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Presses de
l’Ifpo
Médias et islamisme | Olfa Lamloum
Prêches,médias et fortune :
le cas de Amr Khaled
Waël Lotfy
p. 13-25
Texte intégral
Le phénomène des nouveaux prédicateurs, dont on parle tant aujourd’hui, n’aurait jamais
vu le jour si la technologie numérique n’avait pas existé. Rappelant le modèle américain de
la prédication télévisuelle, ce phénomène est apparu en Égypte et dans le monde
musulman, grâce à la télévision satellitaire. Les chaînes saoudiennes privées (ART
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et
ORBIT
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notamment) ont considérablement élargi le public de Amr Khaled ou de Khaled al
-Joundi, aujourd’hui des célébrités. Dans les années qui suivirent l’apparition de ces deux
vedettes, les chaînes satellitaires privées n’ont cessé de lancer de nouvelles figures du
prêche, n’hésitant pas à mettre en avant des prédicateurs de plus en plus jeunes. Mostafa
Hosni et Mo’ez Messaoud (une trentaine d’années à peine) allaient s’avérer, en vertu de
leur âge, plus proches du public des jeunes visé par ce genre de programmes.
Que recouvre au juste ce phénomène ? Comme leur nom l’indique, les nouveaux
prédicateurs ne sont pas les anciens prédicateurs. La définition peut sembler tautologique.
Elle permet pourtant de les différencier des prédicateurs d’al-Azhar qui, eux, s’astreignent
à une tenue vestimentaire traditionnelle, à une langue conventionnelle surannée, et à des
thèmes qui, à coup sûr, intéressent moins l’auditeur que l’orateur (quand ils n’ennuient
pas les deux à la fois). Les nouveaux prédicateurs ne sont donc pas des prédicateurs d’al-
Azhar, même si certains d’entre eux ont pu fréquenter la prestigieuse université. Ils se
démarquent aussi de ces prédicateurs salafistes qu’on retrouve dans les mosquées des
quartiers populaires du Caire et qu’on reconnaît à leur barbe indisciplinée, à leurs
vêtements à la mode pakistanaise, à leurs discours véhéments et menaçants,
outrancièrement puritains et agressifs à l’encontre du gouvernement et des manifestations
de la modernité occidentale dans la société. Si les nouveaux prédicateurs ne sont ni les
orateurs d’al-Azhar ni les salafistes, qui sont-ils donc ? La question est importante.
Comment sont-ils apparus ? Ces jeunes gens bien comme il faut et à la barbe taillée ont-ils
réussi là où ont échoué les chefs des organisations violentes et les leaders politiques
islamistes ? Le fait que certains d’entre eux aient appartenu aux Frères musulmans nous
autorise-t-il à les appréhender comme un prolongement social de la confrérie ? Faut-il y
voir, plutôt, le signe de son échec ?
Nul n’ignore que les nouveaux prédicateurs ne se mêlent pas de politique. Est-ce en vertu
d’un choix tactique et transitoire, visant à éviter les foudres des autorités ? Ou est-ce qu’au
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Aux origines de la nouvelle prédication
L’islamisation de Nâdî as-Saïd,ou quand la bourgeoisie fait
pénitence
contraire ils s’en désintéressent vraiment dans la mesure où ils promeuvent l’idée d’un
salut personnel ?
Comment expliquer, par ailleurs, l’apparent succès de ce discours auprès des catégories
sociales les plus favorisées ? Quelle relation peut-on voir entre l’ascension de nouvelles
classes et élites sociales, suite aux bouleversements économiques de la société égyptienne,
et l’apparition de ce phénomène ? Faut-il tenir ces nouveaux prédicateurs pour
l’expression d’une crise ou, au contraire, d’un sursaut de la classe moyenne ?
Notre contribution se propose de répondre à ces questions afin de mieux embrasser le
phénomène, en l’inscrivant dans son contexte social et politique.
Le phénomène des nouveaux prédicateurs en Égypte n’est pas aussi récent qu’on pourrait
le croire. Certes, il a gagné en visibilité ces cinq dernières années, s’attirant l’engouement
d’un public de plus en plus large, qui assiste aux sermons dispensés aussi bien dans les
salons islamiques et les mosquées, que sur les chaînes satellitaires. Pourtant le
phénomène est antérieur. Les chercheurs occidentaux ont tendance à le faire naître avec
l’ascension publique d’Amr Khaled. Cet amalgame remonte sans doute au dossier qui fut
consacré à ses prêches par la revue Rose al-Youssef (dans son numéro de l’été 2000), et à
l’emballement qui s’en suivit dans la presse égyptienne, toutes tendances confondues.
