Bureau

du coroner
Québec II II
RAPPORT D'INVESTIGATION DU CORONER
Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès
IDENTITÉ ;
:
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SUITE À UN AVIS
Prénom à la naissance
Farshad
Sexe
Masculin
Prénom de la mère
N/D
DU 2012 01 06 NUMÉRO DE L'AVIS A- 315620
ANNÉE MOIS JOUR
.Nom à la naissance
Mohammadi
Municipalité de résidence Province
Montréal Québec
155601
Date de naissance
1977 09 23
ANNÉE MOIS JOUR
Pays
Canada
Nom de la mère à la naissance Prénom du père Nom du père
N/D N/D N/D
DÉCÈ S ' .. - - • ; * . . • ;•:';;;. '..;"; .--. "; ••'; • •'.; •
Lieu du décès
Déterminé
Nom du lieu
Station de métro
DATE DU DÉCÈ S Déterminée
Bonaventure
2012 01 06
ANNÉE MOIS JOUR
Municipalité du décès
Montréal
HEURE DU DÉCÈ S Approximative
13 : 35
MRS MIN
IDENTIFICATION DE LA PERSONNE DECEDEE :
Farshad Mohammadi a été identifié par comparaison de ses empreintes digitales avec une fiche dactyloscopique.
i
RÉSUMÉ DES CIRCONSTANCES DU DÉCÈS :
Le 6 janvier 2012 en début d'après-midi, après une altercation au cours de laquelle Farshad Mohammadi a blessé un
policier avec un couteau dans une station du métro, il s'en est suivi une poursuite à pied dans les couloirs du métro
j usqu' au pied d' un escalier roulant par lequel monsieur Mohammadi tentait de s' enfuir de la station. C'est à cet
endroit que, vers 13 h 35, il a été atteint mortellement de deux coups de feu tirés par un des agents qui craignait que
monsieur Mohammadi blesse d'autres personnes à sa sortie de la station.
Le personnel d' Urgences-santé a été appelé sur les lieux pour la prise en charge de Farshad Mohammadi sur lequel
des manœuvres de réanimation avaient déjà été commencées par des policiers. Il a été transporté à l' Hôpital général de
Montréal où en dépit des efforts des ambulanciers et de l' équipe médicale, son décès a été constaté à 14 h 24 sans
qu' aucune activité cardiaque n' ait été enregistrée, autant sur la scène que durant le transport ou à l'hôpital. Il avait
subi des blessures qui ont rapidement entraîné la mort.
EXAMEN EXTERNE, AUTOPSIE ET ANALYSES TOXICOLOGIQUES :
Des examens externe et interne effectués le 9 janvier 2012 au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale
de Montréal ont permis de constater la présence de matériel de réanimation cardiorespiratoire et des marques
d' intervention thérapeutique récentes : tube endotrachéal, incision de thoracotomie transversale gauche, drain
thoracique droit, électrode autocollante, voie veineuse au pli du coude gauche, sites de ponction à l' aine droite et voie
intra-osseuse à la face antérieure de la jambe droite. Le pathologiste a noté la présence de lésions traumatiques de
nature contondante aux mains.
Une plaie d'entrée de projectile d'arme à feu était visible au niveau dû dos, sous la hauteur des omoplates, à 2,5 cm à
gauche de la ligne médiane; ce projectile a pénétré dans la cavité thoracique droite à la hauteur de la dixième vertèbre
thoracique occasionnant des fractures de cette vertèbre avec section de la moelle épinière et a par la suite perforé les
trois lobes du poumon droit et la plèvre médiastinale gauche provoquant des hémothorax bilatéraux et entraînant une
contusion du lobe inférieur du poumon gauche. Le projectile a fracturé la quatrième côte droite en latéral et a été
récupéré dans les tissus mous de la paroi thoracique latérale droite; il a provoqué des blessures mortelles.
Une deuxième plaie d'entrée de projectile était visible à la face postérieure du bras droit; ce projectile a provoqué une
fracture comminutive du tiers supérieur de l' humérus droit et a été récupéré dans les tissus mous de la face antérieure
de l' épaule droite.
