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INTRODUCTION

A M. LE DUC DE BROGUE

MONSIEUR

LE

DUC,

Si je ne vous dédiais pas ce livre, je me croirais
deux fois ingrat.
J'oublierais

que vous avez approuvé mon dessein, aidé mes recherches, encouragé ma persévérance.
J'oublierais

surtout que la question à laquelle je
consacre mes efforts vous appartient. Votre main plus
qu'aucune autre a contribué par des coups répétés à
briser enfin le lien pesant et injuste qui retenait dans
l'esclavage, à l'ombre du drapeau français, en face
des autels chrétiens, au milieu du dix-neuvième
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IV

INTRODUCTION.

sièCLE

DEUX

cent cinquante mille créatures hu-

maines.
Vous avez, le 28 mars 1822, proposé à la Chambre
des pairs une adresse au Roi, afin de lui demander
d'ordonner les mesures propres à mieux assurer l'entière abolition du commerce des esclaves.
„ Vous avez, le 24 janvier 1827, à propos de l'article 1er du projet de la loi sur la répression de la
traite des noirs, prononcé un mémorable discours
dont le souvenir n'a pas péri avec le temps1.
Vous avez été appelé, le 26 mars 1840, à la présidence de la commission célèbre, chargée de préparer l'abolition de l'esclavage et la constitution politique des colonies.
Vous avez, en mars 1843, après une immense enquête et d'énormes travaux, présenté au ministre de
la marine le rapport de cette commission.
Vous avez signé, le 29 mai 1845, après l'avoir
négociée, la convention conclue avec Sa Majesté Britannique, pour la répression de la traite des noirs,
convention qui mettait d'accord les intérêts de l'humanité avec les justes susceptibilités nationales, excitées par les traités de 1831 et 1833, et par la convention de 1841.
Vous avez soutenu, le 7 juillet 1845, par un disV. le savant mémoire à l'Institut de M. Charles Giraud, sur l'esclavage des nègres, Comptes rendus de l'Académie des Sciences morales, 1861, p.

194.

INTRODUCTION.

V

cours à la Chambre des pairs, les projets de loi destinés à favoriser le rachat, l'éducation et le bien-être
des esclaves.
Vous avez, le 13 janvier 1846, défendu la convention du 29 mai, attaquée devant la Chambre des
pairs.
Après l'abolition de l'esclavage (4 mars 1848),
lorsqu'il devint urgent de rétablir dans nos possessions lointaines, l'ordre compromis par la Révolution,
c'est à vous qu'on demanda, le 22 novembre 1849,
de présider la commission chargée de préparer le
nouveau régime des colonies.
*
Dix ans plus tard, quand une nouvelle commission
coloniale examina les questions difficiles soulevées
par l'enrôlement des noirs sur la côte d'Afrique, c'est
encore à vous, en 1858, que cette commission s'adressa, ne croyant pas pouvoir se passer, en pareille
matière, de l'autorité de votre incomparable expérience.
Que serait-ce, si j'ajoutais à l'énumération de tant
d'actes publics les résultats de votre influence, constamment occupée, pendant ces quarante années,
des intérêts obscurs des humbles clients dont la Providence vous fit l'avocat !
Vous avez rencontré dans cette lutte d'obstinés contradicteurs, mais d'infatigables alliés. Il ne faut pas
se plaindre, quand on peut associer à la défense d'une
même cause la raison pratique de MM. Passy et de

VI

INTRODUCTION.

Tracy, auteurs des premiers projets d'abolition, l'admirable langage de MM. de Rémusat et de Tocqueville, rapporteurs de cesprojets, l'éloquence de M. Guizot, de M. de Lamartine ou de M. Berryer, la foi de
M. de Montalembert, le zèle de M. de Gasparin, la
science de M. Wallon, l'ardeur démocratique de
M. Schœlcher, en un mot le concours des soldats divers et nombreux de cette vaste armée que la justice,
en France, a le pouvoir de recruter au sein de tous
les partis.
11 n'est pas une année, presque pas un jour où, de
concert avec ces généreux auxiliaires, vous n'ayez,
pendant quarante ans, tenu en éveil le pouvoir par des
interpellations, l'opinion par des publications, les auteurs par des récompenses, les voyageurs par des
questions, la France et l'Europe par des débats répétés, vaste et pacifique agitation de la miséricorde
qu'avait déjà vue l'Angleterre, et qui, grandissant peu
à peu, élevant enfin la voix au-dessus des clameurs
de l'intérêt, a fini par écrire, au fonds de toutes les
consciences, un acte d'accusation irrésistible contre
l'esclavage. Par votre mémorable rapport de 1843,
vous avez rédigé la sentence, vous avez prononcé la
condamnation; la République de 1848 eut l'honneur
de l'exécuter.
L'abolition de l'esclavage dans les colonies de la
France vous est principalement due. Après les fatigues d'une longue carrière mêlée de triomphes et de

INTRODUCTION.

VII

mécomptes, il η est pas, selon la belle expression de
M. Guizot 1, « il n'est pas de sueurs qu'une telle
palme ne sèche sur le front on on la pose. »
Cependant, ému par le bruit des agitations violentes des États-Unis, vous suivez d'un regard inquiet
l'esclavage sous ses nouveaux aspects, n'affligeant
plus seulement quelques petites sociétés secondaires,
mais, agrandi, envenimé, menaçant la paix, l'honneur, l'existence même d'une des premières nations
que la terre possède et que l'histoire ait nommées.
V
ous vous demandez si, dans cette triste vie, comme
on pleure une à une ses affections, de même il faut
porter le deuil de ses espérances, s'il faut renoncer à
l'abolition de l'esclavage, quel est l'état actuel, quel
est l'avenir de cette grande question, l'une des passions de votre âme. Où en sommes-nous après un
siècle d'efforts ?

I

Il y a plus d'un demi-siècle, le 2 avril 1792, à l'époque où M. Wilberforce sollicitait du parlement
anglais l'abolition de la traite, M. Pitt s'écriait:
« L'humanité est sur le point d'être délivrée du plus
1

Vie de Washington.

VIII

INTRODUCTION.

grand mal pratique qui ait jamais affligé notre race
de la calamité la plus lourde et la plus étendue dont
l'histoire du monde ait gardé la mémoire1. » Cette
couronne que le dix-huitième siècle n'a pas obtenue,
le dix-neuvième siècle, déjà penché vers ses dernières années, ne la porte pas encore dans ses mains,
car le grand ouvrage de l'émancipation des esclaves
au sein des nations chrétiennes est loin d'être terminé.
La traite, sans parler des lois spéciales de chaque
pays, a été condamnée par trois congrès, une bulle
du Pape, vingt-six traités, et plus de cent conventions avec les petits souverains de l'Afrique. De glorieuses journées ont vu naître à la liberté huit cent
mille esclaves affranchis par l'Angleterre 2, deux cent
cinquante mille affranchis par la France3, quelques
milliers affranchis par le Danemark et par la
Suède.
Mais la traite s'exerce encore; elle défie les lois,
elle brave les croisières. Les Etats-Unis possèdent à
eux seuls plus de quatre millions d'esclaves'; le Brésil,
1

« Mankind is now likely to be delivered from the greatest practical

evil that ever has afflicted the human race, from the severest and most
extensive calamity recorded in the history of the world. »
Ce discours est dans les livres et pieces sur l'esclavage, réunis par
Grégoire, ancien évêque de Tours, qui appartiennent maintenant à la
bibliothèque de l'Arsenal.
2

Nombre exact : 770,590, non compris l'Inde et Ceylan.

3

Nombre exact : 248,560, y compris le Sénégal, Nossi-Bé, Sainte-

Marie.

s'arrête encore . membres de la même fa1 Wallon. les colonies hollandaises. sans parler du inonde païen. tome 1% chap. est au petit nombre des vérités que l'Évangile. La philosophie donne à tous les esclaves l'âme égale à la nôtre que lui refusait peut-être Aristote1. est-ce pour se reposer? est-ce pour se repentir? Le silence de l'opinion et de ses maîtres a une autre cause. Symon de Lalreiche. L'illégitimité de la servitude. est-elle éteinte ou silencieuse? Il semble que ce siècle si vite épris. 1841. On se tait. Histoire de l'Esclavage dans l'antiquité. xi. Il reste donc sur la terre chrétienne. parce que tout est dit. p. trad. . et à qui revient l'immortel honneur d'avoir assuré un des plus beaux triomphes que les sociétés humaines aient jamais remportés sur elles-mêmes.INTRODUCTION. Abolition de l'Esclavage par le Clnistianisme dans les quinze premiers siècles. 356. p. n. 199. six cent mille. en effet. près de cent mille. malgré d'importantes différences. les colonies espagnoles. IX deux millions au moins. La physiologie déclare le noir et le blanc. la science et la liberté politique. près de sept millions d'esclaves baptisés ! Pourquoi donc la voix des hommes illustres qui ont mené l'œuvre de l'émancipation si loin. ont rendues maîtresses de la conscience humaine dans toute l'Europe. sitôt lassé de tant de causes généreuses. ehap. — Moehler.

acceptent la même conclusion. la politique. monarchiques ou républicaines. Renouard. déteste l'esclavage parce qu'il opprime la race inférieure . 1 Du Droit industriel. L'histoire ne découvre entre les possesseurs et les possédés la trace d'aucune conquête légitime. L'ethnologie élève à la hauteur d'une belle loi la différence radicale qui place dans le monde au premier rang les races qui travaillent comme l'Européen. libres ou absolues. et elle condamne tout ce qui prive l'homme de la condition essentielle de sa vie morale cl matérielle. comme le Turc. deux nations protestantes . partie Ire. avaient été complices de l'esclavage.INTRODUCTION. tous les clergés. Comme les sciences. les croyances se sont mis d'accord. catholiques ou protestants. chap. dont l'objet est illicite et dont les parties sont l'une sans libre arbitre. Le droit ne reconnaît plus aucune validité à un prétendu contrat dont le litre n'existe pas. Paris. par M. Toutes les nations. la charité. au dernier rang les races qui font travailler. Χ mille. le condamne surtout parce qu'il corrompt la race supérieure. plus tendre. ν. L'économie politique affirme la supériorité du travail libre sur le travail forcé. . l'autre sans bonne foi1. placées à des points de vue'divers. 1860. les partis. La politique et la charité. Les nations qui persévèrent sont: les ÉtatsUnis du Sud et la Hollande. plus haute. la famille.

chose à peine croyable! dans les discussions purement théoriques. » En France. XI l'Espagne cl le Brésil. on 1 2 Les États-Unis en 1861. Une si grande question est un terrain heureux où la tolérance et l'union sont des biens acquis et des forces nécessaires. les wesleyens et les Moraves ont dans cette salutaire pénitence une aussi belle part que les catholiques. il éclate et s'étend sur un autre. deux monarchies catholiques. on ose écrire :2 « Nos grand-pères ont commis le crime. Les anglicans. Mais l'Angleterre et la France. la Suède et le Portugal y ont renoncé. nos pères ont eu le remords.INTRODUCTION. les baptistes. Ce remarquable accord est la victoire de notre siècle: elle est complète dans le domaine des idées. il n'est pas même entièrement chassé de la raison. une école que M. En Amérique. 1861. on se tait. et quand il est étouffé sur un point de la terre. à nous la réflexion . Extrait du Times. Il renaît. de Gasparin appelle spirituellement une école de théologie cotonneuse1. Par malheur. persuadé que le temps fera le reste. pour le défendre. les principales nations de l'Europe ont conformé leur conduite à leur conviction. on compose des bibliothèques entières de livres en faveur de l'esclavage. les États-Unis du Nord et le Pérou. il est de la nature de l'esclavage de renaître sans cesse. En Angleterre. par le comte de Gasparin. Il y a. . nous nous sommes peut-être trompés.

est la fatigue. La déclamation et la satiété ont rendu fastidieuse. 1er mars 1799. car l'esclavage renaît encore bien plus dans les faits que dans les idées. la cause des esclaves. . les erreurs les mieux déracinées ont bientôt un retour et comme une arrière-saison. Wilberforce. Canning disait à M. 1 Discours sur la motion de M. l'opinion se laisse entraîner par ces repentirs d'une bonne action. En outre. est l'indifférence qu'entraîne l'exposé réitéré de ses maux. avant qu'elle ne soit gagnée. moment dangereux où il faut recommencer à justifier l'évidence et à démontrer le lieu commun. il y a plus d'un demi-siècle 1 : « Tant qu'il n'y aura pas eu de réfutations claires et positives des anciens arguments.XII INTRODUCTION. Les inconvénients de chaque chose naissante troublent le regard. je renouvellerai leur emploi. au nombre des plus douloureuses conséquences de l'infortune. je me contenterais de répéter ce que M. répète sans examen que l' émancipation des esclaves a tué les colonies. Insensible à ces difficultés.» Mais les arguments nouveaux abondent. Plus qu'on ne le croit. presque suspecte. Il est dans la nature de l'esprit humain de douter le lendemain de ce qu'il a fait la veille. Certaines personnes ont pour la question de l'esclavage le même mépris que pour l'esclave lui-même. et rajeunissent les objections. Dundas.

— Edouard Biot. XIII II est généralement admis que l'esclavage avait à peu près entièrement disparu de l'Europe. pendant le même mois. qui se lèvent en armes pour sauver aux dépens de la patrie leur propriété vivante. De l'abolition de l'Esclavage ancien au moyen âge. au même moment. 1860. — Naudet. et. avec des proportions encore inconnues. — Yanoski. vers le douzième siècle 1. Mémoires sur la condition des personnes. Histoire de l'Esclavage dans l'antiquité. libre et grande république des EtatsUnis. vul'empereur de Russie (19 mars) proclamer l'émancipation de plus de vingt millions de serfs. Rapport à l'Académie des sciences morales. le vaste et florissant empire du Brésil. dans un autre continent. l'installation du président de la république des Etats-Unis (4 mars) saluée par la séparation des Etats possesseurs d'esclaves. il est attaqué .INTRODUCTION. il est effacé des lois de l'Angleterre et de la France au dix-neuvième siècle. la jeune. 1840. En face de tels évènements. J'écris précisément dans l'année 1861. dans les deux plus puissants Etats de l'Amérique. au seizième. — Wallon. on ne peut contester 1 Michelet. qui a. 1840. les rois l'encouragent par des traités et le subventionnent par des primes. 31 août 1859. . il recommence. Au dix-septième siècle. Au quinzième. il s'étend. sous l'influence de l'Eglise catholique. De l'abolition de l'Esclavage ancien en Occident. Au dix-huitième siècle.

» Les abolitionnistes de la même époque (1792) pro1 The abolition of the african slave trade would cause a general des- pondency among the negroes and gradually decrease population and consequently the produce of our islands and must in time destroy near one half of our commerce. ni l'abondance. Entre les sentiments et les intérêts. déclarait « que l'abolition de la traite des noirs enlèverait à l'Angleterre ses colonies.INTRODUCTION. et les démonstrations. on se rapproche en raisonnant. de même. l'amiral sir Peler Parker. En 1778. Habituellement. la moitié de son commerce et son rang comme puissance maritime 1. changent de forme. and take from Great Britain all pretensions . on débute par les extrêmes. XIV ni la nouveauté. il convient de les présenter à un point de vue nouveau. entre l'émotion et les menaces. De même que les systèmes inventés par l'esprit humain apparaissen! sur la scène de l'histoire dans un certain ordre régulier. dans un débat qui dure longtemps. et l'accord s'établit sur le terrain pratique. Seulement. gouverneur de la Jamaïque. aucune entente n'est possible. Cousin. Peu à peu. Les arguments d'il y a cent ans pour et contre l'esclavage ne sont plus tous de saison. ainsi que l'a démontré M. les arguments se présentent aussi dans un certain ordre. sans changer d'objet. on prend les faits pour juges. ni le terrible à-propos des arguments.

Lacour. till such time as effectual measure should be taken to prevent the further importation of slaves and proper methods be adopted to procure their freedom for those who are in our plantations. préjugé d'aidant plus utile qu'il est dans le cœur même des esclaves et qu'il contribue principalement au repos des colonies 2. a * . et Grégoire composa un livre sur la Littérature des nègres. dans quelque degré qu'il se trouve. 18551860. par M. papiers de Grégoire. » D'un autre côté. XV posaient comme une sorte de croisade pieuse et niaise l'abstention universelle de l'usage du sucre 1. 592. (Bibliothèque de l' Arsenal. (Histoire de la Guadeloupe. all those who wished its abolition.) 1 An address to Her Royal Highness the Duke of York against the use of sugar. that all the enemies of this slavery.) 2 27 mai 1771. 1792 : As the slavery of the negroes was owing to the cultivation of the sugar. (Documents de Grégoire. biblioth. les abolitionnistes. bravant l'évidence et l'histoire.INTRODUCTION. la raison a pris la sienne. de l'Arsenal. En France. le ministre de la marine écrivait au gouverneur de Saint-Domingue (1771) : « Sa Majesté a pensé qu'il importe au bon ordre de ne pas affaiblir l'état d'humiliation attaché à l'espèce. 2e volume. Le sentiment garde sa place. le to the rank she now holds of being the fust maritime power in the world.) I. p. should altogether abstain from the use of that commodity. pendant ce temps. Nous n'en sommes plus à ces exagérations. accordaient à la race noire les plus brillantes destinées intellectuelles.

j'ai été admis à l'aire des recherches dans tous les services du ministère. Il n'y a qu'à continuer l'enquête depuis cette époque jusqu'à nos jours. M. 1841 et 1842. à deux des fils de William Wilberforce. Il serait trop facile de s'engager dans un plaidoyer pathétique. le comte de Chasseloup-Laubat. M. Nous sommes devant les faits. enfin à l'infatigable et universelle obligeance de M Senior. ministre des colonies. travail facile. en 1840. le duc de Rroglie. il faut se refuser les larmes et consulter les chiffres. notre ministère de la marine et des colonies. Monsell. dans les traductions et les rapports qu'a publiés. enfin et surtout dans le mémorable rapport du président de la commission coloniale. préjugé a perdu celle qui ne lui appartenait pas.XVI INTRODUCTION. Grâce à la permission de M. Ouvrons donc une enquête sur les résultats comparés de l' émancipation dans les pays qui Vont prononcée et de l' esclavage dans les pays qui Vont maintenu. membre du Parlement. Les résultats de l'expérience française sont plus récents et moins connus. II Voici le cadre de cette enquête1 : 1° Que sont devenues les dix-neuf colonies à escla1 Les résultats de l'expérience anglaise ont été complétement exposés dans les documents parlementaires. le mi- . J'ai dû la connaissance de tous les documents parlementaires à mon honorable ami. car l'Angleterre publie tout ce qu'elle fait et elle vit au milieu d'une enquête perpétuelle. devant les réalités pratiques. et je dois les plus vifs remercîments à M.

Lechevalier. aujourd'hui archevêque de Toulouse. Avalle. Beau. l'abbé Gaduel. j'ai consulté avec le plus grand profit M. en progrès ou en décadence? nistre. qui ont plus que personne le mérite et le talent d'intéresser la France à ses colonies trop souvent oubliées. à M. Gratry. anciennes et nouvelles. Legoyt. Kolb-Bernard. à M. Caffarelli. Hubert-Delisle. Eguyer. de Lamartine. de Gasparin. etc. le baron de Roujoux. enfin à l'assistance secourable de MM. au vénérable abbé Jean de la Mennais. qui ont bien voulu soit me fournir de précieux renseignements. depuis cette époque. Aux colonies. Husson. Biudrillart. Castelli. soit revoir et approuver les chapitres relatils à l'influence du christianisme. ancien évêque de l'île Bourbon. etc. Richelot. de l'industrie. Dumon. Galos. Rossi. le bonheur sont-ils. de Chazelles. Je dois enfin des actions de grâces à Mgr Desprez. Bayle-Mouillard.INTRODUCTION. au R.. et de tant d'autres adversaires éclairés de l'esclavage ou défenseurs intelligents de la prospérité coloniale. les écrits excellents de MM. Béhic. fondateur des frères de Ploermel. à M. directeur des colonies. de Tocqueville. M. d'Avrainville. En dehors du ministère. depuis le bill d'émancipation de 1854? La morale. Barbaroux. Ancel. d'Haussonville. Lacour. de Montalembert. Beugnot. Passy. de la grandeur nationale. Mestro. ou les livres et les travaux de MM. Jules Duval cl Lepelletier Saint-Remy.. la richesse. qui dirigent presque toutes les écoles des colonies. Benoist-d'Azy. ne m'ont pas moins servi que les rapports aux Chambres. de Rémusat. Schœlcher. M. l'abbé Perreyve. sans oublier les mémorables di?cours deMM. de Tracy. de la marine. à M. et des habitants des diverses possessions de la France. Constant Mourette. de Lasteyrie. etc. P. Chemin-Dupontès. présentés par des hommes supérieurs comme MM. Layrle. l'abbé Sénac. Guiraud. Farcy. directeur du cabinet. aux encouragements continuels de l'un des hommes qui connaissent et qui exposent le mieux toutes les questions coloniales. XVII ves de l'Angleterre. Roy. directeur de l'intérieur à la Martinique. Jules Delarbre. I- b * . du Chayla.

avec une curiosité passionnée. de Tocqueville. Levavasseur. la bibliothèque de l'Institut par M. malgré l'obligeance de M. M. P. qui sont si riches et si curieuses. et des ouvrages célèbres de nos écrivains et de nos voyageurs. J'ai été guidé dans le choix des meilleurs par M. qui lit. par un dévoué missionnaire français du diocèse des Natchez. etc. le comte de Montalemberl. de Frezals. qui apprend plus que personne. les archives du ministère des colonies m'ont été ouvertes. Jules Carron. au Pour les documents historiques. de Landresse. MM. avec une inépuisable libéralité. le professeur Ackersdyk. de la Haye. Pierre Margry. Plus heureux. j'ai réuni un nombre considérable de livres tout à fait spéciaux. Schwindenhammer et le R. La France a-t-elle à se repentir de la loi de 1848? A-t-elle sacrifié à de vaines utopies d'humanité les derniers restes de sa grandeur coloniale. par le R. secrétaire de la légation française en Hollande. par l'éloquent abolitionniste Cbarles Sumner. trouver. P. d'Utrecht. par M. rédacteur aux affaires étrangères. Marmier. celles du séminaire du Saint-Esprit. Prosper Faugère. celle de l'Arsenal par M. par le savant écrivain Brownson. Les documents américains surabondent. de Reaumont. Michel Chevalier. de Gasparin. L'ignorance de la langue espagnole et la rareté des publications officielles des gouvernements de Madrid. par M. à M. des documents abondants sur l'état de la question dans les colonies néerlandaises. dans la riche et trop peu connue collection de livres américains procurés par M.XVIII INTRODUCTION. ou bien. Lux. Ampère. grâce à M. Vattemare à la Bibliothèque de la ville de Paris. et j'ai pu puiser d'autres secours. et à M. Fournier. de Lisbonne et de Rio m'ont gêné et feront. Railly.. Ruteux. celles du ministère des affaires étrangères par M. de Witte. j'ai dû à M. Sans parler du grand livre de M. un peu incomplets les renseignements que j'ai pu recueillir sur l'esclavage à Cuba. . je le crains. Paul Lacroix. dans les possessions du Portugal et au Brésil. premier secrétaire d'ambassade à Madrid. illustre et obligeant ami qui sait.

INTRODUCTION.

XIX

contraire, a-t-elle ouvert à ces provinces extérieures
de son empire, qui aspirent et touchent à la liberté
commerciale, un avenir plus pur et plus heureux?
L'abolition de l'esclavage a-t-ellc anéanti ou enrichi les petites possessions coloniales du Danemark,
de la Suède et du Portugal1 ?
2° D'un autre côté, où en est la religion, où en
est la politique, où en est la morale, la justice, la
littérature, la richesse même, dans les contrées qui
conservent l'esclavage?
Pendant vingt ans, la Revue coloniale a réuni tous les faits relatifs
à la répression de la traite des esclaves et à l'exploration de l'Afrique.
Cette précieuse collection, avec les récits publiés des grands voyages de
Liwingstone, de Barth, etc., les résumés excellents de M. Malte-Brun,
les Bulletins de la Société de Géograph ie, la correspondance adressée
par les missionnaires catholiques à la Société de la Propagation de ht
Foi, les principaux écrits des missionnaires protestants, voilà les sources des pages trop courtes consacrées à cette dernière partie de l'enquête que j'ai entreprise.
Je dois enfin une profonde reconnaissance à l'académie des Sciences
morales, qui a bien voulu entendre un fragment de mon travail, à
son secrétaire perpétuel, M. Mignet, qui m'a aidé, conseillé, encouragé; à son président, M. Giraud, qui a bien voulu approuver publiquement ce travail dans son savant Mémoire sur l'esclavage des
nègres, 1861 ; à M. Albert de Broglie, dont l'amitié m'a, dès le début, été
si secourable; à deux membres de l'Institut, M. Cousin et M. Saint-Marc
Girardin, qui m'ont, à plusieurs reprises accordé leurs précieux avis.
1

On pourrait rattacher à cette partie de l'enquête l'abolition du ser-

vage en Russie. Mais les résultats de cette mémorable mesure, qui s'exécute sans trouble, ne peuvent pas encore être appréciés, et un si vaste
sujet ne saurait être incidemment traité.

XX

INTRODUCTION.

Par quels degrés la république des Etats-Unis osteite descendue à la situation qui la menace? Comment en est-on venu, moins d'un siècle après cette
révolution qui ne fut si féconde que parce qu'elle
fut si honnête, à trembler que cette grande œuvre
n'échoue, et qu'une jeune, vigoureuse et puissante
société, ne soit prête à sortir de la civilisation? Comment, selon la parole de l'éloquent William Seward,
comment trente millions d'hommes, Européens par
l'origine, chrétiens par la croyance, n'ont-ils pas
su, dans cette question perturbatrice de l'esclavage,
combiner la prudence avec l'humanité, de manière
à sauver leurs admirables institutions, et à en jouir
dans l'harmonie et dans la paix?
Au sein de la florissante monarchie catholique de
l'Amérique du Sud, au Brésil, quels sont les résultats
de l'esclavage? Quelle est la portée du mouvement
abolitionniste qui se manifeste? Les Latins de l'Amérique du Sud auront-ils l'honneur de donner l'exemple aux Saxons de l'Amérique du Nord?
Quelle est la situation économique des possessions
espagnoles de Cuba, doublement privilégiée, comblée
des dons du ciel, et encore enrichie par toutes les
('preuves des colonies voisines; de Porto-Rico, terre
presque entièrement cultivée, malgré le climat, par
une race blanche et libre?
Par quels moyens la Hollande a-t-elle pu éviter
d'établir l'esclavage dans ses magnifiques posses-

INTRODUCTION.

XXI

sions des Indes? par quelles experiences ce peuple
intelligent et prudent est-il amené en ce moment
même à le supprimer dans ses colonies de la Guyane
et des Antilles?
Je ne ferai pas entrer, dans une enquête déjà si
chargée, l'esclavage dans les pays musulmans ou
païens. Les chrétiens pourraient y chercher plus
d'un exemple. Là, du moins, l'esclavage est à sa place
parmi d'autres fléaux, puisque ces nations n'ont pas
reçu l'Evangile. Sur la carte du monde, le progrès
a ses frontières naturelles; il grandit où luit le flambeau du christianisme; la barbarie étend ses ombres
épaisses sur le reste de l'humanité.
5° Une nouvelle série de questions se rattache à
la répression du commerce des esclaves. Qu'ont produit les mémorables efforts de l'Europe pour l'abolition de la traite?
Quel est l'état de l'Afrique? Que nous apprennent
sur son avenir les missionnaires et les voyageurs,
Liwingstone, Baikie, Burton, Owerweg, Barth, Raffenel, Faidherbe, tous les grands explorateurs, le s
grands bienfaiteurs de ce malheureux continent?
En résumé, l'esclavage est-il un système économique indispensable? Est-il un instrument d'éducation utile? L'émancipation a-t-elle ramené les esclaves à la barbarie en conduisant les colonies à la
ruine? La race africaine est-elle réellement incapable de travail sans contrainte? est-elle vouée à

XXII

INTRODUCTION.

une irremédiable infériorité? Ce qui est moralement mauvais peut-il être matériellement nécessaire?
Je me suis efforcé de recueillir quelques-uns
des faits qui peuvent aider à préparer la réponse à
ces questions.
On me reprochera de n'avoir pas observé ces faits
par moi-même, et je ne me dissimule point que c'est
là une imperfection de mon travail. Je n'ai fait le tour
du monde que dans les livres. Mais, à peine de ne point
traiter un pareil sujet dans son ensemble, il faut bien
se résigner à voir par les yeux de ceux qui ont vu, et
si l'on m'accuse de n'avoir visité ni Tombouctou, ni
Cayenne, ni même le Sénégal ou le Mississipi, je
puis répondre que les écrivains qui écrivent l'histoire
du treizième siècle n'y ont apparemment point vécu,
que tous les jours les hommes s'en rapportent, pour
les plus graves intérêts, à des juges dont l'opinion
repose sur l'impartiale confrontation des témoignages d'autrui. J'ose dire au moins que je n'ai rien négligé pour recueillir, vérifier et comparer les renseignements les plus abondants et les documents les
plus authentiques.
Vous connaissez maintenant, monsieur le duc, le
programme de mon travail et ses instruments. Quels
en sont les résultats généraux?

INTRODUCTION.

XXIII

III

Ce voyage autour du monde, de l'Afrique à
l'Asie, de l'Europe à l'Amérique, à la recherche de
l'homme libre, ah ! qu'il est d'abord douloureux !
Un tiers du globe terrestre est inhabité; il en est
encore au cinquième jour de la création ; il attend
l'homme.
Deux tiers des habitants du reste du monde sont
demeurés où l'Europe en était il y a dix-neuf cents
ans; ils attendent Dieu.
Par un autre mystère inexpliqué, le soleil, dont
les rayons plus vifs font lever sur les terres tropicales les plus magnifiques produits, le soleil en
chasse l'homme. Il est une race intelligente qui pourrait former sur ces terres une société civilisée; elle
n'y peut pas vivre en travaillant. Il est une race
vigoureuse qui pourrait les habiter et les cultiver ;
elle n'y développe aucune.civilisation. Du moins,
ces deux races pourraient se rapprocher ; de leurs
efforts réunis sortiraient le progrès avec le travail ;
de leurs sangs mêlés, naîtrait une troisième race
intermédiaire, prédestinée à posséder et à peupler
ces régions, une race providentiellement faite pour

XXIV

INTRODUCTION.

ce climat par Celui qui fil ce climat pour elle. Non !
l'esclavage intervient.
L'esclavage est, avant tout, la négation de la famille. Or l'homme est doué d'une étonnante capacité
pour souffrir; il sait vivre sous terre ou sur l'eau,
indien dans les forêts, chinois sur son bateau, lapon
dans ses ténèbres, mais à la condition de pouvoir
dire : ma femme, mon enfant, ma mère, mon bateau, ma cabane, mon outil. L'esclave est sans famille; il n'est pas sûr de garder sa femme, ou de connaître son père, sa pioche n'est pas à lui, et lorsqu'il
met sa main sur sa poitrine, il ne peut pas dire : cette
peau est à moi. Or, sans ces droits, l'homme n'est
pas un homme, la nature est violée dans sa personne.
Au lieu de familles, l'esclavage forme des troupeaux.
Il parque des captifs sous la garde des geôliers dans un
petit

coin d'une des terres les plus magnifiques de la

création ; celte terre ne sera pas peuplée. Aux rapports
de frère à frère, il substitue les rapports de bouvier à
bœuf, et de maître à bétail ; cette terre ne sera pas civilisée. Il inspire à l'une des races pour l'autre une horreur, un éloignement, réciproques ; s'il se forme entre
elles des liens, ils sont un crime, les deux races vivent
sans se mêler ; la race des héritiers prédestinés de
ces contrées ne sera pas fondée. On verra la race
intérieure souffrir, se révolter ou se soumettre, ne
jamais s'élever, s'abrutir, puis s'éteindre. On verra
la race supérieure s'endurcir, se corrompre, s'a-

INTRODUCTION. .

XXV

charner au mal, y chercher la richesse, la préférer a
tout, y trouver l'abaissement, le déshonneur, puis
la ruine. En commençant à écrire, j'étais ému du
sort des opprimés, du sort de cette pauvre race qui
a fait la fortune de ceux qui perpétuent sa misère ; en
finissant, je me prends à plaindre les oppresseurs,
je les

conjure d'avoir pitié d'eux-mêmes, et

de

mettre un terme au mal qu'ils se font.
Suivez, suivez l'esclavage sous toutes les latitudes,
dans toutes les régions, quelles que soient les institutions, les nations, les cultes ; partout même origine, même progrès, même loi, même conséquence;
le temps est ici sans effet ; monotone et horrible
comme la vie des esclaves, l'histoire de l'esclavage
ne connaît pas de changement. Il est en tous lieux,
il fut, à toute époque, un obstacle au peuplement
régulier de la terre, un obstacle à la propagation de
l'Évangile, un

obstacle à l'élévation modeste des

races inférieures, un obstacle à la civilisation progressive des races supérieures. Le moraliste l'appelle
un crime, l'historien et l'économiste un fléau.
Oui ! dit-on, mais comment faire? le mal est l'œuvre du passé ; le détruire sans précaution serait
un autre mal. L'esclavage corrompt les sociétés,
mais l'émancipation les ruine. Comment faire?
L'expérience des deux régimes est faite ; on peut
donc comparer.
livre.

Cette comparaison est tout mon

INTRODUCTION.

XXVI

Assurément; l'émancipation fut l'occasion de pertes et de malheurs regrettables. « Le châtiment des
fautes, a dit M. Thiers, serait en vérité trop léger
s'il suffisait de n'y pas persister pour en abolir les
conséquences l. » Ces conséquences fâcheuses ne
sont pas toutes finies. Nous sommes, en vérité, bien
pressés ! Nous demandons à vingt ans de liberté de
réparer les suites de deux cents ans d'esclavage ;
nous ne supportons pas la pensée de travailler sans
espérance"de contempler le résultat de nos efforts.
Cependant, déjà notre impatience a de quoi se
satisfaire; après dix ans, pour les colonies de la
France ou de l'Angleterre, les frayeurs ont été dissipées. Il semble que chaque colonie ait reçu mission de représenter une expérience à part. On verra,
dans l'enquête dont ce livre est l'ébauche, le succès
de l'émancipation dépendre, à Antigoa, de l'éducation
religieuse ; à la Barbade, de l'abondance de la population; à la Martinique, de l'intelligente activité des
colons; à Saint-Thomas, de la liberté commerciale; à
la Réunion, des précautions prises dès le début pour
maintenir le travail ; à la Guyane anglaise, des progrès de la petite propriété ; à Maurice, de la facilité
de se procurer des bras. On verra, au contraire, de
longues souffrances causées, à la Guadeloupe, par les
troubles politiques; à la Jamaïque, par le mauvais
1

p.

Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. XVII, liv. LI,

80.

INTRODUCTION.

XXVII

vouloir des anciens maîtres; à la Guyane française,
par la rareté «les capitaux et l'insuffisance de la population sur un vaste territoire. Mais, quelles que
soient ces différences, on verra enfin toutes ces petites sociétés se relever, sortir de l'ancien régime
du pacte colonial, affronter la liberté commerciale, devenir plus morales en même temps que plus
heureuses, et l'abolition tenir ainsi toutes ses promesses.
L'esclavage, hélas! tient aussi toutes les siennes.
A Cuba, au sein d 'une prospérité exceptionnelle,
dont nous analyserons les causes, les gros profits ne
liquident pas les dettes, la présence d'une autorité
forte ne préserve pas les lois, le règne d'une même
religion ne purifie pas les mœurs, le grand nombre
des esclaves n'assure pas le progrès de la population,
la douceur des relations n'empêche pas les révoltes,
la facilité des rachats n'avance pas la liberté.
Mêmes embarras, mêmes conséquences, dans
les colonies bien administrées de la prudente Hollande.
c'est surtout aux Etats-Unis que les faits démolissent les systèmes des partisans de la servitude.
Aux Etats-Unis, d'étranges moralistes affirment
que l'esclavage élève l'intelligence de la race qui possède et, la dégageant de tous soins, la voue à la poursuite des nobles travaux de l'esprit, lui communique
les qualités du gouvernement, dilate le cœur toujours
Mais

XXVIII

INTRODUCTION.

ému par le spectacle d'êtres faibles et imparfaits, tandis que, déchargeant la société du fardeau de ces êtres
faibles, il les place sous le patronage des meilleurs
citoyens, qui les élèvent, les dirigent, les assistent;
bienfaisante et productive organisation, supérieure à
toutes les combinaisons des rapports entre les riches
et les pauvresque présente l'histoire du monde!
L'expérience, l'impitoyable expérience répond que
le maître devient dur, paresseux et sensuel, que l'habitude de commander ôte toute cordialité

même

envers les ouvriers libres, qu'il porte à confondre
dans le même mépris le travail et le travailleur, que
la plus-value des terres cultivées par le travail libre
dépasse le capital représenté par les esclaves, que
l'intelligence humaine ne se développe que par l'activité, que, passive, elle s'endort, contrainte, elle
s'aigrit ou s'abaisse. En un mot, dans ce détestable
système, le possesseur devient une bête de proie, le
possédé une bêle de somme, le maître est sans calcul, l'ouvrier sans progrès ; le temps, bien loin d'adoucir cette situation, l'aggrave; avec le temps, l'instruction, prétexte de l'esclavage, est interdite par
la loi; l'affranchissement, espoir de l'esclave, est interdit par la loi; la séparation des classes s'élargit
et s'envenime; le préjugé, créé par l'esclavage, lui
survit, au point que le Nord refuse au noir l'égalité
pendant que le Sud lui refuse la liberté ; la prétendue supériorité politique du Sud n'est que la réso-

même la patrie. non pas une guerre d'esclave à maître. établissement de comptoirs et de stations . traités avec les chefs indigènes . XXIX lution unanime et persévérante de sacrifier. l'Afrique. la guerre civile ! La servitude est un fleuve empoisonné. de la diplomatie et de la justice. saisies et confiscations. voilà la part de la politique. elle conduit au mal et elle y prend sa source. comme l'annonçait le voyageur . souffre de ses criminelles origines. Les efforts de l'Angleterre et de la France pour abolir la traite des esclaves ont été persévérants. Le sacrifice est fait. mais la guerre entre blancs. voilà la part de la marine. Pendant que ses fatales conséquences déchirent l'Amérique. la guerre contre la justice et contre la nature. et que la loi qui a prohibé la traite n'a pas. entre concitoyens. la guerre est déclarée. un autre continent. Exercice du droit mutuel de visite . énormes. Des faits incontestables établissent que d'immenses résultats ont été atteints. Traités internationaux . expéditions militaires . même l'honneur. lois spéciales de chaque contrée . même la paix. entre frères. enrôlement de travailleurs libres . au maintien de Yinstitution particulière. systèmes de croisières permanentes. décisions des tribunaux et des commissions mixtes établies par les traités . correspondances avec les ambassadeurs et les consuls .INTRODUCTION. tout.

abolir ou diminuer au moins deux maux : l'esclavage en Amérique. des esclaves noirs au reste de la terre : telle est la première et la dernière conséquence de l'esclavage. la barbarie en Afrique. Peu à peu. 1°'' volume. qui peu à peu. L'état affreux d'un continent entier. produisant moins que le travail libre. la traite ne sera pas morte. destiné à fournir. réduit au-dessous du niveau de tous les autres. comme une mine produit le charbon. jamais élevé au goût du travail. tant qu'il vivra. . plantent 1 Correspondance. condamné depuis le commencement du monde à n'être jamais civilisé.XXX INTRODUCTION. jamais libre. demeurera équivoque et dangereuse. Jacquemont 1. Il faut. les missionnaires. et une opération très-légitime. pour anéantir la traite. très-désirable. Le jour où ce résultat sera évident sera le dernier jour de l'esclavage. Jusque-là. « condamne les colonies à périr. des arts. le commerce apprend aux chefs qu'ils ont plus de profit à employer les hommes qu'à les vendre. les voyageurs enseignent à ['Europe que d'incalculables richesses et d'abondantes populations sont tombées sur ce continent des mains du Créateur.» Le principal résultat a été la hausse du prix du travail servile. arrive à couler davantage. l'engagement de noirs libres pour les colonies de l'Europe. s'efforçant d'effacer les traces du sang et du scandale répandus par les chrétiens.

verra-t-il se rétablir entre l'Afrique. la grande loi de l'accord fondamental des intérêts avec les devoirs. Peut-être le siècle suivant. L'exemple mémorable donné par l'Angleterre et par la France honore l'humanité tout entière. au lieu d'exploiter l'Afrique. L'Europe commence à payer sa dette. par une concurrence inégale. à d'effroyables malheurs. il perpétue l'abaissement de l'Afrique. rien n'est fait quand tout n'est pas fait : c'est la solidarité matérielle. il entrave les émigrations régulières. dociles aux lois de la Providence. la grande loi de la solidarité entre les hommes. il éternise la traite. l'obstination de l'Amérique et de l'Espagne la déshonore: c'est la solidarité morale. L'esclavage de ces nations menace.INTRODUCTION. on songe à l'explorer et à la civiliser. On finit par où l'on aurait dû commencer. Deux de ces lois augustes se dégagent au-dessus de ces faits compliqués et lointains. il expose l'Europe. mieux connue. et les climats analogues. ces migrations régulières et libres d'habitants et de produits qui peuplent le monde et mêlent les hommes. dont leurs fautes peuvent suspendre mais non point arrêter à jamais l'inévitable cours. la prospérité de nos colonies . par le contre-coup des crises qu'il excite. plus heureux que le nôtre et succédant à ses travaux . On s'est écrié un jour : plutôt qu'un principe ! » « Périssent les colonies . XXXI la croix sur ces rivages redoutés.

l'esclavage aura cessé quand on ira acheter des choses là où l'on a coutume d'acheter des personnes. ce serait peutêtre la liberté . Le coton. des discours et des travaux comme le mien. ne soyons donc pas surpris de rencontrer une question de budget et de tarif. Derrière toute question morale. enÀmérique. C'est la volonté de Dieu que les choses soient mêlées aux idées. et les progrès de la culture de l'arachide et du commerce de l'huile de palme sur la côte d'Afrique feront plus pour l'émancipation que bien des meetings. lorsqu'on relevant dans les âmes le respect des prin- . Ceux qui n'ont en vue que les intérêts sont tôt ou tard trompés dans leurs calculs . c'est l'esclavage. entre les intérêts légitimes et les principes vrais. les colonies n'ont pas péri. le coton. Il n'est pas exact que les intérêts doivent céder aux principes. Un obscur ouvrier des Etats-Unis a plus travaillé contre les esclaves. l'accord est infaillible.XXXII INTRODUCTION. et que des obstacles matériels forcent à acheter le progrès par le travail. en Afrique. Le principe n'a pas péri. Les discours et les livres. sont efficaces. cessent d'être généreux.en inventant la machine à éplucher le coton. car ils conduisent la cause qu'ils veulent servir à une déroute certaine. exclusivement préoccupés des principes. et ne nous indignons pas si les arguments des philosophes semblent arrêtés par le sucre ou par le coton. ceux qui. voilà la vérité. à leur tour. sont généreux sans être pratiques. que tous les négriers.

dernier mais solide rempart des peuples que la religion et la raison n'ont pas encore persuadés. les avantages. monsieur le duc. vous indiquent dans quel esprit ce livre est composé. C . Une fois de plus. il demeure établi que Dieu a mis toutes choses d'accord. même matériels. que la science de l'économie politique tient le même langage que la morale. Je dois au christianisme l'horreur que l'esclavage I . par des faits certains. IV Ces conclusions. Devant cette belle conclusion. s'écroule à son tour. l'esclavage n'est pas un mal nécessaire. élevés au-dessus de ce que tou tes les espérances les plus partiales avaient fait concevoir. toujours condamnable. que tandis que les maux de l'esclavage ont dépassé tout ce que les prédictions les plus sinistres avaient annoncé. l'intérêt. en peu d'années. XXXIII cipes éternels ils peuvent en môme temps établir. la science et la morale n'ont pas à se résigner. et qu'une inébranlable harmonie enlace aux phénomènes du monde de la matière les lois sublimes du monde moral.INTRODUCTION. il finit même par n'être pas utile. de l'émanci pation se sont. la dernière race des hommes n'est pas déshéritée de la liberté. La France et l'Angleterre n'ont pas à se repentir.

Murray. 1858. En 1775. mais il est inquiété sans relâche. la conscience peut parler. m'inspire. alors sur les bancs de l'école de Poklington. mais qu'on ne l'aurait pas aboli. à la suite et à l'aide de tant de savants écrits. chapitre destiné à démontrer. non pas que le christianisme a détruit l'esclavage à lui seul.XXXIV INTRODUCTION. il lui est interdit de se faire dans l'ensemble d'une société régulière un domaine paisible. La puissance du mal en ce mondé est formidable. Que ceux qui parlent. grâce au christianisme. grâce à la liberté. que ceux qui écrivent. qu'on ne l'abolira pas sans lui. dont le nom même 1 The life of W. si je ne l'avais pas terminé par un chapitre sur le christianisme et l'esclavage. William Wilberforce1. le mal n'est pas aisément surmonté. un généreux chrétien. écrit pour la première fois contre cet infâme trafic. qui assurait à l'Angleterre le monopole de la traite. Mon travail m'eût donc semblé incomplet. Mais. de la tribune et de la presse. Les siècles passent après les siècles sur la Chine ou sur l'Inde sans ébranler son empire. n'oublient jamais que l'abolition de l'esclavage au dixneuvième siècle fut et sera l'œuvre de l'Evangile. et surtout ingrat. Wilberforce. Sous le règne de cette alliance sainte. la conscience sait entendre . by his sons Robert and Samuel ! London. . dix ans après l'odieux traité de 1765.

en 1811. en 1102. 3 Déclarai ion du 4 février 1815 et article additionnel de la conven tion du 20 novembre 1815. XXXV était un mot anglais 1. La traite est abolie en 1808 par l'Amérique du Nord . en 1815. avait interdit. Sept fois présenté de 1795 à 1799. Ajourné successivement. Vie de Saint-Anselme. Toutes les nations chrétiennes suivent ce mémorable exemple. sous la présidence de saint Anselme. après la traite. . Au congrès de Tienne.INTRODUCTION. pendant que son ami M. 163. Cette même année 1822. l'esclavage eesse de souiller le 1 Traite. parla France. par la Hollande. Le Γ' août 1834. il triomphe enfin en 1806 et 1807. par le Portugal et par le Chili. en 1815. de Trade. Le bill pour l'émancipation est présenté en 1855. 2 Rémusat. toutes les puissances s'engagent à réunir leurs efforts pour obtenir l'abolition entière et définitive d un commerce aussi odieux et aussi hautement réprouvé par les lois de la religion et de la nature 3. sept fois le bill échoue. par le Danemark. Wilberforce attaque. huit cent ans avant que le même objet fût débattu dans la même ville en séance du parlement2. l 'esclavage. Wilberforce renouvelle la proposition. et il saisit l'opinion par des appels et des meetings réitérés. et qu'un concile tenu dans la ville de Londres. en 1822. en 1814et 1815. Thomas Clarkson propose d'abolir la traite. p. par l'Espagne. parla Suède . En 1780. En 1787. Buxton propose au parlement l'abolition.

l'Uruguay. sol des colonies anglaises. la Valachie. Ce combat est le plus rude. l'Espagne. 1e Portugal en 1856. et que la Hollande promet d'imiter en 1860. Enfin. que la France suit en 1848. mais il sera le dernier. Au lieu de se laisser abattre par l'inconcevable lenteur des progrès moraux. la Suède. l'obstination des préjugés. Les destinées de la servitude et de la liberté se jouent à la fois dans la crise qui ébranle le nouveau monde. En 1846. Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis. plein de foi dans le triomphe assuré de la religion chrétienne. de la justice et de la persévérance sur la conjuration des intérêts. la lutte était moins avancée et la cause était plus désespérée. Tunis. obéissent à la même impulsion. pendant l'année 1861. c'est précisément parce que le dernier effort est difficile qu'il faut s'y livrer. . en 1847. la dernière forme de la servitude disparaît en Russie. l'initiative de Wilberforce a mis l'esclavage en déroute ou au moins en question sur toute la surface de la chrétienté. en reprenant une partie de Saint-Domingue.1e Danemark. l'engourdissement despotique des habitudes. promet de n'y jamais rétablir l'esclavage.XXXVI INTRODUCTION. Quand Wilberforce a commencé. En un siècle. et la cause des esclaves obtient la majorité dans les élections générales qui ont porté M. Un mouvement sérieux agite le Brésil.

« La loi éternelle nous oblige à prendre en main la défense des victimes de l'injustice. Le plus obscur des hommes a le devoir et c'est mon excuse.au mal une protestation comme un enfant a le devoir de s'unir aux gens de cœur pour jeter une goutte d'eau à l'incendie. de s'associer aux grands esprits pour jeter. veuillez permettre que je vous dédie et que je vous rapporte l'humble tentative entreprise pour suivre l'exemple que vous m'avez donné. and thus every man can do something to break the ehain of slavery. » Yous avez. « 1 The eternal law bind us to take the side of the injuried. On this point we have no liberty. compris ce devoir . To embody and express this great truth is in every man's power.) . monsieur le Duc. AUGUSTIN COCHIN. Nous ne sommes pas libres sur ce point. » (Channing. Donner un corps ou une expression à cette grande vérité est au pouvoir de tout homme. et ainsi tout homme peut faire quelque chose pour briser la chaîne de l'esclavage 1.INTRODUCTION. XXXVII Un si mémorable exemple est digne de fortifier à jamais la persévérance.

.

PREMIERE PARTIE ABOLITION DE L'ESCLAVAGE COLONIES FRANÇAISES .

.

la baie d'Hudson (1715) . la Louisiane (1763). Tabago. La guerre de la succession d'Espagne nous a coûté le Canada. Terre-Neuve. les guerres contre l'Europe Sainte-Lucie. la guerre de Sept-Ans. Depuis son occupation (1635). prise en I762. puis vendue par elle (1805) . le territoire de nos possessions indiennes. 11 ne nous reste que les débris de notre ancienne splendeur. rendue en I .LIVRE PREMIER COLONIES FRANÇAISES CHAPITRE PREMIER L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE PAR LA CONVENTION ET LE RÉTABLISSEMENT DE L'ESCLAVAGE PAR LE CONSULAT 1794 - 1802 L'histoire des colonies françaises est bien connue. car elle est triste. la Révolution nous a coûté Saint-Domingue . l'Acadie. un instant rétrocédée à la France (1800). les Séchelles. 1 . mais on aime à l'oublier. l'Ile de France. la Martinique a été cé dée à deux Compagnies.

a su se gouverner librement pendant la Révolution. prise en 1794. prise en 1759. rendue en 1765. la Nouvelle-Calédonie. La Guadeloupe a passé par les mains de trois Compagnies (1626-1642). prise en 1807. puis réunie à l'État (1767). reprise en 1815. Plus heureuse. rendue en 1802. prise en 1815. a été vendue pour soixante mille livres tournois et une rente de six cents livres de sucre au marquis de Boisseret . une émulation plus vive des forces étrangères. la puissance vivante des plaintes portées par la presse et par la tribune aux oreilles des rois. Taïti. demeurée un siècle entre les mains de la Compagnie des Indes. la plus belle colonie du monde. non moins que le développement des communications et les progrès de la marine. Depuis cette époque. nos échanges et nos missions. rendue en 1814.. reprise en 1794. 1765. cédée à la Suède en 1813. 1691. Bourbon. à rendre aux colonies un peu de faveur et de prospérité. rachetée pour cent vingtcinq mille livres par Colbert. depuis le moment où la métropole retrouva le même jour la liberté et la paix. La continuation des mêmes vues nous vaudra .2 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ont contribué. Mayotte. Sainte-Marie de Madagascar. 1705). mais a été prise en 1810 avec Maurice. Nossi-bé. et celles de l'Océanie. points intéressants pour nos stations. perdue de nouveau en 1810. et rendue seule en 1815. attaquée trois fois infructueusement par les Anglais (1666. recouvrée bientôt vaillamment. nous lui devons nos possessions du canal de Mozambique. une préoccupation mieux dirigée de la grandeur nationale. Nous devons au gouvernement constitutionnel l'Algérie. les Marquises.

ont développé ce qui nous reste de nos colonies d'Amérique. possède trente-sept colonies. la Martinique. On trouve en général. Hélas! les faits ne reproduisent pas fidèlement cette belle vision de l'esprit politique. L'Angleterre. jalons de la civilisation plantés au sein des mers. ou Dieu dans le cœur. à l'origine des colonies. en tout le territoire de trois grands départements et la population de trois petits.000 habitants. Malgré tous ces progrès. deux hommes. nos possessions maritimes sont peu de chose. et la belle colonie africaine. pour aller si loin. stations de nos flottes. l'Algérie mise à part. points d'appui de leur influence. possède quatre colonies et quatorze stations secondaires. habitées par près de 4 millions de sujets. la Guadeloupe . la Guyane. sont elles-mêmes comme des flottes à l'ancre. phares disséminés de la religion et du progrès. les colonies modernes. La théorie des colonies est fort belle : filles des plus grandes nations. un flibustier et un missionnaire. l'île Bourbon. par moins de 600. déployant aux extrémités du monde le pavillon de l'Europe et l'étendard du christianisme. Lors- . l'occupation de Touranne et de Saigon dans l'empire d'Annam. il faut avoir le diable au corps. occupées sur une étendue de moins d'un million d'hectares. à laquelle on a laissé sans raison ce nom inexact et insignifiant. et la consolidation de notre puissance au Sénégal.COLONIES FRANÇAISES. la Réunion. Nous sommes enfin redevables au même régime d'une série de mesures qui . La France. sans compter les Indes. intermédiaires du commerce universel. L'histoire intérieure de ces possessions offre un aspect non moins désolant que les annales de leurs conquêtes.

dit le récit inédit d'un missionnaire 1. Aussi le début des établissements est un mélange d'héroïsme et de désordre. qui n'estoit autre que la promulgation de l' Evangile. tout va bien : le premier subjugue. demanda en 1655. le troisième fonde . le deuxième convertit. du Tertre. 1 Manuscrit curieux acheté par l'auteur à la vente de la collection Erdeven. qui est le fondateur de la colonisation des Antilles. qui. commission pour occuper la Guadeloupe. du Plessis. leur déclarant. aux Seigneurs de la Compagnie des Iles. et par ainsi empeschant notre principal dessein. Mais le soldat l'emporta sur le missionnaire. . qu'il luy fit promettre et même jurer qu'il ne ferait aucun tort aux Sauvages si aupuravant il n'estoit aggressé. du révérend P. de dévouement sublime et de cupidité féroce. mais ce fondateur se fait le plus souvent attendre longtemps. de l' Olive. cadet de Picardie. puis. des Frères-Prècheurs. C'était un courageux soldat que ce capitaine l'Olive. ce d'Enambuc. dominicain comme Lascasas. C'était un saint que ce P. et enfin gaigna tant M. l'administrateur. une guerre autant injuste que honteuse. Raymond. après la mort de son compagnon. Mais on sait avec quelle barbarie. qu'à ces deux hommes se joint un troisième. p.4 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. il se rua sur les paisibles Caraïbes. 32. 1654. avec M. se voyant trompé. fut trouver le gouverneur et lai remonstrer avec un zèle qui ne fut pas gousté qu'il n'estoit pas permis de faire la guerre sans subject à une nation libre non plus que de lui ravir ses biens injustement. 40. qui fit tous ses efforts pour détourner ce détestable dessein. C'était uu héroïque navigateur. et l'éducation de ce pauvre peuple. —Voyez aussi l'Histoire générale des Antilles.

de la Bourdonnaye. Desbassayns de Richemont. L'exploitation rapace du sol par les occupants. favorisé. et s'y fait représenter par un régisseur sans entrailles. Elle les recruta. et consommant des esclaves. Poivre. tels que furent aux Antilles M. manufactures odieuses produisant pendant des siècles du tabac. Le 27 août 1701. comme toutes les nations. Ce trafic fut non-seulement toléré. et les deux rois prennent dans l'affaire un intérêt personnel d'un . servir de nids à des corsaires enrichis par la rapine. ou abriter des prisons sans murailles. de Poincy. à côté de familles intelligentes et respectables. de la Barre ou M. le Portugal. c'est presque en tous lieux la première page de l'occupation des colonies. M. la France eut des esclaves. la Hollande. du coton. à la et des habitants humains et intelligents! Mais la plupart de ceux-ci ne sont venus de si loin que pour faire fortune à tout prix. Malouet. Guyane M. qu i en tire tout ce qu'il peut. à Bourbon M. heureuses lorsqu'elles reçoivent un véritable administrateur. M. par les gouverneurs.COLONIES FRANÇAISES. comme toutes les nations. par les Compagnies. Aussi voit-on les colonies. est en général la seconde pageHeureuses ces possessions lointaines. mais encouragé. par l'infâme pratique de la traite. se plaint de ce qu'elles coûtent. lorsque la métropole ne les exploite pas à son tour comme un égoïste propriétaire de fermes éloignées. le roi très-chrétien reçoit du roi très-catholique le monopole de la traite pour dix ans. du sucre. 5 L'extermination des indigènes. l'Espagne. presque aussitôt qu'elle t ut des colonies. consacré par des traités. Comme l'Angleterre.

les larmes de l'esclave. sans beaucoup avancer. Laissons face à face avec Dieu tout le passé de cette 1 Archives du ministère des affaires étrangère*. le missionnaire et le négrier reposent au sein d'un égal oubli. elle clôt en quelque sorte le compte et passe à un chapitre nouveau. comme toutes les sciences. ne s'arrête pas volontiers aux détails. L'humanité. et la fausse grandeur des puissants jugés à distance. elle n'a pas de conclusion. qui. Il sait. l'humble travail de l'écrivain. Elle regarde aux résultats plutôt qu'aux moyens. les crimes du marchand. le cri d'une conscience libre. rien n'est petit. il a vu. . Sans doute. c'est ce qui fait trop souvent l'injuste popularité des despotes. sur les rivages africains. puisque le bien l'a emporté sur le mal. le don d'un cœur généreux. ayant la conscience que cette distribution n'est pas remise en ses mains. puisqu'il est aboli. pas de moralité. la bonté paternelle de nombreux maîtres. marche vite. quand un progrès est accompli. Pour les hommes. aussi bien que la prière d'une âme ignorée.6 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. suppose Dieu. Passons vite sur ces honteux détails et sur l'histoire de l'esclavage dans les colonies françaises. Pour lui. sous le pont des navires. derrière les murailles silencieuses. rien n'est oublié. la courageuse persévérance de l'homme d'État. L'histoire. 1 quart . une prime est accordée à la traite par arrêt du Conseil. il a compté. elle oublie et elle passe. le zèle obscur d'un missionnaire. En 1784. sans Dieu. mais. les rigueurs du maître. l'humanité a besoin Je croire que le crime et la vertu ont reçu leur salaire.

œuvre qui porte la marque de la plupart des actions de cette époque. prouvait que le roi Louis XVI avait donné Tordre de faire des <'ssais semblables. Maury. Les colonies reçoivent de la métropole leurs destinées toutes faites. A entendre Malouet.COLONIES FRANÇAISES. cl les furent en France l'oeuvre de la Révolutionl. arrêt de la justice exécuté par la violence. la Convention risqua tout2. pour acheter une terre et la répartir entre les noirs. de Richepray. la liberté. 7 longue et lamentable histoire. série IIe. l'Assemblée législative ne put rien. trop d'indécision ou trop de violence s'y traduisent par d'égales calamités. ne sut que reculer comme devant un abîme. L'Assemblée constituante n'osa rien. par la défaite de la race blanche. Maurel-Dnpeyré. t. 1850. p. Les premières lois en Europe qui aient frappé l'esclavage partirent de la France. sous ee titre : Les Colonies et les Assemblées de la Révo- lution (1789-1802). dont on ne parlait qu'avec effroi. de nobles exemples avaient été donnés. Une lettre du maréchal de Castries en date du 6 juin 1785. c'était une guerre civile avec la peau pour cocarde. 2 Voyez l'excellent travail publié dans la Revue coloniale. Barnave. la rupture du lien qui unissait les colonies à la 1 Avant les lois. le gé- néral Lafayette avait envoyé à Cayenne un M. IV. l'Assemblée constituante. et ne racontons que le dénoùment qui la termine et les conséquences qui lui survivent. par M. En 1785. il s'était entendu pour cela avec les missionnaires du Saint-Esprit. oeuvre trop différée d'abord. Devant l'esclavage. c'était. trop précipitée ensuite. Elle craignit de toucher à ces sociétés lointaines et singulières. 1 49. . la timidité de la première assemblée fut aussi désastreuse que l'ardeur de la troisième. si abondante pourtant en grandes âmes passionnées pour la justice.

nommés par les assemblées coloniales. ou. et feraient connaître leurs vœux par l'organe des Assemblées coloniales. L'article 4 de l'instruction portait: « Toutes personnés. se réuniront pour former l'Assemblée paroissiale. L'abbé Grégoire demanda si ces mots. comprenaient les hommes de couleur. que les blancs interprétèrent contre les noirs libres. Barnave proposa qu'un congrès de vingt-neuf commissaires. et une instruction du 28. âgées de 25 ans accomplis.8 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et il fut ainsi fait. Partagée entre la justice et la frayeur. se réunît dans la petite île de Saint-Martin pour trancher la question. auxquelles seules appartiendrait l'initiative des lois concernant l'étaI des personnes. l'Assemblée décréta l'article suivant: . que les Colonies continueraient à vivre sous le régime de lois particulières. et dura trois jours. Une discussion passionnée sur l'esclavage sortit de cette proposition incidente. L'Assemblée s'en émut. toutes personnes. métropole. à défaut d'une telle propriété. qui lit entrevoir la perte des colonies le jour où cesserait la domination des blancs. » Cette assemblée nommait l'Assemblée co- loniale. l'Assemblée avait décidé par un décret du 8 mars 1790. propriétaires d'immeubles. Avant de terminer sous l'impression d'un discours de l'abbé Maury. C'était remettre les droits des noirs à la décision d'un congrès de blancs. domiciliées dans la paroisse depuis deux ans et payant une contribution. Charles de Lameth s'empressa de demander que l'Assemblée fermât la discussion sur cette proposition indiscrète. Au nom du Comité des colonies. et que ceux-ci invoquèrent. Des troubles sanglants aux colonies furent le résultat de cette ambiguïté.

elle vola. comme article constitutionnel. les blancs résistèrent . les scrupules des rédacteurs de la Constitution des États-Unis. quatre années avant. troublée de sa décision. on n'abolit pas la chose. et on n'osa pas dire qu'il n'y en aurait plus. On abolit le mot.: non libres... et. Pareil silence avait désarmé. Rassurée.COLONIES FRANÇAISES. qu'aucuneloi sur l'état des personnes non libres ne pourra être faite pour les colonies que sur la demande formelle et spontanée des assemblées coloniales. sur un autre continent. ceux dont les bras sont employés à la culture. s'ils ont d'ailleurs les conditions requises. arrêta qu'elle sera expliquée par une instruction.. des colonies . » Moreau de Saint-Méry. l'Assemblée constituante reprit la délibération sur les droits des hommes de couleur libres. député de la Martinique. les députés des Colonies déclarèrent qu'ils s'abstiendraient désormais. avait proposé de dire nettement : l'étal des esclaves. on hésita entre cultivateurs. ou revint au mot personne. hommes chargés de la c culture. et cette instruction. libre et spontané. à Paris. sans le vœu préalable. On n'osa pas dire qu'il y avait des esclaves. Robespierre s'y opposa . déclara que le décret du 15 . mais que les gens de couleur nés de père et mère libres seront admis dans toutes les assemblées paroissiales et coloniales futures. » A Saint-Domingue. par une lâche et hypocrite timidité. l'article suivant : « L'Assemblée décrète qu'elle ne délibérera jamais sur l'état des gens de couleur gui ne sont pas nés de père el mères libres. après plusieurs jours. que le décret du 8 mars 1790 était violé. rédigée par Dupont de Nemours. 9 « L'Assemblée décrète.le 15 mai 1791. L'Assemblée.

1792. I796. l'instruction est adoptée le 29 mai et va porter aux Colonies les volontés de la métropole el la guerre civile. l'Assemblée constituante s'occupa de nouveau des Colonies. par suite du conflit entre les blancs et les hommes de couleur libres. Paris. L'île fut ensanglantée en 1790. mais avant qu'il fût aucunement question d'affranchir ceux-ci.10 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et elle envoya à Saint-Domingue les commissaires Santhonax et Polverel. bien loin de violer le décret du 8 murs. par laquelle Assemblée se destituait elle-même! Elle l'avait bien mérité. Elle devait coûter Saint-Domingue à la France 1. 1791. abrogeant le décret du 15 mai. mai. la division. sur tes événements d'Haïti. sous la sévère et intelligente administralion de Toussaint-Louverture. par le décret du 24 septembre 1791. Mais elle léguait en mourant une situation impossible : aux Colonies. elle réserva à l'Assemblée législative le droit de statuer exclusivement sur le régime extérieur des Colonies (art. en restreint l'application aux hommes de couleur nés de père el mère libres. la constitution étant terminée. . la Convention remit en vigueur le décret du 15 mai 1791. par une proclamation du 51 octobre 1793.'>. (Voyez les Mémoires de Clarkson et de Macaulay. Hachette. aidés de part et d'antre par leurs esclaves.) — Ainsi les troubles de Saint-Domingue éclatèrent de 1 790 à 1792. 5) seraient portées directement à la sanction du roi. dont les propositions (art. et. à l'Assemblée législative. Nul excès n'en fut la suite pendant les années 1795. C'est pour empêcher que l'effervescence ne gagnât les noirs esclaves. En1792. et laissant le régime intérieur aux Assemblées coloniales. ni de 1796 à 1802. c'est pour rétablir la tranquillité que Polverel se décida à annoncer l'émancipation. Singulière disposition. l'im1 Les hostilités recommencèrent. traduits en 1<S5. Le décret de 1794 la confirma. sans qu'aucun décret antérieur pût porter obstacle au plein exercice du droit conservé aux Assemblées coloniales. Cinq mois après. l'émancipation n'y fut prononcée qu'à la tin de 1795: c'est donc une erreur d'attribuer le désordre à l'abolilion de l'esclavage. 1er).

un congrès de commissaires de la Guadeloupe. bien loin d'améliorer le sort de l'esclave. les agents supérieurs de la République entendaient éteindre et. La Convention renouvela cette suppression par un décret du 27 juillet 1795. sur la proposition de Grégoire. 11 puissance d'intervenir. Qu'on lise une instruction inédite1 du capitaine général de la Martinique et de Sainte-Lucie. et elle abrogea le décret de la Constituante par un autre décret du 24 mars 1792. Même concordat fut accepté à Saint-Domingue. SainteLucie et Marie-Galante. au lieu de le leur donner.Le timbre de la pièce porte la France auprès d'un palmier.COLONIES FRANÇAISES. Mais l'esclavage subsistait encore dans les colonies. Margry. Par une loi du 11 août 1792. au même titre que les blancs. conservateur des archives des colonies. qui accordait les droits politiques à tous les hommes de couleur libres. à la traite des noirs. l'Assemblée législative supprima la prime accordée. dans les assemblées électorales. un côté l'emporte. . contrairement au dernier décret de la Constituante. en date du 19 brumaire an II2 : 1 Communiquée par M. . L'Assemblée législative reçut des Colonies l'exemple. mais. pendant que cet état de choses intolérable provoquait dans l'Assemblée des débats enflammés et stériles. Non-seulement l'esclavage subsistait. sans distinction. étouffer tout ce qui pouvait le préparer à devenir homme libre. la Martinique. derrière lequel est le soleil . et décida que. un meilleur esprit prévalut aux colonies. el. Heureusement. le 20janvier 1792. rendu sans discussion. elle est entourée d'attributs divers et tient une balance en main. se réunit à Port-Royal. les hommes de couleur seraient admis. en vertu d'un arrêt du Conseil de 1784.

cl leur intelligence. Or une expérience déplorable a prouvé que l'abus des lumières est souvent le principe des révolutions. répandues par des hommes pervers ou trompés. BRUMAIRE AN 1! DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. « Le capitaine général de la Martinique et Sainte-Lucie. « J'ai donc jugé nécessaire. « Le gouvernement français a reconnu. qui repose sur l'esclavage et la distinction des couleurs. citoyen commissaire. qui rallumerait tôt ou tard l'incendie d'un" révo- lution. il a implicitement proscrit tout ce qui tend à renverser l'ancienne organisation coloni ale. qui veille sur la prospé- rité de la Martinique. Qu'iraient-ils apprendre dans ces établissements? Ils n'y puiseront pas les connaissances supérieures qui font. el que l'ignorance est un lien nécessaire pour des hommes enchaînés par In violence ou flétris par les préjugés.de l'homme éclairé le premier esclave de la loi. longtemps et la sagesse d'un gouvernement réparateur. leur représentera sans cesse le régime colonial comme le code de la tyrannie et de l'oppression. convenables sans doute à l'éducation d'un peuple libre. sont incompatibles avec l'existence de nos colonies. « Au commissaire du gouvernement près le tribunal d'appel séant au Fort-de-France. En conservant à la Martinique le régime et les lois de 1789. enorgueillie d'une instruction imparfaite et grossière. et je vous ordonna expressément. « Ce serait donc une imprudence bien dangereuse de tolérer plus longtemps dans la colonie des écoles pour les nègres et pour le> gens de couleur.12 (ι AU ABOLITION FORT-DE-FRANCE. de faire fermer toutes les écoles publiques ou sont . nts. soit par la force physique. ci- toyen commissaire. ([iu- les systèmes philosophiques sur la nécessité d'étendre el de généraliser l'instruction. ne doit pas y laisser subsister le foyer d'une lumière trompeuse. LE 19 DE L'ESCLAVAGE. ont sufti pour détruire nos établissements les plus florissa (( Ces idées. soit par l'opinion.

décrète dès ce moment que l'esclavage est aboli sur tout le territoire de la République. nous n'avons pas porté nos regards sur les malheureux hommes de couleur qui gémissaient dans l'esclavage en Amérique. s'écria LEVASSEUR (de là Sarthe). fidèle à la déclaration des droits de l'homme. un député de Saint-Domingue. fort curieuse. et je me concerterai avec lui sur les mesures qui doivent en assurer et légaliser l'exécution. Le 4 février 1794 (16 pluviôse an II). tout involontaire qu'il est. » LACROIX (d'Eure-et-Loir). mais fidèle aux principes éternels dejustice et d'égalité qu'elle a consacrés. « Signé : VILLARET. qui. vint exposer aux représentants du peuple les souffrances des esclaves et leurs réclamations. que. On aurait beau dire que nous ne reconnaissons pas d'esclaves en France. sans céder à un mouvement d'enthousiasme bien naturel cependant dans une telle circonstance. mais par surprise... « Je demande. admis les nègres et les gens de couleur. l'abolilion de l'esclavage fut décrétée par acclamation. est du 19 brumaire an II. « J'ai l'honneur de vous saluer. C'est le 16 pluviôse de la même année. que la C onvention.COLONIES FRANÇAISES. « Pour copie. homme de couleur. dans le sein de la Convention nationale. n'est-il pas vrai que . et la postérité pourra nous reprocher cet oubli. presque au même moment. «En travaillant à la Constitution du peuple français. » Cette pièce. n'en est pas moins coupable devant la philosophie. Je préviens le 13 préfet colonial de l'ordre que je vous donne à cet égard.

hommes de couleur. des larmes de joie sont dans tous les yeux : Vive la liberté! est dans toutes les bouches. qui ont reconquis leurs droits? Vainement aurionsnous proclamé la liberté et l'égalité. consacré solennellement. Le président prononce l'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ne souffrez pas que la Convention se déshonore par une plus longue discussion. qu'ils sentent toute la dignité de leur être. Les députés de Saint-Domingue sont conduits par Lacroix au président. les citoyens. Un membre demande qu'un aviso soit expédié sur-lechamp pour porter aux colonies l'heureuse nouvelle. » Levasseur demande que sa proposition soit mise aux voix sur-le-champ. s'il reste sur le territoire de la République un seul homme qui ne soit pas libre comme l'air qu'il respire. Celte scène se répète dans les tribunes . sont embrassés par leurs nouveaux frères. retentisse dans le cœur des Africains enchaînés sous la domination anglaise et espagnole. ils le reçoivent ensuite de chaque représentant.14 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. s'écrie Lacroix. que ce principe. L'Assemblée entière se lève el vote par acclamation. Aussitôt les cris de Vive la République! Vive la Convention nationale! éclatent dans toute la salle. nous laissons dans l'esclavage des hommes sensibles et braves. qu'ils s'arment et viennent augmenter le nombre de nos frères et des sectateurs de la liberté universelle ! » Levasseur veut insister et développer sa motion : « Président. s'il existe encore un esclave ! Proclamons la liberté des hommes de couleur ! « Donnez ce grand exemple à l'univers . . qui leur donne le baiser fraternel au nom de tous les Français.

mais générosité dirigée par le flambeau de lu raison. el vous assurerez à jamais la reconnaissance de la postérité ! » Lacroix propose la rédaction suivante : La Convention nationale déclare aboli l'esclavage des nègres dans tontes les colonies : en conséquence. son sol et sa population ! Activité. On vous propose d'envoyer sur-le-champ un aviso pour faire connaître la loi bienfaisante que vous avez rendue. et je demande le renvoi de cette proposition au Comité de Salut public. sans distinction de coulent.) Pitt et ses complots sont déjoués! L'Anglais voit s'anéantir son commerce! La France. je m'y oppose. domiciliés dans les colonies. elle décrète que tous les hommes. son énergie. qui vous présentera ses vues..COLONIES FRANÇAISES. «Il existe entre l'esclavage et la liberté un passage délicat et difficile à franchir. jusqu'ici nous n'avions décrété la liberté qu'en égoïstes. générosité. mais que le rapport soit fait promptement et qu'on lance la liberté sur les colonies avec les moyens de la faire fructifier. nous proclamons la liberté universelle ! La Convention nationale a fait son devoir. c'est aujourd'hui que l'Anglais est mort! (Vifs applaudissements. énergie. et régularisée par le compas des principes. qui jusqu'à ce jour avait pour ainsi dire tronqué sa gloire.. et . reprend enfin aux yeux de l'Europe étonnée et soumise la prépondérance que doivent lui assurer ses principes. pour nous seuls : mais aujourd'hui nous proclamons à la face de l'univers. DANTON 15 se lève : « Représentants du peuple français. sont citoyens français. et les générations futures trouveront leur gloire dans ce décret. « Citoyens.

et qu'au moment où les hommes s'embrassent en frères ils ne voient pas la main de leur commun Père. 1 Choix de rapports. XIV. L'Angiitis est mort! s'écrie Danton. détachée du Moniteur. Otez de celle page. des traits odieux ou ridicules. on avait annoncé à la Convention que les Anglais venaient de s'emparer de la Martinique et de la Guadeloupe. 1821. je ne dis pas grande. . 425. Paris. t. bravement défendue par le général Rochambeau. jouiront de tous les droits assurés par la Constitution. les sectateurs de la liberté universelle. En effet.16 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. se rendirent maîtres de la Martinique. Le décret est volé à l'unanimité 1. ôtez les hommes sensibles et braces. parce que Dieu n'y paraît pas. l' appel aux armes. opinions et discours prononcés à la tribune nationale depuis 1789. 11 se mêle donc à une émotion d'humanité un cri de guerre. et l'emphase de mauvais goût habituelle aux violents orateurs de la Convention. et de la Guadeloupe le 21 avril 1794. l'oubli coupable devant la philosophie. Renvoie au Comité du Salut public pour lui faire incessamment un rapport sur les mesures à prendre pour l'exécution du décret. et ils ne prononcent pas son nom. et à l'époque tout entière. le 22 mars 1794. et il reste dans cette impétueuse explosion de passions nobles mêlées à des passions grossières une scène pourtant touchante et grandiose. le compas des principes el le flambeau de la raison. la veille de la séance de la Convention. p. car les Anglais attaquèrent la Martinique le 5 février. nouvelle peu prématurée.

Ce projet fut vigoureusement cl victorieusement combattu par un jeune officier qui devait un jour être en France président du conseil des ministres. et. 1858. L'île Rourbon et l'île de France. t. 17 : Notice. t. VIII. I. M. p. que l'on organisa en compagnies destinées au maintien de l'ordre 2. en 1802. défendu l'introduction des noirs de traite. dès le 8 août 1794. en 1796. un parti proposa de proclamer l'indépendance et de réclamer la protection des Anglais. 1846. 20 : Notice. Voïart.24 : Notice. Le décret de la Convention fut connu à la même époque. . IV". p. au nom des consuls (1803). Or. L'Assemblée coloniale de Rourbon avait. avec des alternatives de calme et d'agitation. Roy. SX. 17 On sait que la Martinique resta huit années sous la demination anglaise. par M. par M. le pouvoir exécutif de la République française ayant envoyé deux agents. Aucun essai de co1 En 1810. sans que les blancs aient eu à subir aucune violence de la part des esclaves noirs. il n'y avait que seize mille blancs en face de quarante-quatre mille huit cent sept noirs. par M. de prospérité et de souffrance. pendant six ans. Joseph de Villèle. au contraire. 5. se gouvernèrent elles-mêmes. le décret d'abolition de l'esclavage n'y fut pas même introduit. jusqu'à l'arrivée du général Decaen.Revue coloniale. et.COLONIES FRANÇAISES. jusqu'à la paix d'Amiens. pour ne parler que de Bourbon. sans cesser d'être fidèles à la France 1. t. les deux îles.p. ils durent renoncer à leur mission. 1844. pour diminuer les chances de trouble. l'ajot.. ne tombèrent entre les mains des Anglais qu'en 1810. La Guyane fut plus malheureuse. mais il ne fut même pas publié. les citoyens Racot et Burnel. 2 . la population tout entière s'opposa à leur débarquement : ils ne furent pas mieux reçus à Port-Louis qu'à Saint-Denis. pour publier le décret d'abolition.

135. que des déportés politiques. la France ayant cesse 1 Mémoire inédit sur l'histoire des missions aux colonies. de la Barre. qui cite un écrit de de M. 286. mais toujours déserte. lonisation n'avait réussi depuis deux siècles dans cette colonie immense. Elle avait prospéré. Cayenne commençait à sortir de sa langueur. sous M. Aymé. elle avait perdu. au lieu de capitaux. sous la monarchie. que nous n'avons pu retrouver (Procès-verbaux de la commission de 1839. Archives du séminaire du Saint Esprit. à la fin du dix-septième siècle. et où seize mille hommes habitaient dix-huit mille lieues carrées. le lendemain de l'arrivée de la frégate qui ap porta le décret. Jeannet. sans précaution. aussi Observations sur la colonie de la Guyane et surles nègres. ses prêtres en prison et en exil1 ses propriétaires en faillite. par Jeannet. malgré de magnifiques éléments. M.J. p. ou entrevu du moins l'espoir de la prospérité. en 1834. Le seul survivant.. Hambourg. des déportés sans jugement du 18 fructidor an V.18 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. sous M.) V. p. . 1800. Vidal de Lingendes. le meilleur élément d'un avenir toujours retardé. depuis 1778. 2 Voyez le témoignage de M. Mais. représentée par un neveu de Danton. nous a donné les vraies raisons de la ruine de la colonie. ex-législateur. avec cet habile administrateur. payés avec les fonds envoyés annuellement de France. proclamée. Malouet. lorsque la Révolution. et ne lui apporta. quand tout à coup l'affranchissement des esclaves arrêta cet essor. qu'il habitait alors (1797) : « Tous les frais de l'administration de la Guyane française étaient. On a beaucoup répété que la Guyane avait alors été ruinée par l'abolition de l'esclavage2. mil ses esclaves en vagabondage. par J. à la lin du dixhuitième.. le marquis de Barbé-Marbois. Armand Aubert.

) . t. Les colons avaient renoncé aux travaux nécessaires à la prospérité des jeunes colonies 1 » De 1800 à 1809. ils lancèrent le décret d'abolition de l'esclavage. VI. Pouvant communiquer avec la terre. si complet. chap. à Bourbon. paraissaient en vue des côtes de la Grande-Terre avec deux frégates. les colons se firent corsaires et s'enrichirent. ces deux causes concoururent à plonger la colonie dans la détresse. . conseiller à la cour impériale. par M. et. VI. IV. t. chap. accompagnée de tous les excès produits par la double ivresse de l'indépendance et de la 1 Journal d'un déporté non jugé. La colonie était sauvée. avec une proclamation ardente. Pendant que les noirs. mais ruinée. A. sans écrire l'histoire de la Révo- lution aux colonies. les esclaves accoururent. les Anglais durent céder devant cette quinzième armée de la Convention-. l'ouvrage si remarquable.Revue coloniale. car avec la liberté entrait la révolution3. (liasse-Terre. Le 7 juin. si curieux. VI. 3ù J'indique les dates. 416. p. Voy. ils versaient leur sang pour l'indépendance du territoire national. Victor Hugues et Pierre Chrétien. p. intitulé : Histoire de la Guadeloupe. 103. 1855 à 1860. 2e série. et notamment le tome 11". les Anglais s'emparèrent de l'île. un brick.COLONIES FRANÇAISES. aidaient à la défense de ceux qui leur dissimulaient cette loi. t. 1850. la Guyane. 11. II. Didot. à 19 même époque de payer le subside. 164. Lacour. après sept mois de luttes héroïques. à la Guadeloupe. cinq transports et douze cents hommes. 1844. les faits principaux. attaquée par une expédition anglo-portugaise. liv. tomba et resta pendant huit ans entre les mains des Portugais. En 1809. bien loin de se révolter pour saisir la liberté inscrite dans la loi. Le 2 juin. Le 21 avril 1794. p. les agents de la Convention. 1834.

embrigader les noirs. aigris par de longs malheurs? qui empêchera les funestes effets de l'ignorance et de l'abrutissement où l'esclavage les a plongés? Sera-ce trois mille personnes. victoire. et sans culture. cultivateurs et cultures. équiper avec eux des corsaires pour capturer sur mer la nourriture que la terre ne produit plus. bâtiments et bestiaux. et. Les premières ne parlent que de liberté et de bonheur. mais. ordonnances sur ordonnances. entassa proclamations sur proclamations. avec elle. la force des choses. Quand la liberté en est là. ajourner la famine sans ressusciter le travail. demeuré seul maître d'une île bloquée par les Anglais. la terreur. sous peine de mort. l'arbitraire violent. puis il faut défendre. dont deux mille détestent autant l'ordre de choses actuel que le gouvernement républi- . étaient presque anéantis. par ces moyens violents. refusait de proclamer la Constitution. et le fardeau de ces lois sans nombre que la dictature invente et multiplie sans succès pour contraindre la seule force qui lui résiste et finit par la vaincre. de voler et arracher les vivres (13 juin 1794). la dictature n'est pas loin. et Victor Hugues. et en venir à mettre en réquisition ces prétendus hommes libres (28 août 1795). En 1796. Hugues. Chrétien ayant succombé à la fièvre jaune. La Pointe-à-Pître eut son tribunal révolutionnaire. Il écrivait (9 août) au ministre des colonies une lettre triste et sensée où se lisent ces paroles : « Qui pourra contenir quatre-vingt-dix mille individus forts et robustes. ordonner le travail sous les mêmes peines (18 juin). à bout d'énergie et d'espérance.20 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. désertée par les habitants.

prend militairement possession de la colonie2. L'esclavage.. p. il laissa la colonie dans un état plus prospère. sera sa perte. en réservant aux blancs seuls le titre de citoyen (arrêté du 1 0 juillet 1802). Rapport du 5 et du 9 prairial. loin d'être un bienfait pour la colonie. et même la traite. les prix relevés. parvint à ranimer le travail par une heureuse application du système du colonat partiaire (arrêté du 10 février 1798) et l'institution d'inspecteurs des cultures. Une émeute de conscrits et de noirs 1 est l'occasion de la mise en état de siége de la Guadeloupe. et 25 messidor. 22. en les obligeant à retourner aux anciennes habitations. du général Richepanse. en désarmant les noirs. la Constitution appliquée. il prélude clairemen I au rétablissement de l'esclavage. Moniteur de Lan X. précédé du gouvernement provisoire d'un homme de couleur intelligent et ferme. » Un nouveau gouverneur. Les insurgés sont jugés par un conseil de guerre. dès le début. furent en effet rétablis par la loi du 30 floréal an X. On cherche en vain dans l'immortelle Histoire du Consulat et de l'Empire. Thiers. et. 291 : Rapport du contre-amiral Lacrosse. p. les biens nationaux affermés. une trace de cette 1 2 Moniteur de l'an X. Pélage (1801)..COLONIES FRANÇAISES. . Avec le Consulat commence le régime de la dictature militaire. 21 cain? La Constitution. Le général Richepanse arrive en conquérant. le général Desfourneaux. Ce n'est que par gradation que l'on peut amener ces infortunés à l'état où le gouvernement veut les appeler. Remplacé à la fin de 1799 par divers agents du Directoire. par M.

la paix loi d'Amiens. session dont le souvenir fut consacré par une médaillé solennelle.. présentèrent le projet suivant : Art. Il nous apprend que. l'esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789. la Légion d'honneur. dans le cours de la session extraordinaire convoquée à l'occasion de la paix d'Amiens. la paix à la ferre et à la mer. . les conseillers d'État Dupuy. Mais le véridique et impitoyable Moniteur renferme cette page douloureuse 1. Vrt. p. au commerce la Martinique. Art. Rruix et Dessoles. les possessions de l'Inde. à la séance du Corps législatif. rendait la religion à sa patrie. Ier. en date du 6 germinal an X. le régime des colonies est soumis pendant dix ans aux règlements qui seront faits par le gouvernement. On aimerait à l'effacer de cette grande année 1802. odieuse. 970. Tabago. III — La traite des noirs et leur importation dans lesdites co- lonies auront lieu conformément aux lois et règlements existant avant ladite époque de 1789.. — Nonobstant toutes lois antérieures. qui vit le Concordat. le Concordat. l'Ile-de-France. à la même heure. en exécution du traité d'Amiens. On ne comprend pas que l'esclavage et la iraite aient été écrits de nouveau dans les lois de la France par la même main victorieuse et sage qui. le 27 floréal an X. session illustrée par la paix. et qui dura du 15 germinal au 50 floréal. SainteLucie. le Consulat à vie. la Réunion. Art. IL — 11 en sera de même dans les autres colonies françaises au delà du cap de Bonne-Espérance. 1 Moniteur du 28 floréal an X. — Dans les colonies restituées à la France.22 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. l'Université et les projets du Code civi I et du Code de commerce. précédés d'un message des consuls. IV.

exigeaient impérieusement de grandes différences dans l'état civil et politique des personnes. qui. 989 . « Il en est.. 23 α On sait. des habitudes et principalement la sûreté des familles euro- péennes.. » Mais il faut lire le rapporl du tribun Adet à la séance du 29 floréal comme un modèle de déclamation hypocrite'. utile dans l'organisation actuelle des so. Les accents d'une philanthrophie faussement appliquée ont produit dans nos colonies l'effet du chant des sirènes : avec eux sont venus des maux de toute espèce. dit-il. ne deviendrait-il pas comptable envers les autres nations des maux que sa renonciation à l'usage commun pourrait attirer sur elles. 988. de l'esclavage comme de la guerre. renoncerait à fabriquer des armes. et ne s'exposerait-il pas lui-même à tous les fléaux? « Ce que je viens de vous dire de la guerre peut s'appliquer à l'esclavage. Cependant tous les peuples se font la guerre. Quelque horreur qu'il inspire à la philanthropie. le. des couleurs. p. Quelle seraitla condition du peuple.COLONIES F RANÇAISES. désespoir et la mort. à s'en servir. la différence des climats. où la différence remarquable entre l'homme civilisé et celui qui ne l'est pas. à entretenir une armée prête à le proléger ! En rompant l'équilibre des forces qui le contre-balancent.. dit l' orateur du gouvernement Dupuy. Depuis longtemps les philosophes ont gémi sur la fureur qui altère les nations de sang. comment les illusions de la liberté et de l'égalité ont été propagées vers ces contrées lointaines.Moniteur du 50 floréal et du 1er prairial an \.. abjurant la guerre.

On peut le regarder comme une de ces institutions qu'il faut respecter. séparés de ceux que la nature les a appelés à chérir. ciétés européennes. vos cœurs se serreraient. parce qu'elles intéressent la sûreté de ses voisins. vous proscririez à l'instant même la traite comme la plus barbare des institutions ! « Mais devez-vous. cédait au mouvement de son âme. et. mes collègues.. qui lui reproche- . n'écoulant que la pitié. si vous considériez les noirs attachés au sol qui les a vus naître.. à la vue du sang. » Puis le tribun Adet expose l'intérêt des colons et l'intérêt des noirs eux-mêmes. au moment de livrer bataille. lors même qu'on voudrait s'en affranchir.. Si un général. aucun peuple ne peut y renoncer sans compromettre les intérêts des autres nations. comme magistrats. excusable aux yeux de l'homme privé. Si vous vous portiez par la pensée sur les plages de l'Afrique. tourmentés par l'inquiétude de l'avenir. il ne le serait pas aux yeux de ses concitoyens. vous laisser entraîner par un sentiment qui vous honore comme hommes? Hélas ! non. parce que ce serait le signal d'une insurrection sanglante : « Laissons an temps seul le soin de préparer et d'opérer dans l'organisation coloniale les changements que l'humanité réclame. je vais parler de l'im- portation des noirs aux colonies. Il repousse l'affranchissement progressif aussi bien que l'affranchissement immédiat. portant des yeux baignés de pleurs sur les rivages qu'ils vont quitter pour toujours.24 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. « Maintenant.. déchirés par les souvenirs du passé. et bientôt enfermés dans une prison flottante où ils ne respirent qu'un air brûlant.

Quelque bornée que soit l'intelligence des Africains. fuL plus sommaire que son collègue. Chaque colonie deviendra bientôt. Elle nous dit quels sont les êtres pour lesquels la liberté n'est qu'un fruit empoisonné. le jour même où fut proposée l'institution de la Légion d'honneur.. nous apprend quels sont les bras qui seuls peuvent être employés à la culture aux colonies. reposons-nous avec confiance sur le gouvernement. à l'ami de l'humanité.. orateur du Tribunal. en détruisant une institution nécessaire aux colonies. une grande famille dont toutes les parties n'offriront plus au philosophe... 25 raient une sensibilité mal entendue. A la séance du Corps législatif du 50 floréal 1 Jaubert (de la Gironde). que ces scènes touchantes de la vie patriarcalesur lesquelles l'homme de bien repose avec tant de délices son esprit et son cœur ! » Le projet fut voté par le Tribunat à la majorité de cinquante-quatre voix contre vingt-sept. Détournons nos regards des tableaux que ces idées nous rappellent. relativement à nous: quelque différence qu'il y ait entre leur espèce et la nôtre.COLONIES FRANÇAISES. par ses soins . dit-il.. Vous sacrifieriez aux noirs les intérêts de votre pays. devenues elles-mêmes nécessaires à notre existence ! « Bornons-nous à former des vœux pour que les Européens sachent concilier leurs intérêts avec les devoirs de l'humanité dans la traite des noirs. « Quant au régime des colonies... 1 Moniteur. Page 1015. . « L'expérience. qu'on n'oublie jamais qu'ils sont des hommes..

la traite. et peut-être de notre conservation. 11 faut rougir une fois de plus de reconnaître le même jargon au service d'autres pensées. à la nécessité.. Elles appellent l'émancipation une erreur philanthropique. d'habitudes.. pourrait excuser la domination des blancs. l'esclavage. » Regnaud de Saint-Jean-d'Angély reprit : « L'humanité ne veut pas qu'on s'apitoie avec exaltation sur le sort de quelques hommes et qu'on leur procure des biens douteux en exposant une partie de l'espèce humaine à des maux certains et terribles. À l'aide de la loi que vous allez voter. on comprend.» « La liberté dans Rome. l'arbitraire. Plus douce parmi nous. mais la politique. Ne troublons pas le monde }tar des théories. On vou1 Les archives des colonies contiennent les circulaires qui accompagnèrent l'envoi du décret aux colonies. s'entourait d'esclaves. on partage le mépris que devaient inspirer au Premier Consul ces tribuns devenus courtisans. . nous prescrivent de ne pas briser les chaînes des noirs. On aurait aimé que la liberté des noirs fût menée au tombeau sans l'accompagnement des phrases sentimentales et fausses qui avaient retenti huit ans auparavant sur son berceau. La différence de couleurs. » Le projet fut adopté par 211 voix contre 63. 11 rendait aux colonies1 trois choses. une mesure indiscrète.. vous pouvez être certains de la durée de la paix du monde. le soin de notre grandeur.. Elles soul du même sl\le que les discours qui précédèrent le vote.26 ABOLITION EΕ L'ESCLAVAGE. elle les relègue au loin. obéissons à la grande loi des empires. continua Bruix. de mœurs.

mais à la loi qui donnait aux libres de toute couleur les mêmes droits? Pourquoi oublier que le premier sang qui coula fut le sang des blancs versé par les blancs? La loi de la Constituante commença Ja perte de Saint-Domingue. la loi du Consulat la consomma. les noirs n'avaient pas même profilé de la liberté. On alléguait l'exemple de la Constituante. Les orateurs du gouvernement regardaient l'esclavage comme nécessaire à la sûreté des familles. l'émancipation ne la causa pas. NOUS l'avons vu. Tous ces reproches étaient calomnieux. l'affranchissement. Les esprits étaient surtout frappés de l'exemple de SaintDomingue. même progressif. Triste exemple ! tout le le désordre des colonies et la perte de Saint-Domingue eurent pour cause les hésitations do la Constituante. du moins. qu'on voulait reconquérir. qui avait reculé devant l'émancipation. à Bouillon et à l'Ile-de-France. à la Guadeloupe.COLONIES FRANÇAISES. et le Moniteur publiait. Mais pourquoi oublier que l'insurrection était due. ils avaient combattu pour l'indépendance de l'île. on s'écrierait volontiers : La traite. mais surtout les commentaires. les premiers rapports d u général Leclerc et de l'amiral Villaret-Joyeuse. qu'elle avail précédée. à ce moment même. Il était malheureusement plus juste d'invoquer les lois de la Constituante pour confier au gouvernement le droit de . non à l'émancipation. et aurait pu l'empêcher. sans phrases! La loi. comme devant être le signal (Tinte insurrection. 27 (Irait supprimer de l'histoire cette loi. à leur consercation. était motivée par quelques raisons politiques.

qui méprisait les idéologues. réservant au pouvoir législatif le régime commercial. régir les colonies par de simples règlements. mais des lois. s'irritait des petites difficultés.28 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. n'était pas éloigné. droit que cette Assemblée avait donné au roi pour tout le régime intérieur. comme partout. c'était peut-être aventurer le retour de l'activité commerciale. dont la pensée seule était faite pour lasser l'impatience du bouillant génie qui avait épousé une créole. complexe. La Convention avait exercé aux colonies. Pitt soutenait les persévérantes propositions de Wilberforce pour l'abolition de la traite. La vérité. les autres l'avaient aboli . La Constitution de l'an III avait assimilé complètement les colonies au territoire français et soumis leur existence aux mêmes lois que celles de la République. L'exemple de. l'Angleterre n'était pas plus juste. et non des règlements. Plus sage. le pouvoir absolu. c'était se charger d'une question lointaine. et Regnaud de Saint-Jean-d'Angély avait tort de dire que l'ajournement voté jusqu'en 1800 était un renvoi dont la postérité seule était destinée à connaître le terme . Sans doute ce grand pays ne pensait pas à détruire l'esclavage. on le vit et on pouvait le prévoir. c'est que. pénible. mais M. les unes avaient conservé l'esclavage. entre les colonies qui nous étaient restées et celles qui nous étaient rendues. et n'aimait point à se laisser distraire du con- . le choix était difficile. après laquelle on aspirait si ardemment. la Constitution de l'an VIII déclarait que les colonies seraient régies par des lois spéciales. Accepter les chances d'une abolition complète. car ce terme.