L’histoire des nouveaux prédicateurs se confondrait donc avec l’histoire personnelle
d’Amr Khaled qui devient prédicateur en 1997. Il succède alors au Dr Omar Abd al-Kafi à
la mosquée de Nâdî as-Saïd, un des clubs de la haute société cairote. Or, ce dernier est lui-
même une parfaite incarnation de ce qu’est un nouveau prédicateur. Pour notre part, nous
estimons que le phénomène a vu le jour dès 1991, quand le prédicateur et homme
d’affaires alexandrin Yassine Rochdi connaît un franc succès, en participant au
programme al-Hodâ wa an-nûr (guidance et lumière) à la télévision égyptienne.
La figure du nouveau prédicateur peut être appréhendée à travers une série de critères qui
prennent forme et s’affirment durant les années 1990. Il s’agit de quelqu’un qui a reçu une
instruction religieuse en dehors de l’institution officielle d’al-Azhar, et ce, soit en
autodidacte, soit en prenant part à des cercles privés animés par un cheikh. Il est aussi
quelqu’un qui réussit professionnellement parlant, dans un métier indépendant de la
prédication. Habillé à l’européenne, il dispense un discours simple, qui relie la religion à la
vie de tous les jours et aux problèmes de société. Outre le soin qu’il porte à son aspect
physique et à son image sociale, le nouveau prédicateur peut encore se définir par son
auditoire. Composé principalement de jeunes et de femmes qui appartiennent aux couches
aisées de la société, ce public semble avoir besoin d’une religiosité qui ne l’empêche pas de
jouir des bienfaits de la vie que lui confère son rang. Le nouveau prédicateur lui offre ainsi
un soutien spirituel, qui donne du sens à l’existence, des raisons de vivre.
L’évolution du club Nâdî as-Saïd al-masrî (Egyptian hunting club), à partir du début des
années 2000, est sans doute un bon indicateur pour juger des transformations qui ont
touché une bourgeoisie égyptienne de plus en plus conservatrice et religieuse.
Avant de nous pencher sur les plus récentes métamorphoses de la bourgeoisie du Caire
des années 1990, commençons par rappeler quelques éléments historiques. Cette classe se
constitue avec les projets de modernisation de l’Égypte menés par le vice-roi Méhémet Ali.
Elle tire alors une bonne part de sa légitimité en participant à l’édification de l’État
moderne. Elle gagne encore en conscience de classe, en droits et en acquis quand, dans les
années 1860, le projet de modernisation de l’Égypte est repris par le khédive Ismaïl (1863-
1879). On assiste alors à une nouvelle vague de réformes : les Égyptiens obtiennent le
droit de posséder la terre, on forme des fonctionnaires en Europe et un Parlement (Majlis
choura al-Qawânîn) est créé en 1866. Les acquis de la classe bourgeoise sont donc
entièrement au projet de modernisation de l’Égypte.
Dans les années qui suivront, et après l’occupation britannique, la même tendance se
confirme. Même si la bourgeoisie égyptienne est divisée quant à la manière de s’y prendre
avec l’occupant, la nécessité de poursuivre la modernisation, elle, fait unanimité. Les
grandes familles envoient, à l’envie, leurs fils dans les universités occidentales, la
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Sorbonne ou Oxford. On ne pose pas alors la question de savoir s’il est licite, ou non,
d’étudier en Occident.
Une petite bourgeoisie montante commence à se faire entendre à travers des mouvements
religieux, comme les Frères musulmans, ou fascisants comme Masr al-Fatât
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. En même
temps, éclate la Révolution de juillet 1952. Jamais la bourgeoisie égyptienne n’aura été
aussi décontenancée par un évènement historique. Les traits d’une nouvelle couche sociale
semblent se dessiner : un hybride qui résulte de l’alliance de militaires, de technocrates et
de certains cadres formés à l’école de la révolution, dans le but de concrétiser le rêve du
nouvel État panarabe. Ce rêve est ruiné par la défaite de 1967, seul reste un état de
perplexité générale : quel projet adopter ? Où trouver de la légitimité ?
Les années 1970 voient l’alliance du régime Sadat avec les Frères musulmans. La religion
gagne en influence. Le boom pétrolier attire une importante main d’œuvre égyptienne,
surtout en Arabie saoudite. Dans le même temps, des groupes islamistes, prônant
l’insoumission et l’excommunication, font leur apparition. Commençant par se retirer de
la société, ils se donnent assez rapidement pour mission de la changer. Dans leur épreuve
de force contre l’État, ces groupes sont bientôt défaits. C’est à partir de ce moment-là que
se manifeste le besoin d’un nouvel islam, un islam qui se diffuserait en douceur dans la
société, tout en influençant le plus grand nombre, et sans pour autant entrer en conflit
frontal avec l’État, ni faire sortir l’individu des rails de son existence. Ce besoin de
nouvelle religiosité n’est-il pas le choix ultime qui s’offre à l’islamisme au lendemain de la
faillite de l’option armée ? La question mérite d’être posée. Faut-il, au contraire, y voir une
pure émanation de nouvelles classes montantes en mal de projet politique ou social ?
