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XXXII

e
SESSION
Rabat, 30 juin au 3 juillet 2006
DOCUMENT N°33
* * *
RAPPORT
fait au nom de la
Commission de la coopération et du développement
par
M. Daouda TOURE
(Mali)
Rapporteur
sur
Les privatisations, tendances et problématiques
TA!E DE" MAT#$RE"
#NTRODUCT#ON%%..%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%Pa&e 3
'. (#"TOR#)UE%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%.%%.Pa&e *
+. R,!E DE" -OU.ERNEMENT" ET DE" PAR!EMENT"%%%.%Pa&e /
3. M0T(ODE" ET .AR#ANTE"%%%%%%%%%%%%%%%%.Pa&e '1
2. A.ANTA-E" ET #NCON.0N#ENT" DE" PR#.AT#"AT#ON"%%Pa&e '+
*. !E" PR#.AT#"AT#ON" EN A3R#)UE 3RANCOP(ONE%%.%%Pa&e '2
CONC!U"#ON%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%..%.%..Pa&e +3
#!#O-RAP(#E%%%%%%%%%%%%%%%%%%..%%%%Pa&e +/
ANNE4E 5 CONTR#UT#ON" DE" "ECT#ON" Pa&e +6
1
#NTRODUCT#ON
Il existe un mouvement d’opinion, parmi les économistes mondialistes, suivant lequel tout ce
qui contribue à rélementer les marc!és et à infléc!ir les flux financiers dans un sens
politique, serait"ce dans l’intér#t commun, perturbe l’ordre naturel des c!oses$ %es tenants de
cette idéoloie sont énéralement tr&s critiques avec les pouvoirs publics' on reproc!e à ceux"
ci d’#tre volontiers centralisateurs, plénipotentiaires et fortement susceptibles d’investir les
fonds publics dans des prorammes sociaux qui se rév&lent souvent tr&s co(teux$
)ien s(r, les ouvernements ont tenté de diverses mani&res de répondre à ces critiques, surtout
lorsque la situation politique et économique s’était à ce point détériorée que des mesures
concr&tes devaient absolument #tre prises pour redresser la situation$ *ans ce contexte, la
mesure la plus connue et la plus radicale qu’un ouvernement puisse prendre est certes la
privatisation des institutions publiques$
+e rapport vise à examiner les divers probl&mes qui se posent lors des dénationalisations,
ainsi que quelques"unes des tendances lourdes que l’on peut observer dans ce domaine à
l’aube du troisi&me millénaire$
,n retour attentif sur les événements du vinti&me si&cle permet de réaliser que la
privatisation des entreprises étatiques, qui a marqué les décennies 1-./ et 1--/, est en fait un
retour de balancier$ %a nationalisation de l’économie fut en effet, dans plusieurs pa0s, le
précurseur !istorique et le facteur déclenc!ant de la privatisation 1 les économistes s’accordent
à reconna2tre que la 3rande *épression des années 1-4/ et les deux uerres mondiales du
vinti&me si&cle ont eu pour conséquence d’accentuer randement l’implication de l’5tat dans
l’économie et d’orienter celle"ci dans un sens qui était étroitement lié à ses politiques du
moment$
6n a assisté par la suite au développement de bureaucraties de plus en plus centralisées$ +ette
centralisation des pouvoirs a permis, dans plusieurs pa0s, de redresser une économie
défaillante$ %es ouvernements mirent du temps à prendre conscience des limites de ce
contr7le étatiques$ +e n’est que raduellement et de fa8on ponctuelle que certains en vinrent à
envisaer l’idée de réduire la taille des structures ouvernementales en redonnant au secteur
privé le contr7le effectif d’un certain nombre d’entreprises d’5tat ainsi que le pouvoir
d’influer sur les marc!és et bien s(r, par la m#me occasion, de réaliser des profits$
+es deux s0st&mes " la centralisation de pouvoirs en mati&re de commerce et d’économie au
niveau du ouvernement et la remise au secteur privé de leviers décisionnels dans ces
domaines " se sont tou9ours partaés, depuis l’:ntiquité, quoique à des derés divers et
suivant des mod&les souvent tr&s c!aneants, les mo0ens de production et l’activité
commerciale de tous les pa0s$ +’est seulement au vinti&me si&cle que l’une et l’autre, la
privatisation répondant en quelque sorte à la nationalisation, furent considérées sinon comme
des panacées idéoloiques, du moins comme des approc!es susceptibles, si on les appliquait
de fa8on s0stématique, de corrier les probl&mes liés aux opérations courantes du marc!é et
de énérer la ric!esse et le pror&s au sein des sociétés$
;
+ertains continents ont connu plus de succ&s que d’autres dans la mise en <uvre de processus
de privatisation$ %es pa0s développés d’:mérique du =ord et d’>urope de l’6uest, qui avaient
adopté une idéoloie o? l’application du principe de libre entreprise allait de soi, se sont
adaptés proressivement aux exiences et aux contraintes in!érentes à cette forme de
mutation économique$ %es pa0s en transition d’>urope centrale et d’>urope de l’>st ont été
moins fortunés, leurs circonstances politiques les a0ant amenés, trop souvent, à accélérer leur
mouvement vers une économie de marc!é mal encadrée et souvent m#me anarc!ique$
%es pa0s de l’:sie n’ont en énéral pas subi les m#mes pressions ou alors ils ont mieux su 0
résister et ils ont développé leurs propres mod&les de privatisation$
%a situation de l’:frique est plus complexe et nécessite par conséquent une anal0se plus
détaillée$ @récisons d’abord que les privatisations réalisées sur ce continent ne
correspondaient énéralement pas à un v<u exprimé par les populations, ni m#me à la volonté
du pouvoir exécutif$ >lles étaient simplement décrétées par les institutions financi&res
internationales, qui en déterminaient les modalités dans le cadre des prorammes d’a9ustement
structurel qu’elle imposaient aux pa0s qui sollicitaient des pr#ts c!eA elles$
*ans certains cas ces privatisations ont pu favoriser une amélioration de la qualité des
services au public$ *ans bien d’autres cas, cependant, elles ont entra2né des conséquences
néatives 1 elles ont enendré des !ausses de prix considérables pour des consommateurs dont
le pouvoir d’ac!at était limité au départ' elles sont aussi responsables d’un rand nombre de
licenciements dans plusieurs pa0s$
6n ne saurait passer sous silence d’autres aspects encore plus sombres des privatisations, qui
n’éparnent pas, d’ailleurs, les pa0s ric!es 1 les co(ts souvent élevés qu’il faut pa0er sur les
plans sociaux et environnementaux pour en réaliser la mise en oeuvre, les dép7ts de bilans
qu’elles ont provoqués et qu’elles continuent d’entra2ner un peu partout dans le monde 1 on
n’a qu’à penser aux faillites récentes de companies telles que >nron, Borldcom, CDissair$ %a
dérélementation qui accompane souvent les privatisations am&ne aussi sa part de probl&mes
sur le plan de la sécurité 1 à ce c!apitre, on peut évoquer les pannes d’électricité totales vécues
au cours des derni&res années par les cito0ens de la +alifornie et de l’ouest canadien (qui ont
débouc!é sur une aumentation spectaculaire des co(ts liés à la consommation de
l’électricité) et à l’aumentation bien documentée des accidents ferroviaires en 3rande
)retane$
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'. (#"TOR#)UE
M#me si le processus était bien connu et qu’on 0 avait recouru de fa8on ponctuelle dans
d’autres pa0s apr&s la deuxi&me rande uerre, on s’accorde énéralement à reconna2tre que
c’est le ouvernement britannique de Mararet E!atc!er qui a introduit, au début des années
1-./, le concept de privatisation en tant que proramme politique$

:u moment de l’arrivée au pouvoir du ouvernement E!atc!er, les économistes des pa0s
développés considéraient que l’5tat devrait contr7ler à tout le moins les services postaux, la
défense, les télécommunications, l’énerie et les transports publics (des domaines qui, par leur
nature, rel&vent du service public et éc!appent à la loique !abituelle du marc!é)$ @lusieurs
estimaient éalement que l’5tat devait conserver la main"mise sur certains secteurs clés de
l’industrie, comme les activités bancaires et la transformation de l’acier (activités qui, à cause
de l’usae potentiel des produits impliqués ou du pouvoir qu’ils conf&rent à ceux qui les
détiennent, enaent Fde factoF l’avenir de la collectivité)$
%e succ&s relatif, sur le plan économique (du point de vue social, on pourrait tout aussi bien
parler d’éc!ec relatif) des privatisations massives réalisées en 3rande )retane amena
d’autres pa0s développés à recourir à cette stratéie$ +’est ainsi que la Grance devait procéder
à son tour à un rand nombre de privatisations au cours des vint derni&res années du
millénaire, principalement par le biais d’offres publiques$ %a plus importante de ces
privatisations est sans doute celle de Grance Eelecom en 1--.$ :vec le temps, l’5tat fran8ais
s’est désenaé du secteur des assurances' il s’est retiré du domaine bancaire et de l’industrie
et concentre désormais l’essentiel de ses activités dans l’énerie, les transports et les
télécommunications$ *’autres pa0s du =ord, comme l’Italie par exemple, ont aussi initié au
