You are on page 1of 7

Rebeka Györfi, LCDI M1

Le symbole de l’eau dans Les Champs d’honneur de Jean Rouaud
Des gouttelettes d’eau, des verres et voilà, un univers féerique!

L’univers existe et personne ne le nie. L’univers existe et on ne peut pas le changer;
on peut le percevoir et regarder à notre propre manière, cela est vrai, mais c’est le plus qu’on
peut faire. Nous sommes tous en face de cet univers, et chacun de nous essaye s’y sentir à
l’aise. L’univers breton est la pluie, ou au moins, celle est la réputation du pays: les gens de
passage y voit seulement nuages et pluies
 
(15). Mais, les nantais jure de bonne fois sous une
1
bruine tenace que ce n’est pas la pluie (15), parce que ils se sont habitués de ne plus prêter
attention à la pluie (comme le grand père qui reste imperturbable par les gouttes de pluie qui
tombent sur lui). Il est toute une question de perception.
Néanmoins, la pluie est plus qu’une présence chez les bretons, elle est une
permanence; distillée sur toute l’année (15), elle est une vrai compagne en Loire-Inférieure,
définissant l’essence des bretons. La pluie co-existe avec l’homme, construisant
inévitablement une relation caractérisé par une connaissance réciproque et par tolérance. Les
gens connaissent les premiers signes de la pluie: le vent d’ouest, le vol bas des hirondelles,
les femmes qui ramassent le linge à brassée et rappellent les enfants, les chats qui passent la
patte derrière l’oreille (17). La pluie entre dans la vie de gens, en jouant sur leur caractère
autochtone (leur tristesse, la consommation d’un petit blanc), étant, comme dise Anca Rus,
une manifestation de l’espace
 
. Reflétant l’espace qu’ils habitent et qu’ils portent en eux
2
mêmes, ils le manifestent même dans leur mentalités et leur comportements les plus
insignifiants (s’abriter de la pluie, ôter les lunettes machinalement, etc.). On peut parler d’une
véritable invasion de l’eau, qui entoure la vie, horizontalement et verticalement: la Loire
Inférieure, qui fait partie de l’intériorité des gens (la Loire Intérieure) marque le pays, mais le
fleuve ne peut pas être séparé de l’océan (l’horizontale) qui embrasse le sol par ses marées et
la pluie qui tombe du ciel (verticale)
 
. Mais l’eau est plus qu’une affaire météorologique ou
3
1

Tous les citations suivantes sont prises de Jean Rouaud, Les champs d’honneur, Paris, Éditions de
1
Minuit, 1990.

Anca Rus, Poétique de l’espace chez Hervé Bazin et Jean Rouaud, Cluj-Napoca, Casa C"r#ii de
2
$tiin#", 2011, p.91.

Anca Rus, Poétique de l’espace chez Hervé Bazin et Jean Rouaud, p. 74.
3
Rebeka Györfi, LCDI M1
géographique, elle est la moitié fidèle d’une vie (15), la pluie est liée à l’âme des nantaises,
elle est là, dans leur vie intime comme une épouse: le climat pluvieux influe en effet sur leur
tempérament: à la tristesse des lieux fait écho la tristesse des gens
 
. Comme cela, la pluie
4
forge un visage pour l’humanité qui vit au pays de la Loire-Inférieure, par leur caractéristique
dominante: leur tristesse. Elle, la pluie, est le résultat matériel du contact direct de l’homme
avec l’univers qu’il habite.
Ces quelques caractéristiques de la pluie, parmi d’autres, sont des raisons suffisantes
pour affirmer que la pluie, dés les premiers pages de Les Champs d’honneur, est plus qu’un
phénomène météorologique, plus qu’une particularité de la Loire-Inférieure et la créatrice de
la couleur locale, elle es devenu un véritable personnage, décrit à travers des pages d’un
chapitre entier et retrouvé dans des moments clés le long du roman, créant une véritable
poétique de la pluie. La pluie, ainsi établie comme leitmotif du roman, ayant une portée
symbolique, donne le même statut à l’élément duquel elle est la manifestation: l’eau.
L’eau est un élément ambivalent, portant en soi la destruction et l’existence, la mort et
la vie. D’un part, l’excès apporte la mort, par l’abondance de l’eau: les orages et les tempêtes
qui détruisent; le temps mauvais se constitue dans une représentation du mal
 
