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Les agités de la Tecktonik
Article paru dans l'édition du 09.01.08

Cette danse à la mode est aussi l'enjeu d'une bataille commerciale pour la propriété de l'appellation

n mime un coup de peigne, un geste de main appliquant du gel. Avec une rapidité déconcertante, les bras se plient, se déplient, s'enroulent autour de la tête... Certains comparent les « electro dancers » - ou danseurs de Tecktonik - à des héros de mangas, d'autres à ces hommes-caoutchouc des cirques, d'autres encore à des pantins désarticulés. Depuis un an, les cheveux coiffés en crête, arborant des vêtements moulants et « flashy », ils colonisent les discothèques - le Metropolis, le Redlight et le Mixclub à Paris, le 4 Sans à Bordeaux, le Titan à Lyon ou La Boîte à Brest. Et ils n'hésitent plus à investir les cours de récréation et les centres-villes, de la place de l'Opéra à Lille à celle de Masséna à Nice, en passant par le quartier de Châtelet dans la capitale. Agés de 12 à 20 ans, ils sont en général de sexe masculin, même si les filles sont de plus en plus nombreuses. Nelson, 14 ans, a découvert le mouvement Tecktonik cet été. « Je danse partout : chez moi, à l'école, à Paris..., dit-il. Mais pas en banlieue, où j'habite : les plus âgés, encore adeptes du hip-hop, n'aimeraient pas ! » Après les gothiques, les heavy metal, les rappeurs, une nouvelle tribu ado serait-elle en train de s'imposer ? « En s'appropriant un espace musical inoccupé - la musique électro -, ces jeunes se démarquent de leurs aînés et inventent une forme de sociabilité. Reste à savoir s'il s'agit d'une mode ou d'un mouvement de fond », analyse Michel Fize, sociologue de l'adolescence, auteur de L'Adolescent est une personne (éd. Seuil). Ce courant est en phase avec la culture adolescente : les jeunes danseurs se regroupent par équipes, « teams », et s'affrontent dans des concours de danse spontanés, les « battles ». « Une façon d'appartenir à un groupe pour se rassurer et d'en sortir pour se valoriser, ce qui est typique de cet âge de la vie », observe Michel Fize. Ce mouvement reflète aussi le brouillage des sexes observable dans la société : les « electro dancers » par exemple, n'hésitent pas à se maquiller et à porter du rose. « Aujourd'hui, les filles rejettent les codes virils. Les hommes s'adaptent pour leur plaire », relève Daniel Welzer-Lang, sociologue spécialiste du comportement masculin, auteur d 'Utopies conjugales (éd. Payot). La danse électro, ou Tecktonik, se diffuse depuis un an grâce aux sites de partage de vidéo YouTube et Dailymotion. La vidéo de Jey Jey, 19 ans, qui s'est filmé dansant dans son garage en novembre 2006, a été visionnée près de 5,5 millions de fois ! Face à l'essor du mouvement, certains se frottent les mains. Car Tecktonik est le nom d'une marque déposée : celle des soirées organisées par Cyril Blanc et Alexandre Barouzdin, au Metropolis, à Rungis (Val-de-Marne), depuis 2000. « Notre ambition, explique Cyril Blanc, directeur artistique du lieu, était de cr éer un nouveau type de soirées, en mélangeant des sons électro du Nord (le Jumpstyle de Belgique, le Hardstyle de Hollande), à d'autres, l'électro minimale, la Tekhouse. Des clubbers des pays limitrophes venaient. Les Français ont com mencé à les imiter. Peu à peu, la danse Tecktonik est née . » Interdiction, donc, aux autres discothèques d'organiser une soirée Tecktonik sans leur permission, puis de se passer de leurs DJ officiels. Les organisateurs ont par ailleurs créé un logo (un aigle), une ligne de vêtements, lancé des cours de danse et mis en vente une compilation Tecktonik. Et, là encore, gare ! « Nous avons vendu nos droits à EMI. Or, Universal vient de sortir un DVD, Génération Mondotek dont Jey Jey est un des danseurs vedettes, avec la volonté de faire apparaître Mondotek, un clip à la mode, comme un sous-produit de Tecktonik : nous allons faire un procès à Universal », martèle Cyril Blanc. Une guerre commerciale semble donc déclarée. Jey Jey s'en offusque : « La musique de Mondotek passe en boucle sur les radios jeunes et fait de l'ombre à Tecktonik. » Comme lui, les adolescents les plus en vue du mouvement s'insurgent. « Les gens du Metropolis sont des businessmen trentenaires, qui récupèrent la vague électro des ados sous leur nom de marque. Ce courant est apparu simultanément dans plusieurs boîtes parisiennes, pas exclusivement chez eux », tempête DJ Fozzie Bear, lycéen de 19 ans, créateur de Dancegeneration, premier blog consacré au mouvement en 2006. Claire Rousier, directrice du développement de la culture chorégraphique au Centre national de la danse, s'en amuse : « Du rock à la lambada, les danses récentes comportent toutes un volant commercial. » En attendant, la danse électro continue de faire des émules : en Suisse, au Maroc et même au Canada. Marie Zawisza

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