n’en seraient que renforcées si cet article était appliqué. Dès lors,
si vous proposez une modification du Règlement, j’apposerai ma signature sur un texte
PLR pour la première fois avec grand plaisir.
Le président : – Le Bureau va étudier ce cas, comme le suggérait M. Dolivo ; c’est une
évidence par rapport à la discussion qu’on vient d’avoir.
M. Daniel Brélaz, syndic : – J’ai juste expliqué la situation de base, je n’ai pas tranché.
Cette production vient de la commission du Conseil communal et pas de la Municipalité. Il
est tout aussi certain que le paragraphe qui vient juste après – la fin de l’article 63 – est
franchement illégal. Il postule qu’une fois qu’une motion est déposée, il ne peut rien se
passer dans le domaine tant qu’on n’a pas eu la réponse ; cela est contraire à la Loi sur les
communes. Cet article a un sérieux besoin d’être retravaillé, mais c’est une pure
production de votre Conseil.
La discussion sur la procédure est close.
M. Mathieu Blanc (PLR) : – J’apprécie cette discussion de fond et le consensus qui s’est
créé dans ce Conseil pour dire qu’on ne pouvait pas déposséder l’initiant, ainsi que le fait
qu’il n’y aurait pas de vote ce soir. Il n’y en aura pas à double titre ; je vous expliquerai
ceci à la fin.
D’abord, je souhaitais revenir sur un ou deux éléments de fond qui ont été relevés par mes
collègues, surtout de La Gauche ; je fais notamment référence à MM. Dolivo et
Sansonnens. Il y a d’abord l’initiative du PLR sur la bureaucratie. A mon avis, il y a un
lien, puisqu’on touche ici à quelque chose d’important pour le PLR : il n’y a pas de liberté
sans sécurité. Nous l’avons dit régulièrement. Il n’y a donc pas du tout de volonté de faire
du paternalisme ou de la bureaucratie, mais simplement de dire, oui, monsieur Dolivo,
aujourd’hui il y a des gens qui nous disent dans la rue ou sur les stands qu’ils n’empruntent
plus certains trajets le soir – à tort ou à raison –, qu’ils ne se sentent pas en sécurité dans
certaines rues de la ville ; on ne peut pas tolérer cela. C’est la raison pour laquelle il faut
réfléchir à des mesures d’éloignement qui ne sont pas un ovni juridique, mais qui existent
dans de nombreuses villes et de nombreux cantons.
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Par rapport à la base légale, j’ai recherché dans mes notes et j’ai vu que M
me
Bergmann
avait dit qu’entre-temps cette mesure était passée au niveau cantonal à St-Gall. On
observera quand même que, dans un premier temps, c’est bien le législatif communal de
St-Gall qui l’a adoptée.
Sur la question des amendes des mendiants à Genève qu’évoquait M. Sansonnens, on sort
un peu du cadre ; l’idée qui avait été lancée par mes collègues PLR de l’époque – Christian
Lüscher et l’actuel procureur Jornot –, soit ces mesures d’éloignement, était de dire qu’on
avait un objet contre la mendicité qui permettait de mettre des amendes et que les mesures
d’éloignement étaient un plus permettant de dire aux mendiants qu’on ne leur permettait
pas d’être dans telle ou telle zone de la ville, en dehors de la question des amendes, dont on
sait qu’elles présentent effectivement un souci pour les faire notifier.
Oui, monsieur Dolivo, contrairement à ce que vous croyez, le PLR s’occupe des problèmes
de sécurité à Lausanne par de nombreuses initiatives. C’est justement un sujet qui nous
tient à cœur, comme le logement, les crèches et autres, mais nous estimons qu’il n’y a pas
de liberté sans sécurité.
Enfin, M
me
Ruiz a dit que ma position et celle du PLR par rapport à cette question de
motion ou de postulat est un peu dogmatique. Je comprends son point de vue, comme je
comprends celui des Verts, qui ont dit qu’ils n’acceptaient pas la motion. Je le regrette ;
c’est pour cela que j’ai fait cet appel et dit qu’on pouvait discuter du fond, comme on l’a
fait pour le règlement, soit de cette question du contre-projet ; systématiquement, on ne
l’applique pas, en disant qu’il y a des points dans la motion qui ne nous conviennent pas et
qu’il faut la changer en postulat. Cela veut dire qu’on n’utilise pas un objet qui existe et
dont on ne remet pas en cause la légitimité ; on dit simplement que la motion ne nous
convient pas et qu’il faut la transformer en postulat. Ce soir, je regrette qu’on n’ait pas pu
avoir une vraie discussion sur le contre-projet.
