DOCUMENT D’INFORMATION

ENTENTES TRILATÉRALE DE 1991 ET BILATÉRALE DE 1998
DES ALGONQUINS DE LAC-BARRIERE
21 juillet 2014

Les Algonquins de Lac-Barrière (connus aussi par leur nom algonquin, “Mitchikanibikok
Inik”) forment une communauté autochtone d’environ 500 personnes, située dans la
province du Québec, à trois heures de voiture au Nord d’Ottawa, Canada. La situation
socioéconomique de la communauté est très mauvaise :


La population a été marginalisée sur une minuscule réserve de 59 acres au Lac-
Rapide qui est surpeuplée, poussiéreuse et affectée par une grave érosion.


Les taux de chômage sont de l’ordre de 80 à 90%.


La communauté connaît une grave crise du logement – 7 personnes par
logement en moyenne, mais les véritables chiffres vont jusqu’à 18 à 23
personnes par habitation.


Les niveaux de scolarisation sont bas et le taux d’incidence du diabète est élevé.

Sur une note plus positive, la communauté a réussi à préserver sa langue, ses
coutumes et son mode de vie traditionnel.

En 2010, malgré les objections d’une vaste majorité, la communauté s’est vue imposer
le système électoral de l’article 74 de la Loi sur les Indiens. Une nouvelle élection est
prévue le 9 août 2014.

Le chef et le conseil actuels prévoient établir un processus communautaire pour
retourner au système coutumier de gouvernance algonquin.

ENTENTE TRILATÉRALE DE 1991

En août 1991, les gouvernements du Canada et du Québec ont conclu une entente
avec les Algonquins de Lac-Barrière sur l’élaboration et la mise en oeuvre d’un plan de
gestion intégrée des ressources pour les forêts et la faune.

Cette entente trilatérale s’inspire des notions de coexistence et de cogestion.

BARRlERE LAKE lNDlAN GOVERNMENT ! GOUVERNEMENT AUTOCHTONE DU LAC BARRlÈRE
Elle stipule la préparation d’un plan de gestion intégrée des ressources (PGIR) pour le
territoire traditionnel des Algonquins, basé sur des principes de développement durable
et de protection du mode de vie traditionnel, tout en permettant aussi des utilisations
diverses telles que la foresterie. Après une période initiale de méfiance et d’acrimonie
envers les compagnies forestières, des moyens ont été trouvés pour concilier les
intérêts de la Première Nation et ceux de l’industrie dans le cadre de l’entente
trilatérale.

Un processus intérimaire a été mis en place, conformément à l’entente, afin
“d’harmoniser les activités forestières avec les activités traditionnelles des Algonquins”.
Dans le cadre de ce processus, les compagnies devaient élaborer des plans de coupe
sous forme de projets qui seraient soumis au ministère québécois des Ressources
naturelles qui, à son tour, les soumettrait aux Algonquins pour révision et approbation,
selon leur importance pour l’économie traditionnelle. Bien souvent, les négociations en
vue d’une harmonisation se sont prolongées considérablement mais finalement, en
règle générale, elles ont abouti à un compromis. Ce n’est que lorsque les Algonquins et
le gouvernement québécois sont parvenus à une entente que le ministère des
Ressources naturelles émet les permis de coupe requis.

Pour appuyer l’élaboration d’un plan de gestion intégrée des ressources (PGIR), un
programme de recherche et de collecte de données a été mené afin de documenter
l’état de la ressource, la nature et l’étendue des utilisations, par les Algonquins et par
les non-Algonquins. Ces données ont été intégrées dans un système d’informations
géographiques. Une recherché innovatrice a été entreprise pour recueillir le savoir
écologique traditionnel et l’intégrer aux connaissances scientifiques dans les pratiques
de gestion forestière. Les compagnies ont joué un rôle-clé dans cette recherche; une
recherche conjointe a été effectuée pour le calcul et la distribution des coupes
annuelles permises (CAP) entre les compagnies de manière à minimiser et répartir
l’impact des activités forestières entre les familles algonquines qui récoltaient des
ressources fauniques dans diverses unités de gestion traditionnelles.

Un projet de PGIR sur le territoire de l’entente trilatérale était largement achevé en 2006
et les représentants spéciaux du Québec et des Algonquins ont adopté sept
recommandations conjointes en 2006 pour la mise en oeuvre du PGIR mais le
gouvernement du Québec paralyse l’adoption des recommandations conjointes Ciaccia-
Lincoln depuis 2006.

ENTENTE DE 1998

En mai 1998, le gouvernement du Québec a conclu une entente avec les Algonquins de
Lac-Barrière sur une démarche et un processus en vue de parachever les activités
prévues par l’entente trilatérale de 1991.

