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L I V R E IV
ÉTATS-UNIS

D'AMÉRIQUE

I N T R O D U C T I O N

11 est rare que les États-Unis d'Amérique soient, en
Europe, jugés avec impartialité. Comme cette grande
nation est la seule puissante république fondée dans
les temps modernes, les hommes monarchiques n'en
veulent pas dire de bien, les républicains n'en osent pas
dire de mal. Les premiers notent avec soin et signalent
avec éclat tous les défauts, tous les scandales ; ils les pré­
sentent comme continuels et logiques. A leurs yeux, la
patrie de Washington est une société tumultueuse et
exécrable, ouverte à l'esclavage, à la polygamie, à l'a­
théisme, résidence tranquille ou refuge hospitalier des
banqueroutiers et des voleurs ; une société fondée par

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L'ESCLAVAGE.

4

une poignée de dévots pour aboutir à une horde de fli­
bustiers. Les autres, non moins excessifs, exaltent les
merveilleux développements de cette nation sans voisins
et sans limites, enrichie par l'accroissement d'une popu­
lation qui fuit pour ses rivages les contrées trop étroites
de l'Europe; nation qui solde en excédant ses budgets
triple en vingt ans le chiffre de ses habitants et le
nombre de ses villes, ne connaît pas de distinctions so­
ciales et à peine la hiérarchie des pouvoirs, devance en
un demi-siècle les peuples qui comptent quatorze cents
années, et, parvenue à une grandeur égale avec plus d'a­
venir, peut être regardée comme la reine des temps qui
vont suivre et la terre de Chanaan de la liberté du
monde.
Les Etats-Unis se chargent de déconcerter tour à tour
leurs détracteurs et leurs courtisans. À la calomnie ils
1

Les recettes du Trésor, provenant de toutes les sources, durant l'année
financière finissant au 50 juin 1859, y compris l'emprunt autorisé par
l'acte, du 14 juin 1858 et les émissions de billets du Trésor autorisés par les
!o:s en vigueur, ont été de 81 millions 692,400 dolíais (410 millions de
francs) environ; cette somme, avec la balance de 0 millions 598,500 dollars
restant au Trésor au commencement de cette année financière, a fait pour
le service de l'année un total de 88 millions 90,787 dollars (440 millions
de francs).
Pendant l'année financière qui se termine au 50 juin 1859, les dépenses
publiques ont donc été de 85 millions 751,511 dollars 57 cents (420 mil­
lions de francs). Sur cette somme, 17 millions 405,285 dollars (90 millions
de francs), ont été appliqués au payement de l'intérêt sur la dette publique
et au rachat des billets émis par le Trésor. Pour toutes les autres branches
du service public pendant cette année financière, les dépenses ont été de
0G millions 540,220 dollars 15 cents (550 millions de francs). La balance
restant au Trésor le 1er juillet 1859, commencement de la présente année
fiscale, a été de 4 millions 539,275 dollars 54 cents (22 millions de
francs).
(Message du Président des États-Unis, 19 décembre 1859.)

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ÉTATS-UNIS

D'AMÉRIQUE.

5

répondent par de gigantesques progrès et par l'accom­
plissement rapide de prodigieuses destinées.
Mais combien ne trompent-ils pas aussi les meilleures
espérances de leurs amis?
Pour moi, je tiens à conserver la sympathie qui con­
duisit la France à la guerre de l'Indépendance. Je conti­
nue à me représenter l'Amérique sous les nobles traits
que M. de Tocqueville a tracés dans u n des plus grands
livres de notre âge. Il faut en convenir pourtant, de
tristes événements sont venus assombrir cette radieuse
image. Évidemment, depuis un quart de siècle, l'estime
que portait l'Europe à l'Amérique a baissé

tous les

jours.
Depuis cette époque, même avant les derniers événe­
ments qui ont amené la séparation des États du Nord et
des Etats du Sud, chaque paquebot nous apportait les
échos de rixes grossières et de scènes honteuses : on tor­
ture un missionnaire, on assomme un sénateur, on divi­
nise une danseuse ; sous des noms stupides, des factions
désordonnées oppriment la liberté des votes; les hommes
de loi protégent scandaleusement des voleurs; les gens
du peuple brûlent un hôpital ; le commerce multiplie
ses fraudes, ses faillites et ses dupes ; toutes les jongle­
ries sont en honneur, tous les crimes sont en progrès, et
la patrie de Franklin semble devenue le tréteau de
M. Barnum.
On n'en saurait douter, la société américaine ren­
ferme des éléments permanents de perturbation morale;
elle est en proie à une de ces maladies dont on peut
mourir, ou, ce qui est bien pis, avec lesquelles on peut,

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6

L'ESCLAVAGE.

sans mourir, tomber, à l'exemple d'autres peuples, dans
une incurable dissolution.
Une des causes de cet état dangereux est assurément
l'effervescence naturelle d'une nation encore si jeune.
Soumise à u n e crise unique dans l'histoire, elle réunit
sous u n même nom, mais sous des constitutions indé­
pendantes et diverses, tous les extrêmes, depuis le mil­
lionnaire de New-York jusqu'aux chercheurs d'or de la
Californie, depuis l'homme d'Etat de Washington jus­
qu'aux aventuriers du lac Salé, les plus libres citoyens
du monde et les plus misérables esclaves. Sur un terri­
toire qui déplace tous les jours ses frontières, cinq ou
six races se remuent pêle-mêle, les dernières tribus des
Indiens reculent, les flots pressés des Allemands et des
Irlandais débarquent, et le maintien de l'ordre dans ce
chaos est confié aux lois les plus libres remises à la
garde d'un particulier en habit noir, sans liste civile et
sans armée.
Mais ces agitations prouvent aussi la vigueur du tem­
pérament; elles attestent assurément une forte dose d'es­
prit civique et chrétien chez un peuple qui leur résiste 1.
La maladie n'est pas là : ce n'est pas la fièvre de la
mort, c'est la fièvre de la jeunesse.
On peut, avec des publicistes distingués, signaler la
destruction des anciennes lois et surtout des anciennes
mœurs d'origine anglaise qui avaient présidé à la forma­
tion de ce monde nouveau. On peut alléguer encore
1

C'est ce qu'a si fortement et si éloquemment démontré l'illustre P.
Lacordaire, dans son discours de réception à l'Académie française (24 jan­
vier 1860).

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.

l'état

7

des croyances en u n m o m e n t de transition labo­

rieuse où les ames se détachent peu à peu du christia­
nisme dissident, sans m a r c h e r encore d ' u n pas résolu
l

vers le c h r i s t i a n i s m e complet de l'Eglise r o m a i n e .
2

3

Avec C h a n n i n g , avec S e n i o r , on peut signaler la folie
des spéculations et des agrandissements, la disparition
des g r a n d s h o m m e s d'Etat.
Mais toutes ces circonstances réelles sont des consé­
quences et non pas des causes.
La cause p r i n c i p a l e de ces m a u x et de tant d'autres, le
poison secret qui attaque les entrailles m ê m e s de cette
société et la menace de honte, de décadence et d e déchi­
rement, j e le n o m m e

l'esclavage.

P a r t o u t ailleurs, dans l'univers chrétien tout entier,
l'esclavage disparaît ou d i m i n u e ; aux Etats-Unis, il d u r e ,
il g r a n d i t , et, par le terrible ascendant de ses effets indi­
rects, il d o m i n e et il menace l'existence m ê m e

de la

nation.
On voulait le nier, on ne peut plus en douter aujour­
d ' h u i . L'œuvre de Washington est compromise, l'union
est déchirée, la Constitution est violée, le suffrage na­
tional est m é p r i s é , la g u e r r e civile est i m m i n e n t e . Quelle
est, j e le d e m a n d e de nouveau, l'origine d ' u n e telle cala­
mité? Quelle est la cause de la p l u s misérable décadence
au sein du plus magnifique développement?
C'est l'ESCLAVAGE.

1

1

3

Brownson's Quarterly Rewiew, Mission of America, 1857.
L'Esclavage, traduit par M. Ed. Laboulaye.
American Slavery, Edinburgh Rewiew, 1856.

8

L'ESCLAVAGE.

J'essayerai de tracer r a p i d e m e n t le tableau des p r o g r è s
et des ravages de ce fléau.
On p e u t , p o u r composer ce t a b l e a u , choisir

entre

deux m a n i è r e s d i f f é r e n t e s :
Ou bien analyser les lois, d é c r i r e les m œ u r s , calcule)
les forces de c h a c u n des États à esclaves de l ' A m é r i q u e
d u Sud, é t u d i e r les m a u x de l'esclavage d a n s la famille,
m o n t r e r q u e les lois d e v i e n n e n t m o i n s h u m a i n e s , les
croyances m o i n s solides, les m œ u r s p l u s
l'état matériel p l u s c r i t i q u e , et r e n d r e

corrompues,

ainsi manifeste

q u ' u n m ê m e mal é b r a n l e à la fois d a n s ces Etats les lois,
les croyances, les m œ u r s , la richesse, c ' e s t - à - d i r e tout ce
q u i s o u t i e n t et tout ce qui compose u n e société r é g u l i è r e .
Ou bien exposer c o m m e n t la question de l'esclavage,
d é p a s s a n t les frontières des Etats à esclaves, d o m i n e et
c o m p r o m e t la confédération t o u t e e n t i è r e , c o m m e n t elle
e n est v e n u e à affecter l ' e n s e m b l e de sa p o l i t i q u e , la g r a n ­
d e u r de son rôle d a n s le m o n d e , la c o n c o r d e et la paix des
Etats q u ' e l l e r e n f e r m e , le d é v e l o p p e m e n t de ses m a g n i ­
fiques d e s t i n é e s .
La seconde m é t h o d e est plus n e u v e ; elle p r ê t e m o i n s
à l ' é m o t i o n , m a i s elle m è n e p l u s d r o i t à u n e conclusion
pratique.
C h e r c h e r à prouver aux h o m m e s q u ' i l s se n u i s e n t à
e u x - m ê m e s , c'est en g é n é r a l p e r d r e sa p e i n e , c a r ils se
croyent b o n s j u g e s de l e u r p r o p r e i n t é r ê t , et s'ils se
t r o m p e n t , s'ils se font du m a l , ce m a l , en les c h â t i a n t ,
les avertit assez. Les Etats à esclaves se m o n t r e n t peu
sensibles aux conseils q u ' o n leur p r o d i g u e , et ils r é p o n ­
dent : C'est n o t r e affaire !

É T A T S - U N I S D'AMÉRIQUE.

9

Vu contraire, il est juste d'accuser tout h a u t celui qui
fait fort à a u t r u i . Si le propriétaire d'esclaves nuit, nonseulement à l u i - m ê m e , non-seulement à la race infor­
tunée qu'il retient captive, mais à la confédération toute
entière, s'il avilit, par son obstination, l ' u n e des

pre­

mières civilisations du m o n d e , s'il précipite vers la g u e r r e
civile u n e société dont les développements furent incom­
parables, s'il viole le christianisme, s'il outrage la na­
ture, s'il est un obstacle au progrès du g e n r e h u m a i n ,
ce crime monstrueux crée contre

celui qui le commet

un droit légitime, et ce droit appartient à tout Améri­
cain, à tout chrétien, à tout h o m m e . Il n'est pas u n e
conscience qui ne doive, pour le dénoncer et le combat­
tre, se l i g u e r avec la justice de Dieu.
L'influence de l'esclavage s u r l'ensemble de la poli­
tique et de l'état social de l'Union a m é r i c a i n e ;
Les raisons alléguées p o u r le m a i n t e n i r ;
Les moyens proposés p o u r l ' a b o l i r ;
La crise s u p r ê m e de la séparation des Etats, à cause de
l'esclavage ;
Voilà tout le plan des développements qui vont suivre.

CHAPITRE

PREMIER

INFLUENCE DE L'ESCLAVAGE SUR L'ENSEMBLE DE LA POLITIQUE
ET DE LA LÉGISLATION DES ÉTATS-UNIS

$ 1. — D e l a constitution a u c o m p r o m i s du Missouri
(1787-1820).

P a r u n e coïncidence

frappante,

l'esclavage

et la

l i b e r t é , le m a l et le b i e n , n a q u i r e n t la m ê m e a n n é e ,
aux États-Unis.