29 tinent par les intérêts d'outre-mer. la loi. Séduit un moment par la grande pensée de restaurer la puissance coloniale et commerciale de la France l. Signal de nouveaux désordres aux colonies et de nouvelles rigueurs. et déjà il venait de céder la Trinité. la postérité placerait cette journée audessus de Marengo. . mais sans atteindre un autre coupable. avait entendu nuire à l'Angleterre . 11 envoya Leclerc à Saint-Domingue. IV" vol. il fermait une fois de plus ce cercle lamentable que suivent fatalement les hommes. on rétablit l'esclavage pour lui plaire. la loi de 1802 souille d'une tache un moment incomparable. la loi de 1794 marque d'un point lumineux une sombre époque. de l'oppression à la révolte et de la révolte à l'oppression. L'Angleterre ne voulut pas qu'on donnât prématurément à ses colonies l'exemple qu'elle réservait plus tard aux nôtres. dont les fautes avaient causé celles des 1 Thiers.COLONIES FRANÇAISES. en émancipant. il devait un jour vendre la Lousiane. Histoire du Consulat. celte loi venait recommencer le mal nu moment où il était à peu près réparé. tiv. Richepanse à la Guadeloupe. qu'il avait récemment échangée contre 1 Étrurie. La Convention. il allait cependant bientôt préférer le système continental et manufacturier. Ainsi fut défaite par le Consulat l'œuvre de la Convention. comme les maîtres avaient été punis de n'avoir pas su être justes. en rétablissant la paix. Vil. il punissait les esclaves de n'avoir pas su être libres. Il rétablit par la force et par la loi l'esclavage : s'il l'eût aboli.

le 2 ventôse an XI * : « Je préviens le général Dugua que. Jusqu'aux femmes. reprise. qui. Mais il en fut de la liberté des esclaves comme de tant d'autres principes proclamés au moment de la Révolution. quoique les nègres fussent rentrés au travail. après avoir soutenu un blocus pendant les Cent-Jours. parce qu'on voulait les tromper sur leur liberté. rendue par les traités de 1815. des menaces. Une fois répandus dans le monde. nous revint en 1815. ils me paraissaient bien décidés a ne pas se laisser désarmer. rendue en 1802. hommes. ils semblent condamnés à expier par de longs atermoiements les excès d'une explosion trop hâtive. elle fut enfin restituée le 25 juillet 1816. en leur écartant les jambes. lettre inédite . ces colonies purent enfin jouir. et à s'en pu1 Le chef de brigade Navery écrivait de Saint-Domingue au minisire de la marine. nous les écartellerons plutôl que de souffrir « qu'ils deviennent esclaves! » * Archives coloniales. rend ue à la France. qui n'avait pas été troublé par la liberté. cédée aux Suédois (1813). trois mois après la Martinique. me disaient : « Voilà « ce que nous leur ferons. ne l'oublions pas. des bienfaits d'un gouvernement régulier. La Guadeloupe faillit avoir le même sort : prise en 1810 par les Anglais. mais leur victoire sera contestée et laborieuse . à jamais perdue pour la France l.. qui.30 ABCLIT ION DE L'ESCLAVAGE. avec la France. des sévérités. à Bourbon et à la Martinique. Les mêmes traités nous restituèrent Bourbon. prenanl leurs enfants par les pieds. Depuis cette époque. il ne put être rétabli à Saint-Domingue. ces principes ne mourront pas. plutôt que de se mettre sous la protection des Anglais. reprise en 1807. pour rétablir l'ordre.. mais sans l'île de France. Il fallut des soldats. prise en 1810.

on n'y revient qu'à pas lents. donné le premier signal. . C'est à l'Angleterre que passe désormais l'honneur de l'initiative dans le mouvement dont la France avait. ne l'oublions pas.COLONIES FRANÇAISES. jusqu'à ce que deux générations ayant emporté dans la tombe les défiances et les souvenirs de jours douloureux. 31 une sorte de pénitence . le temps achève d'effacer au front de la justice les souillures qui dérobent encore après un demi-siècle une partie de sa ifier par r beauté. on n'y porte la main qu'en tremblant.

en Europe. En France. ni à l'Empire. la guerre occupa trop constamment les gouvernements pour qu'ils eussent le temps de songer à des actes de vertu . elle fut délaissée et en quelque sorte prisonnière avec Toussaint. le gouvernement encourageait la culture de la betterave. On prévoyait le moment où tout commerce avec elles serait interrompu .CHAPITRE II DEPUIS LE RÉTABLISSEMENT DE L'ESCLAVAGE PAR LE CONSULAT (1802) JUSQU'A LA SECONDE* ABOLITION DE L'ESCLAVAGE PAR LA RÉPUBLIQUE DE 1818. L'expédition de Saint-Domingue acheva d'ôter tout intérêt à la cause des esclaves. sur les mers. avant de songer à réformer les colonies. Parmentier des instructions pour cette nouvelle cul- . bien loin de chasser les négriers. après la trop prompte rupture de la paix d'Amiens. Il ne faut pas demander à la fin du Consulat. de nouvelles espérances en faveur des intérêts coloniaux. on eut bientôt à se demander s'il était possible de les conserver. pour remplacer par un sucre indigène le sucre des colonies. et demandait à M. elle arma des corsaires.

COLONIES FRANÇAISES. pour tous les Français. l'opinion était elle-même une esclave qui attendait l'affranchissement. tout commençait. excepté pour eux seuls. d'apporter à la France fatiguée des agitations. 33 dont on était loin de prévoir les futurs progrès. de 1800 à 1805. Lure. à cette époque. Aux yeux des contemporains. qu'eut lieu la persévérante agitation de Wilberforee et de Clarkson. l' ordre. si ce n'est pour un temps li- mité. Au sein d'inquiétudes nationales. ainsi conçu : « Il est défendu de louer ses services. les Bourbons eurent la volonté. comme ils avaient la mission. Leur gloire fut de proclamer le principe de la liberté malgré le souvenir des crimes commis en son nom. pour eux. c'est en 1806 et 1807 qu'elle triompha. Sans doute l'opinion aurait pu s'émouvoir encore. tout continuait. » Renversés par les excès de la Révolution. Appartenant au dix-neuvième siècle par leurs intentions loyales. Mais en France. dans l'histoire qui nous occupe. passer vite sur le commencement du dix-neuvième siècle. L'Océan ne sépare pas deux terres et deux peuples plus entièrement que le torrent de la Révolution et l'Empire n'avaient séparé ce passé du présent. ramenés par les excès de la guerre. 3 . leur penchant fut de chercher dans le passé l'image de l'autorité. des combats et du despotisme. On peut donc. C'estde 1 780à 1799. la paix et la délivrance. elle ne cessa pas un moment d'occuper l'Angleterre des intérêts permanents de l'humanité. mais bien pardonnables d être entraînés vers les institutions d'un autre âge par I. et se contenter de signaler comme un écho de la pensée chrétienne l'article 1780 du Code civil.

La vieille politique coloniale. un échange privilégié de produits. on les vit ainsi imprimer à la plupart de leurs aetes un double caractère. et reconnaissons avec loyauté qu'il ne pouvait ni songer à l'abandon des colonies que les traités venaient de rendre à la France. qui consistait . eu attendant l'amiral Linois. a très-bien dit M. à établir entre la métropole et les colonies. 20 juin 1843. et l'édit de 1681 fut remis en vigueur. Cette double influence se fit particulièrement sentir dans le gouvernement des affaires coloniales. du baron Boyer de Piereleau.34 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. gouverneur par intérim de laGuadeloupe.) . Ainsi. comme entre un propriétaire et sa maison de campagne. laissées par la Charte au régime des lois et règlements particuliers. (Voyez les proclamations du marquis de Vaugiraad. « Pénétrons-nous des circonstances où se trouvait placé le gouvernement de celte époque. Rossi 2. les nouveaux gouverneurs généraux y rétablirent les institutions antérieures à 1789. les impôts d'entrée et de sortie. . La Cour d'appel reprit le nom de Conseil supérieur. ni leur appliquer de prime abord 1 Ordonnance du 12 décembre 1814. on le sait. gouverneur de la Martinique. selon qu'ils obéirent à l'esprit de leur temps ou à leur origine. l'interdiction aux étrangers de tous les ports. le poids d'illustres traditions. dès que le gouvernement eut repris possession de la Martinique. fit rétablir l'impôt dit droit du domaine d'Occident. les tribunaux de première instance les noms de Sénéchaussée et d' Amirauté. (Moniteur du 14 février 1815. Un arrêt du conseil d'État du 30 août 1814 avait déclaré le seul port de Saint-Pierre ouvert aux étrangers à la Martinique.Rapport à la Chambre des pairs du projet de loi sur les sucres. de la Guyane et de Bourbon. de la Guadeloupe. sauf quelques-uns 1.

7 1820. et il en a régularisé l'application dans ces deux colonies 2 . 22 novembre 1829. le domaine d'Occidenl et les Sénéchaussées. Toutefois. appliqué à la Guadeloupe et à la Réunion depuis 1808 et 1809. Le Code de commerce. ne l'est à la Martinique! que depuis la loi du 7 décembre 1850. la Restauration eut le mérite de maintenir le Code civil. 2 Ordonnances des 19 et 50 décembre 1827. le timbre n'existait qu'à Bour' c i depuis 1804. Guyane. l'exemple de la Révolution détournait de ces deux systèmes. la conservation des hypothèques 9. 10 octobre 1829. et l'organisation judiciaire de la France*. 35 un autre système que l'ancien système colonial. 3 4 50 septembre 1827. 24 septembre 1828. introduit le système métrique8 . élargi les relations permises des colonies avec l'étranger 6. introduit à la Guadeloupe et à Rourbon depuis 1808. Réunion. 12 et 29 octobre 1828. » Mais en môme temps que l'édit de 1681. 9 novembre. 15 février et 10 mai 1829. 9 14 juin. Guadeloupe. en 1820. liv. 20 août 1827. sauf le titre de l'Expropriation forcée (tit. 11 a réglé le mode de procéder devant les conseils privés 5. l'enregistrement. fixé le régime monétaire 7. 7 et 25 oc- tobre. . 7 novembre. III). Le môme gouvernement a étendu à la Martinique le Code de procédure civile. 25 septembre 1805.COLONIES FRANÇAISES.1828. depuis 1805 1 . 6 30 août 1826. Il a établi dans toutes l'observation du Code pénal et du Code d'instruction criminelle 3. ni à y rétablir les Assemblées coloniales. On ne songeait pas à assimiler les colonies à la métropole. XIX. 5 5 février 1826. 51 août 1828. 8 31 décembre 1828. qui était en vigueur aux colonies.1825. 14 juin 1829. on créa des Comités con1 Martinique.

continuent néanmoins à être la véritable base du régime légal et administratif dans nos possessions d'outre-mer. la troisième. Martinique et Guadeloupe. de Chabrol. pour imprimer au commerce et à l'agriculture des colonies une vive impulsion. Mais surtout les colonies françaises doivent au gouvernement de la Restauration les trois grandes ordonnances de 1825. I HT. ordonnance du 21 août 1825. p. En même temps. La première. malgré des sinistres réparés avec générosité. une ère de grand développement et de bonne administration pour les colonies. Des banques créées. 27 août 1828. des améliorations de détail sans nombre. les dépenses d'administration furent séparées des dépenses de protection. Guyane. Moniteur. modifiées par celle du 22 août 1833. en 195 articles. Par l'ordonnance du 17 août. les autres à la charge du budget de l'Etat. sont l'œuvre de M. firent de la période de la Restauration. la révision de la législation douanière 3. les unes laissées à la charge des colonies.36 ABΟLITIΟΝ DE L'ESCLAVAGE. Portai. ear comment n'y pas songer? à l' émancipa1 Ordonnance du 22 novembre 1821. des primes accordées à tous les progrès. de Chabrol. Hyde de Neuville 3 Ordonnance du 25 octobre 1829. pour subvenir à leurs dépenses intérieures. rien ne fut négligé par des ministres tels que MM. en 211 articles. 2 Bourbon. fut signée sur le rapport de M. en 196 articles. et de petites insurrections (1822) sans grave conséquence. . On pensa. Par l'ordonnance du 20 janvier 1825. et la seconde. 1 sltatifs . 1821. Hyde de Neuville. 1827 et 1828 qui. il fut fait abandon aux colonies des revenus locaux des biens du domaine. de nombreux envois de graines et d animaux. 9 février 1827. et par le sénatus-consulte du 5 mai 1854.

. malgré la résistance de l'Espagne. la Révolution l'avait aboli. même après que le roi eut envoyé le baron de Mackau reconnaître la présidence du général Royer. beaucoup d'animosité contre les noirs. La Restauration avait tant à payer. l'ordre et le repos. qu'on craignait pour ses finances la demande d'une nouvelle indemnité. Or on supposait à torique. montraient depuis vingt ans. sous tous les régimes. 11 avait été rétabli en même temps que l'ordre public. dont on liquidait laborieusement l'indemnité. le congrès de 1815. soulevés ou soumis. se réunissaient pour ajourner de nouveau la liberté de tant de pauvres gens qui. mais on n'y toucha pas. Ils restèrent en dehors de toutes les lois qui précèdent. la facilité de leur race à se laisser conduire. et l'indépendance de l'île (17 juillet 1825) avaient laissé dans les esprits beaucoup de pitié pour les colons. ces souvenirs. quelques jours avant celui où le président Molé de Champlâtreux et les premiers magistrats des parlements de Paris et de Toulouse montaient à l'échafaud. grace à l'initiative de lord Castlereagh et aux sollicitations du Souverain Pontife. avait aboli la traite. Ces craintes. Enfin. ne pouvant plus se recruter par la traite.COLONIES FRANÇAISE. Les colonies avaient tant souffert. L'ancienne monarchie n'avait pas aboli l'esclavage . l'esclavage allait mourir. qu'on redoutait pour leurs progrès l'annonce même d'un nouvel ébranlement . 37 tion des esclaves. Les événements de SaintDomingue. mais à la date funèbre de 1794. ces illusions. En résumé. ces raisons. les colonies reçurent du pouvoir deux biens précieux. sous la Restauration.

041 francs. en 1825.. trente ans après. diminuée. 3 Séance du 5 avril.996. depuis la perle de Saint-Domingue. 507. Benjamin Constant 1 3 demanda pourquoi le traitant n'était Citons. Thomas. Après s'être prêtée généreusement à l'abolition de la traite..677. à part. les chiffres de Bourbon. Mais le mouvement pour l'abolition de l'esclavage pendant cette époque n'est pas mené par le gouvernement français. 1850.723. il appartient à l'Angleterre et à l'opinion. .000 habitants. en 1855.Moniteur du 14 janvier 1819. On peut juger par des chiffres1 de la prospérité qui en fut la suite : en 1816. en 1826. la traite. quelquefois réprimée. le produit des cultures était de 17. L'empereur Alexandre.914 kil.475 kil. la France fit peu de chose pour exécuter en pratique les engagements solennels du congrès de Vienne. et que les puissances se réunissent pour obtenir du Portugal et de l'Espagne la cessation de cet odieux commerce. En 1825. Clarkson s'était rendu au congrès d'Aix-la-Chapelle 2.783. et il faut bien confesser que.) . au lieu de 05. il n'a atteint que 28. M. en 1829. p. la produclion totale des sucres coloniaux n'était que de 17. dans le but d'obtenir que le crime de la traite fût assimilé à la piraterie. Dans la discussion de la loi sur la piraterie cl la baraterie (loi du 12 avril 1825). avec une population de 153. lord Castlereagh partageaient ce double avis. 80. Moniteur du 6. 1820.795 francs.225 francs.266. elle atteignait 73. — Notices sur les colonies. par M. le duc de Wellington. M. Boy.982. ne fut point interrompue jusqu'en 1850. les mêmes sources produisent déjà 20.000. en 1855.278. par M. si l'on veut. (Essai statistique sur l'île de Bourbon.291 kil.900 fr. surveillée.38 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.. la plus prospère des colonies. les importations et exportations réunies sont de 52. malgré les lois du 15 avril 1818 et du 25 avril 1827.

COLONIES FRANÇAISES. et par conséquent puni de mort ou des travaux forcés à perpétuité. il n'a pas même le courage du pirate. les sermons. à l'opinion. qui permît de constater l'origine des esclaves.un brigand armé. la question de la traite ou celle de l'esclavage fut portée devant les pouvoirs publics.. 39 pas assimilé au pirate. de Tracy monta à la tribune pour dénoncer la continuation de la traite 1 et demander l'établissement aux colonies d'un étal civil régulier. le gouvernement de Juillet ne cessa pas un seul jour d'y penser et d'y tendre. les sociétés. à propos du budget de la marine ou à l'occasion de pétitions. . Mais toutes ces manifestations n'aboutirent qu'à des renvois au gouvernement ou plutôt à des renvois moins stériles. qui ne cessa pas un seul jour. les livres. p. s'écria-t-il énergiquement. il ne mérite pas moins de haine et il mérite plus de mépris. en 1829. En vain. Il fit pour la réforme intérieure des colonies ce que la 1 Moniteur. les prix d'Académie. en portant aux affaires plusieurs des personnages politiques qui avaient sollicité l'émancipation. 11 est de plus aussi lâche que féroce. « Celui qui fait ou qui commande la traite. les discours. est un criminel. M. de faire monter jusqu'à Dieu la prière rejetée par les hommes. La Révolution de 1850. » Mais ce vœu ne passa point dans la loi. leur imposa le devoir et leur donna le moyen de se montrer fidèles à eux-mêmes. par les journaux. souvent un assassin. Une dernière fois. Préoccupé dès ses premiers pas de ce noble but. 1221. tant de fois promis.

Restauration avait fait pour leur repos et leur prospérité. malgré la plus vive opposition. il les prépara. mais indiqua qu'il devait être réglé par des lois. bornons-nous à examiner rapidement les actes qu'il consacra à préparer l'abolition de l'esclavage : ils sont aussi nombreux que les années de sa durée. et dans le canal de Mozambique. avait fait concevoir le projet d'assurer ainsi à la France des établissements échelonnés autour du globe pour servir d'abri à son pavillon. qu'il se hâta d'abolir par la loi du 4 mars 1851. La Charte de 1850. Tous les pouvoirs publics furent ainsi plus étroitement associés à cette tâche importante. les îles Nossi-bé et Mayotte (1843). On sait ce que le gouvernement de Juillet fit de la reine de nos colonies. les Marquises (1842). Sans exposer ici ce que le gouvernement de Juillet dépensa en outre d'argent. le dernier présent de la Restauration à la France. Nous lui devons encore en Afrique les comptoirs de Sedhiou (1857). plaça les colonies sous un régime particulier. Grand Bassam (4842). à grandir sans esclaves et sans monopole. Assynie (1845). Ils s'unirent pour inscrire dans les deux lois du 24 avril 1833 l'éga- .40 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Une grande pensée politique. l'archipel de Taïti (1842-1846). le Gabon (1842). fort contestée alors. d'efforts et de persévérance. en dépit de toutes les résistances et de toutes les prédictions. pour concourir sérieusement avec l'Angleterre à la répression de la traite. de stations à son commerce et de points d'appui à son influence. comme celle de 1814. l'Algérie. à vivre. sans ajouter : et par des règlements.

Une ordonnance du 5 janvier 1840 a réglé l'instruction primaire et religieuse des esclaves. coloniale. de droits des libres et des affranchis. On va voir que le gouvernement sut faire de la part qui lui était attribuée un usage habile et diligent.Voyez le Christianisme et l'esclavage. II. Les peines de la mutilation et de la marque furent abolies par l'ordonnance du 50 avril 1833. .COLONIES FRANÇAISES. chargés de constater par des tournées régulières le régime des ateliers et des habitations. l'émancipation dans toutes les colonies anglaises (1854) et la publication d'une bulle du pape Grégoire XVI (1859). Les ordonnances du 1er mars et du 12 juillet I 832 ' ont supprimé la taxe des affranchissements et simplifié leur forme. et les a placés sous le patronage des magistrats du ministère public. et le partage des matières à régler par la loi. avaient achevé d'imprimer à I opinion un mouvement irrésistible. mariages et décès des esclaves. Deux ordonnances du 4 août 1833 et du 11 juin 1859 ont imposé le recensement régulier et la constatation des naissances. et une autre ordonnance du 11 juin 1859 a établi des cas d'affranchissement de droit. t. par des ordonnances ou par des décrets locaux. Deux ordonnances du 29 avril 1836 ont consacré la libération et créé l'état civil des affranchis amenés en France. pour condamner la traite et l'esclavage 2. séance du . le rétablissement des conseils coloniaux et des délégués. 41 lité. D'ardents démo1 Annexe A au procès-verbal de la commission i juin 1840. Deux faits mémorables.

de zélés catholiques et de sincères protestants. par M.. de Rigny en 1855. l'amiral Duperré. président à la cour de la Guadeloupe. III. Les mesures préparatoires du gouvernement étaient taxées d'insuffisance et de lenteur. M. à la Chambre un projet de loi ainsi conçu : Art . par M. L'indemnité due aux propriétaires. — Tout esclave aura droit de racheter sa libellé à un prix fixé par des arbitres désignés à l'avance par l'autorité métropolitaine. viendrait à décéder avant d'avoir atteint l'âge de dix ans accomplis. préfet apostolique. tout entant qui naîtra dans les colonies françaises sera libre. Réflexions sur l'affranchissement des esclaves aux colonies françaises. par M. Hippolyte Passy eut l'honneur d'attaquer directement le premier la question de l'émancipation. à force de croire au droit de l'homme. Cette indemnité cessera d'être payée dans le cas où l'enfant. par M. quelle que soit la condition de ses parents. 42 craies 1. 271. le duc de Broglie et à M.'le 10 février 18382. par M. II. etc. l'Esclavage colonial. étaient d'accord. — Les enfants nés de parents esclaves resteront confiés aux -oins de leur mère. Agénor de Gasparin. . pour les enfants nés de mères 1 L'Abolition. suivies de promesses solennelles et sincères. Castelli. * Moniteur.— A dater de la promulgation de la présente loi. et renouvelées presque tous les ans par M. Schœlcher. Lacharrière. Esclavage et Traite. Art. le Christianisme et l'Esclavage. l'abbé Thérou. en 1855 à M. et les interpellations adressées à M. et une indemnité de 50 francs par tête d'enfant sera allouée aux propriétaires des mères pendant dix année.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.consécutives. Ier. Isambert. Art. p. dont la naissance y aura donné droit. ne contentaient pas assez promptement les esprits. en déposant. 1858. à force de croire au devoir envers l'homme.

les hommes 1 Stance du 15 février 1858. Toute la Chambre jugea qu'il était temps de mettre à l'ordre du jour ce que M. de Lamartine. pour rétablissement des caisses d'épargne et pour tout ce qui concerne l'amélioration du sort des esclaves et l'exécution de la présente loi. Rarrot. . Il ouvrait à la liberté trois larges portes: les enfants la recevaient avec la vie. reviendra de droit à celles des mères qui rachèteront leur liberté. Passy n'était qu'un plan d'éman- cipation incomplète. inhumain parce qu'il rompait tout lien entre le maître et l'enfant. IV. Ce texte. Les maris ou femmes qui rachèteront leur liberté n'auront à payer que les deux tiers du prix arrêté par les arbitres. dont il sera donné communication aux Chambres. M. statueront sur les mesures à prendre pour le recensement et la protections des enfants nés de mères esclaves. p.COLONIES FRANÇAISES. Art. en cas de vente de leurs personnes. 43 esclaves. méritait d'être pris en considération. le troisième tiers sera payé par l'Etat. Son auteur le soutint par des raisonnements éminemment pratiques (séance du 15 février). M. Les esclaves mariés ne pourront être séparés. M. inique parce qu'il ne proposait pas une indemnité préalable et suffisante. pour la répartition et le choix des arbitres chargés de régler les conditions des rachats de liberté. dans la session qui en suivra la promulgation. et il le fut en effet. Guizot. — Les ordonnances loyales. » Le projet de M. En vain le gouvernement déclara ce projet inopportun à cause de l'état des colonies anglaises et françaises. se réunirent pour l'appuyer. . net et complet.317. de Lamartine nomma éloquemmenl " cette grande expropriation pour cause de moralité publique 1. Moniteur du 16.

l'état économique des colonies. 1 Moniteur du 19 juin 1838. les premiers résultats de l'expérience anglaise 2. la commission tempéra les conclusions de M. en acceptant une charge. Galos. de Rémusat. elle se borna à proposer : 1° Que les dépenses auxquelles donneraient lieu les mesures destinées à préparer l'abolition de l'esclavage seraient déclarées dépenses de l'État : c'était. H. dans les trois mois. Passy. il avait été précédé d'une élude approfondie et d'une enquête sérieuse et prolongée sur l'état légal des esclaves. au désir de recevoir l'exemple des colonies anglaises une leçon plus complète. chaque année. beaucoup de temps : l'une devait plaire à la métropole. Isambert. s'y élevaient par la propriété. Un rapport 1. Je gouvernement ferait des ordonnances sur les formes. Passy.44 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Passy. 1746. 3° Que. Guizot. et. M. les effets civils et l'autorisation du mariage des personnes non libres. Croissant. fut le commentaire éloquent de la proposition de M. p. baron Roger. Berner. cédant encore à la pensée de consulter les colonies. peu d'argent. l'autre aux colonies. Aussi ferme sur les principes. qui est au nombre des meilleurs écrits d'un de nos premiers écrivains. . 2° Qu'en conséquence. revendiquer un droit. l'État aidait les familles C'était un programme excellent d'abolition graduelle de l'esclavage à deux conditions. de Rémusat. Laborde. * Membres de la commission : MM. la loi de finances porterait au budget les sommes nécessaires pour concourir à l'extension du service religieux et à la propagation de l'instruction primaire.

par M. le 7 juin 1859. et renvoyée à une commission qui choisit pour rapporteur M. p. ces conclusions semblent bien timides. discutée le 12 juin l. de Tocqueville démontra fort bien pourquoi la commission préférait le système de l'abolition générale et simultanée à celui de l'abolition graduelle. Mais. Avec ce mélange de sagacité et de profondeur qui empreint tous ses écrits. quand ils vous en auront rendu compte. l'administration. la proposition fut encore prise en considération à une immense majorité. de Tocqueville. 950. 6° Que compte annuel serait rendu aux Chambres de l'exécution de la loi. 896. et. transforme à la fois. elles se réduisent à dire à l'Etat : «Vous nous demanderez de l'argent pour faire ce que vous pourrez. » La dissolution de la Chambre de 1837 mit à néant la proposition de M. 5° Qu'un service d'inspection des mesures prises serait créé aux frais de l'Etat. Passy.COLONIES FRANÇAISES 45 4° Que d'autres ordonnances régleraient le pécule et le rachat forcé. ministre des finances. vous nous en rendrez compte à nous-mêmes. l'une. A l'heure présente. Passy lui-même. faisant intervenir la loi. sous une impul- 1 Moniteur de 1839. . M. de Tracy. et soutenue cette fois au nom du gouvernement par M. inspecteurs de surveiller ce que vous aurez fait. l'indemnité. vous chargerez des. le lendemain même des ordonnances sur le recensement des esclaves. reproduite exactement dans les mêmes termes.

de l'ordonnateur. composé du gouverneur. de Tocqueville demanda la reprise de la proposition. déposé dès le 24 juillet 1839. pour fournir les documents nécessaires à la présentation d'un projet de loi. du procureur général et de l'inspecteur colonial. 3 16 décembre 1839. sur le rapport de M. de Rémusat. Le rapport. et il institua aux colonies un conseil spécial.46 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.>niale. Après celui de M. et trouble longuement sans affranchir. un crédit de 650. qui fut également envoyé aux gouverneurs 2.000 fr. Le gouvernement. une. n'était pas discuté quand la session prit fin. prévoyante. le conseil des ministres5. En même temps il proposa. avait chargé 1 les gouverneurs des colonies de con- sulter les conseils coloniaux sur le rapport de M. déclara qu'il était prêt à adhérer aux bases du plan exposé par la commission. ôte aux colon leurs meilleurs esclaves. les chapelles. que l'ordonnance du 5 janvier 21 août 1838. La commission proposait un projet en trois articles qui obligeait le gouvernement à apporter un projet d'émancipation complète dans la session de 1 841 . du directeur de l'intérieur. au budget de 1840 et de 1841. toute la société co1o. stimulé par cette généreuse insistance. à ceux qui restent captifs la patience. pour augmenter le clergé. sion vigoureuse. de Tocqueville. à ceux-ci le goût du travail. et les Chambres votèrent. . le 27 janvier I 840. et. l'amiral Duperré. » 9 août 1839. les écoles et le nombre des magistrats. l'autre désorganise les ateliers. M.

Passy. pour l'examen de la proposition de M. cassés par la Cour de cassation. . mais constamment. averties surtout par l'exemple des colonies anglaises. 47 destinaient à devenir les patrons des esclaves.) On avançait lentement. L'ordonnance du 4 août 1855. nos possessions coloniales se préparaient peu à peu à l'émancipation. fut considérée comme un moyen d'établir un état civil pour les noirs à la Martinique: la Cour royale. et ces trente-huit arrêts. mais c'est un noviciat qui ne finit jamais. lurent renvoyés devant la cour de la Guadeloupe. le résultat certain est au contraire d'arriver à faire perdre à l'esclave l'espoir et au maître la notion même de la liberté. la servitude est le noviciat de la liberté. interrogée par les sollicitations du gouvernement. refusa de prononcer les peines portées contre les délinquants. Je dois à M. A en croire une théorie intéressée. par trente-huit arrêts.COLONIES FRANÇAISES. et dont. Ordonn. les intérêts coalisés contre la moindre concession. du G novembre 1859. I n'en était rien. qui acquitta de nouveau tous les prévenus 1. Consultés en 1855 sur les moyens de faciliter le pécule 1 Procès-verbaux de la commission de la Chambre des députés. il trouva les esprits fermés à toutes lumières. 1838. elles ne se préparaient qu'à la résistance. Que faisaient pendant ce temps les colonies? On aurait pu supposer que. qui prescrivait le recensement général des esclaves. prévenues par les progrès du mouvement d'opinion suscité en France contre l'esclavage. le duc de Broglie la communication de ces procès-verbaux. Lorsque le gouvernement intervint.

que l'esclavage était un bienfait. — Par le conseil de la Guyane. — Par le conseil de Bourbon. que l'esclavage est l'instrument providentiel et permanent de la civilisation. Passy. qu'il serait absurde et odieux de priver le noir d'un tel bienfait. et qu'on protestait contre une émancipation quelconque à quelque époque que ce fût . et le rachat. Veut-on juger de ce bienfait que le temps et la patience devaient peu à peu transformer? Où en était-on après deuxsiècles d'une patience assurément sans égale? Est-ce que la fusion des races s'opérait? Est-ce que la civilisation avançait? . que l'œuvre ne pou vait résulter que du temps et de la patience. en outre. que l'intervention de la métropole était illégale. il fut répondu : — Par le conseil de la Martinique (2 mars 1841). Au dernier appel fait par le gouvernement. qu'il fallait ajourner indéfiniment toute mesure législative. que ce serait. fouler aux pieds les droits des colonies . A la communication du projet de M. tous les conseils répondirent en demandant le rejet du projet. les conseils coloniaux répondirent que la métropole n'avait pas le droit de s'occuper de ces questions.48 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. — Par le conseil de la Guadeloupe. en 1840. et que les affranchissements volontaires et la fusion des races résoudraient peu à peu la question . et même celui des conclusions si-modestes de la commission.

chez l'esclave. si ce n'est le dire <lc celui qui le veut ainsi. un sur 22] noirs libres. I. 284 mariages pour 56. un sur 5. à contracter mariage devant l'officier de l'état civil. et 14 mariages pour 96. souvent sans le consentement et à l'insu du maître. malgré le maître. 4 . La bénédiction que donne l'Eglise à quelques unions formées devant elles. et ainsi les faire arriver à la liberté. 1844. ne démontre également rien de certain et ne peut pas produire chez l'esclave un effet qu'elle ne produit pas sur l'homme libre. un esclave pourrait revendiquer ses compagnons comme étant ses enfants ou ses ascendants. ses père et mère. pour examiner un projet d'ordonnance sur les affranchissements dont l'article 4 prescrivait de ne pas émanciper un père ou une mère sans leurs enfants.805 esclaves.296 esclaves.803 libres. un mari sans sa femme. à la Martinique. » De l'Esclavage.577 esclaves. avait repoussé cet article par ce motif: « La qualité de père. dit le rapporteur. préfet apostolique de la Martinique. » (L'esclave n'était pas reçu.252 libres. par M. un mariage sur 137 blancs. A la Guyane. Castelli. une commission nommée dans le sein du conseil colonial.) «Autrement. 198 mariages pour 31.COLONIES En FRANÇAISES. A Bourbon. comme l'homme libre. il y avail eu 1. vers la même époque. 49 1835. zéro mariage pour 69. puisqu'aucun lien légal n'existe entre l'homme et la femme. n'est jusqu'à ce jour qu'un fait que rien n'indique. A la Guadeloupe. en vertu de ses liens prétendus de parenté.

Elle se composait de MM. le duc de Broglie. l'expérience . qu'il pouvait y avoir entre les races des âmes inégales. Un tel langage était bien fait pour donner à la métropole le droit et le devoir de passer outre et d'intervenir nettement. démêlant au travers des intérêts la part du juste et de l'injuste.50 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. parce qu'il a supposé. le comte de Sade. Bignon . de Tracy. le 15 mai. le duc de Broglie. et il l'annonça à la Chambre des députés. une commission fut nommée. de Broglie. députés. Elle eut pour président et rapporteur M. L'homme d'État supérieur qui dirigea ces longs travaux. sans rien attendre de l'aveuglement qui inspirait ces basses et égoïstes paroles. sans cesser de maintenir fermement les principes. le marquis d'Audiffret et Rossi. le vice-amiral de Mackau. M. et les formula en deux projets complets. pour examiner en face la question de l'abolition de l'esclavage. il y a trois mille ans. voilà ce que des chrétiens ont voté au dix-neuvième siècle de l'ère chrétienne. La doctrine du jurisconsulte. C'est le parti que prit résolument le nouveau ministère du 1°' mars 1840. pairs de France. de Saint-Hilaire. Wustemberg. Reynard. le 26 mars 1840. Jubelin. elle parvint à des conclusions décisives et pratiques. l'autre d'émancipation simultanée. en réponse à une interpellation. Interrogeant les faits avec la plus scrupuleuse minutie. Galos. Aristote est encore flétri. Hippolyte Passy. les a résumés clans un rapport célèbre. le comte de Saint-Cricq. Sur la proposition de M. Mestro. le contreamiral de Moges. de Tocqueville. l'amiral Roussin. l'un d'émancipation progressive.

l'accent de l'honnête homme et du chrétien. la fuite peu! donner nos esclaves aux possessions affranchies de l'An1 Pages 4-8. tant la cause est simple el la victoire certain*. d'un jour à l'aulre. 11 réunit en quelques pages vigoureuses. devant Dieu et devant l'esprit moderne. cl. La réunion des procès-verbaux. La commission el le rapporteur ont bien mérité de l'humanité. puis. tous les grands motifs de religion. Il achève ce préambule en démontrant qu'un si grand exemple est décisif. de l'économiste. Voici le résumé du Iravail de la commission. et il expose à grands traits les résultats acquis de l'expérience anglaise 2. de conscience. de droit. » Pages S-70. surtout inévitable. semblable à ces monuments de doctrine et de jurisprudence élevés par la main de nos grands jurisconsultes pour servir de mine el de guide à toutes les législations. font de ce grand travail un chef-d'œuvre qui honore à jamais l'auteur et la France. les vues du législateur politique. commeenunsolidefaisceau. de raison. la philo sophie chrétienne et l' expérience pratique. M. 51 le talent et la méthode de l'écrivain consommé. de Broglie allume en quelque sorte les deux flambeaux qui éclaireront sa marche.COLONIES FRANÇAISE. il va droit aux fails. pardessus tout. passnnt rapidement. du rapport et du plan proposé : Dès le début. l'immense collection de rapports et de documents réunis par la commission. qui condamnent l'esclavage1. . forment un répertoire précieux. mai .

des garnisons 3. soit la surveillance. soit la bienveillance des maîtres. 2 Page 8-4. d'obtenir l'érection d'évèchés. d'organiser plus complétement le culte. Tous ces objets remplissent la première partie du rapport. Avant toutes choses. 11 importe que l'autorité de l'Etat remplace. Or.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. en lui enseignant à imposer volontairement à sa liberté reconquise le joug léger et le doux fardeau des devoirs moraux. D'ailleurs. en conférant des droits aux esclaves. mais ils les ruinent. il faut veiller à ce que l'émancipation ne trouble pas aux colonies l'ordre moral et matériel1. L'heure est venue d'en finir. 4 Page É 5 Page 103 . 52 gleterre. dans ce but. 3 l'âge 78. en augmentant le nombre des tribunaux 2. les attermoiements n'éclairent pas les colons. ils n'élèvent pas les esclaves. 11 importe surtout de développer l'ordre moral. de recourir enfin à une diffusion plus large de ces divins principes du christianisme qui sont précisément faits pour émanciper l'homme de tous les genres de servitude. ' Page 71. leur surveillance. leur bienveillance. en préparant de nouveaux règlements d'ordre cl de police 5. en multipliant les écoles et les hospices 6. et ils les agitent. des prisons 4. la liberté des uns entraîne la liberté des autres. et. la guerre peut leur donner nos colonies ellesmêmes'. . on enlève des devoirs aux maîtres.

la morale par la religion. l'émancipation progressive. comme. c'était créer des familles mixtes. le vieillard au dénûmont. 1 2 Pages 235-543. comme le prouve l'exemple de l'Espagne. dans les colonies anglaises. . choisir pour les adultes une voie interminable. la propriété par le pécule. l'intelligence par l'instruction. désorganiser le travail en mêlant libres et esclaves sur les habitations et n'assurera celles-ci que leurs plus mauvais ouvriers. La majorité de la commission trouva préférable de fixer un délai de dix ans. des parents sans enfants. laisser les adultes s'affranchir par leur économie. on avait essayé cet état intermédiaire. des enfants sans parents. La liberté immédiate avait l'inconvénient de livrer sans transition l'enfant à l'abandon. on n'était pas allé jusqu'au bout. La troisième partit1 du rapport envisage l'abolition de 1 esclavage dans ses rapports avec l'intérêt des colons". Affranchir les enfants et les vieillard-.COLONIES FRANÇAISES. l'adulte à la paresse. mais simultanée. le pécule par la consécration d'un jour libre. On avait à choisir entre trois systèmes l'émancipation η immédiatel'émancipation différée. dont il pouvait être tenté d'abuser. Pages 130-133. après lequel la liberté serait universelle et pendant lequel toutes les mesures seraient prises pour préparer au sein de la population esclave la famille par le mariage. La liberté précédée d'un apprentissage laissait l'esclave dans une incertitude sur son sort. 53 L'intérêt des esclaves est l'objet de la seconde partie '.on en pouvait abuser contre lui.

il faut la préparer. puis l'exécuter. Plus limité. plus précaire que les autres genres de propriétés. n'en était pas un. la voter. plus onéreux. 2° La commission regardait également comme équitable une élévation provisoire des droits protecteurs des produits coloniaux. Donc. et. Cet intérêt se réduit à solliciter. 4° des mesures qui assurent le travail. ce droit. régulièrement en possession de biens liquidés. 5° Quant à l'indemnité. il faut une loi qui applique à la Martinique et à la Guadeloupe l'expropriation forcée. La réponse était la nécessité d'opérer la liquidation d'un grand nombre de propriétés coloniales. déjà si menacé par la concurrence du sucre indigène et évidemment exposé à une diminution dans la quantité produite. pour la commission. · !" un délai. afin de maintenir le prix de ceux-ci. Pourquoi done un délai? 11 y a deux siècles que les esclaves attendent. un délai est indispensable. même aux yeuv de ceux qui le reconnaissent. Mais la bonne foi des possesseurs. 5° une indemnité. 2° des droits protecteurs. qui n'est pratiquée qu'à Bourbon Cette loi. dans des emprunts? les habitations sont presque toutes hypothéquées . Pour que les colons ou leurs créanciers. dans l'indemnité? elle restera aux mains des créanciers. du sucre notamment. elle n'était pas fondée sur un droit. et aussi la complicité des . puissent consacrer l'indemnité ou de nouveaux capitaux au travail. avant tout l'intérêt du travail.54 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. plus variable. Comment payer les salaires sans argent et où trouver de l'argent? dans les économies? les colons n'en ont pas . les charges de la transition seront supportées par l'Etat.

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luis et de l'Etat, permettaient d'admettre une indemnité
qui participait de l'amende et de la subvention. Sur
quelles bases la fixer? non sur l'élévation arbitragedes
dommages indirects qu'entraînera la mesure, mais sur
la valeur moyenne des esclaves, pendant dix années,
valeur à peu près semblable dans nos diverses colonies et
estimée largement à 1,200 francs par tête 1, ce qui exigeait, pour 250,000 esclaves,

une somme totale de

300,000,000 de franes(trois cents millions). Comment la
payer? On avait un peu subtilement calculé qu'en payant
immédiatement moitié aux colons, l'État devenait aussitôt
copropriétaire pour moitié des esclaves, el avait droit
par conséquent à moitié du travail de ces esclaves pendant les dix années qui devaient précéder l'émancipation;
on en concluait qu'en abandonnant cette moitié aux
colons, il leur payait en nature une valeur égale à la
moitié de l'indemnité, et se libérait ainsi d'autant. 11
suffisait donc d'inscrire au grand-livre la rente d'un
capital de 150 millions, soit, à 4 pour 100, G millions,
et on devait, jusqu'en 1853 % en placer les intérêts en
dépôt jusqu'au moment de la liberté., par précaution dans
l'intérêt des créanciers, dont les droits n'étaient pas
liquidés; des esclaves, dont le sort eût été fort triste, si
les maîtres, déjà désintéressés, n'avaient plus trouvé leur
1

Dans les colonies anglaises, on avait évalué à 1,400 francs; mais eu dé-

falquant les enfants au-dessons de six ans, que l'on déclarait libres sans indemmité. Cette différence ramène à peu près au même chiffre les deux estimations.
2 M. de liroglie calculait que la réserve sur l'amortissement, engagée jus
qu en 1853, pour les déficits antérieurs et pour les travaux publics, permettrait de rembourser en deux ans le capital de l'indemnité.

56

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

compte à les conserver; de l'État, enfin, qui aurait payé
en pure perte, si, avant dix ans, un événement imprévu
modifiait la loi. En somme, c'était faire payer par les esclaves eux-mêmes une moitié de leur liberté, pour exonérer l'Etat, à peu près comme on fait payer un apprentissage à la famille d'un enfant, quand elle accorde du
temps, ne pouvant payer d'argent. L'indemnité devait
être répartie entre les colonies au prorata de leur population, puis sous-répartie entre les colons, non par tête
d'esclave; mais, ce qui était plus juste pour les petits
possesseurs, à raison de l'âge, du sexe, etc., suivant des
catégories de détail à établir par ordonnances royales.
Les invalides étaient déjà tombés à la charge des maîtres;
ils y resteraient.
4° L'expérience anglaise prouvait la nécessité de mesures prises d'avance pour assurer le Iravail après l'émancipation. L'indemnité était destinée à faire que le salaire
ne manquât pas au travail; comment faire pour que le
travail ne manque pas au salaire, ou pour que le salaire,
devenant exagéré, n'absorbe pas le capital, double chemin conduisant à un même abîme, la ruine complète?
« En aucun pays, l'homme ne travaille plus que ses
besoins, en aucun pays l'homme ne travaille volontiers
pour autrui, quand il peut travailler pour lui-même. »
Or il y avait à craindre que le nègre, ayant peu de besoins, facilement satisfaits dans ces beaux climats, travaillât infiniment peu. Dans les colonies anglaises, cette
inquiétude n'avait pas été confirmée en général ; le
nègre s'était montré actif, industrieux, amateur du luxe,
du bien-être, ou avare, bien plutôt que paresseux et in-

COLONIES FRANÇAISES.

57

dolent. Mais, ayant à choisir entre les travaux des champs,
si pénibles pour lui, si justement odieux, et les travaux
de la ville, offrant avec un meilleur salaire l'attrait de la
nouveauté; avant à choisir entre les travaux sur le bien
d'autrui et la prise de possession facile d'une portion des
terres incultes que présentent presque toutes les colonies,
avec la joie d'y être chez lui et d'y vivre pour lui; comment le nègre n'eût-il pas fui la terre, dont le seul aspect
remplissait sa mémoire de toutes les terreurs de l'esclavage? L'abandon des habitations dans toutes les colonies
d'un territoire étendu, l'émigration d'unecolonie à l'autre
à la recherche d'un salaire plus élevé, voilà les deux périls que la commission proposait de conjurer en suspendant l'émancipation pendant cinq années, et en imposant
aux affranchis, pendant la même durée, l'obligation de
prendre par écrit un engagement, leur laissant d'ailleurs
le libre choix du maître, de la profession, des conditions;
l'affranchi qui ne trouvait pas d'engagement devait être
employé dans les ateliers du domaine, celui qui n'en
voulait pas prendre était menacé du travail forcé dans un
atelier de discipline. Ces dispositions, empruntées au code
rural d'Haïti, étaient une transition prudente et que la
commission jugeait suffisante pour maintenir le travail,
S

ans craindre une élévation exagérée des salaires, dont elle

donnait au gouvernement le droit de fixer, en conseil
Privé, le minimum et le maximum, et peut-être sans
recourir à l'expédient coûteux el compliqué de l'immigration.

Pour appliquer une sanction aux mesures proposées,
il avait paru indispensable de préparer une loi nouvelle

58

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

sur l'organisation judiciaire aux colonies. A celle loi qui
restait à faire, ainsi que la loi sur l'expropriation forcée,
la commission ajoutait une loi sur la constitution poli-

tique des colonies; elle en avait proposé le texte, excluant
d'ailleurs des droits politiques tous les affranchis: elle
voulait que, pour avoir la qualité de citoyen, on eût toujours exercé les droits et les devoirs de l'homme.
Enfin,

avec le projet d'émancipation simultanée,

adopté par la majorité, la commission présentait le projet
d'émancipation progressive, préféré par la minorité. Sur
les quarante el un articles dont il se composait, ce projet *
en conservait vingt-trois de celui de la majorité, il en
différait1 :
i° En ce qu'il portait de dix à vingt ans la durée du
régime intermédiaire ;
2° En ce qu'il allouait une prime aux esclaves adultes
qui contracteraient mariage pendant ce délai, pour les
aider à se racheter ;
3° En ce qu'il libérait les esclaves invalides, non pas
tous à la fois, après l'expiration du délai, mais au fur
et à mesure que leur incapacité de travail était constatée, et accordait au colon, obligé de les entretenir, une
pension alimentaire ;
4° En ce qu'il libérait immédiatement les enfant
nés el âgés de moins de sept ans, ou à naître, évaluant
à 500 francs l'indemnité à payer aux maîlres, pour
le prix de l'enfant et les frais de son éducation ; ces en
fants devaient être élevés aux frais de l'État jusqu'à leur
1

Page 342.

COLONIES FRANÇAISES.

59

majorité; et engagés, à l'âge du travail, aux maîtres de
leur mère, ou placés dans des établissements publies.
Plus favorable aux propriétaires que le premier projet, moins onéreux pour l'État, puisqu'on évaluait à
80 millions seulement, repartis sur vingt années, les

sacrifices qu'il demanderait au trésor, ce second projet
avait Γ inconvénient de retarder presque d'un quart .de
siècle l'abolition de l'esclavage, de la subordonner ainsi

à tous les événements imprévus; jusque-là, il transformait tous les entants en enfants trouvés, leur rendait par
l'engagement une image fort ressemblante de la servi
tude, et leur donnait pour mère une femme esclave, à
peine libre.de les aimer, à peine;digne de leur respect,
et pour père l'État, tuteur fort éloigné et fort distrait de
leur jeune âge et de leur jeune liberté.
Le projet de la majorité avait aussi le défaut d'accomplir l'œuvre à moitié et de laisser pendant dix années,
lace à face, l'impatience des esclaves et l'inquiétude des
maîtres. Mais celte transition semblait indispensable, et il
était impossible de la ménager avec plus de justice, d'intelligence et de prudence.
On peut dire que la commission de 1840 fut le tribunal
Oui décida sans appel l'abolition de l'esclavage. Après sa
sentence, il y a chose jugée, et il n'y a plus qu'à exécuter
l'arrêt.
Pourquoi cette exécution lut-elle retardée?
C'est la question qui était adressée au gouvernement
le 23 janvier 1844 1, el il était répondu que le projet
1
Par MM. de Gaspirin et de Sade. Le rapport de M., te duc de Broglie
de mars 1843. Revue coloniale, Ï844, t. II. p. 231, 233 )

est

60

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE,

serait déposé avant quelques semaines. Le même jour,
une pétition, signée par 7,126 ouvriers de Paris, et
1,704 ouvriers de Lyon, en tout 8,850 personnes, pour
l'abolition immédiate de l'esclavage, était apportée à la
Chambre des députés. La séance du 4 mai, où il en fut
fait rapport, montra clairement à quel point le rapport
de M. de Broglie avait ranimé les résistances des adver-

saires de l'émancipation en même temps que les efforts
de ses partisans. La Chambre eut la douleur d'entendre
un rapport contraire à l'abolition ;

les délégués dès

colonies soutenir encore ardemment que ce grand acte
de justice conduirait les colonies

à

la ruine et les escla-

ves à la barbarie; puis enfin le ministre de la marine,
parlant de nouveaux délais et de l'intention du gouvernement de chercher dans des mesures dilatoires une préparation jugée nécessaire avant d'adopter les résolutions
de la commission coloniale 1. Mais l'humanité fut vengée
par une admirable réplique de M. Agénor de Gaspârin,

et, sur les questions pressantes de M. Ledru-Rollin et de
M. de Tracy, M. Guizot aftirma de nouveau que le gouvernement avait la ferme résolution d'abolir l'esclavage;
puis, malgré la commission, la Chambre vota le renvoi
de la pétition aux ministres-.
L'insistance du pouvoir législatif n'eut cependant pas
pour résultat de décider le gouvernement à adopter l'un
1
Peut-être une des raisons d'ajournement fut-elle l'affreux désaslre dont
la Guadeloupe fut victime le 8 février 1843, le tremblement de terre, qui,

bien plus violent que celui qui ruina Fort-Royal (Martinique) en 1839, détruisit douze cent vingt-deux maisons, et fit plusieurs milliers de victimes.
* Revue coloniale, 1844, t. Ill, p. 127.

61

COLONIES FRANÇAISES.

ou l'autredes plans proposés par la commission coloniale,
niais du moins elle le détermina à proposer sans retard
des mesures préparatoires sérieuses.
En effet, le 14 mai 1844, un projet de loi fut présenté
à la Chambre des pairs. Il avait pour objet d'amender la

loi du 25 avril 1833. On sait que cette loi, qui organise
le régime politique des colonies, distingue entre les
matières qui sont du ressort de la loi, telles que les mesures relatives aux droits civils el politiques (art. 2), au
commerce etc., et celles qui peuvent être décidées par
ordonnances royales, les conseils coloniaux ou leurs délégués entendus, telles que l'organisation administrative,
la police de la presse, etc. (art. 5.)
Le projet proposait de développer el de préciser quelques-uns des paragraphes qui indiquaient les mesures
de celte seconde catégorie.
Ainsi, au paragraphe 5, ainsi conçu :
« Les améliorations à introduire dans la condition des
personnes non libres, qui seraient compatibles avec les
droits acquis; »
Ce projet ajoutait : « Et en particulier sur la nourriture et l'entretien dus par les maîtres aux esclaves;
« Sur le régime disciplinaire des ateliers ;
« Sur la fixation des heures de travail et de repos ;
«Sur le mariage des personnes non

libres et leur

instruction religieuse et élémentaire ;
«Sur le pécule des esclaves et sur leur droit de rachat.»
Au paragraphe 7, ainsi conçu :
« Sur les dispositions pénales applicables aux per-

62

ABOLITION DE L ESCLAVAGE.

sonnes non libres, pour tous les cas qui n'emportent pas
la peine capitale; κ
Le projet ajoutait : « Et sur les pentes applicables aux
maîtres en cas d'infraction à leurs obligations envers leurs
esclaves. »
Enfin, il confiait au gouvernement, par amendement
à l'art. 2, 4°, le droit de statuer par ordonnance sur
la création de nouvelles justices de paix, et la composition
des cours d'assises, chargées d'appliquer les

pénalités

nouvelles.
On le voit, ce projet n'ordonnait rien, il donnait trois
choses : aux esclaves une promesse, aux maîtres une
menace, au gouvernement un pouvoir. D'abord laisse
sans discussion, puis repris sur la demande de M. Beugnot, soutenu par M. de Montalembert 1, il fut étudié par
une commission dont le rapporteur était M. Merilhou 2,
et devint l'objet de débats animés. Si l'abolition fut combattue par de singuliers arguments, par exemple , l'humiliation de céder à l'exemple de l'Angleterre, et la durée
moyenne de la vie des esclaves, qui furent déclarés vivre
plus longtemps que les blancs, sans doute comme les
animaux domestiques vivent plus longtemps que les animaux en liberté, parce qu'ils sont mieux pansés, cette
grande cause trouva le plus éloquent défenseur dans
M. de Montalembert :
α Je déclare, dit-il, que nous, abolitionnistes purs,
1

Séance du 5 février 1845.

2

Membres : MM. Laplagne-Barris, vice-amiral Bergeret, duc de Broglie.

Rossi, baron Dupin, marquis d'Audiffret, Mérilhou. La discussion commença

le 5 avril.

COLONIES FRANÇAISES.

63

nous voulons des mesures immédiates, tandisque les abo litionnisles circonspects et les abolitionnistes tempérés
ne veulent rien du tout. Nous trouvons toutes les mesures
de transition bonnes et acceptables, même quand elles
nous semblent insuffisantes. 11 en es! tout autrement de
nos émules, qui les repoussent toutes sans distinction.
« Quant à l'honneur national, quant à l'influence politique de l'Angleterre, àqui l'on suppose l'intention perverse de nous imposer l'émancipation, je crois qu'on
pourrait bâtir sur ce fondement un argument tout contraire.
« L'humiliation pour la France, ce serait l'attitude de
l'Angleterre se posant devant l'histoire, devant la postécité, et leur montrant d'un doigt méprisant la France,
et leur disant: « Voilà cette nation libérale qui avait la
« prétention d'affranchir le monde, la voilà ! Non-seule«

ment je l'ai devancée dans l'émancipation des noirs,
«

mais elle n'a pas même osé me suivre, en évitant mes

«

fautes et en profitant de mes leçons. »
Sous l'influence de ces généreuses paroles et grâce à

d

' habiles défenseurs du même droit, tels que MM. Passy,

Beugnot, de Tascher, le projet se transforma. Quel que
fût l'embarras d'introduire dans le texte d'une loi des
détails variables avec le climat, et, par exemple, de fixer
à

quelle heure commencerait et finirait la journée du

travail, sans pouvoir fixer à quelle heure le soleil se
lèverait et se coucherait dans chaque colonie, la Chambre
prit résolument le parti d'aller plus loin que le gouvernement, et d'ordonner, dès à présent, par la loi, plusi

eurs mesures que le projet renvoyait, en se contentant

64

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE

de les indiquer, à des règlements futurs. Le gouvernement eut le bon esprit d'entrer dans les vues de la
Chambre et de se rallier à ses propositions. Ainsi, nonseulement on ajouta aux mesures indiquées dans le texte
primitif la concession d'un jour libre, par semaine, aux
esclaves, et le principe de la réunion des esclaves mariés
appartenant à des maîtres différents; mais on inscrivit
directement dans le projet, au lieu de promesses, des
décisions positives sur la durée du travail, l'allocation
d'un terrain, le droit de propriété mobilière, le rachat
forcé, suivi de l'obligation d'un engagement quinquennal, le droit à l'instruction et au culte, l'observation du
dimanche, les pénalités applicables aux maîtres, le
nombre des justices de paix, la composition des cours
d'assises.
La Chambre des députés, saisie du projet le 19 avril,
persévéra dans cette voie 1.

V

ivement soutenue par MM. de

Tocqueville, de Gasparin, de Carné, parfaitement expliquée par le rapporteur, M. de Lasteyrie, par le commissaire du gouvernement, M. Galos, et par le ministre de
la marine, M. de Mackau, la loi fut votée par 193 voix
contre 52, et promulguée sous la date du 18 juillet 1 845
Dans le cours de la discussion, la Chambre avait obtenu
du gouvernement des explications sur la possession d'esclaves par des magistrats, et la promesse que le projet
sur l'expropriation forcée serait repris, que les mesuré
votées seraient bientôt étendues au Sénégal, que les der
1 Membres de la commission : MM. Odilon Barrot, de Tracy, Ternaux-Com
pans, de Camé, de Golbéry, d'Haussonville, de Las-Cases, Delessert, Jule
de Lasteyrie, rapporteur.

seraient affranchis. d' un fils sans son père. on chargeait et on sommait de plus en plus l'État d'intervenir. comme le dit M.COLONIES FRANÇAISES. Celle loi réalisait. etc. en définitive. 65 niersvestiges de la traite disparaîtraient en Algérie. obtenir de force ou de gré sa liberté. L'esclave pouvait posséder. la plupart des mesure s salutaires qui. marié. Enfin. d'Haussonville et de Gabriac. L'esclave pouvait. le crédit fut augmenté fort heureusement de 400. mais ils devenaient des droits.000 fr. mais un être capable de s'élever à la personnalité. une seconde loi. proposa un crédit affecté à l'introduc- ti on de cultivateurs européens dans les colonies. enfin que les esclaves du domaine. Voté.000 fr. en payant sa rançon. d'un esclave maltraité.. Présentée peu de jours après. donc il n'était plus une chose. Le crédi t total était de 950. à la famille. Passy. destinés à encourager et à parfaire les rachats. . il pouvait se réunir à sa femme. dans les deux Chambres après deux remar- quables rapports de MM. dé Broglie. les droits sur la personne étaient transformés en droits sur le travail. d'après le rapport de M. notamment dans le cas de rachat d'un mari sans sa femme.469. L'esclavage. à la propriété. renvoyée par la Chambre des députés à la même commission que la première. on était las de s 'en remettre aux colons qui refusaient tout et au temps qui ne résolvait rien. au nombre de 1. non s ans combat. ainsi répartis: 1. devaient trouver place dans le délai préparatoire de dix ans. devenait un servage. Plusieurs de ces mesures étaient déjà des usages locaux.

000 930. qui prirent la date de lois du 18 et du 19 juillet 1845.000 Pour concourir au rachat des esclaves. mais. sera bon.000 fr. Cependant le grand me n'était pas prononcé.000 Pour l'évaluation des propriétés mobilières et immobilières de la Guyane 1 50. 3 Voyez le chap. servant d'ateliers de travail et d'ateliers de discipline 560.. comme moyen d'émancipation. ENSEMBLE . disait M. 2219. à intervenir. moral. de Broglie. Pour l'introduction d'ouvriers et cultivateurs européens aux colonies 120.66 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 400.. elles adoucissaient l'esclavage. avec une troisième loi du 19 juillet. par la voie de travail libre et salarié. « Le résultat du pécule et du rachat. vous mettiez un journalier qui n'a aucune propriété dans cette position de ne pouvoir 1 On dut renoncer à cette opération. d'établissements agricoles. 2 Moniteur du â août 1845. sur la traite. comme amélioration dans le système de l'esclavage. c'est presque une chose illusoire : il y a deux cents ans que ce système existe aux colonies espagnoles. Elles étaient un progrès réel.000 fr. le même jour2. Pour la formation. . p. en France. il n'a pas même produit un effet appréciable. ouvrant des crédits extraordinaires pour la station navale à entretenir sur la côte d'Afrique 3. lorsque l'administration le jugera nécessaire. parurent au Moniteur. et suivant les formes déterminées par ordonnance royale. ellene l'abolissaient pas. Demandez-vous ce qui arriverait. si. Ces deux lois. n° 215.

le rachat forcé. que la loi du 18 jui Ilet 1845 était exécutée.. Enfin.000 fr. pour l'émancipation. Mais je ne voudrais pas que l'on tirât de la loi la conclusion que tout est fait et que maintenant vous avez émancipé les esclaves. après avoir envoyé. Le gouvernement aurait pu attendre.. le pécule. 11 les fit suivrepromptement de deux ordonnances des 23 et 26 octobre.. que vous voulez le faire.000 à 3. Si l'on ne devait jamais faire davantage. l'esclavage serait perpétuel. comme loi qui arrivera un jour à améliorer la condition des noirs et à les rendre dignes de la liberté. en pleine v igueur. il ne l'acquerrait jamais... que quelques travailleurs européens (28 seule- ment) étaient déjà partis. l'autre sur l'emploi du crédit alloué pour aider les rachats.. dès le 30 juillet. Le nombre des esclaves qui auront pu se racheter par l'accumulation du pécule ne sera peut-être pas de 100 dans dix ans. aux gouverneurs des colonies des instructions détaillées avec le recueil de tous les débats des Chambres. l'une sur la manière de fixer le prix de rachat quand il ne peut l'être à l'amiable. dès le 31 mars 1846. vous n'avez encore rien fait. la rédaction de toutes les ordonnances d'exécution : il eut le mérite de les promulguer sans retard. » On se hâta du moins d'accomplir ce qui était voté. dans un rapport au roi. les nouvelles pénalités. 67 acquérir un privilége qu'au prix de 2. la nouvelle composition des cours d'assises.COLONIES FRANÇAISES. Je crois la loi très-bonne.. le ministre pouvait affirmer.. de 150 dans vingt ans. le travail réglé selon ses dispositions. que les établissements agricoles s .. pour promulguer les lois. car dans la réalité. autant que vous pouvez.

Les pouvoirs parlementaires ne laissèrent pas passer une demande de crédit sans presser le gouvernement Interpellé sur le retard des ordonnances et de nouveau sur l'émancipation des esclaves du domaine (14 et 15 mai I 846). vingt-deux à la Guadeloupe. d'Haussonville afin d'indemniser les colonies de cette émancipation comme cela était juste. le gouvernement accepta pour 1847 un crédit de 95. les terrains. 5. où il n'était exercé que par les Africains . sauf les ouvrages militaires. mais y compris les noirs et objets mobiliers attachés à ces biens..68 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE étaient l'objet d'une instruction du 29 août. l'ordonnance du 17 août 1825. que les ordonnances sur la discipline. où les marchés d'esclaves avaient cessé et où il restait peu d'esclaves. où il n'existait plus. . au Sénégal. En outre. étaient préparées. le 1 Cent vingt-six ouvriers urbains furent affranchis en 1846 (ordonnance du 21 juillet) : soixante-trois à la Guyane. avait remis en toute propriété aux colonies les propriétés do maniales. l'entretien. que le clergé et les écoles allaient être augmentés. les justices de paix. quatre à la Martinique. l'instruction religieuse. réclamé par les Chambres. commencerai dès I 8461 et serait achevé en cinq ans. Il ajoutait que ces mesures avaient été l'occasion aux colonies d'un peu d'agitation mais sans troubles sérieux.000 fr. proposé pour 1840 par M. il déclarait que des renseignements étaient attendus sur l'esclavage dans l'Inde. les ateliers de travail. art. en Algérie. Il promettait enfin que l'affranchissement des esclaves du domaine. le mariage. * En effet. trente-sept à Bourbon. Il fut reconnu que cette disposition était illégale.

je refuserais. malgré les objections de droit et des prédictions sinistres et ridicules sur l'effet qu'allait produire l'exemple donné par le roi. 925. Il manquait cependant encore plusieurs ordonnances.COLONIES FRANÇAISES. à condition d'y faire résider ma femme et mes enfants.145 fr. convaincu que le poison me ferait expier ma possession. partout satisfaisant. dès lors il y avait lieu seulement d'indemniser les colonies de la jouissance qu'on leur enlevait. bans un second rapport du 2 I mars 1847 ' le ministre pu t déclarer que l'exécution des deux lois de 1845 était partout complète. la troisième du 5 juin. « Si l'une des sucreries voisines des biens du domaine m'était offerte. une ordonnance du 0 dé1 Revue coloniale. la première du 18 mai. l'entretien et les soins médicaux. » Trois ordonnances furent rendues pendant l'année 1846.. la seconde du 4 juin. s ur le régime disciplinaire. Quelques mois auparavant. sur la nourriture. la proposition fut de nouveau discutée et résolue par le vote d'un crédit de 142. sur l'instruction reli- gieuse et élémentaire des esclaves. t. après la libération des esclaves du domaine. notamment sur le mariage des esclaves et sur la conservation des biens des mineurs. II. et de désintéresser les tiers auxquels ces biens et ces esclaves étaient en parlie affermés. en émancipant ceux qu'on continuait à appeler les noirs du roi. Reprise en 1847 par son persévérant auteur. 69 domaine de l'État ne pouvant être aliéné par simple ordonnance. p. écrivait un colon. .

Guizot. 2. ayant pour but : l° de composer les cours d'assises coloniales.733 individus de tout âge et des deux sexes furent ainsi rachetés à condition de rester soumis envers l'État à un engagement de travail de cinq années. il y avait encore en 1847 à peu près la même proportion2. au lieu de cinq sur sept.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Le retentissement de plusieurs acquittements scandaleux rendait cette modification à l'art. 61 magistrats métropolitains. en 1845. 14 propriétaires d'esclaves. d'Haussonville. Le la Chambre des députés recevait un autre pro- jet de loi. 61 magistrats nés aux colonies. 1 H de la loi de 1845 fort urgente. projet sollicité par la commission de 1840 et déjà présenté en 1842. le gouvernement déclara devant la Chambre des députés que l'objet demeuré secret de ce crédit était la libération des esclaves de notre nouvelle possession de MayOtté. le projet de loi concernant le régime des hypothèques et de l'expropriation forcée à la Martinique. 70 cembre 1846 ouvrait au ministère de la marine un crédit extraordinaire de 461. pour les cas où elles connaissent des crimes commis contre ou par. 2 Rapport de M. et.000 fr. pendant son court pas- sage au ministère de la marine. de quatre conseillers au moins et deux auditeurs au plus. à la Guadeloupe et à la Guyane. le 7 mai 1847. au lieu de quatre conseillers et trois auditeurs. H y avait. .des esclaves. 1 Ces deux projets furent proposés par M. et 2° d'exiger que la déclaration de culpabilité ait lieu à la majorité de quatre voix au moins. . Le 19 mai 1847. fut soumis de nouveau à la Chambre 22 mai des pairs.

par une pétition signée par 5 évoques. adopté par 250 voix sur 234 à la Chambre des députés. améliorait le l'égime douanier des colonies et la législation des sucres 1. 2 En 1847. devint la loi du 9 août 1847. négociant avec les trappistes pour rétablisse- ment de colonies agricoles. La conscience chrétienne achevait sans relâche de dé- terminer l'opinion. continuait à affranchir les esclaves du domaine2. sur la provocation si soutenue des pouvoirs parlementaires. s'efforçant de multiplier les prêtres. 218 . 71 Ce projet. d'Haussonville et Foy. le duc de Montebello. avec le concours non moins dévoué de tous ses agents supérieurs. les conséquences des actes antérieurs. songeait à recruter d'autres travailleurs que les ouvriers européens. encourageait les affranchissements. il développait administrativement. Une solennelle discussion dans les deux Chambres fut encore provoquée. après qu'il aurait amené les blancs à en adopter le principe. les frères de Ploërmel. Il publiait les bons résultats du patronage. Le projet sur l'expropriation était destiné à demeurer encore sans suite. et. en mars et avril 1847.COLONIES FRANÇAISES. 86 pasteurs de l'Eglise réformée. il demandait sincèrement au christianisme de conduire les noirs à bien user de la liberté. M. excités par le zèle d'un nouveau ministre. 858 pieties. donnait son attention à d'heureux essais de colonat partiaire. le nombre des chapelles et des écoles. 1 Lois de 1845. En même temps que le gouvernement poursuivait l'œuvre législative. 19 vicaires généraux. qui eut pour rapporteurs MM.

Schœlcher. avant son adoption. » (16 décembre 1844. il repousserait encore le pécule légal et le rachat forcé. des Chambres sur le pouvoir.» il déclare que. négociants. Le conseil colonial de la Martinique déclara le projet. etc.72 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 151 conseillers électifs. les journalistes et les publicistes' apportaientau même mouvement le tribut de leurs efforts infatigables. ancien magistrat aux colonies. par M. par M. — l'Esclavage dans les colonies. C'était un noble spectacle que cette action continuelle des consciences chrétiennes de tous les partis et de tous les cultes sur l'opinion. Rouvellat de Cussae. que les questions de 1840. et l'Académie des sciences morales les provoquait par ses concours et ses récompenses. par M.) Le conseil colonial de la Guadeloupe appela la loi « une mesure qui ébranle jusque dans ses fondements l'édifice colonial. par M. par le double ascendant de la loi et de l'administration. 1847. etc. député. — Histoire de l' Esclavage pendant. funeste pour les colonies. . et plus de 9. les deux dernières années. du pouvoir sur les colonies. «s'il était libre. « odieux pour les colons.000 propriétaires.. nouveau pas vers l'abîme où on veut les précipiter. 213 magistrats ou avocats. La loi de 1845 et les ordonnances qui la suivirent n'avaient pas été mieux reçues aux colonies que les lois de 1833. 7 membres de l'Institut. de l'opinion sur les Chambres. — Lettres sur l'Esclavage. — l'Esclavage colonial. par l'abbé de l'Estang. — VEscIavage au point de vue théologique. ouvriers. l'abbé Dugoujon. que les projets de 1839. » (24 octobre 1845. par M.) 1 Situation des esclaves dans les colonies françaises. Wallon. En même temps. Carnot.

et si longtemps refusé de croire. tous tes membres. 114. En 1846. mais bien informé. 73 Voilà ce qu'on pensait aux colonies d'un projet qui se réduit. le comte Beugnot à la Chambre des pairs. T. A [très trente-trois ans de monarchie représentative. Ils votèrent en effet. un de ces hommes de couleur est nommé membre du conseil colonial. Il était impossible cependant qu'un si vaste courant d'opinion ne finît pas par ébranler les résistances. Il refuse. en vue de la transformation sociale. afin de demander la représentation des colonies à la Chambre. Cet écrivain.COLONIES FRANÇAISES. cite des exemples prodigieux de l'intolérance des colons. Aux colonies. auxquels ces conseils avaient toujours refusé de consentir. d'usines centrales. En 1845. Le 2 octobre 1843. t. le 18 novembre 1845. d'association. Λ la Marti- nique. à quoi? à diminuer le nombre de coups de fouet qu'un esclave peut recevoir. on en était là au commencement de 1 848. passionné. et de proposer des systèmes d'immigration. on résistait à la liberté. mais ou n'en doutait plus. des adresses au roi. Sur vingt -sept. et il fallait qu'il fût bien puissant pour qu'on vit enfin les conseils coloniaux s'émouvoir. les électeurs ayant nommé au conseil municipal de Fort-Roval deux hommes de couleur. et la faculté de se racheter avec ce qu il gagne1. e l gouverneur invite cette fois tous les membres. p. dans les derniers mois de 1847. on fait saisir comme dangereux cinquante e xemplaires du discours prononcé par M. vingt-quatre re fusent de s'asseoir à la même table que leur collègue. Le gouverneur ne croit pouvoir l'inviter à dîner qu en particulier. On s'y opposait en s'y préparant. sauf deux. afin de sauver les conséquences et de rendre les dédommagements plus certains et plus 1 Schœlcher. on contestait encore le principe. à l'ouverture d'une nouvelle session. à lui assurer le droit de posséder ce qui lui appartient. donnent leur démission. . 1847.

Pourquoi donc tant hésiter à faire le dernier pas. La cause était tellement gagnée. de Montalembert (discussion de la loi de 1845). de Broglie. connue trop de lumière empêche de voir. à condition d'attendre quelque chose. la victoire était complète dans les esprits. tout . Les pouvoirs publies étaient d'accord. spirituellement cité par M. l'opposition favorable. et contestaient l'oppor- tunité. à frapper le dernier coup? Cette lenteur. avait dit M. l'opinion et la conscience n'avaient qu'une voix. qu'on était las de l'entendre. » En France. Trop de motifs empêchent de vouloir. amples. faute d'avoir assez de bon sens et assez de courage pour se mettre a l'œuvre. on aboutit avec peine à les résoudre. on parvient merveilleusement à préparer les questions. créaient chaque jour des arguments nouveaux contre l'illusion de ceux qui persistaient à attendre la liberté des leçons du temps et du bon vouloir des maîtres. c'est le pire de tous les partis et le plus certain de tous les dangers. C'est au gouvernement à triompher de l'indécision ordinaire des assemblées régulières. las de la soutenir. selon qu'elle se nomme la prudence ou l'indécision. l'évidence devenait fastidieuse. mais attendre pour attendre. d'écouter toutes les raisons. est à la fois la qualité et le défaut. Les oppositions multipliées. la presse unanime. l'inapplication systématique des règlements et des lois. À force de peser tous les intérêts.74 ABOLITION DÉ L'ESCLAVAGE. attendre par pure insouciance ou par pure irrésolution. s'il la partage. « Attendre est sage. l'avan- tage ou l'inconvénient des gouvernements libres. en Europe.

L'esclavage dans les colonies françaises ne fut aboli qu'au lendemain de la soudaine révolution de Février 1848. . En cette question.COLONIES FRANÇAISES. le gouvernement hésita. le gouvernement de Juillet fut cruellement puni. de Broglie. 75 s'arrête . Tant il est rare. mais des partis qu'il faudrait savoir prendre. ici-bas que les progrès découlent pacifiquement de la raison ! L'humanité est semblable à ces poètes qui ne composent que pendant la lièvre. les assemblées voulurent énergiquement. avec persévérance. puisqu'il eut la peine de préparer l'émancipation et qu'il n'eut pas l'honneur de la proclamer. Si on avait aboli l'esclavage au lendemain du rapport de M. le moment vient où ce ne sont plus des conseils. que de maux auraient été évités! Pour avoir trop tardé.

considérant que nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves. . BLANC. l'acte d'émancipation immédiate dans toutes les colonies de la République.PAGÈS . (de l'Eure). GARNIER . sous le plus bref délai. AI». Signé : LAMARTINE. pour préparer. Décrète : Une commission est instituée auprès du ministre provisoire de la marine et des colonies. MARRAST. Le gouvernement provisoire de la République.CHAPITRE III ABOLITION DE L'ESCLAVAGE PAR LA REPUBLIQUE DE 1848 Le gouvernement provisoire de la République rendit. le 4 mars 1848. MARIE. FRATERNITÉ. DUPONT LOUIS LEDRU-BOLLIN . ÉGALITÉ. ALBERT. Le ministre de la marine pourvoira à l'exécution du présent décret. FLOCON. le 4 mars 1848. Au nom du peuple français. CRÉMIEUX. FRANÇAISE. Les membres du gouvernement provisoire. Paris. AFAGO. le décret suivant : RÉPUBLIQUE LIBERTÉ.

chef de bataillon d'artillerie do la marine. la peine de mort en matière politique. PERRINON. PERCIN. GAUMONT. aux utopies. Y. la commission commença ses travaux. aux passions. se défiant de la religion à qui les faits la forçaient de rendre hommage. SCHŒLCHER. l'esclavage. le drapeau rouge. II WALLON et L. ouvrier horloger. Quel que soit le jugement que porte l'avenir sur la révolution de Février. plus empressée d'invoquer sans la connaître la tradition révolutionnaire que l'expérience de l'Angleterre et les études de la monarchie. MESTRO. Le 6 mars. directeur des colonies. fut assurément pur et magnanime. et elle les poursuivit avec ardeur pendant deux mois. Aimons que la gloire ne manque à aucun moment de l'histoire de notre pays. aux rancunes. avocat à la cour de cassation. aux préjugés. la commission eut souvent besoin d'être rap- . qui ont sitôt corrompu la révolution de Février. On retrouve dans les travaux de la commission nommée par l'arrêté du 5 mars cette noble inspiration mêlée à l'inexpérience. 77 Le 5 mars. plus préoccupée de déguiser les noirs en électeurs que d'en faire des hommes. sous-secrétaire d'Etat des colonies. secrétaires. Le président mit à maintenir le principe de l' abolition l'opiniâtreté si louable qui anime ses écrits. Mais. Le souftle qui renversa le serment politique. avec voix consultative. il sera juste de proclamer le mouvement généreux qui en signala les débuts. GATINE. Arago composa la commision de : MM. un arrêté de M.COLONIES FRANÇAISES.

la génération actuelle des nègres. Gaumont. par conséquent. était peu capable de comprendre les devoirs nouveaux de la liberté. tout en préconisant le droit au travail. Mestro. qui fut choisi connue rapporteur. « elle affirmait que le décret pouvait compromettre non-seulement les intérêts commerciaux de la métropole et des colonies. encore abrutie. il redoutait d'elle de graves désordres. qui eut à lutter à la fois contre une inexpérience pleine d'audace et une maladroite obstination. 4 ' . page 96. 87. procès-verbaux. Les lettres des chambres de commerce ne contenaient que des menaces et des plaintes. soit aux principes véritables par l'honorable auteur du beau livre sur l'Histoire de l'esclavage dans l'antiquité 2 . pelée aux règles de l'économie politique par un ouvrier qui combattit le maximum et le minimum de salaire 1.78 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. à quelques exceptions près. Le délégué déclarait « qu'à la Réunion la traite avait été continuée jusqu'en 1830. On ne peut en effet qualifier autrement que par ee dernier mot l'attitude des chambres de commerce et des délégués des colonies devant la commission. 122. et que. Wallon. Procès-verbaux. soit enfin aux nécessités pratiques par le regrettable directeur des colonies3. La ville de Nantes annonçait la cessation immédiate du travail dans l'île de la Réunion. p. mais la vie même des planteurs 4 » Des aveux curieux se mêlaient à ces sombres pronostics. » Ainsi 1 M. 2 M. 3 M.

Saint-Brieuc. Heureusement. et réduites à leur juste valeur par les témoignages des fonctionnaires des colonies. Mais on n'entendait que des abolitionnistes de la veille. les renseignements précis. les solutions vraies. on n'avait pas amélioré la race. Les plaintes et les terreurs des délégués entendus par la commission n'étaient pas moins excessives. Lorient. du bonheur et de l'éducation des noirs? Mêmes doléances des chambres de Bordeaux. a su rendre tant de services. les objections. La commission eut le mérite de maintenir la grande pensée qu'elle était chargée d'appliquer. malgré tant de difficultés. soit pour le travailleur. qui. ce qui n' est pas le moyen de les résoudre. Morlaix. Comment donc parler de l'humanité des colons. les pronostics. là comme ailleurs. Mais elles ne pouvaient produire que peu d'effet mêlées à des protestations éclatantes d'adhésion au principe de la liberté. on accumulait. La chambre de commerce de Toulon allégua seule que l'émancipation était illégale et inhumaine. furent apportes par l'administration. les propositions prouvaient qu'on la détestait secrètement. Dunkerque. on accordait que la liberté était inévitable. en reliant par la tradition de la pratique les gouver- . les demandes d'indemnité et d'ajournement. etc.COLONIES FRANÇAISES. Montpellier. on espérait la rendre impossible. mais aussi conquérir tant de pouv oir. Je n'en conteste pas la bonne foi. Elle était même disposée à les nier. soit pour le propriétaire. Lyon. 79 on n'avait pas respecté la loi. les paroles déclaraient que l'on désirait l'émancipation. Marseille.

En effet. n'étaient plus une solution applicable. au nom du ministère de la guerre. le noir eût regardé ce régime comme une servitude déguisée. en défiance jusque-là. Les proclamations de Victor Hugues n'apprirent pas grand'chose à la commission de 1848. Il fallut donc revenir à la pratique et préparer des projets de décrets et d'arrêtés 2. ministère du commerce. Ce que le gouvernement de Juillet avait cru prudent de faire avant l'émancipation.80 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. exposé à des pertes qu'il n'eût pas comprises. renouvelés par un projet d'association de la Guadeloupe. dont les meilleurs étaient précisément analogues à ceux qui avaient été proposés par la commission de 1840. Telle est trop souvent la conduite des gouvernements nou- veaux. nements et les ministères innombrables donnés à la France par la mobilité de ses révolutions 1. 1 Opinion de M. Lavollée. Mestro. le gouvernement de Lévrier fut contraint de le faire après. au nom du ministère des colonies. sans poursuivre ce passé récent d'une ingratitude injuste. Il est vrai qu'ils ne la conservent pas longtemps sans rec un ir aux exemples de ceux qu'ils dédaignent. de M. C'était assez de gloire pour la République d'accomplir ce que la monarchie avait préparé. à des fraudes qu'il n'eût pas su déjouer. . Les héritiers d'une fortune inattendue ont coutume de médire des parents prudents qui l'ont amassée à travers mille procès. Feld- mann. au nom du. de M.Page 185 (séance du 7 avril). payé seulement au bout de l'année. . Les utiles essais de colonage pavtiaire du général Desfourneaux.

) Les esclaves condamnés à des peines pour des faits qui. 81 ne se passe pas longtemps d'être raisonnable.. La République eût douté d'elle-même si elle avait pu un instant hésiter à supprimer l'esclavage. même quand on s'en soucie peu. afin que la récolte de l'année pût être à peu près effectuée. ( Art. 3. n'auraient entraîné aucun châtiment. elle fut ensuite écrite dans l'article 0 de la constitution.) Tout ce qui ressemblait ou ramenait à l'esclavage. était sévèrement proscrit. 2 Rapport de M. 6 .. et la so uillure de la servitude était repoussée soit du sol de la France.. 1er. étaient amnistiés. (Art. elle mentirait à sa devise si elle souffrait que l'esclavage souillât plus longtemps un seul point du territoire où flotte son drapeau. principe.. 4 mai). elle doit être immédiate. On Douze projets de décrets. étaient interdites. L'abolition est crétée. — I.. Mais dans l'intervalle toute vente d'hommes libres. 2 supprimait le système d'engagement à temps. Ainsi l'art. furent ainsi préparés 1 et promulgués à la fois le 27 avril.COLONIES FRANÇAISES. L'art 7 proclamait de nouveau le vieux prin1 Moniteur des 2. 3. deux projets d'arrêtés. sous des formes déguisées. » dé- On accordait deux mois à partir de la promulgation du décret clans les colonies. il se pose. imputés à des hommes libres. toute punition corporelle.. soit de la personne d'un Français. il ne se d iscute plus. les individus déportés par Mesure administrative rappelés. établi au Sénégal. c< La commission n'avait point à discuter le. Wallon. Le premier proclame l'abolition.

et n'accordait qu'un délai de trois ans à ceux qu'un héritage. L'art. On ne parla pas des possessions de l'Inde. et elle fut décrétée le 27 avril. par une sorte de miracle. le seul contact de la terre française enfante la liberté. communication de M. cipe. Nossi-bé et Sainte-Marie. l'achat ou la possession d'esclaves même en pays étranger. Feldmatm. un mariage. parce qu'il fut affirmé à la commission que la servitude y avait complétement disparu. un don. Mestro . 3 Pge 5. et on avait laissé aux maîtres indigènes la faculté d'émigrer avec ceux de leurs esclaves qui voudraient les suivre". soil Mayotte. L'art. sous peine de perdre celte qualité. communication de M. rendraient propriétaires d'esclaves. Une instruction immédiate du gouvernement provisoire fixa le nombre de ces représentants : 1 Page 21. Les gouverneurs ou commissaires généraux de la République furent chargés d'appliquer ces grandes mesures dans toutes les possessions françaises. 6 posa le principe de la représentation de toutes les possessions françaises à l'Assemblée nationale.82 ABOLITION DE L'ESC LAVAGE. L'art. et on y comprit expressément soit l'Algérie. parce que depuis l'abolition les affranchis étaient restés liés par des engagements de cinq années. parce que l'esclavage indigène subsistait encore. un projet d'ordonnance du 2 juin 1847 pour l'abolir n'ayant pas eu de suite1. 8 interdisait à tout Français. que le sol de la France affranchit et que. 5 réserva et renvoya à l'Assemblée nationale la fixation de l'indemnité à accorder aux colons.

Guyane. promulgué le 2 mai. orphelins et enfants pauvres. Un décret organisa le droit au secours des vieillards. in firmes. Sénégal. L'époque des élections dut être fixée dans le plus bref délai par les commissaires généraux. écoles professiοnnelles. et étendit la lib erté de la presse aux colonies.663 5 2 . pour la confection des listes et les opérations électorales. Inde .540 1 1 185. et l'on dut suivre à peu près.097 1 1 Réunion. abolit en même temps l'autorisation préalable et la suspension ou révocation administratives. Suppléants. . . Population. Les conseils coloniaux et les délégués furent supprimés. Représentants. Tei fut le régime politique.. m ais en indiquant des ressources fort problématiques. 1. à savoir : la cotisation des affranchis pour les vieillards et in fimes de leurs ateliers (art. et le pouvoir législatif fut provisoirement confié aux commissaires généraux de la République. crèches.COLONIES FRANÇAISES. abolit la censure des journaux et écrits conférée à l'autorité administrative par les art. . . Le surplus des mesures concernait le régime local et le régime financier. 2). 19. 18. salles d'asile. la fondation d' hospices.778 5 2 105.. et le produit des . 83 . les mêmes règles que dans la métropole. .691 5 2 129. Martinique. préparés par la commission. 44 et 49 de l'ordonnance du 9 février 1827.495 1 1 . Guadeloupe. par deux décrets immédiats. Un autre décret. 126.

trois parmi les ouvriers. au-dessous de 300 fr. également suivi d'un arrêté réglementaire. I). sans appel. portant que le maître est cru sur son affirmation dans ses contestations avec les gens de service. 1781 du Code civil. les jurys. Les jurys cantonaux dont il est question dans le décret sur le droit aux secours étaient l'objet d'un autre décret. amendes prononcées par les juges de paix et les jurys cantonaux (art. était destiné à la répression du vagabondage et de la . trois choisis parmi les propriétaires ou industriels. Un arrêté pour la fondation de ce lycée à la Basse-Terre fut préparé par la commission.. gratuite et obligatoire. Le même décret (art. étaient chargés. Le droit au travail et l'organisation d'ateliers nationaux sur les propriétés domaniales ou sur des terrains à acheter par l'Etat étaient l'objet d'un autre projet de décret et d'un arrêté. des garçons et des filles. l'instruction primaire.84 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 10 et 11). les différends entre les maîtres et les ouvriers. et de punir les désordres dans les ateliers et les coalitions. est imposée à chaque commune. de concilier ou de juger. Un décret. 0) abrogeait aux colonies l'art. tirés au sort par le juge de paix sur la liste électorale des communes du canton et renouvelés par tiers tous les mois. dans chaque canton. Dans un décret subséquent. présidés en audience publique par les juges de paix. Composés de six membres. en même temps qu'une école supérieure de filles à la Martinique et un lycée à la Guadeloupe (art. une école d'arts et métiers promise à chaque colonie.

En fait. 108. Lavollée. la loi sur l'expropriation et le régime hypothécaire avait été promulguée. on avait projeté d'introduire l' ixpropriation forcée. La propriété aux colonies était obérée de dettes énormes. Les commissaires généraux étaient chargés de répartir à nouveau l'impôt personnel. comme nous l'avons vu. les maires et les juges de paix. et la célébration annuelle de fêtes du travail avec distribution de prix aux ouvriers désignés pour leur bonne conduite par les conseils municipaux.COLONIES FRANÇAISES. 85 mendicité. Le gouvernement ordonnait par deux décrets l'établissement de caisses d'épargne aux colonies. On évaluait à 140 millions la dette hypothécaire de la Martinique et 1 de la Guadeloupe . ou par leur division. avaient fait ajourner la mesure. A plusieurs reprises. et dès 1827. A la Réunion seulement. et quelqueTémoignage de M. que le contribuable était autorisé à payer par trois journées de travail. p. la difficulté de trouver aux colonies des enchérisseurs ou des capitaux. L'intérêt de l'argent s'élevait de 1 2 à 16. Mais l'inconvénient de désorganiser les ateliers par la mutation des propriétés. les colons jouissaient à peu près du privilége de ne pas payer leurs dettes. d'établir ou d'élever l'impôt sur les spiritueux et le taux des licences des débitants. procès-verbaux. . les vrais propriétaires étaient les créanciers. objet. d'un dernier projet de loi en 1847. au moyen d'ateliers de discipline et d'un corps de surveillants ruraux.

et à la charge de posséder toujours en espèces une réserve au moins égale au tiers du passif (art. 9). Elles étaient autorisées à émettre des billets par coupures de 5 à 1. Le capital était fixé à 10 millions de francs (art. Code civil) avec des modifications. fois de 24 à 50 pour 100. à la Pointe-àPitre. En dernier lieu. 5). Dans ce but le dixième décret étendit aux colonies la loi d'expropriation et le régime des hypothèques (titres 18 et 19 du livre III. la commission prépara un projet .86 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. enfin à Saint-Louis. Les opérations devaient commencer après la souscription de moitié du capita' (art. et afin que l'intérêt fût ramené à un taux moins exorbitant. d'après les documents officiels. 15). 11). afin que. et. les propriétés étant libérées. 7).000 francs et à prêter sans excéder 8 pour 100 (art. afin de relever le crédit par un autre moyen efficace. l million à la Guyane). décida l'établissement de banques à Saint-Pierre. pour la première lois. à Saint-Denis. 5) (5 millions pour chaque île. par les ministres de la marine et des finances (art. au Sénégal (art. Un arrêté de la commission du pouvoir exécutif. 10). divisés en actions de 500 francs dont l'Etal souscrivait la moitié (art. 2) gouvernées par un directeur nommé par le gouvernement teurs et de et un conseil de neuf administra- trois censeurs élus par les actionnaires (art. à Cayenne. Il importait qu'une liquidation sérieuse accompagnât ('(''mancipation et que le sol fût affranchi comme les hommes. 8). Elles devaient être fondées par sociétés anonymes (art. l'indemnité passât à subventionner le travail et non à payer les dettes.

sous la présidence de M. évaluées. l'inscription maritime et la garde nationale. avait préparé l'extension aux colonies des lois sur le recrutement de l'armée. plus solide la tranquillité intérieure. On regardait cette mesure comme un moyen efficace de rendre plus complète la fusion des races. l'arrêté du ministre pour l'organisation des ateliers de discipline. composée de membres de l'administration. mais d'abaisser de 15 francs au-dessous l'impôt sur le sucre colonial. parti1 Après un exposé net et complet présenté par M. à 1 7 millions sur les sucres et à 5 millions sur les cafés. On comptait que la différence suffirait pour ranimer le travail aux colonies. le général d'artillerie de la marine de Coisy. si elle restait stationnaire. I ne autre commission spéciale. que nous suivrons dans chacune de nos colonies. et pour soutenir au profit de la marine de nos. des 2 et 5 mai 1848. 87 tarif des sucres et descafés1. » On espérait amener par la diminution des prix un développement de la consommation qui compenserait les pertes du trésor. ports leur mouvement commercial avec la métropole. On faisait assez bon marché des intérêts du sucre indigène. Lavollée. et de 50 francs l'impôt sur le café. et l'un des membres de la commission s'écriait: « La betterave est morte. le Moniteur enregistra les décrets du 27 avril.COLONIES FRANÇAISES. I instruction en 43 articles sur les élections. Ce fut l'objet d'un décret du 5 mai 1S4S. Le même jour. Les commissaires généraux. . On proposait de diminuer de 5 francs l'impôt sur le sucre indigène. plus promptes l'éducation et la discipline des noirs.

presque partout l'honneur de la proclamer fut enlevé aux agents de la République par les fonctionnaires de la monarchie. par un jeu singulier des événements. si les Chambres de la monarchie n'eurent pas l'honneur de voter l'émancipation qu'elles avaient préparée. l'émancipation et la République. et. en retour. rent aussitôt. comme nous allonsle voir.88 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Mais la nouvelle de la Révolution de 1848 les avait devancés. chargés d'y porter à la fois et à l'improviste I 7 décrets. .

à tor t. 1845. même au moment où l'éman1 Rapport de M. 16.CHAPITRE IV RÉSULTATS DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LI S COLONIES FRANÇAISES Il n'est pas un seul colon. Les écrivains des colonies prétendaient. appuyer ces prévisions sur les résultats de l'éman- cipation anglaise 2. que l'émancipation produirait trois résultats : La cessation du travail et la ruine complète des colonies. p. Les conseils coloniaux répondaient par ces sombres pronostics aux sages et lents préparatifs du gouvernement de Juillet1. et. il n'est pas un seul partisan de l'esclavage. 2 Le Travail libre et le Travail enclave. par M. Jollivet. avec une conviction profonde. . de Broglie. l'exemple de Saint-Domingue souvenirs de la Révolution. député. qui n'ait annoncé. Le retour des noirs à la barbarie par la paresse . Le commerce des et les ports faisait é cho à ces inquiétudes. Le pillage et le meurtre.

» C'est en 1791. que d'attribuer la révolution de Saint-Domingue aux noirs : ce sont les mulâtres qui l'ont faite. ils ne racontaient pas mieux le passé. p. Rapport de M. de Broglie avait parfaitement démontré que la production des colonies anglaises avait à peu près diminué d'un quart seulement pendant les premières années de liberté. . et avait fini par exempter le sucre colonial de tout impôt (loi du 11 septembre 1793). et ils l'ont faite pour entrer en possession des droits politiques que leur accordait le décret de 1791. cipation était déjà décidée. ce n'est qu'en 1794 que la Convention a aboli l'esclavage. de Tracy en 1849 3. procès-verbaux. et ainsi la colonie sera livrée à la famine. 11 n'était pas plus juste d'invoquer les souvenirs de la {{évolution. les 100 kilogrammes.» était-il dit dans le Mémoire adressé par la ville de Nantes au gouvernement provisoire 1. p. dont les blancs repoussaient l'exécution. M. Ces prophètes sinistres devinaient mal l'avenir. Nous avons ra1 2 Procès-verbaux de la commission de 1848. répétait M. Rapport. DE L'ESCLAVAGE. 13.90 ABOLITION. en augmentant de 10 à 14 fr. 25 et suivantes. 4 Lois des 15 et 29 mars 1791. que le sang a coulé à Saint-Domingue. p. 29. « Les ports n'armeront point pour la Réunion. diminution explicable par bien des causes et compensée par la hausse des prix2. 1793. qui avait commencé par réduire les droits sur les sucres coloniaux à 4 fr. « C'est une très-grande erreur historique. Béhic au conseil d'État 24juin 1850. 95. 1792. la surtaxe sur les sucres étrangers4.25 c. 3 Commission coloniale. p. on vit les menaces succéder à la résistance.

la liberté. elle n'a Pas enfanté le pillage et déchaîné la vengeance. nous allons le démontrer. le commerce fut interrompu. Cependant les partisans les plus déclarés de l'abolition auraient assurément partagé leurs craintes. 91 coulé sommairement les événements de celte époque. et que. dès le lendemain. qui y entrèrent le 22 mars. n'a pas ruiné les colonies. ordre économique. 1 Notice sur la Martinique. on déguiserait en citoyens ceux qu'ils n'osaient transformer en hommes qu'avec d'infinies précautions.COLONIES FRANÇAISES. nous grouperons tous les résultats sous trois grandes divisions : ordre matériel. malgré ces circonstances. » On ne sait pas bien à quel moment ont pu se placer ces événements funestes. chap. en sorte que le décret de la Convention n'y parvint jamais. 33. ordre moral. Le même document nousap- prend que la Louisiane e a été cédée en 1702! . et c'est le 3 que l'île était atlaquée par les Anglais. car la Convention a aboli l'esclavage le 4 février 1794. s'ils avaient prévu que leur dessein serait accompli violemment. I. La guerre civile éclata dans la colonie de la Martinique. p. On est surpris de trouver dans les Notices officielles publiées par le ministère de la marine en 1840 cette affirmation: « La Convention proclama bientôt la liberté des noirs. Pour mettre de l'ordre dans une enquête si compliquée. elle n'a pas ramené les noirs à la barbarie. Malgré ces prédictions. par une révolution démocratique. et des émigrations considérables eurent lieu 1. les cultures abandonnées. Celte manière d'écrire l'histoire du passé était faite pour laisser douter de l'aptitude des colons à prévoir celle de l'avenir.

92 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et commençons par raconter les premiers événements qui suivirent l'arrivée aux colonies des lois et des hommes de la République de 1848 . Examinons d'abord quels ont été les résultais au point de vue de l'ordre matériel.