IDENTIFICATION DU CORONER
Prénom du coroner
Jean
Nom du coroner
Brochu
Je soussigné, coroner, reconnais que la date indiquée, et les lieux, causes, circonstances décrits cl^iaut ont été établis au meilleur
de ma connaissance et ce, suite à mon investigation, en foi de quoi
J'AI SIGNÉ À : Montréal CE 6 mai 2012
SOC (2008-06 7-2)
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Numéro de l'avis
II n'y avait pas d' évidence d' indice de proximité de tir sur la peau mais le pathologiste était d'avis que les vêtements
que portait monsieur Mohammadi ont pu faire écran à ces indices s' il y en avait.
Le pathologiste a aussi décrit diverses érosions, contusions et lacérations sur le corps du défunt en précisant que ces
lésions n'avaient pas contribué au décès. Il a constaté des fractures de côtes attribuables aux manœuvres de
réanimation et l'absence de lésion anatomique préexistante significative à l'examen des organes internes.
Au niveau des analyses toxicologiques, aucune substance - alcool, médicament ou drogue - n'a été décelée dans le
sang de Farshad Mohammadi.
ANALYSE DES CAUSES ET DES CIRCONSTANCES DU DÉCÈS :
Enquête indépendante
Étant donné l' implication d'agents du Service de police de la Ville de Montréal dans le décès de Farshad Mohammadi,
une enquête indépendante a été ordonnée et elle a été effectuée par-des agents de la Sûreté du Québec de la Division
des enquêtes sur les crimes contre la personne.
Les événements
Cette enquête a déterminé que le 6 janvier 2012 en début d'après-midi, deux agents du Service de police de la
Ville.de Montréal affectés à la sécurité du métro ont été appelés à la station Bonaventure pour répondre à un appel
concernant un individu qui jouait de la musique sur le quai Côte-Vertu de la station. Ils se sont déplacés en métro et à
leur arrivée à la station Bonaventure, l ' i ndi vi du en question avait déjà quitté l'endroit. En raison d' une problématique
particulière à cette station, ils ont donc décidé de monter vers la mezzanine où il y aurait fréquemment des demandes
d' intervention concernant des itinérants qui dorment sur les lieux, flânent ou quêtent des dons, ce qui est interdit par le
règlement. Dans son rapport d' intervention, un des agents a écrit que l'action des policiers se résume souvent à
demander aux gens de circuler car ils contreviennent aux règlements. En cas de refus de circuler, les agents leur
demandent de s' identifier pour leur remettre un constat d' infraction.
Parvenus au niveau de la mezzanine, les policiers ont constaté que plusieurs personnes se trouvaient en situation
d' infraction et ils leur ont demandé de quitter les lieux.
Un individu était toutefois assis près des bacs de recyclage; à la demande du policier de circuler, il a répondu en
anglais mais avec un fort accent : « No sleep, no sleep », ce qu' on pourrait traduire par « Je ne suis pas ici pour
dormir ». L'agent voyait bien que l ' i ndi vi du ne dormait pas mais il a réalisé qu' i l ne comprenait pas pourquoi il devait
quitter l'endroit.
L'agent lui a donc expliqué lentement en anglais que le règlement du métro interdisait de flâner dans les stations, que
tous ceux qui ne sont pas là pour prendre le métro doivent quitter les lieux et que s' il refusait de quitter, les autres
flâneurs ne voudraient pas s'en aller non plus.
Devant le refus de monsieur Mohammadi de qui t t er- il n'est pas possible de savoir s' il avait bien compris les ordres
et indications du policier - l'agent lui a expliqué de nouveau qu' i l était interdit de flâner et que s' il refusait toujours de
quitter les lieux, il allait lui rédiger une contravention. Il lui a donc fait un signe de la main pour lui indiquer la sortie.
Monsieur Mohammadi s'est plutôt levé pour se rasseoir aussitôt à quelques reprises et il a mis la main droite dans sa
poche deux fois. Chaque fois, le policier lui a demandé de retirer sa main de sa poche et il a précisé dans son rapport
qu' on enseignait aux agents à ne pas laisser un suspect mettre la main dans sa poche sans raison puisqu' il pourrait en
retirer une arme.