Quelle que soit l’explication qu’on voudra retenir, le fait est là : les tendances
conservatrices gagnent en visibilité dans la société. Dans les années 1980, et alors que les
Frères musulmans raflent les élections syndicales dans la plupart des corps de métier, des
milliers de travailleurs égyptiens immigrés dans les pays du Golfe rentrent s’établir en
Égypte. Les vieux quartiers chics du Caire étant déjà occupés par les anciennes classes
dominantes, la plupart des nouveaux arrivants s’installent ailleurs (à Doqi et
Mouhandissine). Voyant affluer ces nouveaux voisins fortunés, le club Nâdî as-Saïd de
Doqi décide de leur ouvrir ses portes contre le paiement de droits exorbitants. Une
enquête publiée par la revue Rose al-Youssef (numéro du 18 août 2001) fait état d’une
alliance entre ces « nouveaux membres » et l’éminent homme d’affaires égyptien Hocine
Sabour, dans le but de marginaliser, au sein de la direction du club, la liste pro-
gouvernementale menée par Moqbel Chaker (président du club des juges égyptiens)
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.
Dans la foulée, Sabour, qui n’a jamais été affilié à aucune organisation islamiste, fait don
de cinq millions de livres égyptiennes (environ 910 330 dollars aujourd’hui) pour que le
club se dote d’une mosquée. Elle sera imposante. Le célèbre homme d’affaires se gagne
ainsi les faveurs (et les voix) des « conservateurs », d’autant que la toute nouvelle
mosquée accueille les sermons de leur prédicateur phare, le Dr Omar Abd al-Kafi. Nous
sommes alors au milieu des années 1990. Quand Omar Abd al-Kafi est interdit de prêche
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,
la mosquée du club voit la naissance d’un autre prédicateur, qui connaîtra un succès
considérable, Amr Khaled. Le parcours de ce dernier l’y prédestinait : membre du club
depuis sa prime jeunesse, ce garçon, enthousiaste et ayant foi dans l’islam politique, avait
rallié l’organisation étudiante des Frères musulmans à l’université du Caire, puis le groupe
de travail entourant l’éminent dirigeant de la confrérie Maamoun al-Houdaybi
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.
Amr Khaled se retrouve donc dans la situation de devoir combler le vide laissé par Omar
Abd al-Kafi à la mosquée de Nâdî as-Saïd. Le prédicateur, qui a su se faire accepter, est
rapidement interdit de prêche à son tour, pour avoir abordé des questions politiques. Dès
lors, il doit faire des choix. Grâce à son succès et à l’influence dont peuvent se prévaloir
certains membres du club, Amr Khaled trouve assez vite des personnes capables de jouer
les médiateurs entre lui et ceux qui veulent le faire taire. On s’accorde sur un fait : finie la
politique ! Peut-être même qu’Amr Khaled consent, à ce moment-là, à se séparer des
Frères musulmans.
Les relations ambiguës entre les Frères musulmans et les nouveaux prédicateurs (pour la
plupart anciens sympathisants de la confrérie) ont fait couler beaucoup d’encre. L’affaire
Amr Khaled, par exemple, a suscité une importante polémique, la revue Rose al-Youssef
l’ayant accusé d’appartenir aux Frères musulmans pour expliquer la décision de l’interdire
de prêche.
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Certains reprochent aux nouveaux prédicateurs de préparer le terrain à l’islamisme
radical, en prenant en main un public d’adolescents dépourvus de toute culture religieuse
ou politique. La vulnérabilité de ces jeunes serait ainsi, tout aussi dangereuse que la
nature du message d’un Amr Khaled, qui présente les premières sociétés musulmanes à la
manière d’une idylle édifiante, absolument dépourvue de toute nuance et comme
déshumanisée. Son style même vise à envoûter son auditoire, l’invitant à ressusciter ce
prime islam. Amr Khaled ne cesse de répéter que l’islam est à la fois une religion et un
État, qu’il faut suivre ses préceptes pour réformer la vie, sous tous ses aspects.
D’autres commentateurs, comme Issam Soltane, l’un des fondateurs du parti al-Wassat
(littéralement Le Centre, une émanation un peu plus libérale des Frères musulmans),
voient dans l’apparition des nouveaux prédicateurs une preuve de l’échec des Frères
musulmans. Le discours de la confrérie se montrerait incapable de capter des masses
avides de religion. Ce phénomène prouverait davantage que les Frères musulmans ont
cessé d’être attractifs pour les prédicateurs eux-mêmes, ceux-ci préférant s’adresser aux
gens par leurs propres moyens, loin des querelles intestines qui minent la confrérie, et
sans s’exposer aux restrictions imposées par les autorités.