Cependant. la terreur dépassait 1 tous les laits racontés dans ce chapitre sont empruntés aux correspondances officielles communiquées par le ministère des colonies. avaient réduit la Martinique à demander à la métropole des prêts et des secours.000 hommes libres. on avait laissé en fort mauvais état les moyens de défense. — La Martinique. les conséquences de la mauvaise récolte de 1846 et 1847 en France. 1. Sans doute cette négligence témoignait assez de l'esprit Paisible des 75. . depuis l'émancipation dans les colonies voisines appartenant à l'Angleterre. La concurrence du sucre indigène.000 esclaves mêlés à 40. Lorsque la nouvelle de l'abolition de l'esclavage parvint à la Martinique. La sécurité n'y était pas plus assurée que la prospérité. On comprendra le sentiment de réserve qui nous a fait éviter autant que possible de prononcer des noms propres.CHAPITRE V LA RÉVOLUTION DE 1848 AUX COLONIES § 1. la colonie n'était pas dans une condition de prospérité florissante.

la colonie ne dépensait pas moins de 240. une autorité . Quelques années plus tôt. car. par an. une lune de miel de quelques jours. le danger. conformément aux vœux du conseil municipal et de la chambre de commerce de SaintPierre. à la ville ou au rivage. afin qu'en se réorganisant ils pussent admettre des hommes de couleur avec les blancs. qui s'annonçaient et n'arrivaient pas. on se le rappelle. le général Rostoland. Bissette. avoué. . la majorité du conseil colonial. rapprocha les âmes. homme de couleur influent. Le 21 avril. la nouvelle de l'émancipation ne fut d'abord la cause d'aucun trouble: un mouvemenl généreux. Mais c'eût été un miracle que le travail et la paix pussent continuer pendant ces jours d'attente inquiète. dans le but d'empêcher les évasions. pour recevoir une liberté une indemnité. où toute une population incertaine de son sort courait chaque matin.000 fr. Les élections se firent paisiblement sous l'influence heureuse de cet esprit de concession réciproque 2. le contre-amiral Mathieu M. fut nommé adjoint de la Pointe-à-Pitre. dissoudre ces corps. La Révolution de 1848 eut là. Malgré ces circonstances. Pory-Papy. très-connu comme abolitionniste. qui avait remplacé M. pour surveiller les côtes. une émeute dut être réprimée à Saint 1 2 M.94 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et le gouverneur provisoire1 dut. avait donné sa démission pour ne pas siéger avec un homme de couleur. Blancs et noirs signèrent une pétition pour qu'on adjoignît aux commissaires du gouvernement M. comme à Paris. au contraire.

qui. et toutes les mesures prises à Saint-Pierre. le 25 mai. à l'occasion de la mise en liberté d'un noir retenu en prison. 95 Pierre et dans les communes voisines du Précheur et de la Case-Pilote. ce qu'ils appellent battre Judas. n'eut donc pas à abolir l'esclavage. En débarquant. une milice et une police spontanées s'étaient organisées. Ils la proclamèrent. le sang coula. que la peur du désordre ava it fait émigrer. le re tour de leurs anciens maîtres. promènent et frappent un mannequin. l'esprit de désordre avait beau jeu. des agitations plus graves éclatèrent. On attendait du gouvernement ce qu'il n'apportait pas. Outre l'oisiveté et le découragement. elle eut pour occasion la coutume burlesque des noirs. Le 22 et le 25 mai.COLONIES FRANÇAISES. Quelques mauvais noirs en profitèrent pour opprimer et exciter les bons. sur le vœu des autorités locales. en effet. il constata l'immense majorité des bons . Le nouv eau commissaire trouva de bonnes dispositions. Mais aucune mesure pour re1 pe Fort-de-France était le nouveau nom de Fort-Royal. l'incendie agita ses flammes. on avait aussi ap- lé fort Desaix le fort Bourbon. à Fort de-France 1. Ce premier trouble était sans gravité. Les journaux de la colonie furent remplis par dix-huit décrets. pendant la semaine sainte. Perrinon. un grand nombre de noirs demandaient. M. le commissaire général. . ne dispensèrent pas les autorités d'accepter la responsabilité de la seule mesure capable d'apaiser les esprits. plusieurs habitations furent envabies. un des propriétaires ayant fait feu. l'abolition immédiate de l' esclavage. le 5 juin. cependant il acheva de ralentir le commerce et le travail. par des pétitions.

lever le crédit. on peut retourner un mol fameux. qu'après tout la colonie eut moins à souffrir de leurs rancunes que des imprudences de quelques-uns des agents destinés à maintenir la paix. Dès le 26 juillet. apportant de grosses caisses pleines de registres électoraux. on appelait surtout à grands cris l'indemnité. sur plus d'un point. Comme à Paris. associations qui en général. ces agents firent du désordre avec de l'ordre. un peuple. les polémiques en venimées. le Moniteur put annoncer une certaine reprise du travail Le commissaire général nomma des commissaires ruraux pour se rendre sur les habitations et expliquer aux populations leurs nouveaux droits et leurs intérêts. agitèrent la malheureuse île.96 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. fut maître pendant quatre mois de la vie d'une petite population sans défense. comme l'habitation Perrinelle. plus qu'à Paris. et dire que. accordaient pour la part du travail un tiers brut du produit. On apprit seulement que le Columbo arrivait. comme préparation au scrutin . un comptoir d'escompte. quelquefois davantage. la veille encore esclave. les discours socialistes et communistes. des prêts. les querelles. 11 remarqua surtout plusieurs habitations. Mais telles étaient les relations de la majorité des deux classes. disons-le à l'honneur de toutes deux. il fit lui-même une tournée générale et put constater quelques heureux essais d'association entre les maîtres et les anciens esclaves. plus troublée par les tempêtes politiques de la métropole que par les orages de l'Océan. on demandait l'ajournement des échéances. où des maîtres aimés et intelligents retinrent letravailleurs en leur accordant des salaires qui variaient .

notamment une partie de la garnison et de la gendarmerie. Un des élus. Charamaule. et le conllit n'était pas encore levé. 1 Voyez le rapport de M. Le Journal officiel de la Martinique avait publié des menaces odieuses. avait décidé ce mode. ni écrire. on admit illégalement plus d'un homme de couleur. En outre. réunie le ί mai. Moniteur de 1848.COLONIES FRANÇAISES. Assurément la colonie ne comptait pas. les débats de l'Assemblée étaient connus aux colonies. le gouvernement provisoire. rédigées. 1 fr. M. au nombre des moyens de ramener la prospérité. car une instruction du 8 mars avait laissé à l'Assemblée le droit de régler le mode d'après lequel ces élections auraient lieu. 10 et 11 août 1. 2878. dit-on. crut devoir donner sa démission. lorsque le commissaire général appela tous les citoyens sans distinction aux élections pour les 9. Par une seconde instruction du 27 avril. 50 cent. contredisant la première. et signées entre autres noms de ceux de son beau-frère et du beau-frère du commissaire général. on exclut illégalement plus d'un blanc. 7 . 1 fr. 11 fut constaté qu'une pression trop facile à exercer sur des hommes qui ne savaient ni lire. 25 cent. 97 de 50 cent.. Les élections furent à peine légales.. ni presque penser. l'agitation électorale. par le procureur de la République lui-même. qui tendait à exclure les nouveaux affranchis du scrutin. elle ne lui fut pas épargnée. à 1 fr. avait entendu un rapport de son comité des colonies. p. n'avait pas manqué. Cependant. I. mais l'Assemblée. Bissette. Il recueillit surtout le vœu unanime et ardent d'une indemnité et d'une réduction du droit sur les sucres.

« Il est acquis à la commission. p. fut inséré à la Revue coloniale. 25. c'est-à-dire postérieur précisément d'une année. mais il est également acquis que depuis cette époque le travail a repris progres- sivement et se maintient sur tous les points de la colonie. méro de juin. une commission chargée par le gouverneur d'étudier l'état du travail résumait ainsi les faits étudiés dans 12 communes sur 25. déjà profondément atteinte par la législation transitoire de 1845 et 1846. Peu de mois après. a été complétement abandonnée.000 travailleurs. comme résumé constant de toutes ses séances. qui est du 29 mai 1849. Dès le mois de novembre. comme sur comme les agitations et les irrégularités étaient loin d'égaler celles qui avaient troublé tant de villes de France quelques mois avant. etque sur 20.000 avaient nommé les élus.98 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. presque jour pour 1 Le rapport. et au Moniteur du 14 octobre. situées dans les conditions les plus diverses et employant plus de 0. C'est six semaines après les élections (28 septembre 1848) que la nomination de M. nu- . pendant les deux premiers mois qui ont suivi l'émancipation. évaluait aux deux tiers les espérances de la récolte future. à quelques exceptions près. que la grande culture. il annonçait la reprise du travail. et relatifs à 164 habitations.000 avaient voté. » Ce témoignage est du 29 mai 18491.000 électeurs 20. et demandait le dégrèvement et l'indemnité. le contre-amiral Bruat comme gouverneur mit un terme à tous ces orages. 247. l'Assemblée constituante refusa d'ordonner une enquête et valida l'élection.000 votants 19.

avait été grand propriétaire d'esclaves. des excitations venant surtout de la métropole et des gens de couleur libres. ramener l'or dre. Proclamée le 25 mai. ses bonnes paroles. en juin el en juillet. bien loin de le causer. mais régulier et croissant. l'anéantissement du travail. on apprend les journées de Février. l'absence de toute autorité. La loi qui règle l'indemnité coloniale fut votée le 50 avril. En mai. vers l'ordre et le progrès. aux journées douloureuses qui avaient vu le meurtre et l'incendie. lent et pénible. ses tournées. l'émancipation apaise le désordre. l'amiral Bruat avait été nommé gouverneur général des Antilles le 12 mars. qui donc fut responsable à la Martinique des malheurs publics? Est-ce l'émancipation? est-ce la Révolution? En mars. en sorte que les premiers mois de ce pénible semestre se . L'arrivée du commissaire général. on les envoie en août au scrutin. engendrent quelques J°nrs d'un désordre lamentable. Pécoul. Mais. suffisent pour consolider. dontl'un.) M. niais circonscrit et bientôt réprimé. Le premier moment de stupeur n'est marqué par aucun désordre. Un mois après (9 juin) les élections se passaient sans trouble grave et envoyaient à l'Assemblée législative deux hommes d'ordre. l'honorable M. Leur élection était validée sans difficulté. au lieu de rendre les ouvriers aux champs. Ces dates marquent le commencement d'une ère de retour. Pendant cette année de transition orageuse.COLONIES FRANÇAISES 99 jour. (Séance du 25 juillet 1849.

la confiance renaît. M. bien qu'aucune mesure n'ait été prise par la métropole pour assurer une indemnité. les hommes d'ordre l'emportent. C'est à la révolution de Février qu'on dut l'émancipation. elle ne fut qu'une difficulté de plus. il réunit le conseil privé . Nommé gouverneur à la suite de voyages et de travaux nombreux consacrés à l'étude des résultats de l'émancipation dans les colonies anglaises. et que l'agitation est le remède que le gouvernement apporte à l'inquiétude et à la ruine. Mais dès septembre. et en octobre. il en constate les premiers effets. le capitaine de vaisseau Layrle devait attacher son nom à la proclama- tion de celte grande mesure à la Cuadeloupe. moins grande qu'on ne pouvait s'y attendre. En juin. dans des élections nouvelles.100 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Prévenu des désordres qui avaient affligé la Martinique le 22 et le 25 mai 1848. Quatre mois après. le dernier à voler. avec un pouvoir nouveau. une enquête affirme que le travail a repris sur tous les points. — La Guadeloupe. Qu'on n'accuse donc pas la liberté des premiers malheurs de la Martinique . mais ce n'est pas à l'émancipation qu'on doit attribuer toutes les conséquences de la révolution de Février. ajoutée à tous les embarras dont la métropole souffrit et fit souffrir ses colonies. Dès le 25 avril. il avait aboli la peine du fouet et les autres peines corporelles. passent à attendre. §2. en novembre.

confiant dans son intelligence et dans son patriotisme. ÉGALITE. Vu le retard que les circonstances ont apporté à l'application de ce principe à la Guadeloupe. Considérant que. qui proclame que nulle terre française ne peut porter d'esclaves. Considérant que tout annonce qu'elle continuera à le Mériter en persévérant dans ses habitudes d'ordre et de travail. La liberté fut proclamée. Lignières. Guillet. Vu le décret du gouvernement provisoire en date du 4 mars. Art. A. et dans l'accomplissement de tous les devoirs du citoyen. 101 le 27 mai à sept heures du matin. gouverneur de la Guadeloupe el dépendances. Jules Billecoq. et proposa résolûment de prononcer sans retard l'émancipation. FRATERNITÉ.COLONIES FRANÇAISES. Chaumont. — Le commandant militaire et les chefs d'administration sont chargés de l'exécution du présent arrêté Basse-Terre. Mollenthiel. par le bon esprit dont elle a fait preuve. L. A. la population esclave s'est montrée digne du bienfait de la liberté. Le conseil municipal de la Pointe-à-Pitre exprimait le même vœu. Une messe solennelle fut célébrée par le préfet apos1 Signé : Layrle. De l'avis unanime du conseil privé. Laugier. et on put lire en tous lieux l'arrêté suivant : LIBERTÉ. Richard de Chicourt. III. net . Vu l'article 11 de la loi du 24 avril 1833. Bon. Bayle-Mouillard. Art. IL — L'indemnité due légitimement aux propriétaires est placée sous la sauvegarde de l'honneur français et recommandée à la justice de l'Assemblée nationale. Nous. le 27 mai 1848. Avons arrêté et arrêtons : Art Ier —L'ESCLAVAGE EST ABOLI.

et qu'ils considéraient comme à eux. On ne doit pas oublier que trois causes se réunissaient pour le désorganiser. La stupeur causée par la révolution était une seconde raison très-suffisante à elle seule pour arrêter les transactions. en souffrance. et il avait fallu payer cher et en argent : une crise en était résultée. dès le premier jour. Il put attester dans tous ses rapports qu'il ne le fut pas sérieusement depuis. émue et joyeuse. . après la bénédiction d'un arbre de la liberté. La conséquence des mauvaises récoltes de 1846 et 1847 avait forcé les colonies à s'approvisionner de céréales aux Etats-Unis. Gatine. tolique. elle tomba sur une journée qui fut pour bien des créatures humaines la plus belle de la vie. Enfin. la foule. la mise en liberté soudaine des esclaves compliquait une situation qu'elle n'avait pas seule amenée. nommé commissaire général par décret du 27 avril. le travail fut. arriva à la Guadeloupe le 15 mai 1848. se dispersa sans trouble aux cris de : Vive la République! Vive le gouverneur ! Vive la religion! La nuit qui vint quelques heures après ne fut peut-être pas exempte de frayeur. L'institution des jurys cantonaux et l'établissement des ateliers de discipline suffirent à apaiser les difficultés nées en particulier de l'obstination des noirs à garder les cases appartenant à leurs anciens maîtres. Sans doute.102 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Lorsque M. et. mais elle couvrit de ses ombres des âmes affranchies et des consciences apaisées. l'ordre n'avait pas été un seul instant troublé. après deux discours du gouverneur et du prélat.

furent obligés de liquider leur situat ion au moment le plus critique. dut être la première fantaisie d'êtres toujours assujettis au même labeur sur le même champ et sous la même autorité. On ne les troubla pas en les reconnaissant hommes.COLONIES FRANÇAISES. mais seulement par les conséquences de la révolution. souvent durs et détestés. une grande irrégularité se fit remarquer : changer d'avis. mais encore pour exercer les droits politiques. de lieu. les autres demandant l'autorisation de défricher une parcelle des biens domaniaux incultes. grevés de dettes. 103 On les vit naturellement déserter la grande culture. Mais il est très-certain que le désordre ne naquit pas à la Guadeloupe avec l'émancipation. et les diligents. et se diviser en trois classes : les paresseux. qui se crurent appelés à la liberté de ne rien faire. Les colons courageux et qui prirent vite leur parti souffrirent moins que les colons découragés. les uns cherchant à s'occuper dans les villes. Encore les premières élections se passèrent-elles si- . et en particulier les habitations où ils avaient souffert. Ainsi une grande partie de la perte de temps des anciens esclaves vint de leur assujettissement à de nombreuses formalités. ou que ceux qui. moins que ceux qui avaient coutume d'agir par l'entremise de géreurs coûteux. on les agita en les improvisant citoyens. de situation. nonseulement pour se faire enregistrer à l'état civil et obtenir la délivrance des titres de liberté auxquels ils atta- chaient une importance légitime. Même parmi ceux qui consentirent à travailler sur les habitations.

et au jugement de procès graves et passionnés. qui. ne peut être . Tant de feu impunément jeté sur tant de poudre < Rapport du 10 août 1 848. non paisiblement. à la fin de 1 848. On fit de certains noms des drapeaux.) C'est en 1848 que souffrit la Martinique. un ouragan terrible retint chez eux les électeurs. quelques mois avant. c'est en 1849 et en 1850 que la Guadeloupe devait avoir son tour. comme à Saint-Domingue. qu'il fallait procéder dans la même année aux élections générales. le tumulte empêcha totalement les opérations électorales. à l'installation des nouvelles municipalités. parties de Paris. avec ces semences de tumulte. Les clubs s'ouvrirent à des orateurs qui. Mais dans la majorité des communes elles furent assez régulières pour que l'Assemblée ait pu en valider le résultat sans discussion. sans vengeance l. le désordre essaya d'émigrer aux colonies. et recevaient le fouet! C'est sous ce régime. aux élections municipales. par un nouveau gouverneur. poussaient les esclaves à conquérir une indépendance absolue. dans deux autres (le Grand-Bourg el le Vieux-Fort). (Séance du 21 octobre 1848. Apaisé par quelques douloureuses rigueurs dans la métropole. L ne presse improvisée multiplia les appels et les provocations. n'allaient pas à l'école. revint à la fin de l'année. Le commissaire général fut remplacé. Des excitations coupables. Dans deux communes (la Désirade et l'Anse-Bertrand). au moins sans incendie.104 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. remplacé lui-même au commencement de 1849.

p. M. celte mesure fut même étendue à l'île tout entière par une loi d'urgence du 11 juillet 1850 1.COLONIES FRANÇAISES. et que l'Assemblée législative dut prononcer l'annulation. Accusé d'être vendu aux blancs et de vouloir remettre les noirs en esclavage. A MarieGalante. L'agitation qui accompagna ces procès et quatre incendies successifs obligèrent le gouverneur. où le scrutin. 2294. Bisselte arriva à la Guadeloupe dans le but d'user en faveur de l'ordre de sa grande popularité. il fut assailli à Sainte-Rose et presque assassiné. avait produit on faveur de l'ordre des résultats dont le parti vaincu voulut se venger à la Guadeloupe. à déclarer la ville et l'arrondissement de la Pointe-à Pitre e n état de siège. Les élections s'achevèrent au milieu de tant de menaces et de brigues coupables. . M. (Séance du 17 octobre 1849.) Les journaux envenimèrent ces luttes déplorables pendant toute la durée des procès qui furent la suite des crimes du mois de juin. 2370. La fermeté de la justice et du gouvernement achevèr ent de décourager ou de punir les auteurs de ces dés1 Moniteur de 1850. Bissette. l'arrestation d'un agitateur causa des désordres nouveaux qu'il fallut réprimer par la force. trois semaines après (19 mai). que 10. Approuvée par le gouverneur général. nommé député par acclamation à la Martinique. 2253. ouvert quinze jours avant. puis par le président de la République et par l'Assemblée. 2334. en juin 1849. Il y eut 40 condamnations et acquittements (18 avril 1850). 2370. 105 Au moment des élections.897 électeurs s'abstinrent.

155.912 4° — — 1. si les noirs n'avaient pas volé. s'était déjà relevé à 22.667 fr.415 francs en 1849 1 Dès le dernier trimestre de 1849. le payement régulier de l'indemnité avait relevé la confiance et le travail: et. 759. .915. Exportation.735 fr. malgré d'infructueux tâtonnements. La prospérité ne revint pas aussitôt que le calme.755. . 1 Revue coloniale. 12. on constata qu'ils étaient l'œuvre des passions politiques. p. 1851. peut-être par les mêmes hommes qu'à Paris.847. par les mêmes passions. 1850.035. tombé de 41.106 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 712 francs en 1. le mouvement commercial décroissant de trimestre en trimestre l'année 1850 se régla encore par un chiffre extrême ment bas : Importation.741. 8. à 1 1. en un mot. 2 2' trimestre. 175.480 francs en 1848. . . eussent encore bien plus souffert. que les meilleures élections avaient eu lieu dans les campagnes. 130. face à face avec les mulâtres libres. les blancs. mais par les clubs. .932 20. p.059 . 3° — — 3. lorsque les incendies et les troubles de 1850 ranimèrent les alarmes. les démagogues et les élections anarchiques. quoiqu'elle eût servi de prétexte.724. et.217 fr. que. .c'est-à-dire par les mômes causes. que la paix avait été troublée non par l'émancipation. Le chiffre des importations.980. par la presse. importations : 4.897. des essais mal réussis d'association entre les colons et les ouvriers. ordres . que les noirs avaient travaillé avec les blancs à éteindre les incendies. on pouvait espérer une reprise.

Sur une terre située à quatre mille lieues de la métropole. De nombreuses raisons se réunissaient pour faire craindre que l'émancipation ne déchaînât sur l'île de la Réunion une crise plus douloureuse que partout ailleurs. le procureur général Barbaroux.000 esclaves et de 7. 1 1 sur 15 Chinois. Malais. § 5. sans appui au milieu de pays étrangers. L'émancipation y avait été un jour de fête. Dans le nombre des blancs on comptait les gens de couleur libres. Chinois.695 en- gagés de toute sorte.000 blancs. les élections y amenèrent des jours de deuil. Relevée par M. se pressait une population des de 37. 1 sur 60 Indiens.a Réunion. incapables de remplir des fonctions ou de maintenir l'ordre. de 66. elle fut plus douce. Les engagés étaient bien loin de valoir les esclaves. 107 La Guadeloupe.COLONIES FRANÇAISES. —· I. . se releva plus tard aussi. et la politique reste responsable des larmes et du sang que n'avait pas fait couler la liberté. Cafres. Madécasses. devenue sa principale culture. qui souffrit plus lard que la Martinique. Indiens. presque tous ennemis du travail. pourvue de faibles ressources locales. récemment éprouvée par ouragans et par la maladie de la canne à sucre. La statistique criminelle 1 constatait que les crimes et délits étaient commis dans la proportion de : 1 sur 500 esclaves.

Mais l'incertitude que les projets d'émancipation laissaient planer sur les esprits compromettait ces bonnes relations. la douceur des noirs. le nombre des canons assez considérable. mais ils étaient sans affût. subir l'arrêt n'est rien auprès du supplice de lat tendre. Ces engagés ne pesaient pas moins sur la richesse de l'île. Le gouvernement ne se montrait net et décidé. souhaitaient.000 balles de riz. . qu'on la prît enfin. La prospérité de l'île et sa sécurité étaient donc for imparfaites. paraissait au moment de se traduire au dehors Au moment de la fête du roi. ni sur l'indemnité. le sage et 1 Voyez le chapitre : la Religion aux colonies. fatigués de ces lon gues hésitations.108 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et parmi cederniers il en était beaucoup qui. pour les nourrir. demandaient même quelle que fut la décision. mais en mauvaise harmonie avec la milice . et leur in fluence personnelle contribuait puissamment à l'union des classes 1. il fallait déjà demander à l'Inde tous les mois. les es claves étaient aussi inquiets que les colons. ni sur l'abolition. Les moyens de défense matérielle n'étaien pas rassurants : la garnison était assez forte. c'est qu'on le juge. Sans doute la bonté des blancs. envenimée par de mauvais journaux. Par bonheur. qui se payaien1 en espèces. 1er mai 1818. Il vient un moment où l'accusé n'a qu'un désir. depuis quelque années. 20 à 25. rendaient facile les rapports entre eux. les noirs avaient été évangélisés avec autant de zèle que de fruit par des prêtres admirables. Cette agitation des esprits.

afin de laisser le temps de rentrer les récoltes et d'organiser des écoles. 2° le rétablissement préalable u ne assemblée coloniale. blique le 9 juin. des hospices et des ateliers de discipline. M. crut devoir ajourner la revue habituelle. de résister. par lequel. on demandait : 1° l'ajournem ent de la mesure. une parole imprudente . à la fin de juillet. Après avoir calmé les esprits par une sage proclamation. lorsqu'au mois d'août. proclama la Répu- Les trois mois qui suivirent furent pénibles. le gouverneur. au commissaire général à son arrivée. s'organisa par élection. pour éviter une occasion de trouble. Une assembléegénérale de 120 délégués des communes. 11 ignorait cependant que déjà depuis deux mois le roi dont on célébrait la fête avait pris le chemin de l'exil. 109 ferme gouverneur de la Réunion. et. Le même accord se montra sur la place publique. Les premiers bruits de changement soudain dans le gouvernement de la France parvinrent à la Réunion à la fin de mai. 4° l'indemnité. sorte «le club central régulier. On ne parla de rien moins que de se séparer de la France. lorsque la nouvelle des décrets du 27 avril parvint 5 la Réunion. même par la force.COLONIES FRANÇAISES. 3° la formation de la garde nationale et des conseils municipaux avant l'abolition. comme en 1794. Des let- tres arrivées de France jetèrent des doutes inexacts sur la question de l'indemnité. Des clubs et des journaux s'organisèrent. Je capitaine de vaisseau Graeb. sans combattre l' affranchissement des esclaves. officiellement averti. cette assemblée les déclara rendus par un pouvoir incompétent et rédigea un programme à soumettre à la métropole.

la colonie était en paix. bien qu'il y eût été autorisé par une dépêche du 7 mai . la transition fut plus douce qu'on ne l'espérait. la résolution d'abroger l'arrêté pris le 6 mars 1859 pour interdire l'immigration ultérieure des Indiens. être muni d'un engagement de travail de deux ans dans une sucrerie ou d'un an comme domestique. maintenu en vigueur par l'arrête du 18 septembre 1852. en septembre. de s'entourer de conseils éclairés et d'ordonner. terme des deux mois de délai accordés pa' les décrets. M.110 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. les décrets d'émancipation. . que tout esclave devait. fut un jour de fête. publia. mais il ne se vit pas forcé de promulguer prématurément l'abolition de l'esclavage. * Moniteur du 6 avril 1849. ainsi qu'un autre arrêté du 24 mai 1849. le 20 décembre l. par un arrêté prévoyant. qui constituait dans chaque commune un syndic spécial pour surveiller et régler intérêts des engagés. Sarda-Garriga. suivies d' un arrêté pour crée! un atelier de disciplineà l'entente des habitants et a la conduite de l'ancien gouverneur et des principaux fonctionnaires. et. 5. lorsque son successeur arriva (13 octobre). ayant exaspéré les noirs à Saint-Pierre. La proclamation de la libération définitive des esclaves. le 18 octobre. et le travail n'était presque sur aucun point interrompu . Il eut le bon esprit de fermer les clubs.000 habitant1 se réunirent aussitôt pour veiller au maintien de l'ordre Afin d'aviser à la diminution du travail. le gouver neur prit. Le com1 Arrêté du 25 décembre 1848. en audience solennelle de la Cour. sous peine d'être considéré et puni comme vagabond. Le commissaire général. Grâce à ces mesures. avant le 20 décembre.

il eût atteint le chiffre de 7 184 . en 1848.000. pesèrent sur la production de manière à faire tomber la plus importante. celle du sucre. à 21.COLONIES FRANÇAISES. La paresse. il n'y eut que 5.. La meilleure preuve du prompt retour du calme et même du travail..000. 111 missaire et le commandant de la station navale affirmaient tous les deux. auquel il ne fut inférieur que de 500. à la fin du mois.700. dus certainement. . malgré des ruines réelles et des jours douloureux.000 inscrits.200 votants sur 36. le chiffre remontait à 25.000 kilog. comme l'indiquait dès le commencement le commissaire général 1. l'inquiétude née d'une double transformation politique et sociale .000 kilog.000 de kilog. le manque de capitaux. que l'année se terminait sans désordre. en 1850. il fut dépassé en 1851.000 de kilog. mais déjà en 1849. première année de liberté..000. de 24. Les élections qui suivirent n'agitèrent pas beaucoup. il convient de les attribuer aussi 1 Discours du 20 décembre 1848. presque sans ruine. en 1847. au bon es prit des deux classes. sans le terrible ouragan du 1er mars. année où la production s'éleva à 26 . dont les conséquences lurent assez graves pour que la métropole intervint par un secours de 100. première forme de l'indépendance de pauvres diables pour qui le droit de ne rien faire était le synonyme naturel de la liberté.000 kilog. parce qu'on ne s'y rendit pas. Ces résultats. puisque la servitude avait été le devoir de trop faire.000 fr. est dans le chiffre de la production..

112 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. les mœurs et même pour la richesse. § 4. les excitaient par leur exemple. parce que les coolies conservent leur salaire pour l'emporter dans leur pays au lieu de s'établir comme les noirs. A la Guyane. — La Guyane. au petit nombre des blancs. les propriétaires n'étaient pas riches dans cette colonie. triste recrue pour le bon ordre. en grand nombre déjà. ainsi rendus à l'indépendance. succès inouï. à peine. bien qu'elle . éloignés de leur pays. et si l'on se rappelle toutes les prédictions sinistres qui. offrait aux noirs la tentation d'une fuite facile d'un refuge impénétrable. l'émancipation pouvait tout désorganiser Un immense territoire. Plus de 20. toujours languissante. annonçaient la ruine et la violence. Nous aurons la joie de voir ces prophéties démenties en détail sur tous les points. selon leurs goûts. en partie couvert d'épaisses forêts. le choix entre une vie vagabonde ou la prise de possession d'un terrain. une année plus tôt. A par quelques exceptions. Comme en 1704. à la facilité qu'eut la colonie de se procurer des bras. mais supplément précieux pour compenser la désertion des grandes habitations. de même en 1848 l'île de la Réunion trouva moyen de traverser mieux que nos autres colonies les mauvais jours. Des noirs. si l'on réfléchit au grand nombre de noirs rapprochés de leur terre natale.000 Indiens et quelques centaines d'Africains furent introduits dans les premières années. et.

et pas davantage par la crainte. M.000 - 51. 21 dames de Saint-Joseph. dont 110 Africains. écrivait-il. 3068 aux propriétaires de couleur. le 10 juin. Une sage et ferme proclamation du gouverneur fit prendre patience.000 esclaves contre 6. 8 . 21 gendarmes. et quoiqu'il ne fût pas question d'indemnité pour les colons. bien que le mois d'août fût précisément celui où commence la récolte. cette grande mesure ne fut l'occasion d'aucun trouble. on avait appris les événements de la Martinique.000 fr. 113 eût coûté à la métropole plus de 50 millions de francs1 de 1817 à 1848. Le gouverneur. 8 lépreux. Les noirs ne pouvaient donc être retenus par l'intérêt. A la fin de juillet. Pariset. proclama. car ils étaient 14. 117 lépreux. 5902. Flottille 3. que tous les esclaves seraient libres le 10 août. apportée au commencement de mai par une goélette américaine.988 dont 10. désarmée et souffrante que tomba la nouvelle de la révolution de 1848. et aussi qu'on augmentât le clergé. La garnison avait été diminuée depuis 1844. demandait en vain qu'elle fût complétée.586. 18. car « dix prêtres. vaudraient mieux pour le bon ordre que deux compagnies d'infanterie. Le colportage d'une adresse au gouvernement produisit un peu d'agitation vers la fin du mois. 49. I. .COLONIES FRANÇAISES. et le calme n'en 1 Somme exacte : Dépenses de la colonie.300. » C'est dans cette petite société. 25 fonctionnaires. 7*20 militaires. Chiffre du recensement de 1844 : libres.935 aux propriétaires blancs.000 fr.000 libres 2. le capitaine de vaisseau Pariset.686. Cependant lorsque M. que le gouvernement provisoire eut la sagesse de maintenir en fonction. — Esclaves. . 525 au domaine.

Une commission nommée par le gouverneur. les 50 kilogrammes. et par suite de la valeur des biens. cette baisse énorme des produits en nature. l'inconstance. avait de quoi consterner les 1 M. Le colonage partiaire fut vainement essayé. l'excitation des réunions républicaines. Il est vrai que les prix remontèrent de 17 à 24 fr. 50 c. les noirs se défiant de tout système qui ne leur assurait pas. jour par jour. Mais.000 kilogrammes produits en 1849 se vendirent plus cher que les 521. éloignèrent les nom du travail. en sorte que les 215. en général. sans attendre l'expiration du délai de deux mois. fut pas sérieusement affecté. eut plus de succès. Mais en résultat (et il faut en vérité s'étonner que tant de causes réunies n'aient pas causé plus de mal) la récolte de 1848 ne produisit que la moitié de la récolte de 1847. et convenir avec eux d'un salaire immédiat. pour le règlement des tâches. et s'éleva de 80 c. Malgré cette hausse des prix. à 2 fr.114 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. le kilogramme. la nouveauté de l'indépendance. le goût de la petite propriété.000 kilogrammes produits en 1840. . le fruit de leur travail. Les jurys cantonaux ne réussirent pas. Si l'ordre ne souffraitpas. On vit un habitant intelligent et résolu 1 émanciper de suite ses esclaves. pas plus que par l'ouverture des clubs et par les manœuvres de mulâtres dan gereux. Le prix du roucou haussa plus encore. il n'en pouvait être de même du travail. Roumy. pas plus que par une pro testation du quartier d'Approuague à laquelle avaient adhéré plusieurs fonctionnaires.

sans argent et sans courage? Si un grand nombre de noirs retournèrent à la vie indienne en allant s'installer sur des parcelles. sans travail. entre des ter res abandonnées. dans les terres hautes. pas de revenus. dans les conditions économiques où se trouvait placée cette malheureuse colonie. Or. et de jour en jour la crainte d'une veritable famine. mais un mauvais sucre. pas de navires dans le port. et Ce tte occasion pour les noirs de se connaître et de se cmpter n'avait rien de rassurant. Les terres argileuses et marécageuses qui le produisent donnent une belle canne. Antilles. ils ne voulaient travailler que pour des salaires. pouvait y prospérer. les graines oléifères. des usines stériles. des machines Perdues et des arrivages annulés. pas d'importations. jamais elle ne pourra devenir une colonie à sucre importante. sans salaire. 115 colons. trèsabandonné aux que le cacao. Elles se passèrent cependant sans trouble et ajoutèrent une preuve de plus . pas de travail . sans revenus. que l'on vit des hommes considérables. Le café. et les anciens maîtres n'avaient pas d'avances pour les payer. ainsi les épices. amena dans quelques esprits un tel découragement. proposer de céder la Guyane aux EtatsU nis. dont les résultats différés leur inspiraient une défiance concevable. répugnant à l'association ou au colonat parliaire. pas d'acquisitions. Jamais la Guyane n'avait été. Mais. Ί n'était pas besoin des élections pour achever ce niaaise : l'agitation pouvait être augmentée par la misère. ce ne fut pas seulement un instinct d'indépendance vagabonde qui les y conduisit. Mais comment en produire sans bras.COLONIES FRANÇAISES.

la Guyane. . à la démonstration. changeant complétement de caractère. On envoya des condamnés. de la douceur de la population à laquelle le travail manquait. la moindre souffrance des quelques maisons qui font le commerce avec cette terre lointaine y tarit toute activité. Depuis le décret du 8 décembre 1851.116 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Il faut que les affaires soient bien florissantes en France pour que la Guyane soit prospère . au lieu d'être une colonie commerciale. fournie par ces longs mois de crise. et encore ici ce n'est pas l'abolition de l'esclavage. c'est l'abolition du commerce qu'il est juste d'accuser d'un malaise auquel on ne pouvait porter remède qu'en dirigeant des capitaux. Quand même la révolution de Février n'y eût pas porté l'émancipation. bien plus encore qu'elle ne manquait au travail. elle y eût indubitablement causé la ruine. devient une colonie pénitentiaire.

M. proposa au Président de la République. le duc de Br oglie.CHAPITRE VI LES LOIS. le 22 novembre 1849. de Lancastel. am Le v ice-amiral Cécile et le vice-amiral Lainé y représentaient la marine. l'amiral Romain-Desfossés. MM. H. par un oix aussi juste qu'intelligent. moins par les décrets que par les agents du gouvernement provisoire. ch Elle se composait de MM. deTracy. confiée à M. le Ministre de la marine et des colonies. la nomination d'une nouvelle commission coloniale. non par l'émancipation. Pendant que ces événements se passaient dans les colonies. avait attirés sur nos possessions. Isambert. de Laussat. Passy. . is anciens et dévoués de l'émancipation et des colonies. Fournier. mais par larévolution. dont la présidence fut. et pour remédier aux souffrances que l'état transitoire et violent créé.

6. cédant à un entraînement bien explicable. Mestro. Demoly. M. 2 M. se sont. au suffrage universel.. On n'a pas osé faire de même en Afrique. n'exagérait pas les souffrances des colonies. Le Pelletier Saint-Remy était secrétaire. « Les propriétaires. p. Mais ils sont peu à peu revenus à la culture du sol. Sully-Brunet. disait un des membresl. MM. p. On ne trouverait peut-être pas un second exemple dans le monde de cette concession simultanée des droits civils et des droits politiques à une population que l'esclavage en avait traditionnellement privée.118 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. M. ont besoin de lois qui les protégent. 29.. Galos et Mestro. ils travaillent! Qu'on protége la propriété. Hubert-Delisle. appelé à soutenir sous un régime plus régulier les mêmes principes qu'il avait si fermemen t soutenus devant la commission de 1848. Jubelin et Behic. qu'on active le travail.. les meil1 M. Dans les colonies. quoique les Arabes soient bien supérieurs en civilisation aux noirs. sans eux ils se seraient trouvés en face des mulâtres. et la société coloniale se rasseoira solidement. dans le premier moment. L'exposé que présenta le directeur des colonies. . procès-verbaux. On doit s'étonner qu'une pareille audace n'ait pas entraîné plus de désastres. qui leur sont beaucoup plus hostiles.. les ports et les colonies. comme en France. presque simultanément éloignés du travail. Ancel. de Tracy. les noirs. l'administration . » Un autre membre 2 ajoutait : « On peut soutenir que les propriétaires n'ont pas perdu à l'émancipation des noirs. Barbaroux. 18. de Laussat.

le gouvernement. malgré des excès locaux. Le régime de la presse. La répression du vagabondage. en effet. le ray ail. 119 leures élections ont été faites par les populations rurales. et c'est surtout de l'établir que la commission eut à s'occuper. L'organisation judiciaire. que tous les habitants sont égaux et libres. gravement compromis ces trois intérêts suprêmes de toute société régulière. Avant tout. Dès ses premiers pas. on retrouve les lenteurs de l'ancien esprit parlementaire. cinq points parurent à la commission réclamer avant tout un examen urgent. On ne songeait pas à enlever . L'art. la commission se demanda si elle était compétente. En autres termes. et pour longtemps. L'immigration de travailleurs nouveaux. avec ses scrupules honorables et ses objections interminables. l'ordre légal paraissait tout à.COLONIES FRANÇAISES. » Néanmoins. si l'ordre matériel. Le gouvernement provisoire avait. la répression. jusqu'à ce qu'une loi spéciale les place sous le régime de la constitution elle-même. n'était pas profondément troublé. et qu'à ces deux principes primordiaux aucune loi particulière ne pouvait déroger. 109 de la Constitution déclarait que les colonies seraient régies par des lois particulières. fait insuffisant.. Or. Il fut bien expliqué que le territoire colonial est complétement français. Le régime législatif et organique.. mais que sur tout le reste on pouvait introduire dans le régime des colonies des règles spéciales. Les élections à l'Assemblée étaient faites.

des imprimeurs. Complétement assimilés aux régnicoles par l'ordonnance de 1645. L'Empire leur enleva leurs franchises ainsi qu'à la France. d'y envoyer des députés. en sorte que le monopole s'établissait par l'impossibilité de créer la . avail aboli le régime de censure et d'autorisation préalable maintenu aux Antilles par l'ordonnance de février 1841. fussent admis au scrutin sans transition? Pouvait-on tolérer surtout qu'au milieu d'une société exposée à la guerre civile on déchaînât une presse effré née. lorsque s'ouvrirent les états généraux de 1787. que 1848 leur restitua si brusquement et si amplement. aux colonies le droit de représentation. là où il y avait à peine des lecteurs. écrite par des journalistes infimes. et depuis dans toutes les grandes assemblées de la révolution. une illusion. qui. réprimée à peine par des jurés ignorants. Elles n'en avaient pas mal usé. passionnés ou tremblants? Pouvait-on perpétuer le décret du 2 mai 1848. et la célèbre commission de 1840 proposa de leur rendre le droit de représentation. et que les noirs. les colons s'étaient cru le droit. à la Réunion par celle du 21 août 1825.120 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. à peine sortis du fouet. du moins les colonies furent dotées de législatures locales. Si la Restauration et la Charte de 1830 ne les leur rendirent pas. assimilant pleinement les colonies à la métropole. à la Guyane par celle du 27 août 1828. mais pouvait-on admettre sans frayeur que le suffrage universel s'exerçât pour les conseils municipaux et généraux. des écrivains. et ainsi lancé la liberté de la presse sur de petites sociétés où elle était une illusion ou un péril. ils y furent reçus en 1789.

1 Rapport de M. selon que la feuille serait hebdomadaire ou quotidienne. pour outrage public au gouverneur. devint la loi du 7 mai 1850. à cause de l'antagonisme des religions. elle autorisa lasuspension provisoire par les gouverneurs. et la suspension pour six mois au plus ou l'interdiction par jugement correctionnel . Ce projet. p. Isainbert à la commission. soumis à l'Assemblée.000 francs. jugeant sans l'assistance du jury. tous les individus même ne sachant ni lire ni écrire en français1 ? La commission vota la promulgation aux colonies des lois répressives du 11 août 1848 et du 27 juillet 1849 . un danger. payable en numéraire .COLONIES FRANÇAISES. et sur citation directe. des rancunes. . lorsque le décret du 2 mai déclarait aptes à faire partie du corps des assesseurs. d'un journal poursuivi. Pouvait-on abandonner les délits commis par la presse à des jurés ou assesseurs. c'est-à-dire. aux termes du décret du 5 mars 1848. sans l'intermédiaire de la chambre d'accusation. elle exigea un cautionnement de 5 à \ 0. 50. elle remit la connaissance des délits et crimes de la presse à la Cour d'appel de chaque c olonie. et ordonna le dépôt préalable des écrits relatifs aux colonies . des opinions. composée du président et des six magistrats les plus anciens. elle établit des peines spéciales pour provocation au rétablissement de l'esclavage. 121 concurrence. elle interdit l'introduction aux colonies des écrits et feuilles périodiques condamnés ou saisis dans la métropole. des couleurs. pour excitation à la haine entre les anciennes classes. tous les citoyens éligibles à l'Assemblée nationale.

inamovible. Dans un pays où la fermeté de la justice est le seul rempart de la paix. et de surseoir à l'institution de la Cour de magistrature dont il vient d'être parlé. mais non révoqué. On décida comme terme moyen. L'Assemblée fut d'avis de laisser au tribunal correctionnel la connaissance des délits de presse. en prenant parti. amovible. sauf l'institution du jury. consacré au travail et à l'immigration. paralyser toute répression.122 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. elle pouvait. Cette organisation importante n'occupa pas moins de vingt-cinq séances de la commission. Remontant à 1827. rappellera les travaux que la Commission prépara sur cette délicate matière. qu'on n'osa pas établir. si ce n'est sur l'avis d'une Commission permanente de deux conseillers d'État et trois conseillers à la Cour de cassation nommés par leurs corps pour cinq ans. . jusqu'à la complète organisation de la justice aux colonies. la magistrature n'était pas respectée . 5° Absence d'un premier degré de juridiction en matière correctionnelle. que le juge pouvait être changé de siége. 4° Jugement au criminel par des assesseurs réunis aux juges. On assimilait sur tous ces points la justice coloniale à la justice métropolitaine. Un chapitre à part. le régime ancien différait du régimede la métropole en quatre points principaux : 1° Amovibilité de la magistrature assise. 2° Tribunaux de première instance composés d'un seul juge.

en 1840 en 1850. le dix-septième. sur les caisses d'épargne. sur . mais la nécessité de certaines garanties. Ainsi deux fois. le dixième. sachant leurs intérêts entre des mains intelligentes. et ravir à leur nom l'honneur d'être uni à d'utiles réformes . sur nouvelle répartition de l'impôt.COLONIES FRANÇAISES. a conduit à rétablir. le deuxième. libérales et fermes. n Quant aux dix-sept décrets et arrêtés de 1848. notamment en ce qui concerne les injures verbales. les mêmes hommes politiques eurent le chagrin de voir des révolutions contrarier leurs efforts. Le neuvième. avant les projets délibérés ne fussent transformés en lois. on s'en est déjà servi. conformément aux ordonnances de la Restauration. le changement du gouvernement et la brusque fin des que pouvoirs de l'Assemblée interrompirent les séances de la Commission. qui fit rentrer la presse dans les pouvoirs discrétionnaires des gouverneurs. et quand on voudra achever l'œuvre. sur une le recrutement et l'inscription maritime. par un autre décret du 30avril 1852. Les colonies reprirent confiance. la compétence instituée par la loi du 7 mai. 123 Mais avant que ces travaux ne fussent terminés. pendant les séances de la Commission. Mais en outre la Commission de 1849 comme celle de 1850 a en quelque sorte approché et préparé les matériaux de la législature coloniale. La loi du 7 mai 1850 a été abrogée par un décret du février 1852. c'est à ses plans qu'il faudra toujours recourir. Non-seulement un effet moral a été produit. ils eurent pas la vie longue. mais la peine qu'ils prirent ne fut pas sans résultats.

qui supprimait les conseils coloniaux et généraux. sur les engagements de travail. n'ont jamais été exécutés. sur la presse. le troisième. Il ne reste donc de l'édifice législatif de 1848 qu'une . sur les écoles. ont été déchirés par la mesure énergique qui les licencia en France.124 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. inutiles depuis que la Constitution avait admis les colonies à la représentation nationale. sur les pouvoirs des Commissaires généraux. est tombé en désuétude. mais on sait qu'il se bornait à donner cours au projet de loi discuté par la Chambre des Pairs au moment de la révolution de Février. Le onzième. qui remplaça également le septième décret sur le vagabondage. les secours. et le huitième. Le quinzième. fut abrogé par la Constitution de 1852. ainsi que l' Instruction pour les élections. Le cinquième et le sixième. Le seizième. rendue en exécution du décret du 5 mars 1848. ou bien ont été remplacés par des mesures prises par les gouverneurs. sur les ateliers nationaux. et les fonctions de délégués. qui ne les admet plus. qui établissait une fête du travail plusieurs fois solennisée. fut abrogé par l'article 11 du décret du 13 février 1852. a pris fin avec leur mission. fut remplacé par la loi du 7 mai 1850. Le douzième. Le quatrième. relatif aux jurys cantonaux. qui créait des ateliers de discipline. Le treizième décret sur l' expropriation forcée est encore en vigueur.

Plus logique et plus morale. (Loi du H février 1851. Cette déclaration solennelle a été répétée par le sénatus-consulte du 5 mai 1854. Toute infraction à ces dispositions entraînera la perte de la qualité de citoyen français. Ainsi un Français peut posséder des esclaves à l'étranger. acte qui est la Constitution 1 Encore a-t-il paru nécessaire d'abroger en partie l'article 8 de ce décret. que le décret plaçait quelquefois entre une émancipation impossible. avec saisie. aussi inapplicable que article 8 du décret de 1848. . « Néanmoins les Français qui se trouveront atteints par ces prohibitions au moment de la promulgation du présent décret. la loi française déclarait ne plus voir un français dans un possesseur d'esclaves. auront un délai de trois ans pour s'y conformer. prenant en considération la situation embarrassante des Français. Mais. d'environ 20. 11 était ainsi conçu : « A l'avenir. une autre loi de mai 1858 a définitivement excepté de l'application du décret de 1848 les Français proprié. dit-on. 24 juin 1834) frappe l'Anglais possesseur volontaire. mais beaucoup moins morale. même en pays étranger. d'acheter ou devendre des esclaves. à tout trafic ou exploitation de ce genre. sous la même peine. et de participer. soit directement. t aires d'esclaves dont la possession est antérieure à ce décret ou résulterait e d succession. niais elle tolère la possession involontaire (article 67). il honorait davantage la loi française. » La loi anglaise ( Georges IV. une perte sans indemnité.COLONIES FRANÇAISES. devront. établis dans les pays à esclaves. mariage. don ou mariage. loi civile qui n'est qu'un article enfin promulgué de la loi naturelle.000. au nombre. et le titre de Français. les affranchir ou les aliéner dans le même délai. Le principe abu ne sol gênait ni plus ni moins la pratique.) Ce délai était au moment d'être expiré. La peine de la dénationalisation a ét é maintenue contre l'acheteur ou le vendeur d'esclaves. c'est l'immortel décret1 qui abolit à jamais l'esclavage. d'une amende de 100 livres sterling par esclave. il est interdit à tout Français de posséder. donation. mais indestructible. Ceux qui deviendront possesseurs d'esclaves en pays étrangers. soit indirectement. l'Assemblée législative accorda dix ans pour affranchir. mais il ne peut en acheter ni en vendre : disposition singulière. par héritage. à partir du jour où leur possession aura commencé. 125 seule pierre.

le Sénat et l'Empereur en conseil d'État se partagent le pouvoir législatif des colonies. les colonies sont régies.D'autres lois ont été surtout consacrées à étendre aux colonies l'état civil. etc.) . Aux termes de ce sénatus-consulte. Il n'y a plus de conseil colonial. et peuvent émettre des vœux comme les conseils généraux de nos départements Les gouverneurs exercent des pouvoirs ordinaires et extraordinaires. sous l'autorité directe du Ministre de la marine. des colonies. et de l'autre par le sénatus-consulte de 1854 2. le code de commerce. 15 janvier 1855. la législation civile.126 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. d'une part par les grandes ordonnances de la Restauration. Il n'y a plus de commandant militaire. des dix-sept décrets de la république de Février. pour composer avec quatre membres nommés par le gouvernement un comité1 présidé par le Ministr de la marine et purement consultatif. . Des conseils généraux assistent les gouverneurs dans l'établissement des impôts et l'emploi des revenus. quelles lois exceptionnelles ou nouvelles a-t-elle exigées? Aucunes ! Des lois préparatoires de la monarchie de juillet. acte dont l'article 27 de la Constitution de 1852 confiait au Sénat la rédaction. Quant à la révolution sociale qui a rendu libres les esclaves. la procédure civile et criminelle de la métropole. voilà le résultat de trois révolutions politiques. décrets du 22 janvier 1852. Elles envoient en France trois délégués salariés. Il n'y a plus de députés. En résumé. des « Décret du 29 juillet 1854. des mesures préparées par la commission de 1840. Même administration qu'avant 1830 et pouvoir plus concentré qu'après. (Lois des 6 et 7 décembre 1850.

je ne saurais m'en plaindre. 127 projets élaborés par la commission de 1849. la loi ainsi conçue : L'esclavage est aboli. au point de vue spécial qui m'occupe. Car on avait pensé que l'acte si redouté de l'abolition de l'esclavage ne pouvait s'accomplir sans un remaniement complet des lois. s . d'inlinies précautions. et les choses se sont passées. accompagné. avec des soins multipliés.COLONIES FRANÇAISES.. les événements se sont chargés d'annuler ou de broyer toutes les mesures législatives. sans être précédé. de manière à prouver qu'une seule et unique loi était nécessaire. de combinaisons et de garanties préparées avec un art consommé. il ne reste rien. à travers mille vicissitudes. Il est permis de déplorer la stérilité de tant de peines. suivi.

auquel il faut toujours re venir. la crainte de la force est le seul frein des nations peu développées.CHAPITRE VII A FORCE MILITAIRE. L'émancipation n'a pas exigé des lois exceptionelles. il ne doute pas que ce grand événe . au moment où l'émancipation sera proclamée. de Broglie examine quelles forces réclamer le maintien de l'ordre public dans chaque colonie. mais on suppose qu'il leur a envoyé des gendarmes. après un lente préparation. M. Le respect des lois est un sentiment qui appartient aux sociétés civilisées. mais peutêtre a-t-elle demandé l'emploi de forces exceptionnelles peut-être la sécurité n'est-elle que le résultat fragi1e d'une intimidation continue? Dans ce rapport de 1840. On conçoit donc le gouvernement n'ait pas envoyé aux nouveaux affranchis des lois qu'ils n'auraient pas comprises.

026 hommes.512 Gendarmerie 148 Artillerie et ouvriers 366 3. 24 Gendarmes à pied 2 compagnies d'artillerie.584 hommes savoir : 8 compagnies d'infanterie à 115 hommes.026 TOTAL. 964 142 . . 2 3 Page 78. et leur état major. En 1860. la garnison n'est que de 1.COLONIES FRANÇAISES 129 ment n'ait pour condition une augmentation des garnisons. 204 50 Ouvriers TOTAL 1. Ces chiffres ne comprennent pas la garnison des places. Qu'eût-il donc demandé s'il avait pu prévoir qu'il serait la suite immédiate d'une révolution? Comparons l'effectif des garnisons en 1840 avec celui qui figure au budget des colonies pour 1861 A la Martinique. p. savoir : Troupe de ligne 2. 106. soit. . La commission demandait 2 : 500 gendarmes. il y avait en 1840 5. 500 chasseurs de montagne. le service de santé et les milices.384 3. Budget. Gendarmes à cheval.

2 compagnies. p. 985 La commission de 1840 trouvait cette garnison.130 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. p.512 1 compagnie de gendarmerie. . 2 Budget. 50 TOTAL . artillerie et ouvriers. . . 254 1. en 1840. il y avait.384 TOTAL A quoi s'ajoutent 150 hommes de troupes indigènes A la Guyane. 111 . récem ment augmentée. comme à la Martinique. 76. Le budget de 18612 établit l'effectif à 1. la garnison. 148 .912 TOTAL La commission1 demandait une compagnie de gen darmerie à pied et une 5e compagnie d'artillerie. y compris celle du pénitencier 1 Rapport. 868 1/2 compagnie d'artillerie et ouvriers. . 252 2. 67 1/2 compagnie de gendarmerie. En 1860. .912 hommes savoir : 1 régiment d'infanterie 2. savoir : 1 bataillon d'infanterie et une compagnie noire. . il y avait en 1840 : 985 hommes. . savoir : Ligne 964 Gendarmes 166 Artillerie et ouvriers. A la Guadeloupe. suffisante. . 2.584 hommes.

savoir : 12 1 1/2 1 . elle se compose seulement de 691 hommes. 131 qui renferme 4. 79.000 francs la dépense de premier établissement nécessaire à cette augme ntation de la force armée. doublée dans les deux années précédentes.332 A la Réunion. . . 150 compagnie de gendarmerie à cheval. 480 71 34 106 TOTAL 691 M. En 1860. la garnison.000 condamnés. savoir : 4 compagnies d'infanterie.. ajoutait ces paroles significatives1 : 1 Rapport. 868 Artillerie 70 Gendarmerie .526. . compagnies d'infanterie.412 compagnie et demie d'artillerie. est de 1. en évaluant à 5. en 1840.719 La commission se contentait aussi de celte garnison.. 100 compagnie d'ouvriers 51 TOTAI 1. . 177 TOTAL 1. était de 1. savoir : Infanterie et noirs. 1 compagnie d'artillerie 1 détachement d'ouvriers Gendarmes.719 hommes. .COLONIES FRANÇAISES. p. . de Broglie.552 hommes. 1. .

000 hommes libres. 4.642 soldats ne suffisaient pas à garder 249.408 esclaves mêlés à 120. .132 ABOLITION DE L'ESCLAVAGEL. 8. » Il avait raison. « Cette somme ne constitue pas une dépense propre à l'émancipation. le maintien de l'esclavage exigerait désormais autant de précautions pour le moins que l'établissement de la liberté.472 maîtres ou affranchis. il faut augmenter la force armée dans toutes les hypothèses.791 soldats tiennent en paix 400.

p. et nous allons trouver dans la sévérité des tribunaux l'explication de la paix. qui inspirait tant de défiance aux amis de la liberté avant 1848l. en vue de nombreuses difficultés de détail que l'émancipation devait soulever et apporter devant leur autorité conciliante et rapide. peut-être la répression a-t-elle été exorbitante. 4847. L'organisation de la justice. ' Voyez les procès-verbaux de la commission de 1849. si la force n'est pas augmentée. 292 et discussions .CHAPITRE VIII LA JUSTICE. [sambert. tant d'inquiétude aux amis de l'ordre après 1848 2. p. les justices de paix ont à peine été augmentées de quelques-unes. V 1 oyez Schœlcher. n'a été modifiée par les décrets des 9 et 16 août 1854. 146. n° partie. II. — RaFport de M. Si la loi n'est pas exceptionnelle. t. Les justices de paix dont la commission de 1840 prév oyait et sollicitait l'accroissement.

les 16 tribunaux de première instance. la commission en proposa 24. 1 Rapport. 3 Rapport sur l'administration de la justice coloniale. 5 pour 14 communes . parce que le département de la marine a publié en 1845 et 1846 le compte rendu de l'administration de la justice coloniale pour les années 1857. 6. la commission en demanda 14. mais de 1859 à 1849 la lacune n'a pas été comblée. la comparaison entre les années 18571859 et 1850-1852 n'est pas sans intérêt. au budget de 1861 on en trouve 8 2. 6 pour 14 communes. ont-ils été plus occupés de poursuivre et de condamner depuis 1848 qu'avant 1848? II est assez difficile de l'établir. il y en a 10. Ces 27 tribunaux de paix. p. . la commission en demanda 14.Budget. et depuis 1852. 85. Toutefois. 1851 et 1852. 1855. 6 justices de paix pour 24 communes en 1840. A la Réunion.134 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Il y avait à la Martinique 4 justices de paix pour % communes. aucun rapport n'a été rendu public. A la Guadeloupe. A la Guyane. il y en a 7 3. p. 84. peut-être môme le parallèle entre des années plus rapprochées de l'émancipation et des années plus éloignées serait-'' moins instructif. la commission en demandait 26 l. et les 4 Cours d'appels. il a publié en 1855 le compte rendu des années 1850. ]). 64. . 1858 et 1859. il y en a 8.

lorsqu'elle eut à .COLONIES FRANÇAISES. si des faits semblables venaient à se reproduire. le Ministre passe sa vie à espérer et à regretter. disait quelques jours avant M. s'écriait à la séance du 7 mai 1847 M. 135 En effet. On comprendra que nous préférions ne pas prendre comme point de comparaison des années où la justice mérita de pareils reproches. ministre de la marine par intérim. 1848 et 1849 furent probablement trop ou trop peu répressives. puis il vient nous dire qu'il regrette qu'on ne les ait pas exécutés. 1846 et 1847 furent signalés par des procès où la partialité des magistrats envers les maîtres fut signalée comme un scandale jusque dans les Chambres. M. « Je suis honteux de le dire. Ternaux-Compans ajoutait : «M. arrêts des Cours coloniales sur des questions d'affranchissement (27 avril 1847). » La Cour de cassation admettait treize pourvois à la fois contre treize. trop. D'un autre côté. » « On nous assure. 11 espère toujours qu'on exécutera ses ordres. déposait un projet de réforme de la composition des: C ours d'assises aux colonies (21 mai 1847). Guizot. là où la justice était désorganisée ou intimidée. on ne veut pas réprimer le crime aux colonies. » M. Jules de Lasteyrie. il n'y a pas de justice. qu'on avisera pour qu'il en soit autrement. Quand il n'y a pas de justice complète. La Chambre des députés refusait le crédit demandé pour augmenter le personnel du ministère public ( 7 mai 1847). Dupin. trop peu. Est-ce donc qu'aux colonies on ne punit que les récidives? Le rapporteur a déclaré qu'il y a justice incomplète aux colonies.

Le fouet était le dernier article de cette odieuse série d'axiomes incontestés qui était comme le second Credo de tous les maîtres. l'esclave au sucre. chaque habitation avait sa loi pénale. jugeant à huis clos : des défenseurs. Qu'on veuille bien se le rappeler.136 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ont dû inévitablement. les rancunes. Tâchons de répondre à ces deux questions : 1° La société coloniale est-elle affligée par plus de crimes et de délits depuis l'abolition de l'esclavage qu'avant? 2° La société coloniale est-elle déshonorée par plus de crimes ou délits que la société française? I. Des ordonnances étaient intervenues pour mitiger l'application du fouet et des autres châtiments corporels. accroître encore . le fouet à l'esclave. Il faut donc s'attendre à voir énormément augmenter le nombre des délits portés devant les tribunaux. comme 1837-1839. il manquait quelque chose à ces tribunaux. de bonnes raisons pour se contenter des documents publiés et comparer des années très-régulières. son juge et ses exécuteurs. en résumé. les délits des esclaves étaient. intimider à son tour en faisant des exemples ou lorsqu'elle céda la place aux conseils de guerre. rarement portés devant les tribunaux. mais ils n'étaient pas supprimés. pendant les premières années. La défiance. qui peuvent être regardées comme le début de l'existence normale de la société nouvelle. avant 1848. et dont ils ne connaissaient pas autrefois. Il y a donc. même les meilleurs le sucre est nécessaire à l'homme. aux années 1850-1853. les craintes.

il s'est élevé à 14. .000. toutefois inférieur à celui de la période 1837-1839. Pour 1845-1847. qui ont reçu ainsi à peu près exactement le dixième des plaintes et dénonciations. 22. qui avait été de 40 pour 100. il y a eu près de 800 arrêts de non-lieu. qu'il faut soigneusement distinguer du nombre des condamnations. 1837-1839. détournement de den iers publics. il a été de 12. comme ne pouvant donner lieu à des poursuites. soit environ 20 pour 100. corruption de fonction1 Rapport. 1682 affaires ont été renvoyées à la police correctionnelle ou simple. surtout celui des plaintes. Mais sur 14. 23. En effet.000. p. le chiffre est indiqué. faux. soit parce que les faits n'étaient pas assez graves ou pas assez prouvés. soit parce qu'ils ne constituaient ni crime ni délit. 1427 seulement ont été déférées aux Cours d'assises. avait été de 8.000 affaires déférées dans les trois années aux chambres d'accusation. En 1850-1852. on rencontre des banqueroutes frauduleuses. Parmi les crimes poursuivis. soit environ 7. fausse monnaie. 137 ce nombre.777. dans ces années de faible répression.099. il en a été classé par les parquets plus de moitié. chiffre élevé.COLONIES FRANÇAISES. le nombre des plaintes. Sur moins de 4. procès-verbaux. dénonciations.000 affaires. soit parce que les coupables étaient restés inconnus 1. Le nombre des accusés a également monté de 1 sur 249 habitants à 1 sur 186.

on comptait 47 sur 100 accusations de crimes contre les personnes . dit le Ministre dans son rapport. elle s'élève à 79 pour 100 dans la seconde. « L'augmentation dans le nombre d'accusations de tout genre. au moins plus de poursuites pour vols. moins de haine. c est une habitude prise dans l'esclavage. c'est la proportion du nombre des crimes contre les personnes au nombre des crimes contre les propriétés. plus de vols. provient de ce qu'une multitude de méfaits qui. avant l'abolition de l'esclavage. Mais ce qui èst caractéristique. qui furent la suite des troubles politiques. trouvaient pour la plupart une répression . la privation de la liberté fait des meurtriers. En 1837-1839. il n'y a. Le vol n'est pas une conséquence de l'émancipation. rébellion. de nombreux viols et attentats à la pudeur. en 1850-1852. il n'y en a plus que 21 pour 100. et des crimes d'attaques à main armée. quand on ne peut rien avoir à soi. naires.138 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. la privation de la propriété fait des voleurs. au contraire. Ainsi.. crimes qui ne sont évidemment pas tous imputables à d'anciens esclaves. il faut bien prendre ce qui est à autrui : on ne respecte la propriété que quand on en a la jouissance ou l'espoir. car personne n'ignore combien les larcins étaient fréquents sous le régime de l'esclavage. que 55 pour 100 accusations de crimes contre les propriétés . mais le fouet en avait raison. et la presque totalité de ces crimes sont des vols. etc. c'est un grand résultat. dans la première période. moins de vengeance après l'esclavage que pendant l'esclavage.

comme Pour les crimes.000 l'ont été seulement à des peines correctionnelles. pour beaucoup de ceux à qui elle s'est appliquée. les tribunaux de police et les justices de paix.. d'une Part. p. « Cet accroissement. environ le quart a été acquitté. par un décret du 16 août 1834 Rapport. 75 accusés sur 100 ne savaient pas lire. car il y a devoir de justice et d'humanité à ne pas appliquer des peines trop sévères à des faits qui perdent de leur gravité à raison de l'état peu avancé de moralisation de la classe sociale à laquelle appartiennent ces délinquants2. dès le début. l'ocC'est ce qui a ou lieu pour la Guyane. ° Rapport. p.COLONIES FRANÇAISES.. En 18371859. de cette double circonstance que. Le nombre des affaires portées devant les tribunaux correctionnels. sont venus depuis lors aboutir aux Cours d'assises.000 accusés. Sur 2. et sur les 1.» Autre grief contre l'esclavage : non-seulement il a encouragé le vol. . résulte. la mesure de l'émancipation a été. plus de 1. mais il n'a pas moralisé l'esclave. Malgré tant de belles promesses et de sages règlements..500 condammés. 24. Ces faits sont presque tous des vols commis par d'anciens esclaves. dit le Ministre 3. en 18501852. 139 disciplinaire et purement arbitraire dans l'intérieur des habitations. s'est accru dans une proportion plus forte encore que celui des affaires portées devant les Cours d'assises. 26. Cette fréquence des vols a besoin d'être réprimée. mais la législation pénale doit être mitigée1. 90 sur 100.. l'instruction allait diminuant de jour en jour.

avant l'émancipation. il n'y a pas une récidive sur 100 pour les crimes. Dans la nomenclature des crimes et délits. Je le répète. pas une seule coalition pour faire élever les salaires. casion d'excès qui se sont traduits en vagabondage et en délits. 54. les comptes rendus de la justice criminelle établissent que si le nombre des poursuites a augmenté. En résumé. pas même unesur 100 pour les délits 1. à peine une. inconnus pendant la période de 1837-1839. les ateliers de discipline. dès 1852. c'est plutôt à cause de la suppression des coups de fouet qu'à cause de l'augmentation des crimes et délits. on vole davantage. de ce que la connaissance de ces faits qui. La première effervescence de l'émancipation a tourné bien des têtes. les statistiques depuis 1852 n'ont pas été publiées. deux ou trois faillites par an dans chaque colonie. et la liberté a désarmé la vengeance. Dans la nomenclature des affaires commerciales. ont donné lieu à une foule de délits spéciaux. etc. . p. » Il faut ajouter que la loi sur le vagabondage et les arrêtés locaux sur les livrets. d'autre part. mais elles sont calmées. on tue moins.. mais la justice en est moins surprise. appartenait au pouvoir disciplinaire des habitations a dû nécessairement depuis lors être portée devant la juridiction pénale ordinaire. que de l'ignorance où les maîtres ont laissé les esclaves.140 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Les renseignements sont contenus dans les 1 Rapport.

635 en 1856. mais il faut désespérer de les présenter d'une manière méthodique. 1. depuis 1854. Quoi qu'il en soit. au gmente ensuite. 124 34 — Ces chiffres. sur ce nombre. les procès-verbaux signalent : En 1854 : 579 vagabonds. Ces documents renferment des renseignements utiles. 11 en résulte dans les chiffres des changements qui ne correspondent pas à des changements dans les faits. — ■— 290 sans livrets. d'une façon déplorable.COLONIES FRANÇAISES. je lis dans les rapports de la Réunion que la gendarmerie a opéré 1. progrès qui atteste la reprise de l'activité.782 seulement en 1859. que les imes contre les propriétés augmentent. ils ne sont pas rédigés sur un modèle uniforme. et. la présence des immigrants a augmenté les crimes. . la loi a étendu la compétence des tribunaux de première instance et des justices de paix. de l'aveu de tous.868 arrestations en 1854. ils n'embrassent pas toujours les mêmes périodes. 5 pour refus de travail. qui sont presque les mêmes. C'est alors aussi que commence l'immigration aux Antilles. En outre. notamment les meurtres. je lis dans les rapports de 1853 à 1856 que le nombre des plaintes diminue jusqu'en 1854. que le nombre des aftai res civiles et commerciales augmente. n'ont assurément rien d'excessif. A la Guadeloupe. que les crimes cr contre les personnes diminuent. puis diminue de nouveau. Or. 141 rapports ou mercuriales des procureurs généraux.

. . TRIBUNAUX DE PAIX. . . 1692 780 467 653 1046 1854·. 1852 51 87 1855 21 87 29 89 1855 50 88 1856 21 75 1857 27 69 1854 . 2771 687 419 205 1442 1857. TRIBUNAUX NOMBRE de première instance. . d'un changement dans les attributions et de la présence des immigrants. 1852. attelgnant son maximum en 1857. 1486 999 267 755 1200 1855. 5446 756 505 241 1470 1856. Contre les propriétés. Contre les personnes. . . . . puis diminution. A la Martinique. Années. Affaires. 2294 895 475 529 1169 1855.142 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. . commerciales. Cour d'assises. 2227 559 464 188 1424 CRIMES CONDAMNÉS PAR LES COURS D'ASSISES ANNÉES. . diminution jusqu'en 1854: puis. par suite d'une plus vive impulsion donnée aux poursuites. accroissement en 1854. . Toujours même résultat. des plaintes. . Affaires civiles. Tribunaux. mêmes faits plus méthodiquement présentés.

mais celui des vols simples a triplé. 55 sur 100 seulement. et. Si maintenant. a diminué. et parce que la justice régulière a pris la place de la répression individuelle. 1 seulement sur 186. nous les comparons aux chiffres de la dernière Statistique générale de la criminalité en France pour 1856. neuf dixièmes à la Guadeloupe. le nombre des vols qualifiés. quatre cinquièmes à la Martinique. 143 Toujours énorme excès des crimes contre les propriétés sur les crimes contre les personnes. ont augmenté de 51 pour 100. Mais. Les incendies. les crimes contre les propriétés ont diminué de 16 pour 100 : c'est l'inverse aux colonies. si l'émancipation a augmenté le nombre des délits et crimes. en France. Il y a 1 prévenu correctionnel sur 171 habitants. les attentats à la pudeur ont plus augmenté qu aux colonies. toujours énorme proportion des criminels illettrés. mais le nombre même que r évèle la statistique va décroissant ou reste à peu près st ationnaire : il est proportionnellement inférieur à celui . grâce à l'indulgence des magistrats. aux colonies. nous constatons que le vol n'est pas un délit réservé aux colonies. En France. pendant que la population n'augmentait que de 12 pour 100. faisant seulement usage des chiffres publiés officiellement en 1855. c'est plutôt en apparence qu'en réa lité. II. Les crimes contre les personnes. parmi les femmes. de 1826 à 1850.COLONIES FRANÇAISES. décroît avec les progrès de la morale et de l'instruction. Le vol grandit avec les progrès de la richesse et avec la convoitise. aux colonies. totalité. 90 sur 100 accusés sont illettrés. En résumé. déférés aux Cours d'assises de France.

de crédit. nous manquons de capitaux. l'esclavage était un crime social : celui-là du moins n'existe plus. des crises continuelles NOUS désolent . qui a mis en liberté les penchants. les cupidités. dort plus tranquille que la population civilisée de la métropole. ..144 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Il est difficile de contester des faits qui se passent dans les rues au grand soleil. mais ils ne travaillent pas. des délits et crimes en France. je l'espère. cafés. mais on nous a ruinés. 4° Le travail et l'immigration. etc. et malgré ces mesures notre antique prospérité est à jamais évanouie. les vengeances. Les noirs ne pillent pas. 2° La production et le commerce. Oui. Reprenons chacun de ces points : 1° L'indemnité. et que depuis cette époque. Les crimes encore commis sont des fautes individuelles. que la liberté n'est pas responsable des désordres de 1848 et de 1849. un large dégrèvement d'impôt sur les sucres. elle n'a exigé pour le maintien de la tranquillité dans les colonies aucune loi exceptionnelle. 5° La question des sucres. aucune force extraordinaire. et la société coloniale. On reconnaîtra donc volontiers. au lendemain d'une transformation inouïe. Nous n'avons pu nous sauver que par l'indemnité. on ne nous a pas massacrés. répondent les colons. une immigration coûteuse. d'ouvriers. aucune répression anormale.

Si l'on eût écouté ces prétentions. puisqu'il a été privé violemment du fruit] de son travail. elle en est la négation. La traite étant abolie par la loi depuis 1818. on n'aurait eu qu'à rechercher sévèrement l'origine de tous les esclaves qui existaient I. mais une somme pour le dommage que cette dépossession des instruments causait à la propriété du sol. et c'est précisément pour cela qu'on l'affranchit. ils étaient expropriés . 'M on poussait à bout les principes. non-seulement la valeur de leur propriété. il eût fallu racheter chaque colonie en totalité. l'émancipation n'est pas la privation du droit de propriété. 10 . Mais l'esclave n'est pas une propriété. c'est à l'esclave que serait due l'indemnité.CHAPITRE IX L'INDEMNITE. on devait leur payer. A entendre les colons qui réclamaient une indemnité.

Enfin la propriété véritable se fonde sur le droit naturel. des variations. faveur exorbitante que l'État a concédée Cette fiction. il a le pouvoir de les détruire puisqu'il les a faites. qui sont l'œuvre de la loi. lorsqu'elles ne sont pas en harmonie avec la morale et le bien général3. l'esclavage peut être détruit par la loi. p. Procès-ver baux'. perpétuel. lorsqu'il proclama l'émancipation. 27 aoit 1847. 176. pour déclarer un grand nombre de maîtres en flagrant délit de possession criminelle. et même les conditions de la propriété. Le gouvernement du Danemarck. cette faveur. elle n'en a pas davantage les caractères essentiels. p. citée dans les procès-verbaux de la commission de 1848. Le droit de propriété est absolu.146 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. incommutable. Œuvre de la loi. 1 Cette proposition fut faite dans la commission de 1848. il en a le droit. p. que tout Etat a le droit de modifier les conditions qu'il impose au commerce et à l'industrie. Sans aller jusqu'à appliquer cette doctrine au droit de propriété. p. comme les charges et offices. fiction étrange que l'État à créée. de Broglie. . parce qu'il est an térieur et supérieur à la loi. enfin comme l'esclavage. 3 Dépêche du ministre de France à Copenhague. il est juste de l'étendre aux propriétés exceptionnelles. indéfini. aucune garantie de durée2. la possession des esclaves implique des devoirs. les monopoles résultai1' d'un tarif. des conditions. de Broglie. 263-265. en 18481. 65. puisqu'il en a le devoir. 2 Rapport de M. Cette prétendue propriété ne repose pas sur les principes de la propriété véritable. 275. partit de ce principe. 4 Rapport de M.

et pas de délai avant l'indemnité. tantôt des fautes des colonies. Fous les colons entendus dans la commission de 1848 avaient demandé un délai avant l'émancipation. et que des se- . L'indemnité. afin q ' u on pût achever les récoltes et prendre ses précautions. qui est le vrai. parce qu'il en profitait. autorisé. L'art. le trésor a favorisé le sucre indigène. afin que le salaire pût servir d'attrait immédiat au travail libre. c'est une avance sur le salaire. tantôt de leur ruine. 147 Le droit à l'indemnité n'est donc aucunement du même ordre que le droit à la liberté. Il est équitable qu'elle les indemnise. 5 du décret du 27 avril 1848 laissa à l'Assem- blée nationale le soin de régler la quotité de l'indemnité. son erreur a été causée par l'erreur du législateur. et cette double erreur a duré deux cents ans. il importait quo • indemnité fût prompte et qu'elle fût large. cela est utile. Plus lard. le premier n'est soutenu que par quelques considérations d'équité. et. elle n'obtint ni promptitude ni générosité. il est du moins un fait légal. Si l'esclavage n'est pas un fait légitime. parce qu'il en profitait aussi. avant tout. La liberté sera pour eux la misère. La France été ainsi complice à divers titres. A ce point de vue. En outre. La loi l'a connu. le second est réclamé par la nature. Le commerce de la métropole a encouragé celte institution funeste. utile aux intérêts des esclaves.COLONIES FRANÇAISES. c'est une subvention au travail libre. Le possesseur est de bonne foi. si le lendemain les colons ruinés ne peuvent payer leur travail. encouragé.

24 Rapport. L'indemnité fut accordée. cours fussent assurés aux enfants et aux vieillards1. p. Pécoul. L'émancipation arriva donc aux colonies sans l'indemnité. non pas seulement à cause de l'absence de la servitude. mais non par leurs mains. p. du moins fut-elle large? Nullement. le travail fut désorganisé. de Broglie 3 avait pro- posé un délai de dix ans. Opinion de M. pendant lequel les intérêts de l'indemnité auraient été touchés par la caisse des consignations au profit des colons. parce que l'indemnité avait précédé l'émancipation 2. seulement plus d'une année après. Ils avaient ajouté que le nègre se défierait de la liberté tant que son ancien maître ne serait pas désintéressé. p. La commission de 1848 n'osa pas imposer à la République une charge devant laquelle avait reculé la monarchie. 1 2 3 Opinion de M. non pas seulement parce que les mains de l'ancien esclave étaient libres. par la loi du 30 avril 1849. qu'il serait ainsi poussé à s'éloigner des habitations. C'est assez pour décharger l'émancipation de tous les malheurs des premiers moments. mais parce que les mains de l'ancien maître étaient vides. 31.148 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Froidefonds. La commission présidée par M. leurs droits ne pouvant être certains et liquidés qu'au moment de l'émancipation. 279 . mais à cause de l'absence du salaire. Si l'indemnité ne fut pas prompte. Ils avaient rappelé que le travail avait pu être maintenu dans les colonies anglaises.

Les plus éclairés parmi les colons demandaient 7. produisait une somme totale de 300 millions. A Bourbon. En Angleterre. qui. multipliée par 250. p. et cette valeur.400 fr. à une époque où on ne parlait pas d'émancipation (18251834). A la Guyane. 1. 1.200 francs2. . 1. Devant le gouvernement provisoire.000 francs. choisies pendant la prospérité.000 francs de rente 3 pour 1003. 1. la moitié de 75. mais on ne comptait pas les enfants au-dess sou de six ans. M. était la différence entre le prix du travail bre li et celui du travail servile : on multipliait ce chiffre.. soit 37 centimes. Mais le gouvernement proposa seulement 90 mill ions. à distribuer moitié en argent. 150 millions. déclarés libres sans indemnité. 7!. Ra 1 pport. Ce travail avait donné pour résultat : A la Guadeloupe. commission de 1848. nombre des esclaves. 37 centimes.200 francs. La commission de 1840 1 149 avait calculé l'indemnité sur- la valeur vénale des noirs.COLONIES FRANÇAISES. moitié en garantie de travail pendanl dix ans. Procès-verbaux. A la Martinique.000. une moyenne de 1.500.361 francs 99 centimes. On calculait que le salaire des affranchis étant de 75 centimes et représentant le double d es frais que coûtait l'esclave. d'après le taux moyen des ventes dans chaque colonie pendant une période de dix années. Reiset. Opinion de M.. par tête d'esclave de tout sexe et de tout âge. 275. p. Crémieux et de Lamartine demandèrent 150 millions.102 francs. par le nombre des esclaves valides. 45 centimes. La commission s'était arrêtée à une moyenne générale de 1.

447 1. .085 fr pour valeur moyenne et réduisant de 20 pour 100 chiffre des esclaves. mais. pro du isait un total de 91. 80 Guadeloupe 87. Crémieux.000. Le gouvernement se refusait obstinément à toute inscription nouvelle de rente au grand-livre.885 f.000 f. La commission. 12. et ce chiffre. multiplié à son tour par celui des jours de travail. pendant cinq années. 250.150 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. La répartition entre chaque colonie eut pour base le chiffre de la population esclave. Crémieux.200 25 10.000.164 85 Guyane. 2 Rapport de M. Ce mode prévalut cependant. soit 198. 9.800 esclaves 550 engagés.507. en chiffres ronds. Elle proposait de la partager en 80 millions de capital et 2 millions de rente payables en dix années1.055. 00 1 On déduisait 20 pour 100 pour les enfants et vieillards. 248. savoir : Nombre des esclaves indemnité.575.500 11.560 6.571 88 Réunion 60. payable en numéraire trente jours après le décret.000 francs ou. Sainte-Marie.503 41 3. 30 septembre 1848.087 1. Martinique 74.550 103. et aux termes de la loi votée le 50 avril 1849 s l'indemnité fut fixée ainsi qu'il suit : 1° Une rente de 6 millions 5 pour 100. arrivait à 214 millions. 3 Rapport de M. 90 millions. 2° Une somme de 6 millions. 15 janvier 1849.673 Sénégal Nossi-bé.651 2. prenant 1 .947.525 372. cou s idérant qu'il ne s'agissait que d'une indemnité relative elle abaissait à 120 millions la somme proposée.

lacune fâcheuse. vrai but à atteindre. 10 novembre 1849. rapport de M. Le travail se passa très-régulièrement. le payement de l'indemnité devait commencer en 1843 et être terminé en 1853. sauf pour quelques indemnités litigieuses. sauf recours devant le conseil privé. Fourtanier à l'Assemblée législative. et les certificats délivrés furent. fort incomplète. . ne décida pas. Les inscriptions de rente datent de 1852. et réservée aux créanciers hypothécaires ou distribuée entre ceux-ci et les créanciers ordinaires. pour arrêter tous ces points importants 1. Les résistances des colonies n'ont donc eu cette pour effet que de leur faire recevoir une émancipation 1 Rapport de M. La même loi laissa à régler la sous-répartition dans chaque colonie. transformés. Une commission spéciale instituée dans chaque colonie prononça sur les demandes. il est aujourd'hui terminé. mais dans les ports de la métropole. et l'esclavage cesser à date. On ne peut s'empêcher de se souvenir qu'aux termes du rapport de M. et il fallut une nouvelle loi du 15 novembre 1849. le mode de payement. où les colons avaient leur énorme dette commerciale. 151 La loi de 1849. comme l'avaient fait les lois de l'indemnité des émigrés et des colons de Saint-Domingue. qui fut l'occasion d'innombrables procès et fit passer une grande partie de l'indemnité. en inscriptions de rente. non pas dans les mains des nouveaux salariés. suivie d'un décret du 24 novembre. si l'indemnité serait considérée comme mobilière ou immobilière. sauf le cas de saisie-arrêt. Béhic au conseil d'État.COLONIES FRANÇAISES. par les soins de l'agence établie auprès du ministère des colonies. les justifications à exiger. de Broglie.

par esclave. donnant moitié en argent. car la commission déclarait que l'indemnité n'était pas un vrai rachat. La meilleure base eût été le calcul fait par le gouvernement. les éléments du calcul étaient de pures hypothèses. si écrasées par la concurrence du sucre indi- . et se faisait payer son droit. Mais que coûtait le travail esclave? que coûterait le travail libre? On n'en savait rien. en résumé. ne reçurent qu'environ 500 fr. système singulier et contradictoire. par une réduction purement arbitraire.200 francs la valeur vénale. mais surtout plus faible. Les colons. un droit sur la personne et le travail de l'esclave. dont le procédé était moins concevable encore. si l'on avait pu évaluer exactement la différence entre le prix du travail esclave et le prix du travail libre. Cette indemnité fut vraiment insuffisante. Il eût mieux valu être logique.085 francs elle estimait 500 francs. l'État niait le droit de propriété. par une subtilité difficile à comprendre et à expliquer. moitié en travail. au lieu de 1. La commission de 1840 avait estimé à 1. celle de 1848 à 1. réduisait de moitié. La seconde commission. puisqu'on avait une occasion de relever du même coup les colonies. La première. changeait la valeur vénale après l'avoir constatée. et.085 francs. une indemnité plus différée. la formule était ingénieuse. pour chaque fraction payée.152 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. plus prompte. devenait copropriétaire. et puisque l'on constatait que les anciens esclaves. avaient besoin qu'une large indemnité fût payée. et pourtant attribuait à l'État. plus encore que les maîtres.

943. pas assez large. en exceptant ceux qui reçurent moins de 1. qui considérait l'indemnité comme une subvention au travail. on n'osa pas dépenser 500 ou 200 millions pour en affranchir 250. On dépense 500 millions pour une guerre qui lue 50.000 et sauver les colonies à la fois de la honte et de la ruine. il fallait ne pas marchander cette indemnité. p. 7 de la loi du 50 avril 1840. Du moins cette maigre indemnité de 500 francs par esclave servit-elle principalement à défrayer le travail libre? Aux termes de l'art. Ce prélèvement était bien conforme à l'esprit de la loi.COLONIES FRANÇAISES. Pour ne citer qu'un exemple : sur le chiffre de 38. 614.297 francs. 1851. Quelques personnes avaient même proposé de la laisser à l'état de fonds commun prêtant aux colons sans être sous-réparti 1.000 francs. il a été fait francs d'oppositions et délégations.239. 153 gène. on préleva sur l'indemnité de tous les colons de la Guadeloupe.) . Beugnol. Mais que devint le reste de l'indemnité? La majeure partie passa aux mains des créanciers de toute nature2 et non aux mains des ouvriers. Sa ns doute elle servit à la liquidation de la propriété et ' Procès-verbaux de la commission de 1848. (Rapport de M.000 hommes. et qu'elle manqua son but. re- présentant 58. un huitième pour servir à l'établissement de banques de prêts et d'escompte. O peut donc dire que l'indemnité ne fut pas assez n prompte.510 le capital de la rente accordée à la Guadeloupe. de la Martinique et de la Réunion.

154

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

par conséquent à relever le crédit, mais elle soulagea le
passé, elle ne prépara pas l'avenir.
Plus prompte, elle eût prévenu en partie la crise du
travail; plus large, elle eûtpermis une liquidation moins
pénible; réservée aux seuls créanciers hypothécaires, elle
eût alimenté directement l'agriculture.
En ce point, comme en plusieurs autres, nous revenons à la même conclusion :
Si l'émancipation a été suivie de quelques maux, qu'on
ne s'en prenne pas à elle, mais à la maladresse, à la
lenteur ou à l'insuffisance des mesures qui pouvaient
écarter ces maux.
Qu'on ne dise pas que les colonies n'ont pas pu relever le travail, malgré l'indemnité; car l'indemnité a
servi aux créanciers plus qu'aux ouvriers, aux dettes plus
qu'aux salaires.

C'est ici le lieu de consacrer quelques mots à l'influence de l'émancipation des esclaves sur le budget de
l'État.
L'émancipation des esclaves avait, aux yeux des financiers des anciennes Chambres, un grave inconvénient:
elle devait coûter cher. M. le duc de Broglie en avait
pour ainsi dire, dressé le devis estimatif.
Indemnité aux propriétaires pour 249,508 esclaves à
1, 200 francs, 500 millions1;
1

Rapport, p. 276.

COLONIES FRANÇAISES.

155
1

Dépenses de premier établissement, 8 millions ;
Dépense annuelle, 2,718,500 francs2.
On reculait devant une bonne action si coûteuse.
Or l'indemnité n'a coûté au Trésor que 126 millions,
et une partie a servi à former le capital des banques coloniales.
Les dépenses de premier établissement n'ont pas eu
lieu. La dépense annuelle, bien loin d'augmenter, a
diminué.
Si l'on compare en effet les comptes de 1846 et 1847
avec ceux de 1848,1849, on constate les chiffres suivants :
Service général et dépenses d'intérêt commun des
colonies de la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la
Guyane :
1846
1847
1848
1849

1

5,097,429 fr.
6,167,309
5,679,578
5,289,466

Page 129. Force armée

5,326,000 fr.
Mémoire.
1,620,000

Tribunaux
frisons
Établissements d'éducation.

.

Établissements de bienfaisance.
Culte

1,740,000
678,000
Mémoire.
7,564,000 fr.

2

gage 130

Force armée
Tribunaux
Frisons
Éducation
Bienfaisance. ......
Culte

1,829,000 fr.
269,500
54,000
488,000
80,000
18,000
2,718,* 00 fr.

156

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

Quant au service local, la différence est encore bien
plus sensible :
1847

6,167,309 fr,

1848

5,679,568 1.

Si l'on compare, article par article, les comptes de
1846 avec ceux de 1850, on voit qu'il y a un peu plus
d'agents de police dans les villes après qu'avant l'esclavage, et, chose singulière, un peu moins dans les campagnes; que les frais de justice ont augmenté, mais que
les frais de geôlage et de marronage ont diminué; que le
culte coûte un peu plus cher; que les subventions aux
communes et aux hôpitaux ont un peu augmenté; que
les frais de recouvrement pour les impôts sont toujours les mêmes, et qu'en définitive la dépense totale a
diminué.
Il est difficile d'établir une comparaison avec les
comptes des années postérieures, parce que, depuis le
sénatus-consulte du 3 mai 1854, le décret du 51 juillet 1855 et celui du 29 septembre 1855, le système financier des colonies a été modifié. La nouvelle législation fait aux colonies l'abandon de tous les impôts qui
peuvent y être perçus et leur laisse la libre disposition
de leurs revenus2, mais aussi les charge des dépenses où
l'Etat n'a pas un intérêt direct.
Cependant l'État continue à payer l'armée, le gouver» Comptes de 1848, p. 59.
- La comptabilité a été en même temps décentralisée. (Voyez l'instruction du 15 avril 1856.) 6.)

COLONIES FRANÇAISES.

157

nement, la justice, le culte; il ne contribue plus à l'instruction publique que par une subvention 1.
Or, en rapprochant les services conservés au budget de
l'État2, on constate que ces services civils et militaires
des quatre colonies coûtnient, en 1846, 10,289,156 fr.,
et ne coûtent plus, en 1858, que 9,521,244 francs.
En somme, à part l'indemnité, l'émancipation a
passé sur le budget de l'État3 sans y laisser de trace.
1

1846.

1848.

Culte

558,082

687,973

Justice

982,606

938,976

Écoles

505,160

200,000

MARTINIQUE.

GUADELOUPE.

1,650,235
545 077
1,512,853)

1,576 271
464,098
1,602,705

572,691
81,734
586,201

1,023,007
582 786
1,291,578

.

3,708,165

3,643,074

1,240,626

2,697,371

Services civils et militaires. .

matériels. .

2,212,836
499,365

2,413,597
655,813

1,512,233
307,462

1,548,008
371,930

2,712,201

3,069,410

1,819.695

1,919,938

2

GUYANE.

RÉUNION.

1846.

Service militaire
Services civils.

personnel
matériel.
......

TOTAL.

...

1858

TOTAL.

.

.

.

TOTAL GENERAL.

1846. .
1858. .

Différence en moins.

3

. .
. .

·

10,289,136.
9,521,244
768,892

Quant aux budgets coloniaux, voici quel a été, sur les trois principaux,

le résultat du décret de 1855, lorsqu'il fut appliqué au budget de 1856 *.
La Martinique avait

2,038,600 fr.

Elle avait à payer

2,078,803

Elle perdait

40,208

I.a Guadeloupe avait
Elle avait à payer

1,723,300
1,865,928

Elle perdait

142,628

La Réunion avait
Elle avait à payer
Elle gagnait
L'État perdait

2,240,900
,

.

.

.

1,939,070

·.

.

.

281,880
99,049 fr.

Ces renseignements sont dus à l'habile chef de la comptabilité à
Col
onies, M. Eguyer.

I.

la direction des

10*

CHAPITRE X

LA PRODUCTION ET LE COMMERCE. — LE SALAIRE ET LA PROPRIÉTÉ.

Les colonies ont été ruinées par l'émancipation.
Il semble qu'il n'y ait qu'à passer condamnation sur
ce point, et que les partisans déclarés de l'abolition
soient d'accord avec ses adversaires.
« La tranquillité publique ne laisse rien à désirer dans
les colonies, écrivait le rapporteur de la loi des sucres.
M. Beugnot, en 18511, mais les conditions de la production sont complétement changées. » Le rapporteur de la
loi des sucres, en 1860, M. Ancel, constate de même, dix
ans après, « le trouble si profond que la suppression
du travail esclave, proclamée violemment, était venu
ajouter à une situation déjà malheureuse 2. »
Faut-il s'en tenir à ces affirmations, passées en quelque sorte à l'état de lieu commun, et se contenter de
X1

Page 63.
2 Page 17.

·

COLONIES FRANÇAISES.

159

répéter, en manière de consolation, que, quelles qu'aient
été les pertes éprouvées par des hommes enrichis par
l'esclavage, la liberté est un bien qui est digne d'un tel
prix, une réparation qui méritait une telle pénitence?
Non. Il convient de pénétrer dans les détails et de
constater scrupuleusement quelle est l'étendue exacte et
quelles sont les causes diverses de la perte dont se plaignent les colonies françaises. Très-réelle et très-sérieuse,
elle n'a été pourtant, ni si grave, ni si absolue, ni si
longue qu'on le dit communément. Avant tout, elle a
d'autres causes plus anciennes, plus profondes, que l'abolition de l'esclavage.
Mais comment s'en assurer?
Si je lis les journaux des colonies, si je consulte les
écrits des colons, si je consulte les mémoires, les pétitions, les projets, je n'entends que plaintes et que gémissements. En outre, je me perds dans des détails infinis,
dans des calculs contestables, dans des opinions contradictoires. Λ quel but cette voie difficile peut-elle me
conduire? À faire un tableau de la situation actuelle des
c

olonies, situation agricole, financière, commerciale. Ce

tableau ne sera jamais ni complet ni ressemblant; on
peut faire ressemblant le portrait d'un homme, jamais
ce

lui d'une société tout entière. Mais en outre ce tableau

n'importe pas au but spécial que je me propose, qui est
exclusivement de démontrer que l'émancipation des esclaves n'a pas ruiné les colonies. Or, pour cela, il suffit
de prouver d'abord qu'elles ne sont pas ruinées; en secon

d lieu, que les maux dont elles souffrent ont d'autres

causes que l'émancipation.

160

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

A quels documents s'en rapporter?
Se posant les mêmes questions pour les colonies anglaises, M. de Broglie disait excellemment 1 :
« Dans un événement de cette immensité, ce qui est
vrai ici ne l'est pas là : ce qui est vrai à telle époque ne
l'est plus à telle autre; il y a place pour des faits de
toutes les sortes, toutes les opinions y peuvent puiser par
milliers des exemples en leur faveur, selon la pente des
idées de l'observateur; ce qui frappe celui-ci est méconnu par celui-là, et réciproquement. L'impartialité
est dans l'intention de tous, la préoccupation est dans
l'esprit de chacun... Il est un moyen plus court et plus
sûr, c'est de se placer sur un terrain entièrement neutre,
où les bases des calculs soient en quelque sorte désintéressées, les chiffres n'ayant été ni préparés, ni groupes
dans aucun but déterminé.
« En Angleterre comme en France, la métropole est
le marché définitif des colonies; c'est à ce marché qu'aboutissent presque tous les produits du travail colonial;
c'est sur ce marché que les colons viennent s'approvisionner de tous les objets de leur consommation. Avant
d'entrer ou de sortir, les denrées traversent la douane et
sont inscrites jour par jour sur ses registres dans un but
de pure comptabilité fiscale. Les chiffres relevés sur ces
registres, ce sont des témoins indifférents à toutes les
conséquences qu'on en peut tirer, des témoins impartiaux, et auxquels personne ne peut faire la leçon avant
de les interroger. »

1

Page 19.

COLONIES FRANÇAISES.

161

Nous suivrons cette méthode et nous ferons comparaître ces témoins.
Cet interrogatoire est long, aride, inévitablement confus. Car ces témoins ne s'accordent guère entre eux. Les
chiffres des tableaux de la douane, ceux des tableaux de
population , de culture, de commerce et de navigation des
colonies, ceux des relevés trimestriels et des résumés comparatifs, ceux de la statistique de la France ou d'autres
ouvrages spéciaux, ne sont pas exactement les mêmes. Il
en résulte un véritable embarras qu'il ne dépend pas de
nous de surmonter, qu'on peut diminuer du moins en
puisant toujours à la même source. Ce sera de préférence la série des documents contenus dans la collection
dela Revue coloniale.
Commençons par une vue d'ensemble pour descendre
ensuite aux détails. Nous comparerons d'abord le monvement total des importations et des exportations réunies,
avant et après 1848, pour chaque colonie, puis les exportations prises à part.
Après les valeurs nous examinerons les quantités, spécialement les quantités du sucre fabriqué et exporté par
chaque colonie. C'est là le véritable thermomètre du
progrès ou de la décadence de la production.
Nous terminerons par quelques renseignements sur
les

salaires, le prix des terres, le prix de revient.
I. En premier lieu, quel a été le mouvement général

du mouvement colonial avant et depuis 1848?
i
l' on se borne à comparer le mouvement total des
importations et des exportations des colonies en 1847
au
même mouvement en 1848, l'écart paraît énorme :
I.
11

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

162

Martinique.
Guadeloupe.
Guyane.
Réunion. .

41,165,012 fr.
41,759,713
4,501,747
28,267,698

23,366,287 fr.
20,854,020
5,500,720
19,676,882

.

115,694,170 fr.
67,293,809

67,295,800 fr.

Diminution.

48,400,561 fr.

TOTAL.

.

.

.

C'est une diminution de près de moitié, soit 41 pour
100, plus forte encore si l'on calcule seulement la production du sucre, tombée d'une moyenne de 80 à
millions de kilogrammes (1838-1847) à 63 millions en
1848, 57 en 1849, 40 en 1850, soit 50 pour 100.
Mais plusieurs remarques sont nécessaires :
1° L'année 1847 était une année exceptionnelle,supérieure de plus de 5 millions à l'année précédente.
Comparée à 1846, la baisse du mouvement de 1848 est
celle-ci :

1846

Martinique.
Guadeloupe
Guyane. .

57,789,555 fr
54,627,652
4,619,861
55,472,505

Réunion.
Total.
1848

110,509,219
07,295,809

43,215,410 fr.
ou seulement 40 pour 100.
2° Est-ce l'émancipation? est-ce la Révolution qui
causé cette perte si considérable?
En fait, nous l'avons vu, ce n'est pas la liberté qui

COLONIES FRANÇAISES.

