Jean-Pierre Molénat

L'onomastique tolédane entre le XIIe et le XVe siècle. Du
système onomastique arabe à la pratique espagnole moderne
In: L’anthroponymie document de l’histoire sociale des mondes méditerranéens médiévaux. Actes du colloque
international organisé par l'École française de Rome avec le concours du GDR 955 du C.N.R.S. «Genèse
médiévale de l'anthroponymie moderne» (Rome, 6-8 octobre 1994) Rome : École Française de Rome, 1996. pp.
167-178. (Publications de l'École française de Rome, 226)
Résumé
On distingue trois étapes dans l'onomastique tolédane entre le XIIe et le XVe siècle. La première correspond à la période
«arabisée» de l'histoire de la ville postérieure à la conquête de 1085, et où la documentation en langue arabe reflète l'idiome
effectivement utilisé, alors que les musulmans demeurés sur place sont rarissimes. Les mozarabes tolédans utilisent un système
onomastique directement inspiré de la pratique arabe, mais avec une dualité de noms, arabe et roman. À partir du début du XIVe
siècle, l'usage exclusif de la langue castillane s'accompagne d'un système onomastique castillan «simple», où la dénomination
d'un individu se réduit à un groupe prénom-patronymique suivi de celui du père. Avec le XVe siècle s'impose un système plus
complexe, comportant un nom familial, et apparaît timidement, sur la fin du siècle le double nom familial, caractéristique de la
pratique espagnole moderne.
Citer ce document / Cite this document :
Molénat Jean-Pierre. L'onomastique tolédane entre le XIIe et le XVe siècle. Du système onomastique arabe à la pratique
espagnole moderne. In: L’anthroponymie document de l’histoire sociale des mondes méditerranéens médiévaux. Actes du
colloque international organisé par l'École française de Rome avec le concours du GDR 955 du C.N.R.S. «Genèse médiévale
de l'anthroponymie moderne» (Rome, 6-8 octobre 1994) Rome : École Française de Rome, 1996. pp. 167-178. (Publications de
l'École française de Rome, 226)
http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/article/efr_0223-5099_1996_act_226_1_5083
JEAN-PIERRE MOLÉNAT
L'ONOMASTIQUE TOLÉDANE
ENTRE LE XIIe ET LE XVe SIÈCLE.
DU SYSTÈME ONOMASTIQUE ARABE
À LA PRATIQUE ESPAGNOLE MODERNE
II est entendu que nous parlerons ici essentiellement de l'on
omastique chrétienne, dans une ville où cohabitent jusqu'à la fin du
XVe siècle, ou les toutes premières années du XVIe, bien que dans
des proportions très inégales, éléments chrétiens, musulmans et
juifs. Nous serons amenés néanmoins, à aborder la question de
l'onomastique juive, à travers l'existence, à partir du début du XVe
siècle, d'un groupe judéo-converti très important, officiellement
chrétien par conséquent, qui ne reste pas sans retentissement sur
l'onomastique chrétienne.
Pour l'onomastique des musulmans, des «mudéjars» si l'on pré
fère, extrêmement minoritaires dans la ville, puisque je les évalue,
pour le XVe siècle, à 1% de la population urbaine, peut-être un peu
plus au XIVe, certainement moins au XIIe siècle, aux lendemains de
la conquête chrétienne, j'introduirai ici une seule observation, pour
deux raisons. La première est que ce que j'ai écrit ailleurs à ce sujet a
été mal compris, et qu'il me faut donc essayer de me faire un peu
mieux entendre. La seconde raison, la plus importance, est que cette
observation nous introduit au cœur de ce que j'ai à dire ici, concer
nant l'onomastique chrétienne. J'ai écrit, il y a maintenant plus de
dix ans, concernant les noms des mudéjars du XVe siècle : «II est
trop simple d'affirmer «le régime des apellidos mudéjars suivit
souvent celui de l'ensemble de la population et la construction ono
mastique arabe s'est perdue»1. Faut-il rappeler que tous les docu
ments sur les mudéjars sont dus à la plume de scribes étrangers à la
communauté?»2. Cette dernière observation serait à nuancer, puis-
1 La citation est traduite de M. A. Ladero Quesada.
2 Les Musulmans de Tolède aux XIVe et XVe siècles, dans Les Espagnes médiév
ales. Aspects économiques et sociaux. Mélanges offerts à Jean Gautier Dolche,
dans Annales de la Faculté des lettres et sciences humaines de Nice, 46, 1983,
p. 175-190. La citation est extraite de la p. 185.
168 JEAN-PIERRE MOLÉNAT
qu'elle ne tient pas compte de la découverte, vers 1970, des docu
ments cachés à Ocana, à quelques 40 km de Tolède. Mais cette
nuance à apporter va précisément dans le sens de ce que je voulais
suggérer qui était d'abord la possibilité du maintien d'une certaine
pratique de l'arabe chez les mudéjars tolédans jusqu'au XVe siècle et
ensuite l'étroite dépendance entre le système onomastique et la
langue utilisée. Et je donnais un exemple attestant de cette dépen
dance, le dernier exemple connu de l'emploi «officiel» de l'arabe par
des mudéjars tolédans, traduisant un acte en 1347, et signant leur
travail dans les deux langues : en castillan Mahomad el Xarafft et
Hamete el Xarafl, mais aussi en arabe Muhammad b. 'Ail al-Muhnafï
al-Èarafï et Hamad b. Muhammad b. 'Ail al-Mushnafl al-Sarafï, en
faisant remarquer que «la 'construction onomastique arabe', res
pectée en arabe, est ignorée en castillan»3.
