ERNST BLOCH- Une introduction

*
P a r KARL-HEINZ WEIGAND (Archives-Bloch à Ludwigsha fen)
L'HOMME ET L'OEUVRE
ri ta
Ernst Bloch éprouva it de l'a version pour l ' a utobiogra phie ; il n'a pa s
écrit de Journa ux comme l'a fa it Ka rl Ja spers (a vec cependa nt une
exception : " Gedenkbuch fü r Else" - nous en pa rlerons plus ta rd ), lors des
entretiens c'est a vec réserve q u'il donna it des indica tions biogra phiq ues.
Bloch a même dit à Wa vne Hudson sur un ton si colériq ue q ue 1'interview
a fa illi s'en a rrêter là : " No more biogra phica l q uestions" ( Interview
14.1.1976, in: Bloch-Altna na ch 9/1989). Ce n'est q ue da ns deux textes
brefs , et sur dema nde, q u'iI a écrit sur lui -même: " Über Eigenes selber"
pour une revue et " Curriculum vita e" pour une encyclopédie. Au moins
un interlocuteur a réussi à le fa ire sortir un peu de sa réserve, un
journa liste fra nç a is q ui a interviewé Bloch pour une série de Ia télévision
fra nç a ise . Le philosophe a répondu a ux q uestions a vec plus de précision
q ue d'ha bitude et le texte a été publié da ns le livre de poche " Ta gtrãume
vom a ufrechten Ga ng" , Fra nkfurt a .M.: édition suhrka mp, 1977.
P our Bloch Ia vie doit dispa ra itre a u profit de l'oeuvre. 11 cita it
volontiers à ce propos Ia célébre a necdote de Cla ude Monet et des
nymphéa s. Un photogra phe voulut un jour photogra phier Cla ude Monet.
I1 lui répondit q u'il va la it mieux photogra phier les nymphéa s da ns son
ja rdin (un motif, q u'il a repris si souvent penda nt de três, três nombreuses
a nnées ) pa rce q u'ils lui éta ient plus sembla bles q u'il n'éta it sembla ble à
lui-même . Voici un exemple proba nt: 1'uniq ue ca rnet écrit de sa ma in,
* Conférence donnée à I'Institut d'Etudes P hilosophiq ues de I'Université de Coimbra
le 19 Décembre 1997. Tra duit de 1'Allema nd pa r Ma rie-Luce Weiga nd.
Revista Filosófica de Coimbra - n.° 13 (1998 ) pp. 71-81
72 Ka rl-Heinz Weiga nd
commencé en exil a ux Eta ts-Unis et continué penda nt de nombreuses
a nnées, q ui se trouve ma intena nt da ns les Archives Bloch, ne contient
pra tiq uement q ue des indica tions sur une oeuvre complète, sur Ia
disposition des ouvra ges, sur d'éventuels titres des volumes...
Bloch viva it pour son oeuvre; et ce, depuis sa jeunesse, comme le
prouve Ia longue lettre-confession q u'il a dressa 1911 à son a mi Georg
Luká cs. Cette lettre du jeune homme de 26 a ns montre à q ue! point il éta it
déjà conscient de sa propre va leur.
Cher Georg,
ma intena nt je me suis décidé de mettre en scène Ia gloire et l'édition de
ma philosophie. Georg, je t'a ssure, tous les hommes, en Russie et chez nous
à l'Ouest, se sentiront pris pa r Ia ma in et ne pourront pa s s'empêcher de
pleurer, et d'être émus et d'être délivrés da ns Ia gra nde idée q ui ra ssemble,
et 1'erreur s'a rrête, tout est empli d'une cla rté cha ude et à Ia fin a rdente, et
tous peuvent servir et prier et tous sont instruits da ns Ia force de ma foi et
jusq ue da ns Ia plus petite heure du q uotidien ils sont protégés et sont en sü reté
da ns Ia nouvelle enfa nce et Ia nouvelle jeunesse du mythe et da ns le nouvea u
Moyen-Age et da ns Ia nouvelle rencontre a vec l'éternité. Je suis le pa ra clet
et les hommes a uxq uels je suis envoyé, vivront en eux-mêmes et
comprendront le Dieu revenu.
Qua nd on cherche des lignes continues da ns Ia vie de Bloch Ia seule
q u'on trouve est d'une certa ine fa ç on le " Non-encore" . Cette pensée
domina nte de sa philosophie se reflète da ns sa vie et vice versa sa vie
erra nte se reflète da ns ce " Non-encore" . II n'éta it pa s três sta ble, il n'a ura it
pa s, pa r exemple, comine Ma rtin Heidegger choisi Ia Forêt Noire a u lieu
de Berlin. J'évoq ue à cet endroit l'a necdote du dernier cours à 1'université
a va nt Noël: " Joyeux Noël! Ma is pensez-y: L'Avent dure toujours." Le
philosophe du " Non-encore" vit da ns l'a ttente.
