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Institutions politiques et administratives 2014 1

Ait El Ouali






COURS POLYCOPIE DES INSTITUTIONS POLITIQUES
ET ADMINISTRATIVES
2014


Institutions politiques et administratives 2014 2

Ait El Ouali







AVERTISSEMENT

CETTE VERSION DU COURS POLYCOPIE CONTIENT CERTAINES ERREURS
ELLES SERONT CORRIGEES AU FUR ET A MESURE DES SEANCES
LE POLYCOPIE CORRIGE SERA DEPOSE ICI AVANT LA FIN DU SEMESTRE

MERCI
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Ait El Ouali
INSTITUTIONS POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES MAROCAINES

Introduction
Le programme dispensé dans l’ancien régime des études de licence consacrait une année en-
tière (la deuxième) aux institutions politiques et une autre (la troisième année) aux institu-
tions administratives. Aujourd’hui les deux programmes sont enseignées en un seul semes-
tre (40 heures correspondant à 13 séances exactement).
Il était donc important pour les étudiants de connaître par ex. la notion de séparation des
pouvoirs, les régimes politiques « les modèles », les notions de démocratie politique repré-
sentative, directe, économique, etc., les différents modes de scrutins électoraux, la théorie
de l’organisation administrative, les notions de personnes administratives, de contentieux
administratif, etc.
Avec la réforme actuelle, il est difficile de dispenser cet enseignement théorique sauf pour
quelques éléments importants des notions envisagées telles que l’Etat, la décentralisation,
etc.
Le cours sera donc axé sur les institutions fondamentales et tourné vers la connaissance des
mécanismes de fonctionnement de ces institutions qu’il faut maintenant définir.
Définition de l’institution
En général, l’institution a un caractère artificiel et culturel (c’est-à-dire un fait humain). Elle
se définit d’abord par rapport à ce qui est naturel (donné).
L’institution se définit ainsi par rapport aux hommes. En ce sens que les hommes créent et
fondent les institutions mais disparaissent alors que les institutions durent et survivent.
« Dans la naissance des sociétés écrit Montesquieu a propos des romains, ce sont les chefs
des républiques qui font l’institution, et c’est ensuite l’institution qui forme les chefs des ré-
publiques ».
L’institution se définit aussi par rapport au temps. Ainsi l’histoire montre que certaines ins-
titutions peuvent disparaître (comme la bastonnade ou l’esclavage au Maroc, l’ostracisme de
la Grèce antique), ou naître (comme le parlement) ou évoluer et s’adapter comme la baiâ, et
ce en fonction du besoin de la société qui les crée.
L’institution se définit également par rapport à la géographie. Ainsi certaines institutions
chinoises ou iraniennes sont plus ou moins différentes de celles du Maroc, certaines institu-
tions se trouvent dans tous les pays, comme le mariage religieux et la polygamie dans les
pays musulmans par opposition au mariage civil dans les pays laïcs.
Enfin le nombre des institutions est incalculable. Certaines sont typiquement républicaines
comme l’égalité, d’autre typiquement monarchiques comme la couronne, l’honneur, le
trône, des institutions musulmanes comme la prière, le ramadan, des institutions démocra-
tiques comme le référendum, le « recall », d’autres totalitaires comme le parti unique. Il y a
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des institutions militaires comme la hiérarchie et la discipline, etc. Il y a des institutions
économiques, sociales, culturelles, financières, judiciaires, familiales...etc. il y a ainsi des
myriades d’institutions qui se créent à travers l’histoire.
Les institutions politiques sont les institutions fondamentales d’une société, comme l’Etat,
la constitution, le chef de l’Etat, le gouvernement, le parlement, le droit électoral, le pouvoir
judiciaire, il s’agit d’institutions qui agissent sur le destin de la société nationale. C’est
l’objet de la première partie.
Les institutions administratives liées aux premières, ont un caractère exécutif. Elles ont
pour but la bonne exécution et l’application des décisions prises au niveau des institutions
politiques. C’est l’objet de la deuxième partie.

Bibliographie
- Les réformes des pouvoirs publics 1949 De Laubadère LGDJ
- Le gouvernement marocain à l’aube du XXè s 1975 Lahbabi ED. Maghrébines
- Droit public marocain 1965 Michel Bourrely La Porte
- Institutions administratives marocaines 1991 Michel Rousset Publisud
- Les services publics au Maroc 1992 Michel Rousset La porte
- Institution politiques et droit constitutionnel A. Mennouni Toubkal

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PREMIERE PARTIE

LES INSTITUTIONS POLITIQUES

Les institutions politiques sont normalement nombreuses. Il serait vain de dire que telle
institution est politique et telle autre ne l’est pas. On dit souvent que tout est politique ou
peut l’être un jour ou l’autre. Le choix d’étudier une institution sans une autre n’est donc
guidé que par le bon sens. De plus plusieurs auteurs dans ce choix, se réfèrent aux institu-
tions constitutionnelles dites fondamentales. Ce choix est également dicté par la durée du
cours qui s’étend sur un semestre et dont le but est la connaissance des institutions politi-
ques fondamentales du Maroc et leur fonctionnement. Nous verrons en premier lieu l’Etat,
ses éléments constitutifs et ses formes.
CHAPITRE PREMIER : L’ETAT
Une connaissance élémentaires de cette forme d’organisation humaine est nécessaire à la
connaissance des institutions politiques et administratives dont elle sert de cadre général.
Ce qui caractérise le plus l’Etat marocain, ce n’est pas son existence séculaire, mais
l’évolution qu’il a connu. Particulièrement depuis la fin du XIXe siècle et jusqu’à nos jours.

Section première : définition de l’Etat
L’Etat est une institution politique à la fois nationale et internationale. C’est un groupement
d’êtres humains, une collectivité politique qui relève d’un seul pouvoir politique.
Au niveau national, l’Etat se présente comme l’institution qui englobe toutes les autres insti-
tutions. Le pouvoir qui n’admet aucun pouvoir au dessus de lui, duquel les gouvernants dé-
tiennent leur légitimité de décider pour toute la communauté nationale.
Au niveau international, il est l’acteur principal et incontournable des relations internatio-
nales. Il conclut les traités et les conventions, il forme les organisations et institutions inter-
nationales.
Mais l’Etat peut être défini de plusieurs points de vue, sociologiques, juridique, philosophi-
que, historique et religieux, etc.
Généralement les auteurs refusent de voir dans l’Etat un phénomène récent, qu’il soit con-
sidéré comme une forme de pouvoir ou une forme de société politique.
A) - L’Etat : une forme de société politique
Dans cette première conception, l’Etat ( et on entend par là l’Etat-nation ou société natio-
nale, qui représente « un type de communauté né à la fin du moyen âge et qui est au-
jourd’hui le ) est une forme de société politique récente (Marcel Prélot : droit constitution-
nel et institutions politiques Dalloz 1980). L’Etat date du XVIe siècle, du XIVe s. ou mieux
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du XIIIe s. En ce sens qu’il s’agit d’une forme d’organisation sociale qui ne ressemble à au-
cune autre organisation sociale passée.
Ces dernières sont au contraire des sociétés ou se sont juxtaposées des familles, des villages,
des bourgades et des villes sans cette cohésion politique qui caractérise les Etats contempo-
rains.
Il se distingue ainsi des grandes cités grecques comme Athènes ou Sparte, de la société des
pharaons, de l’empire chinois, de la communauté musulmane et même de l’empire romain.
Ces organisations n’étaient pas des Etats au sens contemporain de ce terme ; les populations
représentaient une sorte de masses humaines superposées en famille, tribus et cités, et ne
dépassaient pas les 40.000 personnes, le territoire se mesurait en étendue et non en qualité
puisque les frontières n’étaient pas nettement identifiées et l’attachement au sol primait
tout .
A tous ces éléments, manquait également un pouvoir abstrait et exclusif pour former un
Etat.
B) - L’Etat : une forme de pouvoir
Pour la deuxième conception, l’Etat doit s’analyser comme un pouvoir politique ou mieux
encore le pouvoir souverain dans la société. La science de l’Etat n’est autre que la science de
ce pouvoir. C’est un pouvoir politique en ce sens qu’il exprime la puissance de domination et
de commandement dans la société. Il s’appuie sur la force matérielle pour s’imposer. Enfin
c’est un pouvoir institutionnalisé en ce sens qu’il se distingue de ceux qui l’exercent (les
gouvernants) et qui l’exercent conformément à des règles de droit abstraites et imperson-
nelles. C’est ce dernier caractère qui distingue le plus l’Etat contemporain des anciens Etats.
C) - L'Etat : une personne juridique
Pour le juriste, l’Etat est une personne morale de droit public. Cette personnalité permet à
l’Etat de se distinguer de ceux qui gouvernent. Il est le réel détenteur de la souveraineté in-
terne et internationale.
Cependant l’Etat ne se définit et n’existe ici que lorsque trois critère essentiels essentiels
sont réunis : le territoire, la population et la souveraineté.
Section deuxième : Les éléments constitutifs de l’Etat
Ces éléments constituent la condition nécessaire et suffisante pour qu’un État existe. Ils
sont dits constitutifs en ce sens que s’il en manque un il n’y a pas État.
A) Le territoire
L’Etat est d’abord une personne juridique territoriale. Car on n’imagine pas qu’un Etat qui
est en fait un pouvoir, puisse exister sans assise territoriale. C’est donc une condition néces-
saire à son existence quoique non suffisante. Le territoire « localise géographiquement
l’Etat ».
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Ce territoire s’analyse comme un espace; il comprend non seulement l’espace territorial sur
lequel est établie la population, mais aussi l’espace aérien, l’espace maritime et le sous-sol
sur lesquels l’Etat exerce son pouvoir souverain. Il comprend aussi les ambassades dans les
pays étrangers et les navires battant pavillon marocain.
Il n’est pas important juridiquement que ce territoire soit petit (comme la Suisse) ou grand
(comme la Chine), ni que ce territoire soit morcelé (comme les Philippines et l’Indonésie),
du moment qu’il est juridiquement reconnu à ses frontières et relève du même pouvoir sou-
verain.
La conception même des frontières ne date que du XVIe siècle. Avant cette date les frontiè-
res, dites naturelles, des anciens empires n’étaient pas nettement définies et n’avaient guère
la même importance. Aujourd’hui, ces frontières définissent les limites de la souveraineté de
chaque État.
B) La population
La population est indispensable à la constitution d’un Etat. On n’imagine pas un État souve-
rain sans population. Cependant le fait qu’elle existe sur un territoire ne veut pas dire qu’il y
a Etat.
Cette population devrait au moins atteindre le million selon M. Prélot (op. cité), ce qui pose
le problème des micro-Etats. Elle doit également former une nation
Sur ce dernier point, il arrive en effet que la population d’un Etat forme une nation qui est
un phénomène social et qui a précédé la formation de l’Etat qui est un phénomène juridi-
que, on parle alors d’État-Nation. Mais cela ne fait pas nécessairement un Etat. D’abord
parce qu’il arrive que l’Etat soit antérieure à la nation comme dans plusieurs pays euro-
péens, ce dernier est alors l’expression juridique de l’autre. Soit l’Etat precede la formation
de la nation tels les Etats-Unis d’Amérique, parfois l’Etat existe en l’absence de cette nation
comme dans certains pays africains peuplés de tribus nombreuses. Enfin il existe des Etats
où coexistent plusieurs nations (La Belgique, la Russie actuelle, le Liban), et des nations
dispersées entre plusieurs Etats (les Kurdes, ...), et des nations sans État (les palestiniens).
De cette conception nouvelle qu’est la Nation est né le nationalisme qui est le sentiment que
l’on voue à la Nation à la quelle on appartient. Ceci est un élément essentiel à la puissance
de l’Etat. C’est dans ce sens que l’on parle de souveraineté nationale, c’est-à-dire qui appar-
tient en réalité à la nation non à l’État qui n’en est que le délégataire.
C) La souveraineté
La souveraineté est un pouvoir au-dessus duquel il n’y a pas d’autres pouvoirs. C’est ce
commandement exercé par l’Etat sur sa population (compétence personnelle) et dans le ca-
dre des limites ou frontières de son espace territorial (compétence territoriale).
Il se distingue de tous les autres pouvoirs à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Etat.
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- A l’intérieur, la souveraineté consiste pour l’Etat à imposer sa volonté à tous les pouvoirs
de fait comme le pouvoir religieux (Espagne Italie), financier, ou celui d’un parti politique,
ou de droit comme les collectivités, les Etats fédérés, etc. le pouvoir de ces derniers n’étant
pas souverain mais subordonné à la souveraineté de l’Etat.
- Au niveau international, l’Etat ne peut imposer sa volonté aux autres Etats, et vice versa, il
s’impose ainsi comme juridiquement d’égale puissance des autres Etats. Cependant la puis-
sance des Etats est différente selon leur puissance militaire et technologique (atome) leur
puissance économique et financière, les autres se plient à leur volonté...ce qui limite la sou-
veraineté de ces derniers.
Enfin l’Etat peut lui-même limiter sa propre souveraineté en s’imposant des règles qu’il
s’engage à observer comme les règles religieuses, celle relatives aux droit de l’homme tels
qu’ils découle de l’art. 175 « Aucune révision ne peut porter sur les dispositions relatives à la
religion musulmane, sur la forme monarchique de l’Etat, sur le choix démocratique de la
Nation ou sur les acquis en matière de libertés et de droits fondamentaux inscrits dans la
présente Constitution ».
Section troisième : Les formes de l’Etat
Les Etats à leur apparition ont pris deux formes qui se sont précisées en fonction de leur
évolution respectives. La forme unitaire et la forme fédérale.
A) L’Etat unitaire
Il se caractérise par une organisation politique, juridique et administrative uniforme : Un
seul gouvernement est placé au-dessus de tout le système politique, administratif et judi-
ciaire. Cependant les Etats unitaires se distinguent selon la façon dont ce pourvoir (de déci-
sion) est aménagé et répartis. C’est dans ce sens qu’on distingue entre les Etats unitaires
centralisés et les Etats unitaires décentralisés.
1) L’Etat unitaire centralisé
Dans l’État unitaire centralisé seul l’Etat a la personnalité juridique. Les collectivités hu-
maines n’ont pas d’existence juridique propre. Le gouvernement central décidant pour tous.
Un tel système s’accompagne généralement d’une certaine déconcentration. Déconcentrer le
pouvoir c’est confier aux agents locaux de l’Etat (gouverneurs, directeurs, chefs des services
extérieurs) qui représentent le gouvernement central, le pouvoir d’exécuter la politique de
ce dernier et de décider sur place des problèmes qui se posent aux différentes circonscrip-
tions (non collectivités) locales, tout en restant soumis au contrôle hiérarchique de ce der-
nier.
2) L’Etat unitaire décentralisé
Dans l’Etat décentralisé, ce dernier reconnaît aux collectivités locales (des groupes de popu-
lations) la personnalité juridique, c’est-à-dire la possibilité d’avoir comme l’Etat une vie ju-
ridique propre, avec une autonomie administrative et financière et parfois politique (mais
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non la souveraineté). Grâce à la décentralisation, les populations élisent eux-mêmes les
agents (qui ne sont plus désignés par le pouvoir central) qui vont gérer les affaires de leurs
collectivités. L’Etat leur confie des attributions propres et partage avec eux d’autres compé-
tences. Le contrôle qu’il exerce sur eux est différent de celui qu’il exerce sur ses propres
agents ; il s’agit d’un contrôle de tutelle et non hiérarchique.
Appliquée à la région cette décentralisation dote la collectivité régionale d’une autonomie à
la fois législative et exécutive très poussée, ce qui rapproche l’État décentralisé de l’État fé-
déral, mais ne se confond pas du tout avec lui.
B) L’Etat fédéral et son organisation
L’Etat fédéral est l’union de plusieurs Etats en un seul. Unis sur la base d’une nouvelle cons-
titution : une fédération d’États : Etats-Unis, Allemagne, Canada, Brésil, Nigeria, Inde, etc.
Sur le plan international, seul l’Etat fédéral, c’est-à-dire l’union créée par les Etats, possède
les attributs de l’Etat au sens international du terme, et notamment la souveraineté.
Sur le plan interne, les États qui composent l’union ne sont pas souverains (ils ne peuvent
conclure des traités internationaux ou accréditer et recevoir des ambassadeurs, ils ne peu-
vent changer la nature du régime politique de l’union (monarchie ou république, ou avoir
une politique monétaire autre que celle de l’union), par contre ils peuvent adopter leur pro-
pre organisation interne (principe de l’autonomie) et participent à l’organisation et à la poli-
tique de l’union (principe de participation).
1) La loi d’autonomie sauvegarde l’individualité de chaque Etats qui compose la fédéra-
tion.
Ainsi chaque État adopte son propre système politique, administratif et judiciaire qui peut
changer d’un Etat à un autre. Le gouvernement central reconnaît la valeur législative des
lois de ses Etats tout en conservant la suprématie des lois de l’Union qui doivent l’emporter
en cas de conflit.
2) La loi de participation est un principe qui instaure et sauvegarde l’égalité entre les
États et leur pouvoir de participer à la politique générale de l’Union. La constitution assure
leur rôle dans le choix du corps législatif fédéral et de la révision de la constitution. De cette
sorte, l’Etat membre ou fédéré est considéré comme un membre fondateur de l’Union.
Les Etats sont alors représentés par une deuxième chambre (Sénat, Bundesrat...), et partici-
pent à la politique étrangère (ratification des traités), monétaire, économique, etc. de
l’union.
C) L’Etat de droit
La notion d’État de droit comprend deux termes, État d’une part et droit d’une autre. Ces
deux termes ont été depuis longtemps considérés comme non conciliables, en ce sens que
l’État se définit comme puissance souveraine qui s’impose par la force et a pour fin l’ordre
dans la société. Le droit au contraire a pour fin la justice dans cette société. Le mariage entre
ces deux notions ne peut donc se réaliser.
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Soit que l’État utilise le droit pour réaliser et augmenter sa puissance. Ainsi l’État fait le
droit et ne peut donc lui obéir. Soit que le droit utilise la force de l’État pour réaliser la jus-
tice.

Le concept d’État de droit est donc né pour être opposé à l’État despotique où seule compte
la volonté arbitraire (non légale) du prince.
Il est né aussi pour s’opposer à la puissance souveraine de la monarchie absolue. Ce dernier
étant régi par des lois fondamentales, est considéré plus proche de l’État de droit que le
premier.

1) Définition de l’État de droit

Il faut distinguer deux définitions de l’État de droit. Une définition formelle et une défini-
tion matérielle.

La conception formelle de l’État de droit a pour seul critère les principes de constitutionna-
lité et de légalité. Conception qui date du XVIIIe siècle selon laquelle l’Etat de droit est un
État qui agit selon la loi, dans le cadre de la loi et conformément à la loi. C’est le principe de
légalité.

La conception matérielle plus large définit l’Etat de droit comme l’État qui non seulement
agit conformément à la loi mais aussi conformément à un droit qui lui est supérieur, qui lui
extérieur et antérieur comme (la charia) par ex. le droit naturel dont il est question ici.

L’Etat de droit ici s’oppose à l’État de police où l’administration est certes régie par des rè-
gles (police, réglementation), mais ces règles s’imposent à l’intérieur de l’administration, à
ses propres agents comme aux administrés mais non à elle.
Dans l’Etat de droit, l’administration trouve dans la loi le fondement et la limite de son ac-
tion (J. Rivero).

2) L’État de droit selon H. Kelsen

On sait que H. Kelsen considère l’État comme une pyramide de normes ou de règles de droit
où la règle inférieure ne tire sa validité et son efficacité que de sa conformité à la règle qui
lui est supérieure.
Au sommet de cette pyramide se trouve la loi fondamentale ou constitution.
Par conséquent et selon H. Kelsen tout État ainsi fait est un État de droit.