Cette observation servira seulement d'introduction au premier
fait majeur que je voudrais mettre en relief ici concernant l'on
omastique chrétienne tolédane, entre le XIIe et le XVe siècle, qui est
précisément l'étroite dépendance de cette onomastique à l'égard de
la langue utilisée, l'écrasante majorité de la documentation dispo
nible pour Tolède au XIIe et XIIIe siècle étant rédigée en langue
arabe, exclusion faite de la documentation d'origine royale, ou
proprement ecclésiastique. Puis l'on passe directement, et brutale
ment, au castillan, sans l'étape intermédiaire du latin, avec le tour
nant du XIIIe au XIVe siècle. On a donc là une première césure
dans l'histoire de l'onomastique tolédane médiévale, entre l'étape
arabe (ou si l'on préfère «mozarabe», au sens de musta'rib «ara
bisé», ou plutôt «arabisant»)4 des XIIe et XIIIe siècles, et l'étape
castillane, qui commence avec le début du XIVe siècle, que j'appel
lerai l'étape castillane simple. Car une nouvelle étape correspond
rait ensuite, avec le XVe siècle, à la complication de ce système
castillan simple.
3 Art. cit., p. 187, et note 156. Le nom familial el Xarafil / al-Sarafï est une nis
ba (adjectif de relation arabe) faisant référence à l'Aljarafe (Al-èaraf) de Seville,
explication qui nous avait échappé lors de la rédaction de cet article. Sur cette fa
mille et ses prédécesseurs et homonymes d'al-Andalus, voir maintenant : J.-P.
Molénat, Une famille de l'élite mudéjare de la Couronne de Castille : les Xarafi de
Tolède et Alcala de Henares, dans Mélanges Louis Cardaillac. Études réunies et pré
facées par Abdeljelil Termimi, t. 2, Zaghouan (Tunisie), 1995, p. 765-772.
"Sur le sens et l'étymologie du terme «mozarabe», il nous paraît que
P. Chalmeta («Mozarabe», Encyclopédie de l'Islam, 2e éd., t. 7, p. 248b-251a)
comme, dans une moindre mesure, D. Urvoy, Les aspects symboliques du vo
cable «Mozarabes», essai de réinterprétation, dans Studia Islamica, 78, 1993,
p. 117-153 font la part trop belle à l'origine latine supposée («mixti Arabes», en
core que le second donne des précisions importantes sur l'emploi de musta'rìb
en Orient.
L'ONOMASTIQUE TOLÉDANE 169
I - L'étape mozarabe (XIIe-XIIIe siècles)
Le qualificatif d'étape «mozarabe» s'impose doublement pour
cette période. Elle est d'abord mozarabe, dans le sens d'arabisée, en
ce sens que la langue arabe n'est pas seulement celle de l'expression
écrite, fait difficilement niable devant les 1200 documents notariaux
publiés par Gonzalez Palencia, mais également sans doute, comme
nous croyons l'avoir montré5, pendant une durée qui s'étend sur une
partie du XIIIe siècle, sans en atteindre la fin, celle de l'expression
orale.
Un phénomène important est constitué par la dualité des noms,
le même personnage portant des noms différents, et sans rapport
entre eux, suivant la langue utilisée. Cette pratique remonte loin
dans le passé des chrétiens d'al-Andalus : le cas est bien connu de
l'auteur, ou du remanieur, du Calendrier de Cordone au Xe siècle,
l'évêque d'Elvira (Grenade) Recemundo, appelé en arabe Rabï' Ibn
Zayd6. Nous trouvons ainsi à Tolède en 1115 : «Domenico Petriz, qui
ita vocor in latinitate et in algarabia Auolfaçan Aben Baço» et «Dimi-
niquiz, qui ita vocor in latinitate et in alfgajrabia Abulfaçan Aben
Celema»7. Le premier des deux personnages s'appelle «Dominique,
fils de Pierre», en latin ou plutôt en langue romane, et «Abu 1-Hasan
Ibn Bäsuh», en arabe. Quant au second, dont le prénom roman s'est
perdu dans le cartulaire, il porte dans une langue le patronymique
«fils de Dominique», et dans l'autre le nom d'«Abü 1-Hasan Ibn
Salama». On remarque que, dans ces deux cas, le premier élément
donné du nom arabe n'est pas un ism (un «prénom»), mais une
kunya (un «surnom honorifique»). Nous nous interrogerons plus
loin sur la signification à donner à ce fait.
La pratique de cette dualité des noms se poursuit au moins jus
qu'au début du XIIIe siècle. Au milieu du XIIe siècle, le prêtre Petrus
Abad, présent au siège de Cordoue, aux côtés d'Alphonse VII, était
mieux connu sous le nom de Mâyir (ou Mayor) Yahyä Ibn Gälib8. Un
5 L'arabe à Tolède, du XIIe au XVIe siècle, communication présentée au col
loque Le pluralisme linguistique dans la société médiévale, Université de Montréal
(30 avril-3 mai 1986), parue dans Al-Qantara 15, 1994, p. 473-496.