L'agent a demandé à monsieur Mohammadi de lui remettre une pièce d' identité pour rédiger une contravention; il a
reçu comme réponse : « No ID » (Je n' ai pas de pièce d' identité).
Les événements se précipitent à compter de ce moment et le soussigné préfère citer textuellement le rapport remis par
le policier après les faits :
Je lui demande : « You do not have any piece of ID? » (traduction du soussigné : Vous n'avez pas de
pièce d'identité?). // se lève et pointe loin avec sa main. Je comprends qu' il y a peut-être quelques
choses qui l'identifieraient en quelque part dans cette direction mais je préfère ne pas déplacer
l'intervention car il nous est enseigné d'éviter d'être conduit à un autre endroit par une personne avec
qui on intervient car cette personne pourrait nous conduire vers une arme ou une embuscade.
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Numéro de l'avis
Comprenant qu 'il n 'a pas de pièce d'identité, je lui demande de me dire verbalement son nom. Il me
répond : « My name is No Body » (traduction : Mon nom est personne). Je lui réponds qu 'il n 'a plus le
choix, qu 'il doit s'identifier car il commet une infraction. C 'est alors qu 'il dit : « I will kill you there »
(traduction : Je vais te tuer là-bas.) en pointant l'endroit où (l'autre policier) se tient. Cette menace était
si gratuite que j'ai cru avoir mal compris. Je lui demande de répéter mais il ne répète pas. Je lui
demande : « Are you threatening us? » (traduction : Êtes-vous en train de nous menacer?). //
répond : « No sleeping, no sleeping » (traduction littérale : pas de sommeil, pas de sommeil). Je
constate alors qu 'il n 'est pas toujours cohérent. Je décide de ne pas procéder pour menace de mort car
il n 'a pas réitéré la menace.
Je lui demande à plusieurs reprises de me donner son nom de façon verbale en précisant qu 'il a
l'obligation de le faire mais il répond toujours qu 'il s'appelle No Body. Jusqu 'au moment où il décide
de se lever et de marcher en direction de l'autre extrémité de la mezzanine. J'enfile derrière lui en
disant : « Hey, where are you going? » (traduction : Hey, où allez-vous?). // continue d' un pas décidé.
Environ cinq ou six pas plus loin, il change de direction en pivotant de 180 degrés et fait un pas vers
moi en avançant sa main droite vers l'avant. Je vois dans son visage qu 'il a les sourcils froncés et
montre les dents, il a les jambes un peu fléchies, comme pour baisser son centre de gravité. Il pivote à
nouveau et poursuit son chemin. Je sors donc mon bâton car l'individu vient de me donner des signes
clairs précurseurs d'attaque. A ce moment, je crois que l'individu va m'attaquer à main nue. C 'est
pourquoi je choisis le bâton télescopique.
Le temps que je sorte mon bâton, l ' homme s'est encore retourné et fonce vers moi en faisant aller sa
main droite de droite à gauche. Je comprends alors qu 'il ne s'agitpas d'un corps à corps à mains nues
mais bien d' une attaque au couteau. Il fonce vers moi. Je tente d'atteindre sa jambe avec mon bâton
mais je rate la cible. L' homme profite de ce moment pour foncer vers moi avec le couteau (lame) qui
passe de tous côtés et me fait trébucher sur le dos. Une fois au sol, l'homme est par-dessus moi et me
donne plusieurs coups de lame au thorax. Les coups commencent au niveau du ventre et remontent vers
le cou. A ce moment, je suis convaincu que je suis victime d'une attaque à l'arme blanche et je suis très
conscient que mon cou n 'a aucune protection et qu 'une seule entaille au mauvais endroit peut entraîner
ma mort en quelques secondes. Alors que je tente de me dégager de cette position, je sens la lame qui
pénètre dans la chair de ma tète, j'ai eu vraiment peur pour ma vie. Je réussis à me retourner pour me
relever, tournant ainsi le dos à l'agresseur pendant environ une seconde.
Pendant que son collègue lutte avec Farshad Mohammadi, l' autre agent frappe celui-ci à deux reprises à la tête avec
son bâton télescopique après avoir lui-même été frappé à l'épaule. Son intervention stoppe les coups que porte
monsieur Mohammadi à son coéquipier.