Allant dans le même sens, ‘Issam al-’Aryane, un des leaders des Frères musulmans,
attribue l’engouement pour les nouveaux prédicateurs à une situation de vide politique et
religieux. Cette thèse est d’ailleurs souvent reprise par la confrérie pour expliquer les
dissidences, qu’elles soient radicales et violentes ou modérées. Il n’en demeure pas moins
certain que les jeunes sympathisants des Frères musulmans constituent une partie du
public d’Amr Khaled, mais une partie seulement, et pas la plus importante. Ce public est
en effet assez large, pour comprendre d’autres personnes qui, elles, n’ont absolument
aucun lien avec les Frères musulmans, ni avec aucun autre parti ou mouvance politique.
Sans exagération, nous pouvons même affirmer qu’une partie de cet auditoire ignore
jusqu’au nom de la plupart des partis islamistes ...
De son côté, Amr Khaled ne semble pas accorder une grande importance à la politique.
L’analyse de ses sermons confirme son intérêt pour l’idée du salut individuel et pour
l’intégration des musulmans pratiquants dans leur environnement, afin qu’ils soient plus
influents. La religion doit permettre à l’individu de vivre heureux, aussi bien dans l’ici-bas
que dans l’au-delà, Dieu le récompensant par exemple en augmentant sa fortune ou en lui
offrant davantage d’opportunités professionnelles... Amr Khaled va même jusqu’à
encourager son auditoire à chercher la réussite et à amasser des richesses, afin de
présenter une image positive et rayonnante du musulman pratiquant. Il ne fait aucun
doute que sa popularité grandissante s’explique, entre autres, par la promesse d’une vie
heureuse et prospère, venant récompenser la phase plus austère de l’observance
religieuse. En fin de compte, le prédicateur est le promoteur d’une recette de l’ascension
sociale. Les ingrédients sont clairs : un rapport sérieux au temps, de bonnes manières et
des mœurs irréprochables, la recherche de la réussite professionnelle, la constitution d’un
capital. C’est cette formule bien équilibrée qui a permis à Amr Khaled de s’attirer la
sympathie des jeunes diplômés, appelés à travailler dans les secteurs d’investissements
étrangers, les banques, les entreprises de télécommunication. Sans doute, cette jeunesse
avait-elle besoin que quelqu’un donne sens à sa vie. En l’absence de tout projet national
mobilisateur, c’est à un Amr Khaled qu’échoit le rôle de proposer des réponses : la vie a du
sens dans la mesure où on obtient l’assentiment divin, où on vénère Dieu, où on donne
une bonne éducation musulmane à ses enfants.
Si nous en venons au détail des sermons, force est de constater que, là aussi, Amr Khaled
ne manque pas de solutions : le pratiquant doit se parer de vertus comme « la
bienséance », « la modestie », « la patience », « l’altruisme ». Ces vertus servent de titres
aux leçons les plus célèbres du prédicateur. Elles ne sont pas seulement destinées à
s’assurer l’assentiment divin, mais aussi à engranger de l’énergie personnelle, afin de
monter dans l’échelle sociale. Cette promesse d’ascension est l’équivalent d’un élixir de vie
pour les classes moyennes – élixir qu’elles engloutissent avec avidité. Du premier coup
d’œil, la popularité d’Amr Khaled fait penser à celle de l’Américain Dale Carnegie
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qui
propose une formule du bonheur dans son livre le plus fameux Triomphez de vos soucis :
vivez que diable ! Tout le monde a des soucis, et tout le monde veut bien se mettre à vivre
– que diable ! L’ouvrage en question continue à être le livre le plus vendu dans le monde.
Le secret de la réussite d’Amr Khaled consiste dans sa propension à répondre aux
angoisses d’une jeunesse qui souffre d’un manque à tous les niveaux : Comment contenter
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ses parents ? Comment réussir dans sa carrière ? Comment se marier ? Comment être
heureux ici-bas et dans l’au-delà ?
Ce n’est pas un hasard si tous les nouveaux prédicateurs s’illustrent, par ailleurs, par leur
réussite professionnelle : ce sont leurs semblables qu’ils veulent mettre sur le nouveau
droit chemin. Amr Khaled est comptable, diplômé de l’école de commerce du Caire en
1988. Après les sermons dispensés à Nâdî as-Saïd, il parvient à se faire accepter dans les
salons islamiques qu’accueillent certaines maisons bourgeoises, en lieu et place des
habituelles réceptions mondaines. Le sermon suit un déjeuner ou un dîner livré par un
grand hôtel. Le prédicateur ne se démarque pas particulièrement des convives, il partage
leur repas et fait, individuellement, leur connaissance. On discute un thème directement
lié à la vie quotidienne : « l’amour en islam », « le mariage », « l’éducation des enfants ».