163

troublé l'ordre; elle a été le seul moyen de le ramener;
c'est le scrutin qui a fait déserter les ateliers, armé les

partis, ensanglanté les habitations.
En outre, le résultat produit aux colonies l'a été au
même moment, par la même cause, dans la métropole.
Pendant que la production du sucre colonial tombe de
80 millions de kilog. à 40, la production de la denrée
similaire, le sucre de betterave, tombe de 60 millions
de kilog. en 1847 à 56 en 1848, à 44 en 1849; soit de
27 pour 100, ou près d'un tiers.
La perte totale du commerce extérieur de la France

à la même époque n'est pas évaluée à moins de 600
millions, soit un quart 1.
Pour Paris seulement, on a calculé que la Révolution
de février avait diminué de 54 à 75, et même à 85
pour 100, selon les professions, le chiffre des affaires et
laquantité du travail 2.
Enfin, en étudiant de près les tableaux des douanes,
COMMERCE

1847
1848

GÉNÉRAL.

2,613,500,000 fr.
2,014,900,000
COMMERCE SPÉCIAL.

1847
1848

1,867,000,000
1,390,600,000

fr.

(Tableau décennal publié par l' Administration des douanes en
1858.)

Mais ces chiffres, relevés dès 1850, dépassent, à partir de 1852, tous
e x
c u qui ont précédé; et ce magnifique commerce, porté de 1,500 millions
- milliards, de 1827 à 1847, atteint 5 milliards en 1857, et a ainsi grandi
e
près de 60 pour 100 en trente ans.
Statistique de l'industrie parisienne, publiée en 1851, p. 41, 42.
chiffre des exportations à la Douane de Paris, qui était, en 1847,

e

Beugnot.161. le prix s'est élevé en 1850 à 87fr. 1 Résumés comparatifs insérés dans la Revue coloniale. 153. dans ces premières années en quantité. 149/288. 1849. on voit que l'importation des pays étrangers aux colonies a moins diminué en 1848 et 1849 que l'importation venant de France.. 130 à 135 les 100 kilog.285.97!) fr. elles cessent moins d'aeheter que la métropole de vendre. de 40 pour cent. p. au Havre. 115 à 120 fr. A la Guadeloupe.Rapport de M. 19. soit 19 francs de hausse. 100. droits non acquittés. la moyenne du prix du sucre colonial à l'entrepôt du Havre était de G8 fr. 40 c. sur les colonies. si même elle n'a pas augmenté. Annexe n° 8. . baissant ainsi de Soit.p. augmentation. .187 fr. 50 cent.208 fr. à 168. Document fourni au Conseil gé néral de l'agriculture. Dans la période décennale 1837-1847. à l'ac quitté : (1839. environ 1/8. Ainsi la crise de la métropole pèse avant tout. 12 pour 100 seulement contre 55 pour 100 1.164 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.572. Si la perle des colons est donc. 55. 1851. aux premiers jours de l'émancipation. elle n'est réellement er valeur que de 18 pour 100. 1850. en 1848. ou 22 pour 100 2. 5° Si les quantités produites ont baissé. diminution de 18 pour 100 seulement tandis que les entrées de France baissent de 25 pour 100. les prix ont haussé de manière à diminuer la perte des colons. Prix courant. à la Réunion. ou moins d'un cinquième de est tombé. 1851. à la Guyane.

•850. . recommence.1849. la hausse des prix relève la production. Quoi qu'il en soit. 4° Il est vrai que la perte ne s'arrête pas. ne furent pas seulement des années où la politique bouleversa le travail. de plus. Ne l'oublions pas et ne confondons pas ces deux crises avec la crise de la liberté. un dégrèvement insignifiant ne sera accordé qu'en 1852. remarquons-le aussi. . la crise commerciale. . à 1850.405 Vo " yez les tableaux Λ el Β. à mesure que les suites de la Révolution s'effacent. 45. née bien avant 1848. 27. dès avant le dégrèvement.622 kilog. La crise politique finie. à la Martiet même à la Guyane.COLONIES FRANÇAISES. pour les colonies anglaises. la Guadeloupe seule n'a pas encore retrouvé l'équilibre.725. mais. La présence. les progrès. dès cette année. les chétives récoltes de ces années étaient encore en partie le produit du travail servile : c'est en 1851 et 1852 seulement qu'on peut juger des résultats dus au travail libre. 1850. ceux de 1846. . tandis que. nique Voici les résultats comparés des cinq ans qui ont pré1849.941. . pour le sucre indigène. de ces deux rivaux va peser. Appendice. les chiffres du mouvement tota l du commerce (importations et exportations2 à la Réunion ont dépassé les chiffres de 1847. elle a atteint un quart. pour le sucre colonial. malgré la surtaxe de 22 francs1. . 1848. Or. sur la production des colonies. 165 tandis que. à 64 millions de kilog. et permet aussi à de fortes parties de sucre étranger de s'introduire.

166 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.904. .376 Réunion 72. alors l'avantage est tout entier du côté de la liberté : MOYENNE QUINQUENNALE (1853-1857).226.799 4. Appendice) le tableau de la douane française.676.576 fr. cédé l'émancipation et des cinq ans qui l'ont suivie ΜΟYENNE QUINQUENNALE.074. 1848-1852. Moyenne (1843-1847). . . 104. 115. Martinique 51. 171.862 fr.274. 59.649 Guyane. Martinique. à la Martinique de plus d'un tiers.672 115.912 28.081.228.427. la Guadeloupe. 59. les chillies sont dépassés. Différence. 1843-1847. Pour la Réu- . . à la Réunion de plus du double 1. elle porte presque tout entière sur une seule colonie. .648 54.546. avec la période 1853-1857.705 TOTAL. cinq ans après l'émancipation. dix ans après l'augmentation est de 56 millions. . 4. la diminution n'est que de 11 millions .124. . dans les quatre colonies. .954.671 Guyane 7. 55.959 fr. . où les chiffres sont encore bien plus significatifs.609. Ainsi. 56. . . .701 fr. .609. .734.286 fr.555. 36.505 fr.839 fr. 1 Nous joignons aussi (tableau C.524.708.461. Guadeloupe.460 Réunion. . si l'on compare la période 18431847. . Si l'on va plus loin. Guadeloupe 59.505 fr. . 11.862 Augmentation.

en 1857.330 francs. de 25. car la variation ne suit pas dans toutes la même marche. pages 58-60).) vue co onia e. (Re l l 1858. et elles reçoivent plus qu'elles ne produisent.130 fr. On remarque que presque toute l'augmentation porte sur les importations.654 1. Or le tableau général des douanes.577. 14. en d'autres termes.158.830.COLONIES FRANÇAISES.584. A la Guadeloupe. A la Martinique.765 IV. à 99. double perle. mais dont le chiffre des exportations a tellediminué qu'on peut dire qu'elle cesse de figurer nion ils se sont élevés.225 12. 898. d'autre part audessous du chiffre des importations. 712. savoir : 1831-1846. les colonies produisent moins qu'elles ne produisaient.394 fr. au lieu de présenter réunis les chiffres qui les expriment.575.027. mais que le chiffre des exportations reste constamment d'une part au-dessous des chiffres antérieurs à l'émancipation. 18. . Voici la réponse à ces objections : Il y a une colonie dont le mouvement commercial total a augmenté. Distinguons maintenant les importations des exportations. il 1847-1856.370 A la Guyane. en 1848. n'y a que la Réunion où la moyenne s'élève de 18.606 861.711.685.051 fr. 11 convient de distinguer. 167 Il. p. les colonies les unes des autres. 15. en outre.281 francs à 21. . constate que la moyenne décennale 18371846 des exportations est supérieure à la moyenne dé» cennale 1847-1856.

elle a reçu 4.000 (1859). Quant à la Martinique et à la Guadeloupe.000 (1860). faisant autant d'affaires. qu'avant le jour où. consommant.062 . dans les colonies qui approvisionnent la métropole. savoir : Martinique (1826-1857) — 16. .272 4. mais aussi a 1826-1837.685 — (1856-1847) 18.171 fr. presque tout ce qu'elle produit. on ne nie pas que tous les chiffres antérieurs. . elle est devenue une colonie pénitentiaire. qui comprend les années désas1 Importations. . .575. .622. 7.501.628 1. ne soient largement dépassés. employant à peu près autant d'ouvriers. en outre.789 961. après tout. dont l'exportation a été d'ailleurs plusieurs fois défendue. par suite de la loi du 50 mai 1854. 1847. mais. Déjà très-peu productrice.594 Guadeloupe ( 1826-1857) 20.382. Exportations.168 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.420. sauf ses bois. Pour la Réunion. 1857. abandonnant ou reprenant la culture de la canne. 2. c'est la Guyane1. non-seulement à 1836-1847.015. selon la baisse ou la hausse du prix du sucre. notamment les bestiaux.919 6. (1856-1847) 15. . car la moyenne décennale des exportations 1836-1847 était déjà audessous de la moyenne 1826-1837.000 condamnés.451. puis 5.158.747 7.878. produisant plus de rocou que de sucre.225 Il n'est pas juste. on oublie que la décadence était antérieure à 1848. Est-ce à dire qu'elle soitanéantie? Non. de prendre en bloc la moyenne 1847-1856. 6. elle a changé de caractère.000 (1858).

1851. Or ce niveau a été atteint à la Réunion après cinq ans. Martinique. Les données en sont trop incomplètes. 1° « La balance du commerce n'est pour les petits comme pour les grands Étals.532 I'. 1849.873. 1852. il n'est pas exact que le chiffre des exportations soit. puis doublé après huit ans. sont bien plus élevé s encore. demeuré inférieur à ce qu'il était avant. Guadeloupe.425. .323.) .921 f. .212.602 f.507 1817. elles sont en de ruine. 8. 169 (reuses 1848. Ce qu'il faut faire.107. 1850. quoique diminué depuis.669 1857. . triplé après dix ans.893 1859 58. 23.277 Ainsi donc. l'une générale. 18.070 1854 28. c'est de constater par les chiffres des dernières années de la période à quelle époque le niveau entre les années qui précèdent l'émancipation et celles qui la suivent a été rétabli.095 1857. (Appendice.881. 1848.620. l'autre spéciale. . puis dépassé d'un tiers après neuf.554 1817.COLONIES FRANÇAISES. tableau C.959. . 9. depuis l'émancipation. à la Martinique atteint après sept ans. EXPORTATIONS 1847.420. Mais on remarque avec raison qu'il reste constamment inférieur à celui des importations. 1848. 20. les Pays 1 Tous les chiffres donnés par le Tableau des douanes. Réunion. 9. qu'un document à c onsulter. 18. . On en conclut que la balance étant au détriment des colonies. 1848.319.052 -1854. à la Guadeloupe atteint après dix ans.636. 13.539 1. Il y a deux réponses à faire. 12.830. 24.

le comte de Cha- zclles. et il y a longtemps que la science ne s'en rapporte plus à la théorie. ce n'est pas un argument infaillible. Un pays qui exporte beaucoup semble très-riche. elle tient compte de ce qui entre et de ce qui sort. elle achète peu. de la nature. Pendant que les importations tombent à 1 milliard 545 millions en 1847. C'est un renseignement utile. Qu'est-ce à dire? La France est-elle plus riche en 1849 qu'en 1847? Nullement. sont soumises à trop de variations. l'équilibre entre les importations et les exportations n'est atteint qu'en 1856. vide ses approvisionnements et ne les refait pas. Il ne l'est pas. du but des dépenses et des recettes. On a une preuve très-sensible de cette assertion dans l'examen du commerce total de la France après 1848. autrefois populaire. elle ne dit rien de l'origine. et sans s'arrêter. Elle fonde en effei des affirmations sur des valeurs variables. pour qu'elles puissent être produites en preuve de la pauvreté ou de la richesse des sociétés1. au-dessus du chiffre de 1847. à 862 millions en 1848. pour ne se relever qu'en 1852 au-dessus du chiffre de 1 847: au contraire. s'il fait argent de tout pour payer des dettes. .170 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. non de ce qui se consomme sur place. par M. non de ce qui est une source de puissance sans se traduire par des chiffres. les exportations ne baissent qu'en 1848. et dès 1840 elles s'élèvent. elle vend tout ce qu 'elle peut. valeurs qui l'établissent ont trop d'incertitude. 1 La Question commerciale à la Guadeloupe. de la balance du commerce. » Ces observations d'un colon expérimenté sont parfaitement justes.

des engrais. 171 En sens contraire. émigrent presque toutes. est la formule universellement acceptée : Les produits ne s'échangent qu'avec des pro- duits. si fréquentes et si pénibles aux colonies. . fort utiles pour abaisser le taux de l'intérêt et prêter à l'agriculture. les uns dans l'établissement des banques. Les raisonnements fondés sur la balance du commerce sont donc fragiles. il ne l'est pas s'il importe des machines. des ouvriers qui augmenteront son capital. 1858. avant tout. il fallut remonter jusqu'en 18 28 pour rencontrer le même phénomène 1. L'excès continuel des importations sur les exportations est l'état normal au sein des petites sociétés qui ne produisent que certaines denrées spéciales et reçoivent du dehors tout le reste. quoique soumise à de nombreuses exceptions. c'est qu'on paye. 682. Si on achète. un pays qui importe plus qu'il n'exporte semble pauvre. p. mais qu'on accuse d'avoir rem- Revue coloniale. Plus j. lorsqu'on le chiffre des exportations de la Martinique dépassa celui des importations. si on paye. La même cause est l'explication principale des ernes monétaires. la situation spéciale des colonies.COLONIES FRANÇAISES. et et dont on se plaint depuis quelques années surtout. ou s'il a assez de richesse pour consommer beaucoup. 2° Mais on oublie. c'est qu'on a produit. une fois faites. Cela est si vrai que. et où les fortunes.usle. Des écrivains bien informés voient l'origine de la der nière crise monétaire. un riche importe chez lui plus qu'il n'exporte.

c'est qu'il se fait entre les colons et la métropole des échanges en nature plutôt que des ventes. 18. etc. les autres.. de Chazelles. etc. comme l'excédant des importations sur les exportations. disait. une fois faites aux colonies. Lepellctier de Saint-Remy. . àe Crisenoy. Mais la cause originelle. placé la monnaie dans la circulation locale par un papier qu'on ne peut exporter et dont on est arrivé à ne pouvoir plus exiger le remboursement. Ne produisant pas en quantité suffisante les aliments de leur population. empresses d'aller en jouir en France. On peut dire qu'elles sont presque l'état normal. 1800.Procès-verbaux. devant la commission de 1848. Jules Duval dans le Journal des Économistes.. . 1859. les bois de construction. elles payent encore un solde aux contrées voisines. Basiège. émigrent avec leurs possesseurs. M. les aigles et dollars américains 1. Courcelle Seneuil. et les articles de MM. l'importation excédant l'exportation. Qu'on se rappelle le chiffre des dettes envers les ports. Reiset2.172 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. les bêtes de somme. p. Mais cet excédant est-il donc une preuve d'appauvris1 Voyez les écrits de MM. sans pouvoir payer en sucre. voilà bien des causes qui s'ajoutent à la nécessité de payer en espèces les salaires pour expliquer la fréquence des crises monétaires. « L'argent envoyé de France aux Antilles pour prix du sucre. l'habitude de spéculer sur les changes. — Voyez aussi l'Avenir de la Guadeloupe 29 novembre 1859. ne fait qu'y passer au profit de Porto-Rico et de l'Amérique. les doublons et piastres espagnols. » Ajoutez que les fortunes. les colonies ont à payer un solde en espèces. dans les mesures prises pour exclure le numéraire étranger. d'où nos colons tirent les bestiaux.

Ces explications me semblent démontrer suffisamment que l'excès des importations sur les exportations n'est pas une preuve de misère. parce que le bien-être des anciens esclaves a augmenté. et les matières exportables employées en partie à autre chose que l'exportation? Il en est ainsi en effet. l'importation a marché plus vite que l'exportation. et pour payer il faut avoir. Est-ce qu'il y aurait dans les colonies des capitaux dans d'autres mains que celles des exportateurs? est-ce que les importations seraient en partie destinées à d'autres qu'eux.COLONIES FRANÇAISES. la classe qui faisait de gros profits a diminué. Si la grande culture a souffert. Mais quoiqu'il en soit d'arguments fondés. les industries des villes ont été recrutées. j'en conviens. 173 sèment? Oui. Comment s'en assurer? Au taux de l'intérêt. la classe qui n'e taisait aucun en a fait de petits. il est du moins incontestable : 1° Que cette balance était déjà l'état normal des colonies avant l'émancipation. Si les ateliers des champs ont été désertés. Or il est notoire que le taux de l'intérêt est aujourd'hui beaucoup plus bas qu'avant l'émancipation. Encore une fois. sur des inductions plutôt que sur des certitudes. et par suite du bien-être. 2° Que la valeur des exportations a augmenté depuis . ce qu'on importe on le paye. si Ton s'endette. parce que la consommation a augmenté. la petite culture a augmenté. pour avoir il faut produire ou avoir produit. mais plutôt une preuve de l'augmentation de la consommation locale. à défaut de renseignements suffisants.

kil.682.701.. deChazelles. non dans leurs valeurs.276 1856. mais dans leurs quantités. En sorte que dès 1854 le chiffre moyen de la production 1 M. On convient d'ailleurs que « les exportations constatées par la douane.174 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.177 1 12.. III. 3 Revue Coloniale. avril et octobre 1860..946.. ne sont. indiquons les quantités de sucre. qu'elles n'atteignaient pas 55 millions en 1847.... Les tableaux comparés des quantités de sucre apporté à la France par ses colonies présentent les résultats sui- vants : Moyenne quinquennale — (1843-1847) 2 (1848-1853). cette époque. 2 Comprenant des années exceptionnelles. susceptibles d'aucune contestation 1.961. les valeurs. 58.781 1858 1859 116. 82. 99 millions de kilogrammes.747. et puisqu'on prétend que la perte a pesé surtout sur le principal produit colonial.158 3 kil. Mais 1833 atteint déjà 1854 s'élève à 65.245.027 1857 84.428 1855 90.. 80. 1847.850 La diminution est de plus d'un quart. consultons les quantités. comme 1845. le sucre.211.570.800 . et qu'elles dépassent 82 millions en 1857. .531.080kil. 102 millions * kilogrammes. tandisqn'aucune des nées de 1825 à 1844 n'avait atteint au delà d'un maximum de 89 millions réalisé deux fois seulement en vingt ans. » Laissons donc. 93. même écrit. .

825kil 15. .247. .515.807 kil.170 1847.649 11. Mais.003.545 7. .144 (Tableau décennal des douanes 1847-1856.976 23.200 {Iter.912 32. . col. 1848.142 19. après dix ans. . 1854.875 12.359. .148.036. . 64.007. MB.689 kil. . GUADELOUPE 29.884 377 15.075 10. même pour le sucre. .279.545.544. p.904 11.845 34. les chiffres très-élevés de 1847 ont été dépassés aux Antilles aussi bien qu'à la Réunion.119 19.406 13. soit le Tableau officiel des douanes.555 14.180.530 15*981.955 13. .173 kil. BRUT IMPORTÉ EN FRANCE REUNION MARTINIQUE 17.946.034. . publié par le ministère des finances. p.526 25.117.690.554.510 11.067 57. disent les planteurs. .838.905 27. . 1858.679.225. .649.224. si e revenu net est diminué par l'augmentation des sa- lair es et par la diminution des prix de vente.491. que nos terres preduisent autant.808.717. 50. savoir : SUCRE RÉUNION 1847 . .983 8.224 51. 58-68. Il est vrai que le progrès s'accomplit plus ou moins lentement pour chaque colonie . 1853.006. .865 11.COLONIES FRANÇAISES.675 12.180.842 28.440 14.542 19. . 1856. si leur valeur vénale est abaissée.675. de décembre 1860.318. 38.807. 175 antérieure à 1848 est dépassé.1858.829. 38. . 1857. . 1856. 1849 1850. .000. comme le prouvent soit les Tableaux de commerce publiés par le ministère de la marine et des colonies. .624.390. .978.666 13.556 8. . 1852 . . .522. 945.251.032 18. .191.079 11. — Tableau annuel 1857. .577 12.594 10. . FABRIQUÉ : MARTINIQUE 24.650 1847 .419. . . .645. 1851.) Qu'importe.736 12. .) SUCRE 1847. (854 1855.063. . .585 : GUADELOUPE 24.

926. bestiauxOr la notice do 1858 estime pour 1855 le même capital à 574. la Guyane et la Martinique. c'était dans chaque colonie 70 ou 80.176 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.500 francs par tête.641 francs le capital engage dans les colonies. sept ans seulement après la Révolution et l'émancipation? En I s on estimait à 796.173. il restait 522. et se rapportant. ou vendait peu. et on s'endettait sans crainte d'expropriation. soit environ 1.000 acquéreurs ou vendeurs de moins. les transactions ne sont pas assez nombreuses pour qu'il y ait un prix courant bien établi sur les terres. Le prix d'une habitation dépendait plus du prix des noirs et du revenu industriel que de la terre elle-même: il y en avait toujours plus qu'on n'en cultivait. à 1835.403.405. les deux Notices imprimées en 1840 el en 1858. Ce serait une différence de 147. soit environ un quart. Les nègres ne pouvant pas posséder. Avant 1848. la seconde à 1855. avant l'émancipation. Cette différence porterait tout entière sur la Guadeloupe. Comment comparer avec des éléments si divers? Est-il possible de prendre pour certains les chiffres énoncés dans les deux publications officielles du ministère des colonies.180 francs. prix variable selon les situations. car à la Réunionle capital engagé est estimé au-dessus de ce qu'il valait j compris les esclaves. habitations.150 francs. Aux Antilles.304. la première. Il est fort difficile d'obtenir sur ces points des documents précis. année de grande prospérité. matériel.099. .591 francs pour le capital des terres. mais en déduisant la valeur des esclaves estimés à 274.

416 Guyane 13. 12. . avec un capital de 5 millions.COLONIES FRANÇAISES. on ne le nie pas.945.622 francs d'effets. .000 francs. Martinique. les prêts sur récolte ont apporté à la propriété un notable soulagement 2.962. et par conséquent le capital engagé fort ac1 185a.612 francs. Le nombre des travailleurs a très-peu diminué.118 francs en 1854-1855.970 51.500. avec un capital de 5 millions. à 21. Les prêts sur récolte ont atteint 1.094 1:9.660 7. la Banque a escompté pour 1. .) Ala Guyane.861. Les prêts sur récolte.— 1835.) A la Réunion. Le chiffre des têtes de bestiaux est sensiblement le même.000 francs. a 4 pour 100. I. Les banques sont florissantes.27 pour 100.291 71.347 francs en 1853-1854. .) A la Martinique.57 pour 100. » Elle a réalisé un bénéfice net de.694 francs. ont atteint 2. et distribué un dividende de 8. L'intérêt de l'argent. dès 18531854. agent central des Banques coloniales. la Banque. elle n'a pas prêté sur récolte. « parce que es l grands propriétaires n'ont pas besoin de crédit.000 francs.059 181. quoi qu'on en dise 1. a vu ses opérations s'élever. (Rapport du 28 juillet 1859.512 francs.81 pour 100. L'outillage a été amélioré. 48. prêté sur récolte 1. et ses opérations. a baissé. (Rapport du 19 juillet 1859. sont restées au même chiffre pour 1858-1859.896. a escompté pour 27 millions de valeurs. dans l'exercice 1858-1859.897 francs.212 francs en 1858-1859.832. (Rapport du 20 juillet 1859.727 Réunion 56. de 7. Lepelletier de Saint-Remy.) Je dois ces renseignements à l'obligeance de M.556 Guadeloupe. 177 Mais est-il possible d'admettre les chiffres donnés par les Notices officielles? ne se réfutent-elles pas ellesmêmes? Car elles nous apprennent que le nombre des habitations est plus grand. 16. la Banque. Rapport du 24 juillet 1859. . 56.354. . Le dividende a été 9.758 TRAVAILLEURS. — ESCLAVES. montées à 19.602. a prêté. au lieu de 154. la Banque. Le bénéfice net est de 14 pour 100. 55.176. 12 . et que les autres n'offren t pas assez de garanties. avec un capital de 500.015 2 -V la Guadeloupe. et tendaient à dépasser 2.

Est-ce que le salaire a beaucoup augmenté? Il en a été ainsi dans la plupart des colonies anglaises 1 Rapport du directeur de l'intérieur de la Martinique: . accrues dans une proportion (fui dépassait la plus-value acquise. 3 M. les prix de vente ont progressé notablement2. réhabilitée par l'émancipation.000 francs en 1854. Si l'on suit les ventes dans les journaux des Colonies. non-seulement à la Réunion. pour 151. Enfin et surtout la propriété est consolidée. la propriété a été liquidée par l'indemnité. rendue illusoire par l'impossibilité de la réaliser 3. 1859. régularisée par l'expropriation.M. accablée de dettes. tant que l'abolition de l'esclavage pesait comme une menace. 11 n'est donc pas téméraire d'affirmer que la situation de la propriété et sa valeur vénale ou locative sont améliorées depuis l'émancipation. 157. on constate qu'elles se louent plus cher qu'avant 1848. Lepelletier de Saint.000 francs en 1858. toujours suspecte et fragile. mais aux Antilles. on voit que depuis quelques années. L'établissement d'usines centrales a augmenté les profits en diminuant les frais. la dette hypothécaire et la dette commerciale s'étaient.178 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Si d'ailleurs le capital représenté par la propriété agricole s'était augment)'. . elle doit attirer davantage les capitaux. de Chazelles. note. Si l'on consulte la situation des habitations domaniales. cite la Guadeloupe une habitation adjugée pour 29. le double pour quelques-unes 1. Plus sûre et plus honnête. aux Antilles. cru.Remy. les Colonies françaises.

179 et ce résultat semblait inévitable. Or. Mestro en 1848. on peut s'en tenir à une moyenne de 200 à 250 francs. 151.) 3 Comptes joints au rapport de M. (somme le disait très-bien M. Revue coloniale. . ils coûtaient environ 400 francs par tête et par an *. 1847. de Broglie. et celle-ci n'est elle-même qu'une question de crédit 1. de 1 franc. 258.000 francs. Continuons à mettre de côté la Réunion. Ainsi la pui ssance du travail libre se multipliant par lui-même. Or.50 à 0. (Lepelle tier Saint -Remy. enfants et vieillards 3. Nos colonies françaises en ont été cependant remarquablement affranchies. t. ont atteint 800 francs et 1. qui se traitaient au début su r le pied de 300 francs. soit qu'il prît le samedi. le planteur s'est . trouvé assez riche pour payer un louage de cinq ans une somme bien supé- rieure à celle qu'il avait reçue de l'État pour la propriété d'un esclave.COLONIES FRANÇAISES. Si l'on regarde ces deux calculs comme extrêmes.60 centimes par jour pour la nourriture (soit qu'il reçût l'ordinaire. 2 A la Réunion. p. le travail des noirs c'est surtout une question de rémunération. 45. p. non compris le logement. 259. 4 Ar ticle de M. après les lois qui améliorèrent le sort des esclaves. soit pour les secours de maladie et les frais d'entretien des femmes. non com- 1 Commission de 1848. où l'immigration se fait sans l'intervention financière du gouvernement. on remplacement de l'ordinaire) pour le vêtement. les cessions de contrat d'immigrant. Aux Antilles. D'après un autre calcul fait en 1847. 94. 25. à la Guadeloupe. p. Garnier. on calculait en 1842 qu'un esclave coûtait en moyenne de 0. p. XII. où la hausse du salaire a dû suivre les progrès énormes de la production 2. le salaire moyen des cultivateurs est à la Martini que de 1 fr.

69 f.. 2 Broglie. et 500 ou 375 francs sans ces charges. .. . pris la case et le jardin l. En outre. plus la nourriture. par quelque chemin qu'on prenne.. On rencontre toujours le même résultat. Voyez le tableau n° 5. on évaluait leur nombre à plus du quart de la population d'une habitation. 59 De 1849 à 1854 à. 1 Lepelletier Saint-Remy. . En effet. p. l'habitant a l'avantage d'un crédit plus facile et d'un prix de vente plus élevé. la moyenne du prix réel de revient à l'entrepôt 3 de 100 kilog. 10 De 1854 à 1859 à. L'émigrant coûte 12 fr. 77 58 En résumé. tandis que l'esclave coûtait le même prix tous les jours de l'année. 259. 25 De 1845 à 1849 à. Or. 50 par mois.. la charge des vieillards et des enfants ne retombe plus sur le propriétaire. 41. 500 au plus2. En résumé. 75 Il s'est élevé : . Or. . 64 f. soit de 60 à 80 cent.180 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. de sucre était : De 1840 à 1844 à. on voit que l'écart n'est pas énorme. par jour. pour ajouter à son fonds de roulement la somme nécessaire à l'augmentention du salaire. . l'ouvrier libre coûte à peu près le même prix aux Antilles que coûtait l'ouvrier esclave. Entre 250 à 500 francs avec ces charges. Mais il n'y a que 250 jours de travail environ. 1859. grâce au dégrèvement de l'impôt et à l'augmentation de la consommation.

022 navires de toute provenance et de toute destination.929 tonneaux. est plus élevée qu'avant 1848. La quantité du sucre. importations et exportations réunies. importante à la Martinique. Réunion. puis dépassé. En 1847. même avant le dégrèvement opéré par la loi de 1860. p. le prix de vente a haussé. juillet 1860. La somme des exportations.342 389 2. L'augmentation est peu considérable à la Guadeloupe.218 215 729 2.542 navires jaugeant 595. Guadeloupe.355. les colonies occupaient 2.487 hommes d'équipage. . presque exclusif des colonies. Martinique. Guyane. Le crédit est plus facile.180 1. . et montés par 37. extraordinaire à la Réunion. sauf à la Guyane. . 135. longtemps inférieure à la moyenne qui a précédé 1848. est remonté au-dessus des chiffres antérieurs à 1848. les colonies ont employé 3.170 francs. . transformée en colonie pénitentiaire. Qu'on cesse donc de répéter que les colonies ne tra1 Revue coloniale. En 1859. En 1857.488 navires à un mouvement total de 166. l'a atteint.694. le mouvement général des affaires.692 francs. 181 Dans les quatre colonies à esclaves. à un mouvement total de 172. 1847 1857 1859 673 navires 817 113 711 956 98 723 1. . et par conséquent la production. à un mouvement total de 115.488 3.057. .COLONIES FRANÇAISES. les colonies françaises occupaient 2. le salaire est à peine plus élevé. produit principal. 6 14 francs 1.022 .

à notre point de vue spécial. Mais ce chapitre établit déjà. malades imaginaires. le mouvement du commerce plus florissant. la production aussi abondante. si compliquée. ne se soutiennent pas. après avoir dépassé ceux de 1847.182 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. si débattue. mérite un examen à part. . vaillent plus. se plaignent sans raison? Nullement. les chiffres. qu'elles ne produisent plus depuis l'abolition de l'esclavage. et nous allons continuer à le prouver. et que cette grande mesure n'a pas exagéré le salaire. La situation de la propriété coloniale n'est pas encore digne d'envie. n'a pas longtemps diminué la production. Est-ce à dire que leur situation soit prospère et que les colonies. Est-ce la faute de l'abolition de l'esclavage? Cette question des sucres. qui sera l'objet du chapitre suivant. la propriété est plus solide et plus liquide. que cette situation n'est pas le résultat seulement de l'abolition de l'esclavage. Pourquoi la culture de la canne et la fabrication du sucre sont-elles toujours en souffrance? A la Guadeloupe notamment.

intérêt de puissance. KolbBernard. Mais depuis que l'homme. Rossi. Du mon. Gauthier de Rumilly. a extrait ce produit de la canne où le Créateur déposé en si grande abondance. Charles Dupin. l' a i l ne peut plus s'en passer. Benoist d'Azy. Dumas. Beugnot. Bugeaud. le sucre n'est pas même un besoin. etc. de refuge à son pavillon . Béhic. discours de MM. d'Argout. ce n'est qu'un agrément. exposés. Chégaray. Lavollée. Pour l'homme. parce qu'elles servent. en temps de guerre. par son industrie. La production et l'échange du sucre sont devenus l'origine d'une masse incroyable de travail. et d'une diversité infinie d'intérêts. puis de la betterave. Ancel. en temps de paix de point Consulter les rapports. de politique et aussi de morale.CHAPITRE XI QUESTION DES SUCRES. Human n. Buffet. J'essayerai d'en rappeler la nomenclature : 1° L'intérêt de la France à posséder des colonies. L'histoire d'un morceau de sucre est toute une leçon d'économie politique. de Saint-Cricq. .

distilleries.184 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. emmagasinent. la seule commune de la Villette. entrepose.) . liquoreries.2. car le sucre compte pour 68 millions dans les 72 millions qu'elles exportent. annexée à Paris par la loi du 24 juin 1859 . réexporte. confiseries.000 hectares sur 151. 1850.000 habitants sur 575.000 hectares de terres cultivées 1. 2° L'intérêt des colonies à jouir par privilége du commerce de la France. de houille. etc. parce que l'impôt sur les produits coloniaux est une des ressources les plus productives du Trésor public. de la nôtre. qui exportent. et 100 distilleries employant 1. 2 A Paris seulement. et dans les villes où le commerce importe. puisque le chiffre de cet impôt a atteint en 1858 99 millions. le sucre.000 marins. commissionnent. 1 Rapport de M. pépinière de la marine de l'État : la houille est le principal transport de la marine anglaise . intérêt de richesse. et à fournir la métropole d'un produit qui est leur principale richesse. Nos colonies a sucre emploient 7 à 800 de nos plus beaux navires et environ 14.. le coton.000. drogueries. dans les ports qui construisent. de la marine américaine . arment. (Observations du Conseil municipal de la Villette. Béhic au conseil d'État.000. il emploie 68. de la marine suédoise. etc.000 ouvriers et faisant pour 10. d'appui à son influence. 5° L'intérêt de la marine marchande. contenait alors 7 raffineries consommant par an 30 millions de kilog. élite de l' inscription maritime. 5° L'intérêt d'une foule d'industries secondaires dont la base est le sucre. 4° L'intérêt du commerce dans les colonies. détaille. les raffineries. le bois. il occupe 250. dans l'enquête de 1859. débite.000 d'affaires.

utilise les résidus. cloutiers. Le nombre est immense des ouvriers employés directement ou indiretcement au service d'un morceau de sucre. la fécule.. voiliers. qui perfectionne sans cesse les procédés de fabrication. la betterave contient 80 pour 100 eau. et si Ton . menuisiers. de cuire dans le vide. depuis le porteur qui le décharge jusqu'à la cuisinière qui le râpe. Un navire ne part pas sans avoir donné du travail et des salaires à 6 ou 700 ouvriers charpentiers. tonneliers. on extrait 5 à 6 pour 100. forgerons.J. améliore les appareils. Dumas. peintres. etc.'.. Travaux de MM. 10 pour 100 pulpe. ferblantiers. on n'en extrait encore qu 5 à 6 pour 100 . qui constatent l'analogie e chimique du sucre avec le vin. le beurre. 10 pour 100 sucre. cordiers. invente les moyens de séparer les matières cristallisantes des matières incristallisables. accroît la quantité extraite l. etc. en 1810. serruriers. démontre de plus en plus la salubrité du sucre et du café par des analyses qui en révèlent les éléments 2. calfats.COLONIES FRANÇAISES. 185 6° L'intérêt de la science. Il résulte d'un tableau joint au tableau décennal des douanes. va 9° Enfin l'intérêt des consommateurs3 dont la demande croissant. 1858. ' que le sucre a pris une part à peine croyable au progrès de la consommation et du revenu public depuis un demi-siècle. 8° L'intérêt des ouvriers nombreux qu'elles occupent. Payen. La canne contient 15 à 20 pour 100 de sucre. de dessécher par les turbines. ' ? L'intérêt des capitaux immenses engagés dans toutes ces opérations. puisque la France se contentait. depuis le nègre qui plante la canne jusqu'au garçon épicier qui vend le pain. Si Ton additionne les ' quantités que la France a fabriquées avec celles qu'elle a reçues.

799 » ' La consommation a donc plus que triplé en trente ans. il reste le chiffre exact des qu'elle a consommées.. Ainsi pas de nation sans marine et sans commerce pas de marine et de commerce sans colonies. à contempler ces belles lois. l'esclavage et la traite.000. .128.051. de 4 millions. à propos de ce petit objet du travail buain. relégué sous un coin brûlant du ciel. On se laisse aller volontiers.000. si bien exposées par les maîtres de la philosophie morale et de l'économie politique. l'union nécessaire de l'intelligence.280. de tous les membres la famille des hommes. mais un prix plus bas.000 kilos demandant toujours une quantité plus grande. . de façon à faire descendre jusque dans les classes pauvres l'usage d'un produit salutaire. pas de coen déduit celles qu'elle a exportées. en 1816.186 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. . la division féconde du travail. Cette liste est l'incomplet tableau des effets produits ici-bas. quantités Ces quantités étaient de . 542. même commerciale.99!) » 1837. de 24. » 1.000 kilog.640 » 1. parce qu'il a plu au divin Créateur de cacher dans un obscur végétal. Oui! on admirerait sans réserve. la gratuité des dons de Dieu. si tant d'intérêts n'avaient pas pendant trois siècles reposé sur deux conditions regardées comme nécessaires.. 1847 1856 . toutes les choses créées en vue d'une jouissance rendue légitime par un effort. et qu'elle consomme maintenant au delà de 120. la solidarité étroite de tous les intérêts d'un bout à l'autre de la planète. du capital et du travail.317 quintaux métriques en 1827. un jus savoureux qui plaît à nos lèvres. elles s'élevaient dix ans après à 1. la fraternité. .

auquel on ne pensait PASEN 1820. — La question des Sucres avant l'émancipation. § Ier.000 kilog. 187 lonies sans culture. qui produisait déjà 10.000. se fasse. si elle était déjà critique avant 1848.000 kilog. et dépasSAIT 60. Est-il vrai du moins que la production spéciale du sucre.COLONIES FRANÇAISES. en 1847. Non.000. approchait de 50. d'après la loi. en 1830. Examinons séparément histoire de ces deux périodes. la plus importante de beaucoup aux colonies. La traite a été condamnée. c'est. pendant trois siècles. la concurrence du sucre de betterave. est-ce que la production et le commerce sont anéantis? Nous avons démontré le contraire. vrai nœud de la question. est-ce que les colonies ont péri? L'esclavage a été aboli. si elle n'a commencé qu'après 1848.000.000 en 1840. précisément dans l'année où les deux sucres arrivaient. . six mois avant la ré- volution de Février. depuis l'abolition de l'esclavage. pas de culture sans esclaves. pas d'esclaves sans traite : voilà la série odieuse de raisonnements passés à l'état d'axiomes politiques et substitués. à ces belles harmonies trop idéales. on le sait bien. à des condit ions ruineuses? Est-ce l'émancipation qu'il faut rendre responsable de celte situation? Oui. à l'égalité d'impôt (1er août 1847).

Conseil général du commerce. et le droit sur les sucres étrangers de 36 fr. Rossi 1. nos colonies étant perdues ou ruinées et privées de vendre à la métropole. et l'obstacle servit au progrès.188 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. mais. Depuis la loi du 15 mai 1 791 jusques et y compris le décret du 1er novembre 1810. Il doit en partie sa naissance au blocus continental. Pendant que les savants continuaient sur le sucre indigène leurs expériences. le prix de revient trop élevé. Les procédés étaient imparfaits. pui s . Au moment du blocus. fut inventif. 20 juin 1845. de 1850. le malheur. «Le sucre indigène est une création de l'impôt. on compte dix-huit lois ou décrets qui remanient ou plutôt qui tourmentent le tari f e des sucres.. à 30. Parmentier et les encouragements amplement tempérés par les licences d'importation. 90 francs sur 100 kilog. portant le droit sur les sucres coloniaux d zéro à 30. L'hisloire de ce rival est une autre leçon d'économie politique extrêmement curieuse. 22 c. 34 c. ce sucre resta longtemps un essai de laboratoire plutôt qu'un produit de fabrique. le sucre colonial subissait les tâtonnements des financiers. ses progrès aux excès de la protection obtenue par les colonies. aux neutres. 75. C'est alors qu'on s'occupa d'extraire le sucre de la betterave. aux amis. aux ennemis. 200 et 400 francs 2 1 Rapport à la Chambre des pairs. à 7 fr. * Question du tarif des sucres. comme toujours. son triomphe à leur imprévoyance. malgré les circulaires ministérielles. 100. les instructions de M. » a dit M. 45.

189 Le premier mouvement de la Restauration fut d'entrer dans une voie libérale. veur un système progressif de protection. mais qui excita tellement leurs réclamations. On s'écartait ainsi de plus en plus du point de départ. de fa- même.COLONIES FRANÇAISES. La loi du 28 avril 1816 éleva à 45 fr. mesure réclamée par la consommation à laquelle les colonies ne pouvaient suffire.. sous pavillon étranger. entrèrent en convalescence sous ce régime. les droits sur les sucres étrangers apportés par navires français. . maintenant à 40 et 70 fr. par la loi du 22 juillet 1822 l. ht. à 80 fr. qui était ainsi de 50 f. et en assurant qu'elles seraient Provisoires. en exposant des néces- s té exceptionnelles. si malades. Sans doute. que dès le 17 décembre de la même année une loi porta à 60 et 95 fr. à 75 fr. soumit les sucres français et les sucres étrangers au même droit. On avait accordé une ('•une de sortie aux sucres raffinés (7 juin 1820). si et ne cessant de pratiquer. fut rétablie également en 1826. les droits sur les sucres bruts ou terrés de provenance étrangère. les droits sur les sucres similaires français. les droits sur les sucres français. accordé une détaxe de 5 francs au sucre Réunion.portée à 50 fr. les colonies. à cause de la distance. en date du 23 avril 1814. ne cessant de professer les doctrines de liberté commer- ciale. et Cette prime. supprimée pour faire place à un simple droit de drawback en 1822. La surtaxe. En 1826 on enleva toute faveur aux sucres provenant de nos possessions françaises de l'Inde. et une ordonnance de Monsieur. elles produisirent en 1816 de la On avait dès 1818 (21 avril).

éx re - . les profits étaient énormes. à fournir. 85 c. remplacées par de simples restitutions de droits (loi du 27 juillet . se plaignirent et obtinrent les nouvelles faveurs (loi du 17 mai 1826) qui achevèrent d'expulser le sucre étranger et de porter les prix à 85 francs et même à 106 francs.. mais on ne triomphe pas des lois de la 1 L'impossibilité de fixer la proportion exacte du rendement du sucre brut en sucre raffiné laissait une marge à des bénéfices énormes à la portation. et même à 65 fr. Les colonies se flattaient de triompher par ces priviléges exorbitants. pour dépasser 1832l. mais rétablies par la loi du 17 mai 1826.000. au delà de 17. Sans doute aussi le Trésor trouva son compte à ce progrès non moins que la marine et le commerce. et cela explique ce prodigieux accroissement. Sans doute enfin les consommateurs virent les prix baisser de 90 cl 95 francs les 50 kilog.000k.000 k.000 kilog. plus que triplée en sis ans.000 francs 19.000.000. les primes à l'exportation des sucres raffiné payées par le Trésor portées de 90 francs à 110 francs par la loi du 7 juin 1820. en 1820.128.. en 1822.190 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.000kilog. En 1822 la production. pendant que la France consommait 24.000 fr. à 2.110. Le sucre étranger était vaincu. 30. pendant que la consommation atteignait 56.000 kilog. 50 c.000 francs dès 1822.. auxquels ce prix laissait encore un prix rémunérateur supérieur à 20 francs par 50 kilog. Mais les colons. elles attelgnaient 6. s'étaient élevées de 500.000. ne laissant ainsi à l'étranger que 6..000.000.500.000 francs en en 1828. à 74 fr. fut de 52. en 1818.000 kilog.1822).

004 14. revenant au système dudrawback pour l'exportation des sucres raffinés. » Not c 2.242 à la Guyane de . 1840. I. pages 55 et 143.495 à la Guadeloupe de 7.. 191 nature par les lois de la société. à la Réunion de. de 19 en 1855. était de 0 millions en 1851.. et à sacrifier la production des denrées qui n'avaient pas de concurrents en France 1. Ces priviléges eurent trois résultats funestes aux colonies : 1° Les hauts prix éloignèrent le consommateur. et les dispensèrent du soin de chercher des procédés de fabrication moins coûteux et plus efficaces . blancs et antres que blancs. .508 à la Réunion. divisa les sucres bruts en deux classes. réduisit le tarif sur chaque classe et abaissa la surtaxe sur les sucres étrangers. De 1816 à 1835. le nombre d'hectares de culture employés a la canne éleva à la Martinique de 5. .. du coton. i es officielles. qui en peu de temps profitèrent plus que les colons des primes à l'exportation. Lorsque la loi du 26 avril 1833..550 Le nombre d'hectares consacrés à la culture au café. qui en 1828 n'atteignait pas 3 mil- n llio s de kilog. epices s. » 163 à la Guyane. 5' Ils encouragèrent les producteurs de sucre indigène. du cacao. elle devait loucher à 50 millions en 1836.525 à la Martinique. » 5. ce n'était plus avec ceuxci que le sucre colonial avait à lutter : la production du sucre indigène. diminue de 1.COLONIES FRANÇAISES. de 12 en 183 2.225 à la Guadeloupe. 2° Ils décidèrent les colons à planter la canne dans des terrains peu propres à cette culture. 1.

à 15 francs (loi du 18 juillet 1837). de sucre sur le marché. produisant ainsi 16 fo's plus avec 5 fois 1/2 autant de seulement. la baisse fut excessive et la gêne devint telle. Le sucre de belterave fut taxé à son tour.000 hectares.700hecterre tares seulement. elle fournissait 50 millions en 1836 avec 1. la sucrerie indigène ployait 5. tel était le progrès 1 de la sucrerie indigène placée à portée de la science. qui fixa à 45 francs le droit sur le sucre colonial. les sucres coloniaux. les colonies trouvaient leur intérêt à ce qu'il fût frappé d'une taxe. l'autre de dégrever de 13 fr. par ordonnance. que la production d'abord baissée. 50 c. reprit promptement une marche ascen' Pour produire 5.192 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. que les gouverneurs des Antilles et le gouvernement prirent en 1850 sous leur responsabilité : les uns d'autoriser les colonies à vendre ailleurs qu'en France.000 Kilog. des capitaux et des marchés. Trop de faveurs. Le sucre indigène fut frappé d'un droit de 25 francs par la loi du 5 juillet 1840. en suscitant des rivaux. mais après quatorze années de franchise. deux ans après. et votée cependant à la majorité d'une voix seulement. le Trésor trouvait le sien à ce qu'elle fût faible. et devait être portée. avaient préparé la ruine des colonies. n'empêcha pas les fabricants de jeter en 1838 50 millions de kilog. Celle réaction dans un autre sens frappa de mort un grand nombre de petites fabriques Malgré ce coup. pour que la matière imposable se développât.000. Cette taxe insignifiante. La taxe fut d'abord de 10 francs les 400 kilog. eu 1828. et la récolte ayant été celte même année abondante aux colonies. malgré ces charges. .

Aussi la lutte était terrible. en établissant de prime abord sans ménagement l'égalité des droits pour tous les sucres. rangeaient en bataille leurs arguments. im ι. Les colonies disaient : Ou bien affranchissez-nous du pacte colonial et laissez1 1840 : 25 millions kil. notre marine et nos exportations autant que nos importations. ses colonies et son revenu 2. p. a étouffé au berceau une industrie dont les développements pouvaient compromettre ses intérêts maritimes. Rossi. Les bras et les capitaux n'y manquent pas d'emploi. L'Angleterre. la situation était bien plus compliquée et les deux causes avaient v u grandir l'importance de leurs motifs et le nombre de leurs avocats. 1841 : 27 1842 : 31 . et l'inquiétude des colonies. tandis que la nouvelle industrie menaçait nos colonies. Mais au point où les choses étaient arrivées. de l'autre les fabricants et l'agriculture. le 10 janvier 1845. D'un côté les colonies et la marine. On eût compris peut-être une interdiction prononcée aux débuts.. . sans que l'agriculture eût besoin de ce nouveau produit pour grandir. 193 1 dante . 13. partagée par le gouvernement. On aurait pu faire de même en France. Cette industrie a pris néanmoins depuis une assez grande portance. fut si vive que.COLONIES FRANÇAISES. 13 . un projet de loi proposa l'interdiction absolue de la fabrication du sucre de betterave moyennant une préalable indemnité.

inique dans le premier cas. le principal chargement de retour de notre navigation au long cours. ou bien elle le supprimera indirectement et sans indemnité. de déchet. nous perdons. nous n'avons pas les ressources du sucre indigène et nous supportons des frais de transport. culture et fabrication qui réduisent chaque année la quantité de blé produite par le sol français.194 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ou bien. qu'il ne supporte pas. Les ports ajoutaient : Menacés d'être privés en partie de la navigation côtière par le prochain développement des chemins de fer. si vous conservez le monopole de nos achats. et qu'est-ce que trente mille hectares sur nos quarante millions d'hectares de terres productives? Or cette culture d'une plante p1votante sarclée était excellente pour préparer la terre la production du blé. ou bien elle le laissera vivre. et le blé ensemencé après une culture de betteraves produisait un dixième de plus qu'a- . garantissez- nous le monopole de nos ventes . or. L'égalité de taxe n'entraîne pas l'égalité de situation. de commission. c'est de supprimer absolument le sucre indigène. elle est insuffisante dans le second. or. Quelle que soit la taxe. il n'y a qu'un moyen. Or l'affaiblissement de la marine marchande menace la marine de l'Etat et réduit à la misère plus d'ouvriers que n'en emploie la culture de la betterave et la fabrication indigène. par la concurrence du sucre indigène.000 heclares de betterave pourraient produire plus de sucre que la France n'en consomme. nous vendre et acheter en tous lieux. Mais les agriculteurs répondaient que 50.

Fort m.000 kilog. par Louis-Napoléon Bonaparte. Mais celte sorte de dynamique financière. que la production de ces colonies était arrivée à son maximum. diminué les prix. Quelques personnes songeaient à une sorte d'échelle mobile qui eût égalisé les situations. opérant après coup. étaient favorisés par cette innovation importante. que les ports n'auraient pas à se plaindre si les navires recevaient une moindre valeur mais une plus grande masse. de sucre produits correspondaient à 45. de salaires répartis. L'alliance de la culture et de l'industrie.le sucre indigène se présentait comme le bienfaiteur de la nation. 195 l près toute autre culture .500 fr. selon que leur profaction comparée était plus ou moins grande. qu'une somme énorme avait été employée à perfectionner les procédés et à transformer l'outillage. l'accroissement du revenu et de la valeur vénale des terres. Enfin. à l'aveu gle. Les fabricants ajoutaient que 100.et avant tout. puisqu'il avait enrichi le trésor. l'augmentation du salaire. élevant ou abaissant droits sur l'un ou l'autre sucre. le maintien de la population dans les campagnes. perfectionné l'agriculture. avait peu de partisans. On entrevoyait bien aussi le système d'un dégrèvement à a l fois sur les deux sucres. août 1842. augmenté la consommation. et de la liberté d'introduction . la production des engrais.COLONIES FRANÇAISES. que si le sucre indigène était affranchi de certains frais. l'amélioration de la nourriture des animaux. Analyse de la question des sucres. de Ha . la propriété supportait en France des charges bien plus lourdes qu'aux colonies.

Le raffinage sur place diminuait la quantité de matière exportable. puis enfin une prohibition absolue (26 novembre 1698). l' Étude sur le système colonial. Duchâtel eut l'initiative.196 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ils obtinrent qu'il fùt interdit aux colonies d'établir de nouvelles raffineries par un arrêt du conseil du 21 janvier 1684. Mais on n'ignore pas combien il avait été depuis longtemps entravé par l'industrie du raffinage. des sucres étrangers l . réduisait les frais de transport et laissait au pro. . un projet dont M. Les raff. de sucre brut sur 70 pour 100 de sucre raffiné. Dumon fut le rapporteur.Pour abréger. Mais cela ne faisait pas le compte des raffineries métropolitaines ni ports. Ρ· et suiv . de Chazelles. tandis que les savants assuraient qu'il dépassait 80 pour 100. V. qui fut élevé de 8 livres à 22 livres 10 sols le quintal. fort embarrassé entre ces diverses prétentions. surtaxe imposée par la loi du 28 avril 1816 fut presque prohibitive. chap. industrie qu'on nommait autrefois la diverie. La marine demandait celte liberté sans renoncer au privilège du pavillon.murs 2 la demandaient aussi. procédé η complet. mais le même intérêt fit surtaxer dès 1791 les sucres terrés. nous ne commençons l'histoire de la lutte et de la du sucre colonial qu'à la naissance du sucre indigène. Mais le trésor. produits par la distillation des I ses matières provenant du sucre. les colonies adoptèrent le terrage. renouvelée | loi du 17 décembre 1814. Ligués. se plaignant qu'on leur restituât les droits payés pour 100 kil. et un impôt surles raffinés coloniaux.' ducteur le bénéfice du rhum et du tafia. et dont M. en augmentait la valeur. le trésor ne se fiait guère aux accroissements incertains 1 En janvier 1837. Il fut repoussé par la chambre des Députés. par M. proposait un dégrèvement de 20 francs. puisque le sucre indigène lui avait fait perdre plus de 200 millions qu'il aurait perçus sur le sucre colonial. et prétendant que le ren- dement était au-dessous de 60 pour 100. A défaut du raffinage. II. mais à son tour lui rapportait par an près de 10 millions.

aux fabricants et non aux ouvriers. comment comprendre que l'Etat paye un e indemnité pour exercer son droit? en pratique. aux propriéComment tuer une industrie vivace. on convenait que pour influer sur les habitudes le dégrèvement devait être considérable. et sacrifier ses intérêts avec ceux du consommateur aux intérêts mal satisfaits des colonies? On préféra. A partir du 1er août 1847'. L'indemnité avait l'avantage de trancher à jamais la difficulté en désintéressant le concurrent sacrifié! Mais. 197 que l'extension de la consommation pouvait lui rapporter en échange d'une perte certaine . en principe. et la loi du 2 juillet 1843 consacra un taires? util s système d'égalité laissant seulement au sucre indigène quatre ans pour l'atteindre. il ne restait plus en présence que le système de l'égalité des droits et celui de la suppression du sucre indigène avec indemnité. Or on ne supposait pas que la population d'un pays riche en vins et en fruits allait tout d'un coup préférer le café à la bière. la limonade au vin. les chambres préférèrent le premier. ceux qui sont au- .COLONIES FRANÇAISES. par 100 kilog. e . Le gouvernement avait résolûment proposé le second. le droit fut donc de 45 fr. com- ment attribuer cette indemnité. soit 25 millions sur 50 millions. Le type n'est pas un modèle. pour les sucres u d premier type 1. Un premier type étant donné. sauf une détaxe 1 On élève de un dixième pour les types supérieurs. intelligente. sans tomber dans l'arbitraire. coloniaux ou indigènes. on l'évaluait à moitié. c'est une limite. le thé au cidre. Ces deux systèmes du dégrèvement et de l'échelle mobile étant mis de coté.

puis beaucoup. 67. Au lendemain de celte loi. appliqué seulement à la fin de 1852. 80.500 566. menacé d'une interdiction totale.763 Chiffre total.. 1827-1836. 853. on vit se fermer des usines qui s'étaient réouvertes ou avaient exagéré leur production en vue d'une indemnité. SUCRES CONSOMMÉS OU Sucre étranger.134 q.220. selon la provenance et le pavillon. Résumons par quelques traits l'état où on en était arrivé en 1847. Le décret du 15 juin 1851. de 80 à 105 fr. pour les sucres étrangers autres que blancs. ceux qui sont au-dessus payent davantage. taxé de plus en plus.. 1 Tandis que la perception de l'impôt sur le sucre exotique s'opérait sans . dédaigné. de 7 fr. m. à la veille de l'émancipation. 708. La même force d'impulsion ne réglait pas leur marche. substitua au système des types la taxation d'après la richesse saccharine et le rendement. de 65 à 85 fr. 15. avait vu celle faveur lui susciter un dangereux rival. 1858. protégé un peu. 50 c. 1857-1846. l'un faisait des pas rapides. p. .985 q.668 Tableau décennal des Douanes. dessous payent le droit. l'autre se remuait à peine. . 1. m. puis redouté. avait conquis l'égalité devant le fisc. Les deux sucres payaient des droits égaux. Mais c'était entre les deux concurrents la seule égalité.198 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. puis trop. mais l'augmentation graduelle des droits 1 n'arrêta pas les progrès du sucre in- digène. à raison de la distance pour ceux de Bourbon.829 » RAFFINÉS EN FRANCE : Sucre colonial.. Le sucre colonial. Sucre indigène. Ce rival inaperçu.651 775.079 130. pour les mêmes sucres blancs.

703 Total. le sucre colonial n'a pas môme augmenté d'un septième. m. et de M. (V. en 1840. Dans cette somme totale le sucre étranger figure pour une quantité sept fois plus forte. 1.COLONIES 199 FRANÇAISES. le comte Beugnot. m. soit la presque totalité de la consommation. le tableau n° 3.755 q. qui était de 73 f. est tombé à 55 fr.000 kil.748. Ee sucre étranger 9. qui n'oecudifficulté. Benoist d'Azy (10 juillet 1844. le sucre indigène a triplé. le sucre colonial fournissait 505. sous l'empire loi qui ne laisserait plus faire du sucre indigène u' q à ceux qui en auraient la monomanie.204 kilog. les excellents rapports Μ de · Dumon (29 avril 1842). 878. En 1847.261 523. celle de l'impôt sur le sucre indigène donna lieu à d'énormes fraudes. en 1847. avri 12 l et 16 juin 1845). soumis aux droits. 96.444 Le sucre indigène 0 surune quantité totale de 603. 2 V. (0 c. la production indigène est remontée. Rapport de M. La betterave. et à de nombreuses mesures législatives. M. Crespel déclarait devant la Commission de la Chambre des . en 1820.498. le sucre colonial n'en fournit plus même la moitié : Sucre colonial.261 Sucre étranger.177 q. En 1827.169. m. Sucre indigène. Ainsi en vingt ans la quantité consommée ou raffinée a augmenté de plus d'un quart. s'écriait le maréchal Bugeaud 2. et le sucre indigène absorbe à lui seul la presque totalité del'augmentation survenue dans la consommation. 1851 En 1836. les 50 kilog. 3. En même temps le prix du sucre.225 q. à 60. en 1847 1 Baissée à 22.

Dalloz. et emploie plus de trois cents fabriques. la production qui peut indéfiniment s'étendre. 3 Moniteur de 1848. inspecteur des finances. 200 pait pas 20. sur le projet de loi relatif aux hypothèques et à l'expropriation forcée dans les Antilles. à portée du marché. s'étend sur près de 30. Rossi. était chaque année représenté aux pouvoirs publics de la métropole comme en déclin. 459. 4 Rapport de M. (Rapp.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. du crédit. Dumon. à la Chambre des pairs. de la science. aux colonies. Aussi l'état du commerce et de la propriété. . celle à laquelle ne peuvent manquer ni les bras ni le sol. 481.et la discussion de la Chambre des pairs 3. l'insuffisance de la main-d'œuvre. 1848. en 1847 1. et de M. et les transporterait l'étranger.000 en 1847. 479. qu'il fermerait toutes ses fabriques. 471. à la Chambre des députés. 19 mai 1847. Lavollée.000 hectares avant 1840. Guizot à la chambre des Pairs. En résumé. Pour se faire une idée de l'état de la propriété coloniale avant 1848. p. 490. menace de plus en plus la production qui est limitée à la fois par les bornes du territoire. les défauts d'une société exposée à une inévitable transformation 2. Dumon. la betterave a vaincu la canne. de M. 2 Exposé des motifs de M.) 1 Rapport de M. 106. dans une société régulière. Tous les témoignages s'accordaient à confirmer l'évaluation donnée par un document officiel4 qui portait au quart ou au tiers de la valeur territoriale le montant de la dette hypothécaire députés que l'établissement d'un droit aurait pour effet de détruire l'industrie indigène. qu'on lise les rapports de M. et en péril de mort.

étudiée en 1822. à la Guadeloupe. Les colons devaient perdre à la fois ce qu'un abolitioniste ardent 1 appelait le privilége de posséder des hommes et de ne pas payer leurs dettes. excepté à Bourbon. on peut dire avec certitude que. rapportée devant la Chambre des députés. procès-verbaux de la Commission de 1848. Une autorité plus grave. ajournée de nouveau. proposée en 1840. puis retirée. Là. L'absence du crédit et la rareté du numéraire avaient élevé le taux de l'intérêt. dans les colonies.COLONIES FRANÇAISES. sauf de très-rares exceptions. à la Guyane. tandis que la dette hypothécaire de la France n'excédait pas 25 pour 100 de son capital foncier. 24. 16. à 12. à peu près le chiffre du crédit inscrit au budget pour la colonie. 1859. avait. l'amiral Roussin. Un Je leurs défenseurs repoussait l'application de la loi d'expropriation. Il y avail un mot consacré. puis reproduite en 1847. au moment de la promulgation du Code civil (1805). ceux qui possèdent n'ont pas plus de crédit que ceux qui n'ont rien. ajournée. M.1842. par an. 201 dans les colonies de la Martinique et de la Guadeloupe. et de fait. ne devait pas précéder l'abolition de l'esclavage. en 1842. présentée en. . suit 140 ou 150 millions pour une valeur de 500 millions. par crainte de ce qu'il appelait une mise universelle à l' encan. cette loi. pour se liquider sans expropriation. discutée. 50 pour 100. Gatine. tant l'opinion est générale que 1 M. le blanchissage. votée par ta Chambre des pairs. la propriété privée n'existe pas et n'est qu'un mot vide de sens. résumé la situation Par ces mots énergiques : « A la Martinique.000 fr. On assurait que les frais de justice civile à la Martinique atteignaient 1.700.

mais on voit qu'en 1847 elles étaient redevenues aussi cuisantes. » On sait par quels louables efforts la Restauration et la monarchie de Juillet combattirent et diminuèrent ces souffrances. M. Il importai! de la caractériser nettement. Dupin. mais j'affirme le fait1. Ch. égalaient et dépassaient même les souffrances. de Chazelles. p. Voilà quelle était la situation en 1847. aux colonies. Moniteur.M. une telle immensité à souffrances2. 471 2 Idem. 3 M. Dès 1820. afin de ne point laisser imputer à l'abolition de l'esclavage la responsabilité des maux qui l'avaient précédée. mais un large dégrèvement en faveur des sucres coloniaux. le ministre de la marine adressait au roi un rapport qui contenait ces paroles : « La souffrance de nos colonies est une véritable calamité publique 3. p. En 1822. et l'on demandait tout d'une voix non-seulement l'égalité des taxes.202 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Je ne recherche pas ici la cause de cette situation. » Le savant défenseur des colonies. cherchait la cause. toutes les propriétés sont grevées de dettes supérieures à la valeur du fonds. 1 Chambre des Pairs. Les plaintes. séance du 8 mars 1842. 102. mais ne niait pas la situation. . p. Portai avait constaté les mêmes épreuves. et semblait ne pas trouver d'expressions assez fortes pour caractériser un tel excès de misère. 460.

Les recettes du Trésor. 44 en 1849. bien fragile » comme le disait M. était tombée à 65 en 1848. 40 en 1850. de59 millions en 1847. mais pour se relever. Leur production. arrêtée par une hausse de 17 fr. Sans doute l'industrie indigène était aussi tombée de 60 millions. le gouvernement avait proposé une réforme hardie et radicale 1 On semblait regarder comme à peu près convenue et irremédiable la défaite des colonies. descendant de 132 millions kilog.644. à 121 millions en 1850. C'était justice. pa r kilog. à64. qui avait dépassé 102 millions kilog. on demanda de nouveau à grands cris une indemnité et un dégrèvement immédiats. en 1850. à 56 en 1848. en 1847. 1 V. 203 2. l'émancipation et le suffrage universel furent tombés à la fois sur « ce corps bien souffrant. il fallait les changer. de sucreen l845. en 1848. en 1849 de 58. en 1848. . c'était nécessité. Béhic et Beugnot. · les deux si remarquables rapports déjà cités de MM. bien délicat.994 kilog. n'étaient plus. que de 46 millions. 04 c. • Abaisser de 6 francs le droit sur les sucres coloniaux. Il était clair que l'égalité de taxes correspondait à une extrême inégalité de conditions. Rossi dès 1841. La consommation avait suivi le même déclin.COLONIES FRANÇAISES. Dès 1850. — La question des sucres depuis l'émancipation jusqu'à Sa loi du 23 mai i860. à 57 en 1849. pour ne revenir qu a 116 millions en 1849. en 1847 à 98 millions. Après que la Révolution.

M. en rendant au Trésor ce qu'il abandonnait. après trois délibérations. complet et impartial rapporteur. telle était l'économie du projet dont un ministre distingué. eut l'initiative. proposition hardie. par 450 voix contre 228. augmenter la consommation par un large dégrèvement. remaniée. 809. Quelques esprits allaient plus loin. le comte Beugnot fut l'intelligent.204 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. La loi sur les sucres. et MM. et dont M. enfin votée le 13 juin 1851. Buffet. logique. mais opéré progressivement et par périodes. longuement discutée. Levasseur et Desjobert proposaient de déclarer rompu le pacte colonial. et aussi pour dédommager la marine de la diminution des transports coloniaux. Mais elle ne devait avoir effet qu'à partir du 1er janvier 1 Avant cette époque. de 45 fr. dans un moment où la métropole et les colonies n'étaient guère en état de supporter. p. et dès le 27 mars 1852 un décret1 revenait au vieux droit de 45 francs fixé en 1846 pour les sucres français. 57 francs pour les sucres étrangers. l'expérience de théories économiques nouvelles. à 25 fr. en ne gardant que la souveraineté nationale et le lien politique. après tant de secousses. de manière à populariser l'usage d'un produit si salutaire. on le pensa du moins. parut au Moniteur le 2G juin. .. laisser la porte un peu plus large à l'introduction des sucres étrangers. et de laisser aux colonies complète liberté intérieure et extérieure. mais prématurée. accordant pour quatre années 1 Moniteur du 29 mars. l'Assemblée n'existait plus. dans le même but.

Dumas dans la discussion de 1851. 205 une détaxe de 7 francs sur les sucres coloniaux. sucre étranger qui sera plus librement introduit2. Ancel. niais nuisible aux colonies. En même temps. encore protégée. et a versé au Trésor 99 millions nets en 1858. en Suisse de 8. cette loi risque une diminution brusque des quatre neuvièmes (de 49 à 25 fr. seulement. profitera d'un double élément 1 Rapport de M. bravera. . La marine. 2 La loi de 1860 maintenait sur les sucres étrangers une surtaxe de 5 fr. descendra jusqu'aux classes ouvrières. la loi du 25 mai 1860 L'a prolongée jusqu'au 50 juin 1866. en présence d'une consommation qui s'est élevée à 200 millions de kilog.94 millions en 1859 l.COLONIES FRANÇAISES. Elle est abolie par le décret du 16 janvier 1801. Reprenant résolûment la pensée de 1851. Confiance raisonnable. mais réduite successivement à 5 francs. en France de 5 kilog.) qui coûtera près de 50 millions au Trésor la première année. Continuée par la loi du 28 juin 1856. cette détaxe devait prendre fin le 30 juin 1861. et continueront à être protégées contre le sucre indigène. comme celui-ci l'était jadis contre elles. par 100 kil. en 1848. et rendra au Trésor ce qu'il va hasarder. comme l'annonçait M. favorable aus ports. à 185 en 1849. Le sucre indigène. comptant avec confiance que la consommation encouragée par la baisse des prix. puisqu'on Angleterre la consommation est de 15 kilog. poursuivant ses progrès après avoir bravé les droits. 1 2 par tête. en Hollande de 7. les colonies seront dégrevées d'un impôt presque égal à la moitié de la valeur du produit.

Depuis douze ans. Quant aux colonies. démontrant de plus en plus que les taxes réduites font le bon marché quand la réduction est assez notable et assez subite pour que son action insensible ne se perde pas en chemin dans les profits habiles des intermédiaires2. comme le sel. Voilà des réductions de tarif hardies. L'humanité se félicite en voyant le bien-être descendre dans tous les rangs. stériles. On l'avait proposé en 1834. Le consommateur qui a payé le sucre 1 1 francs le kilog. 2 Les intermédiaires ici sont par malheur très-puissants et peu non»** . elles ne pouvaient recevoir plus propos un plus grand bienfait. mais intelligentes et populaires. comme nous le verrons. 5 francs en 1816. thés. en 1810. cacaos. lorsqu'elles laissent arriver dans toutes les mains des denrées que toutes les bouches désirent et ne consomment pas. que le bon marché produit les gros impôts et fait sortir les grosses sommes des petites poches. puisque cette mesure n'est le résultat d'aucun engagement international. lorsqu'elles s'adressent à des produits dont l'usage ne peut presque pas s'étendre. elles demandent un large dégrévement sur leurs denrées. La politique ne peut se plaindre. puisqu'elles risquent plus de 50 millions des ressources du Trésor. ou tôt depuis trente ans. le payera moins d'un franc l. comme le vin. les réductions d'impôts sont sages et profitables. de transport. en ce qui concerne les cafés. Imprudentes. L'exemple de l'Angleterre les encourage. L'hygiène approuve également. 1 Nous renvoyons à la fin du chapitre les dispositions de la loi de l860.206 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. La science financière les approuve.

pourquoi. Toutes les cultures secondaires ont été sacrifiées au sucre de canne. car il se trouve que ce dégrèvement arrive à l'époque où l'émancipation a ichevé son effet. protégé à l'excès. tellement qu'il faut aujourd'hui le protéger? Il est intéressant de serrer de plus près la question et de faire ressortir la nia caus e non pas unique. quand il ne pouvait plus réparer les premiers désastres. l'autre touche spécialement la question de l'esclavage. deux leçons essentielles : l'une intéresse la science économique. Si elles n'en profitent pas. elles l'obtiennent enfin. sont des formules peu près vaines. et ce sucre. l'interdiction. et pour la seconde fois il est opéré après ces désastres sont effacés. a été vaincu queque par le sucre indigène. 207 puis en 1850. les écluses ne font pas d'une eau dormante une vivre . le sucre colol a-t-il été vaincu par le sucre indigène. ce n'est pas à l'émancipation qu'elles devront s'en prendre. la recherche d'une pondération chimérique. comment. qu'il a fallu dégrever. si je ne me trompe. On peut en tirer. de cette infériorité qui date de loin. mais principale. Ce n'est pas la liberté qui a causé la situation. en définitive. c'est la betterave ! Mais. L'extrême protection. que cette protection même a fait naître : voilà la vérité. on ne peut à coup de tarif ni faire une industrie malade ni faire mourir une industrie vivace . où le travail et la production ont atteint et dépassé les chiffres de 1847. mais à elles-mêmes.COLONIES FRANÇAISES. Qu'on ne dise donc point : l'émancipation a fait tant de mal. l'égalité. Ce dégrèvement n'a été obtenu pour la première fois qu'en 1852.

eau vive. Par des remaniements continuels on a gêné grandement. Or le sucre c'était l'eau dormante. « Dans ce long tableau. on doit voir avec un profond regret combien ces oscillations continuelles ont dû être pénibles pour toutes les industries qui se rattachent à ces grandes questions. sur le sol national. . ni le pays. Benoist d'Azy 1. dans ce long tableau des variations successives ou plus tôt alternatives des opinions et des décisions. construire navires. et il y a lieu de s'étonner que le mal ne soit pas plus grand encore. pour changer tous les procédés de fabrication. en présence de cette espèce de fièvre intermittente qui remis chaque année en question l'existence de ceux qui pouvaient se livrer à des opérations de ce genre? Nous * Rapport du 16 juillet 1844. qui ont tout sacrifié à la culture de la canne à sucre. a dit excellemment M. on a tué en même temps la carme à sucre en lui créant un rival inattendu. ce rival. mais inutilement. Qui a pu être assez hardi pour immobiliser des capitaux dans des colonies lointaines. de grandes et dispendieuses entreprises dans les quelles se réunissent l'agriculture et l'industrie. y destiner sa fortune et ses etfants. dût-il se creuser un nouveau lit. ou tenter même avec assez de suite. n'ont trouvé leur compte à ces tàtonnemeuts. les barrages n'empêchent pas le fleuve de cou1er. ni les colonies. à la grande navigation. le sucre indigène était l'eau vive. appliquer son intelligence au grand commerce.208 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ni l'industrie. Par une protection exagérée on a tué les colonies. Ni le trésor.

) * Lettres patentes de 1777. les saisons plus régulières. » Il viendra un moment où. 14 . fatigué de cette longue incertitude. le soleil plus chaud. de M. r. Béhic. p. 298. et M. Entre les deux terres qui produisent le sucre.2. Humann dès 1826. » « L'incertitude dans la direction commerciale et industrielle du pays est cent fois pire qu'un mauvais système. à tous les efforts généreux et utiles. tous les intérêts seront à peu près d'accord pour demander à la liberté de produire la formule que toutes les combinaisons financières n' ont pas su trouver 1. elles ne .COLONIES FRANÇAISES. Mais il est un enseignement plus directement applicable au sujet qui nous occupe. Ce ' st ce que demandait M. Passy dès 1832. de ces barrières qui n'arrêtent rien et de ces faveurs qui ne développent rien. car pendant deux siècles elles nt o eu le monopole. car avant la première Révolution les colonies ne payaient que 5 francs par 100 kilog. 209 cherchons souvent la cause des souffrances ou de la faiblesse comparative de quelques-unes de nos industries : elle est pour beaucoup dans l'éternelle inconstance de nos doctrines sur la protection qui leur est due. Qu'est-ce qui a donc manqué aux colonies? Ce n'est pas le temps. 1830. p. parce que rien ne s'oppose plus à tout esprit d'entreprise ou de progrès. le sol est plus fécon d. (rapp. la canne deux fois plus riche. Ce n'est pas la faveur. de quel ôt c é la nature a-t-elle mis l'avantage? Evidemment du coté des colonies. Après la première abolition. (Moniteur. plus facile à traiter que la betterave. 9).

disait M. Pendant cette longue durée de faveur et de prospérité qui donc empêchait les colons de perfectionner leurs procédés.. Ce n'est pas la main-d'œuvre. car jusqu'en 1830 elles ont eu la traite. . Les deux tiers du sucre de la canne échap » Loi de 1793.000 ou 100. 1843. 99 fr. mais pendant la Restauration 88 fr. on aurait produit plus de sucre que les cinq parties du monde n'en consomment. de tirer de l'admirable plante placée par le Cre teur entre leurs mains un produit plus abondant ( moins coûteux. en un mot.. mais obtenu avec des ouvriers qui ne réclamaient pas de salaire. car elles ont longtemps vendu le sucre à des prix élevés.000 livres de 3 Rapp. p. jusqu'en 1848 l'esclavage. il n'y en avait un qui ne se plaignit d'avoir perdu 50. Ce n'est pas la richesse2. les 100 kilog. de faire venir des mécaniciens et des ouvriers d'élite. de faire avant par intérêt qu'ils ont fait courageusement après par nécessité? « Avec le capital fixe.. depuis la Restauration elles ont eu quinze ans de monopole et treize ans de protection. 49. époqueoù la contrebande profitait plus de ces prix que les colonies. 91 fr. inutilement prodigué dans les colonies. bien souvent à un prix supérieur au prix de revient. payaient plus aucune taxe1. enfin. non-seulement 1. Rossi5. et jusqu'à 116 fr.210 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.100 francs les 100 kil pendant leblocus. un prix grevé sans doute de transports que ne supportait pas c rival. » A entendre les anciens colons de Saint-Domingue. même après la concurrence du sucre indigène. sur des biens protégés contre l'expropriation.

d'impôt par 100 kilog. exigent 14 fr. 80 c. disait M. Remarquons touteque. tandis que 386. » Voyez. l'industrie du sucre indigène. supportait 54 francs en 1859 4. en 1841. l'industrie grandit .. le même nombre d'hectare s ensemencés aux deux époques donne. de Broglie qu'à l'aide de réformes faciles les colons pourraient sans accroissement de dépense obtenir une augmentalion d'un tiers. Melsens. peut-être même de moitié sur leurs produits actuels. de M. 69. de dépenses dans la première et 5 francs seulement dans la seconde3. V . ce n'est pas un changement heureux au point de vue agri- 3 Rapp.COLONIES FRANÇAISES. 211 pent aux procédés d'une industrie dans l'enfance. Béhic. Les procédés de fabrication sont restés ce qu'ils étaient il y a cent cinquante ans. 28.p. favorisée. L'impôt. en 1848. » « Tel est l'état de l'agriculture. etc. elle se transforme. change de débouchés. ne produisaient que 26 millions. Procédés Rousseau. p.. On s'étonne qu'il soit possible d'obtenir du sucre en travaillant ainsi. gênée. 1 Ra pp. etc.. À la faveur des hauts prix . change d'appareils2. et tel est le progrès.. si la substitution des grandes usines aux petites est un progrès pour la fabrication. . que 283 fabriques. dans la seconde. un produit supérieur du double : la même quanti 100 kilog. quand il la frappe. au contraire. Dubrunfaut. mais il stimule celles qui sont viables. 50 c. supprime les usines mal nées.. té. produisent 56 millions de kilog. le tableau D. Enfin le même produit qui résistait en 1837 à 5 fr. cette belle industrie sort des mains de la science et passe du laboratoire dans la fabrique.

le tiers à peine des terres est en valeur. on obtient du sol le quart à peine de son rendement. Qui donc. Rossi résumait les traits de ce tableau par ces mots : « Ce que le colon doit redouter. » Dès 1843. employé à la direction de l'intérieur à la Martinique. 138. les procédés de fabrication aidant. 22 du rapport de M. Avec une incroyable exubérance de bras. de réaliser tous ces progrès ? Un témoin compétent et bien informé écrivait en 1847 à la Martinique des paroles qui peuvent être appliquées à toutes les colonies à esclaves et sont la meilleure réponse à cette question 1. col.. « L'agriculture est ici à un état presque sauvage. Que peut importer une amélioration agricole à des hommes dont la condition semble ne devoir jamais être améliorée? Et comment ne pas comprendre le dégoût des colons devant l'insuccès des épreuves? L'esclave déteste le sol. l'esclave s'éreinte à tenter les cultures les plus barbares avec des instruments impossibles. aussi les excellentes pages 18. p. t. a empêché le colon.. . Garnier. 2 V. Benoist d'Azy. qui demande aussi son émancipation. avec la pensée d'un prochain abandon. 1847. Rev. » 1 M. l'homme de couleur et l'affranchi le méprisent.. l'illustre M.212 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. avant cette redoutable concurrence. et. ce sont ses habitudes 2... comme une mine qu'on fouille avidement. 19. Des terres en rapport sont abandonnées chaque jour pour des défrichements nouveaux. encore une fois. XII. et le blanc l'exploite à la hâte.

son œuvre. et le vaut la peine que se donne l'esprit pour pénétrer au el travers de ces détails rebutants et confus. qu' ils étudient celte curieuse histoire de la lutte entre la canne et la betterave. Le premier conduit des esclaves. pour l'un l'oisiveté est le signe de la richesse. le Thé. pour l'autre le travail en est la condition. l'exagération du droit protecteur sur les sucres a fait sacrifier le café. le Cacao. Qu'on ne vienne donc pas répéter que l'abolition de l'esclavage a tué les colonies. Ce n'est pas l'émancipation qu'il faut accuser d'avoir diminué les caféières de nos colonies. tant de preuves établissent qu'elles étaient déjà longtemps auparavant mourantes d'une maladie qui était précisément l'esclavage. le Français est en quête de progrès. nous l'avons déjà vu . § 5. Benoist d'Azy en I 14* . l'indigo. et la société créole. le Français spécule et entreprend.COLONIES FRANÇAISES. le colon s'amuse et s'endette. de l'autre est le travail libre. disait M. le second emploie des machines. à la plantation de la can ne et aux gros revenus qu'elle promettait. d'un côté est le travail servile. le Français est actif. le coton. la démonstration est frappante. Si jamais les économistes cherchent une preuve de la supériorité du travail libre sur le travail servile. « Les avertissements n'ont pas manqué. et la société française. de la société qui travaille sur la société qui fait travailler. 213 Le colon est indolent. — Le Café. sa fille. le colon suit la routine.

et qui peut-être se prêteraient mieux à l'étal à venir de leur population. qui ne trouvent pas de concurrence sur le sol même de la France. transporté de Perse ou d'Arabie. en produit maintenant 173 millions de kilog. par tête. 2 kilog. On a souvent dit aux colonies qu'il serait pour elles plus prudent de revenir aux cultures de café. et nous donne une boisson exquise. moins de capital. s'améliore en vieillissant. 1 kilog1 Revue coloniale de 1855. que la culture de la canne. d'indigo. se garde. puis à Surinam et dans les Antilles. sur 558 millions qui représentent la production totale du globe. . 445 gr. s'il faut en croire la chimie. 147. et en même temps salutaire.. formé de parties égales de lait et de café. » Résultat bien fâcheux. de i kilog. représente cinq fois plus de substance solide et trois plus de substances azotées que le bouillon On sait aussi que la consommation du café a pris une extension énorme. surtout en ce qui concerne le café. de colon. et rapporte en abondance cette cerise qui nous arrive. aux États-Unis. en Belgique et en Hollande. qu'une fois en plein rapport. Ces conseils n'ont pas été suivis. qui affirme qu'un litre. p. un moins bon sol. débarrassée de son parchemin. Le Brésil. le caféier. 410. 1 844. après trois ou quatre ans. article traduit du Tropical Agricullurist. ou Je café ne fut introduit qu'en 1774. dans le Zollverein. s'il n'est victime d'aucun insecte. La consommation est. exige moins de bras. car on sait que la culture de ce petit arbuste. dure quinze ans et plus.214 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. à la fin du dixseptième siècle. L'Angleterre en consomme quarante fois plus qu'au commencement de ce siècle. à Java.

tandis que le Brésil nous en envoyait 10. de M.. par tête. il ne sti mule pas les colonies. égal à la valeur de la denrée. et le droit qui le grève n'a pas été une seule fois dérangé dans les colonnes du tarif où il fut inscrit en 1816. Sur 55.000 kilog. Le café n'est pas et ne peut pas avoir de rival indigène. supérieur à celle des cafés étrangers. Aussi s'en est-on fort peu occupé. mélange de café. etc.COLONIES FRANÇAISES. en France elle n'est que de 750 gr. 1843. Le chiffre est tombé à 728. . A cette époque. de 5 9 francs à 42 francs.000... comme le sucre2. » Rapp.000 kilg. de racines brûlées. il n'en empêche pas l'importation . de café. la Guadeloupe et la Martinique. etc.057..125. en Angleterre 6 kilog. Le droit n 'en est pas moins resté de 60 francs sur les cafés coloni aux. 2 « " On ne peut faire cet honneur à la chicorée. Haïti 7. Il est remonté à près de 1 million de kilog.108.274.000 kilog. non compris la Guyane 1. importés en 1847.415. en 1848. La loi de 1860 réd uit le droit de moitié.000 kilog. le café valait 500 francs les 100 kilogrammes. aujourd'hui il vaut 60 francs environ. en 1857 pour les trois colonies de la Réunion. de 60 francs à 50 francs. Cuba et Porto-Rico 5. les colonies et l'étranger produi1 Autrefois Saint-Domingue seul exportait 37 millions de kilog. 40 gr.. Beugnot. de pulpe de betterave et souvent de terre et d'argile. bien qu'on prétende qu'il vend de 4 à 5 millions de kilog. nos colonies ne nous ont fourni que 1. il met seulement obstacle à la baisse plus forte des prix et par suite à l'extension de la consommation. 215 600 gr. de café de chicorée.000. de 95 francs sur les cafés étrangers importés par navires français. de chicorée.

Sans doute le cacao des Antilles n'a pas la réputation de celui de Ca- 1 Par navires français ( Colonies. le Trésor récupérera ses sacrifices (moitié sur 28 millions de francs perçus en 1858). comme cela est probable. verra augmenter ses transports. Par navires étrangers 20 fr. qui ne dépassait pas 2. . popularise cet excellent produit. les 100 kilog25 » . sacrifiée comme celle du café à la production du sucre. Cette réduction se combine avec la diminution du prix du sucre. qui emploie déjà 34. Elle aide encore à la consommation du sucre. actuellement sans importance. la marine. l'un et l'autre se prêtent concours. de notre navigation lointaine. il se mélange par parties à peu près égales au cacao. La même loi diminue de moitié les droits sur le cacao. ront davantage. [ Entrepôts. en 1830. a atteint 4. dans la fabrication du chocolat. car 1 kilogramme de café consommé fail consommer de 6 à 7 kilogrammes de sucre. puisque.001. . Elle se prête à un désir incontestable de la consommation. puisque. malgré les droits élevés.000 en 1851).. diminuant instantanément de 52 centimes le prix de la livre de café. déjà fort répandu par les habitudes de nos soldats de Crimée et d'Italie. l'importation du cacao en France.008.000 tonneaux au service du café étranger. un si brusque abaissement. principale ressource. 55 40 » » . si. On peut espérer que ce large dégrèvement rendra dans nos colonies faveur à cette culture. qui s'élevaient à plus de 50 pour 100 de la valeur de la denrée1. après le sucre.216 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. . Ailleurs .000 kilog. .

et qui Annales de la Société d'agriculture de la Martinique. comment la disputer à ce vaste empire de la Chine.COLONIES FRANÇAISES. Cette culture a surtout l'avantage de demander peu de bras et aussi de convenir aux petites familles. p. analogues à nos cerisiers. 1853. cités par la Revue coloniale. mais elle dure après ce premier labeur plus de 50 ans sur la côte. les rejettent pour sucer la pulpe acide qui les entoure. de Humboldt. p. puisque les Mexicains cultivaient sans peine le cacaoyer.320 livres de cacao. Un seul homme suffit pour soigner 1. 474. Sans doute aussi la préparalion d'une cacaoyère fait attendre 0 ou 8 ans . pour les thés importés de la Chine ou de Manille. année moyenne1. Quand même le terrain conviendrait à la culture de 1 arbre à thé. t. qui peuvent donner 1. dit-on. si l'on en croit M. à un taux uniforme de 75 francs. en même temps qu'ils se servaient comme monnaie des graines contenues dans la cabosse. II. ne baisserait pas en Chine. jusqu'en 1866. Ce n'est pas directement que les colonies profiteront droit sur les thés. sans avoir d'autre peine que de les faire arroser. abandonné au moment de la conquête des Espagnols. La culture en est très-facile. le prix. qui en consomme une si grande quantité. 98.000 arbres. . et de 150 francs pour tous autres. 50 ans dans l'intérieur : le propriétaire se promène sous ses arbres. tandis que les tribus sauvages de l'Amérique. 217 racas ou de Maracaraïbo. sauf le maintien d'une surtaxe décroissante de provenance et de pavillon. u'en q supprimant toute la consommation du reste du mon de. réduit par la loi du 25 mai 1860 de 120 francs.

en 1850. Les Français montrent la même lenteur à prendre aux Anglais leur thé qu'aux Hollandais leur café. Cependant l'importation du thé s'est élevée de 02. s'y popularise déjà d'une façon à peine croyable. C'est encore une denrée de luxe.500 kilog. en 1859. en 1851.100 kilog. à plus de25 millions de kilog. comme le cacao. paye 5 ou 6 sous par jour ses malheureux ouvriers. aux Espagnols leur chocolat. 601. nous préférons décidément notre vin. En Angleterre.218 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. inconnu en Europe il y a deux cents ans.570 kilog. et elle ne rapporte pas moins de 140 millions au Trésor. à 283. elle a monté de 13. Mais la production du sucre aux colonies profitera de ce dégrèvement. mais le sucre n'était-il pas aussi une denrée de uxe il y a cinquante ans? . en 1850. car la consommation de cette feuille d'une sorte de petit oranger.

L'enrôlement peut-il se faire. On sollicite ardemment une large immigration. au point de départ. de nouveaux: travailleurs. el' On appelle brièvement l'immigration l'enrôlement de travailleurs libres ou immigrants dans diverses contrées. leur engagement pour ue q lques années au travail agricole.CHAPITRE ΧII LE TRAVAIL ET L'IMMIGRATION. parce que les anc iens ne veulent plus travailler. leur transport dans les colonies. avec de précautions suffisantes pour que le consentement du contractant soit bien constaté? En offrant un placement s . parce que l'abolition d esclavage a été l'abolition du travail. ' dégrèvement de l'impôt sur les produits coloniaux est pasl'unique remède nécessaire au salut des colonies. dit-on. Cette question mérite l'examen le plus attentif. on a besoin. mais avant lout elle soulève de no mbreux scrupules. Cette opération est coûteuse et compliquée.

220 ABOLITION DR L'ESCLAVAGE. n'encourage-t-il pas les petits souverains cupides et féroces des contrées qu'elles habitent à des guerres. et par un autre côté à la question du travail et du bon ordre aux colonies. païennes. trois périls. n'auront-ils pas bientôt à gémir d'avoir introduit sur le sol. questions suprêmes. l'immigration n'est-elle pas devenue une nécessité depuis l'abolition de l'esclavage? N' est elle pas la preuve et la conséquence de l'absolue répugnance manifestée par les anciens noirs pour le travail Voilà ce qui se répète chaque jour et en des termes que . trois questions. c'est à ce point de vue seulement que nous l'examinons ici. auquel il offre aussi un moyen de plus de se déguiser et de s'accomplir? Si l'on ouvre sans prudence celte source. pendant le transport. trois difficultés. La question de l' immigration louche ainsi par un côté à la question de la traite. si pressés de recevoir des travailleurs. des populations inférieures. un avenir de vie ou de mort. des captures. immorales? Ainsi. une souillure ou un progrès. difficile à distinguer du transport des traitants. après l'arrivée. afin de se procurer cette denrée avantageuse? Le transport n'est-il pas difficile à surveiller. au milieu de leur lamille. au départ. des mesures inhumaines . les eaux qu'elle laisse échapper seront-elles pures? Les colons. dont la solution fait d'une même chose un crime ou un bienfait. à des populations nombreuses. Bonne ou mauvaise. qui sera l'objet d'un chapitre séparé. ignorantes.

Quelles villes n o t bâties ces hommes? Quelles contrées ont-ils civiliQuelles forêts. tant qu'une partie de ces riches et vastes territoires reste inexploitée.905 » 165. quelles savanes ont-ils défrichées? Où vivent-ils heureux.756 hectares cultivés. Pourquoi a-t-on besoin de bras nombreux? Parce qu'il ne faut plus compter sur les bras anciens.160. Ala Guadeloupe 87.526 hectares sur 98. De tout temps les colonies se sont plaint de manquer de bras. 1 Ala Réunion 159. L'immigration n'est pas une conséquence de l'émancipation. instruits. sur environ 5. On n'estime pas à moins de 100 à 150. I. il n'y a que 5. A la Martinique 68. plus de la moitié du sol reste en friche. on évalue à plusieurs millions le nombre des Africains apportés aux colonies par deux siècles ta traite.255. des .782.COLONIES FRANÇAISES.000 par an le nombre des Africains vendus annuellement de 1788 1848 dans les divers pays à esclaves. Or on sait que dans nos quatre principales colonies. mais de l'esclavage. en progrès? Mais 1 convient de faire remarquer qu'à la Réunion une grande partie terres non cultivées nest pas cultivable.551 » 251. 221 semblent irréfutables. chrétiens.400.000 hectares. parce qu'en apparence rien n'est plus spécieux. A la Guyane. ou plutôt de toutes les colonies. Une telle affirmation prouve une grande ignorance de l'histoire de nos colonies. Cependant les colonies ont reçu des masses énormes de travailleurs. plainte toute naturelle.

d'une houe à cheval. quelles familles. 1840.222 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. au moins quelle descendance. p.) 2 Notices officielles. on manquait déjà de bras. . 140. p. dont la valeur est en Europe de 250 fr. l'agriculteur colonial multiplie inutilement les bras 1. en même temps que le bien-être des esclaves augmentait un peu 1 « Pourquoi laissez-vous la moitié de vos terres en jachère? demandait on à un géreur d'une habitation.. la diminution de la classe laborieuse sous le régime de l'esclavage . — C'est-à-dire que vous manquez d'une herse. les traitants n'en introduisant qu'un petit nombre pour maintenir le prix élevé 1. 158. tandis que la liberté et la prospérité multiplient les races. par une vieille et déplorable routine. l'esclavage les soumet à une continuelle et rapide décroissance. le mauvais système de culture engendré par l'esclavage. il est constaté que les décès l'emportent sur les naissances à cause de la disproportion des deux sexes.» y avait trois ans que le géreur avait écrit aux propriétaires en France pour leur demander une herse. le besoin de travailleurs nouveaux a été naturellement plus sensible.d'une charrue à deux versants et d'un peu de force de volonté pour faire adopter par vos esclaves ces instruments. quelle population ont-ils formées? Une moitié de ces êtres humains est morte dans le voyage ou dans la première année de travail . Ainsi la demande des bras dans toutes les colonies a toujours eu trois causes : la disproportion entre le territoire et la population. (Revue colon. Avant l'abolition de la traite. — Ce sont les bras qui nous manquent. et que. parmi le reste. On peut ajouter que. 1847. Depuis l'abolition de la traite.

Dans l'île Maurice. 1844. l'excès de la population ou l'excès de la misère pousse les habitants de certaines contrées à fuir un sol où ils ont reçu le malheur avec la naissance. ) . les Indes hollandaises. Il est naturel et sans doute conforme à des lois mystérieuses de la Providence.. quand la distance ne le rend pas trop coûteux. Les colonies de tous les pays n'ont pas cessé un seul jour de chercher le moyen de se procurer. la presqu'île Malaise. des travailleurs nouveaux. descendent vers les principales villes de la côte pour s'y procurer de l'occupation. p. les Indiens 1 Mémoire de M. Un autre arrêté réglemente l'introduction de 1. pris ou chassés comme des troupeaux. entre ces races qu i eherchent le travail et ces terres qui l'attendent.COLONIES FRANÇAISES. au Cap. le désir du gain attire au dehors d'autres races. Chaque année des noirs. l'esprit d'aventure. (Revue colon. Les îles Philippines. voisine de Bourbon. D'un autre côté. 552. Des masses de travailleurs indiens. de Challaye. Dès le 18 janvier 1826. Siam. voient affluer les Chinois. connus sous le nom de coulies des montagnes (Hill-Coolies). se rendent à la côte orientale ou occidentale d'Afrique.III. la Cochinchine. mais en bien plus grand nombre en Californie ou en Australie. qu'un courant s'établisse.012 avaient déjà été introduits 1. un arrêté du gouverneur de l' île Bourbon réglementa l'introduction des Indiens.000 Chinoi s. On les retrouve aux points les plus divers du globe. et avant 1830 3. En 1843. 223 chaque maître ayant un peu plus d'intérêt à soigner un instrument difficile à remplacer. sans recourir à la traite. à la Guyane.

sont importés en 1834 pour la première fois.224 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. autorisée avec des restrictions en 1845. Une loi est proposée par le gouvernement français. Sans exclure du projet la Guyane française et l'île Bourbon. puis autorisée de nouveau. les bras manquent. pour consacrer 600. à la Jamaïque. plus largement en 1847. des propriétés autrefois exploitées sont abandonnées dans un étal de ruine presque complet. et 46.. plus de 25. la population décroît d'une manière sensible.. « Les avantages que quelques-uns des propriétaires de la Guadeloupe et de la Martinique ont déjà retirés de l'introduction de travailleurs européens sur leurs habitations indiquent que c'est là que doivent être entrepris les premiers essais. le 22 avril 1845. les naissances ne sont pas non plus en proportion avec les décès.000 sont introduits en 1843. en .000 fr. de 1834 à 1859.000 sont amenés par l'industrie privée. A Bourbon. Déjà elle a pris l'initiative en 1828. nous devons reconnaître que ces deux colonies se trouvent dans des conditions qui exigent impérieusement un autre mode d'assistance immédiate. et le mouve ment de progrès qui se manifeste depuis quelques années dans les cultures y constate chaque jour l'insuffisance de la population ouvrière. L'immigration est interdite. L'exposé des motifs constate et précise la situation que nous venons d'esquisser. à l'introduction de travailleurs européens aux Antilles. A la Guyane. demandée par les colonies anglaises en 1842. Mais sa position géographique met l'île Bourbon à portée de se pourvoir des bras qui lui manquent. L'immigration africaine. à la Trinité. envoie de nombreux travailleurs à la Guyane.

africaine. » Ainsi. le 1er décembre 1859 2. ce n'est pas l'émancipation qui l'a fait inventer.. des règlements ont été faits pour l'introduction d'un millier de Chinois. A la condition de ne tenir aucun compte des anciens esclaves et de leurs descendants. Des instructions ont été données en ce sens. la solution semble trouvée. 2 Journal des Débats. colonie de la Réunion. II.... I. vingt ans avant l'émancipation des esclaves. Ces immigrations peuvent être étendues. M. le même écrivain 1 s'exprime ainsi : « Sur soixante mille esclaves environ affranchis en 8 8 1 4 . avait été essayée ou sollicitée par les colonies de toutes les nations. chinoise. ''immigration européenne. 15 avril 1860. » 1 Revue coloniale. depuis cette émancipation. Revue des Deux-Mondes. « La grande affaire de l'émigration commence à s'arranger. elle soit devenue absolument indispensable? Est-il vrai que le travail ait presque entièrement cessé? Un des écrivains les mieux informés et les plus habiles parmi ceux qui s'occupent des questions coloniales. sans aucune paternelle sollicitude des an- ciens maîtres. 1845. indienne. écrivait. 436. 15 . on n'estime pas à plus d'un quart ceux qui restent att achés à quelque habitation. » Dans un travail plus récent et plus approfondi3 consacré seulement à l'île de la Réunion. Ρ· 862. retombent à l'état sauvage. Jules Duval. p. Est-il vrai que. Plus récemment encore. qui.COLONIES FRANÇAISES. abandonnés à eux-mêmes. 225 se procurant des engagés indiens.

aux colonies. abrogeant les règles spéciales du décret du 27 avril 1848.2. 25 décembre 1848. Il est fort naturel qu'il ait fallu des mesures minutieuses. 18 septembre 1852. 7 juillet. ne justifient pas d'un travail habituel par un engagement d'une année au moins ou par leur livret. le vagabondage. sévères. il renvoie purement et simplement (art. que. l'immigration. la nécessité de deux lois spéciales. 24 mai et 13 juin 1849. sur la police du travail. On allègue souvent aussi. Cette opinion résume les assertions les plus répandues. pour prévenir l'abus d'un état tout nouveau. n'ayant pa de n moyens de subsistance et n'exerçant habituellement ni métier ni professio . Guadeloupe : arrêté en 147 articles du 2 décembre 1857. comme ayant exercé une très utile influence. comme preuve de la difficulté d'obtenir des anciens esclaves un travail régulier. embarquent et se remuent pêle-mêle. pour la pénalité. mais.226 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui. On oublie aussi que le décret du 15 février 1852 ne fait que donner une définition plus sévère du vagabondage . les gouverneurs avaient dû imposer des bornes au vagabondage dans un pays où la moitié des terres est inoccupée. dû à M. On s'accorde à regarder notamment ce dernier arrêté. » Réunion: arrêtés des 24 octobre 1748. des règles aux changements de résidence et aux permis de séjour sur un sol où tant de races distinctes débarquent. 16. 2 s Art. c'est à la même époque qu'une loi était faite en France pour soumettre les ouvriers à l'obligation du livret. l'amiral de Gueydon. . 18) au Code pénal. suivis de mesures nombreuses et sévères des gouverneurs 1. les décrets du 15 février et du 27 mars 1852. circulaire du 21 septembre 1852. On oublie que de tout temps. Martinique : arrêté en 88 articles du 10 septembre 1855.