C'est

n a v i r e la Fleur-de-Mai

dans

l ' h i v e r de 1 6 5 0 q u e le

d é b a r q u a i t au r o c h e r d e P l y m o u t h

une poignée d'hommes pieux, honnêtes,

intelligents,

a m a n t s de la justice et de l'égalité : ce f u r e n t les fonda­
t e u r s d e l ' i l l u s t r e nation q u i p r i t le n o m d'États-Unis d e
l ' A m é r i q u e . La m ê m e a n n é e , u n a u t r e n a v i r e , q u e l'on
croit h o l l a n d a i s , a b o r d a i t à J a m e s t o w n , e n V i r g i n i e , et
d é b a r q u a i t dix-neuf esclaves

n o i r s , les p r e m i e r s q u i

a i e n t touché et souillé le sol d e l ' A m é r i q u e d u Nord.
Ces d e u x puissantes influences d u r e n t e n c o r e et se p a r ­
t a g e n t toujours le pays. Des flancs d e la Fleur-de-Mai

il

l'escla­ vage existe dans tous les Etats du Sud. 2 Laboulaye. 5 1 . p. On trouve la m ô m e résistance dans u n e déclaration d u Congrès du 8 octobre 1774 3 1 Beverley. — Ch. Études sur l'escla­ vage aux États-Unis. History of Virginia. composée m a i n t e n a n t de près de 50 millions d ' h o m m e s . Les tristes passagers du vaisseau négrier ont eu 4 millions de successeurs. la convention de W i l l i a m s b u r g lui reprochait l'usage i n h u m a i n de la prérogative royale qui a empêché la Virginie de prohiber par u n e loi l'in­ troduction des n è g r e s . et l'usage d'employer des esclaves se propagea du sud au n o r d . Sumner. Dès le milieu du dix-septième siècle. t. 11 est sorti u n e des plus florissantes cl des plus libres n a ­ tions q u ' a i t vues le m o n d e .É T A T S . Il se propage plus lentement dans les Etats du Nord.U N I S D'AMÉRIQUE. 1859. Boston. Discours du 19 septembre 1860. Lacroix. En 1639. VIII des documents français. de Channing. Je dois la communication de cette curieuse collection de documents du dix-huitième siècle à l'obligeance de M. 3 Bibliothèque de l'Arsenal. Introduction à l'Esclavage. où jamais le n o m b r e des esclaves n ' a t t e i g n i t celui des h o m m e s libres. On ne peut douter que le gouvernement anglais n'ait vivement influé s u r l'importation des n è g r e s . La Virginie qui devait être le berceau de l'indépendance fut l aussi celui de l ' e s c l a v a g e . conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal. et en 1 7 7 0 2 . — P. L'exemple fut r a p i d e m e n t imité. La Virginie résista plusieurs fois. P. Documents réunis par Grégoire. Louvain. . Van Biervliet. on refuse déjà les droits politiques aux esclaves dans le Maryland. Les deux Carolines deviennent le m a r c h é principal de la traite. tandis qu'il le dépasse de b e a u c o u p dans le Sud. au n o m b r e des griefs a r t i ­ culés contre George III. ancien évêque de Blois.

ces Etats t r i o m p h è r e n t de l'in­ vasion. Le Massachusets. de l'exemple et de la pression de la m é t r o p o l e . W a s h i n g t o n affranchit ses esclaves p a r tes­ tament. dans la c r a i n t e d'af­ faiblir ou de r o m p r e le lien d e la fédération. ils n ' i n s i s t è r e n t pas. u n e loi i n t e r d i s a i t 1 i m p o r t a t i o n des nègres et celle des spiritueux . s u r les convictions des plus illustres pères de la liberté a m é r i c a i n e . Les i n t é r ê t s l ' e m p o r t è r e n t dès l o r s . c o m m e depuis. Après la déclaration d'indépendance. et le m o n s t r u e u x h y m e n de la liberté et de la servitude fut consacré. On déguisa c o m m e u n e action honteuse cette disposi- . Jefferson. la Pensylvanie. lorsque les i m m o r t e l s fondateurs d e la r é p u b l i q u e a m é r i c a i n e r é d i ­ g è r e n t la constitution du 17 s e p t e m b r e 1 7 8 7 . inhérents et inaliénables. le g r a n d j u g e J o h n Jay et t a n t d ' a u t r e s g r a n d s h o m m e s p a r t a ­ geaient le m ê m e s e n t i m e n t . Franklin écrivit c o n t r e l'esclavage. le Delaware. p u r e n t s'affranchir à peu près de la contagion. déjà si fragile. le Connecticut. Mais.12 L'ESCLAVAGE. il fallut l'abroger en 1 7 4 9 . Une majorité d ' u n e seule voix repoussa cette déclara­ tion. ayant u n besoin m o i n s i m p é r i e u x de travail­ leurs habitués au climat. » Jefferson voulut ajouter un article q u i c o n d a m n a i t l'esclavage. Soutenus p a r des p r i n c i p e s religieuxplus vifs. Dans la Géorgie. ayant p r o c l a m é en t e r m e s so­ lennels « que les hommes ont tous été crées égaux et doués par parmi leur Créateur lesquels de droits la liberté. loi qui la régit encore et a s s u r e au p e u p l e le p l u s nouveau du m o n d e l ' h o n n e u r de posséder l ' u n e des constitutions les p l u s anciennes. le Rhode-Island.

tous les hommes sont égaux . ne sera point prohibée par le Congrès avant er l'année 1 8 0 8 . édition Laboulaye. section IX.U N I S D'AMÉRIQUE. » En outre. cinquièmes de toutes » Voilà tout! « Un étranger. le vent de la liberté qui soufflait en E u r o p e se lit sentir en A m é r i q u e . devant lui. § 3 . On laisse prévoir l'abolition de la traite pour l'année er 1808 par ces mots de l'article I . mais sans que ceux-ci aient jamais voulu se soumettre au droit de visite. Dès 1780. section II. pourrait lire la Constitution sans soupçonner que l'esclavage existe parmi nous. mais l'Evangile n'en parle pas parce q u e . . 3 4 9 . Clay. les esclaves ne sont pas des hommes ! Heureusement. 13 tion dans le silence évasif d ' u n sous-entendu. disait 1 C h a n n i n g . enfin abandonné à la suite des conflits et des négociations diplomatiques de 1858. avant la fin de la guerre 1 Note sur une lettre à M. la Constitution se tait sur l'esclavage comme l'Évangile. Le mot d'esclavage ne souille aucun article de la Constitution. § 1 : « La migration ou l'importation de telles personnes mission peut paraître dont l'ad­ convenable aux États actuellement existants. » Ainsi. les États du Nord donnèrent un mé­ morable exemple.É T A T S . p. dans l'article I . En m ê m e temps. le m ê m e principe passa dans les traités intervenus en 1S14 et 1842 entre l'Angleterre et les Etats-Unis. qui distribue les représentants en proportion du chiffre de la population. devant elle. Le Congrès américain de 1794 prohiba la t r a i t e . la Constitution se tait parce que. on lit « q u ' a u n o m b r e total des per­ sonnes libres il sera ajouté trois autres personnes.

savoir : la Pensylvanie. Compendium.H a m p s h i r e .290 Maryland 90. le New-Jersey. Les d é n o m b r e m e n t s et les a n n e x i o n s 3 trente-deux les États de l ' U n i o n . III. 6 3 3 e n totalité. — Saint-Augustin.548 584. le New-York.622 (Helper. à cette é p o q u e . sous la conduite de Ribault. la V i r g i n i e . 2 plus d e 6 7 0 . les deux Carolines et la Géorgie. 0 2 0 . 1584. le Maryland.528 Caroline Nord » Géorgie Sud ont porté à 288. Mais. dans 1 ces six États s e u l e m e n t : 1 . s'établit en Floride. la Pensylvanie et le Massachusets vo­ t è r e n t l'extinction g r a d u e l l e de l'esclavage. Bibl. Tous les États situés a u nord d u Delaware i m i t è r e n t successive­ m e n t cet e x e m p l e . — Une colonie de protestants français. le N e w .14 L'ESCLAVAGE. t. 1565.) 2 Discours prononcé à Newhaven en 1790 par le révérend James Dana. le Connecticut. documenta anglais. le Massachusets. 5 4 0 esclaves . u n seul esclave d a n s sept États s u r treize q u i composaient o r i g i n a i r e m e n t la confédération. L'esclavage restait confiné d a n s les six a u t r e s États : le Delaware. la fédération comptait déjà.984 581.368 Virginie 472. en quel­ que sorte. 1607. et. — Premier établissement de la compagnie de Londres a Jamestown (Virginie. tableau 12. 3 Sans compter trois ou quatre territoires. — Sir Walter Raleigh obtient une patente et envoie deux navires à la côte qui reçoit le nom de Virginie. partagés e n t r e dix- Delaware 2. les extraits de naissance des États de l'Union : 1564.) . — Voici les dates. il n'y avait p l u s . fonds Grégoire. le R h o d e Island. de la révolution. du n o r d au s u d . a u recensement de 1 8 2 0 . tandis qu'en 1 7 9 0 elle n ' e n r e n f e r m a i t p a s . de l'Arsenal. fondée par Pedro Melendez.

il fallait une importation de 70 à 80. Il en concluait que. sans parler des êtres soi-disant libres. une valeur de 600.U N I S D'AMÉRIQUE..000. 0 0 0 livres de colon. la cession de la Louisiane par la F r a n c e .000 es­ claves demandés à l'Afrique tous les ans. d'êtres humains. on le comprend . On élève des nègres comme ailleurs on élève des chevaux. Voilà. de la Floride p a r l'Espagne. ce que produit le travail des pauvres esclaves! Mais voilà aussi ce qui produit. soit. 17 exportaità peine 2 0 0 . on a un mâle pour dix femelles. par tête. 0 0 0 d'es­ claves. Dana. et sans la t r a i t e .000 fr. Mais comment fournir à la demande de bras qu'elle 1 suppose. sans parler du riz. à d e s êtres h u m a i n s .500. du tabac et surtout du sucre. comment obtenir assez d'esclaves ? On y pourvut p a r la Traite clandestine. dans le discours de 1790 déjà cité.601. on pousse à la reproduction partous les moyens. st. puis on les 1 Le révérend J. à 50 liv.000 liv. 11 plaît à Dieu que nous retrouvions la solidarité h u m a i n e j u s ­ que dans les plus vulgaires détails. st. puis par un autre moyen abominable. ajoutèrent à celte prospérité. l'Afrique avait fourni près de 2 0 . 0 0 0 . II. ou 1. que les fabriques de Manchester emploient à lisser ce que des mains esclaves ont récolté ! Ce qu'un pareil commerce a d o n n é de développe­ ment aux Étals du Sud. et on frémit en pensant ce q u ' u n e pièce de cotonnade coûte de p e i n e .e s t i m eque. o n multiplie les produits.É T A T S . depuis le com­ mencement de la traite.000. l'élève des nègres. encourage et décuple l'esclavage.302 esclaves.pour recruter l'esclavage aux Étals-Unis et aux Indes Occidentales qui renfermaient ensemble 1. elle en exporte aujourd'hui pour plus de 600 millions de francs. à l'autre bout du monde. 2 .

5 9 1 .18 L'ESCLAVAGE. 5 2 8 esclaves et 8 9 4 . le Mis­ souri que 8 7 . ils sont reçus par la Louisiane. dans tous les Etals-Unis. 4 9 0 . qui produisent des bestiaux. Dès 1 7 8 7 . le Kenlucky. c o m m e nos d é p a r t e ­ ments. i n c o n n u e des anciens. en 1 8 5 0 . p e u p l é s de q u e l q u e s milliers de sauvage» en 1 1 7 9 0 . il s'élève en 1860. et cent fois plus odieuse q u e la t r a i t e . et habités p a r On évalue à 120. 9 8 1 esclaves contre 701. Pratique infâme. Le Kentucky et le Maryland sont les Etats où il s'en élève le plus. 8 0 0 blancs. vend. le Maryland. elle oblige à séparer la famille. 0 0 0 . 2 0 0 .000 par a n le nombre des nègres élevés et importés d'Etat à Etat à l'aide de cette infâme industrie. le Sud seul en possédait 3 . la Caroline du Nord. après la Virginie. l'Alabama. on a pourvu à la d e m a n d e de cette m a r c h a n d i s e a n i m é e . breeding 1 states . Ainsi le Delaware n'avait plus en 1850 que 2. qui n'a plus que 2 1 0 . Plusieurs États sont n o m m é s . Six g r a n d s États. 0 0 0 esclaves. Diminution analogue dans la Caro­ line du Nord.290 esclaves. à 4 . 3 6 4 . le Mississipi et les autres États à esclaves. 0 0 0 blancs. q u ' o n a fait baptiser.407» blancs. pays d'élève. Quelques-uns des États à élèves voient leur popu­ lation noire grandement diminuer par l'effet de la vente et l'immigration des blancs. 4 5 2 contre 5 9 2 . l'Arkansas. Le n o m b r e total des gens dé couleur était alors de 3 . Sans doute. il n'y avait pas 7 0 0 . 0 0 0 . La Virginie seule en vend de 40 à 5 0 . n o u s l'avons déjà dit. 0 0 0 pour plus de 100 millions de francs. Jefferson fit voter u n e loi qui organisa le territoire du nord-ouest de l'Ohio et déclara qu'il n'y aurait plus d'es­ clavage dans cette contrée. . car elle conduit à v e n d r e des enfants q u ' o n a vus n a î t r e . la Virginie qui a 4 7 2 . elle la transforme en un haras reproducteur ! P a r ces deux moyens et m a l g r é la mortalité qui d i m i ­ n u e en tous pays les races esclaves plus vite q u e les races libres. en 1 7 9 0 . la résistance du Nord a c o n t i n u é .

