Tendances actuelles des droits de la responsabilité Paradoxe.

C’est dans le cadre de l’arrêt « Blanco » de 1873, que le TC a établi la spécificité du droit administratif. La responsabilité de l’Etat ne peut être régie par les principes qui sont établis dans le code civil pou les rapports de particuliers à particuliers. Cette responsabilité n’est ni générale, ni absolue. Elle a ses règles opératoires qui varient suivent les besoins du service, et la nécessité de concilier les droits de l’état avec les droits privés.  Le droit de la responsabilité n’est plus si particulier à l’administration. Elle obéit désormais à des conditions identiques à celles posées dans le cadre de la responsabilité civile. Consécration de la notion de responsabilité du fait de la chose d’autrui. Le JA s’approprie une théorie fondée par la cour de cassation.  Assouplissement des conditions d’engagement de la responsabilité : la responsabilité peut être engagée plus facilement que dans le passé. Cet assouplissement pourrait n’être qu’apparent.  Renouveau du principe de responsabilité de l’Etat du fait des lois : CE 1938 « la Fleurette ». Cette jurisprudence vient d’être revigorée et complétée récemment. I/ Assouplissement apparent des conditions d’engagement de la responsabilité de l’administration On ne pouvait engager la responsabilité de l’administration que pour ou sans faute. - Pour faute : simple/ lourde (pas d’intermédiaire) - Sans faute : risque / rupture de l’égalité devant les charges publiques. Ces 2 approches sont désormais désuètes, le contentieux de la responsabilité s’est enrichi de nouveaux fondements A/ l’abandon de l’approche binaire des fondements de la responsabilité pour faute  Régime de la responsabilité pour faute : le juge va identifier une illégalité qu’il va normalement qualifier de fautive. Les critères sont donc le constat d’une illégalité. L’intérêt est l’indemnisation totale du préjudice.  Régime de la responsabilité sans faute : on peut engager la responsabilité de l’administration du fait d’un acte licite. Cela n’entraîne que la réparation du préjudice anormal et spécial (lorsqu’un texte d’application générale va causer un préjudice d’une intensité très importante et provoque un dommage d’une intensité grave au profit de quelques administrés) 1/ L’élément constant : érosion de la faute lourde Il y a un très fort parti pris au sein de la doctrine pour favoriser le régime de responsabilité pour faute simple. Cette disparition n’interviendra probablement jamais, car elle est justifiée. Il faudrait déterminer les domaines dans lesquels il paraît justifier d’y recourir. La faute lourde n’a pas vocation à disparaître car elle répond à une nécessité. Il s’agit de n’engager la responsabilité de l’administration que dans des conditions rigoureuses. C’est le cas des dommages dans lesquels l’administration exerce un contrôle de tutelle. Ce sont des activités où l’administration dispose d’une très large marge d’appréciation, car elles sont difficiles à effectuer. Ex : déféré préfectoral : transmission et saisine d’actes. La masse de documents transmis est telle que le préfet ne peut pas exercer sa mission dans de bonnes conditions. Il paraît alors difficile de l’attaquer sur le terrain de la faute simple. On a donc opté pour la faute lourde. Ex : contrôle de la commission bancaire. CE 2001 « ministère de l’économie c/ Kechichian », le CE maintient l’exigence d’une faute lourde en raison de la complexité de la mission de contrôle et de surveillance de la commission bancaire. Ex : responsabilité du fait de l’exercice des forces de police CE 1925 « Clef » (les forces de police n’ont pas à se sentir menacées par des complications contentieuses) Il faut limiter une socialisation du risque (rapport CE). On est dans une société où tout préjudice doit être réparer, supporté par l’Etat et donc par le contribuable. En maintenant, la faute lourde, on s’oppose à la tendance à la victimisation des particuliers.