, la preuve étant
5
l’attitude de la grand-mère: elle pestait après le mauvais temps comme après tout ce qui allait
mal (25). En plus, la tempête accompagne la mort du père, et l’enterrement de tante Marie.
La préfiguration de la mort est réalisé pas seulement à travers l’orage, mais aussi par la glace
et la neige qui immobilisent: cet espace glacé symbolise la mort et prévoient les décès de la
famille, soit par l’inhabilité des animaux de survivre le froid et la glace, soit par la neige qui
montre en évidence les squelettes (d’Émile, frère de Pierre et tante Marie, mort à la guerre)
par sa blancheur. Au même temps,la manque totale de l’eau, la sécheresse porte les mêmes
ombres de la mort. L’excès n’est pas une normalité, mais une manifestation très rare, se
réduisant au fameux hiver 1929 où Pierre s’embarqua pour Commercy, et puis l’hiver 56 (…)
la sécheresse de l’été 76 où la Bretagne se retrouva sans une goutte d’eau (19). Ce sont des
exceptions, la norme c’est la pluie (19). D’autre part, la même eau est le symbole de la vie,
2

Sylvie Ducas, Jean Rouaud. Les champs d’honneur. Pour vos cadeaux, Profil d’un oeuvre, Paris,
4
Hatier, 2006, p. 119.

Mireille Naturel, “Les Champs d’honneur: une lecture proustienne”, Jean Rouaud. L’imaginaire
5
narratif, Cluj-Napoca, Casa C"r#ii de $tiin#", 2008, p. 28.
Rebeka Györfi, LCDI M1
la source de toutes les possibilités [qui] soutienne toute création
 
. L’eau est indispensable à la
6
vie de tout homme, mais de plus au breton qui est définit par l’eau même, à l’intérieur que à
l’extérieur.
Les deux valences de l’élément primordial peut être tracés dans les formes de
manifestations de la pluie dans Les Champs d’honneur, dépeintes dés le début du livre. On est
habitués à lire les signes de la pluie, mais malgré cela, on n’a pas jamais la sûreté qu’elle est
vraiment présente: les premières gouttes sont imperceptibles (17). On regarde le ciel, on
retourne la main avec la paume vers l’haut pour mieux sentir; parfois toute s’arrête là,
seulement la marée monte seule, et il ne pleut pas. Mais, plus souvent, la pluie commence son
ronron bi-quotidien.
La marée montante est accompagne par une musique méditative, un hommage à
l’ennuie (20), est une poudre d’eau qui s’installe pour longs jours maussades, sans avoir au
moins la promesse d’une éclaircie (21). Tombant du ciel, le crachin n’est pas séparé de
l’espace, mais il l’occupe comme une rideau dense qui a des effets sur le paysage et sur le
coeur des gens. Le signes ne sont pas visible à l’oeil nu, elle ne laisse pas aucune trace sur les
fenêtres, ni sur le décor qui semble intact, mais est imprégné de cette poudre qui pénètre
partout. Les gens sent le crachin dans leur propre corps, quand les os tisonnent d’anciennes
douleurs (21), mais plutôt dans leurs âmes: elle lamine au fond des coeurs le dernier carré
d’espérance (20). Sa permanence nous fait penser que le monde s’achève, mais il n’y a rien
d’apocalyptique ni d’hivernal, seulement une dilution calme. Cette eau qui est lourde et
sombre et qui transforme le sol en boue, désintégrant pas à pas tout ce qu’elle rencontre (un
sorte de mort), a perdu sa pureté, devenant l’élément de la mélancolie, une cause d’angoisse
et de désespoir: l’ennuie est une véritable poison de l’âme.
La côte de l’Atlantique est souvent frappé par une pluie de tempête, dont il décrit les
touches les plus curieux: elle change parfois la place des arbres, ou même les décombre, fait
la girouette se tourner, ou les chemises voler. Comme une force puissante, elle semble être
irrationnelle et incapable de doser des forces aussi considérables.Ce comme par ces
manifestations violentes, les tempêtes veulent arracher les gens de la monotonie et l’ennuie
de toute une hiver des crachins. Si cela ne réveille les gens, les pluies de noroît apportent
3