Voici un témoignage impartial : « A l'ile Bourbon. 227 On oublie enfin que l'une des causes de l'éloignement des affranchis pour la grande culture a été précisément la sévérité des prescriptions imposées pour les ramener. A la loi qui disait : « Le travailleur est libre » les règlements ont ajouté : « Le travail est forcé. ou bien qu'un quart à peine soit resté attaché aux habitations? Si l'on parle des premières années. il n'y eut point à pro- prement parler cessation de travail. aux An- . d'éparpillement.. même en Ces premiers jours d'enivrement.. Il n'y eut pas de transition entre le travail esclave et le travail libre. » On conviendra que la nuance était difficile à saisir pour des affranchis de fraîche date.. ce résultat est vrai.COLONIES FRANÇAISES. les nouveaux citoyens accomplirent scrupuleusement et sans bouger de leurs glèbes respectives un engagement de travail libre qu'on leur avait fait contracter avant de promulguer le décret de liberté. au moins en partie. Cependant. il y eut même sur les domaines qui ne furent pas complètement désorganisés. les livrets. un mouvement marqué de déplacement. On était.. les engagements.. Ils passaient incessamment d'une habita- tio n à une autre. il faut le dire. ils se sont défiés de tout ce qui lui ressemblait. Mais est-il exact qu'on ne doive plus tenir aucun compte pour le travail des anciens esclaves et leurs descendants. etc. etc.. Echappés à la contrainte. On eût dit que les noirs se tàtaient pour se bien conv aincre que cette liberté enfin proclamée n'était pas une illusion.. Aux Antilles.

Nous avons vu qu'il était juste d'attribuer la diminution du travail. sans essayer d'en faire usage ! Non-seulement le contraire élait naturel. la liberté.228 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Presque tous les planteurs parvinrent à faire comprendre à leur atelier qu'il fallait commencer par mettre au moulin. et de fortes quantités de cannes à sucre. à la même place. qu'il se contentât de changer de nom sans changer de condition. les Colonies depuis l'abolition de vage. pendant ces années. lilies. moins intelligent qu'un gamin de Paris. cette fraction de la récolte ne fut généralement pas perdue. Quel prisonnier ne s'échappe pas quand on brise la porte de sa prison? Quel oiseau ne s'en vole pas quand on ouvre sa cage? Quoi ! on attendait d'un être ignorant. » Les années 1849 et 1850 furent bien plus calamiteuses qne 1848. le même outil. sous un autre litre purement idéal. mais il était 1 Lepelletier de Saint-Remy. 8. malheureux. sauf à festoyer ensuite à cœur joie la liberté proclamée 1. en grande partie aux excitations de la politique. mais il est parfai tement vrai qu'elle fut aussi au nombre des premier' effets de l'émancipation. Cela était naturel. devaient être passées en quelques jours au moulin. sousla même autorité. sous peine d'entrer en fermentation. rendues en fabrique. et reçût ce bien précieux objet de tous ses rêves. . moins vertueux qu'un Régulus. p. ce qu'aucun de ceux qui parlent ou qui écrivent sur ces questions n'auraient assurément accepté! On attendait qu'il fît consister sa liberté à reprendre. en pleine récolte.

Par cela seul ce travail est devenu à leurs yeux le signe même de l'esclavage. 229 prévu. le nombre des travailleurs em| Moniteur. en voici deux preuves incontestables : A la Martinique. c'est l'horreur de l'esclavage. paresse et liberté. Si c'est la liberté qui a fait fuir le travail. c'est l'esclavage qui l'a fait délester. ces mots étaient synonymes aux colonies. et la prévision qu'elle exprime. « La culture et la préparation des denrées coloniales ont toujours été un travail laisse exclusivement aux mains des esclaves. » Cette phrase d'un rapport de M.COLONIES FRANÇAISES. Il y a lieu d'être surpris. et sans entrer dans le détail des correspondances innombrables en gagées à cet égard entre les colonies et le gouverne- men t. " On ne sait pas bien qui les notices appellent travailleurs. paresseux comme un créole. » sont devenues des proverbes. Qu'on ne dise donc pas que c'est l'émancipation qui a fait fuir les cultures. battu comme un nègre. et les phrases : « Travailler comme un nègre. p. Nul doute qu'un des premiers usages que les noirs feront de leur liberté sera de se dérober à ce genre de travail . Sont-ce seuleme nt les ouvriers qui travaillent à la même habitation d'une manière con- . 1478. ils y sont revenus en très-grand nombre. mais qu'ils y soient revenus. on la retrouverait dans tous les rapports consacrés pendant quinze ans aux questions coloniales. 24 mai 1845. avant l'émancipation. Or. Esclavage et travail. non pas que les anciens esclaves aient déserté les ateliers. c'est le spectacle de l'oisiveté des blancs. d'Haussonville. d'après les notices publiées par le gouvernement en 1858 l.

des femmes. Ce sont donc en grande majorité les anciens esclaves. Déclarations des délégués des colonies devant la Commission parle- mentaire. Le délégué de la Guyane : Sur deux cents noirs. Οι· la Guadeloupe a moins produit que la Martinique. p. .416 esclaves.556 esclaves. Le délégué de la Guadeloupe : 11 y a à peu près les deux tiers des esclaves qui travaillent effectivemenl. dont un tiers au moins étaient des vieillards. que 1800 émigrants . l'indemnité avait été calculée d'après 55.230 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.291 travailleurs. 2 Page 28. A la Guyane 3 . il y a environ d cents travailleurs.970. ployés aux cultures est de 48. 7. 418. . ou aussi ceux qui donnent ici et là leurs journées comme eu France! La statistique de ces notices paraît inexacte. TRAVAILLEURS.660 . Prenons cependant ces chiffres tels qu'ils nous sont donnés. 1837. eux Le délégué de Bourbon : Sur trois cents esclaves. 3 Page 42. . à la Martinique. 10 juillet 1839 : procès-verbaux. les anciens esclaves et leurs enfants ne sont donc pas oisifs. 179. L'indemnité a porté sur 56. avant 1856. en dix ans. . à moins que ce ne soient les anciens maîtres. A la Guadeloupe 2. En voici le résumé : ESCLAVES. car elle indique une diminution de 30 pour 100 à la Martinique clans le nombre des travailleurs de 1847 185G. on compte soixante à soixante-dix travailleurs. Or il n'avait été introduit. le nombre des travailleurs était de 51.015. 1 181. des enfantsl. Cela est impossible. 1835. 1848-1857.758.et de 13 pour 100 seulement à la Guadeloupe. Qui donc forme le contingent actuel des travailleurs? Les immigrants? Il n'en avait été introduit. . l'indemnité a été tinue. que 4578. Le délégué de la Martinique : Mon opinion est la même.

Le résultat est moins bon.000 esclaves on comptait pour un tiers au moins les femmes. le nombre des engagés a été incomparablement plus grand.059. en 1857 seulement celle des Africains aux Antilles. en 1856. Or. que je dois à la direction des Colonies. c'est le chiffre des produits. c'est depuis 1855 seulement que cette dernière est considérable à la Réunion. 55.000 esclaves travaillant. 50.COLONIES FRANÇAISES. de la plantation à la fabrication.512 emigrants. A la Réunion.000 engagés. ' 2 M . H convient de ne pas oublier que la culture de la canne. comme sur 56. c'est-à dire à peu près le chiffre des anciens esclaves. c'est à la fin de 1854 qu'a commencé l'immigration des Indiens. Mais. où celle des Indiens reste stationnaire. à cette époque. Π est une autre manière de mesurer le travail.727 esclaves. 1860.094 2. p. or. indiqué par la notice officielle. Depuis 1852. en 1857. 8G8.000 engagés un certain nombre est mort ou déjà rapatrié. 56. Duval. environ 40. en 1856. le nombre des travailleurs. P . comme le prouve le tableau suivant.000 l. et atteignait.227. exige seize à dix-huit mois. 231 accordée pour 13. c'était donc environ 55. il a été d'environ 7.000 par an. mais il est loin d'être nul. il y a 1. queles immigrants ont besoin d'un acclimatement. vieillards. est de 71. auxquels étaient venus s'ajouter. sur ces 55. Le produit de leur travail ne commence donc qu'environ deux an s après leur arrivée. enfants. Revue des Deux-Mondes. age 55.

4. — 1857. 232 MARTINIQUE. .307 30 juin 1854 31 décembre 1854.646 » » 1.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. . Novembre 1859. CHINOIS.248 2. TOTAL !. . GUADELOUPE. . AFRICAINS. .594 1. .247 60 » 1.094 ..279 » — 6. — 1855. Situation numérique des travailleurs étrangers existant dans la colonie.155 184 2. 6. . .. 3. .987 34 » 33 » 2. . — 1858. INDIENS. » » » 314 >> TOTAL 1 189 495 855 691 » 1.201 .256 ' Y compris quelques centaines d'Européens et de travailleurs provenanl des colonies anglaises. AFRICAINS..527 — 1859. 541 4. » 69 1. 1. 1 Y compris quelques Européens. . — 1556. 50 juin 1854 Décembre 1854.790 2.037 5. et 500 Chinois arrivés en 1859. .995 7.. INDIENS. MADÉRIENS.748 » 1.578 1858.885 3. 889 58 » 1.563 2.234 .989 » . — 1855.884 5.158 5. Situation numérique des travailleurs existant dans la colonie.976 10.443 janvier 1836 Décembre 1857. 4. .

251 24. Situation numérique des travailleurs étrangers existant dans la colonie. 59.954. Or nous avons vu que les produits des années postérieures à l'esclavage.226.324. si l'on .701 50.227 36.COLONIES FRANÇAISES.503 fr. pendant la période quinquennale suivante.144 16.074.025 25. après cinq années inférieures. 34. — 1855 — — 1 1856.228.650 62. 51.859 - 1859. se sont élevés. Martinique Guadeloupe Guyane Réunion 59.500 41. TOTAL 1. ne comparons.671 7.580 55.265 45. au-dessus des produits des années antérieures à l'esclavage. 1857 AFRICAINS.648 1852-1857.705 Pour être plus précis encore. 39.912 4. 1845-1847. 233 RÉUNION.. 36. Rappelons ces chiffres : MOUVEMENT GÉNÉRAL DES AFFAIRES.914 50.646.799 33.071 13.201 10.143 00. Décembre 1854 ..104 Y compris quelques centaines de Chinois. INDIENS.081..175 — 1858 36.904.959 fr.287 35..376 72. Ce n'est donc que depuis 1857 et 1858 que la présence des immigrants a pu avoir une influence sensible sur la quantité des produits.461 0.

dans ce cas. 20.095 h. admettons que les engagés ont doublé le nombre des travailleurs.272 55. l'étendue des cultures a diminué. où l'immigration est aussi presque nulle.602 Guyane Réunion 1857. bien que le chiffre des produits ait augmenté.830. il est injuste d'accuser l'émancipation d'avoir tué le travail) .234 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. à la Martinique. 31.. dans les colonies.620.125 Excepté à la Guyane.530 43.323.277 901. On objecte que le nombre d'hectares en cultures a diminué dans trois colonies :· 1846.876 5. Mais il est impossible de sortir de ce dilemme : Puisque les produits du travail ont augmenté. 34.723 23. les produits sont donc presque entièrement le résultat du travail des anciens esclaves. •veut.813 8.921 h. et notamment à la Guadeloupe et à la Guyane d'environ moitié. Or. ou bien la plupart des esclaves ont travaillé.319.150. 61.622. À la Réunion.420.919 12. . les produits ont été partout plus élevés.020 1856. 24. que le chiffre des exportations à dix ans de distance : 1847. 23. Martinique Guadeloupe 18. sans oublier les machines. or le produit a triplé : les anciens esclaves y sont donc pour quelque chose.629 On le voit. et. le chiffre des immigrants a été jusqu'à cette époque insignifiant.736 91.784 . à la Guadeloupe.522 1. excepté à la Réunion. Martinique Guadeloupe Guyane Réunion.

à qui on a tant sacrifié. 235 ou bien le nombre de travailleurs a diminué. le perfectionnement des procédés. Remarquons-le de suite. la dernière année dont les résultats soient connus officiellement. et dans ce cas. . Ces chiffres sont extraits des Notices sur les colonies. et que la meilleure gestion des habitations. sur plus d'un point. en même temps. Il faut en conclure que le travail libre est plus productif que le travail esclave. moins de bras ayant suffi à plus de produits. Mais il faut convenir. que d'importantes cultures ont été abandonnées. » Qu'on ne se plaigne donc pas de la diminution. je ne le nie pas 1. Le travail a été moins de' Voici tes chiffres de 1856. c'est la meilleure preuve de la supériorité du travail libre sur le travail esclave.. et font valoir un domaine que cultiveraient en France quelques valets de ferme et une demi-douzaine de chevaux. Roy. a été. on produit plus. des bras. mais la canne. des troupeaux de mulets et de bœufs qui cultivent quelquefois moins de 50 hectares. écrivait en 1847 un observateur déjà cité. ce sont les blancs. « On est surpris. et des Tableaux de population. peut-être parce qu'on avait trop épuisé la terre. de voir des centaines d'esclaves. on a continué à négliger le café.. sans se souvenir qu'autrefois ils étaient en excès : avec moins. cela tient à trois causes et non Pas à une seule. Or on sait que la diminution des bras était l'un des progrès les plus urgents à réaliser. ont amené des progrès sous l'aiguillon de la nécessité. comparés à ceux de 1846. délaissée. 1° Ce ne sont pas seulement les noirs qui ont fui les habitations. par M.COLONIES FRANÇAISES.

000? L'erreur est confirmée par le chiffre des produits.876 20. Nombre d'ouvriers Nombre de machines.723 18. 4.813 Canne à sucre . il reste 43.. Les 22. tafia.000 hectares de 1856auraient produit 33.963 51.000 hectares plante* en canne auraient. la déduction a été faite. et les 11. mélasses. vieillards et enfants.892.050 francs. Le même tableau établit que le nombre des enfants audessus de 0 ans excède un tiers.736 1.661 4...427 1. on constate que ce chiffre de comprend les femmes..388 3.232h 31..902 3. .331 3 11.228 1 31. Anes ..228.094ί 23. produit seulement eu sucre brut et terré.000 esclaves seulement.912.. Cacaoyer .114 1 En so reportant au tableau de la population (p. Cochons .. Cotonnier .057 9.349 2.672 9..650* » » 3.023 8.578 11. Le moment du payement de l'indemnité a été l'heure d'une liquidation générale. or les deux chiffres de 1846 et 1856 sont précisément les mêmes. publiés en 1850. Sans parler des femmes. Nombre d'hectares en culture 34. . 5 Λ la suite de l'excellent rapport de M..954 205 3. Déc 1860.249 892 9.360 3.. . Il en résulte une véritable difficulté à admettre le chiffre indiqué pour les cultures.081 16.794 EST celui des travailleurs effectifs.. comment 23.861 152 2.228.. n° 12 à 17.139 159h 502 h 425 1θ" 545 134 10 47 030 122 511 12. 1846 1856.236 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Chevaux . .385 430 16. .189 22. 12). 14..562 65.450 13.. c'est-à-dire exactement le chiffre 65. GUADELOUPE. Jules Duval au nom du jury spécial de* Colonies et de l'Algérie à l'exposition générale d'agriculture en 1860 (Rev.742. mais aussi moins offert . Mulets .485 8. en 1846.. sirop.143 27.748 3. de vulture. de commerce et de navigation. .000 hectares emploierarent ils autant d'ouvriers que 44.794 02 3.. de 1846 2 Pour la Guadeloupe. Caféier . .200 Nombre d'habitations.202 44. 1 856..379 6. MARTINIQUE.780 francs? Or les prix ayant généralement baissé.322 28 43. Vivres .400 15.530 23. 1846... Moutons . on ne pourrait attribuer cette hausse à leur variation. Col..850 h 025 4. si l'on retranche un tiers de 65. Boeufs .. 1. mandé.. tandis que le chiffre de 43.. SOIT 21. 31.142 9.075 8. Chèvres . pour l'année 1856. Tabac ..644 6..256.238 4.

et qui a généralement sacrifié son indemnité pour obtenir quittance de ses créanciers. De là chômage. le travail des champs semble délaissé. le vice-amiral Fourichon. où on produit plus. chap. on trouve un résumé des documents statistiques sur let Colonies pour 1857. il cont. c'est partout que. quoique puisé au\ sources officielles. qui est plein d'intérêt. Maurice tome n°. publiée en 1860 par M. » 2° On manque de bras à la Réunion. Les petites industries urbaines et la pèche reçoivent ainsi quantité d'anciens esclaves dégoûtés du rude travail des champs. Aux raisons générales. de laisser partir les anciens travailleurs. faute de capitaux pour fournir les salaires. ont préféré l'industrie à la culture. et notamment plusieurs chiffres impossibles à concilier soit entre eux. soit avec les tableaux de 1856 et les notices qui nous servent de guide. où on produit moins. maisirrémédiables. On sait que de tout temps les mulâtres et les hommes de couleur. On peut Consulter encore la Statistique (If lu France. il est déplacé. et leur exemple a dû influer sur les nouveaux affranchis. des digues. tien . libres ou affranchis. 237 Je lis dans une dépêche de M. On manque de bras aux environs de Paris comme aux environs de Cayenne. les populations ouvrières quittent les champs pour les villes. à cause de l'imperfection des statistiques envoyés par les Colonies. gouverneur de la Guyane. sous l'empire d'un mouvement plus facile à comprendre qu'à entraver. plus d'une hypothèse et d'une inexactitude. comme à la Guyane. le même effet peut donc tenir à deux causes opposées. Ces désaccords sont fâcheux. 1847.COLONIES FRANÇAISES. décroissement des usines. a été contraint. 1853 : « L'habitant qui était obéré avant l'émancipation. 5' Ce n'est pas seulement aux colonies. l'attrait P. (l'auteur prend soin d'en avertir). la somme de travail est la même. XX. la diminution des travailleurs et l'augmentation du travail. 1837. des canaux. Mais. le travail n'est pas détruit. 853).

était déjà de 15. la privation l'y contrai nT. la peur d'y retomber et surtout d'y voir retomber leurs femmes. Car il s'opère un double mouvement. on l'a remarqué partout. aux colonies. puis enfin la facilité de posséder une petite propriété et de se suffire avec ses produits. parce qu'il a une famille. le goût du changement. l'horreur de l'ancienne condition. l'homme souhaite une propriété : pour l'acquérir il se livre au travail. qui sont presque nuls. l'appât d'une vie moins monotone. s'il fuit le travail. d'un plus fort salaire. il travaille au service d'autrui.906 individus. Mais c'est l'admirable mécanisme moral de la liberté que ses devoirs se soutiennent et s'enchaînent.238 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. l'un vers les centres habités. pour que ce travail soit plus avantageux. le noir vit de peu sur une terre que le soleil féconde. y compris les membres de leurs familles. et à ses jouissances. je lis que le nombre des noirs propriétaires. que les noirs. se joignent. le désir de l'inconnu. et il est ainsi ramené par le désir de son bien personnel à contribuer au bien commun. et mesure son travail à ses besoins. en 1840. seul ou avec sa famille. se sont empressés de soustraire au travail de la terre. à leurs frais» 5. Le rapport ajoute: « Lorsque le paysan de la Guyane s'élève d'un degré dans l'échelle sociale et devient propriétaire d'une petite étendue de terre fertile. ayant construit sur leurs terres. l'autre vers les espaces inoccupés. la raison spéciale déjà donnée. Là.322 maisons. qui sont précisément l'oisiveté et la vie errante. il est peu de conditions aussi dignes d'envie que la . Dans un rapport sur la Guyane anglaise.

le cacao. . très-peu vers les prisons et les hospices. produit de la grande culture. Ne nous hâtons pas. Les chiffres de la douane transforment cette hypothèse en un fait réel. les peaux. de croire que l'émancipation a transformé en vagabonds tous les esclaves qui n'ont pas voulu cultiver la canne. la casse. A la Guadeloupe. A l'aspect de cette prospérité des laboureurs de la Guyane anglaise. le rocou. le travail est déplacé plutôt que détruit. s'occupe dans les villes. le rhum. » Je ne prétends assurément pas que ce tableau. on est tenté de dire de la partie cultivée de la colonie ce que Goldsmith disait de la vieille Angleterre et de ses produits : « Chaque morceau de terre nourrit son homme.COLONIES FRANÇAISES. peu de mendiants. le coton et les articles divers Un autre renseignement atteste le même fait. 239 sienne. les peaux. quelques vagabonds. les et les articles dicers. diminue après 1848. du moins. Je le répète. soit le portrait de nos colonies. les bois. A la Martinique. un grand nombre fait autre chose. une autre vers les terres inoccupées. ou se suffit sur un coin de terre. A la Martinique. le cuivre. peu de contrées aussi heureusement partagées. écrit six ans après l'émancipation. elle a fait des artisans et des petits propriétaires. à la Guadeloupe. peu de criminels. le rhum. pendant que le chiffre du sucre importé en France. presque tous les autres produits industriels ou agricoles augmentent. Où sont les pauvres? où sont les mendiants? L'émancipation a poussé nue partie des anciens esclaves vers les villes.

sans augmenter les salaires. moins considérable qu'on ne l'a dit. Mais comme il est possible que la désertion des cultures. J'admets une si évidente nécessité. et qu'il a réglé minutieusement toutes les conditions de l'immigration par les deux décrets des 13 et 27 mars 1852 1 ' L'immigrant s'engage devant un agent du gouvernement et pour cinq ans seulement. On sait que le gouvernement n'a autorisé qu'en 1852 le recrutement sur la côte d'Afrique. l'immigration est nécessaire provisoirement pour développer la production et diminuer ses frais. comment relever les grandes cultures? comment.240 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Répétons-le. mais des concurrents. on ne cherche pas des remplaçants. La grande culture a souffert sans que la société tout entière eût à souffrir. III. C'est là le vrai but. Oui. on demande des bras moins pour remplacer les anciens ouvriers que pour les stimuler. On s'assure qu'il est libre et qu'il a conscience du contrat . la vraie raison : rendre le travail des anciens esclaves moins-coûteux. développer les cultures. tous les efforts du gouvernenement français afin d'obtenir des travailleurs nouveaux. triompher de tant de causes de désertion des travailleurs? On répond d'une commune voix : par l'immigration. Elle est un moyen de faire baisser les salaires par la concurrence des bras et de diminuer les frais de fabrication en fabriquant davantage. s'élargisse encore et que la rareté des bras augmente les salaires. diminuer le prix de revient. elle explique toutes les demandes des colons. diminuer les salaires.

qui a des comptoirs sur toute la côte d'Afrique. son traitement s'il est malade. la place à laquelle il a droit. 2.La totalitédes 20. entre l'amiral Hamelin et la maison très-renommée de MM. Art. Une croisière est entretenue à grands frais sur les cotes d'Afrique. ne devra pas être moindre du cinquième ni excéder la moitié. s'il veut se rapatrier.nourriture. Régis qu'en état de liberté. Pendant la traversée. Un traité plus récent a été conclu le I ί mars 1857. dans les termes prévus par les règlements. et le commandant veille avec une extreme sollicitude sur les fraudes. L'introduction commencera en 1857. sa. tout est réglé. Les émigrantss ne pourront. être embarqués sur les.000 devra être introduite au 1er janvier 1863. s'il préfère se réengager. Pour entreprendre le transport saire. Art. 16 . qu'on lui propose. sa prime. Art. t. les infractions.. Au point de débarquement. 1er. sa femme et ses enfonts. Il est vacciné.COLONIES FRANÇAISES. navires de M. 5. e des emigrants. son salaire.. t. l'immigrant est placé sous la protection d'un nouve l agent du gouvernement. une autorisation I. son vêtement. son rapatriement. M. 4. C a e est néces- g nt est en général un chirurgien de la marine. sont garantis par cette protection. 241 Un premier traité avait été passé entre le ministre de la marine et deux armateurs de Granville en 1854 et 1855. Voici le texte même des premiers articles de ce traité curieux : Art. choisi précisément comme plus eclairé sur les détails de salubrité et d'hygiène. Le contingent pour chaque colonie devra comprendre des femmes de douze à vingt-cinq ans dans une proportion qui. les invasions de la négligence ou de la cupidité dans ces opérations compliquées. ou à une prime égale à ces frais. dans l'en- semble de l'introduction de l'année. son lit. Des peines graves menacent ceux qui manqueraient aux engagements pris envers lui. soigné. Il a droit aux frais de retour de lui. Régis. vêtu.000 engagés africains propres à l'agriculture. D'autres moins importants l'ont suivi. nourri.. Régis aîné s'oblige à introduire à la Martinique et à la Guadeloupe 20. de Marseille.

1847. 242 Ce traité est en pleine exécution. comme on le fait pour un Indien. On oublie surtout que. 217. de contre-maîtres. du travail aux colonies. par M. choisis au hasard par les capitaines. et on en donne souvent pour preuve l'insuccès des anciens engagés blancs. le gouvernement français voulait encourager l'émigration européenne. . traités pendant les dix huit mois ou deux ans de leur engagement comme de vrais esclaves. nous l'avons vu. les Chinois. depuis 1626 jusqu'à 1774 1. Hist. En 1845. de mécaniciens. ces engagés n'en sont pas moins « Revue coloniale. les Africains. qui furent les premiers ouvriers des colonies. la hauteur du pont du navire. transportés sans qu'on calculât pour ces Français. Mais on oublie que ces engagés ont pourtant travaillé pendant 148 ans. car les colons manquaient surtout d'ouvriers d'élite. mal nourris et peut-être sans salaire. qu'on accuse de n'aimer que la paresse? On a successivement essayé les Européens. Mesure sage et prévoyante. de chefs de culture pour perfectionner leur outillage et conduire ou former des ouvriers moins intelligents. Mais quoi ! n'est-ce pas un fait très-remarquable au point de vue qui nous occupe? C'est à la race africaine qu'on emprunte des travailleurs destinés à remplacer d'autres Africains. On a beaucoup dit que cet essai n'avait pas réussi. les Indiens. Maurel. p.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Les colons en attendent les meilleurs résultats. la quantité d'air respirable et d'eau potable. parce qu'il est impossible aux Européens de travailler sous Le soleil des tropiques.

sans qu'il en soit mort un seul 1. On sai t que. que la population blanche est suffisamment augmentée. qui habitent encore les colonies. 10 juillet 1860. col. rien de comparable entre les deux époques. les blancs ont plus de peine que les noirs à s'acclimater. si l'immigration française et européenne se porte peu aux colonies. c'est moins parce que les Français ne peuvent vivre aux colonies que parce qu'ils aiment mieux vivre en France. mais. Les races habituées à l'émigration et propres au travai l sous le ciel des tropiques sont. le chemin de fer de Kingstown à Spanishtown. l'Anglecompte pour plus de 240. 1845. 216. Mais il ne faut pas renoncer à introduire. les Chinois et ' Rév.. dans ces ateliers. Ainsi les engagés ont fini non parce qu'il ont échoué. {Rapport de M. il y en a beaucoup à Porto-Rico. mais à peupler. en 1845.000 personnes oui quittent annuellement l'Europe. le Français est le moins emigrant des peuples1.7. mais parce qu'ils ont réussi. à la Jamaïque. 243 devenus la souche d'un grand nombre de familles. qui est resté le même. Sur 400. si ce n'est le climat. en Asie. après tout. la France pour 17 à 18. parce que le but est atteint. Or on a vu les blancs travailler même à la Guyane. et l'arrêté de 1774 arrête l'immigration. Sans doute.000 .) terre . En tous cas. pour des raisons diverses. En outre. ce sont des blancs qui ont construit.000.000. de bons ouvriers européens aux co- lonies. l'Allemagne pour 100. ils sont habitués à un salaire et à une nourriture qui rendent leur emploi fort coûteux. même à grands frais. les têtes manquent plus que les bras. Hubert Deliste au sénat sur la loi relative à l'immigration.COLONIES FRANÇAISES. Ils n'étaient pas destinés à travailler.

les Malgaches. M. les habitants de Madère et des Açores. les Indiens. par le Louis-Napoléon. en Afrique. emprisonnés. Or. Les Pondichéry et de à Indiens Karikal. la réunion en famille des coolies engagés.000 coolies. et nos agents de recrutement ont été plus d'une fois. plus intelligent que le noir. même au moment de la guerre de mende.244 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Plusieurs convois suivirent. très-mal traité dans sa patrie. plus de 150. L'Indien est sobre. pour obtenir du gouvernement anglais en I860 un traité qui assure à sieurs cette colonie 0. le petit. La France a été naturellement tentée d'imiter cet exemple. il émigré volontiers. puisqu'elle les trouvait chez elle. poursuivis. aux Africains Crimée. et principalement partaient mais de nos comptoirs de à succès fut satis- le lurent ainsi expédiés la Réunion.000 ont été engagés et conduits dans ses colonies. . territoire de ces débris de notre puissance est fort et les coolies venaient presque tous de l'intérieur et étaient originaires des vastes possessions britanniques. les noirs des deux côtes.000 Indiens environ nos colonies. Indians. Un premier convoi fut organisé en 1852. qu'a résolu l'Angleterre? Elle a constamment re- fusé de consacrer légalement cette émigration. moins vigoureux. était facile à l'Angleterre. Il a fallu l'habile énergie d'un délégué de la Réunion. mais avec l'intention d'y revenir. avec infiniment de précautions pour la santé. la liberté. Elle uous demande el nous refuse les Indiens : frappés d'ade renoncer depuis plu- années on en est là. L'émigration des travailleurs indiens. connus sous le nom de coolies. faisant: 12.

malgré des traités toujours violés. fermée. M. et. écrivait à la même époque <le Macao : « La population chinoise du Sud est surabondante. Georges Barkly écrivait au comte Grey : « Nous trouverons en Chine des ouvriers plus capables de supporter le climat que les Madériens. plus énergiques que les Indiens.. etc. . Des milliers parlent de Singapore chaque année el. White.COLONIES FRANÇAISES..de là se répandent dans les îles voisines. Ils fourmillent à Manille. à Penang. il lui faut un effort surhumain pour se procurer les premières nécessités de la vie. les Chinois ont défriché des bois. Près d'Amoy on voit des sucreries et des cannes bien cultivées. sous la même latitude que celle de la Guyane. dès 1851.. » Un autre agent. M. En dépit des règlements qui prohibent strictement l'émigration. aux relations avec l'Europe . Parliamentary papers. Plus éloignée de nos possessions. plantés des épices. les Chinois désirent quitter leur pays et sont prêts à aller partout où ils ont chance de gagner leur v ie. Ses moyens d'existence ne sont pas en proportion avec son accroissement journalier. elle ne nous offrit que des ressources insuffisantes. 11 y en a plusieurs centaines de mille à Java. 1851. Rapporte au Comité d'émigration. A Singapore.. » Le climat du sud de la Chine est d'ailleurs le même que celui des Antilles. 245 La Chine ne nous donna pas ce qui nous était refusé dans l'Inde. L'Angleterre avait beaucoup compté sur les Chinois 1. plus traitables que les Kroumens (Africains libres de la côte de Krou). On les trouve par masses en Australie et en Californie.

ni dans les possessions françaises. L'Indien. tandis que les (Illinois s'acclimataient bien à Cuba. engagea les des révoltes à bord. ils furent l'ori- gine de troubles sérieux à Amoy : les papiers anglais contiennent d'abominables détails sur l'embarquement illi- cite de petites lilies sous pavillon portugais. l'émigration et le recrutement sonl libres. 1854. ils sont vigoureux et laborieux en général. En outre. très- armateurs à élever le prix du fret très-haut ou à refuser leurs navires. lève ces difficultés. acceptaient du Pérou le travail répugnant de l'embarquement du guano. enfin parce que le danger soit fréquentes. Malgré Ces avantages. 3 Correspondance de lord Clarendon et de sir John Bowring. au point de se suicider [tour échapper à leur sort 3 Mais les principaux obstacles à l'émigration des Chi- nois. tiennent à cette cause dominante en toute question de race.754. la mortalité effrayante1. et n'en ont dé- barqné que 4. . 2 Le glorieux traité signé à Pékin le 25 octobre 1860.356 Chinois pour le Pérou. comme des Indiens. il paraît qu'ils n'ont pas entièrement réussi dans les co- lonies anglaises. et achevaient sous le soleil des tropiques le chemin de fer dè Panama. Les abus étaient (Tailleurs nombreux. soit parce que la lon- gueur de la traversée rendait le prix élevé. si ce n'est à la Guyane et à la Trinité. soit parce que l'obligation de recruter seulement aux ports ouverts créait trop de difficultés*. et sur les sévices dont les Chinois transportés sous pavillon anglais aux îles Chincha furent victimes. arrivé dans les 1 24 navires ont embarqué 7. cause sur laquelle 1a religion agit seule: les mœurs.246 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

. retenu par ses préjugés de caste. on applaudit donc de bon cœur à ce langage de sir George Bonham : « Si on ne trouve aucun moyeu d'obtenir une émigration des femmes. leur vente pour la prostitution n'a rien qui choque. chirurgien délégué du gouvernement qui accompagna 429 emigrants. mars 1860. comme on ne peut amener autant de femmes que d'hommes. les femmes s'achètent el le mariage n'est qu'un marché: un grand nombre est esclave. Les correspondances anglaises sont pleines à cet égard des plus curieux renseignements. et. Leclerc.) « La gale est une affection très-commune et très-difficile à détruire c hez les Indiens. col. Le Chinois lient à avoir des ancêtres. qui la considèrent comme une émonction très-utile et nécessaire à la santé.COLONIES FRANÇAISES. il en résulte une immoralité dégoûtante1. mais la parenté féminine n'est rien à ses yeux. W hite. on est peu disposé à épouser des Chinois. parfaitement conformes aux dires de nos missionnaires. dans nos colonies. on comprend aussi quelle immoralité entraîne l'émigration des Chinois sans famille. » . et la condition des femmes en Chine rend impossible leur émigration. et par suite à laisser des enfants. Je lis dans un rapport plein d'intérêt de M. au témoignage de M. partis de Pondichéry le 2 août 1859 pour la Guadeloupe sur le Siam (Rev. Aucun autre moyen. Le Chinois n'a pas les mêmes scrupules : on voit à Bornéo el aux Philippines des métis chinois très-nombreux. l'infanticide des petites filles est très-commun. 247 colonies. il ne fait pas souche. ne veut pas se marier. celle des hommes doit cesser aussitôt : (amorale 1 La malpropreté dos Indiens n'est pas moins repoussante. Mais. pour en procurer aux colonies que d'en acheter. Mais on comprend que sir John Bowring se soit opposé énergiquement à ce trafic.

Le plus grand nombre vit païen et en païen. par sa côte 1 Correspondances du gouvernement anglais. . ornée dans le goût de leur pays. A la Réunion. En Afrique. écrivant aux gouverneurs des colonies : « Si la proportion des sexes ne peut être rétablie. 1854. il faut qu'un terme soit mis à l'émigration. Mais ce sont précisément les races les plus difficiles à convertir au christianisme.000 Indiens. les îles de Madère et des Açores ont fourni aux Anglais. mais ce n'est pas évidemment une source suffisante. par sa cèle orientale. faisant face. Mais leur apostolat ne s'étend qu'au plus petit nombre et finit avec la durée du séjour. Le vaste continent africain était là. quelque regrettable que puisse être cette nécessité1. une chapelle spéciale pour les Indiens. ils sonl nés libres et regardés connue des travailleurs vigoureux et intelligents. » el à ces paroles du duc de Newcastle. La Réunion pourrait avoir recours aux Malgaches el les engager sur les côtes de la grande île de Madagascar. p. deux missionnaires jésuites et un curé qui parlent le malabar se vouent à la pénible tâche d'instruire plus de 30. el ces usages invétérés. et tant que cette oppression durera. le recrutement scia toujours impossible ou précaire.000 individus. une seule puissance pourrait les vaincre. cl les devoirs qu'elle impose nous le commandent. à nos possessions d'Amérique. a été élevée par les soins de l'évoque. quelques centaines à nos colonies. mais la tribu des Hovas les lient sous le joug. » Celle immoralité des Chinois et des Indiens. 22-25. 15. en 1847 el 1848.248 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

qui des M. plus soumis que l'Indien.COLONIES FRANÇAISES. 249 occidentale. plus ouvert aux influences religieuses que l'un el l'autre. « La population noire. plus aisément établi et mêlé au sein de la population. 5. N'est-il pas curieux. 1 Par 557. et après avoir bien cherché comment on remplacerait les nègres affranc his. Rev.. disparaîtra des contrées soumises à la souveraineté des blancs. En outre. à tous les maux col. je lis ces paroles : « On verra se produire le fail que la marche providentielle des événements réserve peut-être aux races humaines. de voir les colons revenir de préférence à la race africaine? A la fin d'un mémoire écrit en 1844 sur les avantages de l'immigration chinoise et indienne 1.. immigration. ne les menace-t-elle de Challaye. se plient moins au travail et s'ouvrent moins au christia- nisme que cette race toujours dédaignée. sci ait par d'autres nègres semble le colonies. plus élevées. ancien consul remède pas de en Chine. poussée et refoulée de tous côtés par d'autres familles placées à un degré plus élevé dans le développement de l'espèce humaine. au point de vue qui nous occupe. le noir était déjà familier à nos colons. Cette race a été et est encore universellement préférée. » Le contraire se réalise. Cette m aux . plus moral que le Chinois. à l'ile de la Réunion et à nos établissements des Comores. . on a dû conclure que ce affranchis.. Ces familles. très- 1844.

le gouverneur. ou encore de faire baisser le prix du travail par la création d'une concurrence factice 2. et partout je ne vois qu'abus de bras. .250 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. envisagée.773 Indiens. Elle impose aux colons des dépenses 1 qui seraient plus utilement employées à perfectionner leur outillage. Elle est funeste aux affranchis. 1847. Dans son rapport sur l'administration de la Jamaïque en 1845. N'est-il pas inique de faire peser cet impôt sur ceux auxquels on vient faire concurrence ? 2 Revue coloniale. aux engagés. bien loin d'encourager parmi eux le travail.11. puis réalisés depuis le jour où elle a été accomplie. destinée à suppléer ceux qui ne travaillent pas. » Le gouverneur de la Réunion. et à mieux pa ver les affranchis . mais que la caisse des immigrations manquant de ressources. du 2 décembre 1859. exposait que la colonié avait déjà reçu 5. p. elle fait concurrence à ceux qui travaillent..205 Africains.166 emigrants depuis 185-4. 188 Madériens el 3. Darricau. s'écriait) en 1858. il convenait de s'en procurer. partie par les engagistes. aux colons. déclarait n'avoir qu'une confiance médiocre dans les effets de l'introduction d'émigrants. partie par un impôt de capitation. elle achève de le décourager. 1 L' Avenir. aux colonies. graves. elle habitue à demeurer dans la vieille routine de mauvaise administration. L'immigration pèse sur le salaire des affranchis et. lord Elgin. avec une louable franchise : α On me demande partout des bras. disait-il. M. 323. « comme un moyen de ne pas admettre les perfectionnements commandes par l'expérience. qui dureront plus longtemps que les services qu'elle peut rendre passagèrement? Les maux qu'entraîne l'immigration ont été signalés. de la Guadeloupe. en tout 9.

il y avait 500 femmes.000 introduits en 1843. c'est à leur présence que les magistrats attribuent les progrèsde la criminalité.) . Rev. la Réunion. et comment en serait-il autrement? Sur 25. pas d'exemples. p. d'Indiens. En pensant à ces petits coins du globe où se mêlent et s'entassent. de Malais. pas d'écoles. le pays n'eut à gémir de forfaits si nombreux et si divers que depuis l'immigratio n indienne. On se rappelle bien qu'on a un rival dans le sucre indigène quand il faut régler les droits différentiels.000 femmes. 6. Maurice a déjà reçu plus de 107. A aucune époque. leur trans- 1 2 Journal des Débats. Si ces hommes se rapatrient. ces populations nouvelles sont scandaleuses. » Funeste aux affranchis. des masses de noirs. sur 46. on frémit pour la race. 15 avril 18 60. 18 septembre 1859. de Chinois. affligés par cette invasion d'un paganisme que la religion chrétienne n'a pas le temps d'entamer. des Deux-Mondes. parmi ces travailleurs. chiffre supérieur à celui de la population totale.458 Indiens introduits à Maurice par l'industrie privée de 1834 à 1839. mauvaise conseillère pour les colons. l'immigration crée surtout un danger permanent pour l'état social et moral des colonies. que les prêtres essayent d'évangéliser avec des peines infinies. menacée de mélanges déplorables. 8G8. pas de chefs. De l'aveu de tous2. les derniers de leur pays. pour la morale et le bon ordre. (Jules Duval.000 Indiens. la Réunion plus de 50. Pas de prêtres de leur langue.000.251 COLONIES FRANÇAISES. niais on ne s'en souvient plus guère quand il faut régler l'économie industrielle de la production sucriére l. même dans tes plus mauvais temps de l' esclavage. avec un petit nombre de blancs.

l'instruction agricole ou morale est toujours à recommencer pour ceux qui arrivent. non plus les affranchis. après avoir tout corrompu. 1 Rev. p. qu'ils leur rapide passage n'introduit aucun progrès. La colonie devait encore à . bien longtemps auparavant. Ce point de vue sera examiné ailleurs. ni les colons.l'appât du placement assuré de la marchandise humaine ressuscite la traite et la chasse aux esc laves ou le racolement des Indiens. à ces conclusions : 11 n'est pas exact que le désir d'introduire aux colonies des travailleurs nouveaux soit né main et par suite seulement le lende- de l'abolition de l'esclavage.119. Ce dernier danger menace. col..500. il a été conçu. à bien d'autres malheurs. Il n'est pas exact que l'émancipation ait supprimé entièrement le travail et rendu celle immigration absolu- . mais les engagés eux-mêmes.252 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. on aboutit. énorme pendant le trajet énorme après l'arrivée.En 1845.250. au gouvernement 8. 1846. absorbenl budgets 1.116. en résumé. 57. En considérant ici exclusivement l'intérêt colonial et la question de l'émancipation des esclaves. en Afrique ou dans l'Inde.350 fr. à moins que la mortalité. les capitaux. leurs salaires. Rev. Ils sontexposés.. p. port coûteux ruine les emportent. la métropole 7. ne serve de remède.000 fr. l'immigration de Maurice avait coûté à la colonie 9. 1844. .000 fr. ni les colonies. et avait 1. comme la théorie pour les conscrits. exprimé. réalisé. s'il est vrai que. par an à dépenser pour de nouvelles introductions. col. ils finiront par être les plus forts et peuvent tout dominer. 300 fr. 511. s'ils demeurent.

par la concurrence. et de mesures qui leur rappelaient leur passé. 253 ment nécessaire. sur quelques points. que le prix des produits. le prix de revient. coû- teux. car le chiffre des travailleurs et celui de la production prouvent que le plus grand nombre des anciens ouvriers prend part au travail. Mais il est démontré que cet expédient.COLONIES FRANÇAISES. ni qu'il augmente de plus en plus. qu'à cause du premier élan qui a poussé les affranchis à fuir le travail agricole. et justifie les mesures prises pour faciliter l'immigration. Il n'est pas exact que ce ralentissement de travail ail duré beaucoup plus que dans la mélropole. sur tous pour diminuer. que les metiers. est dangereux pour l'avenir des sociétés coloniales. des engagements. Mais il est vrai que le travail s'est déplacé. sur d'autres. augmenté d'abord. difficile. Ce besoin dure encore. [tour les développer. et s'il n'était strictement limité à la proportion nécessaire pour rétablir l'équilibre entre la popu- . que les affranchis se sont défiés du livret. que les colonies ont eu besoin nouveaux. que la demande des consommateurs de s'est bras beaucoup accrue. particulièrement du sucre. a baissé ensuite. qui était pour eux le signe de la servitude. la petite culture el enfin le vagabondage ont enlevé beaucoup de bras à la grande culture. équivoque. pour sauver les cultures. et les habitations. Le travail a été ralenti autant à cause de la situation générale des affaires et de la situation spéciale des propriétés coloniales. Il est vrai que les salaires ont un peu augmenté. qui en étaient le théâtre. qu'une plus grande augmentation est à craindre.

réunions de tous les sangs. Je ne puis supposer que d'ici à cent ans le nombre des Chinois. n'est-ce pas aussi le préjugé. qui n'ont pas les mêmes raisons de défiance. vastes fabriques où maîtres et ouvriers n'auraient rien de plus pressé que de s'exploiter réciproquement el de se fuir. pourquoi donc aller chercher bien loin des Africains plus brutaux et plus ignorants que les anciens esc laves? parce qu'on obtient des nouveaux arrivés des engagements. de paganisme et de christianisme. des Indiens. et surtout auprès de leurs enfants. en un mot ce qu'on peut appeler un esclavage provisoire. un livret. d'Indiens et de Malgaches. Ne vaudrait-il pas mieux tenter auprès des affranchis. des services forcés. des démarches plus sérieuses. ait centuplé dans nos colonies. sans croire que le nombre des Européens ait diminué d'autant.254 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. lation et les capitaux. le parti pris des anciens maîtres? A part d'intelligentes exceptions. ce sonl les Africains. de Cafres et de Chinois. qu'ont-ils fait pour diminuer dans la pratique la distance que la loi venait d'effacer entre les classes? . Se ligure-t-on un Saint-Domingue peuplé de coolies! 11 est encore démontré que les meilleurs immigrants. Si les Africains sonl la race qui s'assimile le mieux nos mœurs et nos croyances. il ferait des colonies des Babels inhabitables. de tous les cultes. les attirer et les retenir par de plus larges sacrifices et par de meilleurs procédés? On dit que le préjugé du noir affranchi c'est que la liberté' est le droit à la paresse. si c'est à celle race vigoureuse el soumise qu'après beaucoup de tâtonnements on en revient toujours.

que la Réunion a dépensés en huit ans pour faire venir des coolies de l'Inde.. Et pourtant on a été de tout temps persuadé que le nègre créole était bien supérieur au nègre africain 1. On a nommé des fonctionnaires pour protéger les immigrants et les surveiller. sans bien apprécier les conditions de la liberté. . le bien-être de ces nouveaux venus . Dût-il en coûter un sacrifice d'argent ou d'amour-propre. appliqués en primes au travail et en élévation de gages. le travail. 1 Voir notamment les déclarations des délégués des colonies devant la émmission de 1859. et de diminuer les frais généraux par l'établissement d'usines centrales. «Les 24 millions de francs.. l'immense avantage de constituer une société homogène et de retenir dans le pays le montant des salaires vaut bien quelque peine. Duval. on est surpris qu'aucun patronage analogue n'ait été organisé pour les affranchis. n'auraient certainement pas été stériles. ces fonctionnaires font des rapports minutieux sur la vie. » Il est un autre moyen de remplacer les bras.COLONIES FRANÇAISES. s'il en reste quelque vestige blessant pour la fierté d'hommes qui. L'usine centrale est à la plantation de cannes ee que le moulin est au champ de blé : un moulin sert à cent cultivateurs . 255 Cela est certain. d'emprunter aux fabricants de Su cre indigène leurs procédés. la nourriture. se savent fort bien échappés à l'esclavage. c'est de perfectionner l'économie et le matériel des cultures el des usines coloniales. 11 conviendrait aussi de modifier les mœurs locales. on a été bien plus préoccupé de remplacer les anciens esclaves que de chercher à les retenir. dit très-bien M. p. 109.

113 usines sur 118 étaient muet par des appareils à vapeur . en 1856. chaque année. 62 seulement possé- daient des mouline à vapeur.000 fr. journal des Débats du 6 juillet 1860. la Réunion recevait pour 330.. septembre 1860. Le perfectionnement des usines a fait la fortune de la Réunion. sèdent des La Guadeloupe et la Martinique pos- usines centrales dont les résultats sont admirables. la Martinique pour 40. les sucres de la Réunion étaient aussi beaux que les sucres raffinés. pour un chiffre plus élevé*. Λ l'exposition de I860. Revue algérienne et coloniale. et (nous allons le voir1 élargir le marché. En même temps le nombre des machines et mécaniques importées.Ve2 habitations . va- nilles. la Guadeloupe. lundis qu'à la Réunion . et «les médailles accordées à d'anciens affranchis ont démontré que plusieurs n'a- vaient besoin que de la liberté pour égaler leurs maîtres.000 Γι·. Attirer les anciens ouvriers en même temps qu'on en recrute de nouveaux. . figure au ta- bleau des douanes.000 frM. 350. chaque planteur avait son usine. les fermiers des usines payent des loyers élevés et font de beaux bénéfices. prouvaient que les grandes et les petites cultures étaient en progrès8. 256 jusqu'aux dernières années. ona porté le rendement de la canne de 5 à 13 pour 100. revenir aux anciennes cultures. pour 50. ses cafés. les rhums et tafias de la Martinique. adopter les procédés nouveaux. et on espère obtenir davantage. p. les cacaos. -A la Martinique. Les propriétaires qui ne font plus de sucre et vendent leurs cannes. sur . girofles. Jules Duval. c'est l'avenir des colonies. tabacs. ne sont plus endettés. Appeler 1 sans prudence des populations inférieures. de machines. d'après les derniers comptes rendus 1. les cafés de la Guadeloupe et les cotons de la Désirade.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

COLONIES FRANÇAISES. « qui a porté momentanément aux colonies un coup si rude. dans l'avenir. il est juste de dire que la plu- part n'hésitent pas entre les deux partis. dedéception. 17** . la meilleure organisation du travail. par J. » 1 Étude sur la situation économique des Antilles françaises. I. une source de résultats féconds et salutaires. en forçant les habitants à sortir de l'apathie dans laquelle les entretenaient la facilité de la production et son faible prix de revient 1. de péril. 257 s'entêter à sacrifier au sucre des produits qui n'ont pas de rivaux en France. 43. » dit un témoin éclairé. 1860. p. A l'honneur des colons. suivie d'une servitude provisoire. ce serait une voie pleine de honte. chercher dans une traite déguisée. « L'émancipation des esclaves. s'acharner à des tentatives plus ou moins maladroites pour ressusciter un passé maudit. doit être pour elles. retomber dans les anciennes habitudes. de Crisenoy.

3 août 1860. pavillon réservé. . 1860. etc. Est-ce tout? Est-ce assez? Les colonies vont plus loin et demandent à grands cris la rupture du pacte colonial. 30 juin 1860. travail forcé.—Le Libre Échange colonial. vente privilégiée. juin 1860. la liberté des produits du travail.CHAPITRE XIII LE PACTE COLONIAL 1. Journal des Économistes. et les colons réclament. C'est tout une révolution. le personnel des travailleurs est augmenté. Rapport au Corps législatif. — ComteCaffarelli. tarif prolecteur. Les colons ont reçu une indemnité. le travail est libre. 11 mérite de nous 1 Étude sur le système colonial. Guillaumin. Autrefois elles sollicitaient une protection de plus en plus grande. résullal indirect et inattendu de l'abolition de l'esclavage. comme un enchaînement logique. Aujourd'hui. par le comte de Chazelles.—Baudrillart. le niveau de la production a haussé. Joumal des Débats. par Lepelletier Saint-Remy. l'impôt sur les produits coloniaux est dégrevé.

après la réunion des colonies au domaine de l'Etat. notamment les Etudes d'un colon trèsrespecté. dans un temps où de nation à nation. 259 arrêter un moment. Recevant tout de l'Etat. L'aller était certain ainsi que le retour. de Chazelles. soit sous la forme de vente. de province à province. I . il était juste que les colonies rapportassent tout à l'État. dont le plus important pour elle. fut le transport des hommes. Nous ne ferons que résumer d'excellents écrits. La marine dut sa prospéritéà ces transports assurés. Mais l'Etat aussi bien que les colonies trouvèrent leur compte à rester unis par les liens d'un monopole réciproque : à l'Etat le monopole des transports et de l'approvisionnement des colonies en produits européens. On sait ce qu'on entend par le pacte colonial. ou la traite. un vaste débouché à ses navires à ses échanges. Les représentants de ces compagnies subdivisèrent entre eux une partie du sol. comme pour les colonies. chaque nation attacha d a l plus grande importance à ouvrir ainsi. le commerce des ports et celui des colonies se bornait à une opération simple et facile à régler. et.COLONIES FRANÇAISES. Cette appropriation continua* soit par suite de concessions. A mesure que les habitants commencèrent à se suftire. les transactions étaient arrêtées par es prohibitions sévères. les obligations étaient réciproques. aux colonies le monopole de l'approvisionnement de la métropole en denrées coloniales. par la fondation de colonies lointaines. les intérêts communs. l'Etat eut moins de charges avec moins de droits. Les colonies furent d'abord des propriétés indivises. M. concédées à des compagnies.

puisque la métropole fait seule la loi . acte de navigation de 1C00. comme la Hollande. de Chazelles. p. et les navires hollandais. dernier acte rendu par l'ancienne monarchie sur les douanes coloniales. le système d'échangeréciproque entre les colonies et la métropole. niais par cela même qu'elle agit seule dans une question où elle est intéressée. de se servir de l'étranger pour aucun transport. qui révoque la Compagnie des Indes occidentales.260 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. jusqu'au règlement du 50 août 1784. 9. et depuis l'édit de décembre 1674. mirent avec intelligence leur marine au service des autres. L'Espagne. de recevoir de l'étranger aucun produit. le Portugal. par l'exclusion absolue du commerce et du pavillon étranger. la France entrèrent successivement dans celte voie. intitulé : Acte pour déclarer par qui les marchandises peuvent être importées.a constitué. par M. avaient obtenu la plupart des transports des colonies anglaises. un traité à proprement parler. Ce n'est pas un pacte. pour réunir au domaine de la couronne les terres. aux termes duquel il fut interdit aux colonies anglaises de porter leurs produits à l'étranger. lorsque intervint un premier bill du 1er décembre 1651 puis le fameux. qu'on appelle encore le pacte colonial1. un contrat. 1 Étude sur te système colonial. îles et pays d'Amérique. toute la législation commerciale des établissements d'outre-mer. . elle est tenue d'être plus équitable. grâce à la modération de leur fret. La France adopta le même système. D'autres nations.

sous l'empire d'un préjugé banal. p. à l'aide du régime qui avait causé leur prospérité. la marine des Etats-Unis n'était que marchande. il n'y avait plus de marine hollandaise. m ais les circonstances avaient changé. Un quart de siècle après. 1 M. le mouvement de leurs opérations l'emportait sur celui de tous les Étals européens. une puissante marine militaire la protégeait. de la Guyane de la Louisiane. Ce régime lit la prospérité de nos colonies. Quand. plus de marine espagnole. et le pacte colonial vai t fait son temps.COLONIES FRANÇAISES. L'Angleterre était devenue la souveraine des mers '. de Bourbon. de la Martinique. maîtres de Saint-Domingue. qui engage plus que tous les écrits. 261 et on a toujours regardé celte réciprocité comme une sorte de parole donnée. l'approvisionnement de l'Europe passa presque tout entier au commerce français. 23-37. la marine ottomane ne quittait pas la merde Marmara . de l'île de France. On pouvait penser que plus les colonies étaient petites. En 1787. ce mouvement représentait 600 millions de francs. plus elles avaient besoin d'être protégées par la métropolo. La marine marchande était florissante. Au milieu du dix-huitième siècle. la marine de la Russie naissait. y compris l'Anglelerre. on oublie que. même après la perte du Canada (1765). de la Guadeloupe. on accuse les Français de n'avoir pas le génie de la colonisation. et celui de la Grande-Bretagne ne dépassait pas 450 millions. de Chazelles. la France avait perdu sa marine et presque toutes ses colonies. .

art. comme le tabac et le sucre. onéreux pour la métropole. un impôt de plus en plus lourd vient grever les produits coloniaux. il n'est resté qu'une seule fois (1857) au-dessous de ce chiffre.. Les circonstances et les intérêts se modifient chaque jour. Il était bon.262 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ou injuste.) . le fret des Antilles n'a atteint qu'une seule fois 100 fr. p. ou la métropole de vendre aux Colonies.. la marine marchande est exposée à tomber dans la routine et à négliger l'esprit d'entreprise. de la consommation. (Ibid. juin 1860. Lepelletier Saint-Remy. 28 les 100 kilog. si. ou bien si elles trouvent à vendre ou à acheter ailleurs à de meilleures conditions . intérêts de la marine. en 1791. . de 1854 à 1860. 455. 432. Quand elle se borne au commerce colonial. impraticable enfin. ou si la marine exige un fret de plus en plus élevé4. p. tant qu'il était respecté l. ordinairement dépassé. en 1777. 3 Les prix de revient du quintal de sucre sont de 24 à 25 fr. assurée qu'elle est d'un va1 Avant la Révolution. injusle si les conditions changent. aux Antilles de 17 fr. si elle peut produire elle-même les denrées que lui apportent les colonies. il ne compensait pas même les dépenses de l'État aux colonies. de Chazelles affirme qu'il lut un temps où on mettait le feu au surplus des récoltes. à Cuba. 2 M. de 4 fr. ou les acheter moins cher à l'étranger3. de 5 fr. le droit sur les produits coloniaux était. dans l'intérêt du Trésor. Mais le système devenait tous les jours onéreux ou impraticable. si les circonstances empêchent les Colonies de vendre à la métropole. le tonneau. de M.) 4 De 1831 à 1848. de l'humanité. [Journal des Économistes. 11 est onéreux pour les colonies dès qu'elles arrivent à produire plus que la métropole ne peut consommer 2.

de trop grands sacrifices pour un mince résultat. et nous la verrons. 263 et-vient facile et perpétuel. Ou bien les colonies deviennent de trop grands marchés pour alimenter uniquement la métropole. abolir cet acte. et. La série des monopoles que le produit traverse avant d'arriver au consommateur en hausse le prix à son détriment. Si la Chine.) . si elles sont petites. d'abord logique. sur aucun sujet l'engouement n'est plus tôt suivi du découragement. la Californie.COLONIES FRANÇAISES. La Hollande fit de ses petites colonies de la mer des Antilles des ports francs. 435. dont la rade est dégarnie. ou bien elles demandent. actives. l'appellent à une diffusion plus large. La guerre les fait passer d'une nation à une autre nation et de la prospérité à la ruine. et accepter la doctrine de la liberté commerciale universelle. Peu à peu le pacte colonial a été ainsi déchiré par mille changements. riches. L'Espagne laissa. L'Angleterre. les écraser si elles ne le sont pas. De là vient que tantôt l'opinion et la science économique les soutiennent . Autour des colonies. mais la trop sévère application de l'acte de navigation lui coûta les Etats-Unis. puissantes. l'Australie. (Ibid.depuis 1805. tous réalisés sans exception. tantôt elles les attaquent. qui peuvent les enrichir si elles sont libres. elle néglige les colonies1. en 1845. prohiba chez elle la culture du tabac (1652). 1 v Une circulaire du ministre des colonies (18G0) presse les ports d'en- oyer des navires à la Guadeloupe. de nouvelles sociétés se forment. la franchise commerciale à Cuba et à Porto-Rico. comme les petites îles danoises e t suédoises. puis celle de la betterave.

9 nov embre 1852. Autant d'événements. autorisées tantôt d'urgence par les gouverneurs. il fallut bien leur permettre de s'en procurer aux Etats-Unis. surtout la plus éloignée. le baril successivement abaissé. La métropole passa ellemême par des années de trouble ou de disette qui ne lui permirent pas d'approvisionner de céréales et de farine ses colonies. . puis deux. prohibées avant 1826. autant d'exceptions. sont maintenant admises avec ce droit de 2 fr. Bourbon. pour la première fois. Au retour de l'ordre. puis sept. La liste des produits étrangers dont l'entrée fut permise s'augmenta peu à peu. le quintal (0. par quintal la taxe sur le riz. 8 décembre 1859 2 décembre 1846. Les farines étrangères. qui a. à 0.25 c. qui fournissait de Lois les Antilles. 1 Ordonnances du 5 janvier 1826. aux termes de la loi de 1860. les conquêtes. le comte Caffarelli au Corps législatif 30 juin 1860. la guerre.264 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. de M. La révolution. G juillet 18 00. Le règlement du 50 août 1784 permit cette importation et certaines autres. 2 Rapp. Ancel. 50 c. il fallut bien accorder des faveurs aux colonies si malades. pour une année. depuis 1855. décret du 30 septembre 1855 . Une loi du même mois réduit de 7 à 5 fr. jetèrent pendant vingt ans le trouble dans toutes les lois. tantôt par des ordonnances et des lois1. et le pavillon étranger parut habituellement à côté du pavillon français. puis admises moyennant un droit de 21 fr. \ le remarquable rapport de M. loi du 29 avril 1845. la prime sur les morues importées aux colonies par la pêche étrangère'.25 pour le maïs). La France fut entraînée pas à pas dans la même voie. admis au môme droit les grains étrangers et baisse de 4 fr. descendu à 2 fr. les 100 kil. Après la perle du Canada.

Lepelletier Saint-Remy. 434. juin 1860. délivrez-nous des charges. 265. tenus d'un tiers environ au-dessus des prix des mêmes objets dans les colonies anglaises et espagnoles. qui.COLONIES FRANÇAISES. leurs voisines2. Toutes les clauses du pacte colonial sont donc raturées à la fois. dans la pensée que d'ici là la question du libre échange 1 Chazelles. le noir animal quatre fois. Les colonies en demandent l'abolition par ce raisonnement irréfragable : les avantages du pacte nous sont enlevés. p. savoir : les machines deux fois. la houille six fois plus cher que ne les paye la métropole 1. aux termes de la loi du 23 mai 1860. celui de la Martinique et celui de la Réunion ont émis ce vœu. Enfin on n'ignore pas que l'obligation de s'approvisionner en France impose aux colonies la charge de payer les agents de perfectionnement de la fabrication du sucre. par l'effet du môme régime. La loi qui abaisse le tarif des céréales et du riz importés aux colonies a fixé le terme du 50 juin 1800. par le décret du Î3 janvier 1861. est déchargé même de celle surtaxe. 265 On a lu l'histoire du sucre indigène et celle de l'impôt sur le sucre colonial et sur le sucre étranger. On ne se doute pas que les prix courants des objets de grande consommation aux Antilles sont. le Libre échange colonial. 2 Journal des Économistes. par M. libre d'entrer en France en payant seulement 5 fr. auquel le nouveau système économique de la France donne plus d à-propos et d'énergie. par 100 kilogrammes. . Déjà le conseil général de la Guadeloupe.

et que cependant elles n'ont pas cessé de s'approvisionner de préférence en France. l'intérêt de la marine. Mais on peut sans témérité affirmer que comme tant d'hommes politiques l'ont prévu depuis longtemps. le pacte colonial louche à son terme. . et un rapport lu sept jours après assure que « le gouvernement n'entend pas donner aux lois présentées une portée plus étendue que celle qu'elles expriment. placer leurs produits à l'étranger. Caffarelli. Ancel. dit le rapport. en effet. Les ports s'en sont émus. colonial serait résolue 1. On peut affirmer encore que les colonies. qui seul peut arrêter. et que les relations sont établies.266 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ce n'est pas le pacte colonial qui est en question. Il n'entre pas dans le sujet de la présente étude de prendre parti sur une si grave question 3. intérêt de premier ordre. 3 On peut faire observer que depuis septans l'importation des farines étran- gères aux colonies est à peu près libre. Car les colonies ne peuvent attirer les capitaux étrangers. ce sont de simples mesures propres à faciliter l'alimentation aux colonies 2 » C'est. où le commerce est libre. la franchise et un droit prolecteur de 40 fr. ne commerce pourtant qu'avec la France. le change- ment de tarifs sera sans influence sur le mouvement de la navigation entre la France et ses colonies. par tonneau n'ont pas suffi pour assurer l'approvisionnement des Antilles en ri/ par navires français. De même Mayotte.Rapp. et que le temps achèvera prochainement de transformer les conséquences qui survivent encore au principe. parce que la qualité est supérieure. 17. « Car. nous considérons la solution comme urgente. H donc probable que. sans se servir de la marine étrangère. de M. D'un autre côté. moins pro- 1 Rapp. les habitudes étant plus est fortes que les lois. . de M.

. aspireront à être moins gouvernées. 441). Le maintien de l'esclavage était l'un des priviléges assurés parla métropole aux colonies. 267 tégées. C'est comme entrepôts de commerce. « Les Antilles ne sont plus ni les jardins ni les Fiefs de l'Europe. plein de magnifiques dédommagements 2 s'ouvre devant les colonies. l'émancipation a tué la routine. de sucre avant 1848. et comme la pierre principale de l'édifice. La nature les a placées sur les rivages de l'Amérique. » Si l'élargissement du marché colonial correspond à un large développement de la production. de Chazelles. et 1 Cité par M.. En outre. dépasse 64 millions. Avec l'Amérique est leur avenir. 11 en est de même à la Martinique. p. p. Saint-Domingue n'en donnait que 115. qu'elles figureront désormais sur la scène du monde. loc. un avenir nouveau.COLONIES FRANÇAISES. on peut doubler la production. (Lepelletier Saint Remy. de matière de grand encombrement maritime. C'est une illusion de notre jeunesse à laquelle il faut renoncer. Leur eût-il été possible d'y prétendre sans l'abolition de l'esclavage? Ce grand acte a achevé la ruine du pacte colonial. et qu'un progrès dans la liberté politique suivra bientôt l'établissement de la liberté commerciale. cit. avec les usines centrales. arrache la société coloniale à l'engourdissement par un réveil violent. s'écriait dès 1822 le général Foy l. 102. L'affranchissement du travail aura contribué ainsi à la franchise du produit. A la Guadeloupe. * La Réunion. mais salutaire. qui n'a jamais dépassé 50 millions de kilog. comme grands marchés placés entre les deux hémisphères. Les colonies peuvent fournir 200 millions kilog.

comme la France. . qui se relève d'épouvantables secousses avec une énergie toujours plus grande. ses filles. les colonies.268 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. sauront tirer de la liberté plus de puissance et de richesses que ne leur en donna jamais la protection.

l'infanticide. Nulle loi régulière. I. Ces horreurs apprennent à entendre à la lettre ce mot des Écritures : « Le démon est le prince de c e monde. L'ÉTAT SOCIAL. la corruption. les Chinois. la débauche tirer l'homme du néant. les sociétés se perpétuent par quelques lois simples et pures que la corruption trouble. LA FAMILLE. la volupté.CHAPITRE XIV LA POPULATION. » On n'en doute plus quand on voit en réalité le mal tenir les portes de la vie. des crimes sans nom. des préceptes où l'égoïsme a plus de part que la morale. le crime ou la contagion le rejeter à la mort. mais sans parvenir à les dominer. la polygamie. des maladies sans nombre. On ne se demande pas s'il est une loi qui préside à la propagation de l'espèce humaine parmi les Mahométans. Des familles . les Indiens. Au sein du christianisme. ou ces races païennes qui occupent les deux tiers de la surface habitable du globe.

formées par le libre consentement et le vœu perpétuel d'un seul homme cl d'une seule femme. . Là où règne l'esclavage. Voici quelle était au 34 décembre 1847 la population des colonies à esclaves. et celui qui constate l'excédant des naissances sur les décès. régulières composent la société. et en faisant la part de perturbations inévitables. qu'on a pu sans trop errer. on consulte d'ordinaire le nombre qui exprime l'égale proportion des hommes et des femmes. celui qui indique la quantité des mariages et des naissances légitimes. le troisième qu'elle est croissante. Un des effets de l'esclavage. L'excès habituel des naissances sur les décès accroît progressivement la population.270 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. bénies par la religion. alliances reconnues par la loi. le second qu'elle est honnête. en quelque endroit qu'il existe. le premier chiffre établit que la population est morale. est de jeter la perturbation au sein de ses lois . la moralité. la vitalité des nations. Lorsqu'on sait lire dans ces chiffres des renseignements moraux. fixer par des nombres assez exacts pour fonder des combinaisons financières les lois d'accroissement de la famille humaine et les règles communes de la naissance et de la mort. nulle proportion entre le nombre des hommes et celui des femmes. Le nombre proportionnel des hommes et des femmes favorise la monogamie. il attaque ainsi à la fois la régularité. et telle est la régularité introduite dans une série de faits régis cependant par les lois les plus mystérieuses. elles trouvent leur source dans des mariages légitimes.

. .575 Total.109 Total. ( Hommes.071 ) .857 j Femmes. Femmes. G U Y A Ν Ε. . 22. Population esclave. .729 72. . 21. . 233. . \ Femmes.542 38. Population mulâtre. 4. Population blanche et nui- Population esclave.168 12. il Femmes 002 j . . 5. . MARTINIQUE.357 87. . . 2. .943 0.130 Total. | Femmes. . . .905 Total général . Femmes. . Hommes. . Femmes. . ι 2. Population esclave. . .636 . . . .955 . 54. .402 Hommes. .432 . Homines.915 ) 45. Hommes. .. . .280 TOTAL GÉNÉRAL..752 129. . | Femmes . .264 5. 572 . . Population mulâtre. . Population blanche. . 15.127 . .150 . . 57. Homines. .089 Population blanche ou mulâtre libre. ( Hommes. population blanche. . . . 5. . . 139. . GUADELOUPΕ. 41.260 103. . 18.182 . . . 10. .957 j 0. . . RÉUNION. .045 | 1.271 COLONIES FRANÇAISES.211 60. . J 41. Femmes. . Population esclave. . . .818 1 1.208 ) 19. . . Hommes .124 ) Hommes. .850 121. . Hommes. .658 j j 9.| Femmes. . Population blanche. j 31. 17. . . . .814 Population esclave 572.607 i . 58.091 j . . .544 5.211 Hommes. . . 25. . . . . . Total. Femmes.451 ..

626 38. 1845.729 83. pour ne pas compliquer.03! 121. Dans toutes les colonies. entre les trois. le nombre l'emporte des deux tiers à la Réunion.414 78. le nombre des femmes est à peu près égal à celui des hommes. les tableaux statistiques ne distinguent plus. qui apportait plus d'hommes que de femmes. MULATRES.117 72.130 Notice officielle. Est-ce parce que le travail au soleil tue les hommes. 10.859 99. 1848.000 36. . 1836. cl. p. on compte plus de femmes que d'hommes. Quelle est. tandis que les femmes travaillent en général dans les maisons? Est-ce parce que le voisinage de la côte d'Afrique a perpétué la traite clandestine à la Réunion. pour les populations blanche et mulâtre. Mais comparons les années antérieures à l'émancipation. la Mar- 1 tinique : 1er janvier ' — — — 1 1790. d'un trentième à la Guyane. . la race qui progresse avec le plus de rapidité? Par malheur. tandis que depuis la suppression de ce trafic la proportion des sexes a repris aux Antilles un niveau plus normal? Quoi qu'il en soit. ESCLAVES. tenons-nous-en à une seule colonie. Aux Antilles. . . il est démontré que l'esclavage détruit pour la race esclave celle proportion qui existe pour les deux races libres.272 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. . BLANCS. TOTAL. . . Pour la population esclave. . 33.000 9.076 76.635 9. .139 9. au contraire. Cela s'explique par la traite. en général il l'excède un peu. depuis 1848.542 5.882 121.284 116. 1840.235 29.

p.726.175 mariages dans la population libre. » Elle est encore dans la répugnance bien connue des blancs pour toute alliance avec les noirs. il y a eu à la Martinique 8. 273 La population blanche a été presque stalionnaire.754 mariages dans la population esclave. Environ 5 pour 100 par an. publié en 1850. a augmenté de 9. soit depuis soixante ans. Mais comment s'accroît-elle? est-ce par les mariages? La réponse est dans ce proverbe des colonies : « Le blanc est l'enfant de Dieu. 1. il y a eu 6. dont nous ne tenons pas compte. le noir est l'enfant du diable. Cette population mulâtre a donc été la seule en progrès. I.COLONIES FRANÇAISES. le mulâtre n'est l'enfant de personne. tableau n° if.188 individus de plus que le nombre des affranchissements. Or.538 affranchissements 1. La population esclave a diminué d'une manière continue. Elle est enfin dans les chiffres de l'état civil. soit 1. 53. Ce chiffre est connu : de 1836 à 1848. c'est-à-dire six fois moins de mariages pour une population deux fois plus forte. Il est vrai. La population mulâtre a augmenté énormément. malgré les décès 2. n° 13. pendant que la population blanche n'en compte pas 400. mais aussi celui des affranchissements. Encore nous avons choisi une période signalée par d'immenses efforts [tour initier 1 2 Tableau de 1847. qui fait passer de la troisième dans la seconde. De 1838 à 1847. non-seulement le mouvement des naissances et des décès. soit depuis dix ans. la population mulâtre. deux causes concourent aux variations de ces dernières classes. 18 .

les décès à 7. Le Tableau officiel qui contient ces résultats nous apprend que jusqu'en 1840.994. le père pas de famille. « C'est un régime de promiscuité et de concubinage universel. 151. p.070 naissances par an. 1847. les naissances parmi les esclaves s'élèvent à 5. ou 1 sur 39. de tous les soucis? A la même époque.994 naissances seulement. Les décès sont supérieurs aux naissances. Les décès sont in* férieurs aux naissances.089 habitants libres. .. de 1838 à 1 847. les naissances parmi les libres s'élèvent à 4. par les hommes qui les ont rendues mères.274 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.. on n'avait pas même pris la peine de constater régulièrement le nombre des mariages entre des esclaves. 4. les noirs à la famille. 5. Voyait-on l'influence du bien-être et des bons soins prolonger la durée de la vie des esclaves. 28 n° 10. débarrassés. disait M. Pour 233. ils le sont quelquefois par les mères..814 esclaves. à Bourbon. » Au moins les naissances fournissaient-elles un accroissement notable à la population. il y a eu en moyenne.797.. la seule partie de la population qui s'augmentât aux colonies avant l'émancipation était 1* 1 Rapp. Au contraire. L'enfant n'a pas de père. dit-on. p. et aux cultures un nombre plus grand de travailleurs2? Pour 159. les décès à 5. » Tableaux officiels de population. Ainsi. en résumé.. de Broglie 1.070. les négresses sont abandonnées. ou 1 sur 55. les enfants sont toujours abandonnés par les pères.445. en général. etc.

au moins dans les derniers temps. elle s'accroissait par les bâtards. Un homme ne se marie point quand il est dans sa condition de ne pouvoir jamais exercer l'autorité conjugale. quand. ces faits douloureux se sont-ils modifiés? 1 Rapport sur la proposition de M. encourageait les mariages par tous les moyens et empêchait de vendre séparément la femme et le mari. I. Il est facile de voir que presque tout ce qui initie l'homme libre à consentir une union légitime manque à l'esclave par le seul fail de l'esclavage. Depuis l'abolition de l'esclavage. Faut-il attribuer ces résultats à la loi? Nullement. peu de mariages. Les moyens particuliers dont peut se servir e l législateur ou le maître pour l'exciter à faire ce qu'il ' empêche de désirer seront donc toujours inutiles. 155. ni les droits.COLONIES FRANÇAISES. p. ne pouvant rien sur leur sort. Voir aussi le Rapport de M. ni les espérances. peu de naissances. Procès-verbaux de la Charnbre dès députés. 39. ils favorisaient les mariages. p. Parmi les esclaves. 18 . la loi. M. ni les soucis dont la paternité est accompagnée. session de 1840. de Broglie. Aux maîtres? Nullement. et les esclaves mariés étaient l'objet de leur prédilection. de Tracy. 275 population métisse. quand ses fils doivent naître ses égaux et qu'ils sont irrévocablement destiNÉS aux mêmes misères que leur père. il ne saurait connaître ni les devoirs. « Il existe une antipathie profonde et naturelle entre l'institution du mariage et celle de l'esclavage. de Tocqueville nous dira dans son beau langage la raison véritable 1. » II. beaucoup de décès.

1836. L'immigration des travailleurs a eu même pour effet d'augmenter le nombre des hommes. en 1856. depuis 1848.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. tableaux officiels pour les années 1846 et 1850. il est impossible de constater si la différence signalée entre le nombre des naissances et des décès parmi les blancs. non compris le chiffre des immigrants. 1856.051 1848 à. et par conséquent seulement approximative entre les chiffres totaux de la population des colonies. 18-49 à. a. 1856. 1850 à.) À la Martinique.296 1846. 1846. A la Guadeloupe. les décès l'emportaient de 259 en 1848 190 en 1840 . 570. l'excédant des naissances sur les déces s'est élevé en : 447 135 1. Cependant. les chiffres restent à cet égard ce qu'ils étaient.548 587. au contraire. a subsisté. toutes les classes de la population. 276 On ne saurait demander à l'émancipation d'exercer une influence quelconque sur la proportion des sexes . si l'on s'en tient à une comparaison générale.821 (Notices de 1840. sans apporter une nombre égal de femmes. celui des naissances et des décès parmi les noirs. qui avait diminué pendant la première période. augmenté pendant la seconde. on constate que cette population. Les tableaux de population ayant confondu. 574.

Les mêmes Tableaux ne distinguent pas entre les naissances légitimes et les naissances naturelles. à la Martinique. 24 à la Guyane. ont augmenté dans une proportion tout à fait saisissante.754 mariages esclaves.929. En dix ans.COLONIES FRANÇAISES. les reconnaissances. col. de 1848 à 1856. dès les premières années. soit environ 250 par an. à la Guyane. de 907 au lieu de 101. à la Guadeloupe. la liberté peuple la terre. dans les colonies. Ces dernières doivent être toujours fort élevées. 6.000 mariages entre affranchis. il y avait eu 1. dont 29 à la Martinique. . p. les légitimations. le chiffre total était de 7. au lieu de 50 ou 00 entre esclaves 1.000 à 5. 135 à la Réunion. dans ces deux colonies. de ! 58 au lieu de 17. Elle est encore. Mais les mariages. Avec celui des mariages entre libres. à la Réunion. 277 les naissances remportaient de 513 en 1850. la loi de la population reprend une marche régulière.1 75. de 1838 à 1847. il y a eu 58..468 mariages : les premières années ont vu se faire de \ . et puisque le nombre des célibataires continue à l'emporter sur celui des gens mariés. 61 à la Guadeloupe. Ainsi. l'esclavage dépeuplait. de 027 au lieu de 225 Rev. de 057 au lieu de 40. 284. si l'on compare 1846 et 1856. puisque la répugnance entre les deux classes est la même. En neuf ans. 1852. La moyenne est naturellement moindre depuis ce premier Ilot.

mais de l'être qui pense. le nombre des légitimations pendant ces six années a atteint près de 20.000 enfants reconnus. mais de l'âme. d'après un autre document qui constate les résultats accomplis de mai 1848 à août 1855. une confusion dangereuse se présente et doit être évitée. p. non pas de l'être qui mange et qui dort. 310 .000. le bonheur n'est-ce pas le repos? Cette confusion est habituelle aux colonies : on disait des esclaves : Ils sont plus heureux que s'ils étaient libres. Il peut sembler superflu de se demander si elles sont plus heureuses. elle paraissent même s'exclure. qui veut et qui aime.000. les colonies ont vu naître deux choses saintes : la liberté. voici le beau présent offert en moins de dix ans à la société coloniale par l'émancipation. 18:6. mais d'indépendance. à la même heure. Ajoutons quelques mots encore sur le bonheur de ces familles devenues libres.000 mariages.000 enfants légitimés. col. En outre.278 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. il ne s'agit pas de félicité. En même temps. On peut clore ce chapitre sur de tels chiffres. la famille! III. pour les trois principales colonies seulement 1. non pas du ventre. 50. celui des reconnaissances près de 50. On dit des affranchis : Ils étaient plus heureux quand ils étaient esclaves. Or on a beau faire toutes les peintures les plus séduisantes de ce qu'on appelait la vie patriarcale des habitations. et voici quelle est sa conclusion : Le même jour. 40. car la liberté c'est la lutte. le vrai tableau des colonies est dessiné en quelques 1 Rev. 20. La liberté et le bonheur sont deux choses différentes. Encore une fois.

à la débauche. toujours animée. mais un travail imposé sans rémunération. Il n'y a que les productions étrangères que l'avarice industrieuse a forcé de produire. 279 traits dans une lettre du Bailly de Suffren à madame d'Alais. Presque tous ont des arbres et des fruits en même temps. par peur du châtiment. Les habitants peuvent se considérer sous deux classes : des maîtres durs et des esclaves abrutis par l'esclavage. car on vit au sein du luxe sans rien posséder. au mensonge. la seule jouissance qui n'exige ni l'argent que l'esclave n'a pas. » Ce qui était vrai en 1779 était vrai en 1859. Ortolan. lui devient haïssable dès qu'il est °bligé. à la paresse. vrai en 1848. . et la servitude n'est-elle pas par elle-même abrutissante? Elle pousse au vol. Moniteur du 2 novembre 1859. sans parler des maîtres qui les excitent. parce qu'elle produit l'oubli momentané des maux. ni la permission qu'il faut solliciter pour le mariage. sous un climat qui stimule les passions. Les maîtres n'étaient pas volontairement durs. car le travail. telle que le sucre et le café. le-8 février 1779 1 : « La campagne est très-belle : la nature. toujours pénible à l'homme. n'était-il pas une dure condition? Ils ne voulaient pas abrutir leurs esclaves. Lettres publiées par M.COLONIES FRANÇAISES. Tout ce qui est nécessaire à la nourriture des hommes vient naturellement. écrite de Fort-Royal. à l'ivrognerie. tient les arbres et les plantes dans une continuelle végétation. qui exigent de grands travaux. sous les peines les plus sévères. parce qu'elle est. mais ils avaient intérêt à ce qu'ils passassent pour être abrutis et incapables de liberté.

citée par la loi du 18 juillet 1845.280 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et par exemple punir le maître qui débauchait son esclave. Lorsqu'on prépara avec tant de soin les ordonnances de 1833. N'est-ce pas là un immense bonheur? Mais peut-être les esclaves n'en usent-ils point? peut-être retournent-ils à la vie vagabonde. 1846. 2. La liberté ne détruit pas du premier coup les vices engendrés par trois siècles de concubinage. mais il en était de même de ses dispositions bienfaisantes. Veut-on à toute force prendre le mot bonheur dans 1e sens le plus abaissé? croit-on que le bien-être des af1 Ou de l'ordonnance du 15 octobre 1786. la fatalité de l'esclavage avait inévitablement produit des désordres et des maux qu'on voulait empêcher en 1685. on considéra comme un grand bien de remettre en vigueur plusieurs des dispositions humaines et chrétiennes du Code noir1. oisive. . qui étaient encore à guérir en 1845. d'humiliation et d'oppression. malgré la loi. sauvage? Cherchent-ils à s'instruire? Les voit-on à l'église ou en prison? Nous avons vu l'état de la criminalité. dépra\ée. Ainsi. Je le crois. 1859. nous verrons les progrès de la religion et ceux de l'instruction. qui a régi les colonies depuis 1685 jusqu'aux lois de la Restauration. art. On a horreur du Code noir. on n'osa même pas aller si loin que cette loi flétrie. Un rapprochement me frappe beaucoup. et les lois de 1845. On affirme que ses rigueurs étaient tombés en désuétude. malgré de bonnes intentions. deux siècles après. mais ces vices ne sont plus une sorte de nécessité de position.

281 franchis soit moindre que n'était celui des esclaves? Il ne faut pas toujours prendre pour points de comparaison des habitations modèles. 1. N'oublions pas que les propriétaires riches étaient une première exception. la supériorité du travail libre sur le travail servile. une veste et un chapeau tous les six mois (art. La masse des esclaves était divisée par petits groupes de 10 à 20. à la Gua- deloupe. On accordait en général un jour par semaine à leur profit en échange de la nourriture. les propriétaires habitant et administrant une troisième exception. S'il fallut une loi (loi du 18 juillet 1845. 1er). art.COLΟΝIES FRAΝÇAISES.409 » de 1 à 10 » Broglie. le nombre des petites exploitations est plus considérables encore. 1er). les propriétaires vertueux une seconde exception. une ordonnance (ordonnance du 5 juin 1846). à Bourbon. un pantalon. loués à autrui ou travaillant sur les habitations de propriétaires trop pauvres pour fonder des hospices et pour bien nourrir ou bien vêtir leurs esclaves. et demi de morue et de viande salée (art. à 50 au plus1. une circulaire du ministre (15 juin 1846). il y avait en 1838 : 196 propriétaires de 50 à 500 esclaves. c'est apparemment que l'ordinaire de la nourriture et du vêtement demeurait presque partout au-dessous de ces modestes proportions.063 5. p. .150 » de 10 à 50 > 4. 7). il y a 335 petites sucreries sur 60 grandes. pour le dire en passant. et telle était. 1 Λ la Martinique. et des arrêtés des gouverneurs (octobre 1846) pour régler que le maître devait à son esclave par semaine six livres de farine de manioc et un kilog. 242. en même temps que la fertilité du sol. et deux chemises.

Un renseignement est plus significatif. le besoin est le motif et la mesure du travail. Restent deux éléments : Les Tableaux de population et de culture comprennent le chiffre des bestiaux dans les colonies. Il se suffit et se repose. la chèvre. il faut travailler. et c'est précisément pourquoi l'affranchi ne travaille pas. ânes. Peu de besoins. a diminué. Cela lui suffit encore. En même temps l'homme libre participe aux charges collectives. Or on remarque que le chiffre des mulets. On pourrait comparer le nombre des cotes foncières. mais celui des porcs et des chèvres a augmenté : or le porc. dit-on. peu de travail. l'octroi. et pour les satisfaire on augmente le travail.282 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. À cela je n'ai rien à dire. d'où l'on peut conclure l'influence de l'émancipation sur la consommation des produits de la métropole. qu'un jour suffisait à l'esclave pour nourrir sept jours. En veut-on la preuve matérielle? Elle résulte de plusieurs documents. Après tout. mais ces chiffres ne sont pas à notre disposition. Mais dans l'état de liberté les besoins augmentent tous les jours. de toilette même. il paye l'impôt. parce qu'on les économise ou parce qu'on les remplace par des machines . de luxe. il travaille pour jouir et aussi pour payer. chevaux. . c'est la richesse du petit propriétaire au dernier degré de l'échelle. c'est le chiffre et la nature des importations. pour dépenser. si ce n'est qu'il fait comme l'immense majorité des hommes. et pour payer. C'est ce qui arrive au noir qui a des goûts de bien-être.

COLONIES FRANÇAISES. Tagénéral des Douanes. se mieux vêtir. les denrées en progrès au milieu de la baisse générale sont les vins 1 cl les tabacs. beaucoup de petites ressources qui n'existaient pas appellent les importations. reproduites. Même à la Réunion. elle est autrement répartie. si l'on se souvient que des lettres patentes de 1725. la farine de froment. les parapluies. de l'autre. 11 met à torturer ses pieds dans des souliers une prétention particulière. La richesse n'est pas détruite. se mieux nourrir. interdisaient à l'esclave de porter des chaussures. 58-59). les montres. p. les chapeaux et les souliers. les savons et les huiles. 283 Dès 1848 et 1849. sur la production et le mouvement commercial. D'une part. et ne vient pas grossir la colonne des exportations . si l'on veut. le travail est plutôt déplacé que diminué. ridicule. les saindoux et les viandes salées. se mieux laver. on ne peut le nier. Ce changement dans les mœurs des nouveaux affranchis influe. des importations et des ex portations. L'ancien esclave veut boire et fumer. ne pas toujours aller tête découverte et pieds nus. imiter le monsieur qui ne sort pas sans parapluie. le premier prouve que ces paresseux pro- 1 Mais l'augmentation des vins dans les quatre colonies ne porte que sur bleau le chiffre retombe et est resté au-dessous du chiffre de 1847 (V. beaucoup de travail s e fait en dehors des cultures dont les produits figurent seuls dans les statistiques officielles. les tissus de coton. le croiroit-on ! par une ordonnance du 18 mai 1819. . mais fort concevable. Nous l'avons déjà dit. Qu'on dise ce qu'on voudra pour contester les arguments à tirer des deux chiffres que n ous avons précédemment cités.

ou en prison? Nous avons vu l'état de la criminalité. duisent beaucoup l. oisive. Recherchons les progrès de la religion et de l'instruction. 195. en satisfaisant leurs appétits. Mais peut-être. p. à l'école. et le second que ces pauvres consomment beaucoup. sauvage? Cherchent-ils à s'instruire? Les voit-on à l'église.284 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 1 Revue coloniale 1851. les esclaves retournent-ils à la vie nomade. .

p. on a beaucoup répété que l'esclavage avait 1 V. dans le 2e vol. 125. je répondrais : C'est le christianisme! Si l'on me demandait ce qui me paraît le plus odieux au sein des nations chrétiennes. — Avant l'abolition de l'esclavage. P armi eux. après les esclaves eux-mêmes.. je répondrais : C'est l'esclavage! Mais j'ajouterais aussitôt : L'esclavage est impossible avec le christianisme1. BROGLIE. . 41. personne aux colonies ne fut plus heureux de l'émancipation des esclaves.CHAPITRE XV LA RELIGION. que les prêtres dignes de ce nom. le livre intitulé le Christianisme et l'Esclavage. TOCQUEVILLE:. S 1. L'INSTRUCTION. p. Si l'on me demandait ce qu'il y a de plus beau sur cette terre. Le christianisme est une religion d'hommes libres. Là est le salut de nos colonies. Je crois pouvoir l'affirmer. la grande majorité était contraire à l'esclavage : il gênait le ministère cl dégradait la conduite de ceux-là mêmes dont il ne blessait pas la conscience. Cependant.

286 été introduit aux colonies françaises par la monarchie cl par le clergé. Labat. ou avec le confesseur et l'historien de CharlesQuint. mais quand on « lui eut bien mis dans l'esprit que c'était la voie la plus « sûre pour les convertir. Charles-Quint accordait le privilége de la traite auv Flamands en 1511 3. d'Amérique. Un seul historien. tom. c'est-à-dire trente ans après la mort de Louis XIII 2. XV. — Mu tiler. 104. ch. liv. On répète aussi communément que le dominicain LasCasas a donné le funeste conseil d'introduire des nègres aux Antilles. 4 v. est du 11 novembre 1673. an. trad.. p. 1722.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. sur la traite des esclaves. p. IX. Montesquieu. On vendait déjà des nègres à Seville en 1403. à Lisbonne en 1442. Dans les discussions qu'il eut à soutenir contre l'esclavage des Indiens avec Quevedo. évêque du Darien. chap. très-postérieur à Las-Casas. il y en avail à Saint-Domingue en 1500 . Hist. celle opinion ne se trouve ni sur ses lèvres ni sur celles de ses contradicteurs. II. Histoire de la Guadeloupe. il y consentit. Il a écrit ses éloquentes protestations en 1514.. 1 Esprit des lois. p. Un bel exemplaire existe dans la précieuse bibliothèque de M. Labat 1 : « Louis XIII se fit une peine extrême de la loi qui ren« dait esclaves les nègres de ses colonies. LU. p. émané de la métropole. iv. par l'abbé de la Teiche. — Robertson. a accrédité cette calomnie. — Le P. d'après le P. pour Soulager les naturels. » On ne comprend pas cette erreur dans un si grand écrivain. Le premier acte législatif. qui combat l'esclavage avec tant de force et d'esprit. Sepulveda. in-fol. Cousin. Nouveaux Voyages aux îles de l'Amérique. — Œuvres de Johannes Genesius Sepulveda. liv. Herrera. IΠ· . a écrit. 102. 3 Ibid. 182. 2 Lacour. 1.