Retournons au rapport de l' autre policier :
Une fois debout, je reprends ma position de défense avec mon bâton faisant face à l'agresseur.
L' homme fonce encore sur moi. Je tente de l'atteindre une autrefois avec mon bâton mais encore sans
succès. Malheureusement, la fin de ma motion m'a fait échapper mon bâton. L' homme a alors changé
de direction et est allé ramasser celui-ci. Avec mon bâton en main ainsi que son arme blanche dans
l'autre, l' homme se met à marcher sur la passerelle de la mezzanine en nous tournant le dos. J'en
profite pour prendre mon radio et donner le 10-07. J'ai dit : « 50-51, 10-07 au métro Bonaventure. Je
suis poignardé, j'ai besoin d' une ambulance ». J'ai aussi donné une description de l'individu sur les
ondes.
^
Par la suite, je décide de prendre mon arme à feu en main et de pointer l'individu en prenant soin de
mettre mon index sur le châssis de l'arme pour ne pas tirer accidentellement. L' homme marchait d' un
pas décidé vers l'autre extrémité de la station de métro (vers la sortie de la Cathédrale). En prenant
mon arme, je constate que mon index de la main gauche est ensanglanté. Je vois mon gant qui est coupé
avec du sang qui en ressort. Je sais que je suis blessé à la tête et crois l'être à l'abdomen également. A
ce moment, je sais qu 'il faut absolument neutraliser cet homme qui est une menace pour la vie de toute
personne qui se mettra sur sa route. Je crains qu 'il s'en prenne à un citoyen ou encore qu 'un policier
ayant eu la description, l'interpelle à l'extérieur et qu 'il subisse le même sort que moi. Il est clair que
cet homme constitue une menace et qu 'il doit être neutralisé.
En compagnie de mon partenaire, nous suivons l' homme à quelques mètres de distance. Je constate
immédiatement qu 'il y a plusieurs personnes qui se trouvent sur la mezzanine et qui sont directement
dans notre angle de tir. J'informe mon partenaire de ma constatation pour m'assurer qu 'il ne tirera pas
dans ces conditions.
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Numéro de l'avis
Tout de suite, je crie à l'individu de se coucher au sol en disant : « Down, down, get down, down »
(traduction : À terre, à terre, couchez-vous à terre, à terre). L' homme continue son chemin sans
broncher. Voyant qu' il n'y a aucun résultat, je décide plutôt de crier aux citoyens de se tasser et de
dégager le corridor. Mais il y a toujours de nouvelles personnes qui arrivent, nous empêchant de
neutraliser la menace. Durant cet épisode, l' homme lance le bâton au sol en direction de la clôture.
L' homme arrivant au bout de la mezzanine, il tourne vers la droite et se dirige vers l'escalier qui mène
à la sortie de la Cathédrale. À ce moment, il n'y a plus personne dans la ligne de tir, je dis à mon
partenaire : « Là, on n 'aura plus le choix, on va devoir le tirer! ». Mon partenaire répond : « Oui, mais
il est toujours de dos! ». Après cette courte discussion, l'homme tourne à droite et commence à monter
l'escalier. Il a quitté mon champ de vision durant une seconde, le temps que nous arrivions dans le bas
de l'escalier. Il est à noter que jusque là, nous n 'avions jamais perdu de vue l'individu et que personne
d'autre n 'était dans l'escalier lorsque je suis arrivé en bas de l'escalier une seconde plus tard.
D'en bas, je constate qu 'il est dans l'escalier en béton qui est parallèle à l'escalier roulant et qu 'il en a
monté la moitié. Il n'y a personne d'autre dans ces escaliers. Je vois que le mur du fond, en haut, est à
angle et qu 'il fera ricocher les balles vers le haut si jamais je rate la cible. Je crie encore : « Get down,
get down, stop... » à plusieurs reprises. Il continue à monter l'escalier. Je décide de rester en bas pour
être le plus stable possible car je lui donne jusqu 'au haut de l'escalier pour obtempérer sans quoi je
devrai tirer avant qu 'il ne tourne le coin et emprunte le dernier ensemble d'escalier avant de sortir à
l'extérieur. Cet ensemble d'escalier est constitué de plusieurs paliers et plusieurs petites longueurs
d'escaliers qui tournent de 180° et qui finissent par conduire à l'extérieur. Je sais que si l'individu entre
dans cette section, ce sera extrêmement plus difficile d'agir. Dans ce cas, nous devrons monter palier
par palier, tranquillement en s'assurant que l' homme ne nous attend pas caché derrière chaque virage
de 180" et si le chemin est libre, lorsque nous arriverons en haut, l' homme se sera probablement sauvé.
