Alors que l'Europe se débattait dans un Moyen Âge de

conflits et de blocages, le monde arabe était le théâtre
d'wle admirable civilisation fondée sur les échanges éco-
nomiques, intellectuels et spirituels. Dans toutes les dis-
ciplines - mathématiques, astronomie, médecine, archi-
tecture, musique et poésie -, les Arabes multiplièrent les
plus prodigieuses réaJisations.
Passant par l'Italie, la Sicile, l'Espagne et autres terri-
toires soumis à la domination ou à l'influence arabe, par
l'entremise des grands princes, comme Frédéric Il de
Hohenstaufen, ou par le canal de nombrelL'<

oyageurs
(négociants, pèlerins, croisés, étudiants), les réalisations
de cette prestigieuse civi lisation ont peu à peu gagné une
grande partie de l'Europe où elles jouèrent un rôle déter-
minant dans l'éclosion de la civilisation oooidentaie.
Sigrid lI unke brosse un tableau saisissant de cette ren-
contre entre l'Orient et l'Oœident. L:influence décisive de
la civilisation arabe - influence trop souvent passée sous
silence, sinon ouvertement contestée - est enfin mise en
pleine lumière.
Sigrid Hunke
Le Soleil d'Allah
brille
sur l'Occident
Espaces libres Albin Michel
Albin Michd
. :;p;mOMlil ... .