Ava nt de pa rler du déroulement de Ia vie de Bloch fa isons le point sur
l'a ctuelle situa tion des recherches sur Bloch. Il n'existe pa s de gra nde
biogra phie. Le livre de poche de Silvia Ma rkun (Reinbek: rowohlt
monogra phien, 1977) q ue 1'on peut toujours a cq uérir da ns les libra iries
a llema ndes est d'une va leur limitée. P eter Zudeick, journa liste a écrit une
biogra phie fa cile à Tire (Ba den-Ba den: Elster-Verla g, 1985) q ui est
a ctuellement épuisée; ce livre indispensa ble sera réédité a ux éditions
suhrka mp 1'a nnée procha ine. Les Mémoires de Ka rola Bloch (P fullingen:
Neske, 1982) restent fma lement superficielles. Toutefois, un livre de poche
" Ernst Bloch" est prévu da ns Ia série " Leben und Werk" (Fra nkfurt a .M.:
Insel -Ta schenbuch) a vec photos, extra its de lettres, décla ra tions de ses
contempora ins provena nt des Archives-Bloch. On a rrive à cette
conclusion: Ia biogra phie scientifiq ue est une la cune à combler, elle
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Emst Bloch - Une introduction
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exigera it des recherches précises et sera it un projet de recherche d'une
durée d'a u moins trois a ns, plus vra isembla blement de cinq a ns. Les
sources d'informa tion se sont nettement éla rgies depuis l'a cha t pa r
Ludwigsha fen du fonds privé en provena nce de l'a ppa rtement de Tü bingen
et pa r l'a ccès a ux Archives est-a llema ndes et est-européennes a près Ia
chute du régime communiste.
Citons ma intena nt les fa its biogra phiq ues concrets. Emst Bloch est issu
d'une a ncienne fa mille juive du P a la tina t. Enfa nt uniq ue d'un employé des
chemins de fer, il est né en 1885 à Ludwigsha fen. Son ra pport a vec sa ville
na ta le reste pa rta gé - comme Ka fka et P ra gue. D'un cô té il vit en conflit
perma nent a vec son père et obtient de ma uva is résulta ts scola ires. Les
professeurs éta ient inca pa bles de s'occuper comme il a ura it fa liu de ce
ga rç on inha bituel; da ns le bulletin de 1'élève de 15 a ns il est écrit: " I1
s'intéresse à des sujets q ui devra ient lui être encore éloignés,
Schopenha uer et d'a utres." D'un a utre cô té Bloch reç oit ici ses premières
impressions q ui a uront un rô le ca pita l jusq ue da ns sa pensée: à sa voir le
contra ste de Ia tra dition culturelle ( Ma nnheim sur I'a utre rive du Rhin, son
théâ tre, sa bibliothèq ue du châ tea u a vec les oeuvres de Schelling, Hegel
etc.) et le monde moderne du tra va il sur Ia rive située de ce cô té. Da ns
son essa i " Ludwigsha fen - Ma nnheim" ( 1928), réimprimé da ns " Hérita ge
de ce temps" , il q ua lifie sa ville na ta le q ui à ca use de 1'industrie chiiniq ue
a gra ndi a u rythme a mérica in: " Des endroits comme Ludwigsha fen sont
les premiers ports de mer à Ia ca mpa gne , fluctua nts, sa ns a ma rres, sur Ia
mer d ' un a venir non sta tiq ue ." Et da ns le discours pa s encore publié q u'il
a prononcé lorsq u'il a reç u le titre de Citoyen d'Honneur de Ia ville de
Ludwigsha fen il résume trois choses importa ntes pour sa pensée q u'il a
a pprises ici: 1) " la révolte contre ce q ui est pa ssé " , 2) " le mouvement, le
nouvea u" , 3) " une sensibilité pour Ia ca tégorie de Ia possibilité" . En voilà
a ssez sur le mot-clé Ludwigsha fen.
Ernst Bloch fa it ses études universita ires à Munich, puis à Wü rzburg
et écrit en 1908 sa thèse de doctora t sur Ia théorie de Ia conna issa nce
d' Heinrich Rickert. Certa ins essa is q u'il rédige à cette époq ue ont une
plus gra nde significa tion pour son oeuvre à venir, pa r exemple celui sur
Nietzsche (1906) ou le texte " Geda nken ü ber religiõ se Dinge" (1905) q u'il
a publiés a lors q u'il n'éta it q ue ba chelier et q ui sont repris et développés
da ns le livre " L'esprit de l'utopie" .
Les tenta tives pour obtenir une cha ire de professeur échouent. Bloch
commence une vie de chercheur et d'écriva in indépenda nt jusq u'en 1949
oú il devient professeur à Leipzig à l'â ge de 64 a ns. L'indépenda nce, c'est-
à -dire d'une certa ine fa ç on une vie de bohème est Ia ligne continue de
son existence . Le jeune Bloch évolue da ns différents cercles et reç oit
diverses impulsions et influences; à Berlin a uprès de Georg Simmel, il se
Revista Filosófica de Coimbra - o.° 13 (1998) pp. 71-81
74 Ka rl- Heinz Weiga nd
lie d'a mitié a vec Georg Luká cs et fréq uente à Heidelberg le cercle Ma x
Weber. Une oeuvre philosophiq ue complète doit être créée, 1'estilne de sa
propre va leur est immense chez Bloch (j'a i déjà cité Ia lettre à Luká cs).