6 Le Calendrier de Cordoue publié par R. Dozy, nouvelle éd. par Ch. Pellat,
Leyde, 1961.
7 CDT 19.
8 En avril 1150, le prêtre (al-qass) Mäyir Yahyä b. Gälib achète une terre en
ruine où se trouve maintenant un four lui appartenant, dans le quartier de San
Justo à Tolède (MT 41, avec notes dorsales : «Carta de compara loci ubi est fumus
Pétri Abbatis», «.Carta del solar que es cerca del forno de Maria Yahya de la colla-
cion de Sani Yusto», la seconde de ces notes nous paraissant dater du XVe siècle).
Le 22 mai 1150, au siège de Cordoue, Alphonse VII fait donation à Pedro Abad,
appelé Mayor Yahya, pour services rendus à Tolède et sur la terre des Sarrasins,
d'un four, situé (à Tolède), paroisse San Justo, qu'il avait construit sur une ter-
170
JEAN-PIERRE MOLÉNAT
Micael Ibn öäbir, attesté en 1186, s'appelait également Yüsuf Ibn
'Abd al-Azïz Ibn öäbir, et il nous semble comprendre que le pre
mier nom était celui employé par le notaire, et le second celui qu'il
utilisait lui-même9. En juin 1202, don Domingo Sebastian est connu
sous le nom d'Omar10.
Mais il est exceptionnel que, comme dans les cas précédents, les
deux manières, arabe et romane, de nommer le même individu
soient simultanément indiquées et opposées l'une à l'autre. Deux cas
sont plus fréquents. Dans l'un, on parvient par une série de déduct
ions, à conclure que deux personnages identifiés par des noms dif
férents, ne font en réalité qu'un. Ainsi, un personnage dénommé
Pedro Suârez dans un document royal, latin, de 1146 s'identifie-t-il
très probablement à celui qui apparaît dans les documents tolédans,
en langue arabe, comme l'alguacil alcalde Abu 1-Asbag Abd al-Azïz
Ibn Lanbazär. Nous trouvons l'un des arguments les plus forts en
faveur de cette identification dans le fait que dans la descendance de
cet Abu 1-Asbag, parfaitement reconstituée, et qui conduit, en ligne
maternelle, jusqu'au roi d'Aragon, Ferdinand le Catholique, l'on ne
rencontre pas moins de quatorze Pedro Suârez de Toledo jusqu'au
début du XVIe siècle11.
Dans l'autre cas, encore plus fréquent, on voit coexister él
éments romans et arabes dans la dénomination complexe d'une
même personne, avec une évolution qui va vers le remplacement des
noms arabes par des noms romans, sans que néanmoins la structure
d'ensemble du nom ne cesse d'être arabe, avec une chaîne généalo
gique qui s'allonge avec le temps, et avec la persistance d'un élément
qui fonctionne comme un nom familial et qui est fréquemment une
nisba, un adjectif arabe de relation.
On peut prendre l'exemple des al-Wâdiyâsï, nom familial qui est
un adjectif paraissant dénoter une origine dans la ville de Guadix
rain lui appartenant (CDT 74, avec rubrique d'un des cartulaires : «Priuilegiwn
Aldefonsi imperatoris, de fumo quem ipse Vetro Abbati qui Maior Iahia cognomina-
batur, in sua propia hereditate factum, quem furnum ipse Petrus Abbas pro an-
niuersario suo canonicis Toletane ecclesie cum hoc priuilegio tradidit cum duabus
etiam cartis arabicis quorum una est de compara ipsius loci ubi est furnus, altera
uero de compara curralis qui es fumo contiguus »). Le fait qu'à la fin du XVe siècle,
un parage de la ville restait désigné comme «Mariaya», ou «al homo de Mariaya»
(OF 356, f° 158 V-160 r°), prouve que Mäyir Yahyä était bien le nom habituel du
prêtre du milieu du XIIe.
9 MT 183, avec souscription : «Yüsuf b. 'Abd al-'Azîz al-oâbir», et le note au
pied du document «wa-Yüsuf b. 'Abd al-'Azîz huwa Miqayâl b. al-öäbir».
10 «Dün Duminquh Sabastiyân al-ma'rüf bi-'Umar» (MT 314).
11 J.-P. Molénat, La noblesse tolédane du XVe siècle et ses origines, dans Les
sociétés urbaines dans la France méridionale et la péninsule Ibérique au Moyen Age
(colloque de Pau, 21-24 sept. 1988), Pau, 1991, p. 203-218, notamment le tableau
généalogique des «Beni Lampader», p. 217.
L'ONOMASTIQUE TOLÉDANE 171
(Wädt Äs en arabe). L'ancêtre doit être un Abd Allah al-Wâdiyâsï,
probablement immigré à Tolède au milieu du XIIe siècle, qui n'est
pas directement attesté par lui-même, mais par son fils Esteban b.
Abdallah al-Wadiyasï en 119012. On connaît trois fils de cet
Esteban : Pedro b. Esteban al-Wâdiyasï (ou Ibn al-W.) en 1215 et
122013, Domingo et Juan ne sont connus que par leurs enfants. Ruy
Dominguez, fils de don Domingo Esteban al-Wadiyasï, prébendier
de la Cathédrale en 1248, selon un document souscrit par Pedro b.