Aux termes de l’entente de 1998, le Québec s’est engagé aussi à négocier avec les
Algonquins de Lac-Barrière sur un certain nombre de questions, notamment:


Identification d’une portion du territoire pour l’usage exclusif des Algonquins de
BARRlERE LAKE lNDlAN GOVERNMENT ! GOUVERNEMENT AUTOCHTONE DU LAC BARRlÈRE
Lac-Barrière;


Participation aux retombées économiques selon des modèles à définir (par
exemple, des partenariats, des avantages économiques, le partage des revenus
provenant des ressources, l’accès aux ressources, etc.);


Participation à la gestion et au développement durable des ressources;


Électrification de la communauté;


Développement économique de la communauté, incluant d’éventuels projets
hydro-électriques.

LES RECOMMANDATIONS CONJOINTES CIACCIA-LINCOLN

Les sept recommandations conjointes ont été remises au gouvernement du Québec il y
a plus de 8 ans et elles découlent de deux ententes: l’entente trilatérale de 1991,
signée il y a 23 ans entre le Canada, le Québec et les Algonquins de Lac- Barrière et
l’entente bilatérale de 1998, signée entre le Québec et les Algonquins de Lac-Barrière
il y a 16 ans. Entre temps, l’extraction des ressources s’est poursuivie sur le territoire
des Algonquins de Lac-Barrière, générant chaque année près de 100 millions de dollars
de profits sans aucun bénéfice pour la communauté de Lac-Barrière.

En résumé, les recommandations conjointes Ciaccia-Lincoln sont les suivantes:

1.Reconnaissance du territoire de l’entente trilatérale: Nous recommandons que
le territoire de l’entente trilatérale décrit aux Annexes 1 et 2 , en 1991, soit reconnu
comme des zones spéciales à l’intérieur desquelles les plans et les activités de
développement des ressources sont assujettis au plan de gestion intégré des
ressources, approuvé par les deux parties. Nous recommandons que ces zones
spéciales soient identifiées comme telles dans les plans d’aménagement du
territoire et reçoivent une visibilité appropriée sur les cartes officielles
d’aménagement du territoire du Québec.

2. Plan de gestion intégrée des ressources
2.1.Foresterie: Les parties ont remis sept plans d’aménagement, un pour chaque
zone de gestion traditionnelle dans le territoire de l’entente trilatérale, Annexe 2.
Ces plans identifient les zones préoccupantes pour les Algonquins de Lac-Barrière
et le niveau de protection dont ces zones préoccupantes bénéficieront. Nous
recommandons que ces plans d’aménagement forestiers soient approuvés comme
cadres de la gestion courante des ressources forestières du territoire désigné à
l’Annexe 2 et qu’un processus soit entamé pour envisager l’extension des principes
de ces plans forestiers au territoire de l’Annexe 1.

2.2 Faune: Les parties ont examiné les cinq plans de gestion de la faune, un pour
chacune des espèces suivantes: original, ours, animaux à fourrure, petit gibier et
poissons. Un document conjoint a été produit pour résumer l’étendue du
BARRlERE LAKE lNDlAN GOVERNMENT ! GOUVERNEMENT AUTOCHTONE DU LAC BARRlÈRE
consensus sur les questions concernant la faune et il servira de guide pour nos
recommandations.

2.3 Terres: Des représentants du Bureau des terres au sein du ministère des
Ressources naturelles et de la faune ont participé aux discussions. Les Algonquins
de Lac-Barrière ont indiqué qu’ils n’appuient pas la proposition soumise par le
Bureau en 2006 pour le développement de chalets. Le Bureau des terres a indiqué
qu’il est conscient de la nécessité de coopérer avec les Algonquins de Lac-Barrière
pour concilier son plan global d’aménagement du territoire avec le PGIR.

2.4 Indicateurs sociaux: Nous recommandons un suivi de l’impact du PGIR et du
développement subséquent des ressources sur la société et la culture des
Algonquins de Lac-Barrière. A cet effet, une liste d’indicateurs a été élaborée et
nous recommandons aux parties l’utilisation de cette liste pour commencer à évaluer
le développement socioéconomique de la communauté des Algonquins de Lac-
Barrière. Nous recommandons aussi de confier la poursuite de cette tâche au
comité de cogestion qui sera mis en place à la signature d’une entente finale.

3. Participation à la gestion des ressources renouvelables: Cet enjeu figure à
l’article 7 de l’entente bilatérale de 1998. Nous faisons deux recommandations
fondamentales à ce sujet. Premièrement, afin de faciliter la contribution continue
des Algonquins de Lac-Barrière à la gestion des ressources, nous recommandons
l’instauration d’un comité conjoint de cogestion, Québec/Algonquins de Lac-
Barrière, qui aura pour mandat de surveiller la mise en oeuvre du PGIR, de gérer le
processus du PGIR de façon continue, de faire des recommandations aux parties
sur les changements à apporter au PGIR ainsi que sur les questions qui n’ont pas
été abordées dans le PGIR. Deuxièmement, nous recommandons l’installation d’un
bureau local des ressources naturelles de Lac-Barrière à Lac-Rapide.