Les conceptions matérielle et formelle renvoient selon lui à la conception libérale et donc
idéologique de l’État du XVIIIe siècle qui n’a rien avoir avec la science juridique.
Pour lui la science juridique doit débarrasser l’étude de l’État de toute référence à un droit
métaphysique notamment le droit naturel.
Cependant H. Kelsen lui-même pose le principe d’une loi supérieure à la loi fondamentale
qui se situe au sommet de la hiérarchie des normes et qui est une loi supposée et non réelle
à l’origine de l’État.

L’État au Maroc est-il un Etat de droit ? l’étude de la notion de constitution le montrera.
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CHAPITRE DEUXIEME : LA CONSTITUTION
Le 1
er
juillet 2011 le Maroc vote une nouvelle constitution, la VIe après celles de 1962, 1970,
1972, 1992, 1996.
Données :
----------------
Scrutins :

Inscrits

Votants

S. Exprimés

Oui

Non
7 déc. 1962

4.654.955
37%
3.919.737
84%
3.847.015

3.733.816
97%
113.199
2%
24 juil.1970 4.847.310
31%
4.515.743
93%
4.479.735

4.424.393
98,76%
55.342
1,23%
1
er
mars 1972 4.862.009
30%
4.519.923
92%
4.490.647

4.434.910

55.737
1,24%
4 sept. 1992 Chiffres officiels Non disponibles
Vote 97,4% / suff. Exp. : 99,98%
11.461.470

4.844

13 sept. 1996 12.287.651
44%
10.443.132
84%
10.380.911

10.332.469
99,53%
48.442
0,46%
1
er
Juil. 2011 13.449.495
38%
10.154.666
75%
10.063.423 9.909.356
98,46%
154.067
1,53%

Nous commençons d’abord par définir ce qu’est une constitution et son importance pour
l’Etat et la société.
Section première : Définition de la constitution.
La constitution est l’acte par lequel une société politique établit l’égalité entre les hommes,
la séparation entre les pouvoirs, les droits et garantie des droits de liberté, de propriété, de
sûreté et de résistance à l’oppression et la souveraineté nationale. C’est la première défini-
tion établie par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la révolution française
de 1789 (voir notamment l’art. 16 de cette déclaration).
D’autres auteurs dits contre-révolutionnaires comme Burke, J. De Maistre pensent que la
véritable constitution est celle qui correspond à la constitution réelle de la société. Elle dé-
coule de la pratique spontanée de la société des règles relatives à l’exercice du pouvoir.
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La première définition est la définition formelle de la constitution, elle procède de la volonté
délibérée de fixer juridiquement c’est-à-dire par un acte juridique, les fondements constitu-
tionnels de l’Etat et de la société politique.
La seconde est la définition matérielle ou coutumière, celle qui caractérise l’Angleterre et
qui est le résultat non de la décision d’une assemblée mais de l’évolution politique naturelle
de la société.
Il ressort de ces deux définitions que la constitution est la loi fondamentale de l’Etat. Etablie
par le pouvoir souverain dans l’Etat, et qui s’impose à tous les autres pouvoirs.
Selon cette définition la constitution marocaine peut être considérée comme une constitu-
tion à la fois formelle et matérielle.
Formelle parce qu’il s’agit d’une « loi fondamentale qui définit clairement les droit et les de-
voirs de chacun, délimite et organise les pouvoirs et fixe le rôle des autorités dans la con-
duite des affaires de l’Etat et le droit de contrôle et de censure qui appartient aux adminis-
trés » (discours du trône du roi Hassan II de 1963).
Matérielle parce que la constitution marocaine ne définit jamais le pouvoir constituant du
roi, son pouvoir religieux et ses limites, ses responsabilités (défense nationale, état
d’exception), le rôle de la dynastie alaouite, l’institution de la beiâ, la place du dahir dans la
hiérarchie des normes marocaines (comparez notamment avec les constitutions espagnole
et belge où le roi dont la personne est inviolable et qui possède d’importants pouvoirs prête
serment au moment de son intronisation).
Cette importance accordée à la constitution de l’Etat se traduit par l’importance solennelle
accordée à son élaboration comme loi fondamentale de l’Etat et au rang qu’elle occupe dans
la hiérarchie des normes et à procédure exceptionnelle à la quelle est soumise sa révision.
A) L’élaboration de la constitution
L’élaboration de la constitution est un acte qui n’est pas ordinaire. Il peut être à l’origine
même de la fondation d’un Etat comme ce fut le cas de la constitution de Philadelphie de
1787 qui créé les Etats-Unis d’Amérique. La constitution est alors assimilée à un pacte ou
contrat social qui définit les rapports de droit entre les gouvernants et les gouvernés.
Mais une constitution peut aussi être élaborée suite à une révolution, à un changement de
régime politique comme en France (première deuxième..., cinquième république) ou à un
coup d’Etat et donc dans le cadre d’un Etat déjà existant.
Il existe ainsi différentes façons (modes) d’élaborer une constitution que les auteurs divisent
en modes démocratiques et modes non démocratiques (autoritaires) selon que la procédure
suivie fait appelle à la participation du peuple on non.
1) les modes démocratiques
L’élaboration directe de la constitution par le peuple lui-même est problématique.
L’élaboration par ses représentants caractérise les pays démocratiques. Enfin son élabora-
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tion par un pouvoir déjà en place est un mode plus répandu qui concerne les pays non ou
peu démocratique.
1/1 l’élaboration de la constitution par le peuple
Pour qu’un peuple puisse se donner lui-même sa propre constitution, il faut écrit J.-J Rous-
seau, « un État très petit, où le peuple soit facile à rassembler, et où chaque citoyen puisse
aisément connaître tous les autres ».
L’élaboration de la constitution par le peuple lui-même est donc un acte rare mais qui peut
devenir possible avec le développement de l’internet et des réseaux sociaux. Cependant le
problème est dans « le cœur des citoyens, écrit encore Rousseau.., « je parle des mœurs, des
coutumes et surtout de l’opinion » (J.-J. Rousseau, du contrat social).
1/2 l’élaboration de la constitution par une assemblée constituante
L’élaboration de la constitution par une assemblée dite constituante suppose l’élection par
le peuple des membres de cette assemblée.
Le procédé de l’élection a été utilisé en France en 1791 et 1848 et en 1946, de même qu’en
Espagne, en Tunisie, au Portugal (assemblée législative devenue constituante). Au Maroc,
cette assemblée fut désignée par le sultan Mohammed V (dite « Al Majliss addoustouri »,
dahir du 1-60-317) en respectant son caractère représentatif des populations.
Dans les deux cas, l’intervention du peuple devient nécessaire pour adopter ou rejeter le
texte élaboré. Si le peuple refuse le texte une autre assemblée doit être élue pour les mêmes
raisons.
Ce procédé très démocratique comporte des risques importants ; celui d’abord d’une con-
frontation violente des différentes composantes politiques de la société qui luttent pour le
pouvoir, celui ensuite de voir la rédaction de la constitution prendre plus de temps.
1/3 L’élaboration de la constitution par un comité d’experts
Ce procédé plus pratique, de la rédaction de la constitution a été utilisé en France par le Gé-
néral De Gaulle et au Maroc en 1962 et 2011, sur la base d’un mandat reçu de la nation.
Ce procédé comporte également des risques.
- D’abord il peut cacher un procédé autoritaire qui consiste a désigner des personnes acqui-
ses aux idées du pouvoir en place.
- Ensuite le vote populaire qui intervient par référendum peut se traduire en fait par un plé-
biscite ou le peuple vote plus pour la personne au pouvoir souvent sous le contrôle de
l’administration que pour le texte de la constitution. C’est le cas notamment de la constitu-
tion marocaine de 1970.
Pour que le procédé soit démocratique, il faut qu’existe aussi bien dans le débat que dans le
vote et la possibilité de critiquer le texte et l’éventualité de le rejeter.
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2) le mode non démocratique
Ce mode consiste pour le pouvoir en place d’octroyer au peuple une constitution sans vote,
charte de 1814 -1815, de l’Arabie saoudite.
3) L’élaboration de la constitution au Maroc
Au Maroc, l’élaboration de la constitution a toujours été l’œuvre du Roi seul qui en prend la
décision et l’annonce dans un discours.
Cette procédure rappelle d’une part que le pouvoir constituant originaire au Maroc est déte-
nu par le roi seul, ensuite elle fixe aux personnes sensées rédiger le texte de la constitution
les principes et le cadre de la future constitution.
- Il en est ainsi de plusieurs discours du roi Mohamed V annonçant son intention de doter le
Maroc d’une constitution.
- Discours du Roi Hassan II du 18 novembre 1962, annonçant la constitution de 1962 (éla-
borée par le roi et quelques professeurs de droit français).
- Discours du Roi Hassan II du 8 juillet 1970 annonçant la constitution de 1970 (élaborée
par le roi seul).
- Discours du Roi Hassan II du 17 février 1972 annonçant la constitution de 1972 (élaborée
par le roi seul).
- Discours du Roi Hassan II du 20 août 1992 annonçant la constitution de 1992 après con-
sultation des partis politiques.
- Discours du Roi Hassan II du 20 août 1996 annonçant la constitution de 1996 (élaborée
par le roi et les partis politiques).
- Enfin discours du Roi Mohamed VI du 9 mars 2011 annonçant la constitution de 2011 qui
créé la « commissions consultative de la révision de la constitution ».
Cette habitude n’est pas gratuite. La création de l’assemblée constituante (appelée Conseil
Constitutionnel (dahir 1.60.317 du 4 nov. 1960 – BO 2506) en 1960 était destinée à répon-
dre aux revendications du mouvement national, premièrement en dotant le pays d’une
constitution moderne et deuxièmement en associant les représentants du peuple (désignés
par le roi) à cette élaboration.
On retrouve la même préoccupation dans le discours de 9 mars 2011 qui fixe les grandes li-
gnes de la réforme.
Ainsi, l’idée d’élaborer la constitution par une assemblée constituante élue n’a jamais trouvé
d’écho au Maroc. En ce sens qu’elle n’est réclamée que par une minorité nationale et d’autre
part elle n’a pour but que d’opérer un transfert de souveraineté du roi à l’élite de ce mouve-
ment national.

Institutions politiques et administratives 2014 15

Ait El Ouali
B) La structure de la constitution
La constitution actuelle se caractérise par rapport à ses précédentes par le nombre de ses ar-
ticles, (180 au total). Ceci n’est pas important car plus la constitution est détaillée, plus elle
est longue, la constitution indienne contient 450 articles, celle du Venezuela (1999), 350,
etc. A titre de comparaison la constitution américaine ne contient que 7 articles, 21 sections
et 27 amendements.
Cette longueur peut donc s’expliquer par le nombre de matières réglementées désormais par
la constitution, comme les matières relatives aux langues nationales, aux forces politiques et
aux associations, à la bonne gouvernance, au statut de l’opposition, etc. Au total, la constitu-
tion comprend 14 titres :
Le titre premier est consacré aux dispositions générales
Le titre II, aux libertés et droits fondamentaux contient à lui seul 22 articles.
le titre III à la royauté
le titre IV au pouvoir législatif
le titre V au pouvoir exécutif
le titre VI aux rapports entre les pouvoirs
le titre VII au pouvoir judiciaire et à son indépendance
le titre VIII à la cour constitutionnelle
le titre IX aux collectivités territoriales
le titre X à la cour des comptes
le titre XI au conseil économique social et environnemental
le titre XII à la bonne gouvernance
le titre XIII à la révision de la constitution
le titre XIV aux dispositions transitoires
On remarque aussi que le titre consacré à la royauté est directement suivi par le titre consa-
cré au pouvoir législatif devant le pouvoir exécutif. Alors que dans les précédentes constitu-
tions c’est le pouvoir législatif qui vient après le gouvernement.
Section deuxième : La suprématie de la constitution
Tous les Etats proclament la suprématie de leur constitution en la plaçant au-dessus des
hommes et des institutions dans l’Etat.
Institutions politiques et administratives 2014 16

Ait El Ouali
Cette suprématie vient de ce qu’elle est normalement la loi fondamentale sur la quelle re-
pose l’ordre juridique et politique de toute la société tel qu’il est accepté par cette société à
moment donné de son histoire. Il est donc important que cette autorité et cette suprématie
soit garantie.
La suprématie de la constitution marocaine est d’abord proclamée par la constitution elle-
même. Elle est garantie par la constitution elle-même par le Roi et par la Cour Constitu-
tionnelle
A) Une suprématie garantie par la Constitution elle-même.
C’est ainsi que l’art.6 qui affirme le principe de constitutionnalité, de hiérarchie d’obligation
et de publication des normes juridiques.
Par les articles 7 et 8 relatifs aux partis politiques et aux syndicats qui doivent s’organiser et
fonctionner conformément aux dispositions de la constitution.
Par l’art. 37 qui dispose que « Tous les citoyennes et les citoyens doivent respecter la Consti-
tution et se conformer à la loi... ».
Par l’art. 55 qui prévoit qu’un traité contraire la constitution ne peut être ratifié que s’il est
en harmonie avec la constitution. Selon l’art 134, une disposition déclarée inconstitution-
nelle ne peut être promulguée ni mise en application».
Les règlements intérieurs des chambres, les lois organiques en raison de leur place stratégi-
que de loi complétant la constitution, sont obligatoirement soumis au contrôle de la Cour
Constitutionnelle.
La suprématie de la constitution est également assurée d’une part par le roi et d’autre part
par la Cour Constitutionnelle.
B) Une suprématie garantie par le Roi
Selon l’art 42, le roi veille au respect de la constitution et au bon fonctionnement des insti-
tutions constitutionnelles.
Le roi peut même proclamer l’état d’exception (art. 59) si l’intégrité du territoire et le fonc-
tionnement régulier des institutions constitutionnelles sont menacées.
C) Une suprématie garantie par la Cour Constitutionnelle
En effet la Cour Constitutionnelle qui est un organe indépendant du pouvoir judiciaire et
dont les membres ne sont pas des magistrats mais qui peuvent être des juristes et d’anciens
magistrats a pour mission : de veiller au respect de la constitution par les autres normes ex-
ception faite des dahirs. C’est elle qui déclare notamment si un traité, un règlement parle-
mentaire, une loi organique ou ordinaire ou une de leurs dispositions sont conformes ou
non à la constitution.
Institutions politiques et administratives 2014 17

Ait El Ouali
Mais la suprématie de la constitution se voit aussi au caractère rigide de la procédure de ré-
vision. En ce sens que la révision ne peut concerner certaines dispositions de la constitution
telles que le caractère musulman et démocratique de l’Etat ainsi que la forme monarchique
du régime politique (art.175).
Section troisième : Le contenu de la constitution
L’objectif primaire de toute constitution depuis la révolution française, est de donner à
l’Etat un statut juridique, de fixer un cadre (des limites) au pouvoir exercé au nom de l’Etat
par les gouvernants, de clarifier les devoirs et les responsabilités respectifs des gouvernants
et des gouvernés. Notamment le respect de l’Etat de droit, la primauté de la loi, le respect de
la dignité des citoyens nationaux et étrangers, etc.
Les autres matières traitées par la constitution, répondent à des préoccupations spécifiques
à chaque Etat ; certaines sont plus anciennes tels que le respect de la religion ou la laïcité, la
répartition des compétences entre les Etats de l’union pour les Etats fédéraux, d’autres sont
plus récents tels le respect de l’environnement, des animaux, etc.
Dans ce cadre, on remarque une évolution certaine dans le contenu de la constitution maro-
caine. En effet, de 1962 et jusqu’en 1996, les constitutions marocaines avaient moins
l’aspect d’une constitution que d’une loi fondamentale. La constitution de 2011 est plus
qu’une loi fondamentale, elle consacre la primauté de l’institution royale, les principe de di-
versité et pluralité. C’est la constitution d’un Maroc tourné vers la modernité mais attaché à
sa diversité, son identité et ses traditions.
A) La prééminence de la royauté
Cette prééminence traduit une ascendance politique et morale que ne possèdent pas les au-
tres pouvoirs. Mais il ne s’agit pas en principe d’une hégémonie qui traduirait une domina-
tion de ces autres pouvoirs.
Le roi est en effet représentant suprême de l’Etat et garant de sa continuité, arbitre suprême
entre les institutions. Il est le symbole de l’unité nationale (art.42) et commandeur des
croyants. Garant de l’intégrité du territoire national et de son indépendance.
Il veille au respect de la constitution et des engagements internationaux du Maroc. Il est
protecteur des droits et libertés des individus et des collectivités, etc. Il est également au
dessus des partis politiques.
Cette prééminence se voit également aux nombreux conseils qu’il préside ou inaugure. De
plus le roi n’est soumis à aucun contrôle, ni juridictionnel, ni parlementaire.
B) Séparation et équilibre des pouvoirs
Pour qu’il y ait équilibre des pouvoirs (ou fonctions de l’Etat) il faut d’abord que ces pou-
voirs existent et soient distincts.
1) La séparation des pouvoirs
Institutions politiques et administratives 2014 18

Ait El Ouali
Selon le titre premier de la constitution, le régime marocain est fondé sur la séparation des
pouvoirs (art. 1
er
). Le pouvoir législatif (celui de voter les lois), est confié à un parlement bi-
caméral. Le pouvoir exécutif est confié au chef du gouvernement chargé au sens étroit du
terme de l’exécution des lois, disposant du pouvoir réglementaire et de l’administration. En-
fin le pouvoir judiciaire est confié à la Cour de Cassation (ancienne Cour suprême (dahir du
25 oct. 2011) et au Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire.
Dans certains pays comme les États-Unis, les trois pouvoirs sont strictement séparés par la
constitution (séparation dite rigide). Le président, le congrès et la Cour suprême. La consti-
tution donne à chacun de ces organes des pouvoirs qui lui sont propres et des moyens de
pression sur les autres pouvoirs tout en excluant dans l’intérêt des citoyens toute collabora-
tion entre ces pouvoirs.
Ainsi le pouvoir législatif fait la loi, le pouvoir exécutif applique la loi dispose de
l’administration et notamment des forces armées, le pouvoir judiciaire dit le droit.
2) La collaboration entre les pouvoirs
Dans d’autres pays à régime dit parlementaire, république ou monarchie (Grande Bretagne,
Allemagne, Japon, France, et aussi le Maroc, etc.), la séparation des pouvoirs est dite souple
en ce sens qu’elle autorise leur collaboration respective.
Cette collaboration se traduit dans la pratique par un gouvernement soutenu par une majo-
rité parlementaire qui lui est favorable. Cette majorité peut être issue du même parti politi-
que que le chef du gouvernement ou composée d’autres partis politiques mais qui appar-
tiennent à la même famille politique (droite, droite libérale ou gauche et autres gauches,
etc.). lorsque cette majorité change, le gouvernement se trouve obligé à démissionner. Ce
qui également peut entrainer la dissolution du parlement. En d’autres termes ou ils gouver-
nent ensemble ou ils ne gouvernent pas.
Dans le même sens le chef du gouvernement possède l’initiative des lois, participe à l’œuvre
législative (pas au vote) en préparant des projets de lois, il peut même prendre des mesures
de nature législative sur autorisation du parlement (art.70). Les ministres siègent au sein
des commissions parlementaires permanentes.
Cependant la collaboration des pouvoirs ne doit pas être confondue avec l’équilibre des
pouvoirs.
3) L’équilibre des pouvoirs dans la constitution de 2011
Aux Etats-Unis par exemple, où il n’y a pas de collaboration des pouvoirs, le président qui
ne peut dissoudre le parlement peut refuser la promulgation d’une loi, le congrès qui ne
peut destituer le président peut revoter la même loi à une majorité qualifiée pour être pro-
mulguée automatiquement, il peut aussi refuser de voter les lois souhaitées par ce dernier
(c’est le fameux check and balance = poids et contrepoids).
La Cour suprême qui peut déclarer une loi inconstitutionnelle ne peut ni l’annuler ni obliger
le congrès à l’abroger.
Institutions politiques et administratives 2014 19