Yuannes b. Esteban b. al Wâdiyâsï, c'est-à-dire par son cousin. Dona
Urraca, fille de Domingo Esteban «dì al-Wadiyasï» , en 1254, dans un
document souscrit par Pedro b. Juan b. Esteban b. al- Wâdiyâsï14. Ce
dernier est notaire (kätib) et l'on possède de lui de nombreux docu
ments. L'autre fils de Juan Esteban, appelé Domingo Yuannes b.
Juan Esteban b. al-Wadï'âsï, attesté en 128415, eut lui-même pro
bablement au moins deux fils, appelés Juan Dominguez et Esteban
Dominguez : Juan Dominguez b. don Domingo Yuannes b. don
Juan Esteban al-Wadiyasï attesté en 1285 16, et Esteban Dominguez,
fils de Domingo Yuannes, attesté comme escribano à Tolède de 1300
à 1338, et qui traduisit un document en 1326, en tant qu'escrìbano
del arabigo", est le dernier représentant certainement attesté de la
famille, car avec le passage au castillan dans la documentation on
perd le fil conducteur que constituait le nom familial en forme de
nisba18.
On a des cas d'emploi de la kunya comme telle, c'est-à-dire non
pas comme un «prénom», mais comme un substitut honorifique de
celui-ci19. Ainsi, en 1129, l'alguacil alcalde Abu 1-Asbag Ibn Lanbazär
intervient-il dans l'exécution d'un testament. On parle plus loin dans
12 MT 979. 13 MT 426, 454.
14 MT 591.
15 MT 679.
16 MT 686.
17 AHN, Clero, carp. 2982/6. ASC, carp. 10/19. ADA, caj. 198/2.
18 On trouvera toutes les références concernant les al-Wadï'a§ï, ainsi qu'un
tableau généalogique, dans J.-P. Molénat, Le problème de la participation des no
taire mozarabes de Tolède à l'œuvre des traducteurs, dans En la Espana medieval,
18, 1995, p. 39-60.
19 On verra les développements sur la kunya dans J. Sublet, Le voile du nom.
Essai sur le nom propre arabe, Paris, 1991, avec notamment cette observation :
«Ce qu'il faut souligner d'entrée, c'est la quasi-nécessité pour l'individu qui vit
dans le Moyen Âge arabe, d'avoir une «kunya», élément important qui sert de
preuve qu'on est musulman, qu'on est libre, entre autres implications sur le plan
social» (p. 40). Pour autant que la règle restreignant l'emploi de la kunya aux mu
sulmans ait été observée en al-Andalus, son utilisation par les mozarabes en terre
chrétienne aurait le double sens de l'affirmation d'une arabité en même temps
que de l'affranchissement des restrictions imposées à la condition de non-musul
mans en terre d'Islam.
172
JEAN-PIERRE MOLÉNAT
le même document de l'alguacil alcalde Ibn Lanbazär et enfin l'acte
est signé «Moi, 'Abd al-'Azïz Ibn Lanbazär...»20. Il paraît logique
d'admettre qu'il s'agit dans les trois cas du même personnage,
désigné lorsque l'on parle de lui par sa kunya, mais qui se nomme
lui-même par son «prénom» (ism).
De même, l'emploi de la kunya est attesté chez les Beni Härit,
famille se rattachant à deux frères, Jean et Pierre, parmi les chefs
tolédans les plus anciennement attestés après 108521. Le fils du pre
mier, apparaît comme Abu Zayd Abd al-Rahmân b. Yahyä b. Härit,
alguacil sàhïb al-madïna en mai 1115, ensuite alguacil alcalde, et
signant un document en 1129 comme «Moi Abd al-Rahmân b.
Yahyä b. Härit»22. Le fils de cet Abd al-Rahmân, dont on ne connaît
pas le prénom roman, Pedro b. Abd al-Rahmän b. Yahyä b. Härit,
fut encore alguacil alcalde23 et est désigné dans les documents
royaux comme Pedro Alguacil (pour nous Pedro Alguacil II, pour le
distinguer de son grand-oncle)24. En 1192, «Petrus filius de Abder-
rahmen filli Iafie fûii Ablazbac» est témoin d'un acte en arabe dont
ne nous est parvenue que la traduction latine25, ce qui paraît signi
fier que le père de Pedro Alguacil I et du Jean de 1099-1103 avait
porté la kunya d'Abü 1-Asbag en même temps que le nom familial
Ibn Härit.
Par contre l'emploi de la kunya paraît ignoré dans d'autres
20 MT 1012. 21 Le 23 avril 1099 et 22 juin 1103, Joannes judex et prepositus Toletanorwn
confirme des privilèges accordés par le souverain à l'archevêque et à la cathédrale
de Tolède (CDT 10, 12). Le même Joannes Toletanorum populi judex atque preposi
tus en 1101 confirme le privilège accordé par Alphonse VI aux mozarabes de To
lède, dont le texte contient également mentions de «alhariz D. Petro», qui serait
son frère Pedro Alguacil I (T. Muitoz y Romero, Colección de fueros municipales,
Madrid, 1847, réimp. 1972, p. 362). En 1115 et 1118, dona Urraca et Alphonse VII
donnent à la cathédrale de Tolède une vigne «que fuit Iohannis fratrìs Petrì alua-
zir» (CDT 20). Le 13 février 1099, «Petrus aluadir et alfarim» confirme une dona
tion d'Alphonse VI au monastère de San Servando (CDT 9. «Aluadir» se
comprend comme al-wazîr, soit alguacil, tandis q\ï «alfarim» demeure inexpli
qué).