Simona Ji%a, La figure de l’auteur chez Jean Rouaud, I. Autobiographie, Cluj-Napoca, Casa C"r#ii
6
de $tiin#", 2007, p.91.
Rebeka Györfi, LCDI M1
avec eux le froid et des véritables flèches qui giflent obliquement le visage et percent le
corps:. Cette pluie, venu de l’Atlantique, essaie de réveiller les gens, de les faire sortir de leur
tristesse par un vrai attaque sur leur être entier, dans l’espoir que, rentrés chez eux ils
sentiront un bonheur anodin, regardant, par la fenêtre la tempête qui hurle dehors. Mais, il y a
de ceux qui restent glacées au coeur et au corps, parce que pour ceux, les pluies d’hiver sont
un calvaire (23).
Si les tempêtes et les pluies de noroît se constituent dans un côté négative, de la mort,
qui rend malade le corps et l’esprit et anticipent la dépression de la famille et les morts qui
suivront dans le récit, le côte positive, de la vie est apporté par les pluies gaies, les averses.
Elles attirent l’attention premièrement par leur musique qui enchante les oreilles, qui clinque
sur les toits et sur les fenêtres; les tons de sa musique ne peut pas être confondus, l’oreille
familière reconnaissant les matériaux qu’elle touche: ardoise, tuile, bois, verre. Elle apporte
le rire et le bon humeur, parce qu’elle touche magiquement la vie avec l’humeur toujours
sautillante (21). Elle fait quelque chose de plus, elle montre la ville sous la lumineuse clarté
d’une cloche a cristal (22), elle donne l’univers à voir sous un autre habilement, plus beau.
C’est n’est pas que toutes les choses n’étaient pas là en avant, mais que les averses sont ceux
qui le montre plus clairement, les fait sortir en évidence en le détachant avec une précision de
graveur (21): on voit les trottoirs bleus comme les sardines, les pneus de délicats panaches
blancs, l’auréole des arbres infinité de clous d’argent. Elle change aussi l’atmosphère, qui est
rafraîchissante comme une pastille à la menthe. Les averses sont encore une essaie de faire
les gens conscients de l’univers qui les entoure, de le voir plus beau que jamais et de s’en
réjouir.
Finalement, la pluie de printemps qui close le portrait de la pluie, n’est pas choisi par
accident. Elle renforce le fait que, pour Rouaud la pluie est bénéfique, sortant l’homme de la
monotonie, de l’angoisse, de la tristesse. Les ondées de printemps se jouent avec les gens, par
un jeu enfantin de cache-cache: quand on pense qu’elle est caché et que l’air n’est plus froid
et hivernal, mais tiède et parfumé, elle sorte hors du bleue du ciel et tombe à grande vitesse
comme un court jeu de chat, rapide et sans souffle, pour lequel la largeur d(une rue suffit: à
trois pas de là, le pavé est sec (24). Les gens aiment le jeu, preuve qu’ils sourissent après,
oubliant et pardonnant tout: voila, une éclaircie qui entraîne une espoir, une renaissance, une
solution à la tristesse du coeur, même si pour quelque instants seulement.
4
Rebeka Györfi, LCDI M1
Plus que la réponse la variété de pluies suscite dans les bretons, elle montre quelque
chose de plus remarquable: elle montre une solution à la platitude de l’existence humaine, à
la laideur de l’univers qu’on habite. Quand, sans crier gare, il pleut (24) et les petites
gouttelettes d’eau tombant du ciel touchent les verres des lunettes portés par les bretons (non
qu’en Bretagne il y a plus des gens portant de lunettes qu’ailleurs) une porte s’ouvre vers
l’univers, notre univers, mais plus beaux, plus scintillant, plus féerique et plus aimable: le
coeur assoiffé de beauté, à cause de la laideur de monde et de la tristesse, trouve une nouvelle
vue de la vie, à travers les lunettes, petit objet transformatrice du monde. On voit le désir de
la beauté et la quête d’une bonheur qui s’oppose à la laideur du monde chez Pierre, qui,
traversant un paysage gelé, froid et immobile, se joue avec les papiers colorés translucides de
bonbons qu’il mit en sur ses verres de lunettes, voyant ainsi la même monde mais en
morceaux colorés, en mille miettes de beauté. Les porteurs des lunettes ont cette chance de
regarder le monde, par les lunettes dégoulinées et voir, en mille des morcelles, l’univers
métamorphosé dans une image enrichie, devenue magique, mais peu d’entre eux regardent
ainsi — la plupart d’entre eux essuient machinalement leurs verres vingt fois par jour (15).
Jean Rouaud, myope a son tour, porte des lunettes. Il est de ceux qui en regardant à
travers ses lunettes pleines des gouttelettes scintillantes d’eau, voit une féerie versaillaise
(16) et plus que cela, il la partage avec nous. Il propose la myopie, une sorte de évasion qui
tient au distance une réalité inacceptable, comme nouvelle méthode d’exploration poétique
 