On sait que parvenu à 4 0 . 19 c i n q m i l l i o n s d'êtres libres en 1 8 5 0 . Deux fois la Chambre d e s représentants refusa l'annexion. erreur au delà ! » Le Sud accepta ce compromis qui lui assurait deux voix de plus dans le sénat. connu sous le nom de compromis du Missouri. dan­ sa constitution. mais en convenant par un compromis. 0 0 0 habitants.Enfin on admit le Missouri sur la proposition de M. et l'on p e u t c o m p t e r s e s p a s a u n o m b r e des l o i s et d e s m e s u r e s qui se s o n t s u c c é d é e s . que désormais on ne pourrait p l u s établir l'esclavage au delà d'une ligne parallèle tirée par 36 degrés 30 minutes de lati­ tude nord. l ' i n f l u e n c e d e s Etalé d u Sud a envahi la l é g i s l a t i o n . s e p a r t a g e n t aujour­ d'hui celle terre. Le Missouri avait. une grande controverse s'éleva à l'oc­ casion de l'annexion de l'Etat du Missouri. disait autrefois Pascal. à l'est et à l'ouest du Missouri : « Plaisante justice. Mais c'est la fatalité de celte d o u l o u r e u r e histoire que . Mais p e u à p e u . Clay. qu'une rivière ou q u ' u n e montagne b o r n e : vérité en deçà des Pyrénées. Le Nord l e vola par fai- M e s s e . — D u c o m p r o m i s du Missouri à l'élection du président B u c h a n a n (1820-1857) De 1818 à 1820. deux fois le Sénat la vota. admis l'esclavage. un territoire peut deman­ der son annexion comme État.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. $ 2. espérant que les immenses territoires de l'Ouest assureraient à la liberté la prépondérance dans l'avenir.

On sait q u ' i l y a deux s é n a t e u r s par État. § 3) a successivement porté à environ 9 0 . et q u e la loi qui le fixe tous les dixans. 11.20 L'ESCLAVAGE. ce fut à q u i formerait le p l u s tôt des États nouveaux pour g a g n e r d a n s les C h a m b r e s des voix nou­ velles et c o n q u é r i r la majorité. 0 0 0 . Il en résulte qu'un nouvel Etat ayant moins de 1 0 0 . er a r t . (Constitution. nouvelle occasion p o u r la m i n o r i t é de la population de faire pré­ valoir ses volontés. et que la m i n o r i t é de la nation p e u t ainsi d o m i n e r la majorité et tout paralyser. q u e l q u e soit le chiffre de la p o p u l a t i o n . la C h a m b r e des r e p r é s e n t a n t s choisit en volant encore par Etat (Constitution] re a r t . D'autre part. avaient été arrachés aux Indiens. q u a n d le can­ didat à la présidence n'obtient pas la majorité des voix. 11 faut lire l ' a d m i r a b l e lettre de ce g r a n d citoyen à M. Le . 0 0 0 habitants à p e i n e installés. Volé! Le mot est de C h a n n i n g . et u n r e p r é s e n t a n t s e u l e m e n t p o u r u n n o m b r e d ' h a b i t a n t s q u i ne peut ê t r e inférieur à 3 0 . 1 . c'est la violence . l'Arkansas. Le Texas fut volé au Mexique. sect. exerce a u t a n t d'influencedans le Congrès q u e l'Etat le plus ancien e t le plus peuplé. II. 1 . déjà le Mississipi. § 3). l'Alabama. 0 0 0 habitants. Clay s u r ce c r i m e . et l e s civilisés \ avaient établi la servitude i n c o n n u e des sauvages. La servitude et la l i b e r t é ayant ainsi c h a c u n e l e u r d o m a i n e . L ' i n s t r u m e n t de cette politique d ' a n n e x i o n . c h a q u e faiblesse a pour conséquence des c r i m e s i r r é m é ­ diables. sect. Dès lors on comprend l'intérêt e x t r ê m e q u ' o n attache à l'annexion de nouveaux Etats au Sud c o m m e des poids dé p l u s d a n s l'un d e s côtés de la b a l a n c e .

sous prétexte de le protéger. l'annexion du Texas était discutée dans les États du Sud et de l'Ouest. pour 20. c'est-à-dire la révolte d ' u n e faible mino­ rité d'habitants stimulés p a r des colons américains. c'est pour cela qu'on en veut. ne serait comme tel. Les t e m p s modernes n'offrent a u c u n 1 « L'annexion du Texas étendra et perpétuera l'esclavage. Et à qui donna-t-on la conquête? A ces citoyens valeureux p o u r prix de l e u r révolte coupable? Nullement . le Mexique.2 Des assemblées révolutionnaires de Texiens avaient concédé à des spé­ culateurs. touchent au s u b l i m e . il ne peut y avoir de doute. 21 Texas appartenait au Mexique. » etc. (Channing. dans les États mexicains. en secouant le j o u g de l'Espagne. P o u r ouvrir u n territoire nouveau 1 à l'esclavage . dissipé les forces mexicaines et fait prisonnier leur chef. Dans cette g u e r r e . avait. 509). On assurait qu'on pourrait y tonner jusqu'à neuf Étals à esclaves aussi grands que le Kentucky. n o b l e m e n t décrété que dorénavant introduit personne ne naîtrait esclave. Dès l'année 1829. donnant une leçon de liberté à la République américaine. . on alla au secours de ce qu'on appela p o m p e u s e m e n t l'indépen­ dance du Texas. . il n'y avait pas plus de 50 citoyens du Texas qui eussent des griefs à venger sur u n c h a m p de bataille.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIOUE.000 dollars. par l e u r é n o r m i t é . un prétexte à l'abri duquel les aventuriers venus d'une autre contrée ont accompli leur œuvre de p i l l a g e . . la prise du Texas par nos concitoyens a des droits à cet h o n n e u r . les Texiens ne sont q u ' u n n o m . 400 lieues carrées de terres publiques.. p. En ce point.. « Dans l'armée de 8 0 0 h o m m e s qui ont r e m p o r t é la victoire. On calculait la hausse qui serait ainsi produite dans le prix des esclaves. la géné­ reuse A m é r i q u e s'empara du territoire. . » « 11 est des crimes q u i . Or. 2 pour d o n n e r u n e proie aux spéculateurs .

Le Texas est le p r e m i e r pas vers le Mexique.. .. Il est temps de songer s é r i e u s e m e n t . elle a faits p o u r la cause de l ' h u m a -jité?.. Cessons d é s o r m a i s de crier : La paix ! la paix! notre aigle excitera sa faim et n e l'apaisera pas s u r sa p r e m i è r e v i c t i m e . Croyonsn o u s q u e l'Angleterre restera spectatrice d ' u n e m e s u r e q u i ressuscite la traite et a n n u l e les efforts q u e . ... notre pays e n t r e d a n s u n e c a r r i è r e d ' u s u r p a t i o n . depuis longues a n n é e s . Notre p e u p l e se jette en dehors des bornes de la civilisation et s'expose à r e t o m b e r dans u n état d e m i . à nous contenir. il flairera u n e p r o i e p l u s ten­ tante. .. L'annexion du Texas est le c o m m e n c e m e n t de conquêtes qui n e s ' a r r ê t e r o n t qu'à l'isthme de Darien. .Nous tirons va­ nité de notre accroissement r a p i d e .. u n s a n g plus e n i v r a n t à m e s u r e q u ' i l avancera au Sud. L'archipel des Antilles e n t r e r a nécessairement d a n s ces projets d ' e m p i r e qui 1 Channing. nous i n q u i é t a n t moins de con­ solider que d'étendre nos i n s t i t u t i o n s . . Est-il r é s i g n é à n ' ê t r e q u ' u n e victime p a s s i v e ? . p. . à moins q u ' u n e juste et sage Providence n e nous arrête et ne nous fasse r e c u l e r . Le pirate prend u n vaisseau. exemple de r a p i n e c o m m i s p a r des individus s u r une aussi large échelle. n o u s e n ­ tourons le golfe d u Mexique. de g u e r r e et de c r i m e .22 L'ESCLAVAGE. . Mais en ajoutant le Texas à la Floride. . 292. les celons et leurs l associés ne se contentent pas à m o i n s d ' u n e m p i r e . Ce n'est rien moins q u e le vol d ' u n Étal.b a r b a r e p o u r la gloire d'a­ voir de vastes possessions. fermement. » Écoutez encore ces paroles p r o p h é t i q u e s : « Par cet acte. . ..

Lorsque la paix fut conclue. l'annexion du Texas fut repoussée après u n e vive agitation et d'orageux débats. doit disparaître devant les Anglo-Saxons.. alors président. mais r e p r i s e p a r la C h a m b r e à propos du traité avec le Mexique. Il fut admis comme Etat à esclaves le 29 décembre 1 8 4 5 .. et la g u e r r e fut déclarée par M. soutenus par u n e armée envoyée en p l e i n e paix avec le Mexique. q u e les nations ont leurs destinées. dégradée du Mexique. Polk. . L'Angleterre et d'autres na­ tions de l'Europe verront-elles nos envahissements sans alarmes? « On dit. un an après le soulèvement des Texiens. . la Chambre des représentants vota à plusieurs reprises cette formule connue sous le nom de Proviso Wilmot. l'abandon de la Californie et du Nouveau Mexique fut consacré. et. Texas réclama contre le Mexique le territoire du le nou­ veau Mexique. Presque aussitôt les prophéties de Channing s ' a c c o m p l i r e n t . que la race mélangée. E n 1843. que les Indiens ont. au sujet de la p r o p o s i t i o n de M. elle futé c a r t é e p a r le Sénat. Arrière ces vils s o p h i s m e s ! Il n'y a pas de nécessité pour le crime ! » C h a n n i n g écrivait ces pages éloquentes en 1837. David Wilmot. par laquelle le C o n g r è s déclarait que les subsides nécessaires à la g u e r r e ne seraient accordés que sous réserve de la prohibition de l'esclavage dans tous les territoires qui pourraient être c o n q u i s . par les Etats-Unis. Une discussion pas­ sionnée s'étant élevée entre le Nord et le Sud. q u e le Turc stationnaire doit succomber devant la Russie. disparu devant les blancs .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE 23 grandissent tous les j o u r s . pro- .

il l'avait sauvée p o u r l ' h e u r e présente en r e n d a n t la g u e r r e inévitable p o u r un avenir peu é l o i g n é . et la constitution. lors­ qu'on 1850. Le Nord répondit par des meetings fu­ rieux. c'est-à-dire d a n s la ville de W a s h i n g ­ ton. clause qui avait été votée à l ' u n a n i m i t é . on adopta le c o m p r o m i s proposé p a r M.24 L'ESCLAVAGE. il menaçait de la r u p t u r e du lien fédéral. le nouveau Mexique était détaché du Texas qui recevait une i n d e m n i t é de dix millions de d o l l a r s . L'agitation e l l e s luttes a u g m e n t è r e n t . c o m m e Etat sans esclaves. C a l h o u n . fut adressé aux États du Sud par une convention des d é p u t é s et des sénateurs de ces États. on préparait a u t a n t de nouveaux dé- . Une loi sévère sur les esclaves fugitifs était p r o m i s e aux Etats d u S u d . devait être une soumise au Congrès. la Californie se constitua et demanda son 1 annexion. fois acceptée p a r eux. Clav. le proviso était é c a r t é . en cas de séparation. L'esclavage était m a i n t e n u (il a été aboli depuis) d a n s le district f é d é r a l . et le territoire séparé de Columbie. On avait t r a n s i t é s u r des droits sacrés c o m m e on l'eût fait s u r des intérêts v u l g a i r e s . les députés du Sud déposèrent u n e pro­ position tendant à déclarer q u e l'adoption des mesures projetées p a r les États du Nord serait considéré c o m m e opérant de plein droit la séparation. On ne craignit pas de discuter les bases d ' u n e nouvelle organisation. Clay le s a u v e u r de la paix p u b l i q u e . l'organisation des territoires nouveaux était re­ connue u n droit des h a b i t a n t s . Au congrès. aux termes d u q u e l la Californie était admise avec sa Constitution. On p r o c l a m a M. visoirement les nouveaux territoires d e m e u r è r e n t sans organisation. Un manifeste d ' u n e violence inouïe rédigé par M. De g u e r r e lasse.

il autorise le maî­ tre à p o u r s u i v r e et à faire saisir d a n s les Etats libres les esclaves en fuite. Introduction. on aggravait l'esclavage. Disposition odieuse. q u e r e m p l i r les obliga­ tions constitutionnelles.U N I S D'AMÉRIQUE. sans j u g e m e n t . rend les Etats libres forcément complices des Étals à esclaves. Laboulaye. débats au Congrès p o u r l'examen de celle constitution. 5 1 . est devenu. E n constituant en 1 8 5 4 les terri­ toires du Nebraska et du Kansas. on l'étouffé u n i n s t a n t . on effaça cette ligne bienheureuse au nord de laquelle on était l i b r e . qui viole le droit d'asile. sans appel. quand on jette de nouveaux aliments au feu. on abolit le compromis du Missouri. débats dans l'intérieur d u territoire avant la constitution . institution particulière. on déclara les h a b i t a n t s d ' u n territoire. 2 Le mol peculiar institution. en livrant son maître pour trente deniers. Tous ces maux devaient bientôt éclater a p r è s u n apaisement m o ­ m e n t a n é . P a r une loi s u r les fugitifs. bals à chaque nouvelle 25 demande d'annexion. p. Le bill des fugitifs fut voté en I N 5 0 . transforme les j u g e s en limiers de police et met la liberté de tout h o m m e à la merci de la dénonciation calomnieuse du p r e m i e r coquin v e n u . ce n'était pas u n traître. parfaitement leurs institutions libres d'organiser domestiques 2 eux-mêmes en respectant la constitu­ tion des Etats-Unis. Judas Iscariote n ' a fait. Comme l'a dit Théodore Parker 1.É T A T S . c'était un patriote ! On alla p l u s loin. 1 Cité par M. m e t à son service les officiers fédéraux et l u i livre le fugitif sans défense. par . puis il s'enflamme et il éclate plus impétueux.