22 MT 940-C, 1012. Selon les Annales Toledanos II : «prisieron Alvacil Abzeit
Abenharet, e penaronlo en Alcazar, era MCLIV» (Espana sagrada, t. 23, p. 404).
Nous déduisons sa filiation de Yahyä, forme arabe du prénom Jean.
23 En décembre 1172, l'alguacil alcalde don Pedro b. 'Abd al-Rahmân b. Ya
hyä b. Härit partage entre ses filles, dona Maria et dona Cecilia pour leur profes
sion au monastère de San Clemente, des biens qui avaient appartenu à son père
l'alguacil Abu Zayd (MT 1038).
24 À une date non précisée, Alphonse VIII concède à Pedro Alguacil le four de
«Alauaidin» dans le quartier de San Ginés de Tolède. En janvier 1175, Pedro Al
guacil donne ce four à l'archevêque don Cerebruno, et le copiste du cartulaire tra
duit sa signature arabe : «quod est dicere Petrus fûii Abderahmen qui fuit filius Io
hannis filii Haut» (CDT 169, 170).
25 CDT 242.
L'ONOMASTIQUE TOLÉDANE 173
familles de notables mozarabes, tels ceux que nous appellerons le
Beni Sabïb. Le premier d'entre eux, Sabïb b. Abd al-Rahmän b.
'Abd al-Rahmän est présent au siège de Cordoue en 1150, avec
l'empereur Alphonse VII, mais il serait attesté à Tolède dès
112926. Ensuite désigné comme le chef militaire (al-qaid, d'où
l'espagnol alcaide) don Sabïb, décédé dans les années 1170, il
laisse durant près d'un siècle son nom à la ruelle où se situait sa
demeure, à proximité immédiate de la cathédrale, devenue
ensuite Yadarve de los canonigos27 . On suit sa descendance à
Tolède au moins jusqu'au milieu du XIIIe siècle, avec ses arrière-
petits-enfants, issus de son fils Micael b. Sabïb b. Abd al-
Rahmän28. Ensuite on perd la trace certaine de ces Beni Sabïb,
bien que leur maintien dans la ville soit plus que vraisemblable29,
largement du fait du changement de langue de la documentation
et de la modification concomitante du système onomastique.
II - L'étape castillane «simple» (XIVe siècle)
Avec le passage au castillan, le système de désignation des indi
vidus devient plus simple, mais du même coup on perd souvent le fil
qui permettait de remonter les générations. Un individu est dès lors
désigné par un bloc prénom + patronymique, suivi par un autre bloc
analogue identifiant son père, et relativement rarement par une
désignation professionnelle.
Le système peut paraître efficace, dans la mesure où il fournit,
en théorie, 3 ou 4 éléments d'identification : 1) prénom, 2) prénom
du père, 3) prénom du grand-père, 4) profession. Mais plusieurs fac-
26 CDT 74. MT 30.
27 J.-P. Molénat, El barrio de los canónigos de Toledo a fines de la Édad Media
(sigio XIV y XV), segun fuentes escritas, dans J.-P. Molénat et J. Passini, Toledo a
finales de la Edad Media. 1. El Barrio de los Canónigos, Tolède, 1995.
28 En 1242, don Lope Fernandez b. don Fernando Micaelis b. don Micael
Sabïb vend un immeuble urbain (MT 550). Dans le résumé castillan de l'acte
arabe : «don Lope Ferrandez fijo de Ferrand Miguel fi de Miguel Xiuif» (CDT
460). En juin 1243, la prieure du monastère de San Clemente, dona Leocadia
Fernandez, prête une somme à ses frères, don Lope Fernandez, don Juan Fer
nandez, don Alfonso Fernandez, tous fils de feu don Fernando Micaelis b. don
Micael Sabïb, et mentionne leur frère décédé, le Maître don Ruy Fernandez
(MT 845). Micael b. Sabïb b. Abd al-Rahmän était témoin en 1160 d'un acte de
son père, l'alcaide (MT 63).
29 On a encore, en 1266, l'alguacil alcalde don Juan Fernandez, fils de don
Fernando Micael (MT 1030), et, en 1281, don Diego Lopez et ses frères, Alfonso
Lopez et Garcia Lopez, tous trois fils de don Lope Fernandez b. don Fernando
Micael (MT 1034). Nous soupçonnons, sans pouvoir le démontrer, que ces der
niers conduisent vers les «Roelas» de la seconde moitié du XIVe et du XVe
siècle.
174 JEAN-PIERRE MOLÉNAT
teurs viennent lui enlever de son efficacité, au moins aux yeux de
l'historien, certainement moins bien placé que les contemporains
pour se reconnaître entre les homonymes.
Il y a d'abord le petit nombre de prénoms, et par voie de consé
quence, de patronymiques utilisés. Je relève, pour les hommes :
Alfonso, Diego, Domingo, Esteban, Fernando, Garcia, Gonzalo,
Gutierre, Juan, Lope, Melendo, Pedro, Rodrigo. D'un usage mois
fréquent, Arias, Gudiel, Illân, Munio...