Dans certains domaines dans lesquels la jurisprudence l’avait écarté, le législateur a été obligé de rétablir la faute lourde dans le cas où certains professionnels refusaient de pratiquer certains actes, ce qui aboutissait à une crise des vocations. Loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé qui a réintroduit la faute lourde dans le domaine médical. (disparu avec CE 1992 « époux V »). On a observé que certains médecins refusaient de pratiquer des échographies prénatales. « l’indemnisation du préjudice subi par les parents du fait de la naissance d’un enfant dont le handicap n’a pas été décelé avant la naissance est subordonné à l’existence d’une faute caractérisée ». // responsabilité pénale des élus (crise des vocations suite au choix pour la faute simple). Le législateur a exigé que a responsabilité pénale ne soit engagée que pour faute lourde (non accomplissement des diligences normales) D’un point de vue théorique, la faute simple et la faute lourde sont distinctes. Dans le cadre de la faute simple, le juge rapproche le comportement du service du comportement idéal que l’on était en droit d’attendre s’il avait correctement fonctionné. Dans le cadre de la faute lourde, le juge se demande si l’administration n’a pas commis une erreur tellement flagrante que même un non professionnel aurait perçue (dysfonctionnement très important de l’administration) 2/ la nouveauté : apparition d’une catégorie de faute intermédiaire A/ intervention du législateur Loi du 4 mars 2002 sur les droits des malades qui opte pour une faute caractérisée. Le débat demeure en doctrine à savoir si c’est une faute lourde ou une faute intermédiaire. B/ Intervention du juge administratif Cette gradation résulte de l’emploi de l’expression « faute de nature à engager la responsabilité de l’administration ». L’intérêt pour le juge est que cela lui permet de réaliser une économie de procédure. Dans les cas où il est délicat de déterminer le régime de la faute simple ou lourde, on retient cette expression. Malgré tout , on peut dire que la notion de « faute de nature à engager la responsabilité de l’administration » se situe au delà de la faute simple. Parfois, le juge administratif n’engage pas la responsabilité de l’administration en présence d’une seule faute simple (il exige leur succession). On n’est plus dans le régime ordinaire de la responsabilité pour faute simple. B/ L’apparition d’un nouveau fondement de la responsabilité sans faute Depuis 2000, la responsabilité sans faute de l’administration peut être engagée sur 3 fondements : le risque, la rupture d’égalité devant les charges publiques, la garde. On ne sait pas encore s’il ces 3 fondements sont valables ou si la garde peut être rattachée à la rupture d’égalité devant les charges publiques. Le CE s’est approprié la notion civiliste de le garde, cependant, il a maintenu la spécificité de la conception administrative de la garde. La notion de garde a trouvé son application en droit administratif des biens, notamment dans le contentieux de grande voirie. En 2000, le CE retient cette responsabilité du fait de la garde afin d’exonérer un propriétaire d’un véhicule volé du paiement de la contravention de grande voirie. Cette solution a été présentée comme étant équitable, parce qu’auparavant, on engageait la responsabilité du propriétaire. Depuis 2005, le CE a retenu la garde pour les dommages causés par les mineurs placés en dehors de leur milieu familial. CE sect 2005 « GIE axa courtage » : mineur confié à un établissement de la PJJ. Ce dernier a provoqué un incendie qui a provoqué la destruction de plusieurs bâtiments appartenant au département de l’Essonne. Le GIE a indemnisé le département qui a tenté une action récursoire (défaut de surveillance). La CAA déboute la compagnie d’assurance en estimant que les services de la PJJ n’avaient commis aucune faute. Le CE va s’écarter du raisonnement traditionnel, revirement qui conduit à se placer sur le terrain de la responsabilité sans faute. (// mineurs délinquants, pupilles de la nation). Idem à l’égard des tiers victimes d’un dommage accidentel causé par des ouvrages publics.