Il monte la dernière marche et tourne vers la gauche pour s'engager dans cet ensemble d'escalier. Je
m'assure qu 'il n'y a toujours personne d'autre et je tire deux coups de feu. L' homme s'arrête mais ne
tombe pas. J'ignore s'il est touché ou juste surpris. Je lui crie une dernière fois : « Get down », mais il
ne réagit toujours pas. Je tire donc un coup de plus et vois l' homme tomber.
Nous montons l'escalier en courant. Tout en montant, j'informe la Prao que l'homme a été tiré, que
nous avons besoin d'une ambulance. Une fois en haut, l' homme est au sol, couché sur le ventre,
légèrement sur son côté droit, il est inconscient ou mort. Il y a un couteau de style x-acto à manche
jaune ensanglanté près de sa main. L'agent (l'autre policier) donne un coup de pied à l'arme pour
l'éloigner de la personne blessée. Pour ma part, craignant qu 'il reprenne conscience et qu 'il blesse
d'autres personnes, je le menotte au dos, il n 'offre aucune résistance.
À ce moment, des gens commencent à arriver, provenant de l'extérieur, je décide donc de les empêcher
de descendre voulant protéger la scène. Je regarde mon partenaire et je comprends qu 'il demeure avec
l' homme blessé. La Prao nous demande notre emplacement exact pour envoyer les ambulances.
Heureusement, une première policière est arrivée de l'extérieur. Je lui ai demandé de quelle sortie elle
arrivait. Elle m'a répondu : « Sortie de la Cathédrale ». J'ai tout de suite donné l'information sur le
canal 6. La policière m'a ensuite dit : « Je pense que tu devrais t'asseoir »....
L'enquête
Les caméras de surveillance du métro ont capté toutes les scènes décrites par le policier impliqué, depuis le moment
où monsieur Mohammadi se lève pour se diriger vers l' autre extrémité de la mezzanine j usqu' au moment où il est
abattu par le policier. On voit sur les images monsieur Mohammadi qui marche rapidement dans la station de métro,
croisant ou dépassant de nombreux passants et suivi par les policiers.
Lors de l'examen de la scène par les enquêteurs de la Sûreté du Québec, trois douilles ont été récupérées près de
l' endroit où monsieur Mohammadi a été atteint de projectiles d'arme à feu.
Farshad Mohammadi
Originaire d' Iran, Farshad Mohammadi était arrivé seul au Canada en 2006 via un programme spécial chapeauté par
les Nations Unies (le programme UNHCR) et il n'avait pas de famille au Canada.
Monsieur Mohammadi avait été admis quelques jours dans un hôpital de Toronto en j ui n 2008 et n' avait apparemment
pas d'antécédent psychiatrique à ce moment-là. À l'admission, il présentait des symptômes d' al l ure psychotique avec
des hallucinations auditives et un délire paranoïde. Un test de dépistage de drogues n'avait malheureusement pas été
effectué et son état s'était.normalisé en quelques jours sans médication.
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RAPPORT D'INVESTIGATION DU CORONER
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Numéro de l'avis
II a par la suite été admis à l'Hôpital Douglas de Montréal du 16 au 18 j ui n 2008 en raison d' une psychose toxique. Un
test urinaire s'était alors révélé positif au cannabis, substance qu' il consommait fréquemment.
Une recherche effectuée auprès de la Régie de l'assurance maladie du Québec indique que monsieur Mohammadi
avait consulté un médecin une seule fois par la suite, en 2009, en raison de céphalées.