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AllAHS uau DEM A!ENOLANO

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Le sokil d'Allah bdlh sur l'Occù/rol
milléo:ure le flambeau de la civiü&'l tion. qu'ils aient donc
connu unt p6-iode de splendeur rois p!us longue que «lle
des Grecs, qu'ils "aient en vérité inOuencé l'Occident plus direc-
tement et plus diversement que ct':s dernier!, qui soucie?
On ne leur accorde \lnt certaine importance qu'cn fonction
de leur rôle vis-à-vU des C[ecs : ce sont eux qui ont« transmis )t
à l' Occident les tr60rs des Anciens. Cette simple phrase qui
prétend rendre homm.-age au service que les Arnlx:s ont rendu
à l' Occident ne réussit en fait qu'à les amoindrir en réèuis3.nt
l eur rôle à celui de simpl es intermédiaires IOut en passant sous
.ilcnce ('essentiel de leur œuVTC.
Car il ne s'agit pas seulement d'élargir notre horizon histo-
rique mais encore, en un temF-l où nous cherchons dans l'en-
nemi d'hier l'ami de demain, de fr:mchir les vieilles barrièrts
édifiées pat la religion, de faire preu,:e d'une plus grande tolé-
rance et, par-dessus les qUe<tior.5 de croyance, de porter notre
anenlion sur les ft te3 humai ns.
encore trop tôt pour rendre justice ! un peuple
auquel, par fanatisme religieux, nous avons refusé son droi t
à un jugement objectif et équitable, dont 1I0US avons
tiquement dénigré remarqu:tbles réal isations, dont nous
avons masqué et escamoté la contribution essentielle à notre
civilisation? La nature des rapports entre l'Occidcnt et le
monde arabe depuis la procl3mation de l' Islam jusqu' à nos
joun montre de façon exemplaire à quel point les se."uiments
ct les passions peuvent dicter la façon d'écrire l'histoi re. C'était
chose compréhensible en un temps oil toute influence héte.
rodoxe était considérée comme indésirable parce que dange-
reuse. ce point de vue, valable sans doute au Moyen
Age, ne devrait plus a.'Oir COIU'! aujourd' hui. Or il est certain
qu'une sorte de malaise d'origine rel igieuse, incorueient le plUJ
JOu"ent mais profondément enraciné en nous, lim.ite notre
horiwn et nOlU indispose à l'égard d'individus auxquels la
propag:lt1de a conféré l'aspect d'inœndiaires, d' idolâtres et de
sorciers. Tout récemment encore la controvcm acharnée sus--
citée pàr la simple question des origines du minnlJang '" a pu.
nous donner une idée de la répulsion que nous éprouvons
jours à admeltre l'e"ÎSlence d'un héritage a rabe et des
sions que cene répulsion peut encore déchainer au xx
e
s.i.ècle.
ReconnajssoDl du moins qu'une teUe controverse n'a été pos-
'" Le poème ClOUrtoU du Moym Age al1cnwxi (N. d. 7.).
/ ntrodur.tÎon 11
sible que parce que notrt horÏ:i:on commence lentement à s'élar-
gir, tandis que l'idée d' un jugcment équitable se fraye peu à
peu son chemi n!
Du d!:!tin du mond!: arabe, qui une fois déjà a changé la
race du mond!:, peut-êtr!: Ic nôtre va-t-il trh bientôt dépendre
étroitement. Ne serait-il pas telDps dès lors de nous inlerroger,
au-dell de ce qui nou! sépare, sur ce qui nous lie, sur ce que
nous avons de commun?
Cct ouvrage pariera des «Arabes lt et de la civili!ation
«arabe », non de la civilisation« islamique », car il est notoi re
que non 5cukm!:nt des chréticm, des juifs, da parsis et des
Sabéens ont contribué à cette civilisation mais qu' encore bon
nombre dd plus éclatantes ré.1.lisations de celle-ci se sont
cisément efft:etuées contre l'Islam orthodoxe. En effet, bon
nombre des etui comLÎtuent Je génie spécifique de cet
univers spirituel existaient déjà dans le caractère de l'Arabe
des temps préislamiques.
Le présent ouvragc parlera de l' «Arabe '1) et de la civili-
sation « arabe» en dépit de ce que les créateurs de cette der-
nière n'aient pas tous été citoyens de cette nation qu'Hérodote
désignait déj à sous le nom d' «Arabioi », mais également
Pe1'SC!, Indiens, S)'riens, Égyptiens, Berbères et Wisigoths.
Car tom les peuples auxquels les Arabes avaient imposé leur
dominalion étaient unis tant par une langue et une religion
CQtrununes, la langue et la religion arabes, que par la même
profonde empreinte dont le vigoureux   arabe les avait
marqués, d'où leur unité culturelle d'une splendide harmonie.
Cct ouvrage parlera donc de la civilisation a rabe comme
on parle de la civilisation améri caine Il ne qual ifiera pM plu,
de« Pene lt un Ar-Rasi ou un Ibn Sina (tous deux issus de
familles perses établies depuis des génératioru en pays arabe)
qu'on ne songerait à qualifier d' «Allemand)l l'ex-président
des t tats-Unis Dwight D. Eisenhower.
Cet ouvrage a pour but de s' acquitter (nven le monde
arabe d'un!: trb ancienne dettc de r«onnaissanee. Et si, pour
ce fair e, il traite d'un grand nombre d'influences di rectes ou
indirectes de la civilisation arabe - quoique ne pouvant bri-
demment les citer toutes - cela ne signifie pa.s pour autant
que nous 1ui devions tout! Et cela ne lignifie pas non plus que
nous songions à nég;igcr ou à minimiser l'importance considé-
rable dd influences grecque et romaine, chinoise, indienne ou
12
U .mleil /nifif sur l'Oa:idml
juive. Pas plus d'ailleurs que noU! ne songeons à nier
tion propre et la vigueur du génie des peuples germaniques
et romains qui surellt puîxr dans les apports étrangers de quoi
se réaliser Dcaucoup de mains tissent le grnnd
tapis. de la cÎ,·ilisatÎon. Chacune d'elles contribue au travail
commun et a droit de ce fai t à notre gratitude.
LIVRE PREMIER
L'ASSAISONNEMENT DU QUOTIDIEN
SIC.! man "lm up/mlt t,Ill, C(I1t!_,
jnuffil, muscaJ fa, gn"oùun WIll, jf JIMUIf
dwrh dn! Luit _wr.

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,'OLFMlI VOi'f [ 5CHL"""OI,
PanÎ:lal.
Dea noma artlb68 pour des dons arabe",
Permetltt-moi de vous inviter à prendre quelque cho.se dans
cc tafé, cht re madame! Enlevez donc votreiaqudk et prenez
piace lur le sofa au maulas garni d'une étoffe ca,min. Le ((ifdirr
.'empressera de vous servir une tasse de çal1 avec deux pcti tJ
morceaux de silcre, 1 moins que vous ne préfériez une ,araft
de limo1UUft glac6e, ou un peu d'alcool.' Non? Mai3
vous accepterez certainement une tarte aux abricots ct aux
banJJ1I.ts!
Mais bien sùr, cher ami, VOWl êta aujourd'hui mon in ...  
Puis-je vous offrir pour commencer un $orbd à l'orangll J e
crois que des attidlauts ferai ent une entr6e fort agréable. Et
que penseriez-vous d'un chapon accompagné de rk et de bar-
quettC1 aux lpi1llJrdJ? Pour le dessert je ne saurais trop vous
recommander ce glttau à la œ d'craeK. Et pour dore le
repas : un mMa .. . Mais, je voU! en prie, installez_vow sur le