II/ Renouveau de la responsabilité du fait des lois CE 8/02/07 : « Gardedieu » : « considérant que la responsabilité de l’Etat du fait des lois est susceptible d’être engagée, d’une part, sur le fondement de l’égalité des citoyens devant les charges publiques, pour assurer la réparation de préjudices nés de l’adoption d’une loi à la condition que cette loi n’ait pas entendu exclure toute indemnisation et que le préjudice dont il est demandé réparation, revêtant un caractère grave et spécial, ne puisse dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement aux intéressés, d’autre part, en raison des obligations qui sont les siennes pour assurer le respect des conventions internationales par les autorités publiques, pour réparer l’ensemble des préjudices qui résultent de l’intervention d’une loi adoptée en méconnaissance des engagements internationaux de la France » A/ Le retour aux sources de la jurisprudence CE 1938 : « la Fleurette » Le CE juge que rien ni dans le texte même de la loi, ni dans les travaux préparatoires, ni dans l’ensemble des circonstances de l’affaire, ne permet de penser que le législateur a entendu faire supporter à l’interessé une charge qui ne lui incombe pas normalmenet. Cette charge créé des charges qui doivent être supportées par la collectivité. = importance cardinale à l’intention du législateur. Toute indemnisation sera écartée si le législateur en a décidé ainsi. Le problème c’est que cette jurisprudence a été trahie par sa postérité. Pr CHAPUS : « cette jurisprudence constitue un produit de luxe dont on ne se sert pas tous les jours ». De 1938 à 2007, il n’y a eu que 3 à 4 applications positives de cette jurisprudence. Le CE s’est progressivement écarté de l’esprit qui animait la jurisprudence « La Fleurette ». Rien n’indique que le législateur a voulu écarter l’indemnisation. Le CE va radicalement pervertir cette jurisprudence en disant que dans le silence de la loi, le législateur a entendu exclure toute indemnisation. « cette charge créée, dans un intérêt général, doit être supportée par la collectivité ». Le CE va dire que si l’on créé une charge à l’égard de certains administrés, justifié par l’intérêt général, l’administré lésé doit les supporter. 2 principes :  si le législateur n’exclue pas explicitement l’indemnisation, l’administré doit pouvoir être indemnisé  la loi, lorsqu’elle créé une charge à l’encontre d’un administré, l’intérêt général justifie que l’on indemnise ce préjudice. Abandon, le CE vide de leur substance ces 2 propositions :  Si le législateur ne prévoit pas expressément une indemnisation, l’administré ne sera pas indemnisé.  L’objectif de l’intérêt général qui anime la loi justifie que les administrés supportent les applications de la loi. CE 2005 « société coopérative Ax’ion » : Le CE renoue avec l’esprit de la jurisprudence « la Fleurette ». Désormais, le silence du législateur présume sa volonté d’indemniser les victimes de l’application de la loi. La jurisprudence antérieure peut poser problème au regard du droit de la CEDH (a 1 du 1e protocole) qui impose qu’un juste équilibre soit maintenu entre le droit de propriété et les exigences de l’intérêt général. Pour ce faire, il peut être nécessaire d’indemniser la charge spéciale et exorbitante subie par l’administration. Ces exigences conventionnelles s’imposent en toute hypothèse, quel que soit le contenu même de la loi (même si elle l’écarte)

B/ L’adjonction d’un fondement atypique dans le CE 2007 « Gardedieu » 1/ Exclusion des fondements traditionnels A/ Rejet de la responsabilité sans faute Le CE dégage 2 fondements alternatifs - Jurisprudence « la Fleurette » : responsabilité sans faute - Responsabilité pour faute a priori La responsabilité de l’Etat (convention internationale) prévoit une réparation intégrale du préjudice (responsabilité pour faute) B/ Rejet de la responsabilité pour faute Il n’est pas évident si l’on s’en tient à la lettre de l’arrêt, mais parce que le CE ne mentionne pas la notion de « faute ». Or, il faut le lire à la lumière des conclusions du commissaire du gouvernement REPERS : fondement hybride, sui generis. 2/ Choix d’un fondement sui generis A/ Fondement hybride Le commissaire du gouvernement souligne la nécessité de constater un régime spécifique de réparation des préjudices causés par une loi contraire au traité. Il a convaincu le CE d’écarter la rupture d’égalité devant les charges publiques. La jurisprudence « la Fleurette » n’est pas satisfaisante car elle ne répare pas l’intégralité du préjudice. L’argument pour la responsabilité pour faute est que l’on ne peut pas fonder cette responsabilité sur la faute car elle conduirait le juge à apporter une appréciation morale sur la qualité du travail législatif. La responsabilité de l’état du fait des lois inconventionnelles : responsabilité de nature objective mise en jeu lorsque 3 conditions sont réunies : - Inconventionnalité - Préjudice causé à l’administré - Lien direct entre le préjudice et l’inconvénient. Désormais, la méconnaissance par le législateur des engagements internationaux de la France constitue une cause distincte de la responsabilité. Responsabilité de l’Etat :  Pour faute :administration  Sans faute : administration et législateur (« la Fleurette »)  Méconnaissance des engagements internationaux de la France : législateur. B/ Le caractère subsidiaire de la responsabilité du législateur Elle ne sera engagée qu’en dernier recours, c’est à dire à chaque fois qu’on ne pourra pas engager la responsabilité de l’administration. La jurisprudence « Gardedieu » ne devrait jouer qu’en l’absence de tout décret d’application d’une loi inconventionnelle (suite de Nicolo)