q u a t r e ans contre celui q u i d o n n e r a i t asile à u n esclave fugitif. 0 0 0 h o m m e s du m ê m e État e n v a h i r e n t le s c r u ­ tin. On n'ose pas dire : Je défends l'esclavage. Mignet. contre celui q u i pousserait les esclaves à la révolte . Martin Chuzzlevitt. l'autre dans l'établissement du régime définitif appelé gouvernement d'État. le pseudonyme de l'esclavage. ou i m p r i m é . ou mise en cir­ culation d'écrits contre l'esclavage . m o i n s de 1.000 a p p a r t e n a i e n t au Kansas. Plus de 4 . Dudley Ting à Philadelphie. appelé gouverne­ ment territorial. partisan de l'esclavage. un certain député du Sud. la mort. t. 1 6 . des­ tin euphémisme hypocrite. lue le 50 juin 1858 à l'Académie des sciences morales. auquel on reproche d'avoir les mains tou­ jours sales. Que décida u n e législature ainsi installée? Elle d é c l a r a 2 q u ' o n n e pouvait être juré sans professer q u e l'esclavage était u n droit . Ed. 1 8 5 6 . il avait à élire u n d é l é g u é a u 1 congrès p o u r d e m a n d e r son incorporation c o m m e É t a t . l'honorable Elijah Pogram. Livingston. et de 5 . la mort. en a r m e s . répond: « Combien vous portez loin votre antipathie envers nos institutions particulières ! » 1 1 Extrait d'un sermon du Rev. (M. p. 5 0 0 votes r é u n i s . les habitants devaient élire l e u r législature territoriale. — q u e s o u t e n i r le contraire e n t r a î n e r a i t deux a n s de travaux forcés et q u a t r e ans p o u r tout écrit. Le 5 0 m a r s 1 8 5 5 . contre celui q u i l'aiderait à fuir et se cacher . Whitlield. bousculèrent votes et volants et é l u r e n t u n M. Mémoires. L'un consiste dans l'établissement d'un régime provisoire. Environ m i l l e hommes a r m é s d e s c e n d i r e n t d ' u n t e r r i ­ toire voisin. Le 29 novembre. C'est le 5 0 m a i 1854 q u e le territoire d u k a n s a s avait été autorisé. mais on s'écrie : Vous attaquez nos institutions par­ ticulières! Dans un roman de Dickens. Les conséquences de cet acte n e se firent pas a t t e n d r e . Il y a deux degrés d'initiation politique pour les pays annexés à l'Union. notice sur M. III. ) .26 L'ESCLAVAGE.

les dogues. » Des meetings de félicitation e u r e n t lieu dans le Sud. comme on comprend les é p â g n e u l s . elle envoya o r d r e au g o u v e r n e u r Walker de protéger avec quelques troupes le scrutin. s'écriait : « En vérité. qui. non loin des bancs où Washington et Adams avaient s i é g é . sénateur de la Caroline. qui lui asséna un coup de canne s u r la tête et l'étendit sans connais­ sance. Cet acte est bon dans sa conception. on nous c o m p r e n d tous sous la dénomination c o m m u n e d ' h o m m e s . Ce fut l'occasion du m é m o r a b l e discours du sénateur Charles Sumner. c'était acheter la célébrité à bon m a r c h é . m a i s les commet­ tre i m p u n é m e n t est monstrueux. au mo­ ment de l'élection d ' u n nouveau délégué au Congrès. Commettre ces crimes est odieux. car c'est deux j o u r s après avoir p r o n o n c é ce dis­ cours qu'il fut assailli. nous l'approuvons sans réserve. « Nous approuvons la conduite de M. parfait dans ses conséquences. au Sénat.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. It was a proper act. en protestant é l o q u e m m e n t contre ce c r i m e . L'autorité centrale intervint à p e i n e . and in the proper place. par M. Il ne fut pas exclu du Sénat. On vota au sénateur Brooks une c a n n e d ' h o n n e u r . le Richmond Inquirer. les roquets. les chiens-loups. écrivait le 12 j u i n . il en fut quitte p o u r une a m e n d e de 500 d o l l a r s . . m e i l l e u r dans son exécution. done at thè proper t i m e . violé une troisième lois à la fin de n o v e m b r e 1855. à sa place. Brooks. sous le m ê m e n o m de c h i e n s ! » Il ne savait pas si bien p a r l e r . 27 titution du droit do voter contre celui qui refuserait de jurer le bill des fugitifs. Brooks .

les votes ont suivi les voles. le 4 mai 1 8 5 8 . tantôt p o u r . » le Congrès a statué que le Kansas ne serait a d m i s q u ' a p r è s u n nou­ veau vote p a r lequel sa p o p u l a t i o n accepterait des conces­ sions m o i n d r e s . De semblables les affaires débats n'avancèrent pas beaucoup du Kansas. et. Le président a d é m e n t i . A la constitution du Topeka a succédé la constitution de Lecompton . Le message du Président (1858) raconte en t e r m e s diffus la suite de cette histoire e m b r o u i l l é e et s a n g l a n t e . le Congrès a voté p o u r le se­ cond. n'y a pas reçu u n e solution p l u s n e t t e . Les m e u r t r e s et les violences restèrent p r e s q u e i m p u n i s .28 L'ESCLAVAGE. portée au Congrès. Admettrait-on le territoire au nom­ bre des États avec sa constitution bâclée. La question. en sa q u a l i t é officielle. tan­ tôt c o n t r e l'esclavage : ceux-ci a n n u l é s à cause d u n o m ­ bre des abstentions. ceux-là attaqués p a r des protesta­ tions t u m u l t u e u s e s . équivalentes à celles faites au M i n n e sota. p a r u n acte que l'on a appelé le Compromis English. Le Congrès se réserve d ' a p p r o u v e r cette constitution s a n s i n t e r v e n i r s u r la question de l'esclavage. avant l ' a d m i s s i o n ? Le Président était p o u r le p r e m i e r avis. où elle a occupé deux sessions p r e s q u e entières. sauf à e n g a g e r le p e u p l e à l ' a m e n d e r ensuite d a n s u n e convention nou­ velle? ou bien exigerait-on q u e tous les a m e n d e m e n t s aient eu lieu d ' a b o r d . Se fondant s u r ce q u e le peuple du Kansas avait d e m a n d é p o u r l'entre­ tien des écoles c o m m u n e s le double de la quantité « de terres publiques qui aient j a m a i s été accordées aupara­ vant à a u c u n État e n t r a n t d a n s l'Union. confor- . la conduite q u ' i l avait conseillée c o m m e p a r t i c u l i e r . il a pris u n biais.

Le territoire c o m p r e n d . 29 mément au principe de n o n . pourront aussi bien q u e l'Etat de Virginie. ayant. 4 2 0 ? P o u r s'en assu­ rer. il est effrayé à la pensée que des hor­ des répandues sur u n e terre à peine défrichée. d ' é m e u ­ tes. 11 a dès lors à faire une troisième constitution. et le p e u p l e a rejeté la proposition du Congrès. pendant cette série de votes. brisées. il ajoute q u e le Sénat. à n o m m e r un vice-président des EtatsUnis parmi les s é n a t e u r s . un bon n o m b r e d ' h a b i t a n t s ont quitté cette terre si agitée. et que le r e c e n s e m e n t a u r a pour résul­ tai un nouvel a j o u r n e m e n t .U N I S D'AMÉRIQUE. et celui-ci pouvant devenir président en cas de mort du président pendant ses fonc­ tions. la fière Amérique du Nord est ainsi exposée à avoir pour chef de la confédération un citoyen sorti de l'urne si mal respectée du Kansas ou de l'Utah! Mais le Congrès adoptera-t-il ce parti? Le Kansas acceptera-t-il ce nouveau délai? Le recensement se passerat-il paisiblement? Voilà à quelles extrémités sont réduits . dans certains cas. oui ou n o n .É T A T S . u n recensement préalable est nécessaire.i n t e r v e n t i o n . connu sous le nom de bill d u Nebraska. Mais une nouvelle difficulté est soulevée par le mes­ sage présidentiel. Le vote a eu lieu le 2 août 1859. Le président propose au Conggrès d'étendre la m e s u r e d e s recensements à chaque territoire nouveau . de constitutions faites.i l . c'est-à-dire 9 3 . refaites et à refaire depuis 1854. il est assez probable q u e . or. le n o m b r e d ' h a bitants nécessaire pour élire u n m e m b r e de la Chambre des représentants. être admises à envoyer au Sénat des m e m b r e s .

. Toutes les a n ­ ciennes d é n o m i n a t i o n s des p a r t i s se sont effacées devant celle d e freesoilers 2 ou de partisans d e ce q u ' o n n o m m e p a r u n h o n t e u x d é t o u r les institutions particulières des 1 T. ceux du Sud sous le nom de Capital States. On désigne aussi les États du Nord sous le nom de Labour States. q u i r e s s e m b l e fort a u p r o l o g u e d ' u n e g u e r r e c i ­ vile. Mais les p a r t i s se servent d u n o m d u c a n d i d a t à la p r é s i d e n c e . I. enfin la con­ fédération tout e n t i è r e . de Tocqueville l'a p a r f a i t e m e n t dit : « Le choix du p r é s i d e n t n ' i m p o r t e q u e m o d é r é m e n t à c h a q u e ci­ toyen. un t e r r i t o i r e fertile et é t e n d u . c o m m e d ' u n s y m b o l e . M. » Toute la l u t t e .30 L'ESCLAVAGE. p. et p o u r q u o i ? p a r c e q u e le Con­ g r è s a laissé à débattre à des i n t é r ê t s grossiers la q u e s ­ tion d e savoir si des h o m m e s p o u r v u s d ' u n e â m e peuvent être esclaves ! $ 3. Depuis q u e la question d u K a n s a s est soulevée. est u n a u t r e i n c i d e n t fort significatif de ce l a m e n t a b l e d r a m e . u n e p o p u l a t i o n v e n u e p o u r t r a v a i l l e r et p o u r vivre.. e n 1 8 5 7 . B u c h a n a n . Depuis l'élection du président B u c h a n a n j u s q u ' à l'insurrection d'Harper's Ferry.Les Free-Soilers sont le parti républicain. L'élection. les É t a t s voisins. ils personnifient en 1 lui l e u r s t h é o r i e s .. . (1856-1860).. eut p o u r pivot la q u e s t i o n d e l'esclavage. et leurs adversaires sont les démocrates. 2 1 8 . c o m m e celle des élections p r é c é d e n t e s . le p o u ­ voir p r é s i d e n t i e l a c h a n g é d e m a i n s u n e p r e m i è r e fois. q u i a d o n n é la majorité à M.

osait écrire. Ils choisirent. » aux États mêlez pas des esclaves. il faisait partie de la conférence d'Ostende q u i e n c o u r a g e a l ' a v e n t u r i e r Lopez. il oscille entre les deux p a r t i s . a m ­ b a s s a d e u r à Madrid. sa lettre. au m o m e n t de l'annexion du Texas. » Il a p o u r devise de sa politique ce qu'on appelle ladoctrine 1 de Monroë . la constitution La première et la plus exacte formule de cette doctrine se trouve dans le message du président Monroë. avec ce M. Agé de soixante-six a n s . résu­ de l'Amé­ c'est-à-dire tout p r e n d r e et é c a r t e r les é t r a n g e r s . le 4 m a r s 1 8 5 7 . 1 8 2 5 . le 1 5 n o v e m b r e 1 8 5 4 . 31 É t a t s d u S u d . en p u b l i c et d a n s la presse. et les abolitionnistes ne le c é d è r e n t en r i e n à l e u r s adversaires. et c o m p r o m i r e n t ainsi au plus liant d e g r é la cause de l ' a b o l i t i o n . 2 V. 2 toujours i r r é s o l u . . dans les Débats du 23 septembre. disant aux États à esclaves : «Gardez vos esclaves. l'Amérique aux Américains. Enfin il est d ' u n carac­ tère vraiment diplomatique et. On sait q u e le succès d e m e u r a aux p a r t i s a n s de l'escla­ vage. s e c r é t a i r e d ' E t a t du président Polk. le p r é s i d e n t B u c h a ­ n a n . qui dépasse toute i m a g i n a t i o n . du 15 août 1 8 5 7 . mée e n ces deux formules : Américanisation rique . Les partis en sont a r r i v é s à u n d e g r é de violence. p u i s ambassa­ d e u r à Londres. Soulé. s e c r é t a i r e d'État. ce vieux d i p l o m a t e avait. Il était ou­ v e r t e m e n t c o n n u p o u r ses opinions favorables à l'annexion de C u b a . « de s'opposer à l'a­ bolition de l'esclavage à Cuba.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. la constitution du Nord : c< Ne cas 1 le permet. avant q u ' o n ait avisé à ce que eette m e s u r e ne soit pas n u i s i b l e aux i n t é r ê t s (lisez aux convoitises) des États-Unis. trois litres à celle faveur. o u t r e ses fa­ cultés é m i n e n t e s . a u q u e l M. Marcy.