Pierre Margry. chargée depuis si longtemps du service religieux des colonies2. publié la même année qu'une autre loi regrettable. On ne remonte presque jamais plus haut que l'édit de 1685. Levavasseur. M. Schwindenhainme. ne Su 2 Ces précieuses archives m'ont été ouvertes. Cet édit si justement reproché au fils de Colbert. on ne sait jamais qui a semé l'ivraie dans un champ. et laissées aux archives des colonies1 et dans les archives de la communauté du Saint-Esprit. avec une libéralité dont je saurais me montrer trop reconnaissant. Il est nécessaire de se reporter aux documents antérieurs.COLONIES FRANÇAISES. l'acte d'Association des seigneurs des ïles de 1 et J'en dois la connaissance à l'obligeance du conservateur actuel. qui le rétablit. P. par le R. ce n'est pas un religieux qu'il faut accuser d'avoir inventé l'esclavage. Or ces documents établissent que le clergé n'y est pour rien. Cependant il est possible de saisir dans les anciens documents et en particulier dans la collection d'actes imprimés et de notes manuscrites réunies par M. Or. le marquis de Seignelay et au roi Louis XIV. digne intelligent continuateur de Moreau. il ressemble plutôt aux lois de 1845. Moreaude Saint-Méry. périeur. qui réformèrent l'esclavage. connu sous le nom de Code noir. et nul ne se vante d'être l'inventeur du mal. . 287 Ce n'est donc pas un roi chrétien. la révocation de l'édit de Nantes. qu'à la loi de 1802. et le P. quelques indices qui mettent sur la trace des véritables origines de l'esclavage aux colonies. vint corriger les abus de l'esclavage en en consacrant malheureusement quelques-uns. Qui donc enfin a introduit l'esclavage aux colonies? Ce point d"histoire est fort obscur .

apostolique et romaine. qui étend du 10e au 50e degré le privilége de la Compagnie. moyennant un droit d'un dixième envers l'État. l' Amérique (1626) est un contrat par lequel M. honneurs. La Compagnie doit établir 4. que pour y trafiquer. mais de travailleurs européens. après six ans. réputés maîtres de chef-d'œuvre et aptes à ouvrir boutiques dans toutes les villes de France. 11 paraît que les conditions avaient été d'abord bien . Lorsque le cardinal de Richelieu. contient des mesures analogues. tant afin de faire instruire les habitants des dites îles en la religion catholique. Le nouveau contrat du 12 février 1635.288 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. donations. successious.000 livres et à fréter trois navires pour aller colo- niser les îles Saint-Christophe. d'Enambuc et ses associés s'engagent à former un capital de 45. du 11" au 18e degré de latitude. et pour condition de mener des prêtres et de cultiver et travailler à toutes sortes de mines et de métaux.000 personnes en vingt ans (art. à l'entrée du Pérou. IV).» Art. III). XI. capables de toutes charges. fit autoriser le 31 octobre de la même année celle première Compagnie. La conversion demeure le but principal (art. Mais voici deux articles trèssignificatifs : « Art. Les descendants des colons et les sauvages convertis seront réputés naturels français. les lettres patentes déclarent que l'entreprise a pour but premier de planter la foi chrétienne à la gloire de Dieu et l'honneur durai. Toutes doivent être Françaises et catholiques (art. XIII : Les artisans seront. créé grand maître de la navigation en 1626. même à Paris après dix ans. Barbade et autres. 11 n'est pas question d'esclaves. II).

ne ad insulas et terras firmas inventas. Pélican. Du Tertre. sous peine d'excommunication. Avant cette permission.. Du Tertre. sub excommunieationis latae re sententiae poena. qu æ linea distet a qualibet insilarum quai vulgariter nuncupantur de los Azores y capo Verd. confirme la compagnie et constate qu'elle a introduit 7000 colons. On sait que le pape Alexandre VI. Les PP. sive terra firmae et insulæ inv entæ et inveniendæ sint versus Indiam. pouvoir qui fut confirmé plusieurs fois au même ordre. fabricando et construendo lineam. vel quavis alia de causa accede re præsumant. ordinis. versus occidentem et meridiem. incurrant. avant l'établissement des Français. 1re édition. avait défendu. 19 . au lieu de 4. puisqu'un edit de mars 1642. ut præfer tur. p. Histoire générale. Du Tertre. fit partie du second envoi de missionnaires espagnols. Elles eurent des martyrs avant d'avoir des colons. centum leucis versus occidentem et meridiem. vel conditionis.000. ant aliam quamcunque partem. 3 Six en 1603 et six et 1604. auquel nous empruntons ces détails. et y avaient trouvé la mort3. districtius inhibemus. pro mercibus habendis. à tous autres qu'aux Espagnols d'approcher des îles de l'Amérique 1. p. detectas et detegendas. et le 12 juillet 1655 il donna pouvoir à quatre religieux dominicains 2 sous la protection du roi de France. abs que vestra ac hæredum et successorum vestrorum licencia speciali. 289 remplies. I. par une bulle de mai 1493. puis partagé avec plusieurs autres. 1654. 50. le voici : Quibuscumque personis. donne en partie le texte de cette bulle curieuse. qui se dévoua à protéger et à évangeliser les Caraïbes. Nicolas et l'admirable père Raymond. Etiam imperialis et galis status. le pape Urbain VIII leva ces censures.. si contra fecerint. 1 Le P. et inveniendas. quam eo ipso. a polo arctici ad polum antarticum. Sur la demande du cardinal de Richelieu. Ibid. adressée aux rois de Castillo. Du Tertre. gradus. avec bon nombre de religieux.COLONIES FRANÇAISES. 29. des religieux dominicains avaient déjà tenté d'évangéliser les Antilles. cujuscumque dignitatis. Griffon. Le P.

et s'ils en avaient des enfants mâles. L'édit du 28 mai-o l juillet 1664 qui l'approuve et accorde (art. tous ces édits proclament l'anoblissement par le travail. Les sauvages. elles les exterminait. si sociables1 quoique ivrognes. en assurant aux associés les droits seigneuriaux (art. Le 10 août 1661. elle les vendait . se faisant la guerre. bien loin d'organiser le travail servile en vue d'une conversion forcée. Mais il n'est pas un seul lieu habité sur cette terre par des hommes où l'esclavage n'apparaisse comme un fait universel. et ne prévoient pas l'emploi d'autres ouvriers que les colons et les indigènes. si peu vicieux. XXXV) que les artisans et les sauvages convertis seront réputés regnicoles et Français. Il fallut reconstituer une autre Compagnie.. Les monthlies étaient habitées par des esclaves fugitifs. le privilège de la Compagnie des Iles est révoqué. ces Caraïbes qu'il dépeint si doux. réduisaient leurs femmes en servitude puis les épousaient.290 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. s'il faut en croire Du Tertre. . XVI) une prime de 50 livres par tonne aux colonies et de 40 livres par tonne importée. Ainsi. avaient des esclaves . 597. elle avait dégénéré : au lieu d'exploiter les terres. I) et. continue à se préoccuper des intérêts de la religion (art. les tuaient et les mangeaient". 405. ή naïfs. même. . Dès « V. » Ψ. au lieu de civiliser les sauvages.il répète (art. la Compagnie des Indes occident al es. polygames et anthropophages} après avoir tué leurs ennemis-. XXIII). malgré les remontrances des missionnaires.Ρ 449.

à laquelle Dieu a attaché comme une malédiction particulière 1 P. que la colonie produisit quelque chose. Mais nous avons vu que les édits royaux ne prévoyaient et ne permettaient rien de semblable. 2 P. 4 P.. 4G0. . 3 P. Les missionnaires s'opposèrent de toutes leurs forces à l'extermination des Caraïbes. 291 le même historien rapporte que cela attira les Français pour y habiter. 26. ny plus ny moins que nous traitons les chevaux en France. dit Du Tertre. ils eurent ainsi trois sortes d'esclaves.. le même religieux exprime bien l'opinion de ses confrères. ils achetèrent des nègres.. 475. et les marchands pour y vendre les esclaves. car je ne sçay ce qu'a fait cette malheureuse nation. est l'horreur qu'ils ont conçue du nom de chrétien.. ils traitèrent en esclaves les engagés blancs . 481. 475. en flétrissant le honteux commerce que font de leurs semblables les habitants des Indes3 et la manière dont ils traitent ces pauvres misérables. à cause des extrêmes cruautés exercées par les chrétiens sur eux et sur leurs pères 2. les battant sur la chair nue ne plus ne moins que les Tares. Les habitants avaient réduit des sauvages en servitude. qui sont comme les deux bases d'une colonie1..COLONIES FRANÇAISES. « Le premier obstacle à la conversion des sauvages. et disant que battre un nègre. c'est le nourrir 4 Puis il s'écrie en termes touchants : « Il faut enfin que j'advoue ingénument et que j'adore avec toute humilité les profonds et inconcevables secrets de Dieu.. » Quant aux nègres.

On voit encore. et le même conseil (4 octobre 1667) punir le recel des nègres. le nez coupé. Le 19 juin 1664. sous peine d'une amende de 120 livres de petun (tabac). . 480. sous peine de 20 à 50 coups de liane et d'une fleur de lis marquée sur l'épaule.200 à la Guadeloupe en 1635. l'esclavage et la servitudel. d'une peine corporelle et d'une amende de 4. » De cupides et cruelles passions furent plus fortes que ces sentiments charitables. hardes. Ces infortunés étaient assez nombreux pour que. indigos. fait un règlement pour empêcher les maîtres de s'opposer à ce que les engagés et les esclaves nègres aillent à la messe. Des Hollandais chassés du Brésil en apportèrent 1. ou en cas de récidive.000 livres de sucre. aussi bien que la noirceur et la laideur du corps. lieutenant général des îles de l'Amérique.000 livres de petun et sa liberté. et autres marchandises. avec sa bande. sucre. cacao. puis (17 juillet 1679) inventer contre les esclaves fugitifs des peines atroces.292 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. etc. et pour défendre de les débaucher. de Tracy. M. par un ignoble arrêt du 2 mars 1665. une ordonnance du gouverneur de la Martinique prescrivit de cultiver des vivres pour les esclaves. et héréditaire. gingembre. sous peine de les voir vendre pour être mis en des mains plus chrétiennes. la jambe coupée. « f. le conseil de la Martinique traiter avec un certain nègre Francisque pour qu'il fasse. ustensiles . la chasse aux esclaves fugitifs. moyennant 1. Les esclaves noirs se multiplièrent en peu de temps. qui eux-mêmes ne furent pas sans mélange et sans altération. nippes. dès le 13 juillet 1648.

en relatant la disposition qui . l'enterrement en terre sainte (art. sans y réussir. le fer chaud dont on perçait la langue des blasphémateurs. 14). Mais le Code noir donne aux esclaves le baptême (art. la langue coupée. 50). la mort. le mariage (art. à maintenir la discipline de l' Eglise et à régler ce qui concerne l'état et la qualité d'esclave. on ne sera pas plus juste. on ne sera guère plus avancé. le culte (art.COLONIES FRANÇAISES. 5). le jarret coupé. 8). par une logique infaillible et rapide. peines qui nous révoltent justement. le lis marqué sur l'épaule. 2). autant que le fouet jusqu'au sang appliqué pour délits de chasse (édit de mars 1515). le dimanche (art. les oreilles coupées. C'est alors qu'intervint l'édit de mars 1685. Plusieurs articles de ce Code et des lettres patentes de décembre 1 723 seront d'ailleurs encore en vigueur. ou Code noir destiné. Cet acte est une honte. etc. mais il ne le créa pas. la cupidité et la paresse avaient engendré l'oppression et la barbarie. 293 Ainsi. 4). et reconnaît aux affranchis les mêmes droits qu'aux hommes libres (art. 55). punit la débauche. Il laisse subsister des peines odieuses : le fouet. permet de nommer les esclaves tuteurs. dit le préambule. °n sera plus doux. Il ordonne d'employer des commandeurs chrétiens. et il eut l'intention de l'adoucir. autant que les peines infligées par d'autres édits plus anciens. et un commentateur de 1844. l'affranchissement (art. on tentera encore d'empêcher le mal d'être un mal. Cet édit eut le tort de ne pas abolir l'esclavage. les lèvres fendues en cas de récidive (édils du 5 décembre 1487. et pourtant c'est un progrès Après un siècle et demi. 10 juillet 1405).

Qui l'appela? la cupidité des premiers colons. puis honteusement pratiquée 2. pour donner la libel lé auxdits religieux d'acheter desdits nègres ainsi que les autres particuliers. le gouvernement de la monarchie est. 1 2 Code de Bourbon. Ils sont coupables de l'avoir tolérée . nous le verrons. Il n'est pas vrai qu'ils l'aient introduite. autorisé. lesquels sont priés d'avoir soin d'instruire en la loi les nègres et sauveges estant dans ladite île. C'est assez et c'est trop. Daligre. résidant en l'île de la Guadeloupe. se contentera de dire : « Cet article ne reçoit pas d'application l.294 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. gouverneur de ladite île. 1844. La Compagnie demandera au sieur Houel. et il a pu colorer celte abomination de prétextes religieux . Procès-verbaux des séances de la Compagnie des Iles. C'est à la monarchie et en partie à la religion que la France doit les colonies. punit d'une amende de 500 livres le maître qui a débauché son esclave. Qui l'apporta? la traite. demandent douze nègres pour le service de leurs deux maisons. « Et sur la proposition desdits religieux de pouvoir avoir un lot de nègres qui sont exposés en vente quand il en arrive en ladite île. Innocent de l'esclavage. Ce n'est pas au gouvernement et au clergé que les colonies doivent la servitude. l'examen des origines prouve que ni la monarchie ni le clergé ne sont responsables de l'établissement de l'esclavage aux colonies. en les payant au prix des autres. mais la responsabilité de l'Église est ici encore hors de cause... tenues le premier vendredi de chaque mois chez M. dans l'intérêt du commerce des ports. en sera écrit audit sieur Houel. Qui organisa la traite? les ports et la métropole. que des premiers nègres qui viendront en l'île il en donne quatre auxdits religieux. directement coupable d'avoir. encouragé la traite. Séance du 5 mai 1645 : « Les religieux de Saint-Dominguc. » Quoi qu'il en soit des conséquences. » (Archives des colonies.) . par Delabarre-Nanteuil.

» 1 Rapport de 1839. quoi qu'on fasse. 1741. Grégoire XVI répétait à l'Europe et au monde. 41. même sans les corrompre. et. l'on se convaincra que le nègre est entièrement indifférent aux vérités religieuses. des missionnaires de l'ordre le plus ennemi de l'esclavage.. quels que soient les motifs qui justifient sa conduite. et un siècle après. d'éclairer et de spiritualiser la religion d'un esclave. c'est un malheur déplorable qu'il ne l'ait pas plus sévèrement réprouvé et qu'il ait fini par l'accepter scandaleusement pour son propre usage.. il a gêné leur prédication.. Si on y regarde avec soin. . car l'esclavage a corrompu les prêtres. grâce à Dieu. deTocqueville. Commentparvenir à élever et à épurer la volonté de celui qui ne sent pas la responsabilité de ses propres actes? Comment t donner l'idée de la dignité morale à qui n'est rien à ses propres yeux ? Il sera toujours bien difficile. La religion a été la victime de cette faute. « Le christianisme est une religion d'hommes libres. Ainsi. dont les travaux grossiers et incessants remplissent la vie. p.. et qui est naturellement et invinciblement plongé dans l'ignorance par le fait même de sa condition. 295 Le même pape Urbain VIII qui donna aux Antilles. Benoît XIV rappelait au Brésil les mêmes principes qu'un siècle encore plus tard. ou bien qu'il fait du christianisme une superstition ardente et grossière '.COLONIES FRANÇAISES. 1839. faussé leur situation. en 1635. mais. le clergé n'a pas propagé l'esclavage. grands organisateurs de l'esclavage et de la traite. protestait en 1059 contre les Portugais. avili leur ministère. et le clergé l'a douloureusement expiée. dit admirablemen tM.

C'est peut-être à cela qu'il faut attribuer leur incrédulité actuelle. Mais. . et les préfets catholiques ont été obligés de recommander à leurs prêtres de s'abstenir de toute allusion au sujet de la liberté. le prêtre l'obliendra-t-il? s'il demande à l'esclave une heure destinée au repos. et à prêcher une justice boiteuse et des vertus que le ciel n'exige pas. dit le bâtonnier des avocats de Fort-Royal (Martinique). sera-t-il. et. » « Ailleurs. le duc de Broglie. suspect.296 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. » Une situation si fausse n'était pas de nature à inspi1 Bibliothèque do M. Je compulse au hasard les documents qui m'environnent. Quand et comment se fera l'instruction religieuse? S'il demande au maître un heure destinée au travail. Passy. pourra-t-il être écoulé? Que dira-t-il d'ailleurs? Suspect au maître s'il réveille un instinct de liberté. les noirs ont regardé les prêtres comme chargés d'une mission dont le but était de les tromper et de défendre exclusivement les intérêts des maîtres. le prêtre en est réduit à tenir à son tour en servitude une moitié de l'Évangile. odieux à l'esclave s'il se fait le sanctificateur de l'esclavage. l'esclavage opposait à la prédication religieuse des obstacles matériels. Les faits confirment ces prévisions. je lis ces réponses des témoins interrogés : c< Des prêtres de paroisse ont été expulsés sur la plainte des maîtres. sous prétexte qu'ils inculquaient à la population noire des idées de liberté. outre l'incompatibilité morale. dans les procès-verbaux de la commission nommée en 18381 pour examiner la proposition de M.

à la Martinique. et le travail y était actif et régulier. j'oserais appeler un 1 Commission de 1839. et cela s'est maintenu.. enfin. préparés par une éducation spéciale. rebut des diocèses d'Europe. » . facilement remplacés. dès lors. réponses des délégués. 297 rer beaucoup de vocations. des capucins. mal recruté et ainsi mêlé d'éléments corrompus. étaient en outre soumis à une autorité plus efficace que celle des préfets apostoliques sur des prêtres venus de tous les coins de la France. session 1840.. le bon effet produit par ces ordres monastiques se fait encore sentir partout où s'est exercée leur utile influence. scandale des sociétés coloniales. 108 : Le délégué de la Martinique : « Sur les habitations des religieux. le nombre des familles était plus grand. des carmes. » Le délégué de Bourbon : « Il n'y a jamais eu d'ordres monastiques à l'île Bourbon (le délégué commet ici une erreur). Non-seulement ces religieux étaient pour les colonies un clergé pur et efficace.COLONIES FRANÇAISES. mais ils dirigeaient leurs habitations de manière à en faire des habitations modèles. des frères Saint-Jean-de-Dieu l. Les religieux avaient civilisé même des Indiens. On n'a pas oublié à la Guyane. Bon exemple que. mais l'atelier colonial où l'instru ction religieuse était la plus commune était au premier rang des ateliers s ous le rapport des mœurs. recueillis dans leur vieillesse. Ce malheur fut évité tant qu'on s'adressa à des congrégations dont les sujets. » Le délégué de la Guadeloupe : « J'ai absolument le même témoignage à rendre. procès-verbaux de la Chambre des députés. » Le délégué de la Guyane : « Il y a eu à la Guyane des habitations considérables appartenant à des religieux. la disposition des ateliers était plus parfaite. p. pour ma part. des membres de la congrégation du Saint-Esprit. des dominicains. qui sont plus difficiles à civiliser que les nègres. à la Guadeloupe. Aussi le clergé des colonies fut-il toujours insuffisant. les grands travaux des jésuites. Ces habitations étaient très-bien administrées.

ils reçoivent les hon1 Mérite souvent héroïque ! On a vu des noirs fatigués. pour se rendre au catéchisme. tantôt par les contre-coups des révolutions de la métropole. tantôt par des difficultés avec les gouvernements locaux. elle transforme leur malheur en mérite 1. au désir de la fuite. et le culte catholique. tel a été le zèle de la plupart de ses ministres. tant il me répugne d'accepter l'idée d'un esclavage modèle. De toutes les races. la nuit. vertueux et lucratif. exerce sur eux un attrait incomparable. exclusivement reconnu par l'édit de 1685. uniquement vouées. certains d'être punis le lendemain. vieux. elle donne. et malgré les obstacles aggravés. Ils ont dans les prêtres des défenseurs.298 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. à l'accablement de la tristesse ou à l'étourdissement d'une insouciance entretenue par la dépravation. pratiqué par des religieux sucriers et caféiers. des parrains et des marraines à des êtres sans famille. la race nègre est peutêtre la plus avide de religion. telle est la puissance bienfaisante du christianisme. depuis le jour de leur fondation. à l'esprit de révolte. Dans une situation si fausse. elle élève leur conscience affranchie jusqu'aux hauteurs sereines de la liberté morale. en les baptisant. des amis : à l'autel. faire une lieue à pied. comment en serait-il autrement? La religion ne jette pas seulement l'espérance à de pauvres âmes. les esclaves plus heureux. trois fois par seinaine. que cependant beaucoup de bien religieux s'est fait aux colonies en tout temps. si elles n'attendent pas un monde meilleur. des confidents. et depuis resté celui de l'immense majorité des habitants. . L'Evangile a rendu les maîtres plus doux. Malgré quelques défiances. scandale.

Caste lli. mais sans succès. par M. jusqu'au moment de l'abolition de l'esclavage. une famille leur est donnée en son nom . Avant la Révolution. 1° La Guyane. très-dévoués. alla seul au milieu des 1 Cette histoire est le résumé soit d'écrits publiés. On se rappelle encore à la colonie que sous le gouvernement de M. ses progrès. soit enfin de mémoires manuscrits et de lettres inédites adressées au département de la marine. la mission de la Guyane avait été confiée aux jésuites. l'Eglise était le lieu d'asile des esclaves. d'Orvilliers un nombre considérable de nègres s'étant réunis sur une montagne et dans les bois. quels furent ses malheurs. cependant leurs travaux n'avaient pas été stériles. Ils n'avaient qu'une paroisse à Cayenne lorsque le P. le père Poque. Lettres sur l''esclavage.COLONIES FRANÇAISES. préfet apostolique de la Martinique. Les missionnaires avaient une grande et salutaire influence sur les noirs. par M. ou a la communauté du Saint-Esprit. elle était le seul point du monde où ils se sentisssent réellement libres ou momentanément heureux. des fêtes viennent interrompre leur monotone existence. l'Esclavage aux colonies. . de Montezon. préfet apostolique de la Guadeloupe. On craignait un soulèvement général des noirs demeurés tranquilles. Dugoujon. par le P. on fit marcher contre eux les habitants et toutes les troupes. soit des Annales de la Propagation de la foi. lorsqu'un jésuite. Il n'est pas inutile de montrer. 299 neurs de l'égalité devant Dieu . par une histoire extrêmement sommaire de la religion 1 dans chacune des colonies à esclaves. tels que la Mission de Cayenne. ses travaux. Labat les visita en 1694. très-dociles à ceux qu'ils appelaient des Monpères.

par le père Jean-Xavier Padilla.300 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Ces prêtres zélés n'avaient pas négligé les peuplades indiennes. 3 Observations sur l'état de la colonie de Cayenne. puis... civiliser et utiliser. le cou orné d'un collier de dents de tigre ou de caïman. habitant.. Grâce à cette influence. dit un missionnaire -. en général douces. col. les rapports des deux classes étaient exceptionnels dans cette colonie 3. Trois missions spéciales avaient été établies pour ces peuplades en 1782. par M. 2 Mission de Sinnamary. juillet 1850. mais qu'on aurait pu. . » Les prêtres du Saint-Esprit envoyés après l'expulsion des jésuites (1773). au nombre de vingt avec un préfet apostolique. fugitifs.. 45. continuèrent avec succès leur bonne œuvre. assister avec le plus grand respect au baptême de son enfant. Les prêtres 1 Aperçu de la situation des peuplades indiennes à la Guyam franaise. Hard y. Devilly. « Les Indiens descendent les rivières. son arc et ses llèches d'une main. les noirs s'éparpillèrent dans les bois. les ramena et les réconcilia. défiantes parce qu'elles avaient été trompées. par M. et si doux. que la première explosion de la Révolution se passa sans désordre. de Sartines (1776). son casse-tête de l'autre. Terrasson. joyeux et bénissant le père. (Manuscrits du séminaire du Saint-Esprit). qu'on pourrait encore l. et présentent leurs enfants aux pères pour qu'ils les baptisent. après la cérémonie. par M. avec de meilleurs traitements. ils bravent les flots dans leurs pirogues légères. placer l'enfant dans sa petite pirogue. Mais bientôt le travail étant arrêté par les causes indiquées ailleurs.. p. Rev. Qu'il est touchant de voir le fier Indien. laborieuses. qu'il lance de nouveau à la mer. sous le ministère de M.

et venaient y mourir de fièvre et de misère. 301 ayant courageusement refusé le serment. M. y enlevèrent de force des ateliers fidèles. Le rétablissement de l'esclavage en 1802 acheva ce que l'abolition violente avait commencé. naufrages. De tous les prêtres déportés. non contents de se livrer au marronnage. « Une grande partie des noirs. ils firent usage du poison. un à Saint Christophe. rev int à la Guyane. Legrand. ambassadeur de France en à Portugal 1 2 : « Je suis le seul prêtre français qu'il y ait Manuscrits du séminaire du Saint-Esprit. même sous l'Occupation portugaise. pendant que d'autres prêtres français étaient au contraire déportés à la Guyane. arrestations. surtout ceux qui avaient perdu tout principe de religion et étaient devenus de vrais jacobins noirs. les prêtres déportés furent dispersés par la Providence pour servir. il exerça son ministère avec le titre de préfet apostolique. On incendia les églises. Archives du séminaire An Saint-Esprit. à la fin de 1816. un autre à Ste-Croix. les autres à la Martinique. M. et seulement en 1809 . . se réfugièrent dans les forêts. après mille épreuves. le duc de Luxembourg. et. y maltraitèrent et assassinèrent plusieurs propriétaires. arme si redoutée dans leurs mains.COLONIES FRANÇAISES. à relever ou à seconder la religion sur d'autres points. » Pendantce temps. et y trouver une humble tombe. ils tentèrent des incursions sur nos établissements. Lorsqu'ils y eurent des vivres et se virent en assez grand nombre. Trente-deux furent en effet déportés de la Guyane. les uns à la Guadeloupe. un seul. encore aujourd'hui vénérée. dit un colon 1. on les arrêta. 11 écrivait. on les condamna à la déportation.

successeur de M. le P. puissamment au maintien de la paix publique. 2e La Martinique. Nous retrouvons à la Martinique les mômes fondateurs de la mission. Jubelin. Je fais ce que je puis en ville. Labat y trouva avec eux les dominicains et les capucins. D'ailleurs mon âge et mes infirmités me donnent lieu de croire que le terme de ma carrière n'est pas bien éloigné. qui. par une coïncidence touchante. Demandez au gouvernement de nous envoyer des coopérateurs. De tristes démêlés administratifs retardèrent. les paroisses augmentées. Les frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu y avaient établi la belle habitation . jusqu'à l'administration bienfaisante de M. heureusement pour la colonie. contribua cependant. les mêmes restaurateurs de la religion qu'à la Guyane française. les effets de la mission. puis il mourut en janvier 1818. Des frères et des sœurs furent rétablis. et. C'est au début de l'occupation française (1649) que les jésuites y arrivèrent.302 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. les jésuites. avec un préfet apostolique pour chaque ordre. » Il eut la joie de voir arriver trois prêtres en novembre 1817. elle avait été précédée d'un évangélisation qui. à Cayenne. Guillier. Dès 1694. qui demeurèrent seuls. après 1773. les églises reconstruites. grâce au zèle inébranlable de M. Legrand. mais les campagnes sont totalement dans l'abandon. et lorsque la Révolution de 1848 éclata. gouverna six ans (1829-1835). sans les rendre cependant tout à fait stériles. bien qu'incomplète.

le bien se fit. déterminèrent son renvoi. car il releva dans toutes le sacerdoce. Legrand. sous tous les rapports. Elles furent la cause. Quelques prêtres y restèrent pendant la durée de cette occupation. déporté de la Guyane. M. causèrent un long et pénible intérim. après avoir entravé son ministère. où il devait bientôt retourner. non pas unique. Bertout. c'est son opinion abolutionniste. au moment de la Révolution de 1830. 1841 : Ce qui achève de le perdre. l'autre pour la Guadeloupe. Plusieurs années se passèrent avec un clergé désorganisé . 303 Saint-Jacques. l'un pour la Martinique . M. jusqu'au moment où le vénérable chef de la communauté du Saint-Esprit. de deux préfets apostoliques. M. La religion avait dès longtemps obtenu dans beaucoup de paroisses les habitudes de 1 « Lettre d'un missionnaire. suivie de si près de l'occupation anglaise. De 1834 à 1848. qu'il n'a Pas assez cachée. » . L'état religieux était assez satisfaisant au moment de la Révolution. envoya en 1819 deux prêtres et obtint la nomination. y fit un bien immense. Castelli. et sans des difficultés administratives qui. ayant des supérieurs dont la délégation était contestable. Le premier. 11 eut La joie d'être rendu à ses fonctions au moment où les esclaves allaient être affranchis. par une ordonnance du 51 décembre 1821. de presque tout le clergé colonial. Nous y retrouvons en 1807 M. Carraud. Malgré ces épreuves et ces fautes. qui l'eût été davantage sans l'insuffisance.COLONIES FRANÇAISES. qu'on peut appeler le père spirituel des colonies. la préfecture fut confiée à un prêtre fort connu pour ses convictions abolitionnistes. des obstacles qui. mais principale1.

confiée pendant de longues années à la direction d'un préfet apostolique respectable. M. puis représentée par un clergé incapable ou même scandaleux. enfin. l'Olive. nous a été conservé par un manuscrit fort curieux1 et par l'histoire du P. Du Tertre. de moralisation. prière. Labat y trouva aussi les jésuites et les capucins trente ans après. appela les carmes déchaussés de Touraine (1664). Le P. après une difficulté avec les dominicains. le P. pour protéger les pauvres Caraïbes. Tous les récits permettent de croire qu'à la fin du dix-huitième siècle l'état religieux et moral de la colonie avait fait les mêmes progrès que la prospérité matérielle. . ce dernier. dont la charité fut admirable pendant la lièvre jaune de 1838. d'instruction. ou au moment de l'é1 Acheté par l'auteur à la vente de la collection Erdeven. La grande léproserie de la Désirade fut établie en 1728. de Boisseret et à M.304 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. autre dominicain envoyé peu après. Le récit des efforts de l'un d'eux. Houel. débarquèrent. que la loi vint imposer. Lorsque l'île eut été vendue à M. quatre dominicains. 5° La Guadeloupe. Raymond. Duplessis et M. la religion n'a eu à traverser que des épreuves: proscrite et Renversée d'abord. ce n'était pas à la majorité du clergé de la colonie qu'il fallait s'en prendre. Depuis la Dévolution. et si la préparation qui devait précéder l'abolition de l'esclavage n'était pas plus avancée à la Martinique en 1848. Avec les premiers colons. en 16Γ>5.

Lorsqu'un siècle a près sa découverte par le Portugais Mascarenhas. « l'instruction religieuse de la classe esclave ne fait pas de grands progrès. des religieux capucins y portèrent l'Évangile. après le départ forcé du gouverneur.. le P.sauf de belles exceptions. Il semblait surtout que les grandes épreuves dont la colonie fut écrasée ouvriraient les àmes à de meilleures résolutions. par une équitable coïncidence. encouragées dans les dernières années par les instructions et les lois venant de la métropole. et qui avait donné pour instruction à son clergé de se rendre sur les habitations pour l'instruction des esclaves seulement quand ils y étaient appelés. dirigé par un nouveau supérieur. mais plus tard aussi. Or. L'île Bourbon fut plus heureuse. 11 était dans la destinée de la Guadeloupe d'arriver plus tard que les autres colonies aux progrès moraux. Le zèle patient du clergé. 305 pouvantable tremblement de terre de 1843. gouverna . aux progrès matériels. elle fut colonisée par les Français.COLONIES FRANÇAISES. mais le mauvais vouloir de la plupart des maîtres resta le même.. » 11 y avait moins d'indifférence ou de résistance sur quelques points. obtint en effet des résultats plus satisfaisants. et l'un d'eux. jusqu'à la Révolution de 1848. 4° l. mais timide. Lescolons d'une partie importante de la colonie semblent s'être donné le mot pour ne recevoir ni la visite des prêtres ni celle des magistrats. Hyacinthe. comme il le disait lui-même dans ses correspondances.:t Réunion. en 1675.

Faut-il ajouter que l'autorité supérieure lit pendan1 longtemps peu de chose pour changer un étal de choses . il plairait à un grand nombre de maîtres de choisir entre les ver- tus chrétiennes. pour eux. Toutefois on peut dire que la religion mourut.306 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. l'île pendant trois ans. Ils accepteraient l'instruction qui développe les facultés si elle n'élevait les sentiments. la colonie s'administra elle-même. et de mar- cher accompagné de deux hommes. Pour d'autres. Je lis toujours dans les correspondances de cette époque la même disposition : Quelques colons font exception et sont des modèles. c'est que le mariage leur était inconnu. quand l'esclave a assez travaillé pour payer ce qu'il coûte. les biens des lazaristes furent confisqués. l'un portant une croix pour prêcher la soumission. nulle piété. mais le culte ne fut pas aboli. Les missionnaires du Saint-Esprit trouvèrent à leur arrivée en 1818 trois cures vacantes sur onze. les esclaves sont une famille. La loi du divorce désorganisa les familles des blancs. l'autre un fouet pour l'imposer. de détacher de l'Evangile les pages sur la patience en effaçant les pages sur l'égalité. pendant la Révolution. nulle instruction. il peut mourir. ils sont un bétail. Ils donneraient une heure à l'école s'il ne fallait pas l'enlever au labour. pour leurs femmes surtout. Le culte fut confié aux lazaristes à partir de 1736. résistance à laquelle la fatalité d'une situation fausse les condamnait bien plus que la dureté du cœur. et le principal obstacle fut la résistance de la plupart des maîtres. et lorsque. les progrès furent bien lents. Entre ces deux extrêmes. si elle n'eut pas le même effet sur les noirs.

000 noirs catéchisés par ses soins. arrivé dans l'île en 1840. et à de jeunes Africains élevés sur la côte de Zanguébar. Il n'y a pas moins aujourd'hui de 10. Prêcher la chasteté sous un tel climat. une mission ingrate! Elle demandait des héros chrétiens.. 307 qui semblait en quelque sorte convenu et sans remède? Les fautes. mêlés à des parias de l'Inde et à des (Illinois. Il a trouvé de puissants auxiliaires dans quelques noirs pieux qui sont devenus assez avancés dans Rapport. ah ! c'était. les vices d'une fraction du clergé. n'être suspect à aucun. entendu par la commission coloniale le 29 avril 1842 : « L'instruction a pris un véritable essor à Saint-Denis et dans les localités environnantes. il s'en trouva à Bourbon. et ses succès méritèrent d'être signalés dans le rapport de M. être agréable à deux partis qui se détestaient. comme. et de la bonté divine à des malheureux courbés par force au travail. furent responsables à Bourbon. Au lieu de convertir. l'abbé Monnet a déployé un zèle admirable et une rare intelligence. la fraternité sous un tel régime. on en conviendra. qui résume ainsi le témoignage du préfet apostolique de Bourbon '.COLONIES FRANÇAISES. le duc de Boglie. p. il obtint le concours de plusieurs de ses confrères.. plus d'un surtout se laissa décourager. persuader les vérités délicates de l'Évangile à de jeunes créoles bacheliers des colléges de Paris. M. parler de désintéressement à des gens ardents à faire fortune. d'une partie de celte douloureuse stérilité. . résolut de se vouer exclusivement à la moralisation des noirs. 153. l'abbé Monnet. ailleurs. plus d'un prêtre se laissa corrompre. M.

après un court séjour en France. a écrit avec une sublime simplicité dans un document inédit l'un des trois fondateurs. telle fut l'opposition des colons. Des maîtres prennent à col égard la plus honorable initiative. que le gouverneur le fit aussitôt repartir pour sa patrie. ne désirait rien tant que de voir luire enfin pour les malheureux noirs le jour de la liberté et de la régénération spirituelle. un créole de Maurice et un créole de Saint-Domingue1. Laval. Ils se confièrent leur pensée de se vouer à l'évangélisation des noirs. M. 11 mourut en allant évangéliser Madagascar... notre société. mais une commu- nauté tout entière pour la continuer et l'étendre. « La tin générale (h. Heureusement son œuvre ne fut pas abandonnée.. Levavasseur. » Lorsqu'il revint à Bourbon en 1847. il se trouva à la fois au séminaire Saint-Sulpice de Paris un créole de Bourbon. On savait que M.» Le mouvement qui réjouissait quelques maîtres en consternait d'autres. Ce fut l'origine de la Communauté du Saint-Coeur de Marie. Depuis trois ans le nombre des premières communions a été considérable. Monnet. comme le dit une correspondance..308 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. non plus quelques hommes. l'eu d'années après 1830. Tisserant.. même parmi les adultes.. il en a été fait plus de 400 depuis deux ans dans la population noire. M.. Une grande impulsion a été donnée aux mariages. renseignement religieux pour pouvoir faire le catéchisme et répéter les instructions sur les habitations. .Dieu suscita.. est de s'occuper des peuples les plus 1 M. « en véritable prêtre de JésusChrist.

juif converti. en assujettissant leurs corps à une dure servitude. le second à Maurice. à Haïti aux An' tilles comme dans les deux Guinées. dans la pensée de ses instituteurs. Un ne peut lire sans émotion le mémoire adressé à la congrégation de la Propagande par le P. et la principale cause de l'union et de la paix qui régnèrent quand el le fut prononcée. Ils avaient pris pour supérieur un saint. et personne ne songe à les en retirer. le troisième mourut en vue de Saint-Domingue. destinée. leurs âmes périssent de misère a u milieu de l'abondance. dans le monde. Les noirs se trouvant en ce moment plus qu'aucun autre peuple dans cette position. Libermann sur l'état général de la population noire. à évangéliser les noirs. dit-il. nous nous sommes offerts pour les évangéliser. .COLONIES FRANÇAISES. » Devenu prêtre. qui prépara les fondements de la Communauté. 309 pauvres et les plus délaissés dans l'Église de Dieu. dans ces pays où ils devraient trouver les richesses et les consolations de la grâce. et personne pour les secourir » l es travaux des missionnaires à Bourbon furent une préparation incomparable à l'émancipation. le premier de ces hommes fut envoyé à Bourbon. « A la porte de l'Europe. la Sénégambie et tout le reste de l'Afrique. le père Libermann. des millions d'hommes croupissent dans l'ignorance el le malheur. Cependant ces hommes sont faits à l'image de Dieu comme les autres « Dans les pays même où une miséricordieuse providence semble les avoir conduits pour affranchir leurs âmes.

mars 1847. Après l'ordonnance du 18 mai 1846. tous les crédits. se dépravent par la servitude. . les hommes d'Etat qui en France travaillaient à cette grande œuvre ne se trompaient pas quand ils appelaient1 la religion à leur aide . p. qui apporte le devoir et l'espérance à toutes les conditions.000 habitants. les colons qui s'y opposaient. quand le maître est exceptionnellement bon . il n'y avait dans nos quatre colonies que 82 prêtres. soit à peine un pour 4. ne se trompaient pas. La religion elle-même semble faussée et corrompue. La religion n'est pas la liberté. Avant l'ordonnance du 6 septembre 1839. mais elle est la mère de la liberté. 3 6e annexe au rapport du ministre de la marine au roi. l'esclave. le prêtre. soit un pour environ 3. . le maître. quand ils se défiaient d'elle.310 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. On espérait que les cadres seraient remplis en 1847 3. 122.Rapport de M. Ses pro1 Ordonnances de 1859 et 1846. il y en avait seulement 127. 1° Tous les efforts. 2° Le christianisme. le due de Broglie. tous les encouragements ne parviennent pas à entraîner vers la mission ingrate de porter l'Évangile au sein de la servitude des vocations en nombre suffisant. et ils portent des fruits. l'apôtre exceptionnellement saint. En résumé. Mais l'histoire de la religion dans les quatre colonies à esclaves de la France jusqu'à l'émancipation aboutit à cette double conclusion. sait adoucir et moraliser même l'esclavage: la population noire a l'âme particulièrement ouverte à ses enseignements. Mais en général.500 habitants sur une surface considérable 2.

Circulaire du 17 juin 1848. » écrit le préfet apostolique de la Guadeloupe 3. à éclairer. dans une de ces heures rares. » «Dieu soit béni! s'écrie le préfet apostolique de la Martinique 2. du 22 août l848 I. 2 0 .COLONIES FRANÇAISES. dignes d'envie. nous n'avons plus ici qu'un peuple libre. on seul le besoin de notre présence. sublimes et joyeuses. Les noirs la reçurent comme un sacrement.que les mariages se multiplient.. où la justice triomphe ici-bas. il déclare «que les noirs se rendent avec empressement aux instructions. — Après l'abolition de l'esclavage. « Quelques jeunes noirs de la ville.. 2 Mandement du 15 août 1 848. la liberté fut proclamée devant l'autel. Dieu fut pris à témoin de la réconciliation des hommes. un peuple de frères. rapp. écrit le préfet apostolique de la Guyane 1 sont venus me prier de dire une messe pour leur obtenir la grâce de ne pas abuser de la liberté. et que tant d'élèves se pressent aux écoles. » A Bourbon. d'où les missionnaires écrivaient déjà avant 1848: «Nous sommes les intermédiaires des deux populations. à diriger La moisson est bien grande : élargissons nos cœurs ! » « Les missions coloniales deviennent admirables. que nous sommes tous appelés à consoler. § 2. ri nous 1 Lettre inédite de 1848. Dans toutes les colonies. infaillibles après. qu'il faut en tripler le nombre. 311 grès étaient impossibles avant l'émancipation. Et dans un rapport au ministre de la marine.

par un amour de cen1 Mémoire inédit. ni l'indépendance qui résulte pour eux de l'inamovibilité. lutter contre des rancunes ardentes et de coupables incitations . La commission coloniale de 18402 tout en demandant des évêques. la proclamation de ce décret. sans trouble. « Il eût sans doute mieux valu. insuffisant. confiants. ils attendirent deux mois de plus le commissaire général qui apportait le décret. qui eut lieu dans les temples de Dieu. on peut regarder celte subite émancipation comme un bienfait de Dieu 1. Libermann. l'œuvre moralisatrice de la religion commençait. écrivait en 1850 le P. 1843. que les esclaves eussent été bien préparés. avait hésité devant celte condition. Non-seulement il fallait traverser des jours de révolution et de ruine. . comme jamais ils ne l'auraient été suffisamment. mais. ils attendaient depuis dix ans la liberté. ils entrèrent dans la liberté comme par un second baptême. Ils n'avaient ni la dignité extérieure. Les préfets apostoliques étaient investis d'une simple suprématie administrative. sans désordre. mal recruté. faire passer dans les mœurs la fraternité qui venait d'être inscrite dans les lois. à cause de l'opposition des maîtres. tous demeurèrent patients. Depuis longtemps les colonies demandaient des évêques. mais avant tout il convenait de réformer le clergé lui-même. archives du séminaire du Saint-Esprit. Mais. en profitons pour faire le bien. puis deux mois encore. Séance du 22 fév.312 ABOLITION DΕ L'ESCLAVAGE. mal organisé. » on vit à peine quelques noirs aller en tumulte jeter des chaînes à la mer. bien loin d'être finie. ni l'autorité réelle des évêques.

Placé face à face d'un gouverneur omnipotent. avait rendu les plus grands services. sans parler de quinze prèlres au Séné-gai. . et c'était précisément celte dépendance qui abaissait le caractère des préfets.000 à 3. à la Guadeloupe.qui la supprima de nouveau en 1809. supprimée en 1793.. 44 prêtres desservant 28 paroisses. rétablie en 1816. et les îles Saint-Pierre et Miquelon. et pourvue d'une subvention que le gouvernement de Juillet supprima en 1830. 46 » 52 » à Bourbon. 50 » 14 » à la Guyane. à Saint-Pierre. recouvré grâce à* deux de leurs missionnaires. 10 » 14 quartiers. puis le Sénégal (1779). à Madagascar. . un évêque dépendant eût été sans influence. rétablie en 1805 par Napoléon. Fondée en 1705. puis rendit en 1839. . a ux Indes. On leur confia alors la Guyane (1776). Lorsque l'ordonnance du 6 septembre 1839 mit un crédit annuel a la disposition du gouvernement pour l'augmentation du clergé et des églises. installée aux frais de l'État en 1820. chargée du recrutement du clergé colonial. Ses missionnaires évangélisaient déjà le Canada et l'Acadie au moment de l'expulsion des jésuites (1773). 313 tralisation excessif.COLONIES FRANÇAISES. Le supérieur de la com . C'était environ un prêtre sur 2.000 habitants. . Mais ce clergé continuait à n'avoir pour supérieurs que des préfets et vice-préfets. la communauté du SaintEsprit avait fait les plus grands efforts pour augmenter le nombre et la qualité des prêtres coloniaux. la communauté put entretenir : à la Martinique. La communauté du Saint-Esprit.

par décrets des 22 juin. quoique défavorables à l'influence de sa communauté. M. aussi sage que désintéressé.314 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Moniteur. Libermann. La Guyane seule demeura sous le régime ancien. M. 1850. pour la Martinique à 80 prêtres. pour la Guadeloupe à 85 » pour la Réunion à 65 » 250 » Total Les évêques des colonies furent rattachés au diocèse de 1 Les évêques nommés furent M. Leher- Réunion. on cessa de marchander ainsi les vraies conditions du pouvoir religieux. Trois évèchés furent créés. réunie par le pape à celle du Saint-Esprit. Desprez. elle pourvut aux frais de leur installation. 29 juillet Sur le rapport de la la Guadeloupe. . Dariste. 1850. de Falloux. 12 juillet 1850. munauté du Saint-Cœur de Marie. Sous l'inspiration d'un ministre auquel l'Église et la société doivent tant. Ses vœux furent exaucés par les décrets du 22 juin et du 12 juillet 1850. 3601. Le saint-siége approuva et s'empressa de consacrer cette importante mesure. à 2 4 mai. p. à Saint-Denis (Réunion)1. le P. fit d'instantes démarches. à la Basse-Terre (Guadeloupe). pour qu'on donnât enfin des évêques aux colonies. qui fut définitivement réglée par un décret du 5 février 1851. M. Lacarrière à peur à la Martinique. Plusieurs fois2 l'Assemblée nationale se prononça pour leur institution. M. A ce moment l'effectif du clergé colonial fut porté. à Port-Royal (Martinique). et par une loi des G novembre 16 décembre 1850 3.

. qui disposant tout avec douceur. . nous rendons des actions de grâces à Dieu père des miséricordes. réfute ainsi par les faits les plus évidents les prétendues inventions. accédant aux religieuses prières* du prince Président de la République. Le premier mouvement des pères du concile de la Rochelle fut de bénir Dieu de là fondation des évêchés coloniaux et de l'émancipation des esclaves. Les actes de ces conciles soumirent les diocèses coloniaux aux règles établies par le concile précédent. c.Ibid . c. vi. attestent combien 1 Decreta concilii provinciæ Burdigalensis. comme il a fait pour l'Angleterre et la Hollande malgré la résistance et les emportements des hérétiques et des homines politiques. tenu à Bordeaux en 1850. Il le fit en des termes qui méritent d'être cités : « Avant tout. et changeant de simples préfectures apostoliques en évêchés véritables et perpétuels. doit être retenue 2 : « Un grand nombre de constitutions des Pontifes romains. en 1853. d'un changement des évoques en vicaires du pape1 » Quant à l'émancipation . v. et par suite appelés aux conciles de celte province.COLONIES FRANÇAISES. Rupellæ celebrati. a mené à bonne fin par sa providence une affaire si nécessaire au salut des âmes. tenus l'un à la Rochelle. et qui avait exprimé des vœux pour leur érection. remontant à plusieurs siècles. 315 Bordeaux comme métropolitain. l'autre à Périgueux en 1856. 5t. p. cette belle déclaration approuvée par le Saint-Siège. et semblablement au souverain pontife Pie IX qui. anno Domini 1853. 48. calomnieuse ment répandues.

Maintenant. 85 pour la Guadeloupe. 57. 74 pour la Réunion . un nouvel ordre de choses a éclaté. mais en dehors de ce cadre. Mais hélas î la moisson est grande. Or le bien religieux commençait et continua de plus en plus à l'emporter. ne fut fait qu'après. il s'est accru cependant. On compte . Ici encore ce qui aurait du avoir lieu avant. bien que d'une couleur différente. il y a des annexes. la sainte mère l'Église catholique a toujours déploré le dur esclavage dans lequel on retenait une multitude d'hommes pour la perte de leurs âmes. Le clergé ne pouvait être subitement augmenté. sont nos frères en Adam et en Jésus-Christ. des desservances et des aumôneries non reconnues. et par combien d'efforts elle n'a cessé de travailler à remédier à un si grand mal. grâce à Dieu dont la providence n'est pas trompée dans ses desseins. assez longtemps après pour que le bien et le mal de l'émancipation abandonnée à elle-même fut dejà produit et jugé. IX.) » Lis évoques n'arrivèrent dans leurs diocèses qu'à la lin de 1851. près de trois ans après l'abolition de l'esclavage. et paraissent vouloir user de la liberté si longtemps désirée pour acquérir la liberté des enfants de Dieu. et nous nous réjouissons dans le Seigneur du bienfait capital accordé à tant d'hommes qui. mais les ouvriers sont peu nombreux! (Math. Le cadre officiel est toujours de : 80 pour la Martinique.316 ABOLITION DΕ L'ESCLAVAGE.

st. Mais les paroisses sont trop grandes encore.875. 85 comme la Guadeloupe. or on se souvient qu'avant 1848. et. un pour 4. nulle. aucun diocèse n'a 60 lieues comme la Réunion. le duc de Broglie 1 établit que l'instruction élémentaire et morale des enfants esclaves. au nombre des mariages. Le nombre des églises est considérablement augmenté. il y a un prêtre pour 700 habitants.500 habitants. cl les temples trop rares. était déplorablement négligée. et tel avait été le zèle des missionnaires et des autorités que les colonies an1 Rapport.000 liv. au progrès des écoles. 92 et suiv. 317 environ un prêtre pour 2. Cependant la commission coloniale demandait une dépense de 1. Avant l'ordonnance du 5 juin 1840. et les distances sont bien moindres.500. Le chiffre actuel est d'ailleurs bien loin d'être suffisant : en France. Plusieurs ont été bâties par les noirs.740.000. On a pu en juger dans un chapitre précédent. Dans les colonies anglaises.000 francs pour la fondation des écoles indispensables.). Il n'y avait pas un enfant sur vingt-cinq suivant même le catéchisme. p. dans nos colonies. L'impulsion donnée en 1840 par les préfets apostoliques et les gouverneurs produisit quelques heureux résultats.000 fr. le rapport de M. il n'y en avait qu'un pour 5.COLONIES FRANÇAISES. (1. . pour ainsi dire. pendant les trois premières années de l'apprentissage. avant 1839. 65 comme la Martinique. le gouvernement avait consacré aux écoles 75. on en jugera. et les encouragements inscrits au budget de 1839. Le bien moral opéré a été immense.

. à la Martinique. on proposait 25 frères au lieu de 5. il y en a 50. un notable progrès a été accompli. Elle demandait. — de 7 à 54 le nombre des sœurs. On le voit. 47 frères de Ploërmel au lieu de 14. il y en a 40. il y en a 14 . 1 La statistique complète du nombre des élèves n'a malheureusement pas été dressée. instruisant \ enfant sur 12. instruisant 1 enfant sur 9.000 habitants. il y en a 55. on émettait le vœu que les écoles et les écoles de filles fussent augmentées chacune de 12. A la Guadeloupe. on regardait comme nécessaire de porter de 15 à 54 le nombre des frères. mais dans une moindre proportion. il y en a I 4 A. On a pu imposer une rétribution scolaire presque sans l'affaiblir1.318 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. le chiffre a été accru. L'empressement de la population affranchie à profiter de l'enseignement a été très-vif el très-durable. 51 sœurs au lieu de 9 . — 51 sœurs de Saint-Joseph au lieu de 6. au budget de 1860 il en est payé sur les fonds du service local 50 . glaises possédaient 1 école pour 600 habitants. où les écoles de garçons sont dirigées par les Frères des écoles chrétiennes.la Réunion. A la Guyane. Le programme tracé en 1840 n'est pas encore rempli vingt ans après. mais il est regrettable qu'on n'ait pas fait encore de plus larges sacrifices. à la même époque où la France ne comptait qu'une école pour 1. Ce que la commission coloniale proposait en France en 1840 n'est pas encore réalisé partout.

Il y a en outre 42 chapelles.000 immigrants. ne l'oublions pas. suspecte. Quinze écoles des Frères des écoles chrétiennes. elle était nulle il a vingt ans. elle est goûtée. Une paroisse spéciale pour les Indiens. tenu par les religieux du Saint-Esprit . Dix-sept écoles ou salles d'asile des sœurs de SaintJoseph* Deux hôpitaux militaires . et voici ce que j'y trouve : L'île est divisée en deux arrondissements: l'arrondissement duvent et l'arrondissement sous le vent. Deux établissements malgaches .000 âmes par paroisse. encouragée. sur les progrès des œuvres decharité et des associations religieuses. Un hospice d'aliénés. 319 L'instruction primaire est en progrès. entravée. Les lettres des évoques sont pleines des détails les plus admirables sur le nombre des communions et la fréquentation des églises. elle était repoussée.COLONIES FRANÇAISES. Un hospice de vieillards . Le bien religieux proprement dit n'est pas moindre. Un pénitencier.000 habitants. le premier comprend 21 paroisses. J'ouvre un simple recueil intitulé : Almanach religieux de l'ile de la Réunion pour 1860. désirée. non compris 40. Dans ces quarante-cinq paroisses il existe : Deux collèges ecclésiastiques . . le second 24. La population étant d'environ 140. c'est donc environ 5.

. L'ivrognerie est une cause d'exclusion. les sœurs sont blanches ou noires et l'on a vu d'anciennes esclaves devenues supérieures des filles de leurs anciennes maîtresses. Seize œuvres de Notre-Dame de Bon-Secours. léproserie. Ces dernières sociétés sont des associations de secours mutuels. maltraités. mal choisis. il en existe dans presque toutes les paroisses. Dix ans n'ont pas suffi pour donner à la famille de l'affranchi assez de consistance ni assez de lumières. extraite d'une lettre inédite d'un des premiers évêques de l'île : « Presque tous lesaffranchis de l(Si<S sont des chréLiens pratiquants. Le triomphe de l'égalité chrétienne peut-il aller plus loin1? J'ajoute cette phrase. Le principal .320 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. » Une œuvre d'évangélisation spéciale a été établie pour les Indiens et les Malgaches. A SaintDenis. Deux sociétés de dames de Saint-Vincent de Paul . Quinze conférences de Saint-Vincent de Paul . Trois œuvres des Dames de la Charité . 1 On s'étonne qu'il ne se forme pas de prêtres dans une population qui a tant de penchant pour la religion. les premières entre ouvriers.. les secondes entre ouvrières. il ne me faudrait pas cent francs par an pour secourir tous ces malheureux. écoles ou autres établissements des Filles-de-Marie . Deux confréries du Sacré-Cœur et des Mères-Chrétiennes .000 ouvriers. Les Filles de Marie sont un ordre fondé depuis 1848 . Huit orphelinat. la société de Saint François Xavier contient plus de 2. pour s'assister en cas de maladie et se réunir à l'Eglise. mais. Vingt-trois sociétés de Saint-François Xavier. On les dit paresseux et dans la misère.

» Le mouvement religieux à la Guadeloupe n'a pas été obstacle est dans le préjugé de couleur. il y a de 3 à 4. Depuis celte époque la société de Saint-Vincent de Paul. et le document auquel ces renseignements sont empruntés 2 contient cette phrase : «Ce n'est que depuis 1848 que le progrès moral commence à être sensible. Il y a progrès dans la moralité. (Périgueux IV . deux ouvroirs. avant 1848. Les écoles des Livres de Ploërmel1 pour les garçons. C'est à peine si les Idancs respecteraient un prêtre noir.) A la Martinique. de la Guvane et de l'Inde. des missions pour la moralisation des noirs. des Sœurs de Saint-Joseph pour les filles.COLONIES FRANÇAISES.000 élèves. du Sénégal. Un grand séminaire a été fondé en 1851 à Saint-Pierre. ces Indiens sont la plaie d'un diocèse. réunissent de 5 à 4. des sociétés de Dames de Charité. et les noirs eux-mêmes ne s'adres craient pas à lui. l'abbé Jean de La Mennais. au moins la moitié parmi des adultes et des vieillards. que Dieu destinait à faire. vient de perdre son vénérable fondateur.000 premières communions par an. Archives du séminaire du Saint-Esprit. 321 sans femmes. Le progrès n'est pas moins sensible dans l'instruction. La même ville et Fort-de-France renferment un petit séminairecollége. ont répandu leurs bienfaits. grâce à la diminution du préjugé de couleur.plus de bien que son infortuné frère n'a fail de bruit. L'ancien état de choses ne le favorisait nullement. 1 Cet ordre admirable. il existait seulement des bureaux de bienfaisance. . qui transforme des paysans bretons en apôtres des Antilles. les mariages et les légitimations. continuent à être nombreux. et souvent la honte de l'humanité. la société d'ouvriers de SaintJoseph.

moins prononcé depuis la même époque. évangéliser des forçats. plusieurs ont à desservir 10 à 12 lieues. des Indiens et des noirs. 2 «Je dispose de dix-huit missionnaires. le concubinage. le e préfet apostolique. le diocèse colonial portera plus de fruits. voilà les faits signalés par les documents les plus véridiques 1. l 18 septembre I8(!0. l'Église lutte sur ces terres lointaines contre l'ignorance. le diocèse français réunira plus de ressources. Comment. en si peu d'années? Nous avons. l'hostilité des classes. Il faudrait que le nombre fût doublé! » (Archives de la Propagation de la Foi.257 UN effort énergique avait porté pour la première fois a le nombre des affranchis et esclaves au-dessus et au-dessous de quatorze ans assistant aux instructions paroissiales. Trois quartiers. la société de Saint-Vincent. en tant d'années? comment. à la Pointe-à-Pître. Que l'on compare les espérances conçues depuis 1848 et la stérilité constatée auparavant. En 1860. dont deux à la distance de 20 et 40 lieues. sont sans past urs. beaucoup de premières communions d'adultes. d'après le rapport du gouverneur. C'estainsi qu'avec les forces d'un clergé qui est insuffisant et n'est pas irréprochable. affrontant la mort. dès le commencement 1 En 1840. des classes du soir pour les adultes. Des écoles dans toutes les paroisses. la paresse. tant de bien dans la seconde.de Paul.) . écrivait. si peu de bien dans la première période. tristes résultats de notre nature aggravés par trois siècles d'esclavage. quoique très-amélioré.322 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Les ouvroirs à la BasseTerre. le nombre des adultes suivant le catéchisme était. de 25. à Marie-Galante.761. l'ivrognerie. et les lettres des prêtres admirables qui vont. Que l'on rapproche ces diocèses coloniaux d'un diocèse du centre de la France. 10. Enfin la mission de la Guyane a fondé de nouvelles résidences. sont pleines de consolation et d'espoir 2.

indiqué la vraie réponse : pas de liberté. p. p. III. 55. ch.) » 11 n'y a*pas assez de prêtres. 51. 3 P. et tandis que le prêtre les franchit avec peine. 4. IV. il est admirable que de fruits abondants l'Eglise a recueillis depuis lors. 323 de ce chapitre. et les paroisses sont très-vastes pour la plupart. « H y a à peine six ans. Les progrès sont d'autant plus satisfaisants. en sorte qu'on peut bien dire de ces peuples avec le prophète : « Les petits enfants ont demandé du pain. ch. Acta concilii 1858. par le concours du saint-siége et du gouvernement français. tit. ni assez de missionnaires. 55. ni assez de frères. lisons-nous dans les actes du concile de Périgueux 2. Thr. disent1 les Pères du concile de la Rochelle. . que les moyens d'action des évoques sont encore extrêmement insuffisants. ni assez de sœurs. iv. tenu en 1856. « Les cirés manquent presque toujours de vicaires. on voit une foule d'affranchis assiéger les églises pour se marier et se préparer à la première communion. et il n'y avait personne pour leur en donner. Malgré ce triste dénûment. trois nouveaux diocèses ont été érigés dans nos colonies. Les chaleurs sont accablantes. les diocèses coloniaux sont des chrétientés en voie d'immense progrès. 1.COLONIES FRANÇAISES. 5. ni assez d'églises. on ne saurait trop le répéter. » Revenant sur l'émancipation. les hauteurs sont roides et continuelles. les Pères du même concile s'écrient1 : 1 Archives de la Propagation de la foi. pas de religion. (Jérém.

avant cette époque. la religion a fait aux colonies. tout le bien qu'elle pouvait leur faire. apprit à les bien traiter. sans la seconde. « Il nous plaît de rappeler ici l'avis de l'Apôtre. aux yeux duquel il n'y avait ni Scythes. etqu'ils soient tous corps du Christ et membres de ses membres. aux esclaves : Soyez patients. les instruisit. Mais la religion ne pénétrait pas au delà. Ces paroles du concile mesurent du moins toute la distance qui sépare le régime de la liberté de celui de l'esclavage. pas de bonnes mœurs. la liberté de la prédication. sans la troisième. Les maîtres lui durent la tranquillité des esclaves. Quand on égongea injustement les Caraïbes. la liberté du mariage. les fidèles oublient la nation et la couleur. elle les détendit. En somme. L'évangélisation complète de cette race infortunée exigeait la liberté de l'âme. ni Grecs. afin qu'unis en Jésus-Christ. Ce mot ne peut sincèrement tomber des lèvres du prêtre que depuis l'abolition de l'esclavage. conseilla de les affranchir. et à peu près les seules joies qui pussent élever leur âme au-dessus des rigueurs de leur condition.324 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Les colonies n'avaient pas encore de colons européens. » La religion opérera-t-elle cette désirable et difficile harmonie? Elle a pour elle Dieu et l'avenir. elle les protégea. pas de lumières pour l'esprit. Elle peut enfin dire à tous deux : Soyez frères. Quand on introduisit des esclaves. qu'elle y comptait des martyrs. . Autrefois la religion disait aux maîtres : Soyez cléments. Sans la première. nulle responsabilité de l'être moral. les esclaves lui durent la douceur des maîtres.

l'autorisation nécessaire au mariage. refusait le temps nécessaire à la prédication. avec eux la religion fut mise en liberté. telle est en tous lieux. . la part étroite que la servitude laissait à l'Évangile. Telle était.COLONIES FRANÇAISES. Le jour où les esclaves furent émancipés. 325 Or le maître tenait la volonté captive.

les notes minutieuses qui attestent les progrès de son enfant. des rapports. des discussions. à constater les résultats des mesures obtenues du gouvernement. Un père ne suit pas d'un œil plus vigilant.CHAPITRE XVI RÉSUMÉ Avant l'émancipation des esclaves. chacun des pas faits vers cette heure solennelle était éclairé par d'immenses travaux. et n'y mettent plus le pied quand il est achevé. de persévérance active. des enquêtes. que les pouvoirs publics n'apportaient de soin. de curiosité passionnée. Il serait cependant bien utile que l'opinion invitât le gouverne- ment français à ordonner et à publier une vaste enquête . jour par jour. Aujourd'hui l'œuvre est accomplie. Les plus ardents promoteurs de l'émancipation ressemblent à ces architectes qui vi- sitent tous les jours un bâtiment pendant qu'on l'élève. et nul ne cherche à vérifier les résultats d'une expérience qui fut l'objet d'une si généreuse attente.

il n'est pas trop tôt pour se féliciter. ont gémi sur les premiers éclats de la liberté reconquise. L'étude d'un écrivain isolé ne saurait être qu'une ébauche imparfaite de ce travail désirable. sans doute incomplets. toutes ces circonstances sont pour les colonies comme . une telle promptitude n'est elle pas un fait remarquable. qui opère sur les denrées coloniales un large dégrèvement d'impôts. rupture qui devient le vœu et le mot d'ordre des colonies. les lois de juillet et août 1860. méritent le reproche de s'être trop pressés. Un autre motif de choisir le moment présent s'ajoute à cette première raison. dès 1849 ou 1850. 327 sur les résultats de l'abolition de l'esclavage dans nos colonies. Si les conséquences. en facilitant l'approvisionnement des Antilles et de la Réunion. d'une grande transformation sociale pesaient encore sur les colonies. et pourtant assez nombreux déjà pour conduire à des conclusions précises. conduisent à la rupture du pacte colonial. La loi du 23 mai 1860. et ne mérite-t-il pas qu'on se hâte de le constater? Il serait trop tôt pour se plaindre. toujours lourdes. qui. On pensera peut-être qu'il est trop tôt pour bien juger des événements si récents. on serait en droit le dire : Attendez. les traités passés pour augmenter la population (les travailleurs.COLONIES FRANÇAISES. elle n'a d'autre mérite que de grouper des documents épars. Est-il surprenant que dix ans de liberté n'aient pas effacé les maux accumulés par deux siècles de servitude? Mais si ces maux sont presque entièrement guéris. qu'il convient de résumer. Ceux qui.

jamais il ne pourrait être aboli dans des conditions plus mauvaises. Il était utile de s'arrêter à cette étape. si cette grande expérience réussit. régler.328 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. que l'expérience tentée sur cet étroit théâtre semble peu décisive. de l'avoir rendue nécessaire. la volonté. une si grande place ait été accordée aux colonies de la France. ce n'est pas un argument. de l'avoir rendue stérile. mais. Jamais. en effet pour adoucir. Je crois le contraire. la force. les colonies françaises étaient déjà revenues à un étal de prospérité qui dépassait celui de la période antérieure. L'humanité et l'intelligence ne manquaient pas aux maîtres. leur exemple est une démonstration doublement éclatante. une condamnation victorieuse de l'esclavage. et de démontrer qu'avant les importantes lois de 1860. dans un travail d'en- semble. et sans leur secours. d'abord parce qu'elles sont françaises. Les colonies françaises méritent une place à part. en outre. civiliser en quelque sorte l'esclavage. le début d'une ère nouvelle et d'une transformation. appartenant à quelques milliers de maîtres! Leur affranchissement est un bienfait. On accusera l'abolition de l'esclavage. une justification sans réplique de l'émancipalion. On s'étonnera peut-être que. il ne se rencontrera de meilleures conditions. et si elle ne réussit pas. Qu'est-ce que deux ou trois cent mille esclaves. Elles sont si petites. qui ne s'opérera pas sans que bien des esprits ne se plaignent au nom du Trésor ou de la marine de la France. ne manquaient pas au gou- . de fixer les premiers effets de l'émancipation.

En vain les lois avaient-elles multiplié les affranchissements. 500 à 500 seulement dans la population agricole. des ordonnances. traduisant toutes tes préoccupations de la conscience publique. μ.661 16.240 dont plus de moitié à la Martinique.) . du 11 juin 1 839. apprenaient que la population ne croissait que par les bâtards. Les plaintes des colons et les peintures des abolitionnistes démontraient à l'envi que les colonies étaient ruinées. et pourtant un accord involontaire s'établissait sur quelques points entre les témoignages les plus dissemblables. des résistances.000 par an. que le concubinage était universel. Malgré tant de soins. 55. combattus par des accusations passionnées. du 29 avril 1836. à peine 0. et ne laisser aucune place aux abus. ils avaient augmenté. la situation de la société coloniale était réellement pitoyable Au milieu des gémissements. Guyare. ces rapporteurs impassibles. presque toujours admirablement choisis. de 1830 à 1847. sous l'influence des ordonnances du 12 juillet 1832. Bourbon 25. il était difficile de saisir la vérité.000 en dix-sept ans à Bourbon1. de scandaleux acquittements accusaient la corruption des tribunaux.111 2. avait été de50.603 5. Pendant que les sentences des tribunaux révélaient des excès odieux.865 TOTAL 50. des menaces. Le total. Des lois.500 à 2. n° 13. mais leur nombre n'excédait pas 1. Ace 1 Martinique Guadeloupe . des règlements'.COLONIES FRANÇAISES.240 (Tableau de population pour 1847. semblaient tout prévoir. Les chiffres. des dépêches. 329 vernement. ni aux gouverneurs.

traité aussi comme un esclave. qui se défiaient du travail et à qui on marchandait l'égalité. victimes d'une situation qu'ils n'avaient pas faite. la justice suspecte et boiteuse .. un travail obligé menant les noirs à l'abrutissement. disait M. pas de vie publique. qui pénètre d'une manière intolérable dans leur demeure. il eût fallu plus de cent ans pour en finir. de Broglie (Rapp. la guerre sourde des abus et des rancunes. pour les colonies. tantôt inhumaines. train. les maîtres d'esclaves devenus eux-mêmes les esclaves de la loi. 132). pas de patrie. certainement la ruine. qui les affligeait et dont cependant ils n'osaient prévoir. la paresse conduisant les blancs à l'apathie et à la routine. obérée. mais le sol. sincères. la religion abaissée. les propriétaires absents représentes par des agents durs ou cupides. la corruption des mœurs. Les prophéties sinistres troublaient ceux même qu'elles 1 te nombre des affranchissements. . honteuse.330 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. tant était enracinée la croyance que l'émancipation des esclaves était. la terre et le ciel ne se lassant pas de prodiguer l'abondance. encore moins solliciter le terme. y sonne les heures. et abolit la propriété sans abolir la servitude : voilà au milieu de quelle société vivaient un certain nombre de maîtres bons. intelligents. peut-être le massacre. les lois. la richesse compromise. d'une façon souvent immorale et tou jours dangereuse. le luxe en face de l'abjection. p. s'épuisant et sans cesse déserté. y taille les rations. accroissait le malaise sans avancer la solution 1 Le conflit permanent de deux races hostiles. car la situation fausse de ces affranchis. faussée. tantôt tracassières.

à peine . ne proclamer la liberté qu'en pleine paix armée: elle fut proclamée en pleine révolution déchaînée. et les partisans les plus résolus de l'émancipation. dont la cause la plus fréquente n'est un secret pour personne.200 fr. marchaient lentement. qu'elle fût au moins prompte: on l'attendit deux ans. elle fut soudaine et violente. s'accroit de jour en jour au grand détriment de l'ordre publie.COLONIES FRANÇAISES. prenaient des précautions infinies. à peine celui de les appliquer. et on demandait un clergé mieux gouverné. il n'y eut pas de délai. . qu'elle fût large : on avait repoussé 1. les crédits étaient votés : on n'eut pas le temps de les augmenter. et comme un homme qui porte une lumière près d'un baril de poudre. qu'elle servît de subvention au travail salarié : elle fut absorbée par les dettes. plus nombreux et plus pur: les évêchés coloniaux ne furent établis que trois ans après. par l'application préalable de la loi sur l'expropriation. dans le gouvernement. On voulait fortifier les garnisons et les tribunaux. on toucha 500 fr. . On voulait que l'indemnité fût préalable : elle ne fut payée qu'après l'émancipation. 331 n'arrêtaient pas. dans les Chambres. On voulait un délai préparatoire. Les événements se jouèrent de ces résistances et de ces lenteurs. On voulait. des prisons . une liquidation régulière de l'énorme dette coloniale. On voulait une large effusion de christianisme et d'instruction. On voulait fonder des hospices. sorte de retraite préparatoire à la dignité d'homme libre. des écoles.

en 1849. par l'introduction d'ouvriers libres. ensanglantée. à la Guadeloupe. sans transition. en 1848. Mais la Révolution est responsable de ces désordres rapides et non pas l'émancipation. on eut à organiser le travail aux colonies pendant qu'on essayait le socialisme en France. et ne devint complet qu'après douze ans.332 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et donner l'exemple du travail sans contrainte: les crédits restèrent sans emploi. la colère en douceur.. Dans de telles circonstances. et on le gratifia. Où sont. de la liberté illimitée de la presse et du suffrage universel. On voulait. fut fait électeur. couverte de ruines. depuis les premiers moments. encourager la production et dédommager les producteurs : le dégrèvement ne fut oblenu qu'après quatre ans. Elle fut invoquée d'une commune voix. par un large dégrèvement sur les impôts. conjurer d'avance la désertion des ateliers. à peine fait homme. En un mot.. le sang a coulé. les victimes que la liberté a faites? Où sont les représailles qu'elle a déchaînées? Où sont les prisons qu'elle a oblige de construire? Où sont les régiments dont elle a rendu . l'esclave. Que serait-il arrivé sans elle ? Voilà ce qu'il est juste de se demander. qui donc eût été surpris? Or à la Martinique. l'abolition de l'esclavage fut contemporaine de l'abolition de l'ordre et de l'abolition du com- merce. On voulait. le feu a été mis. comme le seul moyen de calmer la Révolution et de transformer la vengeance en gratitude. On voulait initier lentement l'affranchi à la vie civile. si la société coloniale eût été bouleversée.

la révolution sociale a fait moins de mal que dans trente départements de la France. mais sans que le chiffre total de ses affaires eût cessé de s'accroître.000 consommateurs. transformée en colonie pénitentiaire. malgré la facilité de fuir et de se cacher. les anciens chiffres étaient atteints avant que l'immigration n'y eût contribué notablement. pas une vengeance. cela est incontestable . et le mouvement total des affaires avait dépassé. un grand nombre de noirs se refusenl au . pas un incendie.COLONIES FRANÇAISES. aucun trouble. à peine colonie productive. atteint à la Guadeloupe. Sans doute. La Guyane. cependant cinq ans s'étaient à peine écoulés. les produits ont plus augmenté que les travailleurs. mais jamais elle n'a été tarie. dépassé d'un tiers à la Martinique. à la Réunion. car. dans les quatre. la propriété a souffert. 333 la présence nécessaire? A la Martinique. à Bourbon. pas une faillite. colonies. ce dernier coup a consommé la ruine de propriétaires endettés. Sans doute la production a été réduite. mais jamais il n'a cesssé tout à fait . mais ces souffrances étaient ressenties en France et dans le reste du monde en même temps qu'aux colonies. A la Guyane. aux Antilles. le chiffre de l'exportation seule était triplé à la Béunion. Partout des élections bruyantes et partout conservatrices. Filles ont duré plus longtemps. les chiffres antérieurs à 1848. exportait moins. à la Guadeloupe. le travail a été diminué. après dix ans. pourvue par la déportation de 4 à 6. Les facilités de se procurer des travailleurs nouveaux par l'immigration n'expliquent pas seules les succès de la Réunion et les progrès des Antilles.

Prenez-vous-en à la nature du sol et à la nature de l'homme. ou bien il faut autant de travailleurs pour autant de produits. — Voilà. Or de deux choses l'une. travail. et regarde la liberté comme le droit de ne rien faire. gagne la montagne. Un homme visitait une habitation abandonnée. ce que la liberté a fait du travail. ou plutôt propriétaire.334 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. dans ce cas. ses goûts. le travail est plutôt déplacé que diminué. lorsqu'il peut trouver son compte à travailler pour lui-même 1. dans aucun pays du monde l'homme ne travaille volontiers pour autrui. et de plus. mais la servitude en est la cause. D'où donc vient l'horreur des anciens esclaves pour leur ancien travail? La liberté en est l'occasion. Le paysan est devenu artisan. il n'est pas toujours devenu vagabond. des affranchis dormaient oisifs non loin de là. Dans aucun pays du monde l'homme ne travaille plus que cela n'est nécessaire pour satisfaire ses besoins. le premier chiffre prouve que ces prétendus pauvres consomment beaucoup. Prenez-vous-en surtout à l'esclavage. ses désirs. Que l'on conteste tant qu'on voudra les arguments tirés du progrès des importations et des exportations. et. et que ces prétendus paresseux produisent beaucoup. ce que la servitude a fait des travailleurs. le chiffre des travailleurs n'a pas baissé si largement 1 Broglie. p. répondit-il. » Mais le nombre des travailleurs a beaucoup moins diminué qu'on ne le dit. lui dit-on. . 323. « Voilà.

ils ont cessé de gémir pour agir. la supériorité du travail libre sur le travail servile est démontrée. on introduit des machines et des engrais. on se . et la dernière exposition générale de l'agriculture nous a montré du sucre de la Réunion qui n'a pas besoin d'être raffiné. On ne'se contente plus de maudire la sucrerie indigène. ou bien moins d'hommes libres. Disons-le à l'honneur de la liberté et à celui des colons. on Prend des brevets. la vigueur des noirs. sans leurs anciens esclaves. le progrès a suivi la richesse. 1 outillage a été changé. L'intelligence des blancs. Depuis l'émancipation. l'indolence des blancs était proverbiale. à un double point de vue. Or c'est là ce qui importe. travaillant moins d'heures par jour. Aux Antilles. A la Réunion. mais si on l'avait rendue aux seuls blancs. dans ce cas. on ne craint pas de payer pour l'engagement de cinq ans d'un ouvrier le double de ce qu'on a reçu pour le prix d'un esclave. ont produit plus qu'un grand nombre d'esclaves. Saint Domingue est l'exemple d'une terre abandonnée aux seuls noirs. Le travail du blanc n'est pas moins amélioré que celui du noir. Ceux qui ont acheté avec confiance des habitations en 1848 ont réalisé d'énormes fortunes. °n l'imite. Cette dernière hypothèse est la vraie. 335 qu'on l'affirme. ils s'étaient laissé vaincre en dormant. les procédés améliorés. on a fondé des usines centrales.COLONIES FRANÇAISES. on essaye le drainage. qu'en auraient-ils pu faire? Pendant l'esclavage. voilà les deux premiers capitaux des colonies. on demande le crédit foncier. ils ont pris courageusement leur parti. et. le revenu est doublé .

en outre. on appelle le libre-échange. l'ordre est précisément renversé : Bourbon marche en avant. puisque trois colonies sous l'influence d'une même cause sont dans des conditions entièrement diverses. quelque fâcheuses qu'aient été les suites de l'émancipation. Voici un raisonnement qui m'a toujours frappé : La prospérité de l'île de la Réunion est incontestablement très-supérieure à ce qu'elle était avant l'abolition de l'esclavage. la facilité du crédit. puis Bourbon en dernier lieu . la Martinique venait après. c'est que cette cause n'a pas agi seule sur elles. Il est injuste de dire que cette cause a fait tout le mal. il n'est pas permis d'affirmer que cette mesure a pour conséquence infaillible. on cherche à réaliser ces quatre conditions premières de tout progrès économique: le perfectionnementdes procédés. . inévitable. impossible de prétendre que cette colonie ail reçu de la nature un avantage perpétuel sur les autres. la ruine des colonies. puis la Martinique. l'abondance des bras.336 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Donc. En second lieu. compagnes funestes de l'esclavage. Ou bien il s'y est joint d'autres maux. ou bien on a employé d'autres remèdes. avant 1848.Il est. le gouvernement a été plus prévoyant. sert du crédit agricole. Car. l'élargissement des débouchés. la Guadeloupe était la plus florissante de nos colonies. puisque la même cause ailleurs n'a pas fait le même mal.en un mot. on sort de ces traditions routinières et ruineuses. Les faits justifient parfaitement ce raisonnement. enfin la Guadeloupe. Λ la Réunion. car cette conséquence a été évitée à la Réunion.

l'activité des blancs a pu. Celle-ci a pourtant plus d'ouvriers. Il suffit qu'une terre. bien plus que la facilité de la maind' œuvre.000 hectares. de machines 1850). On pourrait I . a donné à la réorganisation du travail les soins les plus intelligents. Un gouverneur énergique. Les noirs étaient plus religieux. Sur 1 18 usines. La supériorité des usines est la cause de la prospérité de cette île. mais on y a multiplié le nombre des machines. 22 . se sont montrés plus actifs. au risque d'étonner. plus résolus. de fatiguer ceux qui ne ver- raient pas assez clairement le lien étroit qui unit la question de la richesse et celle du progrès moral. avec 1 16 sucreries.000 fr. des engagements de travail ont été contractés par ses soins. et pouvait partout réparer les suites de la liberté des noirs. 337 sans délai. En résumé. pendant que la Réuuion en recevait pour 550. plus de terres. On a réduit le nombre des sucreries. On a fait venir des travailleurs. La Martinique avec 544 sucreries n'exploite pas 20.000 hectares. elle ne reçoit que pour 40. pour qu'on soit sans excuse ailleurs. On ne m'accusera pas d'avoir oublié les intérêts maté ri els. l'amiral de Gucydon. 113 sont mues par des appareils à vapeur (1856). sans condition exceptionnelle prospère avec des travailleurs libres. ils ont plus compté sur eux-mêmes. de meilleures conditions.000 francs. on exploite plus de 40. La Martinique a dépassé la Guadeloupe à qui elle demeurait inférieure. Les colons. Mais pourtant cette colonie s'est relevée. M. plus nombreux. en les retenant eu servitude. à la Réunion.COLONIES FRANÇAISES. acheté du guano.

ils ont souffert de l'émancipation : c'est une expiation que la justice approuve. ces actes ont pu être une mode. a été énorme. les plus vieux surtout réhabilitaient d'anciennes habitudes. le désir de la liberté. quellequesoit la perte. Mais après tout le mouvement a duré . que. tout autrefois. à Porto-Rico. Le moraliste lui-même aurait tort de se contenter d'un progrès moral. a Madrid. mais il ne persuade pas les intéressés. c'est que ce qui est moralement mauvais n'est pas matériellement bon. le gain la surpasse. le concubinage est loin d'avoir disparu. le besoin de protection. ' Ce raisonnement console le moraliste. des légitimations. à ce point de vue. à Surinam. mais trois cent mille créatures humaines étaient asservies. on ne se payerait pas d'un semblable argument. l'homme libre a repris son rang dans l'estime de la femme. Ce qu'il importe de démontrer. le goût de . ils avaient profité de l'esclavage. à la Nouvelle-Orléans. et c'est trop de pitié devant un progrès si magnifique. Or.338 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. des reconnaissances. c'est un malheur. Cependant le progrès moral passe évidemment en première ligne. dire : après tout ce n'était pas en faveur des colons qu'on a proclamé la liberté . elles sont libres . Il y a dans le monde deux ou trois millions de kilogrammes de sucre de moins. or la question est dans la main des intéressés : à Cuba. Le nombre des mariages. aux intérêts il faut tenir le langage des intérêts. Au début. à la Haye. à Richmond. les esclaves avaient hâte d'être appelés monsieur ou madame. le succès de l'émancipation est complet.

ce n'est que pour se procurer les moyens de satisfaire à leur passion pour les femmes et pour la boisson. bien que l'instruction ne soit . S'ils travaillent. malheureusement. pas obligatoire ni gratuite. comprend les institutions françaises et s'y plie aisément. La famille est constituée. trois classes : « La première. les autorités de la Guadeloupe1. Π faut remarquer. 134. et placerait à la caisse d'épargne. les satisfactions de la vanité autant que l'ascendant de la dépendance. à l'économie et ne serait pas trop éloignée de l'esprit de famille— Ce sont des nègres rangés. « La seconde se compose d'hommes actifs. Le goût de la propriété consolide la famille. p. . ou vivant comme s'ils l'étaient. Sans passions comme 1 Rapport de M. pratiquée. La religion est respectée. la petite propriété s'étend. elle a reconquis sa dignité en étendant sa bienfaisante influence. et sous la haute direction les évêques. écrivaient en 1840. ils sont en petite minorité. poussait au concubinage. « La troisième est cette classe de paresseux indifférents qui consacre à l'oisiveté et au sommeil tous les instants n'appartiennent pas au maître. entre. si elle était établie. Les écoles sont pleines. mariés. dans la population esclave. goûtée. dans les sociétés de secours mutuels. le noir paye l'impôt. vigoureux. Les enfants ne sont plus abandonnés.COLONIES FRANÇAISES. 339 la toilette et du bien-être. est assez portée au travail. de Broglie. mais sans mœurs ni conduite. c'est le plus grand nombre. ayant un commencement de civilisation. à la Réunion.

sans famille. à pratiquer la traite et l'esclavage. Est-ce à dire que leur situation soit sans péril. et. comme les sociétés européennes. à discuter du prix des coolies. les esclaves paresseux sont restés paresseux et pourtant ils ne mendient pas et ne meurent pas de faim. la criminalité et prépare l'appauvrissement de la race. et d'engagement temporaire. L'immigration*de races nouvelles. la réconciliation des races est loin d'être complète. et leur prospérité sans ombre? Nullement. mais elles sont beaucoup plus éloignées qu'elles ne l'étaient de ressembler à un enfer. Elle aiderait. Je ne sais pas si l'on pourrait faire un tableau plus satisfaisant de plusieurs des régions agricoles de la France. est devenue beaucoup plus nombreuse. la classe des esclaves ivrognes et débauchés diminue. contre les difficultés gé- .340 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. » On peut l'affirmer aujourd'hui. sans par ler des contrées industrielles. sans mœurs. ils se laisseraient mourir de faim s'il fallait obtenir l'existence par un travail pénible. est un danger sérieux et qui serait mortel si celle immigration n'était essentiellement provisoire et sévèrement surveillée. les colons à retomber dans leurs anciennes habitudes. Au point de vue moral. moins les apparences. comme ils discutaient du prix des nègres. sous le nom d'enrôlement volontaire. les colonies ont à lutter. moins les mots. sans Dieu. la classe des esclaves mariés et rangés. qui était la minorité. sans désirs. Est-ce à dire que les colonies soient un paradis? Non. Elle augmente déjà tous les jours l'immoralité. Au point de vue matériel.

le sucre. Cet affranchissement commercial n'est pas la rupture du lien qui rattache les colonies à la métropole même commercialement. plus mobiles. un territoire qui produit avec une incomparable fertilité des denrées précieuses. mais produites également et de plus en plus dans des pays cent fois plus grands. cent fois plus peuplés. plus éclairées. une populalion trop faible pour l'étendue du territoire. Politiquement. ces petites sociétés se présentent à la lutte. Mais. il est le même : l'émancipation n'y est pour rien.' au lieu d'un marché unique.COLONIES FRANÇAISES. les colonies ont trop peu debras. le salaire de l'ouvrier n'a pas sensiblement haussé de prix. fait bien remarquable. 22* . grace à elle. plus actives. mais on peut évidemment moins compter sur son travail. Elles ont à lutter en outre contre les difficultés spéciales de leur situation dans le monde. on voudrait I. plus honnêtes. plus capricieuses. Elles peuvent affronter. est devenue sur le sol môme de la métropole l'objet d'une industrie énergique. le libre placement de leurs produits sur tous les points du monde. est-il à craindre que nos colonies songent jamais à se séparer de la France? Crainte chimérique! Quand on n'est pas Français. plus fortes. depuis l'émancipation.tropde concurrents. les relations faites. 341 nérales. nées de l'état actuel des classes laborieuses. les voies du crédit et de transport survivent aux tarifs et aux règlements. Les habitudes. dégagées du souci d'une crise toujours menaçante qui pesait à la fois sur les situations et sur les consciences. et elles sollicitent. et dont la principale. C'était leur malheur il y a quarante ans. plus difficiles qu'autrefois. En deux mots.

L'Etat ne garantit plus aux colonies ni le placement de leurs denrées. l'abaissement des droits d'importation. l'admission du sucre étranger. et pourvoient librement à la satisfaction de leurs besoins et au placement de leurs produits. elles sortent peu à peu de ces lisières protectrices. soumises π la souveraineté d'une métropole. comme les Etats-Unis et le Brésil. Mais il est clair que l'émancipation des esclaves a dénoué un des liens du pacte colonial . Une grande nation. l'existence du sucre indigène. L'histoire des colonies présente trois phases successives. ni l'asservissement de leurs ouvriers. plus faibles. La liberté du produit sera la conséquence de la liberté du travail. mais seulement dans l'ordre politique. elles demeurent comme Cuba et les colonies restées anglaises. Grandies avec le temps. elles reçoivent tout de la métropole. soit que. le décret qui met à la charge des colonies toutes les dépenses locales. l'être. comme un jardin qui donne ses fruits à celui dont il reçoit ses semences. En naissant. .342 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. qui n'échangeraient pas le sort d'îlots perdus dans l'immensité des mers contre l'honneur et le profit de s'appeler les provinces extérieures de la France. Celte crise inévitable est l'accomplissement de ce qu'on peut appeler la loi du développement colonial. elles changent tout avec elle. Plus fortes. elles prennent place parmi les nations qui ont un nom et un drapeau. rompt une maille de plus. une grande marine est nécessaire à la protection de ces petites sociétés. soit qu'assez fortes pour s'affranchir entièrement de la souveraineté de la métropole.

en présence del'amiral des Indes. On a cru fonder des colonies dans l'intérêt exclusif d'une nation : cette vue d'un patriotisme étroit reçoit du temps d'inévitables démentis. et trois siècles avant . une confé- rence solennelle pour entendre Quevedo. évêque du Dàrien. on ne se sera pas trompé. il était sur les lèvres des adversaires de Wilberforce et de Clarkson. 343 Les sociétés.COLONIES FRANÇAISES. que par un motif unique. Les colonies sont aux grandes nations ce que les fondations sont aux grandes familles. à Barcelone. L'évêque du Darien déclara que tous le s habitants du nouveau inonde qu'il avail observés lui avaient paru une espèce d'hommes destinés à la servitude par l'infériorité de leur intelligence e t de leurs talents naturels et qu'il serait impossible de les instruire. Si l'on a voulu travailler au bien général de l'humanité. don Diégo Colomb. ni de leur faire faire aucun progrès vers la civilisation si on ne les tenait pas sous l'autorité Continuelle d'un mettre. Un jour vient où elles cessent de dépendre exclusivement d'elles. il est l' éducation d'une race inférieure. dans les discours des antagonistes de Las Casas '. en jetant un regard d'ensemble sur la longue histoire de l'esclavage et de l'émancipation dans les colonies françaises. mais c'est le Jour où elles peuvent exister par elles-mêmes. Las Casas s'éleva avec indignation centre l'idée . l'humanité en profite et leur laisse le nom des fondateurs. en dernière analyse. dans le développement de leurs destinées commerciales ou politiques commencent ainsi par le raomopole et s'élèvent à la liberté. Ce motif calmait les Scrupules de Louis XIII et les remords de Louis XVI. ne se défend au point de vue moral. L'esclavage. il était toute l'argumenta- tion des colons de la Guadeloupe el des colons de la 1 On suit que Charles-Quint présida en 1513. l'illustre et infatigable protecteur des Indiens. Élevons-nous à des leçons plus hautes. cl Barthélemy Las Casas.

à lean. la thèse amplifiée par les écrivains de Baltimore. d'Amérique. Les vrais docteurs de la foi le savent bien. \insi les esclaves sont des écoliers el des catéchumènes. il est temps d'en changer et de renoncer à ce pitoyable argument. liv. inhumaine el fausse en pratique. on parle de liberté. Par la grâce de Dieu. le 20 décembre 1741 : qu'il ν eût aucune race d'hommes nés pour la servitude. ou la méthode est mauvaise. l'excuse sommaire des planteurs de la Nouvelle-Orléans. III.344 A BOLITION DE L'ESCLAVAGE. il est la réponse habituelle des dames sensibles de la Havane. les maîtres sont des instituteurs el des prédicateurs. voici ce qu'écrivait le pape Benoît XIV. A l'un des souverains qui avaient pu se lais- ser toucher par cet espoir de conversion. . l'esclavage est une méthode d'éducation el de conversion . Robertson. Les craintes des maîtres démentent leurs promesses. la servitude n'est décidément pas un moyen de civiliser ou de convertir aucun mem- bre de la famille humaine. roi de Portugal. Jamaïque. il est le prétexte des sermons des prêcheurs de la Caroline. Prenez garde ! s'écrient d'une voix tous les maîtres. vous allez jeter dans la société des êtres ignorants et dépravés! Quoi ! l'éducation et la conversion de vos écoliers n'est pas achevée. Hist. les habitations sont des pensionnats et des petits séminaires. Après trois siècles de ce régime. On ne manque pas d'ajouter que l'esclavage est un moyen de convertir une race païenne au christianisme. et attaqua cette opinion comme irréligieuse. Ou les élèves sont incorrigibles.

le père Du Tertre. après avoir enseigné au maître la bonté. les peuples des côtes orientales et occidentales du Brésil et autres régions. . elle seule apprend à ne pas abuser d'un si grand bien. modératrice des hommes rendus à la liberté. in animarum suarum perniciem '. elle seule apprend à supporter un si grand mal .. el 1 inhumanité qu'ils déploient contre eux est la principale cause qui les détourne d'embrasser la foi du Christ. en 1853. inspire à tous deux le désir de l'affranchissement. en 1637. ou grand détriment de leurs âmes. le premier concile tenu en France après l'émancipation des esclaves dans nos colonies. en ne la leur faisant envisager qu'avec horreur. les dépouillent de leurs biens. au point de réduire en servitude les malheureux Indiens.. La religion. p. signalait la même cause comme le principal obstacle à la propagation de l'Évangile. 51. 345 « Des hommes qui se disent chrétiens oublient les sentiments de charité répandus dans nos cœurs par le SaintEsprit. VI. ils les vendent. I. Deux siècles après.. invoquent des deux côtés l'appui de la religion chrétienne? Bienfaitrice des hommes en servitude. Bien plus. » Un siècle avant. à l'esclave la patience. et c'est à elle encore que l'on demande de ménager la transition 1 Acta Concilii Rupellensis. » Comment se fait-il que les partisans et les adversaires de l'esclavage.COLONIES FRANÇAISES. cap. le concile de la Rochelle prononçait ces belles paroles: « L'Église catholique a toujours gémi de la dure servitude imposée à d'innombrables créatures humaines. l'un des premiers mission- naires et le premier historien des colonies.

l'émancipation ne serait pas devenue un dessein du pouvoir. Mais le pouvoir central n'aurait rien fait si l'opinion n'avait été très-libre et trèsexcitée. il en a l'incrédulité. la propriété. en leur ravissant ces biens essentiels ? des esclaves. L'opinion est la conscience. elle vise à l'idéal. c'est un de cescas où l'initiative ne saurait venir de l'intérêt individuel. la famille. Comment l'esclave s'élève-t-il au rang d'homme libre? Par trois degrés : la religion. on le voit bien aux États-Unis . mais aussi les défauts de l'expérience. c'est elle qui l'a voulue. La religion n'est pas la liberté. la famille. Ou 'est-ce donc que le socialisme ferait des hommes. et même en ses chimères. on le vit bien sous Louis XV ou sous Napoléon. à condition qu'une opinion très-libre les conseille. Le pouvoir a les qualités.346 ABOLITION DR L'ESCLAVAGE. Quel est le meilleur mode d'émancipation ? L'exemple des colonies françaises nous répond : C'est l'émancipation immédiate et simultanée. les lenteurs. Comment l'homme libre descend-il au niveau de l'esclave ? En perdant la propriété. elle est gé- néreuse. mais elle est la mère el la première institutrice de la liberté. on le voit bien en Espagne. puisque c'est cel intérêt même qu'il s'agit de vaincre. la religion. L'esclavage n'aurait jamais disparu des colonies françaises. . Un pouvoir concentré opère de grands desseins. el d'en tempérer les suites. c'est lui qui a prononcé l'émancipation. Si l'esclavage n'avait été un remords de l'opinion. sans un pouvoir central très-fort . la facile résignation à ce qu'on nomme les maux nécessaires. elle a des remords. vers la liberté.

sous' ces climats qui énervent les blancs. Pour préparer la transition vers la liberté. et elle tire du travail des premiers un meilleur parti que la servitude. plus accessible au christianisme. très-peu. L'esclavage était si peu fondé sur la nature que. Deux fois la liberté a été lancée sur les colonies avec la révolution. on n'obtient rien . parla contrainte d'une infinie quantité de lois et de règlements. Cette race d'hommes se divise. Cette race des nègres est si douce que sous le joug elle ne résiste pas. on ne risque rien. seule. hors du joug elle n'abuse pas. Créé par la force brutale.COLONIES ANGLAISES. les . et jamais l''heure n'a sonné. c'est à la race noire qu'il faut revenir. en diligents et en paresseux. pour diriger la liberté naissante . elle retourne à la vie oisive et donne naissance à une société très-inférieure. La liberté n'a pas la vertu de lui rendre les qualités que le Créateur lui refusa. on n'en trouve aucune plus vigoureuse et plus soumise. comme toute l'espèce humaine. toutes les mesures contre les périls de la Liberté ont été inutiles. à oser. Or toutes les lois contre les dangers de la servitude ont été impuissantes. la liberté n'a plus la charge des seconds. Sans doute. la liberté. c'est-à-dire. privée comme à Saint-Domingue de l'intelligence des blancs. plus capable de dévouement. quand ils essayent une à une toutes les races pour remplacer la race noire. plus heureuse d'échapper à sa dégradation native. une quantité non moindre a été rédigée. 347 A attendre. on avait promulgué dixhu il décrets. il ne se maintenait que par la force légale. Mais. deux fois la révolution a fait beaucoup de mal. après tout. Deux siècles on a attendu que l'heure sonnât.

348

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

anciens rois qui étaient chrétiens, humains, sincères, se
sont dit en permettant l'esclavage : « Prenons les plus
grandes précautions pour que le mal fasse du bien. » En.
l'abolissant, les réformateurs ont dit à leur tour avec une
égale bonne foi : « Prenons les plus grandes précautions
pour que le bien ne fasse pas de mal. » Double erreur!
le mal engendre le mal, le bien ne fait que du bien.
Mais on ne passe pas du mal au bien sans expiation, et
on n'expie pas sans souffrances. L'histoire de l'abolition
de l'esclavage dans les colonies françaises est une preuve
presque scientifique de ces grandes lois de la morale.

COLONIES ANGLAISES

LIVRE II
COLONIES ANGLAISES

CHAPITRE PREMIER
L'ESCLAVAGE EN ANGLETERRE ET DANS SES COLONIES JUSQU'AU BILL
D'EMANCIPATION DU 28 AOUT 1833.

L'histoire de l'esclavage se lie à l'histoire de l'Angleterre par
Ce que
autrefois.
Africains,
glais.

cinq dates mémorables.
l'Afrique est aujourd'hui, l'Angleterre le fut
Ce que les Anglais pensent aujourd'hui des
les Romains le pensèrent autrefois des An-

César nous apprend que les Bretons sacrifiaient des
victimes humaines 1, Diodore de Sicile affirme qu'ils mangeaient la chair humaine 2, Cicéron écrit que le seul bu1

Cæsar, Bell. Gull. L. VI, ch. 16.
- Liv.V, ch. 32.

352

ΛΒΟLIΤΙΟN DE L'ESCLAVAGE,

tin à rapporler de celte terre barbare, ce sont des esclaves
abrutis*, Strabon raconte que ces esclaves étaient vendus

comme un bétail et souvent offerts sur les marchés de
Rome 2.
L'historien Lingard, rapportant ces témoignages, peut
ajouter : « Les sauvages de l'Afrique vendent aux Européens des nègres pris à la guerre ou à la chasse; plus barbares, les conquérants de la Bretagne vendaient sans scrupule leurs compatriotes et même leurs propres enfants. »
A qui la Grande-Bretagne dut elle la disparition de ces
abominables crimes? Au christianisme. A qui est elle redevable de sa conversion au christianisme? à un Pape et à
des esclaves.

Au commencement du cinquième siècle (405), un Irlandais nommé Cothraige, devenu esclave à seize ans,
dans les Gaules, deux fois délivré, deux fois asservi, fut
saint Patrick, l'apôtre de l'Irlande. Un demi-siècle après
(450), il frappait d'anathème un petit roi de Bretagne,
appelé Carotic ou Caractacus, et ordonnait aux chrétiens
de ne plus boire ni manger avec un prince coupable d'avoir réduit en servitude des serviteurs eL des servantes de
Jésus-Christ. 3\

Le vénérable Bède raconte 4 qu'en 577, saint Grégoire
1

Ad. Att. L. IV, 10.

- Buxton, The slave trade. Introduction, p. 14, d'après Henry, History
of England, II, p. 225.
3
Ecclesiastical history of Ireland, vol I, ch. 4, 9. Mgr. England,
lettre Y11I, 141.

4

Voy. le texte complet à l' Appendice. V. aussi tes Moines d'Occident,
par le comte de Montalembert.