cours des années 1--/ des prorammes de privatisation tr&s ambitieux, qui couvraient une
variété de secteurs clés 1 les banques, les assurances, l’énerie, les télécommunications et
l’électricité$
*ans les pa0s d’>urope de l’6uest, la privatisation fut souvent énératrice d’améliorations de
la performance économique et financi&re de certaines entreprises d’5tat$ %’arrivée de
nouvelles équipes de estionnaires, vouées à l’atteinte d’ob9ectifs mesurables, explique en
partie ces performances améliorées$ @ar contre les entreprises, une fois remises au secteur
privé, eurent souvent tendance à ne pas maintenir le niveau de l’emploi en leur sein ou à
nélier les réions o? le service était peu susceptible de énérer des profits$ +eci a créé un
certain désenc!antement parmi les populations concernées$ >n Cuisse, par exemple, les
privatisations effectuées dans les télécommunications et les services postaux n’ont pas donné
les résultats escomptés et on a par la suite décidé de renoncer à la privatisation de l’électricité$
%e Hapon qui, comme les >tats",nis, se caractérisait par la faiblesse de son secteur public,
s’est lui aussi, au cours des années 1-./, lancé dans des prorammes de désenaement
intensifs, qui ont contribué à affaiblir la capacité de l’5tat d’air sur l’économie en période de
crise$
>n :mérique du Cud, plusieurs pa0s moins développés, tels le +!ili, le Mexique et la )olivie
ont éalement adopté cette stratéie, avec des résultats décevants$ @lus récemment, le )résil,
le @érou et surtout l’:rentine ont vécu des probl&mes sérieux résultant de privatisations
massives$ %’:rentine est l’exemple le plus fréquemment cité par ceux qui blIment les
institutions financi&res internationales en cas d’éc!ec des stratéies de privatisation 1 en effet,
malré une application stricte des recommandations du Gonds Monétaire international (GMI)
préconisant la vente de lares pans des secteurs des banques et de l’industrie à des capitaux
J
étraners, le pa0s a fr7lé la faillite au début des années ;///$ %a dette a aumenté de fa8on
spectaculaire, les services éducatifs et de santé se sont détériorés, le pouvoir d’ac!at des
arentins s’est effondré, de telle sorte qu’une rande partie de la population est au9ourd’!ui
réduite à la pauvreté$
*ans les pa0s de transition de l’>urope de l’>st, apr&s la c!ute du mur de )erlin et le
démant&lement de l’,nion soviétique, on a assisté à une transformation relativement rapide de
l’économie$ ,n des buts rec!erc!és par ces 5tats étant de favoriser l’émerence d’un secteur
privé et d’une économie de marc!é efficaces et d0namiques, on était tr&s ouvert à l’idée de
privatiser des entreprises traditionnellement érées par l’5tat$ *ans bien des cas, il s’aissait
en fait de restituer au secteur privé des entreprises préalablement saisies et nationalisées par le
ouvernement$
%’absence m#me d’une classe d’entrepreneurs privés dans ces pa0s rendait difficile ce t0pe
d’opération par le biais de ventes ré à ré$ @ar ailleurs, pour des raisons d’ordre politique, on
découraeait souvent l’ac!at d’entreprises d’5tat par des entrepreneurs étraners$ 6n a donc
énéralement préféré procéder à des ventes publiques d’entreprises appartenant à l’5tat$
Mal!eureusement, compte tenu de la faiblesse de l’éparne privée dans ces pa0s, les revenus
énérés par ces ventes ne pouvaient #tre que limités$ >n république tc!&que par exemple, on a
énormément privatisé, et dans un court laps de temps, dans des secteurs comme ceux des
banques, des transports, de l’énerie et des télécommunications, et les revenus qu’en a retiré
l’5tat n’ont pas été à la !auteur de ses attentes$ Couvent éalement, là o? il 0 a eu influx de
capitaux étraners, ceux"ci ont été investis de mani&re tr&s sélective et ont créé des situations
problématiques 1 les investisseurs n’ont ac!eté que les entreprises potentiellement rentables'
les autres ont été dissoutes, faute d’intér#t, ou vendues à rabais$ %es conséquences de ces
transferts de pouvoirs sur les services à la population devaient se révéler, dans bien des cas,
extr#mement néatives$
%’expérience russe fut particuli&rement difficile$ *ans ce dernier pa0s, suite à des ventes
publiques massives de titres, les cito0ens se sont retrouvés actionnaires d’entreprises souvent
peu performantes, alors que des entrepreneurs fortunés et bien informés investissaient dans
des entreprises plus concurrentielles$ %es ventes d’actions auxquelles on a procédé dans ce
pa0s, souvent dans le désordre et au mépris des r&les d’équité qui doivent s’appliquer dans la
mise en <uvre de ce processus, ont favorisé l’émerence d’une classe de spéculateurs qui se
sont rapidement enric!is, au détriment de petits investisseurs qui, dans bien des cas, se
retrouv&rent à toutes fins pratiques ruinés$
%a transition du socialisme au capitalisme a été beaucoup plus difficile dans les républiques
de l’ancienne ,nion soviétique que n’importe o? ailleurs 1 ces républiques étaient demeurées
lontemps sous contr7le communiste, et leur transition vers le capitalisme a coKncidé avec la
dissolution de l’empire soviétique$ *émanteler une structure ouvernementale de cette
importance était une entreprise colossale en soi' réformer un 5tat qui était en lui"m#me un
s0st&me économique et une idéoloie était encore plus difficile$ :u9ourd’!ui encore, il n’est
pas facile de se prononcer sur les résultats de tous ces c!anements$ 6n peut cependant d’ores
et dé9à avancer que dans ce cas particulier la privatisation, parce qu’elle tendait à favoriser,
surtout en Russie, les entrepreneurs les plus ric!es et les mieux informés, et qu’elle ne
reposait pas sur des principes de saine concurrence, n’a pas produit les résultats escomptés$
*ans bien des cas, les réformateurs ont accordé un traitement préférentiel aux estionnaires et
aux emplo0és des entreprises destinées à #tre privatisées, en leur donnant la possibilité
d’acquérir des actions à des taux réduits$ +e ne fut pas tou9ours une bonne c!ose$ Il semble en
L
effet que les entreprises qui ont le mieux réussi sont celles qui étaient contr7lées par des
investisseurs de l’extérieur, qui ont mis en place de nouvelles équipe de estionnaires et
d’emplo0és$
>n +!ine, le parti communiste au pouvoir a amorcé au cours de la derni&re décennie du
vinti&me si&cle son propre proramme de privatisations, touc!ant de lares pans de
l’industrie dans des domaines aussi variés que les télécommunications, la production
automobile et les services financiers$ Il faut préciser, toutefois, que les mét!odes de
privatisation préconisées en +!ine diff&rent sensiblement de celles que l’on applique ailleurs$
%es entreprises étatiques c!inoises ont souvent une dimension sociale, indissociable de leur
vocation économique$ *ans les faits donc, m#me si des titres de propriété sont remis à des
cito0ens ou m#me à des intér#ts étraners, le ouvernement central s’assure de conserver des
parts importantes de ces entités et arde ainsi un droit de reard sur leurs opérations$ %’5tat
tient en fait à s’assurer que les stratéies et les ob9ectifs de ces institutions continuent de
s’inscrire dans le plan d’ensemble macro"économique qu’il a lui"m#me défini$

:pr&s une décennie d’aumentations des privatisations au cours des années 1--/, on assiste
maintenant à une décroissance proressive dans ce domaine$ :insi dans certains pa0s
développés, comme la =ouvelle"Mélande, o? l’on a beaucoup privatisé au cours des années
1--/, on assiste maintenant à un renversement de cette tendance$ %es probl&mes du marc!é et
la montée des contestations altermondialistes, en ce début de troisi&me millénaire, expliquent
en partie cette situation$ 6n peut aussi considérer que l’inventaire des biens publics qui
pourraient #tre vendus au secteur privé est moins important qu’il l’a dé9à été$ Il reste peu de
ces entreprises de rande enverure qui faisaient réuli&rement l’ob9et de privatisations au
cours des deux derni&res décennies du vinti&me si&cle$
*e plus, un certain nombre d’entreprises ont connu des difficultés d’ordre économique ou
n’ont pas su ou pu respecter les r&les et conditions qui avaient présidé à leur transfert du
secteur public au secteur privé, ce qui a occasionné dans certains cas un retour à leur statut
antérieur$ *e tels renversements, il va sans dire, sont énérateurs de dépenses ma9eures pour
les 5tats, et leurs conséquences socio"économiques sont difficiles à anticiper et à érer$
+. R,!E DE" -OU.ERNEMENT" ET DE" PAR!EMENT"
%e r7le principal des ouvernements, tel qu’on le décrit !abituellement, est de promouvoir le
bon fonctionnement des services publics essentiels au bien"#tre des populations qu’ils