On ignore l'essentiel de ses allées et venues dans les trois années précédant son décès; on sait qu' i l a bénéficié de
l' aide d'organismes offrant des services aux itinérants tels l' Accueil Bonneau et la Maison du Père et durant environ
dix-huit mois avant son décès, il a été suivi par les intervenants de Projet Chez Soi, programme visant à fourni r un
logement aux itinérants et permettant de rencontrer différentes personnes offrant de l' aide aux participants du
programme. La paranoïa de monsieur Mohammadi lui faisait toutefois éviter les contacts et le suivi offert par le
programme.
Quelques semaines avant les événements décrits dans ce rapport, monsieur Mohammadi avait malheureusement été
expulsé de son logement et il s'était retrouvé dans la rue.
Les problèmes de santé mentale chez les itinérants
Encore une fois, il faut déplorer la mort d' une personne souffrant d' un problème de santé mentale. Encore une fois,
des policiers se sont retrouvés en première ligne d' intervention auprès d' une personne nécessitant des soins de santé et
des services sociaux plutôt qu' une intervention policière.
On connaît l' ampleur de ce problème : selon des données transmises au soussigné et provenant de sources fiables
(RAPSIM, Réseau d'Aide aux Personnes Seules et Itinérantes de Montréal, 2008), le nombre de personnes qui ont été
en situation d' itinérance à Montréal pendant au moins une partie de l'année 2005 était estimé à 30 000 personnes dont
beaucoup présentaient d'importants problèmes de santé concomitants; on estime qu'environ 30 à 50 % éprouvaient
des troubles de santé mentale et 10 % présentaient des troubles mentaux graves. Plus de 50 % des personnes
itinérantes et atteintes de troubles mentaux auraient aussi des problèmes de dépendance (Weinred et coll, 2005).
Dans le domaine de la santé physique, plusieurs mesures ont été mises en place au fil des années pour supporter à
domicile ou dans la communauté les patients aux prises avec des problèmes majeurs de santé : qu' on pense seulement
aux infirmières pivots dans des domaines comme l'oncologie, la cardiologie, le diabète ou la pneumologie pour n' en
nommer que quelques-uns.
Des services semblables doivent être mis en place pour les personnes aux prises avec des problèmes graves de santé
mentale et ils doivent être des services de proximité en raison de la vulnérabilité extrême et des dangers possibles
auxquels cette clientèle peut être confrontée dans des situations de crise.
Ces services doivent être offerts sur le terrain - au domicile du patient ou dans la rue s' il le faut - et les intervenants
doivent être disponibles et en mesure de se déplacer pour effectuer un suivi aussi régulier que demande la condition du
patient. Ces services doivent être modulables et variables pour que les intervenants soient en mesure de détecter les
signes précurseurs d' une détérioration menaçante de l'état mental de leurs patients et ils doivent présenter un caractère
permanent puisque la condition des patients est chronique.
L'usage approprié d' une arme intermédiaire
Dans le but de protéger le public contre une menace qu' i l s estimaient ajuste titre réelle, des policiers ont de nouveau
dégainé leur arme de service et tiré sur un i ndi vi du dont on sait maintenant qu' i l présentait plutôt des manifestations
de désorganisation mentale.
De façon appropriée, face à la menace d' une attaque à l'arme blanche, le policier a d'abord tenté de neutraliser
monsieur Mohammadi avec une arme intermédiaire mais il a échappé son bâton dès le début de l'altercation. On
ignore si les agents disposaient de bombonnes de poivre de Cayenne et il n'est pas certain que les circonstances
propices pour l' utiliser se sont présentées; il semble plutôt que monsieur Mohammadi ait sorti son couteau très
subitement et se soit précipité sur le policier sans tarder, ne laissant pas l'opportunité aux agents de neutraliser le
suspect avec leur bombonne de poivre.
Le soussigné estime encore une fois qu' i l aurait été judicieux de disposer et d' utiliser un pistolet à i mpul si on
électrique pour neutraliser Farshad Mohammadi après l'altercation. Les enregistrements vidéo indiquent que les
agents auraient eu plusieurs occasions pour neutraliser monsieur Mohammadi pendant qu' i l s le suivaient dans les
couloirs de la station de métro.