Ensuite, le patronymique correspond parfois, ou même souvent,
au prénom du père, c'est-à-dire qu'un Diaz est le fils d'un Diego, un
Yuannes d'un Juan..., mais cette situation est loin d'être le cas
général. Le patronymique n'est pas non plus encore devenu ce qu'il
est en espagnol moderne, c'est-à-dire un nom familial (apellido) se
transmettant de génération en génération. L'impression que l'on a
est que c'est le bloc prénom + patronymique qui se transmet de
générations en générations, parfois de père en fils (on trouve ainsi
sept «Diego Garcia»30 qui se succèdent de père en fils du début du
XIVe siècle à la fin du XVe, et que l'on ne peut individualiser que par
un numéro, ou le nom de leur épouse), plus souvent d'aïeul à petit-
fils, ou même, d'une façon qui paraît aléatoire, d'oncle à neveu,
parmi les descendants d'un ancêtre commun (cas des «Pedro
Suârez» précédemment invoqué).
Quelques familles, en nombre limité, et correspondant à une
partie de l'élite «chevaleresque» de la ville, adoptent pourtant dès
cette époque un «nom familial». Le nom des Cervatos fait son
apparition au tournant du XIIIe au XIVe siècle, un peu avant le
moment du passage d'un idiome à l'autre dans la documentation31.
Mais il s'agit d'une famille mozarabe, qui a troqué, vers ce
moment, son nom arabe pour un nom roman. Au XIVe siècle, la
désignation «de Toledo» parfois ajoutée à un bloc prénom-patro
nymique ne constitue pas encore un nom familial. Elle constitue
un élément d'identification d'un personnage originaire de la ville
qui apparaît en dehors de celle-ci. Mais, parce que c'est là le cas de
notables, une telle désignation sera imitée, et tendra à devenir un
nom familial, d'abord dans les milieux chevaleresques, que l'on
peut qualifier de nobles à cette époque, puis à des niveaux sociaux
moins relevés.
30 Par exception, les prénoms Garcia et Alfonso sont utilisés également
comme patronymiques, sans prendre la forme en -ez.
31 Gonzalbo Alfonso b. Alfonso Pétrez b. Sirbatüs achète un esclave, en 1286
(MT 690).
L'ONOMASTIQUE TOLÉDANE 175
III - L'étape castillane «complexe» (XVe siècle)
Peu à peu émerge, et se généralise durant le XVe siècle, un nou
veau système plus complexe, où un individu peut être désigné, sans
parler de sa filiation par quatre éléments, dont l'un seul est toujours
présent, alors que les autres peuvent figurer ou être absents :
1) le prénom (nom de baptême) est toujours présent, et unique
pour un individu (à de rarissimes exceptions près).
2) le patronymique ne correspond plus qu'exceptionnellement
au prénom du père.
3) un nom familial, qui peut être, cas le plus fréquent, un nom
d'origine («de tel endroit»), ou autre chose. Un phénomène curieux
est constitué par la fréquence extraordinaire et paradoxale du nom
«de Toledo» dans la ville même de Tolède. Il s'explique par la
convergence de plusieurs facteurs, dont le plus décisif est sans doute
que certaines familles nobles tendaient, dès le XIVe siècle, à être
ainsi désignées, du fait de leur apparition en d'autres points du
royaume. Donc se faire appeler «de Toledo» prend un connotation
valorisante et tend à effacer d'autres noms familiaux moins bien
connotes, souvent parce qu'ils révèlent une origine judéo-convertie.
De ce point de vue, un phénomène également notable est
constitué par la persistance, au XVe siècle, chez les nouveaux chré
tiens, des noms familiaux d'origine juive (et fréquemment judéo-
arabes) : Abeacara, Aben Abas, Aben Dino, Aben Hamin, Alabrax,
Almaxex, Anacaua, Fahuel ou Fagiiel, Hanete ou Alhanete, Havete,
Hayete, Aben Saboca... On a ainsi des Hayete juifs depuis le XIIIe
siècle (en arabe à ce moment : Hayâtï) jusqu'à la fin du XVe siècle,
des Hauete conversos durant tout le XVe et au XVIe siècle32. Fr
équemment cependant le nom familial judéo-arabe tend à disparaître
aux approches de la fin du XVe siècle : les Aben Saboca deviennent
d'abord les Saboca tout court, puis les «de la Cruz» bien avant le
moment de l'installation de l'Inquisition33.
32 Nous avons à plusieurs reprises relevé la série des Hayete tolédans, jusqu'à
un notaire Alfonso Fernandez hayete, brûlé par l'Inquisition dans les premières
années du XVe siècle. On verra en dernier lieu : J.-P. Molénat, Le quartier de l'é
glise Santa Justa et du Mesón del Lino à la fin du Moyen Âge : une approche topo
graphique et sociale à partir des documents écrits, dans Anales Toledanos, 31, 1994,
p. 89-105.