desservent$ Mais quels sont ces services publics essentielsN >n fait, la définition de ces
services peut varier d’un pa0s à un autre$
%es ob9ectifs des entreprises d’5tat sont appelés à évoluer au ré des c!anements de
ouvernement, ce qui ne favorise pas tou9ours leur épanouissement économique$ %es
ouvernements ont par ailleurs bien d’autres préoccupations à prendre en compte que la
nécessité de retirer un profit de la propriété d’une entreprise$ *ans le cas d’une entreprise
d’5tat vouée à l’aide sociale, par exemple, il est difficile d’imainer qu’un ouvernement
puisse faire primer la rec!erc!e d’un profit sur la prestation de services à la population$ >n
effet, ce dernier ob9ectif est tou9ours une priorité importante dans les sociétés dites libérales,
m#me si ce t0pe d’activité est énéralement déficitaire$
%Oimpact de la privatisation sur la qualité et la disponibilité des services primaires sont des
questions pertinentes posées par des populations inqui&tes$ ,n des r7les les plus importants
des parlementaires à cet éard est bien s(r de veiller à ce que cette préoccupation soit prise en
P
compte et qu’elle soit bien reflétée dans les lois du pa0s$ Ils doivent aussi veiller à ce que les
ouvernements appliquent par la suite ces lois dans un esprit de 9ustice et d’équité$
%es ouvernements estiment !abituellement qu’il est nécessaire d’intervenir et de demeurer
impliqué dans des domaines o? l’intér#t public et les intér#ts privés sont difficilement
conciliables$ %a prévention de la pollution industrielle est un exemple évident de ce t0pe de
situation$
%’éducation et surtout la défense sont des c!amps d’activité o? le besoin s’impose
naturellement d’une certaine forme de rélementation centralisée, peu compatible avec les
activités normales des entreprises privées$ %es ouvernements responsables de les administrer
peuvent certes en privatiser certains secteurs, mais m#me dans ces cas, ils voudront continuer
à exercer une forme de contr7le sur ces activités$
+ertains secteurs peuvent se pr#ter aussi bien à la nationalisation qu’à la privatisation$ %e
domaine des transports en est un o? il est possible d’envisaer que le secteur privé veuille
s’impliquer ce qui, par le 9eu de la concurrence, pourrait favoriser une estion d0namique et
efficace des activités en cause$ Eoutefois, il s’ait aussi d’un domaine o? une certaine
rélementation s’impose, pour des raisons de sécurité et de protection de l’environnement par
exemple$ %’5tat doit aussi s’assurer que l’entreprise concernée continuera de desservir les
réions éloinées ou isolées, donc les moins susceptibles de énérer un profit, apr&s le
transfert des responsabilités$ Il s’ait là de facteurs importants, qu’il faut absolument érer
efficacement$ 6r, la mise en <uvre de solutions à de telles problématiques est évidemment
susceptible de réduire considérablement la mare de profit des entreprises impliquées$ +’est
pourquoi dans beaucoup de pa0s la estion des transports a fait l’ob9et d’un va"et"vient entre
les secteurs publics et privés 1 sur une période suffisamment lonue, dépendamment de la plus
ou moins rande satisfaction du public, un 5tat peut se voir appelé en ce domaine à
nationaliser, puis à privatiser, pour nationaliser à nouveau, en tout ou en partie, au ré des
c!anements de ouvernement$
%es buts rec!erc!és, lors d’une privatisation, peuvent #tre de plusieurs ordres 1 recueillir des
fonds dont l’5tat a besoin, favoriser une plus rande efficacité sur les plans économique et
administratif et favoriser la concurrence dans le c!amp d’activité de l’entreprise concernée
tout en donnant aux lois du marc!é plus d’espace pour s’exprimer$ ,n des ob9ectifs implicites
de la privatisation est de réduire les déficits budétaires de lO>tat en diminuant les dépenses$
%e train de vie de lO>tat et de ses fonctionnaires est a9usté dans le sens dOune plus rande
riueur$
@arall&lement à cette mise en <uvre et particuli&rement au cours de la période de transition
vers la privatisation, il est important pour les ouvernements de développer des mét!odes et
procédures efficaces visant à protéer les droits des investisseurs Q locaux et étraners Q et des
actionnaires 1 le développement de principes de bonne ouvernance, ainsi que d’une
aut!entique culture de l’équité sont des pré"requis, si l’on veut mettre en place un s0st&me
financier moderne et efficace qui aidera à attirer des capitaux qui nourriront les entreprises et
favoriseront la croissance de l’économie$
%’5tat n’est pas un propriétaire comme les autres 1 il est le serviteur du peuple et, en tant que
tel, il a la responsabilité de déterminer, apr&s la privatisation d’une institution, si le nouveau
estionnaire est apte à maintenir, le cas éc!éant, la qualité du service rendu à la population$
@our ce faire, il pourra par exemple exier que l’ac!eteur " ou le estionnaire désiné par les
nouveaux propriétaires " maintienne en poste, apr&s la cession, les cadres et emplo0és les plus
R
susceptibles de arantir, par la qualité de leur contribution, que les bénéficiaires et les clients
concernés ne souffriront pas ind(ment du passae du public au privé$ >nfin, il s’assurera de
définir les modalités de suivi qui établiront clairement la relation entre l’5tat et le nouveau
propriétaire, et entre celui"ci et la population desservie, suite à la vente$ +ar l’5tat a la
responsabilité d’exier des institutions privées, au moment de la vente, qu’elles maintiennent
un niveau adéquat d’implication sociale suite à la cession$
*ans les cas o? la cession d’un secteur d’activité à un ac!eteur unique risquerait de créer une
situation de monopole, l’5tat devrait s’assurer que plusieurs opérateurs occupent le c!amp
qu’il a laissé libre, permettant ainsi à une saine concurrence de s’exercer$
Cuite à une vente, qu’il s’aisse d’une vente directe, de cession d’actifs, de fermae, de
location"érance ou d’octroi de concessions, l’5tat doit sOorienter vers une fonction de
catal0seur, dOanimateur et de réulateur$ Il conserve alors un r7le et une responsabilité
économique essentiels mais différents$ )ien s(r, ces c!anements nécessiteront une révision
compl&te des fonctions et des comportements des cadres et emplo0és du secteur public, et une
formation à l’avenant$
%e r7le des parlementaires dans la mise en <uvre des processus de privatisation est d’abord et
avant tout de s’assurer que les populations qu’ils représentent soient bien au fait des intentions
de leur ouvernement, de demeurer à l’écoute de leurs électeurs et de recueillir leurs
commentaires et suestions sur le fonctionnement de l’5tat$ Ils seront ainsi mieux en mesure
de sensibiliser les ouvernements aux probl&mes qui se posent, et de soumettre des
propositions de correctifs et des mesures léislatives appropriées$
%es parlementaires doivent par exemple s’assurer que l’5tat oriente bien ses investissements
vers les secteurs considérés comme prioritaires pour le développement national au mo0en
d’incitations fiscales spécifiques et de subventions adaptées$ Curtout, il leur incombe
d’améliorer lOenvironnement léislatif et rélementaire, pour le rendre plus favorable au
développement !armonieux de lOentreprise privée et pour lOadapter à lOévolution de la
con9oncture mondiale, tout en préservant les intér#ts des populations qu’ils représentent$
3. M0T(ODE" ET .AR#ANTE"
%e c!oix d’un processus approprié de transfert de propriétés ou de biens étatiques du secteur
public au secteur privé est une décision difficile à prendre pour un ouvernement$ >n effet,
ces transactions sont tou9ours complexes et s’op&rent tr&s souvent dans un contexte !autement
politisé$ Il faut d’abord évaluer correctement les propriétés ou les biens en question, et la
fa8on dont on s’0 prendra doit tenir compte de plusieurs facteurs tels que le c!eminement
!istorique de ces entités, leur compétitivité, l’importance de la rélementation dans le secteur
en cause et la capacité des nouveaux propriétaires de s’acquitter efficacement de leurs
nouvelles responsabilités$
M#me si la privatisation est un processus de estion ouvernementale connu, ses implications
et ses conséquences sur les plans de la politique et de l’économie ne sont pas tou9ours
comprises de tous$ @ar exemple, peu de ouvernements ont une idée claire et précise des
étapes requises pour assurer la mise en <uvre efficace d’une privatisation, du moment de la
planification 9usqu’au suivi du transfert' souvent, ce manque de préparation les aura incités à
procéder rapidement à une privatisation compl&te, alors qu’une alternative moins radicale
aurait pu se révéler plus profitable$
.