1.32 L'ESCLAVAGE. se plie à ses moindres désirs. s'il n'est p a s r é é l u . 2 2 3 . L'élection d u Kansas n o u s a p a r u le tableau le p l u s exact des m œ u r s politiques à l ' i n t é r i e u r . p r o v o q u a n t p e u à peu l ' E s p a g n e . il n'est qu'un instrument docile dans les mains de la majorité. qu'à mesure surtout que le moment de la crise approche. il vole au-devant de ses volontés. que toute la politique de son administration tend vers ce point. ses d e r n i e r s m e s s a ­ ges p o s è r e n t p l u s h a r d i m e n t la p o l i t i q u e à l a q u e l l e il a m b i t i o n n e de m e t t r e la m a i n ou de laisser son n o m . tou­ » É l u à cause de ces q u a l i t é s et dans ces c i r c o n s t a n c e s . on a p o u s s é loin. l'intérêt individuel se substitue dans son esprit à l'intérêt général. Les messages du p r é s i d e n t B u c h a n a n en 1 8 5 8 . hait ce qu'elle liait. t â c h a n t de tenir égale u n e b a l a n c e q u i p e n c h e d e p l u s en p l u s du coté de l'es­ clavage. n'ayant c o n t e n t é ni m é c o n t e n t é p e r s o n n e . en A n g l e t e r r e et en 1 « Il est impossible de considérer la marche ordinaire des affaires aux États-Unis. les législateurs voulaient qu'il la guidât. 1 8 6 0 . soit à un souvenir reconnaissant. et il la suit. le p r é s i d e n t B u c h a n a n a vu passer les q u a t r e a n n é e s de sa présidence. 1859. aux États nouveaux : « Votez ce q u e vous vou­ drez. il aime ce qu'elle aime. On sait c o m b i e n les c o m m u n i c a t i o n s officielles des g o u v e r n e m e n t s d e l ' E u r o p e sont r e m a r q u a b l e s p a r l a net­ teté et la brièveté . que ses moindres démarches sont subordonnées à cet objet. ) . p. Rééligible. je me fie au jours scrutin. (Tocqueville. sont l'ex­ posé c a r a c t é r i s t i q u e de la p o l i t i q u e a m é r i c a i n e à l'exté­ rieur. sur pour redresser le remède tous les torts. américain. prévient ses plaintes. sans s'apercevoir que le désir d'être réélu domine les pensées du président. C e p e n d a n t le t e m p s é t a n t venu p o u r lui de sa créer 1 des titres soit à u n e élection n o u v e l l e . le défend.

le p l é n i p o t e n t a i r e . Les messages de 1 8 5 8 . B u c h a n a n . des faits. on comme découvrait d e r r i è r e une forêt touffue. il faut la patience et la résolution d ' u n explorateur des forêts vier­ ges. les du articles pro­ g r a m m e de politique extérieure d e M. A les p é n é t r e r . des chiffres. I 859 et I 8 6 0 . p o u r les mettre l ' E u r o p e et du repos de dans l ' a r m é e d e Macbeth. aux Étals-Unis sont des pièces i n t e r m i n a b l e s . trop peu c o n n u s . des m o t s . 3 .É T A T S . consiste à g a g n e r sans m e t t r e d ' e n j e u . m a i s dans un l a n g a g e q u i a g r a n d a i r . II. 33 Franco. L ' A m é r i q u e j o u é le rôle d e l'Autriche dans la g u e r r e d'Orient. les messages. Bien dif­ férents de ces d o c u m e n t s . Ce c o u r a g e n'est pas toujours r é c o m p e n s é . En Chine et au J a p o n . renferment des trésors et d e s modèles achevés. ou q u e l q u e ­ fois de ne rien d i r e . a profité des d é m o n ­ nations pour obtenir sans c o u p avantages p o u r la s i e n n e . Les cartons d i p l o m a t i q u e s . les m ê m e s 1 hors l i g n e . des lances et des glaives. à les c o n n a î t r e . sous la masse é n o r m e des sujets. 11 n'est pas sans cher. monotones et confuses. Conclu a qui Tien- Tsin le 18 j u i n 1858. de la plus parfaite l i t t é r a t u r e . à les traverser. avançant pas à pas et se faisant j o u r la hache à la m a i n . intérêt d'extraire et de r a p p r o ­ en relief.U N I S D'AMÉRIQUE. m é r i t e n t la peine d ' ê t r e analysés. l'art de tout dire en peu de mois. avec u n e habileté et une adresse strations de deux g r a n d e s férir. on découvre des déclarations d ' u n e i m p o r t a n c e i m m e n s e p o u r le monde. et ratifié par le p r é s i d e n t sur l'avis 1 Message de 1858. m a l h e u r e u s e m e n t fermés m ê m e après q u e les é v é n e m e n t s ont pris place dans l'his­ toire.

s'il était possible .j u s t e m e n t : « J a m a i s deux nations n ' o n t existé dans le m o n d e qui pussent se faire t a n t de b i e n ou t a n t de m a l . le traité a été reporté à P é k i n p a r M. m a i s elle est en voie d ' a r ­ rangement. 1 Message de 1859. On était résolu à u n a r r a n g e ­ m e n t à l ' a m i a b l e . » Il ajoute que. « les abordages r é i t é r é s des croiseurs a n g l a i s dans le golfe du Mexique et des m e r s adjacentes étaient d ' a u t a n t p l u s i n j u r i e u x et e n n u y e u x q u ' i l s étaient c o m m i s d a n s les e a u x naviguées par u n e g r a n d e portion du c o m m e r c e des Etats-Unis et q u e l e u r l i b r e f r é q u e n t a t i o n tielle à la s é c u r i t é du commerce est essen­ des côtes e n t r e les diffé­ r e n t s Etats de l'Union. il s'en félicite en disant t r è s . » Ce c o m m e r c e des côtes p o u r r a i t r a p p e l e r u n peu celui des côtes d ' A f r i q u e . On a confié à u n citoyen d i s t i n g u é de Kentucky le soin d'essayer pour la dernière fois d ' o b t e n i r justice du g o u v e r n e m e n t e s p a g n o l . un succès d i p l o m a ­ t i q u e notable en n é g o c i a n t l ' a b a n d o n d u droit de visite p a r l ' A n g l e t e r r e .34 L'ESCLAVAGE. j u s q u ' à p r é s e n t il n ' a pu être r é a l i s é .J u a n . avec l ' E s p a g n e . J o h n W a r d . en 1 8 5 8 . Les relations avec la. ni en 1 8 5 8 . . 11 n ' e n est pas de m ê m e . E n 1 8 5 9 . Le p r é s i d e n t a r e m p o r t é . et les ratifications ont été 1 é c h a n g é e s le 16 août I 8 5 9 à P e i t s a n g . du sénat le 21 d é c e m b r e suivant. ni en 1 8 5 9 . F r a n c e et la Russie c o n t i n u e n t à être amicales. u n e nouvelle difficulté s'est élevée p o u r la possession de l'île S a i n t . Quels sont d o n c les griefs d e p u i s cette affaire d u Black Warrior q u e le p r é ­ sident déclare de n a t u r e s'il n'y avait pas eu r é p a r a t i o n .

car enfin « Cuba est p r e s q u ' e n vue d e nos côtes. il ne le laissera p a s en­ vahir.É T A T S . p o u r des faits sur­ venus à Cuba. E c o u l o n s la suite : Il est fort d é s a g r é a b l e d'avoir à r é c l a m e r à Madrid. P u i s des fonctionnaires espagnols. où soit tolérée la . placés sous le contrôle du capitaine général de Cuba. Voilà Cuba mise en c a u s e . notre c o m m e r c e avec elle est b e a u c o u p p l u s considérable q u e celui d ' a u c u n e a u t r e nation. c o m m e s o n possesseur actuel. l'Union veut a c q u é r i r Cuba p a r h o r r e u r p o u r la I r a i le. » Un paysan n o r m a n d ne médite pas avec plus d'adresse le projet de r e c u l e r la b o r n e du c h a m p d u voisin. nen. dit le message. M. nos citoyens ont contracté l ' h a ­ bitude de relations personnelles q u o t i d i e n n e s et é t e n d u e s dans toutes les parties de l'île. la p h i l a n t h r o p i e . à l é g i t i m e r un appel immédiat 35 à la guerre? Ce sont des ré­ clamations p o u r les droits de d o u a n e i n j u s t e m e n t p e r ç u s . « C'est le seul point du inonde. Soulé q u e n o u s avons citée. p a r les mauvaises h e r b e s . si fort à sa convenance. ou p a r les m é t h o d e s a r r i é r é e s .m ê m e . Non. y c o m p r i s l ' E s p a g n e e l l e . il invoque la m o r a l e . Elle se rappelle la lettre à M. B u c h a n a n s'élève plus h a u t . et voyez quelle est l ' e r r e u r d e l ' E u r o p e ! Elle s ' i m a g i n e q u e le Sud convoite Cuba.U N I S D'AMÉRIQUE. si celuici refuse de lui vendre ce c h a m p si voisin du sien. à si l o n g u e distance et devant des m i n i s t è r e s qui. si fréquenté p a r ses enfants 11 a l l è g u e a u s s i l'intérêt de l ' a g r i c u l t u r e : ce champ sera mieux cultivé p a r ses m a i n s . ont i n s u l t é le d r a p e a u national. c h a n g e n t si souvent. p o u r q u e l'Union compte un État à esclaves de p l u s .

mais misérable. les infâmes et barbares chefs africains se feront la guerre afin de faire des prison­ niers pour approvisionner la traite. pourraient alors se développer par le tra­ vail industriel et fournir les matériaux pour un commerce légitime à l'étranger et à l'intérieur . traite desnoirs. dans le but de s'emparer d'esclaves pour approvisionner le marché américain. Ses misérables tribus seraient constamment engagées les unes contre les autres dans des guerres de pillage. nous pourrions raisonnablement espérer une amélioration graduelle eu Afrique. Tout espoir de civilisation en Afrique serait ainsi perdu. Les ressources de ce pays fertile. » Le message de 1859 r é p è t e ces considérations si phi­ l a n t h r o p i q u e s et si p i e u s e s : « Comme nation chrétienne. il ne saurait y avoir d'espoir de civilisation pour la malheureuse Afrique.36 L'ESCLAVAGE. si nous ouvrions de nouveau le commerce des esclaves. Les nombreuses victimes qui devraient être fournies transformeraient toute la côte d'où l'on tirerait les esclaves en un vé­ ritable enfer. et notre pays serait responsable aux yeux de Dieu et de l'humanité.. Cela donnerait à ce commerce une impulsion et une extension qu'il n'a jamais eues même d'ans ses plus beaux jours. » « Aussi longtemps que ce marché à esclaves restera ouvert.. Le principal motif de guerre entre les tribus cesserait par­ tout où il n'y aurait aucune demande d'esclaves. Aussi longtemps que la demande d'esclaves continuera à Cuba. à grands frais d'hommes et d'argent. Dans un pareil état de choses. nous sommes obligés de considérer quels maux souffrirait la malheureuse Afrique. de cette manière la chrétienté et la civilisa- . il est impossible que la lumière de la civilisation et de la religion puisse jamais pénétrer dans ces contrées de ténèbres. dans le but unique d'arrêter les négriers à des­ tination de cette île. » « D'un autre côté. s'il n'y avait plus à Cuba un marché pour l e s esclaves africains et que le monde entier fût fermé pour ce commerce. et nos traités avec la Grande-Bretagne nous obligent à entretenir sur la côte d'Afrique une force navale.

Nos relations avec l'Espagne. c'est par aversion de la traite des esclaves q u e le Sud b r û l e d ' a n ­ nexer un Etat à esclaves de p l u s ! A ces pieuses vues revient c e p e n d a n t se m ê l e r encore un s e n t i m e n t m o i n s é l e v é . est exposé au danger de se voir anéanti en temps de guerre. Jaloux. Avec celle île sous la domination d'une puissance étrangère. déjà e x p r i m é . et elle i n t e r r o m p t la m o r a l e : « Par sa position géographique. ce commerce. dit-il. On va m a r c h a n d e r Cuba . m a i s la faim parle plus h a u t . Telle était la situation relative des partis lorsque le grand Napoléon transféra la Louisane aux Etats-Unis. c o m m e on prie avant d e m a n g e r . » « Tandis que la possession de l'île serait d'une immense importance pour les Etats-Unis. sa valeur est comparativement peu considérable pour l'Espagne. d'une importance vitale.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. comme il le fut toujours. seront question tant que le gouvernement sa condition toujours en colonial de l'île restera dans actuelle. de l'honneur et des intérêts nationaux de la France. qui devraient être du caractère le plus amical. laquelle em­ brasse aujourd'hui la moitié d e s États souverains de l'Union. 37 tion pénétreraient graduellement et dissiperaient l e s ténèbres existantest. l'île de Cuba commande l'embouchure du Mississipi et le commerce immense (qui va en aug­ mentant chaque année) de la vallée de ce noble fleuve. p u i s u n e troisième fois. outre qu'il a été exposé jusqu'ici à des dommages et à des ennuis incessants en temps de paix. M. » La c o n s é q u e n c e se d e v i n e . Buchanan p a r l e des p r i n c i p e s de l ' A m é r i q u e avant d e p a r l e r de ses a p ­ pétits. personne dans le monde entier ne lui a imputé à blâme d'avoir a c ­ cepté une compensation pécuniaire pour cette cession. il r e p a r a î t u n e seconde fois. » N'en doutons plus : c'est p a r i n t é r ê t p o u r que l'Amérique veut l'Afrique d é p o u i l l e r l ' E s p a g n e .

