L LA A F FO ON ND DA AT TI IO ON N H HÉ ÉR RI IT TA AG GE E P PO OU UR R H HA AÏ ÏT TI I ( (L LF FH HH H

) )
LE CENTRE POUR L’ETHIQUE ET L’INTÉGRITÉ PUBLIQUE ET PRIVÉE
Section haïtienne de TRANSPARENCY INTERNATIONAL






ETAT DES LIEUX DE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN HAÏTI
ET DE LA MISE EN APPLICATION
DE LA CONVENTION DES NATIONS UNIES CONTRE LA CORRUPTION (CNUCC)
2010-2011
















Cette étude a été réalisée pour LFHH par les Consultants
Yves-François Pierre, Jean-François Tardieu, Lionel Laviolette, Frantz Piard & Frantz Moïse Pierre.
Elle a été subventionnée par
L'Agence des Etats-Unis pour le Développement International.

Les idées / opinions exprimées dans ce Rapport de Synthèse ne sont pas nécessairement celles de l‘USAID.
_____________________________________________________

i
T Ta ab bl le e d de es s m ma at ti iè èr re es s


Avant-propos
INTRODUCTION
Bref rappel de la situation socio politique et économique du pays
1
ÈRE
PARTIE - LA CORRUPTION EN HAÏTI
Etat des lieux de la corruption
Mise en œuvre de la Convention des Nations Unies Contre la Corruption
L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC)
Contrôle de la corruption
2
ÈME
PARTIE LA STRUCTURE INSTITUTIONNELLE DU SYSTÈME NATIONAL
D’INTÉGRITÉ
L’Administration Publique
Le Pouvoir Exécutif
Le Pouvoir Législatif
Les Partis Politiques
Le Conseil Électoral Provisoire
Le Pouvoir judiciaire
Les Agences de Lutte contre la Corruption
Les médias
La société civile
Les acteurs internationaux
Support social à l’implantation du règne de la loi en Haïti : un exit ?
CONCLUSION
Bibliographie
Annexe – Le Système National d’Intégrité (SNI)

ii
1
3
5
5
17
23
25

32
32
36
39
41
41
42
45
46
48
50
52
54
iv
vi





_____________________________________________________

ii
AVANT-PROPOS

En Haïti, les premières manifestations de la corruption remontent au lendemain même de notre
Indépendance. Elles prirent dès le départ des proportions franchement effarantes. Cette corruption a eu la vie
dure et a traversé, avec une impitoyable constance – voire une redoutable efficacité -- toutes les vicissitudes de
notre histoire nationale, et les hommes, les femmes et les enfants haïtiens ont payé – souvent avec leurs vies --
paient et paieront encore, si nous ne prenons les mesures nécessaires, le coût de toute cette corruption.

Pendant longtemps, la corruption, singulièrement celle qui franchit les frontières nationales, n'avait guère
retenu l'attention des gouvernements et la plupart des organisations internationales ne s'en préoccupaient pas
trop. Toutefois, il y a depuis quelques années l’émergence d’une prise de conscience mondiale du monstrueux
préjudice causé par la corruption aux peuples des pays pauvres. Nous savons maintenant que la corruption est un
des problèmes majeurs de notre temps; qu’elle érode les principes qui régissent un Etat de droit, mine le respect
des droits fondamentaux, sape la légitimité des gouvernements ainsi que l’efficacité et la crédibilité des institutions
étatiques, rend la justice inopérante et/ou servile et crée un climat d’insécurité et d’instabilité. Cette prise de
conscience -- à laquelle Transparency International (TI) a contribué de manière décisive par son travail de
sensibilisation, d’éducation, et de plaidoyer -- a suscité et suscite de par le monde des exigences de gouvernance
éthique, transparente, et imputable.

En décembre 2000, dans sa résolution 55/61, l'assemblée générale des Nations Unies avait créé un comité
spécial ouvert à tous les États, chargé d'élaborer un instrument juridique international efficace contre la
corruption. Cette initiative, à laquelle avait contribué TI de manière soutenue, a donné lieu à la Convention des
Nations Unies contre la Corruption (CNUCC). Présentée et signée par 94 Etats membres des Nations Unies –
parmi lesquels Haïti – en Décembre 2003 lors de la conférence de signature tenue à Mérida, Mexique, cette
convention fait suite aux conventions régionales (i.e. les conventions des états africains et américains contre la
corruption). La CNUCC est une autre étape importante dans l’effort international pour combattre la corruption.
Elle a été ratifiée par Haïti le 17 mai 2007.

La Fondation Héritage pour Haïti (LFHH) – Le Centre pour l’Ethique et l’Intégrité Publique et
Privée, la section haïtienne de Transparency International avait accueilli avec optimisme la ratification de cette
convention. Vu la dimension globale de la corruption dans une économie mondialisée, il y a un besoin
irréfutable d’appliquer la CNUCC particulièrement dans les pays comme Haïti où la corruption semble être
systémique et endémique et où les mécanismes de prévention et de répression sont inadéquats.

Sept ans après la réalisation et la publication de son étude, "Etat des lieux de la corruption en Haïti:
2003", et 3 ans après la ratification de la CNUCC par Haïti (mai 2007), LFHH a lancé en septembre 2010 un
projet de recherche, qu'elle estimait indispensable, pour évaluer les progrès d'Haïti en matière de lutte contre la
corruption et d'application de la CNUCC.

Dans le contexte post-désastre d'Haïti en 2010 où l'influx massif de fonds et de matériels pour
l'assistance et la reconstruction multiplie de manière exponentielle les opportunités et les risques de corruption,
la lutte contre la corruption et l'application effective du plus important dispositif anti-corruption dont dispose
Haïti, la CNUCC, s'avèrent primordiales pour enrayer ce fléau.
_____________________________________________________

iii
La Fondation Héritage pour Haïti refuse tout défaitisme en ce qui concerne la corruption en Haïti. Le
score déplorable d’Haïti (1.8 sur 10) sur l’Indice des Perceptions de la Corruption (IPC) 2011 de Transparency
International et l’impact de cette corruption sur la vie de chaque Haïtien nous interpellent -- et devraient
interpeller tous nos dirigeants – à agir. Des progrès importants pour contenir la corruption dans d’autres pays
nous inspirent et nous donnent à croire qu’avec du courage, de la volonté et une stratégie intelligente axée sur
l’engagement de tous les secteurs de la société, nous pouvons, ensemble guérir notre pays de cette gangrène. Si
c´était possible dans ces pays, pourquoi pas en Haïti?

Nous remercions sincèrement la mission de l’Agence des Etats-Unis pour le Développement
International (USAID) en Haïti pour le précieux support financier qu’elle fournit depuis 9 années à LFHH sans
lequel la Fondation n’aurait pu lancer son «Initiative Transparence pour Haïti » et sans lequel cette étude
n'aurait pu être réalisée. Nous remercions également le Secrétariat de TI à Berlin qui accompagne les efforts
de LFHH, depuis 1999, avec un appui technique soutenu et averti. Nous vous sommes profondément
reconnaissants

Nous sommes fermement convaincus que chaque étape franchit, chaque nouvel outil ajoutent des pierres
à la construction d’une Haïti libre de corruption et d’un État axé sur l’éthique, l’intégrité, la probité et la
responsabilité qu’exige de plus en plus le peuple haïtien.

Marilyn B. Allien
Présidente
La Fondation Héritage pour Haïti (LFHH) – Le Centre pour l’Ethique et l’Intégrité Publique et Privée
Section haïtienne de Transparency International (TI)

Pétion-Ville, Haïti
Mars 2012














_____________________________________________________
Page 1
INTRODUCTION

ORIENTATION GENERALE
Dans un livret intitulé « La corruption dans tous ses états /Koripsyon lanvè kon landwat»
publié en 2005 et 2008 par La Fondation Héritage pour Haïti (LFHH), section haïtienne de
Transparency International, il est proposé la définition suivante de la corruption ainsi qu’une analyse
de cette définition, à la page 5:
« La corruption est l’abus de pouvoir reçu en délégation à des fins privées».
Il y est également noté que cet abus du pouvoir peut émaner du secteur privé comme du secteur
public. Et que les fins privées font référence non nécessairement à la personne abusant du pouvoir mais
aussi à ses parents et amis. Ce livret explique aussi que la corruption ne se retrouve pas exclusivement
dans le service public, mais aussi dans le secteur privé et dans la société civile.
Puisque la notion de corruption recoupe celle de l’Etat, de la société civile et du secteur privé, il
y a lieu de préciser le sens de ces termes tout comme leur interaction en vue de mieux cerner le
phénomène de corruption et les tentatives d’effort de mise en place d’un Système National d’Intégrité
1

pour peu que ce phénomène prenne place dans un contexte social, politique et économique spécifique.
D’où la nécessité pour ces notes de présenter l’évolution de l’état général du pays et l’évolution de la
corruption au cours des vingt dernières années.
Ces années sont choisies parce qu’elles marquent les tentatives de construction et
d’implantation d’un Etat démocratique en Haïti, suite à la chute de la dictature qui a sévi dans le pays
pendant environ trente ans (1957-2006). Et que la corruption s’y est insinuée pour en saper les bases,
bien malheureusement. Elle a été et est en Haïti, pour répéter LFHH, un ‘fléau aux conséquences
graves pour le développement économique, le respect des droits fondamentaux, la qualité de vie, la
suprématie du droit, la crédibilité et la stabilité des institutions ainsi que la viabilité de la démocratie.’
Sans oublier qu’elle fait obstacle aussi à l’implantation d’une gouvernance démocratique.
Etat, Société Civile et Société : triptyque de départ
La coupure Etat/Société Civile est devenue prédominante dans cette phase de construction
démocratique que le pays traverse depuis plus d’une vingtaine d’années. Elle a apparemment fait son
entrée dans l’analyse de diverses situations du pays au cours de cette transition démocratique,
notamment dans le domaine des droits humains et de la violence organisée
2
, des droits de la femme
3
,
de la réforme du système de sécurité national, de la lutte anti-corruption, etc. Cependant, ces notions
sont fort souvent utilisées sans qu’on en précise la définition et elles manquent donc de références

1
Voir en annexe une description du Système National d’Intégrité
2
Voir, par exemple, les rapports produits par IFES sur la violence organisée. Plus spécifiquement, Léon St Louis. 2004, Etude sur l’Etat
des Droits Humains en Haïti. Du 1
er
Janvier 2003 au 28 Septembre 2004, Port-au-Prince. ; IFES. Annibal Coffy. 2005. ‘Garanties
Judiciaires : les victimes face au dysfonctionnement des recours juridiques nationaux’, p 27-41 dans « La violence organisée et ses
conséquences auprès des victimes et auprès de la communauté », Port-au-Prince, Haïti, IFES/VOV, Programme d’assistance aux
victimes de Violence Organisée, USAID/Haïti, Table Ronde de projet. Dans la même ‘collection’, Cécile Marotte. 2005, Victimisation
et Citoyenneté’ p 153-166.
3
Myriam Merlet. 2006, « Assurer la sécurité pour tous et toutes :Genre et réforme du secteur de la sécurité en Haïti », Miméo.
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Page 2
empiriques spécifiques, lors même que pareille démarche aurait contribué sans nul doute à en extraire
des recommandations pour le domaine des politiques publiques. Aussi ce document propose-t-il
certains éclaircissements de ce triptyque en vue de mieux cerner le phénomène de corruption et le
placer dans son contexte.
La conception que cette étude emprunte voit dans l’Etat et la Société Civile, deux forces
sociales, qui font partie intégrante de la Société, tout en agissant l’une sur l’autre. La Société serait
cette large structure à laquelle les gens d’un terroir particulier s’identifient. Tandis que la Société
Civile ferait référence à l’ensemble des individus, groupes et organisations qui s’affirment pour
permettre aux citoyens de jouir de leurs droits civiques et politiques, et ce, en dépit des « interdits » du
politique. Elle ne souffre donc pas de mutisme au risque de se voir submerger, et même effacer, par
ce dernier. De ce fait, les groupes qui sont indifférents à la « chose publique » n’en font pas de facto
partie intégrante. Mais cependant se situent en satellite de tous mouvements sociopolitiques qui, dans
leur élan historique, peuvent partir à son recours en la galvanisant pour la cause commune alors
définie.
Ces satellites font donc des incursions dans la Société Civile, par intermittence, et peuvent donc
en agrandir l’arène et changer de statut en grimpant les échelons de lutte qui y mènent. Mais tout ceci
dans un cadre juridique défini par l’Etat qui en profite pour exercer son contrôle sur les deux, sous
peine de se voir à son tour usurper, ne serait-ce que momentanément, les rênes du pouvoir parce que la
Société Civile arrive à lui imposer des limites en veillant sur la formulation ou l’implantation de telles
ou telles politiques publiques, soit pour les appuyer, leur faire obstacle, ou les rejeter tout simplement.
L’Etat et la Société Civile auraient donc, chacun, sa propre autonomie politique à sauvegarder (la
capacité de prendre des décisions) et sa propre capacité politique à exercer (la capacité d’implanter ses
propres desiderata). Les frontières sociopolitiques de l’Etat ne sont donc pas moins immuables.
Mais les deux ont des « composantes » (des appareils et agents) qui se rencontrent dans divers
champs de conciliations ou de luttes, et ce, à divers niveaux du réel administratif, local, régional et
national. C’est dire que les pratiques corrompues des agents de l’Etat lui font perdre de son hégémonie
(son pouvoir de domination) en tant que force sociale et de son efficacité, comme l’a noté LFHH. Et, à
l’opposé, leurs pratiques saines les renforcent. Ainsi, toute conception unitaire et globalisante de l’un
et de l’autre risque de camoufler ce jeu social qui engage leurs respectives composantes. Les initiatives
politiques peuvent émaner de l’engagement ou du désengagement de l’Etat ou de la Société Civile.
C’est dire qu’il est important que la Société Civile lance son plaidoyer non seulement envers l’Etat
mais aussi envers la Société dans son ensemble.
Cette conception triptyque fait donc voir que l’instauration d’un climat d’intégrité dans
l’administration publique avec des lois, des règles, des codes de conduite, etc... ne suffit pas dans la
lutte contre la corruption, s’il n’y a pas de support social. Cette lutte doit engager de concert l’Etat, la
Société Civile et la Société, et ce, à divers paliers de la réalité empirique de la corruption. Ainsi
l’interaction entre l’Etat et la Société Civile permet de localiser divers niveaux de manifestation de la
corruption. Les lois, les règles, les codes de conduite
4
au sein de l’administration publique ne suffiront
pas à endiguer la corruption. Il y a, dans cette optique, lieu de chercher dans quelle mesure il existe
une demande sociale pour l’implantation du règne de la loi contre la corruption. Et, si oui, comment

4
Voir page 22, du livret de LFHH, « La corruption dans tous ses états ».
_____________________________________________________
Page 3
elle se manifeste dans les faits et comment elle est ou peut être saisie et transformée par les paliers du
pouvoir législatif en normes légales.
Etant donné que toute politique visant à endiguer la corruption doit être soutenue par une
politique fiscale qui renforce l’Etat dans sa capacité d’agir, il convient de dresser un tableau de
l’évolution de la situation financière et économique du pays.
BREF RAPPEL DE LA SITUATION SOCIO POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE DU PAYS
Nous commençons par dresser un tableau de la situation politique du pays. Bien qu’en
« dernière instance » l’économique reste déterminant, le politique a tout aussi bien un impact sur
l’économique. Disons d’entrée de jeu que de 1986 à nos jours, le pays a connu des moments politiques
marqués tantôt par des « bamboches démocratiques » tantôt par des « corrections démocratiques »
(Jadotte , 2005.)
5
pratiquées par une armée qui, avant sa dissolution en 1995, a bouleversé « tout
l’appareil d’Etat faute de pouvoir s’emparer de tout le pouvoir d’Etat
6
». Ainsi, le pays allait connaître
plus de 10 chefs d’Etat de 1986 à 1995 avec un rythme qui n’avait pas permis à aucun d’entre eux
d’entreprendre de sérieuses réformes
7
. L’économie en a donc souffert tout comme les tentatives de
contrôle de la corruption.
Du point de vue économique, la situation du pays s’est dégradée suite à l’embargo que lui a
imposé la communauté internationale après le coup d’état de Septembre 1991 contre Aristide. En
effet, alors que le PIB se chiffrait à 1.9% en 1991, en 1992-1993 il se trouvait à -5.4% et à -11.4% en
1994. Avec le retour d’Aristide, il y a eu des jets dans l’économie qui expliquent que le PIB ait
remonté à 9.9% en 1995 pour retomber en 2001 à 0.9% et à -3.8% en 2004
8
, après sa seconde chute.
Ce n’est qu’à partir de cette date qu’il y a eu une amélioration dans l’économie accusée par un taux de
2.3% en 2006 et de 3.2% en 2007
9
.
Ces taux de croissance proviennent d’une économie où l’agriculture quoique prédominante
contribue seulement dans l’ordre de 20% au PIB. Le secteur d’industrie d’assemblage employait
100,000 personnes en 1980 et seulement 17,000 en 1990. Alors que la République Dominicaine
emploie 182,000 personnes dans cette industrie.
L’accès au service demeure très précaire pour la majorité de la population. Des données de
sondage national ont montré que seul un petit groupe de gens environ 28% ont accès aux soins de
santé. La mortalité infantile qui est de 118 pour mille demeure le plus important taux de la Caraïbe et
de l’Amérique Latine
10
. Ainsi, en 2003, parmi les pays de la Caraïbe et de l’Amérique Latine, Haïti
occupait la dernière place en développement humain (LAPOP/GRESS : page 5)
11
; en 2009, elle en est
encore au même point (Orces 2009: 3)
12
.

5
Voir Hérard Jadotte . 2005 Le Carnaval de la Révolution. De Duvalier à Aristide. Port-au-Prince, Haïti. Éditions Fardin.
6
Claude Moïse. 1994. La Croix et la Bannière. La difficile normalisation démocratique en Haïti. Montréal, Canada : CIDIHCA.
7
PNUD. 2000. Haïti. Bilan Commun de Pays. Port-au-Prince, Haïti.
8
Sources: Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique et CEPAL.
9
See Caribbean Development Bank. 2009. Framework Paper for Country Strategy (2010-2012): Haiti. (forthcoming).
10
Voir Caribbean Bank Report, op. cit.
11
Latin American Public Opinion Project (LAPOP)/Groupe de Recherche en Sciences Sociales (GRESS). 2006. Culture Politique de la
Démocratie en Haïti : 2006. Nasville, Tennessee : Vanderbilt University.
12
Diana Orces. 2009. Corruption Victimization by Public Employees. LAPOP, ‘Insights’ Series. www.AmericasBarometer.org.
_____________________________________________________
Page 4
1
ÈRE
PARTIE - LA CORRUPTION EN HAÏTI

ETAT DES LIEUX DE LA CORRUPTION
Contextualisation
Haïti est historiquement un pays qui a toujours été frappé par la corruption. Certains auteurs
13

font remonter sa genèse à la création même de l’Etat national en 1804. Cependant depuis la chute du
régime trentenaire des Duvalier en 1986, les développements du phénomène de la corruption suscitent
beaucoup d’inquiétudes et interpellent les consciences citoyennes. La contrebande et la fraude
douanière «coûtent au trésor public haïtien plus de 200 millions de dollars américains l’an, ce qui
représente plus d’un quart du budget de la République en 2005-2006 »
14
. Et au niveau du contrôle de la
corruption, Haïti, en 2004, a battu le record de faiblesse par rapport aux autres pays de la Caraïbe.
Evaluée en termes de pourcentage, la « politique de contrôle » a accusé un taux de 1.0 %, alors que
pour la même année la République Dominicaine a affiché un taux de 41.4% et celui de la Jamaïque de
38.4%
15
. Cette situation objective de non contrôle du phénomène fait classer Haïti, au vu de l’Indice
des perceptions de la corruption (IPC) de Transparency International, publiée en 2011, en neuvième
position parmi les pays les plus corrompus de la planète
16
.
Dans le cas haïtien, la systématisation des pratiques corruptives renvoie certes à questionner
les faiblesses et les limites des différents piliers du «Système National d’Intégrité »
17
du pays.
Cependant sont aussi questionnables les insuffisances d’une gouvernance inappropriée aux nouveaux
défis générés par la corruption, on peut même dire de non gouvernance, pour lutter efficacement contre
elle et le mode de gestion des responsables de la politique publique des mécanismes juridiques formels
et institutionnels de lutte contre ce fléau qui obstrue les avenues du développement économique et
social de la nation et de la construction démocratique.
En effet, pendant ces vingt-cinq dernières années les cas de corruption ont pris une posture
systémique au point de susciter l’attention du monde international et de provoquer, au niveau national,
la recherche de nouvelles voies institutionnelles et légales en mesure de combattre la corruption dans
ses multiples manifestations et dans ses différents aspects (petite et grande corruption). A ce titre, du
côté de l’Etat ont été créées des institutions comme l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC),
l’Unité Centrale de Renseignement Financier (UCREF) chargée de combattre le blanchiment d’argent,
l’un des flancs mous de la corruption, le Centre de Facilitation des Investissements (CFI), le
renforcement du cadre légal de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
(CSCCA). Sous ce rapport le cadre légal de diverses unités de la Fonction Publique a aussi subi
certaines modifications pour affronter avec plus d’efficacité les problèmes posés par l’ampleur du
phénomène et ses effets de gravité sur les structures de fonctionnement de l’Etat et de la société. On

13
Cf., à ce sujet les analyses de Leslie Péan, Haïti, économie politique de la corruption : de Saint-Domingue à Haïti, éd., Maisonneuve et
Larose, Paris, 2003. ; Gusti Klara Gaillard-Pourchet, La corruption en Haïti, esquisse historique 1804-2004, éd., Les Antilles, Port-au-
Prince, 2005.
14
Cf., Document de l’ULCC, « Termes de référence de l’enquête sur la gouvernance et la corruption en Haïti, 2005, p 4.
15
Ibid., p 6.
16
IPC – Transparency International – décembre 2011.
17
Voir Annexe I - Description du Système National d’Intégrité (SNI)
_____________________________________________________
Page 5
peut mentionner également la création de l’Inspection Générale des Finances (IGF), le déploiement de
comptables publics au double niveau du Trésor et des Collectivités Territoriales. On peut citer
certaines mesures étatiques prises en matière de politique publique comme : la révision de la pension
civile (assurance décès et d’hospitalisation des fonctionnaires, le contrôle parlementaire de l’exécutif,
le renforcement du contrôle des dépenses publiques, la loi portant sur déclaration de patrimoine, etc.
Du côté de la société civile, on peut constater l’arrivée de certaines institutions telles : La
Fondation Héritage pour Haïti (LFHH), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH),
l’Initiative de la Société Civile (ISC) qui sont proactives au plan du combat pour le développement de
la société, la construction démocratique et l’émergence de l’Etat de Droit.
De manière générale le risque qu’a un citoyen d’être victime de la corruption varie en raison
inverse du niveau économique d’un pays (Orces, idem). Cependant en Haïti ce risque est on ne peut
plus évident. En effet avec un pareil niveau de développement socio-économique, il n’est donc pas
étonnant que la population Haïtienne accuse le taux le plus élevé de victimisation de la corruption. En
témoigne le second tour de sondage LAPOP en Haïti en 2008. En effet, utilisant un échantillon
aléatoire de 34, 976 répondants dans 22 pays de la Caraïbe et de l’Amérique Latine, LAPOP a utilisé la
question suivante comme indicateur de victimisation de la corruption dans le domaine public, à savoir :
EXC6 : Au cours de l’année dernière, est-ce qu’un employé du gouvernement avait
sollicité de vous un pot de vin?
Le graphique ci-dessous montre les pourcentages de gens à être victimes de la corruption par
un agent du gouvernement dans ces pays. Le classement de LAPOP indique, qu’avec un pourcentage
de 11.9% à côté de la Bolivie qui tient la première place (18%) et du Pérou la seconde (12%), Haïti
figure parmi les trois pays à avoir le pourcentage de gens le plus élevé à être victimes de la corruption
venant d’un fonctionnaire public en 2009.
Tableau #1 :
Percentage of the population victimized by corruption by a Public Employee
at least once in the past year in the Americas, 2008
_____________________________________________________
Page 6
Par contre dans des pays tels que le Chili, le Panama, l’Uruguay, le Venezuela et le Brésil, le
pourcentage de population à être sollicité de payer des pots-de-vin ne dépassait pas 1.8%. D’autres
pays de la Caraïbe, tels que la Jamaïque et la République Dominicaine font voir des pourcentages
plutôt faibles par rapport à la première catégorie de pays de l’ordre de 4% et de 6%.