II épouse le sculpteur Elsa von Stritzky. Elle a dú être une femine
exceptionnelle, sa religiosité chrétienne a bea ucoup impressionné le
philosophe d'origine juive, comme le prouve " Gedenkbuch fir Else" écrit
a près Ia mort préma turée de Ia jeune femme et publié en 1977 pa r Bloch
da ns un volume supplémenta ire de l'édition complète. A un â ge a va ncé
il pa rla it encore d'elle a vec un profond sentiment (" Elle m'a ttend, je le
sa is." )
A Ia fim de Ia première guerre mondia le pa ra it le chef-d'oeuvre
" L'esprit de l'utopie" , q ui ra ssemble les coura nts essentiels de Ia
discussion de l'époq ue et a influencé des intellectuels comme le jeune
Theodor Wiesengrund Adorno. Le philosophe Ernst Bloch a trouvé son
thème, l'utopie.
P enda nt Ia guerre il s'est émigré en Suisse et a rédigé des a rticles de
journa ux pa cifiq ues. Cet enga gement politiq ue engendra na turellement un
enthousia sme pour Ia révolution russe et pour Ia procla ma tion de Ia
Républiq ue Allema nde. Ce n'est donc pa s pa r ha sa rd q ue Bloch publie en
1921 le livre " Thoma s Mü nzer - théologien de Ia révolution" , du reste a ux
Editions Kurt Wolff, les éditions des Expressionistes. Lá a ppa ra it une
ca ra ctéristiq ue de sa vie - sa pla ce da ns le contexte contempora in, cela
signifie q u'en toute origina lité il n'est pa s le solita ire comme on a ura it
légèrement tenda nce à le q ua lifier, ma is toujours le réprésenta nt d'un
coura nt intellectuel.
Da ns les a nnées 20 nous a ssistons à une rupture nette. Bloch vit le plus
souvent à Berlin, il fréq uente des hommes de lettres, compositeurs ou
chefs d'orchestre (comme Wa lter Benja min, Bertolt Brecht, Ha nns Eisler,
Otto Klemperer); il écrit des textes pour les journa ux Fra nkfurter Zeitung,
Weltbü hne etc.; le tra va il philosophiq ue reste à l'a rrière pla n. On peut se
dema nder: pourq uoi? A-t-il a près ses premières oeuvres, comme cela se
pa sse souvent, tout épuisé? Il me semble plus pla usible de dire, q ue l'esprit
de 1'époq ue q ui régna it a lors, un esprit de resta ura tion, de " Nouvea u
réa lisme" (" Neue Sa chlichkeit" ), n'éta it tout simplement pa s fa vora ble à
l'esprit de l'utopie.
Aussitô t q u' Hitler prend le pouvoir, Ernst Bloch s'enfuit de
l'Allema gne, doublement mena cé en ta nt q ue ma rxiste, en ta nt q ue juif.
Il pa rticipe três a ctivement à Ia lutte a ntifa sciste des publicistes, il pa rticipe
a ussi a u célèbre Congrès pour Ia Défense de Ia Culture en Juin 1935 à
P a ris. Son épouse Ka rola P iotrkowska , une a rchitecte polona ise est une
compa gne fidèle da ns les a nnées difficiles des émigrés, de Zü rich en
pa ssa nt pa r Vienne, P a ris, P ra gue jusq u'à Ca mbridge/Ma ssa chusetts. L'exil
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Ernst Bloch - Une introduction
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en Amériq ue ne lui dorme a ucune possibilité de publier penda nt douze a ns.
Bloch est isolé. Cependa nt il tra va ille, sa ns se la isser troubler, de fa ç on
extrêmement productive, à de nombreux ma nuscrits, en pa rticulier à " The
Drea ms of a Better Life" , titre du premier ma nuscrit de l'ouvra ge " Le
principe espéra nce" , ma is a ussi à " Droit na turel et dignité huma ine" et a u
" Sujet - objet" . Chose un peu étra nge, ce dernier livre est pa ru en pretnière
édition, deux a ns a va nt l'édition a llema nde, à Mexico sous le titre " El
pensa miento de Hegel" (en 1949).
Le gra nd tourna nt mena nt à un ra yonnement public a rrive pour
l'émigra nt presq ue tota lement oublié a vec Ia nomina tion à l'université de
Leipzig. Ernst Bloch profite de Ia politiq ue culturelle, a u début
a ppa remment libéra le, de Ia jeune Républiq ue Démocra tiq ue, comine elle
est décrite a près Ia chute du mur de Berlin, pa r Ha ns Ma yer, vieil a mi de
Bloch, da ns le livre " Der Turm von Ba bel. Erinnerung a n eine Deutsche
Demokra tische Republik" (Fra nkfurt a .M.: Suhrka mp, 1991). Bloch est
un professeur a pprécié des étudia nts, plus encore: ma intena nt, enfin, ses
ma nuscrits deviennent des livres publiés pa r les Editions Aufba u de Berlin.