Pour finir, le prédicateur reçoit son salaire, puisqu’il a présenté un service à des personnes
ayant les moyens de le rétribuer – d’un côté comme de l’autre, on est persuadé que le
temps c’est de l’argent. Le parcours d’Amr Khaled ne s’arrêtera pas aux salons islamiques
organisés, la plupart du temps, avec le parrainage et le soutien du lobby des « artistes
repenties », assez vite, il prend en charge un sermon hebdomadaire à la mosquée al-Hasrî
dans le quartier chic d’al-’Ajouz, mosquée administrée par Yasmine al-Hasrî, chanteuse et
chef de file des groupes des « repenties », à travers l’association caritative religieuse
qu’elle dirige. Ces sermons, exclusivement réservés aux femmes, eurent un effet
considérable et poussèrent bon nombre de jeunes à mettre le voile. Les parents fortunés,
effrayés de voir leurs filles pencher vers un style de vie occidentalisé et libéré, se sentirent
rassurés, et encouragèrent leurs enfants à suivre ces sermons avec plus d’assiduité. La
presse a publié des centaines de témoignages de parents insistant sur la qualité de
prédicateur moral d’Amr Khaled, celui-ci ayant réussi à sauver leur enfant de la cigarette,
de la drogue ou de l’alcool.
En été 1999, on commence donc à prendre conscience en Égypte de l’apparition d’une
nouvelle forme de religiosité, rassurante et acceptable, ne conduisant les jeunes à aucune
sorte de conflit avec l’autorité et la société. Le discours violent, bruyant et exclusif d’un
Chokri Mostafa (symbole de l’islamisme radical et chef du groupe al-Takfir wa al-Hijra,
exécuté en 1977) était en net repli. Amr Khaled n’a rien à voir avec ce Chokri Mostafa qui
ordonnait à ses adeptes de fuir le domicile de leurs infidèles parents, de quitter leur
emploi dans la fonction publique, de ne pas entrer dans l’armée ... et de déclarer impie
toute personne ne souscrivant pas aux idées du groupe. Les préceptes d’Amr Khaled ne
ressemblent pas davantage aux visions des membres du Jihad ou de la Jama’a islamiyya,
pour qui, les jeunes doivent s’engager dans des structures politiques, et entrer en
insurrection afin d’instaurer l’État islamique. Les jeunes gens qui ont emboîté le pas à de
tels discours sont, soit morts dans des fusillades, soit entre les quatre murs d’une prison
pour des années, soit encore au fin fond du jihadisme international dans les grottes
d’Afghanistan ou du Cachemire. Si les enfants en colère du sud, les jeunes nassériens
désenchantés après la défaite de 1967, les marginaux des grandes villes, ont été en partie
conquis par ces idéologies, on ne peut pas dire qu’il en soit allé de même pour les classes
moyennes et moyennes supérieures. Ces dernières n’ont pas vraiment intérêt à changer le
régime en place. Elles ont pourtant besoin d’une certaine religiosité qui les pousse en
avant, et qui leur tienne lieu de projet culturel et politique propre. C’est cette religiosité
que parvient à proposer d’une manière remarquable Amr Khaled, et dans une moindre
mesure ses pairs, nouveaux prédicateurs.
Ceux qui ont attaqué avec virulence Amr Khaled à ses débuts, l’ont fait entre autres par
crainte de le voir infiltrer les élites sociales, au nom d’un plan machiavélique. Nous-
mêmes l’avons d’abord pensé, mais un examen plus attentif nous apprend le contraire. Il
apparaît en effet que c’est plutôt la haute bourgeoisie qui a permis à ces prédicateurs
d’émerger, et ce, afin de disposer d’une religiosité rassurante qui puisse motiver
l’ascension sociale sans entrer en conflit avec l’ordre établi. Cette forme de religiosité évite
non seulement de s’en prendre à l’autorité mais œuvre même quotidiennement à se
gagner les sphères proches du pouvoir. Il n’est pas question pour elle de changer le
régime, mais plutôt de lui conférer un caractère religieux susceptible de combler le vide
spirituel, intellectuel et politique dont il souffre. En même temps, elle lui procure un
surcroît de popularité et de légitimité, augmentant ainsi son espérance de vie – tout le
monde finissant par y trouver son intérêt.