En tenant compte de ce double contexte environnemental et particulier au pays, la présente
étude, conçue sous forme d’enquête
18
, saisit l’opportunité de faire un état des lieux en analysant les
comportements, la performance, les faiblesses, les activités et les résultats de certains piliers (public,
privé et société civile) du Système National d’Intégrité (SNI) d’Haiti et son progrès vers la mise en
application de la Convention des Nations Unies Contre la Corruption (CNUCC).
Globalement il n’est pas superflu d’avancer que la prévalence de la corruption en Haïti est
générée par la faiblesse de l’Etat haïtien à mettre en œuvre une politique de lutte efficace contre la
corruption et d’instaurer des mécanismes formels en matière de contrôle de corruption. Même si on
peut constater depuis quelques années un effort institutionnel dans cette direction, Haïti reste toutefois
un pays où les actions de la gouvernance sur ce point ne sont pas très convaincantes.
En effet, les indicateurs de bonne gouvernance pour Haïti, établis par l’Institut de la
Banque Mondiale (IBM) montrent une détérioration de la gouvernance dans le pays. Le degré de la
reddition des comptes (voice and accountability) est passée de 30,4 en 1998 à 8,7 en 2004. Le degré
de stabilité politique a chuté de 10,9 en 1998 à 3,9 en 2004. Le degré d’efficacité du gouvernement a
grandement diminué de la même période, passant de 8,2 à 0,5. L’état de droit a connu la même
tendance, passant de 13 en 1998 à 2,4 en 2004. Il en est de même du degré de contrôle de la corruption
qui est fixé à 1 en 2004 tandis qu’il était de 13,7 en 1998.

Tableau #2 : Indicateurs relatifs au contrôle de la corruption dans les pays sélectionnés en 2004


18
Méthodologiquement l’enquête est conçue sous le mode d’entretiens exploratoires avec les personnes ressources travaillant sur un
ensemble de questions liées à la problématique de la corruption. Ces personnes sont retenues, en effet, en raison de leur expérience
quotidienne, vécue, de ces problèmes, individuellement ou au sein de leurs institutions respectives. Ces entretiens dirigés mais non-
directifs se sont développés à partir d‘un questionnaire de six questions précises s’articulant selon une progression linéaire. Le
questionnaire porte sur 1) les différentes formes de la corruption ; 2) les niveaux de manifestation : zone centrale, régionale, etc., du
pays ; 3) les facteurs qui les engendrent ; 4) les coûts de ces différentes formes ; 5) les mesures prises et les résultats de ces mesures ; 6)
la gouvernance et la corruption.

Source: Kaufmann D., A. Kraay, and M. Mastruzzi 2005: Governance Matters IV: Governance Indicators for 1996-2004.
Note: The governance indicators presented here reflect the statistical compilation of responses
on the quality of governance given by a large number of enterprise, citizen and expert survey
respondents in industrial and developing countries, as reported by a number of survey institutes,
think tanks, non-governmental organizations, and international organizations. The aggregate
indicators in no way reflect the official position of the World Bank, its Executive Directors, or the
countries they represent. As discussed in detail in the accompanying papers, countries' relative
positions on these indicators are subject to margins of error that are clearly indicated.
Consequently, precise country rankings should not be inferred from this data.

Country Dataset Percentile Rank
(0-100)
Standard
Deviation
Number of
surveys/
polls
Sources
DOMINICAN REPUBLIC 2004 41.4 0.15 9
HAITI 2004 1.0 0.22 6
JAMAICA 2004 38.4 0.16 7
SIERRA LEONE 2004 19.7 0.22 6
ZIMBABWE 2004 11.8 0.14 11
_____________________________________________________
Page 7
D’après la même source, le contrôle de la corruption en Haïti en 2004 est devancé par la
plupart des pays de la Caraïbe. La République Dominicaine et la Jamaïque ont obtenu des
« Percentiles Rank » respectifs de 41,4 et 38,4 contre seulement 1 pour Haïti. La Sierra Leone
considérée comme pays post-conflit, a disséminé au niveau national les résultats de l’enquête faite en
2002 et prépare la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Et le Zimbabwe considéré comme
pays LICUS
19
accusent de bien meilleurs scores : 19,7 et 11,8 respectivement.
Tableau #3: Indice de contrôle de la corruption dans les pays sélectionnés - Institut de la Banque
Mondiale - 2005

















Les différentes manifestations de la corruption
20

Dans le système haïtien les manifestations les plus courantes, au vu d’un des membres du
personnel dirigeant de l’ULCC, sont : le détournement de fonds au profit de soi-même ou de tiers ; le
népotisme ; les pots de vin ou les commissions occultes et le montage des entreprises bidons, fictives,
véritables sociétés écrans qui sont utilisées comme paravent. L’institution a relevé entre trois et quatre
cas sur les trente huit dénonciations d’actes flagrants de corruption ; la pratique de surfacturation de

19
LICUS – Low income countries under stress – Sigle du Programme de la Banque Mondiale pour les pays à revenus
faibles et en difficulté
20
Cette section utilise les données du chapitre V. intitulé ‘Corruption et Démocratie’ du rapport LAPOP/GRESS de 2006 (pages 70-75).
_____________________________________________________
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l’Etat à des fins de lui soutirer illégalement de l’argent ; les complicités entre acheteurs et fournisseurs
dans l’Administration Publique ; le harcèlement sous toutes ses formes ; la corruption dans les marchés
publics via les pots de vins.
Pour certains dirigeants de l’Initiative de la Société Civile (l’ISC)
21
les formes de la corruption
sont variées. Elles vont de la petite corruption à la grande corruption
22
. Ils notent que dans nombreux
services de l’Etat les fonctionnaires se font rémunérés pour fournir le service. Au niveau de la justice la
corruption se fait sous forme de réseaux organisés de l’huissier jusqu’aux juges. Ces derniers font
payer leurs services à des taux supérieurs à ceux fixés par l’Etat. En matière de grande corruption, ils
donnent l’exemple des contrats « gré à gré » acceptés et signés en dehors des normes légales de
passation des marchés. Autres formes de corruption, relèvent-ils, sont les commissions réclamées pour
un marché et les fausses déclarations d’impôts.
Pour eux la corruption se manifeste géographiquement dans tout le pays. Ils constatent
cependant que le niveau de corruption est plus élevé dans les grandes villes où le développement de
celle-ci se fait en relation directe avec les milieux d’affaires. La petite corruption, elle, est répandue et
se fait systématiquement dans les milieux sociaux humbles : les petits fonctionnaires de l’Etat et du
Privé se livrant à la pratique du courtage pour s’assurer un revenu autre que leurs salaires maigrelets.
Ainsi toutes classes et tous secteurs de la société confondus s’adonnent à des pratiques corruptives.
Le président de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH)
23
pense que la sinécure est une
forme de corruption très répandue en Haïti. Le fait de toucher, dit-il, de l’argent régulièrement chaque
mois et ne rien donner comme service en retour est une forme de corruption. Fort souvent au pays
surtout dans l’Administration Publique on achète des services qui n’existent pas – des services fictifs.
Il relate les pratiques courantes vécues dans son secteur au niveau de la DGI en donnant l’exemple
suivant pour bien montrer l’ampleur de la corruption : un agent vérifie l’impôt d’une entreprise
quelconque qui se chiffre à quatre millions de gourdes, l’agent vous fait payer le quart de ce montant
moyennant vous acceptez de lui donner cent mille gourdes. Au niveau de la Douane, poursuit-il, ils
ont un système de « bordereau supplémentaire » qui ouvre le flanc systématiquement à des pratiques
corruptives de la part des fonctionnaires. Il précise en expliquant la logique du bordereau
supplémentaire. Supposons, explique t-il, une marchandise taxée globalement ad valorem cinquante
mille gourdes, l’agent douanier en inspectant la marchandise constate qu’il existe des éléments de la
marchandise qui ne figurent pas dans la rubrique douanière du produit mais qui font l’objet d’une autre
rubrique, d’une taxation à part. Ces items se chiffrent à vingt cinq mille gourde, ce qui fait passer la

21
L’ISC est née au cours de l’année 1999 de la démarche d’une vingtaine d’organisations de la société civile. Ces organisations se sont
rendues compte de la nécessité d’entamer la structuration et le renforcement de la société civile afin de lui permettre de jouer sa partition
dans la construction de la démocratie en Haïti. L’un des piliers du Système National d’Intégrité, l’ISC, en tant qu’institution de la société
civile, est concernée -- selon ses objectifs de consolider l’état de Droit, renforcer la démocratie, stimuler le progrès économique,
promouvoir la justice sociale -- de près aux problèmes liés à la corruption. Cf., pour plus d’informations Initiative de la Société Civile,
« Document de présentation », octobre 2006, p 6.
22
Il y a une différence entre les deux concepts. La petite corruption concerne les petits actes courants de prévarication comme : les
fausses factures, les commissions réclamées par un fonctionnaire pour un service et autres types de malversation etc. ; tandis que la
grande corruption touche les grandes transactions occultes qui se font à l’intérieur de l’Etat comme : les gros contrats négociés entre les
hauts fonctionnaires de l’Etat et les entreprises privées tant locales qu’internationales en dehors du cadre légal de passation des marchés
publics, les détournements de fonds publics vers des comptes occultes, etc.
23
Fondée en 1980, l’Association des Industries d’Haïti est une association à but non lucratif qui compte une centaine de membres dans
tous les secteurs de la vie nationale : industrie légère, industrie lourde, agro-industrie. L’ADIH a pour mission la valorisation, la
promotion et le développement du secteur industriel en Haïti, sur des bases compétitives au plan mondial. Cf., le dépliant de l’ADIH,
« Association des Industries d’Haïti », administration@adih.ht
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taxation au total à soixante quinze mille gourdes. Le fonctionnaire vous fait un bordereau
supplémentaire de cinq mille, moyennant cinq mille en courtage.
Autre fait important mentionné est la contrebande frontalière dans les ports d’entrée comme :
Malpasse, Ounaminthe, Belladère. Il donne en exemple certaines mesures, il y a quelques mois, de
contrôle à l’entrée des marchandises sur le territoire haïtien et leurs conséquences positives sur les
recettes douanières. En déplorant la non poursuite de ces mesures en raison justement des habitudes de
corruption, il admet toutefois qu’avec de telles mesures on avait enregistré un triplement des recettes,
qui a long terme pourrait réduire relativement la dépendance de l’Etat eu égard à l’aide internationale.
Une autre forme courante de corruption qui se pratique dans les entreprises de sous-traitance est
le fait de monnayer certains postes. Cela se passe au niveau des superviseurs des ateliers de travail qui
se font payés pour l’embauche des ouvriers non qualifiés tels : balayeurs, essoreuses, certains ouvriers
de la manutention, etc.
Ces comportements corrupteurs se manifestent à géométrie variable partout au pays. Elles se
font, de l’avis des responsables de l’ULCC, dans les secteurs public et privé. Et selon les dirigeants de
l’ISC la corruption s’étend sur l’ensemble du territoire ; il y a une mentalité de la corruption, un
automatisme, on accepte la chose et on s’en accommode littéralement. Pour le responsable de l’ADIH
la corruption est généralisée au pays. Il pense généralement que là où il y a échange de biens et de
services, il y a possibilité de corruption.
Tableau #4 : Proportion de la population qui a eu un contact avec des institutions/services/agents
publics et à qui on a demandé un pot-de-vin

Les différentes manifestations de la corruption parmi les fonctionnaires publics ont été
mesurées par LAPOP en 2006 à l’aide d’une batterie de questions dichotomiques sur la base des
expériences personnelles des répondants avec les employés de l’administration publique haïtienne. En
10.2%
10.8%
62.0%
50.2%
49.8%
57.7%
59.6%
89.8%
89.2%
38.0%
49.8%
50.2%
42.3%
40.4%
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Policier
Fonctionnaire
Mairies
Travail
Tribunaux
Services de santé
publique
Système educatif
Pot-de vin
demandé
Aucun pot-de-
vin
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général le pourcentage de gens à avoir subi ces demandes des employés publics et des policiers était
respectivement de 10.8% et 10.2%, soit une personne sur dix. On peut inférer deux conclusions : soit
qu’il y ait de la part des policiers et des employés une crainte d’être sanctionnés par les hauts placés de
la hiérarchie à la Police et dans l’Administration Publique d’une part ; d’autre part, soit que les sondés
n’aient pas voulu dévoiler leurs secrets par crainte de voir rapporter le fait aux supérieurs hiérarchiques
de ces deux institutions.
Ainsi, les autres questions ont été formulées en faisant référence à des situations et non
spécifiquement aux agents demandeurs de pots de vin comme dans les deux premiers cas. Procédant
ainsi, que les pourcentages étaient au moins de cinq fois plus dans les autres domaines de
l’administration publique. Par exemple, le pourcentage de gens qui ont visité les mairies et les écoles
était le plus élevé en matière de demandes de pots de vin (respectivement 62.0% et 59.6%).
Même dans les tribunaux, sièges de la justice, et les services de santé publique le pourcentage
était aussi élevé (respectivement 57.7% et 49.8%).

Tableaux #5, #6, #7 et #8 : Pots de vin demandés dans les (a) mairies, (b) dans les tribunaux, (c)
dans le système éducatif et (d) pour des services de santé publique
(a) Mairies (b)Tribunaux (c) Système éducatif



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(d) Services de santé

Facteurs engendrant la corruption
Les facteurs suscitant le développement de la corruption sont multiples. Les résultats des
entretiens à ce sujet convergent presque tous vers la mauvaise gouvernance et la faiblesse du
leadership en résultant. Pour les responsables de l’ULCC, la mauvaise gouvernance crée la corruption
sous toutes ses formes. Selon eux la pauvreté n’est pas un facteur explicatif déterminant de la
corruption. C’est plutôt l’inverse qui est vrai, c’est-à-dire que la corruption engendre la pauvreté et
cette dernière supporte la première. La corruption introduit une soustraction des ressources pouvant
servir le bien public au profit d’un petit groupe ou d’une personne. C’est dans ce sens que la corruption
engendre la pauvreté. Ils donnent en exemple le cas flagrant de l’ancienne administration de l’Office
Nationale d’Assurance Vieillesse (ONA) relatif à l’achat d’un terrain fictif de 61 millions de gourdes.
Ce substantiel montant d’argent pourrait, arguent-ils, bien servir au développement des activités
sociales et économiques profitables au bien commun.
Ceux du RNDDH
24
retiennent la faiblesse du système judiciaire et en conséquence l’absence de
sanctions contre les corrompus. Pour ces dirigeants, il y a un manque de volonté réelle de combattre la
corruption en Haïti. Celle-ci, poursuivent-ils, doit être combattue avec plus de rigueur au niveau
étatique, parce que la mauvaise gestion de la chose publique engendre la corruption. Ils retiennent
aussi l’éducation familiale comme source d’alimentation du phénomène dans l’Administration
Publique, la pauvreté, certes dans une moindre mesure, comme un élément explicatif de la corruption
en Haïti, les incertitudes liées à la situation objectivement précaire du citoyen dans la société et la non

24
Le Réseau National de Défense des Droits Humains est une institution de la société civile qui se donne pour « mission de promouvoir,
défendre, protéger les droits humains en Haïti et lutter pour l’établissement d’un Etat de Droit, où tous les haïtiens connaissent leurs
Droits et Devoirs et où ces Droits et Devoirs sont respectés par tout un chacun ». Cf, le dépliant du RNDDH, « Institutionnaliser les
Droits Humains en Haïti », www.rnddh.org
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Page 12
couverture par l’Etat des risques de l’existence.
Ils notent également l’absence d’un contrôle étatique serré de la gestion des affaires de l’Etat
facilite la corruption. D’où la corruption doit être combattue d’abord au niveau étatique.
Les responsables de l’Unité Centrale de Renseignement Financier (UCREF)
25
imputent en
grande partie la systématisation de la corruption à la faiblesse des institutions répressives et normatives
de l’Etat comme : Police, Justice et Parlement. Ce qui engendre l’impunité qui, pour se pérenniser;
entretient la faiblesse de ces institutions.
Ils retiennent aussi l’impunité comme facteur important qui alimente la corruption, car il
n’existe pas de sanctions contre les corrompus et les corrupteurs ; puis ils évoquent la misère,
l’extrême pauvreté et la faiblesse des salaires dans les secteurs privé et public. A cela ils ajoutent le fait
que les valeurs sociétales soient en chute libre depuis ces vingt dernières années, la société n’a pas de
repères et cela encourage le développement des pratiques corruptives. Enfin en regard des facteurs, ils
avancent que l’absence de cadre légal contraignant nourrit la corruption.
Pour certains cadres supérieurs de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif (CSCCA)
26
la corruption est imputable aux faiblesses du contrôle interne de l’Etat. Ce
dernier a une comptabilité de caisse, ce qui implique que l’Etat n’a pas une idée exacte de la valeur de
ses biens. Pour arriver à l’effectivité du processus de contrôle il faut passer de la comptabilité de caisse
à la comptabilité de patrimoine.
Ils évoquent aussi le fait que les fonctionnaire et les citoyens embrassent le concept "vache-à-
lait" de l’Etat (Voler l’Etat n’est pas voler) et les pratiques politiques traditionnelles. La conjugaison
des deux engendre un affaiblissement des structures de contrôle de gestion de l’Etat en les rendant
inopérantes. Exemple : les groupes politiques, précisent-ils, qui s’approprient la quasi-totalité du
pouvoir législatif obtiennent par incidence le contrôle de la CSCCA. Cela explique, poursuivent-ils, à
la fois la prépondérance de la politique au sein de l’institution et sa léthargie, son immobilisme
administratif. En effet de 2000 à 2004 aucun rapport n’est sorti relatif aux actes financiers du
gouvernement. Ceci est une conséquence directe de la collusion d’intérêts entre le Parlement et la
CSCCA. Ce qui annihile la capacité de contrôle de ce dernier.
Un ex ministre de la Fonction Publique et actuellement membre influent d’un ensemble de
partis coalisés sur l’échiquier politique national avance que l’une des causes de la corruption est la
dépendance du pays vis-à-vis de l’étranger. La corruption, note t-il, accentue l’instabilité et la faiblesse
de l’Etat à dégager, à partir de ses composantes internes propres, une réelle politique de lutte contre la
corruption.
A cela s’ajoute le flou qui entoure les procédures et même les lois qui ont la particularité de ne