Ma is q uelq ues a nnées plus ta rd c'est Ia disgrâ ce: en 1956 a près 1'echec
de Ia révolte en Hongrie l'opposition est-a llema nde et surtout les
intellectuels sont durement opprimés pa r le pa rti. Vous conna issez peut-
être l'histoire extra ite des descriptions de Uwe Johnson, un étudia nt de
Bloch à Leipzig, da ns le rolna n " La frontière" (" Mutma Bungen ü ber
Ja kob" ). Ainsi Ia philosophie blochienne est jugée " a ntima rxiste" et
" revisioniste " . 11 lui est interdit d'enseigner à l'université , ses livres ne
sont plus imprimés, plusieurs élèves sont etnprisonnés ou prennent Ia fuite.
Et voici Ia demière sta tion. Encore un cha ngement de lieu. En 1961, lors
de Ia construction du mur de Berlin, Bloch recommence à 1'â ge de 76 a ns
à l'Ouest à 1'université de Tü bingen. Tout ce q u'il possède, meubles,
bibliothèq ue, corresponda nces, photos restent à Leipzig, seuls les ma nuscrita
sont tra nsportés secrètement. A Tü bingen il a tteint le sommet de son
influente, les a nnées 60 et les a nnées 70 lui sont fa vora bles: conférences,
présence da ns les média s, honneurs interna tiona ux, considéra tion à tra vers
le monde grâ ce a ux tra ductions et à Ia littéra ture seconda ire, du Ja pon à
l'Amériq ue La tine. Une vie bien remplie. Comme Goethe l'a dit, ce q u'on
désire da ns Ia jeunesse on l'a en a bonda nce da ns Ia vieillesse. A 1'â ge de
92 a ns, l'édition complète vient juste d'être terminée, Ernst Bloch décède
à Tü bingen en 1977 (20e a nniversa ire de sa mort cette a nnée).
Oeuvre
Tout d ' a bord une petite rema rq ue sur Ia situa tion bibliogra phiq ue et
philologiq ue.
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Ka rl-Heinz Weiga nd
Une va ste bibliogra phie sous forme de monogra phie est un vide à
combler. En ce q ui concerne les textes prima ires, Ia liste publiée da ns
l'Alma na ch Bloch (da ns numéro 2/1982 a vec suppléments da ns 8/1988 et
11/1991, en tout plus de 1000 titres cités) en est un tra va il de ba se. La
littéra ture seconda ire sous forme d'essa is et d'a rticles est indiq uée
périodiq uement da ns l'Alma na ch Bloch (pour le moment plus de 2000
titres cités). On trouve des bibliogra phies sélectives da ns le volume 6 de
" Ha ndbuch der Geschichte der P hilosophie" (Fra nkfurt a . M.: Kloster-
ma nn, 1990) ou da ns le volume 4 de " Deutschspra chige Exil-Litera tur"
(Mü nchen: Sa ur, 1994).
P our les oeuvres philosophiq ues, le public, surtout Ia recherche a
besoin du plus possible de précision de Ia pa rt des éditeurs. Ce n'est pa s
le ca s chez Ernst Bloch. Son oeuvre pa rut à pa rtir de 1959 chez Suhrka mp
en 16 volumes et 1 volume supplémenta ire. L'a uteur voula it strictelnent
q ue ce soit une 'édition de dernière ma in' q ui ne présente ses textes q ue
da ns leur dernière version. Ma is, comme cela a rrive souvent chez les
gra nds écriva ins, il existe de nombreuses versions a ntérieures et va ria ntes
d'une significa tion considéra ble q ui sont a bsentes de cette édition; du reste
il a été découvert depuis lors q uelq ues centa ines de textes non publiés,
tout a u moins non pa rus da ns 1'édition dite compléte. Un petit exemple
intéressa nt pour vous: 1'importa nt discours prononcé à l'université de
Vienne, a ya nt pour titre " Der Mensch a is Mõ glichkeit" q ui est tra duit en
plusieurs la ngues, éga lement en portuga is " O homem como possibilida de"
da ns Ia revue Tempo Bra sileiro (1966), ne se trouve pa s da ns 1'édition
exista nte. Une nouvelle édition complète est prévue, le pla n q ue j'a i conç u
prévoit 24 volumes. Les deux volumes " Briefe" (1985) devra ient être
complétés, eux a ussi. Si de nombreuses lettres ont été éga rées a u'cours
de Ia vie erra nte de Bloch, des centa ines d'a utres non publiées, en gra nde
pa rtie utiles pour l'interpréta tion des oeuvres sont en dépô t da ns les
Archives-Bloch et le fonds-Bloch a insi q ue da ns les a utres a rchives en
Europe et en Amériq ue.