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Modernisation et grand capital
En se penchant sur le phénomène Amr Khaled, on constate vite que son rapport à la
modernité et la mondialisation ne se limite pas, loin s’en faut, à l’extrême élégance de ses
costumes européens. Son principal moyen de communication avec son public est, par
exemple, son site Internet
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. Quand Amr a été interdit de prêche l’été dernier, des milliers
de mécontents ont échangé des messages sur le forum du site. Il y eut le succès
considérable de ses sermons à la mosquée al-Maghfira, devant des milliers de jeunes gens
appartenant aux classes aisées, et dont les petites voitures hors de prix paralysaient la
circulation plusieurs quartiers à la ronde. Mais Amr Khaled a encore franchi un nouveau
palier en s’adressant à son public à travers les télévisions satellitaires, et en devenant le
conseiller en communication du cheikh Saleh Kamel, l’homme d’affaires saoudien,
propriétaire du bouquet ART et de la chaîne religieuse Iqraa. En adoptant un tel média
transnational, et grâce à la diffusion (il est vrai moins importante) de cassettes vidéo, Amr
Khaled n’est pas seulement devenu le premier prédicateur islamiste télévisuel inspiré des
prédicateurs du nouveau protestantisme. Il est aussi parvenu à franchir les frontières,
pour être accueilli de la plus belle manière par l’ensemble des élites arabes. En Arabie
saoudite, au Koweït, dans les Émirats arabes unis, des milliers de personnes assistent aux
conférences données par le nouveau cheikh. Une logique de marché sans retenue régit,
alors, les rapports du nouveau prédicateur à ses adeptes. En Arabie saoudite, le prix des
billets des conférences avait été fixé à 300 rials (80 dollars), 200 dirhams (55 dollars) aux
Émirats, de même au Koweït. Amr Khaled est parvenu très rapidement à tisser des
relations avec les nouvelles élites les plus influentes des pays arabes. La meilleure preuve
en est la réception qui lui fut faite en Jordanie, la reine Rania lui ayant ouvert les portes du
palais royal. Il peut sembler à première vue condamnable et même blasphématoire
d’amasser de l’argent en contrepartie de sermons ou de prêches. On peut, en effet, y voir
une pratique contradictoire avec le devoir de prosélytisme qui incombe à l’homme de foi.
Il serait bien entendu exagéré de penser que les activités d’un Amr Khaled lui sont dictées
par le seul appât du gain. Pourquoi alors ces conférences, ces sermons à domicile, se
monnaiyaient-ils ? Pourquoi ces cassettes vidéo sont-elles si chères ? Pour répondre à ces
questions, il faut garder à l’esprit certains rouages de la morale capitaliste, pour qui la
valeur de la chose est fixée par le montant sonnant et trébuchant qu’on a payé pour
l’obtenir. Lorsque les gens paient pour des prêches religieux, ils se persuadent en même
temps qu’ils avaient besoin de religion. Pourquoi sinon auraient-ils déboursé tant ?
Ainsi, le fait religieux s’impose avec force comme paramètre à prendre en compte dans
l’économie de marché. Peut-être tenons-nous là de quoi expliquer l’enthousiasme de
l’homme d’affaires égyptien Mohamed Juneïdi, qui finança en 1999 le programme
publicitaire où Amr Khaled fit sa première apparition à la télévision égyptienne. Les
téléspectateurs qui allaient pouvoir voir le prédicateur ne manqueraient pas les annonces
publicitaires qui précèderaient et suivraient son intervention. Pariant sur la popularité
d’Amr Khaled, l’industriel pouvait à la fois faire une bonne action et promouvoir ses
produits. Il n’y a donc rien de mystérieux non plus à ce que la chaîne de télévision
chrétienne libanaise LBC ait pris l’initiative d’ouvrir son antenne à une émission d’Amr
Khaled. Rien de mystérieux à ce qu’un grand nombre de publications et de revues non
religieuses aient distribué des cassettes d’Amr Khaled, dont les jaquettes faisaient la
publicité de divers produits de consommation. Ces enregistrements étaient financés par
de grands patrons, espérant que leurs produits seraient portés par le succès du
prédicateur. Ce sont les logiques du marché et de la distribution de masse qui ont poussé
un grand nombre de journaux à scandales, à publier dans leurs colonnes des sermons
d’Amr Khaled – l’efficacité de telles initiatives n’est pas à prouver.