Pourquoi, certc;" ne vous sent iriez-voU! pas parfaitement 0\
l'aÎ.5c, alors que tout cc qui vous entoure conune tout ce que
je vous offre sc trouve sur la liste des articles depuis longtemps
inventori6 qui font partie de notre existence, et cela bien
que nous les ayons à un monde Hrangtt à savoir
le monde arabe? Le 'tif; qui

Related Interests

ous !crt quotidiennement de
stimulant, la tcm dans laquelle vous VtT'3eZ ce noir breuvage.
14
11 soleil d'Allnh bn'lle sttT l'Occident
le SUQI sans vous ne sauriez aujourd'hui imaginer un
menu, la lilM11tuk et la. taraft, lajaquelU et le fflQtlfos. c'est ault
Arabes que nous devons de les connaître. Et cc n est pas tout 1
Dans la presque totalité du monde civilisé ces articles portent
encore leur nom arabe! De même pour candi, hrrcamou, ortmgt.
qwlslhl, etc.
Rien d'étonnant, me dircz· .. 'Ous sans doute. à ce que certains
fruiu originaires des pa)'ll chauds (tout comme certains ali·
ment! ou boissons) nous viennent de l' Orient; et poul quoi,
dans ce cas, ne <:onserveraÎent-ils pas leur appellation d'origine?
Et lonque vous avouc;I: que, maté par la fatigue, " ous vous
étendez rur le sofa, le dil)atl, l'ottomane ou dans l'ah6o!, vous
m'assurez que n'importe quel enfant sau",i t reconnaitre l'ori-
gine étrangère de termes aussi extnwagants. Mais savez-vous
que sans le vouloir, ###BOT_TEXT###quot;Ous avez employé un autre mot arabe,
un   dujeu d'klrtcs (jeu que les Arabes nous ontappru,
l'émissaire d'Haroun al-Rachid l'ayant. dit-on, intnxh"it lia
cour de Charlemagne) , qu'/ûlt, vient de shah (le roi) et que
le mot mati que vous avez: employé vient de mal qui signifie
tout simplement:« Il est mort»? AJors, vous voyez : échec
et matI
Saviez-vous en outre que les sacs de montfJuin que vous voya
dm; ce magasin portent encore l 'cst..'lmpille des Arabes?
Quant aux étoffes expostts dans cette vi trine, en dehors des
tolc1lnadu des mDIUItlillu. du mohair souple et duvetewr, "ous
pouvez votre choix entre le satin élégant, le I4ffitas
tingllé. la moÎrt: chatoyante et le dmnas somptlleux (de la VlUe
de Damas), qui étalent à vos yeux toute une gamme de nuances
dèpuis Je jaune safran jusqu' au lilas en passant par l'orang, et
le cttJIMÎsi, Autant de dél icates invites ll nous souvenir de
ceux auxquel s nous devons des étoffcs aussi utiles que pt&.
cicu5Ct sous !cura coloris éclatanu, c'est-à-dire aux Arabes.
que lorsque vous entrez: dMS une pharmacie ou
une droguerie, VOUI y trouvez quantité d' 4C in