25
L’UCREF est unité d’intelligence financière qui s’occupe du contrôle des processus de blanchiment d’argent, l’argent sale comme on
dit souvent. Elle compte parmi les piliers du Système National d’Intégrité par ses actions incidentes sur la question de la corruption, car
le blanchiment d’argent a des liaisons avec la corruption. Blanchiment et corruption sont donc liés. En effet dans la réalité les narco
trafiquants utilisent l’arme de la corruption pour infiltrer les institutions publiques et privées.
26
La CSCCA est une institution étatique chargée de contrôler a priori les dépenses de l’Etat. La CSCCA a été créée en1826 sous le
gouvernement du Président Boyer. Cependant son format actuel date de 1957 et de nouvelles lois en 1983 achèvent son
institutionnalisation. La CSCCA est divisée en deux grandes entités : Direction de contrôle, chargée de faire le contrôle a priori des
dépenses de l’Etat et la Direction de l’apurement des comptes, chargée d’apurer a posteriori les comptes des ordonnateurs et comptables
des deniers publics. Par ses fonctions elle est un pilier stratégique du Système National d’Intégrité.
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pas définir clairement les choses. Et le fait que les lois ne soient pas bien définies, s’introduit, au
niveau de l’application administrative des normes et procédures, une certaine élasticité permettant au
fonctionnaire de jouer frauduleusement. Il prend l’exemple d’un comptable dans un ministère qui
aurait fait payer une pièce d’automobile, la même pièce quatre fois de suite, sans qu’il soit soupçonné
de fraude. C’est dans ce jeu complexe qu’il faut saisir la nature de l’Etat. Au vu de l’ancien ministre
ces pratiques courantes sont imputables à la nature prédatrice de l’Etat. En Haïti, dit-il, nous avons
affaire à un Etat prédateur et la population intègre la logique de la prédation, une logique de courtage
qui charpente les rapports de l’Etat à la société.
Pour lui la misère ambiante seule n’explique pas la corruption, le développement des attitudes
corruptives est le résultat de la forme d’Etat qu’on a en Haïti et les pratiques administratives en
découlant. L’Etat n’intègre pas la notion de service, il est plutôt perçu comme un vaste champ de
privilèges. En vous servant, précise t-il, le fonctionnaire n’assure pas un service mais vous donne
accès aux privilèges de l’Etat, ce qui génère la corruption en établissant un rapport (pots de vin,
commissions) de marchandage entre demandeur et fournisseur (le fonctionnaire) de service.
Il y a deux autres facteurs, selon lui, de génération de la corruption : le clientélisme et
l’impunité. Le fonctionnement de l’Etat sous le mode clientéliste génère la corruption sous toutes ses
formes. Et comme les actes corruptifs ne sont pas passibles de sanctions, restent donc impunis, il existe
un rapport étroit entre le développement de la corruption et l’impunité.
Un membre actif du personnel dirigeant d’un grand parti politique a confié à l’enquêteur que la
misère, la pauvreté et le manque d’argent de la classe moyenne alimentent la corruption partout au
pays. Il avance certaines causes qui lui paraissent fondamentales dans la caractérisation du phénomène
en Haïti telles : l’instabilité de l’emploi, l’instabilité politique, la défense d’intérêt particulier, le
clientélisme, la culture politique et l’impunité. En ce qui a trait à cette dernière elle s’explique du fait
qu’il n’existe pas de sanctions à l’encontre des comportements corruptifs, on peut même, de son avis,
évoquer l’idée d’une culture de l’impunité.
Pour lui la corruption non seulement se manifeste au niveau des différentes composantes de
l’Etat et de la société civile, elle imprègne fortement les rouages de la société entière au point de revêtir
une dimension culturelle. Il existe, selon lui, une culture sociale d’acceptation de la corruption, de
l’anormalité, une capacité de passer de la norme à la réalité justifiant ainsi les actes de corruption. Il
existe en Haïti une dichotomie entre ce qui se fait et les normes se matérialisant dans le non respect des
références et des structures normatives établies. Il prend en exemple le Parlement qui a voté une
Convention internationale contre la corruption et ce même Parlement s’est laissé corrompre avec de
l’argent dans l’affaire SOCABANK en se positionnant favorablement au bénéfice des membres du
Conseil d’Administration, accusés de prévarication et de détournement des fonds de la banque.
Il affirme que l’Etat reste le principal corrupteur parce qu’il entretient la corruption. Par
exemple il s’explique mal les décaissements faits par l’Exécutif` au profit des parlementaires pour
l'achat de voitures neuves. De tels comportements sont assimilables à de la corruption et politisent
l’administration de l’Etat et son fonctionnement. Quid de l’indépendance des pouvoirs avec ces types
de relation ? L’Etat, selon lui, est traversé par des réseaux mafieux qui rendent systémique la
corruption en développant un système parallèle, informel qui enfin de compte bloque son
fonctionnement normal. Un exemple de l’existence de cette structure mafieuse est que bon nombre de
juges sont, avance t-il, sous « payroll » des grands cabinets d’avocats de Port-au-Prince.
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Les dirigeants de l’ISC retiennent la mentalité des gens comme facteur explicatif de la
corruption. L’adage courant « sòt qui bay, enbesil ki pa pran » exprime cette dimension culturelle de la
corruption. Ils font état du manque de cohésion sociale se manifestant en une sorte de lutte entre les
catégories sociologiques de la nation.
La non primauté du droit, le non respect de la loi et des normes morales que double l’absence
de sanctions légales et sociales sont à mettre au compte de la permanence du phénomène de la
corruption. A ce titre, ils déplorent le fait que la loi n’est pas appliquée avec la même rigueur à tous,
l’Etat sanctionne surtout les faibles pas les grands, polarité qui encourage la corruption. En réalité cela
est dû au fait que la société privilégie la force. En Haïti, concluent-ils, la force prime le droit, ce qui
ouvre la voie à l’impunité. Celle-ci, pour eux, est imputable aux faiblesses du système judiciaire. Tel
que conçu le système en effet a une propension assez forte à accepter l’impunité dans toutes ses
composantes. Cela affecte toute la crédibilité du système judiciaire. La mise en place du Conseil
Supérieur du Pouvoir Judiciaire, qui jusqu’à présent n’est pas opérationnel, pourrait atténuer les
pratiques corruptrices de certains juges.
Ils constatent par ailleurs comme facteur l’insuffisance de la loi sur la corruption, Cette loi n’est
pas complète, car elle ne touche pas toutes les formes de la corruption. Par exemple la pratique du
lobbying très courante en Haïti n’est pas légalisée. Il n’y a pas de loi étatique donnant droit à
l’information. Tout ceci alimente la corruption. Au surplus, ils évoquent également les carences de
l’Etat -- celui-ci n’est pas un Etat dispensateur de biens et de services.
Le président de l’ADIH retient comme causes de la corruption la dégradation morale de la
société, la faiblesse de l’Etat, l’absence de justice, l’inexistence d’un système cadastral au pays et la
pauvreté ; ce dernier est pour lui la cause des causes. Telles qu’organisées, précise t-il, les structures de
l’Etat génèrent la corruption parce qu’il n’existe pas un système de « check and balance » comme
ailleurs, permettant de retracer les transactions frauduleuses dans l’Administration Publique.
Coûts de la Corruption
Pour les représentants de l’ULCC. la corruption a un coût économique et social évident.
L’exemple de la surfacturation est on ne peut plus révélateur, En effet la surfacturation a un effet
inflationniste parce que le commerçant ou l’industriel la répercute sur son revient, donc c’est le
consommateur enfin de compte qui la subit.
La corruption a aussi un coût social. Pour eux, les fonds de l’Etat détournés a profit d’un petit
groupe ou d’un tiers profiteraient au développement des services sociaux, à financer des projets
d’éducation, de santé publique, etc.
Pour les professionnels de la CSCCA les pratiques déviantes non sanctionnées ont comme
impact socio-économique l’enrichissement de quelques individus.
Les dirigeants de l’UCREF pensent que l’argent détourné ou encaissé dans des activités de
corruption pouvaient servir à d’autres fins plus sociales comme : construction d’écoles, hôpitaux,
dispensaires de santé publique. La corruption augmente la misère, son coût social est très élevé pour la
société. Car les réseaux mafieux alimentent l’insécurité en entretenant un climat d’anarchie et de
désordre.
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L’ex ministre de la Fonction Publique estime que la corruption bloque l’Etat en le privant de
ressources qualifiées. Cela conduit tout droit à l’appauvrissement de l’Etat. Tel qu’il fonctionne, l’Etat
développe chez le fonctionnaire une mentalité de pauvreté, de survie. En réalité la corruption gangrène
la société dans son ensemble.
Pour le membre influent du parti politique sus-mentionné, la corruption a un coût
catastrophique pour l’Etat. Un des problèmes engendrés par la corruption est celui de carence de
politique publique. La politique en Haïti n’est pas « sociale », mais elle est avant tout une question de
conquête de pouvoir.
Pour le représentant de l’ISC, la corruption augmente le coût des services à la population. La
corruption, par ses effets, touche les catégories économiquement faibles qui n’arrivent pas à bénéficier
des services de l’Etat.
La corruption a aussi un coût en termes de confiance. En effet, selon lui, on ne fait pas
confiance à l’Etat et ses institutions au profit de l’étranger. Il introduit la notion du coût du sous-
développement engendré par la corruption, Comme l’économie repose sur la confiance, là où il n’y a
pas de confiance, affirme t-il, il n’y a pas de développement.
Il y a un coût social de la corruption manifeste dans la montée des revendications violentes au
pays et un coût politique qui se traduit par une instabilité de la population et par une gouvernance peu
efficace. Il en résulte un manque de satisfaction très prononcé avec la performance des services
publics. En témoignent les résultats du sondage LAPOP en 2008 :

Tableau #6 : Satisfaction de la population avec les services municipaux













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L’une des conséquences de la corruption est que les gens ne se sentent pas satisfaits avec les
services fournis par les agences de la fonction publique. En effet, l’étude comparative menée par
LAPOP en 2009 montre que le niveau de satisfaction des Haïtiens avec les services municipaux figure
parmi les trois plus bas dans la région de la Caraïbe et de l’Amérique Latine avec une moyenne de 39.5
à côté de la Jamaïque et de Bélize (respectivement 37.0 et 39.6) alors qu’il est de 56.9 en République
Dominicaine. Ce pays vient tout de suite après le Brésil qui est classé en tête de liste avec une
moyenne de 58.2.
La corruption s’est introduite dans le pays comme un virus qui menace tout l’édifice
démocratique que l’on essaie de construire. Ses effets pervers sur les institutions nécessaires à la
construction ou la consolidation démocratique sont connus : les compétitions électorales libres et
équitables, le contrôle des élus sur les décisions gouvernementales (Dahl 1998)
27
. Qui pis est : elle
contribue largement à détruire la légitimité politique d’un système (Seligson 2006)
28
.
Dans le cas d’Haïti, on pourrait dire qu’il y a une certaine culture de la corruption qui s’est
inscrite dans l’histoire du pays depuis le début du 19
ème
siècle. En effet, il y aurait, un ‘enracinement
de la politique de la dette, de la fraude et du vol dans les affaires publiques […] L’Etat subit […] la
domination des acteurs privés qui partagent les rentes qu’ils tirent avec les acteurs publics qui
sollicitent leur concours et rendent leurs activités possibles et rentables en premier lieu’ (Péan 2005,
p 178.)
29
.














27
Dahl, Robert A. On Democracy. New Haven : Yale University Press, 1998
28
Seligson, Mitchel. The Measurement and Impact of Corruption Victimization: Survey Evidence from Latin America. World
Development 34 (2) (2006):381-404.
29
Péan, Leslie J.R. Haïti: Economie Politique de la Corruption, Tome II. L’Etat marron (1870-1915). Paris : Editions Maisonneuve et
Larose, 2005.
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MISE EN ŒUVRE DE LA CONVENTION DES NATIONS UNIES CONTRE LA CORRUPTION
Déjà en 1835, le législateur avait prévu qu’au fil du temps la corruption – grande et petite-
ferait irruption dans les allées de l’Administration publique et privée d’Haïti. Aussi, a-t-il tenu à
inclure dès la naissance de nos codes de lois des articles pertinents qui ont permis un certain
affaiblissement de l’emprise de la corruption sur la société haïtienne
30
.
La corruption s’est installée dans nos murs dans toute la force des tentacules que lui prêtent si
aisément les acquis d’une technologie en perpétuel perfectionnement. De même que nous avons été
contaminés des virus inévitables qui vivent et se propagent grâce à l’inexistence de moyens forts pour
les exterminer, ou de lois et règlements que l’autorité supérieure est déterminée à appliquer, de même
avons-nous droit de participation aux délibérations internationales conduisant à la réduction de la
corruption, puis à son éradication permanente.
Conscient du fait qu’un instrument fort, capable d’être appliqué à l’échelle d’un « village
global » et particulièrement dans chacune des sociétés qui y appartiennent, les Nations Unies ont conçu
la Convention des Nations Unies Contre la Corruption (CNUCC) qui a été proposée aux
représentants des Etats lors de la conférence de lancement tenue à Merida, au Mexique, en décembre
2003
Haïti a ratifié cette Convention le 14 mai 2007. Toutefois, depuis l’existence de ce document
qui sert de directive à tous, la société haïtienne commence, dès l’année 2004, à intensifier les actions
contre la corruption.
“Le 16 Mars 2009, le Gouvernement de la République a adopté le Document de Stratégie
Nationale de Lutte Contre la Corruption (DSNLCC). Ce document est l’expression, au plus haut
sommet de l’Etat de la ferme volonté politique de prendre des mesures à court, moyen et long termes
pour combattre et prévenir la corruption sous toutes ses formes…”
31

De la ratification et promulgation
32
par Haïti de la Convention Interaméricaine et de la
Convention des Nations Unies Contre la Corruption à nos jours des pas significatifs ont été faits tant au
niveau institutionnel que législatif.

Niveau institutionnel
La création de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) et de l’Unité Centrale de
Renseignement Financier (UCREF), et de la Commission Nationale des Marches Publics (CNMP) en
2005 symbolise la volonté de l’Etat haïtien d’institutionnaliser sa politique de prévention et de lutte
contre la corruption. En effet, la création d’une institution dont la vocation prioritaire est de gérer la
lutte contre la corruption en Haïti dénote clairement que la volonté de juguler la corruption n’est pas
absente des desiderata du peuple haïtien. L’ULCC prenant ses obligations au sérieux passe par des
moyens scientifiques pour déterminer l’ancrage de la corruption dans le domaine tant privé que public
et les moyens à saisir pour la déraciner. En témoigne le colloque scientifique réalisé par l’ULCC du 20

30
Voir le Code Pénal : articles 140 et suivants.
31
La Stratégie Nationale de Lutte Contre La Corruption, Avant propos du Premier Ministre, para 1;
32
Cf., à ce sujet les numéros 57 et 02 du 18 Juillet 2002 et du 13 Juin 2007 du « Moniteur », Journal officiel de la République d’Haïti.
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Page 18
au 23 Août 2007 dans le but de formuler une Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption. Il
s’ensuivit une élaboration méthodique et copieuse d’objectifs généraux et spécifiques à réaliser pour
cerner les problèmes de la corruption et les solutions à appliquer.
33

Les décrets donnant naissance à ces trois institutions les dotent, comme organes de prévention
et de lutte contre la corruption, d’un régime juridique et d’une mission clairement définis avec
indépendance d’action via-à-vis de l’Exécutif et même du système judiciaire.
A part ces trois institutions étatiques récemment créées, il faut ajouter également le Centre de
Facilitation des Importations (CFI) et certaines institutions de la Société Civile telles La Fondation
Héritage pour Haïti (LFHH) qui a pour mission de combattre la corruption. Le Réseau National de
Défense des Droits Humains (RNDDH) et l’Initiative de la Société Civile (ISC) abordent aussi, dans le
cadre de leurs missions, les problématiques liées à la malgouvernance en Haïti.

Niveau législatif
Le renforcement du cadre légal est à la base de toute lutte sérieuse contre la corruption. Aussi,
l’autorité supérieure a-t-elle entrepris une mise à jour du code pénal et du code d’instruction criminelle
tendant à corriger les dispositions pénales haïtiennes et à les harmoniser avec celles des conventions
internationales en matière de corruption.
Sous ce registre, il y a des avancées notables. Le principe légal qui veut, en législation romano-
germanique, que nullum crimen sine lege, nulla poena sine lege
34
veut aussi que le Législateur soit
informé et dynamique pour que l’absence de la loi ne vienne justifier la mise en liberté de coupables.
D’autres dispositions de préventions sont adoptées dans plusieurs domaines dans le secteur public. Il
existe un ensemble complet de lois spécifiques et des dispositions de lois sur les questions suivantes :
1) Secteur public
• Système de recrutement des fonctionnaires de la fonction publique.
Loi officielle en conformité avec les prescrits de l’article # 7 du Guide législatif
35

pour l’application de la Convention des Nations Unies Contre la Corruption;
• De la déclaration de patrimoine.
Loi votée par le Parlement haïtien le 12 février 2008. Cette loi concerne tous les
hauts fonctionnaires de l’Etat. A ce titre la loi a produit quelques effets positifs,
parce que, de cette période à 2011, plus de 465 hauts fonctionnaires avaient fait leur
déclaration de patrimoine ;

33
La Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption, page 29-33
34
En droit pénal, le principe de légalité des délits et des peines dispose qu'on ne peut être condamné pénalement qu'en vertu d'un texte
pénal précis et clair (en latin, Nullum crimen, nulla pœna sine lege). Ce principe a été notamment développé par le pénaliste italien
Cesare Beccaria au XVIII
e
siècle.
On y associe généralement les principes de la non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère et la rétroactivité de la loi pénale plus douce.
35
Nations Unies, Guide législatif pour l’application de la Convention des Nations Unies contre la corruption, Nation Unies, New-York,
2006, p 19.
_____________________________________________________
Page 19
• Des codes de conduite des agents publics.
Loi entièrement conçue et fignolée en attente d’un statut officiel. Celle-ci est en
harmonie avec les voeux du guide législatif en son article # 8
36
;
• De la passation des marchés publics et gestion des finances publiques.
Loi votée par le Parlement en juin 2009l. publics devra non seulement garantir
l'utilisation de mécanismes transparents, équitables et de mise en concurrence des
fournisseurs de l'Etat en vue d'obtenir , au profit de la population, les meilleurs
Travaux, les meilleurs Biens et les meilleurs Servies aux meilleurs coûts. Conforme
dans son application aux dispositions de l’article # 9 du Guide législatif
37
. Son
application est manifeste au niveau des nouvelles procédures d’adoption du budget
national, de la communication périodique des dépenses et des recettes de l’Etat,
enfin le renforcement institutionnel de la Cour Supérieure des Comptes et du
Contentieux Administratif (CSCCA);

• Des mesures pour prémunir le corps des magistrats des risques de corruption.
Loi relative à l’indépendance des juges. A cet effet il existe une loi portant sur
création du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) en conformité avec
l’article # 11 du Guide
38
disposant des mesures concernant les juges et les
services de poursuite ;
• Incriminations, poursuites et sanctions administratives ou pénales
Loi portant sur la Prévention et la Répression de la Corruption déposée au
Parlement en 2009. En conformité avec les articles #16, #18, #20 du Guide
législatif
39
. Cette loi recouvre plusieurs aspects :
a) Corruption d’agents publics et corrupteurs desdits agents : sanctions ;
b) Avantages injustifiés dans les marchés publics et actes de corruption dans ces
dits marchés : sanctions ;
c) Corruption d’agents publics étrangers et fonctionnaires d’organisations
internationales publiques : traitement et sanctions (conforme à l’article # 16 du
Guide) ;
d) Nullité de tous les actes et contrats entachés de corruption
e) Classification des différents types d’actes de corruption et infractions
assimilées. Sur ce dernier point la loi précise clairement les types d’actes :
soustraction ou usage illicite de biens publics, concussion. pots de vin,
exonération et franchise illégale, trafic d’influence (conforme à l’aricle # 18
du Guide), abus de fonction, conflits d’intérêts, fausse déclaration de

36
Ibid., p 20.
37
Ibid., p 21.
38
Ibid., p 27.
39
Ibid., p 78-79.
_____________________________________________________
Page 20
patrimoine, enrichissement illicite ( conforme à l’aricle # 20 du Guide),
financement occulte des partis politiques via les ressources publiques,
harcèlement sexuel.
• Pouvoir étendu pour l’organisme de lutte contre la corruption et énumération
de toutes les techniques d’enquêtes utilisables et permises
Loi devant le Parlement pour officialisation. Loi spécifique liée aux problèmes
propres au culturalisme haïtien ; elle réclame surtout une plus grande marge de
manœuvre pour les institutions étatiques (ULCC, UCREF) dans leur lutte contre
le phénomène de la corruption.
• De la coopération internationale et le recouvrement des avoirs volés par des
dirigeants des Etats Parties ( article # 43)
40
du Guide.
Cette rubrique comporte plusieurs volets qui sont déjà en application au niveau
de la prévention et de la lutte contre la corruption. On peut citer :
a) Entraide Judiciaire en conformité avec l’article #46 du Guide
41
. Exemple :
l’entraide judiciaire avec la Suisse dans le cas de la demande d’Haïti de
rapatriement des valeurs saisies de Duvalier, Haïti en tant que pays victime ;
b) Prévention, détection et transfert du produit du crime de corruption en
conformité avec l’article # 57 du Guide
42
;
c) Mesures pour le recouvrement direct des biens et la coopération
internationale ; ces mesures sont insérées dans la loi de l’UCREF sur le
blanchiment d’argent ;
d) Du gel et de la saisie et coopération internationale en conformité avec l’article
# 54 du guide
43
, aspect incorporé dans la loi de l’UCREF sur le blanchiment
d’argent ;
e) Exécution des décisions de confiscations rendues par les juridictions
étrangères et le retour au pays victime des valeurs, dimension incluse dans la
loi de l’UCREF sur le blanchiment.
2) Société civile et secteur privé
• Participation de la société civile dans les activités de sensibilisation et de
support de la lutte contre la corruption.
En conformité avec l’article # 13 du Guide législatif
44
, la Société Civile par le
biais de trois institutions apporte sa contribution à la prévention de la corruption
et à la lutte contre le phénomène. Ce sont : La Fondation Héritage pour Haïti

40
Ibid., p 145.
41
Ibid., p 157.
42
Ibid., p 215.
43
Ibid.,p 203.
44
Ibid., p 13.
_____________________________________________________
Page 21
(LFHH) - section haïtienne de Transparency International (TI), le Réseau
National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et l’Initiative de la Société
Civile. La première, proactive, fait un travail régulier de sensibilisation du
public à l’existence, aux causes et à la gravité de la corruption et à la menace
que cette dernière représente. Elle travaille aussi au niveau du plaidoyer, de
l’éducation, de la formation, de la construction de plateformes (société civile,
jeunes, groupes de base) et contribue au renforcement du cadre légal en matière
de corruption; La RNDDH et l’ISC s’impliquent dans la lutte contre la
corruption en travaillant au niveau de la formation, de la conscientisation du
public sur les problèmes d’opacité et de malversation reprochés aux agents
publics et aux institutions publiques et exécutent habituellement des projets
d’observation électorale.
Ces deux dernières institutions ont dénoncé et critiqué les actes de corruption
qui ont entaché les élections présidentielles et législatives de 2010-11.
• Des normes comptables et d’audit interdisant des comptes hors livres ou des
opérations insuffisamment identifiées, d’utilisation des faux documents et
destruction intentionnelle de documents comptables
Certaines mesures en conformité avec l’article # 12 du Guide législatif
45
ont été
adoptées et mises en application à l’initiative de l’Ordre Professionnel des
Comptables Agréés (OPCAH) dans le secteur privé ;
• Des mesures prévenant le blanchiment d’argent
En conformité avec les dispositions de l’article # 14 du Guide législatif
46
, il existe
une loi. Cependant, son application au niveau du secteur bancaire est inégale
jusqu’à présent en raison peut-être de la faiblesse institutionnelle dudit secteur.
Ces développements sus-mentionnés, en conformité avec le cadre législatif de la
Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC), s’assimilent à un
état des lieux sur les dispositions de préventions du gouvernement haïtien et de la
société civile en matière de lutte contre la corruption. Cependant le chemin à
parcourir est encore un peu long au plan d’une structure législative opératoire,
complètement harmonisée avec les normes de la Convention, tenant lieu de Loi
Cadre contre la corruption.