J'espère ne pa s vous a voir ennuyés a vec mes rema rq ues prélimina ires.
P a rlons ma intena nt de 1oeuvre elle-même. Vous souvenez-vous de Ia lettre
du jeune Bloch à Luká cs sur son projet d'oeuvre? 60 a ns plus ta rd, da ns
son livre " Experimentum mundi" , le philosophe pa rle encore de ses écrits
et nomme comme oeuvre principa le " Le principe espéra nce" . Il fa udra it
encore discuter sur ce sujet. Ca r da ns Ia recherche Ia plus récente il existe
une tenda nce à considérer " L'esprit de l'utopie" comme Ia vérita ble oeuvre
principa le. (Elle est même tra duite en ja pona is pa r Fujihiko Komura depuis
le mois de Ma i de cette a nnée.) " Le principe espéra nce" a ppa ra it, de ce
point de vue, comme un éla rgissement encyclopédiq ue des thèmes, ba sé
sur l'impulsion a ntérieure de " L'esprit de l'utopie" - na turellement lié a ux
pp. 71-81 Revista Filosófica de Coimbra -n.° 13 (1998)
Ernst Bloch - Une introduction 77
modifica tions de Ia conception de Bloch concerna nt sa notion de Ia ma tière
et sa théorie de Ia philosophie de l'histoire rela tive à son idée du progrès.
Un a utre indice: Burgha rt Schmidt, a ssista nt à Tü bingen lors de Ia publica -
tion des écrits m'a ra conté q ue Bloch lui a confié da ns les entretiens
nocturnes ha bitueis q ue " Le principe espéra nce" n'éta it à ses yeux q u'un
produit seconda ire q ui a va it été écrit pour le tna rché du livre a mérica in.
Cela signifie: L'étiq uette d'Ernst Bloch comme 'philosophe de
1'espéra nce', à la q uelle il a lui-même contribué, semble, en y rega rda nt
de plus près, douteuse: premièrement pa r le concept de 'docta spes', docta
pa rce q ue Ia spes se corrige d'a près Ia possibilité objective-réelle. Bloch
a ppelle cette correction ` science des tenda nces' ('Tendenzkunde'). Deuxiè-
mement pa r Ia polyva lence de son oeuvre complète q ui n'est pa s limitée
à l'uniq ue concept 'espéra nce'. A ce propos une seule indica tion de littéra -
ture: Bea t Dietschy a tra ité da ns une thèse (Bâ le 1988) I'évolution de Ia
pensée de Bloch, du subjectivisme de ses débuts à Ia systéma tisa tion da ns
les derniers ouvra ges.
Le point de dépa rt ou noya u, nucleus, de cette philosophie est le
" Non-encore" . (Le " Non-encore" a plusieurs significa tions: a nthropologi-
q ue, ontologiq ue, socio-utopiq ue et cosmiq ue.) Les notions blochiennes
en sont dérivées, ou si vous le préférez, issues pour a insi dire en ta nt q ue
va ria tions musica les: utopie, espéra nce (docta spes), processus, tenda nce-
-la tence, novum, possibilité réelle, ma tière, a nticipa tion, pré-a ppa rence.
Nous a vons trop peu de temps pour exposer toutes ces notions. J'en a i
choisi trois - utopie, religion, esthétiq ue -, Ia discussion nous mènera
súrement à d'a utres.
a ) Notion d'utopie
Da ns un entretien (imprimé da ns le livre de poche " Gesprãche" ,
Fra nkfurt a .M.: édition suhrka mp, 1975, p. 51) Ernst Bloch dit: " Le mot
utopie, tel q u'il est employé da ns Ia la ngue coura nte ` oui, cela est bien
bea u, ma is cela me semble utopiq ue' a un sens péjora tif." Le philosophe
s'a ttribua it le mérite d'a voir a gi, déjà à l'époq ue de l'Empereur Guilla ume,
contre cette utilisa tion néga tive du mot. Da ns Ia discussion a ctuelle depuis
Ia fim du dit ` socia lisme réel', l'utopie est discréditée de nouvea u.
Ma is q uelle notion d'utopie? Bloch n'a pa s, comine bea ucoup d'a utres
l'ont fa it a va nt lui, éta bli une utopie détenninée. La discussion a ctuelle
sur l'utopie oinet souvent ceei: l'utopie blochienne n'est pa s fixe, ma is
elle est ouverte à d'a utres expériences, elle n'est pa s non plus imposée
sa ns prendre en considéra tion l'interêt des individus. L'a venir se trouve
da ns " l'a ube vers l'a va nt" . Nous ne conna issons pa s le meilleur q ua nt à
Revista Filosófica de Coimbra - a .° /3()998) pp. 71-81
78 Ka rl- Heinz Weiga nd
son contenu, nous sa vons cependa nt q ue Néron, Hitler éta ient inhuma ins,
q ue nous ne devons pa s supporter Ia misère, l'exploita tion, l'oppression
comine des fa its immua bles. En modifia nt Spinoza , Bloch dit: " Fa lsum
index sui et veri."
La " fonction utopiq ue" , comine Ernst Bloch Ia nomme, n'est
cependa nt pa s seulement Ia fonction de ba se de notre pensée q ui s'exprime
en termes d'a ttente, d'a nticipa tion et d'ima gina tion. Da ns son livre " Le
problème du Ma téria lisme" (" Da s Ma teria lismusproblem" ) il q ua lifie
même Ia ma tière d'ina chevée, d'ouverte, de ferment de possibilités. Le
monde est " la bora torium possibilis sa lutis" . Utopia n'est pa s le pa ys q ui
n'existe nulle pa rt (q ui n'a pa s de 'oii', ou-topos), ma is l'Agens mouva nte
résida nt à l'intérieur de l'homme et de Ia ma tière q ui entra ine tout ce q ui
est ina chevé. L'utopie dépa sse de bea ucoup l'espa ce des utopies-socia les.
Cela est évident da ns " Le principe espéra nce" oà les utopies socia les ne
sont q u'un a spect à cô té de celles de Ia techniq ue, de l'a rchitecture, des
explora tions géogra phiq ues, de Ia peinture, de Ia musiq ue ou de Ia
littéra ture et la st but not lea st de Ia religion.
Cela est éga lement évident da ns " L'esprit de l'utopie" . Encore
q uelq ues mots à ce sujet.
(1) Aujourd'hui nous ne pouvons q ue difficilement comprendre l'idée
de l'impulsion messia niq ue q ui est sous-ja cente. Ernst Bloch éta it a lors
un représenta nt des coura nts de pensée gnostiq ues et a poca lyptiq ues en
Allema gne a u début du XXème siècle. (L'historien de Ia philosophie
Micha el P a uen a étudié ce sujet da ns plusieurs publica tions, surtout da ns
son livre " Dithyra mbiker des Unterga ngs. Gnostizismus in Ãsthetik und
P hilosophie der Moderne" , Berlin: Aka demie-Verla g, 1994). De plus Ia
philosophie de Ia vie (" Lebensphilosophie" ) - q ui a fa it impression sur
Bloch pa r Simmel et Bergson - a été interprétée à l'époq ue a ussi de fa ç on
méta physiq ue, pa r exemple chez Wa lter Benja min, q ui a bea ucoup
influencé Bloch. Ma lgré toutes les différences Bloch se pla ce da ns ce
contexte.
Le but est pensé de fa ç on gnostiq ue. D'a près Bloch 1'homme a tteint
un nivea u éga l à celui de Dieu " da ns une union pa ra doxa le de théologie
et d'a théisme" , comme l'expliq ue Adorno. P lus ta rd encore, da ns le fina l
de " P rincipe Espéra nce" Ernst Bloch a ffirme: " La genèse réelle n'est pa s
a u début, elle est à Ia fin."
Cette lia ison blochienne de théologie et d'a théisme a éveillé en
Allema gne de 1'Est Ia ha ine des dogma tiq ues du pa rti pour le philosophe;
c'est pourq uoi P une des polémiq ues les plus a cérées porte le titre
" Le ca ra ctère religieux de Ia philosophie de 1'espéra nce d'Ernst
Bloch" (Ma nfred Buhr; d'a bord a ssista nt de Bloch, puis son a dversa ire,
1958).
pp. 71-81 Revista Filosófica de Coimbra - n.° 13 (1998)
Ernst Bloch - Une introduction
79
(2) 11 ressort du cha pitre de " L'esprit de 1'utopie" intitulé " Ka rl Ma rx,
Ia mort et l'a poca lypse" Ia pla ce de l'utopie-socia le et donc de Ma rx da ns
le système blochien et en fa it - c'est ma thèse - de fa ç on continue jusq u'à
Ia fin de l'oeuvre de Bloch. 11 dit: L'a théisme de Ma rx devra it être
complété pa r le moment théologiq ue, pa r " (le ciel) q u'on a eu le tort
d'a ba ndonner" . Et il continue: " Ce q ui doit se produire sur le pla n
économiq ue, Ia tra nsforma tion nécessa ire de l'économie et des institutions,
est déterminé chez Ma rx" , ma is en a ucun ca s tous les élements
tra nscenda nts, je cite: " les nouvelles et les plus a uthentiq ues a ventures de
Ia vie libérée, le ` à q uelle fin'" . La construction socia le de Ma rx devra it
être incluse da ns une perspective méta physiq ue. Il est pour cela nécessa ire
" de situer Ma rx da ns l'espa ce supérieur, de fa ire entrer Ia construction
socia le da ns le monde de l'a mour utopiq uement supérieur de Tolstoi, da ns
Ia puissa nce nouvelle des rencontres huma ines chez Dostoievski, da ns
l'a dventisme de l'histoire de l'hérésie" .
(3) Conclusion: Un concept ouvert de Ia philosophie de l'histoire et
une composa nte téta physiq ue.
Digression sur ma rxisme, sta linisme et socia lisme:
Ernst Bloch éta it-il ma rxiste? Une q uestion sur la q uelle on pcut discuter.
On 1'a nommé " philosophe a llema nd de Ia Révolution d'Octobre" (Oska r
Negt). C'est ne voir - à mon sens - q ue l'a spect pa rtia l. II est vra i, Bloch a
procia mé: " Ubi Lenin, ibi Jerusa lem" (ce q ui lui a va lu de nombreux
ennemis ), ma is d'un a utre cô té il a dit plusieurs fois q u'être ma rxiste sera it
" épigona l " . Il n'éta it pa s ma rxiste ma is il a incorporé Ma rx da ns sa
philosophie. Non seulement Ma rx ma is bea ucoup d'a utres - Aristote et Ia
Bible (les prophètes), Leibniz, Ka nt, Schelling, Hegel ou Nietzsche... ont
exercé une influence essentielle sur sa philosophie.
La loya lité q ue Bloch a trop longtemps entretenue à I'éga rd de l'Union
Sovietiq ue de Sta line a nui à son ima ge. On doit considérer le problème da ns
le contexte contempora in. Da ns les a nnées 30 l'Union Soviétiq ue sembla it
être pour bea ucoup ta seule ga ra ntie fa ce à Ia montée du fa scisme en Europe
et, en 1950, lui, l'émigra nt de retour, ma intena nt sur un terra in sta ble ne
voula it pa s se la isser troubler.
Il reste encore une petite pa rt d'inexplica ble, comme chez Heidegger et
son identifica tion a u na zisme. P eut-être cela provient-il d'une certa ine
contra inte da ns le système philosophiq ue: Le " Non-encore" doit bien se
ma nifester q uelq ue pa rt!
Ernst Bloch est pa ssé pa r différentes formes du socia lisme, pa rfois enthou-
sia ste, pa rfois déç u, se réenga gea nt toujours. Il s'a gissa it pour lui de Ia mora le,
du " debout" (" a ufrechter Ga ng" ). C'est a insi q u'il fut penda nt Ia première
guerre mondia le un pa cifiste, penda nt Ia Républiq ue de Weima r un sympa thisa nt
du communisme sa ns ca rte du pa rti, en Allema gne de 1'Est un socia liste critiq ue
et un proscrit, en Allema gne de l'Ouest un socia liste démocra tiq ue.
Revista Filosófica de Coimbra - n.' 13 (1 998) pp. 71-81
80
Ka rl-Heinz Weiga nd
b) La religion chez Bloch
Ernst Bloch a déjà a bordé da ns " L'esprit de l'utopie" Ia composa nte
religieuse. Il Ia
développera 50 a ns plus ta rd da ns " L'a théisme da ns le
christia nisme. La religion de 1'exode et du roya ume" . Cette oeuvre a eu
une três gra nde influence. Les dites " Théologie de 1'espéra nce" (" Theo-
logie der Hoffnung" ) de Joha nn Ba ptist Metz, Jü rgen Moltnia nn entre
a utres et les " Théologies de Ia libéra tion" (" Befreiungstheologien" ) en
Amériq ue La tine s'en sont inspiré.
P our Bloch il s'a git de fa ire ressortir Ia va leur des " ima ges -souha it"
(" Wunschbilder" ) religieuses et de montrer q u'elles sont justifiées pa r
l'a spira tion à un a ccomplissement q ui s'y ma nifeste (" hérita ge de Ia
religion" ). Le roya ume de Dieu devient Ia notion utopiq ue de ce q ue Ma rx
a ppela it " Roya ume de liberté" (" Reich der Freiheit" ). Ernst Bloch lit Ia
Bible comine le livre révolutionna ire de Ia ma nifesta tion de " Huma num
a bsconditum" . Ainsi Ia théologie fa it pa rtie inélucta blement de son
système, même si c'est da ns une rela tion tendue, et c'est une ra ison pour
la q uelle ses opposa nts en Allema gne de l'Est l'a tta q uèrent en ta nt q ue
méta physicien ma sq ué.
Ca r Bloch est un penseur religieux en vertu de 1'intensité a vec la q uelle
il reç oit les expériences religieuses et les modifie da ns sa pensée. C'est
a vec une insista nce pa rticulière q u'il tra nsforme d'une pa rt l'expérience
centra le du peuple d'Isra ël, l'exode, d'a utre pa rt celle des Chrétiens, le
Fils de I'Homme. Et il essa ie de relier les deux forces de sa philosophie,
l'idée d'une libéra tion des " Humiliés et Offensés" - donc le contenu des
utopies-socia les y compris Ma rx - et Ia significa tion de Ia Bible.
c) L'ésthétiq ue chez Bloch
Bloch a un va ste horizon culturel. La q ua ntité de ses lectures et de ses
conna issa nces a rtistiq ues est demesurée. Cela est va la ble pour tous les a rts,
pour Ia musiq ue, l'a rchitecture, Ia peinture... Il ne s'a rrête pa s à 1'intérêt
historiq ue ou bien encore rétrospectif, ma is il cherche le contenu utopiq ue
da ns les oeuvres d'a rt, le non-a ccompli, le non-a cq uitté, ce q ui vient vers
nous obliga toirement et nous touche directement.
Da ns les oeuvres d'a rt - selon 1'esthétiq ue de l'a nticipa tion de Bloch
- le Non-encore pré-a ppa ra it da ns 1'échelle de ses possibilités. L'a rt est
pré-a ppa rence. P ré-a ppa rence du meilleur possible; elle nous met en ga rde
contre le fa it d'a ccepter comine définitif 1'impa rfa it exista nt.
L'esthétiq ue tra verse toute 1'oeuvre de Bloch. Cela nous conduit à cette
q uestion: Ernst Bloch est-il un philosophe? Ou bien est-il un écriva in? II
pp. 71-81 Revista Filosófica de Coimbra -, z." 13 (1998)
Ernst Bloch - Une introduction 81
existe des ca s identiq ues, pa r exemple Nietzsche, pour lesq uels l'a ppa r-
tena nce à Ia philosophie est mise en doute. Nous a vons I'opinion de deux
personnes compétentes. Georg Luká cs considère Bloch comme l'un des
écriva ins de sa conna issa nce a ya nt le plus d'esprit. " C'est un style
pa rticulier, un méla nge de ` Scha tzkà stlein' de Hebel et de ` P hãnome-
nologie' de Hegel, q uelq ue chose d'uniq ue da ns Ia prose a llema nde" , dit-
il. De Ia même ma nière Theodor Adorno q ua lifie Bloch de gra nd écriva in
expressioniste et a repris les deux essa is sur Bloch, à sa voir sur " L'esprit
de l'utopie" et sur " Tra ces" da ns son livre " Essa is littéra ires" (" Noten zur
Litera tur" ) - donc Bloch n'est pa s considéré ici comme philosophe. Du
reste Bloch a été en fa it une gra nde pa rtie de sa vie écriva in indépenda nt,
comme nous l'a vons vu précédemment. 11 fa it pa rtie des essa yistes
a llema nds du
XXème
siècle. Certa ins q ua lifient " Le P rincipe Espéra nce"
de giga ntesq ue essa i (W. Schmied-Kowa rzik).
Cela vient du fa it q ue Bloch écrit da ns un style littéra ire. 11 s'excuse
a uprès du lecteur de sa ma ison d'édition q ui se désespéra it deva nt les
nombreuses pha ses de correction: " Si mon a mour pour le mot juste da ns
Ia la ngue a llema nde n'éta it pa s si fort..." D'a utres philosophes se sont
efforcés d'employer une la ngue a ffinée, ma is tout en a ccorda nt Ia pla ce
primordia le à Ia pensée; chez Bloch c'est I'inverse; on a a u premier pla n
l'a spect linguistiq ue des ima ges, des méta phores, des événements, des
histoires, et pa r ce bia is Ia pensée devient expression. La structure
musica le de Ia phra se est ca ra ctéristiq ue: toujours des phra ses brèves a u
début puis une longue exposition.
Histoires - c'est le mot-clé pour évoq uer brièvement I'oeuvre " Tra ces"
(" Spuren " ) da ns la q uelle Bloch est tota lement lui-même, da ns la q uelle le
" philosophe na rra teur " concrétise son " messa ge poétiq ue" (un bon mot de
Ha ns Ma yer) . " Tra ces" est inclu da ns Ia ca tégorie de Ia prose courte,
c'est-à -dire q ue c'est un a ssembla ge de différentes formes, d'a necdotes,
de contes, de pa ra boles, bref: de petits récits philosophiq ues. lis sont pa rus
a u fil de nombreuses a nnées, entre 1910 et 1930; da ns Ia derniére édition
de 1969 Bloch y a a jouté bea ucoup d'a utres rédigés plus ta rd. Le
philosophe dit de ce livre q u'il est " le plus émouva nt" de son oeuvre et
le pla ce consciemment Volume 1 a u début de son édition complète.
" P renons ga rde précisément a ux petites choses" conseille l'a va nt-
propos. Un étonnement philosophiq ue (pa u tdCEty) s'éveille a u moindre
déta il, a ux évènements du q uotidien. Bloch cherche les tra ces de I'énigme
du monde. Da ns les textes il s'a git souvent de trouver son identité, cela
est bien exprimé da ns " Ein Inkognito vor sich selber" . A I'éternelle
q uestion philosophiq ue " Qu'est-ce q ue I'homme?" Bloch répond da ns les
" Tra ces" : " L'homme est q uelq ue chose q ui reste encore à découvrir."
Revista Filosófica de Coimbra -n.° 13 (1998) pp. 71-81

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