M. confirmation de la même politique : « Je n'ai pas besoin de re­ produire les arguments que je faisais valoir dans mon dernier message en faveur «le l'acquisition de Cuba moyennant loyal achat. de vendre ce b e a u territoire pour 80 millionsM. qu'il eut 1 habileté d'accepter sur le-champ. Buchanan écrit à sa façon l'histoire de la capture du Texas et de la vente de la Louisiane. Quant à la Louisiane. ou obtenu par l'acte libre et spontané de 1 l'État du T e x a s . A moins d'une reconnaissance de cette politique. et ne leur laissèrent pour voisins que les Espagnols. imagina. liv. ) er . p. Decrès. Nous le devons à notre réputation nationale. du Mexique. On a vu si le Texas avait été libre et spontané. xvi. on sait que Napoléon 1 . o u l'enlever c o m m e u n a m o u r e u x enlève u n e j e u n e beauté ! « Mes prédécesseurs ont fait savoir au monde que les États-Unis ont à plusieurs reprises tenté d'acquérir Cuba de l'Espagne au moyen d'une négociation honorable. 38 à l ' E s p a g n e c o m m e u n c o u r t i e r m a r c h a n d e u n ballot de coton. de la F r a n c e . nous ne voudrions pas acquérir Cuba d'aucune autre manière. J'appelle encore votre sérieuse attention sur cette question. 1 M. 5 2 0 . Tout le territoire que nous avons acquis depuis l'origine de ce gouvernement a été loyalement acheté. de l'Espagne. Mon opinion à ce sujet n'a pas changé. qui rendit les Etats-Unis maîtres des Bouches du Mississipi et du golfe du Mexique. embarrassé pour défendre la Louisane contre l'agres sion probable des Anglais. Histoire du Consulat et de l'Empire. Les nécessités de la guerre et la détresse financière lurent d o n c les causes de cet abandon regrettable. venu pour régler la question du transit sur le Mississipi. C'est la con­ duite que nous tiendrons toujours. IV.En 1 8 5 9 . i. et ne voulant pas demander au crédit des r e s ­ sources pour la guerre. à moins circonstances quе nous autorisent clairement rieuse et omnipotente ne prévoyons pas à nous en départir de notre propre qu'il ne se présente aujourd'hui. Monroë. des et qui nous en vertu de la loi impé- 2 salut . il sera presque impossible d'ouvrir des négociations avec quelque chance raisonnable de succès? » . malgré la vive opposition de son ministre de la marine.L'ESCLAVAGE. (Thiers. au moment de la rupture de la paix d'Amiens (mars 1 8 0 5 ) . en j o i g n a n t ses destinées aux nôtres. fut très-surpris de cette proposition inattendue. Le puissions-nous.

. tout cela c o m p o s e u n e scène c o m p l è t e qui se t e r m i n e p a r u n trait ineffable : « C'est la c o n d u i t e q u e n o u s MOINS qu'il ne se presente risent à nous en départir. Si l ' a v e n t u r i e r Lopez eût été p r é s i d e n t . le président tient u n l a n g a g e e n c o r e p l u s clair. rien ici.U N I S D'AMÉRIQUE. ces offres p r o s a ï q u e s d ' a r g e n t et d ' é c u s s o n n a n t s . nationale. la m o r a l e invoquée a u m o m e n t où on s'y attend le m o i n s . eût-il écrit d ' a u t r e s p a r o l e s ? 11 est p r o b a b l e q u e .. q u i vient i n v o l o n t a i r e m e n t celle scène tinaie Louis XI de Casimir Delavigne. p u i s .. 39 L'astuce et la convoitise n e s a u r a i e n t i n v e n t e r u n l a n ­ gage p l u s h a b i l e et p l u s a u d a c i e u x . p l u s net. cause avec son c o m p è r e T r i s t a n s u r les moyens de r e p r e n d r e le traité et d e se d é b a r r a s s e r du comte : Tous deux sont à votre merci. celte i n s i s t a n c e adroite à étaler les séductions de ce q u ' o n convoite. où de traiter avec le d u c de B o u r g o g n e p a r l ' e n t r e m i s e d u c o m t e de N e m o u r s . E n vérité. non. on se de­ mande si on lit u n d o c u m e n t de l'histoire réelle ou u n e scène de c o m é d i e . On se rappelle d u second acte de le Roi. tiendrons toujours. L e s petits griefs r a s s e m b l é s .É T A T S . savoir au m o n d e . A des circonstances qui nous auto­ » Voilà ce q u e l'on fait. la m a l h e u reuse r é m i n i s c e n c e de l'acte libre et spontané ces protestations de fidélité à la réputation du Texas. d a n s l ' i n t i m i t é de ses conseils politi­ q u e s . puis : . — Respect au droit des gens! Non pas. 11 s ' i n t e r r o m p t p o u r p r i e r . et d e v e n a n t u n casus belli. p l u s p r a t i q u e . a m ­ plifiés.

et la proposition es! a d o p t é e à l ' u n a n i m i t é . si elle résiste.ê t r e .40 L'ESCLAVAGE. au d é ­ m e m b r e m e n t de la m o i n d r e p a r c e l l e du territoire e s ­ p a g n o l . et q u e . Mais. Car le message ne prévoit m ê m e pas d ' h é ­ sitation. son bien lui é c h a p p e r avec le p r i x . 11 ajoute qu'il n ' a été fait a u c u n e offre p o u r la vente de C u b a . même par la force. . E n f i n . Par les siens ou par lui lu peux être insulté? — Je le suis!— Défends-toi. Olozaga propose au Congrès d ' a d h é r e r à ces p a ­ roles.. Le président s o u m e t la q u e s t i o n au C o n g r è s . qui sait? sur la r o u t e — Il est fier! — Arrogant!. . que j e me trouve revêtu de la faculté de faire u n e a v a n c e au g o u v e r n e m e n t espagnol aussitôt a p r è s la s i g n a t u r e du t r a i t é . » Cependant. le cas échéant. il s ' o p p o s e r a . dit-il. r é d u i t e au rôle du v e n d e u r m a l g r é lui. le 4 j a n v i e r 1 8 5 9 . — Dans un bois écarté. q u ' i l r e p o u s s e avec é n e r g i e des p r o p o s i t i o n s si d é s h o n o r a n t e s . i n t e r p e l l é à la C h a m b r e des d é p u t é s . — Comptez sur moi ! — J'y c o m p t e . parée qu'il « peut d e v e n i r i n d i s p e n s a b l e au succès. » M. . le m i n i s t r e des affaires é t r a n g è r e s d é c l a r e q u e « le g o u v e r n e m e n t est disposé. à d e m a n d e r la satisfac­ tion v o u l u e p o u r u n e p a r e i l l e i n s u l t e .. Ainsi l ' E s p a g n e . sans a t t e n d r e q u ' i l soit ratifié p a r le S é n a t . que répond l'Espagne? Le 51 d é c e m b r e 1 8 5 8 . il s'é­ crie : « Si q u e l q u e r e p r é s e n t a n t d ' u n e p u i s s a n c e é t r a n g è r e venait à m e faire q u e l q u e offre a u sujet de l'aliénation . il affirme q u ' i l n ' e x i s t e e n t r e les Etats-Unis et l'Espagne a u c u n e m é s i n t e l l i g e n c e . . .. le m i n i s t r e r é p è t e ses d é ­ c l a r a t i o n s . verra p e u t . Au Sénat.

n i de c o n v e n a n c e . de Cuba. j e m ' e m p r e s s e r a i s 41 de l ' i n t e r r o m p r e dès les p r e m i e r s mots. Espérons mieux c e p e n d a n t .U N I S D'AMÉRIQUE. et je lui d i r a i s l'effet p r o d u i t p a r de telles insinuations s u r l'esprit des Espagnols. n e laisse­ ront pas d é p o u i l l e r cette n o b l e nation ! 1 A Cuba.o n ici? c o m m e n t sortir de cette collision? H é l a s ! j e c r a i n s fort qu'il ne soit p r o u v é u n e fois d e plus q u e la raison d u p l u s fort est toujours la m e i l l e u r e . La conser­ vation de l'île de Cuba n'est pas p o u r n o u s u n e question d ' i n t é r ê t . B u c h a n a n affirme. Qui t r o m p e . Est-ce bien la comparaison que devaient choisir des hommes qui ne rougisseiil pas de vendre et d'acheter d'autres hommes. les autorités provoquent des protestations. et de l'Espagne p a r l e u r territoire. et à qui précisément revient la honte d'avoir donné dans la langue humaine un sens et une appli­ cation à cette phrase : Vil troupeau d'esclaves? . tout ce q u e les Etats-Unis d e m a n d e n t . le m a r é c h a l O'Donnell le n i e . tout l ' o r qui p o u r r a i t être a m o n c e l é . seraient insuf­ fisants p o u r d é t e r m i n e r l ' E s p a g n e à faire le sacrifice d e ce g l o r i e u x reste des précieuses découvertes et des s u r ­ p r e n a n t e s et magnifiques conquêtes de nos aïeux.É T A T S . la corporation de la Havane s'indigne du projet de vendre des hommes libres comme un vil troupeau d'esclaves.t . L'alié­ nation de Cuba! mais c'est là u n e pensée folle q u i n e s a u r a i t venir q u ' à des personnes ne connaissant pas l ' E s p a g n e et n ' a y a n t j a m a i s p é n é t r é dans ses s e n t i m e n t s les p l u s i n t i m e s ! » Ainsi. tout l'Intérêt qui en p o u r r a i t résul­ ter. c'est u n e question de di­ gnité et d ' h o n n e u r . Dans une adresse à la reine. q u e les nations voisines de Cuba p a r leurs colonies. croyons q u e le d r o i t sera le plus fort. 1 l'Espagne le r e p o u s s e . tout ce q u e M.

l o r s q u e l ' A n g l e t e r r e et la F r a n c e retentissaient de r é c l a m a t i o n s triomphantes. à B o u r b o n . il est p r o b a b l e q u ' a p r è s les sacrifices de q u e l q u e s a n n é e s de transition la p r o s p é r i t é de cette m a g n i f i q u e colonie a u r a i t r e p r i s son c o u r s .D o m i n g u e . A u j o u r d ' h u i l ' E s p a g n e n e p e u t pas é m a n c i p e r : l'af­ f r a n c h i s s e m e n t serait le s i g n a l d ' u n e i n s u r r e c t i o n ou d ' u n e t r a h i s o n . Q u e l q u e soit l ' a v e n i r . Il est v r a i s e m b l a b l e aussi q u e les n o i r s . . c o m m e on e x p r i m e le j u s d ' u n fruit s a v o u r e u x . Ils o n t trouvé doux d'exploiter. ce p r é c i e u x reste des décou­ vertes d e l e u r s a ï e u x .42 L'ESCLAVAGE. ou b i e n les p r o p r i é t a i r e s d e C u b a . c o m m e à la J a m a ï q u e . les Espagnols se sont obstinés ou p l u t ô t e n ­ d o r m i s en r é p é t a n t l e u r acaben cuando p r o v e r b e : Que los esclaves se el tiempo los acabe ( l ' e s c l a v a g e sera d é ­ liant q u a n d le t e m p s le d é t r u i r a ) . t e n ­ d r a i e n t la m a i n à l ' A m é r i q u e du Nord. d o u b l e m e n t d é s i r e u x de g a r d e r l e u r s esclaves et de se d é b a r r a s s e r des f o n c t i o n n a i r e s et des i m p ô t s . Si l ' E s p a g n e avait suivi l ' e x e m p l e des n a t i o n s c h r é ­ t i e n n e s . à Maurice. si elle avait affranchi ses esclaves. et aussi bien m o i n s n o m b r e u x q u e les b l a n c s . ou b i e n les esclaves feraient de Cuba un n o u v e a u S a i n t . Au lieu d e cela. et t i r o n s d e ces é v é n e m e n t s les leçons q u ' i l s r e n f e r m e n t . et à p e i n e q u e l q u e s voix se s o n t élevées en E s p a g n e en faveur d e l ' é m a n c i p a t i o n . en g é n é r a l m i e u x traités d a n s les colonies e s p a g n o l e s q u e p a r t o u t a i l l e u r s . Or. se s e r a i e n t facilement g r o u p é s a u t o u r de l e u r s a n c i e n s m a î t r e s . d e p e u r q u e l ' e x e m p l e n e soit c o n t a g i e u x d a n s les États d u Sud . n e sortons pas de n o t r e sujet. celle-ci n e veut pas q u e l ' E s p a g n e é m a n c i p e ses esclaves.