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enUons
Un simple CO\lp d'œil aUX caisses et aux flacons du tfTtJguutt
suffira à voU! en convaincre : vous y verrez de la mwwJe, du
almin, de l'utragon, du sqfTan, du ,ampllre, de la helLt ine, de
l'aktdi de la sowk du bltrlJX, de la uu:cMrùu, de l'ambre et bicn
grogrgs dont vous usez quotidiennenH:nt, Savez-
vous que ·nous désignons encore sow son nom arabe de laqw
Je vernÏJ dont nous couvrons nos ongles, que l'aniline, la g4(.t,
le ttd, et sont autant de nOm5 arabes?
L assais01t11n1Jel l l du quutidim
15
Vous ne sauriez donc nier phu longtemps que le grand
nombre de nonu arabes qui émaillent notre langue désignent
dd articles d'usage courant dom la Arabes nous ont révélé
aient apporté l notre vie quoti-
dienne, Jadis inSIpide, vOire un peu sordide, maints
menu délicats qui l'ont littéralement assaiJonnée, embellie par
la,couleur et le ni que celle-ci leur doive d'ttre plw
laine et plus hyglémque en m!me 'eIDp$ que plus riche de
confort et d'élégance .• ,
Un Occident. indigent.
A l'omhre du commerce mondial,
Nous sonunes en l'an de grâce 973, Longeant la c6te occi-
dentale de la France une gnlhc double le cap Gris-Nez et fait
route vers le nord-«:st. Comme déjà à Bordeaux et à Rouen, elle
va décharger à Utrecht ct à Slesvig Ill. pticieuse cargaison faite
avant tout d'huile d'Andalousie, maîs aussi d'al un castillan
pour le tannage, de figues et de vin de Malaga, de poivre et
de câblCl. Ceote galère transporte également, à la de l'am.-
bam.de du caljfe AJ-Hakam II de Cordoue, Sidi Ibrahim ben
Achmed at-Tartoucru,
Cette Ambassade doit en effet rejoindre en Saxe la COùr de
4( Hauto:., l'i llustre empereur romai n d'Occident. Car, ren-
trant de Rome où il a assisté au mariage de son fib avec
Tbeophano, fille de feu l'empereur grec Romain JI, en même
temps qu'aux épuisantes cérémonies de leur couronnement
l'empereur du Saint-Empire romain Otton lU Ic Grand vient
d'arriver à Quedlinburg dans le Harz. Le vainqueur' de la
Lech, rénovateur dc l 'empire d'Occident, est au 2énith de sa.
puissance et de sa gloire. Des émissaires du Danemark, de la
Pologne, Slaves, de la BoMme, des de la Grèce,
de la Bulgane, de la Hongrie et de l' I talie!e pressent dans le
château impérial dc Quedlinburg pour rendre hommage au
plu! grand sou