:vant d’élaborer un proramme de privatisation, un ouvernement devrait tou9ours s’assurer
de procéder à une anal0se aussi précise que possible de la situation de ses secteurs public et
para"public$ Il doit comparer leur rendement et leurs actifs avec ceux d’autres oranismes
semblables dans d’autres pa0s$ Il lui incombe éalement de déterminer dans quelle mesure le
secteur privé est apte à prendre la rel&ve et dans quels domaines le cas éc!éant$ %es
prorammes d’a9ustement structurel proposés par les institutions pr#teuses, telles le GMI et la
)anque mondiale, sont basés sur des anal0ses de cet ordre ' toutefois, ces anal0ses seraient
mieux acceptées et leurs recommandations suivies plus volontiers si elles étaient développées
par des experts locaux, familiers avec le contexte$
%a définition précise des ob9ectifs de la privatisation est une tIc!e essentielle, qui devrait
s’intérer naturellement à la politique économique lobale d’un pa0s$ +’est, avant tout, un
c!oix politique qui doit #tre assumé au plus !aut niveau de l’5tat, selon les dispositions
constitutionnelles propres à c!aque pa0s$ +Oest aussi une opportunité pour enaer, d&s cette
p!ase, la concertation avec les partenaires sociaux du ouvernement$ %es ob9ectifs c!oisis
auront des conséquences considérables non seulement sur lOampleur des opérations, sur les
mét!odes de privatisation, sur les modalités 9uridiques, mais aussi sur le calendrier
dOapplication et sur les mesures dOaccompanement$
@eu nombreux et aussi précisément quantifiés que possible, les ob9ectifs des politiques de
privatisation ne devraient #tre déterminés quOapr&s une anal0se en profondeur de la situation
économique et sociale nationale, réalisée en toute indépendance$ +Oest aussi une précaution
utile pour évaluer les réticences qui pourraient se manifester, aussi bien au sein du
ouvernement et parmi les parlementaires que sur la sc&ne politique ou s0ndicale ou dans
lOopinion publique$ +es réticences sont énéralement inspirées par des considérations
léitimes concernant la défense de la souveraineté nationale, le maintien du contr7le étatique
sur certaines activités stratéiques, la sauvearde de lOintér#t public ou encore sur le besoin
d’éviter la concentration indue des ric!esses entre les mains de quelques particuliers$ %es
ob9ectifs des politiques de privatisation doivent prendre en compte ces inquiétudes$
Il est important pour les 5tats de se doter de ressources de néociation compétentes pour
définir les termes et conditions des processus de privatisation de fa8on aussi avantaeuse que
possible$ +es ressources font défaut aux pa0s en développement, alors que les ouvernements
et les sociétés privées des pa0s du =ord sont mieux encadrées sur ce plan$ 6n pourrait
renforcer cette capacité dans les pa0s du Cud, par exemple en formant des partenariats entre
5tats et réions limitrop!es pour les fins de telles néociations$ 6n mettrait ainsi en commun
les ressources disponibles$ +ette approc!e multilatérale renforcerait aussi la position des 5tats
ou des réions concernés face aux exiences des aences internationales de financement$
6n a souvent recours, lors de la mise en <uvre, à une loi"cadre de privatisation qui détermine
lOampleur de la politique nationale, ainsi que les compétences des autorités et des oranismes
c!arés de lOexécution des privatisations et qui énonce les mesures dOaccompanement
financier et social$ C’assurer que le @arlement précise dans un texte de loi le r7le exact des
acteurs du processus de privatisation est une sae précaution, un début de arantie de
transparence est sans doute le meilleur mo0en de centrer le débat politique sur les
opportunités, les contraintes et les risques de la privatisation envisaée$
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%es @arlements ont le pouvoir de passer des lois, et ils le font$ :insi, au 3abon, on a voté il 0
a quelques années une loi"cadre sur les privatisations$ +ette loi définissait le c!amp des
privatisations, les obliations du ouvernement et les mesures qui devaient #tre prises si ces
obliations n’étaient pas respectées$ %’5tat abonais devait donner la liste des entreprises à
privatiser ainsi que les étapes à suivre pour privatiser un bien public$ %a loi prévo0ait aussi
que c!aque année un comité parlementaire spécial responsable du suivi des privatisations
rende compte à la léislature des pror&s des cessions effectuées$ +e comité s’intéresse
particuli&rement au c!eminement des pro9ets de privatisation 1 la pré"qualification, étape au
cours de laquelle on définit le portrait"robot des repreneurs et o? on fixe les termes de
référence (c!iffre d’affaires de l’entreprise ou des entreprises concernées, nombre d’emplo0és,
capital disponible en biens ou en esp&ces)' l’étape suivante est celle de la qualification, au
cours de laquelle on proc&de au dépouillement des offres$ +eci se fait en toute transparence et
avec un maximum d’ob9ectivité$ 6n passe ensuite à la vente$ Il ne faut pas oublier l’étape le
contr7le à posteriori$ Ci les parlementaires connaissent bien ces étapes et s’assurent qu’elles
sont suivies, on aura plus de c!ances de réussir dans la mise en <uvre de ces processus$
%Oexécution des politiques de privatisation est un processus particuli&rement complexe, qui
dure le plus souvent de cinq à dix ans$ >lle exie des compétences administratives en mati&re
de estion publique, des capacités 9uridiques et financi&res approfondies et une bonne
expertise en estion des entreprises privées$ %a mesure qui appara2t la plus efficace pour
disposer de cette expertise multidisciplinaire est de créer une institution spécialisée ou de
développer une entente avec une aence qui fasse rapport à ce su9et au plus !aut niveau de la
!iérarc!ie ouvernementale$ +et oranisme, c!aré de lOexécution de la politique de
privatisation, doit disposer dOune lare autonomie de fonctionnement pour réunir les
compétences nécessaires à l’exécution de son mandat en toute indépendance ' il est aussi
sou!aitable qu’elle dispose de l’autorité nécessaire pour réduire les obstacles bureaucratiques
qui vont inévitablement se manifester selon les !abituels comportements de résistance au
c!anement$ Il lui faut pouvoir combiner autorité et souplesse, compétence et transparence$
%es questions relatives aux pertes d’emplois possibles et aux mo0ens que l’5tat pourrait
prendre pour en atténuer les effets (indemnités de départ énéreuses, prorammes de
réinsertion professionnelle bien développés, par exemple) sont importantes et doivent #tre
examinées tr&s attentivement$ 6n ne doit 9amais oublier non plus de bien anal0ser les impacts
possibles de la privatisation sur les services au public, dans les villes autant qu’à la campane$
6n estime que les privatisations massives sont en énéral les moins profitables de nos 9ours'
les ouvernements qui 0 ont recours le font !abituellement quand ils n’ont pas d’autre
alternative$ Seureusement, il existe plusieurs variantes de ces diverses tec!niques de
désétatisation, de dénationalisation ou de vente des entreprises publiques 1 la privatisation est
un processus complexe, comportant des implications politiques et économiques qui varient
énormément selon les circonstances$
,n ouvernement peut par exemple favoriser la dérélementation dans un secteur étouffé par
les contraintes administratives tout en conservant la propriété et le contr7le effectif de ce
secteur ' on peut aussi permettre le développement parall&le de companies privées, qui
concurrenceront l’entreprise publique dans un domaine donné et forceront celle"ci à devenir
plus performante$
,ne situation que l’on retrouve de plus en plus fréquemment est l’assination par les
ouvernements de contrats au secteur privé, permettant ainsi à des entrepreneurs d’effectuer
1/
des tIc!es que l’5tat ne veut plus ou ne peut plus assumer dans un domaine donné$ *e telles
formules permettent aux ouvernements de maintenir leur droit de propriété, tout en les
libérant d’une partie des responsabilités et des co(ts que la propriété entra2ne$ %’un de ces
co(ts, et non le moindre, est lié au financement des avantaes sociaux et des fonds de retraite
des emplo0és$ Il faut préciser que ce dernier mod&le est plus difficilement applicable dans les
secteurs o? les s0ndicats de travailleurs sont bien oranisés et influents$
:u cours des années qui viennent, on pourrait voir de plus en plus de situations o? le secteur
privé serait invité à co"érer avec l’5tat une proportion restreinte des activités d’une entreprise
nationale, celles qui font plus directement appel aux qualités des entrepreneurs indépendants,
tout en permettant à ceux"ci de faire des profits$
:u Tuébec, par exemple, on s’intéresse depuis plusieurs années au développement de ces
partenariats public"privé$ ,ne politique cadre a été rendue publique à cet effet en 9uin ;//J 1
ces partenariats prennent !abituellement la forme de contrats à lon terme par lesquels des
oranismes publics associent des entreprises privées à la conception et à la réalisation de
pro9ets de l’administration publique$ +es pro9ets peuvent impliquer une participation au
financement des entreprises privées concernées$ %e ouvernement canadien a favorisé, quant à
lui, le mod&le de la commercialisation, que l’on peut décrire comme un c!anement dans la
mani&re d’exploiter les installations et les services' elle permet au ouvernement fédéral de
conserver la propriété d’actifs importants, comme les aéroports et les infrastructures