43 e l l e p r o p o s e d ' a c h e t e r . A tout fata­ prix il faut s ' a g r a n d i r . n o u s l'avons déjà dit. et. relativement aux États indépendants situés au sud de nous sur ce continent. c'est à q u i a r r i v e r a le p l u s vite. c a r c h a q u e accrois­ sement d e t e r r i t o i r e a u g m e n t e l ' i n f l u e n c e d a n s le C o n - g r è s . Ecoutons e n ­ core les i n s i n u a t i o n s d u p r é s i d e n t B u c h a n a n : « Notre position. Notre position géographique. » Mexique. notre intérêt direct dans tout ce qui c o n c e r n e le lativement au continent devoir absolu.É T A T S . L ' E s ­ p a g n e est en q u e l q u e sorte e n f e r m é e d a n s u n c r i m e p a r un autre crime. Nous avons nourri les vœux les plus cordiaux pour le succès de cette toujours république et l'espérance de la voir. c'est u n e v é r i t a b l e c o u r s e aux t e r r i t o i r e s .U N I S D'AMÉRIQUE. Le M e x i q u e est faible et a g i t é . c'est le m o m e n t de tirer parti d e sa fai­ blesse et d e m e t t r e à profit ses a g i t a t i o n s . d a n s le vote p r é s i d e n t i e l . après tant d'épreuves. Aussi Cuba n ' e s t pas s e u l e m e n a c é e . et c'est un devoir envers nous-même d e protéger l'intégrité de son territoire contre l'intervention hostile d'aucune au­ tre puissance. d a n s les fonctions publiques. Le Nord et le S u d o r g a n i s e n t à la hâte et à l'envi des E t a t s n o u v e a u x . Pour les États-Unis. et notre politique bien arrêtée re­ de l'Amérique du Nord. d a n s le S é n a t .. elle se r é s e r v e de p r e n d r e . nous rement éprouver un profond intérêt devons nécessaire- pour tout ce qui concerne le bien-être et la destinée d'un si proche voisin. nous e n font un . Jusqu'ici nous ne sommes jamais intervenus. jouir enfin d ' u n e paisi­ ble prospérité sous un gouvernement libre et stable. et spécialement en ce qui touche ceux qui se trouvent dans les limites de l'Amérique du Nord. dans ses affaires intérieures. est toute particu­ lière. La frontière septentrionale du Mexique correspond à notre fron­ tière méridionale d'un océan à l'autre. l e m e n t poussés à un c r i m e p a r un a u t r e .. ils sont é g a l e m e n t p o u s s é s . directement ou indirectement.

il a p r o ­ testé c o n t r e la saisie des b i e n s et le b a n n i s s e m e n t d ' u n Américain . Le m i n i s i r e a m é r i c a i n (M. dit-il. « N'était cette espérance. n a t i o n a u x à n e p a s les a c q u i t t e r . par des dissensions civiles. si le p a r t i c o n s t i t u t i o n n e l l ' e m p o r t e . d i t le Message. se trouve réduit. d ' e m ­ p r i s o n n e m e n t et de p i l l a g e . s'il t r i o m p h e . « La vérité est que ce beau pays. Des c o n t r i b u t i o n s vexatoires ont été exigées. Toutefois. à r é p o n d r e aux r é c l a m a t i o n s à l'égard d e s ­ quelles on d é c l a r e q u ' o n a d é s o r m a i s « épuisé moyens tous les doux. o n le félicite volontiers la fin d e la l u t t e d'attendre Mais est-ce là tout ? « Il est. dès le l e n d e m a i n d e son t r i o m p h e .44 L'ESCLAVAGE. Forsyth) a e n g a g é s e .b i e n d e q u e l droit le prési­ dent B u c h a n a n se réserve la faculté d e ne pas r e c o n n a î t r e c o m m e l é g i t i m e le g o u v e r n e m e n t d u p a r t i a b s o l u . qui sé­ raient gardés еn gage jusqu'à la satisfaction de nos justes demandes. C'est u n e triste p e r s p e c t i v e p o u r le g o u v e r n e m e n t c o n s t i t u t i o n n e l q u e d'avoir. il a q u i t t é Mexico. » . Le président attend la fin de la l u t t e et e s p è r e j u s t i c e . un a u t r e point de vue q u i a p ­ pelle u n e action immédiate. gratifié d'un sol productif et d'un climat bienfaisant. Des citoyens a m é r i c a i n s ont été v i c t i m e s d e m e u r t r e . j'aurais recommandé au Congrès d< conférer au président les pouvoirs nécessaires pour prendre possession d'une partie des territoires lointains et inhabités du Mexique. » On n e c o m p r e n d pas t r è s . » Voilà u n conseil d ' u n e m o d é r a t i o n q u i s e m b l e l o u a b l e . à une сondition d'anarchie et d'impuissance presque irrémédiable ! Les r é c l a m a t i o n s p é c u n i a i r e s n e s o n t pas payées.

U N I S D'AMÉRIQUE. et p e u t ê t r e u n obstacle a u x voyages de la m a l l e . Est-il possi­ ble qu'un tel pays soit abandonné à l'anarchie et à la ruine sans qu'il soit fait quelque effort pour le délivrer et le sauver? Les nations com­ merçantes du monde. laisseront-ils cet État voisin se détruire lui-même et les m i ­ ner ? Sans appui. Ce défaut d e s é c u r i t é e n t r a v e la c o l o n i s a t i o n de l'Arizona. . précise. qui doivent avoir avec le Mexique le plus grand nombre de relations com­ merciales. . et y établisse des postes militaires. écrit M. il possède un vaste territoire. » aussi p r o t e c t e u r de la T u r q u i e . 45 S u r la f r o n t i è r e s u d . ce mot protéger sortira du l a n g a g e des honnêtes g e n s p o u r d e m e u r e r à l ' u s a g e spécial des d i p l o m a t e s . Le m e s s a g e de 1 8 5 9 insiste.É T A T S . qui ont tant d'intérêts engagés au Mexique. u n sol fertile et il abonde en tré­ sors minéraux . le M e x i q e u e saurait reprendre sa position parmi . Ce protectorat pourra cesser aussitôt qu'il y aura dansées États mexicains des gouvernements lo­ caux capables de remplir leurs devoirs envers Protéger! Le czar voulait être les Etats-Unis. prospère et floris­ sante. la T u r q u i e p r o t è g e les p r i n c i p a u t é s . c'est que le gouvernement des États-Unis assume un protectorat tempo­ raire sur les parties septentrionales des Etats de Chihuahua el de S o ­ nora. et de p l u s en p l u s les i n s i n u a t i o n s d e v i e n n e n t t r a n s p a r e n t e s : « Le Mexique devait être une république riche. il y a p e u de b l a n c s et des bandes d'indigènes qui profitent de l'anarchie p o u r piller. Avant peu. il occupe une importante position entre le golfe et l'Océan. resteront-elles indifférentes à ce résultat? Les Etats-Unis surtout. d a n s les États m e x i c a i n s de C h i h u a h u a et de S o n o r a . à cause de ces roules de transit et de commerce. qu'un remède à ces m a u x . Buchanan. . « Je ne vois. et l'An­ g l e t e r r e exerce le p r o t e c t o r a t des îles I o n i e n n e s .o u e s t .p o s t e r é c e m m e n t é t a b l i e e n t r e l ' A t l a n t i q u e et le Pacifique.

C'est surtout à Mexico et dans les provinces avoisinantes que des citoyens américains ont souffert. c'est au gouvernement des Etats-Unis à la lui donner à raison de son voisinage immédiat. p o u r obtenir des indemnités et des garanties ! . non. C'est e n vain que nous de­ manderions au gouvernement constitutionnel de Vera Cruz le remède à ces maux. et en raison met pas l'intervention d'une dans les affaires intérieures de notre politique. à employer militaires en état d'entrer des forces dans le Mexique p u r obtenir l'indem­ nité du passé et la garantie de l'avenir. tout quelconque Le monde e n t i e r citoyen américain en doit être ému. qui s'y dis­ putent le gouvernement. Un gouvernement qui ne peut ni ne veut réprimer de tels attentats déserte tous ses devoirs. » « Le Mexique est un navire s'en allant à la dérive sur l'Océan et gouverné seulement par les passions des partis contraires. sauver. connaît déjà tous nos griefs contre le Mexique. niais dans le cas où cette assistance nous ferait défaut. bon voisin. mais il est impuissant à nous rendre justice. Il faut pénétrer du pays pour trouver les coupables. » Que d i r e de ce bon voisin assister.46 L'ESCLAVAGE. délivrer. il est bien disposé. les nations ni entrer dans une carrière féconde en bons résultats. puissance qui n'ad­ européenne de cette république. demande à faire e n t r e r dans l ' i n t é r i e u r des forces m i l i t a i r e s q u e le p r o t é g é n e d e m a n d e pas? p o u r le s e c o u r i r ? Non. Voilà pourquoi je recom­ mande au Congrès d'adopter une loi autorisant le président. q u i . dans l'intérieur Nous pourrions requérir et o b ­ tenir l'aide du gouvernement constitutionnel . Celte assistance exigée à la fois par son intérêt et par celui du commerce en général. il est à croire que d'autres le feront. le gouvernement des États-Unis ne doit-il pas lui tendre une main secourable pour le piloter? Si nous ne le faisons pas. et qu'en der­ nière analyse force nous sera d'intervenir à notre tour dans des condi­ tions plus difficiles. piloter. d a n s le b u t de un Etat sans appui. il est de notre devoir de donner à nos compatriotes une protection suffisante. dans des conditions que le Congrès jugerait convenables.

V. traité que la France ne laissera pas. sous le plus beau ciel du m o n d e . par le prince Napoléon-Louis Bonaparte. le très-intéressant mémoire de notre compatriote. il est t e m p s q u e le cap Horn soit évité. la Nouvelle- Grenade. . qui occupent. San Salvador et H o n d u r a s . 47 le p r é s i d e n t B u c h a n a n conseille des m e s u r e s de p r o t e c t i o n . Ce p o n t .500 » De Cadix à Manille 2.400 » » » D'Amsterdam 1 à Yedo V. et tiennent e n t r e les deux parties de l ' A m é r i q u e la clef des deux m e r s et des deux c o n t i n e n t s .000 » A Canton A Sidney 2.600 lieues. aussi la savante brochure publiée en Angleterre (1846).400 A Canton 3.200 » De Bordeaux 1. de. aujourd'hui empereur des Français. u n obstacle a u x relations e n t r e tous les p e u p l e s . u n espace aussi vaste q u e la France. au c o n t r a i r e . est devenu. Sur un autre point encore.000 » De Londres à San Francisco 3. 1 Ainsi s e r o n t a b r é g é e s : La distance de New-York à San-Francisco. un traité singné le 1er mai 1858. A Yedo 3. c o m m e le cap de B o n n e . L ' E u r o p e c o n n a î t à p e i n e ces cinq r é p u b l i q u e s de l'A­ mérique centrale : Nicaragua.ÉTATS-UNIS D'AMERIQUE.400 » » Du havre à San Francisco 3. devenir une lettre morte. 1858). com­ m o d e e n t r e des voisins l o r s q u ' i l s c o m m u n i q u a i e n t seuls.E s p é r a n c e .800 2. ce p o n t s i n ­ g u l i e r q u ' o n n o m m e l ' i s t h m e de P a n a m a . . Belly (Paris. et q u ' u n canal perce l'isthme de P a n a m a c o m m e l ' i s t h m e de Suez. pour la concession d'un canal maritime par la rivière San Juan et le lac de Nicaragua. M. Costa-Rica. je l'espère. 5.500 » A Yedo 3. . qui a obtenu des gouvernements de Nicaragua et de Costa-Rica.200 2.

tout traité. a u c u n d é s o r d r e local. W a l k e r écrivait a p r è s sa défaite : « J e n e p u i s pas vivre assez p o u r voir la fin d e cette g u e r r e . p o u r le b a t t r e et le c h a s s e r . ce b u t q u e fut s i g n é . et p a r M. d e façon qu'aucun intérêt mesquin.48 L'ESCLAVAGE. c o m m a n d é s p a r le p r é s i d e n t Mora à Santa Rosa et à Rivas ( 1 8 5 5 ) . E l l e adresse aux r é p u b l i q u e s de l ' a n c i e n G u a t e ­ mala ce m o l des j e u x d ' e n f a n t s : Le p r e m i e r qui payera un bougera gage. le p a t r i o t i s m e des citoyens de Ni­ c a r a g u a et de Costa-Rica. On c o m p r e n d q u e l l e i m p o r t a n c e toutes les nations doivent a t t a c h e r a la n e u t r a l i t é de ces c o n t r é e s . tout m o u v e m e n t des Etats s o u v e r a i n s . il établit fort b i e n d a n s son message d e 1 8 5 8 les avantages de la n e u t r a l i t é de l ' i s t h m e . d e p u i s ce t e m p s . m a i s on p r e s s e n t q u e toute tenta­ tive d ' u n e a u t r e n a t i o n . L'a­ v e n t u r i e r W a l k e r n ' a pas été d é s a v o u é . Mais. q u e d ' i n t e r p r é t a t i o n s diverses ont été d o n n é e s à ce t r a i t é ! On a c o m m e n c é p a r d i s p u t e r a u x A n g l a i s leur a n t i q u e p r o t e c t o r a t s u r les Mosquitos. » Le p r é s i d e n t des Etats-Unis s e m b l e p r ê t à r e c u e i l l i r ce legs .U n i s . dont l'Union se c h a r g e de d e m a n d e r r é p a r a ­ tion. et il a fallu. le 19 avril 1850. m a i s j e sens q u e m e s c o m p a t r i o t e s n ' e n laisseront pas le résultai i n c e r t a i n . s a n s blesser p o u r t a n t les droits d e s o u v e r a i n e t é et la l é g i t i m e rémunération dans des États de l ' A m é r i q u e c e n t r a l e . C'est par M. B u l w e r p o u r l ' A n g l e t e r r e . ne v i e n n e b a r r e r le passage au c o m m e r c e du i n o n d e . sera c o n s i d é r é c o m m e une a t t e i n t e à la n e u t r a l i t é . le traité c o n n u sous l e u r n o m .. P o u r u n e i n ­ signifiante r é c l a m a t i o n on a b o m b a r d é Grey-Town. Clayton p o u r les E t a t s . Le p r é s i d e n t d e m a n d e au C o n g r è s de l ' a u t o r i s e r à .