Recommandations
Dans la perspective que le temps n’est pas loin où Haïti sera tout au moins mis au rang des pays
en voie de développement, il faut dès à présent une vision objective d’une bonne gouvernance de la
part des dirigeants et la mise en branle de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption et le
renforcement de chacun des piliers Système National d’Intégrité. Pour ce, il faut que les concepts

45
Ibid., p 29
46
Ibid., p 35
_____________________________________________________
Page 22
d’intégrité et de transparence soient partie intégrante de ceux qui motivent les actes et actions tant
dans le domaine privé que public.
Suite à ces considérations on peut affirmer que l’arsenal juridique en matière de corruption doit
être une harmonisation de nos lois avec les prescrits de la CNUCC. A ce propos, il faut une mise à jour
des lois nationales existantes et une notification claire des articles des codes pénaux et d’instructions
criminelles qui sont amendés. En réalité ce sont des préalables indispensables à un travail qui doit être
forcément porté sur les éléments essentiels absents de nos lois actuelles quand il faut incriminer et
sanctionner les actes de corruption non pris en compte ou non sanctionnés par les lois et les codes
existants.
Toujours par rapport au cadre juridique en matière de corruption, il est nécessaire d’avoir
d’autres lois sur des question spécifiques comme :
• une loi portant sur l’accès à l’information pour diminuer l’opacité au niveau de
l’Etat;
• une loi sur les procédures de recouvrement d’avoirs des fonds volés par les
dirigeants et transférés à l’étranger. Il existe certaines dispositions sur ce point
dans le cadre de la loi générale de l’UCREF, mais pas de loi propre sur cette
question cruciale ;
• un code d’éthique des fonctionnaires publics ;
• la révision de certaines dispositions de la loi sur le blanchiment d’argent. Qui
comporte beaucoup de lacunes.
Une ère nouvelle semble se dessiner à l’horizon d’Haïti malgré la cruelle dévastation causée
par le séisme du 12 Janvier 2010. L’ampleur des dégâts s’évalue à des milliards de dollars et en
contre-partie, il tombe sur le pays une pluie de dons à gérer selon les acquis de la lutte contre la
corruption pour que la reconstruction du pays bénéficie du maximum de l’aide internationale. La 49
ème

Législature est en siège. In limine litis, les chambres doivent analyser les lois relatives à la corruption
déjà déposées au Parlement et les voter de manière célère.









_____________________________________________________
Page 23
L’UNITÉ DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION (L’ULCC)
Activités de l’ULCC
Sous un angle « systémique » il existe plusieurs organismes qui administrativement sont
impliqués dans la lutte contre la corruption en Haïti. On peut au passage citer les institutions comme :
1) La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif ;
2) La Direction de la Police Judiciaire ;
3) Certains agents du système judiciaire, spécifiquement le Commissaire du
gouvernement et le juge d’instruction dans la poursuite ;
4) L’UCREF ;
5) Le Parlement, etc.
Cependant l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), par sa vocation, reste tout de même
l’institution nationale la plus directement concernée en raison du mandat attribué par les responsables
politiques lors de sa création en 2004. Plaque tournante dans le combat de la corruption, le siège de
l’institution est à Port-au-Prince avec pouvoir de juridiction sur l’ensemble du territoire. Elle est
chargée de définir une stratégie de lutte contre la corruption à l’échelle nationale ; d’harmoniser la
législation haïtienne et les conventions internationales ratifiées par Haïti en matière de prévention et de
répression de la corruption ; mettre en place un code d’éthique pour l’administration publique ; assurer
l’application des conventions contre la corruption ratifiées par Haïti ; mettre en place un système
d’information intégré et de suivi ainsi qu’un système d’alerte permanente.
47

L’ULCC est une institution haïtienne, créée par décret en date du 08 septembre 2004, qui a pour
mission de travailler à combattre la corruption et ses manifestations sous toutes les formes au sein de
l’administration publique
48
. De cette mission octroyée naît une vision, une manière de voir son rôle à
partir de laquelle l’institution entend « contribuer à une gestion efficiente et efficace des biens de l’Etat
par l’élaboration d’une loi sur la corruption et la mise en place d’une stratégie nationale de lutte contre
la corruption ».
49
A cet effet, la finalité de la mission de L’ULCC comme organisme chargé de lutter
contre la corruption est de :
• protéger les biens publics et collectifs ;
• assurer l’efficacité des mesures et actions afin de prévenir, dépister,
sanctionner et éliminer les actes de corruption et infractions assimilées ;
• favoriser la transparence dans la gestion de la chose publique ;
• établir un climat de confiance pour promouvoir l’investissement privé ;
• moraliser l’Administration publique et la vie publique en général.


47
Cf., Document de L’ULCC « Tournée de validation des résultats de l’enquête sur la gouvernance et la corruption en Haïti », du 09 au
13 mars 2009, préparé par Amos Durosier, Directeur Général de l’ULCC, Port-au-Prince ; également l’Article 4 du Moniteur, Journal
officiel de la République d’Haiti, Supplément du No 61, lundi 13 septembre 2004, p 3.
48
Ibid, p 2.
49
Document de L’ULCC, « Réalisations majeures de L’ULCC pour l’exercice 2007-2008 », Port-au-Prince
_____________________________________________________
Page 24
Les axes stratégiques d’intervention et les réalisations de L’ULCC
Trois niveaux d’intervention peuvent être constatés au niveau des activités de L’ULCC :
Conformément à sa mission de travailler à combattre la corruption dans tous les domaines
de la vie sociale, l’ULCC articule sa démarche autour de trois axes stratégiques : Education,
Moralisation, Sensibilisation. Et c’est à travers ces différents axes que se diffuse sa
campagne de motivation en matière de corruption. Cette campagne de sensibilisation de la
vie publique, à la vision de l’ULCC, se fait par le truchement de colloques, d’ateliers de
formation à Port-au-Prince et dans les villes de province. La campagne, conçue et organisée
autour de ces trois axes stratégiques, a déjà touché plus de 2000 personnes des deux sexes
dans les secteurs privé et public.
L’ULCC procède à une révision du cadre légal de la lutte contre la corruption telle que
consignée dans la Constitution de 1987. L’objet de la révision est surtout d’harmoniser cette
législation avec les conventions internationales ratifiées par Haïti. Le pays est membre
signataire, Etat partie aux conventions (CICC et CNUCC) contre la corruption. La création
d’ailleurs de l’ULCC, agence haïtienne spécialisée dans la lutte contre la corruption
oeuvrant dans les domaines de la prévention et de la répression de la corruption par
l’application des règles de droit, est issue d’une recommandation de la CNUCC
50
.
A cet effet, et dans le dessein de compléter le cadre légal de lutte contre la corruption de
nouvelles lois, des initiatives et des projets ont vu le jour. On peut faire mention :
a) de la mise en place des conditions pour l’application de la loi du 12 février 2008 sur
la déclaration de patrimoine des grands commis de l’Etat, des ordonnateurs et des
comptables de deniers publics, des élus et des juges ;
b) du document de prévention et de répression des actes de corruption en application
des conventions ratifiées par Haïti et soumis aux autorités compétentes pour les suites
de droit. Pour ce l’ULCC a actualisé le cadre légal haïtien de répression de la
corruption en envisageant un renforcement des sanctions, la protection de l’identité
des dénonciateurs d’actes de corruption, (fonctionnaires et particuliers et des
témoins). En ce sens l’ULCC a déjà fourni les résultats d’une dizaine d’enquêtes. Une
vingtaine de dossiers sont parvenus au Commissaire du Gouvernement près du
tribunal civil de Port-au-Prince et un au Directeur Général de la DGI pour les suites
légales. Les enquêtes se poursuivent sur plus de vingt-six autres dossiers;
c) du projet de code d’éthique des agents de la fonction publique visant à prévenir les
conflits d’intérêts et assurer une meilleure conduite dans l’administration publique.
Dans ce projet l’emphase est mise sur la question de l’intégrité du fonctionnaire ;
d) de la loi d’accès à l’information.
L’ULCC s’adonne à l’investigation des actes de corruption. Sous ce registre, on peut
dénombrer quarante (40) enquêtes en cours, dont douze d’entre elles sont acheminées pour les suites

50
Cf, Document Tournée de… op.cit., p 2.
_____________________________________________________
Page 25
administratives ou pénales.
A cela il faut ajouter la mise en place également d’un système électronique d’alerte permanent
et de gestion informatisée de suivi des dépenses publiques dans le but de faciliter la transparence dans
l’exécution du budget et d’assurer un suivi des dépenses de l’administration publique.
Ces activités concordent bien avec l’objectif «philosophique » et opérationnel de l’ULCC de
« faire de l’intégrité et de la probité des valeurs sociales solidement ancrées dans la gestion des affaires
de l’Etat par l’éducation, la sensibilisation et la motivation des fonctionnaires »
51
. Dans cette
perspective trois réalisations significatives durant l’exercice 2007-2008 sont à mettre à l’actif de
l’ULCC :
l’enquête diagnostique sur la gouvernance révélant que les pots-de-vin et les détournements de
fonds constituent les actes de corruption les plus courants et la large diffusion des résultats de
l’enquête à travers le pays avec l’appui de la MINUSTAH. Il y a eu en effet une dissémination
des résultats de l’enquête dans 22 communes à travers les dix départements du pays. Les
responsables de l’ULCC ont pu recueillir des réactions, des suggestions pertinentes des
membres de la société civile. Ces informations utiles ont grandement aidé à l’élaboration du
document de projet de Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption ;
la réalisation en Août 2007 d’un colloque scientifique comme base pour définir le plan
stratégique de lutte contre la corruption. Ce plan vise à travers un ensemble d’actions de
diminuer l’effet néfaste de la corruption sur notre économie, de la faire reculer et d’assurer la
performance et la transparence dans la gestion des finances publiques
52
;
l’ouverture d’un bureau de l’ULCC à Miragoâne, chef lieu du département des Nippes le 12
juillet 2008. Selon certaines projections de l’institution l’expansion nationale des activités se
poursuivra avec l’établissement de nouveaux bureaux départementaux au Cap-Haïtien, aux
Cayes et à St Marc. Il en est de même de l’élaboration d’un projet d’implantation de points
focaux dans l’Administration Publique et au niveau des départements géographiques pendant
l’exercice 2008-2009.

CONTRÔLE DE LA CORRUPTION
Faiblesse du niveau de contrôle de la corruption
Les différentes manifestations de la corruption font naturellement penser qu’il y a une carence
dans le système d’intégrité national qui se traduit par un manque de contrôle de la corruption. Là où
les règlements contre la corruption existent et sont respectés dans les domaines administratifs pour
lesquels ils sont préposés, on devrait s’attendre à ce que le corps social dans son ensemble offre son
support aux règlements administratifs qui visent à mettre un certain contrôle sur la corruption parce
qu’il en serait la victime désignée. Inversement, là où ils ne sont pas respectés, le corps social suivrait
le pas et tendrait même à légitimer les actes de corruption. Quand on considère l’indice de contrôle de
la corruption de l’Institut de la Banque Mondiale pour 2005, Haïti se place aussi au bas de l’échelle

51
Cf., Document de l'ULCC, Réalisation majeures, op.cit.,
52
Cf., Document de l'ULCC, Tournée de validation, op.cit., p 12.
_____________________________________________________
Page 26
avec une moyenne n’allant pas au-delà de 1.0 par rapport au Paraguay, au Guatemala et à la Bolivie
qui occupent les deuxième, troisième et quatrième rang inférieur avec des moyennes respectivement de
l’ordre de 7.4, 17.7, 23.6.
Tableau #7 : Indices de contrôle de la corruption













Source : Institut de la Banque Mondiale, 2005

Problèmes liés au contrôle de la corruption en Haïti
Ces problèmes sont nombreux dans un pays comme Haïti où la corruption est historique et
endémique, les blocages et les écueils sont évidents. L’ULCC doit confronter au quotidien des
comportements délétères de la part des institutions tant privées que publiques dans sa lutte contre la
corruption. De ce côté-là. les inconvénients, les difficultés sont au rendez-vous. Les manifestations
comme l’isolement, les barrières et les rivalités entre l’ULCC et les personnes ou les institutions avec
lesquelles elle doit coopérer, tels que les agents d’application de la loi, les Commissaires du
gouvernement, les spécialistes d’audit, les inspecteurs fiscaux, sont certes parfois des facteurs
bloquants.
Placée en amont de l’appareil judiciaire, l’ULCC n’a pas toujours les coudées franches, n’a pas
l’assurance au niveau des dossiers de poursuite que les agents du système judiciaire accordent
l’attention qu’elle souhaite. Ce problème « objectif » que double la vénalité de certains agents (juges
d’instructions, magistrat du parquet, etc.) érode fort souvent l’efficacité des actions de l’institution en
matière de répression de la corruption.
89.7
66.5
53.2
49.8
44.3
43.8
40.9
39.9
37.9
35
32.5
31.5
24.6
23.6
17.7
7.4
1
0 20 40 60 80 100
Chili
Costa Rica
Colombie
Panama
El Salvador
Mexique
Pérou
Jamaïque
Guyane
Nicaragua
Rép. Dominicaine
Honduras
Equateur
Bolivie
Guatemala
Paraguay
Haïti
_____________________________________________________
Page 27
Selon le responsable de l’ULCC, l’institution pour être performante dans la lutte contre la
corruption doit développer des synergies avec d’autres instances de l’Etat impliquées, elles aussi, à des
degrés inégaux dans le combat anti-corruption, même si, dans l’intervalle, l’ULCC se structure
institutionnellement en regard des éléments fondamentaux de sa mission et de son mandat.
A ces difficultés institutionnelles s’ajoutent des problèmes externes comme l’instabilité
politique. Celui-ci pendant les vingt dernières années de transition démocratique reste sous plusieurs
angles un facteur décisif de la mauvaise gouvernance avec des implications incidentes sur la
problématique de la corruption. Sur ce point on a relevé dans une étude comparative (Graphe #2 ci-
dessous) faite en 2004 par la Banque Mondiale et rapportée par L’ULCC
53
que l’instabilité politique a
affecte les capacités de l’Etat haïtien en matière de gouvernance.
Tableau #8:









53
Cf., Documemt de l’ULCC. Op, cit., p 6.
_____________________________________________________
Page 28
Tableau #9 : Comparaison du niveau de stabilité politique dans 5 pays








Ainsi en ce qui a trait à la stabilité politique, on peut voir a partir qu’Haïti est a 3,9 alors que la
République dominicaine voisine est a 48,1. Et les trois autres pays qui suivent sont inferieurs a la
République dominicaine et supérieurs a Haïti (tableau # 2).
Au niveau de l’efficacité la comparaison se poursuit. Le Tableau #10 établit encore la
différence entre les autres pays avec Haïti. La Jamaïque avec 60.6 s’est révélée plus performante que
les autres et occupe la dernière place avec 0.5.
Tableau #10 :




Country Dataset Percentile Rank
(0-100)
Standard
Deviation
Number of
surveys/
polls
DOMINICAN REPUBLIC 2004 48.1 0.22 8
HAITI 2004 3.9 0.27 6
JAMAICA 2004 37.4 0.25 7
SIERRA LEONE 2004 30.1 0.29 5
ZIMBABWE 2004 4.4 0.22 8

Source: Kaufmann D., A. Kraay, and M. Mastruzzi 2005: Governance Matters IV: Governance Indicators for 1996
_____________________________________________________
Page 29
Tableau #11 :

Cette situation peut être aussi observée en matière de d'Etat de droit. La même tendance et la
même classification en termes d’efficacité du gouvernement ont été observées en ce qui a trait au
respect de la loi. Le non respect de la loi facilite le développement de l’impunité, donc alimente la
corruption.
La qualité de régulation, toujours d’après la même étude, a positionné la Jamaïque à la
première place avec un score de 56,7, suivie de la République dominicaine (41,4) et de la Sierra Leone
(16,3). Pour cet indicateur, Haïti (13,8) est place au dessus de Zimbabwe (1,5).
Tableau #12: La qualité de régulation dans 5 pays



Country Dataset Percentile Rank
(0-100)
Standard
Deviation
Number of
surveys/
polls
DOMINICAN REPUBLIC 2004 41.4 0.19 9
HAITI 2004 13.8 0.25 6
JAMAICA 2004 56.7 0.20 8
SIERRA LEONE 2004 16.3 0.24 6
ZIMBABWE 2004 1.5 0.18 11

Source: Kaufmann D., A. Kraay, and M. Mastruzzi 2005: Governance Matters IV: Governance Indicators for 1996
_____________________________________________________
Page 30
Au niveau des obligations redditionnelles, c’est-a-dire la pratique des principes d’imputabilité
la classification se présente comme suit : la Jamaïque (63,6), la République dominicaine (53,9), la
Sierra Leone (33,5), le Zimbabwe et Haïti.
Le degré de la reddition des comptes (voice and accountability) en Haïti s’est fortement
détérioré au cours de ces dernières années. Il est passé de 30,4 en 1998 à 8,7 en 2004. Le degré de
stabilité politique a chuté de 10,9 en 1998 à 3,9 en 2004. Le degré d’efficacité du gouvernement a
grandement diminué de la même période, passant de 8,2 à 0,5. L’état de droit a connu la même
tendance, passant de 13 en 1998 à 2,4 en 2004. Il en est de même du degré de contrôle de la corruption
qui est fixé à 1 en 2004 tandis qu’il était de 13,7 en 1998.
54

Tableau #13:

Gouvernance et Corruption
Au niveau de la gouvernance, selon les dirigeants de l’ULCC, il peut-être constaté une certaine
stabilité politique facilitant un meilleur contrôle de la corruption. Ils prennent en exemple la question
de l’obligation redditionnelle où il existe des mécanismes juridiques formels (loi sur la déclaration du
patrimoine) et des institutions obligeant les gens à rendre compte. Ils questionnent toutefois
l’efficacité du gouvernement en matière de gouvernance, d’application des règles de droit et de la
qualité de la régulation, ensemble pour eux important quant au développement d’une stratégie
efficiente de lutte contre la corruption.
Les cadres supérieurs de la CSCCA développent sur la relation gouvernance/ corruption une
réflexion centrée sur le mode particulier de gouvernance de l’institution. Ils avancent les objectifs de
la CSCCA ne sont pas bien définis. C’est ce qui explique, selon eux, l’ingérence de la Banque