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erain de l'Occident.
Au début d'avril, l'empereur sa cour à Merseburg,
Et c' est là que, partie et conduite par Ibrahim
ben Achrncd at-Tartouchi, la déMgation du 4( SouverAin des
Croyants vient honorer le premier prince de la chrétienté.
L'empereur Ouon 1
er
réserve un aimable ac:cueil à &eS hôtes
arabes et accepte leun; présenu, les phu précieux qu'il ai t
16
Le 50kit d'Allah brilk .lur l'Occûhnl
jamais teçw. Cette dttption de la arabe sera l'un
de. derniers actes officicb accomplis par l' empereur. Quelques
joun après que l'ambassade, comblée à son tour de cadeaux
princicn, eut prÎ!l congé de lui, le grand souverain fel'nlcra les
yeux à Memleben.
Les diplomates maures regagnent leur patrie par voie de
terre. Ce voyage de retour mhte At-Tartouc.hi, par Soest,
Paderborn et FuJda, jusqu'à Mayence. Et là, quelque chose
l i ent lui rappeler son pnys natal. Dan!
cette 4( ville de Franconie, située au bord d' un fleuve qu'on
appelle le Rio », un marchand lui met deux dirhams arabes
d3.nll la main. il en examine les cu!lques,
lit Je nom de celui qui a battu la monnaie et sa date de frappe :
gOI et 302 apra   Aucun doute possible, il tient là
dans le Cf'eUJ: de sa main des pièces d'or de Samarcande fi'applcs
une soixantaine plw tOt!« Ces pikel doÎ\.'ent venir du
Samanide Nassr ibn Achmcd déclare-toi!. MaU là ne l'arrtte
pu sa surprise.
.: Il est étrange égakment de décou"Tir à Mayence, au fin
fond de l'Occident, des condiment:! qu'on ne trouve qu' au
tréfonds de l'Orient, à savoir du poivre, du gingembre, da
clous de girofle, d6 racines de COMUS et de galllnga, ...
SaIII doute JOn ftonnement e{lt-il été porté à I50n comble
l'il avait pu ,,-oir le relevé des denrées que le frère cellérier du
monastère de Corbie dans la Somme - donc presque au bout
du monde! - avait coutume d'acheter pour sa euisine dans
la ville épiscopale de Cambrai, distante de lIOixantc--dix kilo-
mètres. Sur cette wte, voici en effet ce qu'il aurait lu :
600 ti"Tes de cire,
1!20 livres de poivre,
n o livres de cumin,
70 livres de gingembre,
10 livn:s de clOu.!. de girofle,
1,5 livres de eanndle,
10 livres d'enceru,
10 livres de IlUtix,
3 li"Tes de mYrThe,
la livres de costus,
J O livres de galanga.
10 livres de rha ponticum,
JO livres de percrum,
10 livn:s de Ceuilles de sauge
10 livres de champignom,
10 livres de pomicar,
10 livres de styrax calamita,
5 li vn:s de cotzurnber,
3 livn:s d'opperment ,
3 livra de sang-dragon.
3 livres d'indium,
. livres de thymiama.
L'assaisOllnemmt du quotidien
17
J usques et y compru la sauge, les condiment:! comme les
plantes médicinales et aromatiques que l'on emmagasinait en
telles quantitb dans les caves du monasthe devaient pour la
plupar t effectuer un long "'oyage, <{ depui1l le tréfonds de
l'Orient j usqu'au fin fond de denrées dont l' uti-
quotidienne représentai t déjà une nécessité si impé-
neusc que non seulement le clergé des innombrables églises
était désempare: quand ces produits d'Arabie venaient à lui
manquer, mais qu'encon: les moines eux-mêmes n'auraient:ru
s'en piJSSCr à table.
li leur a bien fall u pourtant renoncer pour longtemps à de!
bienfaits si appréciés de l ' Orient !
La liste de Corbie date, en effet, du temps des Mérovingiens.
Elle fut pro de trois cents ans avant le voyage de
Tartouchi. Et durant ces trois ecnts ans beaucoup d'cau a
.ooulé dans les lits du Rhin et de la Somme. Et notre monde
a pendant ce laps de temps de grandes transformations,
plus grandes peut-être qu'au cours de tous les sil:cles prété--
dents. b'l'8nd.C3 en fait que n'en a susci té la migration des
Germailli desœndus du Nord pour envahir l' lmptrium &ma-
num, plus grandes que celles provoquées par la chute du tout-
puissant Sai nt-Empire romain fondé sur l'unité médi, erra-
nttnnc.
A moins que les invasions des Germains n'aient au oontraire
r6ellement provoqué des trarufonnations délenninantcs? Que
les peuples du Nord n' aient renvr.m J'ordre ancien, brisé
l'unitë de l'ancienne civilisation? Non, puisque s'incorporant
dans l' état de choses existant ils en avaient été les conti nua-
teurs. L' unité religieuse avai t.elle été ébranlée par la chute
du vi eil lmprrium et la nouvelle puissance dirigeante de l'Em_
pire d'Orient ? L' unité êconomique méditerranéenne avait-elle
été entamée?
Bien au contrai re. Le commerce d'Orient, qui jadis, passant
par débouchait dans la métropole romaine et le port
de 1-faneille. Cl t alors plus lIorissam que jamais et s'étend beau-
coup plus loin qu'autrefois : au-delà des Alp!!s et à travers la
Gaul e il atteint Cambrai et le cœur de la Germanie. Sans
doute n'est-ce plus Rome qui donne le ton, mais Byzance. Sans
doute l'ancien monde est-il intérieurement las et pourri. !-.-lais
extérieurement il est demeurf intact .
Son unité ne sera brisée que lonque, surgie de l' Arabie du
Sud, l'invasion arabe, stimulée et di5ciplinéc par' Je
18
Le soleil d. i tLlah brilh sur l'Occident
Mahomet, 1000geant les côtes de la Méditerranée j usqu'à l'At.-
l antique, occupent fermement l'est, le sud ct l'ouest du bassin
méditerranéen, faisant éclater du même coup l'ancièii bloc
de civilisation.
Les en seront incalculables. La victoire de
l'Islam boulcvcrKra l'existence d'un monde tourné depuis un
millénaire et plus vers l'Orient. Face à l'agres.ion islamique,
l' Occident abaisse un rideau de fcr kquel il , 'en-
fermera hermétiquement pour plusieurs Le nouvel
empi re mondial arabe se drme pour la première fois en tant
qu' « Orient face à l' t< Occident ». contraignant celui-ci à
,'isoler
l
-.
« Que nul ne s'aventure en Syrie ni en tgyptc! » Telle est
la $êvère comigne édictée par Rome et Constantinople. La
propagande acœmplit son a:uvre de $Cinion. Que des
tiens puissent saIU incident continuer d'aller en au
Saint·$épulcn. que le calife Haroun al·Rachid vienne prt!:ci-
i«!rnent de remettre à l'empereur Charlem.1gne par l'intermé-
diain: du Patriarche de J érusalem (lequel continue de rempli r
librement J,es fonctions) les clefs de la Ville sainte et lui ait
tra.rW"éré la protection des Lieux saints, voilà qui n'empêche
pa! d'accuseT au même instant les « InfidHes)) de profaner
cette même Jérusalcm, cela afin d'effrayer les boilll chrétiens
et de leur enlever toute velléité de voynge, Cependant que, y
comprÎB l'Inde et la Chine, l'immcrue Orient restant ouvert
aux marchands arabes, ceux-ci n'éprou

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