353

COLONIES ANGLAISES.

le Grand, treize ans avant d'être pape, se promenait sur
un marché de Rome. Au nombre des marchandises, il
aperçut des enfants à la peau blanche dont le gracieux
visage et les cheveux blonds et bouclés attirèrent ses regards. Il demanda de quel pays ils venaient: on lui apprit que leur patrie était l'île Britannique. A une autre
question sur leur religion, il fut répondu qu'ils étaient
païens. « Quelle douleur ! s'écria-t-il en soupirant, de voir
que le prince des ténèbres domine sur des homines au
teint si lumineux, et qu'un front si gracieux couvre une
âme entièrement privée de la grâce ! — Quel est le nom
de leur nation, demanda-t-il encore ? — Ils sont Anglais,

Angli. — C'est bien dit, car ils ressemblent à des anges,
angeli, j'aimerais que les anges eussent au ciel de tels
chrétiens. Quel est le nom de leur province? — Deiri.
— Cela signifie de irâ cruti, arrachés à la colère céleste,
et appelés à la miséricorde du Christ. Comment se nomme
leur roi ? — Aella. — Alleluia, il faut que les louanges
de Dieu soient chantées dans ces régions. » Aussitôt après
cetingénieux et charitable dialogue, Grégoire alla supplier
le pape d'envoyer des missionnaires aux Angles, et il s'offrit lui-même pour leur porter la parole de Dieu. Le pontife le lui permit, mais les habitants de Rome ne voulurent pas le laisser entreprendre un voyage si lointain.
Devenu pape en 580, il donna, suite à son généreux projet, fît racheter de jeunes esclaves anglais qu'il plaça dans
un monastère pour les préparera devenir les missionnaires de leur patrie. Leurs progrès n'étaient pas assez rapides au gré de son impatience

Il envoya quarante mis-

sionnaires sous la conduite de saint Augustin. Arrivés à
I.

23

354

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

Aix en Provence, ce qu'ils entendirent raconter de la
barbarie des rois de l'heptarchie les fît hésiter. Ils envoyèrent représenter au pape les difficultés et l'avortement probable d'une telle mission auprès d'un peuple
féroce et dont ils n'entendaient même pas la langue. Il
leur enjoignit de continuer, les recommanda aux évoques
français, aux rois Théodoric* et Théodebert. Quelques
années après, l'île de Bretagne était convertie1.
Laservitude ne disparut pas immédiatement, mais elle
s'adoucit rapidement au souffle de l'Evangile prêché en
tous lieux par d'ardents missionnaires. Les vaincus s'assimilèrent aux vainqueurs. L'humanité tempéra la rage
des combats. La propriété devint plus sûre, la vie humaine
plus sacrée. L'amour de la fraternité, la preuve de l'égalité, l'idée de la liberté entrèrent dans les âmes, pendant
que l'eau du baptême en répandait sur tous les fronts le
mystérieux symbole. L'enfant et le serviteur trouvèrent
dans la loi une protection jusqu'alors inconnue". D'étonnants exemples ébranlèrent les âmes en frappant les yeux.
L'évèque Wilfrid reçoit du roi de Sussex l'île de Selsey
avec 250 esclaves ; il les baptise et les affranchit. Lanfranc obtiendra de Guillaume leConquérant l'interdiction de la traite en Irlande. Ainsi que dans le reste de
l'univers, l'Eglise ne rompt pas brusquement le lien de
la servitude, mais elle l'use ; elle n'impose pas au maître
une contrainte qu'il aurait violée ; elle ne précipite pas
l'esclave dans une indépendance dont il aurait abuse
1
England, Letter IX on domestic slavery. Blakey, Temporal Benefit of
Christianity.

1

Lingard, Ant. Anglo-Saxon. England, loc.

cit.

COLONIES ANGLAISES.

355

etsouffert; elle dit la vérité; elle montre la voie, elle
enfante à la vie. Toutefois, la dureté du caractère saxon,
les invasions étrangères et les désordres qu'elles entraînent, prolongèrent l'existence de la servitude en Angleterre deux siècles dé plus qu'en France, en Italie et en Allemagne 1. La vente des esclaves à l'étranger est proscrite
en 1009, par le concile d'Aenham, convoqué par le roi
Ethelred sur les instances des archevêques Elfeag de Cantorbery et Ulstan, archevêque d'York. La vente des esclaves à l'intérieur est solennellement condamnée par le
concile de 1102, convoqué par Henri Ier à la prière de
saint Anselme2, et tenu sous sa présidence, dans cette ville
de Londres où, sept cents ans après, le Parlement hésitera
devant la même prohibition.
Dans un troisième concile, celui d'Armagh, tenu
1

2

sous

Moehler. Abolition de l'esclavage par le Christianisme dans les

qiinze premiers siècles, traduction par l'abbé de La Treiche, ch. ix, p. 289,
290. et notes 55, 54.
Conc. Achamense, 1. i, c. 77. « Sapientes decernunt ut nemo christianum et insontem pretio tradat extra patriam. »
Concil. Lond. Hard,, t. VI, p. 11, p. 1863, l. 1, e. XXVII

« Ne quis illud

nefarium negotium, quo hactenus in Anglia solebant homines sicut bruta
animalia venumdari deinceps ullatenus præsumat. »
- Ibid. Gîrald Cambreus. Hibern. Expug., c. xxviii. «Convocato apud
Ardmachiani totius Hiberniæ clero, et super advenarum in insulam adventu
tractato diutius et deliberate, tandem communis omnium in bac sententia
resedit propter peccata silicet populi sui, eoque præcipue quod Anglos olim.
tam a mercatoribus quam aprædonibus et piratis,emere passim et in servitutem redigere consueverant, divinæ censura vindictæ hostis incommodum, ut el
ipsi quoque et eadem gente in servitutem vice reciproca jam redigantur...
Decretum est itaqne in prædicto concilio et cum universitatis consensu publico* statutum, ut Angli ubique per insulam, servitutis vinculo mancipati, in
pristinam revocentur libertatem. »
3 Rémusat, Saint Anselme, p.

163.

356

ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

Henri II, les évêques irlandais proclament hautement que
toutes les infortunes de leur patrie sont la juste punition
du crime perpétué de l'esclavage, et affranchissent tous
les Anglais captifs dans l'île.
La servitude est à peu près disparue de l'Angleterre,
vers la fin du onzième siècle, à l'époque de la conquête
des Normands 1. Cinq cents ans après, cette nation, affranchie de l'esclavage, convertie par d'anciens esclaves,
parvenue au plus haut degré de la puissance, ne rougira
pas de réduire à son tour des hommes en servitude. Sur
cet immense continent de l'Amérique du Nord, qu'elle
reçoit de la Providence comme un don magnifique autant qu'inattendu, gagné à la métropole par ceux qu'elle
proscrit, l'Angleterre, au dix-septième siècle, imposera
l'esclavage. Au dix-huitième siècle elle emploiera ses vaisseaux à transporter des esclaves; elle fera du monopole de
ce transport l'objet de ses convoitises, et au moment du
traité d'Utrecht, l'une des condition de la paix de l'Europe. Par une convention du 26 mai 1713, comme sous
le nom de traité de l'Asiento 2, négocié par Jean, évêque
de Bristol, et par lord Strafford, Sa Majesté britannique
reçoit de Sa Majesté catholique, pour trente ans, l'ignoble privilége de transporter dans l'Amérique espagnole
144,000 pièce: d'Inde, moyennant 55 piastres 1 par
tête, et d'autres nombreux avantages. Les deux rois se
réservent un intérêt dans l'affaire.
Ainsi, la race qui fut la première en Europe à souffrir
de l'esclavage, la dernière à en sortir, devait être la
1

Yanoski, De l'Abolition de l'esclavage au moyen âge, Paris, 1860.
- Tratados, cic. par Alejander de Cantillon, Madrid. (Archives des affaires étrangères )

COLONIES ANGLAISES.

357

première à l'imposer à d'autres races, mais enfin la première à se relever. Elle avait dû son affranchissement au
christianisme, elle lui dut son repentir. C'est, on le sait,
à l'héroïque persévérance d'une poignée de chrétiens
que revient tout l'honneur de l'abolition de la traite, en
1807, puis de l'esclavage en 1834. Avant d'étudier les
résultats et l'influence de ces mesures sur les possessions
britanniques, exposons rapidement l'imposant tableau
de la grandeur coloniale de la première puissance maritime du monde.
On sait que l'immense développement des colonies
anglaises ne remonte pas au delà des deux derniers siècles,
témoins de la décroissance parallèle de la grandeur coloniale de l'Espagne, de la Hollande, et, il faut bien ajouter, de la France.
La reine Elisabeth avait autorisé, en 1578, sir Humphry Gilbert à occuper et à découvrir des terres lointaines
peuplées d'idolâtres. Sir Walter Raleigh avait formé, en
1584, un établissement dans la Virginie. Mais c'est seulement de Jacques Ier, de Charles Ier, avant la guerre civile,
puis de Cromwell et de Charles II que date l'essor naissant et bientôt immense des fondations de l'Angleterre
delà des mers,.
Au commencement de l'année 1800, deux fils de la
reine d'Angleterre partaient, l'un pour inaugurer un

au

pont sur le Saint-Laurent au Canada, l'autre pour poser
la première pierre d'une jetée au cap de Bonne-Espérance, et leur père, le prince Albert, se félicitait, dans un
discours public, de cette grandeur incomparable d'une
nation maîtresse à la fois du nord de l'Amérique et du

les possessions s'agrandissent en provinces. en 1860. le colonel Stuart prend Ceylan aux Hollandais. Bombay. se montrent peu à peu. des rois sont détrônés. En 1 706. les comptoirs se changent en forteresses . en moins de soixante-quinze ans. dit-on. avec rassentiment de la mère patrie. La Compagnie reçoit des chartes. le Mogul est envahi (1687). EN ASIE. De nouvelles conquêtes amènent dans l'Inde de nouvelles annexions. des mains de la Compagnie au gouvernement direct de l'Etat. belliqueux et envahissants. mais plutôt pour y loger un gardien des portes bientôt ouvertes de l'isthme de Suez. Un Anglais ne peut connaître le territoire de sa patrie sans déployer en entier la carte du monde.358 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. occupé pour y bâtir. un phare. l'Europe laisse envahir sur la mer Rouge l'îlot de Périm. troublé par une rebellion qui n'est point complétement domptée. le Bengale deviennent des présidences anglaises. Un demi-siècle après (1845). sous le nom de Compagnie des Indes Orientales. les marchands qui. . passe. sur la cote de Coromandel 1640) et sur l'IIougly (1656). de plus de 130 millions de sujets. des peuples soumis ou achetés. Ce grand empire. des soldats sont armés. et ses entreprises font présent à l'Anlelerre. En 1857. la Chine est forcée de céder Hong-Kong. avait établi des comptoirs à Bantam (1602). Madras. midi de l'Afrique. le territoire de Coolon. à Surate (1612). Le même drapeau est planté en terre anglaise dans les plus vastes régions de l'Asie et de l'Océanie. en 1858.

359 A force d'énergie ou d'astuce. aux déjà mise en possession de par un traité avec la France. un commerce dont les échanges dépassent un milliard et occupent près de trente mille navires. un revenu de quatorze cents millions. . Importai ions. .910 hom. puis agrandir la puissance coloniale de l'Angleterre. souillée par un trafic d'esclaves dont l'Angleterre et l'Espagne se partageaient le profit. tombe de banqueroute en banqueroute.300 fr. ) 1 milliard Exportations.600 mètres carrés. Le mille carre anglais vau 1. 17. La Gambie. d'attachement fidèle ou de fragilité. Revue col. p. 1858. . 820. 86.567.055Lab. la Cote d'Or (1772) à ce commerce infâme. la Compagnie des Indes s'empare (1651) de Sainte-Hélène. ses rochers seront le tombeau vivant du grand capitaine dont les triomphes et les revers viendront un jour détruire . 281. par les armes ou par la politique. Population. 1. . une armée de trois cent mille hommes. EN AFRIQUE . l'Angleterre possède en résumé dans cette partie du monde une population de cent soixante et onze millions d'habitants . 1 847. . 26. 171. Année. Chiffres officiels de 1855 : Superficie.. Revenu.406. . et dans des conditions diverses de prospérité ou d'agitation. abandonnée par les Hollandais .672. . 1. des mains de la Compagnie qui se livraiL depuis 1715 mains de la Couronne (1821). 1 Revue coloniale.COLONIES ANGLAISES. .) Navigation. et de Sierra-Leone par un Irait»'1 avec les rois indigènes (1787). p.000 navires jaugeant de 3 à i millions de lonneaux.195 milles carrés*.859.

et le traité de Paris ratifie celte conquête ( 181 4). données par Charles 11 à sir William Stapleton. La plus belle de toutes les colonies de l'Afrique. appartint à l'Angleterre avant de s'appartenir à elle-même. Moins importantes que les colonies de l'Asie. — ou à la mainmise intelligentedeses rois. nous est enlevée par le général Abercombrie. l'île Maurice. lescinquanle îles Vierges (1648). SaintChristophe (1 623). Montserrat (1632). Prise (1797). par de simples déclarations. comme la Barbade (1605).360 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. les huit colonies africaines donnent à l'Angleterre près de 1 million de sujets.commeAntigoa. rendue (1799). qui reçoivent (1848-1854). et en 1847 la Cafrerie. les trois cents petites îles qui forment le groupe de Bermudes (1611). donnée par Charles Ier au comte de Carlisle. donnée à la famille Codrington moyennant un certain nombre de tortues (1684). L'AMÉMQUE DU NORD. l'Angleterre a conservé ou acquis dans cette partie du monde vingtcinq colonies. la baie d'Hudson. la Barbade. concédée au prince Rupert el à une compagnie de marchands par Charles II (1668-1713)l'île de Vancou- . puis reprise surles Hollandais (1805). Elle les doit à l'audace aventureuse de ses enfants.000 navires servent à un commerce qui excède 160 millions de francs. Environ 5. possédée par la France dont elle porta le nom pendant un siècle (1710-1810). annexe en 1844 Natal. des gouverneurs distincts. Si elle a perdu cet immense et magnifique domaine. Névis(1628). la colonie du cap de Bonne-Espérance devient une possession importante à laquelle la Couronne. presque toute entière.

Le dix-neuvième siècle était destiné à ouvrir à l'An- gleterre une nouvelle partie du monde. et le cap Brelon (1714-1758). annexée par la reine Victoria (1849). Sainte-Lucie (1815). enfin les traités de 181 4 et de 1815. le traité d'Utrecht (1713). le NouveauBrunswick (1783). c'est L'AUSTRALIE . C'est la France qui a découvert . Saint-Vincent.000 navires et échange la valeur de 800 millions. comme la Guyane (1803). le traité de Paris (I 763). la baie d'Honduras (1714). 361 ver. la Nouvelle-Écosse (ancienne Acadie). laissent tomber nos colonies comme une sorte de monnaie et d'appoint dans la main de l'Angleterre. la Grenade (1763). la Dominique. les îles Falkland (1855). la terre à jamais regrettable du Canada (1759). comme la précieuse île de la Jamaïque (1655). et pour un commerce qui emploie 15. Les 25 colonies américaines figurent dans les statistiques officielles pour une population de 2 millions et demi d'habitants. l'île du Prince-Edouard. et à continuer l'étonnante dissémination de la race saxonne sur la surface de la terre. ils lui apportent et ils nous ravissent. —ou bien à des conquêtes plus ou moins loyales sur les Espagnols. le traité d'Aix-la-Chapelle (1748). l'une des quatre grandes Antilles. Bahama (1783). la Trinité ( 1797) . pour de longs siècles peut-être.COLONIES ANGLAISES. — sur la Hollande et sur la France. et chacun des traités funestes qui terminent nos grandes guerres. Tabago (1794). l'empire des mers et le sceptre du monde. mais pour être encore bientôt perdues. Prises et reprises. plusieurs de ces colonies reviennent à leur premier possesseur.

des chemins de fer s'offrent aux relations. les îles Ioniennes. dont le nom. l'Australie occidentale est occupée cinq ans auparavant (1829) et la ville de Perth s'élève. De 1788 à 1840. La Nouvelle- . sur cette terre plus vaste que l'Europe. un empire sort comme la Rome antique d'un repaire de bandits. mais n'y envoie des colons qu'en 1814. c'est l'Angleterre qui occupe. L'Australie méridionale est déclarée (1854) colonie anglaise. par ordre chronologique : de 1600 à 1700. un mouvement de 4. le Hollandais Tasman qui a découvert l'île de VanDiémen . les esprits.000 navires.000 condamnés el fonde Sydney. des églises. Gibraltar. En 1803. Dans un discours du 8 février 1850. Mentionnons. et l'Angleterre y compte 700. Malte. l'ile de Norfolk est annexée en 1854. tous ces postes qui ne sont pas des colonies. un commerce de 400 millions. des villes sont fondées. A la même époque. pour être complets. lord John Russell énumérait ainsi les acquisitions coloniales de 1 Angleterre. peuple et possède ces vastes régions.000 sujets.262 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. qui pèse sur l'Espagne et protège honteusement le Maroc. la langue. elle déporte des condamnés dans la Tasmanie et fonde Hobart-Town . En moins d'un quart de siècle. un budget de 80 millions. elle retranche la Nouvelle-Zélande aux Nouvelles-Galles du Sud. des écoles répandent la civilisation morale . elle envoie sur la côte orientale de l'Australie 80. les vœux appartiennent à la Grèce. et reçoit pour chef-lieu la ville d'Adélaïde. toutes ces terres qui sont plutôl les captivés de la politique anglaise que les tilles de son génie civilisateur. les colonies d'Europe: les îles qui gardent nos côtes de la Manche.

avec 171. Bahama. un total de trentesept colonies. 363 Écosse. Ceylan.526 habitants. une île et un port sur le territoire de la Chine . le Cap.367. le Canada. huit colonies. Gibraltar. dix colonies. Saint-Christophe. Saint-Vincent. leNouveau-Brunswick. —De 1 700 à 1793. et à son commerce des transactions dont le chiffre dépasse 1. six colonies continentales et deux îles . qui embrassent 84 royaumes ou provinces d'une étendue de 1. Honduras. . fournissant à l'industrie de la mère patrie des débouchés pour une valeur actuelle de 1 milliard 500 millions. la Grenade. la terre de Van-Diémen. Maurice.COLONIES ANGLAISES. trois vastes colonies continentales et deux îles. En totalité. six colonies continentales. sans compter l'empire des Indes. la Nouvelle-Galles du Sud. la Jamaïque.480. Terre-Neuve. c'est. En Australie.859.193 milles carrés. la Guyane. Montserrat. les Bermudes. les îles Vierges. seize colonies. Nevis. et dix-neuf îles. — De 1793 à 1815 : Sainte-Lucie. trois présidences. peuplé par près de 200 millions d'hommes.600 millions. 2. la Trinité. Tabago. la Gambie. En Afrique. un quart du monde civilisé. Antigoa. acquises en deux cent cinquante ans. En Amérique. les îles du Prince-Édouard. et après la perte de l'Amérique du Nord. Malte. ce sont : En Asie. Sierra Leone. Si l'on ajoute l'Australie occidentale et méridionale et les îles Falkland. La Dominique. la Barbade. la Côte d'Or.055 habitants. A les reprendre dans l'ordre géographique. Sainte-Hélène.

.705. . 220. . les colonies sont divisées en stations militaires et maritimes. établissements pénitentiaires. Dépenses locales des colonies de la Couronne. Porter.904. Jules Lechevalier. col. . Au point de vue de l'administration.000 Les recettes sont de 117.481.985.423.000 88. - Dépenses militaires : 75. 1854. savoir : Dépenses locales dos colonies à législature.364 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 1 Statistical Tables relating to the colonial and other possessions of the united kingdom.. 1858.958. 69.000 de l'exercice 1851-1852.000 117.393.000 francs. Voyez aussi les Tableaux de M. .082. 305. par M. 1856. 833. L'ensemble de toutes les dépenses des colonies anglaises.483..000 fr.000 L'excédant des dépenses sur les recettes est donc de 103. Dépenses d'Etat ou de souveraineté 2 TOTAL.000 francs.000 62. et correspond à la navigation sur les mers de plus de 100. . Revue col.000 Dépenses maritimes : Chiffres officiels 1. est de 220. Dépenses civiles : 12. . établissements et colonies.000 fi.85 .079. » 72. Rev. Montgomery-Martin et de M.000 fr. non compris l'Inde. . à la suite du rapport de M. 1857.320. 45. savoir : Pour l'État » Pour les colonies à législature.985.000 fr. Colonial Constitutions.904. Mills. Pour les colonies de la Couronne. . TOTAL.000 bâtiments de toutes les nations 1.

l'île du Prince-Edouard. SaintChristophe.. et aussi jouir librement de toutes les libertés. Honduras. la Nouvelle-Galles. posséder. la Jamaïque. .COLONIES ANGLAISES.. elles sont divisées en colonies à législature et colonies de la Couronne1. 365 À un point de vue plus spécial. les îles Vierges. Victoria. le Nouveau-Brunswick. ajoute la patente. Les mèm s libertés furent assurées à la Grenade en 1763 *. le Canada. Lord John Russell. la liberté est ancienne.. eux et leurs enfants nés ou à naître. la Nouvelle-Ecosse. et furent considérées comme relevant directement de la Couronne. et ce furent les conseillers du roi Jacques II qui s'opposèrent à ce qu'aucune contribution y fût imposée sans le consentement des habitants ou sans un acte du Parlement. dommages ou troubles de notre part et de la part de nos héritiers et successeurs. molestation. Saint . hollandaises ou françaises. franchises et priviléges dont jouissent nos sujets en Angleterre sans empêchement. Ce mot s'applique exactement au régime des colonies anglaises. Terre-Neuve. 1 On a dit : C'est le despotisme qui est nouveau. Névis. Les colonies à législature sont : Àntigoa. il l'autorisa ainsi que ses héritiers à rédiger les lois qu'ils jugeront utiles. Montserrat. prendre. la Barbade. Rois infortunés. la Grenade. les colonies acquises conservèrent les institutions espagnoles. « Nous voulons en outre. par une concession souveraine qui engagera nos héritiers et successeurs. donner. les Bermudes. jouissent de la même liberté que s'ils étaient nés en Angleterre. Nouveau démen ti à cette théorie de l'histoire qui considère la liberté comme un fruit lentement mùri sur la forte tige du pouvoir absolu! Lorsque le roi d'Angleterre donna la Barbade au comte de Carlisle. vendre. Bahama. léguer. garder. » Qui assure ainsi la liberté à la barbade? C'est Charles I". Tabago. la Guyane. que tous les habitants de ladite province.. acheter. de telle façon qu'ils puissent recevoir. elle reçut un gouvernement constitutionnel des mains de Charles II. selon leur bon plaisir. la Dominique. discours cité. l'assentiment et l'approbation des habitants libres de ladite province ou de la majorité d'entre eux. que n'ont 'Is aimé la liberté dans les îles Britanniques autant que dans les îles des Antilles! Mais depuis lors. vexation. par lesquelles elles étaient régies.Vincent. avec le consentement. Cromwell avait donné un gouvernement militaire à la Jamaïque. en 1627.

Grenade. Honduras. possédés par 1 Antigoa. Jamaïque. la Trinité. Sierra-Leone. au commencement de ce siècle. 3 Jamaïque 311. l'Australie méridionale et occidentale. Ceylan. colonies de fondation anglaise . Grenade. Toutes ces colonies possédaient. Sainte-Lucie.589 A REPORTER 343. Guyane. les Bermudes. Maurice. Saint-Christophe. îles Vierges. pour ne plus étudier qu'elles seules. Bermudes. La Jamaïque. Montserrat. Sainte-Hélène. Bahama. les colonies qui avaient des esclaves avant 1834. Malte. Saint-Christophe.070 Trinité 20. Gibraltar. la terre de Van-Diémen. la Gambie. La Guyane et le cap de Bonne-Espérance. Tortola. six2 des colonies de la Couronne. Dominique.000 esclaves 3. près de 800. conquises sur l'Espagne . la Nouvelle-Zé- lande. Névis. HonKong. Treize1 étaient des colonies à législature.ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. la Côte-d'Or. les îles Falkland. 2 Trinité.757 Tabago 11.416 . la Barbade. Tabago. conquises sur la Hollande. Montserrat. Maurice. Labuan. les unes étaient des colonies sans esclaves. Bahama. Sainte-Lucie. la Trinité. Anguille. 366 Les colonies de la Couronne sont : le Cap. Honduras. Tabago. Dominique. Cap. Saint-Vincent. Saint-Vincent. Sainte-Lucie. Nevis. Elles étaient au nombre de dix-neuf : Antigoa. colonies conquises sur la France . Natal. Barbabe. Maurice . les autres des colonies à esclaves. Parmi ces possessions. Citons.

640 REPORT Grenade Saint-Vincent Barbade 22.175 Antigoa 29.150 Sainte-Lucie Dominique 13.815 6. Mais un double motif les retint. » Telle fut pendant vingt ans l'opinion dominante. l'esclavage s'éteindrait comme un ruisseau se dessèche quand la source est tarie.086 Bermude 4.291 14. Les immortels auteurs de l'abolition de la traite ne perdirent cependant pas un seul jour la pensée de provoquer l'abolition de l'esclavage. par des améliorations graduelles.750 66. qui augmentaient chaque année la population esclave par les horreurs de la traite.416 23. au343. On le sait. faute de se recruter. la traite fut attaquée et abolie avant l'esclavage. 567 moins de 150.645 Maurice TOTAL 1 Wilberforce.000 blancs. séance du 2 avril 1792. Ils croyaient qu'il était sage d'arriver à la liberté pas à pas. .390 .824 Honduras 1.026 Guyane 82. 770. Wilberforce l'annonçait dès 1 792.135 Bahama 10. et que « cette plante céleste ne pouvait lever que sur un sol préparé à la recevoir1. Ils espéraient que.121 Névis Montserrat 8.780 5.401 Saint-Christophe Tortola 19.266 83.901 Gap 55. .COLONIES ANGLAISES.

c'est le 15 mai 1833 que lord Stanley. secrétaire d'État des colonies. lorsque M. de grands efforts et une curieuse expérience eurent lieu. » la loi fera libres ceux que la religion aura fait hommes. 1840. Le gouvernement contribuerait au payement d'un clergé plus nombreux dès que la législature aurait rendu l'action de ce clergé possible par l'abolition des marchés du dimanche et la con1 Précis de L'abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises. p. en son nom et au nom de Wilberforce. Buxton fut adoptée. apporta au Parlement l'acte d'abolition. et que M. afin de leur ordonner de soumettre aux législatures des améliorations précises. à dix années de distance.368 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE cun projet ne prévalut contre elle. Canning. presque jour pour jour. Imprimerie royale. sorte de programme préparatoire des mesures propres à amener la liberté. adhérant au nom du gouvernement à cette proposition. qu'il n'osa parler lui-même que d'abolition graduelle. et tel était encore l'ascendant de ces idées. lord Bathurst. Buxton. et où le mot d'abolition est remplacé par la promesse de mesures décisives et efficaces pour améliorer le sort de la population esclavel. . proposa formellement l'abolition à la séance du 15 mai 1825. l'amenda par une rédaction célèbre.t. « source de toute amélioration véritable. fortifier. en voici le résumé : 1° Avant tout. Dès le 9 juillet 1823. répandre la religion.I. 4. adressa aux gouverneurs une circulaire. C'est le 15 mai 1825 que la proposition de M. où le mol de liberté n'est pas prononcé. Dans l'intervalle.

présumer en faveur de la liberté. N'admettre au témoignage que les esclaves pourvus d'un certificat sérieux émané de l'ecclésiastique de l'habitation ou de la paroisse. aussitôt que la religion aurait révélé aux esclaves la dignité et les devoirs du père. prendre des mesures pour que. on n'abandonne pas un enfant ou un vieillard. sous prétexte d'affranchir. établis sur sa personne. des époux. dès que la religion aurait appris à ces créatures relevées à respecter le nom de Dieu. surtout entre esclaves de la même habitation. abolir les taxes qui les entravent. enfin pour que les droits des hers. 4° Encourager les affranchissements. 24 . première pierre de la civilisation. pour que l'acte. en cas de doute sur la condition. substitués. appartenaient moins aux maîtres qu'à leurs créanciers).COLONIES ANGLAISES 369 cession d'un jour en remplacement du dimanche pour la culture de leur champ. 5° Sans s'opposer absolument à la vente des esclaves e n payement des dettes de leurs maîtres (car la plupart des esclaves hypothéqués. véritable base de la société. ι. 5° Favoriser les mariages. lire dans leur parole la conscience et la raison. soient purgés et ne tiennent pas indéfiniment sa liberté en suspens et sa sécurité en péril. de la mère. fonder la famille chrétienne. pour que la capacité de contracter ne s oit pas disputée à l'esclave. proposer de n e pas vendre en général les esclaves sans la terre. ne soit pas perdu. dûment enregistré. chefd'œuvre du christianisme. 2° Accorder aux esclaves le témoignage en justice.

ne punir que Je lendemain du délit. prohiber la vente du mari sans la femme. accorder plutôt le séquestre que la vente. affranchir les femmes de la peine du fouet. abolir l'usage du fouet comme stimulant du travail des champs. attendu α l'usage de ne pas marier les esclaves . mais sages et bien faites pour démontrer. Infliger des peines aux maîtres qui abusent. établir des banques d'épargnes. d'une part. semble un médecin qui traite à la fois des maladies et des remèdes de la nature humaine. sans division . comment la liberté sort de la religion et s'appuie sur le droit. 7° Assurer aux esclaves la jouissance des propriétés qu'ils sont aptes à posséder. vendre tout. autant que de politique. Les colonies à chartes déclarèrent inconstitutionnelle . de l'autre. ustensiles et habitation. remèdes simples et sans équivalents. de la femme sans les enfants au-dessous de quatorze ans. en présence de celui qui a ordonné la punition et d'une personne libre . femme et enfants réputés tels. » nommer des commissaires ou protecteurs pour veiller sur ces actes. Curieuses dispositions. encore timides. autant que possible. tenir registre de la cause.370 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. pas une colonie ne les accepta pacifiquement ou complétement. 6° Diminuer la rigueur des punitions. et permettre au déposant de déclarer à qui son dépôt doit revenir après lui. maladies profondes. de l'époque et du degré de la punition. dans ce but. esclaves. Pas une colonie n'avait devancé ces conseils. mari. comment tous les abus naissent inévitablement de l'esclavage ! L'homme d'Etat qui a écrit celte page de philosophie.

Les douze autres avaient absolument refusé les mesures relatives à l'enseignement religieux et à l'amélioration de la justice. Le gouvernement commença pardonner l'exemple. Antigue. 2 Cap. Toutes les colonies à charte refusèrent la nomination des protecteurs. des exécutions à mort. des incendies. Maurice. Saint- Christophe. sous le nom de protecteurs ou assistants1 Honduras. Huit mois après. iles Vierges. les caisses d'épargnes. huit 1 colonies n'avaient adopté aucune des réformes prescrites. Il était bien nécessaire que le gouvernement exigeât ce qu'il fallait désespérer d'obtenir. les restrictions aux ventes . Tabago. Barbade. aucune amélioration sérieuse ne fut acceptée. prescrivit et développa toutes les mesures énoncées dans la circulaire de 1825. Sauf à la Trinité et à Sainte-Lucie. surtout à la Guyane (1823) et à la Jamaïque (1824). Nevis . Les espérances des esclaves n'étaient pas moins poussées à bout que les résistances des maîtres. Après sept années. il y eut des révoltes. le roi. Une circulaire de lord Goderich du 12 mars 1831 apprit aux colonies que tous les esclaves du domaine de la Couronne étaient affranchis.COLONIES ANGLAISES. ce devoir fut rempli. Les officiers. Montserrat. Précis publié par le ministère de la marine. les tempéraments des punitions. et celles qu'on adopta restèrent à peu près sans effet. 371 l'intervention du gouvernement. la concession d'un jour à l'esclave. trois seulement2 abolirent le marché du dimanche. Bermudes. par un ordre en conseil du 2 novembre 1831. . Les colonies de la Couronne résistèrent.

justice spéciale. La présomption légale en laveur de la liberté fut consacrée (art. ou d'autres esclaves. 29. Des mesures minutieuses réglèrent la . 74-85). comme on fouette un cheval trop lent. ni de fouetter une femme. instruments de révolte. payés par la couronne. et le travail du dimanche fut puni (art. 11 ne fut plus permis d'employer le fouet dans les plantations pour stimuler les esclaves. revêtus d'une autorité étendue. 60-02). par un honteux oubli de ses propres espérances (art. sommaire. 87). 51). instruments de fuite. ou de donner plus de quinze coups à un homme sur-le-champ. On institua des cours de requêtes pour les esclaves. 70. 54-59). protecteurs des esclaves. 56-55). 28. exempts de taxes. 1-28). 71). sans témoins ou sur des cicatrices mal fermées. 51-55). ils devaient n'être intéressés à aucun titre dans la propriété des esclaves. On prohiba la séparation des familles par vente ou par succession (art. et les punitions durent être enregistrées (art. 27. ou des munitions et des armes à feu. furent institués dans toutes les colonies (art. si ce n'est des bateaux. Le mariage entre esclaves fut permis et régularisé (art.372 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. et les abandons impossibles (art. 86) cl le témoignage des esclaves admis en justice (art. Les affranchissements furent rendus faciles. 66-69). Les marchés du dimanche furent déclarés illégaux (art. 50. peu coûteuse et sans appel (art. 65). Les esclaves purent se racheter (art. L'esclave fut déclaré apte à citer en justice et à posséder toutes choses.

un couteau ou des ciseaux. avec vingt et une pintes de farine ou cinquante-six bananes. de pailleou de feutre. nourriture. 118). bans toutes les colonies. dus par les maîtres aux esclaves. une poêle et une marmite (Ordre. Ils avaient bien raison ! La loi prescrivait au colon à quelle heure sa propriété devait se lever et se coucher. une jaquette de drap. la liberté religieuse. deux chemises. La loi ajoutait que le colon ne pourrait plus vendre à son gré cette propriété. ni même . le couchage. Il était clair que cette propriété n'était plus une chose. 88-104). étaient d'ailleurs eux-mêmes liés envers la Couronne par l'obligation de soumettre à son agrément leurs ordonnances (art. 105-116). le traitement médical. deux paires de pantalons ou de jupons d'Osnabruck. l'entretien. 105-110) servirent de sanctions à ces prescriptions. et la durée du travail du par les esclaves aux maîtres (art. qui ne devaient ordonnancer leurs traitements qu'après avoir reçu les rapports (art. placées sous la garde des protecteurs et des juges (art. le logement. L'ordre de 1851 suscita la plus violente opposition. qu'elle porterait un chapeau d'écorce.COLONIES ANGLAISES. art. ni la fouetter à sa fantaisie. 373 le vêtement. tenus à leur tour à de fréquents rapports aux gouverneurs. qu'elle aurait une couverture de laine. Des pénalités sévères (art. sept harengs ou aloses. 119) et portaient une responsabilité égale à leur autorité. ni «empêcher de se marier ou de s'affranchir. des rasoirs. deux paires de souliers. 97). qu'elle recevrait par semaine. les maîtres protestèrent contre cette violation de leur propriété.

et promulguée. » L'acte fut voté le 12 juin 1833 par la Chambre des communes. une âme. il fallait proclamer la liberté. Un comité d enquête . Le gouvernement. un animal. si le maître avait un droit. le 25 juin par la Chambre des lords. nommé par la Chambre des communes pour examiner les moyens d'arriver à l'abolition de l'esclavage. l'opposition des colons y força. mais une personne. placé entre les espérances excitées des esclaves et les résistances obstinées des colons. avec la sanction de la Couronne. mais si le droit du maître n'en était pas un. elle le fut. le 28 août 1833.374 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Mais il a dû céder à cet égard au vœu prononcé de l'opinion. La politique du gouvernement y conduisait. ne permettait pas une plus longue hésitation. se résolut à proposer l'émancipation générale avec la double condition d'une indemnité et d'un apprentissage. Quelle atteinte à la propriété! Oui. La sécurité des colonies. le 11 août 1852. une créature humaine. il annonçait au gouvernement des colonies cette détermination par une dépêche qui contenait ces mots : « Le gouvernement regrette de prendre l'initiative de cette mesure. il lui manquait d'être logique. d'ailleurs. Le 20 mai. présenta cette mémorable mesure le 1 i mai 1833. Lord Stanley. . un rapport qui appelait la plus urgente attention de la législation. secrétaire d'Etat des colonies. après avoir perdu tout espoir de se voir devancer et seconder par les législations coloniales. la loi était juste. fit. la loi était abusive.

Il était défendu de séparer les fa- . Les articles 1 et 2 transforment. l'apprenti était placé sous la tutelle de juges de paix spéciaux (art. I 5). 14.000 hommes du poids de la servitude. L'apprentissage devait durer : 1° Pour les apprentis ruraux attaché* <m sol. à partir du 1er août 1854. 18. 6). Dans cet état de liberté encore incomplet. avant ces délais. 2 ' Pour les apprentis ruraux non attachés au sol. se compose de 66 articles. Mais l'affranchissement ne dispensait pas le maître de ses devoirs envers les vieillards et infirmes. c'està-dire habituellement employés sur des habitations n'appartenant point à leurs maîtres.COLONIES ANGLAISES. L'apprenti pouvait . 8). 5). 3° Pour les apprentis travailleurs non ruraux jusqu'au er 1 août 1858 (art. L'article 5 déclare immédiatement libres tous les esclaves transportés sur le sol anglais. 375 Cette belle loi. et de six mois pour l'île Maurice (art . jusqu'à la même époque (art. 19). 7) ou se racheter (art. être libéré (art. ces délais étaient prolongés de quatre mois pour le cap de Bonne-Espérance. 65). 15. La loi protégeait aussi les enfants en chargeant les juges de paix de passer pour eux des contrats spéciaux d'apprentissage (art. 4. c'est-àdire habituellement employés sur les habitations de leurs maîtres. qui délivra une grande nation de l'opprobre d'un crime et 800. 5). 4. tous les esclaves habitant le sol des colonies en apprentis travailleurs (apprenticed labourer) devant travailler au profit de leurs anciens maîtres. jusqu'au 1er août 1840 (art.

La loi assurait aux anciens maîtres. à l'allocation des logements. étaient confiées aux législatures locales ou aux pouvoirs locaux (art. rendu le 19 octobre 1855. milles (art. de frauder la liberté en transportant l'apprenti hors de la colonie à laquelle il appartient (art! 9). 10). Ces autorités restaient libres de ne pas faire passer de suite au rang de citoyens ceux qui venaient d'être admis au rang d'hommes. Pour faciliter ces mesures. 16. les îles et terri- . Le classement des apprentis. l'allocation des subventions nécessaires à la vie ou d'un terrain à cultiver pour les produire étaient assurées à l'ancien esclave (art. L'observation du dimanche. nourriture. 21. sorte de règlement d'administration publique proposé comme modèle. de dégrader en lui la dignité humaine par la peine du fouet (art. elles pouvaient les dispenser de certains services civils ou militaires ou les déclarer impropres à la jouissance de certaines franchises politiques (art. à la fois comme dédommagement des services dont ils allaient être privés et comme subvention au travail. 17). les règlements nécessaires à la tranquillité publique. 23). soins médicaux.376 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 11). divisé en douze chapitres. vêtements. 22). en un mot. une indemnité de 20 millions sterling ou 500 millions de francs à répartir par des commissions d'arbitres nommées par la Couronne entre les dix-neuf colonies à esclaves. les formes et les conditions du rachat. il fut adressé aux colonies un projet d'ordre en conseil. toutes les mesures propres à assurer l'exécution de la loi et des contrats. à la répression du vagabondage. à la fixation de la durée du travail et du repos.

bien long pour celui qui souffre. les propriétés à la ruine. Les Indes. . Le droit du maîlre était reconnu et brisé : on imposait à sa jouissance des devoirs plus étendus et une limite étroite . . 00 . la liberté à un coûteux et sanglant échec! 1 Nombre des esclaves affranchis Va1eur moyenne de 1822 a 1850. dès que l'enregistrement des esclaves y aurait été établi (art. 25 15 19. 62). . 64). . L'esclave recevait de la liberté le nom sans l'usage. . un ajournement bien court pour celui qui jouit. . rendait incertaine cette espérance. On pouvait craindre que trop de prudence ne la rendit imprudente. était déclarée applicable à la colonie de Honduras. 770.950. 24-60)1. étaient exceptées de l'application de la loi (art.390 56 liv. Moulant total de l'indemnité .066 liv. Telle était celte célèbre loi qui consacrait 500 millions à la rançon de 800. Transition périlleuse.000 hommes. . intéressé à l'ordre. il l'était presque autant au désordre qui serait venu justifier ses sombres prophéties et faire douter de la liberté. Elle enflammait toutes les passions et n'en contentait aucune. 08 sh. qu'une réaction facile à craindre pouvait reculer encore ou subitement anéantir : il voyait le rivage sans le toucher. Ceylan et Sainte-Hélène. Taux moyen de l'indemnité par fête. 377 toires qui en dépendent. et d'après la moyenne des prix de vente calculés pendant les huit années antérieures à 1854 (art.COLONIES ANGLAISES. Elle desserrait les nœuds sans les délier. qui exposait les colonies au désordre. d'après le nombre des esclaves recensés aux termes de la loi 59 Georges III. au contraire. qui.

« Toutes les fois que les propriétaires désirent que la chose aille bien. la Barbade. la résignation intelligente des maîtres assurèrent au contraire un merveilleux succès. Saint-Christophe. consultés par le gouverneur. qui fut prononcée le 4 juin 1833 par le conseil de l'assemblée 1. à son successeur sir Lionel Smith. elle va bien. . à la 1 Précis IV. l'ordre régna. déclarèrent que l'enseignement moral et religieux des esclaves était assez avancé pour leur mériter une libération immédiate. sir Evan Murray Mac Gregor. le travail se maintint. la production augmenta. à son prédécesseur lord Mulgrave.000 libres réfugiés dans l'intérieur. les îles Vierges.000 blancs s'y trouvaient en face de 322. leclergéetles missionnaires. Montserrat. p. 258. A Antigoa et dans ses dépendances. » écrivait le gouverneur de la Jamaïque. qui représente à elle seule la moitié des revenus des colonies britanniques et contenait près de moitié des esclaves possédés par des mains anglaises . malgré l'étendue du territoire et le voisinage de plus de 10. le marquis de Sligo. Anguille. querevient l'honneur d'avoir dirigé une œuvre si difficile dans cette belle colonie. La sagesse et la fermeté des gouverneurs. Nevis.421 esclaves sur un territoire de 750 lieues carrées. 3e partie. l'influence de la religion sur les noirs. quelques troubles furent réprimés sans verser le sang. 55. grâce au zèle.378 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. le 19 septembre 1835. C'est à ce gouverneur. la Dominique. les écoles se multiplièrent. A la Guyane.

avec autant de suite que d'intelligence. I" partie. qui mirent à exécution. A examiner attentivement les abus qui ont pu se produire dans l'exécution. du gouverneur. où l'acte de 1833 ne fut appliqué qu'en 1855. dont la mort. p. sir J. il me semble qu'ils doivent être en grande partie attribués à l'ancien système colonial. . survenue ie 4 mars 1858. sir William Nicolay. Quiconque avait réfléchi sur la nature humaine et sur l'histoire de l'esclavage pouvait s'attendre à ce qu'une telle 1 Précis [. on remercie Dieu. à la fin de 1857. fut pleurée comme une calamité publique. lorsqu'après avoir parcouru l'immense collection des dépêches. à la bonté. en résume ainsi les effets : « Jusqu'ici les résultats de la grande expérience de l'abolition de l'esclavage ont justifié les plus vives espérances des auteurs et des avocats de cette mesure. de peur de faire revivre la traite. CarmichaelSmyth. et 2e partie tout entière. 379 fermeté. mais il encouragea les mesures prises par le gouverneur. 63. On respire. près de cinq ans après le commencement de l'apprentissage. Le gouvernement refusa l'autorisation de faire venir des engagés de la côte d'Afrique ou de Magadascar. mais la faculté de se procurer des Indiens soutint la production. A Maurice. l'acte de 1855. pour attirer des coolies. qui.690. des ordres. des décisions de la Conronne. les suites furent un peu plus pénibles. des circulaires. on ouvre une dépêche de lord Glenelg du 6 novembre 18381. l'île en contenait déjà 8.COLONIES ANGLAISES.

cette différence reposait sur de faibles motifs et prêtait à des difficultés pratiques et à des fraudes nombreuses. Ce qui distingue surtout ce progrès. et dont l'histoire n'offrit jamais un plus grand exemple. Au contraire. c'est qu'il s'est accompli sans le moindre trouble. » Lord Glenelg continuait en indiquant aux gouverneurs les enquêtes et les précautions par lesquelles ils devaient préparer le moment de l'émancipation définitive. en dépit de l'admirable tranquillité qui avait suivi l'acte de 1833. En effet.380 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Avec le sentiment d'une sécurité croissante. réforme ne se fît pas sans inconvénients. sans le renversement d'aucune institution sociale ou le moindre affaiblissement de l'autorité souveraine. or la vie se compose de détails. c'est . Cet acte avait divisé les esclaves en trois classes et fixé des dates distinctives pour la libération des deux premières et de la troisième. plus le dénoûment était proche et plus il semblait redoutable. plus de respect a entouré des lois qui offraient une plus égale protection aux droits de toutes les classes de la société. 11 avait abandonné à des règlements mille détails . 11 attendait ce moment avec une visible anxiété. Je m'estime donc heureux de pouvoir affirmer qu'il s'est fait dans ce court laps de temps un progrès dans l'état social qui ajoutera au bonheur de l'humanité. et par une apparente contradiction qui surprendra seulement un esprit superficiel. sans la plus légère commotion. la valeur de la propriété s'est élevée au point qu'il est permis d'espérer que la crise finale et déjà si prochaine se fera sans que le bon ordre en soit troublé.

381 par eux qu'elle est matériellement heureuse ou malheureuse .. Tout ce qu'on ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le sentiment plus cuisant. les autres aspiraient prématurément à leurs droits. La patience à long délai est plus facile qu'une patience qui voit le terme. Π arrive le plus souvent qu'un peuple qui avait supporté sans se plaindre. M. et comme s'il ne les sentait pas. les mauvais vouloirs.COLONIES ANGLAISES. comme inévitable. les lois les plus accablantes. Le mal qu'on souffrait patiemment.. et l'expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d'ordinaire celui où il commence à se réformer. » 1 L'Ancien Régime et la Révolution. « On dirait que les Français ont trouvé leur position d'autant plus insupportable qu'elle devenait meilleure. les rejette violemment dès que le poids s'en allége. p. le mal est devenu moindre. ou la répression n'atteignait pas les manquements. les dissimulations et les rancunes. 16. les uns se dégageaient de leurs devoirs.. 269. . mais la sensibilité est plus vive. À mesure que l'heure approchait. il est vrai.. semble insupportable dès qu'on conçoit l'idée de s'y soustraire. ch. ou les maîtres manquaient aux règles. en sorte que les esclaves étaient en beaucoup de lieux maltraités ou mutins. de Tocqueville a écrit que la prospérité môme du règne de Louis XVI hâta la Révolution1. Ou les règles étaient incomplètes. c'est au dernier moment qu'on se lasse d'attendre. c'est à leur abri que se réfugient les abus.

» Le cabinet de lord Melbourne. 3. M. parce qu'il avait réussi et parce qu'il constituait envers les colons une sorte d'engagement. sir Stratford Canning. et les pétitions devinrent des motions. était signée par 600. tantôt sur les bons effets de l'apprentissage pour demander qu'il fût abrégé. α Il serait plus facile de refouler le cours de la Tamise. Des discussions importantes suivirent le rapport et les motions plus radicales. Johnston. Buxton.000 femmes. malgré le vœu unanime du peuple anglais. . lord Sandon. sir James Graham. sir George Grey. et que la liberté fût proclamée définitivement et sans distinction à partir du 1er août 1838. Gladstone. Andrew. à la reine. Baines. En 1836. Charles Lushington. D'un autre côté. Gladstone. sir Robert Peel. Oswald. Thornely. appuyé dans ses hésitations par lord Wellington . M. Strickland. De l'enceinte des meetings. et M. Précis III. s'écria O'Connell. Des pétitions innombrables émirent ce vœu. soutint le système de l'apprentissage. ###BOT_TEXT###gt;. Des notions analogues furent faites à la Chambre des communes par sir G. O'Connell. l'opinion de la métropole s'appuyait tantôt sur les abus. Patrick Stewart. que de maintenir les noirs dans l'esclavage. l'opinion franchit les portes du Parlement. V. James Steward. Labouchère.382 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE Les colonies offraient alors ce spectacle. l'une adressée. Il préférait d'ailleurs 1 Composée de MM. sir Eardley Wilmot. lord Brougham proposa le 20 février 1858 la suppression définitive de l'apprentissage pour le 1er août suivant. A la Chambre haute. le rapport du 13 août 1836. lord Henrick. Buxton avait obtenu la nomination d'une commission d'enquête 1.

à la Trinité. déjà acceptée à Antigoa. fut devancé. à la Guyane dans les mois de juin. il résulte : 1 Précis dé l'Abolition. à Maurice. convenant des abus et de l'insuffisance de l'acte de 1855. etc. Elle fut proclamée à la Jamaïque. En effet. les législatures coloniales et les conseils de gouvernement n'hésitèrent plus à se prononcer pour l'émancipation immédiate. à la Dominique. . 383 laisser aux législatures locales le mérite et la popularité de l'émancipation. It. il proposa un acte modificatif qui réglait tout ce que celui de 1833 avait omis ou abandonné. 16.COLONIES ANGLAISES. à la Barbade. à Sainte-Lucie. le M mars 1839l. Ce fut l'acte du i l avril 1858. juillet. la prudence môme conseilla de ne pas prolonger si longtemps la patience. p. Lorsqu'il fut promulgué. Mais. Les partisans d'une préparation graduelle à l'émancipation peuvent tirer argument de la manière dont se passa la période de l'apprentissage. abrogeait des mesures mal prises par les pouvoirs coloniaux. et faisait intervenir avec plus d'autorité les volontés du Parlement et de la Couronne dans tous les rapports des maîtres et des apprentis. août 1858. qui promettait la liberté après un apprentissage qui devait durer jusqu'en 1840. des renseignements qui remplissent les pages précédentes et de la dépêche de lord Glenelg que nous avons citée. Ainsi l'acte du 28 août 1833.

a suivi cette grande expérience avec une admiralde attention et publié des rapports. Saint-Christophe (1838-1840). le Précis de l'Abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises?. des traductions. Sous l'impulsion de la commission présidée par M. le gouvernement français.384 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE 1° Que le passage des noirs de l'esclavage à la liberté s'effectua sans commotion.. les crimes et delits. Les documents surabondent. le gouvernement anglais a publié quinze volumes in-folio de 7. la Grenade. de Broglie. 1841. et il serait inutile d'entrer dans l'histoire détaillée de chacune des dix-neuf colonies à esclaves de l'Angleterre. allèrent en diminuant à l'égard des biens . de 1834 à 1838. 2° Que. ainsi qu'on va le voir. égale ou supérieure sur certains autres. moindre sur certains points. De 1834 à 1840 seulement. le procureur général Bernard et le capitaine Layrle sur la Jamaïque ( 1834-1842). et notamment dans les 4e et 5° volumes. de MM. vol. 5° Que la production. la Barbade (1834-1841 ) Sainte-Lucie. Aubert. nuls ou presque nuls à l'égard des personnes. Antigoa (1856-1841). Mais la fin de l'apprentissage fut brusque. Il est difficile. des pièces officielles du plus haut intérêt1. l'immense rapport en deux volumes . Saint-Vincent.256 pages. se maintint en général pendant les quatre années de l'apprentissage 1. et ceux qui ne craignent point une solution immédiate de la question de l'esclavage peuvent à leur tour tirer argument de cette cessation inopinée. car elle a été suivie d'un succès non moins satisfaisant. Vidal de Lingendes et Guillet sur la Guyane (1858-1859). Armand et Arnous sur la Trinité (18591840). publié par ordre de M. 1 V. Dejean de la Batie sur Tile Maurice (1838-1840). l'amiral Duperie. de 1840 à 1843. V. les rapports de MM.

I . comme autant d'écriteaux. le due de Broglie. 33 volumes de 1842 à 1860. à l'aide de quelques subdivisions. le travail. à la hauteur de vérités historiques.COLONIES ANGLAISES. in-folio de M. Consulter surtout les documents si utilement insérés dans la Revue coloniale. 25 . le nom des deux ou trois principales questions qui dominent toute cette histoire. Quelle a été l'influence de l'émancipation sur la condition des anciens esclaves? Quelle a été l'influence de l'émancipation sur la production. 385 On ne saurait assez remercier ces deux gouvernements d'avoir donné tant d'importance à cette genèse de l'élévation à la liberté d'une partie de la famille humaine. et de planter à l'entrée. Je ne me plains point de la peine qui m'a conduit à des conclusions irréfragables. on ne regrette rien de l'ennui qu'ils ont causé. élevées. c'est d'ouvrir hardiment deux ou trois larges routes. mais quand on voit que tant de soins fastidieux ont fait un homme. Il en est de l'affranchissement d'un esclave comme de l'éducation d'un enfant . en dépit de dénégations intéressées ou d'objections tirées d'observations partielles. rien de plus monotone à suivre dans le détail . Une si longue étude serait une fatigue si elle ne réservait d'immenses compensations. sous ces deux têtes de chapitre. Jules Lechevallier à M. Pour se diriger sans se perdre dans cette forêt de documents. la prospérité des colonies? Tous les documents peuvent se classer. puis de marcher en recueillant sur son chemin tous les faits dont l'ensemble sera la réponse aux questions posées. il n'y a qu'un moyen.

témoins impassibles qu'on ne peut pas plus accuser de sentimentalité que d'imposture. Elles reposent à la fois sur le témoignage des hommes d'Etat les plus éminents et les plus divers de l'Angleterre et sur l'autorité des chiffres. ο .386 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

ch. M. O'Connell. § III. IIe partie. caractérise en ces termes la transition de l'apprentissage à la pleine liberté 1 : « En somme. Labouchère et sir George Grey. lord Stanley. . lord Glenelg. p. le résultat de la grande expérience d'émancipation. Après trois nouvelles années. secrétaire d'Etat des colonies. Lechevalier. Les mêmes faits avaient été constatés par le comité chargé de diriger l'enquête de 1836. A la fin de 1838. avait raconté le passage heureux de la servitude à l'apprentissage. après cinq ans d'expérience. sir James Graham. le 22 mars 1842. et qui comptait au nombre de ses membres M. XIV. 920. secrétaire d'Etat des colonies. M. Buxton.CHAPITRE II INFLUENCE DE L'ÉMANCIPATION SUR LA CONDITION DES CLASSES AFFRANCHIES. tentée sur l'ensemble de la population des hides occidentales a surpassé les espérances les plus vi1 Rapport de M.

à. — Ibid.114 en 1858. ils se livrent au travail. en 1840. pour toute l'île de la Jamaïque. on en comptait 7. 830. 27. Le nom. p. 1 .388 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. col. 2. l'instruction s'est répandue. un nombre énorme de mariages. bre des mariages a augmenté. pas de guerre civile. pas de tumulte. augmenté leur bien-être. ves des amis mêmes les plus ardents de la prospérité coloniale. non-seulement la prospérité matérielle de chacune des îles s'est grandement accrue.. les écoles et les églises remplies . sous l'influence des ministres de la religion. Rev. on a vu 150 à 200 noirs s'associer pour acheter des domaines de Les lots sont en général de deux ou trois acres. perfectionnement dans le système social et religieux. pas de vengeances. Ce dernier trait mérite d'être remarqué. insuffisantes . il y a eu progrès dans les habitudes industrieuses. et développement.. pas d'incendies. et en même temps que les crimes ont diminué. deux ans après. de ces qualités du cœur et de l'esprit qui sont plus nécessaires au bonheur que les objets matériels de la vie Les nè- gres sont heureux et satisfaits.540 A la Guyane. quant au but principal de la mesure. les habitudes morales sont devenues meilleures. et quelquefois ne dépassent pas quelques toises. p. enfin un goût croissant de la propriété. Tels sont les résultats de l'émancipation. « Le nombre des noirs devenus propriétaires par leur industrie et leur économie s'élevait. mais ce qui est mieux encore. » Les faits saillants qui ressortent de toutes les enquêtes sont ceux-ci : une tranquillité complète . 1843. ils ont amélioré leur manière de vivre. son succès a été complet. chez les individus.

COLONIES ANGLAISES. 21.350 » Sur tous ces points. et mis en culture près de 7. » Lord Stanley complétait ces témoignages sur le bonheur et le progrès des affranchis par une autre preuve tirée de la valeur des exportations de l'Angleterre aux colonies.000 francs. . si par travail on entend celui qui rapporte au planteur.318.000.. col. 5e v. p. sous le régime précédent.. c'est un fait . 34.000 fr. Ibid. .000 » 100.. une foule de noirs s'établit illégalement comme squatters sur les terres de la Couronne. p. les noirs avaient construit dans le seul comté de Berbice 1184 maisons depuis l'émancipation. comme la Trinité. Rev.575 » Et la seconde année 87.575. les témoignages français s'accordent complétement avec les rapports anglais. et Broglie.000 acres de terrains achetés par eux. 42. profitait à une poignée de blancs qui le monopolisaient.450. appliqués au travail etconvenablement vêtus . le capitaine de vaisseau Layrle3 : « Les noirs n'ont pas abandonné les cultures. 50. . 89.000 et même de400. Des villages importants s'étaient formés 1. p. . Pendant l'apprentissage (18351838). maintenant. Pendant les six dernières années d'esclavage. elle s'est élevée à La première année de la liberté elle a atteint 69. et il fallut une proclamation du gouverneur pour le leur interdire. 1 Au 1er janvier 1843. p.061. Voici ce qu'écrivait de la Jamaïque M. 6 Publications de la Marine. 250.Dans d'autres colonies. elle avait été de. 389 150. composés de jolies chaumières avec une bonne église et occupés par des habitants nombreux. celui qui.

000 chefs de famille y avaient ι Rapporl de M. entre les anciens maîtres et les nouveaux affranchis y rendirent I'ceuvre de l'émancipation plus difficile que partout ailleurs. on trouve que la diminution du travail n'a pas été aussi considérable qu'elle le paraît d'abord. par M. 092. mais avec des phases caractéristiques. parce qu'elle était la plus importante des colonies à esclaves de l'Angleterre. morale et matérielle des noirs est incontestable.390 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Lechevallier. dont il est nécessaire dé s occuper spécialement.. mais si l'on fait entrer en ligne de compte le travail des noirs sur leurs propres terrains. ii se fait moins de travail. Col. (car il est*notoire qu'il a été fait depuis trois ans pour 2. A la Jamaïque. dont? son discours avait pour but de provoquer la nomination. 2 Situation passée et présente de la Jamaïque. James Philippe missionnaire baptiste dans cette colonie pendant 20 ans. cela est vrai.000 fr. le 25 juillet 1842 1 : « L'amélioration religieuse. seulement le travail a pris une autre direction. Rev.000 acres 2. et parce que les différends qui s'élevèrent entre la législature locale et la métropole. II.500. » Aux déclarations de lord Stanley s'ajoute le rapport de la commission d'enquête. 1844. à la Jamaïque on estimait à 150 ou 200 le nombre des villages libres (free villages) établis par les noirs affranchis avant 1845 sur une étendue d'au moins 10. Voici la première conclusion de ce rapport. p. d'achats par les affranchis). II. Environ 10. 1843. . » Les sept années (1842-1848) qui suivirent ces débuts virent se continuer les mêmes progrès. 489.

p. et un journal de Kingston pouvait annoncer au commencement de 1843 que la prison n'avait pas reçu un seul détenu depuis cinq jours. 1845..800 mariages d'affranchis par an. 3 Ibid. 122. Au mois de juin 1844. en 1845.000 cases. Dans un rapport adressé à la cour politique de la Guyane par les magistrats spéciaux des divers districts. Le concubinage et l'ivrognerie devenaient des exceptions. 391 construit plus de 5. et qu'ils avaient construit plus de 5. V. 192. on lit que le nombre des noirs propriétaires était de 15. . VI.. On célébrait environ 14. 11 en fut de même. III. p. 1844. IV. Une loi fut nécessaire pour ordonner la vente immédiate des terrains occupés sans titres suffisants. continue à signaler les progrès de la population en moralité. 1845. V. col.COLONIES ANGLAISES. . Lord Elgin. p. 265. On avait accusé les affranchis d'avoir allumé des incendies qui consternèrent la Guyane en 1844.906. une insurrection de noirs éclata 1 Rev.000 maisons2. les améliorations apportées dans la construction et l'arrangement intérieur des cases. pourl'achat desterresel la construction des maisons plus de 4 millions.Ibid. dans l'incendie de Bridgetown. 1 sur 29 individus. une enquête démontra qu'ils avaient au contraire contribué de tous leurs efforts à les éteindre. 1845. 181. Les noirs s'étaient imposé de grands sacrifices pour la fondation d'un nombre considérable de chapelles et d'écoles. fait qui ne s'était pas présenté depuis la fondation de la ville. p. à la Barbade 3. 431. en 1844. et dépense en quatre ans. l'abandon des pratiques superstitieuses l.

On sait qu'à 1 Rev. A la Trinité. 6 deniers au maximum. et. la Trinité. et les salaires de 2 fr. dit-on. les planteurs n'ont pas perdu leur temps à de vaines récriminations. 60 et même 5 fr. et les vivres ne sont à meilleur marché que dans la Guyane anglaise. avaient poussé à la révolte. Dès 1844. . les salaires ne sont plus élevés (1 fr. 90. contient cette parole : « Dans aucune autre partie du monde la condition des ouvriers n'est meilleure. telles que Sainte-Lucie.. Les noirs avaient pris le recensement pour un retour à l'esclavage. Un discours du secrétaire du gouvernement à la Guyane. Antigoa. Après trois jours l'ordre fut rétabli et une exécution capitale servit d'exemple 1. à la Dominique. III. 50 et 5 fr. » Dans les autres colonies. des résultats non moins satisfaisants sont signalés. 05). 420. 80. en temps de récolte. ils ont créé de suite la concurrence par l'immigration. 20. en 1844. p. comme avant cette époque. et les documents de cette année 2 nous apprennent qu'à la Jamaïque. 552. tombèrent vite à 2 fr. quelques noirs évadés des colonies françaises. col . * Ibid. p. la proportion des terres en culture était à peu près la même qu'au temps de l'esclavage . Des malfaiteurs. 10. la Barbade. Saint-Vincent. 25 à 2 fr. que la journée (neuf heures) était redescendue à 1 sh. une partie des affranchis était revenue aux habitations. VII. 1845. ils n'ont pas fait de coalition pour réduire les salaires ou augmenter le loyer des cases et jardins.392 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. mais seulement dans une partie trèsrestreinte de l'île. notamment. 1844.

à Sainte-Lucie. il chargeait le comité de l'instruction publique dans les colonies d'examiner la question de l'éducation morale et 1 Annales de la propagation de la foi. à Nevis. où le gouvernement anglais n'entreten ait que huit. et 1847. 251. pour la Jamaïque en 1845 et 1846. parce que la population était catholique. Aussi là où la religion ne fut pas encouragée. est admirable. 393 Antigoa.COLONIES ANGLAISES. lettre de mars 1845. p.. En général. à Saint-Christophe. à Maurice. puis à la vertu. 2 . 1846. déployèrent de zèle pour mener les noirs à la liberté. Rev. 516. La première part dans ces résultats était due à ces gouverneurs et au gouvernement lui-même. 3 V. X. les rapports de lord Elgin. le gouvernement anglais présenta aux chambres un résumé des rapports de tous les gouverneurs2. Ce que les missionnaires baptistes. puis dix prêtres pour 80. les progrès de la civilisation furent en raison directe de l'instruction religieuse. 1847. Lorsqu'en 1846. 425. à Montserrat. on vit la morale et la piété fleurir parmi les affranchis évangélisés par des prêtres héroïques comme le fondateur de la mission. moraves. la production dépassa de suite celle des années du travail servile. p. M. Laval. Rev col. ce fut un tableau uniforme des excellents effets de la liberté sur la conduite des affranchis à la Jamaïque3. XII. aux îles Vierges. wesleyens. mais en dehors de celte action salutaire. col. J'aime à citer de belles paroles de lord Grey. spécialement.. anglicans.000 âmes. A peine arrivé au pouvoir. la plupart des noirs voués par l'ignorance à tous les vices et surtout à l'ivrognerie1.

d'assurer l'indépendance.. » et aussi l'instruction «qui fait l'ouvrier intelligent et rangé. Jamais plus de persévérante ardeur ne fut consacrée au service d'une plus juste cause. p. lorsque. 1847. C. ces efforts n'étaient pas l'exclusif apanage du parti whig. . le 7 février 1848. 124 . reposant sur des bases plus solides que les lois humaines et inaugurant le progrès des vertus chrétiennes et de la félicité publique. la prospérité. peu de temps avant sa mort.394 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.. put résumer l'histoire des résultats de l'émancipation à cette époque par ces paroles : « L'objet de l'acte de 1834. industrielle des affranchis. et.Ibid. Je crois qu'il n'y • Rev col. » Ces sentiments. il recommandait chaleureusement l' éd ucation pour que l'émancipation soit. « le commencement d'une ère de liberté éclairée. disait-il. augmente l'action du corps et de l'esprit. Le succès encourageait ces nobles actions en dépassant toutes les espérances. 1848-1849. je pense. en ouvrant le 16 juin la discussion sur les conclusions du rapport du comité. était de donner la liberté à 800. et par une circulaire du 27 janvier 1847 1. qu'il n'ait été rempli. lord John Russell. le bonheur de ceux qui étaient esclaves. demanda à la Chambre des communes la nomination d'un comité2 pour faire une enquête sur la situation des colonies. et est le meilleur moyen de mettre le travail en rapport avec les besoins du planteur. lord Georges Bentinck.000 personnes. les ministères changeaient sans que le dévouement à cette grande œuvre éprouvât le moindre changement. Personne ne nie. crée de nouveaux besoins. XII.

1854. 223. 132. . 1854. eT l'on rencontre les mêmes faits constatés par les témoignages les plus sévères ou les plus indulgents. 395 a pas une classe de travailleurs plus heureuse que la population affranchie des Indes occidentales. Northumb-Percin et Hayot. de MM. magnifique province de 60.. plantées à une distance moyenne de 6 pieds carrés. par le gouverneur de la Martinique. col. Rev col. dans d'autres contrées. Ils présentent le singulier spectacle qu'on ne peut contempler dans aucune autre partie du monde. d'un peuple à peine sorti de l'esclavage. écrit 2 : « L'aspect de la Barbade est éblouissant au point de vue agricole et manufacturier. 2 Rapp. H.000 âmes. » Qu'on interroge l'histoire des dix années suivantes. » Une commission française chargée en 1853.. par un propriétaire. el jouissant déjà de propriétés en terres et en maisons pour lesquelles ils ont payé près d'un million de livres sterling. et habitée par plus de 120. Les sucreries sont 1 La Guyane anglaise après quinze ans de liberté. constitue la classe ouvrière est estimée à 70.COLONIES ANGLAISES.000 âmes. Rev. Cette condition satisfaisante est la conséquence de l'acte de 1834. l'île entière est un vaste champ «le cannes qui se tiennent et se suivent. A la Guyane. 12. voici ce qu'écrivait un colon d'ailleurs très-pessimiste 1 : « La portion de la population native qui.000 milles carrés traversée par ce beau fleuve d'Essequibo qui a 21 milles de large à son embouchure. 255. de visiter les deux îles de la Harbade et de la Trinité. Pas une herbe ne salit ces belles et régulières cultures.

vers la même époque. .000 affranchis par des Indiens . occupée sur une surface de 6. et qui ne peut lui appartenir— » La Trinité a subi de plus dures épreuves. mais ce sont des avocats de couleur qui tiennent les premières places.. et nous ne trouvons pas à nous plaindre qu'il soit sur le même pied que nous Notre barreau n'est pas nombreux .. les blancs n'ont sur leurs concitoyens aucun privilège. nous. Des médecins de couleur y exercent concurremment avec les blancs. Voici le tableau qu'un colon de la Jamaïque traçait. et tout le matériel de la fabrication installé avec luxe.. propres...... car tous ces progrès se sont accomplis depuis l'abolition de l'esclavage dans cette île. 1851.400 milles carrés...000 âmes sur 167 milles carrés. sur un sol qui ne lui appartient pas. Mais à part cette prééminence qui est le résultat de la richesse et de l'intelligence dans toute société. Nous avons constaté par l'expérience que l'homme de couleur peut s'élever aux pre1 Rev.. car elle s'élève à 136. en remplaçant à peu près ses 20. L'homme de couleur tient une position qui n'a rien d'inférieur. Ce sont là des faits importants à constater. de l'état de la société de couleur. col.. mais le bonheur et la tranquillité de ses affranchis étaient les mômes. le verrons.459. dont elle est sortie..396 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE vastes. 7.000 blancs seulement1 : « On peut supposer que les blancs y ont la prééminence. par 369. qui compose presque entièrement la population de cette île..000 noirs et par 16. La population de l'île est immense.

on a le droit de répéter : La liberté n'a pas mené 800. on constate partout le progrès de la famille par le mariage et par la propriété. le zèle à fréquenter et même à fonder des églises et des écoles. Leur amélioration morale. pour ceux qui ont éprouvé dans leur vie et la pesanteur des chaînes de l'esclavage et les joies sans bornes de la liberté. dans les diverses colonies. la débauche et l'ivrognerie n'ont pas perdu les leurs. leurs souvenirs ne sont pas assez effacés.. en dernière analyse. 1854. comme cela a eu lieu déjà pour un trop grand. si on laisse les enfants de ces hommes croître pour devenir. quatre ans. leurs sentiments pas assez changés pour qu'ils ne continuent pas à rechercher les jouissances de la paresse après une longue journée de travail. la paresse a repris ses droits. nombre. religieuse et intellectuelle 1 Rev. . la tranquillité parfaite dont jouissent dès le premier jour les personnes et les biens. 397 miers rangs de la société civile et y tenir aussi bien sa place que tout Européen d'origine. » Si l'on consulte les rapports sur l'éducation. dix ans. Sans doute ces sentiments et ces efforts ne sont pas universels. » Mais.COLONIES ANGLAISES. la criminalité. 12. 226.000 hommes à la barbarie. « Il faut beaucoup d'indulgence. la religion. p. col. sur un grand nombre d'êtres dépravés à la fois par leur nature et par l'esclavage. un reproche et un danger pour le pays. a écrit très-sagement un colon1. vingt ans après l'abolition de l'esclavage. mais ce sera la faute des colons seuls.

Une grande action a été accomplie par un grand peuple. .398 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. l'humanité compte plusieurs centaines de milliers d'hommes élevés d'un degré dans l'échelle des êtres. est incontestable. la terre porte plusieurs milliers de propriétaires de plus.

mais ont-ils continué à travailler. La condition économique des sociétés coloniales est fort différente de celle des sociétés européennes. la diminution désastreuse de leur production. et se sont-ils retirés loin des villes et des lieux habités? On affirme qu'il en a été ainsi. en outre. ou bien ont-ils rompu tout rapport avec leurs anciens maîtres. — Le travail et l'immigration. Avoir mis des hommes en liberté n'est pas tout. il faut les mettre en société. en grand nombre ils ont désiré . et on en donne pour preuves la nécessité de renouveler le personnel agricole des colonies par une large immigration et. Or les anciens esclaves se sont précipités vers la propriété. et ils goûtent la vie de famille. Il convient de répondre séparément à ces deux affirmations exagérées. . § 1.CHAPITRE III INFLUENCE DE L'ÉMANCIPATION SL R LES COLONIES.

400 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Mais c'est bien pis quand le travail manque tout à fait. si le monopole est détruit. mais on vend très-cher. d'immenses territoires sont occupés par une population insuffisante. des ouvriers étrangers. quand les salaires augmentent sous l'influence d'une offre de travail considérable. on n'a pas sous la main une population voisine pour le faire baisser. et il s'en suit que plus le prix du travail augmente. Aux colonies. Quand les bras sont rares. on ne peut faire baisser le prix du travail. En Europe. ne peut être produit . Par la propriété? Le morcellement ne convient pas à la grande production . le territoire est occupé par une population considérable. si le prix du produit est protégé par un monopole. Le premier travail de cette population est de cultiver le sol qui la nourrit. ou bien la concurrence des travailleurs intervient pour les maintenir à un taux raisonnable. on se ruine. et la consommation souffre ou s'arrête. vraie richesse des colonies. et par conséquent onne peut réduire la production sans être exposé à la famine. si la rareté des bras augmente le prix du travail. plus la quantité du travail diminue. ou bien on se décide à réduire proportionnellement la production sans aller chercher au loin. Or les colonies vivent toujours sous celte menace. Comment fixer l'ouvrier sur un point? Par le salaire? Il peut se suffire en travaillant pour lui-même sur une terre et sous un ciel qui tra vaillent aussi pour lui. on produit principalement des denrées d'exportation au lieu de denrées destinées à l'alimentation des habitants. quelquefois surabondante. En outre. à grands frais. or le sucre notamment. il faut donc tout tirer du dehors. on produit à perte. on ne craint pas de payer très-cher.

Le travail a été déplacé. et il est tout naturel qu'ils se déplacent s'ils trouvent ailleurs ce que tout homme cherche. à savoir la désertion d'une partie des habitations et par suite la baisse de la production. mais les diligents sont devenus propriétaires ou artisans. plus lucrative. el des villes qui lui offrent une vie plus variée. Cette difficulté sérieuse explique l'obstination des colons à maintenir une institution si honteuse. qui relient par force l'ouvrier à son ouvrage.COLONIES ANGLAISES. Il semble qu'on soit réduit à un seul moyen. Qu'on ne dise donc pas que la liberté a tué le travail. et la conscience a le dessous. plus de bonheur. plus agréable. la ruine de quelques propriétaires. comme partout ailleurs. elle a produit ce qu'elle devait naturellement produire dans la condition économique des sociétés coloniales. non détruit. Là est la grande difficulté de l'émancipation des serfs dans les immenses territoires de la Russie. On dit : la liberté a poussé les esclaves à la paresse . Les paresseux sont devenus vagabonds. l'esclavage. 26 . il est arrivé là ce qui serait arrivé dans tous les lieux où une population peu nombreuse a devant elle un territoire étendu et fertile qui l'attire par l'appât de la propriété. 401 qu'en grand. les terres ne seront plus cultivées si les cultivateurs se déplacent. mais en même temps cette situation économique donne la vraie raison de l'une des suites incontestables de l'émancipation dans les colonies anglaises. cela n'est pas exact. el I. ils croient toujours qu'ils ont fatalement à sacrifier leur conscience ou leur richesse.

la transition fut facile. comme à Tabago el Maurice. à la Trinité. 1843. et les pouvoirs locaux ou le gouvernement ne prirent pas de mesures efficaces contre le vagabondage. Là où l'esclave avait été bien traité. « Il est généralement admis. col. là où la liberté avait été précédée d'une éducation intellectuelle et religieuse solides. Là où les traitements avaient été plus durs.402 ABOLITION BE L'ESCLAVAGE. et nulle à la Barbade. où le rapport de la population au territoire est le plus grand. cela est si vrai que si l'on demande dans laquelle des colonies anglaises le travail des anciens esclaves a le plus baissé et celle où il a le moins changé. Tenons compte aussi de l'envie naturelle à tout homme de fuir les lieux où il a souffert. on constate que la perturbation a été grave à la Guyane. p.. la désertion fut presqu'universelle et persévérante. L'état intermédiaire d'apprentissage était destiné à ménager la transition. 38. c'est la faute de l'esclavage. . à Sainte-Lucie'. et de bien s'assurer par la fuite qu'on ne l'y reprendra plus : quel prisonnier libéré va se loger à deux pas de sa prison? Cette répugnance est d'autant plus vive que l'affranchi a plus souffert et qu'il est moins intelligent. comme à Antigoa. où le rapport de la population au territoire est le plus petit. 26. on aurait au moins dû prendre à l'avance quelques précautions. comme dans tant de lieux qu'on pourrait nommer. écrivait lord Grey en « Rev. Dans des conditions si redoutables et si faciles à prévoir. là où l'éducation avait été négligée. mais il prit lin brusquement. Est-ce la faute de la liberté? Non.

que 403 la mesure de l'abolition de l'esclavage votée en 1833. mais on n'établit pas d'abord ces taxations. » On ne songea pas. p.. Cela eut lieu surtout à la Jamaïque. les autres acceptèrent des salaires exorbitants qui exagérèrent les prétentions des ouvriers et les prix demandés au consommateur. On peut dire qu'à peu près en tous lieux le travail fut abandonné à lui-même. moyen de créer des ressources aux colonies et d'y rendre la vie assez coûteusepour qu'on ne puisse pas s'en tirer sans travail. 1854. Quelques annéus plus lard. ce n'est pas que le 1 liev. les uns leur marchandèrent brutalement la case et le jardin qui les attachaient aux habitations. au lieu de retenir ou de rappeler les esclaves par de bons traitements el de se concerter pour y parvenir. 2 1853 . Bien plus. si quelque chose peut surprendre au milieu de ces faits et de ces fautes. 256 . el qu'on plaça des esclaves affranchis de la veille en face de celle condition : travailler pour autrui sans y être forcé ni par la contrainte ni par le besoin. où tant d'années furent perdues en luttes déraisonnables. le même lord Grey conseille fort ingénieusement aux colonies de forcer les habitants au travail par l'impôt. comme on le lit en 1848 à Bourbon. col. En vérité.COLONIES ANGLAISES. en ce qu'elle ne renfermait aucune prescription suffisante pour obliger les noirs au travail à l'époque où les moyens de contrainte directe auxquels ils étaient soumis comme esclaves viendraient à être retirés aux maîtres. à proposer aux noirs des engagements de quelques années. a été très-malheureusement défectueuse.

chaque semaine. la commission ajoutait : « 1°. et qui proclama si hautement les progrès religieux. dans aucune elle n'a été interrompue. elle a baissé seulement d'un quart. à la demande de lord Stanley. plus de trois ou quatre journées de sept heures. conséquence d'une fertilité qui fournit au . a augmenté.404 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Quoiqu'il en soit de ces effets et de ces causes. le besoin d'augmenter la population par une large immigration de travailleurs nouveaux.. ainsi que nous l'avons dit. De toutes parts les colons demandèrent au gouvernement d'autoriser et de favoriser celle immigration. la production à un niveau élevé. la production de quelques colonies. elle a été réduite de moitié. moraux et matériels des classes affranchies. vivre à l'aise et s'enrichir sans être obligés de donner aux planteurs. Or. Ce vœu et les considérations qui précèdent sont précisément les conclusions du rapport de la commission d'enquête nommée en 1842. ils ont pu. pour la plupart. et parce que. dans d'autres. Le bas prix des terres.. il est évident qu'on sentit après la liberté plus qu'avant ce qui est en tout temps la grande nécessité des colonies. surtout dans les colonies étendues. se procurer facilement des terres. « 2° Le travail a diminué parce que les noirs se sont adonnés à des travaux plus profitables pour eux que le travail des champs. afin de ramener les salaires à un taux raisonnable. en moyenne. c'est au contraire qu'il n'ait pas entièrement disparu. comme nous le verrons dans les premières années de liberté. dans toutes. il est vrai. au lieu de baisser. travail ait diminué.

au gouverneur de Sierra Leone. elle était déjà entreprise par l'industrie privée. niais tenus à un engagement envers leur libératrice. des Indiens. l'immigration d'une population nouvelle. a ruiné plusieurs grandes propriétés. « 4° 11 y a lieu de faire avec les ouvriers des arrangements plus équitables. et diminué les produits d'exportation. d'une philanthropie subtile et contestable ! 2 V. sous la surveillance d'officiers publics responsables. des Madériens. surtout à la Jamaïque. de provoquer.COLONIES ANGLAISES. de réviser les lois. les actes dans le Précis de l'Abolition publié par le ministère de la marine. Mais les colonies par des adresses. Russell. on en conviendra. III. C'est 1 L'Angleterre tira un grand parti des Africains libérés. 20 mars 1841. et l'ordre eu conseil du 7 septembre 1838. lord I. les ports par des pétitions. » Mais comment faire cette immigration? Soit avant l'émancipation. mais sur une assez petite échelle. à la Guyane et à Ja Trinité. c'est-à-dire des esclaves que ses croiseurs saisissaient sur les négriers. 405 delà des besoins de la population. p. qui exige que les contrats ne soient passés qu'après l'arrivée dans la colonie. soit depuis. des Chinois. 491. 500. le haut prix des salaires. ils étaient déclarés libres. ne cessaient de demander qu'elle fut plus librement autorisée et plus largement encouragée.. α 5" La rareté des bras. Ibid. avaient été amenés aux diverses colonies. la mauvaise volonté des propriétaires. et celte immigration avait été régularisée par de nombreux actes du gouvernement ou des législatures locales 2. Procédé [dus ou moins légitime. la sévérité des lois qui règlent les rapports des ouvriers et de ceux qui les emploient. enfin quelques Africains libres ou libérés1. voilà les principales causes des difficultés éprouvées . . notamment la dépêche du ministre des colonies. p.

955. de M. quelques centaines à la Gambie et dans les autres établissements anglais de la Côte d'Or. en effe!. comme les hommes de la côte de Krou.000 à Sierra-Leone. . s'ils se rapatriaient. s'ils demeuraient aux colonies. car le jour où le travail libre serait moins cher que le travail servile. christianisés. les scrupules honorables des abolitionnistes et l'esprit politique du gouvernement. on estimait qu'il y en avait 40 ou 50. Lechevallier. s'ils ne faisaient pas la traite. civilisés. Lord Stanley avait demandé la nomination d'une seconde commission pour examiner l'état des établissements anglais sur la côte d'Afrique et la possibilité d'une émigration de travailleurs partant de cette côte pour les colonies des Indes occidentales: cette commission demanda 1 que ces établissements. au lieu d'être administrés par les marchands anglais. immense résultat. une lutte animée entre les besoins pratiques des colonies. au sein de l'opinion et des pouvoirs publics. Ces marchands. ils reporteraient à leur pays ce bienfait de lumières nouvelles. Seulement la commission ne croyait ce recrutement possible que parmi les Africains libres. quelques milliers parmi des peuplades sans esclaves. celui-ci serait frappé à mort. fussent replacés sous le gouvernement de la couronne.406 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 1 Rapp. II. ils feraient baisser par leur concurrence le prix du travail. ici que commence dans la métropole. La commission ne doutait pas de l'immense avantage que le séjour aux Antilles assurerait aux Africains. au moins la facilitaient en vendant aux négriers les cargaisons que ceux-ci allaient ensuite échanger contre des esclaves.

Des habitants de la Guyane avaient. p. même dans le but de leur émancipation. 407 La commission n'admettait pas plus que lord Stanley qu'on pût racheter les émigrants. opération qui ressemblait trop à la traite pour ne pas conduire aux mêmes abus. en 1842. Le gouverneur communiqua ce plan «à lord Stanley. et celui-ci consulta les conseils judiciaires de la couronne . « Les acheteurs d'esclaves sont déclares coupables par l'art 10 de ce statut et condamnés à quatorze années de déportation. serait illégal. voici leur réponse. niais il est évident que si l'achat d'esclaves est un mal. en ce sens qu'il engage ceux qui les vendent à s'en procurer pour qu'on les leur achète. CXIII. voulu faire acheter à la Côte d'Or des esclaves qui avaient été immédiatement émancipés et conduits à Demerary comme ouvriers libres.COLONIES ANGLAISES. les parties engagées dans celle transaction seraient coupables d'avoir enfreint le 5e statut de George IV. 151 . ch. et passibles des peines qui y sont portées. « Nous sommes d'avis que les termes de ce statut comprennent clairement le cas d'achat d'esclaves. est le même que les esclaves rachetés reçoivent ou non la liberté.. 11 est probable qu'on a voulu en même temps décourager le commerce des esclaves et favoriser la civilisation de l'Afrique. 1843. même dans le but de les émanciper immédiatement et de les transporter de leur plein consentement à la Guyane. » 1 liev col. qui est curieuse 1 : « L'achat d'esclaves à la Côte d'Or. le préjudice.

puis par un acte du Parlement du 1 Documents du ministère de la marine. 11.000 Indiens avaient déjà été introduits 1.408 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ressource incomparable pour celles de ses colonies que la distance n'empêchait pas d'en profiter. SierraLeone. En 1857. par laquelle l'enrôlement des Africains libres ou de traite fut permis seulement sur trois points où la surveillance des esclaves était possible. et l'Angleterre avait dans ses propres possessions une population énorme d'ouvriers habitués aux travaux tropicaux. Loanda. soit que le gouvernement métropolitain ait été alarmé de l'avenir qu'une telle concurrence préparait aux affranchis. V. Soit que le gouverneur général de l'Inde ait été effrayé de cette émigration qui faisait hausser le prix du travail et celui du riz dans l'Inde2. 20. nous l'avons vu. que partout ailleurs. Les conclusions de la commission d'enquête étaient semblables.. dès 1842. Le résultat de ces conseils fut la dépêche du 6 février 1843. . 473. l'immigration indienne fut prohibée en 1858. elle était rétablie par un ordre en conseil du 15 janvier. ils aimèrent mieux y recourir que de faire les démarches ou les sacrifices nécessaires pour utiliser les anciens affranchis. Mais. les condamnés de Calcutta avaient été transportés à Maurice. 1843. à Maurice. L'enrôlement par voie de rachat demeura absolument prohibé. L'enrôlement des Indiens n'avait pas été interdit. 2 Rev. et les habitants de cette colonie avaient pris l'habitude de se servir d'Indiens. 252. Dès 1815. moins civilisés. 461. col. Bonavista. p.

1847. 2 Ibid. 94.092 introduits en 1845. st. I. le coolie coûte environ de 10 à 14 sh. et la Tri1 Rev.076 La Guyane en reçut encore 2.col.493. mais en dépensant 17. étaient évalués.004 Indiens. 154. en devenant une colonie asiatique au lieu d'une terre africaine. col. réduite au seul port de Calcutta. De 1854 à 1847.548 en 1847. 3 Les frais pour l'introduction annuelle de 6.000 liv.646 femmes. après de nombreux abus.120 Trinité 2.735 2. portés de 75 millions de livres de sucre en 1852. VII. sur les 5. p. col. p. à 50. sur 25. La colonie avait dépassé alors les chiffres de production antérieurs à l'émancipation.284 femmes.497 4. (Rev. ce chiffre s'éleva pendant les deux années suivantes 5 : Jamaïque 1845 1846 1. 1845. p. la dépense réelle été de 180 à 250 fr. 409 2 décembre et soumise à de minutieuses formalités1.COLONIES ANGLAISES. sur les 40. par mois.000 esclaves aux travaux des champs2.. en 1844. III.318 introduits de 1842 à 1844. à 80 millions en 1846. p.468 coolies on comptait 727 femmes. 143. 1845. 5 Rev.000 h. 455 femmes . en s'exposant à une immoralité effrayante1.000 h. 1849. 1848.. 559. XIII.515 Guyane 5. I. paran suffisaient à peine pour combler les décès et les départs. 1847. la Trinité 220. p. 170. sur 94. 13. p. à partir du 1er janvier 1844 et confiée au gouvernement. 1844. XII. 475).004 coolies furent introduits à Maurice. p. qui n'employait autrefois que 25. 205. en tout. en se grevant d'une dette énorme 3. 168.. VII. puis.340 fr. a 4 De 1834 à 1859. p. 554. La Jamaïque reçut en 1844 250 Indiens. Ibid. par tête.. Or 6. 1848. Les autres colonies principales suivirent cet exemple assez lestement. la Guyane 556.. .085 2.

les 5.000 emigrants africains. autorisée en 1842 par lord Stanley 1. si l'on excepte Maurice.024. 1 » Rev.410 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 514. dès 1846.000 madériens 3 reçus en 1846 et 1847.068 1.000émigrants. mais l'opération fut discontinuée alors.750 1. sur un point quelconque de la côte d'Afrique. 173. 1846 de 3.200. Elle avait été interrompue pour la Jamaïque..390. Saint-Vincent Antigoa Petites Colonies. I.. En 1847. lord Grey permit l'enrôlement. par l'Assemblée législative..045. inférieurs seulement de 400. . avait produit des résultats insignifiants. ce qui ne veut pas dire 50.. essayée à l'exemple de Java et.945 1 4. Si l'on ajoute à ce chiffre environ 14. libres ou libérés. notamment sur celle de Krou. 9. Ainsi donc.. réduite dans d'étroites limites.000. L'émigration danoise. n'avait pas pris un grand développement. p.762 1.000 travailleurs effectifs. 1844-1845 1.523 . . 1848. mais toujours en prohibant le rachat. étaient réellement à peu de chose près le produit du travail des anciens esclaves. p.. Les colonies ne reçurent pas ainsi plus de 7 à 8.. 3 Guyane. col .000 quintaux au produit moyen de 1814 à 1834. .000 quintaux produits par ces colonies en 1847. 1845. Rev. 1840-1842 5. on voit qu'avant 1848 l'émigration n'avait pas apporté dans les dix-huit colonies à esclaves autres que Maurice plus de 30. nité 1. col.000 à 4. de 1840 à 1847 2. L'émigration africaine.

. Mais. car il forçait ainsi les colonies à chercher ailleurs la diminution du prix de revient. ainsi répartis : La Guyane 39. à multiplier les machines et à se donner de la peine pour retenir aux champs les affranchis en les traitant mieux. et qu'il déclare n' avoir pas une grande confiance dans l' introduction du libre travail. col. que cette opération était un retour à la traite. Ibid.519 Dans un excellent travail sur l'immigration africaine (Rev. sans achever de les écarter du travail pour une concurrence écrasante. eurent besoin de plus de faveurs. est de 1 79. M Delarbre affirme que sir Robert Peel était de cet avis. exposées à la concurrence étrangère par l'abaissement des tarifs. .225 2 et dans ce nombre Maurice figure pour 106. 1840. sauf à Maurice. jan- ier 1858).361.585. Le nombre total des immigrants introduits dans les colonies anglaisés des Indes occidentales et à Maurice. depuis l'abolition de l'esclavage jusqu'à la fin de 1849. Quand on relit le discours prononcé par cet illustre prateur le 27 juillet 1846. Les abolitionnistes soutenaient toujours. Rev.Rapp. de la Commission de l'émigration. . On se montra plus large au moment où les colonies. les autres.. il ne reste donc pour les autres colonies que 72.COLONIES ANGLAISES.043 La Jamaïque 1 vier 14. V. les uns. l'immigration ne prit pas de vastes proportions. mars 1850. qu'elle était le meilleur moyen de la décourager 1 Le gouvernement résistait et il avait raison. 0. ou voit qu'il parle seulement des travailleurs libres. col.. p.638. 1850. 411 Les colons demandaient que l'immigration par voie de rachat fût autorisée. 220.

La Trinité Grenade 13.. 151.999 immigrants.. 1858.075 Dominique 732 Sainte-Lucie 665 Névis 427 Saint-Christophe. les colonies reçurent 31.197 Anligoa 1.107 Chinois. et si on forme le total. 95 De 1849 à 1855.519 pour la Guyane. tandis que l'île Maurice... dont 19. à elle seule. on voit qu'en résumé les colonies anglaises avaient reçu. Si l'on groupe par origine tous ces travailleurs. recevait 76.000 Afri1 Rev. .191 Indiens.356 1. 26.476 Saint-Vincent 1.533 Madériens. col. savoir : 27.412 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. XIX. à la fin de 1855. 255. ρ 178. 2.861 nouveaux immigrants.906 Africains.542 immigrants 1. Ce tableau prouve plusieurs points importants : 1° L'Angleterre a tenu fermement la main à ce que l'immigration des Africains tachetés demeurât interdite.. en vingt ans ses colonies n'ont reçu qu'environ 1. ..

bien qu'on puisse supposer que des transports frauduleux aient bravé les ordres du gouvernement. 11 est donc évident. Rev. l'immigration seule a sauvé le travail. XII.000 ont cette origine. et que les Africains ne consentent plus à émigrer.000 immigrants sur 255. p. dans les autres colonies. il reste moins de 100. 3° Maurice absorbe plus de la moitié de l'immigration . depuis l'émancipation.677 personnes.000 immigrants en face de l'ancienne population esclave. col. est un préjugé. 2 Rev. à Maurice la production du sucre a triplé pendant que sa population quadruplait : une partie du personnel agricole a donc été renouvelée et un grand nombre des anciens esclaves a changé d'occupation. que dans les Indes occidentales.000 immigrants pour les autres colonies'2. parce que les captures ont diminué. 1854. est vraiment insignifiant.. De 1841 à 1851 : 14.COLONIES ANGLAISES. col . et cela est si vrai. Or. 413 cains par an tous Africains libres ou libérés. Plus de 150.113 partis de Sierra Leone. L'opinion qui consiste à croire que. le principal élément du travail est encore et sera pour longtemps la population noire. qui atteignait le chiffre de 705. un accroissement de moins de 100. que l'immigration africaine de Sierra-Leone ne ligure plus dans les statistiques officielles depuis 1853. et c'est ce que dé1 P. 456. Mais. . 2° Il est vrai que l'Angleterre avait dans ses possessions des Indes orientales une ressource dont les autres nations ne disposent pas. VIII. 1852. 291.

1844. et celles-ci emploient des Indiens. 2 Rev. mais. connus sous le nom de duffadars. d'un pauvre Indien ou d'un misérable nègre. dont le chapitre suivant présentera les progrès. mais même après l'intervention du gouvernement. Le succès a été complet. 1858. et par des manœuvres plus ou moins honteuses.. procurent aux colons quels ouvriers? des vagabonds. disait lord Stanley en 1842 . p. quant au but principal de la mesure. col. on peut dire la même chose de l'immigration. C'est une belle chose que tous ces règlements où l'humanité s'efforce de protéger par les plus minutieuses précautions la vie et la liberté de la dernière des créatures. spéculent sur le négociant. dans la pratique.414 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 165. le rebut de la population. III. Impossible d'amener à quitter leur sol natal les femmes indiennes d'une classe honorable et d'une moralité non 1 Rev. col. qui était l'abaissement des salaires et l'augmentation de la production. des coureurs de bazar. clare formellement la commission anglaise de l'émigration dans son rapport présenté au Parlement en 1853 1. mais il est également vrai qu'au point de vue moral. sortes de marchands d'hommes ou racoleurs. a été complet quant au but principal de la mesure. non-seulement à 1 époque où elle était une entreprise non surveillée de la spéculation privée. . comment ces règlements sont-ils exécutés? Les colons de l'île Maurice s'adressent aux maisons de commerce de Calcutta 2. 458. XIX.. Le succès de l'émancipation. qui spéculent sur l'enrôlé. l'immigration a été et est un fléau.

l'homme ne veut pas quitter sa patrie. les crimes. elle est toujours à recommencer. XIX. II restera aux colonies. quel est le meilleur? celui qui se fixe le plus volontiers. si l'on n'arrive pas à recruter ou à former des fa- milles. vicieuse. de tous les immigrants. un surcroît de population. se civilise le plus vite et fonde le plus aisément une famille. il ne se fixe pas au lieu d'immigration. il s'ensuit. sans famille. mais. en famille. 165. et que les passions qui en sont la conséquence conduisent à des querelles funestes et à des effusions de sang l. disent tous les rapports. mais cette population sera chétive. l'immigration est coûteuse. ont de même abordé avec les immigrants. il y avait encore 7 hommes pour 2 femmes. Dans les autres colonies.COLONIES ANGLAISES.. voici quel est le résultat de l'expérience anglaise quant à l'immigration : L'immigration en famille serait seule morale et seule efficace. nuisible à la civilisation. et ce sera un grand bien. après un demi-siècle d'immigration. En famille. Somme ioute. . col. mêlée. C'est un expédient utile à la production. l'Indien le remplace. il ne le vaut 1 Rev. 415 douteuse. Or. que le concubinage se pratique plus fréquemment et plus ouvertement. que les relations entre les deux sexes ont le caractère le plus marqué de la dégradation. p. 1858. en 1851. les vices. sans famille. celui qui travaille le mieux. On espérait à Maurice que le nombre des femmes arriverait à 50 pour 100 en 1860. c'est l'Africain . mais.

par M. si l'on se borne aux Africains déjà libres. Texte du rapport fait au parlement anglais. et c'est au travail des anciens esclaves qu'est due. les anciens esclaves devenus libres sont. ces deux résultats dignes de réjouir les partisans de l'abolition de 1 esclavage : En premier lieu. peu considérable. . de meilleurs ouvriers et des hommes plus moraux que tous les immigrants qu'on leur compare. Mais comment obtenir des familles africaines? aux colonies. sauf à l'île Maurice. sur les questions coloniales. à la Guyane et à la Trinité. t. H» p. suspecte. en second lieu. Mais. pour le passé. la production actuelle. Antérieurement à l'époque où l'esclavage fut aboli dans les colonies anglaises. bornons-nous à constater. si l'on s'en procure par voie de rachat. le 10 avril 1832. presque en totalité. en Afrique. là où ils travaillent. Jusque-là l'immigration sera nulle. par l'influence largement répandue de la religion chrétienne. bien que leur travail ait diminué. 351. Or. nous allons voir ce qu'est devenue la production dans les colonies anglaises depuis l'acte d'émancipation.416 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. cependant l'immigration dans les colonies anglaises a été. et l'enquête ouverte en 1832 1 1 avait Rap. la loi des sucres. pas. sans parler de l'avenir. la liberté commerciale. par la fondation de vastes établissements où s'établissent peu à peu des familles libres et converties. leur situation était loin d'etre prospère. Jules Lechevalier. surtout à la Jamaïque. — La production. § '2.