54
Cf., Document de l’ULCC, op.cit.,
_____________________________________________________
Page 31
Mondiale dans le processus de contrôle interne de la CSCCA.
De plus, la CSCCA reste tributaire en matière de gestion des décisions des autorités du
Ministère des Finances et de l’Economie. La CSCCA au vu de ces cadres doit définir les structures
opératoires de sa propre autonomie et indépendance par rapport à ce ministère. Ce qui faciliterait son
efficacité et renforcerait son pouvoir de contrôle en tant que l’un des piliers centraux de la lutte contre
la corruption. Pour lutter, déclarent-ils, contre la corruption il faut être techniquement fonctionnel.
Pour les responsables de l’UCREF, au plan de la gouvernance, il y a un effort de transparence
qui doit être fait au niveau de l’Etat. Il faut qu’il n’y ait pas de tradition deux comptabilités : une
comptabilité pour le fisc et une comptabilité pour l’entreprise, ce qui ouvre la porte à la corruption.
Dans le domaine de la corruption, les institutions étatiques créées à cette fin n’arrivent pas à
provoquer, à forcer l’obligation de rendre compte, à faire de l’imputabilité une obligation. Si tel était le
cas, le scandale de corruption et de détournement massif de fonds qu’on a récemment connu à l’ONA
serait très difficile de se produire.
La position de l’ex ministre de la Fonction Publique sur le rapport entre gouvernance et
corruption n’est nullement complaisante. Pour lui, la méthode de gouvernement est questionnable. Tels
qu’articulés les rapports politiques, c’est-à-dire ceux qui se nouent entre l’Etat et les différents groupes
sociaux, ne sont pas des rapports de domination au sens strict du terme. Il va plus loin en avançant
qu’au niveau des rapports de pouvoir entre différents groupes sociaux, il n’existe pas de rapport
d’exploitation mais des rapports de prédation. La logique sous-tendant ces rapports : prendre tout pour
soi sans se soucier des autres. Il fait exception de la sous-traitance où il existe des rapports à liaison
interne, des rapports d’exploitation réellement.
Cela explique que la gouvernance se fonde sur le clientélisme et les rapports sociaux se basent
sur l’exclusion. Fort souvent, dit-il, lorsqu’on arrive au pouvoir le premier réflexe est d’abord la mise à
l’écart de certains. Ainsi ce type de gouvernance encourage la corruption et ne garantit aucune stabilité
économique, même salariale. Ce qui conduit à l’intérieur de l’Etat à systématiser la pratique des
salaires à côté. N’ayant pas de stabilité salariale il devient "normal" de rechercher un salaire ailleurs
autre que celui que procure l’emploi régulier. D’où, pour lui, par son fonctionnement même, ce type de
gouvernance à base de clientélisme alimente la corruption.
Pour le membre influent du parti politique le pays est en train de faire la transition entre un
système de gouvernance autoritaire à un système de gouvernance démocratique. Cependant il constate
que malgré cette transition les modes anciens de gestion des affaires de l’Etat ont la vie dure. Ce qui
fait culturellement on est toujours dans le passé, il n’y a pas encore de nouvelles pratiques capables de
polariser la gouvernance sur quelque chose à laquelle elle pourrait s’y accrocher. Dans ce sens pour
combattre la corruption on doit réaliser, affirme t-il, la gouvernance administrative, rompre avec la
capacité que nous avons de marronner les standards qui alimentent la corruption.
Le responsable de l’ISC précise le concept de bonne gouvernance. Pour lui bonne gouvernance
implique : bon niveau de service, participation de la population. Il admet de ce côté-là quelques
avancées étatiques significatives telles : plus grand respect des lois, obligation redditionnelle. Il estime
que la lutte contre la corruption renforce le principe de l’imputabilité. Bonne gouvernance et lutte
contre la corruption vont ensemble, conclut-il.
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Page 32
2
ÈME
PARTIE
LA STRUCTURE INSTITUTIONNELLE DU SYSTÈME NATIONAL D’INTEGRITE
Cette partie présente les différentes institutions -- donc les piliers -- tant publiques que privées
du Système Nation d’Intégrité d'Haïti. Elle fait aussi certaines suggestions d’ordre organisationnel et
structurel pour optimaliser l’efficacité de certains piliers du système.
L’ADMINISTRATION PUBLIQUE
L’Administration publique constitue le cœur du système d’intégrité. Le service public est le
plus grand centre de travail du pays, l’État est le plus grand employeur du pays. Pour beaucoup,
travailler ou avoir un travail signifie tout simplement être fonctionnaire. De fait, l’Administration
publique est le lieu et l’objectif de tous les types de corruption. Fournir les services ne paraît pas
toujours être la fin du service public, mais l’opportunité offerte par la nation de se débrouiller à ses
dépens à un grand nombre de citoyens. On verra même des pans entiers de l’Administration être perçus
non comme fournisseurs de services au public, mais comme fournisseurs d’emplois qui seraient perçus
ailleurs comme fictifs et délictueux. L’intégrité d’un fonctionnaire semble portée comme un mal
honteux par celui qui en est affligé qui risque fort de passer comme un « vrai hypocrite ou un pauvre
imbécile » : ainsi répondait un citoyen à une question sur l’honnêteté des fonctionnaires haïtiens. La
perception de l’administration publique semble très négative et son rôle, primordial dans le système
d’intégrité, ne s’en trouve pas renforcé.
L’Administration publique nationale est définie comme étant l’ensemble des instances,
institutions et services publics créés par la Constitution et les lois, réparti entre Administration
publique d’État et Administration des collectivités territoriales. L’Administration publique d’État
comprend l’Administration centrale dépendant de l’exécutif et les instances dépendant des pouvoirs
judiciaire, législatif ou des institutions indépendantes.
Cadre juridique
Diverses législations et règlements complètent les dispositions relatives au fonctionnement des
agences de la fonction publique, tels :
• la Loi du 6 septembre 1982 portant uniformisation des structures, normes,
procédures et principes généraux de l’Administration publique Nationale
• la Loi du 19 septembre 1982 portant statut Général de la Fonction publique le décret
du 4 novembre 1983 portant organisation et fonctionnement de la Cour Supérieure
des Comptes et du Contentieux Administratif;
• le Décret du 23 octobre 1989 définissant sur une base rationnelle les normes et les
conditions de passation des marchés par les Pouvoirs publics ;
• la Loi du 26 septembre 1996 sur la modernisation des Entreprises Publiques ;
• le Décret du 17 mai 2005 portant Révision du Statut Général de la Fonction
Publique ;
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Page 33
• la Loi du 12 février 2008 portant sur la Déclaration de Patrimoine par certaines
catégories de Personnalités Politiques, de Fonctionnaires et autres Agents Publics.
• Les dispositions du Code Pénal (dans ses articles 144 à 147) réprimant la corruption
des fonctionnaires publics
• La Constitution de la République d’Haïti
Les lois, décrets ou décrets lois créant ou organisant les institutions indépendantes, les
entreprises publiques et les agences autonomes comportent des dispositions fixant le statut des
personnels concernés.
Les contractuels engagés en grand nombre dans diverses agences publiques pour des charges
traditionnellement occupées par des fonctionnaires ne sont pas membres de la Fonction Publique
(Article 2 de la loi du 19 septembre 1982).
La loi du 19 septembre 1982 précise que les agents de la Fonction Publique sont recrutés par
concours sur titres ou sur épreuves, pour assurer des chances égales à tous les prétendants à une
carrière publique. Toutefois, les divers agents ayant statut de fonctionnaire ou travaillant dans les
agences ou entreprises publiques sont rarement engagés selon la procédure rigoureuse prévue par cette
loi (Recrutement-Sélection-Stage-Nomination) De même, les procédures non moins précises fixées
pour le recrutement interne sont rarement suivies dans les différentes agences.
La promotion interne est également réglementée par cette loi. Les agents de la Fonction
Publique sont répartis en 4 catégories, chaque catégorie comprend 2 niveaux eux-mêmes subdivisés
en 3 classes qui elles comprennent divers échelons. Les concours professionnels sont requis pour la
promotion des agents de la seule catégorie B à l’intérieur de la catégorie ou pour le passage à la
catégorie A. Les conditions d’ancienneté sont déterminées pour l’avancement d’échelon ou de
traitement. Selon l’article 81, « le séjour minimum dans chaque échelon est de deux ans, le séjour
maximum est de quatre ans. L'agent de la Fonction Publique qui obtient pendant quatre (4) années
consécutives la notation non satisfaisante, perd le bénéfice de l'avancement automatique. »
D’un autre côté, les règles pour les contractuels engagés dans les agences publiques ne
semblent pas être les mêmes pour toutes les instances de l’administration d’État. Les contrats entre les
agences et leurs personnels contractuels sont de droit privé aux termes de la loi du 19 septembre 1982.
Le Chef de l’exécutif peut dans certains cas promouvoir un agent à titre exceptionnel ou
octroyer des gratifications. Aucune condition particulière n’est précisée pour ces deux types de
récompenses.
Les agents de la Fonction Publique peuvent exercer un recours en cas de sanction auprès de la
Cour des Comptes et du Contentieux Administratif.
L’article 238 de la Constitution et l’Article 7 de la loi du 20 février 2008 portant Déclaration de
Patrimoine par certaines catégories de Personnalités Politiques, de Fonctionnaires et autres Agents
Publics, fait obligation à divers fonctionnaires et agents publics de déclarer l’état de leur patrimoine au
greffe du Tribunal de Première Instance de leur domicile dans les trente (30) jours après leur entrée en
fonction et trente (30) jours après la fin de leur mandat ou fonction.
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Page 34
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratifs et l'Office du Protecteur du
Citoyen reçoivent régulièrement des doléances d’agents de la Fonction publique, mais les suites
données à ces requêtes ne sont pas documentées ici. Toutefois, durant l'année 2011, l'OPC a
commencé à publier régulièrement un Bulletin qui présente les dossiers traités.
Structures et ressources
Suivant les termes du décret du 17 Mai 2005 portant Organisation de l’Administration Centrale
de l’Etat, l’Administration Publique Nationale est constituée de l’ensemble des Instances, Institutions
et Services Publics créés par la Constitution et les lois de la République et répartis en
L'Administration d’Etat et l'Administration des Collectivités Territoriales.
L’Administration d’Etat comprend :
o L’Administration Centrale ;
o Les Instances du Pouvoir Judiciaire ;
o Les Instances du Pouvoir Législatif ;
o Les Instances des Institutions Indépendantes.
L’Administration Centrale regroupe toutes les instances de l’Administration d’État, à
l’exception de celles dépendant du Pouvoir Judiciaire, du Pouvoir Législatif, des Institutions
Autonomes et des Collectivités Territoriales.
Le Ministère de l’Économie et des Finances entretient un fichier central des agents émargeant
au budget de l’État au titre de la Fonction Publique. Toutefois, les contractuels engagés par les diverses
agences publiques ne sont pas membres de la Fonction Publique.
Le décret du 23 mai 2005 sur la préparation et l'exécution des Lois de Finances fixe les règles
fondamentales relatives à la nature, au contenu, à la procédure d'élaboration, de présentation et
d'adoption des lois de finances, ainsi qu'aux opérations d'exécution et de contrôle du budget de l'Etat.
Selon ce décret, la Loi de Finances initiale prévoit et autorise le programme d'action du
Gouvernement, pour un exercice fiscal, traduit en chiffres à travers un compte appelé «Budget
général» regroupant toutes les ressources et toutes les charges de l'Etat. Les Lois de Finances
rectificatives peuvent, en cours d'exercice, changer certaines dispositions de la Loi de Finances de
l'exercice.
Quant à la Loi de règlement c’est l'acte qui constate les résultats définitifs d'exécution de la Loi
de Finances de l'exercice. Elle tient compte des lois de finances rectificatives qui auraient été prises.
Suivant l’Article 227-1 de la constitution relative aux allocations votées dans la loi de Finances
« Les valeurs à tirer sur les allocations budgétaires ne pourront en aucun cas dépasser le douzième de
la dotation pour un mois déterminé, sauf en Décembre à cause du bonus à verser à tous les
Fonctionnaires et Employés Publics. »
La pratique de faire recruter par les agences gouvernementales extérieures d’assistance de
contractuels pour les agences de l’État est souvent dénoncée comme un facteur affaiblissant de l’État :
_____________________________________________________
Page 35
le personnel émargeant au budget extérieur semble professer en général une allégeance à l’entité
étrangère qui le paie et un désintérêt pour le service public qu’il réintègre avec dépit au terme de sa
tenure.
Le budget une fois publié devrait fournir les dernières indications sur les allocations réservées
aux rémunérations des agents de la Fonction Publique, ainsi que l’effectif réel de l’Administration
Publique, incluant les contractuels.
Obligations redditionnelles
L’article 19 de la Loi du 20 février 2008 protège la confidentialité des déclarations
patrimoniales.
Mécanismes d’intégrité, de transparence et de plainte
Les fonctionnaires (Titre VIII) font l’objet de dispositions précises destinées à prévenir la
corruption telles, l’obligation de déclarer leur patrimoine (Article 238), la capacité – l’obligation de
dénoncer les actes de malversation (whistleblowing) (Article 241), la répression de l’enrichissement
illicite (Articles 243 et 244) L’article 235 de la Constitution lie les fonctionnaires aux normes et à
l’éthique définies dans la loi sur la Fonction Publique. La loi du 20 février 2008 sur la déclaration du
patrimoine définit la liste des fonctionnaires soumis à la déclaration du patrimoine. Certaines lois
datant du XIX
ème
siècle qui prohibent la prévarication et l’enrichissement illicite sont encore en
vigueur, telles :
la Loi du 26 août 1870 sur l’hypothèque légale qui frappe les biens des comptables de
deniers publics;
la Loi du 21 juillet 1871 sur les peines prévues pour contrecarrer le mépris des lois
fiscales;
la Loi du 15 août 1871 sur le refus ou la négligence de fonctionnaires de communiquer
les pièces comptables de leur gestion;
D’un autre côté, le Titre VIII de la Constitution et la loi du 19 septembre 1982 sur la Fonction
Publique interdisent clairement le cumul des charges dans la Fonction Publique. Le contrôle du
Ministère de l’Économie et des Finances n’empêche pas certains fonctionnaires de cumuler : la
signature de contrats avec une ou plusieurs entités d’État permet à un fonctionnaire (ou à un retraité de
l’Administration publique) d’émarger à plusieurs reprises au budget de l’État.
Si les dénonciations d’actes de corruption par des fonctionnaires sont rendues obligatoires par
la Constitution, aucun mécanisme connu n’a été retrouvé dans la législation régissant la Fonction
Publique.
Relations avec les autres piliers
La Constitution et les lois définissent clairement les relations entre l’Administration et les
autres piliers. Toutefois, on peut questionner la pratique et l’application des textes légaux et
règlementaires. Le poids de l’exécutif, les relations entre l’exécutif et le législatif, les faibles salaires,
l'acceptation du concept « Voler l’État n’est pas voler » ; l’éthique des médias, l’absence d’une presse
d’investigation, sont autant de questions soulevées durant l’enquête dans l’optique d’appréhender le
_____________________________________________________
Page 36
rôle que joue réellement aujourd’hui ce pilier dans le Système National d’Intégrité.
Le pouvoir exécutif a la réputation de peser lourdement sur l’intégrité de ce pilier. Il serait bon
de trouver les éléments objectifs permettant de démontrer comment s’exerce la pression corruptrice
de l’exécutif sur l’administration publique.
L’ULCC a entrepris plusieurs actions contre des membres de l’administration publique
incriminés (ou dénoncés par la rumeur publique ou des particuliers) dans des actes de prévarication.

LE POUVOIR EXÉCUTIF
Le pouvoir Exécutif, selon l’article 133 de la Constitution, est exercé par :
a) le Président de la République, Chef de l'Etat;
b) le Gouvernement ayant à sa tête un Premier Ministre.
Si les élections présidentielles ont permis l’élection de Présidents dont la légitimité aura été
acceptée, les élections législatives ont rarement pu donner naissance à un gouvernement constitué par
un Premier Ministre issu d’un parti majoritaire au Parlement. Les accommodements politiques auront
été à l’origine de la plupart des cabinets ministériels depuis 1987. Les conséquences sur la structure du
pilier exécutif semblent importantes, mais ne facilitent pas un profilage du personnel ou une
caractérisation idéologique précise des responsables exécutifs qui ont tenu ce pouvoir depuis la
création du pouvoir exécutif bicéphale.
Cadre juridique
L’article 136 de la Constitution stipule que le Président de la République est Chef de l'Etat,
veille au respect et à l'exécution de la Constitution et à la stabilité des institutions. Il assure le
fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. Tous les actes du
Président de la République hormis la nomination du Premier Ministre, sont contresignés par
l’ensemble des Ministres qui en sont solidairement responsables. Le Président de la République, qui
dispose de pouvoirs de nomination étendus est obligé d’associer soit le Conseil des Ministres, soit le
Parlement ou même les deux au choix de divers responsables de la structure exécutive et d’autres
piliers publics (tel que dans les Articles 142 – nomination du Commandant en Chef de la Police-, 142 –
nomination des Directeurs généraux, des délégués et vice-délégués et les Conseils d’Administration
des organismes autonomes, 175, - juges).
Le Gouvernement, (Article 155) est composé du Premier Ministre, des Ministres et des
Secrétaires d'Etat. Le Premier Ministre est le Chef de Gouvernement. Le Gouvernement conduit la
politique de la Nation. Il est responsable devant le Parlement dans les conditions prévues par la
Constitution. Depuis 1987, seulement deux Premiers Ministres sont issus d’un parti majoritaire au
Parlement.
Divers décrets du Gouvernement Latortue ont étendu ou fixé les pouvoirs du Premier Ministre.
Ainsi, la prérogative accordée traditionnellement au Chef de l’Exécutif de nommer et de révoquer à
tous les postes de l’Administration publique et reprise dans la loi du 19 septembre 1982 est-elle
transférée au Premier Ministre dans le décret du 17 mai 2005.
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Page 37
Les attributions des ministres sont fixées par la Constitution et les diverses lois organiques des
différents ministères. Toutefois, certains ministères créés dans les deux dernières décennies ne sont pas
régies par des lois spécifiques, tels les Ministères de la Condition Féminine et aux Droits de la Femme,
le Ministère de l’Environnement, le Ministère des Relations avec le Parlement et le Ministère des
Haïtiens vivant à l’Étranger. Les Gouvernements récents ont modifié de manière relativement libre les
attributions et niveaux de diverses agences ministérielles. Le Ministère de l’Éducation Nationale, de la
Jeunesse et des Sports a été transformé en Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation
Professionnelle et sa Secrétairerie d’État à la Jeunesse et aux Sports élevé au rang de Ministère
(Ministère de la Jeunesse, des Sports et à l’Action civique). Les ministères de la Culture et de
l’Environnement ont été brièvement ramenés au rang de Secrétairerie d’État. Le décret du 17 mai
2005 définit l’organisation des ministères. Le pouvoir de nomination des ministres est également
consigné dans la Constitution qui les oblige au respect des conditions prévues par la loi sur la Fonction
Publique. D’un autre côté la Constitution consacre un titre entier (le Titre VII) à l’organisation et à la
gestion des Finances publiques, en sus des autres dispositions consacrant les pouvoirs de l’exécutif en
matière budgétaire.
Structures et Ressources
La Constitution fixe à 10 le nombre minimal de ministres qui doivent constituer le
Gouvernement, mais ne limite pas la taille maximale du Gouvernement de la République. D’un autre
côté, les pouvoirs régionaux créés par la Constitution n’ont pas encore été structurés. Le
Gouvernement actuel est constitué de 16 ministères. Les ministères disposent des ressources allouées
par les lois de finances votées pour chaque année fiscale par le Parlement. Le Budget de la République
est quasi régulièrement voté, avec un retard prolongé, par les Chambres convoquées à l’extraordinaire
par le Président de la République. Le budget antérieur est alors reconduit automatiquement selon le
vœu de la Constitution jusqu’à l’adoption d’une nouvelle Loi de Finances.
Des mécanismes doivent être établis pour mettre en évidence l’existence des fonds
discrétionnaires, des fonds secrets, frais de recherche ou de renseignement et autres caisses noires
pour casser l’opacité qui entoure la pratique des dépenses budgétaires.
Obligations redditionnelles
Tous les ans, le Président de la République est tenu de faire le bilan de l’activité
gouvernementale dans un message à la Nation par devant les deux Chambres réunies en Assemblée
Nationale (Article 151 de la Constitution). Cet exposé ne donne lieu à aucun débat.
Le Premier Ministre peut être interpellé par les Chambres et son exposé sur sa politique
générale soumis à un vote de censure. Le vote négatif peut aboutir au renvoi du Gouvernement. Après
les émeutes d’Avril 2008, le Sénat a ainsi renvoyé le Gouvernement de M. Jacques Édouard ALEXIS.
L’interpellation d’un ministre peut également aboutir à son renvoi. A plusieurs reprises le Président de
la République a dû démettre des ministres censurés par l’une ou l’autre des Chambres.
Les délibérations du Conseil des Ministres ne sont pas connues du grand public. Le Ministère
de la Culture et de la Communication, responsable de la politique de communication du gouvernement
a joué, dans les premières années de la décennie, le rôle de Porte parole du Gouvernement, en la
personne de son Secrétaire d’État à la Communication. Le Bureau du Premier Ministre entretient une
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Page 38
cellule de communication qui diffuse les communiqués du Premier Ministre ainsi que des
documentaires présentant divers aspects de l’action gouvernementale sur différents supports
médiatiques.
Pour renforcer la présence médiatique de l’État, un effort a été entrepris pour adjoindre au
bihebdomadaire officiel le Moniteur une structure électronique qui permettrait d’assurer une plus
grande transparence. Depuis la réorientation des médias d’État supports traditionnels de la propagande
des groupes au pouvoir, un projet de gouvernement électronique (e-gouvernement) a été proposé pour
rendre l’accès des services publics et de l’information sur l’action étatique plus proches des citoyens.
Mécanismes d’intégrité, de transparence et de plaintes
La Constitution a créé des mécanismes d’intégrité de transparence et de plaintes. Le Président
de la République, les membres du Gouvernement sont tenus par elle de déclarer l’état de leur
patrimoine au greffe du tribunal de première instance de leur domicile dans les trente jours suivant leur
entrée en fonction et encore dans les trente jours suivant la fin de leur mandat. De surcroît, la loi sur la
Déclaration obligatoire du patrimoine dresse une liste des agents publics astreints à la déclaration du
patrimoine.
La Constitution interdit aux Directeurs Généraux des agences publiques de se présenter à un
poste électif moins d’un an après la fin de leur tenure ou charge. Elle liste un certain nombre
d’incompatibilités avec les fonctions gouvernementales. Les membres du Gouvernement ne peuvent
exercer un mandat électif ni un emploi public autre que dans l’enseignement supérieur (Article 168).
Relations avec les autres piliers
Le poids du pouvoir exécutif – notamment l’omnipotence du Président de la République -- a
souvent été cité comme jouant un rôle fondamental sur l’état de la corruption dans le pays. Toutefois,
la Constitution de 1987 a créé divers mécanismes de contrôle du pouvoir exécutif. Le Président de la
République n’est plus le chef du gouvernement et s’il peut nommer à tous les postes non électifs de
l’État, il n’est plus toujours habilité à désigner souverainement à ces postes. Le Premier Ministre, le
Parlement ont le pouvoir constitutionnel de choisir les dirigeants des responsables du gouvernement,
de l’appareil judiciaire, de l’armée, des structures d’audit que le Président a le devoir de nommer. Plus
récemment, des nouvelles lois telles que celle créant le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, font
intervenir divers autres piliers notamment la Société civile, dans la constitution de certaines structures
d’État. Le Premier Ministre a toujours -- depuis la création de cette fonction, sauf en 2001 et 2002 --
été désigné par le Président de la République après consultation du Président de l’Assemblée
Nationale, dans l’absence régulière d’une majorité parlementaire reconnue. D’une manière générale, en
dehors des périodes de gouvernements de fait, les mécanismes de nomination impliquant les divers
piliers ont été respectés par le Président de la République.
Le Pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ont tous les deux l’initiative des lois : Le Conseil
des ministres et les membres du Parlement peuvent soumettre respectivement des projets ou des
propositions de lois. Les mécanismes de réconciliation des projets entre l’exécutif et le législatif sont
encore réduits à la plus simple expression, le mécanisme de conciliation prévu par la Constitution
n’ayant pas encore été mis en place. Les relations entre les deux pouvoirs sont définis par la Charte.
L’Exécutif ne peut dissoudre les Chambres et le pouvoir de renvoyer les ministres ou le Gouvernement
_____________________________________________________
Page 39
en entier est systématiquement rappelé par les deux chambres dont les membres peuvent poser la
question de confiance. En 2008, un ministre a été renvoyé puis le gouvernement entier a été renversé à
l’initiative du Parlement intervenant à l’initiative respective de 99 députés et 15 sénateurs.
L’interprétation du pouvoir Constitutionnel de contrôle parlementaire de l’exécutif par le Parlement
suscite régulièrement des crises entre les deux pouvoirs.
Un Haut Conseil du Pouvoir Judiciaire a été récemment créé et sa mise en place est en cours.
Une enquête sur l’intégrité des membres désignés a été engagée et l’exécutif devrait l’installer durant
l’année 2009. L’indépendance du système judiciaire par rapport à l’exécutif devrait être renforcée avec
l’entrée en fonction de cette instance.

