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Placide Gaboury

Les 10 Lois Cosmiques
2
ème
Édition
Les Éditions
Quebecor
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Ar-
chives Canada
Gaboury, Placide
Les 10 lois cosmiques
2
ème
édition
(Collection Spiritualité)
ISBN 978-2-7640-1235-2
© 2007, Les Éditions Quebecor,
une division du Groupe Librex inc.
7, chemin Bâtes Montréal (Québec) Canada H2V 4V7
Tous droits réservés
Dépôt légal : 2007
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Pour en savoir davantage sur nos publications,
visitez notre site : www.quebecoreditions.com
Éditeur : Jacques Simard
Conception de la couverture : Bernard Langlois
Illustration de la couverture : GettyImages
Infographie : Claude Bergeron
Imprimé au Canada
Sommaire
INTRODUCTION ...................................................................................................... 5
PREMIÈRE PARTIE :
LES LOIS DU MONDE VISIBLE
PREMIÈRE LOI :
TOUT EST RELIÉ .....................................................................................................9
DEUXIÈME LOI :
LA DUALITÉ EST PARTOUT ............................................................................... 31
TROISIÈME LOI :
TOUT EST EN MOUVEMENT .............................................................................. 38
QUATRIÈME LOI :
TOUT EST « IMPERMANENT » ........................................................................... 43
CINQUIÈME LOI :
TOUT EST COHÉRENT ......................................................................................... 47
DEUXIÈME PARTIE :
LES LOIS DU MONDE INVISIBLE
SIXIÈME LOI :
TOUT EST RELIÉ PAR L’AMOUR....................................................................... 59
SEPTIÈME LOI :
LA CROISSANCE EST CONTINUE ..................................................................... 69
HUITIÈME LOI :
TOUTE CHOSE FINIT PAR DISPARAÎTRE ........................................................ 80
NEUVIÈME LOI :
CHACUN EST RESPONSABLE ............................................................................ 87
DIXIÈME LOI :
LE BONHEUR EST IRRÉSISTIBLE .................................................................... 100
INTRODUCTION
« Tout le cosmos forme une seule substance dont nous faisons partie.
Dieu n’est pas une manifestation à l’extérieur, il est tout ce qui existe. »
— Baruch Spinoza, XVIIe siècle
Une loi est habituellement perçue comme un principe de
base qui fonde et maintient une institution quelconque. Ainsi,
les lois civiles garantissent aux citoyens un cadre protégeant
leurs droits et déterminant leurs devoirs et interdits. Toutefois,
les lois cosmiques se situent à un tout autre niveau : elles ne
sont pas de fabrication humaine et ne sont donc pas sujettes à
nos modes et croyances. Elles expriment plutôt la nature de
l’univers physique, comme le font par exemple la gravitation, le
magnétisme et la croissance d’une plante. Il s’agit de principes
invisibles, mais que l’on peut détecter à travers des faits visibles.
En somme, ces lois traduisent ce qu’il y a de constant dans la
nature des choses, indépendamment de notre volonté humaine.
Cela inclut, bien sûr, la nature de l’Homme, puisqu’elle fait par-
tie de l’univers et lui ressemble à bien des points de vue.
Plusieurs livres ont proposé un ensemble de lois cosmiques.
Mais ils abordaient la question sous forme de conseils, de con-
duites à tenir, d’obligations morales à assumer, telles que : « Il
faut posséder la simplicité d’un enfant, avoir la joie de vivre,
comprendre le sexe opposé, savoir pardonner, etc. » Ce sont
donc des recettes pour bien vivre en société, pour réussir sa vie
sur le plan professionnel, psychologique ou spirituel. Mais on
n’y présente pas de lois proprement dites, c’est-à-dire, des prin-
cipes impératifs qui ne dépendent pas de notre volonté ou de
notre décision, étant enracinés dans la nature même des choses.
Les dix lois que je propose d’exposer se divisent en deux
groupes : les cinq premières concernent la nature de l’univers
physique ou le monde visible tel qu’étudié par la science. Ce
sont les suivantes :
1. Tout est relié.
– 5 –
2. La dualité est partout.
3. Tout est en mouvement.
4. Tout est « impermanent ».
5. Tout est cohérent.
Les cinq autres fondent la nature du monde humain, qui est
régi par des valeurs et des énergies surtout intérieures. Il s’agit
de ce qui est constant à travers les traditions et les races :
6. Tout est relié par l’amour.
7. La croissance est continue.
8. Toute chose finit par disparaître.
9. Chacun est responsable.
10. Le bonheur est irrésistible.
Ces lois humaines sont pour une bonne part le reflet des lois
du monde physique. Ce qui les distingue, ce sont les éléments
clés tels que l’amour, la responsabilité et la quête du bonheur.
Les données scientifiques que j’utilise ici sont empruntées à
diverses sources : Encyclopédie mémo Larousse, les revues
Sciences et Avenir et Science & Vie, les ouvrages de David Suzu-
ki, Lyall Watson, Ken Wilber, Christopher Bird et Peter Tom-
kins, Jean Charon, Elia Wise et finalement les propos de Hubert
Reeves. Le lecteur reconnaîtra probablement une bonne partie
des connaissances ici exposées. Mais ce qu’il ne peut connaître
et qui fait l’intérêt de ce livre, c’est la perspective de l’ensemble :
ni Internet ni les encyclopédies ne peuvent fournir une vision
semblable, pas plus qu’un dictionnaire ne peut inspirer au poète
son œuvre. Toute création ici est dans la perspective.
Mon intention a donc été de relier le monde physique et ma-
tériel au monde spirituel de l’Homme – et inversement. Cela a
été effectué en montrant à la fois la continuité de l’un à l’autre et
le fait que tout se tient en nous, entre les vivants et entre ceux-ci
et les corps célestes. Il en ressort une vision complètement nou-
velle de nos rapports avec l’univers et les vivants, ainsi que des
lois qui régissent notre nature humaine qui ne sont pas sépa-
rables de celles du monde physique. Aussi, ai-je donné plus de
– 6 –
place à la première loi « Tout est relié », étant donné qu’elle
contient les neuf autres.
En vue d’aider la mémoire à retenir les points essentiels,
chaque chapitre s’achève sur une récapitulation.
– 7 –
PREMIÈRE PARTIE :
LES LOIS
DU MONDE VISIBLE
– 8 –
PREMIÈRE LOI :
TOUT EST RELIÉ
« L’univers entier vibre à l’unisson avec une clarté cristalline. »
— Costa de Beauregard, physicien, XX
e
s.
L’univers est un tissu de liens, d’interconnexions,
d’interdépendances, tenus ensemble par deux énergies princi-
pales : la gravitation (Newton, XVIIe siècle) et
l’électromagnétisme (Maxwell, XIXe s.)
1
.Voilà, pour ainsi dire,
les deux colonnes invisibles – comme le sont toutes les lois phy-
siques – qui soutiennent le monde visible. Et, à mesure que
procédera notre inventaire, nous verrons que cette connexion
universelle nous touche de très près, puisqu’elle inclut l’Homme
et son monde. C’est justement pour cette raison que je com-
mence par dresser en toile de fond l’univers matériel, car il est
essentiel que nous sachions d’où vient notre corps, pour mieux
comprendre notre place et notre rôle dans l’ensemble.
1. Gravitation/Électromagnétisme
Ces deux principes de cohésion remplissent l’espace en
même temps qu’ils le stimulent. Tout d’abord, par la gravita-
tion, les corps les plus lourds – les étoiles – attirent les plus lé-
gers. C’est cette force qui maintient les planètes en orbite autour
d’une étoile ou d’une planète majeure. Voilà pourquoi nous
sommes maintenus en place par l’attraction terrestre, de même
que nous tombons lorsque nous perdons l’équilibre. De leur cô-
té, électricité et magnétisme, en s’unissant, maintiennent les
électrons autour du noyau de l’atome, ce qui n’est pas un détail
négligeable, puisque ce sont là les bases élémentaires de toute
matière. Ainsi, gravitation et électromagnétisme agissent en pa-
rallèle : comme le deuxième tient les électrons en orbite autour
du noyau, la première garde les planètes en mouvement autour
du Soleil. En fait, ce sont ces deux forces qui assurent à la fois la
stabilité de la matière et le mouvement perpétuel des formes
qu’elle revêt.
– 9 –
Cependant, il est bon de se rappeler qu’on ne voit jamais ces
lois, seulement ce qui les montre du doigt, par exemple la chute
d’une fourchette au plancher (pour la gravitation), la télé,
l’ampoule électrique, l’aimant et les éclairs (pour
l’électromagnétisme). Or, c’est dans une profondeur invisible de
plus en plus mystérieuse que nous plonge la matière. Ce qui fai-
sait dire au grand physicien, Louis de Broglie : « La physique,
science de la matière par excellence, aboutit à dématérialiser la
matière, pour nous faire entrevoir un monde d’ondes et de pure
lumière. »
La matière n’est donc pas cette masse inerte qui nous appa-
raît sous la forme d’une pierre, d’un morceau de terre ou de fer.
C’est là une illusion due à la faiblesse de nos sens, en particulier
de nos yeux et, par conséquent, de notre compréhension. En
fait, la matière vient de la lumière – les étoiles – dont elle tire
constamment son énergie. La lumière est son côté caché, sa
force secrète. Ainsi, la matière est une danse folle d’énergie, où
les électrons tournent sans cesse autour d’un noyau dont ils sont
séparés par un champ vide.
2. La nature de la lumière
C’est en effet au XVIIe siècle qu’Isaac Newton, qui voyait la
lumière comme une série de grains discontinus, découvre son
aspect ondulatoire. Trois siècles plus tard, Albert Einstein, espé-
rant réduire l’espace à un continu ondulatoire, découvre que la
lumière est également granulaire. Ces découvertes couvrant
trois siècles ont permis à la physique quantique de décrire ainsi
la lumière : des particules (photons) pilotées par des ondes
(électromagnétisme). Je dis bien « décrire », car la science ne
connaît pas la nature exacte de la lumière, mais seulement ses
effets, son comportement et ses manifestations.
L’univers serait donc une rencontre de deux substances con-
tradictoires : l’énergie (les ondes) et la matière (les particules
subatomiques). En somme, la matière, incluant les corps vi-
vants, serait composée d’électricité, de magnétisme et de lu-
mière, qui voyagent tous à la même vitesse, puisque la science a
découvert que la lumière était en réalité de l’électromagnétisme.
– 10 –
Trois choses inséparables, quoique distinctes, et aussi mysté-
rieuses qu’insaisissables.
Donc, puisque électromagnétisme égale lumière, on peut af-
firmer que l’énergie fondamentale de l’univers, c’est de la lu-
mière ! L’univers entier serait un océan de lumière, un champ
dont les vibrations sont en communication quasi instantanée et,
bien sûr, continuelle. Cela est confirmé par le fait que toute at-
traction entre deux corps est due à un échange d’atomes de lu-
mière – des photons. Or, comme tout corps céleste est à la fois
aimant et lumière, c’est la lumière qui, par conséquent, tient en-
semble le monde – tout comme l’aimant sa couronne de li-
maille.
3. La mémoire du monde
« La conscience existe dans toute
matière. »
— David Bohm, physicien XX
e
s.
Or, ce monde vibratoire n’est ni inerte ni inintelligent : il vé-
hicule des informations qui mettent en relation toute matière et
tout corps vivant. Il s’agit d’informations véhiculées sous plu-
sieurs formes – son et image (par les ondes hertziennes de la
radio et de la télé), lumière et chaleur (par le soleil), et égale-
ment idée et émotion (par les vivants entre eux). Et, du fait que
les ondes magnétiques/lumineuses sont porteuses
d’informations, elles constituent en réalité la mémoire du
monde : tout y est imprégné, enregistré, archivé
2
.
L’espace regorge d’information, comme nous le montre
« La nouvelle frontière de l’invisible »
3
. Cette informa-
tion se répand partout dans un frémissement incessant.
Elle entoure et imbibe les choses, les êtres et les événe-
ments, qui y baignent comme dans leur milieu naturel,
tout comme la Terre dans son champ magnétique, le So-
leil dans son rayonnement et la Lune dans sa lueur lai-
teuse. On sait aussi que l’Homme est entouré d’une aire
de vibrations (appelée Champ de vie par deux savants de
Yale, Burr et Ravitz), tout comme les recherches récentes
du D
r
Melvin Morse (« La divine connexion ») lui font
– 11 –
dire que ce n’est pas l’âme qui est dans un corps, mais
plutôt le corps qui baigne dans l’âme et que celle-ci,
comme un moule, le précède, lui donne sa forme et lui
survit. Parallèlement, le grand neurologue, Wilder Pen-
field, avait découvert que chez l’Homme, la conscience
n’était pas située dans un point quelconque du cerveau,
mais qu’elle embrassait celui-ci comme une couche
d’énergie.
Ces découvertes ont poussé deux autres savants, Karl
Pribram et Rupert Sheldrake, à poursuivre leurs propres
recherches, en prenant comme modèle l’hologramme.
Dans ce procédé photographique au laser, si l’on re-
tranche plusieurs fois un morceau de la plaque impri-
mée, chaque fragment contiendra la totalité de l’image,
bien que chaque fois plus faible. Cela confirmait deux
conclusions de la physique quantique :
— Chaque partie contient le tout.
— Tout est partout à la fois.
Pribram a appliqué ces données au cerveau, à l’œuf d’un
insecte et à un aimant – c’est-à-dire à l’humain, à
l’animal et à la matière inerte. Par exemple, un cerveau
dont 80 % du cortex a été enlevé conserve pourtant toute
sa mémoire, indiquant que celle-ci est en effet indépen-
dante de la matière. La présence de la mémoire indé-
pendamment du cerveau expliquerait pourquoi nous
pouvons reconnaître un objet -disons, un visage connu –
malgré la distance, les années passées, le changement
d’éclairage et le grand nombre d’objets semblables, soit
une foule.
Ensuite, le savant a coupé en deux l’œuf d’une libellule
pour découvrir que chaque moitié reproduisait ensuite
non pas une moitié de libellule, mais un insecte complet,
quoique de moindre taille. Puis, en sciant en deux mor-
ceaux un aimant, ce ne sont pas deux demi-champs de
limaille qui les ont entourés, mais deux champs com-
plets, quoique réduits. Dans tous ces cas, il se passait la
– 12 –
même chose que dans un hologramme dont un morceau
reproduisait la totalité.
Enfin, le savant britannique, Rupert Sheldrake, poussa
plus loin les expériences. Ayant réussi, après des se-
maines de patience, à faire apprendre à des rats les dé-
dales d’un labyrinthe menant finalement vers de la
nourriture, il prit ensuite un second groupe (de la même
race et de la même famille) qui n’avait pas été en contact
avec les premiers rats et qui, par conséquent, n’avait pu
apprendre de ceux-ci aucun « truc » pour s’en tirer. Or,
ces rats, qui n’avaient reçu aucun apprentissage, ont
trouvé spontanément et d’un seul coup la nourriture au
bout du labyrinthe. La connaissance ne semblait pas être
transmise par les gènes ou par l’imitation, mais devait
exister en dehors du cerveau, comme si c’étaient les vi-
brations du premier groupe de rats qui véhiculaient
l’information captée par le deuxième.
Ces recherches prises ensemble confirmaient le fait que
l’univers en tant que champ d’information était sem-
blable à un hologramme. Et l’intuition de la physique
quantique était donc justifiée. En effet, chaque partie
contient le tout, ou ce qui est la même chose, tout est par-
tout à la fois.
4

4. Les corps célestes
Même si les lois qui tiennent ensemble l’univers sont invi-
sibles, la dimension matérielle du monde est en partie percep-
tible grâce à des instruments sophistiqués.
Les galaxies
5

Nous savons maintenant que les quelque 200 milliards de
galaxies du cosmos s’attirent, fusionnent, tout en s’éloignant les
unes des autres. Ce sont ces masses d’étoiles très denses qui at-
tirent les autres corps célestes, la gravitation s’exerçant par les
corps lourds sur les corps petits et légers.
Bien que la science ne connaisse pas encore le nombre exact
des étoiles – certains disent qu’il dépasse celui des grains de
sable sur les grèves du monde –, on croit savoir qu’il existe au-
– 13 –
tant d’étoiles dans une galaxie qu’il y aurait de galaxies dans
l’univers.
Ces amas d’étoiles atteignent un diamètre de quelque
100 000 années-lumière, par exemple le nôtre, appelé Voie lac-
tée, mais ils peuvent s’étendre encore bien davantage
6
.
Ainsi, notre voisine, Andromède, serait à 2 millions et demi
d’années-lumière, ce qui signifie que la lumière qu’on en reçoit
était celle d’il y a 2 millions et demi d’années ! On ne sait donc
pas si elle existe encore. Même l’autre extrémité de notre propre
galaxie — nous sommes situés presque à sa périphérie – nous
envoie une lumière qui existait il y a 100 000 ans, donc, elle
aussi pourrait avoir cessé d’exister… Cela concerne même notre
propre soleil : comme il est à huit minutes de nous, en voya-
geant à la vitesse de la lumière, le couchant que nous aperce-
vons à l’horizon ce soir a déjà eu lieu huit minutes auparavant.
Finalement, rappelons-nous qu’il faut six heures à la lumière du
soleil pour simplement atteindre l’extrémité du système solaire
(un groupe infime de corps célestes à une des extrémités de la
Voie lactée) et qu’il lui faut 240 millions d’années poux faire le
toux complet de cette galaxie, ce disque en forme de spirale tou-
jours en mouvement
7
.
Même les plus puissants télescopes n’atteignent qu’un pour
cent des étoiles. C’est dire que nous sommes enveloppés d’un
espace défiant l’imagination, d’un espace à la fois lumineux et
mystérieux qui tient en suspens notre esprit autant que nos
corps. Et pourtant, tout constitue un ensemble intégré et très
serré, comme les fils de cette nappe sur laquelle j’écris en ce
moment.
L’origine du monde
À cause de ces distances extrêmes qui n’ont guère de sens
pour nos cerveaux, tout ce que l’on dit sur l’origine d’un tel
monde demeure à l’état d’hypothèse. « Il n’y a aucune preuve »,
nous rappelle l’astrophysicien Hubert Reeves dans Conteur
d’étoiles de l’Office national du film. Du reste, le big bang n’est
pas, comme on le croit, une explosion ni la création du monde,
mais simplement l’apparition de l’espace-temps qui forme la
base de toute connaissance et de toute vie humaine. En effet,
– 14 –