maritimes, tout en confiant leur érance à des intér#ts privés, qui sont mieux en mesure
d’imposer des pratiques de estion commerciales susceptibles d’améliorer la mani&re dont les
biens et services publics sont fournis, ainsi que les performances financi&res connexes$
2. A.ANTA-E" ET #NCON.0N#ENT" DE" PR#.AT#"AT#ON"
%a privatisation comporte deux avantaes évidents pour les ouvernements 1 dans un premier
temps, la vente de biens occasionnera normalement une importante entrée de fonds dans le
trésor public$ >t par la suite, le ouvernement n’aura plus à se soucier de défra0er les co(ts
d’opération liés à la propriété des biens vendus$ )ien s(r, si la privatisation n’est que partielle,
dans les cas par exemple o? l’5tat ne c&de qu’une partie de la propriété d’un bien public à des
intér#ts privés, les avantaes susmentionnés seront proportionnels à l’importance de la
cession$
*ans la mesure o? la privatisation ne crée pas de monopole susceptible de nuire à un
développement économique et social !armonieux, qu’elle favorise la concurrence et le
meilleur fonctionnement des marc!és, elle peut avoir des effets positifs$ Eout dépend de la
force et de la maturité des marc!és existants et de leur capacité d’absorber les nouvelles
entreprises et de les adapter aux exiences et aux modes de fonctionnement économiques du
secteur privé$
>n principe, les privatisations peuvent favoriser le développement des marc!és 1 en créant de
nouvelles companies, on crée de la ric!esse et de l’emploi, de nouvelles possibilités de
financement et d’investissement$ =ormalement en effet, des marc!és de capitaux plus
diversifiés et plus efficients devraient favoriser la croissance économique et permettre aux
entrepreneurs de financer des opportunités de développement auxquelles ils auraient
autrement été obliés de renoncer$ %a privatisation en tant que stratéie de développement
économique peut permettre, par le biais de l’offre publique, la mise en place d’un marc!é
boursier plus diversifié et mieux structuré' le développement !armonieux d’un nouveau
11
marc!é favorisera alors la proression d’autres marc!és similaires ou distincts et, en
définitive, la proression de l’économie lobale de l’5tat$
%es spécialistes du développement consid&rent que l’on sous"estime souvent le r7le de lO>tat
en tant qu’initiateur de pro9ets à risques, qui n’intéressent pas le secteur privé$ :insi, on
con8oit difficilement que l’on puisse intéresser des entreprises privées à instaurer lOécole
obliatoire pour tous, à développer et mettre en <uvre des plans de santé universels, ou encore
à entreprendre la construction de rands ouvraes !0drauliques, tout particuli&rement dans des
pa0s en voie de développement$ +e sont là des activités qui rel&vent clairement du service
public, clef de vo(te de l’5tat$ >n fait, les domaines d’activité qui intéressent le plus le secteur
privé sont ceux o? l’économie est la plus compétitive, comme les banques, les
télécommunications, les manufactures, là en somme o? il est plus facile de réaliser des profits$
+ette notion de profit est évidemment primordiale 1 elle est à la source de l’intér#t du secteur
privé pour les privatisations$ *e par leur nature, en effet, les entreprises privées sont surtout
intéressées à accro2tre leur taille, leur part du marc!é et leur influence, de fa8on à obtenir un
pouvoir effectif tou9ours plus rand dans le contexte de l’économie lobale$
%es biens qui demeurent entre les mains des ouvernements dans la plupart des pa0s
développés, apr&s la vaue de privatisations auxquelles on a assisté au cours des deux
derni&res décennies du vinti&me si&cle, appartiennent énéralement à des domaines o? la
rélementation est sév&re (les services sociaux, la culture, l’éducation, l’environnement ou la
santé, par exemple) et doit #tre observée rioureusement, quel qu’en soit le co(t$ @our cette
raison, ils intéressent moins le secteur privé, qui voit dans ces contraintes administratives une
entrave au profit$ @ar ailleurs, le public est souvent réticent à approuver le transfert d’activités
de ce t0pe au secteur privé, crainant à bon droit que le souci de réaliser des profits ait un
impact néatif sur le respect de la rélementation requise pour assurer le fonctionnement
efficace et sécuritaire des s0st&mes administratifs impliqués, ou sur la qualité du service
offert$
+ette crainte est certainement fondée 1 le principe du service public comprend l’idée de
tarification et de péréquation, c’est à dire que le destinataire du service fourni peut pa0er pour
le service qu’il re8oit, mais selon des r&les ouvernementales qui déconnectent le paiement
du co(t réel des biens et des services et rendent ce paiement acceptable pour tous$ *ans le
meilleur des cas, dans un s0st&me de santé pleinement subventionné par exemple, les usaers
ne contribuent pas directement' c’est l’5tat qui absorbe les co(ts des services à m#me les
imp7ts, qui sont calculés en principe en fonction de la capacité de pa0er des contribuables$
+’est une loique qui prend acte des inéalités existantes et qui vise à les réduire plut7t qu’à
les reproduire$
%a loique du secteur privé vise aussi à satisfaire des besoins, mais dans la mesure o? cette
prestation peut #tre rentable et o? les usaers sont eux"m#mes solvables$ *ans un tel s0st&me,
la qualité du service pourra varier en fonction de la capacité de pa0er du destinataire$ +ette
qualité sera minimale si la capacité de pa0er est faible ou inexistante$
Ci l’on consid&re deux entreprises de service, l’une érée par le secteur public et l’autre par le
privé, on réalise rapidement que le principe d’efficacité qui les anime n’est pas le m#me 1 la
premi&re s’auto"évaluera selon sa capacité de répondre à des besoins sociaux d’une fa8on
9uste et équitable, tandis que l’autre le fera en fonction de son aptitude à fonctionner au
maximum de ses possibilités en optimisant les profits et en réduisant ses co(ts d’opération au
minimum$
1;
%a loique propre au secteur privé, lorsqu’on l’applique aveulément dans un domaine o? le
service au public est lourd de connotations sociales, peut mener à des résultats décevants$ 6n
en a eu un exemple classique, dé9à évoqué plus !aut, lors de la panne d’électricité énérale qui
a frappé la +alifornie il 0 a quelques années 1 le s0st&me, qui avait été privatisé, n’était plus
con8u pour faire face à des pointes de demandes ma9eures (la rec!erc!e du profit exieait
qu’on l’a9uste au plus serré) et il s’est effondré$ %es probl&mes causés par la dérélementation
à rande éc!elle du trafic aérien, les lacunes identifiées dans plusieurs pa0s en relation avec
l’inspection des aliments ou le traitement des eaux suite aux privatisations intervenues dans
ces secteurs d’activité montrent bien les daners d’une libéralisation trop rapide, mal planifiée
ou mal néociée$ 6n a aussi des exemples, nombreux, o? la prise en c!are d’une institution
d’5tat par des repreneurs étraners n’a pas tenu compte de facteurs culturels importants pour
la client&le desservie, comme la lanue$
*. !E" PR#.AT#"AT#ON" EN A3R#)UE 3RANCOP(ONE
:u cours des années 1-P/, l’acc&s à l’indépendance des pa0s du continent africain appartenant
à la Aone d’influence des nations francop!ones, telles la Grance et la )elique, et la formation
subséquente de ouvernements autonomes profondément nationalistes avaient favorisé le
développement de services publics érés par l’5tat dans des secteurs aussi divers que les
s0st&mes bancaires, l’énerie, les travaux publics, les transports ou l’inspection des aliments$
:vec le temps et la consolidation des mouvements nationalistes, les ouvernements voulurent
naturellement influer sur les modes de fonctionnement et les orientations de l’économie et du
commerce' ils en vinrent à intervenir de plus en plus fréquemment et de plus en plus
directement dans ces activités, c!erc!ant à limiter la liberté de mouvement et les initiatives
des entrepreneurs privés, des étraners pour la plupart, et à rac!eter leurs entreprises d&s que
la possibilité s’en présentait$
+omme le nombre d’entrepreneurs privés locaux disposant des capitaux requis était plut7t
restreint dans ces pa0s, l’5tat s’empara d’un rand nombre d’entreprises de tous enres$ )ien
s(r, certaines de ces entreprises étaient directement impliquées dans la production de biens et
services vitaux pour la population, tels que l’énerie ou les postes$ %’enverure de la plupart
de ces institutions 9ustifiait l’implication de l’5tat, personne d’autre n’a0ant les mo0ens
financiers de les administrer$ Eoutefois, l’5tat s’impliqua aussi dans la estion d’entreprises
commerciales de tous enres, dans des domaines qui auraient tout aussi bien pu relever du
secteur privé, comme les mines et l’ariculture ou encore la estion de sociétés immobili&res$
%’5tat avait aussi acquis des !7tels, des cinémas et autres petits commerces peu rentables, qui
eussent autrement été forcés de déposer leur bilan et de mettre à pied leur personnel$ *ans
certains pa0s, comme le Cénéal, la main"mise ouvernementale sur l’activité économique
était presque totale$
Eoutefois, l’5tat n’était pas tou9ours le propriétaire exclusif de ces entreprises ou de ces
sociétés' il s’associait parfois avec les anciens propriétaires ou avec de nouveaux
entrepreneurs autonomes (financés en tout ou en partie par le ouvernement)$ =éanmoins, il
était per8u comme le véritable moteur du développement économique et commercial de la
nation, alors que l’investissement privé relevait de plus en plus de l’exception$ : cette