Ait El Ouali
Dans le régime parlementaire, le pouvoir législatif peut obliger le gouvernement à démis-
sionner, et ce dernier peut dissoudre le parlement.
Selon l’art. 1
er
de la constitution, le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocrati-
que parlementaire et sociale. « Le régime est fondé sur la séparation, l’équilibre et la colla-
boration des pouvoirs ».
Ainsi le chef du gouvernement peut dissoudre la chambre des représentants par décret pris
en conseil des ministres (art. 104). Il peut aussi engager la responsabilité du gouvernement
sur le vote d’un texte de telle sorte que le rejet de ce texte entraîne automatiquement la dé-
mission collective du gouvernement.
La chambre des représentants peut également mettre en jeu la responsabilité du gouverne-
ment en votant une motion de censure, ce qui entraîne la démission collective du gouver-
nement.
De ce jeux le roi reste le maitre ; il peut soit demander la formation d’un nouveau gouver-
nement en fonction des majorités parlementaires existantes, soit tout simplement dissoudre
le parlement et provoquer de nouvelles élections. Dans tous les cas, le gouvernement ne
peut gouverner que s’il a la confiance à la fois du roi et de la chambre des représentants.
4) Le pouvoir du corps électoral
Dans toute démocratie, le rôle des élections est de permettre aux électeurs de choisir ceux
qui vont gérer les affaires de la communauté et de décider en leur nom.
Dans une démocratie directe, ces derniers décident eux-mêmes de ces affaires, les représen-
tants sont de simples commissaires chargés de l’exécution de ces décisions que les électeurs
peuvent renvoyer à tout moment.
Dans une démocratie représentative, les électeurs choisissent leurs représentants mais une
fois élus ces derniers représentent la nation et non les électeurs. Les électeurs ne peuvent
donc les renvoyer (s’il trahissent leur programme).
Le premier dahir relatif aux élections au Maroc date du 1
er
septembre 1959 qui adopte le suf-
frage universel sans restriction. autres que celles qui sont normalement admise dans les
démocratie occidentales (âge, nationalité, dignité, etc.).
Ce texte organisera les élections jusqu’à son abrogation par la loi 12-92 (1992). Il s’est carac-
térisé par sa brièveté (34 articles) et son étonnante longévité (33 ans).
Les constitutions précédentes établissaient en réalité un régime semi parlementaire en ce
sens que les électeurs choisissent les parlementaires et le roi choisit le gouvernement. De
plus l’exposé du programme du gouvernement n’était suivi ni de débat ni de vote.
Ces élections n’avaient donc qu’un sens formel et limité.
Désormais la constitution de 2011 qui établit un régime parlementaire donne à ce vote un
sens réel puisque le chef du gouvernement est choisi en fonction des résultats des élections.
Institutions politiques et administratives 2014 20

Ait El Ouali
l’opposition possède un statut constitutionnel lui accordant certains pouvoirs comme la
présidence de la commission de la législation (art.10). Les citoyens peuvent donc arbitrer
entre les partis politiques, censurer le gouvernement ou le confirmer aux prochaines élec-
tions et même présenter des motions et des pétitions aux pouvoirs publics.
Enfin seules la chambres des représentants et les conseils communaux et municipaux
étaient élus au suffrage universel, désormais les conseils des régions sont également élus au
suffrage universel direct (art.135).
C) Les droits de l’homme
La constitution de 2011 se distingue aussi par la place accordée aux droits de l’homme.
D’abord dans le préambule où il est affirmé l’attachement du Maroc aux droits de l’homme
tels qu’ils sont universellement reconnus (ce qui renvoie non seulement au respect de la
chariâ, mais aussi au droit naturel issu de la conception des révolutions française et améri-
caine). Le Maroc s’engage aussi à « protéger et promouvoir les dispositifs des droits de
l’Homme et du droit international humanitaire et contribuer à leur développement dans
leur indivisibilité et leur universalité ».
Ainsi Les partis politiques ne peuvent être fondé sur une base discriminatoire et contraire
aux droits de l'homme (art.7).
Le président du Conseil national des droits de l’Homme (institution constitutionnelle indé-
pendante) est membre de droit du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.
On remarque ainsi une différence certaines entre cette constitution et les précédentes aussi
bien en ce qui concerne sa structure que son contenu. En effet dans la nouvelle constitution
Le titre II (art.19-40) est entièrement consacré aux « libertés et droits fondamentaux » : ga-
ranties de la liberté de circuler, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes, de
l’intégrité physique et morale des personnes, au respect de la vie privée, l’accès à
l’information détenue par les administrations publiques, etc.
Cependant à aucun moment la royauté n’est considérée comme un pouvoir. Le roi est placé
au-dessus de ces pouvoirs, on peut dire qu’il est la source de tous ces pouvoirs tout en dis-
posant de pouvoirs propres lui permettant de confondre tous les pouvoirs entre ses mains.
CHAPITRE TROIS : LE ROI (titre III de la constitution)
La place du Roi et son rôle dans le système politique marocain sont certains.
Il est chef de l’Etat, et son représentant suprême, garant de sa continuité, symbole de l’unité
nationale, garant de l’indépendance du pays, arbitre suprême entre ses institutions (art.42).
Il est le chef suprême des forces armées royales (art.53). il préside le conseil des ministres,
le Conseil Supérieur des Ouléma, le Conseil Supérieur de sécurité (art.54) et le Conseil su-
périeur du pouvoir judiciaire (art.115). Il est enfin garant de l’indépendance du pouvoir ju-
diciaire.
Institutions politiques et administratives 2014 21

Ait El Ouali
Le Roi dispose ainsi de pouvoirs propres sans être qualifié lui-même de pouvoir par la cons-
titution (section I). Il jouit d’une indépendance totale par rapport aux autres pouvoirs
Il a d’autres pouvoirs qu’il exerce en accord avec le chef du gouvernement grâce à la techni-
que du contreseing (section II).
Cependant plusieurs de ses pouvoirs ne sont pas bien définis aussi bien temporels que reli-
gieux, et la place du dahir (qui n’admet aucun recours juridictionnel), dans le système des
normes n’est pas clarifiées.
Section première : les pouvoirs du Roi
Le roi possède ainsi des pouvoirs propres qui lui assurent la suprématie sur tous les autres
pouvoirs et des autres partagés qui lui assurent la participation au pouvoir législatif et exé-
cutif.
Les pouvoirs du Roi sont exercés par Dahir. Aussi bien ceux qu’il exerces dans le domaine
religieux, réglementaire ou législatif. Cependant lorsque le dahir intervient dans le domaine
purement législatif, il s’appelle dahir portant loi ou dahir portant loi organique selon le cas.
Ces dahirs ne sont en aucune façon attaquables devant la justice. Il n’existe en effet aucun
texte formel qui autorise un recours autre que le recours gracieux contre le dahir quelle que
soit sa nature.
A) Les prérogatives exclusives du roi
Il s’agit tout d’abord des pouvoirs que le roi exerce en matière religieuse et de manière ex-
clusive (art.41). Il est Amir el Mouminine, il veille au respect de l’Islam, et est garant de la
liberté religieuse. Ces pouvoirs lui ont toujours été reconnus par l’art 19 des précédentes
constitutions mais de façon implicite. La constitution actuelle leur donne un caractère « ex-
clusif » et explicite.
C’est dans ce sens que le roi a créé le Conseil Supérieur des Ouléma qu’il préside lui-même
et les conseils régionaux des oulémas en 1981.
Il peut également prendre d’autres mesures, notamment, fixer les règles relatives à la cons-
truction des mosquées et les peines prévues pour toute infraction à ces règles. Enfin les kha-
tibs et les imams de toutes les mosquées sont nommés par le ministère des habous (après
avis du gouverneur et du conseil régional des oulémas).
Le roi fixe également l’organisation et les attributions du ministère des habous.
B) Les pouvoirs propres du Roi
Le roi exerce ces pouvoirs sans le contreseing du chef du gouvernement.
Le roi préside le conseil des ministres, le Conseil Supérieur des Ouléma, le Conseil Supé-
rieur de sécurité, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et approuve la nomination des
magistrats par ce dernier.
Institutions politiques et administratives 2014 22

Ait El Ouali
Il proclame l’état d’exception (art.59).
Il nomme le chef du gouvernement. Cependant cette nomination est en partie restreinte,
puisque le chef du gouvernement est choisi parmi les membres du parti qui a gagné les élec-
tions. Mais il peut aussi prendre l’initiative de renvoyer un ou plusieurs membres du gou-
vernement (art.47).
Il préside l’ouverture de la première session du parlement.
Il peut dissoudre le parlement ou l’une de ses deux chambres (après avoir consulté et pro-
noncé un discours à la nation). Mais il est le seul à pouvoir dissoudre la chambre des con-
seillers.
Il désigne intuitu personae, dix des 16 membres du conseil de régence (art.44) et six des
douze membres de la Cour Constitutionnelle dont le président de cette cour (art.130).
Ne sont pas non plus contresignés, la nomination des magistrats proposés par le Conseil
supérieur du pouvoir judiciaire (art.57),
la nomination du président de la Cour Constitutionnelle et de certains de ses membres
(art.130).
En matière de révision de la constitution, le Roi peut à son initiative présenter son projet de
révision directement au vote populaire (art.172) ou saisir le parlement (art.174) pour le
même objet. Mais toute proposition de révision émanant du parlement ou du gouvernement
doit être soumise au peuple par Dahir et donc par le Roi.
Le roi dispose enfin d’une liste civile, d’un cabinet royal. Il est en outre entouré de plusieurs
conseillers qu’il nomme et révoque.
Tous ces pouvoirs démontrent clairement que le roi gouverne. Il est la clé de voûte du sys-
tème politique marocain.
C) Les pouvoirs partagés
Ces pouvoirs sont pris par dahirs mais contresignés par le chef du gouvernement qui en
prend la responsabilité.
Certains de ces pouvoirs relèvent normalement de tout chef d’Etat, roi ou président.
Ainsi la promulgation de la loi (art.50). Cependant le délai de promulgation fixé à 30 jours,
n’est pas contraignant pour le roi. De telle sorte que le refus de promulguer la loi n’est ni
prévu ni sanctionné par la constitution. Même après une seconde lecture de la même loi
prévue par l’art.95. Il s’agit donc d’un véritable veto royal qui participe ainsi au pouvoir légi-
slatif.
Le Roi partage avec le chef du gouvernement le pouvoir de nomination aux emplois civils.
Mais certaines nominations font l’objet d’une délibération au sein du conseil des ministres
(ambassadeurs, walis, gouverneurs, etc. (art.49).
Institutions politiques et administratives 2014 23

Ait El Ouali
Autres décisions contresignées par le chef du gouvernement, la déclaration de guerre.(art.49
et 99) et la déclaration de l’état de siège par le Roi (art.74).
Le Roi signe et ratifie les traité, certains de ces traités exigent l’approbation du pouvoir légi-
slatif. Il accrédite les ambassadeurs qui sont accrédités auprès de lui).
Il est le chef suprême des FAR, chef d’état major général des FAR. Il nomme aux emplois
militaires, fixe les rapports hiérarchiques et les formes de commandement aux sein de
l’armée, définit la politique de défense du pays et exerce les attributions du ministre de la
défense.
[Le Roi exerce les attributions du ministère de la défense fixées par le décret royal n°1202-
66 du 5 septembre 1967, notamment la participation, selon l’art.2 « à l’élaboration des plans
d’organisation militaire du royaume, la détermination des missions des forces armées roya-
les, leur organisation générale, leur mise en condition et leur répartition » fixées par déci-
sion du chef d’état major général (le Roi) (décret royal n° 1188), et le décret n°2-70-275 du 7
octobre 1970. Dans ces derniers cas il est évident que le Roi confond les deux pouvoirs. Ces
textes ont été abrogés en 1972 (Dahir 1-72-258, BO 3121), ainsi que le ministère de la dé-
fense nationale supprimé et remplacé par une administration de la défense nationale. De-
puis cette date, le Roi qui définit la politique de défense du pays (décret royal 1185 – B.O.
2863), exerce de façon permanente les attributions du ministère de la défense (Dahir n°1-
72-258 du 19 août 1972).
Il délègue aux fonctionnaires de cette administration les attributions relatives aux marchés
de travaux de fourniture et de transport. Les attributions judiciaires du ministre de la dé-
fense sont également exercées depuis 1983, par la direction de la justice militaire de
l’administration de la défense.
Le roi ne délègue cependant au chef du gouvernement (Voir dans ce sens le Dahir n° 1-12-
04 du 7 février 2012 (B.O. 6022 du 16 février 2012) que les attributions relatives à l’art.4 qui
concernent l’équipement, l’approvisionnement, l’entretien, les demandes de crédits et
l’exécution du budget, et donc seulement la gestion de l’administration en rapport avec le
budget de la défense voté par le parlement. Pouvoir que le chef du gouvernement est autori-
sé à déléguer au secrétaire de cette administration et à ses fonctionnaires, et qu’il délègue
automatiquement]. Ceci explique la présence formelle ou même son absence totale d’un mi-
nistre de la défense dans le gouvernement.
Comme on le voit la constitution n’a pas innové dans le domaine de la défense national dont
le roi reste seul responsable.
CHAPITRE QUATRE : LE PARLEMENT
Nous verrons la composition et l’organisation du parlement dans une première section. Son
fonctionnement et ses pouvoirs dans une deuxième section.
Section première : Composition et organisation du parlement
Institutions politiques et administratives 2014 24

Ait El Ouali
Le parlement comprend deux chambres. La chambre des représentants et la chambre des
conseillers.
La chambre des représentants comprend 395 députés, élus pour une durée de cinq ans.
La chambre des conseillers comprend 120 conseillers au maximum et 90 conseillers au mi-
nimum. Ils sont élus pour une durée de six ans.
Les membres du parlement détiennent leur mandat de la nation.

A) L’élection des membres du parlement
La chambre des représentants est élue au suffrage universel direct. La chambre des conseil-
lers au suffrage universel indirect.
1) L’élection des membres de la Chambre des représentants
L’élection des membres de la chambre des représentants a lieu au scrutin proportionnel de
liste en même temps et de deux façons : les électeurs cochent deux listes en même temps,
l’une nationale réservée aux femmes (60 sièges) et aux candidats hommes (40 sièges) (pro-
portionnelle intégrale).
Pour les 305 sièges restants, le territoire national est divisé en plusieurs grandes circons-
criptions comprenant chacune entre trois et cinq sièges. Chaque liste doit comprendre au-
tant de candidats qu’il y de sièges à pourvoir (proportionnelle rapprochée).
Le nombre des circonscriptions et le nombre des sièges de chaque circonscription sont fixés
par décret (chef du gouvernement) sur la base de principes fixés par la loi (équilibre démo-
graphique et territorial).
Les listes présentées par les partis politiques sont bloquées. L’électeur n’est pas autorisé à
modifier l’ordre des candidats sur la liste, ni à panacher les listes. Cette méthode qui avan-
tage les partis politiques, favorise les élites du parti et l’émergence d’une majorité parlemen-
taire durable.
2) L’élection des membres de la Chambre des conseillers
La Chambre des conseillers comprend 120 conseillers élus au suffrage universel indirect
toujours au scrutin proportionnel de liste. Le corps électoral (ou grands électeurs) se com-
pose de tous les élus des collectivités territoriales, des chambres professionnelles, des orga-
nisations professionnelles et des salariés.
72 sièges sont réservés aux collectivités territoriales (régions 24, communes, provinces et
wilayas, 48).
20 sièges, aux chambres professionnelles
8 sièges, aux organisations professionnelles
20 sièges aux représentants des salariés
Institutions politiques et administratives 2014 25

Ait El Ouali
Pour être élu membres de la chambre des conseillers, il faut être membres du corps électo-
ral concerné par ces élections (conseiller régional pour la région, communal pour la com-
mune, provincial pour la province, préfectoral pour la préfecture ; agriculteur ou artisan
pour la chambre d’agriculture ou artisanale, salarié ou employeur, etc.).
B) Les inéligibilités
Pour être élu membre du parlement, il faut d’abord être électeur, (c’est-à-dire être maro-
cain, âgé d’au moins 18 ans et jouir de ses droits civils et politiques (droits qui peuvent être
suspendus par le juge) être inscrit sur les listes électorales et âgé d’au moins 23 ans.
Ainsi ne peuvent être élus ceux qui ne sont pas inscrits ou ne peuvent être inscrits sur les
listes électorales, tels que les militaires et les forces de l’ordre (gendarmes, police et forces
auxiliaires, et tous ceux qui ont le droit de porter des rames).
Il ne faut cependant pas confondre les élections et les opérations de référendum. Dans ces
dernières « Les militaires de tous grades en activité de service, les agents de la force publi-
que (gendarmerie, sûreté nationale, forces auxiliaires) et généralement, toutes les personnes
auxquelles le droit de porter une arme dans l'exercice de leurs fonctions a été conféré », sont
inscrits sur des listes spéciales, et peuvent voter.
Les naturalisés marocains ne sont ni électeurs ni éligibles pendant une période de cinq ans
et tant qu’ils ne sont pas relevés de cette incapacité.
C’est le cas aussi de tous les magistrats, des agents d’autorités dont les walis et gouverneurs,
les caïds, mais aussi les moqaddmines et les chioukhs, encore en activité.
Cette incapacité frappe également les personnes condamnées pour crime ou pour certains
délits comme l’abus de confiance, escroquerie, vol, faux témoignage, les faillis, les interdits
judiciaires, etc. (art. 5 du code électoral). Cette incapacité est prévue pour durer cinq ans
après leur libération (art. 6).
Les marocains résidant à l’étranger sont également électeurs et éligibles (à condition d’être
immatriculés dans un poste diplomatique ou consulaire du royaume.
C) Les incompatibilités
L’incompatibilité est une interdiction qui n’empêche pas un candidat d’être élu, mais elle lui
interdit soit de cumuler plusieurs mandats, soit la profession qu’il exerce avec la mandat de
député qu’il vient de briguer. Le but étant de protéger la liberté de choix des électeurs et
d’éviter le conflit d’intérêts. Ces incompatibilités sont fixées par la loi (en l’occurrence la loi
organique relative à la chambre des représentants, N° 27-11 –B.O. du 3-11-2011, et celle re-
lative à la chambre des conseillers, N° 28-11 – B.O. du 6066 du 19-7-2011), ainsi que la loi
9-97 formant code électoral, telle qu’elle a été modifiée.
Ainsi un candidat élu à la chambre des représentants ou à la chambre des conseillers ne
peut être élu à la chambre des conseillers ou à la chambre des représentants.
- il ne peut non plus être membre du gouvernement
- membre de la Cour Constitutionnelle
Institutions politiques et administratives 2014 26