LE POUVOIR LÉGISLATIF
Le rôle du pouvoir législatif comme pilier du système national d’intégrité paraît essentiel : le
parlement bicaméral institué par la Constitution est doté de pouvoirs de contrôle sur pratiquement tous
les secteurs de la vie de la nation. La constitution l’a doté de prérogatives particulières pour le protéger
des pressions de l’Exécutif. Mais plus significative encore est la perception de ses propres membres
que son rôle et sa fonction primordiale est le contrôle de l’exécutif, la répression de la corruption au
sein de l’exécutif. Légiférer, est selon un membre de la chambre basse, une activité secondaire des
parlementaires.
Structure et ressources
Le Sénat est organisé en autant de commissions permanentes qu’il existe de portefeuilles
ministériels auxquels s’ajoutent les commissions spécialisées
55
. Les commissions ad hoc.
Le décret électoral pour les élections du 3 février 2005 a fixé le nombre de circonscriptions
législatives pour la Chambre des députés à 99
56
.
Il existe dans chacune des chambres des Commissions Anti-corruption et Ethique qui exercent
régulièrement leur pouvoir et de fait convoquent des personnalités du gouvernement
57
ou du monde
des affaires à fin d’enquêtes.
58

L’organisation de la Chambre des Députés est identique à celle du Sénat. Le Président de la
Chambre des Députés est vice-président de l’Assemblée Nationale.
La loi de Finances fournit les ressources financières des deux chambres et autorise chacun des
membres du parlement à recruter des assistants appelés « consultants ». En fait chaque parlementaire
dispose d’un cabinet réduit, mais les cabinets des membres du bureau sont plus étoffés en quantité et
en qualité.
Depuis le gouvernement établi par le coup d’État de 2004, le parlement bénéficie du soutien
financier d’au moins une agence gouvernementale étrangère qui le pourvoit en personnel technique –

55
Liste des commissions du Sénat et liste des commissions de la Chambre des Députés
56
Article 157du décret électoral de 2006 Liste des circonscriptions électorales (http://www.cep-ht.org/loielectoral.html)
57
Dossier de presse
58
ibidem
_____________________________________________________
Page 40
consultants- et logistique.
59
Le décret sur le statut général de la Fonction Publique exclut les
contractuels du Parlement du cadre de l’Administration publique centrale. D’une manière générale, le
personnel recruté par le(s) projet(s) de soutien au parlement ne se considère pas comme dépendant du
Parlement, mais se définit comme appartenant à l’agence étrangère qui lui verse son salaire
60
.
Obligation redditionnelle
Le pouvoir de contrôle du Parlement sur l’ensemble des autres piliers publics paraît très
grand, quoiqu’il paraisse plus réservé sur le judiciaire que sur l’exécutif ou les gouvernements locaux
et régionaux. Le Parlement peut selon l’article 118 de la Constitution, enquêter sur les questions dont
elle est saisie. Le pouvoir de contrôle du Parlement est effectivement très étendu et exercé de manière
très indifférenciée. Le parlement convoque même les juges d’instruction sur des enquêtes impliquant
des députés ou des sénateurs.
Mécanismes d’intégrité, de transparence et de plaintes
Le parlement ne peut être renvoyé, ses membres jouissent d’une immunité de fonction très
étendue et aucune disposition particulière de contrôle du parlement n’est prévue dans la Constitution.
Diverses dispositions constitutionnelles couvrent l’indépendance formelle du pouvoir législatif. Les
membres du Parlement sont les seuls à faire l’objet d’une amnistie de fonction, garantie par non moins
de quatre articles de la Constitution (Articles 114, 114.1, 114.2 et 115). La Constitution paraît moins
riche en dispositions garantissant la transparence au Parlement. Il faudra aller aux règlements des
Chambres, selon la Constitution (Article 112 et 112.1) pour trouver les dispositions règlementaires
prévenant ou réprimant les délits des parlementaires. Si les membres des autres pouvoirs peuvent être
accusés et jugés par la Haute Cour de Justice, les parlementaires ne sont justiciables d’aucune instance
autre que les tribunaux de droit commun, ni d’aucune instance de supervision externe.
Les parlementaires ne sont pas exemptés de la déclaration de patrimoine.
Relations avec les autres piliers
Le pouvoir de contrôle et d’enquête dont jouit le parlement domine les rapports de cette
institution avec les autres piliers. La manière dont il est exercé imprime une tension quasi permanente
dans ces relations. Les mécanismes permettant une action conjointe de l’institution parlementaire et
d’autres piliers sont mal connus s’il en existe. Toutefois, d’une manière générale, le Parlement
participe selon les règles au choix des responsables que la Constitution le charge de désigner au
Président de la République pour nomination.
L’évaluation des deux Chambres en tant que pilier du SNI doit être réalisée en profondeur, tant
sont floues les règles déterminant l’action du parlement en tant que pilier, l’exercice du contrôle
parlementaire et ses limites, les obligations redditionnelles et les mécanismes d’intégrité. Certaines
réponses exigées dans les termes de référence ont pu être dégagées de la littérature rassemblée. La
couverture médiatique en ce qui concerne le parlement est de nature évènementielle. Aucun
questionnement de l’action parlementaire selon les critères retenus dans les directives de l'enquête n’y

59
Projet Appui au Parlement de l’USAID
60
Déclaration confidentielle d’un contractuel USAID du projet de soutien au parlement. Le contractuel refuse d’être cité par crainte de
représailles.
_____________________________________________________
Page 41
a été relevé par la presse. Il conviendrait de réaliser une table ronde sur la question afin de donner
des réponses satisfaisantes à cette évaluation.
LES PARTIS POLITIQUES
L’étude des partis politiques en tant que pilier du Système National d’Intégrité est rendue très
complexe du fait de l’absence de documentation sur la structure de ces entités, de l’inexistence de
données fiables sur les effectifs. Le poids politique des partis ne peut être correctement évalué à l’aune
des résultats des élections générales de 2006 et de 2010/11. Toutefois, il est clair que la prolifération
de partis et de groupes politiques nuit à la stabilité politique ; que la plupart des partis confrontent des
problèmes d’organisation, de capacité de mobilisation et de contraintes financières. On constate aussi
un déficit de transparence en ce qui a trait au financement des partis politiques et des campagnes
électorales donnant lieu une perception de provenance malsaine de fonds et de l’achat d’influence par
des secteurs criminels.
Cadre juridique
La Constitution consacre le pluralisme politique dans son article 31.1 dans la section sur la
liberté d’expression et de réunion : « Les partis et regroupements politiques concourent à l'expression
du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la
souveraineté nationale et de la démocratie. La loi détermine leurs conditions de reconnaissance et de
fonctionnement, les avantages et privilèges qui leur sont réservés. »
La loi du 9 juin 1985 règlementant les partis politiques ayant été rapportée par le Conseil
National de Gouvernement (CNG)
61
, les partis politiques sont encore régis par le décret du 30 juillet
1986. Une législation portant sur la formation, le fonctionnement et le financement des partis
politiques et regroupements politiques a été votée par la Chambre des Députés le 30 juillet 2009. Elle
est toujours à l’étude au Sénat.
Une évaluation spécifique des partis et regroupements politiques à la lumière des critères
d’intégrité et de transparence ne serait pas tout a fait superflue pour bien déterminer leur contribution
et leur rôle dans le système.
LE CONSEIL ÉLECTORAL PROVISOIRE
En instituant un Conseil Électoral chargé de l’organisation des élections à tous les niveaux, la
Constitution a voulu enlever au pouvoir Exécutif toute tentation de pervertir au profit du régime en
place les consultations dans lesquelles le peuple haïtien est sensé exprimer sa souveraineté. Depuis
l’entrée en vigueur de la Constitution le 29 mars 1987, le Conseil électoral permanent n’a jamais vu le
jour. Hormis le Conseil Électoral Provisoire installé selon la lettre de la Constitution, tous ceux qui se
sont succédés sous le même vocable depuis 1988 ont été le fruit d’arrangements politiques et n’ont pas
été créés suivant les procédures prévues dans la Constitution, ne serait-ce que de manière formelle. Le
CEP d’aujourd’hui est une institution de fait.
Il y a lieu de procéder à une évaluation approfondie du CEP selon les termes du SNI ne serait-
ce que pour mettre à la disposition de l’institution future un ensemble de garde-fous, usinés à la

61
Décret du 30 juillet 1986 sur les partis politiques
_____________________________________________________
Page 42
lumière des travers reconnus ou des points forts des divers CEP dans la gestion des élections depuis
1987. La pertinence d’une évaluation globale du CEP en tant que pilier du SNI aujourd’hui peut être
légitimement questionnée.
LE POUVOIR JUDICIAIRE
Des grands piliers institutionnels, le pouvoir judiciaire semble paradoxalement le plus connu du
grand public, du paysan le plus pauvre au plus madré des gens d’affaires, à un moment ou à un autre,
les références à la justice, aux mécanismes judiciaires et aux procédures légales semblent familières,
soit pour en avoir été victimes ou acteurs, soit pour en tirer parti ou s’y appuyer quand ce n’est pas
pour chercher à en contourner l’action pour se soustraire à la rigueur qu’on pourrait en attendre. Un
grand nombre de pratiques communes illégales ordinairement effectuées au grand jour avec l’aide
d’officiers publics peuvent être considérées comme signes que des rapports particuliers sont établis
entre le système judiciaire et les justiciables de toutes catégories spéciales. Toutes semblent maintenir
un contact quelconque même fugace avec le système judiciaire. En tous cas, les concepts de « justice»
comme élément régulateur de la société semble étranger à peu de citoyens rencontrés. Toutefois, la
confiance dans le système ne semble pas généralisée. La réputation des membres du pouvoir judiciaire
ne semble pas très grande. Les rapports avec les justiciables sont souvent incompréhensibles et les
pratiques des officiers de justice passablement troublants. Des coutumes ou des règlements paraissent
même corruptrices : telle celle de payer directement et illico à un juge de paix une somme conséquente
pour qu’il consente à se déplacer pour un constat légal. La victime d’un incendie criminel ou d’un vol
se voit obligé de trouver deux mille cinq cent gourdes pour que le juge de paix accepte de remplir son
office. Il faut avouer qu’il y a quelque chose de pourri dans le système judiciaire. La perception très
négative de corruption généralisée dans le système judiciaire avilit et affaiblit ce pilier majeur du
Système National d’Intégrité.
Cadre juridique
La Constitution consacre le caractère indépendant du pouvoir judiciaire dans son article 59 c un
fondement essentiel de l’État civil. Le Chapitre IV du Titre V est consacré à sa définition et à son
organisation.
Le pouvoir judiciaire est un pilier du premier ordre du système national d’intégrité : à la fois
cible de la corruption et recours contre les contrevenants, le système judiciaire est incontournable dans
l’évaluation de l’ensemble du système haïtien d’intégrité. La corruption du système, qui semble avoir
crû avec le trafic de la drogue dans notre région, a pris une telle importance que de manière unanime
les différentes sphères de la société nationale et la Communauté internationale la dénoncent et
réclament une réforme en profondeur du système. La réforme de la formation des membres du corps
judiciaire a été entamée avec la création de l’École de la Magistrature. Un décret de 2005 a créé le
Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire pour permettre une gestion du pouvoir judiciaire par une entité
indépendante de l’Exécutif. Cela devrait accroître l’indépendance du pouvoir judiciaire dont la gestion
administrative et financière était confiée au pouvoir Exécutif.
Structure et Ressources
Le pouvoir judiciaire est exercé par :
• Une Cour de Cassation de 9 membres nommés pour dix ans par le Président de la
_____________________________________________________
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République. Pour chaque poste à pourvoir le Sénat doit proposer trois noms au
Président de la République. La Cour de Cassation est un maillon important du
Système National d’Intégrité dans ses rapports avec les autres piliers, parce
qu’elle se prononce notamment sur l’inconstitutionnalité des lois, les conflits
d’attribution, etc.
• Les Cours d’Appel siégeant dans chacun des départements. Les membres de la
Cour d’appel sont également nommés pour 10 ans par le Président de la
République sur une liste soumise par les Assemblées départementales.
• Les Tribunaux de première instance sont nommés sur une liste également soumise
par les Assemblées départementales.
• Les tribunaux de paix dont les juges sont proposés au Président de la République
par les assemblées communales.
• Les tribunaux spéciaux.
• le Sénat érigé en Haute Cour de Justice se prononce sur les délits commis par le
Président de la République, les membres du Gouvernement, les membres du
Conseil Électoral Permanent et de la Cour Supérieure des Comptes et du
Contentieux Administratif, les juges et officiers du ministère public près la :
o la Cour de Cassation (pour forfaiture uniquement), le Protecteur du Citoyen,
après ;
o la mise en accusation est votée par la Chambre des Députés.
Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, créé par la Loi du 17 décembre 2007, est chargé de
la gestion et de la discipline des membres du système judiciaire. Il est constitué du:
• Président de la Cour de Cassation,
• d’un Juge de la Cour de Cassation,
• Le Commissaire du Gouvernement près de la Cour de Cassation
• d’un Juge de la Cour d'Appel,
• d’un Juge de Tribunal de Première Instance,
• d'un Officier du Ministère Public près le Tribunal de Première Instance,
• d'une Personnalité de la Société Civile,
• d'un Bâtonnier.

L’installation du CSPJ devrait parachever l’indépendance du pouvoir judiciaire et sa capacité de
gestion interne. Ce dossier est l’un des plus importants dont l’issue peut être déterminante pour la
_____________________________________________________
Page 44
réforme de la justice. En effet, selon un ancien Ministre de la Justice
62
, de la mise sur pied du CSPJ
peut dépendre tout l’avenir du système….
• Initiation du processus de l’indépendance de la magistrature
• Vers la constitution d’un réel pouvoir judiciaire
• L’article 59 de la loi sur le Statut de la Magistrature stipule ce qui suit:
• “Il est tenu pour chaque juge et officier du Ministère Public un dossier
administratif individuel. Ce dossier est tenu au Conseil Supérieur du
Pouvoir judiciaire. Une copie du dossier est conservée au secrétariat de
l’autorité chargée de l’évaluation et à la Direction des Affaires judiciaires
du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique. Il doit comporter
l’intégralité des pièces intéressant la situation administrative du magistrat
et être accessible à celui-ci sur simple demande.”

Obligations redditionnelles
Aucun citoyen haïtien ne semble ignorant des structures judiciaires, même si la relation avec le
système judiciaire paraît toujours à son désavantage, le citoyen n’est étranger au langage de la justice
et rappelle à la première occasion sa capacité de faire appel aux tribunaux. Le pouvoir judiciaire aussi
décrié qu’il peut être, n’est pas seulement de manière formelle un pilier du SNI.
L’État garantit l’accès de tous à la justice et aux tribunaux où les audiences sont publiques le
huis clos ne peut être prononcé dans les cas de délit politique et de délit de presse. Les audiences
peuvent être tenues à huis clos sur décision du tribunal, selon la Constitution (Article 180) seulement
dans l’intérêt de l’ordre public et des bonnes mœurs. De plus, même aujourd’hui où le Créole et le
Français sont langues officielles, une coutume datant de l’époque où le Français était langue officielle
unique, perdure. L’interrogatoire d’un prévenu se fait indirectement car seul le Président s’adresse à ce
dernier dans la langue que celui-ci est censé comprendre.
Mécanismes d’intégrité, de transparence et de plaintes
Les membres du pouvoir judiciaire sont quasiment tous tenus à la déclaration de patrimoine
63
:
a) Le Président, le Vice-président et les Juges de la Cour de Cassation de la République, ainsi que le
Commissaire du Gouvernement et ses Substituts près cette Cour et tous les autres membres du Conseil
Supérieur du Pouvoir Judiciaire; b) Les Présidents et Juges des Cours d’Appel du Pays ainsi que les
Commissaires du Gouvernement et leurs Substituts près ces Cours ; c) Les Doyens, les Juges et les
Juges d’Instruction des Tribunaux de Première Instance du pays ainsi que les Commissaires du
Gouvernement et leurs Substituts près ces Tribunaux ; d) Les Juges de paix et leurs suppléants. »)
Relations avec les autres piliers
Le renforcement du pouvoir judiciaire par une épuration des ses cadres, l’amélioration de la
formation des magistrats, l’augmentation des ressources financières pour le système et enfin la mise en
place du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire sont autant d’amélioration recherchées et soutenues

62
Me. Jean-Joseph Exumé – allocution à Harvard University – novembre 2010
63
Article 7 de la loi sur la déclaration obligatoire de patrimoine
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par l’ensemble des autres piliers du SNI.
LES AGENCES DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
La plus ancienne des agences de lutte contre la corruption date de 1957. Elle demeure encore
aujourd’hui assez peu connue en dehors des cercles liés à la haute administration publique : La Cour
Supérieure des Comptes associée à toutes transactions des agences publiques est encore plus connue
que les agences plus jeunes telles l’UCREF. Le rôle de ces agences
Ce pilier rassemble les agences chargées de traquer les délits de corruption. On peut y
rassembler les entités qui d’une action concertée ou isolée contribuent directement au SNI :
• La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCA)
• L’Unité de lutte contre la Corruption (ULCC)
• L’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF)
• La Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP)
• L’Inspection Générale des Finances (IGF)
• Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ)
• Le Conseil Supérieur de la Police Nationale CSPJ)
Institutions d’audit : Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif est depuis sa création en
septembre 1957 l’organe suprême d’audit de la République.
Cadre juridique
Le Chapitre II du Titre VI de la Constitution en fait une juridiction financière, administrative,
indépendante et autonome. Elle est chargée du contrôle administratif et juridictionnel des recettes et
des dépenses de l'Etat, de la vérification de la comptabilité des Entreprises de l'Etat ainsi que de celles
des collectivités territoriales.
En outre, selon l’article 200.1: La Cour Supérieure des Comptes du Contentieux Administratif
connait des litiges mettant en cause l'Etat et les Collectivités territoriales, l'Administration et les
fonctionnaires publics, les services publics et les administrés. Ses décisions ne sont susceptibles
d'aucun recours sauf, de pourvoi en cassation.
Selon l’article 200.4 de la Constitution, « La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
administratif participe à l'élaboration du Budget et est consultée sur toutes les questions relatives à la
législation sur les Finances Publiques et sur tous les Projets de Contrats, Accords et Conventions à
caractère financier et commercial auxquels l'Etat est partie. Elle a le droit de réaliser les audits dans
toutes administrations publiques. »
Le décret du 23 novembre 2005 portant organisation et fonctionnement de la Cour Supérieure
des Comptes et du Contentieux Administratif fixe le cadre de l’action de l’organisme en matière
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Page 46
d’audit.
Structure et ressources
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif comprend deux sections:
1) la section du Contrôle financier;
2) la section du Contentieux administratif.
La CSCCA est de toute évidence une institution parmi les plus importantes du SNI avec sa
double mission d’audit et de tribunal administratif. Toutefois, le nombre d’arrêt de débet
prononcé par la cour (2) durant un demi siècle de gabegie administrative et de malversations au
niveau de l’Etat laisse comprendre que la CSCCA est incapable – faute de moyen ou de volonté
politique réelle ? --de remplir son mandat.