époque, on avait tendance à considérer les pro9ets d’entrepreneurs privés comme des
man<uvres visant à déstabiliser l’économie$
+es politiques étatiques teintées de diriisme n’ont pas obtenu les résultats escomptés$ %es
ouvernements accumulaient les déficits et durent éventuellement faire face, pour la plupart, à
14
de raves crises financi&res$ @ourtant, le contexte économique n’était pas forcément
défavorable 1 les entreprises publiques 9ouissaient souvent d’une protection fiscale et
douani&re spéciale et pouvaient accéder asseA facilement au crédit des banques (ceci devait
d’ailleurs, dans bien des cas, entra2ner la faillite des s0st&mes bancaires nationaux)$ 6n tenta
bien, ici et là, de réformer le s0st&me et de restructurer les entreprises publiques, mais le
mauvais état énéral des finances et la résistance des administrateurs, souvent nommés à
cause de leur proximité du pouvoir plut7t qu’en vertu de leurs qualités de estionnaires,
constituaient des obstacles s0stémiques ma9eurs$
%es aences internationales de développement et de coopération, telles la )anque mondiale et
le GMI, étaient disposées à aider les pa0s ainsi affectés à redresser leur économie, mais elles
insistaient en contrepartie pour que les bénéficiaires mettent en <uvre des prorammes
intensifs de libéralisation$
+’est, comme en >urope de l’6uest et dans les autres pa0s développés de l’!émisp!&re nord,
au cours des années 1-./, que les premiers prorammes de privatisation furent initiés en
:frique francop!one$ 6n dit que plus du quart des privatisations réalisées dans les pa0s en
développement ont eu lieu en :frique sub"sa!arienne$ +’est de cette époque que datent les
premiers a9ustements structurels, qui étaient énéralement accompanés d’une certaine forme
de privatisation$
6n le sait, les populations africaines sont particuli&rement sensibles à lOaliénation du
patrimoine national aux mains d’intér#ts étraners' elles virent naturellement ces cessions
comme une atteinte à leur 9eune indépendance$ :u départ, on avait présenté ces prorammes
comme des processus ponctuels, de nature administrative, qui visaient essentiellement à
améliorer la situation financi&re des 5tats$ @ar la suite, les transferts au secteur privé des
entreprises étatiques sont apparus comme une réforme beaucoup plus lobale des politiques
économiques des 5tats africains$
Mal!eureusement, l’endettement des entreprises nationales a forcé les ouvernements à
continuer de liquider leur passif apr&s la privatisation ou à accepter une forte décote lors de la
vente$ +eci a sév&rement limité les profits que l’on escomptait réaliser au moment de la
transaction$ *ans ces cas particuliers, la privatisation ressemblait plus en fait à une liquidation
9udiciaire qu’à une vente ou une cession de biens$
%a ma9orité des pa0s africains ont enaé ces politiques de privatisation de leurs entreprises
publiques sous la pression des institutions financi&res internationales à un moment o? ils se
trouvaient confrontés à des déficits budétaires et à un endettement public incontr7lable$
%Ourence de ces situations et lOinexpérience des dirieants et de leurs représentants en mati&re
de néociation expliquent sans doute les carences de l’anal0se initiale et des processus de
planification subséquents, la sous"estimation des contraintes sociales et culturelles, et par
conséquent l’éc!ec des premiers prorammes de privatisation$ %a responsabilité des 5tats en
cette mati&re doit #tre partaée avec les aences financi&res internationales, dont les
mét!odoloies n’ont pas tou9ours tenu compte des spécificités locales$
Il appara2t clairement au9ourd’!ui que les prorammes de la premi&re vaue de privatisations
en :frique francop!one ont souvent éc!oué ou nOont pu #tre complétés faute dOob9ectifs
clairement énoncés, réalistes ou compatibles avec les ob9ectifs économiques énéraux des
pa0s concernés$
1J
%a compression des c!ares sOest aussi traduite par une diminution notable des dépenses
dOéducation, de santé publique et dOentretien des infrastructures$ %es universités se sont
dépeuplées, lOenvironnement s’est déradé, les épidémies se sont répandues et
lOapprovisionnement en eau potable est devenu un souci ma9eur et permanent$ %a pauvreté et
la mis&re se sont aravées$ =otons toutefois que les budets militaires ont, trop souvent,
éc!appé à ces mesures dOaustérité$
>n conséquence, cette réforme n’a pas donné de bons résultats 1 la réduction des fonctions
publiques qui en a résulté n’a pas produit les économies anticipées et, avec le temps, les
populations concernées en sont venues à attribuer aux a9ustements structurels et aux
privatisations une lare part de responsabilité dans lOeffondrement des s0st&mes bancaires, les
dévaluations monétaires, les pertes d’emplois et l’aumentation de la pauvreté$ %es
a9ustements structurels sont ainsi devenus pour plusieurs le s0mbole d’une autre forme de
colonialisme =ord"Cud, un colonialisme économique$ +ette perception n’était pas sans
fondement 1 les pa0s concernés se vo0aient souvent forcés de liquider des entreprises ou des
institutions rentables, qu’ils ne voulaient pas privatiser, simplement parce que cette
transaction était prévue au proramme d’a9ustement structurel qui leur était imposé par une
institution pr#teuse$ +es pressions ont contribué à créer en :frique, c!eA les dirieants et
parmi la population, le sentiment que les a9ustements structurels sont une contrainte, une
entrave à la liberté des peuples$ =otons à ce su9et que ce n’est pas qu’en :frique que les
institutions pr#teuses exercent des pressions sur les 5tats pour les amener à privatiser 1 avec
l’av&nement de l’,nion européenne, par exemple, il arrive de plus en plus souvent qu’un pa0s
soit fortement incité à privatiser un secteur d’activité, simplement parce que l’,nion
européenne a prévu de le faire et qu’il faut s’aliner sur le mod&le qu’elle préconise$
,ne autre vaue de privatisations au début des années 1--/ n’a pas davantae apporté aux
populations africaines les c!anements espérés 1 sauf exception, elle n’a pas favorisé
l’émerence d’une classe forte d’entrepreneurs aptes à énérer un flux de capitaux sans lequel
le continent ne pouvait espérer retirer les avantaes liés au développement des tec!noloies de
l’information et à la mondialisation de l’économie dont profitent présentement les populations
des pa0s développés$
+ertaines le8ons ont porté, cependant 1 les privatisations de la deuxi&me vaue s’étaient tout
de m#me enaées sous lOautorité directe des premiers responsables ouvernementaux dans un
contexte de concertation politique et sociale plus favorable et dans un processus mieux
intéré, prenant notamment en considération la nature du marc!é au sein duquel lOentreprise
publique doit #tre privatisée$ %es débats portaient non seulement sur lOopportunité économique
des privatisations, mais aussi sur la nature des services rendus, le r7le résiduaire de lO>tat, les
conséquences prévisibles sur lOemploi et les conditions de travail des emplo0és$
6n note des sines encouraeants dans certains secteurs$ *ans plusieurs pa0s, la privatisation
des companies de télép!onie mobile, par exemple, a forcé les opérateurs privés à réduire
leurs tarifs aux consommateurs$ >n Eunisie, o? les privatisations s’effectuent en concertation
entre les secteurs public et privé, les privatisations des télécommunications et des cimenteries
ont eu des effets positifs sur l’économie$
@ar contre, dans d’autres domaines d’activité, comme l’énerie, certains entrepreneurs privés
se sont constitués en monopole et, du fait de l’élimination de la concurrence, ont !aussé les
prix des biens et services$ *e plus, comme les 5tats ont énéralement cessé de verser des
subventions aux entreprises suite à leur privatisation, il en est résulté une baisse de revenus
1L
pour ces entreprises ' dans bien des cas, ce sont encore les consommateurs qui sont appelés à
compenser ce manque à aner$
%a rande question qui se pose à ce moment"ci est la suivante 1 que peut"on faire pour que le
secteur privé des pa0s de l’:frique francop!one, épuisé par la crise économique, les politiques
dOa9ustement structurel et les dévaluations monétaires, devienne le moteur dOun développement
durable N
Il appara2t de plus en plus évident que cet ob9ectif ne peut #tre atteint que par une
redistribution fondamentale du r7le des intervenants$ %e proramme =6@:*:"=>@:*, mis
en <uvre en ;//1 dans le but ultime de combler le retard qui sépare l’:frique des pa0s ric!es,
vise 9ustement à mobiliser les populations, c’est"à"dire les entrepreneurs et les travailleurs de
tous les secteurs d’activité ' il les invite à s’approprier le proramme et à l’exécuter$
%’:frique, à travers le =6@:*:"=>@:*, s’est enaée à promouvoir le secteur privé,
qu’elle consid&re comme le moteur du développement économique$ 6n a déterminé que ce
sont les réions qui sont les mieux placées pour attirer le capital étraner et que c’est donc à
leur niveau que les industries auront le plus de c!ances de se développer et de prospérer$ )ien
s(r, il importe de bien coordonner le proramme de fa8on à répartir équitablement les pro9ets
de tous ordres (intra et inter"réionaux, trans"réionaux, internationaux)$
%O>tat devrait ainsi concentrer ses interventions dans la mise en oeuvre dOun environnement
politique, 9uridique et économique favorable à lOinitiative privée$ *e leur c7té les entreprises,
au centre du nouveau dispositif, doivent mobiliser toutes leurs éneries pour améliorer leur