Face aux voix qui s'opposent à l' utilisation par les policiers du pistolet électrique, le soussigné affirme que celui-ci,
lors de l' intervention auprès de monsieur Mohammadi comme lors d'autres événements survenus dans le passé,
n' aurait certainement pas causé plus de dommages que n'en a faits le pistolet de 9 mm.
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RAPPORT D'INVESTIGATION DU CORONER
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Numéro de l'avis
Qui plus est, pour une intervention dans les stations du métro, où la densité de la circulation humaine est élevée, il
tombe sous le sens que l'utilisation d'une arme intermédiaire, quelle qu' elle soit, est préférable à l'utilisation d' une
arme à feu quand l'ensemble des circonstances permet son emploi.
Le rapport de l'étude RESTRAINT (l'acronyme anglophone est rendu en français par « risque de mort chez les
personnes qui résistent à leur arrestation : évaluation de la fréquence et de la nature des issues fatales ») a été publié en
septembre 2013. Cette étude consistait en une analyse prospective sur le recours à la force policière dans quatre villes
canadiennes et a été réalisée pour Recherche et développement pour la défense Canada.
Les premiers résultats de l'étude RESTRAINT démontrent que le recours à la force policière est rare.
On indique que 99,9p. 100 des interactions entre la police et le public n 'impliquent pas de recours à la
force policière et que le recours à la force policière se produit principalement lorsque des individus
sont en état d'ébriété et/ou ont des troubles émotifs... De plus, 16,6p. 100 des individus impliqués dans
des occurrences de recours à la force sont par la suite hospitalisés pour des blessures physiques ainsi
que pour obtenir une évaluation de la santé mentale et une évaluation des substances intoxicantes
consommées ou la combinaison de celles-ci.
L'étude RESTRAINT a également démontré la possibilité de consigner prospectivement l'emplacement
du déploiement d'armes à impulsions (y compris le jumelage de fléchettes) sur des individus qui
subissent l'utilisation d'arme à impulsions. On a commencé à recueillir des données sur les
emplacements des fléchettes peu après le début du recrutement dans l'étude et on a obtenu des
renseignements sur l'emplacement des fléchettes dans 115 utilisations en mode à sondes sur 336
(34 p. 1000). Au moins une fléchette a frappé une partie de la poitrine de l'individu dans 8 cas sur 115
des utilisations en mode à sondes (7p. 100). Aucun individu n'est mort en raison de blessures subies
par les fléchettes, quelle que soit la circonstance.
On a consigné que la mort à la suite du recours à la force policière est rare (0,14 p. 100 des cas de
recours à la force policière) et que la mort subite sous garde est encore plus rare (0,02 p. 100 des cas
de recours à la force policière)...
Le soussigné estime donc que selon des données récentes, l'utilisation de l'arme à impulsions est suffisamment
sécuritaire pour qu' on en recommande l'emploi, surtout dans des endroits où une intervention policière risque de se
produire au milieu d' une foule d' une densité significative. Elle peut faire partie des moyens à utiliser « en escalade »
lors d' une intervention et il est certain qu'elle est susceptible de causer bien moins de dommages qu' un pistolet de
9 mm.
Le règlement R-036
Le règlement R-036, adopté en vertu de la Loi sur les sociétés de transport en commun (L.R.Q., c. S-30.01, art. 144) et
concernant les normes de sécurité et de comportement des personnes dans le matériel roulant et les immeubles
exploités par ou pour la Société de transport de Montréal, précise :
Dans ou sur un immeuble ou du matériel roulant, il est interdit à toute personne :
• de gêner ou d'entraver la libre circulation de personnes, en s'immobilisant, en rôdant, en flânant, en
déposant ou en transportant un sac, un contenant ou un autre objet;

• de se coucher ou de s'étendre sur un banc, sur un siège ou sur le sol, s'asseoir sur le sol ou occuper la place
de plus d'une personne;
• de refuser de circuler lorsque requis de le faire par un préposé...
Ce règlement indique donc à l'article 30 que les policiers et les agents de sécurité du métro doivent inviter les flâneurs
et les itinérants à quitter les stations pour se réfugier ailleurs, à défaut de quoi une contravention peut leur être remise.