33 Nous connaissons le juif don Haym Aben Saboca (ou Aben Zaboca), et ses
fils Mayr et Haym, entre 1372 et 1391 (OF 929, f° 14 r3; OF 1069, f° 75 r3; OF 932, f° 2 r°), Alfonso Diaz Aben Saboca, qui est vraisemblablement l'un des trois pré
cédents, entre temps baptisé, de 1396 à 1408 (OF 934, f° 2 r° CT E.7.K.1.19; OF
1072, f° 112 v°), et son fils Juan Diaz Aben Saboca, ou Saboca, décédé entre 1450
et 1452 (OF 1072, f° 112 v°; OF 1086, f° 24 r°; AMT, libro 161, f° 34 r°; OF 941,
f° 165 v°; CT E.10.B.1.5a), puis les trois fils de ce Juan Diaz Saboca, appelés Fer-
176 JEAN-PIERRE MOLÉNAT
Parfois également un nom apparemment bien castillan diss
imule en fait des éléments moins «catholiques» : le marchand
Fernân Gonzalez Husillo, décédé avant l'établissement de l'Inquisi
tion à Tolède, signait, en caractères hébraïques, ses reçus : «David
Aben Gonzalez», soit la juxtaposition de trois éléments, d'origine
respectivement hébraïque, arabe dialectale («Aben» étant la réalisa
tion dialectale andalousienne pour le classique «Ibn») et castillane34.
On retrouve là, s'agissant des juifs baptisés au XVe siècle le phéno
mène de la dualité des noms selon les langues utilisées, et de la jux
taposition d'éléments d'origine différente, déjà vue à propos des
mozarabes du XIIe siècle.
4) Un nom de métier.
Contrairement à une interprétation fréquente qui voit dans ces
noms de métier des noms familiaux déjà fixés, une longue fréquen
tation des documents tolédans du XVe siècle montre qu'il n'en est
rien, et qu'ils continuent, dans l'immense majorité des cas, à corres
pondre, à cette époque, à l'activité exercée par les individus qui les
portent. La meilleure preuve réside sans doute dans les variations
dans le terme appliqué à un même individu, ainsi pour tous les mar
chands-drapiers, désignés tantôt comme mercador, tantôt comme
trapero.
Le même personnage, désigné vers 1475 comme Sancho de
Santo Domingo, trapero, meurt vers 1495 sous le nom de Sancho de
Toledo, mercador, et il laisse notamment un fils, qui sera le plus
souvent désigné comme Sancho Sanchez de Toledo. Mais comme
lui-même avait parfois aussi été appelé Sancho Sanchez de Toledo,
on pourrait avoir des hésitations pour distinguer le père et le fils35.
rand Gonzalez de la Cruz, Garcia Gonzalez de la Cruz et Diego Gonzalez de la
Cruz (OF 941, f° 165 v°), et enfin les deux fils de Ferrand Gonzalez de la Cruz, ap
pelés Rodrigo de la Cruz et Alfonso de Toledo (OF 959, f° 151 r°), ainsi qu'une fille,
mariée à un Gonzalo de Santo Domingo, et nommée vraisemblablement Aldonza
Nunez (Cantera Burgos et P. Leon Tello, Judaizantes del arzobispado de Tole
do, p. 41; J. Gómez-Menor, Cristianos nuevos y mercaderes de Toledo, p. 17,
doc. 12). D'autres «de la Cruz» sont attestés à Tolède au XVe siècle, dont certains
furent atteints par l'Inquisition. Un bachelier Juan Diaz de la Cruz, marié à une
Aldonza Husillo et déjà décédé en 1509, et une fille du couple, Mencia Alvarez de
la Cruz, veuve à la même date du marchand Juan Alvarez de Toledo lui-même v
ivant en 1495-96 (OF 966, f° 126 r°; J. Gómez-Menor, Cristianos nuevos y mer
caderes de Toledo, p. 25, doc. 41), ont la plus grande vraisemblance de se ratta
cher aux Aben Zaboca précédents, du fait de la récurrence du groupe prénom-
patronymique «Juan Diaz».
34 AHN, Inquisición, leg. 153/19.
35 Le 12 décembre 1476, Sancho de Santo Domingo, trapero, et Elvira Cota sa
femme, prennent à bail du chapitre cathedral une maison à Cal de Francos, pour
la vie du couple et d'un enfant (OF 959, f° 90 v°). Le 8 février 1496, Sancho San
chez, fils de Sancho de Toledo, mercador, et Elvira Cota, désigné pour leur succé-
L'ONOMASTIQUE TOLÉDANE 177
Par ailleurs, s'affirme, dès le début du XVe siècle, et même plus
tôt, dans la noblesse, la volonté de fixer un nom familial, lié à la pos
session de certains biens. Cette volonté s'exprime dans les actes de
fondation de majorais, ou pseudo-majorats36, qui conditionnent la
possession des biens concernés à l'obligation de porter les armes et
le nom du fondateur37. Et effectivement, on observe, dans le courant
du XVe siècle, des changements de nom d'un même individu, liés au
fait que celui-ci est entré en possession d'un majorât comportant
cette clause. Garcia de las Roelas devient Garcia de Cervatos lors
qu'il reçoit le majorât conditionné en 1375 par Gudiel Alfonso Cer
vatos38. Mais la contrainte de porter Yapeîlido du fondateur ne pouv
ait manquer d'entrer en conflit avec le fait qu'un même personnage
devait être amené, par le cumul des majorats, à porter plusieurs
apellidos. Ainsi, apparaît la pratique du double nom familial. Le pre
mier exemple que nous en ayons relevé39 se situe au tournant du XVe
der dans la maison, s'engage et donne le caution de son curateur Martin Alfonso
Cota (OF 968, f° 81r°). En 1495, Martin Alfonso Cota, mercador, agit comme son
exécuteur testamentaire, tuteur et curateur des enfants de feu Sancho Sanchez
de Toledo (AHN, Clero, leg. 7289). Le 3 février 1511, Sancho Sanchez de Toledo,
fils de feu Sancho Sanchez de Toledo, nomme un procureur pour défendre de
vant l'Inquisition la mémoire de son père (J. Gómez-Menor, El tinaje familiar de
Santa Teresa y de San Juan de la Cruz, Tolède, 1970, doc. 9, p. 86).