4. Partage des revenus et accès aux ressources: Nous recommandons que
l’aspect économique des intérêts des Algonquins de Lac-Barrière proclamés dans
l’entente territoriale trilatérale soit pris en compte et accommodé sous forme d’une
contribution financière annuelle du gouvernement du Québec aux Algonquins de
Lac-Barrière. Nous recommandons que cette contribution annuelle soit fixée au
montant de 1,5 millions de dollars par an et qu’elle inclue la valeur monétaire d’un
volume théorique de bois. Nous recommandons l’augmentation de ce montant sur
une base annuelle afin de refléter toute augmentation des revenus découlant des
activités de développement de la ressource sur le territoire de l’entente trilatérale,
Annexe 2 et aussi sur le territoire trilatéral, Annexe 1. Nous recommandons aussi
que cette contribution annuelle soit versée dans un fonds géré par une société des
Algonquins de Lac-Barriere, dûment constituée, pour soutenir et promouvoir le
développement socioéconomique des Algonquins de Lac-Barrière. Nous
recommandons que cette contribution annuelle soit versée en plus des autres
programmes réguliers du gouvernement du Québec, à savoir le Fonds de
développement économique autochtone et que le gouvernement du Québec et les
Algonquins de Lac-Barrière prennent des dispositions pour protéger ce fonds
contre toute politique fiscale, de sa propre source ou autre politique
BARRlERE LAKE lNDlAN GOVERNMENT ! GOUVERNEMENT AUTOCHTONE DU LAC BARRlÈRE
gouvernementale fédérale ou provinciale susceptible de réduire la valeur de cette
contribution.

5. Expansion de la base territoriale de Lac-Rapide: Nous recommandons la
confirmation et la mise en oeuvre de l’entente de principe conclue le 27 avril 1999
entre le Québec, le Canada et les Algonquins de Lac-Barrière. Cette entente
prévoit le transfert immédiat de 3,7 kilomètres carrés de terres publiques du
Canada aux Algonquins de Lac-Barrière et le transfert additionnel de 6,3 kilomètres
carrés, sous réserve d’un plan de développement de logements et d’infrastructures
par le Canada. Ces terres doivent être contigües à la réserve de Lac-Rapide,
inclure la route d’accès et être situées à l’est de la route 117.

6. Électrification de Lac-Rapide: Nous recommandons le raccordement du village
de Lac-Rapide au réseau de distribution d’Hydro-Québec par une ligne de 34,5 kV,
de Grand Remous à Lac-Rapide, qui serait opérationnelle à 25 kV dans un proche
avenir. Nous recommandons que le coût du raccordement électrique de Lac-
Rapide soit entièrement assumé par Hydro-Québec, selon la pratique de la société
qui est de fournir de l’électricité aux résidents du Québec dans leurs communautés.
Une telle disposition semblerait particulièrement appropriée en l’occurrence
puisque le site original de la réserve a été inondé pour la construction d’un réseau
de réservoirs hydro-électriques et que la réserve actuelle est située sur la rive de
l’un de ces réservoirs.

7. Sans préjudice: Toutes les dispositions précédentes seront détaillées dans une
entente juridiquement contraignante entre le gouvernement du Québec et les
Algonquins de Lac-Barrière qui sera préparée après acceptation des présentes
recommandations. Cette entente devra stipuler que rien dans la présente entente
ne constitue une reconnaissance ou un déni des droits ancestraux sur ce territoire.

STATUT ACTUEL DES ENTENTES DE 1991 ET 1998

Québec: Le gouvernement du Québec a accepté de mettre sur pied une table de
négociation avec les Algonquins de Lac-Barrière pour conclure une entente sur les
recommandations conjointes de 2006 remises par les représentants spéciaux du
Québec et de Lac-Barrière, les anciens ministres québécois John Ciaccia (pour le
Québec) et Clifford Lincoln (pour les Algonquins de Lac-Barrière).

Canada: Le gouvernement du Canada a brisé l’entente trilatérale de 1991 en 2001
lorsqu’il s’est retiré du processus de l’entente trilatérale, laissant le gouvernement du
Québec seul à couvrir les coûts de ce processus.

Toutefois le Canada est impliqué dans les discussions entre les Algonquins de Lac-
Barrière et le Québec sur l’extension de la base territoriale de Lac-Rapide et
l’électrification du site de Lac-Rapide.
BARRlERE LAKE lNDlAN GOVERNMENT ! GOUVERNEMENT AUTOCHTONE DU LAC BARRlÈRE

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful