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La Maison Dieu
Maurice GUICHARD
Tarot de Marseille restauré - Jodorowsky Camoin
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BABEL. Pierre Bruegel (1525 – 1569)
" Et lefeudeYahvétombaet dévoral'holocausteet lebois, lespierreset
laterre, et il absorbal'eauqui était danslecanal. Tout lepeuplelevit ; les
genstombèrent lafacecontreterreet dirent : «C'est Yahvéqui est Dieu!
C'est Yahvéqui est Dieu! »."1 Rois. 18: 38, 39
Illustration du mythe de Sisyphe.
ANALYSE
Le thème
La tour
Le feu du ciel
Les retombées
Les personnages
Les couleurs
Le nombre
Le titre
En résumé
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Le thème de l'arcane
Dans son iconographie la lame reprend le thème de l'œuvre humaine
portée aux nues. Un défi lancé au temps à l’espace et à Dieu, à travers une
construction qui rend témoignage d’un grand savoir faire, mais aussi d’un
orgueil démesuré.
Comme le mythe de la tour de Babel, l’arcane seize décrit un châtiment
lié aux actes des hommes. C’est le sens négatif couramment donné par les
commentateurs traditionnels du Tarot (Oswald Wirth entre autres).
Pourtant la vision spécifique des Tarots de Marseille, introduit d’une
manière subtile, et implicite la notion de fête, de joie conséquente au travail
sur l’ouvrage. Cette interprétation davantage positive trouve son écho à
travers un autre mythe, celui de Sisyphe condamné à sans cesse remonter
son rocher, mais un peu plus haut à chaque fois. Ici l’accent est mis non pas
sur le châtiment, mais sur les progrès qui résultent de la punition.
Par extension de sens, il est également permis d’établir un parallèle avec
le mythe du Golem dont le thème essentiel traite des rapports entre le
créateur et sa créature. L’histoire peut tourner au drame, ou inversement
constituer un terrain d’évolution autant pour l’un que pour l’autre.
Interprétation négative, positive ou neutre ? L’image de l’arcane « la
Maison-Dieu » synthétise merveilleusement l’ensemble de ces idées.
La Tour
Le Temple.
Selon bon nombre de traditions pour accéder à l'orient d’un Temple il
faut gravir trois marches. D’emblée, ce détail caractérise la Tour comme
étant un édifice consacré. D'ailleurs cette assertion est corroborée par un
ensemble architectural en élévation, percé en partie haute par trois fenêtres
avec linteaux arrondis et terminé par une couronne surmontée de quatre
créneaux.
Les trois marches sont de couleur blanche, pour souligner à fois la
pureté du lieu et l’état de sainteté que doit avoir celui qui les gravit.
Sur la porte arrondie de couleur verte est dessinée une colombe. Le vert
s’associe à tout ce qui est pérenne, comme pour dire que le battant de cette
construction, ouvre sur l’éternité. Dans la nouvelle alliance, la colombe est
une image du Saint-Esprit, mais souvent elle symbolise la pureté de l’âme.
A notre époque, elle est surtout utilisée pour représenter la paix. Toutes ces
notions se rattachent complètement aux caractéristiques d’un édifice
religieux. Néanmoins, il convient de noter qu’aucune croix n’est érigée. Il
ne s’agit donc pas d’un lieu sacrée, d’une église, mais d’une bâtisse
sacralisée, un Temple, tels qu’ils étaient conçus avant l’ère chrétienne.
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Les rangées de pierres.
Les pierres sont bâties en quinconce selon les règles de l’art, mais
présentent des couleurs variées qui n’ont d’autres raisons d’être qu’un
symbolisme lié à la succession des rangs. Ceux-ci par leur numéro d’ordre
et leur couleur, explicitent clairement le processus de construction
destruction et de ce fait, ils figurent la dégénérescence spirituelle ponctuée
par les étapes de l'édification.
A partir des trois marches blanches, nous pouvons compter huit rangs de
couleur chair. Autrement dit, la certitude d’avoir atteint une perfection
d’ordre matériel.
Le neuvième rang est vert, la teinte de ce qui perdure. L’arcane veut
sans doute montrer un édifice consolidé par un chaînage qui enserre quatre
murs à leur sommet. Dans l’ordre moral nous savons que le nombre neuf
renferme des idées de sagesse. Le neuvième rang consacre donc la première
étape d’une construction faite pour durer.
Les dixième et onzième rang, sont de couleur chair. La matière
entreprend un autre cycle d’élévation.
Le vert du douzième rang, est synonyme d’accomplissement. Les
bâtisseurs ont atteint un degré de spiritualité qui les autorise à envisager
l’aménagement d’ouvertures sur le ciel.
La treizième rangée décide des conceptions qui seront développées dans
la suite de la construction. Elle est chair, donc matérielle et de ce fait elle
engendre les quatorzième et quinzième rangs aux couleurs du sang et des
passions humaines.
Quant aux trois derniers, les seizième, dix-septième et dix-huitième
rang, ils affirment la suprématie de la matière, en continuant de s’élever
fièrement dans des contrées célestes. L’orgueil des hommes est ainsi promu
dans la sphère des divinités.
Enfin, la dix-neuvième rangée consacre la faillite de sa mission qui
résulte du chaînage rouge de la couronne. La spiritualité (bleu clair) de la
communauté des enfants du Soleil ne peut reposer seulement sur des
satisfactions égoïstes et immédiates. Le feu du ciel détruit irrémédiablement
tout projet non conforme aux lois de l’harmonie universelle.
Les processus de transformation qui taraudent l’âme humaine,
accomplissent ici l’action salutaire au niveau du sommet de l’ouvrage.
L’homme est directement visé à travers ce qu’il chérit. La réalisation est
découronnée, son attribut royal ne peut dominer les hommes.
Les trois fenêtres bleues.
Elles préfigurent une trinité divine qui généralement préside à toute
forme de cosmogonie. Mais plus particulièrement ici, elles marquent une
spiritualité conférée à la tour. Si l’on considère de manière symbolique, leur
position et la couleur de leur environnement, il est permis de penser que ces
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ouvertures, à elles seules explicitent en grande partie le pourquoi de la
décollation de la tour.
En effet, partant du bas, c'est le douzième rang qui ménage l'espace
disponible et nécessaire à la création des deux premières fenêtres. La rangée
de pierres est de couleur verte, c'est-à-dire que sa consolidation est
définitivement assurée par un deuxième chaînage. Or l’efficacité même de
ce chaînage est techniquement remise en cause par la création des deux
ouvertures qui, pour manifester une spiritualité, mettent en péril la solidité
de l’édifice. Si nous avons retenu que le douze préfigure l'accomplissement
d'une évolution par un sacrifice librement consenti, nous comprenons alors
pourquoi les constructeurs ont situé à ce niveau les deux ouvertures sur le
ciel.
La troisième fenêtre occupe les seizième, dix-septième et dix-huitième
rang. Et comme un écho au nombre de l'arcane, c'est au seizième rang que
commence la dérive.
Cette ouverture unique, arrondie et bleutée, est fondée sur deux rangs de
couleur rouge et se trouve complètement immergé dans trois rangs de
pierres aux couleurs chair. La traduction symbolique de cet état peut être
énoncée de cette manière. Le principe spirituel représenté par la fenêtre, est
non seulement au même niveau que la matérielité, mais procède de cette
dernière. Reposant sur le rouge des passions, l'ouverture manifeste ainsi une
spiritualité que nous pouvons qualifier de matérialiste.
La conséquence de cette hérésie est à la base de la couronne. Le dix-
neuvième rang maintenu par une ceinture rouge, préfigure une conscience
collective pervertie.