compétitivité, reconquérir leurs parts de marc!é à lOintérieur comme à lOexportation,
moderniser leurs outils de production et créer des emplois$ 6n peut air sur les mentalités en
reconnaissant la valeur de la notion de profit, qui est lié au risque pris par lOentrepreneur et à la
qualité de sa estion, et en initiant des opérations de promotion de lOesprit dOentreprise$ +ette
mutation idéoloique doit faire l’ob9et d’une adaptation proressive dans le contexte culturel
particulier de l’:frique francop!one$ >n effet, transférer au secteur privé la responsabilité du
développement économique national et la création d’emplois pose un probl&me d’ordre
ps0c!oloique 1 on a besoin de temps et de beaucoup de conviction pour c!aner les
mentalités, modifier les comportements et adapter la rélementation du travail aux exiences
du libre mouvement des capitaux$
Il est essentiel de réaliser une véritable intération réionale pour constituer des marc!és à
lOéc!elle des productions industrielles modernes$ >n sinant le 1; 9anvier 1--J le traité de
l’,nion économique et monétaire 6uest":fricaine (,>M6:), les pa0s de la Aone Granc ont
commencé à répondre à cette attente$ %e probl&me fondamental nOest pas résolu pour autant$
>n effet, si le r7le attendu des entreprises privées dans le développement économique de la
nation est maintenant reconnu par presque tous les ouvernements, il reste au secteur privé
lui"m#me à apporter la preuve de sa capacité à relever le défi du développement$ 6n a
volontiers reconnu qu’il avait besoin, pendant la période transitoire de la mise en oeuvre des
politiques de privatisation, de lOassistance des pouvoirs publics et de la coopération
internationale pour reconstituer ses forces sinistrées$ 6n a donc développé des prorammes
dOappui au secteur privé, financés par des aences comme le @roramme des =ations ,nies
pour le *éveloppement (@=,*), la )anque mondiale et la )anque africaine de
*éveloppement ():*) visant à soutenir les entreprises existantes et à favoriser la création de
nouvelles entreprises$ *ésormais toutefois, le secteur privé devra fournir la preuve non
1P
seulement qu’il peut s’auto"financer, mais qu’il peut énérer des profits et stimuler le
développement économique tout en favorisant l’av&nement de réels pror&s sociaux$
%es ob9ectifs que l’on vise sont multiples 1 il importe, pour ne mentionner que quelques
exemples, d’adapter un cadre léislatif adapté à l’initiative privée, d’éliminer la corruption et
la fraude, de mettre en oeuvre un s0st&me efficace de crédits aux entreprises, de développer
des compétences pointues dans lOanal0se des dossiers bancables et de protéer les 9eunes
entreprises nationales aux prises avec une concurrence internationale de !aut niveau$
%es probl&mes à surmonter, pour favoriser le développement de prorammes de privatisation
efficaces, sont de plusieurs ordres 1 d’abord, on doit s’assurer que l’environnement 9uridique,
économique et commercial est bien adapté aux besoins des entrepreneurs privés et qu’il
favorise les investissements$ %’5tat doit éalement, car c’est son r7le, alléer les
infrastructures bureaucratiques, réduire les déficits et trouver un mo0en d’alléer la dette
publique, énorme dans la plupart des pa0s$ >nfin, on favorisera la responsabilisation
proressive des acteurs du secteur privé en veillant à ce que les rélementations existantes
soient nécessaires et efficaces, et qu’elles ne constituent pas des contraintes ou des entraves
inutiles au développement$
%a privatisation, pour #tre vraiment efficace, doit #tre accompanée de c!anements
sinificatifs dans les pratiques démocratiques des 5tats$ :insi, idéalement, le désenaement
de l’5tat devrait tou9ours faire l’ob9et de consultations et d’accords formels entre le
ouvernement, les entrepreneurs, les s0ndicats et les travailleurs concernés de fa8on à atténuer
autant que possible les traumatismes propres aux processus de privatisation$ %es prorammes
de réinsertion et de rec0clae professionnel des emplo0és ont contribué à amortir ces
difficultés ' ils ont étendu leurs cibles non seulement aux personnes affectées par la
privatisation, mais à lOensemble des 9eunes sans emploi$ +es prorammes ont connu certains
succ&s, mais ils se sont !eurtés à deux obstacles ma9eurs1 la capacité dOabsorption des marc!és
et la difficulté de créer lOesprit dOentreprise c!eA des individus que ni la formation ni la culture
nOavaient préparés à lOinitiative individuelle$
*es consultations suivies à toutes les étapes du processus pourraient aussi contribuer à réduire
les montées de violence et de révolte que l’on observe dans plusieurs pa0s d’:frique pendant
ces périodes cruciales o? l’5tat dépérit et le secteur privé n’a pas encore réussi à 9ouer
pleinement son r7le de moteur de l’économie et du commerce$ +’est souvent au cours de ces
périodes de transition, d’ailleurs, que l’on peut observer le développement de marc!és noirs et
de réseaux de contrebande$ ,ne bonne communication des mesures prises en fonction des
processus de réoranisation en cours s’impose donc à tous les niveaux de la société$
%’5tat doit par ailleurs établir et maintenir des mécanismes de contr7le qui permettront de
arantir que le service public et les bonnes pratiques administratives seront maintenues non
seulement au cours de la période de transition, mais éalement par la suite$ :insi, l’5tat doit
s’assurer de maintenir une fiscalité adéquate pour les entreprises privatisées, de fa8on à ce
que les revenus de la privatisation soient répartis équitablement$
%e secteur le plus susceptible de bénéficier en :frique d’un transfert au secteur privé est sans
contredit celui de l’ariculture$ %e commerce des produits aricoles est particuli&rement mal
adapté aux infrastructures bureaucratiques, dont les contr7les sont énéralement lourds et peu
1R
flexibles ' en effet, le commerce aricole se caractérise par la multiplicité des transactions, le
besoin d’air rapidement à toutes les étapes de la production et de la livraison à cause du
caract&re périssable des denrées et de la nécessité d’a9uster la production en fonction des
c!anements souvent brusques de climat$ *ans des pa0s comme le Mali et le Cénéal, le
transfert au secteur privé de la commercialisation des produits aricoles a donné des résultats
positifs$ )ien s(r, on ne pourra envisaer une amélioration lobale à ce c!apitre que si les
pa0s ric!es consentent à lever les obstacles limitant l’acc&s à leurs marc!és et à créer par le
fait m#me les conditions d’une véritable compétitivité internationale$ +’est d’ailleurs là un des
ob9ectifs importants du =6@:*:"=>@:*$
%a privatisation des randes entreprises publiques de transport a donné de bons résultats au
+ameroun et au +ono, par exemple 1 m#me si la sécurité pose parfois probl&me et nécessite
l’imposition d’une rélementation plus stricte, le recours à de petites entreprises de transport,
en concurrence les unes avec les autres, s’est révélé profitable sur le plan économique et le
service aux usaers en a bénéficié$
*ans d’autres domaines, l’expérience s’est révélée moins !eureuse 1 celles de la Cociété
d’énerie et d’eau du 3abon et du Erans"abonais (la société nationale des c!emins de fer) se
sont soldées par des éc!ecs 1 dans le cas du Erans"abonais, l’5tat a d( reprendre le contr7le
de la companie, car le estionnaire ne respectait pas le ca!ier des c!ares$ %e =ier a connu
aussi des difficultés avec la vente de sa Cociété nationale des eaux, le estionnaire n’a0ant pu
maintenir le niveau prévu de l’emploi au sein de l’institution$ %e +ono a vécu lui aussi une
expérience de ce t0pe, avec la privatisation d’une composante importante de sa Cociété
énérale des !0dro"carbures$ %e ouvernement avait scindé la société en deux parties 1 il a
retenu la responsabilité relative à la prospection, à la rec!erc!e et à l’exploitation des !0dro"
carbures et il a privatisé la distribution et la commercialisation de ces produits$ 6r, on a
rapidement réalisé que les activités de la Cociété privatisée étaient concentrées dans les villes
et que l’on avait compl&tement nélié les petites villes et les réions rurales, que l’on
considérait comme moins rentables$ %es populations de ces secteurs étaient ainsi privées de
ces produits$
*ans ces domaines comme dans d’autres, des s0st&mes dOévaluation restent à imainer pour
vérifier le respect des enaements pris en relation avec les investissements et la création
d’emplois, mesurer les pror&s accomplis, évaluer les avantaes et les inconvénients des
privatisations pour lOéconomie nationale et les usaers transformés en consommateurs, ainsi
que leurs impacts sur la société en énéral$
%’expérience a par ailleurs démontré que les 6=3 peuvent contribuer efficacement à la
privatisation dans des secteurs d’activité normalement réservés aux rands monopoles,
comme l’enseinement et la santé$ %a preuve en a été faite, et fort efficacement, au +ameroun
et au )urUina Gaso, par exemple$
%’assistance à la création de petites et mo0ennes entreprises (les @M>) est une pratique
économique qui fonctionne bien en :frique francop!one, et elle vaut qu’on l’encourae$ @lus
que 9amais auparavant en effet, on doit s’efforcer de mieux oraniser le dialoue et la
concertation entre les partenaires sociaux du développement économique en favorisant le
développement d’associations de défense des consommateurs qui veillent au bon
fonctionnement de la concurrence et d’associations de producteurs de biens et services sous
1.