personne ne peut savoir CE qui a déclenché le monde ou
POURQUOI cela a eu lieu. Ce mystère n’est pas pour nous un
objet de connaissance, seulement de spéculation.
Pour ajouter à notre confusion, Reeves nous apprend qu’en
1998, les astrophysiciens ont découvert « une énergie obscure et
inconnue qui brouille toutes nos prévisions, à cause de quoi
elles ne valent guère mieux que celles des astrologues
8
».
Le Soleil
Comme toute autre étoile, le Soleil est un réacteur nucléaire
en explosion permanente. Cette masse de matière incandes-
cente est plus d’un million de fois la taille de la Terre ; aussi, son
attraction est-elle à la mesure de sa masse. Pas surprenant alors
que, chaque seconde, le Soleil projette dans l’espace des milliers
de tonnes d’énergie électrique émergeant du noyau où la cha-
leur est à 13 millions de degrés Celsius, qui giflent au passage
toutes les planètes du système. C’est ce qui s’appelle le « vent
solaire ». Et lorsque le phénomène est particulièrement violent,
il peut troubler, même paralyser le fonctionnement des sys-
tèmes électroniques et produire une flambée d’aurores boréales
très spectaculaires.
Le Soleil est une étoile qui attire vers elle un certain nombre
de planètes, tout en les maintenant en place sur leurs orbites.
Comme on le sait d’expérience, il affecte par sa chaleur et sa lu-
mière les vivants, les récoltes, les sols, et met en branle le cycle
de l’eau et celui de la lumière (la photosynthèse). Il n’est donc
pas étonnant que les grandes religions telles que l’égyptienne et
les amérindiennes aient perçu le Soleil comme un vivant, même
comme le vivant par excellence, c’est-à-dire l’éclaireur, le pour-
voyeur, le protecteur et le maître universel, puisqu’il créait le
jour et la nuit, réjouissait les cœurs et les esprits, et entretenait
la vie de tous les corps.
Les points forts de l’activité magnétique du Soleil s’appellent
« taches solaires ». Elles se manifestent tous les onze ans envi-
ron et ont un effet direct sur la Terre et ses habitants : elles mo-
difient le sérum sanguin, affectent les sujets souffrant de
thrombose, de tuberculose et d’infarctus, influencent l’épaisseur
– 15 –
des cercles annuels d’arbres, la quantité des icebergs et agissent
même sur les années de grands crus des vins de Bourgogne !
La Lune
Ce satellite de la Terre agit sur celle-ci non par sa lumière,
mais par son attraction. Si la Terre l’attire, la Lime, de son côté,
tire sur le manteau de la Terre, à travers les marées hautes.
Celles-ci varient selon les lieux : dans la baie de Fundy, elles at-
teignent 15 mètres, alors qu’elles ne font que quelques centi-
mètres à Tahiti. La Lime peut également détourner le vent so-
laire de façon à épargner la Terre, troubler le champ magné-
tique de celle-ci, qui, à son tour, affectera le champ vital des vi-
vants. De plus, tout le monde sait qu’à la pleine lune, il y a plus
de saignements, d’accès de folie (les « lunatiques ») et de délits
(pyromanie, cleptomanie, dérapages d’automobilistes). Et en
Amérique, les fortes pluies se produisent plus souvent les jours
qui suivent la pleine et la nouvelle lune.
Les planètes
À l’instar de la Lune, les autres planètes exercent une in-
fluence beaucoup plus par leur position que par leur luminosité.
En effet, leur position affecte le champ magnétique du Soleil, ce
qui se voit par une forte activité de taches solaires qui, par rico-
chet, touchent également la Terre. Cette influence des planètes
sur le Soleil répond à celle qu’elles reçoivent, ce qui confirme
l’échange continuel d’énergie entre planètes et étoiles.
Il est certain que tout comme la Lune, les autres planètes af-
fectent par leur position les événements humains, comme on le
voit par l’astrologie, une connaissance fondée sur des données
réelles puisque, si l’on ne peut mesurer certaines émanations
planétaires, on ne peut non plus rejeter le fait qu’elles nous en-
voient des énergies et des informations. Leurs vibrations nous
touchent, même si on est un scientifique qui refuse d’y croire.
Car il existe des influences qu’on ne peut mesurer même si l’on
sait qu’elles existent. Par exemple, le biologiste muni de son mi-
croscope va affecter les molécules qu’il étudie, puisque les pho-
tons de l’éclairage et les vibrations du champ humain troublent
les atomes du spécimen étudié, de sorte qu’il n’y aura pas de
connaissance absolument objective. C’est ce qui faisait dire aux
– 16 –
physiciens John Wheeler et Werner Heisenberg que, d’une part,
il n’y a pas d’objectivité absolue en science, mais toujours une
participation à la chose étudiée et, d’autre part, qu’en exami-
nant des atomes, on affecte leur activité, c’est-à-dire que l’on
crée en quelque sorte leur façon de se comporter. En somme, on
ne les voit jamais tels qu’ils sont, un peu comme la télé-réalité
ne montre jamais les figurants dans leur vérité quotidienne,
mais toujours déformés par le regard de la caméra.
La Terre
Trois éléments jouent un rôle de premier plan dans la com-
position et l’énergie du globe terrestre : l’air, l’eau et le sol.
L’AIR : C’est le souffle qui entoure la Terre et entretient la
flamme de la vie. L’air fait partie de toute vie, des plantes
comme des animaux, et c’est lui qui nous relie le plus à la fa-
mille des vivants. « À travers la respiration, dit Harlow Shapley,
chacun de nous absorbe des atomes qui ont fait partie de per-
sonnes ayant existé autrefois. Et chaque jour nous absorbons
des atomes qui furent jadis parties d’oiseaux ou d’arbres, de
serpents ou de vers, car tous partagent le même air… Et plus
longtemps on vivra, plus on absorbera d’atomes laissés par des
personnages connus dans le passé, tout comme nos petits-
enfants nous accueilleront à leur tour dans leurs respirations
9
. »
L’EAU : Elle couvre quelque 75 % de la planète et remplit nos
corps à 80 %. En effet, elle est la source de toute vie, comme les
eaux du placenta qui, en se brisant, laissent paraître l’enfant.
Selon les savants, l’eau aurait pris naissance dans les océans, ce
que nous rappellerait d’ailleurs le goût salé du sang. Cependant,
cette eau salée a dû être transformée pour être utile à la vie :
c’est le cycle de l’eau qui, par l’évaporation suivie de la précipi-
tation, nous fait le cadeau de l’eau douce.
Mais il n’y a pas que le ciel qui assure l’eau potable : par la
transpiration des feuilles et des cimes d’arbres, surtout dans les
forêts tropicales humides (rainforests), des millions de gallons
d’eau sont tirés du sol et aspirés par le ciel. Ainsi, les arbres
pleuvent vers le haut, en réponse aux pluies qui descendent vers
le bas.
– 17 –
LE SOL : C’est à travers une population de bestioles infimes
et même invisibles que se tissent les rapports les plus impor-
tants à la vie du sol. Or, nous ne connaissons que quelque 4000
espèces parmi un nombre inconnu de bactéries, ces organismes
mystérieux et apparemment indestructibles qui gèrent les sys-
tèmes naturels des forêts, des marais, des prairies, des océans et
de l’atmosphère.
Ce sont par ailleurs de plus grands organismes qui ameublis-
sent et oxygènent le sol. Tels sont les chiens de prairies, les
taupes et les marmottes, qui creusent des tunnels, contribuant à
l’entrée de l’air et de l’eau. De leur côté, les organismes qui se
situent entre les micro-organismes et ces rongeurs – c’est-à-dire
les vers, fourmis, termites et champignons – s’occupent de dé-
composer, de recycler la matière et d’en extraire les éléments
nutritifs.
« Pas moyen d’échapper à notre interdépendance avec la
nature – un tissu très serré de rapports nous attache à la
terre, à la mer, à l’air, aux saisons, aux animaux et à
tout produit émanant de la terre. Ce qui affecte l’un af-
fecte l’ensemble : nous sommes parties d’un plus grand
Tout
10
. »
« Ainsi, la conservation du sol constitue un état
d’harmonie entre l’Homme et le territoire, un peu comme
celle qui existe entre amis : on ne peut caresser la main
droite de l’ami tout en lui tranchant la gauche, c’est-à-
dire qu’on ne peut aimer le gibier et haïr le prédateur,
qu’on ne peut économiser l’eau pour saccager l’habitat,
ou reboiser la forêt tout en surexploitant la ferme. Le sol
est un organisme indivisible
11
. »
« En effet, aucune espèce n’existe isolément. Les quelque
30 millions d’espèces vivantes aujourd’hui sont toutes en
relation : plantes, poissons, oiseaux. Elles forment un
immense tissu d’interconnexions : la disposition d’une
espèce fait un accroc dans ce tissu. Car jamais une chose
vivante ne peut évoluer en solitaire. Il s’agit d’une confé-
dération de liens
12
. »
– 18 –
Comme le proclament les chefs Hopis, à l’instar de toutes les
autres tribus amérindiennes : « Nous avons reçu ces territoires,
que nous devons conserver à la manière d’un intendant, d’un
gardien, pour enfin les remettre un jour à leur vrai proprié-
taire. » [Id., p. 205) Nous voici fort loin du « dominez la Terre et
soumettez-la » de la Genèse, un commandement qui a justifié
tous les abus de l’Homme dans ses rapports avec la Terre et la
nature.
5. Les liens entre matière et vie
Les savants affirment que la matière vient des étoiles explo-
sées, où les atomes d’hydrogène et d’oxygène ont éventuelle-
ment formé de l’eau. Ils diront ensuite que c’est au fond de
l’océan primitif que les cellules se sont amalgamées pour former
des organismes vivants. Ces gens font semblant d’ignorer que la
matière inerte ne produit pas la vie. Affirmer le contraire est un
préjugé semblable à celui qui voit la conscience comme un pro-
duit du cerveau. Mais même un non-scientifique voit très bien
qu’une matière ne peut donner de la vie : il n’a qu’à regarder sa
montre, ou encore un cadavre.
Les biologistes, un peu plus modestes du fait qu’ils travail-
lent sur la matière vivante, reconnaissent que l’émergence de la
vie est une improbabilité, même un miracle. Pourquoi ? Parce
qu’ils savent très bien que, selon la loi d’entropie, toute matière,
bien loin de s’aviver, de se reproduire ou de croître, tend à se
désagréger avec le temps. Or, c’est justement le contraire de ce
que fait la vie.
La matière tend vers le désordre, vers l’éparpillement de
ses atomes, alors que la vie tend vers un ordre continuel-
lement entretenu et progressif. C’est le principe de toute
croissance, qui n’existe pas comme tel dans la matière,
par exemple dans un morceau de fer, de verre ou de bois
(les cristaux faisant exception, on a tendance à les consi-
dérer un peu comme des vivants). Voilà pourquoi la vie
ne peut venir de la matière : les deux vont en sens in-
verse.
La disposition naturelle de la matière – morceaux de
bois ou de minéral – est de tendre vers la dissolution,
– 19 –
alors que les systèmes vivants tels que les arbres et les
animaux créent et maintiennent une intégration pro-
gressive à l’intérieur d’une matière qui, laissée à elle-
même, irait vers la désintégration. Et c’est en absorbant
l’énergie extérieure que cet ordre est entretenu chez le
vivant : c’est la communion entre intérieur et extérieur
qui tient en vie un organisme. Car celui-ci n’est pas que
de la matière, il y faut quelque chose de plus, que celle-ci
ne peut se donner – une complexité, une étincelle, une
force complètement autre et de nature supérieure. (Ins-
piré de « La nouvelle frontière de l’invisible ».)
Certes, un corps vivant reste soumis aux lois chimiques et
physiques, mais c’est en tant que matière qu’il l’est, non en tant
que vie. C’est pourquoi celle-ci ne vient pas de l’électricité (es-
sentielle à la matière) même si son énergie lui ressemble ; elle
ne dépend pas davantage du magnétisme, bien qu’elle soit sen-
sible à celui-ci. En revanche, elle est proche de la lumière, mais
c’est une lumière non physique, d’une fréquence supérieure plus
rapide et plus subtile. La vie, c’est de la lumière pure et invi-
sible, la source même de toute lumière visible. On pourrait
même dire que c’est de la lumière intelligente !
Par conséquent, lorsqu’on dit que c’est le magnétisme qui
permet la communication entre vivants, surtout entre humains,
il n’est pas question de l’électromagnétisme propre à la matière.
C’est quelque chose d’une qualité plus spirituelle que matérielle.
En fait, il s’agit d’un principe d’animation – l’âme – dont la vi-
bration essentielle est amour, cette énergie propre aux humains
et qui leur permet (s’ils le veulent bien) de comprendre au lieu
de juger, de s’entraider au lieu de s’entredétruire.
6. La vie
Bien que la vie soit plus que de la matière ou de la chimie,
elle dynamise cependant des formes qui sont matérielles. Ainsi,
le carbone est l’élément chimique qui joue un rôle central dans
les organismes vivants, en raison de sa capacité de former di-
verses chaînes de maillons complexes. Ces enchaînements peu-
vent aboutir en une grande quantité de composés, dont les 20
acides aminés, qui sont les composantes primaires de toutes les
– 20 –
protéines. À leur tour, celles-ci gouvernent un code contenu
dans quatre molécules seulement, destinées à prendre toutes les
formes possibles de vie, d’où leur nom « protéine », tiré du dieu
grec Protée, qui avait la capacité de se transformer indéfini-
ment. Aussi, l’ADN contient-il des instructions qui peuvent in-
former toute vie, depuis la bactérie à la libellule et du chameau à
l’Homme. Ces instructions infiniment complexes et variées sont
pourtant rédigées dans un même langage simple fait de quatre
éléments.
Telle est la sagesse de la vie, qui prend toujours le chemin à
la fois le plus court, le plus économique et le plus élégant.
Les plantes
Nous dépendons des plantes plus qu’elles ne dépendent de
nous. Or, il y a 75 millions de kilomètres carrés de tissu végétal
qui réalisent la merveille de la photosynthèse, c’est-à-dire la
production d’oxygène et d’autres aliments nécessaires à tous les
vivants. Et des 375 millions de tonnes de nourriture que nous
consommons chaque année, le plus gros nous vient des plantes.
Toutes les plantes bougent, mais tellement lentement que ce-
la nous est imperceptible. Elles se plient, se tournent et, comme
les vrilles, grimpent, descendent et frémissent dans le silence.
Elles sont attirées par le bas, la gravité ; mais encore plus par le
haut, la lumière. Ainsi, les énergies du ciel et de la terre se ren-
contrent en elles.
Certaines plantes parasites reconnaissent leurs victimes à
leur odeur. Elles sont sensibles aux intentions humaines : Steve
Backster, après qu’il eut simplement imaginé qu’il allait brûler
une plante de son labo, découvre aussitôt que la réaction de
celle-ci avait été enregistrée sur son polygraphe. Les plantes
peuvent aussi être sensibles à la mort de leurs voisines. Elles ré-
agissent à l’amour qu’on leur porte et nourrissent notre champ
d’énergie, comme nous le faisons en prenant soin d’elles, en les
touchant, en les écoutant. C’est ainsi que la force vitale, l’énergie
cosmique imprégnant les vivants, se partage entre plantes, ani-
maux, insectes et humains
13
.
– 21 –
Neil Evemden nous dit qu’« un arbre n’est pas tant une
chose qu’un échange, un centre de forces organisationnelles. Il
faut regarder au-delà de son apparence si on veut le voir comme
le centre d’un champ de forces
14
». Et, reprend familièrement
Hubert Reeves dans Conteur d’étoiles, « l’arbre est une présence
intense qui ne te sort pas de toi et devant lequel tu peux rester
toi-même, sans être obligé d’entrer en réaction comme on le fait
avec des humains. Il ne peut être apprécié que seul à seul –
comme un ami. Il n’est connaissable que personnellement
15
».
Le grand astronome James Jeans, qui fut également ma-
thématicien et physicien, nous résume notre relation
avec l’univers : « Nos esprits ne sont pas séparés du
monde et les sentiments de joie ou de tristesse que nous
avons, ainsi que nos expériences encore plus profondes,
ne sont pas seulement nôtres, mais sont des saisies d’une
réalité transcendant les limites étroites de notre cons-
cience individuelle. L’harmonie et la beauté du visage de
la nature fait un avec la joie qui transfigure le visage de
l’Homme. Nous tentons d’exprimer une vérité semblable
lorsque nous disons que les choses physiques ne sont que
des indices de surface et que, derrière elles, il y a une na-
ture qui est en continuité avec la nôtre
16
. »
L’Homme
Selon le biologiste Yves Coppens, « l’Homme ne descend pas
du singe – cette idée est une pure provocation –, il a simple-
ment avec celui-ci des ancêtres communs ». Cependant, selon ce
savant, il y a une zone d’ombre de 6 à 9 millions d’années (excu-
sez du peu) qui marque le moment crucial où l’Homme est ap-
paru. C’est-à-dire qu’il nous manque justement le fameux
« chaînon manquant » qui devait résoudre le problème…
Coppens poursuit ainsi : « Certains animaux sont conscients
de leur mort, par exemple les éléphants, mais ils ne connaissent
pas d’après-vie comme pourrait le faire l’Homme. En somme, ce
n’est pas le langage ou la fabrication d’outils qui le distingue-
raient de l’animal, mais sa conscience, incluant la liberté,
l’émotion et l’amour
17
. »
– 22 –
À travers son corps, l’Homme émet des radiations. Ce qui
n’est pas étonnant, puisque toute cellule est enveloppée
d’électricité. Ce rayonnement s’appelle un champ de vie. En rai-
son de ce champ, les minéraux, les étoiles, les arbres et les
autres vivants entrent en relation avec l’Homme. En effet, c’est
par le magnétisme vibratoire que tous les êtres sont interactifs
et interreliés. Toute rencontre (avec un animal, un autre hu-
main), tout toucher (d’une personne, d’un arbre), tout regard
dans les yeux (entre humains) est réciproque, comme tout com-
portement, toute parole écrite ou sonore est une forme de rap-
prochement et d’échange. C’est ce que suggérait du reste Helen
Keller, aveugle, sourde et muette, par les paroles suivantes :
« Quand vous regardez quelqu’un dans les yeux, j’imagine que
ce doit être comme si on le touchait avec ses mains. »
Nos fréquences communiquent en émettant des signaux,
c’est-à-dire des vibrations, qui forment une conversation conti-
nue et toujours changeante. (Cela doit faire un peu l’effet
d’aurores boréales !) C’est par ces vibrations magnétiques de
tous les êtres que toutes les dimensions de l’univers peuvent se
rencontrer. Et la condition qui permet à l’Homme de les capter,
c’est qu’il soit réceptif, qu’il veuille apprendre en gardant les an-
tennes ouvertes
18
.
7. La rupture de nos liens
Mais comme nos liens avec l’univers, la Terre et les vivants
sont invisibles et peu sensibles, nous pouvons facilement les
oublier, les ignorer ou même les nier. Curieusement, ce qui de-
vait nous aider à en prendre conscience et à les renforcer a fait
justement l’inverse. Il s’agit de la science et de ses produits.
Une science sans sagesse
Certes, l’Homme sans la science était souvent l’esclave des
superstitions : le tonnerre perçu comme signe de la colère cé-
leste, les éclipses et les séismes comme annonces de la fin du
monde, ou les maladies comme punitions de nos fautes. Cepen-
dant, depuis la fin du Moyen Âge, comme sa confiance dans la
science et ses produits s’est accrue au point de devenir
l’équivalent d’une religion, l’Homme s’est de nouveau rendu es-
– 23 –
clave, mais cette fois-ci, non plus de ses superstitions, mais de
ses prétentions et de ses œuvres.
Y a-t-il eu vraiment progrès ? Oui, si l’on considère l’apport
des machines et des outils, l’ouverture aux diverses connais-
sances ainsi qu’à leurs disciplines propres. Tout cela a éclairé et
facilité la vie tout en augmentant les plaisirs des humains, sur-
tout dans les pays « surdéveloppés ». Mais en ce qui regarde ses
rapports avec la nature, sa responsabilité, sa capacité de vivre
en paix et, surtout, d’accéder à la sagesse, on ne peut dire que la
science a fait progresser l’Homme. Bien au contraire. Il joue de
plus en plus cavalièrement avec ses instruments sophistiqués et
parfois dangereux, avec les lois de la nature et les mécanismes
de la vie, comme un amateur, ou pire, comme un ado grisé par
ses gadgets et inconscient de leurs effets néfastes sur lui-même
et son entourage.
La science est noble lorsqu’elle travaille à mieux connaître
l’univers et à créer des instruments utiles à l’humanité. Mais il
lui manque évidemment la sagesse : elle ne voit pas à l’avance
les effets de ses découvertes et inventions. Elle se lance aveu-
glément dans ses recherches, tout en ignorant leurs consé-
quences, et même, en s’en moquant royalement. Il suffit de re-
garder les effets imprévus de certaines de ses grandes réussites
technologiques.
LES PESTICIDES : Comme nous le rappelait dès 1962 la très
sage Rachel Carson – que personne n’a écoutée –, « à des con-
centrations extrêmement faibles, les pesticides sont extrême-
ment efficaces pour exterminer les insectes, mais sans discrimi-
ner entre ceux qui sont utiles et ceux qui nous sont nuisibles
19
». Voilà un exemple parfait d’une science à courte vue. Ce
manque d’horizon existe justement parce que les savants ne
comprennent pas la complexité de la vie et des rapports écolo-
giques. Plus grave encore, ils semblent s’en ficher : ce qui
compte, c’est que le produit soit efficace. Or, ce qui ajoute à
l’aveuglement de la science, c’est sa collusion trop fréquente
avec les pouvoirs politiques et financiers.
L’EAU ET LES ARBRES : Toujours en vue de réaliser plus de
profits, on est prêt à bouleverser l’ordre des écosystèmes, à réo-
– 24 –
rienter des cours d’eau importants, à détruire des arbres qui
sont pourtant les poumons de la terre et les collaborateurs es-
sentiels de la circulation de l’eau. On ne pense pas à l’avenir de
l’Homme et de la planète, on n’est intéressé qu’au profit, au
contrôle, à l’expansion – à n’importe quel prix.
LES MOTEURS À PÉTROLE : Les émissions de machines
carburant à l’essence ou au mazout épuisent les ressources fos-
siles et répandent une toxicité progressive dans l’atmosphère,
de connivence avec les fabricants de voitures et les gouverne-
ments qui en soutirent d’immenses profits. Pourtant, ces sa-
vants et ingénieurs savent depuis au moins soixante ans com-
ment produire des véhicules non polluants. Mais en retardant
leur création, ils manifestent leur mauvaise foi et leur collusion
avec les pouvoirs.
LES DÉCHETS D’USINE : Les mines de charbon, les usines
pétrochimiques et les raffineries polluent les eaux et empoison-
nent la vie et les poumons des vivants. Comme ces entreprises
sont de connivence avec les magnats du pétrole (qui sont en col-
lusion avec le pouvoir), elles participent à la même irresponsa-
bilité.
LES ABUS DE LA GÉNÉTIQUE : Les savants utilisent les
nouvelles connaissances pour manipuler la nature de façon ar-
bitraire et irresponsable, la déformant à leur guise, sans souci
de l’avenir de la race humaine ou des autres espèces.
LA CRÉATION DES ARMES ET DES BOMBES : Même Hu-
bert Reeves affirme que s’il avait été à la place des fabricants de
la première bombe atomique, il aurait fait la même chose, à
cause de la menace du nazisme que l’on croyait beaucoup plus
dangereux que le communisme. Mais cela n’est pas étonnant,
car les savants se laissent aisément manipuler par les pouvoirs
et les enjeux politiques, comme on l’a vu dans les cas précé-
dents.
Reeves évoque ici « la séduction du possible » comme dé-
fense ou excuse. Mais c’est justement ici que la science montre
son manque flagrant de sagesse : ce qui compte pour elle, c’est
de réaliser ce qui est possible, non d’agir moralement ou même
utilement. « La science n’est pas morale et n’a pas à l’être », dit
– 25 –
Reeves sans broncher. Oui, bien sûr, en tant que discipline in-
tellectuelle, la science doit rester neutre, sans référence à la reli-
gion ou à la morale. Mais qu’en est-il des savants ? Car ce que
dicte la science, devenue une sorte de pouvoir quasi religieux,
n’a pas à être écouté servilement par le savant, parce que ce
dernier doit conserver son jugement, sa conscience, son sens de
la responsabilité. Le savant est tout d’abord un humain, alors
que la science est une de ces spécialités qui ne concerne qu’une
partie de l’Homme – son intellect. Mais il y a aussi le cœur, la
conscience morale et la sensibilité de l’âme !
Par conséquent, lorsque Reeves cherche à défendre ou à ex-
cuser les savants qui se cachent derrière le barrage inattaquable
et sacré de la Science, je ne peux le suivre. C’est trop facile de
créer un monstre suprêmement dangereux comme l’arme nu-
cléaire, pour ensuite laisser aux autres le soin de se débrouiller
avec ses effets. Je regrette, mais cette attitude me paraît aussi
monstrueuse que les bombes qui en découlent. Car les savants
sont les seuls à connaître ce qu’ils font, ainsi que les effets pos-
sibles de leurs inventions géniales. C’est donc à eux et à eux
seuls que revient la tâche d’agir avec responsabilité et sagesse,
c’est-à-dire de ne pas produire des machines faites seulement
pour détruire, comme le sont toutes les armes, mais en particu-
lier les bombes atomiques ainsi que celles à l’hydrogène – le
joujou préféré du sadique Oppenheimer. Après tout, aucune
arme n’est faite pour construire, guérir, donner ou améliorer la
vie. Même un revolver n’a qu’un seul but : tuer ; il ne sert évi-
demment pas à brasser la soupe (alors qu’un couteau de cuisine
le peut, même s’il peut aussi servir à tuer ou à blesser !).
Toutes les armes explosives n’ont qu’un rôle et ne servent
qu’une seule intention : tuer, détruire, éliminer.
Mais, malgré tous ces abus, nous avons épousé en bloc les
prétentions de la science et ses créations. Par celles-ci, nous dit
David Suzuki, l’Homme se croit plus intelligent que la nature.
Plusieurs croient même que la science et la technologie nous
permettent de comprendre la nature et de trouver les solutions
aux problèmes engendrés par cette même technologie. Certes,
celle-ci nous fournit des instruments puissants et raffinés, mais
la science morcelle notre perception du monde et nous éloigne
– 26 –
de la nature. Comme elle a le nez sur des objets limités, elle
nous prive du contexte permettant d’évaluer les répercussions
de ses interventions. Ainsi, nous avertit Gro Harlem Brund-
tland, président de la Commission mondiale sur
l’environnement et le développement, « à cause de son aveu-
glement, la science est devenue une force destructrice
20
».
L’emprise de la surconsommation
C’est l’Amérique qui donne le ton. Elle voudrait répandre sa
doctrine du « bonheur par la surconsommation » à travers le
monde entier, de sorte que tous puissent vivre dès que possible
au niveau des Américains. Et comment vivent-ils ?
— Aujourd’hui, les gens sont en moyenne quatre fois et de-
mie plus riches que ne l’étaient leurs ancêtres de 1900 ;
— les parents américains passent aujourd’hui 40 % moins de
temps avec leurs enfants qu’en 1965 ;
— 93 % des adolescentes américaines déclarent avoir pour
activité favorite de courir les boutiques ;
— en 1987, le nombre de centres commerciaux surpassait ce-
lui des écoles secondaires aux États-Unis ;
— nous avons le choix entre 25 000 produits dans les su-
permarchés, 200 sortes de céréales et plus de 11 000 pério-
diques ;
— depuis 1940, les Américains ont, à eux seuls, utilisé une
quantité aussi importante des ressources minières de la terre
que toutes les générations antérieures réunies ;
— dans les 200 dernières années, ils ont perdu 50 % de leurs
marais, 905 de leurs forêts ancestrales et 99 % de toutes leurs
steppes d’herbes hautes
21
.
De la bouche des enfants
Comme les enfants comprennent spontanément leurs liens
avec la nature, ils savent mieux que les adultes ce qui ne va pas
et ce qu’il faudrait changer. C’est une jeune fille de 12 ans, Se-
vern Suzuki, qui nous l’apprend, lors de la clôture du Sommet
de la Terre, à Rio de Janeiro, en juin 1992, où elle s’adresse ainsi
aux savants de la Terre :
– 27 –
« Je ne suis qu’une enfant et pourtant je sais quel merveil-
leux endroit serait la Terre si on dépensait tout l’argent consacré
à la guerre pour mettre fin à la pauvreté… Je ne suis qu’une en-
fant et je n’ai pas toutes les solutions, mais je veux que vous
compreniez que vous ne les avez pas non plus. Vous ne savez
pas comment réparer les trous dans la couche d’ozone. Vous ne
savez pas comment faire revenir le saumon dans un cours d’eau
mort. Vous ne savez pas comment ramener à la vie un animal
maintenant disparu. Et vous ne pouvez pas faire revivre une fo-
rêt, là où il y a maintenant un désert. S’il vous plaît, cessez de
briser ce que vous ne savez pas réparer…
« Dans mon pays, nous produisons tellement de déchets ;
nous achetons et jetons, achetons et jetons. Pourtant, les pays
du Nord refusent de partager avec les nécessiteux. Même quand
nous n’avons plus que le nécessaire, nous avons peur de perdre
une partie de notre richesse, peur de lâcher prise…
« Vous nous enseignez comment nous comporter dans le
monde. Vous nous enseignez à ne pas nous battre avec d’autres,
à régler nos différends, à respecter les autres, à nettoyer nos gâ-
chis, à ne pas blesser d’autres créatures, à ne pas être avares.
Alors pourquoi, une fois dehors, faites-vous ce que vous nous
dites de ne pas faire ?
« Mon papa dit toujours : “Tu es ce que tu fais, pas ce que tu
dis.” Eh bien, ce que vous faites me fait pleurer, la nuit. Vous
autres, les grandes personnes, vous dites que vous nous aimez.
Je vous lance un défi. S’il vous plaît, faites que vos actes reflè-
tent vos paroles
22
. »
L’ignorance de la science
« Le cerveau humain n’est qu’une fonction de la conscience, et non pas
la source du véritable savoir », dit Emmanuel Kant, le plus grand philo-
sophe allemand.
Que l’on ne se méprenne pas : malgré des progrès scienti-
fiques impressionnants, « ce que nous savons est absolument
infime, comparé à tout ce qui demeure pour nous inconnu ou
incompréhensible », avoue le grand biologiste et humaniste Da-
vid Suzuki. Notre compréhension du fonctionnement de la na-
ture est si limitée que nous pouvons rarement prévoir les con-
– 28 –
séquences de notre technologie sur le monde. En somme, la
science produit de l’information qui ne peut jamais être com-
plète. Selon le très grand savant Richard Feynmann, « notre
prétention scientifique rappelle la prétention de quelqu’un qui
pense comprendre le jeu d’échecs alors qu’il ne regarde qu’un
seul carré à la fois. »
« La Science est incapable de percer le mystère le plus secret
de la vie. Ce qu’est l’électricité et ce qui la fait fonctionner de
telle façon demeure encore un mystère », renchérit le biologiste
Lyall Watson, dans L’histoire naturelle du surnaturel (Paris,
J’ai lu, 1985). Pourtant, même après ces constatations, on en-
tend rarement un savant avouer simplement « je ne sais pas »,
ce qui serait bien sûr le commencement de la sagesse.
Comme la science ne reconnaît pas l’existence de la cons-
cience ou de l’âme, elle ne veut rien savoir non plus de
l’après-vie. Elle ne peut donc enseigner à l’Homme com-
ment trouver sa place dans l’univers et y assumer ses
responsabilités, puisqu’elle est elle-même devenue arro-
gante et irresponsable. Pourtant, si l’Homme se libérait
des prétentions de sa science et prenait celle-ci pour un
instrument au lieu de l’adorer comme son maître ou son
sauveur, il trouverait le moyen d’établir la paix sur
terre, se rendrait plus responsable et plus tolérant, et
pourrait enfin accéder à la connaissance de son âme.
– 29 –
Récapitulation
•L’uni vers est maintenu par deux forces, la gra-
vi tation et l’électromagnéti sme, qui vibrent à la
vi tesse de la lumi ère, elle-même électromagné-
ti que.
• L’uni vers est un monde de vi brati ons qui sont
porteuses d’i nformati on : la mémoi re du monde
enregi stre et communi que sans arrêt tout ce qui
s’y passe.
•L’uni vers contient des galaxi es, des étoi les, des
planètes ai nsi que d’autres corps, mai s malgré
leur apparence, ce sont tous des champs vi bra-
toi res.
• Son ori gi ne demeure une hypothèse, et la
sci ence ne connaî t qu’un pour cent de l’uni vers.
• Tout est relié par un magnétisme vi bratoi re,
i ncluant les vi vants.
•La vi e ne vi ent pas de la mati ère.
•L’Homme lui aussi est entouré d’une couche vi -
bratoi re appelée « champ de vi e ».
•I l est affecté par les planètes.
•I l a le pouvoi r d’i gnorer ses liens avec la nature
et, ai nsi, de se dénaturer.
– 30 –
DEUXIÈME LOI :
LA DUALITÉ EST PARTOUT
Nous avons vu que l’univers physique, qui est un, repose ce-
pendant sur deux principes. Cette dualité est constante dans le
monde matériel et, comme nous le verrons dans la deuxième
partie, elle imprègne également tous les aspects de la vie hu-
maine
23
.
Nous voici donc face à un seul ensemble qui contient deux
forces à la fois complémentaires et complètement différentes.
Une contradiction déjà implicite dans le mot « univers », tiré du
latin unus et versus, c’est-à-dire « ce qui tend à devenir un ».
L’univers comprend en effet une multitude d’êtres et d’énergies
maintenues ensemble par une cohésion très forte et qui tendent
naturellement à se rencontrer, à se compléter.
Mais si cette tendance vers l’unité est réelle, elle n’est jamais
chose statique, établie ou achevée. Ce sont curieusement ses
éléments en conflit, ses rapports de force non résolus, ses déchi-
rements et violences imminentes, qui lui permettent de « tra-
vailler à créer l’unité et l’harmonie ». Car l’unification est tou-
jours en marche, sans n’être jamais résolue, à travers et malgré
la multiplicité et les forces contraires.
Or, dans cet ensemble, chaque élément tend à se maintenir ;
chaque être, à s’affirmer ; chaque entité soumise, à s’affranchir.
C’est-à-dire que dans cet espace grouillant d’une infinité d’êtres,
chacun doit poursuivre son chemin vers sa réalisation. C’est la
totalité même, le cosmos, qui attire ses parties à « composer un
ensemble vivant et en constante transformation ».
La loi de dualité – le fait que chaque élément suscite ou ren-
contre son opposé qui lui est complémentaire – est la consé-
quence de la première loi qui confirme que tout est relié par la
gravitation et le magnétisme. Et comme nous le verrons dans la
deuxième partie, cela annonce tout ce qui à la fois divise et sti-
– 31 –
mule la race humaine, où chacun est semblable/différent, atti-
ré/repoussé, dépendant/autonome.
Ainsi, dans le monde de la matière, ce qui s’attire peut aussi
se repousser. Selon la découverte de Newton, toute action sus-
cite une réponse contraire, appelée réaction : une balle lancée
sur un mur revient avec la même force, comme dans le cas d’un
boomerang. (Semblablement chez l’Homme, la haine ou la co-
lère à l’égard de quelqu’un se retourne contre celui qui l’a proje-
tée.)
Le fait qu’une chose soit complémentaire en même temps
qu’opposée est reconnue depuis l’Antiquité la plus reculée. Les
Égyptiens – 4000 ans av. notre ère – fondaient toute la vie du
corps mortel sur son pôle opposé, l’âme immortelle (le Ka), et la
tension constante entre les deux alimentait leur philosophie,
leurs coutumes et leur art sublime. La dualité était également le
fondement de la grande sagesse du taoïsme -VIe s. av. notre ère
– où la totalité appelée Tai Chi est représentée par une sphère
contenant deux portions interlovées, à la fois inséparables et
opposées. Ces deux portions égales s’appelaient yin (ombre) et
yang (lumière), deux principes d’énergie représentés par le noir
et le blanc. Or, chacune des deux composantes contenait la se-
mence de l’autre, le noir étant percé d’un point blanc, et le
blanc, d’un point noir.
Dans cette tradition, il n’existe pas d’hostilité entre bien et
mal, à l’inverse de nos sociétés nourries par le manichéisme au-
gustinien. Chez les taoïstes, pour que le mâle soit équilibré, il
doit contenir du féminin, et l’équilibre de la femme, du mascu-
lin ; une vision de sagesse reprise par Cari Jung et intégrée dans
sa philosophie.
– 32 –
La dualité se manifeste donc soit par une opposition irrécon-
ciliable, soit par un rapport complémentaire entre deux élé-
ments reliés :
Dans le monde de la matière
Matière – énergie
Matière – antimatière
Noyau – électron
Attraction – répulsion
Mont – vallée
Ombre – lumière
Chaleur – froid
Concave – convexe
Lourdeur – légèreté
Gravitation – lévitation
Négatif – positif
Acide – alcalin
Huile – eau
Eau – feu
Voyons, par exemple, les trois derniers couples.
Si nous mettons une goutte d’huile dans un verre d’eau, elle
va rester sur son quant-à-soi, sans se mêler à son environne-
ment. Mais alors qu’elles sont incompatibles en soi, l’eau et
l’huile deviennent complémentaires dans une vinaigrette ! Pour
le couple eau-feu, la relation est également incompatible : le feu
assèche l’eau, mais l’eau peut aussi éteindre le feu. Cependant,
et voici leur côté complémentaire, l’eau a besoin du feu pour se
réchauffer, tout comme un front brûlant de fièvre requiert de
l’eau froide ou de la glace pour revenir à la normale.
C’est aussi ce rapport ambigu qui relie le sodium et le chlore.
Chacun a un caractère revêche, même violent : le sodium, un
métal alcalin, brûle à l’air (à cause de l’oxygène) et réagit vio-
lemment avec l’eau ; le chlore, un élément suffocant et toxique,
– 33 –
est extrêmement réactif : il explose à la lumière. Pourtant, en-
semble ils forment le couple le plus anodin et tranquille : le sel
de cuisine !
Dans le monde de la vie
Attraction – répulsion
Mangeur – mangé
Mâle – femelle
Grand – petit
Dominant – dominé
Vie – mort
Les plantes et les insectes (de l’acarien au scarabée géant),
ainsi que les animaux (du ver à l’éléphant), agissent entre eux
suivant la loi de la dualité. D’abord par l’équilibre entre préda-
teurs et proies, chacun des groupes étant à son tour la proie ou
le prédateur d’autres espèces. Certains groupes ou clans vont
aussi s’entraider, alors que d’autres se mangeront mutuelle-
ment ; les mères d’animaux consomment parfois leurs petits et
les lions peuvent tuer ceux de la lionne, qui entre aussitôt en
chaleur.
Semblablement, plusieurs fleurs nécessitent la collaboration
d’insectes pour être fécondées ou pour répandre leur semence.
Mais une abeille ou une mouche peut aussi être fortement atti-
rée par une plante sensitive comme l’Apocyn à feuilles
d’androsème (communément appelé le gobe-mouche) ; une sé-
duction où c’est la plante qui mange l’insecte au lieu de le nour-
rir. Même chose pour la célèbre mante religieuse où la femelle
attire le mâle pour ensuite le consommer, après en avoir soutiré
ce qu’elle voulait ! Il y a aussi les animaux qui mangent les
plantes en répandant les semences à travers leurs déjections, de
sorte que chacun y trouve son profit : le sol, la plante et
l’animal. Dans certains cas, même les oiseaux peuvent être de la
partie en picorant les graines contenues dans le fumier.
Dans chaque clan, tribu ou famille d’animaux, il y a toujours
un dominant et beaucoup de dominés. Le mâle dominant règne
sur ses femelles, alors que les jeunes rivaux se préparent à le dé-
– 34 –
fier afin de lui prendre sa place. Même entre deux hordes de
loups, il y aura rivalité et méfiance. Mais c’est surtout entre
races ennemies, par exemple entre loups et lièvres (ou poulets),
entre lions et buffles, que l’hostilité sera à son comble. Par con-
séquent, c’est la répulsion, autant que l’attraction, qui va rap-
procher ces animaux, maintenus en relation par le désir et par
la peur. Ainsi, les renardes des savanes craignent que leurs pe-
tits ne soient mangés par les aigles ou les hyènes ; mais c’est en
même temps cette menace constante qui les tient reliées par une
vigilance mutuelle.
Dans le monde des humains
La division apparaît ici dans les relations et les passions hu-
maines, tout comme dans les concepts et les croyances.
Relations
Dominant – dominé
Homme – femme (père-mère)
Pouvoir – obéissance
Liberté – esclavage
Dépendance – autonomie
Peine – plaisir
Confiance – méfiance
Violence – paix
Désir – frustration
Amour – haine
Bonté – cruauté
Concepts
Passé – avenir
Commencement – fin
Fini – infini
Temps – éternité
Conscience – inconscience
– 35 –
Créateur – création
Nature – culture
Bien – mal (bon – mauvais)
Tolérance – intolérance
Il est facile de reconnaître que ces trois domaines -matière,
vie végétative, vie animale – sont marqués par des forces oppo-
sées, des contradictions, des conflits et aussi des complémenta-
rités. Ici, les dualités se ressemblent, plusieurs même se recou-
pent, tant il est vrai que l’univers forme un ensemble vivant,
c’est-à-dire qu’on ne peut y exister sans la multiplicité et la di-
versité, en même temps que les divisions, les menaces et les
conflits.
Comme le monde de l’Homme appartient à la deuxième par-
tie, je ne l’ai inclus ici que pour montrer qu’il participe naturel-
lement à l’ensemble.
– 36 –
Récapitulation
• L’uni vers est à la foi s un et multiple : jamai s
réali sée, l’uni té est toujours en progrès.
• Ce qui s’atti re peut aussi se repousser : toute
action susci te une réaction égale.
• La duali té se mani feste par des opposi tions,
mai s aussi par des attractions et des complé-
mentari tés.
• Cela se passe également chez les humai ns qui
sont en parti e régi s par les loi s uni verselles.
– 37 –
TROISIÈME LOI :
TOUT EST EN MOUVEMENT
Cette loi découle des deux précédentes, c’est-à-dire, d’une
part, l’interconnexion, qui maintient les parties de l’univers en
relation constante, et, d’autre part, la dualité, qui, en opposant
ces parties, les pousse à entrer en mouvement, à évoluer, à
changer. Comme l’exprimait Lavoisier au XVIIIe siècle, « dans
l’univers, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».
L’énergie existant au point de départ ne perd jamais son élan,
mais elle ne se maintient qu’en changeant constamment de
forme, tout comme pour survivre le caméléon ou la pieuvre doit
passer d’une couleur à l’autre.
Le mouvement de l’eau
Ainsi, les atomes de la glace se changent en eau, qui
s’évapore ensuite en gaz, pour retomber sous forme de pluie ;
un processus qui se reproduit partout autour du globe, au gré
des saisons et des climats. Mais ce qui s’appelle « le cycle de
l’eau » commence par la traction du Soleil sur la transpiration
des plantes ou sur les masses d’eau couvrant la surface ter-
restre ; cette eau devient gaz (les nuages) qui, lors d’une friction
entre courants chauds et froids, produit la pluie, la neige, le ver-
glas, la grêle, le grésil ; en somme, ce qui s’appelle la précipita-
tion.
Le mouvement de la lumière
Il existe également un « cycle de la lumière », appelé photo-
synthèse. Dans ce processus, les rayons solaires captés par les
plantes sont transformés en aliments gorgés d’énergie, à travers
des réactions chimiques secrètes et sophistiquées.
Les réactions chimiques
Autre exemple de transformation : par l’entropie, l’énergie
d’un système tel qu’un morceau de fer devient de la rouille au
contact de l’oxygène et finit par se désagréger. Comme toute
– 38 –
matière est en réalité un composé fait d’une infinité d’atomes et
de molécules tenus ensemble par la force de
l’électromagnétisme, elle peut naturellement se décomposer,
sous l’effet d’un agent extérieur qui attire ses atomes.
Les courants de la mer
Ce sont les variations de pression atmosphérique et surtout
les vents qui suscitent les mouvements de l’eau. Les grands cou-
rants, dont le Gulf Stream, maintiennent en circulation les eaux
marines, tout comme celles-ci attirent les fleuves qui, à leur
tour, accueillent les lacs vers lesquels coulent les sources des-
cendues des monts. Mais ces courants océaniques exercent éga-
lement une influence importante sur la distribution des subs-
tances nutritives de la mer et sur la modification des climats
dans les régions littorales. Par exemple, on connaît l’influence
adoucissante du Gulf Stream sur la côte norvégienne.
Les vents
À son tour, l’air est tenu en mouvement en se déplaçant
d’une zone de haute pression vers une autre de basse pression.
Car, contrairement à ce que peut ressentir le corps, le vent ne
pousse pas, il est attiré, répondant à l’appel irrésistible d’une
basse pression. (Ces mouvements rappellent le phénomène de
la gravité, où une masse plus lourde en attire une plus légère.)
Le phénomène de l’attraction est facilement perceptible lorsque,
en ouvrant une porte au bout d’un corridor, on ressent une forte
aspiration d’air. On appelle cela un courant d’air mais, en réali-
té, tous les vents sont des courants d’air – des aspirations qui
passent pour des poussées.
Les éruptions volcaniques
Elles montrent que si la terre n’est peut-être pas vivante, elle
est cependant un corps qui bouge sans cesse sous des pressions
cachées. Lors d’une éruption, des laves liquides – roches en fu-
sion – ainsi que des gaz et des projections solides émergent à la
surface de la terre. Ces jaillissements viennent d’un réservoir
souterrain appelé « chambre magnétique », où se trouve le
magma (roche fondante) qui, sous la pression d’une chaleur
énorme, cherche à éclater, à se répandre, à exploser. Une fois
– 39 –
que les laves se sont répandues sur les versants de la montagne
en se refroidissant, le volcan cesse d’être en activité jusqu’à la
prochaine irrésistible « montée » de magma, un peu comme on
parlerait d’une « montée de colère » chez un homme frustré.
Les séismes
Il y a également des tensions dans certaines zones de la terre,
et lorsqu’elles deviennent trop fortes, il se produit une rupture,
suivie d’un relâchement brutal accompagné d’une secousse
d’ondes puissantes. Ces zones tendues suivent certaines failles
repérables dans la croûte terrestre. Celles-ci peuvent se mani-
fester également sous la mer, et l’onde de choc qui se produit
alors suscite en surface une série de vagues énormes appelées
tsunamis ou raz de marée, pouvant dévaster des côtes pendant
des milliers de kilomètres.
La dérive des continents
Les fonds océaniques sont accidentés par de gigantesques
chaînes de montagnes sous-marines, les « dorsales » qui, sous
l’expansion des fonds, créent une friction entre de grandes
masses de basalte. Une croûte nouvelle est alors formée par
cette friction, faisant pression sur l’ancienne qui, elle, descend
sous le manteau de la terre. Ainsi, la surface terrestre est consti-
tuée de grandes plaques de 100 kilomètres d’épaisseur qui se
raidissent à partir des dorsales et migrent latéralement à la
montée d’une croûte nouvelle.
Les continents qui sont ancrés dans les plaques se déplacent
solidairement avec elles. C’est en raison du glissement de ces
plaques, que les continents ont changé de position au cours des
âges, de sorte qu’à une époque, ils étaient tous soudés ensemble
à la façon d’un radeau sur un lac. Dans certaines zones, il se
produit de grandes failles verticales entre deux plaques, provo-
quant sur toute la longueur des frictions intenses et de violents
séismes. Telle est la faille de San Andréas, en Californie.
Mais quand deux plaques, se déplaçant en directions oppo-
sées, s’affrontent, la plus faible s’enfonce sous l’autre, produi-
sant à la longue le magma qui va alimenter des volcans. La
– 40 –
plaque supérieure forme alors un bourrelet qui constitue une
chaîne de montagnes. C’est le cas de l’Himalaya.
Ainsi, le mouvement des plaques – appelé la tectonique –
permet de comprendre la distribution des séismes, des volcans
et des chaînes de montagnes. Il confirme aussi le fait que, si la
terre est toujours en mouvement, il en est également ainsi des
continents sur lesquels on se croit très en sécurité, alors qu’ils
dévient les uns des autres comme ces galaxies qui s’éloignent
graduellement entre elles. Il n’y a rien qui ne soit en mouvement
ou en changement : l’univers est une totalité mouvante, une
machine à mouvement perpétuel.
L’érosion
Les montagnes sont méticuleusement rongées au fur et à
mesure qu’elles se forment, du fait que les sommets élevés sont
soumis à d’extrêmes variations de température qui favorisent la
fragmentation de la roche. De plus, les chutes de neige alimen-
tent les glaciers qui façonnent de larges vallées et, à leur tour,
ces eaux de ruissellement se rassemblent en torrents violents
qui creusent des ravins profonds aux versants escarpés.
Ensuite, les débris arrachés aux sommets s’amoncellent au
pied de ces versants.
Il y a aussi les pluies de météorites qui attaquent rigoureu-
sement tous les reliefs. En plus de cela, le ruissellement des
pluies, le gel, les alternances de température ainsi que le vent
fragmentent les roches, produisant ainsi des débris. Les frag-
ments qui en résultent sont transportés, d’abord le long des ver-
sants, puis par les rivières ou les glaciers. Et au cours de ce
transport, ils sont polis, usés, triés, pour aller se déposer dans
les zones basses, formant surtout les sédiments qui couvrent le
fond de la mer.
L’érosion nous conduit naturellement vers la quatrième loi :
celle de « l’impermanence… »
– 41 –
Récapitulation
• Les forces opposées gardent les êtres en mou-
vement et en croi ssance.
•« Ri en ne se perd, ri en ne se crée, tout se trans-
forme. »
• Le mouvement est sensi ble dans les réacti ons
chi mi ques, les courants d’eau, les vents, les vol-
cans, les séi smes et l’érosi on.
– 42 –
QUATRIÈME LOI :
TOUT EST « IMPERMANENT »
« Qu’est-ce que la vie ? Un éclair de luciole dans la nuit ; le souffle d’un
bison en hiver ; la petite ombre qui court à travers l’herbe et se perd dans le
couchant. »
— Chef Crowfoot
Voici une des réalités à la fois la plus irréfutable et déran-
geante qui soit. Mais, il faut bien le reconnaître, tout ce qui naît
meurt ; tout ce qui commence s’achève un jour ; toute matière
se désagrège ; tout présent devient passé, et tout corps vivant
finit par mourir. Cette constante est la conséquence de la loi
précédente, où il était démontré que dans l’univers et sur terre,
tout bouge et se transforme, sans jamais se répéter, sans non
plus s’arrêter. Ou, comme le dit le poète :
« Le temps aux plus belles choses
se plaît à faire un affront,
et saura faner vos roses
comme il a ridé mon front »
(Pierre Corneille)
Nous avons déjà vu que la loi physique qui rend compte de
« l’impermanence » des choses matérielles s’appelle l’entropie.
Elle stipule que, avec le temps, tout système matériel tend à se
dégrader, à perdre son énergie, à devenir inerte et uniforme.
Ainsi, une deux-chevaux et une Rolls-Royce placées dans un
terrain vague finiront, après une longue période, disons 100
ans, par se ressembler, au point de n’être plus que deux masses
de métal indifférenciées, rouillées et méconnaissables. Il en est
ainsi pour une pièce de bois mort, un objet biodégradable, un
morceau de verre, de cuir ou de linge, et bien sûr, de chair. Car
même les ossements finiront par se désagréger, comme le rap-
pelait poétiquement Paul Valéry dans Le cimetière marin :
« L’argile rouge a bu la blanche espèce. » Et si le diamant passe
– 43 –
pour être éternel, c’est uniquement parce que nos vies en com-
paraison se mesurent en infimes durées.
Aucune œuvre humaine faite de matière ne dure : toute ville,
tout empire, toute architecture finiront par disparaître, tout
comme les dinosaures et les mammouths de naguère. Mais
n’est-il pas tout de même curieux que l’on appelle « demeure »
une chose qui justement ne demeure pas ?
En Europe, comme on ne veut pas voir les choses disparaître
– on s’attache fièrement au passé –, on rénove sans cesse, on
repeint, on répare, alors qu’en Inde, convaincu que rien de ce
qui périt n’importe vraiment, on ne répare pas les grandes
structures du passé et toute création humaine est abandonnée à
l’usure du temps. Deux perspectives qui montrent à leur ma-
nière la dissolution inévitable des fabrications humaines, qu’on
le reconnaisse ou non.
De tout temps, c’est le choc entre vie et mort qui atteint l’être
humain au plus profond et l’interroge sur le sens de l’aventure
terrestre. « L’impermanence » des choses, des possessions, des
relations, des amours, de nos forces, même de nos souvenirs, est
ce qui nous désarçonne le plus. Dans la mesure où nous cher-
chons à créer du solide, à vivre longtemps, à surmonter le temps
par nos œuvres, à nous assurer une gloire impérissable, la vie
qui emporte tout dans sa pente inévitable demeure pour nous
une énigme qui dure.
C’est cette réalité qui frappa de plein fouet Gautama cinq
siècles avant notre ère, lorsqu’il se mit à chercher le moyen
d’arrêter la souffrance. Il s’aperçut finalement que seule
l’acceptation complète et définitive de « l’impermanence » pou-
vait ouvrir sur la paix et libérer de la souffrance. Une de ses
grandes trouvailles fut de voir qu’on ne pouvait fonder ses dé-
sirs sur des choses qui ne duraient pas, c’est-à-dire rêver d’un
bonheur terrestre continu, alors que tout se défait comme du
sable coulant entre nos doigts.
Selon lui, une des grandes souffrances de l’Homme consiste
justement à chercher l’infini et l’absolu dans ce qui ne peut ja-
mais les contenir ou les promettre. Même la fortune la plus fa-
buleuse ou les demeures les plus splendides (qu’il avait connues
– 44 –
en tant que prince) ne peuvent rassasier la soif d’infini qui nous
habite. Chaque moment devra passer au suivant, chaque jour à
la nuit et chaque union à une éventuelle séparation.
Nous aurons beau dresser des bornes, des bastions et des
murailles, la vie dans son élan indomptable n’en respecte rien,
pas plus qu’un ouragan balayant une ville entière ne tient
compte des ouvrages de l’Homme.
À la fin, Gautama reconnut que rien de limité ne peut être
satisfaisant et que toute satisfaction comportait une frustration.
Il vit alors, avec la plus grande clarté, que le corps et ses dépen-
dances ne peuvent combler l’esprit, car celui-ci est d’une desti-
née tout autre, et que lui, Gautama, était justement cet esprit,
cette conscience inatteignable par le temps. Il se découvrait
éternel, sans naissance et sans mort. Le Bouddha en lui, c’est-à-
dire l’âme éveillée à sa vraie nature, était né.
À la même époque, Héraclite, Pythagore, Platon et Socrate
allaient comprendre qu’on ne se baigne jamais dans le même
fleuve, que toute chose n’est que l’ombre projetée par un soleil
invisible, que tout ici-bas n’est qu’un grand jaillissement comme
d’une fontaine et la source qui nourrit celle-ci est l’âme invi-
sible. Si donc il est vrai que tout coule, que tout passe, il était
également vrai que ce n’est pas un déversement inutile ou in-
sensé, puisque cela n’est que l’expression d’une source secrète et
permanente. L’intarissable que chacun cherche se trouve dans
la source et non dans la fontaine.
– 45 –
Récapitulation
• « L’i mpermanence » découle des loi s précé-
dentes : toute matière se désagrège, soumi se à la
loi d’entropi e.
• Ce pri nci pe est neutre et sans émotion dans la
nature, mais i l est péni ble et angoissant pour
l’Homme s’i l n’est pas consci ent de son i mmorta-
li té.
– 46 –
CINQUIÈME LOI :
TOUT EST COHÉRENT
Chez les anciens Grecs, le mot cosmos
(l’ordre universel) est l’opposé de chaos (le dé-
sordre).
Ayant passé en revue plusieurs lois de l’univers, de la ma-
tière et de la vie, il est difficile de ne pas se sentir tout petit de-
vant un ensemble aussi grandiose et mystérieux. Il nous vient
spontanément à l’esprit la question suivante : tout cela peut-il
avoir un sens, c’est-à-dire une direction et une signification, se-
lon le double visage du mot ?
L’univers et le sens
Tout d’abord, pour qu’une chose ait une signification, il faut
un témoin qui la situe dans un ensemble, lui trouve un rôle, un
rapport avec le reste. Ainsi, un cheval ou une rose n’auront de
sens qu’intégrés dans un contexte créé par l’Homme : un corral,
une écurie ; un bouquet, un jardin. Cela ressemble à la présence
des mots qui prennent du sens par leur place dans une phrase,
de plusieurs phrases dans un paragraphe, de plusieurs para-
graphes dans un chapitre, et d’un livre tout entier dans le
monde du langage. C’est le tout qui donne aux parties leur sens,
leur valeur, leur unicité. Mais c’est l’esprit seul qui reconnaît le
rapport entre le tout et les parties.
Or, l’univers ne peut avoir de contexte qui le contienne,
puisqu’il contient tout. Il ne peut être que le contexte absolu
dans lequel s’insèrent toutes significations et toutes directions.
Car il constitue une infinité de possibilités, mais ne transmet
pas d’idée, de plan ou de direction. Il est simplement l’espace
ouvert où les acteurs conscients qui s’y trouvent peuvent créer
et se réaliser. Ce sont ces acteurs qui façonnent une signification
et s’insèrent dans une destination ; eux qui créent un sens, eux
qui perçoivent dans l’ensemble une continuité, une intelligence,
une cohérence.
– 47 –
À travers similitude et différence
Nous trouvons du sens à l’univers par nos affinités et aussi
par nos différences à son égard. Tout d’abord par nos affinités :
notre corps est fait de matière, d’air, d’eau, de terre, d’étoiles, de
lumière. Il est sujet à la gravité, entouré d’un champ d’énergie,
sensible à l’électricité, à l’attraction du Soleil, de la Lune et des
planètes. Le sens viendrait aussi de nos différences par rapport
au monde de la matière. Car le sens que nous donnons à celui-ci
ne vient justement pas de la matière, c’est-à-dire du corps, mais
de l’âme spirituelle qui l’anime.
C’est ainsi que, en regardant les étoiles au-dessus de nos
têtes, l’âme reconnaît la dimension secrète et infinie de son être
caché. Comme le dit le poète Walt Whitman :
« Il existe quelque chose de plus immortel même que les
étoiles,
Quelque chose qui va perdurer plus longtemps que
l’astre Jupiter,
Plus longuement que le Soleil ou tout satellite tour-
noyant,
Ou que les sœurs radieuses des Pléiades
24
. »
En les regardant longuement, l’âme se rend compte tout d’un
coup qu’un moment et mille ans, c’est la même chose. Elle sent
que tout cela a du sens, une signification. Elle sent aussi que,
tout comme le ciel en mouvement, elle s’en va quelque part, que
sa vie a une direction, un sens. Cependant, tout cela demeure
pour elle inexprimable par des mots, tout comme la suprême
beauté d’un ciel bruissant d’étoiles.
L’ordre ne dépend pas que de nous
La nature manifeste une économie de moyens, une sagesse,
un ordre et une générosité qui nous touchent, dans la mesure où
nous sommes en croissance et en communion avec les êtres,
plutôt qu’emmurés dans nos idées. Or, lorsque nous remar-
quons que tout se tient dans la nature, ce n’est pas une inven-
tion de notre part, c’est une reconnaissance de ce qui existe in-
dépendamment de nous. Cette totalité y était avant nous et nous
survivra. Il y a même des milliers de fleurs qui ne sont et ne se-
– 48 –
ront jamais vues ou cueillies parce qu’elles fleurissent secrète-
ment au fond d’une forêt, sans témoin pour raconter leur géné-
rosité ou admirer leur beauté. L’ordre et la générosité sont là
même si nous en sommes inconscients, puisqu’ils nous habitent
également, que nous soyons réveillés ou endormis.
Il suffit de regarder pousser les plantes pour découvrir com-
bien l’univers est sensé, intelligent et généreux. Quand nous
plaçons en terre une graine et qu’il en sort une tige de radis ou
de rosier, nous comprenons qu’il y a un lien entre semence et
plante. Ce lien est la tendance à croître, c’est-à-dire que le sens
de la semence, c’est de parvenir à la plante adulte, de fleurir et
de fructifier. L’intention – la direction que prend la croissance –
est ici très claire. Il y a une logique à tout cela : une semence
d’érable ne donnera jamais un tilleul, ni une graine de fleur
rouge, une fleur bleue. De même, une semence de porc ne pro-
duira pas un mouton, même si elle est placée dans le ventre
d’une brebis. La semence est orientée : elle ne va que dans une
seule direction.
Et quant à la générosité, eh bien ! il suffit de regarder flotter
dans les airs au printemps les myriades de graines, de pollens,
de spores, de mousses, de semences de toutes sortes qui traver-
sent le firmament pour ensuite se déposer doucement sur une
terre accueillante. Il suffit aussi de voir la multitude de sperme
sortant des poissons, des animaux mâles et des hommes. Non,
la nature n’est pas chiche ni calculatrice, elle est suprêmement
effusive et surabondante et son don est fidèle et continu.
L’absence de hasard
Il suffit aussi de voir la multitude de semences sortant des
poissons, des animaux et des hommes, dont une seule éjacula-
tion émet quelque 500 millions de spermatozoïdes. Le monde
est cohérent et ce sont tout d’abord les lois physiques et leurs
démonstrations mathématiques qui montrent que l’ordre de
l’univers n’est pas le fruit d’un coup de dés. Cela ne signifie pas
que l’on puisse comprendre pourquoi cet ordre existe, pourquoi,
par exemple, la lumière voyage à telle vitesse, l’eau bout à tel
degré ou l’électricité se comporte de telle façon. Car il peut y
avoir de l’ordre et de la cohérence même si on n’y trouve pas le
– 49 –
pourquoi : il suffit de trouver le comment. Or, la cohérence du
monde frappe une intelligence demeurée ouverte, car celle-ci se
reconnaît dans l’ordre que lui présente l’univers à travers les
merveilles que sont, par exemple, le papillon, le castor,
l’araignée, l’abeille, le ciel étoilé et l’appareil génétique.
LE PAPILLON : Il n’y a certainement pas de hasard dans la
façon dont une chenille se nourrit pour préparer son stade sui-
vant, la chrysalide. Ni dans le fait que celle-ci est pleine de
nourriture, de directives et d’outillage qui permettront l’état fi-
nal : le papillon. Lentement, celui-ci émergera de son étui étroit,
en prenant bien soin de ne pas froisser ses ailes fragiles et fri-
pées. Puis, dans un timide frémissement, il déploiera ces voiles
lumineuses et partira à la recherche de nourriture. Ensuite, il se
trouvera un compagnon, en vue de parfaire le cycle de vie inscrit
dans ses gènes. Ainsi se poursuivra sa lignée à partir d’un de ses
œufs qui, à son tour, se transformera en chenille, suivant un
ordre aussi réglé que le déploiement d’un ballet.
LE CASTOR : Il n’y a pas non plus d’accident dans le génie et
l’industrie de ce rongeur qui sait non seulement créer un bar-
rage sur l’eau, mais aussi choisir les branches qui y conviennent.
Il connaît également la façon la plus efficace et économique de
les tailler, et ce, avec des dents parfaitement adaptées à cette
fin. Son nid est à la fois un barrage et un bunker muni d’un pas-
sage sous l’eau, alors que le site choisi tient compte des courants
ainsi que de la crue possible des eaux. Vraiment, c’est comme
s’il avait lu Archimède – ou lui avait enseigné !
L’ARAIGNÉE : Elle sait tracer un cercle à partir d’un centre
géométrique : elle le dessine avec des fils qui forment les jantes
d’une roue ; et non seulement cette construction aérienne est
d’une grande beauté, mais elle est légère et fort efficace.
L’araignée peut s’installer au centre pour voir atterrir les in-
sectes sur une toile qui n’est poisseuse que pour eux, alors que
l’hôtesse peut s’y promener comme une dame en « talons ai-
guilles ». Or, le fil magique qui sort si facilement de son abdo-
men s’avère à la fois plus souple et plus fort que tout autre fil
sorti des usines de l’Homme !
– 50 –
L’ABEILLE : Parlant de géométrie, voici un insecte qui cons-
truit des galeries dans cette forme parfaite qu’est l’hexagone
(bien avant que la géométrie ait pu découvrir cette figure !). Et
dans cette perfection, l’utilité y rejoint la beauté : en effet, ces
alvéoles ont la taille voulue pour qu’une larve s’y sente à l’aise et
poursuive sa croissance. Les alvéoles hexagonales (qu’imiteront
les structures géodésiques de Fuller) forment ensemble une co-
lonie de cellules parfaitement ajustées les unes aux autres, dans
une économie d’espace et d’accessibilité.
LE NAUTILE CLOISONNÉ (coquillage de mer) : Le dérou-
lement de sa spirale suit une progression géométrique connue
sous le nom de « suite de Fibonacci », qui s’exprime par la série
suivante : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, etc. Chaque chiffre qui suit
est la somme des deux qui précèdent. Ainsi, ce que nous tou-
chons en tâtant ces rainures si savamment et si finement débo-
binées, c’est la croissance de l’animal, qui s’est faite selon une
connaissance infaillible de ce qu’il fallait allonger ou rétrécir
pour que se forme la spirale parfaite, qui satisfait tant au con-
fort et à la protection de l’animal qu’elle réjouit les mathémati-
ciens !
LA CLASSIFICATION DES ÉLÉMENTS : Vers la fin du
XIX
e
siècle, le savant russe Mendeleïev remarqua que les 63
éléments chimiques connus à son époque avaient des propriétés
qui se répétaient de façon périodique. Il eut donc l’idée de les
ranger dans un tableau, par ordre de masses atomiques crois-
santes. Avec le temps, on s’est aperçu que toute la matière con-
nue, y compris celle qui n’est visible que grâce à de puissants
télescopes, était constituée d’une centaine d’éléments. La raison
pour laquelle tous les éléments connus se rangeaient sagement
dans un simple tableau n’a été élucidée qu’avec l’avènement de
la physique quantique. Mais la cohérence éclatante du monde
des éléments fut considérée comme une des plus grandes dé-
couvertes de la chimie moderne ; on pourrait même dire que
cela en constitue la charte.
Il est tout de même étonnant que ce qui satisfait parfaite-
ment l’esprit rationnel – la classification périodique des élé-
ments chimiques – corresponde exactement à la facture de la
matière dans son aspect chimique ! Autrement dit, cet ordre et
– 51 –
cette cohérence n’existent pas grâce à un savant qui les a décou-
verts. Non : celui-ci les découvre parce qu’ils existent déjà.
L’HARMONIE DU CIEL : Il suffit de regarder le ciel étoilé,
d’arriver à identifier ses astres favoris, de se rendre compte
qu’ils sont tous là (même s’ils n’y sont plus réellement !), fidè-
lement à leur poste, et ce, à longueur d’année. La lune orange
remonte toujours à l’horizon pour devenir blonde, ensuite
blanche ; la Terre se trouve exactement à la bonne distance du
Soleil, rendant possibles la vie et l’atmosphère, car s’il y avait un
seul degré d’écart, la Terre grillerait à l’ instant ou se changerait
à jamais en glace. Pour qu’il y ait de la vie ici, il fallait un doigté
infini – une grande sagesse, une fine intelligence, et bien sûr
une connaissance consommée des lois de la physique (!) (En-
core ici, ce n’est pas la physique qui rend cela cohérent, mais
c’est parce que c’est d’avance cohérent que la connaissance phy-
sique y est possible.)
LA GÉNÉTIQUE : Quelle intelligence, quelle mystérieuse
prévoyance veille aux premières étapes de la vie ! On y voit
quatre molécules destinées à devenir toutes les formes vivantes,
depuis la bactérie à la rose et de la libellule à l’Homme. Les ins-
tructions de la vie sont ainsi rédigées en un langage à la fois
simple et universel. Pourtant, la science ne peut expliquer
comment un code aussi économique peut engendrer une telle
complexité de corps, de races et de familles d’êtres. En effet,
comme le disait le biologiste David Suzuki : « La science ne
comprend pas le mystère de la vie. » Mais ce n’est pas parce
qu’il est fait d’arbitraire et d’incohérence, au contraire, son
ordre et son intelligence dépassent notre logique et demeurent
irréductibles à nos calculs ou à nos préjugés.
Un autre mystère qui s’en rapproche est celui de la gestation
chez l’Homme : comment l’œuf fécondé peut-il sécréter lui-
même un placenta en vue de recevoir le corps qui va s’y déve-
lopper ? Et vers le troisième mois, comment l’embryon peut-il
se diversifier pour former organes, membres, sang, hormones,
ossature, systèmes lymphatique et nerveux ? Que tout cela
puisse tout d’abord se développer à partir d’une même cellule
(le zygote), et former un tout cohérent, demeure un mystère
complet pour la biologie.
– 52 –
Mais le mystère ne s’arrête pas là. Car, dès l’union des cel-
lules mâle et femelle, c’est la vie intelligente – l’âme – qui pré-
side au développement de l’organisme jusqu’à la naissance, et
plus tard, lorsque la maturité et l’expérience auront fait leur tra-
vail, l’âme parviendra à la pleine conscience de sa mission ter-
restre. Cela bien sûr dépasse le domaine de la science – à moins
qu’un jour elle ne parvienne à intégrer dans ses connaissances
l’existence de l’âme et le destin spirituel de l’Homme.
Quand les physiciens se tiennent muets devant
l’apparition de la vie et que, ne pouvant l’expliquer à
partir de la matière inerte, ils l’attribuent paresseuse-
ment au hasard ou à la nature, ils sont de mauvaise foi.
Ils ne veulent pas reconnaître la cohérence de la nature
vivante – son ordre inexplicable –, pas plus que son in-
telligence, c’est-à-dire le fait qu’elle soit animée et gérée
par de la conscience. Mais il ne faut pas s’en étonner, car
dans la mesure où l’Homme n’est pas cohérent avec lui-
même – en contradiction avec ses émotions, ses désirs et
son passé –, il ne peut non plus reconnaître la cohérence
du monde. Car tout se tient, et l’univers reflète l’Homme
tout comme celui-ci peut y retrouver son propre reflet.
Les savants sans ouverture refusent donc de reconnaître
que la matière est préparée à recevoir la vie par une
énergie intelligente qui dépasse les possibilités de la ma-
tière seule. Pourtant, l’évidence est partout devant nous :
de la matière, la terre, à la vie physique, un microbe ; de
celui-ci à la vie sensible, une plante ; de la vie sensible à
la vie autonome, un chien ; de cette vie à la vie cons-
ciente d’elle-même -l’Homme –, il y a une croissance
continue, une poussée directrice, qui préside au dévelop-
pement progressif.
Ce qui permet de dire cela, c’est tout d’abord que, selon
la biologie, l’Homme contient et résume en lui-même
toutes les étapes précédentes ; ensuite, qu’il n’y a pas eu
d’espèces qui l’aient dépassé en tant que possibilité de
croissance et de compréhension (même si chacun est loin
de manifester ces possibilités en lui-même). Car il de-
– 53 –
meure que l’Homme est le seul à pouvoir toujours ap-
prendre, le seul qui soit capable d’aimer et de pardon-
ner, le seul qui puisse dépasser l’agressivité animale
pour atteindre une conscience spirituelle.
C’est la conscience, et non le hasard ou un concept
fourre-tout et puéril comme la Nature, qui féconde la
matière pour en faire de la vie et qui prépare des corps
pour qu’ils soient éventuellement prêts à sentir, à
s’émouvoir, puis à penser, à comprendre et à aimer.
C’est par le haut (l’esprit) que le bas (la matière) peut
être compris. Ou dans les mots du mathématicien Whi-
tehead : « Il faut commencer par la dimension la plus
élevée pour éclairer la plus basse », puisque c’est la cons-
cience qui a présidé à l’évolution de la vie dans la ma-
tière et que ce n’est certainement pas la matière qui a pu
se donner elle-même cette dimension.
Dans un livre d’une grande importance, « Un autre
corps pour mon âme
25
», Michael Newton, qui pendant
des années a étudié les conditions et les connaissances de
l’âme dans l’au-delà, écrit ces mots fort éclairants : « Les
âmes ont ensemencé la terre à plusieurs reprises et à dif-
férents moments. Elles se cherchent des corps assez évo-
lués pour y habiter. Ce sont les âmes qui ont fait de nous
des humains. Les âmes plus avancées sont spécialisées
dans la recherche d’hôtes convenables pour les nouvelles
âmes. » (Voir aussi « Journey of Souls », 1995.)
En effet, tout comme il n’y a pas de coupure entre
l’Homme et l’univers, il n’y en a pas davantage entre ce
monde physique et visible et le monde invisible des êtres
de lumière auquel nous participons déjà par l’âme.
Si nous pouvons connaître et comprendre l’univers – lui
trouver du sens –, c’est parce que la matière et l’esprit viennent
d’une même source, comme le confirment les plus grands sa-
vants du XX
e
siècle, c’est-à-dire ceux qui justement ont reconnu
l’existence de l’esprit et l’ont intégré dans leur vision des
choses :
– 54 –
James Jeans et Sir Arthur Eddington, physiciens :
« Le monde est pensée, le monde est esprit. » Déjà en 1946,
Eddington décrivait la physique comme « l’étude de la structure
de la conscience ». (Jean Charon, L’Esprit et la science, Paris,
Albin Michel, 1983.)
Abdus Salem, prix Nobel de physique : « Je ne crois
pas que la science puisse tout expliquer. Je ne pense pas qu’elle
puisse traiter de ce qui est derrière ou au-delà de la nature – de
ce qui est la source du monde visible. » [Id.)
Jack Sarfatti, physicien : « La nouvelle physique suggère
que la conscience elle-même entre dans la fabrication de
l’univers et affecte celui-ci ; la matière et la conscience forment
un continuum. » (Ilya Prigogine, Order Out of Chaos, N. Y.,
Bantam, 1984.)
Toshibo Izutsu, physicien : « La matière peut et doit se
réduire à la conscience, à la condition rigoureuse que nous pre-
nions la conscience dans son sens d’esprit cosmique et non hu-
main. » (Science et conscience (collectif), Paris, Stock, 1986.)
Roger Jones, physicien : « La conscience et le monde
sont des aspects différents, mais complémentaires de la même
chose. Il n’y a pas deux mondes séparés, mais un seul. » (Per-
ceiving Ordinary Magic, N. Y., New Science Library, 1984.)
Alfred North Whitehead, mathématicien : « Si vous
voulez connaître le principe général de l’existence, vous devez
commencer en haut et utiliser la dimension la plus élevée –
l’esprit – pour éclairer la plus basse – la matière – et non pro-
céder à l’inverse. » (Ken Wilber, Quantum Questions, New
York, New Science Library, 1984.)
David Bohm, physicien : « La conscience existe dans
toute matière. Nous devons accepter que la conscience univer-
selle est une réalité, même si nos instruments sont incapables
d’en révéler directement la présence. » (Dans la revue Re-
Vision, dirigée par Ken Wilber, automne 1982.)
Ilya Prigogine, chimiste : « La matière et la conscience
forment un continuum. » (Order Out of Chaos, New York, Ban-
tam, 1984.)
– 55 –
Je peux maintenant conclure cette première partie en affir-
mant que « la conscience universelle » est un autre mot pour
« l’univers ». Car c’est cette conscience qui a permis à l’univers
de s’exprimer finalement dans une forme qui la contienne. Ain-
si, l’univers/conscience devient le fondement de la deuxième
partie, où l’on verra que les lois de la vie humaine réalisent les
desseins enfouis dans la matière, préparant celle-ci à recevoir
plus qu’elle-même, c’est-à-dire la conscience individuelle et les
lois qui la régissent.
Au début, le monde de la matière brute n’était pas prêt à
contenir une telle énergie. Ce n’est qu’avec le temps et à travers
une complexification grandissante de procédés chimiques que la
vie a pu se préparer un véhicule propre à la recevoir. Puis, après
que les corps vivants eurent reproduit à même leur matière une
chaîne interminable d’autres vivants, vint un jour où, à son tour,
la vie végétale et animale s’est vue prise en charge et exhaussée
par une autre forme de vie – celle d’une conscience autonome et
ouverte, qui se reconnaît elle-même. C’est ainsi que le cycle de
la matière a été assumé, complété et transformé par la vie et
que, à son tour, la vie a pu retrouver le chemin de son origine
éternelle – le monde spirituel, le monde de l’âme. Car, dès le
début, c’est l’énergie spirituelle qui disposait le code génétique à
engendrer des formes de plus en plus complexes, les préparant
progressivement à recevoir un jour une vibration supérieure –
celle de l’âme qui existait depuis toujours et qui ne connaît pas
la mort.
– 56 –
Récapitulation
• L’ordre (cosmos en grec) ne dépend pas de
nous : i l existe en soi , sans quoi la science ne se-
rai t pas possi ble, pui squ’elle se fonde sur les loi s
cosmi ques.
• La cohérence est évi dente dans le lien entre se-
mence et arbre, entre œuf et poulet, ai nsi que
dans la sagesse et le géni e des castors, des
abei lles et des arai gnées.
• L’harmoni e du ciel ai nsi que le tableau pério-
di que des éléments et les mervei lles du code gé-
néti que mani festent également la cohérence du
monde.
• Si celle-ci n’est pas reconnue par tous les sa-
vants, elle l’est du moi ns par ceux qui parmi eux
sont spi ri tuellement évei llés.
– 57 –
DEUXIÈME PARTIE :
LES LOIS DU MONDE INVISIBLE
Où l’on apprend comment devenir
humai n, à travers ses liens avec le
monde, les autres et la vi e.
– 58 –
SIXIÈME LOI :
TOUT EST RELIÉ PAR L’AMOUR
« Nous sommes tous liés ensemble
26
. »
L’homme et l’univers
Les constantes du monde extérieur que nous avons parcou-
rues dans la première partie trouvent leur écho dans le monde
intérieur, celui du cœur et de l’esprit. Ainsi, les relations entre
humains évoquent celles de l’univers, de la matière et de la na-
ture : on y retrouve les principes d’interconnexion et de crois-
sance, mais aussi ceux de dualité et de friction. Ce n’est donc
pas par hasard que la pensée traditionnelle ait appelé l’Homme
un microcosme, un monde en petit, par rapport au macro-
cosme, le monde en grand, la totalité. En effet, les deux ont des
traits communs, au point d’être à certains égards le miroir l’un
de l’autre – tout comme nous l’avons vu pour l’hologramme, où
la partie contient le tout.
Car si nous pouvons connaître et comprendre l’univers ma-
tériel, c’est que l’esprit et la matière sont semblables en ce qu’ils
émanent d’une même source. L’univers, incluant le monde de
l’Homme, est un et il n’existe rien en dehors de ce tout. Et
comme nous l’avons vu, tout y est relié par les lois d’attraction
(gravité) et d’énergie (électricité), « d’impermanence » (entro-
pie) et de constance (rien ne se perd, rien ne se crée).
L’attraction entre humains
Chez les humains également, on trouve des lois semblables.
En effet, ils s’attirent mutuellement dans le but d’engendrer la
vie, d’exprimer leur affection, de s’entraider, d’inventer ma-
chines et cités, et de bâtir un monde de paix et de partage. Ils se
communiquent leurs énergies et leurs espoirs, se consolent dans
leurs pertes et leurs deuils et cherchent à établir leur vie sur des
bases qui durent.
– 59 –
Les humains sont donc unis davantage par leurs ressem-
blances essentielles – désirs, recherche de bonheur, besoin de
bien-être et de liberté, réalisation de leurs rêves – que par ce qui
les différencie : les aspects accidentels comme la race, la cou-
tume, l’éducation et le talent. Après tout, il n’y a qu’une seule
race humaine, alors qu’il en existe quelque 80 000 chez les
autres animaux. Cela n’indique-t-il pas que nous soyons desti-
nés à tendre vers l’unité – tout comme l’indique le mot « uni-
vers » –, encore plus que toute autre espèce ?
Il est certain que la base de toute relation humaine c’est ce
qui unit, attire et relie, c’est-à-dire l’amitié, la sympathie, la
compassion. Pas de société, de corporation ou d’entreprise sans
un minimum d’entente amicale, pas non plus de famille, de
gouvernement ou de religion. Et l’amitié est cette capacité de
syntoniser avec une autre personne dont les aspirations et les
rêves ont un air commun. Comme le disait Antoine de Saint-
Exupéry, « aimer, ce n’est pas se regarder dans les yeux, mais
regarder ensemble dans la même direction ».
Le lien de l’amitié chaleureuse est libre, c’est-à-dire sans dé-
pendance ni domination ; il est également durable, du fait qu’il
s’est construit fidèlement sur une confiance à toute épreuve. Il
demeure vivant malgré les absences prolongées, et s’il est affec-
tif, même passionné, il ne s’exprime pas par l’activité sexuelle,
mais par la tendresse, l’attention et l’admiration. Du reste, ce
sont les liens d’amitié qui font qu’un couple dure, car un amour
qui ne serait fondé que sur la dépendance émotive et l’attraction
physique ne saurait ni croître ni résister aux frictions de la vie à
deux. Aussi, est-ce bien l’amitié qui relie le monde humain et
non la passion érotique ou l’élan romantique, qui lie et délie
avec autant de facilité que de fréquence les amoureux de ce
monde.
Un amour non romantique
Si la sixième loi s’énonce par la phrase « Tout est relié par
l’amour », c’est que l’amour en question est quelque chose de
plus englobant, de plus généreux et durable que ce que la socié-
té entend par des expressions telles que « je t’aime, mon
amour », « l’amour, toujours l’amour », ou encore « faire
– 60 –
l’amour », une phrase qui se donne des airs de grandeur, alors
qu’il s’agit simplement de « jouer aux fesses », comme on disait
chez nous à la campagne.
En fait, la description qui conviendrait davantage à l’amour
dont je parle est celle de la chanson de Raymond Lévesque,
« Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de mi-
sère… », ou de cette autre de Jacques Brel, « Quand on n’a que
l’amour à offrir en partage ». Il s’agit d’une relation dont un
animal serait incapable : aimer malgré la différence ou
l’opposition ; pardonner les blessures et les coups bas ; aider
ceux qui nous ont fait du tort. C’est par cet amour qu’on guérit
son être et sa vie, comme c’est par lui qu’on permet aux autres
de se guérir.
L’amour passe par le pardon
Il est en effet important de comprendre que l’amour dont il
est ici question est inséparable du pardon. Or, le pardon est pré-
cédé d’un conflit, d’une déchirure ou d’une offense.
Cela n’est pas surprenant, puisque la dualité étant partout
répandue à travers le monde de la matière, il en est également
ainsi entre les humains, de même qu’à l’intérieur de chacun.
Aussi longtemps qu’on n’a pas appris à pardonner. Or, si
l’amour contient et dépasse la dualité, il commence dans les af-
frontements et les blessures, qu’il transforme en les guérissant.
Sur terre, l’Homme demeure toujours imparfait, malgré ses
prétentions d’arrogance et son besoin infantile de dominer poux
être valorisé – ce que j’ai appelé le « complexe olympique
27
».
Et si nous sommes ainsi imparfaits, ce n’est pas à cause de nos
handicaps physiques ou insuffisances mentales, mais par notre
guerre civile intérieure. À un certain moment de sa vie, chacun
vit divisé avec lui-même : soit mécontent de son passé, soit ré-
volté contre ses parents, honteux de certains gestes, ou encore
culpabilisé par des actes criminels. On ne s’accepte ni ne
s’aime : on voudrait toujours avoir été un autre, avoir vécu au-
trement ; on ne veut même pas se reconnaître, croyant que ses
conflits intimes vont se régler avec le temps ou qu’il s’agit tout
simplement d’un état de fait : « Je suis comme ça et je ne chan-
gerai pas, c’est à prendre ou à laisser. » Mais le cœur reste em-
– 61 –
poisonné, l’esprit torturé et les émotions à fleur de peau, dans la
crainte d’être reconnu et de voir son personnage s’écrouler
comme un château de cartes.
Contrairement au serpent venimeux qui n’est jamais at-
teint par son propre poison, nous, les humains, sommes
toujours affectés par nos colères, rancunes et remords. À
tel point que toutes nos émotions négatives empêchent
notre système immunitaire de fonctionner normalement,
permettant ainsi aux virus et microbes d’agir en toute li-
berté. Car le fait de ne pas s’aimer et de ne pas se par-
donner entretient le malaise et favorise la maladie.
On ne peut faire l’économie de ce raccord avec soi-même.
Il faut tout d’abord se regarder en face et s’examiner
honnêtement, en commençant par reconnaître les bles-
sures qu’on ne veut pas fermer et les ressentiments qu’on
entretient avec complaisance. On ne peut agir de façon
harmonisée – comme un seul tout – sans avoir tout
d’abord absous le passé, accepté les conséquences de ses
actes et fait la paix avec soi, son corps et son vécu.
Lorsque cette paix se fait, le cœur – notre potentiel d’amour
– peut ensuite se tourner vers les autres – nos égaux, nos en-
fants, nos aînés et même les êtres moins désirables –, pour
comprendre leur souffrance, pour découvrir enfin que nous
sommes tous faits de la même pâte et que ce sont tout d’abord
nos faiblesses et nos erreurs qui nous aident à nous rapprocher
des autres. C’est justement cette base commune qui permettra
de pardonner, car ce n’est qu’en admettant ses propres fautes
que l’on pourra gracier l’offenseur. La mémoire toute fraîche de
ses propres manquements ouvrira la voie à la compréhension et,
finalement, au pardon. Ainsi, l’amour s’avère inséparable du
pardon, voire impossible sans lui.
En somme, les conditions qui permettent d’aimer sont tou-
jours les mêmes, que ce soit par rapport à nous ou à l’égard des
autres. Il s’agit toujours d’actions concrètes et non simplement
de désirs ou de promesses. Il serait trop facile de dire « je vous
aime » sans avoir à en accepter les conséquences…
– 62 –
Aimer sans réserve
Dans leur conception de l’amour, les Hopis rejoignent les
expressions des grandes traditions spirituelles qui ont précédé
notre ère : « Nous sommes conscients que tous les hommes sont
frères et nous nous sentons liés aux créatures vivantes… Affran-
chissez votre esprit de toute mauvaise pensée envers autrui.
Montrez-vous généreux de tout ce que vous possédez. Évitez de
blesser les autres et respectez-les, quelle que soit l’impression
qu’ils vous donnent
28
. »
L’amour vrai est également bien décrit dans l’évangile. Ce
qu’on en dit est très simple : tout d’abord, « aimez-vous les uns
les autres comme vous vous aimez vous-même », puis « aimez
vos ennemis, pardonnez à ceux qui vous offensent et priez pour
ceux qui vous persécutent ». « Aimez-vous » : traditionnelle-
ment, cette invitation a été présentée comme un commande-
ment, mais à mes yeux, ce serait plutôt la constatation d’un fait.
Car si on ne s’accepte pas tel qu’on est, sans se juger et en se
pardonnant tout ce qu’on se reproche, on ne pourra le faire da-
vantage à l’égard des autres. En effet, la relation établie avec soi
est le barème de toute autre relation.
Or, si l’amour est ce qui relie tous les humains, c’est qu’il est
une énergie réciproque, une sorte de boomerang, où tout ce que
l’on fait à l’autre nous revient, comme tout ce que l’on se fait à
soi atteint l’autre. L’amour dont on doit s’aimer soi-même sera
donc sans réserve, c’est-à-dire sans aucun jugement, dans la
plus complète acceptation. En s’aimant ainsi, on peut com-
prendre ce que signifie « Dieu nous aime inconditionnelle-
ment », car l’amour dont on s’aime alors coule de la source uni-
verselle (que certains appellent Dieu). Ce n’est plus vraiment
nous qui aimons à ce moment-là : ça aime en nous, comme ça
respire et ça vit.
La deuxième parole, « aimez vos ennemis… », est comprise
dans la première : en aimant ses ennemis intérieurs, c’est-à-dire
en leur pardonnant, on est disposé à agir de la même façon avec
les personnes que l’on considère comme hostiles ou inaccep-
tables.
– 63 –
En effet, ce n’est pas parce que les gens sont aimables que
nous les aimerons : c’est plutôt notre amour qui les rendra ai-
mables. Cet amour ne dépend donc pas des autres, mais de nous
seuls, alors que l’amour romantique/érotique n’est possible que
si c’est l’autre qui nous apparaît désirable et beau.
Seul l’amour humanise
L’amour est ce qui rassemble, transforme et guérit. En
somme, il nous fait passer de l’état animal à celui de l’humain.
Et pour illustrer ce processus, il suffit de regarder l’échelle des
énergies qui parcourent notre corps de bas en haut, puis de haut
en bas. Il s’agit des sept centres appelés chakras dans la tradi-
tion indienne des yogis.
1. À la base, l’énergie est située entre l’anus et le sexe. Selon
les clairvoyants, elle rayonne d’une vibration rouge et assure
l’ancrage dans la matière, la solidité et la sécurité.
2. Le deuxième centre est orangé, situé dans la région des
organes sexuels ; il irradie plaisir, satisfaction, jouissance.
3. Le troisième, qui est jaune, agit dans la région du plexus
solaire, en bas du diaphragme ; il est le siège du pouvoir, de la
passion, de la volonté et de l’émotion.
4. Le quatrième rayonne autour du cœur ; il n’est pas rouge
comme le sont les cœurs de la Saint-Valentin (!), mais vert, la
couleur de l’harmonie, de l’espoir, de la guérison et de la géné-
rosité -comme l’indique la couleur la plus répandue dans la na-
ture.
C’est au niveau du cœur que l’animal en nous
s’humanise. En effet, dans les trois premiers centres, nos
énergies sont très semblables aux instincts de l’animal
qui cherche la sécurité en défendant son territoire et
exerce son pouvoir sur le clan, qu’il assure par sa domi-
nation sexuelle. Chez beaucoup d’humains, l’agressivité,
la possessivité, l’obsession du pouvoir et du plaisir font
d’eux des animaux en sursis. Il leur faudra la transfor-
mation du cœur pour qu’ils puissent passer de la préoc-
cupation de leurs biens et de leur bien-être à l’ouverture,
à la générosité et à la compassion.
– 64 –
Voilà la grande transformation, la véritable conversion.
Autrefois, se convertir consistait à changer de
croyances, nous faisant passer de l’athéisme à la religion
ou d’un système religieux à un autre. Mais cela
m’apparaît trop petit, trop dépendant de catégories reli-
gieuses, pour convenir à l’évolution de la race humaine
dans son ensemble. Or, si nous jetons un regard tant soit
peu englobant sur les activités du monde actuel, il appa-
raît évident que nous ne sommes pas encore arrivés à
une conscience vraiment humaine. Et malgré que nous
nous disions développés, même surdéveloppés, nous ne
sommes pas encore humanisés. C’est l’animal en nous
qui mène.
Ce n’est pas que ce soit mauvais en soi, au contraire,
puisqu’il s’agit d’une étape nécessaire. Mais voilà, ce
n’est qu’une étape alors qu’on en a fait le point d’arrivée.
Car la croissance ne s’arrête pas lorsqu’on a atteint sa
taille d’adulte, que l’on s’est bâti une réputation, une for-
tune, un royaume, que l’on a fondé une famille et impri-
mé sa marque sur la société.
L’essentiel reste à faire : la maturation des émotions, la
capacité de s’aimer, de pardonner, de lâcher ses illu-
sions, de s’éveiller à sa dimension spirituelle. Il s’agit de
devenir pleinement humain !
La plupart des gens sont menés par les trois « P » : pou-
voir, plaisir, pognon ; et une fois qu’ils les ont bien en
main, tout leur paraît acquis, assuré, achevé. C’est la sé-
curité – la possession imprenable – qui obsède le plus les
gens, et c’est là une préoccupation nettement animale.
Les centres supérieurs
Reprenons maintenant le parcours des énergies à travers le
corps. Lorsque le cœur s’éveille, il répand son énergie guéris-
seuse sur les centres du bas, pour les transformer en attitudes
humaines. Ainsi, le fondement qui assurait la sécurité s’ouvre
sur la conviction que rien n’est solide ni définitif ici-bas ; le
centre du plaisir passe au bonheur de partager, de donner, de
conforter les autres ; et le pouvoir est désormais perçu davan-
– 65 –
tage comme un atout au service d’autrui, plutôt qu’un moyen de
dominer en s’autoglorifiant. Ainsi, les trois centres d’en bas, qui
sont essentiellement menacés par la peur, deviennent éclairés,
élevés, transformés par la confiance. Et la confiance, c’est la
base même de l’amour.
C’est donc le cœur qui, en plongeant ses énergies vers le bas,
change l’animal en être humain et emporte vers le haut toutes
les énergies purifiées des centres inférieurs. Quant aux énergies
situées plus haut que le cœur, elles sont déjà dans la lumière et
l’amour :
5. Le centre situé dans la gorge (bleu) est celui de
l’autoexpression : c’est le lieu de la confiance dans son unicité,
dans sa contribution et dans sa mission terrestre.
6. Le centre de la sagesse – placé entre les deux sourcils – est
celui de l’intuition et de la clairvoyance ; il est de couleur indigo.
7. Enfin, au sommet de la tête où la fusion avec la Source
universelle se réalise, se trouve l’énergie violette – une couleur
considérée comme symbolique d’une grande conscience spiri-
tuelle.
L’âme humaine est divine
L’être ainsi humanisé est en réalité divinisé, car ce qui carac-
térise vraiment l’Homme et le distingue de tout être vivant, c’est
son âme branchée sur la Source divine. Comme le disait le sage
Montaigne, « c’est être divin que d’être pleinement humain ».
Et parce que toutes les énergies du corps sont enfin harmoni-
sées par le diapason du cœur, l’être tout entier – à travers ses
expériences sexuelles, ses émotions, sa pensée et ses œuvres –
chante à l’unisson et touche de ses vibrations tous ceux qui sont
ouverts à la croissance. En effet, l’amour arrivé à la maturité,
chez une personne, est à la fois un magnétisme et un rayonne-
ment qui se répand spontanément chez tous ceux qui aspirent à
devenir humains.
Or, l’amour vrai qui relie les êtres ne s’éteint jamais. Même
et surtout après la mort, le lien qui relie ceux qui se sont aimés
perdure et même se renforce. Non seulement la présence des
êtres aimés ne s’efface pas en devenant invisible, mais l’absence
– 66 –
de corps la rend encore plus vivante et active. Ceux qui nous ont
quittés ne nous laissent jamais : ils nous visitent en rêve, dans
notre sommeil profond ou par des suggestions, des images et
des encouragements. Ils participent à nos vies et nous entourent
comme une couronne d’amitié. « Ceux qui s’aiment mutuelle-
ment seront invincibles », proclamait au XIX
e
siècle le poète
Walt Whitman
29
.
À cet égard, il est intéressant de voir comment un homme
aussi pratique et même matérialiste comme Benjamin Franklin
concevait la mort. En 1756, il écrit à une amie qui vient de
perdre son fils : « C’est la volonté de Dieu et de la nature que ces
corps mortels soient mis de côté lorsque l’âme doit entrer dans
la vraie vie. Un humain n’est pas complètement né avant d’être
mort. Pourquoi alors devrions-nous pleurer parce qu’un nouvel
enfant est né parmi les immortels, comme nouveau membre
s’ajoutant à leur société de bonheur ? Nous-mêmes parfois choi-
sissons prudemment une mort partielle : nous consentirons à
couper un membre avarié et douloureux qui ne peut être restau-
ré, et en extrayant une dent, nous le faisons de bonne grâce
puisque la souffrance part au même moment. Et celui qui quitte
le corps entier dit adieu à toutes peines et maladies qui pour-
raient le faire souffrir. Notre ami décédé et nous-mêmes
sommes invités à une fête de plaisir, qui doit durer pour tou-
jours. Et comme sa place était prête avant la nôtre, il est parti
avant nous. De toute façon, nous ne pourrions pas tous quitter
ensemble, pourquoi alors devrions-nous en être peinés, puisque
nous suivrons très bientôt et savons très bien où le retrouver ? »
(Traduction libre.)
Même Sigmund Freud, au couchant de sa vie, reconnaissait
que l’on ne peut s’imaginer étant mort. Car si un visualise son
cadavre, on se trouve toujours à l’extérieur. Et pourquoi ? Parce
que, selon lui, la conscience profonde sait qu’elle est immor-
telle !
« Aucune chose ne meurt qui a déjà vécu. »
— Marcel Proust
– 67 –
Récapitulation
•L’ami ti é et la sympathi e sont à la base de toute
soci été, de toute corporati on et de tout gouver-
nement – fi nalement de toute acti vi té de groupe
entre humai ns.
•Seule l’ami ti é peut fai re durer un couple.
• L’amour vrai n’est pas l’attraction érotico-
romanti que : au contrai re, i l pardonne à ceux
qui lui font du tort, reconnaî t et dépasse les di f-
férences, et n’est ni dépendant ni domi nant.
• C’est par cet amour qu’on guéri t son être et sa
vi e.
• I l est i nséparable du pardon – de soi et des
autres.
• I l faut savoi r que nos actes cachés ou vi si bles
affectent les autres autant que nous-mêmes : le
ressenti ment, la colère, la culpabi li té nous em-
poi sonnent et contri buent au malheur des
autres.
• C’est par l’amour que chacun dépasse son ani -
mal i ntéri eur pour deveni r humai n.
– 68 –
SEPTIÈME LOI :
LA CROISSANCE EST CONTINUE
« La vie est un processus de croissance, rien de plus. »
— André Agassi, champion de tennis, au
programme « D
r
Phil », 23 décembre 2003
Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, le lien
d’amour qui relie les humains est une aspiration, un projet, une
destination. Il est naturel qu’il soit loin d’être réalisé chez cha-
cun. La raison en est que l’amour est quelque chose qui doit
s’apprendre, il fait partie d’un mouvement de croissance, d’un
appel vers l’accomplissement humain. C’est donc normal que la
majorité des humains n’y soient pas encore arrivés.
En descendant sur terre, nous nous sommes embarqués
dans une aventure de croissance. Vivre, c’est croître, apprendre,
grandir, se réaliser. L’arbre nous en donne un magnifique
exemple : en regardant ses anneaux qui grandissent à chaque
année, on voit que l’arbre ne s’arrêtera de croître qu’à sa mort.
Eh bien, c’est ce développement continuel que chacun de nous
est appelé à vivre, même si un grand nombre cesse de croître
après la retraite, c’est-à-dire vers les deux tiers de leur vie.
La descente inséparable de la montée
Il est naturel que l’aventure de la croissance aille du moins
au plus – de la semence à l’arbre, de l’œuf au poussin, et chez les
humains, de l’ignorance à la connaissance, de la résistance à
l’acceptation, du conflit à l’apaisement, de l’égocentrisme à
l’amour. Autrement dit, l’animal en nous doit devenir Homme.
L’âme descend sur terre pour apprendre à en remonter, la
montée n’étant pas séparable de la descente. « Avant d’arriver,
nous dit Elisabeth Kübler-Ross, la grande pionnière des études
sur la mort et l’au-delà, nous choisissons parents, enfants, con-
joints et épreuves majeures. C’est un défi. » Ainsi, nous quittons
un monde d’esprit et de paix – l’au-delà – pour descendre dans
– 69 –
un monde de matière et de conflit -ici-bas. Nous y venons pour
remplir notre tâche, à travers épreuves, réussites, plaisirs et dé-
plaisirs ; pour apprendre, à travers toutes sortes d’obstacles et
de conditions difficiles, à devenir un humain accompli. Mais
nous pouvons également descendre pour réparer des torts pas-
sés et aider les autres à monter.
La plupart des gens sur terre semblent ignorer qu’il y a un
mouvement ascensionnel et que la descente existe en fonction
de la montée. Habituellement, on ne voit que la descente, sans
comprendre, bien sûr, à quoi tout cela peut bien servir. Autre-
ment dit, on voit très bien qu’on est sur terre pour y vivre, mais
sans voir qu’il y a à tout cela une dimension invisible, une desti-
née éternelle. Or, le sens de la descente, c’est de se préparer à la
montée. C’est-à-dire que « la terre est un lieu d’exil », comme le
disait Victor Hugo à la fin de sa vie terrestre, où l’on vient ap-
prendre, à travers d’innombrables obstacles, à retourner chez
soi, dans le pays d’après. En effet, comme l’écrivait au
XII
e
siècle le sage Rûmi : « Il faut que tu t’en ailles d’où tu es
venu
30
. »
Mais la descente, c’est quoi au juste ?
En s’éveillant à la naissance, l’enfant ne sait pas qu’il est en
vie, ni même qu’il est sur terre. Il ignore encore davantage qui il
est et ce qu’il était avant de s’incarner. Il découvrira les choses
nécessaires au fonctionnement terrestre à mesure que le cer-
veau lui permettra de raisonner, d’établir des liens, de réfléchir ;
à mesure que les expériences commenceront à l’éclairer. Ainsi,
en entrant dans ce monde, « on oublie tout à la naissance »,
nous confirme Elisabeth Kübler-Ross. C’est aussi ce
qu’enseignaient Platon et Pythagore il y a 1500 ans.
Mais pourquoi oublierait-on ? Eh bien, si l’on veut se
consacrer uniquement au monde présent, il est néces-
saire d’oublier les vies passées, ainsi que le bonheur
qu’on a connu dans l’au-delà. Sans quoi on serait envahi
et suffoqué par la masse de mauvais souvenirs, par les
viols, les tortures, les meurtres vécus pendant d’autres
vies, mais aussi par un bonheur qui rendrait cette vie in-
supportable. Ce processus d’oubli est très semblable à ce
– 70 –
qui se passe lorsque vous lisez ces lignes : si vous aviez
actuellement en mémoire tout ce que vous avez vécu de-
puis la naissance, vous ne pourriez être attentif à ce que
vous lisez, vous n’y comprendriez rien ; votre esprit se-
rait ailleurs, justement. Le cerveau filtre ce qui n’est pas
utile à la tâche en cours et le retient dans l’antichambre
de la mémoire, le libérant seulement au moment oppor-
tun. Ainsi, l’âme, en oubliant tout ce qui a été vécu autre-
fois, peut vivre librement cette vie. Ce qu’elle a absorbé
du passé et qu’elle en a retenu, ce sont les leçons,
l’expérience, la connaissance, alors que les événements
eux-mêmes restent en grande partie dans le silence de
l’oubli.
Dès que l’enfant s’éveille, l’âme s’identifie au corps, qu’elle
épouse parfaitement au point de devenir celui-ci. Elle s’unit
donc complètement au monde des sens et de la matière – cou-
leurs, formes, objets, attractions, séductions, apparences. On
fait un avec tout ce qui se présente, à tel point que l’individu au
cours de sa croissance se convaincra qu’il n’y a rien d’autre que
le monde tangible et visible. Il se verra de plus en plus engagé,
important, au contrôle. Il sera attiré par le pouvoir, la préten-
tion de dominer les autres, le goût de la jouissance, par la fête
des sens, l’appât du gain, le désir d’être le plus fort. Petit à petit,
il se verra envoûté par certaines croyances et enfermé dans ses
habitudes – ses propres œillères. Autrement dit, il vivra sous
l’influence des trois « P » – pouvoir, plaisir, pognon – le monde
de la possession et de l’attache.
Or, comme nous l’avons vu précédemment, ces énergies de
basse fréquence sont le domaine de l’instinct animal en nous. À
ce stade de la vie, on aime être un animal – on aime la bouffe, la
baise et le bien-être. On est satisfait d’être une bête se vautrant
dans les fourrages de la matière. C’est là l’étape du début, mais
qui est essentielle à l’âme pour qu’elle sache ce qu’est ce monde-
ci et qu’elle puisse en savourer les expériences afin d’en tirer
plus tard des leçons.
En quoi consiste la montée ?
« Notre tâche est de trouver la raison de notre venue. »
– 71 –
— Elisabeth Kübler-Ross
En effet, à mesure que l’âme, complètement absorbée par les
énergies animales, subit des épreuves et des difficultés, elle est
tout d’abord heurtée, désarçonnée, révoltée. Mais petit à petit,
elle va se demander pourquoi ces choses s’opposent à elle – à ce
qu’elle croit être son bonheur. À travers le barrage d’échecs, de
maladies et de mortalités, elle s’apercevra que le but de la vie
n’était peut-être pas ce qu’elle croyait au début. Elle reconnaît
que le fait d’avoir vu le monde comme un paradis était un
leurre, car la souffrance est incontournable et les pertes, irrécu-
pérables. Elle devine aussi que joies, plaisirs et satisfactions
étaient trop fugaces pour constituer un bonheur durable.
Après avoir été déçue, contrariée et déprimée, l’âme dé-
couvre un jour, en dévalant le deuxième versant de la vie, que
toutes choses visibles sont « impermanentes », qu’il est impos-
sible de satisfaire un désir infini avec des objets finis, que le
corps ne peut contenir les potentialités illimitées de l’âme.
L’âme a enfin découvert CE QU’ELLE N’EST PAS : elle
voit toutes les choses auxquelles elle s’était attachée
comme autant d’instruments, d’appendices et d’aides –
les outils à son service. « Tu n’es pas ce corps mortel »,
nous rappelait Rûmi. Et en reconnaissant que toutes ces
choses sont autres qu’elle-même, elle découvre CE
QU’ELLE EST. « Tu es au-delà du corps et plus grand
que lui », clamait depuis 4000 ans le texte védantique
« Srimad Bhagavatam ».
Elle comprend alors pourquoi elle est descendue sur
terre : pour découvrir sa nature immortelle à travers la
matière mortelle, pour apprendre à aimer à travers un
corps qui ne cherche que son plaisir, pour enfin devenir
un humain accompli, relié à tout sans être enchaîné, ou-
vert aux choses sans vouloir les posséder ou les rejeter.
Un être qui peut jouir pleinement sans culpabilité et sans
peur, responsable de ses choix et de ses liens avec la na-
ture ; et finalement, consciemment relié à sa Source.
– 72 –
Les symboles de la descente et de la montée
La descente en chair et la montée en esprit peuvent aussi se
traduire par un aller et un retour. Plusieurs symboles nous rap-
pellent que nous incarner est la première phase d’un voyage qui
ne serait pas complet sans le retour. Ce serait un peu comme
l’astronaute qui préparerait son envol dans l’espace, sans avoir
prévu son retour sur terre ! Aussi, les images du Petit Poucet et
du Labyrinthe évoquent-elles parfaitement cet aller-retour : le
Petit Poucet assure son retour par des cailloux semés tout au
long de son parcours et faciles à repérer ; Thésée, de son côté,
un héros de la mythologie grecque, doit parvenir à anéantir le
Minotaure (symbole de l’animal en nous), au fond de l’obscur
Labyrinthe constitué de dédales nombreux et compliqués ; mais
heureusement que Thésée est attaché par un fil à sa bien-aimée
Ariane, ce qui lui permettra de remonter vers la lumière. Or,
justement, les cailloux du Petit Poucet et le fil d’Ariane signi-
fient le retour de l’âme vers sa Source.
L’annonce du monde spirituel
Plusieurs images, expériences, rêves ou souvenirs évoquent
pour nous l’envol, l’ascension, la légèreté. Car l’âme se rappelle
son état lumineux et libre du pays d’origine. Ce sont ces souve-
nirs et ces pressentiments qui lui arrivent dans les rêves et
l’imaginaire, et qui suggèrent la montée spirituelle. Tels sont les
symboles, les figures et les expériences qui suivent :
• le ballon
• la lévitation en apesanteur
• les avions
• les montgolfières
• les dirigeables
• les aéroglisseurs
• le deltaplane
• le surf
• l’escalade des sommets
• l’ascenseur
– 73 –
• le ballet
• le ski en montagne
• le saut en hauteur et à la perche
• le funambule
• le trapéziste
• l’expérience du bungy
• la flamme
• la fumée
• les oiseaux
• les ailes
• les figures mythiques : Icare, Pégase, Peter Pan, etc.
Les images de mort et de renaissance font également partie
de ces symboles. Le phénix est un oiseau qui, une fois brûlé, re-
naît de ses cendres. Le papillon également est très souvent cité :
la chenille (une première incarnation) doit disparaître pour de-
venir chrysalide ; et cette deuxième incarnation doit également
s’effacer devant la troisième, celle du papillon. Ainsi, son périple
vers la liberté ne peut se faire qu’à travers des étapes où il est
pour ainsi dire lié.
De son côté, le morceau de pomme de terre que le cultivateur
enfouit dans le sol devra disparaître et se perdre pour réappa-
raître, renouvelé et multiplié sous la forme d’un fourmillement
de petites patates nouvelles. C’est l’illustration de la parole
évangélique déclarant : « Il faut que le grain de blé tombe en
terre et meure, afin de produire beaucoup de fruits. »
Mais un des symboles les plus explicites de la descente et de
la montée est l’étoile de David, inspirée de la tradition mystique
juive. Cette étoile à six pointes a son côté caché : elle est en réa-
lité composée de deux triangles posés l’un sur l’autre. Et c’est là
que se trouve son aspect spirituel, qui a été complètement oc-
culté par son côté politique.
Un des triangles pointe vers le bas, indiquant l’incarnation,
l’expérience de la matière, des basses fréquences et du rétrécis-
sement (la prison).
– 74 –
Le deuxième triangle représente la montée vers l’esprit, la
transformation, la purification, l’élévation, la concentration vers
un seul but. C’est le premier triangle, mais retombé sur ses
pattes.
Les deux triangles, imbriqués ensemble, forment l’étoile de
David, qui n’est pas tout d’abord un emblème national, mais
qui, à l’insu sans doute d’une bonne portion du peuple juif, est
le symbole de la spiritualisation de l’Homme. Cette étoile signi-
fie donc que la montée ne peut se faire sans la descente, comme
le montre justement l’imbrication d’un triangle dans l’autre, ce-
lui qui monte emportant avec lui celui qui descend.
– 75 –
On n’atteint la lumière qu’une fois les ténèbres visitées et as-
sumées ; on n’aime vraiment qu’après avoir intégré et accepté ce
qu’on déteste et rejette en soi ; on ne se libère qu’une fois avoir
reconnu et embrassé ce qui nous attache, nous étouffe, nous
emprisonne. C’est ce qu’avait compris Helen Keller, sourde,
muette et aveugle, lorsqu’elle écrivait : « Je remercie Dieu de
mes handicaps, car à travers eux, je me suis trouvée, j’ai trouvé
mon œuvre ainsi que mon Dieu. » Et en fin de XX
e
siècle, le
grand Nelson Mandela, qui libéra les oppresseurs blancs et les
opprimés noirs, après avoir lui-même connu un emprisonne-
ment de plus de 27 ans, avait lui aussi très bien compris cette
leçon !
Le deuil répété
La croissance est en effet chose difficile, car elle suppose que
l’on fait constamment un deuil de choses vécues et du passé ré-
volu. Chaque matin, on devra laisser aller les expériences de la
veille, afin de mieux se consacrer à celles qui se présentent.
Comme chaque soir, avant de s’endormir, on devra abandonner
complètement la journée qui vient de s’écouler pour s’en re-
mettre à la sagesse du sommeil. Aucune expérience, aucune
rencontre, aucun plaisir ne peuvent se présenter de nouveau de
la même façon : tout est toujours différent et « rien ne sera ja-
mais comme avant ». Voilà bien une des seules certitudes que
l’on puisse avoir ici-bas !
Et c’est ce deuil-là qu’il s’agit d’assumer chaque jour, de
sorte que, lors des grandes difficultés (mortalités, divorces, ma-
ladies mortelles) ou des plaisirs envoûtants (loteries gagnées,
sexualité intense, célébrité soudaine), on puisse plus facilement
les laisser partir sans regret, après les avoir embrassés avec fer-
veur. En agissant ainsi, la vie devient une aventure passion-
nante qui se maintient, une découverte continuelle, une possibi-
lité de croître sans arrêt.
La croissance est continue
En effet, chez l’Homme, la vie ne s’arrête pas au décès, tout
comme elle n’a pas commencé en naissant. La mort n’est qu’une
dernière haie dans une course à obstacles ; ou encore une porte
tournante où sans s’en rendre compte on se trouve soudain de
– 76 –
l’autre côté. Certains ont comparé la mort à un manteau d’hiver
qu’on écarte le printemps venu, ou à une paire de chaussures
trop serrées qu’on enlève en fin de journée, en lâchant un grand
« Ah ! » de soulagement.
Libération. Retour chez soi. Absence de souffrance. Bonheur.
Lumière. Retrouvailles avec ceux qu’on aime. Absence
d’obligation. Activités choisies par goût. Temps aboli. Paix.
Congé qui ne s’arrête pas. Voilà ce qui comble complètement
l’âme qui a traversé consciemment et courageusement les tests
de cette terre d’exil. Mais même arrivée dans sa demeure, l’âme
continue sa croissance, son exploration, son aventure, mais
cette fois-ci c’est dans l’amour, la légèreté et l’humour, comme
dans une danse qui ne s’achève pas et où l’énergie se multiplie à
mesure qu’on approche du foyer de la Lumière.
Pourtant, une bonne majorité des gens craignent la mort et
ne veulent pas en entendre parler. Certains refusent même d’y
porter attention et sont convaincus qu’il n’y a rien après la mort.
Ils se croiront même scientifiques en affirmant cela. Mais
comme ils ne l’ont pas vérifié et n’ont pas cherché à connaître ce
qui en est, ils restent enfermés dans une croyance : ils croient
qu’il n’y a rien après, du fait qu’ils n’en ont pas de preuves. Ils se
replient paresseusement sur les préjugés populaires qui conti-
nuent d’affirmer que « personne n’en est revenu pour nous le
dire ». Mais ce n’est pas plus vrai que ce n’est scientifique : c’est
simplement ignorant. J’ai passé quelque trente ans (1971-2001)
à colliger des renseignements et des témoignages sur l’au-delà.
Cela m’a amené à publier un premier rapport intitulé Le livre de
l’âme (Quebecor, 2001). Ensuite, j’ai rassemblé une quarantaine
d’ouvrages sur les messages venus de l’au-delà, ce qui m’a per-
mis d’écrire Le pays d’après (Quebecor, 2003). Car le bon sens
nous le dit : les seuls qui connaissent vraiment l’au-delà sont
bien sûr ceux qui y sont ! Ce n’est certainement pas les religions
qui peuvent nous renseigner, puisqu’elles maintiennent leur
pouvoir sur les foules en leur faisant peur avec la mort, l’enfer,
le jugement et la punition qui nous attend. Or, les données dont
je me suis servi ont été recueillies par des savants, des méde-
cins, des psychiatres, des médiums et des gens ordinaires qui
– 77 –
ont reçu la visite de ceux qu’ils ont aimés – et tous disent le con-
traire !
Plusieurs personnes qui tentent de justifier leur manque de
connaissances sur le sujet vont se convaincre que la vraie im-
mortalité (et la seule qui les intéresse) consiste à durer à travers
les souvenirs qu’on laissera ou par sa progéniture. Mais il n’est
même pas sûr que leur nom va perdurer, puisqu’il suffit que le
seul enfant qui reste soit une fille. Or, tous ces arguments qui
évitent la vraie question, des sages d’il y a 4000 ans y avaient
songé et nous avaient répondu à l’avance. C’est dans les termes
suivants qu’ils s’adressent à nous : « Il n’est pas vrai que tu
mourras un jour. C’est une peur sans cause. Prends donc cou-
rage. Seul le corps a commencement et fin. Tu es immortel, non
comme la semence vivant dans l’arbre, non comme l’homme
vivant dans ses enfants, mais dans ton âme distincte du corps
et qui est sans naissance et sans mort. » (Texte védantique de
l’Inde, Srimad Bhagavatam.)
– 78 –
Récapitulation
• En prenant corps, l’âme choisi t une aventure
de croi ssance di ffi ci le.
• On va du moi ns au plus : de l’i gnorance à la
connaissance, de la dépendance à l’autonomi e.
• L’ani mal en nous – agressi vi té, obsessi on du
plai si r, besoi n de domi ner – doi t s’humani ser :
ai mer, dépasser les apparences, comprendre,
pardonner.
• L’âme descend sur terre pour y apprendre à
remonter : les deux mouvements sont i nsépa-
rables – d’où l’i mportance de savoir où mène
cette vi e.
• On descend pour expéri menter la mati ère, les
confli ts, les plai si rs, les attracti ons, les pi èges et
i llusi ons, et pour en apprendre des leçons.
• C’est à chacun de trouver la rai son de sa ve-
nue : sa tâche, sa mi ssion, son desti n spi ri tuel –
personne ne peut le trouver à sa place.
•À travers les épreuves, l’âme perd ses i llusions,
en découvrant qu’elle n’est pas le corps.
• L’âme sai t enfi n qu’elle n’est pas née et ne
mourra jamai s, mai s retourne au monde de la
Lumi ère d’où elle vi ent.
– 79 –
HUITIÈME LOI :
TOUTE CHOSE FINIT
PAR DISPARAÎTRE
« Nous sommes dans une société qui veut rester dans le temps
des fleurs. Mais si la fleur ne tombe pas, il n’y aura jamais de fruit. »
— Christiane Singer
Dans notre exploration de l’univers matériel, nous avons
rencontré un principe à la fois incontournable et dérangeant :
« l’impermanence » des choses, des matières, des formes vi-
sibles et tangibles. Cette constante se retrouve également dans
le monde de l’Homme qui, par son corps, fait partie de toute
matière périssable. On aura beau se cramponner à ses trésors et
s’armer des assurances les plus solides, tout ce que l’on peut te-
nir, prendre ou avoir, finira par nous abandonner comme du
sable nous filant entre les doigts. Toute chose composée se dé-
composera, toute construction humaine se détruira et tout gain
matériel passera en d’autres mains.
(« L’impermanence » des choses est reliée au principe d’une
croissance continue : rien ne s’arrête, tout change, tout devient
autre chose…)
Telle est la loi sur cette terre d’exil, où rien de visible ne de-
meure, où rien de limité ne peut combler un désir illimité, où
tout ce qui plaît n’est qu’un rappel fugace, une évocation, un
pressentiment de ce qui est appelé éventuellement à combler
l’âme de joies à sa mesure. Le poète avait bien raison :
« Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine »
— Guillaume Apollinaire
– 80 –
Les poings fermés
Malgré cette évidence, chacun va passer une bonne partie de
sa vie à vouloir posséder, conquérir, accumuler, stocker biens et
possessions, avoirs, savoir et pouvoir. Car on entre en ce monde
les poings fermés – un geste qui devient le symbole de la plu-
part des vies. On est prêt à lutter, à se défendre, à se bâtir un
royaume à l’encontre des autres. Dès l’adolescence, on se met en
marche : on rêve de sa prise, on chasse sa proie, se voyant déjà
avancer vers un plateau de stabilité et de confort définitifs.
Chacun voit sa vie comme un combat. Contre les adversaires
ou les compétiteurs, contre les faux bonds du destin, l’affront
des épreuves et le barrage des obstacles. Ainsi finit-on par croire
que le bonheur ne s’acquiert qu’au prix d’une lutte, que la paix
ne vient qu’à l’issue d’une guerre, que les malheurs, les maladies
et les autres formes de mal sont des ennemis à abattre.
On divise donc le monde en camps opposés -celui des bons
(moi et mes gens), celui des mauvais (les adversaires, les étran-
gers ou simplement les autres). Cherchant à vaincre un ennemi,
on est certain que le bien l’emportera finalement sur le mal ou le
côté opposé – chaque côté se voyant évidemment comme le
bien. C’est ainsi que l’on se convaincra que bonheur et paix fini-
ront par triompher dans le monde.
La guerre intérieure
Mais si l’on croit que l’ennemi est en dehors de soi, on se
trompe de bout en bout, car c’est chaque individu qui entretient
une guerre intime entre son esprit et ce qu’il juge être des en-
nemis du dedans – actes passés, hontes, remords, colères, bles-
sures ouvertes, ressentiments et jalousies. Il y a des choses
qu’on ne se pardonne pas. Il y en a même qu’on feint d’avoir
oubliées ou que l’on ne veut plus voir, comme tous ces gens
auxquels on ne veut plus parler. On devient un royaume divisé
entre présent et passé, entre ce qu’on était et ce qu’on voudrait
être – une conscience fêlée, un personnage en porte-à-faux. Et
comme on ne s’aime pas, toutes les autres relations seront enta-
chées par ces blessures secrètement couvées.
– 81 –
Or, l’ennemi, qu’il soit extérieur ou intérieur, est tout
d’abord une création de nos propres émotions -celles qui nous
font réagir exagérément à ce qu’on désire ou à ce qu’on répudie
sans recoins. Et l’émotion négative fondamentale, c’est la peur.
Peur de ce qui nous habite, peur d’être reconnu, condamné,
abandonné, peur de ne pas être aimé, de ne pas réussir, d’être
perdu et, finalement, de mourir. Un sentiment général de ne
plus appartenir, d’être coupé de tout. Et c’est dans la peur que le
mal prend racine : on se voit entouré de menaces, prêt à atta-
quer, à détruire ce qu’on a érigé en ennemi. Pourtant, nous rap-
pelait Krishnamurti : « On ne détruit jamais ce que l’on com-
bat. »
Mais la vie n’est pas du tout contre nous, c’est notre mé-
fiance née de la peur qui nous empêche de le voir. Ce qu’on
n’aime pas est nourri et entretenu par notre refus, notre résis-
tance, notre division intime. Or, même nos pires épreuves, loin
d’être là pour nous détruire, contiennent des leçons cachées, des
possibilités de grandir et d’être plus libres.
Les illusions du pouvoir
Durant le premier versant de la vie – l’escalade vers une po-
sition de pouvoir ou de contrôle –, l’individu garde les poings
serrés, croyant que les conquêtes et les acquis terrestres – les
prises – sont le seul enjeu qui existe ou le seul qui vaille. On
croit sincèrement qu’on va finir par contrôler ce qui menace
notre bonheur et notre sécurité, que la vie va un jour céder à
notre volonté et que l’on finira par redresser la pente de toutes
ces choses qui s’en vont à la dissolution.
On croit que son royaume est bel et bien de ce monde et
qu’un jour, on créera un paradis terrestre indestructible –
comme le fameux « règne de mille ans », le « grand soir » ou la
« société de loisir et de surabondance ». Comme les deux tours
de Manhattan. Mais on s’accroche à un bateau qui coule. Il
n’existe pas de sécurité ici-bas.
Nous pouvons nous enfermer dans un château entouré de
hautes murailles, défendu par des gardes et des chiens, et dor-
mir derrière des portes de fer munies de serrures à toute
épreuve, pour finalement mourir dans ses draps de soie au
– 82 –
cours de la nuit ! Et nous pouvons même périr en pleine santé,
car tous les corps sont également et constamment vulnérables.
Il n’y a pas en ce sens d’« assurances contre la mort ».
Nous ne sommes ici qu’en exil, venus pour apprendre des le-
çons essentielles avant de remonter – comme le pêcheur de
perles doit éventuellement remonter en surface ou l’astronaute,
prévoir son retour.
Les paumes ouvertes
Le lâcher-prise n’est pas le fruit d’un effort. C’est justement
la fin de la lutte, de la tension, de la résistance. Or, d’elle-même,
la vie nous invite à lâcher la prise que nous avons sur toutes les
choses périssables. Tout au cours de l’existence, la vie nous en-
seigne que rien de ce qui est durable ou essentiel ne s’obtient
par la force ou le combat : tels sont l’amour, la joie, la paix, la
sagesse, la liberté intérieure, la sérénité, la simplicité, la sponta-
néité et l’émerveillement. Ce sont les qualités de l’âme, ses émo-
tions naturellement positives qui remontent en surface, une fois
la négativité résorbée. Les paumes ouvertes ne prennent plus –
elles accueillent.
En effet, peut-on forcer quelqu’un à nous aimer ? Notre
corps à se guérir ou le sommeil à nous gagner ? Peut-on acheter
le bonheur ou obtenir la paix par la guerre ? L’histoire est pour-
tant jonchée de traités de paix qui devaient mettre fin à toutes
les guerres – tous ces « jamais plus ! » qui résonnent comme
des bruits de crécelle. Non, ce n’est pas dans les ambassades ou
les palais somptueux que naît la paix, c’est en chacun de nous.
Ce n’est jamais l’affaire d’un pays ou d’un peuple, c’est l’affaire
des individus qui les composent. C’est une disposition unique-
ment et fondamentalement individuelle.
Chacun de nous – tant le balayeur de rue que le prési-
dent prêt à déclarer la guerre – doit reconnaître que
c’est sa guerre intérieure qui se répand chez les autres,
comme une maladie infectieuse (les virus étant aussi in-
visibles que nos divisions intérieures), et qui entretient
les conflits armés entre pays, tout comme le virus se
multiplie et finit par envahir le corps tout entier.
– 83 –
Or, c’est la reconnaissance de nos conflits intérieurs qui
nous donne la paix. Tout comme c’est le système immu-
nitaire qui rétablit la paix et l’harmonie du corps en re-
connaissant le virus qui lui fait la guerre.
La paix par le pardon
L’essentiel nous est donné. Mais cet essentiel n’est pas une
ou des choses ; ce n’est ni visible, ni tangible, ni surtout ache-
table. L’essentiel est déjà dans l’âme, dans l’amour qu’on se
porte à soi-même puis aux autres, dans le pardon qu’on
s’accorde, dans le oui qu’on dit à l’épreuve et dans la joie de se
savoir aimé gratuitement par la vie. C’est par le pardon que les
inimitiés sont dissoutes. Le pardon est la seule arme pouvant un
jour établir la paix sur la terre.
Car il est la seule force qui tout d’abord permette à l’individu
d’abolir son mal caché ; ensuite, le fait d’avoir reconnu nos
propres fautes nous place au même niveau que la personne qui
nous offense. Mais ce déroulement est le fruit d’une guérison,
d’une prise de conscience, et non d’un effort ; tout comme le
« oui » à la vie n’est pas le résultat d’un combat, mais vient en
reconnaissant que tous les « non » qu’on se dit à soi et à la vie
nous empêchent d’être en paix, heureux – nous-mêmes.
Puis un jour, ce que l’on avait cru sans valeur, même sans
existence, du fait que c’était intangible et invisible, devient pour
nous la seule réalité qui dîne, la seule forme de sécurité. Le
corps qui s’en va fait de plus en plus de place à ce qui demeure
et ne cesse de grandir.
Ce qui meurt n’est pas la vraie vie ; et ce qui vit vraiment
n’est pas menacé par la mort. Ce qui disparaît, ce sont
les apparences ; et ce qui apparaît finalement, c’est la
présence totale de ce que nous sommes – un rayonne-
ment lumineux et éternel. On ne résiste plus au courant,
on cesse de pousser sur lui, se rendant compte que le
courant c’est vraiment nous, notre propre élan, le mou-
vement de la vie qui ne s’arrêtera jamais.
Les fleurs ne tombent que pour préparer l’émergence du
fruit. « C’est comme si j’éprouvais le sentiment d’être porté,
– 84 –
écrit le grand sage, Cari Jung, dans Ma vie ; j’existe sur la base
de quelque chose que je ne connais pas. Malgré toute incerti-
tude, je ressens la solidité de ce qui existe et la continuité de
mon être tel qu’il est à jamais… Je me tiens là, debout dans
l’admiration… »
Et finalement, la voix de la poésie :
« Comme les nageurs osent se coucher face au ciel
alors que l’eau les soutient,
Comme les éperviers reposent sur l’air et que l’air
les soutient,
Ainsi, je vais m’abandonner dans une chute libre
Pour tomber dans l’embrassement profond de
l’âme universelle,
En sachant qu’aucun effort n’obtient
Cette paix qui nous enveloppe de partout. »
— Denise Lavertov
– 85 –
Récapitulation
•Ri en ne dure, ri en ne revi ent, ri en ne se répète.
• Nous sommes en exi l i ci -bas, i nuti le de vouloi r
en fai re notre demeure permanente.
•Chercher à combler des dési rs i lli mi tés par des
choses li mi tées, c’est se fai re souffri r.
• On arri ve sur terre les poi ngs fermés, prêts à
lutter, à conquéri r, à domi ner, pour la qui tter
les paumes ouvertes, dans l’accuei l et le lâcher-
pri se ; entre les deux, beaucoup de pei nes et
d’i ncompréhensi ons.
•La convi cti on de son i mmortali té permet de dé-
passer les épreuves, les li mites et les frustrations
d’i ci -bas.
• I l s’agi t de passer de la peur à la confi ance, la
peur appartenant à la parti e ani male en nous, la
confi ance à l’âme.
– 86 –
NEUVIÈME LOI :
CHACUN EST RESPONSABLE
Les niveaux de conscience
Il y a trois niveaux de conscience en nous : intellectuelle,
morale et spirituelle. La conscience intellectuelle, ou raison, ap-
paraît avec le développement du cerveau. Elle reconnaît ce qui
est logique et raisonnable dans les propositions ou l’analyse des
faits, et se développe à partir de l’âge de deux ans jusqu’à la pré-
adolescence. Elle s’applique aux connaissances de toutes sortes,
ainsi qu’au discernement entre le réel et le fictif. Il est donc faux
de dire que la raison se manifeste autour de sept ans !
La conscience morale est une intuition du sentiment – un
discernement intuitif – qui fait dire « je sens que c’est bien
d’agir ainsi », ou le contraire. Elle s’applique donc aux actes,
qu’ils soient intérieurs ou physiques. Cela n’a rien à voir avec la
logique ou la raison. Il s’agit d’un jugement intuitif, un discer-
nement spontané qui n’a pas à passer par la logique pour être
justifié.
Ici, c’est l’âme elle-même qui sait, sans passer par le cerveau.
C’est cette conscience qui apparaît aux environs de sept ans,
à l’époque qui est curieusement appelée « l’âge de raison » ;
alors que c’est le jugement moral qui agit ici, pas la raison.
Quant à la conscience spirituelle – c’est-à-dire celle où l’âme
se reconnaît –, il faudra plusieurs années, sinon une vie entière
ou même davantage, avant que l’âme s’éveille à sa nature propre
et sache qu’elle n’est pas le corps, mais une entité immortelle.
Ce qui ne l’empêche pas, dès l’âge de raison, de disposer d’assez
de discernement pour reconnaître la nature de ses actes, ainsi
que leurs conséquences.
L’âme n’a donc pas besoin d’être allumée spirituellement –
d’être consciente de son destin éternel – pour l’être morale-
ment, c’est-à-dire pour savoir ce qui est contraire ou conforme
– 87 –
aux lois de la vie
31
. L’âme peut même passer toute l’existence
terrestre sans se rendre compte du but de cette vie. Ce qui la
préoccupe alors, ce sont davantage l’ici et le maintenant que sa
destinée spirituelle.
Or, comme l’âme ne pourra guère résister aux séductions,
aux dépendances et aux fréquentations diverses, elle commettra
sans doute des erreurs, des fautes et même des délits. Cela fait
partie des essais et erreurs nécessaires à tout apprentissage, à
toute autoéducation, à toute croissance. Même les actes consi-
dérés comme offensifs et immoraux (qui diffèrent selon les
époques et les cultures) peuvent contenir des leçons précieuses,
puisque l’on apprend surtout à travers erreurs et obstacles.
S’étant identifiée dès la naissance au corps et aux attractions
de ce monde d’apparences, l’âme en assume toutes les condi-
tions et les activités. Elle sait qu’il ne faut pas faire de mal à son
corps ni aux autres personnes, pas plus qu’aux animaux et aux
plantes. Et elle le sait sans que personne ait à le lui apprendre.
Car même les enfants savent cela spontanément, pour les ou-
blier lorsque les adultes leur enseignent des conceptions et des
attitudes fausses.
Les choix dans l’au-delà
32