Il est utile de souligner ici, que seul le Tarot de Marseille
permet de conduire des investigations d'une telle profondeur. Car
contrairement à bon nombre d'autres Tarots modernes d'une
esthétique plus séduisante, celui dit "de Marseille" montre que la
Tour n'est ni détruite, ni en feu, mais seule la couronne est
déstabilisée.
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La couronne déstabilisée.
Elle est composée de quatre créneaux, donc de trois intervalles
réguliers. Ces espaces vides doivent être symboliquement considérés
comme étant en devenir, des lieux sans destination dans lesquels tout est
toujours possible. Les parties pleines occupent l'espace. Matériellement
réalisées, elles ne sont que la conséquence des trois espaces laissés vides.
Autrement dit la perception du quatre est subordonnée à la vision du sept (3
+ 4) qui constitue un ensemble défini. L'état de dépendance relative du
quatre par rapport au trois, démontre que le nombre Quatre prend tout son
sens par l'addition des trois précédents. Ainsi la matérialité des quatre
créneaux, symbolise les quatre éléments constitutifs de la matière dont la
synthèse est la couronne.
La "matérialité" faite couronne, élevée au sommet de la tour, occupe un
espace qui n'est pas le sien. Ayant rejoint la sphère spirituelle céleste, la
matière couronnée rivalise avec Dieu. Mais par delà la couronne œuvre des
hommes, c'est l'esprit des bâtisseurs qui est concerné. L'orgueil ne peut
dominer le monde et doit être décapité. Tel le fût la royauté française, par la
décollation de Louis, le seizième.
Le feu du ciel
Tout en haut, depuis l'angle droit de la lame, un jet puissant de flammes
multicolores souffle la couronne de la tour. Dans sa dynamique en spirale, le
feu destructeur est composé de cinq couleurs. C'est une façon de montrer sa
nature, ce qui revient implicitement à signifier son origine.
Incontestablement la cause des causes est spirituelle et vient du ciel.
Mais les fondements du châtiment peuvent affecter des formes différentes et
inattendues, à l'origine d'un même effet. Ainsi selon la nature et le contexte
de l'acte, la conséquence en tant que retour, subit toutes les adaptations
possibles et utiles à servir son but.
Les retombées
En règle générale, elles préfigurent les échanges entre le haut et le bas.
Mais la recherche du sens, exige une analyse minutieuse. Pourtant, pas plus
que les couleurs, le décompte ne m’a fourni aucune indication probante.
Ainsi, réparties de chaque côté de la tour, 37 boules de couleurs sont
représentées. 16 à gauche, 19 à droite et 2 au centre.
15 Jaunes, dont 6 à gauche, 7 à droite, et 2 au centre.
7 rouges, dont 4 à gauche et 3 à droite.
13 bleues, dont 5 à gauche et 8 à droite.
2 vertes, dont 1 à gauche et 1 à droite.
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Les personnages
Dans la plupart des Tarots de Marseille, l’attitude des deux personnages
laisse perplexe. Tombent-ils du sommet de la tour, ou dansent-ils sur les
mains ? Les Tours sans porte laissent penser que les deux hommes tournent
autour de la construction. Tandis que dans l’imagerie moderne de
Jodorowsky Camoin, la question s’élimine pour l’homme situé à droite.
Visiblement, il sort de la tour en rampant par la porte laissée entrouverte.
Mais pour celui de gauche, l’interrogation se justifie.
S’il s’agit d’une danse, le sens est diamétralement opposé à celui d’une
chute. Et la notion de fête sème alors un trouble dans les idées développées
précédemment.
Nota : Dans toutes les versions précédentes des Tarots de
Marseille, la tour n'a jamais de porte. En conséquence le personnage
ne sort pas de la tour, mais se trouve caché en partie par celle-ci. En
introduisant cette nouveauté, Jodorowsky et Camoin, ont rallié les
auteurs anglo saxons qui dans la suite d'Oswald Wirth, font toujours
figurer une porte au pied de la tour
Les couleurs
La vision globale des couleurs présente un aspect très chargé de
coloration. Les multiples teintes chamarrées dédramatisent le contexte
négatif de la décollation. Dans le même esprit, le graphisme dynamique
donne à la scène un air de fête, qui n'en est pas une. L'intégration de ces
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notions introduit une ambiguïté dans les significations traditionnellement
reconnues et rend l'interprétation encore plus complexe.
Le Tarot ne laisse rien au hasard. Les personnages et l’ensemble des
couleurs, sont des éléments chargés d’apporter la contradiction. Ceci pour
mieux souligner la double, voire triple perception que nous devons avoir de
l’arcane qui ne se suffit pas d’une analogie à la tour de Babel.
Le nombre
Dans le cartouche du haut figure le nombre seize (XVI). Le principe
abstrait lié à ce nombre, préside donc au message de l'arcane.
Par addition théosophique, il est permis d'associer à seize, le nombre 7
qui résulte de la combinaison 1 + 6. Rappelons que sept est une
détermination, l'affirmation d'un choix qui est celui des bâtisseurs de la tour.
Au fur et à mesure de l'édification, ceux-ci idéalisent leur ouvrage. Ainsi,
dans son élévation, la Maison-Dieu représente effectivement le travail
évolutif de la conscience sur la matière.
Mais la conduite du travail selon la modalité du carré (4x4=16 ) peut
être définie comme une matérialité consciente développée en quatre phases
et sur quatre plans, pour aboutir à une nouvelle quaternité érigée en divinité.
C'est le principe même de l'arcane, remis en cause par la déstabilisation des
quatre créneaux.
Le titre
Le titre de l'arcane clarifie le sens, il s'agit bien de la déification de
l'ouvrage. La Maison Dieu n'est pas la maison de Dieu. C'est une maison qui
est Dieu. Elle se présente comme un Dieu, elle a été élevée au rang de la
divinité, c'est une idole. Selon le désir de ses constructeurs, symboliquement
elle rejoint le ciel, comme la tour de Babel. Elle affirme la créativité et par
là même, la puissance orgueilleuse de l'homme promu égal de Dieu.
Parce que nous voulons laisser des traces de notre passage, nous
œuvrons sans cesse à édifier des réalisations sur tous les plans. Celles-ci ne
sont rien d'autre que des projections de nous-mêmes. La Maison-Dieu
préfigure ainsi la dimension de l'idéalité des hommes dont le ferment est un
désir d'immortalité nourrit d'orgueil. Pourtant nous n'avons pas le choix,
outre la survie, l'obligation de travailler donne du sens à la vie.
La compréhension de l’arcane recouvre deux réalités opposées.
Premièrement, la joie procurée par le labeur et son fruit, deuxièmement la
peine conséquence de la chute salutaire qui oblige à refaire et progresser.
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En résumé
L’arcane XVI, dite « la Maison Dieu » montre les rapports que
l’individu doit entretenir avec ses réalisations. En décrivant la nécessité et la
joie qu’il y a de construire une œuvre en laquelle nous croyons, la lame
marque le lien avec le sens de notre existence. Mais aussi l’arcane fait état
des conséquences inéluctables qui seraient d’une part le résultat d’une
identification démesurée avec la grandeur de l’œuvre et d’autre part, la
rupture d’une finalité temporelle à laquelle nos œuvres et nous-mêmes
sommes perpétuellement exposés.
L’homme poursuit l’illusion de l’éternité. Projetée dans le temps, il
confère à son ouvrage une intention de survie, alors que tout doit mourir. En
lui permettant d’espérer, la foi et l’ardeur qu’il met à sans cesse
recommencer, conditionne son évolution et devient facteur de progrès.
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L LA A K KA AB BB BA AL LE E
S SY YM MB BO OL LI IQ QU UE E
Cours niveau 1 :
LE TAROT
Réaliser en soi-même
Maurice GUICHARD
Mars 2007
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Imprimé par nos soins