Vu tout ce qui a été dit et vu que la majorité de l’hémicycle ne souhaite pas discuter du
contre-projet ou de prise en considération partielle – et pas seulement par esprit de
contradiction avec M. Mivelaz, qui trouvait cohérent de garder la motion –, je vais changer
ma motion en postulat. Je demande également un vote nominal, pour qu’il soit clair que
tous ceux qui voteront pour ce texte acceptent les mesures d’éloignement, de renforcer la
sécurité et d’interdire un périmètre donné à des gens qui posent problème dans les rues.
En ce qui concerne la question légale, j’aimerai dire à M. Dolivo d’aller consulter un arrêt
du Tribunal fédéral du 16 décembre 2009 que j’ai cité lors de la dernière séance – je crois
qu’il n’était plus là à ce moment – qui, à la suite d’un recours du Parti du Travail à Genève,
avait dû examiner s’il y avait un intérêt public à interdire les manifestations qui posaient
problème et s’il y avait une proportionnalité à interdire la présence de personnes dans des
périmètres donnés. A chaque fois, le Tribunal fédéral a dit que le texte, qui est le même
texte que j’ai repris de Genève, ne visait pas le droit de manifester, ni la distribution
d’imprimés ou d’autres actes pouvant générer de simples effets perturbateurs et qu’on peut
exclure que les dispositions puissent sanctionner des comportements anodins ou des
troubles légers ou passagers. Le Tribunal fédéral s’est déjà exprimé et on a des garanties.
Je remercie la gauche de voter cette motion transformée en postulat.
Le président : – La situation évolue. M. Blanc accepte de transformer sa motion en
postulat et demande le vote nominal.
M. Alain Hubler (La Gauche) : – Je voulais demander le vote nominal, mais c’est fait. Je
félicite M. Blanc, qui est un manipulateur de premier ordre ; il devrait faire de la magie. Il
a réussi à faire peur à ce Conseil communal, à faire faire de l’autoflagellation à
M. Trezzini, qui a dit que notre Règlement était mauvais, à nous faire envisager de
modifier notre Règlement, à nous faire croire qu’il allait conserver une motion et, encore
plus fort, à faire dire aux socialistes qu’ils allaient déposer une initiative dans le même
sens, qui se limiterait uniquement au deal. Et hop, il a repris l’objet à son compte sous
forme de postulat.
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J’espère que la majorité de gauche de ce Conseil va classer ce postulat pour faire ce qu’a
dit le Parti socialiste, soit de se limiter strictement au deal. Parce que là, vous avez mis le
doigt dans l’engrenage, vous vous êtes pris au jeu de M. Blanc – que je félicite à nouveau ;
franchement, chapeau ! Vous serez un excellent député. Le groupe La Gauche demande
bien entendu le classement de ce postulat, que ce soit un postulat, une motion ou n’importe
quoi d’autre. Nous sommes fermement opposés à ces mesures qui datent du Moyen Age.
M. Nicolas Gillard (PLR) : – En se prononçant sur un objet comme celui-ci sous l’angle
juridique, c’est M. Dolivo qui s’est pris le doigt dans la porte, parce qu’il nous indique que
son principal argument pour refuser cet objet c’est son caractère trop vaste ; à quoi je peux
presque répondre que, si tel est le cas, à supposer que la Municipalité présente un projet
suite à ce postulat, soit un préavis qui plaide pour une interprétation un peu plus réduite de
la notion d’ordre public, M. Dolivo l’accepterait. Je l’encourage donc à suivre ce qu’il
nous a dit ; dès lors que la motion est transformée en postulat et que la Municipalité aura
une marge de manœuvre plus grande pour définir ce qu’elle entend et ce qu’elle peut
soumettre aux restrictions de la liberté, je propose à M. Dolivo de dire oui, tout comme à
son groupe.