LES MÉDIAS
La liberté de la presse est certainement l’un des plus importants acquis démocratiques depuis le
renversement de la dictature duvaliériste. Cet acquis doit être défendu constamment parfois au prix du
sang. Jean Dominique et Brignol Lindor sont des exemples de journalistes assassinés à qui justice n'a
jamais été rendue.
En dehors des menaces de violences physiques, la plupart des médias sont d'une façon ou d'une
autre prisonniers de contraintes financières.
Ces deux catégories de menaces conduisent à une limitation certaine de la liberté de la presse.
Cadre juridique
L’article 28 de la Constitution de 1987 garantit la liberté d’expression et plus spécifiquement la
liberté de la presse.
Par ailleurs, le Décret du 31 Juillet 1986 sur la Presse rapportant le décret du 31 Mars1980, tout
en garantissant la liberté de la presse, réglemente les organes et entreprises de presse ainsi que la
profession de journaliste.
Structure et Ressources
Outre le mode de transmission de l'information, les média peuvent être classés en :
• médias d'État : Radio Télévision Nationale d'Haïti,
• médias religieux : Catholiques (Radio et Télé Soleil, Bon Nouvèl etc.) ou
protestants (Radio et Télé Lumière, Radio … etc.),
• médias privés : de nombreuses stations de radio opèrent partout au pays, des stations
de télévision opèrent également à Port-au-Prince, dans les grandes villes de province
et dans la diaspora, les deux seuls quotidiens à grand tirage sont basés à Port-au-
Prince.
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Page 47
• médias communautaires : les média communautaires comptent surtout une
cinquantaine de stations de radio assez dispersés géographiquement.
La liberté de la presse est affectée par les pressions du pouvoir exécutif dans le cas des média
d'État, par les craintes de coupures des riches compagnies ou institutions pourvoyeuses de publicités.
La concurrence étant très ardue, les média peuvent difficilement ne pas s'autocensurer. Seuls, peut-être
les radio communautaires peuvent jouir d'une certaine indépendance. Même là, une pratique courante
d'offrir des frais aux journalistes pour couvrir un événement ou un sujet donné, oriente hors de tout
doute le traitement des faits de sorte à donner une vision plus positive au commanditaire. Cette
pratique est renforcée par la situation financière peu enviable des journalistes. En effet un reporter
expérimenté d'une radio à forte écoute de Port-au-Prince a un salaire mensuel de 15.000 gourdes soit
US 375$. Difficile de ne pas succomber à la tentation d'exécuter des contrats tacites pour orienter sinon
déformer l'information.
L'internet constitue certainement un médium qui, même lorsqu'il n'est accessible qu'à une faible
proportion de la population, permet d'offrir une plus grande diversité dans l'information. Les réseaux
sociaux qui leur font concurrence obligent certainement les médias traditionnels à couvrir plus
objectivement certains thèmes sensibles, thèmes qui autrement auraient subi des déformations dues aux
contraintes que nous venons de mentionner.
Plusieurs associations réunissent les acteurs des média. On peut citer comme les plus
importantes l'Association des Journalistes Haïtiens (AJH), l'Association Nationale des Médias Haïtiens
(ANMH) qui regroupe les propriétaires de média, l’Association des Médias Independants (AMI),
l'Asosyasyon Medya Kominotè Ayisyen (AMEKA), Rasanbleman Medya pou Aksyon Kominotè
(RAMAK).
Obligations redditionnelles
La Radio-Télévision Nationale d'Haïti est soumise au contrôle du gouvernement. Son Directeur
Général rend compte à son Ministre de tutelle, le Ministre de l'Information, mais est nommé par le
Président de la République qui peut le révoquer à tout moment. Le Parlement peut appeler le Directeur
Général ou son Ministre de tutelle pour explications mais, étant donné le pouvoir de nomination et de
révocation, ces média ne sont objectivement redevables qu'au Palais National ; même pas à leur
Ministre de tutelle.
Pour leur part, les associations n'ont pas de pouvoir contraignant vis-à-vis des journalistes ou
des propriétaires de média privés.
Mécanismes d’intégrité, de transparence et de plaintes
Les média d'État, vue leur structure, ne peuvent être libres. Trop souvent, ce sont des
instruments de propagande pour la Présidence.
En l'absence de tout code de conduite contraignant, seul le décret du 31 juillet 1986 peut être
utilisé en cas de plainte. Ses articles 15 à 23 régissent le délit de presse et le droit de réponse.
En ce qui a trait aux atteintes à la liberté de la presse, les association telles l’AJH ou SOS-
Journalistes interviennent pour supporter les journalistes qui autrement seraient complètement démunis
face au pouvoir des autorités étatiques par exemple.
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Relations avec les autres piliers
Ce n'est pas sans raison que les médias sont qualifiés de quatrième pouvoir. Ils permettent à la
population d'être informée au jour le jour sur les actions menées non seulement par les trois autres
pouvoirs mais aussi par les autres piliers du système d'intégrité. Malgré les faiblesses mentionnées, les
médias agissent dans la lutte pour l’intégrité en publiant les cas de corruption.
Sans les médias, il est fort peu probable que l'ensemble de la population ait eu des informations
sérieuses sur les origines de l'épidémie de choléra par exemple.
Un autre exemple du rôle important joué par les médias est la constitution de « Ayiti Kale Je »
(http://www.ayitikaleje.org/) qui a pour objectif d’assurer des investigations journalistiques sur la
reconstruction d’Haïti suite au séisme qui a frappé le pays le 12 janvier 2010. Ce partenariat regroupe
l'agence multimédia AlterPresse, la Société pour l'Animation de la Communication Sociale (SAKS), le
Réseau des Femmes Animatrices des Radios Communautaires Haïtiennes (REFRAKA) et
l'Association des Médias Communautaires Haïtiens (AMEKA).
Ayiti Kale Je a travaillé sur des dossiers importants comme celui du choléra, de la
reconstruction de Port-au-Prince et des élections.
LA SOCIÉTÉ CIVILE
La société civile est constituée par des organisations qui peuvent remplir quatre visées parfois
contradictoires. Confondre ces visées interdirait d'avoir une juste idée du SNI, même si certaines
organisations interviennent en les combinant.
1. Certains se donnent une mission caritative « traditionnelle ». Elles ont rapport à la
solidarité humaine, sur une base religieuse ou laïque. Un orphelinat est un exemple de
cette catégorie.
2. D'autres prennent une démarche plus globale, en se donnant une vision de la société
avec des objectifs de politiques économiques ou sociales. C'est le cas, en général, des
ONG qui, selon la loi même qui les régit sont définies comme « Organisations Non
Gouvernementales d'aide au développement » (article 1 du décret du 13 décembre
1982). En principe (légalement), ces politiques devraient s’intégrer dans les politiques
publiques de l’État ou des collectivités territoriales ; ce n’ est généralement pas le cas.
3. Certaines organisations telles la LFHH, la RNDDH se donnent une mission de
surveillance, le plus souvent de surveillance de l’État.
4. Enfin, il y a des associations professionnelles.
D’un autre côté, il peut s’agir d’institutions nationales ou d’institutions étrangères établies en
Haïti.

Cadre juridique
Dans son article 31, la Constitution de 1987 garantit le droit d’association. On peut citer trois
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lois qui précisent cette disposition constitutionnelle :
• la loi du 8 juillet 1921 sur la reconnaissance d’Utilité Publique,
• la loi du 23 juillet 1934 et celle du 19 septembre 1953 régissant les fondations,
• le décret du 13 décembre 1982 sur les ONG
Ces lois établissent un cadre légal pour les organisations de la société civile. Par extensions ou
indirectement, des lois à caractère religieux (Concordat de 1860, décret du 4 septembre 1984 sur le
Concordat, décret du 18 octobre 1978 sur les cultes réformés) ou économique (décrets du 27 octobre
1960 sur les coopératives), concernent aussi la société civile.
Structures et ressources
Si la structure d’une fondation n’est pas définie par la loi, l’ONG, pour pouvoir être reconnue
doit se doter de statuts, d’un conseil de Direction d’au moins trois membres (dont un Président) qui est
l’organe exécutif de l’organisation.
Les ressources des organisations de la société civile sont diverses. Elles peuvent venir des
membres de l’organisation. Cependant, particulièrement depuis le séisme du 12 janvier 2010, les
actions sont essentiellement menées avec des ressources financières et même humaines étrangères.
Comme conséquence, ces actions sont orientées par des calculs tout aussi étrangers aux réels besoins
du pays.
Obligations redditionnelles
Toute organisation rend certes compte à ses membres. Les ONG, elles, non seulement doivent
légalement définir leurs activités en fonction des priorités de l’État mais ont l’obligation de présenter
au Ministère du Plan le bilan annuel de leurs activités ainsi que leurs états financiers. Ces obligations
ne sont pas toujours respectées. Cette tendance au non respect a été accentuée par le chaos qui a fait
suite au tremblement de terre. Des centaines de millions de dollars ont été dépensées à partir de fonds
provenant de l’étranger. Des individus et des organisations ont certainement et largement bénéficié de
cette manne. Mais qu’en est-il des résultats ? Le désordre ne peut que nuire à l’intégrité et encourager
des personnes physiques ou morales à tirer avantage de la générosité qu’a incité le malheur du peuple
haïtien sans que celui-ci soit effectivement soulagé.
Mécanismes d’intégrité, de transparence et de plaintes
Les obligations redditionnelles légales des ONG devraient être un gage d’intégrité et de
transparence. Mais la conjonction de la faiblesse de l’État et de l’action des corrupteurs et des
corrompus a pour résultat d’embrouiller totalement le cheminement des sommes colossales impliquées
dans les opérations d’aide et de reconstruction en Haïti, particulièrement à travers des institutions en
principe caritatives et de « développement » de la société civile.
Cela porte à reprendre la catégorisation des visées des institutions de la société civile. Ce sont
les organisations à caractère caritatif et de développement qui, avec les institutions internationales,
canalisent le gros des ressources destinées à secourir et à aider. L’État et les institutions internationales
n’ont pas démontré une réelle volonté de rendre compte des résultats pour ceux à qui était destinée
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l’aide. Ce sont les organismes de la société civile qui, eux, se donnent la mission de contrôle qui
forcent le plus l’intégrité.
Relations avec les autres piliers
Les relations avec les autres piliers sont évidemment affectées par la mission de l’organisation
et par son échelle, nationale ou internationale.
L’organisme de « développement » entre naturellement en conflit avec l’État. C’est la mission
de l’État que d’assurer le développement. Malheureusement, un paradigme répandu est celui de la
société sans État : puisque l'État est faible et corrompu, remplaçons le par la société civile (les ONG).
Non seulement cela affaiblit encore plus l'État mais, comme la corruption n'est l'apanage d'aucune
institution, le problème n'est aucunement résolu, au contraire.
« Un exemple nous a été donné à la DDA-Sud: Une association a contacté le
Ministère au sujet d’un projet d’irrigation. La DDA a demandé le document de projet pour
pouvoir donner son avis et éventuellement son approbation et son appui. L’association ne
s’est manifestée, plusieurs mois après, que pour présenter des éléments de rapport. Il avait
été financé par une ONG internationale sans avis du MARNDR. Mais, malheureusement,
les travaux réalisés présenteraient des failles techniques importantes. Le projet (et l’argent
dépensé) n’a donc pas apporté le niveau de réponse auquel on aurait pu s’attendre.
64
»
Lorsqu’un organisme peut se soustraire aussi facilement au contrôle légitime de l’État, le
système d’intégrité en prend un coup. Et quand la majorité des organisations ne jugent pas nécessaire
de communiquer les résultats de leurs activités, on peut s’attendre à de piètres résultats sinon à de la
corruption.
C’est pourquoi il est important que les organisations de la société civile qui se donnent une
mission de contrôle pèsent de tout leur poids pour agir sur l'ensemble des piliers du SNI, y compris les
institution caritatives et de développement de la même société civile.
LES ACTEURS INTERNATIONAUX
« La classe malfaisante des conspirateurs étrangers » comme Leslie Péan appelle « les
commerçants étrangers luttant pour des parts de marché » au XIXème siècle et engagés dans des luttes
d’influence féroces pour mettre en place des gouvernements acquis à leur cause n’est plus. Les
« touristas », les « occupants », les organisations Internationales, les ONG et l’humanitaire ont
remplacé dans l’imagerie populaire « les éléments de vice et de corruption qui ne sauraient
s’accommoder d’un régime de tranquillité et d’ordre en Haïti
65
». Il n’est plus, le temps où les
candidats à la Présidence de la République négociaient avec des brasseurs d’affaires étrangers des
portions du territoire national, mais l’influence des acteurs internationaux est énorme : le budget de
l’État en 2008 est financé à 65% par la « communauté internationale » et les ONG étrangères pilotent
et exécutent des pans entiers de programmes dévolus normalement au gouvernement. Les émissions
populaires de radio et de télévision les accusent ouvertement et de manière indiscriminée d’acheter les

64 Jean-François Tardieu : Projet de mise sur pied du Système d’Information Agricole National (SIAN), Ministère de l’Agriculture, des
Ressources Naturelles et du Développement Rural, Port-au-Prince 2006.
65
Hannibal Price, cité par Leslie Péan, in Économie politique de la corruption, Tome II, L’État marron (1870-1915) page 230
_____________________________________________________
Page 51
personnages politiques pour arriver à leurs fins et de ne pas oublier de se servir au passage, dans la
même ligne des agents qui traficotaient pour « prêter des sommes d’argent à des taux faramineux aux
factieux organisant des insurrections »
66
et que dénonçait Frédérick Douglass en 1893. Il est évident
que la part des acteurs internationaux dans la vie nationale prête à une perception particulière de ce
groupe disparate et hors contrôle qui apparaît comme un pilier majeur de l’intégrité nationale. Il faut,
néanmoins, avouer que la lutte contre la corruption elle-même doit beaucoup à l’action -à la pression -
des acteurs internationaux dans le pays.
Les acteurs internationaux comme piliers sont importants en raison de la profondeur de
l’internationalisation du pays. Ainsi au niveau décisionnel ces acteurs jouent, participent et
influencent le cours des processus politiques internes. De plus au niveau de leur comportement ils ne
sont pas exempts de l’influence de la sphère corruptive et même y participent.
Dans ce sens, le cas de la CIRH inquiète à juste titre. Comment peut-on en effet inciter à
l'intégrité des agents étrangers d'une aussi importante institution lorsqu'il n'y a aucune juridiction
prévue pour les poursuivre en cas de corruption
67
?

















66
Ibidem page 233
67
Me Jean Joseph Exumé rapporté dans : Rapport synthèse : Atelier de réflexion Collectif Haïtien pour la Transparence, l’Intégrité et
l’Ethique (CHATIE), 20 janvier 2011.
_____________________________________________________
Page 52
SUPPORT SOCIAL À L’IMPLANTATION DU RÈGNE DE LA LOI EN HAÏTI : UN EXIT ?
Par rapport aux autres pays de la Caraïbe et de l’Amérique Latine, les Haïtiens accusent un
support social plutôt élevé à l’implantation du règne de la loi chez eux. Une pareille tendance peut être
vue dans le pourcentage de gens qui acceptent que les autorités agissent en marge des procédures
légales au cas où elles doivent arrêter un criminel. Parmi les pays qui occupent le bas de l’échelle en
ce qui a trait au non respect de la loi, Haïti figure en seconde position avec un pourcentage de 34.9%
après la Jamaïque, qui montre le pourcentage le plus faible de 30.2% (voir graphique plus bas). Des
pays comme la République Dominicaine, le Nicaragua viennent de loin après Haïti avec des
pourcentages respectifs de 40.6% et de 47.9%, qui sont plutôt moyens par rapport aux pourcentages les
plus élevés de Honduras (55.6%), du Paraguay (52.9%) et du Costa Rica (51.9%).
68

Tableau #14 :











Cette tendance marque le rejet du système autoritaire dont Haïti a été victime au cours de son
passé. La Police n’existait pas avant 1995. Il revenait à l’Armée de remplir les fonctions de la Police.
Ce n’est que récemment, après le départ des Duvalier que la Police Nationale d’Haïti (PNH) a fait son
apparition sur la scène. Malgré tout, elle a dû faire face à toutes sortes de manipulation en provenance
du système politique qui a empêché sa modernisation, dont la loyauté politique vis-à-vis de la
Présidence. En effet, dans un récent rapport sur la Réforme de la PNH, les auteurs ont souligné que le
pays a toujours connu une tradition de force de son indépendance en 1804 à la création de la PNH en
1995, historiquement marquée par des régimes militaires, civilo-militaires, ou civils appuyés par des
forces paramilitaire. Lors du démantèlement, en 1995, des Forces Armées d’Haïti (FAD’H), qui
jusque-là remplissaient aussi les fonctions de police, et, parallèlement, l’implantation de la Police
Nationale d’Haïti (PNH) sur les cendres encore chaudes de l’Armée d’Haïti et dans un contexte
politique, social et économique plutôt non favorable, l’ordre institutionnel et la sécurité publique

68
Voir rapport LAPOP 2006, op.cit., pages 118-119
Jamaïque
Haïti
Guyane
Colombie
Rép. Dominicaine
Panama
Mexique
Guatemala
Bolivie
El Salvador
Pérou
Nicaragua
Equateur
Chili
Costa Rica
Paraguay
Honduras
% Sondés qui pensent que les autorités peuvent agir en
marge de la loi parfois pour arrester les criminels?
60% 50% 40% 30% 20% 10% 0%
37.9
30.2
40.6
50.5
52.9
46.8
43.2
49.8
39.8
41.7
51.9
47.9
55.6
44.0
43.1
41.9
34.9
Source: LAPOP, 2006 Barres d'erreur: 95% CI
_____________________________________________________
Page 53
allaient être assurés par une police qui s’est vue jugulée par un pouvoir charismatique et populiste
venant faire entrave à son professionnalisme (Fortin et Pierre, 2008 : 1-2)
69
.
Le respect de la loi en Haïti est important pour la bonne gestion des relations entre l’Etat et les
citoyens, entre les citoyens et la chose publique et entre les citoyens eux-mêmes. Toutefois, même si
la demande sociale pour le règne de la loi est élevée, la satisfaction d’une pareille demande laisse à
désirer parce qu’elle se heurte à toutes sortes de difficultés (Coffy, 2005 ; St Louis, 2005)
70
. Il a été
reconnu dans le domaine de l’environnement en Haïti, par exemple, que « le manque d’éducation de la
population, le manque de volonté politique, la corruption des fonctionnaires et la mauvaise
connaissance des lois » constituent autant d’obstacles à l’application des lois (Victor, 2005)
71
.
Le manque de confiance de la population dans le système judiciaire montre une population en
attente de l’implantation dans les faits d’un système démocratique. Bien que la population haïtienne ne
fasse pas confiance au système judiciaire du pays, elle a toutefois montré sa forte opposition à
l’intervention illégale des autorités en ce qui a trait à l’arrestation des criminels. Il y aurait donc un
contraste entre la demande sociale pour l’implantation du règne de la loi et la confiance placée dans le
système judiciaire du pays. Tout se passe comme si le système politique aura pris en otage une
population assoiffée de démocratie. Ce seraient donc les élites politiques au pouvoir qui empêchent le
réalignement du système judiciaire au système administratif du pouvoir. Tout ceci indique que la
population haïtienne, contrairement à ceux qui veulent faire croire qu’Haïti n’est pas prête pour la
Démocratie, ne fait qu’attendre son implantation. D’où les luttes, fort souvent violentes, qu’elle mène
pour établir ses droits, tels qu’ils sont prescrits dans la Constitution de 1987, qu’elle avait largement
plébiscitée.
Ainsi, le renforcement du système d’intégrité national se heurtera certainement d’abord à
l’opposition tacite de certains occupants du pouvoir parce qu’ils sont les tout premiers à bénéficier du
‘système en place’ et risque d’élargir encore davantage le fossé qui existe déjà entre eux et cette
population haïtienne qui voilà déjà plus de vingt ans espèrent voir établir dans le pays un système
juridico politique dans lequel ses droits se verront finalement inscrits.