.
7
Les lunettes qu’il proclame, sont l’élément essentiel qui définit sa technique littéraire; si leur
fonction primaire est d’améliorer un défaut de vue, leur lentilles concaves trahissent le désir
du cercle, de la perfection — la concavité oblige le regard de se tourner à l’intérieur
 
: les
8
lunettes sont le point d’interférence entre le réel et l’imaginaire; elles sont ceux qui
permettent la transformation du réel quotidien, par l’imaginaire, en art. C’est l’art qui nous
sauve de l’ennuie du monde, qui nous montre l’univers embelli pour qu’il soit supportable et
acceptable. L’univers ne va pas se changer, il est tel qu’il est. Mais, on peut échapper et nous
sauver par l’écriture, qui le voit et le montre plus vif et coloré, plus aimable. L’invitation de
5

Sabine Van Wesemael, “Jean Rouaud et Marcel Proust; deux classiques modernes”, Jean Rouaud.
7
L’imaginaire narratif, Cluj-Napoca, Casa C"r#ii de $tiin#", 2008, p. 46.

Simona Ji%a, La figure de l’auteur chez Jean Rouaud, I. Autobiographie, p. 169.
8
Rebeka Györfi, LCDI M1
Rouaud est de laisser les gouttes de pluie tomber sur les verres et regarder, ou si on n’a pas
des lunettes, regarder par les siennes.
Par la suite, la pluie est plus qu’on a pensé: elle dépasse les conditions
météorologiques, géographiques, l’intervention dans les manières des bretons, ou dans leur
âme; elle est à la base de la calligraphie lumineuse (16) et de la vision de Rouaud, parce
qu’elle nous offre les chemins d’interprétation du livre: la pluie est l’élément philosophal du
grand oeuvre [le roman] accompli sous nos yeux [ceux du lecteur], (18). Ou, dans les mots de
Simona Ji%a, la pluie est la source de tous les sens que le texte peut recevoir au long des
lectures
 
.
9





















6
Simona Ji%a, La figure de l’auteur chez Jean Rouaud, I. Autobiographie, p. 91.
Rebeka Györfi, LCDI M1
Bibliographie

Primaire:
1. Rouaud, Jean, Les Champs d’honneur, Paris, Éditions de Minuit, 1990.

Secondaire:
2. Ducas, Sylvie, Jean Rouaud. Les champs d’honneur. Pour vos cadeaux, Profil d’un
oeuvre, Paris, Hatier, 2006.
3. Ji%a, Simona, La figure de l’artiste chez Jean Rouaud, I. Autobiographie, Cluj-Napoca,
Casa C"r#ii de $tiin#", 2007.
4. Naturel, Mireille, “Les Champs d’honneur: une lecture proustienne”, Jean Rouaud.
L’imaginaire narratif, Cluj-Napoca, Casa C"r#ii de $tiin#", 2008.
5. Rus, Anca, Poétique de l’espace chez Hervé Bazin et Jean Rouaud, Cluj-Napoca, Casa
C"r#ii de $tiin#", 2011.
6. Van Wesemael, “Jean Rouaud et Marcel Proust; deux classiques modernes”, Jean
Rouaud. L’imaginaire narratif, Cluj-Napoca, Casa C"r#ii de $tiin#", 2008.


7

Related Interests