Ait El Ouali
- membre du conseil économique, social et environnemental
- président d’un conseil de région ou président de plus d’une collectivités territoriales (pro-
vince ou wilaya, commune ou groupement de communes, président d’une chambre profes-
sionnelle).
Le mandat de parlementaire est également incompatible avec l’exercice de toute fonction
publique au service de l’Etat ou dirigeant d’une société où l’Etat détient plus de 30% du ca-
pital, ou fonctionnaires au service des Etats étrangers ou d’une organisations internationa-
les...
Dans tous ces cas, l’intéressé doit choisir entre la fonction qu’il exerce et le mandat qu’il re-
çoit. Dans le cas contraire il est déchu d’office du mandat parlementaire.
Les fonctionnaires élus au parlement sont placé dans la situation de détachement vis-à-vis
de l’administration qu’il réintègre à la fin du mandat.
E) Les privilèges des parlementaires
En principe le parlementaire est protégé dans l’exercice de son mandat et dans l’intérêt de
ce mandat par deux privilèges, l’irresponsabilité et l’inviolabilité.
Le privilège de l’irresponsabilité le protège contre toute poursuite judiciaire à l’occasion des
opinions et des votes qu’il exprime au cours de son mandat.
Le privilège de l’inviolabilité le protège contre toute poursuite pour crime ou délit commis
par lui au cour de ce mandat.
Dans la constitution de 1962 cette immunité était absolue et ne supportait aucun limite.
Mais les députés et particulièrement de gauche commençaient à utiliser ce moyen pour cri-
tiquer le roi et le régime monarchique (la presse de l’époque comme Al Moussawir et Al Ma-
chahid le démontrent).
Dans l’actuelle constitution (art.64), le parlementaire marocain ne bénéficie plus que d’un
seul privilège, celui de l’irresponsabilité, encore faut-il que ses opinions « ne mettent pas en
cause la forme monarchique de l’Etat, la religion musulmane et le respect dû au Roi ». Mais
toute poursuite engagée contre lui, doit être autorisée par le bureau de la chambre à la-
quelle il appartient.
D’un autre coté, il est interdit au parlementaire d’utiliser son mandat à des fins de publicité,
il doit déclarer à la cour des comptes ses biens et les biens de ses enfants mineurs, ses activi-
tés professionnelles, etc. déclaration qu’il doit renouveler après trois ans de mandat. Il doit
rester fidèle à son parti politique et à son groupe parlementaire sous peine de perdre son
mandat.
F) La perte du mandat
Le parlementaire peut perdre son mandat dans plusieurs cas :
- si au cours de son mandat, il devient inéligible ou accepte d’exercer une fonction incompa-
tible avec le mandat parlementaire.
Institutions politiques et administratives 2014 27

Ait El Ouali
- si le parlementaire change de parti politique ou de groupe parlementaire pour un autre au
cour de son mandat (en fait il peut rester dans son groupe d’origine tout en critiquant ce
dernier et même voter dans le sens contraire). Le parlementaire exclu du groupe n’est pas
tenu responsable de ce changement
- si le parlementaire ne dépose pas l’état des dépenses engagées par lui au cour de sa cam-
pagne électorale dans le délai prévu par la loi ou refuse de le faire ou de justifier ces dépen-
ses ou encore dissimule ses sources de financements.
- si les dépenses engagées par lui dépassent le plafonnement prévu (fixé par décret).
Dans tous ces cas, c’est à la Cour Constitutionnelle saisie selon les cas par le président de la
chambre en question, la cour des comptes, le ministère de la justice ou tout citoyen intéres-
sé, de déclarer ou constater la déchéance.
G) Droits et statut de l’opposition
L’opposition dans le sens de la constitution, peut être définie comme l’ensemble des partis
politiques et des parlementaires qui ne se réclament pas de la majorité politique qui sou-
tient le gouvernement.
Cette distinction ne doit pas être confondue avec la distinction classique de gauche/droite
qui traduit une opposition entre deux mouvements sociaux se réclamant, l’une du progrès
social, de la justice sociale, du soutien aux minorités, aux femmes, à la démocratie populaire
et que représente la gauche, et l’autre qui se réclame de l’autorité, de l’ordre, de la liberté du
commerce et de l’industrie, du conservatisme social, etc.
Selon l’art.60 de la constitution, l’opposition est « une composante essentielle des deux
chambres ». (Articles, 60, 69, 82). L’art.10 lui garantit un statut avec des droits constitu-
tionnels qui doivent figurer dans le règlement intérieur.
Il s’agit notamment de la présidence de deux commissions permanentes dont « la commis-
sion de la justice, de la législation et des droits de l’homme » actuellement présidée par le
groupe de « l’authenticité et de la modernité ».
Elle bénéficie de la priorité en matière de proposition des lois et d’un temps de parole relati-
vement long pour la présenter. Elle préside les commissions d’enquête, elle a droit de pro-
poser son candidat à la cour constitutionnelle.
Section deuxième : Fonctionnement et pouvoirs
Le parlement travaille sur la base d’un règlement intérieur (art.68 de la constitution) qui dé-
taille et organise le travail de la chambre, fixe les attributions de chaque organe, les rapports
de la chambre avec le roi, l’autre chambre, le gouvernement et la Cour Constitutionnelle, il
précise les droits de l’opposition, etc. Chaque chambre vote son règlement de façon indé-
pendante à la fois du gouvernement et de l’autre chambre.
Cependant avant son application ce règlement doit être déclaré conforme à la constitution
par la Cour Constitutionnelle (voir dans ce sens la décision n° 829-12 du Conseil Constitu-
tionnel du 4 février 2012).
Institutions politiques et administratives 2014 28

Ait El Ouali
Ce règlement intérieur prévu par l’art.69 de la constitution, fixe également les différentes
procédures concernant l’élection du bureau et de ses membres, leurs attributions respecti-
ves, la constitution des commissions, des groupes parlementaires et leur travail. Le dérou-
lement des séances, l’organisation des débats et des interventions, notamment l’ordre des
prises de parole et le temps de parole et la discipline dans la chambre, la procédure de vote,
etc. Il fixe enfin la procédure de travail des commissions d’enquête.
A) Le fonctionnement du parlement
Le parlement tient des sessions divisées en plusieurs séances. Les chambres se réunissent
séparément, et ne peuvent être réunies en congrès que par le Roi ou le chef du gouverne-
ment.
1) Les sessions du parlement
Il existe deux sessions ordinaires, des sessions extraordinaires et des séances ou réunions
communes.
a) Les sessions ordinaires de droit
Les sessions ordinaires du parlement sont au nombre de deux par an.
La première se tient le deuxième vendredi de chaque mois d’octobre, La deuxième, le deu-
xième vendredi de chaque mois d’avril. Ces sessions sont ouvertes par un discours lu par le
roi lui-même.
Il faut noter que si chaque chambre se réunit séparément, aucune chambre ne peut se ré-
unir seule indépendamment de l’autre.
La durée normale des sessions ordinaires est de quatre mois. Elle peut durer au delà de ce
délai si elle n’est pas close par décret du chef du gouvernement.
b) Les réunions communes du parlement
les cas où les deux chambres peuvent être réunies sont limitées par la constitution (art.68).
Notamment lors de l’ouverture par le roi de la session parlementaire des mois d’octobre et
d’avril, ou lorsque le roi adresse un message au parlement ou encore pour écouter le dis-
cours adressé au parlement par un chef d’Etat étranger. Ces réunions sont closes aussitôt le
discours terminé.
Le chef du gouvernement peut également réunir le parlement pour faire sa déclaration de
politique général, pour présenter la loi de finances de l’année ou encore pour faire une dé-
claration importante portant sur une affaire d’intérêt national.
- lorsqu’il y lieu d’adopter une révision de la constitution.
Ces réunions sont présidées par le président de la chambre des représentants.
c) Les sessions extraordinaires
Le parlement peut également se réunir en session extraordinaire à la demande soit du chef
du gouvernement soit du tiers des membres de la chambre des représentants soit de la ma-
Institutions politiques et administratives 2014 29

Ait El Ouali
jorité des membres de la chambre des conseillers sur convocation de leur présidents res-
pectifs.
L’ordre du jour de ces sessions est fixé d’avance de telle sorte qu’une fois épuisé, la session
est close. Exemple la session extraordinaire du 15 mars 2012 convoquée à la demande du
chef du gouvernement et consacrée au vote de la loi organique relative aux nominations et
celle de la loi de finances 2012.
2) Les séances
Les sessions sont divisées en séances. Ce sont des réunions de travail fixées librement ainsi
que leur nombre, par chaque chambre. Cependant, certaines séances prévues par la consti-
tution ont un caractère obligatoire.
a) Les séances obligatoires
- Une séance par semaine doit être réservées aux questions des députés et réponses du gou-
vernement.
- Une séance par mois est réservée aux questions de politique générale et réponse du chef
du gouvernement.
- Une séance par an est réservée à l’examen et à l’évaluation des politiques publiques.
- Une séance doit être tenue pour discuter le cas échéant du rapport de la commission
d’enquête.

b) Les séances ordinaires
Les autres séances sont tenues pour débattre des projets et propositions de lois, des motions
présentées par les citoyens, etc. selon un ordre du jour fixé par le bureau en accord avec le
gouvernement.
Ces séances sont en principe publiques mais peuvent être tenues à huis clos à la demande
du chef du gouvernement ou du tiers des membres de la chambre concernée.
Les députés sont obligés d’assister régulièrement aux séances de leurs commissions et de
leur chambre.
Lorsque le parlementaire s’absente trois fois sans justification il est sanctionné ; d’abord par
la publication de son nom au BO comme absentéiste. ensuite par un avertissement de la
part de son président enfin par un prélèvement obligatoire sur son indemnité mensuelle
correspondant aux nombre d’absence par heure.
B) Les pouvoirs du parlement
Les pouvoirs du parlement sont essentiellement le vote de la loi et le contrôle politique du
gouvernement.
1) La fonction législative du parlement
Selon l’art.70 de la constitution, exerce le pouvoir législatif qui consiste dans le vote des lois.
Cependant ce pouvoir est très limité.

Institutions politiques et administratives 2014 30

Ait El Ouali
a) Les limites au pouvoir législatif
En effet, la première limite de ce pouvoir vient de la définition par la constitution sens de la
loi, définie au sens formel et non matériel du terme. De telle sorte qu’il existe une séparation
entre le texte que vote le parlement (la loi) et les décisions prises par le gouvernement (rè-
glement).
De plus les décisions prises par le roi qui s’appellent des dahirs, peuvent avoir un caractère
aussi bien législatif que réglementaire.
b) Deuxième limite, la détermination du domaine de la loi
La constitution (art.71) fixe à la loi le domaine qui constitue la fonction législative en énu-
mérant les attributions réservées au parlement. Par ce procédé la constitution détermine le
domaine de la loi et en même temps le protège contre les empiètements du gouvernement.
Ce domaine concerne par ex. Les libertés et les droits fondamentaux des citoyens. Le statut
de la famille, de la fonction publique civile et militaire, la détermination des infractions et
des peines, le régime électoral, des assemblées élues, etc. On peut également citer d’autres
attributions telles que le vote de la loi de finances, la prorogation de l’état de siège, le vote
des lois-cadres qui fixent les objectifs fondamentaux de certaines activités de l’Etat, ap-
prouve la ratification de certains traités, la révision de la constitution, etc.
Or les matières non attribuées par la constitution au parlement appartiennent automati-
quement au domaine du règlement (art.72).
c) Troisième limite, l’intervention du gouvernement dans la procédure législa-
tive
Si la séparation du domaine de la loi et du règlement (séparation des pouvoirs) interdit au
parlement de faire des règlements et au gouvernement de faire des lois, elle n’interdit pas au
gouvernement de participer au pouvoir législatif du parlement.
En effet le gouvernement possède l’initiative des lois. Il peut présenter des textes de lois
sous forme de projets de lois au vote du parlement. Il siège aux commissions parlementai-
res, participe à la fixation de l’ordre du jour des chambres, prend la parole en priorité de-
vant les chambres. Enfin les textes présentés par les parlementaires (propositions de loi)
peuvent être rejetés par le gouvernement s’ils interviennent dans le domaine du règlement,
ou si elles ont pour objet de diminuer des ressources publiques ou de créer ou d’aggraver
une charge publique.
d) La quatrième limite exercée par la Cour Constitutionnelle.
La Cour Constitutionnelle exerce d’abord son contrôle sur les règlements intérieurs des
deux chambres avant leur application. Elle contrôle les textes de lois organiques, et a
l’occasion des lois ordinaires, avant leur promulgation.
2) Les attributions du parlement
Institutions politiques et administratives 2014 31

Ait El Ouali
Ces attributions sont énumérées par l’art.71. il s’agit essentiellement du vote de la loi dans le
domaine fixé par la constitution.
a) Lois d’amnistie
L’amnistie qui relève normalement du domaine législatif n’était pas mentionnée par les pré-
cédentes constitutions marocaines mais par le code pénal (art. 51 et 95).
L’amnistie a pour effet d’effacer rétroactivement y compris du casier judiciaire, le caractère
délictueux des faits qu’elle définit elle-même. Elle est votée par le parlement sur la base d’un
projet de loi d’amnistie délibéré en conseil des ministres, ou d’une proposition de loi
d’amnistie.
L’amnistie se distingue de la grâce qui est une prérogative royale. Cette dernière qui doit
être demandée, dispense seulement de l’exécution de ou d’une partie de la peine après con-
damnation définitive, sans effacer cette condamnation du casier judiciaire ou les déchéan-
ces qu’elle a entraîné.
Ainsi la grâce n’entraîne pas la levée de l’inéligibilité selon l’art 6 de la loi organique relative
au parlement.
Malheureusement ce droit exercé plusieurs fois par le roi en même temps que le droit de
grâce a été appliqué avec une certaine confusion à laquelle a contribué la Cour cassation
elle-même (arrêté n°510 du 1
er
décembre 1994) qui parle « d’amnistie royale » et non de
grâce.
b) Les lois organiques
Les lois organiques, obéissent à un délai de dix jours séparant le dépôt du projet ou proposi-
tion de la loi organique de sa délibération.
Les lois organiques sont obligatoirement soumises, avant leur promulgation, au contrôle de
la Cour Constitutionnelle sur leur conformité à la constitution.
c) Les lois de finances
La loi de finances a toujours pour origine le gouvernement.
Le projet de loi de finances est d’abord discuté en conseil des ministres et en conseil de gou-
vernement. Il est ensuite déposé en priorité sur les autres lois devant le bureau de la cham-
bre des représentants et exposé par le gouvernement devant les deux chambres réunies en
congrès.
Le projet est ensuite soumis à la commission compétente dans un délai de trois jours.
(plus un délai de cinq jours pour les amendements). Chaque commission discute également
du budget qui l’intéresse.
Ensuite le texte est discuté en séance publique par la chambre.
Institutions politiques et administratives 2014 32

Ait El Ouali
La loi de finances n’est jamais votée article par article, mais en totalité et en deux parties ;
les dépenses d’investissement d’une part, les ressources d’autre part.
De plus, si à la fin de l’année budgétaire, la loi de finances n’est pas votée, ou n’est pas pro-
mulguée, le Gouvernement ouvre par décret, les crédits nécessaires à la marche des services
publics et à l’exercice de leur mission, en fonction des propositions budgétaires soumises à
approbation (art.75).
Les propositions et amendements formulés par les membres du parlement, ne sont pas re-
cevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence par rapport à la loi de finances, soit
une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge pu-
blique (art.77).
d) L’approbation des traités
Cette approbation fait l’objet d’un débat qui exclut le vote article par article ainsi que la pos-
sibilité d’amender le traité.
e) La révision de la constitution
En réalité la révision de la constitution par les parlementaires est très improbable. Lorsque
le roi est à l’origine de cette révision, son projet peut le soumettre directement au peuple, ou
réunir les deux chambres pour le voter.
Lorsque le projet vient du chef du gouvernement, il est soumis au conseil des ministres.
Lorsque la proposition vient des parlementaires, elle doit réunir une majorité des deux tiers
des membres de la chambre.
Cependant les deux texte doivent être soumis au peuple par dahir c’est-à-dire par le roi. Or
la constitution n’oblige aucunement le roi de le faire ni ne fixe un délai pour cela (art.174).
3) Le contrôle politique du gouvernement
Les mécanismes de contrôle du parlement sur le gouvernement institués par la constitution
visent d’une part à faciliter plus le travail de l’opposition que celui de la majorité qui sou-
tient parfois de façon mécanique le gouvernement. C’est le sens de l’art.10 qui vise la parti-
cipation effective de l’opposition au contrôle du travail gouvernemental.
Dans certains parlements et pour exercer de façon efficace ce contrôle, l’opposition forme
un gouvernement dit fantoche ou « shadow cabinet ».
Ce gouvernement qui n’a aucun pouvoir officiel, est formé par le chef du parti de
l’opposition et comprend autant de ministres (fantômes) que le gouvernement officiel.
Cette pratique classique en Angleterre existe dans plusieurs pays comme l’Australie, le Ca-
nada, le Japon, (et même le Liban...).
Elle permet de suivre de très près et de façon approfondie les affaires traitées par le gouver-
nement en place, mais aussi de préparer l’opposition à la prise du pouvoir le cas échéant.
Institutions politiques et administratives 2014 33

Ait El Ouali
Ces mécanismes visent d’autre part à informer l’opinion public.
Parmi ces moyens de contrôle, on peut citer.
a) Les questions écrites et orales
Une séance par semaine est réservée dans chaque chambre aux questions des parlementai-
res et aux réponses du gouvernement (art.100).
Il s’agit d’un moyen de contrôle mais aussi d’information du public. Cette pratique montre
également l’étendue de la connaissance politique des parlementaires (au-delà des questions
d’actualité).
Le gouvernement peut répondre oralement ou par écrit. Les questions et les réponses sont
publiées au Bulletin Officiel et sur internet.
Il y a également les séances obligatoires pour évaluer les politiques publiques.
On peut citer aussi le travail des commissions permanentes qui peuvent auditionner les res-
ponsables des administrations, établissements et entreprises publiques (art.102).
b) La mise en cause de la responsabilité du gouvernement
la chambre des représentants peut mettre en cause la responsabilité du gouvernement en
votant une motion de censure.
Pour être recevable, la motion doit être signée par le 1/5 ème des membres de la chambre.
Elle est déposée sur le bureau de la chambre avec un délai de réflexion de 3 jours. Elle doit
être votée à la majorité absolue de ses membres.
Le vote de la motion de censure oblige le gouvernement à démissionner collectivement.
Mais si la motion est rejetée aucun autre motion n’est recevable pendant un an.
Il faut remarquer que plusieurs motions ont été déposées par le passé, mais aucun gouver-
nement marocain n’a été censuré.
La chambre des conseillers peut également présenter dans les mêmes formes, sa motion de
censure qui oblige le gouvernement à s’expliquer devant la chambre, elle est suivie d’un dé-
bat mais sans vote. Donc elle n’entraîne pas la démission du gouvernement.
c) Les commissions d’enquête
Ces commissions sont « formées pour recueillir les éléments d'information sur des faits dé-
terminés ou sur la gestion des services, établissements et entreprises publics, et soumettre
leurs conclusions à la Chambre concernée » (art.67).
Ces commissions ont un caractère temporaires et leur enquête se termine par le dépôt d’un
rapport (délai ?). Une séance publique est réservée par la Chambre concernée à la discus-
sion des rapports des commissions d’enquête (art.67).
Institutions politiques et administratives 2014 34

Ait El Ouali
Le rapport peut aussi être déféré devant la justice.
Le nombre des membres de cette commission n’est pas fixé d’avance (en France il est fixé à
30 membres).
On peut citer la commission d’enquête relative aux fuites dans l’examen du baccalauréat
(1979) comprenant 21 membres, etc.
La commission d’enquête concernant les événements d’Ifni (2008) composée de 15 mem-
bres.
La commission d’enquête sur les événements du « camp Agdim » (2010) composée de 13
membres...
Section troisième : les organes de travail
Ces organes permanents du parlement sont le bureau, les commissions permanentes et
temporaires et les groupes parlementaires.
Au début de chaque législature les chambres élisent un bureau d’âge composé du doyen
d’âge de la chambre comme président et de quatre assistants choisis parmi le plus jeunes
élus. Le rôle de ce bureau est de superviser l’élection du bureau permanent de l’assemblée
(le vrai).
A) Le bureau
Le bureau comprend un président, des vice-présidents (5 pour la chambre des conseillers, 8
pour la chambre des représentants), des questeurs (2 pour la chambre des représentants et
3 pour la chambre des conseillers !) et des secrétaires (3 chacune).
Le président est élu au début de la législature pour trois ans seulement. Ensuite pour la du-
rée qui reste. Il est élu à la majorité absolue pour le premier et le deuxième tour et à la ma-
jorité simple au troisième tour.
Les vices présidents sont élus sur la base d’une liste présentée par chaque groupe, leur rôle
est de diriger selon leur classement, la chambre en cas d’absence du président (En cas
d’absence du président il est remplacé par le 1
er
vice président et en cas d’absence de ce der-
nier la chambre est dirigée par le deuxième vice-président et ainsi de suite.
Les questeurs sont chargé de veiller sur les services administratifs et financiers de la cham-
bre.
- le rôle du bureau
Le président représente la chambre tout entière. Cependant bien qu’il soit élu par la majori-
té qui soutient le gouvernement, il est appelé à gérer les travaux de la chambre en toute neu-
tralité, notamment de respecter les droits de l’opposition qui dispose d’un statut garanti par
la constitution. Les pouvoirs du président sont importants en raison du rôle et du prestige
que lui confère la constitution
Institutions politiques et administratives 2014 35

Ait El Ouali
Il est ainsi membre de droit du conseil de régence, du conseil supérieur de sécurité, il est
consulté par le roi ou le chef du gouvernement en cas de dissolution du parlement ou de la
proclamation de l’état d’exception, en cas de révision de la constitution. Il représente la
chambre dans les manifestations nationales et internationales, il est son intermédiaire avec
le roi, le gouvernement et la Cour Constitutionnelle.
Par contre le bureau est plus représentatif. Il comprend des membres de la majorité et des
membres de l’opposition.
Cependant c’est le bureau qui fixe l’ordre du jour de l’assemblée, organise les services admi-
nistratifs et financiers et établit le budget de la chambre, veille à la sécurité intérieure et ex-
térieure, choisit les candidats de la chambre à la cour constitutionnelle...
B) Les commissions parlementaires
Il existe des commissions permanentes et des commissions temporaires
1) Les commissions permanentes
Tout le travail du parlement passe obligatoirement par les commissions permanentes. Ces
commissions se réunissent en dehors même des sessions.
Chaque commission comprend un bureau composé d’un président, de quatre adjoints du
présidents, d’un rapporteur et son adjoint et de secrétaires et d’un représentant permanent
de chaque groupe parlementaire.
Leur nombre leur organisation et leurs attributions sont fixés par le règlement intérieur de
la chambre et leurs réunions ne sont pas publiques. Il existe huit (8) à la chambre des repré-
sentants comprenant chacune entre 45 et 50 membres et six à la chambre des conseillers
(entre 15 et 40 commissaires).
Ces commissions sont spécialisées chacune dans un domaine particulier (enseignement,
santé intérieur, justice, affaires étrangères, etc.) pour examiner les projets ou propositions
de loi qui seront soumis à la chambre. Elles sont élus après le bureau ensuite après trois ans
de mandat.
Les parlementaires sont obligatoirement inscrits avec droit de vote dans l’une de ces com-
missions avec obligation d’y assister régulièrement (sanction prévue, considéré comme dé-
missionnaire).
Les membres du gouvernement ou leur représentants ont librement accès à ces commis-
sions, participent au débat mais pas au vote.
Les commissions peuvent tenir des réunions communes soit entre elles soit avec les com-
missions permanentes de l’autre chambre.
Toutes les réunions de ces commissions donnent lieu à un procès verbal et rapport.
Institutions politiques et administratives 2014 36

Ait El Ouali
A coté de ces commissions permanentes, le parlement peut constituer des comités plus res-
treints et des commissions temporaires.
2) Les commissions temporaires
Chaque chambre peut créer des commissions spéciales restreinte pour étudier un projet ou
proposition particuliers.
- Notamment le comité chargé de contrôler l’exécution du budget de la chambre. Ce comité
comprend 13 membres pour la chambre des représentants et 20membre pour la chambre
des conseillers (comité des 20).
- Il faut citer également la commission de l’immunité parlementaire chargée d’examiner le
cas échéant la levée ou non de l’immunité d’un parlementaire. Cette commission est formée
dans la chambre des représentants par les membres du bureau et les présidents des grou-
pes. Elle est présidée par le président.
Au sein de la chambre des conseillers cette tâche est confiée à la commission permanente de
justice.
- Le comité de la révision du règlement intérieur composé du président et des membres du
bureau, des présidents des commissions permanentes et présidents des groupes parlemen-
taires.
3) Les commissions d’enquête
Les commissions d’enquête sont des commissions régies par une loi organique.
Elles sont constituées à la demande du roi ou du tiers des membres de la chambre mais non
du gouvernement. Exclusion qui s’explique par le rôle que peut jouer ce dernier dans ces
enquêtes.
Il ne peut y avoir de commission d’enquête lorsque les faits concernés par ces enquêtes
donnent lieu à des poursuites judiciaires, soit avant soit au cour de l’enquête (séparation des
pouvoirs).
Son travail se termine par le dépôt de son rapport et la commission est dissoute. La cham-
bre réserve une séance à la discussion de ce rapport.
C) Les groupes parlementaires
La constitution ne confond pas le groupe parlementaires et le parti politique.
1) Justification et origine des groupes parlementaires
Le groupe parlementaire est une formation politique au sein du parlement. Il se constitue
sur la base d’idées fédératrices telles que la justice, l’égalité, le développement, le progrès,
l’environnement, etc. Or il ne faut pas confondre le groupe parlementaire avec le parti poli-
tique ou une classe sociale. Dans la mesure où le parlementaire représente la nation indivi-
Institutions politiques et administratives 2014 37

Ait El Ouali
sible, et son mandat est national. De plus si le groupe correspond souvent au parti politique,
il reste obligatoirement ouvert aux autres parlementaire.
Enfin le nombre des membres des groupes doit être 20 au minimum (chambre des repré-
sentants) et 12 (chambre des conseillers)
2) Le rôle des groupes
Le groupe parlementaire joue un rôle essentiel dans :
- La formation du bureau de la chambre
- la formation des commissions parlementaires
- dans tous les processus électoraux de la chambre
- Ils participent à l’établissement de l’ordre du jour
- les présidents de ces groupes participent à la conférence des présidents (groupes et com-
missions).
La constitution garantit aux groupes formés par l’opposition un rôle spécifique encadré par
des lois organiques et par les règlements des chambres art.10 notamment.
« Les modalités d’exercice, par les groupes de l’opposition, des droits susvisés sont fixées,
selon le cas, par des lois organiques, par des lois ou encore, par le règlement intérieur de
chaque Chambre du Parlement ».
CHAPITRE QUATRIEME : LE GOUVERNEMENT
Selon l’article 89 de la constitution, le gouvernement exerce le pouvoir exécutif. Il comprend
le chef du gouvernement, les ministres et les secrétaires d’Etat (l’art. 87).
Il convient ainsi d’abord de définir brièvement les termes de pouvoir exécutif, et de chef de
gouvernement.
Section première :Notions de pouvoir exécutif et de chef du gouvernement
A) La notion de pouvoir exécutif
Le pouvoir exécutif se dit classiquement de la fonction dans l’Etat qui consiste dans
l’exécution des lois, par opposition à la fonction législative exercée par le parlement et qui
consiste à voter les lois. Le principe classique de la séparation des pouvoirs interdit donc au
pouvoir exécutif de faire la loi et celui législatif d’exécuter la loi.
Ce pouvoir peut être exercé par un homme seul (appelé monarque), c’est le cas de la charte
constitutionnelle française de 1814, et des précédentes constitutions marocaines, par ex).Il
est également exercé par le président (États-Unis), il peut être enfin aussi exercé par un col-
lège ou groupe d’hommes (cas de la Suisse, sous le nom de Conseil Fédéral exécutif Suisse).
Dans ces cas, la séparation des pouvoirs est dite rigide.
Institutions politiques et administratives 2014 38

Ait El Ouali
Dans les régimes parlementaires contemporains, le pouvoir exécutif qui reste séparé du
pouvoir législatif est exercé,
- soit par un organe issu du parlement, le chef de l’Etat n’a alors qu’un rôle symbolique et
aucun pouvoir, cas de la Grande Bretagne, de l’Allemagne et de l’Italie.
- soit par le chef de l’Etat et le chef du gouvernement, mais les actes du chef de l’Etat sont
obligatoirement contresignés et donc endossés par le chef du gouvernement (c’est le cas de
l’Espagne) ou bien certains de ces actes seulement (c’est le cas de la France et du Maroc).
Dans ce dernier cas on parle de pouvoir exécutif bicéphale c’est-à-dire partagé entre le chef
de l’Etat (qui reste irresponsable vis-vis du parlement (cas du Maroc) et le chef du gouver-
nement responsable devant le parlement.
Ainsi dans la constitution actuelle comme dans les précédentes, le Roi exerce le pouvoir
exécutif : il promulgue de la loi (attribut essentiel du pouvoir exécutif), il est chef des ar-
mées et prend toutes les décisions relatives à la défense nationale et aux affaires religieuses.
Le pouvoir exécutif du chef du gouvernement (fixé par le titre cinq de la constitution) est un
pouvoir d’exécution des lois et des décisions royales dont il endosse la responsabilité. Il dis-
pose pour cela de l’administration et du pouvoir réglementaire.
B) La notion de président du conseil, de premier ministre et de chef du gou-
vernement.
Le terme de chef de gouvernement qui succède à celui de premier ministre et celui de prési-
dent du conseil, semble nouveau.
Avant le protectorat, le sultan avait plusieurs ministres dont le grand vizir (Assadr Al Aad-
ham= la cote saillante) qui avait à la fois des attributions politiques et administratives et
bénéficiait d’une délégation générale de pouvoir de la part du sultan qui détenait le pouvoir
exécutif et une partie du pouvoir législatif.
C’est un personnage choisi par le sultan et qui l’aide à gérer le pays à coté d’autres ministres
(guerre, mer, chikayates... (gens de la sacoche) et du hajib qui s’occupait du protocole (Gens
du poignard).
Au départ il portait seul le titre de vizir. Il était le bras droit du sultan et son intermédiaire
auprès des tribus et des Etats étrangers et Sa compétence était générale.
Avec le protectorat le terme de premier ministre apparaît pour la première fois dans le bul-
letin officiel (édition française n°3 du 15 novembre 1912). Ce dernier appelé aussi grand vi-
zir était chargé notamment de la conservation des archives de l’Etat, de l’administration gé-
nérale du pays, de la sécurité publique, enseignement, hygiène, etc. et d’une manière géné-
rale de tout ce qui ne ressort pas aux autres ministères. On retrouve le même terme en 1947
(Dahir du 21 juin 1947 qui créé un conseil des vizir présidé par le sultan (bulletin officiel
1810), mais il s’agit toujours du Grand Vizir dépourvu de l’essentiel des ses pouvoirs.
Institutions politiques et administratives 2014 39

Ait El Ouali
Après le protectorat apparaît la fonction et la notion de président du conseil dont les pou-
voirs sont définis par le Dahir du 6 janvier 1956 (B.O. 2255).
Cette fonction plus importante que celle de premier ministre consiste à présider le conseil
des ministres qui arrête la politique générale du pays. On trouve cette fonction en Italie où
le chef de l’Etat n’a qu’un rôle symbolique.
La fonction et le terme de premier ministre vont apparaître de nouveau dans la constitution
de 1962 (art.24), celle de président du conseil sera définitivement gardée par le Roi.
Le premier ministre reçoit les fonctions de coordinateur des activités des ministres, et celle
de contresigner les Dahirs royaux, d’exercer une partie du pouvoir réglementaire et de dis-
poser de l’administration (1972-1996).
La notion de chef de gouvernement est donc une notion qui parfois désigne le pouvoir exé-
cutif tout entier (premier ministre et son cabinet comme en G-.B-), ou le premier ministre
en régime parlementaire comme en France, et celui de président du gouvernement comme
en Espagne pour le distinguer du chef de l’Etat qui dispose de certains pouvoirs propres.
Au Maroc la fonction de chef du gouvernement se distingue de celle de premier ministre. Le
premier n’est pas un simple coordinateur des activités des autres ministres, il a aussi une
autonomie certaine par rapport au Roi et est subordonné au parlement dont il est issu.
Si le Roi reste donc président du conseil des ministres qui est une instance traditionnelle de
décision au Maroc, le chef du gouvernement est désormais président du conseil de gouver-
nement qui devient également une instance de décision.
C) La nomination du chef du gouvernement
Selon l’art.47 de la constitution, le chef du gouvernement est nommé par le Roi. Le choix du
Roi reste doté d’une marge de liberté relative. Car si le roi est libre de nommer la personna-
lité de son choix, obligation lui est faite de choisir cette dernier au sein du parti qui a gagné
les élections.
Le Roi peut ainsi nommer, soit le secrétaire général ou national ou le président du parti qui
a gagné les élections, soit le membre quelconque de ce parti sur lequel s’est porté le plus
grand nombre de suffrages des électeurs ou bien une tierce personne appartenant à ce
même parti, mais qui a la confiance du Roi. Le chef du parti ne sera donc pas automatique-
ment chef du gouvernement comme en G.-B. Mais il doit désormais réunir la confiance des
électeurs, celle du Roi et celle de la chambre des représentants pour gouverner.
La nomination des autres membres du gouvernement
Sur proposition du chef du gouvernement, le Roi nomme les autres membres du gouverne-
ment donc sur la base d’une liste qui doit avoir la confiance royale.
Ainsi une fois nommé le chef du gouvernement prépare une liste des membres du gouver-
nement qu’il présente au roi.
Institutions politiques et administratives 2014 40

Ait El Ouali
Si le parti en question possède la majorité absolue des sièges de la chambre des représen-
tants, cette liste qui sera constituée par les seuls membres de son parti doit absolument
avoir la confiance du roi, celle de la chambre des représentants étant acquise.
Si le parti vainqueur des élections n’est pas majoritaire, le gouvernement sera constitué par
une équipe composée de membres de partis politiques différents pour avoir la confiance du
parlement.
Le renvoi du gouvernement
Il faut distinguer entre le renvoi des membre du gouvernement et celui du chef du gouver-
nement.
Le renvoi des ministres
- Le roi peut renvoyer un ou plusieurs membres du gouvernement (ministres et secrétaires)
:
Il peut le faire de son propre chef (art.47). Il s’impose alors au roi de consulter le chef du
gouvernement, cependant il n’est pas obligé de suivre l’avis contraire de ce dernier.
- Il peut également le faire à la demande du chef du gouvernement.
- Enfin et en cas de démission du chef du gouvernement, le roi est obligé de renvoyer
l’ensemble du gouvernement.
Le renvoi du chef du gouvernement
Le roi ne peut renvoyer le chef du gouvernement que lorsque ce dernier démissionne de son
propre chef ou perd la confiance du parlement.
Ce renvoi met fin à la fonction de toute la formation gouvernementale.
Section deuxième : Les pouvoirs du gouvernement
Nous verrons le chef du gouvernement et les autres membres du gouvernement
A) Les pouvoirs du chef du gouvernement
Comparé à ses prédécesseurs, le chef du gouvernement bénéficie de pouvoirs importants et
plus larges et d’une autorité réelle sur ses ministres et sur sa majorité au parlement.
En premier lieu il a son propre conseil qui est le conseil du gouvernement qu’il préside et
qui bénéficie d’une certaine autonomie par rapport au conseil des ministres.
En effet, au sein de ce dernier, le gouvernement délibère de la politique générale de l’Etat,
des politiques publiques et sectorielles, des projets de loi, des traités et conventions interna-
tionaux, de la nomination de certains hauts fonctionnaires, (voir art.92).
cependant la véritable instance de décision de l’Etat reste le conseil des ministres présidé
par le Roi qui décide des orientations stratégiques de la politique de l’Etat, du projet de loi
Institutions politiques et administratives 2014 41

Ait El Ouali
de finances, de la dissolution de la chambre des représentants, de la nomination certains
hauts fonctionnaires (gouverneurs et walis, ambassadeurs du royaume), des projets de lois
organiques, etc. (art.49).
Le chef du gouvernement peut également à la demande du roi, présider le conseil des minis-
tres, mais sur la base d’un ordre du jour déterminé. Ce dernier peut également demander au
Roi de convoquer ce conseil. Et peut également par délégation du Roi et sur un ordre du
jour fixé d’avance présider le Conseil supérieur de sécurité. Enfin il contresigne la plupart
des Dahirs royaux.
Il a l’initiative des lois, il est chargé de l’exécution des lois, il a le pouvoir réglementaire et
dispose de l’administration.
Il a le pouvoir de nomination aux emplois civils (art.92), et peut nommer aux emplois mili-
taires sur délégation du Roi. Il préside les conseils d’administration de tous les établisse-
ments publics nationaux (à l’exception des universités).
Il peut demander la réunion du parlement et aux chambres de tenir des sessions de travail
communes.
Le Chef du Gouvernement peut dissoudre la Chambre des Représentants, par décret pris en
Conseil des ministres, après avoir consulté le Roi, le président de cette Chambre et le Prési-
dent de la Cour Constitutionnelle (Art. 104).
Il peut engager la responsabilité de son gouvernement sur une déclaration de politique gé-
nérale ou sur le vote d’un texte (art.103).
Le chef du gouvernement peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres, il a aussi la
tâche classique d’arbitrer entre les ministres et de coordonner leurs activités. Il dispose d’un
cabinet composé d’un directeur de cabinet et de sept autres personnalités choisies librement
par lui.
B) Les autres membres du gouvernement
Le gouvernement peut comprendre des ministres d’Etat, des ministres, des ministres délé-
gués, des secrétaires d’Etat, des secrétaires, des sous-secrétaires d’Etat et des sous-
secrétaires. Ils forment ensembles le gouvernement. Cependant seuls les ministres assistent
au conseil des ministres. Les autres membres seulement quand ils y sont convoqués.
Le choix des ministères (technocrates ou politiques) et du nombre des ministres (entre 15
ou 45 sinon plus) est un choix politique (ne sont pas recrutés par concours).
Les ministères et leur nombres dépendent des alliances contractées par le chef du gouver-
nement avec les partis politiques, et de la composition de la majorité parlementaire qui sou-
tient la politique du gouvernement.
- Les ministres d’Etat sont des ministres qui peuvent gérer ou non un ministère.
Ils ne se distinguent des autres membres du gouvernement que par leur rang protocolaire.
Institutions politiques et administratives 2014 42

Ait El Ouali
Parfois leur présence au gouvernement n’est que symbolique (c’est le cas du gouvernement
de 1977 où les chefs des grands partis politiques ont été ministres d’Etat.
- Les ministres forment l’essentiel du gouvernement. Ils sont chargés chacun en ce qui le
concerne, de l’exécution et de la mise en œuvre de la politique du gouvernement dans les
secteurs qui sont les leurs (santé, enseignement, industrie, droits de l’homme, libertés, etc.).
Ils sont nommés par le Roi sur proposition du chef du gouvernement. Ils forment le conseil
des ministres.
- Les ministres délégués sont aussi des ministres. Mais ils sont placés (délégués) soit
auprès du chef du gouvernement, soit auprès de certains ministres. Ils reçoivent délégation
de pouvoirs pour s’occuper de certains affaires déterminées. Ils sont également membre du
conseil des ministres.
Tous les ministres disposent chacun d’un cabinet de six membres.
- Les secrétaires d’Etat
Les secrétaires d’Etat ne sont pas des ministres et n’assistent au conseil des ministres que
sur convocation. Ils sont placés auprès du premier ministre ou des ministres d’Etat et char-
gés d’un dossier en particulier non érigé en département ministériel.
Ce poste peut être un tremplin vers le poste de ministre.
Certains de ces ministres sont également membres du Conseil supérieur de sécurité (comme
les ministres de l’intérieur, des finances, de la justice, etc.), ils sont aussi membres des con-
seils d’administration des entreprises publiques placés sous leur tutelle. Ils forment parfois
des comités ministériels pour l’étude d’un problème ou d’un projet ou d’une réforme en par-
ticulier. Ils proposent au chef du gouvernement la nomination des hauts fonctionnaires.
C) La responsabilité du gouvernement.
Les ministres sont responsables politiquement, individuellement devant le Roi et le chef du
gouvernement, et collectivement devant le parlement. Ils exercent le pouvoir réglementaire
par délégation du chef du gouvernement et contresignent les décrets de ce dernier.
Le travail de l’ensemble des membres du gouvernement est un travail collectif qui tend vers
la réalisation du programme du chef du gouvernement et les orientations stratégiques de la
politique de l’Etat (art.49) décidée en conseil des ministres.
Ils sont solidaires du chef du gouvernement de telle sorte que Lorsque le chef du gouverne-
ment démissionne, tous les ministres, les autres membres du gouvernement (ainsi que leurs
cabinets) démissionnent.
Les ministres ainsi que tous les autres membres du gouvernement, sont également indivi-
duellement et pénalement responsables devant la justice ordinaire pour tout crime ou délit
commis dans l’exercice de leurs fonctions.
Institutions politiques et administratives 2014 43

Ait El Ouali
Il est important de remarquer ici la disparition de la Haute Cour de Justice autrefois com-
posée de parlementaires et chargée de juger les ministres pour trahison.
Dans l’actuelle constitution, ce sont les juridictions répressives ordinaires qui jugent les mi-
nistres, (art.94).

CHAPITRE SIXIEME : LA COUR CONSTITUTIONNELLE
La Cour Constitutionnelle est instituée par l’art.129 de la constitution.
De 1962 à 1972, le Maroc avait une chambre constitutionnelle au sein de la Cour suprême
devenue cour de cassation à coté d’autres chambres comme la chambre administrative, la
chambre civile, pénales, etc. La chambre constitutionnelle était présidée par le premier pré-
sident de cette cour en question. Elle comprenait un magistrat de la chambre administrative
de la même cour et d’autres membres qui ne sont pas des magistrats.
En 1992 il est institué un conseil constitutionnel qui ne comprend plus de magistrat, mais
des conseillers désignés pour une durée limitée. Il en est de même de la Cour Constitution-
nelle actuelle.
La cour tranche des question de droit. Celles de la conformité des lois à la constitution. Il est
donc important que ses membres aient une formation et une expérience dans ce domaine.
Section première : La composition de la cour
La Cour comprend douze membres désignés pour neuf ans :
- Six des douze membres de la cour sont nommés par le roi dont un appartenant au conseil
supérieur des Ouléma proposé par le secrétaire général de ce conseil.
- Trois sont élus par la chambre des représentants parmi les candidats que désigne le bu-
reau de la chambre des représentants.
- trois sont élus par la chambre des conseillers parmi les candidats que désigne le bureau de
la chambre des conseillers.
Le président de la Cour Constitutionnelle est choisi par le roi parmi ces membres.
Le renouvellement de la cour se fait par catégorie et par tiers tous les trois ans.
Le président de la Cour Constitutionnelle préside la conseil de régence (art.44). Il est con-
sulté par le roi avant la proclamation de l’état d’exception, avant la dissolution du parlement
ou l’une de ses chambres et à propos des textes relatifs à la révision de la constitution.
Il peut être est consulté pour les mêmes raisons par le chef du gouvernement.
Section deuxième : La compétence de la cour
Institutions politiques et administratives 2014 44

Ait El Ouali
Cette compétence est déterminée par la constitution. La loi organique fixe l’organisation et
le fonctionnement et la procédure admise devant la cour (non encore votée).
A) Le contrôle préventif obligatoire
- La cour contrôle obligatoirement la conformité des lois organiques et des règlements inté-
rieurs votés par les deux chambres avant leur application.
- Elle se prononce sur la conformité à la constitution des traités et conventions internatio-
naux avant leur ratification.
-Elle examine la régularité des élections législatives et des opérations de référendum.
B) Le contrôle préventif facultatif
Il concerne la conformité à la constitution des lois ordinaires déférées à la cour par le roi, le
gouvernement ou les parlementaires
- Elle se prononce sur le caractère législatif ou réglementaire d’un texte à la demande du
gouvernement ou du parlement.
Par contre la cour se déclare incompétente pour se prononcer sur les litiges opposants les
groupes et groupements au sein des chambres (décision de la cour n°12/830)
C) L’exception d’inconstitutionnalité ou contrôle a posteriori
Cette possibilité est nouvelle au Maroc. Elle donne aux parties dans un procès la possibilité
de contester la loi que le juge ordinaire (civil ou répressif) veut appliquer s’ils jugent que la
loi portent atteinte à leurs droits ou liberté. Mais cette possibilité est très limitée.
D’abord parce qu’elle ne porte que sur les droits et libertés des individus garantis par la
constitution. Ensuite parce que la saisie de la cour est donnée au juge et non aux particu-
liers. Enfin la saisine de la cour est laissée à la seule appréciation du juge.
La procédure n’est pas encore déterminée, mais si la loi est jugée inconstitutionnelle par la
cour, elle peut aboutir à l’abrogation de la disposition contestée (art.134).
Il va de soi qu’une loi déjà examinée par la cour ne saurait être contestée.
Enfin, les décision de la cour ne sont susceptibles d’aucun recours et s’imposent à tous.

Section troisième : Le fonctionnement de la cour
A) Les réunions
En principe, le fonctionnement de la cour est fixé par une loi organique qui fixe également
les incompatibilités et la procédure suivie. Cette loi n’étant pas encore votée la cour fonc-
tionne sur la base de la loi organique relative au précédent conseil constitutionnel.
Institutions politiques et administratives 2014 45

Ait El Ouali
Ce qu’il faut retenir cependant c’est que la cour peut se réunir, exercer ses attributions et
rendre ses décisions en l’absence des membres d’origine parlementaires ou de l’une des
deux chambres lorsque ces derniers ne sont pas élus dans le délai légal non encore détermi-
né.
B) La saisine de la cour
La Cour Constitutionnelle peut être saisie par :
- Le roi
- Le chef du gouvernement
- Le président de la chambre des représentants
- Le président de chambre des conseillers
- Le 1/5 des membres de la chambre des représentants
- 40 membres de la chambre des conseillers
- Elle peut être également saisie par les tribunaux ordinaires en cas d’exception d’inconsti-
tutionnalité.
- Enfin elle peut être saisie par le président de la Cour des comptes sur la base de l’art.12 de
la loi organique n° 27-11 relative la chambre des représentants.
En aucune cas, la cour ne peut être saisie par les particuliers.
C) Les délais
Le délai normal imparti à la cour pour se prononcer sur les questions qui lui sont soumises
est de un mois.
Ce délai peut être cependant réduit à huit jour en cas d’urgence et à la demande du gouver-
nement.
Le délai peut aussi être fixé par le règlement intérieur (pour la vacance des sièges notam-
ment),
En ce qui concerne la régularité des élections le délai est de 1 an, mais la cour peut fixer un
autre délai, lorsque l’examen de la régularité des élections l’exige (art.132). Dans ce cas la
cour est tenue de motiver sa décision.
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Ait El Ouali
DEUXIEME PARTIE

LES INSTITUTIONS ADMINISTRATIVES

Introduction
Les institutions administratives complètent nécessairement les institutions politiques. Il
s’agit d’organismes et d’autorités qui œuvrent pour l’exécution des décisions prises par les
pouvoirs publics.
Il ne faut cependant pas confondre institutions administratives, administration et droit ad-
ministratif.
1) La notion d’administration
La notion d’administration qui signifie gestion a deux sens.
Un sens organique qui désigne l’ensemble des personnes physiques (autorités administrati-
ves) et morales (personnes publiques) qui accomplissent la fonction d’administrative de
l’Etat qui est une fonction d’exécution.
Un sens matériel, qui désigne l’ensemble des activités prises en charge par l’administra-tion
pour satisfaire les besoins de la collectivité (maintien de l’ordre public et de la paix publics,
de la sécurité, de la santé publique, la défense de la nation les représentations diplomatique,
etc. Ces activités sont exercées sous l’autorité et le contrôle du gouvernement.
Au (XIX ème siècle), la notion d’administration correspondait à la conception libérale de la
société et se limitait aux fonctions régaliennes de l’Etat ‘Etat gendarme’ : maintien de
l’ordre, justice et représentation diplomatique).
Elle est définie comme un ensemble limité de services publics gérant des activités d’intérêt
général limitées et régi par un droit spécial (le droit administratif).
Après cette date et secoué par des crises diverses (conflits sociaux, crises économiques,
l’intervention de l’Etat se développe à tous les domaines économique, social, culturel, spor-
tif, etc. pour devenir un ensemble d’organismes publics ou privés, gérant une activité publi-
que ou privée (mais d’intérêt général) et régi par le droit public ou le droit privé.
2) La notion de droit administratif
Le droit administratif est le droit qui s’applique à l’administration et à l’activité administra-
tive. Il désignait au départ l’ensemble des règles spéciales qui régissaient le service public
appliqué par un juge spécial le juge administratif.
Institutions politiques et administratives 2014 47

Ait El Ouali
L’existence d’un droit spécial appliqué à l’administration et aux activités de cette adminis-
tration, se justifiait par la nature de l’organe (puissance publique) et de l’activité prise en
charge (activité d’intérêt public) auxquels il s’applique.
Il s’agit de règles de droit public accordant à la puissance public et à l’intérêt général avan-
tage et priorité sur l’intérêt des particuliers.
Face à l’accroissement de l’intervention de l’Etat et des activités prises en charge par
l’administration dans les domaines économiques, social, culturel etc., cette gestion des affai-
res publiques prise en charge par l’administration elle-même, va être de plus en plus confiée
à des personnes autres que les personnes administratives (collectivités territoriales ou les
établissements publics, entreprises publiques, ordres professionnelles, associations et orga-
nismes privés, sociétés nationales ou d’économie mixte, etc.).
Mais le droit qui s’applique à ces organisme ou activités n’est plus un droit spécial uniforme
et unique(le droit administratif) mais un droit hybride qui peut être public, privé ou les
deux à la fois (activité privée gérée par des personnes administratives ou des fonctionnaires.
Activité administrative gérée par une personne administrative = droit administratif.
Activité administrative gérée par une personne privée = droit administratif.
Activité privée gérée par une personne administrative = droit privé
Activité privée gérée par une personne privée = droit privé.
3) La notion d’institutions administratives
La notion d’institution administrative est une notion plus étroite que la notion
d’administration. Elle peut être définie comme l’ensemble des personnes morales de droit
public ou autorités dites administratives gérant les affaires publiques.
Cette notion repose donc sur la notion de personne morale de droit public.
D’où l’importance de définir cette dernière.
4) La notion de personne morale de droit public
En principe les véritables personnes sont les personnes physiques biologiquement parlant.
La notion de personne morale est une fiction juridique qui s’est d’abord développée en droit
privé pour désigner un groupement de personnes physiques formant une entité distincte de
ces derniers et que la loi dote de la personnalité juridique et d’une certaine capacité juridi-
que comme les personnes physiques.
La capacité juridique permet à cette personne ( groupe d’individus ou groupement de biens)
d’agir comme une personne physique : avoirs un patrimoine, ester en justice, acquérir des
droits et des obligations dans l’intérêt de ses membres. Il en est ainsi des sociétés privées
commerciales ou civiles, des associations, des fondations, etc.
Institutions politiques et administratives 2014 48

Ait El Ouali
En droit public, la notion de personne morale est tournée vers la satisfaction des besoins de
la collectivité. Cela lui permet non seulement d’avoir la personnalité et la capacité juridique,
mais aussi de bénéficier contrairement aux personnes morales de droit privé des prérogati-
ves de la puissance publique (l’Etat) pour accomplir leur mission d’intérêt général. De plus,
la personne morale personnifie l’unité de la collectivité et sa permanence.
On distingue pour le droit privé:
Les groupements de personnes à intérêt lucratif (sociétés, entreprises commerciales).
Les groupements de personnes à but non lucratif (associations).
Les groupements de biens (sociétés anonymes).
Les fondations.
Pour le droit public :
L’Etat, les collectivités nationales
La région, la province, la préfecture et la commune : collectivités territoriales traduisant
l’existence d’intérêts collectifs locaux distincts de l’intérêt collectif national.
Les établissements publics, ensemble de services publics décentralisés.
De ces catégories il est important de distinguer les circonscriptions (administratives, électo-
rales) qui sont des délimitations administrative de territoire répondant à des besoins
d’organisation administrative. ex. les cercles, les caïdats qui subdivisent les provinces, ou
encore les académies, les différentes délégation régionales qui sont des services extérieurs
des départements centraux. Ces circonscriptions n’ont pas personnalité juridique.
5) Aperçu historique de l’administration marocaine
- Avant le protectorat, les institutions administratives marocaines se résumaient en un gou-
vernement central, à sa tête le sultan cumulant tous les pouvoirs et gérant le pays soit direc-
tement soit par délégation de pouvoir. Il est représenté au niveau local par des khalifats
(vice-roi) gouvernant un pays, par des gouverneurs gouvernant des provinces et par des
caïds gouvernant un ensemble de tribus.
Mais un grand nombre de région échappaient plus ou moins au contrôle du sultan et
s’organisaient de façon autonomes, notamment certaines tribus du grand Atlas.
- Avec le protectorat, le Maroc va connaître une modernisation et une rationalisation de ses
institutions administratives mais aussi une forte centralisation de son administration.
Plusieurs institutions seront créées notamment des directions centrales, des régions, des
municipalités des centre urbains, des jmaâs, etc.
- Après le protectorat, les anciennes directions deviennent des ministères, les anciennes ré-
gions des provinces et les anciennes jmaâs des communes.
Institutions politiques et administratives 2014 49

Ait El Ouali
Cette centralisation sera suivie par une décentralisation progressive mais aussi et en même
temps par une intervention de l’Etat dans tous les domaines et donc par une multiplication
des services et des organismes publics gérés par des fonctionnaires de plus en plus nom-
breux, de dépenses énormes qui posent aujourd’hui le problème de leur efficacité.
Les institutions administratives marocaine comprennent aujourd’hui deux grandes divi-
sions :
Une administration centrale ou services centraux concentrée dans la capital Rabat.
Une administration territoriale dont une partie est composée de collectivités territoriales
décentralisées gérant chacune une partie du territoire national par des organes élus.
Nous verrons dans un premier temps l’organisation centrale ensuite l’organisation territo-
riale.
CHAPITRE PREMIER : L’organisation administrative
L’organisation opérée par le protectorat français a fini par changer complètement la struc-
ture de l’Etat et du pouvoir au Maroc.
A coté du gouvernement traditionnel trouvé en place (le makhzen), la France va créer une
structure moderne adaptée à ses intérêts. Elle créé ainsi une structure gouvernementale pa-
rallèle à la structure en place lui permettant non seulement de diriger le pays mais aussi de
contrôler étroitement les agents du makhzen. Elle divise le pays en régions avec à leur tête
un contrôleur militaire ou civil, érige les villes en municipalités ou centres autonome, créé
des tribunaux modernes, etc.
Après l’indépendance, un dahir pris en 1955 modifié en 1956, et justifié par « une saine ges-
tion du service de l’intérêt général » reprend la même division du royaume en 13 régions et
trois grandes villes Casablanca, Rabat et Marrakech.
Chaque région devenue province est dirigée par un militaire, les villes sont gérées par des
pachas et la campagne par des caïds.
En 1962, les provinces, les préfectures et les communes deviennent des collectivités territo-
riales « qui élisent des assemblées chargées de gérer démocratiquement leurs affaires ».
Les délibérations des assemblées provinciales et préfectorales sont exécutées par les gou-
verneurs et celles des communes par un président mais sous la tutelle étroite du pacha ou
caïd.
Actuellement le Maroc est divisé en 16 régions, 75 provinces et préfectures (62+13) et 1503
communes dont 1282 communes rurales (décret n°2.09.320 du 11 juin 2009 BO. 5744 du 18
juin 2009).
La région est divisée en provinces, la province en cercles, le cercle en caïdats, la caïdats en
communes cette dernière étant la cellule da base de l’organisation administrative.
Institutions politiques et administratives 2014 50

Ait El Ouali
Ce qui a changé depuis la fin du protectorat, c’est le tracé des provinces qui sont largement
réduites. Par contre le tracé des communes reste le même tel qu’il a été recensé ou presque
dès 1917.
Le procédé suivi jusqu’ici, consiste à détacher un ou plusieurs cercles, avec ses subdivisions,
pour en faire une nouvelle province, de telle sorte que l’actuelle région de Marrakech-
Tensift-Alhaouz qui deviendra dans le projet de régionalisation avancée (au total 12) la ré-
gion de Marrakech-Safi n’est autre que l’ancienne région de Marrakech héritée du protecto-
rat.
Ainsi derrière les multiples changements qui ont affectés la division administrative du
royaume se dessine une étonnante continuité tournée vers un seul but, la stabilité politique.
Section première : Les principes d’organisation administrative
Toute organisation administrative repose sur certains principes.
Lorsque le régime est totalitaire, il repose sur le principe de la centralisation qui lui permet
de tout contrôler.
Lorsqu’il est libéral et démocratique, il décentralise pour permettre aux collectivités locales
de gérer elles-mêmes leurs affaires.
Dans les deux cas le principe de la déconcentration tend à atténuer la centralisation et ren-
forcer la décentralisation.
A) La centralisation
Le principe de centralisation n’est pas mauvais en soi.
C’est un principe qui exprime par l’existence d’un chef et d’un gouvernement central, l’unité
souveraine de la nation. C’est aussi un système qui s’adapte aux petits Etats économisant
ainsi les ressources en hommes et en argent.
Ce principe a été adopté par plusieurs pays africains après leur indépendance en raison
d’une populations divisée en tribus, appartenant à plusieurs Etats aux frontières instables
héritées de l’époque coloniale pour favoriser l’unité nationale, renforcée par l’existence d’un
parti politique.
Le système de la centralisation a cependant plusieurs inconvénients.
Il se traduit dans la pratique par une forte concentration des pouvoirs entre les mains d’une
élites minoritaire. il repose sur le principe de la hiérarchie des agents de l’Etat chargés de
gérer les affaires des populations locales, ce qui donne lieu à des lenteurs dans l’exécution
des décisions. Il permet aussi de contrôler de très prés les populations, et favorise finale-
ment les régimes dictatoriaux et les monarchies absolues.
Institutions politiques et administratives 2014 51

Ait El Ouali
Le Maroc a connu ce système au lendemain de l’indépendance. Il s’expliquait par l’étendu
du territoire national et le manque de cadres. Le pouvoir a du ainsi recourir à un découpage
administratif simple, 13 régions gérées par des cadres militaires, disciplinés et hiérarchisés.
Mais il peut être atténué par la déconcentration.
B) La déconcentration
La déconcentration des pouvoirs qui ne peut être interprétée comme une technique démo-
cratique ou de décentralisation, et qui s’oppose à la concentration des pouvoirs, consiste à
transférer aux agents locaux du pouvoir central (gouverneurs, pachas, caïds, chefs des servi-
ces extérieurs, etc.) une partie des attributions de ce dernier.
Les premiers textes relatifs à la déconcentration cependant ne datent que du 20 octobre
1993, (décret n°2-93-625 BO. N° 4227)
Il autorise les ministres à donner délégation de pouvoir aux chefs de leurs services exté-
rieurs et aux gouverneurs pour agir en leur nom dans la limite de leur compétence territo-
riale.
Les agents qui bénéficient de ces transferts restent soumis au pouvoir central et ne bénéfi-
cient d’aucune indépendance à leur égard.
L’administration centrale, notamment les ministres peuvent toujours user à leur égard de
leur pouvoir hiérarchique, pouvoir d’instruction et de réformation, avec notamment la pos-
sibilité de réformer leurs décisions, de les modifier voire de les annuler.
Il s’agit d’une technique qui vise à alléger le caractère centralisé de l’administration de
l’Etat, à éviter les lenteurs dans le traitement des dossiers, à rapprocher l’administration des
administrés et le pouvoir de décision central des centres d’intérêts locaux. De cette sorte, les
problèmes locaux seront résolus sur place par des agents locaux de l’administration cen-
trale.
Le décret de 1993 prévoit une « répartition des attributions et des moyens entre les services
centraux et extérieurs des administrations publiques » :
Au niveau national, les administrations centrales assurent sous l'autorité des ministres, une
mission de conception, d'orientation, d'organisation, de gestion et de contrôle des actions
relevant de leur compétence.
Au niveau territorial, les services extérieurs sont chargés, de l'exécution de la politique du
gouvernement.
Ce texte institue également auprès du Premier ministre une commission permanente de dé-
concentration administrative présidée par ce dernier. Elle propose la politique gouverne-
mentale en matière de déconcentration et en assure le suivi.
C) La décentralisation
Institutions politiques et administratives 2014 52

Ait El Ouali
La décentralisation est également une technique d’organisation de l’administration générale
de l’Etat. Elle a contrairement à la déconcentration, une dimension démocratique.
Elle consiste à doter les collectivités territoriales de la personnalité juridique leur permet-
tant d’assurer la participation des populations de ces collectivités à la gestion de leurs affai-
res et de leurs intérêts respectifs.
Cependant, il s’agit d’une opération purement administrative et nullement politique.
La constitution qui reconnaît le principe de libre administration assigne à ces collectivités
un but, celui ce contribuer au développement humain intégré et durable des populations.
La décentralisation a deux aspects : une décentralisation territoriale et une décentralisation
technique.
1) La décentralisation territoriale
La décentralisation territoriale est reconnue dès la constitution de 1962.
La constitution actuelle dispose que « l’organisation territoriale du Royaume est décentrali-
sée. Elle est fondée sur une régionalisation avancée. (Art.1
er)
.
Ces collectivités sont les régions, les préfectures, les provinces et les communes. Elles cons-
tituent des personnes morales de droit public, qui gèrent démocratiquement leurs affaires.
(art.135).
Ces collectivités territoriales sont créées par la loi (art.135) et gérées par des conseils élus.
Cependant la décentralisation ne doit pas être comprise comme une étape vers
l’indépendance de la collectivité, ni la régionalisation comme une étape vers la fédération.
En effet dans l’Etat décentralisé, le gouvernement central ne disparaît pas. Il représente tou-
jours la collectivité nationale, mais l’Etat reconnaît l’existence d’autres collectivités que na-
tionale et d’autres intérêts que nationaux.
Les rapports entre les deux sont fixés par un texte de loi organique qui détermine les com-
pétences propres, les compétences partagées avec l’Etat et celles qui sont transférées aux ré-
gions et aux autres collectivités territoriales.
2) La décentralisation technique ou fonctionnelle
La décentralisation technique ou décentralisation par service concerne, non une collectivité
de population mais un ensemble de services publics que le législateur dote de la personnali-
té morale. Le service devient de la sorte autonome par rapport aux services centraux sans
pour autant échapper au contrôle du gouvernement.
Il en est ainsi des services de l’enseignement (écoles, universités et facultés, instituts, etc.),
des services de santé (hôpitaux). Ce sont des établissements publics dits administratifs gé-
rant un service public administratif qui se distinguent des établissements publics industriels
et commerciaux qui sont des entreprises commerciales.
Institutions politiques et administratives 2014 53

Ait El Ouali
Si la limite des collectivités territoriales est géographique et leur compétence est générale, la
limite de ces établissements publics est fonctionnelle qui ne concerne que le service en ques-
tion, l’enseignement, la santé, etc. au contraire ils opèrent sur l’ensemble du territoire na-
tional.
Il arrive cependant que certains établissements possèdent à la fois une limite fonctionnelle
et une limite territoriale, ce sont les établissements publics territoriaux, exemple, les grou-
pements d’intérêt intercommunal érigés par un groupe de communes pour gérer un service
intercommunal comme la distribution de l’eau et de l’électricité, le ramassage des ordures,
les transports en commun, etc. (art.79 de la charte communale).
Appliquée à la région, la décentralisation dote la collectivité d’une autonomie à la fois légi-
slative et exécutive très poussée.
Section deuxième : l’organisation administrative générale
Dans un sens très général, on appelle administration centrale l’ensembles des structures
administratives du pays, gouvernement central, services extérieurs, collectivités territoria-
les, etc., ou encore l’ensembles des départements ministériels et leurs services extérieurs ; et
dans uns sens plus étroit un département ministériel.
Après l’indépendance le Maroc va constituer sa première administration centrale en créant
son premier gouvernement d’Etat indépendant. Il érige ainsi l’essentiel des directions lais-
sées par le protectorat en ministères, ne conservant de l’ancien makhzen que le ministère
des habous et en ajoutant d’autres ministère de souveraineté encore inexistants tels que le
ministère de la défense nationale, créé par le dahir du 22 mars 1956, et celui des affaires
étrangères créé par le dahir du 26 avril 1956.
L’érection de ces directions en ministères et l’exercice de la compétence qui va avec trouve
sa justification légale dans certains accords conclus en la France et le Maroc à la suite de
l’indépendance du pays.
C’est ainsi que l’accord du 11 février 1956 (dont les modalités sont fixées d’un commun ac-
cord par une commissions mixte) va restituer aux marocains les prérogatives et les pouvoirs
de gestion que les autorités françaises ont exercé sur la base d’une délégation effectuée dès
1912 au profit des ces dernières.
Le Secrétariat générale du gouvernement est créé le 10 décembre 1955
Depuis 1955, la création des départements ministériels leur qualification ou répartition re-
levait soit du souverain, soit d’une liste proposée par le chef du gouvernement qui doit ob-
tenir l’accord (la confiance) du souverain.
Il peut s’agir d’une création pure et simple (affaires étrangères, affaires mauritaniennes et
sahariennes, relation avec le parlement, environnement, etc.), ou bien d’une disparition
pure et simple (ministère des PTT, ministère des beaux-arts, ministère de la défense natio-
nale supprimé en 1972).
Institutions politiques et administratives 2014 54

Ait El Ouali
Il peut s’agir d’une fusion ou scission de deux administrations centrales, cas de
l’enseignement originel, primaire, secondaire et supérieur et la recherche scientifique.
Cependant tous les ministères correspondent en pratique à une structure uniforme qui
comprend, le cabinet, le secrétariat général, et une inspection générale.
L’administration centrale comprend des directions plus ou moins nombreuses, les direc-
tions des divisions, les divisions des services formés par un ensemble de bureaux composés
de fonctionnaires.
Mais il arrive que certains ministères contiennent plus d’une administrations centrales,
comme il peut s’agir d’une administration centrale non érigée en ministère. Une administra-
tion centrale se caractérise par la possession de services extérieurs propres.
Le ministère des finances comprenait une administration centrale et une autre administra-
tion de la douane, celui du transport une autre administration de l’air.
Nous verrons l’administration centrale et les services extérieurs.
CHAPITRE DEUXIEME : L’administration centrale
Au sommet de cette administration se trouve les autorités politiques et les autorités admi-
nistratives.
Section première : Les autorités politico-administratives
Il est difficile de séparer à ce stade entre autorité politique et autorité administratives. La
politique arrêtée au niveau du conseil des ministres et du conseil du gouvernement est prise
en charge par les membres de ces conseils, le chef du gouvernement et les ministres.
Le roi qui ne peut être considéré comme une autorité administrative au même titre que les
membres du gouvernement, ne peut être considéré comme une autorité exclusivement poli-
tique et désintéressée de l’exécution effective des décisions prises par le conseil des minis-
tres.
A) Le roi
Le roi est au sommet de l’Etat c’est le représentant suprême de la nation. Il est à la fois auto-
rité politique, religieuse et administratives.
Le rôle administratif du roi souvent controversé est certain. Sans être une autorité exécutive
proprement dite, le roi intervient dans la gestion de l’Etat par des actes administratifs sous
forme de dahir.
Il préside ainsi le conseil des ministres, il est le chef suprême des forces armées royales,
nomme aux emplois militaires, préside le conseil supérieur de sécurité, peut proclamer
l’Etat de siège, il exerce aussi les attributions de l’ancien ministère de la défense, et fixe les
attributions du ministère des habous, domaine qui relève normalement du chef du gouver-
nement, etc.
Institutions politiques et administratives 2014 55

Ait El Ouali
Mais cette intervention du roi dans le domaine administratif s’analyse essentiellement
comme une garantie d’une bonne gestion de l’Etat.
B) Le chef du gouvernement
Paradoxalement, le chef du gouvernement qui dirige gouvernement ne gère aucun minis-
tère.
Il arrive qu’il s’attribue un portefeuille tel....
Mais son rôle est essentiellement exécutif, il « exerce le pouvoir exécutif (art.89), assure
l’exécution des lois et dispose de l’administration » (art.89)
C’est à lui que le pouvoir réglementaire est confié par la constitution (art.90). Il dirige ainsi
la politique du gouvernement dans tous les domaines. Nomme aux emplois civils. Il dispose
à ce titre d’un cabinet ayant un rôle purement politique, et du secrétariat général du gou-
vernement, ayant un rôle purement administratif.
C) Les services du chef du gouvernement
1) Le cabinet
Le cabinet est une petite formation politique attachée au chef du gouvernement. Il est com-
posé de gens de confiance qui traitent avec le chef du gouvernement des questions politi-
ques. Ils n’obéissent à aucun formalité qui fixe leur réunion.
Le texte régissant les cabinet des ministres exige des membres de ce derniers une bonne
compétence et un nombre limité : 8 pour le chef du gouvernement et 6 pour les autres mi-
nistres.
Les cabinets ont un rôle essentiellement politique. De telle sorte que la démission du gou-
vernement ou d’un ministre entraîne la démission des cabinets ou celui lié au ministre dé-
missionnaire.
2) Le secrétariat général du gouvernement
Dès sa création par le dahir du 10 décembre 1955, le secrétariat général du gouvernement
est mis la disposition du chef du gouvernement, il est actuellement organisé par le décret du
29 janvier 1985.
Le secrétariat est confié à un secrétaire général du gouvernement qui a rang de ministre
(décret royal du 24 octobre 1966). Il est donc membre de droit du conseil des ministres,
mais il se caractérise par sa stabilité, de telle sorte que même le changement du gouverne-
ment ne l’affecte pas.
Le secrétariat général du gouvernement comprend cinq directions, une inspection générale
et une division. Parmi les directions on peut citer :
Institutions politiques et administratives 2014 56

Ait El Ouali
La direction des études législatives est chargée de la coordination et de la préparation des
projets de lois et règlements. Elle a un rôle essentiellement juridique qui veille à
l’actualisation de la législation, à sa codification, à sa conformité à la constitution.

Cette direction comprend des divisions spécialisées dans les différentes branches de droit
(public, commercial, international, etc.).
La direction des affaires générales met au point les textes qui seront transmis à la chambre
des représentants et au conseil des ministres ou du gouvernement ou soumis au sceau du
roi.
La publication des textes au Bulletin Officiel est confiée à la direction de l’imprimerie offi-
cielle. Elle imprime aussi les travaux des autres administrations publiques.
L’inspection générale est chargée d’inspecter les services administratifs à la demande du se-
crétaire général du gouvernement et des autres chefs d’administration.
La direction des associations et professions réglementées veille à l'application des textes re-
latifs aux associations, au droit syndical, aux professions réglementées etc.
La division de l’interprétariat est chargée de la traduction des textes marocains ou interna-
tionaux. Cette traduction est tenue pour traduction officielle.
Section deuxième : Les autorités administratives
Avec les ministres le caractère politique s’atténue au profit du caractère administratif, dans
la mesure où l’exécution pratique de la politique du gouvernement repose sur ces derniers.
A) Les autorités administratives indépendantes
Ces autorités constituent des instances administratives qui se sont développées récemment
au Maroc. Il s’agit d’organisme qui se placent dans l’administration centrale avec cependant
trois caractéristiques essentielles :
La première est leur indépendance vis-à-vis du gouvernement et du parlement. Elles échap-
pent au pouvoir hiérarchique qui caractérise l’administration mais travaille de concert avec
ce dernier et le parlement.
La deuxième est que ces instances peuvent édicter des normes juridiques ou techniques
avec parfois pouvoir de sanction dont elles sont dotées pour obtenir le respect de toute la lé-
gislation et la réglementation qui concernent leur domaine.
On peut citer dans ce sens la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA)
(dahir du 31 août 2002- BO. 5036) et le médiateur le CDVM.
1) Structure et attributions de la HACA
La « HACA» comprend un conseil supérieur de la communication et une direction générale
de la communication audiovisuelle.
Institutions politiques et administratives 2014 57

Ait El Ouali
Le conseil veille au respect, par tous les pouvoirs ou organes concernés, des lois et règlements
applicables à la communication audiovisuelle ;
Il accorde les autorisations d'utilisation des fréquences radioélectriques.
Approuve les cahiers de charges des sociétés nationales de l'audiovisuel public et en contrôle le
respect ;
Veille au respect du pluralisme de pensée et d’opinion,
en matière Information politique
de production
de programmation et de diffusion des émissions concernant les campagne électorales et la
publicité, etc.
La direction générale de la communication audiovisuelle regroupe les services administra-
tifs et techniques ainsi que le personnel sous l’autorité et la responsabilité du directeur gé-
néral de la communication audiovisuelle.
2) Le pouvoir de sanction
En cas d’infraction à la réglementation d’usage concernant la communication audiovisuelle,
l’autorité peut saisir la justice, suspendre ou retirer l’autorisation délivrée, suspendre défini-
tivement la licence d’exploitation délivrée, etc.
3) Le médiateur
« L'institution Diwan Al Madhalim est une institution nationale indépendante ayant un
pouvoir à caractère à la fois moral et moralisateur, et dont la tâche est d'aider, de soutenir et
d'accompagner l'action des administrations publiques et les organismes jouissant des pré-
rogatives de puissance publique, afin de s'assurer à travers les prestations dispensées au
public, du respect réel des principes et des valeurs des droits de l'homme et de l'observance
effective des principes de justice et d'équité ».
(rapport de wali al madhalim 2004-2005).
« De ce fait l'action de l'Institution est considérée comme le prolongement des missions
exercées par le pouvoir judiciaire dans le règlement des litiges qui lui sont soumis, et
comme le complément indispensable au rôle assumé par le Conseil consultatif des droits de
l'homme dans le domaine de la promotion, de la défense et de la protection de ces droits »
Idem.
A ce titre l’institution dispose de moyens de pression (et non de sanction) sur l'administra-
tion afin de l'astreindre à écouter les plaintes des citoyens et à les traiter avec équité pour
protéger les droits et redresser les iniquités.
Le CDVM est un établissement public placé sous la tutelle de l’Etat et son conseil
d’administration est présidé par le chef du gouvernement.
Institutions politiques et administratives 2014 58

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B) Les ministres
L’ensemble des ministères constituent l’administration centrale proprement dite.
Chaque département ministériel est chargé de la gestion d’un même service public.
Il en est ainsi du ministère de l’enseignement, de la santé publique, du commerce, des fi-
nances, etc.
Il est certain que le ministre soit un homme politique. Il collabore à la réalisation de la poli-
tique générale arrêtée par le gouvernement. Mais c’est aussi une autorité administrative,
placée à la tête d’une administration centrale et chargé par le chef du gouvernement dont il
signe les décrets concernant son département de l’exécution de cette politique. Et à ce titre il
dispose du pouvoir administrative sur les administrations publiques et ses agents.
Dans ce cadre, il a le pouvoir de nomination et donc le pouvoir de mutation et de révocation
et peut proposer les nominations sur la base de l’art.49 de la constitution certains haut fonc-
tionnaires de son administration et directeurs des entreprises publiques.
Il a le pouvoir hiérarchique, pouvoir d’instruction (qu’il exerce par voir de circulaire, ou de
notes de service), de réformation d’annulation ou de substitution ainsi que le pouvoir disci-
plinaire sur les agents de son département.
Par contre il n’exerce le pouvoir réglementaire que par délégation du chef du gouvernement.
Enfin il représente son département devant la justice.
Les attribution du ministre sont fixées par décret (chef du gouvernement). Mais il peut or-
ganiser lui-même son propre service et les services extérieurs de son département.
C) les services centraux
Ces services n’ont aucun rôle politique proprement dit mais un caractère exclusivement
d’exécution des décisions administratives et donc un caractère également de permanence.
Les services centraux sont constitués par tous les ministères. cependant chaque ministère
est configuré selon les besoins du services ainsi le nombre des directions, des divisions et
des services peuvent varier.
Le personnel est spécialisé (médecins pour la santé, magistrats pour la justice, militaires
pour la défense nationale, etc., à coté on trouve un personnel ayant les mêmes taches pour
toutes les administrations, exemple les gestionnaires de toute sorte, les comptables, les con-
trôleurs, etc.
D) Les services extérieurs
Institutions politiques et administratives 2014 59

Ait El Ouali
Les administrations centrales se prolongent chacune sur l’ensemble du territoire national
par des services extérieurs relevant hiérarchiquement de la même autorité administrative
centrale.
Cependant l’ implantation de ces services et l’intensité de cette implantation se fait en fonc-
tion des besoins du service public que ces administrations gèrent.
C’est ainsi que certaines administrations comme l’intérieur, la justice, la santé,
l’enseignement ont besoin d’une implantation continue et intense sur l’ensemble du terri-
toire.
D’autres comme le ministère de la marine marchande ou l’administration de la douane,
dans les villes portuaires, ou près des frontières.
Le ministère des affaires étrangères est tourné vers les pays étrangers avec des ambassades
et des consulats, et ainsi de suite.
Certaines administrations ont pour ressort territorial la région considérée comme une cir-
conscription et non une collectivité (telles les délégations régionales du ministère de a cul-
ture ou les académies régionales d’éducation et de formation) ou dans les provinces (déléga-
tions provinciales d’agriculture ou de tourisme), etc.
1) Organisation des services extérieurs
L’organisation et les attributions des services extérieurs sont fixées par arrêté du ministre
chef du département. Arrêté visé par le ministre des finances et l'autorité gouvernementale
chargée des affaires administratives.
Ex. décret du 20 janvier relatif au ministère des affaires étrangères (art.37).
Décret relatif au ministère de l’intérieur du 15 décembre 1998 art.44).
Dahir du 1
er
janvier 2004 relatif au ministère des habous et affaires islamiques : Art.
20 : « L’organisation interne, le nombre et le ressort territorial des Nédharats des habous et
des délégations des affaires islamiques sont fixés par arrêté du ministre des Habous et des
affaires islamiques ».
2) La coordination des services extérieurs
C’est aussi le rôle du gouverneur au niveau local.
On peut citer comme raison imposant cette coordination des différentes activités des servi-
ces extérieurs:
La hiérarchie de ces services et donc leur dépendance directe des administrations centrales.
La spécialisation qui caractérise leur activité.
La multiplication des services
Institutions politiques et administratives 2014 60