Cette affinité entre le marché et le prédicateur est d’ailleurs réciproque. Il n’y a qu’à voir
comment ce dernier met en avant un discours à la gloire de la richesse. Dans ses sermons
sur « les jeunes et l’été » par exemple, il invite ses fidèles à devenir riches afin
d’encourager la pratique religieuse chez le plus grand nombre de gens possibles. Il les
exhorte à ne pas perdre leur temps, à apprendre les langues étrangères, à être
pluridisciplinaires. Aux fils de bonnes familles venus en villégiature dans le complexe
balnéaire pour nantis Marina, il recommande de continuer à fréquenter de tels lieux mais
à condition de modifier le but de leur séjour : renoncer aux habituelles activités estivales,
pour venir y méditer et contempler l’œuvre du Créateur. Ailleurs, il se donne lui même en
exemple quand il dit aimer aller dîner dans des restaurants de luxe. Mais comment
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transformer ce penchant en pratique religieuse ? Il suffit de répéter le nom de Dieu et de
Le glorifier en se rendant au restaurant. Dans le but de donner de la force aux valeurs et
aux idées auxquelles il croit, il arrive à Amr Khaled de confondre plusieurs récits religieux.
Les puristes qui le critiquent ne manquent pas de le rappeler. Ses fidèles lui pardonnent
de tels écarts, objectant que la fin justifie peut-être les moyens, et que ces informations
religieusement imprécises ont réussi, là où des références plus exactes ont sans doute
échoué.
Le discours mis en avant par Amr Khaled, et même l’image qu’il se fait du rôle qu’il a à
jouer en tant que prédicateur, se sont énormément modifiés dans les années qui ont suivi
son départ d’Égypte. Prenant alors Beyrouth comme nouveau lieu d’ancrage, pour se
rapprocher toujours plus des secteurs influents de l’élite arabe, le plus populaire des
prédicateurs semble cesser d’être un individu et devenir une entreprise. C’est à ce moment
qu’il sort de sa période « classique » où le téléspectateur de la chaîne Iqraa peut l’entendre
parler des « femmes de la maison du prophète », un des poncifs des nouveaux
prédicateurs. À présent Amr Khaled lance un nouveau programme Sonâ’ al-hayât (les
fabricants de la vie) sur la LBC. Amr évolue, et plutôt qu’à un prédicateur religieux il fait
penser à un réformateur de la vie sociale, et même à un meneur pour la jeunesse. Dès les
premières émissions de son nouveau programme, il lance un appel à son public. Il lui
demande de prendre part à un vaste projet visant à provoquer « une renaissance de la
nation islamique ». De nouveaux vocables font leur apparition dans son discours :
« participation », « responsabilité », « conservation des ressources ». Cette émission, axée
d’abord sur la moralité et encourageant les spectateurs à lutter activement contre le
tabagisme et les stupéfiants, lui donne l’idée d’organiser ses fidèles en groupes, sortes
d’amicales de l’émission, qu’on retrouvera un peu partout dans le monde. Cette initiative
n’a pas manqué d’être perçue comme une expression de la société civile. Il a pu sembler
aussi qu’une nouvelle vision du monde était alors en train de naître, prenant en compte
des idées comme celles de « réforme » ou de « développement durable » qui, après tout,
ne sont pas si incompatibles avec le nouveau visage de la région arabo-musulmane. C’est
alors que le prédicateur a commencé à entretenir son public de « la renaissance » du
monde musulman, vaste projet que son programme voulait initier.
S’enthousiasmant pour l’idée d’une renaissance de masse susceptible de faire faire des
bonds aux sociétés musulmanes en quelques dizaines d’années (un peu comme ce fut le
cas en Chine, au Japon, en Malaisie ou en Indonésie), notre prédicateur s’est retrouvé
devoir expliquer que cette renaissance nécessitait « une transformation de l’énergie vitale
en énergie dynamique ». Peut-être plus que jamais, il s’est alors mis à insister sur une
conception de l’islam qui serait moins un ensemble de pratiques religieuses que le fait de
réussir dans la vie.
Outre de pousser son public à la réussite, il est frappant de voir ce discours ressusciter une
valeur disparue du monde arabe, surtout parmi la jeunesse, depuis de longues années, à
savoir « la participation ». Ainsi voit-on Amr Khaled s’en prendre à son public, par
exemple, parce qu’il n’a reçu qu’un demi million de « propositions devant contribuer à
provoquer une renaissance dans le monde arabe ». L’afflux de ces propositions signifie
pourtant que des jeunes ont pris le temps de penser à la question, et de coucher sur le
papier des idées pouvant, d’après eux, provoquer un certain renouveau dans des domaines
comme « l’agriculture, l’industrie, le tourisme... etc. » Ces jeunes se sont donc donnés le
mal de formuler de telles idées avant de les envoyer au programme Sonâ’ al-hayât (les
fabricants de la vie). Ensuite ils ont repris place devant leur petit écran, impatients de voir
leurs idées contribuer à la mise en branle de ladite renaissance. Quand Amr Khaled
encourage l’action participative, il la présente comme un procédé authentiquement
musulman, puisque le Prophète lui-même, a encouragé ses compagnons à participer aux
prises de décisions lors de la bataille de Badr.
Quand un bon nombre de prédicateurs attribuaient la misère de la nation musulmane à
des fléaux comme le travail des femmes ou la désertion des mosquées, un Amr Khaled
procède à un diagnostic tout à fait différent, mettant en cause la posture démissionnaire
des musulmans et leur incapacité à prendre des décisions. Il fustige également leur retard
en ce qui concerne l’utilisation d’Internet, n’ayant cesse d’en expliquer les vertus. Enfin,
outre le demi million d’idées en vue de la renaissance de la nation, Amr Khaled encourage
son public à s’inscrire autant que possible dans des activités à caractère social et caritatif.
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26/02/2013 http://books.openedition.org/ifpo/1365
Notes
1. Arab Radio and Television Network (ART) lancée en 1993 par l’homme d’affaires saoudien Saleh Abdullah
Kamel.
2. Lancée en 1994. Elle appartient au groupe saoudien Mawarid.
3. Le Misr al-Fatat, « La Jeune Égypte » a été fondé en 1929 par Ahmed Hussein.
4. Cette même liste pro-gouvernementale comprenait un ancien responsable des services de sécurité,
soupçonné, par les Frères musulmans, d’être responsable de cas de torture à leur encontre.
5. En raison de ses fatwas anti-chrétiennes et son silence sur la question de la violence.
6. Mamoun al-Houdaybi (1921 – 2004), plusieurs fois candidat aux élections législatives, pour la
circonscription de Doqi justement. Il devient guide général des Frères musulmans en 2002.
7. Dale Carnegie (1888–1955) est un écrivain et conférencier américain qui a lancé une méthode de
développement personnel adaptée au monde de l’entreprise qui porte aujourd’hui son nom.
.
Il est l’auteur du
best-seller Comment se faire des amis.
8. http://amrkhaled.net/intro/.
Référence électronique du chapitre
LOTFY, Waël. Prêches, médias et fortune : le cas de Amr Khaled. In : Médias et islamisme [en ligne].
Beyrouth : Presses de l’Ifpo, 2010 (consulté le 26 février 2013). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/ifpo/1365>.
Référence électronique du livre
LAMLOUM, Olfa (dir.). Médias et islamisme. Nouvelle édition [en ligne]. Beyrouth : Presses de l’Ifpo, 2010
(consulté le 26 février 2013). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifpo/1359>.
C’est en fin de compte avec le programme d’un nouveau gouvernement que nous avons à
faire, le gouvernement des fabricants de la vie. Ce dernier fait nous permet d’affirmer que
l’une des figures les plus populaires de l’islamisme a complètement rompu avec les
principes révolutionnaires et insurrectionnels des organisations radicales, contestataires
et violentes. Il s’est également séparé de la tendance de ses débuts (Les Frères
musulmans), se défaisant des freins imposés aussi bien par la dictature des grands cheikhs
de la confrérie que par la censure, l’ostracisme et les menaces sécuritaires... Tournant le
dos à son propre passé et au passé du mouvement islamiste, ce prédicateur parvient à une
nouvelle formule, un islamisme moderne en accord avec les développements les plus
récents de la politique au niveau mondial (la mise en branle de la société civile). Si cette
dernière remarque concerne le fond de son action, du point de vue de la forme, nous avons
vu à quel point Amr Khaled comptait sur la toile pour élargir et entretenir son public. C’est
en effet par ce biais qu’il peut recevoir les propositions pour la renaissance qu’il appelle de
ses vœux, et c’est ensuite grâce aux télévisions satellitaires, via ses programmes, qu’il
expose à son public les résultats auxquels il est arrivé, ou qu’il soumet de nouvelles idées.
Il nous semble assez cohérent que l’appel à une renaissance se soit fait à partir de
présupposés économiques libéraux, puisque ceux-ci sont en accord avec le libéralisme
politique adopté par le prédicateur et son style « participatif ». À partir de là, il faut bien
avouer qu’une grande erreur a été commise par tous ceux qui ont pris Amr Khaled à la
légère, et même avec mépris... Tous ces cheikhs classiques, qui n’ont voulu voir en lui
qu’une simple « mode », l’ont réduit à une image tronquée, faite de superficialité, de
platitudes, d’un manque de culture. Il n’est pas question de nier les erreurs du Amr Khaled
des débuts. Force est de constater, pourtant, que son discours a évolué, peut-être avec
l’aide d’autres personnes, et qu’on voit s’y dessiner les contours d’un projet politique,
économique et religieux, axé sur une islamisation du grand capital sur arrière-fond de
libéralisme politique. Le projet d’un islam civilisé, voulu par le penseur malaisien Mahatir
Mohamed il y a vingt-cinq ans, ressemble assez à ce qu’ébauche en ce moment pour la
région arabe un prédicateur comme Amr Khaled.
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