Et puisqu’on parle de ces mesures comme d’un ovni du côté du groupe La Gauche,
j’aimerai dire à M. Hubler que les juges civils les appliquent depuis très longtemps sans
que personne ne s’en soucie le moins du monde. Son collègue pourra le lui confirmer. Il
existe des mesures prises dans beaucoup de cas civils qui sont soumises à la menace de
l’article 292 du Code pénal, c’est-à-dire une amende, ce qui est exactement ce qui se passe
à Genève, où des personnes déterminées sont éloignées pour un comportement jugé à
risque. Il ne s’agit pas seulement de problèmes dans un couple, mais, dans beaucoup de
circonstances, un juge civil peut être amené à interdire une zone déterminée à une personne
pour éviter un danger particulier. Donc, l’argument selon lequel ces mesures seraient d’un
autre âge et ne seraient pas utiles tombe totalement à plat ; elles sont utilisées par les juges
civils avec beaucoup d’utilité. Je vous invite donc à accepter ce postulat et à le renvoyer à
la Municipalité.
M. Philipp Stauber (UDC) : – Tout ce que j’avais envie de dire a déjà été dit. Nous nous
rallions donc bêtement à ce que la majorité de ce Conseil décidera tout à l’heure. Nous
nous réjouissons du vote nominal.
M. Jean Tschopp (Soc.) : – Je renonce.
M. Jean-Michel Dolivo (La Gauche) : – Non, monsieur Gillard, je ne vais pas être appâté
comme M. Blanc a tenté de le faire avec le Parti socialiste. Je ne sais pas si l’appât va
fonctionner et si le Parti socialiste ou la majorité va tomber dans ce piège, mais je ne serai
pas appâté par des raisonnements spécieux.
Si j’ai effectivement indiqué que le texte de la motion maintenant transformée en postulat
était extrêmement large, ce n’est pas parce qu’il sera plus restreint que cela justifiera mieux
les mesures d’éloignement que vous souhaitez. Je considère que, quelle que soit la
catégorie de la population, il n’y a aucune mesure d’éloignement à prendre : le principe de
liberté et de la circulation doit être garanti dans notre ville. Je suis contre la construction de
toute forme de mur à l’égard de toute catégorie de population. Ce que vous proposez est
véritablement inacceptable et honteux du point de vue des droits fondamentaux. J’espère
que nos collègues socialistes et Verts ne tomberont pas dans le panneau.
M. Yves Ferrari (Les Verts) : – J’aimerais corriger certains propos de M. Blanc. Il dit
qu’il demande l’appel nominal pour savoir qui accepte les mesures d’éloignement. Non, ce
n’est pas vrai, monsieur Blanc ; celles et ceux qui accepteront et voteront pour le renvoi de
ce postulat à la Municipalité n’acceptent pas nécessairement les mesures d’éloignement,
encore moins pour ce qui est des mendiants. Cela veut dire tout au plus qu’ils sont prêts à
recevoir quelques pistes à étudier de la part de la Municipalité, qui ne sera pas contrainte
de présenter un contre-projet. Mais, en aucun cas ils ne sont absolument favorables à
l’éloignement ; ce n’est pas du tout la même chose. Il faut que ce soit clair.
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M. Nkiko Nsengimana (Les Verts) : – Oui, il faut réprimer le trafic de drogue et les
moyens légaux existent – peut-être qu’ils sont insuffisamment appliqués –, tels que le
démantèlement des réseaux d’importateurs et la lutte impitoyable contre le blanchiment de
l’argent de la drogue. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, en
2008, le plus gros des 352 milliards de dollars issus du trafic de drogue a été sciemment
blanchi par des institutions financières pour assurer les liquidités des banques en position
de faillite.
Nous n’avons pas le droit de légiférer et de restreindre des libertés fondamentales
constitutionnelles sans aucune base légale. Qui nous l’accorde ? Autant la Constitution
fédérale que la Constitution vaudoise nous l’interdisent. Ceci est grave et nous flirtons
avec quelque chose de très dangereux. On parle d’exclure une catégorie de personnes dont
la violence n’est pas avérée du domaine public, parce que nous sommes exaspérés de les
voir dans un endroit particulier. Nous ne les supportons pas parce qu’elles sont visibles et
que leur regard reflète la misère ; nous ne les supportons pas du fait de leur jeunesse ou de
leur faciès. Aujourd’hui, ce sont des mesures d’éloignement ; qu’en sera-t-il demain si la
mesure s’avère inefficace ? Parce qu’elle est inefficace. A Genève, on se pose des
questions sur l’efficacité des mesures d’éloignement ; elles sont inefficaces. Quand aurons-
nous besoin de leur imposer un signe distinctif pour les reconnaître de loin ? Je sens glisser
le manteau, que je croyais pourtant épais, de l’Etat de droit et des droits humains. Puisque
vous êtes M. et M
me
tout le monde, vous ne vous rendez peut-être pas compte de l’extrême
violence d’une telle initiative.