Les mesures pour améliorer le sort des esclaves. mais sans rien calculer pour l'intérêt du capital. l'établissement de droits élevés. 417 établi que cette détresse. avait révélé la même détresse. et à 29 fr. y compris le fret. et la commission concluait à la levée de plusieurs prohibitions et à un abaissement considérable des droits. il avait fallu affronter sur d'autres marchés la concurrence de produits grevés de moindres frais. le prix de vente. Seulement il était vrai que le maintien de ce trafic conservait aux colonies étrangères un avantage scandaleux au détriment de celles qui s'en abstenaient. La somme des produits coloniaux étant supérieure à la consommation de la métropole. avant cette mesure. 60 cent. résultat de l'excès de la production.COLONIES ANGLAISES. ouverte en 1807 1. · 27 . le prix de revient de 100 livres de sucre. A ceux qui prétendaient que l'abolition de la traite avait causé ces maux. aggravée par l'incertitude que les débats sur l'émancipation faisaient peser sur les propriétés. Le maintien des restrictions imposées aux importations par le système colonial. l'interdiction des raffineries. I. 60 cent. p. On évaluait à 50 fr. et l'abolition de la traite avaient à la fois haussé la valeur et l'entretien des travailleurs. la plus grave était l'avilissement des prix. on pouvait répondre qu'une enquête précédente. 20 cent. gênaient les colonies. L'enquête révélait une détresse presque universelle. remontait à des causes plus réelles et plus profondes. dans le même document le rapport de la Commission de 1807. 287. 1 \. le déficit était donc de 0 fr.

la première modification est en effet de 1844.151.. après l'émancipation.715 quintaux. Ces moyennes sont prises tour à tour comme point de départ dans les tableaux officiels. tandis que le sucre étranger avait à acquitter un droit de 63 sh. c'est seulement 5.577 quint. Le sucre colonial notamment payai tun droit de 24 ah. 2. pendant la première année de la liberté (1859) de 2. . » Discours de lord Stanley. elle fut pendant la troisième année (1841) de 2. le quintal seulement. Obligées de recevoir les produits anglais et sous pavillon anglais. Les colonies anglaises. c'est seulement 3.473.71'2 quintaux si I on prend la moyenne de vingt années (1814-1854).640.824. Elle fut pendant les quatre années d'apprentissage de 5.857 quintaux. pendant la deuxième ( 1840) de 2.Si Ton prend la moyenne de quatre années (1831-1834).058. La quantité moyenne de sucre importée chaque année des Indes occidentales 1 pendant les six années qui précédèrent l'émancipation avait été de 5. .000 quint. Ainsi toute la période d'apprentissage et les six premières années de la liberté se passèrent à la faveur d'un droit protecteur. En 1843.054 quintaux2. recevaient les avantages et subissaient les charges du système de monopole réciproque connu sous le nom de pacte colonial.000 quint..841. au moment de l'émancipation. Ce tarif ne fut pas touché pendant dix ans. elles portaient à la métropole la presque totalité de leurs produits à la faveur d'un tarif de prohibition.. .503.418 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.965.210.000 quint.117 quintaux. 2. A partir de ce minimum les chiffres remontent et ateignent : En 1842. 1842.

en 1854. pour les quatre années d'apprentissage. 29.115.000 fr. avec d'autres développements.444. et même 185 fr. une moyenne de 26. » Si l'on examine la production de chaque colonie.000 francs . 134 fr. » « Les colons.000 francs. selon les calculs de lord Stanley. successivement à 143 fr. 50 cent. pour la première année de liberté. on voit qu'à Maurice. 70 cent. 419 En 1844. 2. puisque.650. . 2.847. la vente produisit pendant les six années antérieures à l'émancipation. 52.. et il les résume ainsi : « Réduction d'un quart dans les importations en sucre provenant des colonies à esclaves. En sorte que le revenu brut des colons augmenta. le duc de Broglie présente les mêmes calculs. Dans son mémorable rapport de 1843 sur les questions coloniales en France 1. ont vendu à plus haut prix et obtenu un revenu brut supérieur à celui qu'ils obtenaient auparavant. réduction d'un tiers dans les importations en rhum et en café. M. 90 c.698 quint.000 francs. 31. les prix s'élevèrent de 119 fr.COLONIES ANGLAISES. pris en masse. En 1845. 60 cent. » 162 fr. où l'immigration était et continua à ' P.. sous l'influence de cette diminution de quantité. Mais.. 28. en 1851. ont reçu l'indemnité.600. pour la seconde année de liberté.811 quint.120. voilà quant à présent les faits qui correspondent à l'introduction du travail libre dans ces colonies. en 1840.

Antigoa. Voici le tableau général : .420 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Tabago. être en grande activité. Névis. sont en progrès. A Montserrat. la Trinité. APPRENTISSAGE.652 » 676. chiffres sans importance. dès la première année de liberté. la Barbade. Mais pendant le même temps la production des Indesorientales passe de 109.181 quintaux.872 quintaux.705 » 545.257 » 477.124 » 540. 1855-1838 1859 1810 1841 1842 1845 1844 1845 549. Au contraire. Tortola. Saint-Vincent. à 1. les chiffres ont été.954 quintaux. Saint-Christophe. 618.596 quintaux. 1814-1834 538. ESCLAVAGE.007 » 690. sur la Guyane. la Dominique.515 » 710. Sainte-Lucie. plus élevés qu'avant.103.338 » Presque toute la perte tombe sur la Jamaïque. la Grenade.

488..214 161.254 35.036 316.193. . . 57.842 26.622 5.165 La Guyane 189.997 549.823 Saint-Christophe.549 Saint-Vincent.841.103.657 41.079 51.283 Névis 47.537 Quintaux.1 On est étonné de la disparité de ces chiffres. par une succession de mauvaises saisons. 421 1846.343.152.370 175.787 La Trinité 175 4 935.406 314.510 79. 16.552 Tortola .427 Sainte-Lucie.032 Montserrat 22. .022 65.870) 58.556 525.. par les mauvais procédés de nombreux plan- .. .364 52.872 618.756 240. 180. si l'on entre dans le détail. 54. l'abandon de nombreuses habitations par les planteurs eux-mêmes. LIEUX rÉRIODE d'esclavage d'importation.295 5.682 1.650 1. . 536.095 Tabago . 194.714 91.952 751.501.COLONIES ANGLAISES.070 11. 802 143.418. .338 295. .907 102.700 76. 92. Quintaux. 356.308 La Grenade.863 12.644 302. 497 87.416 7.579 89. .304 1.525 101.096 88. . Total moyen. obérés de dettes ou découragés.506 1. .822 6.883 5.310 26.240 8. . à part l'influence de l'émancipation.070 127.859 2.255 11.449 2. . 1847. Quintaux. . Quintaux.181 845.022 65.451 104. En effet.849 14 1.101 646.857 Maurice Indes-Orientales. 1. de liberté 1839-1845. PÉRIODE rÉRIODE d'apprentissage 1835-1838. 193.199. .566 129. il est probable qu'ils ne sont pas tous dus à la même cause. S'ils diffèrent. 3...155 3. . par le manque absolu de capitaux ou de crédit pour payer les salaires.878 409.180 292.962 6.336 57. .201 469.950 28. . 99.496 52.906 244.023 832 542. on s'attendrait à voir une même cause produire partout les mêmes effets.833 149. Quintaux.134 109. 228 204.425.849 857. 1831-1834.786 555. on constate que la diminution d'un quart dans les produits s'explique.040.354 La Barbade. .600 La Dominique.501 ίο.285 393.931 572.615 09.596 » 635.456 La Jamaïque.

1843. 6 deniers. . Mais la richesse résulte bien moins de la quantité produite que du prix de revient et du prix de vente du produit. 4 deniers. » . 2 sh. notamment à la Jamaïque. 55abandonnées. de Broglie. diminué dans quelques autres. A prendre les résultats généraux.Voici l'opinion de lord Elgin. » En 1832 « la ruine est imminente. si ce n'est dans quelques circonstances où un tarif a été établi par les planteurs eux-mêmes. dans les petites colonies. le travail n'a jamais été payé plus de 1 sh. les dix premières années de liberté.. à Saint-Christophe. p. 1 sh. à la Trinité. à la Guyane. c'est-à-dire pendant. l'assemblée déclare-au roi « que la détresse est telle. En 1807. la production des colonies anglaises n'a pas été ruinée par l'émancipation des esclaves. dans son rapport de 1846 : « Je ne puis admettre que le taux des salaires ait été exorbitant. envers les anciens esclaves. surtout en ce qui concerne la Jamaïque. et le greffe avait vu passer 80. col. l sh. on voit donc que jusqu'en 1845. a Antigoa de 9 deniers à 1 sh. 15. 92 occupées par les créanciers. le salaire était de 10 deniers par jour. gouverneur de la Jamaïque. 50-42. G deniers. 177 propriétés avaient été vendues pour dettes.) On ne doit pas oublier que la détresse et les plaintes de la Jamaïque datent de loin : de 1772 à 1792. à quoi faut-il s'en prendre? 1 Rapport de M. autant que par la tendance de ceux-ci à aller habiter les villes ou former des villages 1. Est-il bien vrai que les salaires aient atteint un taux exorbitant 2? Si cela est vrai.121 saisies. » A la Barbade. qu'elle ne peut plus s'accroître. La réduction totale moyenne est d'un quart. En 1812. Or le prix de revient a-t-il été élevé par l'émancipation? Cela est probable. et pourtant ce point est fort contesté. 1 denier. [Rev.422 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. p. Elle a augmenté dans quelques-unes. i deniers. teurs. on comptait depuis six ans G5 habitations abandonnées.

. col. malgré les progrès de la consommation. faute de bras. ou en payant irrégulièrement les journées? Accordons que toutes ces causes ont agi à la fois . 1847. (Rev. (et ce fut là sans doute la cause majeure de la détresse des colonies anglaises). dont ils avaient la possession paisible. p. \eprix de vente très-élevé également pendant les premières années. puisqu'il monta. Mais. Telle était la situation sous le régime de l'esclavage. après quelques années.COLONIES ANGLAISES. du monopole et des primes. en 1840. notamment en exigeant des loyers élevés pour les cases et jardins. En compensation.) . cette hausse excessive ne dura pas longtemps. et. 317. le prix de rerient augmenta d'abord sensiblement. le quintal métrique. nous l'avons vu. 60 c. à mesure que l'introduction des sucres étrangers vint faire concurrence sur le marché de la métropole aux sucres coloniaux. à 185 fr. et un assez grand nombre de propriétaires fut réduit à ne plus cultiver. 231. 423 Est-ce la désertion des ateliers qui a fait monter le salaire? Est-ce l'argent qui a manqué pour le payer? Est-ce la folie de quelques habitants qui ont accordé des salaires exorbitants pour accaparer les ouvriers? Est-ce la mauvaise volonté de quelques autres habitants qui a éloigné les affranchis. il n'est pas douteux que sous leur désastreuse influence. les hauts prix attirèrenl écrivent les planteurs au Parlement. XII. en tous cas. p. prix qui n'avait pas été atteint depuis 1815. notamment dans les colonies où l'immigration de travailleurs nouveaux vint faire concurrence aux anciens travailleurs. XIII. le prix de vente s'abaissa. le prix de revient s'était successivement abaissé. faute d'argent.

Ces deux libertés passèrent de l'opinion dans les Chambres. Mais l'Angleterre était précisément à celte époque dans la voie de ses grandes réformes économiques. Quand on étudie les résultats. Huskisson. lord Grey arriva aux affaires avec les whigs. Buxton fait la première motion pour l'abolition de l'esclavage. Robinson. la production se serait rapidement relevée. des esprits dans les faits. qui complique les recherches. de l'affranchissement des esclaves dans les colonies anglaises. et les colons n'auraient réellement pas été fort à plaindre. et c'est en 1823 que M. et les changements de tarif lui ouvrirent les portes. Lorsqu'après la mort de GeorgesIV et l'avénement de Guillaume IV (juin 1830). cette concurrence. et c'est en 1855 que lord Stanley apporte le bill d'émancipation à la Chambre des communes. et c'est précisément en 1831 que M. la réforme commerciale fait de nouveaux pas en 1831 et en 1832. On peut affirmer que si le même droit protecteur eût assuré pendant quelques années encore la vente à des prix élevés du sucre colonial. au point de vue de la production. . et devenu lord Goderich. propose l'émancipation des enclaves appartenant à la couronne. des livres dans les lois. la liberté des esclaves et la liberté du commerce. C'est de 1820 à 1851 que la liberté commerciale se personnifie dans M. presque au même moment. appelé au pouvoir par M. Canning avec M.424 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. . Huskisson. L' Angleterre tenta deux expériences hardies à la fois. il convient de ne pas oublier ce fait capital.

et se dédommager ainsi des pertes qui avaient naturellement suivi l'émancipation. et en même temps elle devait la vie à bon marché à sa population intérieure. d'autre part. Les intérêts n'étaient pas moins partagés que les opinions. Lorsqu'un radical notoire. 425 Dès le début. proposa en 1840 une enquête sur les tarifs d'importation. les plus ardents partisans de la liberté commerciale avaient proposé une exception en faveur des produits des colonies.COLONIES ANGLAISES. . il déclara lui-même que cette exception était équitable et nécessaire. or. fort affectés par la loi des céréales. Deacon Hume. les uns avaient besoin que le sucre fut à haut prix. La question était en effet singulièrement compliquée. les autres qu'il fût à bas prix. et. Mais le mouvement en faveur de la liberté commerciale devenait chaque jour plus irrésistible. On se demandait en quoi les planteurs de la Jamaïque. Les colonies avaient besoin d'une part de liberté commerciale pour acheter à meilleur prix les produits que lui livrait l'Angleterre. méritaient plus de faveur que les agriculteurs et les propriétaires de la Grande-Bretagne. M. L'Angleterre devait protection à ces sociétés lointaines qu'elle venait d'ébranler. en quoi les nègres de la Barbade eu d'Essequibo méritaient plus d'intérêt que les ouvriers indigents de Manchester ou de Bolton . déjà indemnisés. exception justifiée par la crise sociale qu'elles avaient à traverser et par la convenance de ne pas encourager ailleurs la traite et l'esclavage après avoir tant fait pour les abolir. de protection pour vendre à plus haut prix. et l'opinion abolitionniste elle-même était divisée.

Il n'était pas un seul des intérêts engagés dans cette question compliquée qui ne fût en contradiction avec lui-même. La corporation des Indes occidentales (west I dia body) protesta de son côté par une longue pétition. favoriser le travail esclave. déclara hautement que le travail libre étant moins dispendieux que le travail esclave. et de si grandes difficultés expliquent les hésitations de l'opinion. . l'assemblée entraînée par O'Connell. la concurrence n'était pas à craindre.. avait besoin de retrouver par l'augmentation de la consommation des ressources nouvelles. Lorsque le cabinet whig proposa au début de 1841. mais la ruine des colonies le menaçait d'un autre côté de pertes plus graves. p. . à 56 sh. mais2 dans une convention générale des abolitionnistes.426 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. d'abaisser de 63 sh. III. privé de revenus considérables par les réformes commerciales. le comité de la société abolitienniste de Londres (british and forceign antislavery Society's committee) protesta énergiquement et demanda au moins un ajournement. le 14 mai. 513. parce que c'est le produit principal. et cependant. L'Angleterre voulait multiplier les échanges. en faveur des colonies. n'était-ce pas contredire les vues élevées qui avaient inspiré le grand acte d'émancipation? Le trésor. le droit sur le sucre1 étranger. et elle ne le pouvait sans ouvrir son territoire aux produits de l'univers entier . Cependant les Chambres et l'opinion tinrent ferme au début. et que.Précis. en multipliant 1 Nous ne parlons que du sucre. il était désirable que la Grande-Bretagne. dans l'intérêt même de l'abolition de l'esclavage. etc.

. Macaulay soutinrent le projet du chancelier de l'Echiquier. D'autres orateurs demandèrent qu'on abaissât les droits sur le sucre produit par le travail libre.800 petits propriétaires à la Jamaïque. conservât sur eux l'influence de sa politique. dit-il. Lord John Russell. 427 ses relations avec les Etats à esclaves. divisés en trois opinions. Labouchère. M. Les abolitionnistes étaient ainsi. Baring. devenus au nombre de 5. Je ne crois pas que nous soyons autorisés à faire de leurs intérêts l'objet de notre attention exclusive. quand la question fut portée à la Chambre des communes. M. « Nous avons fait.COLONIES ANGLAISES. mais qu'on continuât à exclure le sucre produit par le travail servile. allant aux églises et aux écoles à la Guyane. » M. lord Palmerston. Les mêmes dissensions se manifestèrent. M. Hume. soit étranger. Lord John Bussell fit un habile parallèle entre la situation des affranchis. érigeant à leurs frais des chapelles et subvenant aux besoins de leurs malades à la Trinité. laborieux. sur une même question. moraux à Antigoa. Labouchère montra la consommation haussant ou baissant selon la baisse ou la hausse des prix. M. et la triste existence des ouvriers des villes manufacturières de l'Angleterre. exposés à la famine ou à la mendicité. soit colonial. lorsque dans ce pays le peuple souffre et manque des nécessités les plus impérieuses de la vie. paisibles et heureux à la Barbade. tout ce que notre générosité nous permettait de faire pour les habitants de ces régions lointaines.

58 par tète 1837 34 5 — 18 58 » 7 — 18 42 » 1838 . le travail libre anglais découragé. Macaulay s'écria spirituellement : « Quel est donc ce principe de morale.428 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE Prix du sucre Consommation 1836 40 sh. » Sir Robert Peel entraîna la Chambre par un discours digne d'un homme d'Etat : « Je me préoccupe. » Lord Stanley répondit que «si un million de quintaux de sucre du Brésil prenait la place d'un million de quintaux de sucres coloniaux. où vous venez de . 33 1839.0 en vingt ans (1820-1840). et qui défend de mélanger du sucre et du café provenant de la même source? » « L'esclave du Brésil. et d'aspirer le tabac empruntés au travail esclave. ne se trouvera pas plus heureux parce que le fruit de son travail sera consommé par les Allemands au lieu de l'être par les Anglais. M. . d'humanité et de justice qui permet de se vêtir du coton. . 9 — 161 . de la condition morale et sociale de celle partie de votre empire. grâce à la diminution du prix. dit-il. qu'il ne fallait pas ruiner la prospérité des colonies au moment même où on affirmait qu'elle renaissait. . avait déjà dit lord John Russell. tandis que la consommation du sucre n'avait augmenté que de 15 0/0 en raison du haut prix. évidemment le travail servile étranger serait encouragé. Hume rappela que la vente du thé et du café avait augmenté de 80 0. 39 4 — 17 1) 48 7 — 15 28 1840 » M.

« Or. désolées par la famine. je l'admets avec une bien vive satisfaction.. l'ouvrier s'y nourrit de riz et meurt quand le riz manque. et. Mais est-ce donc au sortir de la crise qu'elles viennent de traverser que nos colonies peuvent soutenir une lutte pareille? « Si le désir d'avoir du sucre à bon marché vous conduit à protéger le travail esclave. dont les habitants meurent de faim faute de travail ? « On vous dit qu'il est nécessaire de fournir au travail libre une occasion de prouver sa supériorité sur l'autre... peut-on alléguer que des considérations d'un ordre supérieur nous obligent à préférer le sucre obtenu par le travail esclave de Cuba à la production de cette contrée nationale. dites-le une bonne fois : les nations étrangères vous comprendront. la misère.COLONIES ANGLAISES. les Indes orientales combleront le déficit de la production des Indes occidentales. quand on songe que la nation anglaise est responsable du sort moral et physique de ces populations. nous serions obligés de lever la prohibition. la plus hasardeuse. Or les Indes sont dans une détresse affreuse.. et je ne puis me dissimuler les conséquences que pourrait avoir dans ces contrées encore ébranlées par une si violente secousse. mais ne dites . mais avec le temps.. 429 tenter la plus grande. l'adoption d'une mesure qui équivaudrait à l'impossibilité d'y continuer la culture du sucre. « Si nos colonies ne suffisaient pas à nous approvisionner. la peste. le salaire y est de 2 sous 1/2 par jour. la plus heureuse réforme dont le monde civilisé puisse offrir l'exemple.

Cobden était du nombre) répétèrent qu'en diminuant les droits on diminuerait les prix. 2 Précis publié par le ministère de la Marine. « On prétend que la conduite des nations étrangères ne nous regarde pas. D'autres soutinrent que l'admission des sucres étrangers achèverait de ruiner les colonies anglaises et d'encourager le travail servile à Cuba et au Brésil. en admettant les produits de cette origine. pas que votre intention. par suite. les uns (M. p.. 14. » L'amendement de lord Sandon contre le projet ministériel fut voté le 18 mai 1841.430 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. personne dans le monde ne vous croira. col. ne descendons pas de la haute position que nous avons su prendre. . la production. est d'anéantir la traite et l'esclavage . Ces derniers arguments prévalurent encore dans le Parlement à la suite de deux vastes enquêtes ordonnées par la Chambre des communes et la Chambre des lords 2. Dans le sein d'une nouvelle convention générale des abolitionnistes1 qui tint à Londres douze séances. III. que la consommation augmenterait. et. » REV. que nous ne devons pas nous ériger en réformateurs de l'humanité Je repousse au nom de la nation cette doctrine égoïste. Nous avons acquis chèrement le droit de parler aux autres peuples de la terre avec une imposante autorité dans cette question . et le droit sur le sucre étranger ne fut pas abaissé. 1843. en nous offrant pour exemples aux nations. t. Les mêmes efforts furent renouvelés l'année suivante au dedans et au dehors du Parlement. par 51 7 voix contre 281.

mais on sait que cette nation consomme et au delà les 50. . mais à 1 Rev. Ewart. .2 Défendue par sir Robert Peel et M. les sucres coloniaux anglais devraient payer 24 sh. Manille. 1844. tous les autres 63 sh.COLONIES ANGLAISES. et d'admettre les produits du premier en continuant à exclure ceux du second. 425. Comment distinguer entre certains pays libres et certains pays à esclaves? Java. la réduction du droit sur les sucres étrangers à 54 sh.Les cafés de toute provenance étaient admis au même droit (tarif du 17 juin 1844). Siam. avec des apparences logiques et morales. ce tarif fut adopté le 17 juin. Cette loi.000 tonnes de sucre quelle produit. A partir du 1er novembre 1844. Glasdtone. Cependant le traité de commerce avec le Brésil. par quintal. les sucres provenant du travail libre 54 sh. la Chine. qui assurait à ce pays le traitement des nations les plus favorisées. Hawes et combattue par sir Robert Peel. 193. à la majorité de 22 voix. 274. 431 L'égalisation des droits sur les sucres de toute origine demandée par M.. furent également repoussées à plus de 30 voix de majorité. étaient indiquées3. (les sucres coloniaux payaient 24) proposée par M. était impraticable et vicieuse. Il adopta l'idée mise en avant par les abolitionnistes de distinguer entre le travail libre et le travail servile. 3 Un traité liait l'Angleterre avec les États-Unis. col. expirant en novembre 1844.. le ministère tory se résolut à saisir les Chambres d'un nouveau projet de tarif 1.III. et la production des colonies anglaises ne se relevant que lentement. p. 547.

fermer l'Angleterre au sucre du Brésil. pour les sucres bruts.432 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. mécontenter un grand pays et lui déplaire sans lui nuire. à 14 sh. et il rencontra des difficultés d'application inextricables. sir Robert Peel proposa un nouveau tarif qui abaissait le droit sur les sucres anglais de 24 sh. C'était une réduction de 6 à 10 sh. et de la déliasser même après l'avoir combattue. On remarque dans la protestation de la Jamaïque le premier vœu de la liberté commerciale. qui «établissait. de 54 à 28 pour les sucres terrés. Ce tarif ne contenta personne. Lord John Russell se vengea de sa défaite de 1840 en criblant de censures le nouveau projet. » et il prédit qu'on serait forcé d'aller plus loin. pour les sucres terrés. 4. en Chine et à Siam. les ventes d'enfants. c'est ouvrir à ce sucre les autres marchés. de revenir à la réduction qu'il avait vainement proposée quatre ans avant. 6 à 25 sh. Dès le 14 février 1845. sur les uns et les autres. à 16 sh. de 24 sh. la polygamie. Les colonies et la corporation des Indes réclamèrent par des adresses énergiques et poussèrent à l'avance des cris de détresse. disait-il. changer le marché et nullement le tarif. laissant . et le droit sur les sucres étrangers libres de 54 sh. d'autres crimes plus coupables que l'esclavage. pour les sucres bruts. Comment s'en rapporter aux certificats d'origine? comment excommunier les sucres et accueillir les cafés? La consommation totale du monde étant égale à la production totale. Java règne un système de travail obligatoire qui ressemble à la servitude. une chaire de prédicateur dans chaque bureau de douanes.

les représentants des colonies se plaignaient justement de changements continuels de tarifs et commençaient à poser la question dans ses véritables termes : ou monopole absolu. Dès le trimestre suivant.. 1845. p. le ministère whig proposa. * Rev. Aussi les partisans du libre échange peuventils soutenir avec quelque raison qu'on pouvait tenter une plus forte réduction. Nulle distinction entre le sucre libre et le sucre esclave.COLONIES ANGLAISES. p. 185.000 fr. On calculait que le consommateur gagnerait 0. De leur côté.. la consommation avait augmenté presque du double. col. 2 lbid. 433 subsister un droit différentiel de 9 à 11 sh.1 Cette loi prit la date du 7 mars 1845. car il en entra fort peu. les prix se maintinrent et le bénéfice du dégrèvement profita tout entier aux producteurs coloniaux2. par l'organe de lord John Russell. VIII. sur les sucres anglais. Égalité complète de droits à partir du 5 juillet 1851. L'exclusion contre les sucres esclaves était maintenue.16 c. ou liberté absolue. 125. 1846. » Ibid. et que le trésor y perdrait 52 millions 500. V.. un nouveau tarif dont voici les bases : Maintien du droit de 14 sh. environ au profit des colonies. IX. protégez nos produits ou affranchissez-nous de l'obligation de recevoir les vôtres. cette augmentation fut plutôt due d'ailleurs aux progrès du bien-être qu'à la baisse ou à l'introduction du sucre étranger. 294. p. 28 . le 20 juillet 1846 3 . Revenu aux affaires. p. I . Abaissement graduel du droit sur les sucres étrangers. VI. 280. par livre à ce tarif.

A la Chambre des lords. par l'influence de lord Clarendon. lord George Bentinck. mais surtout l'autorité imposante et inattendue de sir Robert Peel en faveur d'une mesure entièrement différente des lois qu'il avait lui-même proposées. on encourageait le travail forcé. attaquèrent le bill dans le sein de la Chambre des communes. 1846. M. Si l'on ose prendre parti entre des opinions soutenues par de tels défenseurs. Il est clair qu'en permettant au sucre de Cuba et du Brésil de faire concurrence au sucre des Indes occidentales. si subitement rendu à la vie publique dont la mort allait si subitement aussi le faire sortir. le vieux représentant des intérêts religieux. sir Robert Inglis. 322. Le nouveau chef du parti tory. p. X. col. 394 . on décourageait le travail libre. « On emploie environ trois esclaves pour produire une barrique de sucre. d'Israeli. elle fut votée à la majorité de 18 voix. à moitié dans l'erreur. avec une rare vivacité. entraînèrent le vote à une majorité de 130 voix 1. où lord Brougham apporta une pétition du vieux Clarkson contre la loi.434 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. p. disait énergiquement sir Robert 1 Rev. le spirituel et ardent orateur. il semble que des deux côtés on était à moitié dans le vrai. . les solides discours de lord John Russell et de lord Grey. IX. de l'intérêt du trésor et de l'intérêt de l'émancipation. et la combattit avec le concours de lord Stanley et de l'évêque d'Oxford. C'était une révolution économique au triple point de vue de l'intérêt des colonies.. 86.

il fallait les protéger contre toute concurrence. produira un total de 180. Il était vraiment chimérique de distinguer entre le sucre esclave et Je sucre libre. n'a-t-on pas promis que le travail . C'est ce qu'avait soutenu jusqu'alors l'illustre promoteur des lois sur les céréales. ces trois esclaves sont les survivants de neuf Africains enlevés à leur pays. elles s'élèvent à une chaleur extrême lorsqu'il s'agit de sucre de Cuba. Mais. « Les opinions de lord Stanley sur cette matière. pour chaque tonneau de sucre de cette provenance importé en Angleterre. et ceci. multiplié par 20. à payer son sucre un sou plus cher. le massacre ou les souffrances de neuf de nos semblables. lorsqu'on recevait le colon des Etats-Unis. par un droit élevé. et le cuivre de Cuba. sir Robert Peel. » « La nation qui a fait à l'humanité le don de 20 millions de livres sterling consentira. pour poursuivre le même but. pour favoriser les produits des colonies. et cet humble tribut sera agréable à Dieu.000 individus auxquels une assemblée chrétienne aura de sangfroid porté le plus grand préjudice. 435 Inglis . » s'écriait lord Georges Bentinck.COLONIES ANGLAISES. qui est le nombre de barriques dont on attend l'importation.000. Ainsi. ressemblent à un thermomètre. disait spirituellement lord Clarendon. » Quoique l'Angleterre eût accepté largement à cette heure même les principes de la liberté commerciale. on eût compris une exception de quelques années pour le sucre. la Chambre aura causé la capture. elles descendent à la glace lorsqu'il est question du coton de la Caroline. Quoi! disait-on.

de territoire. composée du parti whig et des débris du parti tory. placés l'un et l'autre dans les mêmes conditions journalières de climat. à cause de la différence des prix de revient. l'homme libre travaillant avec plus d'intérêt et de raison. créait pour les sucres du Brésil une véritable faveur 1. mais elles ne le sont pas. il n'y a pas le plus petit doute qu'à la fin le travail libre étouffera le travail esclave. eût renversé la nouvelle politique commerciale tout entière: il valait mieux renoncer à l'exception : ce fut la crainte et l'argument de sir Robert Peel. X. revenu aux affaires. . si le ministère whig était tombé sur cette exception. continuée encore pendant quelques années eût donc été une juste exception. Rev. Du moins eût-il été prudent de ne pas adopter un tarif qui. mettez dans l'un des esclaves. Mais la majorité. * V. M. col. Mais ici ce n'est pas le cas. 214. à la question de savoir qui serait assis dans huit jours sur les bancs ministériels. libre coûterait moins que le travail forcé? — « Oui. » Une protection. d'Israeli lui reprocha vivement de sacrifier l'empire colonial. 1846. les principes les plus sacrés et ses propres convictions. suivit Robert Peel. les calculs de M. dans l'autre des libres. p. Colquhoun. répondait justement lord Brougham. le ministère tory. Prenez deux pays. Mais.. et un autre qui emploie le travail forcé en le renouvelant par la traite. sterling.436 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 50 millions de liv. la lutte est entre un pays qui possède le travail libre sans recours à aucun recrutement. toutes circonstances étant égales.

ces vœux passèrent plus ardents et plus précis dans les publications des colons et dans les protestations des colonies 1. tel fut. le cabinet ne perdra pas de vue que c'est pour lui un devoir rigoureux de fournir à nos colons les moyens de soutenir la concurrence qu'on leur aura suscitée. col.. le chancelier de l'Echiquier. en brisant le pacte colonial. « J'ai. Bernai. libre emploi du sucre dans les brasseries et distilleries anglaises. dit-il. qu'une fois le projet voté. dans un discours sensé et courageux. dont les intérêts sont sacrifiés à ces principes. entrée des spiritueux des colonies au même droit que ceux fabriqués dans la métropole. abolition des droits sur les produits coloniaux à l'entrée de toutes les autres possessions de l'Angleterre. (M. 431. ne soient pas admises à profiter des avantages que cette liberté peut leur assurer? » A partir de ce jour. C'est ce que demanda. « Je pense. » Ce conseil fut suivi. un colon. désormais. liberté absolue de l'immigration. Peel. Franchise illimitée des ports. p. 214. Le temps et les hommes sont tout à la liberté du commerce. Dès le 22 janvier 1847. Wood) proposa la réduction du droit sur les spiri1 Rev. le ferme dessein de redoubler d'activité et d'énergie pour triompher de la concurrence. Ν. avait dit sir R. le programme de toutes les réclamations des colonies. c'est en vain que les colons cherchent à y résister Mais est-il juste que les colonies. . 437 Au moins aurait-il fallu être logique et aller jusqu'au bout de la liberté. M. prêts pour la favoriser.COLONIES ANGLAISES.

que l'exportation des Indes orientales tomba de 2.503 en 1845. col.438 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 1847. Les gouverneurs signalèrent au gouvernement la détresse et l'alarme de tous les habitants. Aussi les colonies multiplièrent les meetings. 2 Ibid. p. correspondit une baisse de 146 fr. 6. conclut à l'établissement pour six ans d'un droit protecteur en faveur du sucre colonial 3 Lord John Bussell s'opposa à ce projet et. 50. il présenta un plan qui fut adopté.. la Chambre de commerce de Kingston convoqua une assemblée de délégués de toutes les colonies clans l'île Saint-Thomas 2. faisant faire un pas en avant à la liberté commerciale au lieu du pas en arrière qui était proposé. les expériences (ailes alors établirent qui le sucre pouvait être mêlé avec la drèche ou même être combiné seul avec le houblon. à la place de la drèchel. 80 à 118 fr. par son rapport du 29 mai. et même 107 fr. X II. I. XI. 1848-1849. et lorsque le 7 février 1848. sans nuire à la qualité de la bière. le cabinet ne s'opposa pas à la proposition. . et le libre emploi du sucre dans les brasseries. L'agitation envahit l'Angleterre. tueux Mais tel avait été l'effet de l'abaissement subit des droits. 1847. 75. à 2. ρ. lord George Bentinck proposa la formation d'un comité pour faire une enquête sur l'état de l'opinion. les pétitions. p. et dont voici les bases : 1° Nouvel abaissement de droit sur les sucres coloniaux 1 Rev.. 3 Ibid. avec une logique hardie.. les mémoires.575. p.333. 1847.91 1. 465 . XII. qui coïncida malheureusement avec une année de sécheresse.000 quintaux. Le comité. à cette diminution de 500.422.

. pour tous les sucres. 535. 1850. 11 ajouta que la concurrence du travail 1 Rev. Peel. C'était une protection momentanée et un large encouragement à la consommation avec la libre concurrence au bout. col. . à 13 et successivement à 10 sh. Buxton proposa à la Chambre des communes de « déclarer qu'il est injuste et impolitique d'exposer le sucre des colonies britanniques à la libre concurrence du sucre des pays à esclaves. » M. 2e Égalité de droits fixés à 10 sh. M. Buxton que toute distinction entre le produit du travail libre et celui du travail servile était impraticable. Hume proposa d'ajouter « que le gouvernement devait faire cesser les difficultés qui empêchent les colonies de se procurer des travailleurs.COLONIES ANGLAISES. Labouchère et sir R. Un dernier effort fut tenté le 5 mai 1850 par le parti abolitionniste aidé du parti protectionniste 1. Sir E. libres en Afrique et ailleurs. d'une commune voix. » Sir John Bakington et M. à ouvrir en faveur des colonies. . sans diminution correspondante pour les sucres étrangers. Gladstone soutinrent de nouveau que le commerce colonial devait faire exception aux principes du libre échange.. mais l'immigration par voie de rachat demeurait positivement interdite. p. 5° Emprunt de 500. IV. L'emprunt devait servir d'ici-là à favoriser l'immigration de travailleurs nouveaux. Mais le chancelier de l'Échiquier répéta à M. 439 de 24 sh. comme l'affirmèrent lord John Russell.000 liv. à partir du 1er juillet 1854. à jour fixe.

927 385. .727 290. Maurice .... ..873 282. On 1 184647 1840-50 ' Sucre colonial Sucre des pays a esclaves.. . . Elle fut repoussée par 41 voix de majorité. 282.737 402.000 665.000 89.. Indes orientales . Il se félicita surtout de ce que la consommation du sucre en Angleterre s'élevait d'année en année 3.925. .000 602. La Guyane .. laissaient à la proposition peu de chanches de succès. . 17 20 1840. Saint-Christophe .072. 1840.. De pareils résultats et le mouvement général de la politique.. 1841-44.000 36. Sainte-Lucie .. Dès ce moment le système de liberté commerciale appliqué aux colonies fut irrévoquablement acquis.000 5.000 5.000 tonneaux. Quintaux. 227....000 522.440 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. La Trinité .000 70. -177.000 » Sucre colonial Sucre des pays à esclaves.... 23 1848-49 24 » » . 61.. 1845.000 1845-1849 Quintaux. 11 montra qu'en dépit de craintes exagérées l'importation du sucre des Indes occidentales s'était depuis dix années énormément accrue '2. La Jamaïque . ..000 572.000 591.. à ce moment.000 1840-1844 Antigoa . .000 107.000 15 livrée par tète.000 907. 21 1847. 180. La Barbade .000 55. servile sur les marchés anglais était peu considérable et allait en décroissant1.

qui voulût proposer un droit différentiel pour soutenir une industrie prétendue languissante. Gladstone répondait le 18 avril 1853. *Jbid. ils vinrent faire leur confession.COLONIES ANGLAISES. 441 compta vainement sur le retour aux affaires d'un ministère protectionniste. se plaignant d'etre les victimes de la législation de 18462. Chancelier de l'Échiquier. col. demeurèrent sans effet même sur M.250.000 quintaux. 386. 459. » 1 Rev. la production anglaise s'est accrue de 1. M.000 quintaux. sir John Pakington. qui fait en ce moment la loi sur le marché métropolitain. 1853. IX. devenu ministre des colonies. on peut même m'appeler renégat. refusa de discuter une pétition et une motion tendant à la révision du tarif des sucres 1. . 1853. 156. d'Israeli. Le sort voulut que chacun des anciens adversaires de la liberté arrivât successivement au pouvoir. à la demande d'un dégrèvement sur les sucres coloniaux 4 : « Il est tout à fait impossible au gouvernement d'entretenir le moindre espoir que la demande soit accueillie. 80. cette déclaration décisive 3 : « Depuis l'année dernière. qui fut assailli de pétitions.. 3 lbid. p. Le 12 mars 1852. à quelque banc qu'il appartienne. mais je désirerais savoir s'il est un seul membre de cette assemblée.. 310. il fit le 3 décembre 1852. On peut m'appeler traître. 1852. 1852. VIII. si l'on veut . p.. » Devenu à son tour chancelier de l'Échiquier. X. p. p. et la production étrangère a décru de 600. 2 lbid. Les plaintes les plus vives des colonies.. X.et tous. et une curieuse petition des nègres.

08. Leurs vœux étaient en ce point d'accord avec les doctrines des libre-échangistes. 461. 1 Rev. tous les sucres arrivés à la même taxe. 1851. à partir du 1er janvier 1850.Histoire de la réforme commerciale en Angleterre. la Belgique. p. la Hollande. Il ne restait plus aux colonies qu'à invoquer pour ellesmêmes le principe de la liberté commerciale. la liberté du produit et la liberté du transport en était la conséquence. p. le rappel des lois de navigation.. et le bill de 1846. p. C'est à cette date qu'il convient de se placer. mais elle eut pour résultat d'abaisser le fret. l'acte de 1854. VII. . presque aussitôt adoptée par la Suède. VI. . — Lettres de lord Grey Sur la politique coloniale. et les lettres de M. 470. Cette mesure capitale. Lindsay. 192. et vingt ans après que la liberté du travail avait été proclamée. furent prises pour supprimer les droits de douane à l'entrée des colonies. surtout le discours de lord Granville. eut à traverser la résistance ardente des ports 1. D'autres mesures. sur la production coloniale. juin 1800. et tous les partis ralliés à la même opinion. col. et fut. 437. pour constater quelle avait été l'influence de ces deux grands événements. qu'il serait trop long de détailler2. V. et à porter les derniers coups à l'édifice démantelé du pacte colonial. et en partie par les États-Unis. et c'est par la coalition logique de leurs efforts qu'avait été obtenu au mois de juin 1849. L'année 1854 vit ainsi. — Revue coloniale. par Henri Richelot.442 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. ainsi pour les colonies un notable soulagement.

en 1801. était de 1. sa recette. Sous l'influence de l'abaissement des tarifs. p.510. Le Trésor a trouvé son compte à ce progrès : par suite de l'abaissement des tarifs. par quarter sur le sucre colonial. dix années après. mars I860.000. 443 Les progrès de la consommation du sucre en Angleterre de 1801 à 1858 sont énormes 1. 1814 17. Elle a atteint 52. de 150. de 15 kilog.203 quintaux métriques. après la réforme de 1840 1 Annales du commerce extérieur.000 fr. 60. n'est tombée audessous de 100. sous l'ancien tarif. de 1801 à 1814. 000 grammes. et cependant. avait été de 125. Si l'on compare ces progrès à l'accroissement de la population2. est. qui était.000.568 kil.8 par tête en 1801 elle est de 1 k. en 1858.081.256.000 fr. par quarter sur le sucre é:ranger. enfin. dans les dix années qui précèdent l'émancipation (1824-1854) et se maintint à peu près à ce même chiffre dans les dix années qui la suivirent (1834-1844). elle est montée à 4. on constate que la quantité moyenne de sucre consommée par tête. 44 et 45.355 kil.000. dont le maximum. en 1844. par quarter.000 quintaux métriques environ. au lieu de 65 sh. .000 quintaux métriques. en 1854. En 1859.COLONIES ANGLAISES.678. 850 grammes 3. en 1814. de Ν kilog.000 » 3 La consommation du thé a suivi une progression correspondante et plus grande encore. La proportion était de O k.750 quintaux métriques de 51 kilogrammes. sans distinction de provenance.166. Elle s'est élevée à 2. La moyenne.425. 4. Elle était de 10. il ne perçoit plus que 10 sh. elle atteint. 1858 28. en 1828.860.000 fr. 014 par tête eu 1858. 24 sh.000.000 habitants. en 1838.

en 1858 Ainsi. Le producteur a ' Prix en entrepôts : 1814 1824 120. le prix moyen du quintal métrique. en 1825 134 fr. Sucre Thé. en Angleterre.. 166 fr. a même touché au minimum. le reste n'excédant pas 89 millions. ...000 fr. produisent plus des cinq sixièmes.. en 1814 avait monté jusqu'à 251 fr. . 60. . le tabac. le vin. . . chiffre auquel elle ne s'était jamais élevée. que le revenu des douanes atteint 020 millions en 1859 et que. 40 78 10 1834 1844.. tout le monde a gagné. en 1853 pour rester depuis très-peu au-dessus de 100 fr.... .fr. ». puis même le fisc2. 73 83 70 90 1854 53 » 1858 69 50 2 Le système douanier de l'Angleterre est si bien combiné. quatre articles de luxe.000. 40. 85 fr. 10. . Vins et eaux-dc-vie.. . que pour se relever bientôt et atteindre 155. Pendant ce temps. le consommateur d'abord.. . le thé. . . . .. . le sucre. 80. 153 millions 135 » 139 » 110 » 537 millions. . 50.444 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Tabac . .. .. 50. en 1835 146 fr. » . . en 1815 et s'était maintenu depuis à. . en 1859. en 1845 ce même prix est tombé après les réformes à. sur ce chiffre. et la richesse est si répandue dans ce pays... . . qui était (droits compris)1 de 185 fr. en 1848 à 79 fr. soit: 103 fr.

981 quintaux.630. n'avait accompli que de lents progrès. et toucher en 1858 à 3. et que nous distinguions entre les diverses provenances1. retombe en 1852 à 1. en 1847. puis tripler. soit pour être consommées.408. et comment en être surpris. Henry Richelot : Histoire de la réforme commerciale en Angleterre. . Après la réforme de 1846. de 507. l'importation du sucre étranger atteint. nous tenions compte des quantités importées. le sucre étranger a la plus large part dans l'accroissement de la consommation de l'Angleterre. mais sur une quantité plus grande et avec un droit moins élevé.000 quintaux en 1855. malgré le progrès de la population et de la consommation. en 1831. 1 Nous empruntons ces chiffres au remarquable ouvrage de M. Mais quel est le producteur qui a profité de ce progrès? N'est-ce pas le producteur étranger?Ne lui a-L-on pas sacrifié le producteur colonial ? La réponse exige qu'au lieu de considérer les quantités consommées. (V.547 quintaux. malgré l'abolition de l'esclavage. mais pour doubler.915 quintaux.COLONIES ANGLAISES. L'auteur a eu la bonté de nous communiquer les chiffres inédits qui complètent ses tableaux pour les années postérieures à 1851. était tombée au-dessous de 200. soit pour être réexportées.p. le quarter à 10 sh. IIe vol.058. Sans doute. puisque l'impôt presque prohibitif qui le frappait a été abaissé de 63 sh. 484. 2. puisqu'il perçoit un moindre profit.900 quintaux en 1844.485.? Jusqu'au premier dégrèvement. 445 gagné aussi. Elle était. à l'Appendice ). l'importation du sucre étranger. plus de sept fois le chiffre de 1831.961 quintaux. et s'était relevée jusqu'à 777.

et de 794. elle est triplée . a été du quart à la moitié pendant les dix premières années. Sa production ne dépasse pas beaucoup 500.000 quintaux..446 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Elles ne figurent que pour 296. fit retomber l'importation à 2. mais elle s'était déjà relevée à la fin de celte période.854.585.844. elle était remontée en 1845 à 2. la baisse de la production par suite de l'abolition de l'esclavage. Même progrès à l'île Maurice. dix années après (1844) elle est la même. était de 5. chiffre plus que quintuple. étaient montés à 143 fr. 162 fr. les prix qui étaient (droits compris) de 154 fr. 50 en 1834. et étaient encore à 146 fr. la production en 1834. L'introduction plus large du sucre étranger libre. En même temps. comme nous l'avons déjà dit.670 quintaux en 1837. 60 pendant les premières années. . eu sorte que les producteurs recevaient plus pour une quantité moindre. dix ans après (1854) elle monte à 1. Les progrès des Indes orientales sont presque aussi rapides. diminuée depuis. 80 en 1845 .. de manière à faire sérieusement espérer le retour aux chiffres antérieurs.147. 167 fr.662. mais elle était encore de 1.181.363 fr. lorsqu'intervint la réforme des tarifs.368 quintaux en 1857.243 quintaux . La quantité a diminué sous l'influence des derniers événements. et l'on peut affirmer qu'en ne continuant pas .190 quintaux . et elles montent à 1.000.430 quintaux en 1851. en 1846. En effet.309 quintaux en 1858.000 quintaux avant l'émancipation. même 185 fr. elle reste supérieure à 1.010 quintaux. Quant à la Guyane et aux Antilles.

795. nous que la moyenne était de 5. la part des différentes Antilles. à Antigoa.821 quintaux. SaintVincent. ils séparent seulement la Guyane et les Antilles. à peu près parité entre les deux époques. le tableau détaillé à l' Appendice). la Grenade. La Guyane remontait aux chiffres antérieurs à 1834 et les a atteints en 1854. En vingt-cinq ans. sont revenues à peu près exactement au chiffre de leur production avant ces deux épreuves.171 quintaux en 1858. Cependant les plaintes furent exagérées. et. la seconde a augmenté la quantité . La première a diminué la quantité produite. de l'importation des autres petites possessions des Indes occidentales. à la Trinité. en 1848. les tableaux officiels du commerce anglais ne distinguent pas. demeurant à peu près au même niveau. car la production revint vite aux chiffres de 1845.COLONIES ANGLAISES. c'est presque le même chiffre. Il conviendrait de distinguer une à une les importations des dix-neuf colonies. le g ouvernement anglais arrêta le mouvement sérieux de reprise des affaires coloniales. Dès 1847. 447 quelques années encore une protection nécessaire. depuis 1852. mais. Augmentation du chiffre. Rappelons.311 quintaux. les colonies anglaises. pris en bloc. 712 quintaux de I 814 à 1854.499. elle est remontée à 5.199. elle est encore de 3. dans l'importation générale.640. Notable augmentation à la Barbade. atteint 3. (V. après deux épreuves aussi gravesque l'abolition dutravail forcé et celle du tarif protecteur. mais elle a élevé les prix. Or les chiffres de 1852 présentaient toujours une grande diminution à la Jamaïque. et au-dessus.

mais elle a diminué les prix. mais. La seconde a été plus nuisible aux colonies que la première. en ne les séparant pas. qui donc. aurait pu prévoir que deux si radicales tentatives ne coû teraient pas plus cher? . de bonne foi. produite.448 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.

. » s'écrie Channing dans sa belle lettre à M. «. C'est par une voix des Etats-Unis que l'Angleterre a été le plus éloquemment vengée du reproche d'égoïsme. ce sont les lieux communs de tous les discours favorables à la servitude. tous les avocats de ces colonies n'ont pas cessé de répéter. de manière à ruiner toutes les autres colonies. 29 . que cette grande expérience avait abouti à un échec. Ces deux assertions. Clay (1er août 1837) sur l'annexion du I. sont répétées à satiété aux EtatsUnis. D'autres nations. qui se réfutent.. en excluant de son marché leurs produits .CHAPITRE IV RÉSUMÉ. l'une par l'autre. la seconde est inexacte. Pendant les années qui séparèrent l'émancipation dans les possessions de l'Angleterre de l'émancipation dans les colonies de la France. les uns que l'Angleterre avait agi dans un intérêt égoïste. La première est injuste. les autres.

» Redisons-le à la gloire éternelle de l'Angleterre. l'extrémité méridionale de l'Afrique et l'entrée de la mer des « Traduction de M. les triomphes maritimes de l'Angleterre occuperont une place de plus en plus étroite dans les annales de l'humanité. ce ne fut pas l'œuvre des hommes d'État. les droits de ceux qui n'ont d'autre litre que d'être aussi des hommes.450 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Le Parlement n'a fait qu'enregistrer l'édit du peuple. dispersées entre la mer des Antilles. les droits de ceux qui sont les plus déchus de la race humaine. La Grande-Bretagne. Dans la suite des âges. . avec un seul cœur. sans intérêt et au milieu des plus grands obstacles. de sexe. l'abolitionde l'esclavage n'a pas été un calcul.. 1 Texas . La nation anglaise. . une seule voix. p. mais on n'avait pas d'exemple d'une nation qui. Ce ne fut pas un acte de politique. sous le poids d'une dette sans pareille. sous une forte impulsion chrétienne et sans distinction de rang. épouse les droits d'autrui. 502. a contracté une nouvelle dette de 100 millions de dollars pour donner la liberté. non à des Anglais. a décrété la liberté de l'esclave. plus sublime.. mais elle n'a pas davantage été un échec. Laboulaye. Ce triomphe moral remplira une page plus large et plus brillante. mais à des Africains dégradés. « se sont acquis une gloire immortelle par la défense héroïque de leurs droits . Je ne sache pas que l'histoire rapporte un acte plus désintéressé. Une révolution sociale a été tentée à la fois dans dixneuf contrées. avec des impôts écrasants. de parti ou de communion.

la Guyane. depuis le commencement de ce siècle cinq révoltes formidables y avaient répandu l'incendie et le massacre.000 esclaves à la liberté. au premier asp cl si formidable. chez les nations les plus civilisées de l'Europe. 451 Indes. a le plus souffert.000 blancs . le matériel. 8.000 blancs seulement. occupés par 1. la Jamaïque. la moindre question poli tique qui agite tant soit peu les esprits..000 noirs. « Cet événement.400 milles carrés pour retraite à la fuite de plus de 80. On remarque que la colonie qui a le plus résisté. le personnel de la fabrication. n'a pas causé dans toutes les colonies anglaises la divième partie des troubles que cause d'ordinaire. offrait 6. · . à la même heure. et deux ans seulement avant l'émancipation. » écrivait en 1. la Jamaïque. Une autre.000 esclaves étaient en face de 55. n'a presque pas souffert et sa richesse est aujourd'hui dou1 Rapp. à la souffrance momentanée et inévitable de tous. Dans la plus vaste de ces contrées. La colonie qui a le plus promptement pris son parti et fait des efforts pour renouveler les méthodes. Maurice.45 M.6. la dernière avait été suivie de l'exécution capitale de plus de 500 noirs. et on peut le redire dix-sept ans après lui. le même jour. p. de Broglie 1. ni les mêmes institutions.» Le mal que l'émancipation a produit se réduit à la ruine incontestable d'un certain nombre de colons.8. ni le même état social. 300.COLONIES ANGLAISES. et placées à plusieurs milliers de lieues de la poignée de législateurs qui écrivaient leur sort dans une loi hardie. n'ayant ni le même climat. « l'appel de 800.

ou déshonorée. des terres qui étaient vagues ont été occupées . à la Guyane. la création d'usines centrales. écrivait-on d'Antigoa (1845). de femmes et d'enfants ont passé de la condition du bétail au rang de la créature raisonnable.000 travailleurs. auparavant muette. La religion. Mais. a repris sa dignité et sa liberté. en accordant à ces maux le regret qu'ils méritent.. l'importation des machines. enfin le projet ou l'établissement de chemins de fer a la Jamaïque. Des hommes qui n'avaient rien ont connu la propriété . Une race réputée inférieure. des populations insuffisantes ont été accrues .452 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 1 Nous voulons parler de progrès qu'on n'eut pas abordas avant l'émanci- pation: la substitution de la charrue à la houe. La production totale des autres colonies est revenue au chiffre antérieur à 1834. à la Barbade. La paternité a remplacé la bâtardise. De nombreux mariages ont élevé la famille au-dessus de la fange d'une promiscuité sans nom. p. 433. presque triplée. vicieuse. factieuse. blée. Des églises et des écoles se sont ouvertes. 11 n'est pas douteux qu'elle l'aurait dépassé. de ces deux grandes mesures? Près d'un million d'hommes. l'usage de la herse. pour les colonies elles-mêmes et pour l'humanité. sont incalculables . comment les comparer un instant aux biens* qui datent pour l'Angleterre. une meilleure plantation de la canne. si la réforme commerciale n'avait pas compliqué les résultats de l'abolition de l'esclavage. Déjà la colonie a t'ait cette année. des procédés détestables de culture et de fabrication ont été remplacés par de meilleurs 1. Mais il est nécessaire d'abréger. cruelle. De semblables fails ont été signalés dans presque tous les rapports des gouverneurs au gouvernement anglais. à la Trinité : « Les avantages résultant de l'emploi des instruments d'agriculture. . une récolte à peu près égale à celle pour laquelle la Barbade a employé 50.*)) • Revue coloniale.000 liras. 1845. avec moins de 10.

A qui revient l'honneur d'avoir aboli l'esclavage dans les colonies anglaises ? Le gouvernement. la civilisation a beaucoup gagné . La liberté du travail a été suivie de la liberté commerciale. la marine. les divers ministères sans distinction de parti. ou du moins domine. paresseuse. à la religion. 453 lascive. En deux mots. Les colonies étaient destinées à la richesse. l'or. avide d'instruction. elles servent surtout à la grandeur de la mère-patrie. ont beaucoup fait. Par un effet indirect du même événement. De toutes les raisons qui ont fait établir les colonies. n'accusent pas tant leur race que la servitude qui les avait laissés plongés dans leur ignorance et leur dépravation natives. c'est l'intérêt de la civilisation. une seule subsiste. Ceux de ses membres qui sont retournés au vagabondage. à l'instruction. et même de la liberté politique. disposée à la vie de famille. On peut leur reprocher deux fautes : ils n'ont pas pris de mesures efficaces pour assurer le travail dans les premières années. s'est montrée honnête. la politique coloniale s'est entièrement transformée. à l'oisiveté.COLONIES ANGLAISES. le commerce. accessible au christianisme. la richesse a peu souffert. réfractaire à la civilisation. ils n'ont pas assez longtemps continué la protection nécessaire aux pro- . à la corruption. Les premiers hommes d'État de l'Angleterre ont changé d'avis sur l'utilité des colonies et sur la manière de les gouverner. douce. La majorité travaille. et se montre bien supérieure aux auxiliaires que la Chine ou l'Inde envoie aux colons. mais c'est la minorité. voilà le bilan de l'expérience anglaise. la puissance.

p.454 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. Les philosophes. ni dirigé les événements. intègres. en effet. en lui assignant le premier rôle dans cette grande entreprise. ont figuré. le duc de Broglie 1 : « On fait trop d'honneur. des Grey. . à la philanthropie de l'Angleterre. conciliants. ils ont facilité le crédit. n'a. C'est la religion qui a véritablement affranchi les noirs 1 Rapport. soit à des combinaisons machiavéliques . capables. ni devancé les temps. l'abolition de l'esclavage. des Glenelg. sur ce point. un Carmychaêl Smyth. des Stanley. de prévoyance. soit à de hautes vues de sagesse. sans doute. glorieusement au nombre des combattants. le gouvernement anglais. duits coloniaux. qu'à la nécessité. Mais écoutons ce solennel témoignage de M. et n'a cédé. ils ont surtout envoyé aux colonies des gouverneurs fermes. vingt-cinq ans à l'abolition de l'esclavage. dignes représentants des Goderich. mais c'est l'esprit religieux qui a porté le poids du jour et de la chaleur. dans chaque occasion. avant tout. l'honneur du succès. ils ont tenu la main à ce que l'immigration ne dégénérât pas en une nouvelle traite. les philanthropes. il a défendu pied à pied toutes les positions intermédiaires. 117. « On ferait également trop d'honneur à la philosophie. et c'est à lui que revient. et on lui ferait trop d'injure en attribuant de sa part l'abolition de la traite. tant qu'il n'a pas eu la main forcée. il s'est borné à maintenir le statu quo. mais ils ont accordé une large indemnité. un Nicolaï. au gouvernement anglais. un marquis de Sligo. il a résisté quinze ans à l'abolition de la traite. un Elgin.

s'infiltrant en quelque sorte dans tous les partis. a successivement emporté l'abolition de la traite en 1807 . la circulaire de lord Bathurst. écarté ou surmonté les obstacles. il les a couvertes d'églises. de chapelles. lancée en 1831 sur les colonies. au début de la lutte. de congrégations. Canning. labouré le terrain. En travaillant à rendre l'émancipation nécessaire à Londres. les Wilberforce. en 1858. il a préparé les voies. et c'est ce parti qui. rendu par là inévitable en 1833 l'abolition de l'esclavage. ce grand parti abolitionniste qui va grossissant chaque jour. les résolutions de M. de missions. puis dans le Parlement lui-même. le mainlien de l'apprentissage « Le parti abolitionniste ne s'est pas plus épargné dans les colonies que dans la métropole . plus tard celles du congrès de Vérone. mettant à profit depuis quarante ans tous les événements. Ministres de l'Église établie. excitant ainsi dans le clergé de l'Eglise établie une salutaire émulation. 455 dans les colonies anglaises . les Granville Sharp et tant d'autres. défriché. inspiré par ses représentants en 1815 les déclarations du congrès de Vienne. l'ordre en conseil du 2 novembre.COLONIES ANGLAISES. et impossible. c'est la religion qui a progressivement formé. les obligeant tous. d'abord dans la nation. méthodistes de toutes dénomi- . toutes les circonstances. c'est elle qui a suscité. il a travaillé à la rendre possible et facile aux Antilles . les Clarkson. appartenant à toutes les sectes dissidentes de l'Angleterre. Buxton. obligeant le gouvernement tout le premier à compter sans cesse avec lui . en les armant d'un courage indomptable et d'une persévérance à toute épreuve. dicté en 1823 la motion de M.

dans les coloniesanglaises. moraves. vieillie. prête à garder ses rangs et à reconnaître la voix de ses chefs. Au -dessus d'une société étroite.456 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. lorsque cet empire marchait à grands pas à sa décadence. et qui s'est trouvée debout quand l'heure de l'affranchissement a sonné. presbytériens. agrégeant à leurs communions diverses les divers quartiers de leurs résidences respectives. ont pénétré dans les ateliers. » Mais comment les hommes religieux s'y sont-il pris pour remporter une si magnifique victoire? Je veux laisser la réponse à l'un des plus illustres soldats de la même cause en France. missionnaires de la société de Londres. les arbitres des volontés et les vrais gardiens de l'ordre public. uniquement composée des faibles. il s'est formé par les soins et sous la protection des ministres de la religion-. des pauvres. à l'envi les uns des autres. des opprimés . missionnaires baptistes. quelque chose d'analogue à ce qui estarrivé jadis dans l'empire romain. oppressive et constituée uniquement au profit de la classe dominatrice. une société chrétienne. qui y ont été rempor- . se posant vis-à-vis des maîtres en protecteurs des esclaves. portant aux noirs la lumière et les consolations de l'Évangile. prêtres de l'Église catholique. nations. « Il est arrivé ainsi. une société encore ignorante. mais progressive. et devenant par là les maîtres des cœurs. le comte de Montalembert : « Jetons un regard sur les immortelles leçons que nous donne l'Angleterre ! Voyons ces quatre victoires aussi difficiles que légitimes. vis-à-vis des autorités civiles en intercesseurs pour celle classe opprimée. tous.

l'aristocratie s'est relevée plus forte que jamais après l'abolition des bourgs-pourris. « La réforme parlementaire (1830). sans révolution. L'Eglise anglicane a retrouvé une nouvelle vie depuis l'émancipation des catholiques . C'est le propre des victoires légitimes et pures de ne pas désespérer. « Ces quatre victoires sont : « L'émancipation des catholiques (1829) . « Admirons surtout le souvenir pacifique et sublime de l'abolition de l'esclavage colonial. et l'on peut être assuré que l'agriculture anglaise ne perdra rien à l'abolition de son monopole . 457 tées en moins de vingt ans. les intérêts les plus acharnés : elle a été conquise. une réforme à conquérir lentement et laborieusement sur les habitudes les plus enracinées. Il n'y avait là en jeu qu'un grand intérêt moral. de ne pas écraser. les préjugés les plus invétérés. « Qu'on veuille bien remarquer qu'aucune de ces victoires pacifiques que nous signalons avec envie et avec admiration à nos concitoyens n'a fait un tort excessif ou durable à la cause vaincue. bien que nous ne sachions pas en user. « La Liberté du commerce des blés (1846). « L'abolition de l'esclavage (1855). Bien loin de rapporter aucun profit matériel.COLONIES ANGLAISES. que nous possédons en partie. dans dix ans. sans bouleversement. cette réparation de La plus . de ne pas même humilier les vaincus. uniquement par le jeu naturel de ces admirables institutions. sans avoir coûté une seule goutte de sang. on ne s'en doutera pas. sans avoir fait couler d'autres larmes que des larmes de joie.

Les premiers auteurs de cette grande réparation ont eu à lutter non-seulement contre la routine.458 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. contre le commerce. » Est-il une leçon plus sublime et plus digne de mémoire? Ah ! puissions-nous ne l'oublier jamais : quelle fut en Angleterre la puissance qui détruisit l'esclavage? La religion! A l'aide de quelle arme? La liberté. du sentiment religieux: elle leur a suffi. après trente ansde travaux. de mécomptes et de calomnies. que mon cœur français et caLholique ne se console pas de la voir dérobée à la France et à l'Église. que la seule force du sentiment moral. jamais douté d'eux-mêmes. Ils n'ont eu à opposer à toutes ces forces réunies. au jour fixé par les décrets éternels. contre tous les éléments les plus puissants de la grandeur britannique : ils les ont vaincus. mais encore contre la politique. contre l'industrie. Ils n'ont jamais reculé. contre la marine marchande. grande des iniquités devait coûter au peuple anglais cinq cents millions pour indemnité aux propriétaires des nègres esclaves : ils ont été payés. Dieu les a couronnés par le succès et par une gloire si belle et si pure. et. .

COLONIES DU DANEMARK ET DE LA SUÈDE .

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Christianstadt et Frederickstadt . dont 6. qui n'a d'important que son port franc.681 habitants. en 1687. 19. en 1835. Sainte-Croix possédait.800 Européens). Le Danemark possède trois îles dans les Antilles : Sainte-Croix.LIVRE III COLONIES DU DANEMARK ET DE LA SUÈDE 1° Colonies Danoises. peuplées par 26. au prix de 738. elles ont été restituées au Danemark par la paix de 1814.876 esclaves. 161 habitations. Saint-Thomas. Saint-Jean. . occupée par les Danois. achetée à la France en 1733. 142 sucri ères et 19 vivrières.805 libres (1. et qui a deux villes. Tombées entre les mains des Anglais en 1807 et 1808.000 livres. d'après un état officiel de recensement.

La décadence des colonies danoises. que 60 étaient tombées entre les mains de créanciers. l'Eglise anglicane. a déclaré qu'à Sainte-Croix soixante habitations avaient dû être abandonnées à l'Etat. 422. M. les juifs. de lamentables progrès. 7. les calvinistes.054 libres contre 27. On comptait. La mortalité augmentait d'une façon affligeante. qui n'en a que 6.022 habitants. 22 habitations et 14. 2. dont 552 libres (107 Européens). 1847. qui se partagent le reste. 10.315 esclaves. 16. 495. 1846.000 individus sur 26. 209.000. 5. C'est donc un total de 43.315 Européens). De 1807 à 1815. ρ 195. avaient fait. religion officielle.000. . 1843. 1. les moraves.144 esclaves l. p. qui réunit 13. 291. p. le luthéranisme.462 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. à Saint-Jean.000 étaient morts. à Saint-Thomas. p. que 16 avaient fait retour à l'Etat. 257 .707 libres (5. et presque tous les ans le chiffre des décès l'emportait « Revue coloniale.943 esclaves. faute de pouvoir lui rembourser ses avances. 76 appartenaient à des maîtres qui ne résidaient pas dans la colonie. De lourdes hypothèques grevaient une grande partie des autres habitations. 157. la ruine des colons. À la même époque. 1845. envoyé par son gouvernement en 1841. Un officier général de la marine danoise. les méthodistes. les souffrances de la population esclave.475 habitants.000. Dahlerup. p. 10. depuis 1814. Celte population est divisée en sept cultes : le catholicisme.000 âmes environ. 1848.178 habitants. le journal le Fœderlandet (2 avril 1841) assurait que sur 151 habitations. dont 8.

COLONIES DANOISES. malgré des règlements décrétés en 1810. par une . Heureusement. par un édit royal du 5 février 1755. Plus heureusement encore. qui. Ce résultat était dû en partie à l'extinction des sentiments de la famille dans le cœur des esclaves. il trouva dans le major général Van Sçholten. peu de temps après la prise de possession de Sainte Croix.400. un homme intelligent et résolu. et en partie aux travaux excessifs dont ils étaient surchargés. qui se remarque dans tous les pays à esclaves. 463 sur celui des naissances.100. mais rarement exécutés. 11 en était de même à SaintJean. Les esclaves faisaient pour s'évader les tentatives Tes plus désespérées.400. gouverneur général des Antilles danoises. le gouvernement danois. ce qui prouve que le travail imposé aux esclaves avait augmenté : 1815-1824 (dix ans) 25.000 livres 1825-1833 (neuf ans) 24.000 » La culture du sucre devenait d'ailleurs de jour en jour moins productive. qui ne prenaient aucun soin des vieillards et des enfants. résolut de bonne heure de préparer l'émancipation et d'améliorer le sort des esclaves.000 1854-1841 (huit ans) 21. toujours inspiré par l'esprit généreux qui valut à Christian VII l'honneur d'être le premier souverain de l'Europe qui ait aboli la traite (Ordonnancedu 16 mars 1 792). à cause de l'épuisement du sol. comme il s'en était réservé le droit-. Les exportations de sucre de Sainte-Croix n'avaient pas baissé avec le chiffre de la population.

l'entretien. Jusqu'en 1845. dans le but d'obtenir. Depuis cette époque. et de préparer une loi sur le travail.464 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. les jours de liberté. les mesures prises eurent seulement pour objet l'amélioration du sort des esclaves. sage et ferme direction. et une autre contre le vagabondage. la discipline des esclaves. le gouvernement danois négociait avec l'Angleterre. Le mot de non-libre remplaça désormais celui d'esclave. le logement. la discipline des ateliers. toutes les mesures tendirent sans détour à l'émancipation. Pendant ce temps. sut préparer et hâter l'heure de la liberté. Le Conseil de gouvernement fut mis en posses- . Le 22 novembre 1834. de constituer une juridiction exceptionnelle pour les causes entre les maîtres et les esclaves. Un règlement général du 7 mai 1858 détermina les tion rachat forcé fut constitué à partir du heures de travail. le pécule légal. qui est celle de l'abolition de l'esclavage par l'Angleterre. et un rescrit royal du 22 novembre 1834 prescrivit au gou- vernement d'établir le rachat forcé. les soins dus aux esclaves. des droits moins élevés à l'importation des sucres de ses colonies. le gouverneur général mit à exécu- toutes les instructions qui lui étaient confiées. S'entourant de comités choisis parmi les planteurs les plus honorables. après l'émancipation. eL un comité fut nommé pour régler ce qui concernait la nourriture. d'interdire les ventes publiques d'esclaves cl la séparation des enfants en bas-âge de leurs parents. C'est par des affranchissements partiels qu'on espérait d'abord y parvenir peu à peu.

Ainsi. dix jours avant. et le concours des divers clergés à l'œuvre de l'éducation morale fut vivement réclamé. Image exacte empruntée au régime de l'esclavage. Une ordonnance contre le vagabondage et sur l'organisation de la maison de répression parut le 10 mai 1858. elle autorise pourtant encore la peine du fouet. L'observation 465 du di- manche fut imposée (20 décembre 1836). les règlements doivent intervenir en toutes choses. mais en abolissant « les coups de tamarin ou de tout autre arbre sur le corps nu.COLONIES DANOISES. le signal des cloches pour le lever et les repas. sion de la juridiction spéciale. ils en viennent à tout prévoir. 11). mais pour quarante-huit heures au plus. même infligée aux femmes. Huit écoles furent créées. la peine de l'emprisonnement solitaire au pain et à l'eau. pour intervenir dans tous les cas où pouvait se glisser l'abus. la coupe des herbes. une autre ordonnance prohiba la vente des esclaves sur les marchés publics. loi remarquable à deux points de vue : Animée des meilleures intentions envers les esclaves. » art. Elle approuve les règlements minutieux faits sur la hauteur des cases. Une loi du 1er mai 1840 ratifia la plus importante de ces dispositions. la loi est partout maîtresse quand elle n'est pas partout violée. les maîtres deviennent à leur tour de vrais esclaves. Tristes vestiges qui accusent les abominations du régime antérieur. la conduite des mulets. l'heure d'ouverture des moulins. de ce que serait la prétenI 30 . la fourniture des garcettes au bureau de police au prix convenable. et. la longueur du bâton du commandeur.

à Sainte-Croix. » . Enfin. Etait-ce possible? On va en juger. occupant 10. et compter que le temps écartera une solution importune. qui prescrivit l'observation du dimanche. ajourner. Le gouvernement. Conclusion ordinaire : ne rien faire. accorda aux esclaves le samedi.025 esclaves. ceux-ci consentirent assez volontiers. la majorité put donc se constituer. 65 habitations. s'abstenant de rien décider sur la concession d'un jour de liberté aux esclaves. occupant 6. due prévoyance universelle du régime du socialisme!: Il aurait pu sembler plus simple de s'en rapporter à la bonne volonté et à l'intérêt bien entendu des colons. adhérèrent à la proposition du gouverneur. parce que le rachat libérait précisément leurs meilleurs ouvriers.801 esclaves. et ils étaient d'avis que l'émancipation partielle était funeste. aux maîtres la remise d'un droit de capitation.466 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. avait chargé le gouverneur de s'entendre à cet égard avec les planteurs. À Saint-Jean. et 98 habitations. jusqu'à ce que l'éducation eût rendu l'esclave digne et capable de la liberté. Heureusement. leur opinion sur l'émancipation. Une mesure de transaction fut proposée et consacrée par la loi du 23 mars 1844. et que l'émancipation générale était impossible. Les planteurs de Saint-Thomas refusèrent toute concession. Les planteurs avaient exprimé. la couronne possédait 16 habitations. résistèrent. par la même occasion. et développa les écoles. 81 appartenaient à des Anglais.

une des principales craintes fut écartée. moyennant indemnité. retentissait jusqu'en Danemark. l'assemblée des états. ayant proposé aux États. qu'on évaluait à 2. L'opinion européenne. Le 28 juillet 1847. à la majorité de 37 voix contre 19. la proposition fut accueillie avec sympathie. mais ajournait à douze années la . M. en sorte qu'une indemnité pouvait être considérée par les planteurs comme un profit.COLONIES DANOISES. jour anniversaire de la naissance de la reine douairière. savoir : 10 à 12 livres sterling par esclave. 467 La Providence envoya aux esclaves d'autres secours que ce bon vouloir suspect.500. mit en demeure le gouvernement de présenter un projet de loi ayant pour objet l'émancipation complète.000 francs).000 de dollars danois (5. ébranlée par l'exemple de l'Angleterre et les projets de la France. Dès que le gouvernement anglais eut admis l'entrée des sucres étrangers.000. l'émancipation immédiate et simultanée. qui avait vivement sollicité l'émancipation. David. sans pouvoir arrêter la dépopulation. prix analogue à celui fixé par l'Angleterre pour les colonies similaires d'Antigoa et de Tortola (14 livres. assemblés à Rotschild. On n'eut donc pas lieu d'être surpris lorsqu'en 1840 un député. La décadence en était d'ailleurs arrivée à ce point qu'un esclave à Sainte-Croix rapportait moins que l'intérêt de sa valeur. Enfin les mesures du gouverneur Van Scbolten avaient amené un meilleur état moral. le roi Charles VIII rendit un décret qui abolissait l'esclavage. On ne s'engagea pas sur la question d'indemnité. 350 francs). Après un rapport favorable.

1844. causa dans les Antilles danoises une agitation que le contre-coup des événements de février 1848. se rendirent en corps à la ville. . sans armes et paisibles. mais qu'il était soustrait par les maîtres. porta au comble. qui donnait et retenait à la fois la liberté.10. 482. lurent heureux de devoir le maintien de l'ordre au major Van Scholten. pendant que ies esclaves lui devaient la liberté. en France. qui auraient mieux fait de s'y prêter de bonne grâce. et les planteurs. cessation du pouvoir des maîtres. et les anciens esclaves. la milice prit parti pour eux. et dix ou douze noirs furent tués. Mais ce décret. 210. col. furent soumis aux peines les plus sévères. janvier et juillet. en échange du droit de déposer ses mar« Rev. Le roi de Danemark confirma l'émancipation. qui pouvait devenir sanglante. 1846. le gouverneur proclama la liberté immédiate. Devant cette manifestation. persuadés que le décret pour leur émancipation était apporté. 2° Colonies suédoises!· L'île de Saint-Barthélemy. déclarant libres les enfants à naître dans l'intervalle.468 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. domptés. pour s'en assurer. Les noirs. à la Suède par la France. des troupes envoyées par le gouverneur de Porto-Rico tuèrent cent trente et un noirs. Mais ces malheureux événements rendirent plus impossible encore le retour de l'obéissance. en 1784. La révolte devint générale. p. Une collision eut lieu. II. cédée..1845. Les planteurs résistèrent. le 5 juillet 1848.

On évalue à 1. librement ouvert au commerce de toutes les nations. ne fournissant pas. pendant lesquelles son port. aux environs de la ville de Gustavia. Ce que nous avons dit suffit à démontrer que là.000 francs pour opérer le rachat successif des 531 esclaves. a fait d'immenses affaires. 469 chandises dans le port de Gothenbourg et de les réexporter sans payer de droits. le roi Oscar avait fait connaître aux Etats son désir de prononcer l'abolition de l'esclavage. . et leur mise en liberté est aujourd'hui complète. a dû quelque importance aux guerres maritimes. Quel a été le résultat de l'abolition de l'esclavage dans ces petites possessions? Il nous a été impossible de nous procurer les chiffres de leur production. Mais aride. assez d'herbe pour nourrir les 15 ou 20 chevaux de ses principaux habitants. Aucun écho n'a apporté depuis dix ans le bruit du désordre ou de la détresse de ces petites sociétés. que Sainte-Croix est une colonie florissante. En 1846. Dès 1844.700 le nombre de ses habitants : 531 étaient esclaves en 1846.COLONIES SUÉDOISES. elle mérite à peine le nom de colonie. la législature mit à la disposition du gouvernement une somme annuelle de 50. mais tout le monde sait que l'île SaintThomas est devenue un entrepôt riche et important.

l'esclavage n'avait produit aucun bien. et l'abolition n'a produit aucun mal. auraient exercé une influence plus nuisible et plus durable que l'heureuse mise en liberté de 25 à 30. un coup de vent. FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.470 ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. comme partout.000 créatures humaines. injustement asservies. Un ouragan. un degré de plus ou de moins dans la température. .

APPENDICE .

.472 COLONIES FRANÇAISES.

COLONIES FRANÇAISES. 473 .

716 12.925. 1849...... 1857 Exportations ..806........787.510 29.. 1851 Exportations . de 1853 à 1857 . des Importations et des Exportations des colonies Tableaux généraux du Commerce de la France.500 21. Exportations à toute destination. Importations .948.352..663.040. Importations de toute provenance 1848.973 46.. — ÉTAT COM en valeurs actuelles .959 441.277..382.281. Exportations .676 12. de 1848 à 1837 .524 36.117.645. Importations ..083. 1852 Exportation ..048 15.324 183. Importations . Moyennes décennales .174 30.2220 21.160 17.204.901... 1850 Exportations .367..773 31.437 24.505 20. TABLEAU C.942.. TOTAUX pour les cinq années. Importations ..770 47.258 27.437 30...082.221 35.... Importations . 24.436 44.505 25.360. Importaitons .. 1856 Exportations .734.676..907 27. TOTAUX pour les cinq années.282.321 44..432 57.832 18..474 COLONIES FRANÇAISES.774 22..393. 1853 Exportations .725 18.301. Importations .896 44... 1855. 1854 Exportations .247 60.104 Francs.155.392..737.346..111.070..594...406 257..111.760 27. Importations .188. 12.797 51. Moyennes quinquennales .211...558.. de 1848 à 1852 Moyennes quinquennales . Importations .732 . Exportations ..610 26.346.. TOTAUX pour les dix années.739 48. publiés par l'adminis Tableau n° 3.

461.959 53.049. .676.705.924.606.703 1.485.140. 22.100.108. 52. GUADELOUPE. ΡARAΤΙF françaises.427.112 7.007) 14.954.747 23.591) 12.777 57.546 21.729.771.774.379.400 13.056 ™·™ 3 18.324.510.705.115 Francs.079.676 39. .005.827 14. .296 1.475 COLONIES FRANÇAISES.5851 j Francs.965 4.672 22.290 15. GUYANE.278 1.878 7.671.261 10.909.415.748.474 .197. .570 99.057.346 4.080 33.012 54.561.475 1.920. d'après les tration des douanes métropolitaines et les états des douanes locales. pendant la période décennale de 1848 à 1857.703.102 30.120. RÉUNION.587 78.693 .708.912.829.400 40.742 1.020 45.655 18.075.460 26.978.672.056 25. .845 25.579 1.353 .412.876 11.400. .295 18.944 31.684.517.495.901 6.412 34. 1.701.525 11.957 2.071 39.445.675 1.471.455.242 5.276.778. 45.981. 10.897.822 4.507 34.549 19.665 7.438. .929.550 42.271.945.795.070.917 199.349.178 6.447 4.362 20.779 40.433.551 5.229.228 62.433 19.957 142.979.005.234.129.545 5.925 10.300 42.623.292.854.878.637.543.218 10.052.580.185.649 18.518 19.311 1 5.635 4.243 28.556.008 57.711.159 61.584.567.951 7.247.328 21 079 741 2.481) Λ 22. .615.086.325 7.646.606. .527 72.107 36.481 30.550.175 5.168.596 34.137. Francs.904.523.051 13.298.596.354 2.190.848. 173.517.300 4.012 74.415.705 555.094 23. 5.007.223.339 15.284.831.276 J 27.501.152 50.376 341.166.166 j 24.151 1.114 39.945 J J j J .364.046.308.150 361.907 2.

. . . . . . Tableau η· 4. . 3 3 3 3 5 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 5 5 3 3 3 5 3 3 3 3 3 3 3 5 3 3 5 5 3 3 3 3 3 3 » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » 88 94 84 73 116 91 111 95 102 90 91 87 76 82 78 78 72 77 65 61 (il 79 64 60 57 59 63 63 60 52 59 72 71 69 00 71 70 82 89 74 70 MOYENNES quinquennales du prix de revient. . . . . . . réél. . . . . . . . . . . . . . député de Litle. . . . . . . . . . . . 99 70 57 51 40 22 07 80 49 39 59 99 52 59 67 75 47 28 37 63 15 64 25 53 63 48 18 18 59 73 68 80 48 36 36 93 05 69 10. . . . . 156 162 151 139 187 159 181 161 172 168 159 155 142 149 144 144 159 141 130 126 119 158 129 124 122 124 128 129 124 116 122 138 132 125 1 10 128 130 144 153 137 136 37 41 65 19 15 64 70 52 13 50 54 03 60 10 97 97 01 70 80 25 » 75 75 75 75 25 50 25 80 30 33 34 58 17 93 74 11 93 27 75 04 141 146 136 125 168 144 164 145 155 152 144 139 128 134 130 130 125 129 118 113 107 125 117 112 110 112 115 115 112 104 111 124 119 113 105 116 117 130 138 124 122 10 58 87 61 91 il » 59 55 07 01 90 72 57 89 89 49 82 09 97 18 27 13 03 03 13 98 68 68 98 86 80 75 » 56 22 44 85 34 37 76 49 49 49 49 49 49 49 49 49 1!» 49 49 49 49 49 49 49 49 49 49 42 42 49 49 49 49 49 49 49 49 49 49 44 40 41 41 43 45 45 46 49 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 90 90 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 82 97 80 80 70 60 60 80 20 RESTE. . . . 60 88 60 08 37 11 91 91 41 01 50 09 85 . Kolb-Bernard. . . . . . . . Prix Prix décimes nominal. . . . . . . . . . . . ANNÉES. . . . 9! 07 87 76 119 94 114 90 105 102 94 90 79 85 81 81 75 80 68 64 64 82 67 63 60 02 66 66 63 55 62 75 74 72 63 74 73 85 92 77 73 00 08 37 11 41 01 50 00 85 57 51 40 22 07 39 39 99 32 59 47 28 37 63 15 53 63 48 18 18 48 36 36 93 03 70 42 74 25 74 57 56 Λ PRIX déduire pour frais de transport en moyenne réel de revient à l'entrepôt. . . . l'honorable M. . . . . . . . . . . . .476 COLONIES FRANÇAISES. . . . . . . . . . . . . . du droit sur la place de Paris afférent à l'année. . . . . . . 1830 1831 1832 1833 1834 1835 1836 1837 1858 1859 1840 1841 1842 1843 1844 1845 1840 1847 1848 1849 1850 1851 1852 1853 1854 1855 1850 1857 1858 1859 . . compris. . . . . . . . TABLEAU D SUCRE COLONIAL. . . . . . . . . . . . . 70 42 74 25 74 77 57 57 56 1 Je dois ces Tableaux à l'amicale obligeance d'un des premiers fabricants de sucre de la France. 1819 1820 1821 1822 1823 1824 1825 1826 1827 1828 1829 . . PRIX MOYEN MOYENNE par 100 kilos. .

1838 . . . . à partir de 1830. . ANNÉES. . dans les dernières années. . . représente la marge de l'abaissement des prix sur le sucre indigène. et s'élevant à 121 fr. parce que.477 COLONIES FRANÇAISES. . . . . . . 11 convient de prendre une moyenne. 1856 . 1843 . 9G c. les chertés et les baisses anormales qui se sont produits dans cette période par suite de circonstances diverses. 1832 . . afin de compenser tous les accidents commerciaux. MOYENNE PRIX MOYEN du droit par 100 J kilog. et 5 0/0 pour escompte. 1831 . . et s'élevant à 64 ft. 1859 . 5 0/0 pour tare. . . . . . . . . les 100 kil. 01 04 . . . . 155 1 19 119 128 124 115 418 » 104 95 105 88 84 85 87 83 76 05 51 61 70 65 59 58 65 65 73 80 67 69 52 20 55 22 72 75 01 » 45 78 47 98 55 58 95 17 57 28 85 58 31 59 42 31 07 41 05 OO 13 09 PRIX REEl déduire de pour revient au frais de transport fabricant en par moyenne 100 kil. . de la betterave. 1842 . . 1836 . 1853 . les 100 kil. . 1846 . 1854 1S55 . 1852 . omparée à la moyenne des quinze dernières années. du charbon. . tous les éléments de la tabrication avaient augmenté de prix. . . etc. 1845 . 1848 1849 . 1851 . SUCRE INDIGÈNE. 2 Le prix du sucre indigène n'a commencé à être coté à la Bourse qu'en 1850. 1835 . Ainsi de la main-d'œuvre. . 1859 . . . . 1844 . PRIX. . . . étendue à un grand nombre d'années pour la deuxième période. à partir de 1845. . 121 75 120 25 141 25 130 25 124 25 123 » 130 » 151 75 150 50 12!) 75 112 25 123 » 132 76 127 51 120 08 118 07 129 45 130 09 1 40 77 148 55 154 21 130 38 133 119 119 128 124 115 118 » 109 109 127 116 112 111 118 118 117 109 101 111 1 19 115 108 107 116 117 127 134 121 125 52 20 55 22 72 75 01 » 95 55 47 48 25 08 18 92 82 05 33 08 81 09 92 81 82 41 05 06 13 09 » » » a » » » 5 13 22 27 27 27 30 35 41 46 49 49 49 49 49 49 51 54 54 54 54 54 » » » » » » » 50 75 » 50 50 50 25 75 25 75 50 50 50 50 50 50 75 » » » » » Λ RESTE. 18302. . 1857 . . compris. 1858 . . 62 c. 1837 . . du noir animal. . sur la place de Paris afférent à l'année. La décroissance du prix de revient n'a pas pu suivre une progression régulière dans la pérideo de 1845 à 1859. 52 20 55 121 90 22 72 75 01 » 105 74 95 28 97 48 03 87 59 08 43 67 07 78 64 78 53 08 81 09 92 . 1833 . . . . . après défalcation de 2 0/0 pour trait. 1841 . . . . Prix Prix décimes nominal. . 1850 . .. . 1 47 70 132 08 132 22 142 » 138 20 128 20 150 74 Manque. . par suite des améliorations de la fabrication. La moyenne des six premières années. 1847 . . 1840 . . . 3 5 3 3 3 3 3 » « » » » » » M » 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 50 130 116 116 125 121 112 115 » 101 93 102 86 82 81 85 80 74 60 49 59 67 62 56 55 62 60 70 77 64 66 MOYENNES quinquennales du prix de revient. .64 62 81 57 91 55 56 ι 68 05 63 59 1 Le prix réel se déduit du prix nominal.. 1834 . . réel '. .

800 3.230 372. 1855 NOMS des POPULATION. 1765 La Dominique.442 55. .659.400 33.547.487.618. 1833 99. .200 693 22. . 1763 71.758. .925 14..865. . 1055 361.750 20. .000 3.712. ...000 28.275 488 22.975 La Jamaïque.285.650 .387. Totaux..400 2. .783.300 » » 320 2.100 324 2. 1008 La Barbade. 1684 Baie de Honduras. des des IMPORTATIONS. 1714 Ne se trouvent point comprises dans les tables statistiques. 1611 30.600 726.177.478 COLONIES ANGLAISES.500 1. .675 La Trinité.150| 11.723. 1663 75.775 2.812..751.000 85.137.875 Ile du Prince-Édouard.675 25.550 176.275 237 493..119. STATISTIQUE des colonies anglaises en Amérique.800 406 2.775 784 91.238. COLONIES. • · 2.000 408. .794 364. 1815 Iles Falkland. . CHIFFRES Les Barbades.980.699.825. 1652 7.. 1803 Sainte-Lucie. .825 3.250 665 4.975 Guyane anglaise.250 Les Bermudes.100 28.200 Montserrat.. 1763 1783 21.000 1. . .725 332 4.625 5..000 87.015. Ne se trouve point comprise dans les tables statistiques.000 wick Tababo .325 2. NOMBRE CHIFFRES des navires.144.. Nevis .205.000 27.296. . .374.458.660 194.245 . 1765 Saint-Vincent.200 214.425 1625 35.791.850 1.300 Iles Vierges. EXPORTATIONS.. . BUDGET.589 402. .812. 1028 10.025. .818. 1750 Ne se trouve point comprise dans les tables statistiques.775 Nouvelle-Ecosse.600 19. .502 754. 1623 23.208.900 3.500 Saint-Christophe.063.500 465.600 499.000 578.525 204. .700 352.525 76 934.795 25.400 » 26.616.519 6. 1797 39.500 134 192.900 1. .622 225.525 974.000 2. Canada .820.400 7. 1705 1.100 157 1.800 La Grenade.750 53 527.050 7.500 2.450 858 16. 1605 100.225 1.184. Baie d'Hudson et Vancouver.550 9..294.000 679.025 Terre-Neuve.200 432.402.150. .077 28. 1648 8.825 962 18. . 3. .800 398.101.250 1794 13.425 657 13. .826.075 206 4.525 Nouveau-Bruns1784 195. .375. .400 Antigoa .625 116 6.555.016.538.564.710 6..315 58.000 37.500 420 101. .

269 1.977 5. 1851.275 1.6ί7.914. .269 1..184.578 5.554 5. . d après les documents officiels.198.696 794.602 176.240 1857.064 1.069.837.303..885 3. 1.253 7.246 5. 2.166.257 1.321 1.155.. 5. Guyane.190 784.942.524.368 804. 2.262 9. qui.514 8. Total. celle du sucre étranger a diminué.378 584.008 — — — 438. pour cet exercice.095 2.261.325. 3. l'Inde.8511 5.858 7.363. Total général.630.337 5.761 1853.COLONIES ANGLAISES.341.585.055 761.058.787 7. officiels du commerce anglais ne distinguent pas. 2 747.564 1855.252.102 1.696.568.881 9. depuis 1851. 479 SUCRES IMPORTÉS de toutes provenances dans le Royaume-Uni..181. IMPORTATION GÉNÉRALE ANNÉES EN QUINTAUX ANGLAIS DE 51 KILOG. (Revue coloniale. 1.480 2.453 1.000.671.825 2.969 7..240 2. Antilles. la part des différentes Antilles.155 1856.259 — 483. .866 5.132 732.309 773.725.966 898.) .086.112.501 1 Depuis 1852. 2.890.289.857 — 185.290 1854. l'importation du sucre colonial a beaucoup augmenté.182 1.279.554 1852. Janvier et Février 1861.411. se présentait ainsi.847 672.329 1.012 — 511. 743.430 3.915 1. 5.820 — Dans les années 1859 et 1860. de de de a des Maurice.545 2.065.281 1. De Saint-Vincent De la Grenade De toutes les autres possessions anglaises des Indes occidentales. 100.554 2.145.129 5.501. des colonies ang aises (le l'étranger.010.761.122. p. les tableaux.022. dans l'importation générale.796 1858 2.961 1.640 quintaux métriques.593 125.390..225.379.800 6. ) de l'étranger et des colonies.08 5. Guyane comprise : De Demerary De la Darbade De la Jamaïque De la Trinité D'Antigua.662.932..226.

FIN DE L'APPENDICE DE LA ΡRΕΜΙère PARTIE. Quod dum perficere non posset. de qua regione vel terra essent adlati. At ille : « Bene. allndens ad nomen. t) Accedensque ad Pontificem Romana3 et apostolicæ sedis. et ad misericordiam Chrsti vocati. nam et angelicam habent faciern. c. par Mgr England. 1 Ce texte du vénérable Bede. At ille. potuere permittere. cum advenientibus nuper mercaloribus multa venalia in forum fuissent collata multique ad emendum confluxissent. laudem Dei creatoris illis in parlibus oportet cantari. Rursus interrogavit utruni iidem insularii Christiani. cedes. At ille intimo ex corde longa trahens suspiria :« Heu. quia etsi Pontifex concedere illi quod petierat voluit. » Responsum est quod Deiri vocarentur iidem provinciales. capillorumquoque forma egregia. mox ut ipse pontificatus officio functus est. p. non tamen cives Romani. quod tam lucidi vultus homines tencbraruni auctor possidet. de ira eruti. . » Bex provinciæ illius quomodo appellatur. Dictumque est quod de Britannia insula. inquit. mitteret : seipsum paratum esse in hoc opus. 144. Dicunt quia die quadam. proh dolor ! inquit. totaque gratia frontispicii mentem ab interna gratia vacuam gestat ! » Rnrsus ergo interrogavit quod esset vocabulum gentis illius. Dictumque est. Appendice η la page 352. ut aiunt. nondum enim erat ipse Pontifex factus. At ille : « Bene. quod essent pagani.ait : « Alleluia. rogavit ut genti Anglorum in Britanniam aliquos verbi ministros. Domino coopérante. cuius incolæ tales essent aspectus. per quos ad Christum converterentur. » « Quod habet nomen ipsa provincia de qua isti sunt adlati. perficiendum. 11. évêque de Charleston. lettre ix. et ipsum Gregorium inter alios advenisse ac vidisse inter alios pueros venales positos. est cité dans les Letters on domestic Slavery. et tales angelorum incœlisdecet esse cohæredes. inquit. an pagan is adhuc erroribus essent implicati. Quos cum aspiceret interrogavit. ut tam longe ab urbe recederet. vol.480 COLONIES ANGLAISES. Lib. I. Hist. peificit opus diu desideratum. si tamen Apostolico papæ hoc ut lieret. placeret. alios quidem prædicatores miltens. gent. Deiri. III. Responsum est quod Angli vocarentur. Angler. » Responsum est quod Aella diceretur. sed ipse prædicationem nt fructificaret suis exbortationibus et precibus adjuvans 1. candidi corporis ac venusti vultus.

LIVRE PREMIER. Depuis le rétablissement de l'esclavage par le Consulat (1802) jusqu'à la seconde abolition de l'esclavage par la République de 1818 32 CHAPITRE III. La Guadeloupe § 3.TABLE DES MATIÈRES DU TOME PREMIER. 1 II. . Abolition de l'esclavage par la République de 1848. — Division des chapitres suivants. DÉDICACE ET INTRODUCTION I IRE PARTIE RÉSULTATS DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. La révolution de 1848 aux colonies § 1. Résultats de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. . . . COLONIES FRANÇAISES. 100 107 § 4. CHAPITRE PREMIER. La Martinique 93 93 CHAPITRE § 2. 76 CHAPITRE IV. L'abolition de l'esclavage par la Convention et le rétablissement de l'esclavage par le Consulat (17941802). La Réunion. La Guyane I 112 31* . 89 CHAPITRE V.

II. la famille. § 1. Le café. Influence de l'émancipation sur la condition des classes affranchies CHAPITRB 351 387 III. le commerce.TABLE 482 CHAPITRE 117 VI. La religion. 158 § 1. CHAPITRE 285 . Colonies suédoises 468 . le salaire. la liberté commerciale CHAPITRE IV. Les lois CHAPITRE VII. .. CHAPITRE . le cacao. . L'indemnité 145 CHAPITRE 128 CHAPITRE X.·. la propriété. La population. Après l'abolition de l'esclavage . . La force militaire.. Le travail et l'immigration 399 399 § 2. le thé CHAPITRE 213 XII. · .. Résumé 311 326 LIVRE II. La justice 133 IX. Avant l'abolition de l'esclavage 1° La Guyane 299 2° La Martinique 302 3° La Guadeloupe 304 4° La Réunion 305 § 2. Résumé 416 449 LIVRE III COLONIES DANOISES ET SUÉDOISES. CHAPITRE XI La question des sucres La production. CHAPITRE VIII. l'état social 269 CHAPITRE XV. L. 187 183 § 2. Influence de l'émancipation sur les colonies. La question des sucres depuis l'émancipation jusqu'à la loi du 23 mai 1860 203 § 3. COLONIES CHAPITRE PREMIER. l'instruction 285 § 1. XVI. Colonies danoises 461 II. La production. . La question des sucres avant l'émancipation. la loi des sucres. Le pacte colonial 258 CHAPITRE XIV. Le travail et l'immigration 219 CHAPITRE XIII. L'esclavage en Angleterre et dans ses colonies jusqu'au bill d'émancipation du 28 août 1833. ANGLAISES.

DES MATIÈRES. 483 APPENDICE. Prix du sucre colonial de 1819 à 1859 474 476 Prix du sucre indigène de 1830 a 1859 477 COLONIES ANGLAISES. d'après les tableaux publiés par l'administration des douanes. Statistique des colonies anglaises en Amérique 478 Sucres importés dans le Royaume-Uni depuis 1831 479 Texte latin relatif à la 480 conversion de l'Angleterre au christianisme. COLONIES FRANÇAISES. d'après les relevés publiés par le ministère de 472 la marine État comparatif des importations et exportations de 1848 à 1857. Tableaux des importations et des exportations des colonies françaises avant et après 1848. FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DU TOME PREMIER .