69
Isabelle Fortin et Yves-François Pierre. « Haïti et la Réforme de la PNH ». Ottawa, Canada, Institut Nord-Sud, 2006.
70
J.F. Annibal Coffy. ‘Garanties Judiciaires: les victimes face au dysfonctionnement des recours juridiques, dans « La violence organisée
et ses conséquences auprès des victimes et auprès de la communauté ». Port-au-Prince, Haïti, IFES/VOV, Programme d’assistance aux
Victimes de Violence Organisée, USAID/Haïti, Table Ronde de Projet, 2005, p 27-41.
Léon St Louis. Etude sur l’état des droits humains en Haïti, Du 1
er
Janvier 2003 au 28 Septembre 2004, Port-au-Prince, IFES, 2004.
71
Jean André Victor. Synthèse de la législation et des politiques environnementales. Port-au-Prince, Haïti, 2006, Manuscrit.
_____________________________________________________
Page 54
CONCLUSION
Au terme de cette étude sur les défis de la corruption et la problématique de construction d’un
Système National d’Intégrité en Haïti, nous avons constaté, après avoir procédé à une analyse de la
situation, que le phénomène de la corruption est lié à la faiblesse de l’Etat et au mode de constitution
historique de la société. La corruption devient un « habitus », c’est-à-dire une manière d’être au pays,
malgré le renforcement institutionnel depuis peu relevé au double niveau des mesures étatiques et des
actions de la société civile.
A travers une exposition de la situation socio-politique et économique du pays on a démontré
les différentes dimensions du rapport existant entre le développement de la corruption et la précarité de
l’économie. Une comparaison avec la République Dominicaine et autres pays de l’Amérique Latine et
de la Caraïbe a permis de relever la singularité du Système National d’Intégrité et les insuffisances de
ses piliers en matière de lutte contre la corruption, d’application des règles de droit et de reddition des
comptes.
L’Etat des lieux de la corruption a débouché sur l’examen de la capacité et des limites des
institutions préposées à combattre la corruption. Les dénonciations faites par les institutions et les
plaintes des victimes de la corruption auprès des organisations des institutions comme L’ULCC ne
suffisent pas à infléchir les pratiques corruptives dominantes issues d’une culture même de corruption.
Il y a trop de problèmes non résolus à résoudre en aval du circuit pour que les actions stratégiques
d’intervention de l’institution soient réalisables. A ce titre, l’enquête est révélatrice des tendances
objectives de la corruption comme phénomène affectant tous les secteurs de la vie nationale. Les
immenses problèmes liés au contrôle de la corruption, les témoignages des personnes ressources
consultées, les entretiens issus des institutions des secteurs de la société civile et des affaires
confirment tous l’inadéquation de l’ampleur de la corruption et les maigres résultats jusque là obtenus
au niveau de la mise en application des mesures institutionnelles et légales prises pour lutter contre la
pérennisation du phénomène dans la vie sociale.
Et c’est toute la question. Comment combattre ce fléau dans une société gangrenée où le
problème revêt une dimension culturelle ? Comment agir durablement sur les structures de l’Etat et de
la société pour casser la dynamique des pratiques corruptives ? Au constat, cette étude suggère, que la
société haïtienne a tendance à accepter le règne de la loi (même si le respect des lois reste somme toute
problématique), à aller en direction d’une politique de construction du règne de la loi. Il faut
considérer qu’Haïti a un support social, une sensibilité sociale aussi poussés que les pays de
l’Amérique Latine et de la Caraïbe, fruit de la transition démocratique, à l’implantation d’un système
de lois destinées à lutter contre la corruption. C’est un défi que donne à relever le désastre du 12
Janvier 2010 qui a mis le pays en lambeaux et fait tourner les yeux de nombreux acteurs internationaux
vers Haïti.
Face à cette masse de fonds qui déferle sur le pays et qui constitue un appât de plus pour ceux
qui sont tentés par la corruption, tous les piliers du système doivent collaborer.
La corruption gangrène la société haïtienne. Tous les piliers du système d'intégrité sont
affectés. Au bout du compte, tous en souffrent. C'est l'ensemble des piliers donc qui doit agir en phase
pour changer la situation. Il y a lieu de définir avec la participation systématique de tous les piliers une
_____________________________________________________
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politique nationale pour l'intégrité et de mettre cette politique en application.
Vue l'importance de ce combat, c'est le Chef de l'État lui-même qui devrait en prendre la
direction avec l'appui des institutions étatiques et de la société civile dédiées à cette lutte, telles l'ULCC
et LFHH. À titre indicatif, certaines dispositions devraient être prises en fonction des piliers concernés.
Le pouvoir exécutif doit montrer la plus grande transparence dans la gestion de son budget.
L'internet offre de nos jours un moyen peu coûteux pour publiciser par exemple l'affectation des fonds,
les résultats, la passation des marchés et les contractants, avec toutes les explications qui puissent
permettre au commun des citoyens d'assimiler ces informations. L'information devrait être la plus
détaillée possible avec des données sur la répartition territoriale des services et dépenses. Cela exige
une plus grande responsabilisation des collectivités territoriales. Une grande importance devrait être
donnée à la facilitation des procédures qui gèrent les relations du contribuable avec l'État. Le guichet
unique devrait être la norme. Les services les plus performants pourraient être récompensés d'une
manière ou d'une autre.
Le Pouvoir Législatif, fraîchement mis en place, devrait dans des délais acceptables, pourvoir à
la nécessité d’exiger la transparence de tous ceux qui ont pris la charge de gérer, distribuer ou
redistribuer les fonds de l'État, en faisant passer des lois y afférentes. Plus loin, les officiers de la force
publique doivent s’armer de courage pour aider le corps judiciaire à exécuter tout jugement de
tribunaux. Il devrait être fait obligation aux Commissaires du Gouvernement des Parquets près les
Tribunaux de Première Instance auxquels est confiée la tâche de mettre l’action publique en
mouvement contre tout présumé coupable d’infraction, de soumettre à l’autorité supérieure, au moins
chaque mois, un suivi établissant l’état des dossiers confiés par l’ULCC. A titre d’exemple : une
vingtaine de dossiers d’enquêtes de corruption) soumis par l’ULCC à l’autorité compétente dorment
encore dans les tiroirs des Parquets. Faut-il considérer une capacité coercitive pour permettre à
l’ULCC de jouer pleinement son rôle ?
Le Conseil Électoral Permanent devrait être mis en place dans les plus brefs délais pour asseoir
l'indépendance de cette institution clef puisque, directement ou indirectement, c'est par elle que passe
la mise en place des trois pouvoirs de l'État.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les institutions de gestion des collectivités territoriales
doivent être mises en place. Cette mise en place est aussi nécessaire pour établir une balance des
pouvoirs et un recours plus proche et plus facile pour les citoyens.
L'expérience a démontré que les acteurs internationaux ne sont qu'un pilier comme les autres et
qu'il est illusoire de croire qu'ils peuvent garantir l'intégrité du système ; ils sont eux-mêmes
corruptibles ! Les responsabilités régaliennes doivent incomber à l'État et aux collectivités territoriales
avec des personnes juridiquement redevables en Haïti. Au minimum, il faut des décisions courageuses
conjointes de la Présidence, du Gouvernement et du Parlement pour faire respecter la loi en matière de
coopération internationale et de fonctionnement des ONG.
La presse et les chambres de commerce, les associations professionnelles et autres
organisations de la société civile doivent se doter de codes de conduites qui prévoient des sanctions
contre les contrevenants, sanctions qui devraient aller jusqu'à l'exclusion, la publication de ces
sanctions et la poursuite éventuelle devant les tribunaux.
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Page 56
L’implantation d’un système de lois sans ambigüité destinées à une lutte sans merci contre la
corruption est une priorité sans délais ; un cadre de stricte exécution de ces lois est aussi primordial.
Une bonne gouvernance en dépend. Le tremblement de terre du 12 Janvier 2010 a détruit d’une main et
tendu de l’autre une gerbe de blé. Il ne faut pas que la corruption désamorce la reconstruction d’Haïti.
# # #


_____________________________________________________

Page iv
BIBLIOGRAPHIE
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ZIEGLER Jean: La Suisse lave plus blanc,Le Seuil, 1990
Sites Web
Unité de lutte contre la Corruption (ULCC) : http://www.tipshaiti.com/ulcc/index.php
Conseil Électoral Provisoire (CEP) : http://www.cep-ht.org
Le Gouvernement : http://primature.gouv.ht/
La Chambre des Députés : http://www.parlementhaitien.ht/deputes/accueil.html
Le Sénat de la République : http://www.parlementhaitien.ht/senateurs/accueil.html



















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ANNEXE

LE SYSTÈME NATIONAL D’INTEGRITE (SNI)

A la lumière des expériences passées et des faibles résultats enregistrés dans la lutte contre la corruption,
Transparency International a défini une nouvelle approche. Celle-ci repose sur la mise en place d’un Système
National d'Intégrité (SNI).




























1. LE CONCEPT DE SYSTÈME NATIONAL D’INTÉGRITÉ

L’idée de système d’intégrité peut être rendue plus imagée en la comparant au système immunitaire qui protège
les organismes de l’infection. Ainsi, les sociétés ont toujours cherché à se défendre contre la corruption, et les
systèmes d’intégrité sont aussi anciens que celle-ci, même si la notion est d’élaboration récente. Aujourd’hui, la
démocratie est tributaire du bon fonctionnement des institutions caractéristiques de ce régime, lesquelles
constituent, comme on le verra, le cœur des systèmes d’intégrité.

Par ailleurs, la notion de système d’intégrité constitue un cadre analytique des phénomènes de corruption, dans
la mesure où il s’agit d’examiner les instruments et les systèmes qui permettent de s’en protéger.

Cette notion a été élaborée ces dernières années à travers des discussions qui ont eu lieu au sein de Transparency
International. L’accent est mis sur la nécessité d’adopter une approche globale, tant dans l’analyse que dans les
stratégies d’approche. Les solutions préconisées, réalistes et concrètes, sont articulées et reliées en un système
cohérent.

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Page vii
En définitive, le défi consiste à mettre en place un système de transparence et de responsabilité, avec un double
objectif : prévenir la fraude en faisant de la corruption "une entreprise à hauts risques et à petits profits" et,
lorsqu’elle se manifeste, la sanctionner systématiquement, l’impunité étant incompatible avec l’intégrité.


2. UNE GRILLE D’ANALYSE ET UN CADRE D’ACTION

2.1 L’élaboration d’un système fondé sur la notion de « responsabilité horizontale » : les contre-pouvoirs

De nos jours, il est généralement reconnu qu’un gouvernement moderne a l’obligation de rendre des comptes et
doit être transparent. Sans cela, aucun système ne peut fonctionner de manière à promouvoir l’intérêt général
plutôt que les intérêts particuliers de ceux qui ont le pouvoir. Alors que la vague moderne de démocratisation a
suscité beaucoup d’espoir, en pratique, les gains démocratiques sont menacés et minés par certains des
phénomènes contre lesquels la démocratie était censée protéger les citoyens: la corruption, l’abus de pouvoir, le
népotisme etc. Le simple passage d’un régime despotique à un autre régime qui donne périodiquement la voix
au peuple, ne garantit pas l’édification de la démocratie et le respect des règles de la bonne gouvernance.

Pour les pays en voie de développement et en transition, qu’il s’agisse au départ de régimes clairement
despotiques (domination d’un tyran, d’un chef d’Etat à parti unique ou d’une élite autocratique ayant un type de
gestion essentiellement directif), ou même de régimes plus démocratiques, un des changements souhaitables
consisterait à passer à un système à «responsabilité à la fois verticale et horizontale ».

C’est tout un système de contre-pouvoirs et de garde-fous qu’il s’agit de mettre en place pour s’assurer
que les organismes et les institutions publiques rendront des comptes, et pour garantir le respect des
principes fondamentaux contenus dans la loi ou dans la constitution. Ces organes sont par principe
indépendants du pouvoir politique. On peut citer, et sans être exhaustif: les tribunaux, les assemblées
législatives, ainsi que des médias libres et indépendants et les associations de citoyens.

Ce système doit assurer la séparation des pouvoirs. Il se crée un cercle vertueux où les différents
intervenants sont responsables les uns envers les autres et où aucun dirigeant et aucune institution n’est
plus en position de dominer le reste du système. Des liens entre les diverses parties d´un système
d´intégrité se tissent et se consolident.

Le cercle se referme par la sanction des élections qui obligent à rendre des comptes au peuple.

Dans un tel contexte, l’obligation ultime de rendre des comptes au citoyen demeure la clé de voûte du système
d'intégrité. Les associations doivent être habilitées à jouer pleinement leur rôle d´interpellateur des pouvoirs
publics, et il est souhaitable qu’elles en aient la capacité. Cela suppose une redéfinition des rapports entre le
citoyen et l’Etat, entre gouvernés et gouvernants.

Les mécanismes qui organisent l’obligation de rendre des comptes, lorsqu’ils sont conçus comme faisant partie
d’un effort national pour réduire la corruption, participent des systèmes d’intégrité. De tels systèmes d’équilibre
et de contrôle mutuels des différents pouvoirs et organismes étatiques doivent gérer les conflits entre les divers
intérêts au sein du secteur public, et assurer une fragmentation effective des pouvoirs. Cela permet de limiter les
effets négatifs éventuels de tels conflits sur le bien commun et nécessite à la fois prévention et sanction.

Ces systèmes résultent d’une vision d’ensemble de la réforme qui s’attaque à la corruption dans le secteur public
à travers des procédures étatiques et des réformes au sein de la société.

Une corruption endémique signe la faillite du système de gouvernement en place, qui ne préserve plus les
intérêts de la grande majorité. Aussi convient-il de mettre en avant la réforme des systèmes, plutôt que le
traitement des cas isolés. Une telle stratégie doit s’inscrire dans une démarche holistique.

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Tout en l’inscrivant dans une visée globale, cette stratégie exige la définition de priorités quant aux domaines
d’intervention. Une action qui embrasse trop de secteurs simultanément risque d’être rapidement vouée à
l’échec.

2.2 Une description des systèmes d’intégrité

Les piliers institutionnels d’un Système National d'Intégrité


Chaque pays dispose de moyens de faire face à la corruption. Ce sont autant d’éléments qui constituent
l’embryon d’un véritable Système National d'Intégrité, dont le niveau d’efficacité varie. Celui-ci repose sur un
certain nombre de "piliers" dont les plus courants, à travers le monde, sont les suivants :

• Le pouvoir exécutif;
• Le pouvoir législatif;
• Le pouvoir judiciaire ;
• La fonction publique;
• Les corps d’inspection et de contrôle;
• La société civile (professions libérales, secteur privé, syndicats, ONGs, organismes confessionnels…);
• Les médias; et à l’époque de la mondialisation,
• Certains acteurs internationaux.

On peut représenter un Système National d'Intégrité comme un temple grec, surmonté d’un toit plat qui
représente l’intégrité de la nation et soutenu à chaque extrémité par une série de piliers. Chacun de ces piliers
représente un élément constitutif du Système National d'Intégrité.

Le temple repose sur les piliers institutionnels : l’exécutif, le législatif, le judiciaire, l’Inspecteur général des
finances, le médiateur, et d’autres organismes semblables, à côté desquels on trouve aussi les médias libres, la
société civile et le secteur privé. La solidité de ces piliers
1
dépend du respect de règles de base et de pratiques
qui représentent les « instruments » dont les institutions disposent pour être efficaces. Ainsi, les médias doivent
jouir de la liberté d’expression et la société civile de l’espace de libertés juridiquement garanties dans lequel elle
peut s’organiser et s’acquitter de ses tâches.

Sur le toit plat se trouvent trois "sphères": la qualité de vie, l’Etat de droit et le développement durable. Elles
sont rondes pour souligner l’importance primordiale de la nécessité de s’assurer que la toiture reste horizontale
pour que ces sphères et les valeurs qu’elles représentent ne s´effondrent pas.

Le temple lui-même repose sur des fondations constituées par la prise de conscience, la sensibilisation de la
population et les valeurs de solidarité sociale. Si le niveau de sensibilisation des citoyens est élevé et les valeurs
de solidarité fortes, cela aura pour effet de renforcer les piliers. Par contre, si la population reste passive et peu
vigilante, ou si son sens de la solidarité est faible, les piliers ne seront pas suffisamment solides pour soutenir
l’ensemble et assurer l’intégrité nationale.

Les piliers sont interdépendants, mais leur solidité peut varier. Si l’un d’eux faiblit, une charge additionnelle
s’ajoute à l’un ou à plusieurs des autres. Si plusieurs d’entre eux faiblissent, leur charge va éventuellement faire
basculer le toit, de sorte que les sphères qui symbolisent le développement durable, l’Etat de droit et la qualité
de vie vont dégringoler et l’édifice va s’écrouler.


1
Les piliers d’intégrité ont été présentés pour la première fois par Ibrahim Seushi en Tanzanie. Depuis lors, cette expression est de plus en plus largement
utilisée dans la littérature traitant de la corruption.
_____________________________________________________

Page ix
L’importance relative de ces piliers varie d’une société à l’autre. Certains seront plus solides, d’autres plus
faibles et le système peut être aménagé pour tenir compte des différentes situations.

Le Système National d'Intégrité dans son ensemble doit être compris comme un processus dynamique, où les
différents composantes fondamentales interagissent les unes sur les autres. Dans un tel système, on pourrait par
exemple envisager la possibilité, pour la pouvoir judiciaire, de s’adresser directement au Gouvernement ou au
Parlement pour leur demander d’élaborer des lois ou des règlements, ou bien encore pour les citoyens regroupés
en associations, d’interpeller le Gouvernement ou de saisir la justice.

La solidité des piliers : « règles et pratiques »

On ne saurait trop insister sur le fait qu’un système d’intégrité n’est pas un monument-musée sans vie. Il ne
suffit pas que les piliers soient là pour que le système ne s’effondre pas. Ainsi, une presse libre, mais qui se
soumet à l’autocensure ne pourra pas jouer son rôle dans la défense de l’intégrité. Une justice indépendante,
mais qui serait dépourvue de moyens de fonctionner ne pourra pas être dissuasive. Un Parlement qui voterait les
plus belles lois sans qu´elles soient appliquées manquerait son objectif. Un gouvernement qui clamerait haut et
fort sa volonté de lutter contre la corruption mais qui serait privé d’une stratégie cohérente (objectifs
mesurables, programme, ressources suffisantes, mise en place d’instruments d’évaluation,…) ne pourra pas
assurer son rôle de pilier.

C’est pourquoi chaque pilier institutionnel du Système National d’Intégrité est complémenté par un ensemble de
« règles et pratiques » de base. Ces règles et pratiques constituent un ensemble d’instruments dont disposent les
différentes institutions pour promouvoir l’intégrité dans leur fonctionnement. L’absence de règles et pratiques de
base signale l’inconsistance des piliers.

A titre d’exemple:

Pilier Institutionnel Règles et pratiques de base correspondantes
Exécutif

Législatif/Parlement



Commission des comptes du parlement ou Cour des
comptes

Inspecteur Général des Finances


Service public

Judiciaire

Médias


Société civile

Médiateur


Agences de surveillance/de prévention/ de lutte
Préservation du bien public, mise en œuvre d’une
stratégie cohérente

Elections justes et équitables, pouvoir de contrôle
réel de l’Exécutif

Pouvoir de questionner les élus et les agents publics


Obligation de publier des rapports de contrôle,
capacité de saisir la justice

Règles éthiques du service public

Indépendance et équité, protection des témoins

Indépendance et droit à l’information, fin de l’ère de
l’autocensure

Liberté d’expression et d’association

Objectivité, autorité morale et suivi des dossiers de
réclamations et de plaintes

Autonomie / lois applicables et appliquées
_____________________________________________________

Page x
Pilier Institutionnel Règles et pratiques de base correspondantes
contre la corruption

Secteur privé


Communauté internationale



Codes de conduite, politique de concurrence, y
compris dans le domaine des marchés publics.

Incitations contractuelles à la transparence,
coopération légale et judiciaire mutuelle efficace

Ces règles et pratiques ne sont évidemment pas exclusivement réservées au seul pilier institutionnel auquel elles
sont assignées dans le tableau ci-dessus. Les médias, tout autant que la société civile, doivent jouir de la liberté
d’expression. Le suivi de ses dossiers est essentiel pour un médiateur, mais doit également constituer un souci
de première importance pour les agences de contrôle et de surveillance.

Par ailleurs, certains mécanismes importants ne sont qu’implicitement couverts dans les règles et pratiques
énumérées dans cette liste. Par exemple, les mécanismes de réclamations et de plaintes sont compris dans les
règles qui découlent de la liberté d’expression et de l’éthique du service public. En ce qui concerne les missions,
les règles et les pratiques des institutions-piliers, ce qui précède ne saurait, à ce stade de l’exposé, être exhaustif.
Il s’agit ici simplement de souligner qu’un Système National d'Intégrité est constitué à la fois des institutions-
piliers et de l’ensemble des missions, des règles et des pratiques qui leur correspondent.

2.3. La mise en place d’un Système National d'Intégrité : quelques recommandations

La mise en place ou le renforcement d’un Système National d'Intégrité suppose la coalition de différents acteurs,
ayant établis leurs diagnostics respectifs. Ce qui devrait aboutir à l’identification systématique des faiblesses et
des atouts autant que des opportunités de renforcement et des risques d’affaiblissement de chacun des piliers. Au
niveau opérationnel, l’organisation d’ateliers d’intégrité peut être un outil efficace de diagnostic du Système
National d'Intégrité, diagnostic qui doit normalement aboutir à l’élaboration de stratégies d’action.

Ainsi, il est important, pour les acteurs soucieux de renforcer le Système National d'Intégrité d’un pays, de
privilégier une approche holistique plutôt que des stratégies ciblées sur un pilier unique, isolé de tous les autres,
qui se révèlent insuffisantes dans la pratique. Un système qui ne dépendrait que d’un ou même de quelques
piliers seulement serait fragile. Le renforcement des capacités opérationnelles du Bureau de l’Inspecteur général
au Kenya, par exemple, n’a pas eu l’effet escompté en raison des dysfonctionnements persistants du reste du
système.

En cela, le concept de Système National d'Intégrité renouvelle le cadre d’analyse et offre de nouvelles
perspectives de diagnostic et de traitement des problèmes liés à la corruption en permettant de mettre en place
des programmes de réformes qui prônent l’interdépendance et l’efficacité conjuguée des différentes piliers,
règles et pratiques de base dans une approche globale.