Il va plus loin. 49 employer les forces de terre et de m e r des Etats-Unis p o u r e m p ê c h e r le transit d ' ê t r e entravé ou fermé par u n e vio­ lence i l l é g i t i m e . voilà le p r o ­ g r a m m e . il ne restera à ce gouvernement d'autre ressource que d'adopter telles mesures qui pourront être nécessaires pour obtenir par lui-même la justice qu'il a vainement cherché à se faire rendre par des moyens pacifiques. Déjà des A m é r i c a i n s ont souffert. m e t t r e la m a i n . et p o u r p r o t é g e r la vie et la p r o p r i é t é des citoyens a m é r i c a i n s voyageant s u r cette r o u t e . s'a­ it. à p e u p r è s c o m m e cet h o m m e q u i réclamait u n e i n d e m n i t é p o u r avoir d é c h i r é son h a b i t en assom­ m a n t son voisin. s'établir au Mexique. à ce qu'il prétend. p u i s occuper l ' A m é r i q u e centrale. ils ont droit à des i n ­ demnités. mais s u r t o u t q u i personnifie les vues et les passions des États du S u d . 4 . L'analyse u n peu l o n g u e de ces messages est l ' i n d i c a t i o n précise d u d e g r é où est des­ cendue la politique des Etats-Unis. et le p r é s i d e n t n'hésite pas à le d é c l a r e r : « A moins qu'il ne soit fait droit a cette demande dans un bref délai. avant de pouvoir la p e u p l e r ou la défendre. inti­ mider. réaliser à tout prix cette a m b i ­ tion effrénée q u i pousse la race saxonne à être en tous lieux le p r e m i e r occupant. Le m i n i s t r e a m é r i c a i n a d e m a n d é répa­ r a t i o n . d ' a u t r e p a r t .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Quel en est le b u t ? D'une p a r t . et s u r t o u t . a g r a n d i r dé­ m e s u r é m e n t l'Union a m é r i c a i n e . Acheter ou p r e n d r e C u b a . s u r u n e i m m e n s e part du globe terrestre. i n t e r p r é t é e p a r un président q u i r e p r é s e n t e à la fois l'ancien et le nouvel esprit a m é r i c a i n . » Nous n ' i r o n s pas p l u s l o i n . d e sérieux d o m m a g e s .

Mais. d e m a n ­ d o n s . .n o u s q u e l l e a été l ' i n f l u e n c e d e l'esclavage s u r la p r o s p é r i t é m a t é r i e l l e et m o r a l e d e l ' U n i o n . P o l i t i q u e a u d a c i e u s e . indispose et é l o i g n e les g r a n d s citoyens. q u i . et d i m i n u e sa g l o i r e p l u s r a p i d e m e n t q u ' i l n ' a g r a n d i t sa surface I Voilà d o n c ce q u e l'esclavage avait fait d e la politique des E t a t s . à la veille d e la g r a n d e c r i s e q u i a si­ gnalé l'année 1860. g r a n d i r au S u d .50 L'ESCLAVAGE. a p p o r t e r d a n s le Congrès u n r e n f o r t à la p r é p o n d é r a n c e du S u d . s e r ­ vie sans s c r u p u l e p a r t o u s les m o y e n s . i n s p i r e . e n f a n t e les a v e n t u ­ r i e r s . ainsi. t r a n s f o r m e e n p i r a t e r i e le r ô l e d ' u n n o b l e p e u p l e . avant d e r a c o n t e r cet é v é n e m e n t décisif.U n i s . en r é s u m é . i m p r u d e n t e et i n j u s t e . c r é e r au Sud d e n o u v e a u x États à esclaves. é t e n d r e à la fois la p a t r i e et la servitude.

Les preuves de ce contraste bizarre s u r a b o n d e n t . Cependant la p o p u ­ lation des seconds est de 1 3 . c'est-à-dire inférieure de 7 .291 par m i l l e carré. Politique­ ment le Nord est battu. 5 4 4 . 0 9 2 .CHAPITRE II LE NORD ET LE SUD. p l u s intel­ ligent que le Nord? E t r a n g e situation! Socialement. L'esclavage existe seulement dans les Etats du Sud de la fédération. 1 8 4 . P a r consé­ quent. 8 5 1 milles carrés ou 1 5 2 . 9 2 6 . 448 milles c a r r é s . le Sud est v a i n q u e u r . 6 4 0 acres. le Sud est en décadence. le Sud 9 . soit 1. et si l'on ajoute le chiffre des noirs libres ou esclaves. 9 2 2 habitants. 7 2 0 acres. les p r e m i e r s ont de plus q u e les seconds 2 5 8 . le Nord est en p r o g r è s . celle des premiers n'est que de 6 . soit 1. d o m i n é s p a r cet intérêt coupable. le Nord a en tout 1 3 . 8 2 1 . Comment se fait-il <Que. 6 7 0 blancs. Les Etats l i b r e s : 6 1 2 . 0 4 9 . habitants de . 1 9 3 habitants. 9 4 6 moins. 2 5 3 . plus r i c h e . 8 6 4 . 5 9 7 milles carrés. 4 3 4 . Les Etats à esclaves ont u n e superficie de 8 5 1 . 6 1 2 . 4 7 7 . 9 7 6 . 3 9 2 . ces Etats dominent à l e u r tour la fédé­ ration tout entière? D ' o ù vient cette p r é p o n d é r a n c e qui se traduit dans la politique et dans la législation fédérales : Est-ce q u e le Sud est plus peuplé.129 p a r m i l l e carré ou 5 . 0 8 0 acres.

I 2 o o États libres. . États à E s c l a v e s .52 L'ESCLAVAGE SUPERFICIE ET POPULATION DES ÉTATS (1850).

050 269. il n'a pas pu le publier dans cette ville.022 60 » » 0.057 ' (noirse sclaves 3. Bien que M. H i l t o n Rowan Helper.127 114. Depuis cette époque.294 11. 53 il convient d'ajouter la superficie et la population des territoires et du district fédéral d e Columbie : MILLES POPULATION. 0 0 0 exemplaires dans le Nord. à imprimer ou à graver. envoyer ou aider à porter on envoyer ces images ou écrits. . Territoies Indiens.798 106. il est intitulé : Compendium of the impending crisis of the south. . Helper soit originaire d'un Etat à esclaves et ait e n partie composé s o n livre a Balti­ more. D'AMÉRIQUE. ou d'un autre État ou territoire.882 207. .) 2 E n 1 8 5 0 . CARRÉS. (décembre 1851. et condamné à l'emprisonnement pour dix ans au moins et vingt ans au plus.121 1 Ces chiffres et presque tous ceux qui les suivent dans ce chapitre. ni écrire ou imprimer. et l'esclavage a été aboli dans le district de Columbie. Kansas Minnesota2 Nebraska Nouveau Mexique Oregon Utah Washington District de Columbie. le Minnesota a été admis dans l'Union.ÉTATS-UNIS 1 A ces c h i f f r e s .077 » 61. votée en 1 8 5 1 . parce que les lois du Maryland contiennent la disposition suivante.547 13.170 125.007 185.492. tendant à exciter le mécon­ tentement ou la rebellion de la population de couleur de cet État. Publié en 1860 à New-York. sont extraits d'un ouvrage infiniment précieux par L'abondance des renseigne­ ments officiels que son auteur a eu le mérite de réunir. ni porter. . ou aider à faire. aucune image. 71. écrit quelconque d'un caractère inflammatoire. brochure. journal. .580 51. mais d'une sévère interdiction dans le Sud. « Il est arrêté par l'assemblée générale du Maryland. sous peine d'être déclaré coupable de félonie. 11 a été dès son apparition l'objet d'une souscription à 1 0 0 .687 1.687(noirs libres 10. il n'y a pas encore 50 ans .025 355. ou aider à écrire ou imprimer aucun pamphlet. et a pour auteur M. qu'après la promul­ gation de cet acte aucun citoyen de cet État ne pourra faire imprimer ou graver. de la Caroline du Nord. .

. 97. ni é c r i r e ? Connecticut. 1 sur 3 8 1 / 2 Maryland. C o m p a r o n s l'état m o r a l et intellectuel du Nord et du Sud : En 1 8 5 0 . 50.. New-York. » 11. . 475. » 7. Mississipi. . . 6 2 1 i n s t i t u t e u r s . » 131/2 Geòrgie » 13. Rhode-Island. . 5 8 1 d o l l a r s seulement d a n s les États à esclaves. . 7 7 3 . Alabama » 15.d e s s u s de vingt a n s ne s a c h a n t ni l i r e . Delaware. » 20. . Ohio Indiana Illinois » » » 45. s e u l e m e n t I N . 1 sur Vermont » New-Hampshire. . . » 27. » 1 1 1 /2 Tennessee. » 17. Les souscriptions p o u r la diffusion des b i b l e s et des t r a i tés r e l i g i e u x . . 4 7 7 d o l l a r s la valeur des églises d a n s les États l i b r e s . les seize Etats l i b r e s a v a i e n t 6 2 . . 9 0 1 élèves. 18. New-Jersey. On estimait à 6 7 . 0 7 4 . 5 0 7 écoles d i r i g é e s p a r 1 9 . .. » » » » » » 108. » 18. Pennsylvania . 56. C o m b i e n y a-t-il de b l a n c s a u . Louisiane. » Massachussets. 166. Virginie » 12 1/2 Arkansas. Maine Michigan. .. . 67. p o u r l ' e n t r e t i e n des m i s s i o n n a i r e s et le r e n - . Caroline Nord. Caroline Sud. » 568.. Missouri » 16. Dans les p r e m i e r s 4 2 2 . . à 2 1 . . . Kentucky. . . 58. . d a n s les q u i n z e Etats à esclaves.. 8 6 1 élèves. 310. 8 8 2 . 17. 5 0 7 in­ s t i t u t e u r s et r e c e v a n t 5 8 1 . .54 L'ESCLAVAGE. . Ainsi les b l a n c s souffrent de l'esclavage c o m m e les n o i r s . . . et r e c e v a n t 2 . . 5 1 5 a d u l t e s blancs ne s a v a i e n t ni l i r e ni é c r i r e . . 4 3 3 écoles p u b l i q u e s d i r i g é e s p a r 7 2 . . . . d a n s les s e c o n d s 5 1 2 . .. . On c o m p t a i t à la m ê m e é p o q u e . 7 6 9 .

c a l c u l o n s c o m b i e n la p u i s s a n c e p r o ­ ductive des m a c h i n e s du Nord. la poste a p e r ç u 4 .n e u v i è m e siècle avant Jésus-Christ.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. 2 8 1 e x e m p l a i r e s p a r an . 4 2 . 1 9 8 d o l l a r s au Sud. 6 9 3 exem­ plaires. à 1 . 5 5 5 .888-234 volumes. 7 4 3 d o l l a r s et. 9 2 9 . Au S u d . 55 voi des n è g r e s libres en Afrique. dans les seconds.C h r i s t a u x m a c h i n e s d u d i x . 0 0 5 . 7 9 0 . le Sud a t r a n s f o r m é en m a c h i n e s des h o m m e s . c o m p a r o n s les m a c h i n e s d u d i x . l ' e m p o r t e s u r les 5 m i l ­ lions de m a c h i n e s h u m a i n e s du S u d . 7 2 5 d o l l a r s au Nord. 0 3 8 . contenant 649. elles ne d é p a s s a i e n t pas 2 2 2 . au S u d . délivrés pour inventions nouvelles au Nord. 7 0 4 j o u r n a u x tirés à 8 1 . é c o n o m i q u e des Étals du Sud. le Nord a r é d u i t en esclavage le fer et le feu. 9 1 1 b i b l i o t h è q u e s p u b l i q u e s . agricole. A ces chiffres. I I I . le n o m b r e d e s j o u r n a u x (1850) était de 1 . . en 1 8 5 0 . 1 Lettre au peuple américain. 6 7 0 . h) poste a perçu 1 . En 1 8 5 5 . d a n s les États à esclaves. dans les États 1 il>rcs 1 .577 volumes. j o i g n o n s les p r e u v e s de l ' i n f é r i o r i t é in­ dustrielle.n e u v i è m e siècle après J é s u s . En 1 8 5 5 . