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Presses de
l’Ifpo
Médias et islamisme | Olfa Lamloum
Yémen : observations sur le
traitement médiatique de la
guerre de Saada
Sami Dorlian
p. 79-92
Texte intégral
Contexte
Cet article est consacré à l’étude du traitement médiatique d’une guerre débutée en 2004,
à l’égard de laquelle les médias occidentaux ont globalement été peu loquaces
1
.
Marginaux dans le paysage médiatique international, les problèmes politiques internes au
Yémen sont intensément traités dans le champ journalistique national, caractérisé par un
foisonnement de titres et de sites Internet. Il en est ainsi de la couverture de la guerre de
Saada, et ce, en dépit de l’embargo médiatique imposé par le pouvoir, et de l’interdiction
pour les journalistes indépendants et d’opposition de se rendre sur le terrain.
Dans la mesure où l’audiovisuel, quasi-exclusivement étatique, ne pèse pas dans la
construction d’un débat publique dans le pays, nous focaliserons notre propos sur
l’imprimé et l’électronique. Mais avant d’analyser son traitement médiatique, la guerre de
Saada mérite un rappel de ses circonstances.
Le 17 janvier 2002, dans la province de Saada frontalière de l’Arabie Saoudite au nord
ouest du pays, Husayn al-Hûthi, député de 1993 à 1997 du Hizb al-Haqq (Parti du Droit
ou de la Vérité, principale expression organisationnelle du renouveau islamique zaydite
2
)
donne une conférence intitulée : « Le cri face aux puissants arrogants » (al-Sarkha fi wajh
al-mustakbirîn). Il y incite ses compatriotes à combattre l’hégémonie américaine de plus
en plus écrasante sur le monde arabe et musulman, et les invite à répéter dans les
mosquées le slogan : « Dieu est grand, mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction aux
juifs, gloire à l’islam » (Allahu akbar, al-mawt li amrîka, al-mawt li-isrâîl, al-la‘na ‘ala-l-
yahûd, al-nasr li-l-islâm). Or, les autorités yéménites engagées depuis le 11 septembre
2001 dans un partenariat de lutte antiterroriste avec les Etats-Unis, ne pouvaient que
récuser la démarche d’al-Hûthi. Dans le contexte de la guerre d’Irak en 2003, le nombre
des adeptes de ce slogan n’a cessé d’augmenter, ce qui a amené l’ambassade américaine de
Sanaa à exercer des pressions sur le pouvoir yéménite, qui a procédé en conséquence à des
centaines d’arrestations. Les relations entre le régime de Sanaa et al-Hûthi atteignant un
point de non retour, la guerre éclata le 18 juin 2004 au Jabal Marrân dans la province de
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Originalité du champ journalistique yéménite
Saada, et le 10 septembre de la même année, Husayn al-Hûthi fut assassiné. Cet
évènement n’a cependant pas empêché la reprise de la guerre sous les directions
successives de son père (Badr al-Dîn) puis de son frère (‘Abd al-Malik). Celle-ci s’est
caractérisée par une suite entrecoupée de six « rounds », dont le dernier s’est produit en
août 2009.
Provoquant une dizaine de milliers de morts et près de 200 000 déplacés, cette guerre a
surtout été marquée par une forte stigmatisation des zaydites, résultant d’une stratégie
implicite de dépolitisation par « confessionnalisation », menée par le pouvoir à l’encontre
des partisans d’al-Hûthi. En d’autres termes, le régime de ‘Ali ‘Abd Allah Sâlih, a dans une
large mesure dénié la part non négligeable du politique dans la revendication de
l’adversaire, qui a ainsi été réduit à son origine confessionnelle et sociale (BURGAT, 2006,
p. 17-20). En effet, sur le plan national, le gouvernement n’a pas prétendu combattre al-
Hûthi en raison de son anti-impérialisme, mais pour son appartenance au zaydisme, et
plus particulièrement à la catégorie sociale des sâda, les descendants du Prophète. Or, ces
derniers avaient confisqué le pouvoir politico-religieux de l’ancien régime de l’imamat
zaydite durant un millénaire (897-1962). Cette logique selon laquelle combattre al-Hûthi
signifie du même coup lutter contre le retour de l’imamat, était censée assurer une
légitimité populaire à l’action du pouvoir républicain de Sanaa. De surcroît, le contexte de
la polarisation sunnite / chiite a offert une caution régionale au gouvernement yéménite,
dans la mesure où il a présenté les partisans d’al-Hûthi comme une des expressions du
supposé projet d’expansion iranienne dans la péninsule arabique.
Le danger de cette « confessionnalisation » du politique est plus perceptible à Saada
qu’ailleurs. En effet, cette province fut pendant la guerre « civile »
3
, succédant à la
révolution républicaine de 1962, le butoir royaliste qui résista pendant huit ans aux
« révolutionnaires anti-imamites ». Saada jamais conquise par les armes, ne devint
républicaine qu’au terme du traité de réconciliation de 1970, conclu entre les deux forces
en conflit. Cette résistance lui coûta d’être longuement tenue à l’écart de la redistribution
des ressources par l’État. Cet ostracisme encouragea une économie transfrontalière, faite
de trafic d’armes, de drogues, de qât
4
, de voitures et de médicaments, économie qui a
également été partagée par des officiers de Sanaa et des chefs de tribus proches du
pouvoir.
Bastion historique du zaydisme, Saada a paradoxalement vu émerger en son sein, à partir
des années 80, le principal centre des sunnites salafistes (BONNEFOY, 2007). Profitant de
l’apolitisme relatif de ces derniers, le régime a cherché à les instrumentaliser contre les
activistes zaydites, dénoncés comme représentant l’imamat révolu (WEIR,
1997).Toutefois, ce pouvoir avait un temps appuyé ces mêmes activistes contre les Frères
musulmans sunnites
5
, quand ceux-ci ont basculé dans l’opposition lors des élections
législatives de 1997.
Tout au long de la guerre de Saada, un questionnement récurrent a été posé par un bon
nombre d’analystes : comment se fait-il que l’on puisse parler de « guerre contre les
zaydites », alors que les principales figures du pouvoir sont elles-mêmes zaydites ?
Également mais cyniquement avancée par le pouvoir yéménite afin de nier tout aspect
confessionnel et discriminatoire au conflit, cette contradiction apparente s’explique
néanmoins : dans le Yémen républicain, et plus précisément dans le contexte de cette
guerre, la référence à l’appartenance zaydite prend deux sens distincts : dans le premier
sens, elle est revendiquée, tandis que dans le second, il ne s’agit que d’une origine qui n’est
pas l’objet d’une réaffirmation identitaire.
C’est à la lumière de cette distinction que l’on peut comprendre alors comment le pouvoir
dont les grandes figures sont d’origines zaydite, a procédé à une série de mesures qui
stigmatisent l’appartenance au zaydisme, allant de la fermeture de librairies et d’écoles
jusqu’à la nomination de prédicateurs sunnites salafistes dans des mosquées zaydites.
Avec environ 60 titres, dont la grande majorité sont des hebdomadaires (et non des
quotidiens, par manque de moyens), le paysage journalistique au Yémen ne peut qu’attirer
l’attention de l’observateur. D’autant plus que le nombre de lecteurs, partiellement pour
cause d’analphabétisme, n’atteint pas, au mieux, les cents mille sur une population
d’environ 22 millions d’habitants.
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Un problème de dénomination
La « stratégie » médiatique du pouvoir pendant la guerre
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Ce foisonnement de titres s’explique en partie par le manque d’appartenance
institutionnelle des journalistes. En effet, une querelle personnelle, un manque d’alchimie,
ou le placement de son article en bas de la page, suffisent parfois pour qu’un journaliste
cesse de collaborer avec son rédacteur en chef, et qu’il fonde son propre journal.
L’appartenance à l’institution n’existe pas pour relativiser les conflits des ego.
Dans une stratégie implicite de « trop de médias tuent les médias », le régime autoritaire
yéménite soutient cette démarche, même si les procédures bureaucratiques restent
prégnantes et contribuent à retarder la parution de nouveaux titres.
Ce pluralisme de la presse n’est pas sans connaître des « lignes rouges », et la plus
importante est celle ayant trait à la personne du président ‘Ali ‘Abd Allah Sâlih. Ainsi, les
articles touchant aux sujets fâcheux, tels que la transmission héréditaire du pouvoir ou la
fortune du fandem
6
, sont à l’origine de disparitions ou d’emprisonnements, voire de
condamnations à mort de journalistes, souvent abrogées par amnistie, ou commuées en
une peine de quelques années, celle-ci n’étant à son tour souvent pas appliquée à la
lettre
7
.
Enfin, notons que le pluralisme ne touche pas l’audiovisuel, le régime étant conscient du
fait que la radio et la télévision sont largement, et de loin, plus accessibles que les
journaux à l’ensemble des Yéménites. Ceux-ci pouvant devenir, en cas de privatisation et
de pluralisation de l’audiovisuel, sensibles au discours de l’opposition.
On connaît la fameuse thèse : « quand il n’y a pas le nom, il n’y a pas la chose », « les
limites de notre langage sont les limites de notre pensée ». La profusion d’analyses, on ne
peut plus confuses dans la presse yéménite (analyses reprises dans la presse arabe et
internationale), au sujet de la guerre de Saada, a son origine dans l’indécision qui a
marqué les différentes tentatives de donner un nom aux évènements se déroulant dans
cette province septentrionale. De « rébellion zaydite » à « rébellion huthiste », en passant
par la « fitna des imamites hachémites
8
», l’on a globalement omis de penser qu’un nom
simple est parfois le mieux à même de rendre compte de la complexité d’une situation
donnée. En l’espèce, il nous semble que « guerre de Saada » est le terme convenable qui
rend l’objet d’étude identifiable et clairement analysable. Enfin, il ne préjuge pas d’emblée
de la responsabilité d’une des deux parties belligérantes.
Outre la question du terme convenable pour désigner le conflit, le problème s’est aussi
posé pour nommer les partisans d’al-Hûthi. Pendant les deux premiers « rounds » du
conflit (juin - septembre 2004 et avril - juin 2005), il était question de « Jeunesse
Croyante », un forum de réflexion anciennement lié au Hizb al-Haqq, mais qui s’en est
séparé en 1997
9
. Puis, l’on s’est rendu compte que Husayn al-Hûthi avait fait scission de
ce mouvement en 2002, deux ans avant la guerre. Ce détail est une preuve de plus de la
marginalité de Saada, par rapport au pouvoir dit central, qui est en fait très peu informé
des vicissitudes de la vie politique locale de cette province. Dès lors, la presse officielle ou
proche du pouvoir a successivement désigné l’adversaire par : « la meute » (shirdhima),
« la bande de subversion et de terrorisme » (‘isâbat al-takhrîb wa al-irhâb), « les
imamites », « les rebelles zaydites », « les rebelles chiites duodécimain »…, pour se
stabiliser finalement sur le nom « huthistes ». De leur côté, les partisans d’al-Hûthi
(dénomination que nous adoptons) se disent rarement « huthistes », mais « adeptes du
slogan » (asshâb al-shi‘âr) ou « partisans de la vérité » (ansâr al-haqq)
10
.
Avant l’arrêt du cinquième « round » de la guerre en juillet 2008, les luttes internes au
pouvoir étaient peu visibles au sujet de Saada. Une certaine cohérence pouvait apparaître
dans la campagne médiatique contre les partisans d’al-Hûthi. Celle-ci s’est caractérisée
par une stigmatisation identitaire, qui s’est notamment accompagnée d’une tentative de
réécriture de l’histoire du zaydisme
12
. En effet, un bon nombre d’articles a porté sur des
évènements de l’histoire médiévale, et a fait la Une de certains journaux. Certains
décrétèrent même que le zaydisme qu’avait connu le Yémen pendant un millénaire n’était
pas le « vrai », parce qu’il ne s’inscrivait pas dans la lignée directe de Zayd, l’imâm
fondateur, mais dans celle d’al-Hâdî, l’introducteur « apocryphe » de cette école au
Yémen. Les « prétendus » zaydites ne seraient ainsi que des « hadawites » (adeptes
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d’al-Hâdî). Parfois, ils ont même été taxés de jarudites
13
. Dans cette lutte de
dénomination, les membres du groupe visé se trouvent ainsi privés de la liberté de donner
un nom à leur propre identité collective.
Cette forte présence idéologique du passé connut son paroxysme avec la fondation début
2007, par des journalistes proches du pouvoir et ayant un passé islamiste sunnite, d’un
« centre de recherche » portant le nom très symbolique de Nashwân b. Sa‘îd al-Himyarî.
Symbolique, dans la mesure où ce qâdî, poète et acteur politique du XII
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siècle était connu
pour ses diatribes anti-sâda. Ce centre a édité quatre ouvrages présentant une approche
particulièrement normative et caricaturale de l’histoire et de la pensée zaydite. Enfin,
début 2009, les journalistes en question ont également mis en place un site Internet du
nom de Nashwân News (www.nashwannews.com).
Ayant pour slogan « La neutralité, un grand mensonge médiatique », ce site a été conçu
pour être l’arme idéologique visant à contrer la réaffirmation politique zaydite. En effet,
excepté quelques articles journalistiques ponctuels, on y trouve des études s’attaquant aux
sâdaet à la mouvance zaydite en général, dont le but serait de rétablir l’imamat avec
l’appui supposé de l’Iran. Dans une rubrique consacrée à la biographie de Nashwân, les
auteurs du site mettent notamment en relief son origine qahtâni, donc
« authentiquement » yéménite, contrairement à l’origine ‘adnâni des imams zaydites, qui
seraient (eux) « accessoirement » yéménites
14
.
Dans « Les fleurs et les pierres. La révolte chiite au Yémen et la position des minorités
chiites dans le nouveau scénario », le journaliste ‘Âdil al-Ahmadi (2008) entraîne le
lecteur dans les labyrinthes de la théorie du complot. Dès l’introduction, il confond plus ou
moins « zaydisme » avec « chiisme duodécimain », et définit le « huthisme » de la
manière suivante : « un mouvement politique qui s’inscrit dans le sillage du courant de
l’imamat chiite jarudite au Yémen, et qui profite de l’intrusion duodécimaine iranienne
dans la région » (Idem, p. 11). Quelques lignes plus loin, il parle de « huthisme
duodécimain » (Ibid.). L’ouvrage est composé de sept chapitres : dans les trois premiers,
l’auteur s’attelle à la tâche de réécriture de mille ans d’Histoire du zaydisme. Dans le
quatrième chapitre, dont le titre « Un projet à la recherche d’une terre » fait implicitement
allusion au sionisme, il s’interroge sur les raisons de la persistance de l’imamat en tant que
projet malgré le triomphe de la révolution républicaine du 26 septembre 1962. Les
cinquième et sixième chapitres sont consacrés à l’actualité politique, avec respectivement
l’historique de la guerre de Saada, de la Jeunesse croyante aux « huthistes », et la position
de l’Iran dans la nouvelle donne géopolitique et sa supposée collusion implicite avec les
États-Unis. Enfin, dans le dernier chapitre Ahmadi revisite l’Histoire et prétend, versets
coraniques à l’appui, déconstruire le « quiétisme » chiite (taqiyya).
Pour sa part, Ahmad Muhammad ‘Ali al-Hâdiri invite, à travers un premier livre, « La
sédition de l’imamat à travers les temps, l’exemple du Yémen »
15
, à lire les mille ans
d’histoire de l’imamat d’une façon monolithique. Par le biais de son second ouvrage,
« Histoire des imams hadawites au Yémen, la pensée et la pratique »
16
, il nie de façon
évidente la nature zaydite de l’imamat au Yémen. Au début des deux livres, l’auteur
consacre quelques pages à l’exposé de ce qu’il appelle « la problématique de la recherche,
l’importance de la recherche, les hypothèses de la recherche, la méthodologie de l’étude,
les sources d’informations, la méthode d’analyse, les limites objectives et temporelles de la
recherche ». Par le biais de ce jargon, il tente de conférer une caution scientifique à son
travail, ce qui transparaît clairement lorsqu’il précise que sa recherche « se base sur les
concepts du courant structuralo-fonctionnaliste »
17
. Or, ce souci de scientificité qui figure
dans la préface, s’est avéré inversement proportionnel au contenu des deux livres, contenu
hautement normatif et largement essentialiste. Pour ne prendre qu’un exemple, citons la
chute du second livre, qui exprime bien la sentiment de l’auteur envers les zaydites à
travers une métaphore biologique : « les adeptes de la pensée hadawite et ceux qui en
profitent sont comme la bactérie unicellulaire qui peut se conserver dans les pires
conditions, et quand elle trouve un climat propice comme le corps esquinté, elle prolifère
par division binaire »
18
.
L’ouvrage du journaliste ‘Abd al-Fattâh al-Batûl, président du centre Nashwân b. Sa‘îd al-
Himyari, « Les fils de l’obscurité, l’imamat zaydite au Yémen 284-1382 h »
19
se veut une
référence en matière de réécriture de l’histoire générale de l’imamat zaydite, du début
jusqu’à sa chute en 1962. Racontant les règnes de chaque imam, et s’attardant sur certains
évènements, l’auteur finit par parler de l’expression politique zaydite après l’Unité, du
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Cartographie du paysage médiatique
manifeste des oulémas zaydites de novembre 1990, dans lequel est déclaré l’abandon de
l’imamat à la guerre de Saada, dans laquelle il a voulu voir une tentative de restauration de
l’imamat. S’il a choisi de commencer son livre par un verset coranique, mettant en relief
l’égalité de tous, et déniant ainsi la position privilégiée des sâda, Batûl le conclut en se
référant à un poème dont le dernier vers nie la « yéménité » des sâda : « mais malgré le
temps écoulé, vous êtes restés une diaspora sur notre terre » (wa lâkin ‘ala rughmi marr
as-sinîn, baqîtum ‘ala ardina jâliya) (Idem, p. 444).
Ainsi, à côté d’une contestation des fondements historiques de l’école zaydite, les propos
des auteurs de ces quatre livres, tendent à différencier de manière récurrente les
« Yéménites » d’une part, et les « hachémites » (ou sâda) et les « hadawites » de l’autre,
renvoyés à leur lointaines et pluriséculaires origines hijâzî, mésopotamienne ou persane.
Enfin, la « stratégie » médiatique du pouvoir a également été marquée par l’exposé de
théories du complot des plus rocambolesques, parmi lesquelles la « collusion originelle
entre chiisme et judaïsme » a occupé une place de choix
20
.
Le 17 juillet 2008, à l’occasion du 30
ème
anniversaire de son accession au pouvoir, ‘Ali
‘Abd Allah Sâlih a jugé bon de redorer le blason de son règne, en déclarant la fin du
cinquième « round » de la guerre de Saada. Cette décision unilatérale a provoqué une
division dans le camp de la presse du pouvoir (qui refléta les luttes internes de celui-ci), et
a ainsi créé un clivage, ne correspondant pas au clivage politique principal entre le
Congrès Populaire Général (CPG), parti au pouvoir, et la Rencontre Commune (RC)
21
.
Trois grandes tendances se sont profilées sur cette question. La première a été représentée
par la presse officielle - notamment le 26 september (l’organe de l’armée), al-Mîthâq
(l’organe du parti) et al-Thawra (le principal quotidien national) - qui accueillit
favorablement l’arrêt de la guerre, et prit implicitement la décision de tourner cette page
en cessant globalement de poursuivre la campagne à l’encontre des partisans d’al-Hûthi,
et plus généralement, à l’encontre du zaydisme et des sâda.
La deuxième tendance se retrouve dans la presse liée à ‘Ali Muhsin al-Ahmar (un des
piliers du pouvoir, chef de la première division blindée et chef militaire de la région du
nord-ouest), ainsi que dans celle liée au Rassemblement Yéménite pour la Réforme (al-
Islâh). Ces journaux ont plus ou moins condamné la décision du président, de mettre fin à
la guerre.
Tout en étant le principal parti de l’opposition, l’Islâh a tout le long de la guerre, fait plus
ou moins profil bas au sujet de la gestion du dossier de Saada par le pouvoir. En fait, pour
l’Islâh, et sur cette question précisément, le confessionnel primait sur le politique et le
clivage régional sunnite / chiite sur le clivage CPG / RC. De surcroît, le parti islamiste
sunnite craignait que son quasi-monopole sur la mobilisation politique islamique soit
brisé par la résurgence zaydite des partisans d’al-Hûthi
22
.
Ainsi, aussi bien Akhbâr al-Yawm et al-Shumû‘ (tout deux proches de ‘Ali Muhsin al-
Ahmar), qu’al-Sahwa (organe de l’Islâh), al-Nâss, al-Ahâli et al-Masdar (proches de
l’Islâh), ont poursuivis leurs attaques envers les partisans d’al-Hûthi, et plus globalement
contre le zaydisme et les sâda.
Pour illustrer ce propos sur la lutte interne au sein du camp anti-« huthiste », la
comparaison des titres de la deuxième semaine d’octobre 2008 est intéressante. Alors que
les journaux liés à ‘Ali Muhsin al-Ahmar et à l’Islâh estimaient que le report du ‘îd al-fitr
par les partisans d’al-Hûthi
23
signifiait une démarche sécessionniste, la presse officielle a
observé un silence révélateur.
Quant à la troisième tendance, elle concerne les journaux « libéraux » (au sens américain
du terme) et socialistes, ainsi que les organes et sites Internet zaydites. Dès le début, ils se
sont positionnés contre la guerre, et ce, bien avant d’attendre la décision de Sâlih, de
juillet 2008.
Ici, nous pouvons dire qu’il y a eu une sorte de partage implicite des tâches. Al-
Nidâ’ (hebdomadaire « libéral ») s’est focalisé sur l’aspect humanitaire de la guerre avec
des dossiers sur les déplacés et les disparus, et al-Shâri‘ (hebdomadaire également
« libéral ») s’est penché sur les « mercenaires » locaux, pour la plupart membres de tribus
provenant de l’extérieur de Saada et payés pour y combattre aux cotés de l’armée. Quant à
al-Thawri et aleshteraki.net, la marginalisation depuis la « guerre de sécession » de mai-
juillet 1994 du Parti Socialiste Yéménite dont ils sont les organes, les a poussé à faire
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Al-Hûthi et l’arme médiatique : des techniques primitives à
Internet
preuve d’empathie, voire de sympathie, envers ces autres exclus que sont les partisans d’al
-Hûthi
24
.
Jusqu’au cinquième « round » de la guerre, les partisans d’al-Hûthi n’étaient pas
conscients de l’importance de la construction d’une stratégie médiatique, par le biais de
laquelle ils pourraient répliquer à la presse du pouvoir. En effet, pendant les trois
premiers « rounds » qui eurent lieu entre juin 2004 et février 2006, les moyens à l’aide
desquels ils ont diffusé leurs idées étaient simples, pour ne pas dire primitifs. À l’intérieur
de la province de Saada, les partisans d’al-Hûthi distribuaient des missives sous forme de
tracts manuscrits. Pour joindre certains journalistes de la capitale, en vue de présenter un
démenti de la couverture médiatique officielle de la guerre, ils les contactaient par
téléphone, fixe et portable, or les communications étaient très souvent interrompues.
Grâce à des puces saoudiennes et au satellite al-thurayya, les partisans d’al-Hûthi
pouvaient joindre Sanaa
25
.
Avec le quatrième « round » de la guerre, on a assisté à l’entrée en scène des DVD. Les
combattants filmaient des batailles, des dégâts matériels et humains provoqués par
l’armée yéménite. Pour faire parvenir ces DVD aux journalistes de Sanaa, des femmes ont
parfois été mobilisées. Le fait qu’elles soient presque entièrement voilées leur épargnait
d’être arrêtées et fouillées aux postes de contrôle sur la route Saada-Sanaa.
Mais c’est lors du cinquième « round » de la guerre que s’effectue un saut qualitatif dans
l’action médiatique des partisans d’al-Hûthi : la mise en place d’un bureau médiatique du
sayyid ‘Abd al-Malik al-Hûthi, sous la forme d’un site Internet, en l’occurrence
almenpar.net (La tribune)
26
. Derrière ce proget, se trouve un groupe de jeunes, qui avant
la guerre, ne se déterminaient pas comme zaydites. Pendant celle-ci, ils ont été arrêtés en
raison de la connotation hachémite de leur nom. En sortant de prison, ils sont « devenus »
zaydites, et ont décidé de convaincre ‘Abd al-Malik al-Hûthi du bien fondé de la riposte
médiatique électronique. Pour ce faire, ils sont partis au Caire faire un stage
d’informatique, et sont revenus au Yémen forts d’une certaine expérience
27
. Avec les
versions électroniques (newomma.net et al-shoura.net), des organes des deux partis
zaydites et le site al-majalis.com, almenpar.net et Saada Online ont constitué une nouvelle
arme dans le cadre de cette contre-offensive.
Le site al-majalis.com est appelé majâlis âl-Muhammad (les « salons » des descendants
du Prophète). Il s’agit d’un forum de discussion, dans lequel interviennent des
internautes, intéressés par des sujets aussi divers que le sont les sections du site : études et
recherches historiques portant sur le Yémen, politique, avis juridique, dialogue avec les
autres écoles de jurisprudence islamiques, biographie des oulémas zaydites, littérature,
famille, femme, etc.
Quant à almenpar.net, en plus des rubriques classiques (informations rapides, locales,
arabes et internationales, interviews, culture, opinion), il contient une documentation qui
est pour le moins originale : des vidéos sur la guerre, des rapports, et deux périodiques
portant le nom de bashâ’ir al-nasr (« Les prémisses de la victoire ») et al-haqîqa (« La
vérité »). Tandis que les publications des numéros du premier périodique coïncident avec
la durée du cinquième « round » de la guerre (mai-juillet 2008), celles du second
périodique ont été lancées en décembre 2007, et existent toujours aujourd’hui à un
rythme bimensuel. Si les 9 numéros de bashâ’ir al-nasr étaient signés par le
« département de l’information guerrière », almenpar.net exhibe en haut de sa page
principale le slogan « Non à la violence », qui figure sur une banderole tenue par des
manifestants yéménites revendiquant l’arrêt de la guerre de Saada. Enfin, notons que
quand almenpar.net est censuré, il est alors accessible par l’adresse almenpar.com,
almenpar.org ou almenpar.info…, le temps que le pouvoir en prenne acte et les bloque à
leur tour.
Fin juin 2009, un nouveau site Internet intitulé Saada Online
(www.yemen.sadahonline.org) a été créé. Ayant pour slogan « shâhid min
ahliha » (« témoin de l’intérieur »), ce site n’est pas organiquement lié aux partisans d’al-
Hûthi, même si sa ligne éditoriale en adopte la même démarche. En plus des
republications d’articles traitant de Saada parus dans d’autres journaux, revues ou sites
Internet, et d’un portrait pluridimensionnel de la province (géographie, démographie,
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Bibliographie
climat, topographie, artisanat, urbanisme et agriculture), ce site propose un certain
nombre de conférences ou « leçons » (malâzim) de Husayn al-Hûthi, retranscrites en
version .pdf à partir de cassettes audio. Et en plus de publier des écrits relevant de la
pensée zaydite, Saada Online renvoie aussi à d’autres sites consacrés à la revitalisation du
patrimoine zaydite, comme celui de la Fondation Culturelle de l’Imam Zayd b. ‘Ali
(http://www.izbacf.org), ou celui consacré à l’œuvre de l’ouléma Majd al-Dîn al-
Mu’ayyadi, intitulé Mawqi‘ al-zaydiyya wa marja‘uha (Le site du zaydisme et de son
savant de référence, http://www.azzaidiah.com). Enfin, notons que si Saada Online publie
des caricatures, il met néanmoins en ligne des vidéos de massacres perpétrés par l’armée
yéménite contre les civils de la province septentrionale.
Afin de contourner l’inaccessibilité de ces sites depuis le Yémen, les partisans d’al-Hûthi
ont profité du fait que la technologie de la censure n’était pas assez développée dans le
pays pour atteindre les boîtes mail. Il suffisait qu’un internaute sympathisant résidant à
l’étranger accède aux sites susmentionnés, fasse un « copier-coller » sur sa boîte mail, et
les transfère aux destinataires yéménites (CHEVALIER, 2009). Ceux-ci, notamment les
journalistes, ont alors eu accès à des récits bien différents de ceux véhiculés par la presse
officielle. De surcroît, ils ont pu accéder à des photos ou vidéos relativisant les tracts du
gouvernement, qui annonçaient sans cesse la victoire de telle ou telle bataille, ou la prise
de telle ou telle position militaire. De l’aveu de journalistes indépendants qui ne partagent
ni ses idées ni son origine confessionnelle, al-Hûthi a acquis une grande crédibilité à
travers ces nouveaux moyens de communication. Il est même devenu la source principale
de leurs informations à partir du cinquième « round » de la guerre. Par ailleurs, l’un des
rédacteurs en chef note, que via Internet, al-Hûthi a rendu un grand service aux
journalistes opposés à l’offensive militaire gouvernementale, dans la mesure où il n’avait
plus besoin d’envoyer à leur domicile des DVD sur la guerre, et qui auparavant
constituaient une preuve, aux yeux des services de sécurité, de leur connivence ou de leur
complicité avec les «rebelles»
28
.
L’intensité du traitement par les médias yéménites de la guerre de Saada, en dépit de
l’inaccessibilité géographique de la province
29
, constitue un paradoxe frappant. Les
journalistes yéménites en sont conscients, et c’est en citant l’une d’entre eux, que nous
conclurons notre propos : « Cette guerre restera dans l’histoire du pays comme une guerre
sans information, une guerre sans documentation, une guerre avec beaucoup de rumeurs,
une guerre avec peu de photos, une guerre sans récits de guerre …»
30
.
AHMADI, ‘Âdil (al-), 2007 : al-Zahr wa al-Hajar, al-Tamarrud al-shî‘î fi-l-yaman wa
mawqi‘ al-aqalliyyât al-shî‘iyya fi al-sinârio al-jadîd (Les fleurs et les pierres. La révolte
chiite au Yémen et la position des minorités chiites dans le nouveau scénario), Sanaa,
Markaz Nashwân b. Sa‘îd al-Himyarî li-l-dirâsât wa-l-nashr.
BATÛL, ‘Abd al-Fattâh (al-), 2007 : Khuyut al-zalâm, ‘asr al-imâma al zaydiyya fi-l-
yaman, 284-1382 h (Les fils de l’obscurité. Le temps de l’imamat zaydite au Yémen 284-
1382 h), Sanaa, Markaz Nashwân b. Sa‘îd al-Himyarî li-l-dirâsât wa-l-nashr.
BONNEFOY, Laurent, 2007 : Les relations religieuses transnationales contemporaines
entre le Yémen et l’Arabie Saoudite : un salafisme « importé» ?, Thèse de Doctorat, Paris,
IEP.
BURGAT, François, 2006 : « Le Yémen après le 11 septembre 2001: entre construction de
l’État et rétrécissement du champ politique », Critique internationale, n˚32, p. 9-21.
CHEVALIER, Patrice, 2009 : « Informer au Yémen : les journalistes du Net », dans
GONZALEZ-QUIJANO, Yves et GUAAYBESS, Tourya (dir.), Les Arabes parlent aux Arabes,
La révolution de l’information dans le monde arabe, Arles, Actes Sud, p. 219-220.
DORLIAN, Sami, 2008 : « Les reformulations identitaires du zaydisme dans leur contexte
socio-politique contemporain », Chroniques Yéménites, nº 15, p. 161-176.
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Notes
1. . Ce papier n’aborde pas les changements survenus au paysage médiatique yéménite dans le contexte de
l’intervention saoudienne armée dans la guerre de Saada (novembre 2009 - février 2010).
2. Le zaydisme est une école du chiisme qui tire son nom de l’imam Zayd b. ‘Alî Zayn al-‘Âbidîn, un
descendant de ‘Alî b. Abî Tâlib, cousin, gendre puis calife du prophète Muhammad. Il stipule que seuls les
sâda qui sont descendants de ‘Alî et de Fâtima (fille du Prophète) peuvent prétendre à l’imamat, la direction
spirituelle et temporelle de la communauté musulmane. Au Yémen, l’imamat zaydite a été fondé en 897 à
Saada, par l’imam al-Hâdî ilâ - l - Haqq Yahyâ b. al-Husayn, et a duré un millénaire avant qu’il ne soit
renversé par la révolution républicaine du 26 septembre 1962. Dans le contexte pluraliste de l’unification du
pays en 1990, l’acte fondateur du Hizb al-Haqq fut un manifeste réformiste déclarant l’abandon de l’imamat,
et conciliant par conséquent le zaydisme et la République. Voir HAYKEL, 1999.
3. Tout en étant civile cette guerre (1962-1970) avait clairement une dimension régionale. L’appui des
Saoudiens aux royalistes d’une part, et le soutien de l’Égypte nassérienne aux républicains d’autre part, ont
inscrit ce conflit dans le cadre de ce que Malcolm KERR (1971) a appelé la « guerre froide arabe ».
4. Le qât est une plante stimulante que l’on « emmagasine » (takhzîn) dans la bouche en la mastiquant les
après-midi, dans le cadre de séances nommées maqâyil (singulier maqyal), et qui se déroulent dans une
pièce appelée généralement mafraj. Elle est interdite en Arabie Saoudite.
5. Notons qu’en 1990, les Frères musulmans ont conclu une alliance avec ‘Abd Allah al-Ahmar, grand cheikh
des Hâshid, la plus forte confédération tribale du pays. De cette alliance est né le Rassemblement Yéménite
pour la Réforme (al-Islâh), dirigé par al-Ahmar qui est d’origine zaydite, mais ne se détermine pas
politiquement comme tel. Voir HAMZAWI, 2009.
6. Un des surnoms informels du président Sâlih, même s’il ne lui est pas réservé. D’origine turque, le vocable
fandemsignifie « mon maître ».
7. ‘Abd al-Karîm al-Khaywâni, ancien rédacteur en chef d’al-Shûra, organe de l’Union des Forces Populaires
(UFP, renouveau zaydite) est l’exemple typique du défi des « lignes rouges ». Pour avoir osé ouvrir, en été
2004, le dossier de la transmission héréditaire du pouvoir dans les pages de son journal, il n’a cessé depuis
lors, de subir toute sorte de pressions : emprisonnement, disparition, passage à tabac, etc.
8. Au Yémen, le terme « hachémite » ne renvoie pas à l’ensemble des branches issues de Hâshim, mais juste
à celle des descendants de ‘Ali et de Fâtima.
9. Fondée à Saada par une dizaine d’étudiants en sciences religieuses au début des années 1990, « la
Jeunesse Croyante » visait à revivifier la pensée zaydite par une activité intense d’éditions de manuscrits
historiques. Les raisons de sa séparation du Hizb al-Haqq résident dans un différend intellectuel avec le
président du parti et un différend politico-organisationnel avec son secrétaire général. Notons que c’est
Husayn al-Hûthi qui dirigea cette scission en 1997.
10. Usâma Sâri (journaliste et partisan d’al-Hûthi), entretien avec l’auteur, al-Jirâf (banlieue nord de
Sanaa), 18 octobre 2008.
HÂDIRI, Ahmad Muhammad ‘Alî (al-), 2007 : Târikh al-a’imma al-hâdawiyyîn fi-l-
yaman, al-fikr wa-l-tatbîq (L’histoire des Imams al-hadawiyyin auYémen. La pensée et
la pratique), Sanaa, Markaz Nashwân b. Sa‘îd al-Himyarî li-l-dirâsât wa-l-nashr.
HÂDIRI, Ahmad Muhammad ‘Alî (al-), 2007 : Fitnat al-imâma wa-l-hukm ‘abr al-‘usûr,
al-yaman namûdhajan (La discorde de l’imamat. Le pouvoir à travers les siècles. Le cas
duYémen), Sanaa, Markaz Nashwân b. Sa‘îd al-Himyarî li-l-dirâsât wa-l-nashr.
HAMZAWI, Amr, 2009 : « Between government and opposition : the case of the Yemeni
Congregation for Reform », Carnegie Papers, nº 18, november.
HAYKEL, Bernard, 1999 : « Rebellion, Migration or Consultative Democracy ? The Zaydis
and their Detractors in Yemen », dans MERMIER, Franck, LEVEAU, Rémi et STEINBACH,
Ugo (dir.), Le Yémen contemporain, Paris, Karthala, p. 193-201.
KERR, Malcolm, 1971 : The Arab Cold War, Gamal Abd al-Nasir and his rivals : 1958-
1970, Londres et New York, Oxford University Press.
LAMBERT, Jean, 2008 : « Les enjeux identitaires de l’écriture de l’Histoire dans le Yémen
contemporain », Transcontinentales, 6 (1
er
semestre), p. 57-71.
WEIR Shelagh, 1997 : «AClash of Fundamentalism : Wahhabism in Yemen », Middle East
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11. Dans ce point, nous reprenons et développons un passage que nous avons publié dans DORLIAN 2008.
12. Pour une analyse globale de la forte présence du passé au Yémen, voir LAMBERT 2008.
13. Adeptes d’Abu Jarûd, figure datant des débuts du zaydisme à al-Kûfa, et qui fut à l’origine d’un courant
adoptant des positions proches (et seulement proches) de ce qui allait devenir plus tard le chiisme
duodécimain.
14. Qahtân est considéré comme étant l’ancêtre éponyme des arabes du Sud (Les «vrais» arabes) tandis que
‘Adnân est perçu comme étant l’ancêtre éponyme des arabes du Nord (les arabes arabisés).
15. AL-HÂDIRÎ 2007.
16. Idem.
17. AL-HÂDIRI, 2007, op.cit, p.11.
18. Ibidem, p. 333.
19. AL-BATÛL2007.
20. Selon ce récit, un juif de Sanaa du nom de ‘Abd Allah b. Saba’ serait à l’origine du chiisme, afin de semer
la division entre les musulmans.
21. La Rencontre commune est une alliance des partis d’opposition : Le Rassemblement Yéménite pour la
Réforme (Al-Islâh - Frères musulmans), le Parti Socialiste Yéménite (PSY), l’Organisation Unitaire
Nassérienne, une section du parti Baath (nationaliste arabe), le Hizb al-Haqq et l’Union des Forces
Populaires (renouveau zaydite).
22. Notons que le Hizb al-Haqq et l’UFP sont deux petits partis, et n’ont de ce fait guère concurrencé al-Islâh
sur le terrain de la large mobilisation politique islamique.
23. L’État Yéménite s’est aligné sur l’Arabie Saoudite dans le choix du premier jour de l’‘îd, ce que les
partisans d’al-Hûthi ont refusé.
24. Cette sympathie est aussi due en partie au fait que le rédacteur en chef d’aleshteraki.net est un ancien
dirigeant du Hizb al-Haqq. Tout en étant au PSY, il tient à exhiber son appartenance zaydite. Ce fait, entre
autres, reflète le caractère peu institutionnalisé et original de la vie politique yéménite.
25. Muhammad al-Ghubâri (journaliste indépendant), entretien avec l’auteur, Sanaa, 30 septembre 2008.
26. Le terme « tribune » se traduit par al-minbar et non al-menpar. Si les partisans d’al-Hûthi ont eu
recours à cette translittération déformée, c’est en raison de l’existence de plusieurs sites arabes non
yéménites, portant le nom d’al-minbar.
27. ‘Ali al-Daylami (activiste dans le domaine des droits de l’homme et membre dirigeant de l’UFP),
entretien avec l’auteur, Sanaa, 9 octobre 2008.
28. Sâmi Ghâlib (rédacteur en chef d’al-Nidâ’), entretien avec l’auteur, Sanaa, 2 octobre 2008.
29. En juin 2007, à la fin du quatrième « round » de la guerre, certains journalistes indépendants ont été
autorisés à se rendre dans le district de Râzih (à l’ouest de la province de Saada) uniquement. Or, ce district
était sous le contrôle militaire d’un bataillon dont le dirigeant n’était pas lié au chef militaire de la région du
nord-ouest et avait, de ce fait, de bons rapports avec la population de Râzih. Par conséquent, les
observations que l’on pouvait faire dans ce district sont loin d’être la représentation fidèle de ce qui s’est
réellement passé dans le reste de la province tout au long de la guerre.
30. Muna Safwân, « Athnâ’ al-Harb, haddid mawqi‘ ikhtibâ’ak bi diqqa » (Pendant la guerre, précise le lieu
de ta cachette avec nuance), al-Nidâ’, 5 juin 2008.
Référence électronique du chapitre
DORLIAN, Sami. Yémen : observations sur le traitement médiatique de la guerre de Saada. In : Médias et
islamisme [en ligne]. Beyrouth : Presses de l’Ifpo, 2010 (consulté le 26 février 2013). Disponible sur
Internet : <http://books.openedition.org/ifpo/1372>.
Référence électronique du livre
LAMLOUM, Olfa (dir.). Médias et islamisme. Nouvelle édition [en ligne]. Beyrouth : Presses de l’Ifpo, 2010
(consulté le 26 février 2013). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifpo/1359>.
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