36 Sur les majorats, et les fondations réalisées sans autorisation royale, que
nous avons qualifiées de «pseudo-majorats», dans la noblesse tolédane, cf. J.-P.
Molénat, La volonté de durer : majorais et chapellenies dans la pratique tolédane
des XIHe-XVe siècles, dans En la Espana medieval V. Estudios en memoria del prof e-
sor D. Claudio Sanchez- Albornoz, t. 2, Madrid, 1986, p. 683-696.
37 En 1375, Gudiel Alfonso Cervatos dispose de certains biens-fonds, avec la
juridiction civile et criminelle qu'il possède par grâce du souverain, et stipule l'
obligation de porter ses armes «que son quince quajeles de bianco y carmesi verme-
jo » et de se nommer de Yapeîlido de Cervatos (Academia de la Historia, Madrid,
col. Salazar y Castro, O-6, f° 91 v°. Copie très postérieure). En 1401, Juan Gaitân,
porterò mayor du roi dans le royaume de Tolède, fonde, à Arcos de la Frontera, un
majorât en faveur de son fils Lope Fernandez Gaitân, en appelant d'autres suc
cesseurs après celui-ci et stipulant : «todavia tornando qualquier de las genera-
çiones de los sobredichos mis armas e mi apellido e en otra manera que non ayan
nin hereden cosa de la dicha mayoria» (AHN, Clero, carp. 3120/8).
38 En 1434, Garcia de las Roelas, fils de Juan Gudiel de las Roelas (lui-même
fils de Garcia Lopez de las Roelas et de Francisca Gudiel de Cervatos, fille de Gud
iel Alfonso Cervatos), reçoit une donation soumise aux conditions stipulées par
Gudiel Alfonso Cervatos (BNM, ms. 13045). Il apparaît ensuite sous le nom de
Garcia de Cervatos, notamment dans le testament de sa mère, dona Elvira de
Fuensalida, déjà veuve, en 1443, de Juan Gudiel de las Roelas (AHN, Clero,
carp. 3016/9 et 10).
39 II convient à cet égard d'observer la plus grande prudence, les auteurs pos
térieurs, et notamment les généalogistes, ayant eu une tendance naturelle à nom
mer leurs personnages selon les règles en usage dans l'Espagne moderne et
contemporaine. Pour notre part, nous nous en tenons aux dénominations attes
tées dans les documents contemporains des personnages concernés.
178 JEAN-PIERRE MOLÉNAT
au XVIe siècle, avec le maréchal Payo Barroso de Ribera, seigneur de
Malpica et de Valdepusa, héritier des deux lignées tolédanes remont
ant au XIIIe siècle des Barroso et des Ribera40.
Jean-Pierre Molénat
ADA
AGS
AHN
AMT
ASC
BNM
CDT
ABRÉVIATIONS
Archives des ducs d'Albe (Madrid).
Archivo General de Simancas.
Archivo Historico Nacional (Madrid).
Archives municipales de Tolède.
Archives du monastère de San Clemente (Tolède).
Biblioteca Nacional (Madrid).
F. J. Hernandez, Los cartularios de Toledo. Catàlogo documental,
Madrid, Fundación Ramón Areces, 1985. Le chiffre correspond au
numéro du document.
CT : Archives de la Cathédrale de Tolède, Archivo del Cabïldo.
MT : A. Gonzalez Palencia, Los Mozarabes de Toledo en los siglos XII y
XIII, 4 vol., Madrid, 1926-1930. Le chiffre correspond au numéro du
document.
OF : Archives de la Cathédrale de Tolède, Obra y Fabrica.
40 Le 13 avril 1489, Payo Barroso de Ribera, maréchal de Castille, seigneur de
Malpica et Valdepusa, confirme la charte donnée en 1447 par Payo de Ribera aux
habitants d'El Pozuelo (A. Palomeque Torres, Pueblas y gobiemo del senorio de
Valdepusa durante los siglos XV, XVI y XVII, dans Cuadernos de Historia de Espa-
na, 8, 1947, p. 72-139, spécialement p. 125-133). Le 14 novembre 1509, le maré
chal Payo Barroso de Ribera «cuyas son las villas de Sant Martin e Malpica e Par
la», obtient autorisation royale pour obliger certains biens de son majorât (AGS-
RGS, XI-1509). Sur les deux lignées des Barroso et des Ribera, fusionnées par le
mariage de Pedro Gómez Barroso et dona Aldonza de Ribera, et le décès sans hé
ritiers des oncles maternels de Payo Barroso de Ribera, Per Afân de Ribera, Die
go de Ribera et Vasco Ramirez de Ribera. Cf. 3e partie, chap. 2 de notre thèse de
doctorat d'État, Campagnes et monts de Tolède du XIIe au XVe siècle, sous presse.