Le fait qu’elle n’en soit pas consciente pendant des années –
même des vies – ne dispense pas l’âme d’honorer les choix
qu’elle a faits avant d’arriver sur terre. Et, à leur tour, les gestes
concrets qu’elle aura faits seront comparés au scénario qu’elle
s’était engagée à réaliser. Comme c’est un programme qui a été
décidé et ratifié avant de descendre, il doit être exécuté. Cepen-
dant, du fait qu’elle l’a oublié en naissant, il peut arriver que
l’âme n’y soit pas complètement fidèle. Elle pourra même mener
ce qui s’appelle une « mauvaise vie » en déviant complètement
de sa tâche – ce dont elle se rend toutefois pleinement respon-
sable.
Pourtant, aucun jugement terrestre ou céleste ne saurait tou-
cher l’âme ; c’est elle qui fera le bilan de ses actes, une fois ren-
trée à la maison. Les condamnations et jugements humains –
« c’est un crime : il mérite la mort ! Etc. » – n’ont rien à voir
avec ce qui se passe réellement dans l’âme. Qui, en effet, peut
– 88 –
connaître les intentions profondes des êtres, ou savoir quelle
leçon ils ont à tirer ou tirent réellement de leurs malheurs et
méfaits ?
Pour l’âme, la justice n’existe que dans sa confrontation avec
les actes commis et dans la responsabilité quant à leurs effets
sur les autres. Si elle ne l’a pas fait auparavant, ce sera en re-
tournant dans la lumière de l’au-delà que l’âme va prendre
conscience des torts dus à sa conduite, comme de ses actes cou-
rageux et de ses intentions droites. Car n’oublions pas que c’est
pendant l’enfance qu’elle reconnaît la différence entre ce qui est
conforme aux lois de la vie et ce qui leur est contraire. Elle le
sait même sans l’avoir appris des parents ou de la religion. C’est
pourquoi la tradition religieuse a toujours insisté sur le fait
d’écouter avant tout « sa conscience » : il s’agissait bien sûr de
la conscience morale.
Justice et responsabilité
La justice terrestre est une parodie : on croit qu’en punissant
ou en condamnant quelqu’un, le mal sera adéquatement puni
ou même enrayé. Mais ceux qui formulent et appliquent cette
justice agissent eux-mêmes avec un cœur criminel et un esprit
de vengeance. C’est beaucoup plus la soif du sang que la soif de
la justice qui motive les gouverneurs qui condamnent leurs ci-
toyens à la pendaison ou à l’électrocution. L’erreur des juges
terrestres – magistrats et hommes d’État –, c’est de se prendre
pour les représentants de Dieu, tout en ignorant complètement
ce qu’est le véritable divin dont ils se font une version fausse.
Tout d’abord, la Source Universelle n’est pas une personne, elle
ne connaît ni jugement, ni haine, ni condamnation, puisqu’elle
est amour sans frontière ou condition. C’est donc un dieu tyran-
nique et impérial, hérité des religions organisées, que les juges
terrestres croient représenter, avec toute leur gravité et leur
pompe.
Cette justice est axée sur la division entre bons et méchants,
c’est-à-dire qu’elle reflète les propres préjugés des juges : ils se
voient du côté des bons alors que les criminels sont du côté des
méchants. Et, bien entendu, ils se donnent le droit de les con-
– 89 –
damner, puisqu’ils refusent de reconnaître leurs propres fautes
inavouables, se croyant par conséquent au-dessus de la plèbe.
Or, la justice vraie et complète se réalise à travers la
responsabilité individuelle de quelqu’un – cela suppose
bien sûr qu’il soit en possession de son esprit. Elle se ré-
vèle lorsque chacun prend conscience qu’aucun individu,
comme aucun acte, aucune intention, n’existe en vase
clos. Nous sommes tous responsables de tout ce que nous
entretenons dans le secret de notre être – générosité ou
corruption, sympathie ou vengeance, compréhension ou
indifférence –, car ces énergies rayonnent à l’extérieur et
affectent les autres, exactement comme ils touchent nos
attitudes, nos sentiments et même notre propre corps.
Or, toute vibration énergétique émanant de nous de-
meure notre responsabilité.
Car ce ne sont pas seulement les actes visibles et publics
qui affectent soi-même et les autres, mais également les
actes les plus cachés – désirs, intentions, envies, ressen-
timents. En effet, comme il existe des armes chimiques, il
en existe aussi des psychiques, qui sont concoctées dans
les usines de nos émotions négatives et de nos égoïsmes.
Ce qui fait que les armes d’un esprit négatif ou dénaturé
sont plus dangereuses que les armes chimiques ou biolo-
giques, puisque c’est par ces premières que les guerres
prennent naissance et se propagent.
Une expression telle que « ce que je fais ne regarde per-
sonne » décrit l’attitude de la personne devenue dangereuse par
son irresponsabilité. Mais c’est parce que l’on ne voit que les
apparences – cette fausse solidité des corps qui ne sont en réali-
té que des passoires de particules – que l’on se croit complète-
ment coupé des autres et à l’abri des influences réciproques. On
pense être encore plus isolé lorsqu’il s’agit de pensées,
d’intentions ou d’émotions secrètes, alors que c’est l’intensité de
ces vibrations qui compte, non le fait qu’elles soient invisibles.
Après tout, la puissance qui active nos superordinateurs de
même que celle de nos immenses barrages demeurent égale-
ment imperceptibles. C’est de la même façon que nos opinions
– 90 –
passionnées, tout comme nos croyances fanatiques, se répan-
dent comme une puissante explosion et leurs énergies attei-
gnent les autres humains, même s’ils n’y croient pas ou préfè-
rent l’ignorer.
Nous sommes faits d’invisible avant tout – l’enveloppe qu’est
le corps est la seule chose qui soit vraiment visible. Et tout ce
qui compte réellement dans nos vies s’enracine dans notre di-
mension invisible : pensées, projets, désirs, espoirs, regrets,
passions, émotions, amours, connaissances. Or, ce monde invi-
sible est une nappe vibratoire qui nous englobe tous : les hu-
mains sont tous animés de ces courants et de ces impulsions qui
les font agir, penser, aimer, jouir ou souffrir. Nos actes invi-
sibles sont donc des turbines d’énergies qui atteignent ce qui est
également invisible chez les autres, de sorte que sans que nous
le sachions ou le voulions, nous sommes jour et nuit en com-
munion avec tout le monde.
LA RONDE DU MONDE
Les enfants à la ronde
La main dans la main
Relient comme l’onde
Couplets et refrains
Ils chantent que la ronde
Est poème de mains
Et dansent que le monde
Est poème de liens
Les voix de la ronde
Se donnent la main
Les couplets se confondent
Aux retours du refrain
Vérité je te sonde
Au milieu du refrain
Quand j’entends dans la ronde
Le couplet qui revient
– 91 –
Les enfants dans la ronde
La main dans la main
Savent mieux que le monde
Comment tout se tient
Savent bien que la ronde
Est l’unique refrain
Qui contienne le monde
Dans une danse sans fin
P. G.
Nos actes touchent la nature
Selon la tradition des Hopis : « Le corps vivant de l’Homme
et le corps vivant de la Terre sont construits de la même ma-
nière ; ils sont l’un et l’autre traversés par un axe – chez
l’homme, c’est la colonne vertébrale — le long duquel se répar-
tissent plusieurs centres vibratoires qui font écho au son pri-
mordial de la vie dans lequel baigne l’univers
33
. » (Les Hopis,
Monaco, éditions du Rocher, 1996.)
En effet, les vibrations de nos actions et intentions affectent
également la nature et ses habitants. Ces émanations évoquent
un peu celles de la fumée répandue par un fumeur, ou d’un
corps atteint d’une maladie contagieuse comme la typhoïde et
qui marcherait au milieu d’une foule. Nous sommes des couches
de particules vibrant à des vitesses qui les rendent impercep-
tibles – comme les pales d’un hélicoptère ou encore une tornade
balayant le pays. Ce tourbillon de particules est maintenu en-
semble par une matrice, une énergie encore plus puissante qui,
selon les Tibétains, vibre à 49 000 battements à la seconde. Il
s’agit de l’âme, que bien sûr on ne peut voir puisque c’est elle
qui voit.
Comme nous l’avons vu au premier chapitre, les effets de nos
actes physiques sur la nature peuvent être désastreux. Mais ils
le sont tant pour nous que pour les arbres, l’eau et l’air que nous
blessons ou empoisonnons. Tout nous revient. Nous ne sommes
pas immunisés contre nos poisons intérieurs ; au contraire, tout
ce qui dans nos actes viole les lois du corps, de la vie et de l’âme
– 92 –
nous rend malheureux et malades, mais tout d’abord conta-
gieux.
C’est donc notre responsabilité de nous occuper des animaux
que nous prenons avec nous. Ils nous aiment d’un amour in-
conditionnel et éternel. À notre tour, il faut les aimer comme
nos enfants, en prendre soin jusqu’à leur décès, leur parler, res-
pecter leur nature et apprendre à détecter leurs messages cor-
porels. Mais il faut également nous porter garants des animaux
qui habitent nos bois, nos savanes et nos cours d’eau. Ce qui
leur arrive nous arrivera à nous également, car ils font partie de
nous, de notre santé et de notre bonheur. Une même attention
doit être portée aux plantes, aux forêts et aux fleurs. Et comme
l’eau, le sol et l’air constituent notre environnement immédiat,
puisqu’ils sont en nous en quelque sorte, il nous revient de voir
à ce que leur pureté, leur nature et leur universalité soient res-
pectées.
Tout le monde sait qu’au XIIIe siècle, François d’Assise était
l’ami intime des animaux et des oiseaux. Même à notre époque,
on a retrouvé un phénomène semblable en Inde.
« On raconte au sujet de Ramana Maharshi, un des plus
grands sages du monde moderne, qu’au cours de sa
promenade du soir ; il attirait à sa suite toutes les bêtes
des environs. À peine celui-ci avait-il quitté sa maison
que le bétail, retenu par les licols dans des étables du vil-
lage situé à 500 mètres de là, réussissait à se libérer
pour se lancer à la suite du vieillard et l’accompagner
dans sa promenade, suivi de tous les enfants et de tous
les chiens du village. Avant même que la procession ait
pu aller bien loin, des animaux sauvages, et même des
serpents, quittaient la jungle pour se joindre au cortège.
Des milliers d’oiseaux surgissaient, bloquant pratique-
ment la vue du ciel. De petites cailles dodues, d’énormes
milans, des vautours aux ailes lourdes et d’autres oi-
seaux de proie volaient tous en paix autour du maître en
promenade. Lorsqu’il rentrait chez lui, les oiseaux, les
animaux et les enfants se dispersaient dans le calme. »
(Récit du témoin écossais Alick McInnes et cité dans Pe-
– 93 –
ter Tompkins et Christopher Bird, « La vie secrète des
plantes », Paris, Robert Laffont, 1981.)
Voir autrement la nature
Il est temps de sortir des œillères bibliques et scientistes. De
son côté, la Genèse affirmait que l’Homme devait « dominer la
terre et tout ce qui l’habitait », et Francis Bacon, au XVI
e
siècle,
qui lança l’aventure scientifique, lui faisait écho en déclarant
que « la nature ne livre ses secrets qu’en la torturant ». Par cette
autre parole adressée à la nouvelle science, Knowledge is Power
(connaissance égale pouvoir), Bacon allait proposer une science
qui serait la connaissance suprême, l’autorité définitive. Et, de
fait, les découvertes ont pullulé au point qu’à la fin du
XIX
e
siècle, on croyait que non seulement la science résoudrait
tous les problèmes humains, mais qu’elle nous ferait entrer
dans une ère de bonheur et de prospérité illimités. (Qu’on se
souvienne que l’invention de la locomotive faisait dire à Victor
Hugo que nous entrions dans une ère messianique !)
Quant à la prospérité matérielle, elle s’est en effet réalisée à
travers l’accès au bien-être, au confort, à l’abondance, et même
à la surabondance. Mais tout cela s’est fait au prix de combien
d’abus, de destructions et de gaspillages que si l’on s’en rendait
vraiment compte, on perdrait d’un coup l’illusion de posséder
une « qualité de vie » insurpassable. Car ce que l’on atteint est
plutôt une question de quantité, puisque la vraie qualité de vie
se trouve dans la simplicité volontaire qui permet de partager
davantage et d’être en harmonie avec la nature qui nous en-
toure. Pour vivre heureux, on n’a pas besoin de beaucoup de
choses, certainement pas d’une surconsommation. Une fois
qu’on est en accord avec soi-même et son entourage, la tranquil-
lité et le bien-être vont de soi. La nature devient alors notre
corps même.
Reconnaître l’animal en nous
C’est à chacun de s’éveiller à tous les abus et gaspillages qui
rendent de plus en plus inconscient et inhumain, un peu comme
une dépendance aux drogues. Il est tout de même curieux de
constater qu’en ne respectant ni les animaux ni la nature, on
devient de plus en plus inhumains et de moins en moins natu-
– 94 –

rels. En effet, lorsqu’on perd ce qui est typiquement humain en
nous – le sens du partage, la capacité d’aimer malgré les appa-
rences, le goût de toujours apprendre –, on reste à l’état de
brutes et de larves, en utilisant son intellect pour se rendre plus
insensibles, cruels et égocentriques.
C’est par nos instincts animaux non assumés, non dépassés,
que nous devenons prétentieux, dominants et intolérants. En
effet, selon des chercheurs tels que Freud, Lorenz, Hannah
Arendt et Umberto Eco, l’agressivité et l’intolérance sont des
traits de l’animal. Celui-ci manifeste son agressivité par la dé-
fense de son territoire, par la conquête des femelles qui assurent
descendance et pouvoir, et par la domination des inférieurs. On
trouve ici des traits qui appartiennent aussi à l’Homme : le be-
soin de posséder, la chasse aux plaisirs, la soif du pouvoir. Or,
notre animal intérieur nous mène dans la mesure où il est igno-
ré. Ainsi, les instincts deviennent nos maîtres pendant une
bonne partie de nos vies. On peut bien sûr se croire ou se con-
vaincre qu’on est sans agressivité et que, selon le dicton, « on ne
tuerait pas une mouche ». Mais il suffira d’être confronté à un
drame insupportable, comme le meurtre ou le viol de son en-
fant. C’est alors que toute la colère et l’agressivité vont exploser
comme le magma d’un volcan.
Il en est de même quant aux autres attitudes négatives, telles
que l’intolérance.
L’intolérance
La tolérance n’arrive que lorsqu’on reconnaît son intolé-
rance, tout comme la paix lorsqu’on reconnaît son agressivité.
Depuis quelque temps, on a multiplié les campagnes et les mou-
vements contre la violence et l’intolérance. On croit spontané-
ment que c’est là la responsabilité des pays et des chefs d’État.
Mais en fait, ça regarde avant tout chaque individu, puisque
chacun pratique une certaine forme d’intolérance vis-à-vis de
lui-même. Celle-ci s’exprime par le jugement sur soi -menant à
la culpabilité –, par le refus de son vécu et de son corps, les re-
grets et les remords. Autrement dit, on ne s’aime pas, on ne se
pardonne pas, on reste intérieurement divisé.
– 95 –

Or, comme je l’ai répété à plusieurs reprises, toute guerre in-
térieure finit par s’exprimer en conflits extérieurs, et toute into-
lérance vis-à-vis de soi se transforme spontanément en mé-
fiance, puis en rejet des autres, qui mènent au fanatisme et, fi-
nalement, à la persécution. Rien de ce qui est caché ne l’est
vraiment. Les vibrations ne peuvent s’empêcher de rayonner
dans toutes les directions. Ainsi, notre conflit intérieur allume-
ra-t-il des mouvements d’intolérance entre individus.
Par conséquent, il ne sert à rien qu’un groupe parte en croi-
sade contre la violence ou l’intolérance. Il faudra plutôt que
chacun des membres, par lui-même et poux lui-même, voie tout
d’abord à s’accepter et à se pardonner. C’est alors seulement que
son être répandra spontanément la paix et l’harmonie. De cette
façon, un groupe nombreux peut en effet devenir un puissant
foyer d’énergie positive, à condition que chacun y ait reconnu
ses intolérances personnelles.
C’est par cette reconnaissance que l’animal en nous
s’humanise. Car l’Homme est le seul animal pouvant accepter
les différences de culture et de race, capable de pardonner,
d’aimer ce qui n’est pas aimable, de continuer d’apprendre et,
finalement, de reconnaître son destin spirituel.
L’apprentissage continu
Entre toutes les dispositions, c’est sans doute la capacité de
croître indéfiniment qui distingue l’Homme de la brute. Mais
demeurer en apprentissage n’est pas qu’un privilège humain,
c’est aussi une responsabilité, peut-être la principale.
En général, l’éducation passe pour une affaire de spécialistes
qui ensemencent des cerveaux et dressent des comportements.
Or, dans le mini-livre que j’ai écrit après quelque trente ans
d’expérience en éducation, intitulé Enseigner avec son cœur
34
,
j’avais insisté sur le fait que l’éducateur ne pouvait enseigner
que s’il était toujours en apprentissage, autrement, il ne faisait
que dresser des perroquets, au lieu de stimuler la créativité et le
goût de devenir soi-même. En somme, je disais que toute éduca-
tion est de l’autoéducation, et cela, tant pour l’enseignant que
pour l’élève, une fois que celui-ci a quitté l’école. C’est à chacun
d’entreprendre sa véritable éducation. L’autodidacte demeure
– 96 –

toujours en apprentissage, et c’est grâce à cela qu’il est plus dis-
posé à enseigner que d’autres.
Chacun doit trier les connaissances reçues (d’un livre ou
d’un professeur), pour en assimiler ce qui lui convient, ce qu’il
juge utile et qui le pousse à être lui-même, à suivre sa propre
voie. Même ce que les parents transmettent doit être remis en
question, tout comme ce qui vient de la religion, des gouverne-
ments et des médias.
S’éduquer est un acte subversif : on doit reprendre du
début ce qui a été fait, critiquer les données reçues et les
établir sur une nouvelle base, en faire un acte de créa-
tion. SE RECRÉER. N’est-il pas curieux que le mot
« école » vienne du grec « skholê », qui signifie – tenez-
vous bien – « loisir » ? Ils avaient compris, ces sages de
naguère, que l’on n’apprend que dans le plaisir, la dé-
tente, la curiosité, l’aventure, l’amour de la vie. (C’est
d’ailleurs l’héritage que nous a laissé le grand éducateur
d’origine grecque Constantin Fotinas, pendant long-
temps chargé de l’éducation des adultes à l’Université de
Montréal.)
Tout ce qui regarde la croissance ne peut venir que de
l’intérieur, de l’individu qui apprend et qui ne peut être
que stimulé, encouragé, suscité par l’enseignant – si bien
sûr celui-ci est demeuré lui-même en croissance, en
émerveillement. C’est l’émerveillement qui fait que nous
apprenons. Et c’est la capacité de s’émerveiller qui fait
que nous pouvons enseigner, ce que nous faisons spon-
tanément même sans être des enseignants de profession.
Et si nos systèmes d’éducation cherchent aujourd’hui
leur voie, ne serait-ce pas justement qu’ils ne sont deve-
nus que des systèmes et les enseignants, que des techni-
ciens, vidés les uns et les autres de cette capacité
d’émerveillement qui fait que chaque vie est une aven-
ture passionnante et chaque être une nouvelle création ?
Il n’est donc pas étonnant que mon petit livre bleu n’ait
pas été lu par ceux auxquels il était destiné. J’avais pour-
tant pris la peine d’en envoyer un exemplaire au mi-
– 97 –

nistre de l’Éducation ainsi qu’à chaque responsable ré-
gional ! Eh bien, seul le ministre en a accusé réception,
comme il convenait à son rôle de le faire. Quant aux di-
recteurs régionaux, ils ont peut-être eu peur de
s’engager, ou n’avaient tout simplement rien à ap-
prendre d’un inconnu qui n’appartenait plus à leur pro-
fession. Mais si les directeurs ont aussi peur de la crois-
sance, que peut-on attendre de leurs enseignants ?
Qu’avons-nous donc fait de l’émerveillement de nos en-
fants ? Ils ne demandent pourtant qu’à apprendre : tous
nos petits sont curieux, intéressés aux choses, étonnés, en
exploration constante. Comment avons-nous fait pour
éteindre cette passion vive dans le lieu même qui est con-
sacré à la nourrir, c’est-à-dire l’école ?
Quant aux parents, dans la mesure où ils ne sont pas en
croissance, ils ne sont pas davantage capables d’enseigner. Un
grand nombre de parents ne semblent être ni responsables, ni
ouverts, ni même faits pour avoir des enfants, ce qui est beau-
coup plus commun qu’on ne voudrait l’admettre ! Ils ne se refu-
sent rien et ne respectent rien, sont mécontents et, par-dessus le
marché, croient tout savoir sur l’éducation et sur la façon de
traiter leur enfant. La surabondance a éteint chez eux tout
émerveillement : ils deviennent leurs châteaux, leurs dollars,
leurs voitures. Pas surprenant qu’on voie dans leurs enfants des
copies conformes : ces petits monstres (« les enfants rois ») ont
accès à tout ce qu’ils veulent, et comme à leur tour ils croient
tout savoir, ils n’ont rien à apprendre de quiconque, même pas
de la vie. Gavés comme ils le sont de cadeaux, ils ont perdu leur
émerveillement. En leur permettant tous leurs caprices, les pa-
rents détruisent chez leurs enfants la capacité d’apprendre, de
relever des défis et de se prendre en main. C’est ce que Saint-
Exupéry appelait « tuer le Mozart en eux ».
– 98 –







Récapitulation

• L’âme est responsable des choi x fai ts avant de
descendre.
• Chacun sur terre est responsable de ses actes
i ntéri eurs et extérieurs – à moi ns d’être handi -
capé mentalement
• Chacun est responsable des énergies négati ves
qu’i l entretient et répand autour de lui .
• Ai nsi , on doi t cesser d’être vi olent ou i ntolérant
à son égard, car ces énergies affectent les autres
autant que les microbes d’une maladi e i nfec-
ti euse.
• Dans le monde spi ri tuel, i l n’y a ni jugement, ni
condamnati on, ni puni ti on.
• La vrai e justice s’établi t ai nsi : l’âme fai t elle-
même son bi lan, en comparant sa condui te avec
le scénario prévu antéri eurement, mesurant le
mal fai t aux autres, demandant pardon et par-
donnant à son tour, di sposée ensuite à réparer.
• Chacun doit s’éduquer lui -même, en reprenant,
en cri ti quant, même en renversant ce qu’i l a ap-
pri s des autres – parents, école, reli gion, propa-
gande.
• Chacun est responsable de la nature – eau, ai r,
sol, ani maux et plantes.
– 99 –

DIXIÈME LOI :
LE BONHEUR EST IRRÉSISTIBLE
« L’Homme cherche le bonheur
parce que, en fait, le bonheur c’est son être
profond. »
— Inayat Khan, soufi, XX
e
siècle
Essentiellement, on descend sur terre pour apprendre à ai-
mer, ce qui veut dire apprendre à être heureux malgré toutes les
difficultés. Mais la plupart des gens s’y prennent plutôt mal et,
semble-t-il, très peu y arriveraient. Pourtant, l’opinion popu-
laire voudrait qu’il y ait plusieurs avenues menant au bonheur,
et que toutes soient pleines de promesses : amours, plaisirs,
pouvoirs, connaissances, liberté. Et même si ces voies d’accès ne
sont ni miraculeuses, ni automatiques, ni même garanties, cha-
cun est convaincu d’atteindre le bonheur par la voie qu’il s’est
choisie. Voyons donc chacun de ces chemins qui promettent de
nous rendre heureux.
Les amours
Comme l’amour est le lien fondamental qui nous relie tous,
sans nécessairement nous unir en profondeur, il est naturel
qu’on cherche dans les diverses formes d’amour la réponse à
nos désirs les plus profonds et les plus durables. Or, très sou-
vent, on pensera que le bonheur va nous venir par quelqu’un
d’autre, par exemple une personne qui nous aime. Mais comme
on ne peut forcer quelqu’un à nous aimer, comment pourrait-on
le forcer à nous rendre heureux ?
En fait, le bonheur ne vient pas de quelqu’un ou de
quelque chose en dehors de nous. Il vient de l’accord réa-
lisé entre soi et son vécu, entre soi et son corps, entre soi
et la vie présente. Personne ne peut créer pour nous cet
accord ou remplacer notre responsabilité à le réaliser.
C’est à nous de prendre en main notre vie, en reconnais-
sant nos conflits intérieurs, en les acceptant et en se par-
– 100 –

donnant. C’est de s’aimer tout d’abord qui compte : le
bonheur commence là.
Les fausses propagandes sur le mariage ont beaucoup con-
tribué à nous faire croire que ce contrat allait nous accorder le
bonheur sur-le-champ, et que c’était même une formule garan-
tie. Le paradis devait s’ouvrir devant soi par le baiser qui suivait
le « oui ». Mais aussi longtemps que l’on ne sera pas devenu
autonome (au lieu d’être dépendant) et désillusionné (au lieu de
perpétuer le sentimentalisme qu’on accroche au mariage ou à
l’amour), on ne pourra y trouver le bonheur. Car l’amour,
comme le bonheur, n’est pas un coup de foudre (instantané, ful-
gurant) : il est quelque chose qui doit s’apprendre. Par consé-
quent, il exige une maturation, un dépassement des envoûte-
ments du début.
En somme, il faut être heureux d’être soi-même, heureux
avec soi, pour pouvoir l’être avec quelqu’un d’autre.
Les plaisirs
Les plaisirs sont souvent pris pour le vrai bonheur. Mais en
réalité, ils ne font que l’annoncer ou le rappeler, à travers toute
la gamme des occupations humaines — les arts, la lecture, la
nourriture, le sexe, les sports, les études, les drogues, le pouvoir,
les voyages, la réussite, la popularité.
On confond facilement griserie, exaltation, excitation avec le
vrai bonheur, qui est un état d’être tranquille et harmonieux.
Or, chaque plaisir est fugace : manger ou baiser sont intenables
pendant longtemps et forcément le corps y cherchera une re-
lâche, en allant promener le chien ou en ouvrant la télé. Car
l’excès de plaisir se change en déplaisir. Même chose pour les
autres activités qui procurent un plaisir intense : elles ne peu-
vent être longtemps maintenues, et bien souvent la vie va chan-
ger la gloire en amertume, les gains en pertes (comme à la
Bourse), les extases en lassitudes. Même les biens acquis ne
rendent pas le plaisir très durable du seul fait qu’ils sont tou-
jours menacés.
Mais il y a un autre aspect à cette fugacité : c’est justement
grâce à elle que l’on continuera à chercher le bonheur. Les plai-
– 101 –

sirs n’étant que des annonciateurs du bonheur, on ne peut
s’empêcher de toujours en chercher, de changer de lieu pour re-
nouveler ses appâts, de toujours imaginer d’autres façons de se
distraire. Jusqu’à ce qu’un jour, on découvre que seuls l’accord
avec soi et la sérénité intérieure pourront combler de façon du-
rable. Toutefois, il semblerait bien que cela ne puisse arriver
qu’une fois épuisées toutes les ressources du plaisir
35
.
Le pouvoir
Le pouvoir vient habituellement de la richesse, qui d’elle-
même garantit déjà de nombreuses possessions ainsi que la ca-
pacité de jouir de tous les autres plaisirs. Et très souvent, les
puissants et les riches s’attirent également la célébrité. Or, plus
l’avoir et le succès sont impressionnants, plus aussi on s’y at-
tache et, conséquemment, moins il est facile de les quitter
quand il le faut : la mort devient la grande hantise, l’horreur su-
prême. Et pour une personne célèbre, perdre ses admirateurs et
sa cour de fans, c’est l’équivalent de perdre son identité, son uti-
lité, sa raison d’être.
Sans compter que les soucis et les stress qui accompagnent
les puissants, riches et célèbres, font que très souvent leurs en-
fants sont souvent complètement négligés. On achète leur affec-
tion par des cadeaux, et la tendresse qu’on leur devait finit par
être remplacée par une hautaine indifférence. Ce n’est pas tel-
lement que la surabondance de biens finisse par blaser le puis-
sant, c’est que le désir continuel d’enrichissement et de pouvoir
excite son avidité, ses prétentions et son envie. Et ces passions
ont plus à voir avec l’agitation et les magouilles qu’avec le bon-
heur.
Il est connu que toute forme de pouvoir corrompt, et ce qui
se corrompt alors c’est tout d’abord le cœur : il s’assèche au
point de ne plus savoir aimer.
On ne peut reprocher à Benjamin Franklin d’avoir été déta-
ché de ce monde, de ses plaisirs ou des bienfaits de la fortune.
Pourtant, voici ce qu’il écrivait il y a déjà deux siècles et demi :
« L’argent n’a encore jamais rendu et ne rendra jamais un
homme heureux. Rien dans la nature de l’argent n’engendre le
– 102 –

bonheur. Plus un homme en a, plus il en veut. L’argent ne
comble pas un vide, plutôt, c’est lui qui en creuse un
36
. »
Les connaissances
Plusieurs sont comblés par la lecture des romans, des récits
de voyage ou par des biographies. D’autres chercheront leur
plaisir dans le monde des idées : de la politique à la science, de
l’histoire à la philosophie. Tout cela peut en effet rassasier le dé-
sir de connaître et envoûter l’esprit qui cherche. Mais très sou-
vent, la connaissance menace de rester intellectuelle ou senti-
mentale – soit trop rationnelle, soit trop émotive. On
s’entourera de livres ou d’écrans cathodiques, au point de les
préférer à la vie et de les croire capables de combler davantage
que toute expérience vécue. On finit par vivre par procuration.
Pourtant, la vie ne peut jamais être mise par écrit, et toute
écriture – même une autobiographie – demeure une traduction,
une imitation, une reproduction infidèle. Jamais la chose vécue.
En effet, le texte écrit ou le récit en images ne dépasse pas les
connaissances extérieures, les renseignements à propos de
quelque chose, les commentaires ou les descriptions. La lecture
d’un texte ne peut remplacer chez le lecteur la connaissance de
lui-même. Cependant, la fascination pour les choses extérieures,
les mots et les idées des autres peut rendre la connaissance de
soi difficile, même impossible.
Cette quête du savoir peut même être pour beaucoup une
fuite d’eux-mêmes, une excuse pour ne pas avoir à rencontrer
ses ombres et ses abysses. Or, être heureux n’est pas une idée et
ne vient pas des idées : c’est une réalité très concrète, trop réelle
même pour être dite avec des mots. Cela peut se manifester
simplement en regardant en silence une fleur, un visage
d’enfant, le paysage ou un ciel étoilé. Le bonheur est dans
l’accord avec ces choses, une fois que nous sommes parvenus à
nous voir tels que nous sommes. Il est plus proche du mystère
que du commentaire, du non-dit que du verbal, de
l’inconnaissable que du savoir explicite.
En effet, la vraie connaissance est inséparable d’un « je ne
sais pas », tout comme le bonheur. Une personne heureuse ne
se pose pas de questions sur le bonheur : elle ne veut même pas
– 103 –

savoir ce que c’est puisqu’elle le vit déjà ! Quelqu’un qui reste
dans son intellect ne rencontre pas le bonheur, il ne peut
qu’avoir accès aux conceptions, descriptions et analyses de ce-
lui-ci. Le bonheur est toujours simple : il scelle un raccord entre
soi et les choses vécues les plus ordinaires, les plus quoti-
diennes, de sorte que même faire sa soupe, faire une promenade
à travers la forêt ou allaiter son bébé contiennent tout le bon-
heur de la vie.
Il n’y a plus de coupure entre soi et ce qu’on fait, entre soi et
ce qu’on voit : la nature est devenue le prolongement de nous-
mêmes.
La liberté
Depuis le XVI
e
siècle, l’Homme occidental a beaucoup parlé
de liberté. Plusieurs nations en ont même fait leur idéal, et les
mouvements révolutionnaires, leur cri de ralliement. Ce sont
bien sûr des mots, car la liberté n’existe pas comme telle : elle
n’a même pas l’existence chamelle d’une pêche ou d’une brise.
C’est une chimère, un rêve, un idéal, une promesse. Ce qui
existe en réalité, ce n’est pas la liberté, ce sont plutôt des indivi-
dus libres ou dépendants.
Or, la promesse de liberté est difficile à réaliser. La plupart
de ceux qui en ont parlé donnent l’impression qu’il s’agit d’une
chose allant de soi, comme notre appétit pour la nourriture ou
pour le sexe. Certains vont même affirmer que nous sommes
nés libres – c’est la conception américaine ! Je pense le con-
traire : on ne naît pas libre, pas plus qu’on ne naît capable
d’aimer, d’exercer son jugement ou d’être conscient de son des-
tin, et encore moins de procréer. Ce sont là des choses que la vie
nous apprend ou nous donne, mais à certaines conditions et
avec le temps. Aussi, à cause de ce malentendu, existe-t-il très
peu d’individus qui soient libres, alors qu’il y a des foules in-
nombrables qui prétendent l’être, qui s’en vantent ou qui récla-
ment la liberté comme un droit.
On voit souvent la liberté comme la capacité de faire comme
on veut, quand et où on le veut. C’est l’illusion de l’ado qui
prend la licence pour de la liberté.
– 104 –

On ne comprend pas que l’on ne peut être libre que dans la
mesure où l’on est responsable. Car pour accéder à la liberté, il
faut avoir appris à accepter beaucoup de choses, et tout d’abord
l’existence de contraintes et de limites. Ce n’est d’ailleurs qu’à
l’intérieur de cadres et de restrictions que l’on peut être libre.
Par conséquent, il est faux de dire qu’on a le droit de faire à
sa guise. Certainement pas avec le corps qui, dans sa fragilité,
n’accepte pas les excès et résiste mal aux microbes. On n’est pas
davantage libre quant aux conditionnements physiques, émotifs
et intellectuels : santé, talents, dispositions dues au tempéra-
ment, à l’éducation, au milieu, à la culture et à la génétique.
Chacun doit reconnaître et respecter ses limites et comprendre
que personne ne possède tous les dons et que tous ont besoin
d’une façon ou de l’autre des talents d’autrui. Finalement, on ne
joue pas comme on veut avec les événements politiques, les
mouvements sociaux, les cataclysmes, le climat ou les bandes
criminelles.
Donc, tout d’abord, accepter nos limites et celles de la vie ;
ensuite, reconnaître ce qui à l’intérieur de soi nous enchaîne et
qui, en nous maintenant dépendants, coupables, en colère, nous
empêche d’être vraiment nous-mêmes. Il y a donc un bon bout
de chemin à couvrir avant de devenir libre, c’est-à-dire avant de
pouvoir être fidèle à sa tâche et son destin. Et sans que ce soit
nécessairement un combat, il y faut tout de même beaucoup de
détermination et de courage – comme on l’a vu, par exemple,
dans l’accession à la liberté de Nelson Mandela.
Ce qui compte ce n’est pas d’être reconnu, c’est de se re-
connaître.
Car, une fois que l’on s’est regardé, reconnu et accepté tel
que l’on est, c’est-à-dire quand on a appris à s’aimer et à se par-
donner, là peut commencer la vraie liberté : on n’est pas déter-
miné par ses croyances, prétentions et illusions, mais seulement
par les conditionnements physiques. Ayant pris confiance en
soi, on se sent capable d’accomplir sa tâche, on reconnaît sa
place dans la société et on sait en respecter les limites et exi-
gences. Et parce que l’on a appris à danser dans ses chaînes, on
– 105 –

découvre que les possibilités imaginées sont désormais ouvertes
37
.
Un bonheur qui ne s’arrête pas
« Un humain n’est pas complètement né avant d’être mort. »
— Benjamin Franklin à une amie en
deuil
Il ne faudrait pas oublier le monde qui fait suite à cette
courte existence terrestre ! Car le bonheur sur terre ne fait
qu’annoncer celui que l’âme, entourée de son corps de lumière,
continuera à vivre même en quittant le corps de matière. En ef-
fet, par rapport à celui d’ici, le bonheur d’après est sans compa-
raison, tout comme l’éternité par rapport au temps. C’est un état
de bien-être qui demeure à jamais, ne connaissant ni souffrance
ni conflit. On y retrouve ceux que l’on a aimés et qui sont deve-
nus plus présents à nous que sur terre. Dans ce jardin de joie,
on peut faire tout ce l’on veut, puisqu’on n’est obligé à rien. On
peut enfin s’adonner à des activités que l’on ne pouvait exercer
sur terre. On vit dans la lumière, entouré d’un amour incondi-
tionnel. Le paradis n’est vraiment pas terrestre, comme on
l’avait cru ou comme une chanson l’a prétendu par ces paroles :
« Il n’y a qu’une vie, le paradis c’est ici. » Non, ici-bas, il est
simplement annoncé ; là où il se trouve, c’est dans la lumière de
l’esprit.
Dans le pays d’après, le bonheur a cessé d’être une chose in-
dividuelle, car désormais tous le partagent. Le temps des divi-
sions et des clôtures apparentes est terminé. La grande commu-
nion des âmes, annoncée par la cohérence et l’unité de l’univers,
et l’aspiration humaine, est enfin réalisée. Aussi, les âmes de
l’au-delà sont-elles en relation avec tout ce qui se passe ici-bas,
comme le disait Thérèse de Lisieux avant de mourir : « Je pas-
serai mon Ciel à faire du bien sur la terre. »
Les âmes visitent ceux qui œuvrent et souffrent sur terre, les
inspirant, les encourageant par des pensées, des suggestions,
des images et des émotions, leur apparaissant en rêve ou même
en plein jour. Et, contrairement à ce que les religions nous
avaient faussement enseigné, on découvre que toutes les âmes
sans exception finissent par rentrer dans la lumière, peu im-
– 106 –
porte le nombre de siècles qu’il faudra pour se guérir et se ré-
concilier, puisque le temps ne compte plus. Tous sont également
compris, ‘aimés et pardonnés à jamais. Le temps des blessures
est fini. « Et Dieu séchera toutes les larmes de vos yeux », pro-
met la Bible.
L’attrait du bonheur, dont la source est en chacun de nous,
est irrésistible et inévitable pour tous. C’est cette source univer-
selle – que certains appellent Dieu - qui, lors de nos quêtes, dé-
sirs et aspirations terrestres, n’a cessé de nous attirer de
l’intérieur. Finalement, ce n’est pas nous qui cherchions à être
heureux, c’est cette source de joie, de vie et de lumière qui ve-
nait à notre rencontre et nous emportait même à notre insu.
Cette bonté généreuse a saisi nos cœurs dès leur entrée en ce
monde, tout comme le poisson à son insu est saisi par
l’hameçon du pêcheur, et alors qu’il cherche à attraper sa proie,
c’est lui-même qui est pris !
C’est notre désir profond d’être heureux et de le demeurer
pour toujours : c’est la lame de fond qui nous soulève et nous
emporte dès que nous mettons les pieds ici-bas. Tout ce qui
existe, tout ce qu’on expérimente, tout ce qu’on sait et tout ce
qu’on espère prend enfin son sens : l’univers entier est une fête,
une célébration, une extravagance animée par le bonheur d’une
Enfance Éternelle.
– 107 –
Récapitulation
• On vi ent sur terre pour apprendre à être heu-
reux dans un corps, car ce n’est pas donné ni as-
suré au départ.
•On croi t que le bonheur se trouve dans les plai -
si rs de toutes sortes, alors que le bonheur n’est
pas exalté, fugace ou superfici el, mai s stable,
tranqui lle, se contentant des choses les plus
si mples et naturelles.
• I l ne vient de ri en à l’extéri eur : c’est l’accord
entre soi et son vécu, entre soi et son corps, entre
soi et sa vi e actuelle.
• Comme le bonheur est au ni veau de l’âme, i l
vi ent du monde éternel, mai s i l est suggéré et
appelé par toutes les joi es, les aspi rati ons, les
dési rs, les beautés d’i ci -bas.
– 108 –
1
Comme l’électromagnétisme est la fusion de l’électricité
et du magnétisme, il existe en réalité trois énergies fondamen-
tales
2
C’est ce qu’une tradition spirituelle a appelé les « re-
gistres akashiques » (de akasha en sanscrit, signifiant l’espace),
c’est-à-dire la texture cosmique s’imprégnant des vibrations de
tout événement, de toute parole, de tout geste, et ce, de façon
indélébile.
3
Georges Hadjo et Richard Sünder, Paris, Montorgueil,
1991.
4
Ces données sont tirées de La nouvelle frontière de
l’invisible.
5
Du grec galactos : « laiteux », évoquant l’apparence de
notre Voie lactée.
6
Une année-lumière est le nombre d’années que prend la
lumière pour nous parvenir, et une année à la vitesse de la lu-
mière couvre 10 000 milliards de kilomètres ! La dernière ga-
laxie à être clairement perçue – appelée l’Arc du Lynx – vient
juste de l’être au télescope d’Honolulu. À 12 millions d’années-
lumière, elle est à la fois la plus grande, la plus chaude et peut-
être la plus ancienne de l’univers. (Le Journal de Montréal, 1er
novembre 2003, p. 26).
7
Ce tableau ramène nos prétentions à leur vraie dimen-
sion. Depuis des décennies, la science dépense des fortunes à «
conquérir » l’espace. Ce qui ne contribuera aucunement à ré-
soudre les problèmes de la terre : la pauvreté, le racisme, le fon-
damentalisme, la surconsommation, l’arrogance des plus forts.
On croit encore que si seulement on habitait ailleurs, nos pro-
blèmes seraient résolus ! Pourtant, l’Homme a mieux à faire à
s’occuper de ses rapports avec ses semblables que de s’occuper
de ses rapports avec les planètes voisines. Et plutôt que de
rendre habitable sa planète, il préfère s’évader dans des con-
quêtes aussi futiles que celles d’un ado gagnant aux jeux vidéo.
8
Pourtant, ce savant vient de nous dire dans son interview
que notre origine se trouve dans les étoiles, que nous sommes
– 109 –
de la poussière d’étoiles ; alors ne serait-il donc pas logique que
les corps célestes aient quelque influence sur nous ?
9
Tiré de L’équilibre sacré : Redécouvrir sa place dans la
nature, par David Suzuki, Montréal, Fides, 2001.
10
Bernard Campbell, dans Suzuki, op. cit., p. 157.
11
Aldo Leopold, dans Suzuki, op. cit., p. 103.
12
Victor Sheffer, dans Suzuki, op. cit., p. 163.
13
Tout ce qui regarde les plantes dans cette section est tiré
de Peter Tompkins et Christopher Bird, La vie secrète des
plantes, Paris, Robert Laffont, 1981.
14
Suzuki, Id ,p. 241.
15
Pour un traitement plus complet du monde des plantes,
des insectes et des animaux, voir mon livre Vivre sans plafond,
Montréal, Éditions Quebecor, 2001, p. 45-79.
16
Ken Wilber, Quantum Questions, New York, New Sci-
ence Library, 1984.
17
Tiré de la revue Sciences et avenir, « La grande odys-
sée », interview de Yves Coppens et Hubert Reeves, août 2003.
18
Inspiré de Elia Wise, Lettres à la terre, Montréal, Ariane
Éditions, 2001.
19
Silent Spring – « Printemps de silence ».
20
Inspiré de D. Suzuki, L’équilibre sacré : Redécouvrir sa
place dans la nature, Montréal, Fides, 2001.
21
David Suzuki, op. cit., p. 38.
22
David Suzuki, op. cit.,p. 269
23
La « dualité », c’est le fait que les choses ont deux côtés,
alors que le « dualisme », c’est la théorie qui considère comme
divisé ce qui devrait être uni : le cœur/la raison, le féminin/le
masculin, le négatif/le positif. Autrement dit, la dualité est un
fait scientifique, alors que le dualisme est une croyance, une
idéologie.
24
Walt Whitman, Sur une plage la nuit.
– 110 –
25
Montréal, Éditions de l’Homme, 1996
26
Cérémonie du calumet, Les Lakotas, Monaco, Les Édi-
tions du Rocher, 1996.
27
Voir mon ouvrage Vivre imparfait, Boucherville, Édi-
tions de Mortagne, 1994.
28
Cependant, on doit se rappeler que l’amour humain peut
être vrai même s’il n’a pas atteint un état d’amour fraternel uni-
versel, car la première manifestation de l’amour authentique,
c’est la politesse, ces gestes simples qui indiquent un respect
minimal de l’autre. Laisser exister les autres tels qu’ils sont se-
rait en effet pour beaucoup d’humains le niveau le plus élevé
qu’ils pourraient atteindre de cet amour. Mais ce serait déjà une
grande chose si la race humaine pouvait vivre dans cette poli-
tesse et ce respect !
29
Voir à ce sujet mon ouvrage créé avec la collaboration de
plusieurs « compagnons du ciel », Le pays d’après, Montréal,
Éditions Quebecor, 2003.
30
Et en écho, on entend le célèbre écrivain britannique,
Evelyn Waugh, nous dire que « la terre est un exil et jamais on
ne peut y trouver une satisfaction complète ».
31
La conscience morale – le terrain des systèmes religieux
– est la première phase de la conscience spirituelle. Cependant,
elle dépasse en importance tout raisonnement intellectuel. C’est
ce qui faisait dire à Pascal que « le cœur a ses raisons que la rai-
son ne connaît pas ».
32
Pour bien comprendre ce qui est dit ici, il faut se référer
à mon livre, déjà cité, Le pays d’après (Quebecor, 2003), qui
explique et démontre en détail les connaissances et expériences
venues de l’au-delà.
33
La terre aussi est parcourue de points dits géopathiques
(sensibles aux vibrations), où l’énergie est plus forte, comme
dans certains lieux tels que Stonehenge et Glastonbury Tor en
Angleterre. Ayers Rock en Australie, la cathédrale de Reims et
Mont-Saint-Michel en France, ainsi qu’aux sommets de cer-
taines montagnes. Ces lieux sont apparentés aux points
– 111 –
d’acuponcture sur le corps humain, et semblent être reliés entre
eux par une énergie particulièrement forte.
34
Aux Éditions de Mortagne, 1995.
35
Pour une plus abondante exploration des plaisirs natu-
rels et simples, voir Vivre sans plafond (Quebecor, 2001).
36
Extrait de D. Suzuki, op. cit., p. 39.
37
Pour un traitement plus approfondi du thème de la liber-
té, voir mon ouvrage Danser avec la vie (Quebecor, 2002).
– 112 –