Ait El Ouali
L'inégal développement des régions de leur potentialité et ressources et le nécessaire déve-
loppement économique et social du pays.
Tout ceci milite pour l'instauration de moyens de coordination pour assurer l'harmonisation
et la cohésion de l'ensemble de ces services et celle des personnes publiques.
CHAPITRE TROISIEME : L’ADMINISTRATION LOCALE
L’administration locale comprend les autorités administratives déconcentrées et une admi-
nistration territoriale décentralisée.
Section première : Les autorités administratives déconcentrées
Les autorités administratives déconcentrées de l’administration locale de l’Etat sont, essen-
tiellement les walis des régions et les gouverneurs et walis des provinces et des préfectures.
A) Le gouverneur
Le terme gouverneur désigne généralement une autorité à la fois politique et administrative
(exécutive) qui gouverne un pays (France) ou une région (province), une ville, et même un
Etat indépendant et souverain, comme le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande...).
Sous le Maroc ancien, ce terme coexistait avec celui de caïd qui est un personnage qui
s’impose au makhzen par sa force et ses propres moyens comme autorité locale sur une ou
plusieurs tribus.
Sous le protectorat, la fonction comme le terme caïd va éclipser largement celle de gouver-
neur. Par contre au nord du Maroc occupé par l’Espagne le représentant du sultan était un
khalifat (appelé aussi vice-roi) et non gouverneur.
Après le protectorat, les caïds perdent de leur importance face aux gouverneurs qui devien-
nent leur supérieurs directs.
Ils deviennent des agents d’autorité dont le ressort se limite au cercle d’une province (super-
caïd ) et aux caïdats (caïds) sous l’autorité du gouverneur.
Par contre les gouverneurs reçoivent désormais à coté de leur rôle administratif tradition-
nel, un rôle politique, économique, social. Ils deviennent les délégués personnels du roi qui
les nomment par dahir.
En effet, les gouverneurs et walis sont les représentants du pouvoir central (Roi et gouver-
nement) dans les régions, les provinces, les préfectures et les communes.
Ils ont pour mission de veiller à l’application des lois, d’assurer l’exécution des décisions du
gouvernement, d’assurer la coordination des services extérieurs de l’administration centrale
et leur contrôle administratif des administrations civiles, tel que le contrôle des prisons,
d’assister les présidents des collectivités territoriales. Seuls les tribunaux et l’armée échap-
pent à leur contrôle.
A coté de leur rôle de maintien de l’ordre et de la sécurité tel que la répression des troubles
de l’ordre public, la poursuite des atteintes à la sureté intérieure ou extérieur de l’Etat
Institutions politiques et administratives 2014 61

Ait El Ouali
comme officier de police judiciaire, ils disposent des forces auxiliaires, de la sureté natio-
nale, de la gendarmerie et peuvent faire appel aux forces armées royales pour maintenir
l’ordre. Les gouverneurs interviennent également dans les conflits sociaux pour es résoudre,
imposer certains horaire aux entreprises, dans le domaine de la santé publique, etc.
Au départ les gouverneurs échappaient à l’autorité du gouvernement malgré leur qualité de
délégués du gouvernement dans leur province et préfecture et relevant du ministère de
l’intérieur. Ils étaient nommés par le roi directement en tant que représentants de S.M. le
roi. Malgré leur intégration au ministère de l’intérieur, ce dernier n’avait que peu d’autorité
sur eux.
Actuellement ils sont toujours nommés par le roi, mais cette nomination a lieu au sein du
conseil des ministres sur proposition du chef du gouvernement et à l’initiative du ministre
de l’intérieur.
Actuellement leur rôle ne diminue pas. Ils représentent toujours le pouvoir central dans les
régions, les provinces et les préfectures (art. 145 de la constitution.). Cependant leur nomi-
nation qui revient toujours au roi est faite en conseil des ministres sur la base d’une liste
fixée par le ministre de l’intérieur et proposée par le chef du gouvernement.
B) Le rôle du gouverneur
Au nom du gouvernement, le gouverneur assure l’application des lois, met en œuvre les rè-
glements et les décisions gouvernementaux et exerce le contrôle administratif (art.145 de la
constitution). Il est le délégué du gouvernement dans la préfecture ou la province où il
exerce son commandement (art.1
er
du dahir du 15 février 1977).
Le rôle traditionnel du gouverneur comme agent exécutif des conseils respectifs des régions,
provinces va normalement être modifié dans le cadre nouveau de la « régionalisation avan-
cée ».
En effet selon la nouvelle constitution, « les walis et gouverneurs assistent les présidents des
collectivités territoriales et notamment les présidents des Conseils des régions dans la mise
en œuvre des plans et des programmes de développement ».
Désormais ce sont les présidents des conseils des régions et les présidents des autres collec-
tivités territoriales qui exécutent les délibérations de leurs conseils respectifs (voir dans ce
sens l’art. 138 de la constitution).
Les gouverneurs continuent cependant d’assurer l’autre mission traditionnelle de coordina-
teurs des activités des services extérieurs des administrations civiles de l'État, des établis-
sements publics qui relèvent de leur commandement.
Sous l’autorité des ministres concernés, ils coordonnent les activités des services déconcen-
trés de l’administration centrale et veillent à leur bon fonctionnement (art.145 de la consti-
tution). (Voir également le dahir portant loi du 15 février 1977 modifié par la loi 34-85 du
promulguée par le dahir du 29 décembre 1986 et par le dahir portant loi du 6 octobre 1993).
Institutions politiques et administratives 2014 62

Ait El Ouali
Ils peuvent prendre des mesures réglementaires et individuelles.
Le gouverneur est chargé du maintien de l’ordre dans la limite de son commandement et
peut à ce titre faire appel aux forces de l’ordre notamment les forces auxiliaires qui sont à sa
disposition, les force de police, la gendarmerie royale et même aux forces armée royales.
Il dirige les activités des chefs de cercles (super caïds) et des chefs des circonscriptions ur-
baines (pachas) et rurales (caïds).
Il informe le gouvernement en lui adressant des rapports périodiques (tous les six mois) sur
la marche des services publics dans son territoire et est informé par ce dernier sur les activi-
tés de ces services, les mutations des fonctionnaires, etc.
Section deuxième : Les collectivités territoriales
Les collectivités territoriales énumérées par la constitution sont : Les régions, les préfectu-
res, les provinces et les communes.
Il faut distinguer entre la création des personnes morales de droit public qui gèrent démo-
cratiquement leurs affaires, énumérées par l’art.135, et la création de toute autre personne
morale de droit public qui selon l’art.71 relève du domaine législatif.
Les premières (collectivités territoriales qui gèrent démocratiquement leurs affaires) ne
peuvent être créées que par la constitution.
Concernant les secondes, ces collectivités sont créées par la loi, puisqu’il s’agit de personnes
morales de droit public (art.135), relevant selon l’art.71 du domaine législatif.
La création par la loi de ce genre de collectivités territoriales se limite au découpage de cel-
les qui existent déjà, c’est-à-dire par substitution ou par suppression (art.135 3é al.).
La constitution assigne également à ces collectivités un certain nombre de missions telles
que l’égal accès de leurs populations à la santé, à l’’éducation, au logement, au travail, la
coopération et solidarité, mise en œuvre de la politique générale de l’Etat, participation des
citoyens (droit de pétition). La région joue un rôle de pôle d’attraction sur les autres collec-
tivités territoriales. Mais l’autonomie de chaque collectivités territoriales est garantie par la
constitution (art.143).
Enfin les collectivités territoriales ont des compétences propres, des compétences transfé-
rées par l’Etat avec des ressources propres (art.141) et d’autres partagées avec ce dernier.
Nous nous limiteront essentiellement la commune.
A) La commune
La commune a toujours existé au Maroc en tant que collectivité territoriale de base et sa li-
mite géographique qui n’a jamais changé et qui correspond à la limite de ce qui était consi-
déré comme tribu ou éléments de tribus a été tracée dès les débuts du protectorat. Elle reste
Institutions politiques et administratives 2014 63

Ait El Ouali
jusqu’ici avec la chambre des représentants la seule collectivité territoriale élue au suffrage
universel direct, auxquelles il faut désormais ajouter les régions (art.135 de la constitution).
Ce qui a changé c’est le degré de décentralisation que lui accorde la loi et l’étendu et
l’importance de ses attributions.
En effet, en 1960 toutes les attributions du conseil communal étaient soumises au contrôle
du ministre de l’intérieur. Au bout de quelques années les conseils se vident et les affaires de
la commune sont gérées par les pachas et les caïds. D’où la réforme de 1976.
L’actuelle charte communale adoptée par la loi 78-00 en 2002 et modifiée par la loi 17-08
en 2009, présente un progrès certain par rapport aux précédentes chartes (1960 et 1976),
aussi bien en ce qui concerne l’organisation que les pouvoirs.
1) L’organisation de la commune
Les communes sont créées ou supprimées par décret. On distingue les commune urbaines et
les commune rurales. Le nombre des communes est 1503 dont 1282 sont des communes ru-
rales.
a) Les organes de la commune
Chaque commune comprend un conseil communal élu au suffrage direct pour une durée de
6 ans. Le régime électoral est fixé par la loi 9-97 formant code électoral.
Les conseillers communaux sont élus soit au scrutin proportionnel soit au scrutin uninomi-
nal à un seul tour, en fonction du nombre de leur populations.
Le scrutin uninominal simple n’est utilisé que pour les communes est inférieur à 25.000.
Le corps électoral comprend tous les citoyens et citoyennes âgés de 18 ans et inscrits sur la
liste électorale.
Pour être conseillers communal (urbaines comme rurales), il faut être électeur et âgé au
moins de 23 ans et avoir au moins le certificat d’études primaires.
Cependant ne sont pas éligibles dans leurs communes, les fonctionnaires et agents payés
par la commune, les comptables communaux, les concessionnaires se service public et les
directeurs de service subventionnés par la commune (mais ils peuvent être élus dans
d’autres communes).
La liste des candidats doit être égale au nombre des sièges à pouvoir. Les candidats indé-
pendants doivent présenter une lite de 10 signatures légalisées d’électeurs de la commune.
b) Les arrondissements
Les communes urbaines dont la population dépasse les 500.000 habitants sont divisées en
arrondissements. Le nombre des arrondissements, leurs limites géographiques, leur déno-
mination, et le nombre légal de conseillers d'arrondissement à y élire sont fixés par décret.
Institutions politiques et administratives 2014 64

Ait El Ouali
(Ex. la commune de Marrakech qui comprend 81 conseillers est divisée en 5 arrondisse-
ments).
Ces arrondissements sont dépourvus de la personnalité juridique, mais jouissent de
l’autonomie administrative et financière.
Le conseil d'arrondissement est composé de deux catégories de membres :
- les membres du conseil communal élus dans l'arrondissement ; Les conseillers élus au
conseil communal et qui font partie de l’arrondissements étant membres de droit de ces
derniers.
- les conseillers d'arrondissement élus dans les conditions et formes prévues par la loi for-
mant code électoral.
Le nombre des conseillers d'arrondissement est le double de celui des conseillers commu-
naux élus dans l'arrondissement, sans toutefois pouvoir être inférieur à 10 ni supérieur à 20.
Le conseil comprend un président des vice-présidents, des commissions et ce réunit 3 fois
par an (janvier, juin et septembre). En général il s’agit des mêmes règles qui régissent les
conseil communaux.
Au contraire les attributions du conseil sont limitées au affaires de l’arrondissement dites
affaires de proximité (art.99) que le conseil exerce pour le compte et sous la responsabilité
et le contrôle du conseil communal. Il est obligatoirement consulté sur les affaires qui tou-
chent son arrondissements.
Le gouverneur ou le wali peuvent trancher les différents entre les deux conseils notamment
celles qui concernent les équipements.
Le président du conseil d'arrondissement et ses vice-présidents sont chargés, dans l'arron-
dissement, des attributions reconnues aux présidents des conseils communaux en matière
d'état civil, de légalisation de signature, et de certification de la conformité des documents a
l'original.
c) Les finances des arrondissements
Les recettes du budget de l’arrondissement sont constituées par une dotation globale consti-
tuant une dépense obligatoire pour la commune et destinée à la gestion et à l’animation lo-
cale.
Son montant est fixé par le conseil communal sur proposition de son président. Ce montant
est inscrit dans le budget communal.
2) Le conseil communal
Le conseil des communes rurales et urbaines dont le nombre de population est au dessous
de 500.000 hab. varie en fonction du nombre des populations (entre 11 et 61 conseillers). Le
Institutions politiques et administratives 2014 65

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nombre des conseillers dont les communes dépassent ce nombre varie entre 71 et 131 con-
seillers.
a) Le bureau du conseil
Le conseil comprend un bureau composé d’un président et de vice-présidents élus pour la
même durée que le conseil au scrutin uninominal à deux tours. Le nombre des vice-
présidents varie en fonction du nombre des conseillers (art.7 de la charte).
Sont également élus, un secrétaire et un secrétaire adjoint, un rapporteur et un rapporteur
adjoint
b) Les commissions
Le nombre des commissions de chaque conseil varie entre 2 et 4 commissions permanentes.
Leurs présidents et leurs adjoints sont élus par le conseil qui peut les révoquer.
Une commission pour le budget et les finances, une commission pour le développement
humain social culturel et sportif, une troisième pour l’urbanisme et une quatrième pour les
services publics.
Mais d’autres commissions provisoires peuvent être créées.
Il est surtout prévu la création auprès du conseil d’une commission dite « commission de la
parité et de l’égalité des chances » à caractère consultatif. Elle réunit des personnalités de la
société civile, appartenant à des associations. Cette commission est présidée par le président
ou son vice-président. Son rôle est de faire des propositions relatives à « la parité et l’égalité
des chances et l’approche du genre social » (art.14 de la loi 17-08).
3) Les attributions
Nous verrons celles du conseil et celles de son président.
a) Les attributions du conseil
Le conseil assure le développement économique social et culturel de la commune et sa com-
pétence est générale.
Il vote le plan de développement de la commune ainsi que les mesures de nature à contri-
buer à la valorisation de son potentiel économique notamment agricole, industriel, artisa-
nal, touristique ou de services ;
La promotion et l'encouragement des investissements privés
La réalisation des infrastructures et des équipements, l'implantation de zones d'activités
économiques et l'amélioration de l'environnement de l'entreprise
La conclusion de tout accord ou convention de coopération ou de partenariat
Il vote le budget de la commune
Institutions politiques et administratives 2014 66

Ait El Ouali
Il Fixe le taux des taxes et tarifs reçus par la commune
1 - Le conseil communal décide de la création et de la gestion des services publics commu-
naux, notamment l’approvisionnement et la distribution d'eau potable, d'énergie électrique
et d’assainissement liquide.
Le traitement des ordures ménagères et l’éclairage public, le transport public urbain et le
transport des malades et des blessés, la circulation et la signalisation des voies publi-
ques, l’abattage et transport de viandes et poissons, il gère les cimetières et services funérai-
res, etc. (art.39 de la charte)
L’Etat transfert au conseil ses compétences relatives à la réalisation des écoles des dispen-
saires, l’entretien des parcs naturels et la formation professionnelle.
- il donne obligatoirement son avis sur tout projet devant être réalisé par l'Etat ou tout autre
collectivité ou organisme public sur le territoire de la commune, dont la réalisation est sus-
ceptible d'entraîner des charges pour la collectivité ou de porter atteinte à l'environnement ;
b) Les attributions du président du conseil
Il préside le conseil communal, exécute ses délibérations et le représente officiellement et
devant la justice.
Il dirige l'administration communale, exécute le budget, conclut les marchés, prend les me-
sures relatives à la gestion du domaine public communal et délivre les autorisations d'occu-
pation temporaire du domaine public avec emprises ;
Le président du conseil communal est officier d'état civil.
Le président du conseil exerce, de plein droit, les attributions de police administrative
communale et les fonctions spéciales reconnues par la législation et la réglementation en vi-
gueur aux pachas et caïds (art.49).
Cependant certaines attributions lui échappent notamment le maintien de l’ordre et de la
sécurité sur le territoire de la commun sauf à réclamer des autorités locales l’usage de la
force pour assurer l’exécution de ses décisions, les passeports, le contrôle des marchands
ambulants, la réquisition des personnes et des biens, etc.
4) Le fonctionnement du conseil
Le conseil est convoqué par son président. Il se réunit quatre fois par an, en session ordi-
naire au cours des mois de février, avril, juillet et octobre. La durée de chaque session est de
15 jours.
Il peut se réunir en sessions extraordinaires à la demande de son président, de l’autorité lo-
cale ou le tiers de ses membres sur la base d’un ordre du jour fixé par le président, cette ses-
sion dure au maximum sept jours.
Les séances sont publiques et peuvent avoir lieu huis clos.
Institutions politiques et administratives 2014 67

Ait El Ouali
L’autorité locale assiste aux séances publiques sans droit de vote.
Le vote est également public et peut être secret. Dans ce dernier cas, si la délibération reçoit
le même nombre de vote pour et de vote contre elle est rejetée.
B) La tutelle
Plusieurs des délibérations du conseil et décisions de son président sont soumises au con-
trôle soit du ministre l’intérieur soit du gouverneur.
La tutelle du ministre l'intérieur secrétaire s’exerce sur les communes urbaines et celle du
wali ou gouverneur sur les communes rurales.
Cette tutelle s’exerce sur les conseillers en personne (acceptation des démissions, suspen-
sion ou révocation des conseillers ou du conseil ou de son président) et sur les délibérations
du conseil et les actes du président.
Mais les décisions de l’autorité de tutelle peuvent être contestées devant le tribunal admi-
nistratif et la tutelle est plutôt en faveur du conseil.
Pour être exécutoires, les arrêtés à caractère réglementaire du président du conseil commu-
nal en vertu de l'article 47 paragraphe 2 et de l'article 50, doivent être revêtus du visa du
ministre de l'intérieur ou sont délégué pour les communes urbaines et du wali ou du gou-
verneur pour les communes rurales. (Art.76). le silence de l’autorité de tutelle secrétaire
s’interprète en faveur de la décision.
Institutions politiques et administratives 2014 68

Ait El Ouali
Table
INSTITUTIONS POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES MAROCAINES
Introduction
Définition de l’institution
PREMIERE PARTIE
LES INSTITUTIONS POLITIQUES
CHAPITRE PREMIER : L’Etat
Section première : définition de l’Etat
Section deuxième : les éléments constitutifs de l’Etat
Section troisième les formes de l’Etat

CHAPITRE DEUXIEME : La constitution
Section première : Définition de la constitution.
Section deuxième : La suprématie de la constitution
Section troisième : Le contenu de la constitution

CHAPITRE TROISIEME : Le Roi (titre III)
Section première : La prééminence de l’institution royale
Section deuxième : Les pouvoirs du Roi

CHAPITRE QUATRIEME : Le gouvernement
Section première : Notions de pouvoir exécutif et chef du gouvernement
Section deuxième : Les pouvoirs du gouvernement

CHAPITRE CINQUIEME : Le parlement
Section première : Organisation et composition du parlement
Section deuxième : Fonctionnement et pouvoirs
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Ait El Ouali

CHAPITRE SIXIEME : La Cour Constitutionnelle
Section première : La composition de la cour
Section deuxième : La compétence de la cour
Section troisième : Le fonctionnement de la cour

DEUXIEME PARTIE
LES INSTITUTIONS ADMINISTRATIVES

1) La notion d’administration
2) La notion de droit administratif
3) La notion d’institutions administratives
4) La notion de personne morale de droit public
5) Aperçu historique de l’administration marocaine

CHAPITRE PREMIER : L’organisation administrative
Section première : Les principes d’organisation administrative
Section deuxième : L’organisation administrative générale

CHAPITRE DEUXIEME : L’administration centrale
Sections première : Les autorités politico-administratives
Section deuxième : Les autorités administratives

CHAPITRE TROISIEME : L’administration locale
Section première : Les autorités administratives déconcentrées
Section deuxième : Les collectivités territoriales