M. Hadrien Buclin (La Gauche) : – Je suis beaucoup plus convaincu par les propos de
M. Nsengimana que par les contorsions argumentatives de notre collègue Ferrari, puisqu’il
dit que soutenir un postulat ne revient pas à soutenir le fond du texte. Certes, un postulat
est moins contraignant qu’une motion, mais, quand même, le soutien des Verts à ce
postulat constitue un signal politique fort à un texte qui met sur un pied d’égalité les
mendiants et les dealers, mais aussi toute personne troublant l’ordre public, comme des
manifestants, des distributeurs de tracts, des artistes de rue, ou que sais-je. L’acceptation de
ce postulat reviendrait au soutien à un texte extrêmement flou et problématique, même s’il
est moins contraignant qu’une motion. Ce texte est si flou et il ouvre la porte à un tel
arbitraire que, même dans les rangs du Parti Radical-Libéral, certains conseillers
communaux se sont exprimés il y a deux semaines pour dire qu’ils allaient le refuser, parce
qu’il leur semblait ouvrir la porte à l’arbitraire ; je crois que c’était le cas de M. Picard. Le
soutien d’une partie de la gauche à un tel texte me semble donc extrêmement inquiétant.
On fait preuve d’une extrême prudence quand il s’agit de la conformité des droits des
conseillers communaux entre le niveau communal et le niveau cantonal – on l’a vu dans le
débat précédent –, alors que, quand il s’agit de droits fondamentaux et de leur conformité
entre le Règlement communal et la Constitution cantonale, certains de mes collègues
deviennent beaucoup plus légers et insouciants. Je trouve cette attitude problématique.
M. Alain Hubler (La Gauche) : – Autant M. Blanc m’a épaté par son habileté politique,
autant M. Gillard m’a déçu par son approximation juridique. Il a rappelé que des mesures
d’éloignement existent déjà et qu’elles sont prononcées par des juges. Oui, des juges,
monsieur Gillard ; on sait ce qu’est un juge dans votre métier. Or, dans la proposition de
M. Blanc, il est question non pas d’appliquer ces mesures d’éloignement par des juges,
mais par la police. Et police n’est pas égale à juge.
D’ailleurs, il existe déjà des gens qui sont frappés de mesures d’éloignement à Lausanne ;
je l’ai vu de mes yeux : leur carte d’identité a été confisquée par la police et on les a priés
de venir la chercher au poste ; j’imagine qu’on leur a dit de prendre le train. C’est vraiment
dommage que vous essayiez – moins subtilement que M. Blanc – de nous faire prendre des
vessies pour des lanternes. Une bonne raison pour ne pas voter le postulat, c’est que c’est
une affaire de compétence judiciaire et non de compétence policière. J’encourage les Verts
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et les socialistes à oublier ces mauvaises idées qui ne sentent pas très bon, comme l’a
rappelé M. Nsengimana, et à classer ce postulat.
M. Julien Sansonnens (La Gauche) : – Ce texte, on l’a vu, stigmatise des catégories de la
population. Ces mesures potentiellement liberticides et contraires aux droits fondamentaux
vont contre le projet de vivre ensemble. En début de séance, nous avons discuté de mesures
qui favorisent le vivre ensemble ; nous avons ici des mesures qui stigmatisent notamment
les Roms, qui souffrent déjà de la xénophobie. Cette mesure renforcera la xénophobie,
parce qu’elle lui donne une caution officielle ; les autorités cautionnent le fait de
stigmatiser et de mettre au ban de la société une catégorie de la population.
Ce qui me préoccupe énormément dans cette histoire, c’est le fait que le Parti socialiste et
les Verts, en tout cas une partie d’entre eux, semblent vouloir voter ce texte. Nous avons là
le résultat de décennies de blochérisme dans notre pays, qui ont fait et qui font des ravages,
semble-t-il y compris à gauche ; c’est un travail idéologique de matraquage, avec toujours
ce chantage à l’angélisme dans lequel seraient en train de tomber le Parti socialiste et les
Verts, qui font à leur tour dans la surenchère pour qu’on ne puisse pas les accuser
d’angélisme. C’est un piège qui est tendu depuis des années maintenant par la droite, avec
beaucoup de succès, comme nous le voyons malheureusement encore ce soir. Le Parti
socialiste et les Verts seraient bien inspirés de ne pas tomber dans ce piège et de ne pas
céder à ce chantage.
M. Philippe Mivelaz (Soc.) : – Le groupe socialiste aimerait se concerter ; c’est pourquoi
on demande une suspension de séance.
Le président : – On suspend la séance pendant dix minutes.
La séance est suspendue pendant dix minutes.
M
me
Isabelle Mayor (Les Verts) : – Les Verts, dans leur grande majorité, soutiendront la
prise en considération de ce postulat, non pas parce qu’ils sont a priori pour des mesures
d’éloignement, mais parce qu’ils ont envie de connaître l’impact de ces mesures, qui ont
déjà été appliquées ailleurs. Est-ce que cela a été efficace ? Quelles sont les questions qui
se posent au niveau juridique ? On estime donc qu’il est important et intéressant d’étudier
ces mesures. Mais on n’a pas envie d’être pris en otage par M. Blanc, qui nous ferait dire
qu’on accepte ce postulat et les mesures d’éloignement ; ce n’est pas notre volonté. On
accepte une étude par rapport aux dealers. On n’a pas non plus envie d’être pris en otage
par La Gauche, qui nous ferait passer pour des fascistes parce que, a priori, on serait
favorable à ces mesures d’éloignement.
M. Philippe Mivelaz (Soc.) : – La grande majorité du groupe socialiste tiendra parole et
soutiendra ce postulat, tout en rappelant sa position très claire : nous pensons que cette
mesure vaut la peine d’être étudiée dans le domaine du deal ; c’est pour cet aspect que
nous soutenons le postulat, mais nous serons très vigilants par rapport aux autres atteintes
aux libertés individuelles dans le rapport-préavis que nous soumettra la Municipalité. Un
certain nombre de mes camarades s’abstiendra ou s’y opposera, car le texte de M. Blanc
pose des problèmes assez graves. Mais in fine c’est le rapport-préavis de la Municipalité
qui compte.
M. Bertrand Picard (PLR) : – A titre tout à fait personnel, je trouve cette affaire
excessive, inapplicable et arbitraire. Mais je soutiendrai le postulat pour qu’on l’étudie.
Cela ne signifie pas que je suis d’accord avec le fond.
M. Alain Hubler (La Gauche) : – La totalité du groupe La Gauche propose le classement
de ce postulat. De plus, nous déplorons que le Parti socialiste fasse une deuxième erreur
politique en ne demandant pas le classement de ce postulat et en ne déposant pas son
propre postulat. Erreur politique qui est encouragée par les Verts.
M. Pierre-Antoine Hildbrand (PLR) : – Le groupe PLR salue les prises de position des
différents groupes de ce Conseil. Il note avec satisfaction qu’ayant fait une concession en
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transformant la motion en postulat, il permet de bâtir une majorité pour traiter des
problèmes qui touchent les Lausannois tous les jours. Il s’apprêtait à fustiger les
revirements de certains, mais il constate qu’il n’a pas besoin de le faire. Pour le reste, la
position de M. Picard n’engage que lui.
M. Philipp Stauber (UDC) : – Cela ne surprendra personne, nous soutenons ce postulat
dans sa forme et sur le fond.
M. Mathieu Blanc (PLR) : – Je rejoins évidemment mon président de groupe pour
remercier la position des groupes UDC, Verts et socialiste.
Monsieur Hubler, en effet, la décision serait orale dans un premier temps et notifiée par la
police. Mais il y a toujours une décision écrite dans un second temps, avec une possibilité
de recours, donc de recours judiciaire. Pendant la pause, j’ai retrouvé les notes du rapport
de la commission du Grand Conseil genevois qui avait examiné cette possibilité. Ils
avaient auditionné le commandant de la gendarmerie et lui ont demandé si ces mesures ne
faisaient pas faire perdre du temps aux policiers avec une surcharge bureaucratique. Le
commandant de la gendarmerie a dit que les mesures envisagées par le projet s’inscrivaient
dans une perspective de proximité et que, de ce fait, ne prendraient pas beaucoup de temps
supplémentaire et ne devraient pas surcharger la police. Au fond, en tout cas selon ce
commandant, c’est intéressant.
Pour finir, je n’ai pas apprécié le procès d’intention de M. Nsengimana, même si j’apprécie
sa verve et sa rhétorique, ni les propos de M. Buclin, qui tendaient à faire passer celui-ci
pour un texte fasciste. Je le répète, ceci est appliqué dans de nombreuses grandes villes, qui
ne sont pas forcément à majorité de droite. A Zurich, il y a eu un référendum suite à
l’instauration de mesures d’éloignement et la population les a acceptées à près de 80 %. On
peut aussi considérer que 80 % des Zurichois sont vraiment des fascistes. Non, il s’agit
simplement de donner une compétence à la police. Mais tout le monde a le droit d’utiliser
le domaine public.
M. Philippe Mivelaz (Soc.) : – Je m’excuse auprès de MM. Hubler et Hildbrand de les
avoir déçus, pour des raisons symétriquement opposées. Mais le Parti socialiste n’a de
leçons politiques à recevoir de personne.
M. Hadrien Buclin (La Gauche) : – Monsieur Blanc, je n’ai jamais utilisé le terme de
fascisme ou de fasciste. Je disais juste qu’à mon avis, ce texte est contraire aux droits
fondamentaux d’une société libérale, qui ont été d’ailleurs conquis au XIX
e
siècle par les
radicaux et les libéraux.
M
me
Isabelle Mayor (Les Verts) : – Je demande une motion d’ordre pour passer au vote.
Le président : – Cela tombe bien, parce que vous êtes la dernière à demander la parole.
L’appel nominal est appuyé par cinq conseillers.
Le scrutin est ouvert, puis clos.
A l’appel nominal, le postulat Mathieu Blanc est adopté par 55 voix contre 15 et
6 abstentions.
Ont voté oui : M
mes
et MM. Abbet Raphaël, Adam Yves, Allaz Christelle, Ansermet Eddy,
Aubert Eliane, Beaud Valéry, Bendahan Samuel, Bergmann Sylvianne, Bettschart-Narbel
Florence, Blanc Mathieu, Bürgin Daniel, Cachin Jean-François, Calame Maurice, Clivaz
Philippe, de Haller Xavier, de Meuron Thérèse, Decollogny Anne-Françoise, Faller
Olivier, Fracheboud Cédric, Gaudard Guy, Gendre Jean-Pascal, Gillard Nicolas, Graf
Albert, Grin Claude Nicole, Guidetti Laurent, Henchoz Jean-Daniel, Hildbrand Pierre-
Antoine, Jeanmonod Alain, Klunge Henri, Litzistorf Spina Natacha, Longchamp
Françoise, Marti Manuela, Mayor Isabelle, Mivelaz Philippe, Moscheni Fabrice, Müller
Elisabeth, Oberson Pierre, Ostermann Roland, Pernet Jacques, Perrin Charles-Denis,
Philippoz Roland, Picard Bertrand, Rapaz Roland, Rebeaud Laurent, Rossi Vincent, Ruf
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partie
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Florian, Ruiz Rebecca, Ruiz Vazquez Francisco, Salzmann Yvan, Saugeon Esther,
Schlienger Sandrine, Stauber Philipp, Tschopp Jean, Wermelinger Elisabeth, Wild Diane.
Ont voté non : M
mes
et MM. Biéler Benoît, Buclin Hadrien, Crausaz Mottier Magali,
Dolivo Jean-Michel, Frund Sarah, Gazzola Gianfranco, Hubler Alain, Knecht Evelyne,
Knecht Mirelle, Nsengimana Nkiko, Paccaud Isabelle, Payot David, Peters Solange,
Resplendino Janine, Sansonnens Julien.
Se sont abstenus : M
mes
et MM. Alvarez Henry Caroline, Chautems Jean-Marie, Ghelfi
Fabrice, Trezzini Giampiero, Zuercher Magali, Zürcher Anna.
Le Conseil communal de Lausanne
– vu la motion de M. Mathieu Blanc et consorts : « Pour l’instauration de mesures
d’éloignement permettant aux Lausannois de se réapproprier le domaine public ! » ;
– vu le rapport de la commission nommée pour examiner cette affaire;
– considérant que cet objet a été porté à l'ordre du jour,
décide :
1. de transformer cette motion en postulat ;
2. de prendre ce postulat en considération et de le renvoyer à la Municipalité pour étude et
rapport.
_________________
La séance est levée à 23 h.
_________________
Rédaction et mise en page : Patricia Pacheco Delacoste

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