forme de coopératives autonomes, de mutuelles ou d’associations villaeoises$ %a
décentralisation de lOadministration est une des stratéies actuellement mises en oeuvre dans
plusieurs pa0s comme le Cénéal, le )urUina Gaso et le Mali, pour sOappu0er sur la vie
associative et construire le développement$ :u plan politique, la décentralisation est présentée
comme une composante essentielle du processus démocratique$ >lle vise le transfert de
nombreux pouvoirs de lOadministration centrale vers les collectivités locales, élues par les
populations et disposant de leurs propres ressources$
%es ob9ectifs attendus de cette décentralisation sont de permettre, par la concertation, une
meilleure expression des besoins réels des populations et une participation plus active à la
estion des opérations de développement$ *ans ce contexte, les collectivités locales devraient
appara2tre comme un lieu priviléié dOapprentissae de la démocratie et dOincitation aux
initiatives économiques$
+ertes, la mise en oeuvre de la décentralisation se !eurte à la résistance de certains pouvoirs
traditionnels, liés par exemple aux c!efferies et aux milieux reliieux$ %a stratéie de ces
pouvoirs traditionnels face aux nouveaux pouvoirs locaux varie dOune réion à lOautre, dOune
culture à lOautre, de la résistance passive à l’opposition la plus ferme$ %eurs représentants ne
sou!aitent pas la modernisation de la vie politique locale car elle pourrait remettre en cause
leur statut priviléié$ Il faut tenir compte de cette réalité et trouver des mo0ens de composer
efficacement avec cette problématique si on veut atteindre les ob9ectifs de développement
susmentionnés$
>n définitive, la question est de savoir si et dans quelle mesure la décentralisation des
pouvoirs étatiques pourra représenter une véritable opportunité dOintération, réconciliant
tradition et modernité sous le contr7le de populations mieux éclairées$ +’est aussi, bien s(r,
une question de temps$
1-
CONC!U"#ON
%es prorammes de privatisation réalisés au cours des vint derni&res années ont contribué à
réduire dans une certaine mesure le r7le de l’5tat dans la estion des entreprises et,
conséquemment, le contr7le qu’il est en mesure d’exercer sur l’économie$
Ci au =ord, les privatisations sont voulues et appliquées dans le souci de réduire les déficits
publics, au Cud, elles sont souvent des conditionnalités liées aux a9ustements structurels
imposées par les institutions pr#teuses internationales ' elles ne correspondent pas tou9ours
aux ob9ectifs des >tats et sont souvent appliquées sans que l’on fasse les efforts nécessaires
pour amortir le c!oc social créé lors du transfert de la estion publique d’une institution à une
estion privée$
%’anal0se faite par les économistes des conséquences de toutes ces privatisations nous a
fourni plusieurs le8ons, qui devraient #tre utiles pour l’avenir$ Il est difficile de préciser dans
quelle mesure la dérélementation et la libéralisation des marc!és ont des effets positifs sur
les sociétés 1 il 0 a trop de situations, trop de contextes différents pour que l’on puisse tirer des
conclusions lobales des données disponibles, qui ne sont de toutes mani&res pas compl&tes$
:insi, on conna2t des situations o? la nationalisation d’une ressource donnée peut avoir connu
du succ&s dans certains pa0s, alors qu’elles s’étaient révélées inefficaces ailleurs 1 ce fut le cas
pour la nationalisation de l’électricité et du aA, qui a donné de bons résultats en Grance alors
qu’elle s’est souvent révélée inefficace en :frique$
>n toutes circonstances, les ouvernements ne doivent pas oublier d’opposer au départ des
crit&res d’efficacité sociale à ceux de la rentabilité financi&re, pour répondre aux contestations
qui s’expriment fortement et de plus en plus souvent contre les exc&s du libéralisme
économique, qui a des effets néfastes sur l’emploi, la qualité de l’environnement et les
services aux populations$
%e sc!éma idéal serait probablement une combinaison d’institutions publiques consacrées aux
services de nature sociale et d’entreprises privées vouées essentiellement aux activités du
commerce et de l’industrie$ 6n doit infléc!ir les bailleurs de fonds dans le sens de la raison en
limitant les privatisations aux c!amps d’activité o? le secteur privé est plus apte à air dans un
sens qui favorisera le développement économique, sans effet néatif sur la prestation de
services sociaux$
%es ouvernements doivent s’efforcer, lors de la privatisation d’institutions ou de biens
étatiques, d’adapter les termes et conditions des émissions et ventes de parts de fa8on à
équilibrer autant que possible leurs ob9ectifs politiques, économiques et sociaux$ Il est normal
que leurs offres soient souvent formulées de fa8on à favoriser en priorité les investisseurs
locaux par rapport à ceux de l’étraner, et que le personnel de l’entreprise d’5tat que l’on
redéploie vers l’entreprise privée devienne l’ob9et d’une considération spéciale$ M#me si cette
pratique n’est pas tou9ours couronnée de succ&s, il est souvent difficile de s’0 soustraire, pour
des raisons liées à la politique et à la paix sociale$
%es ouvernements peuvent aussi retenir des parts importantes dans la propriété d’une
entreprise, qui leur permettent de conserver un droit de veto sur des c!anements qui ne
conviendraient pas à sa vocation et d’en contr7ler les activités$ +es fa8ons de procéder ne sont
pas incompatibles avec la loique de l’économie de marc!é$
;/
Il existe bien des fa8ons d’initier des privatisations$ ,n ouvernement qui c!erc!e à privatiser
une entreprise d’5tat doit bien s(r élaborer un c!eminement critique et un éc!éancier précis' il
devra aussi #tre en mesure de fournir des données précises sur la performance économique de
l’entreprise concernée$ Tue l’on proc&de par le biais de ventes de parts ou d’offres publiques
ou par des ventes de ré à ré, on peut dire que la mani&re dont un ouvernement s’0 prend
pour remettre la estion d’une infrastructure à l’entreprise privée est un reflet des priorités de
ce ouvernement 1 ainsi, un bon estionnaire verra non seulement à tirer le meilleur revenu
possible de la vente d’un bien public, il s’assurera éalement de la capacité de l’acquéreur de
s’acquitter efficacement par la suite des responsabilités que la propriété du bien implique$
:pr&s avoir identifié les ob9ectifs et les stratéies des politiques de privatisation, il ne restera
plus alors quOà initier, par le biais du @arlement, un ensemble de textes léislatifs et
rélementaires qui modifieront le s0st&me de réulation de lOéconomie et établiront les
procédures de privatisation proprement dites$
Il est vrai que la mondialisation de l’économie, l’intération croissante des marc!és et la
multiplication courante des innovations tec!noloiques am&nent les entreprises à adopter des
stratéies souples et flexibles et à s’associer avec des partenaires locaux ou étraners' les
entreprises étatiques sont par nature peu aptes ou peu enclines à réaliser de telles politiques
d’association$
Il demeure important de bien réfléc!ir à l’avance à la fa8on dont la privatisation d’une ou
plusieurs entreprises d’5tat va s’inscrire dans les contextes créés par la mondialisation et la
croissance exponentielle des tec!noloies de l’information$ : ce propos, on peut facilement
avancer que la croissance de ces tec!noloies n’aurait 9amais été aussi rapide (ni, par ailleurs,
aussi anarc!ique) si son développement avait été la responsabilité exclusive du secteur public$
6n peut avancer, pour conclure, que la privatisation demeure un outil valable pour les
ouvernements désireux de réoraniser leur infrastructure étatique et de d0namiser leur
secteur privé$ +eci dit, que doit"on faire, surtout dans les pa0s d’:frique, o? les besoins sont
particuli&rement criants, pour favoriser le secteur privé sans pour autant que cela entra2ne des
!ausses des prix ou des diminutions de service pour les consommateursN %a réponse serait de
parvenir à des ententes nationales ou m#me supra"nationales sur des stratéies de mise en
place de structures économiques et commerciales décentralisées, mais su9ettes à contr7le
étatique, dans des domaines o? il serait possible de faire des profits$ >n somme, pour que ces
accords aient une c!ance de fonctionner, il faut que le secteur public, les entrepreneurs, les
créanciers et les consommateurs 0 trouvent c!acun leur compte$
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CONTR#UT#ON" DE" "ECT#ON"