En règle générale, malgré quelques propos exprimant la frustration ou la colère, la chose se passe plutôt bien, surtout
avec ceux qui sont plus souvent expulsés du métro mais qui s'y réfugient de nouveau, surtout en saison froide pour se
réchauffer.
On semble comprendre, d'après la déclaration de l'agent impliqué dans le décès de monsieur Mohammadi, que
celui-ci comprenait qu' i l était interdit de dormir dans les stations de métro.
La nécessité d'envisager autrement la signification du refus d'obtempérer
Le refus d' une personne d'obtempérer aux ordres d' un policier peut représenter bien des choses, à commencer par une
incompréhension du langage causée par une barrière linguistique, ce qui est susceptible de survenir dans une ville
cosmopolite comme Montréal.
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RAPPORT D'INVESTIGATION DU CORONER
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Numéro de l'avis
Au moment où il devenait évident que la résistance de monsieur Mohammadi ne s' inscrivait pas dans l'ordre de la
désobéissance ou du défi mais qu'elle pouvait être interprétée par la présence d'indices d' un état mental perturbé
(dans le rapport du policier : « Je constate alors qu 'il n 'est pas toujours cohérent »), la question se pose à savoir si
l'agent aurait pu concentrer son attention sur l'état mental de la personne devant lui plutôt que sur la nécessité qu' elle
quitte les lieux au plus tôt pour passer à autre chose.
En d'autres mots, mettre en suspens l'intervention visant à expulser l' individu du métro pour chercher à comprendre
ce qui cloche pour que l'interaction se termine de la meilleure façon possible.
En ce sens, il faudrait mieux enseigner aux agents, comme le fait maintenant le personnel de l'École nationale de
police du Québec, comment détecter les possibles problèmes de santé mentale d' un i ndi vi du qui « résiste » afin de
déterminer si l'action à faire est de poursuivre l' intervention dans la même veine ou réclamer une intervention
sociomédicale et discuter calmement avec l ' i ndi vi du en attendant l' arrivée des intervenants de la di sci pl i ne requise.
Il faudrait évidemment que ces intervenants soient disponibles dans un délai relativement rapide pour éviter que
l' interaction policière avec l ' i ndi vi du se prolonge de façon.indue et tourne au vinaigre.
RECOMMANDATIONS :
Je recommande au ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, en collaboration avec l'Agence de la
santé et des services sociaux de Montréal, de mettre en place des services psychosociaux adaptés pour que les
personnes atteintes de problèmes de santé mentale ou de toxicomanie bénéficient dans la communauté du suivi et des
services de l'intensité et du type correspondant à leur situation et pour que l'arrimage entre les services de première
ligne et les services spécialisés fassent l'objet d' une coordination soutenue et rigoureuse.
Afin de mi ni mi ser l' impact des interventions policières auprès des personnes ayant des troubles mentaux, je
recommande au ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, en collaboration avec l'Agence de la
santé et des services sociaux de Montréal, d'accroître le nombre des équipes mobiles d' intervenants spécialisés pour
soutenir les policiers et les patrouilleurs qui interviennent auprès des personnes en situation d' itinérance ou des
personnes qui ont un problème de santé mentale ou de toxicomanie.
Je recommande à l'École nationale de police du Québec de poursuivre ses recherches afin de proposer, le cas
échéant, de nouvelles stratégies et tactiques policières spécifiques à l' intervention auprès de personnes en situation de
crise.
Je recommande au Service de police de la Ville de Montréal d' équiper plus d'agents et de véhicules de patrouille
d' armes intermédiaires comme l'arme à impulsion électrique, tout en s'assurant de politiques d' utilisation rigoureuses
ainsi que de l'obligation d'appeler une ambulance dès que la possibilité d' utiliser une arme à i mpul si on électrique est
soulevée.
CONCLUSION :
Farshad Mohammadi est décédé des suites d' un traumatisme thoracopulmonaire secondaire au passage d' un projectile
d'arme à feu. Il s'agit d' un décès violent.
A ^
rocnuTm.d.
ivestigateur
A
SOC (2008-06 7)
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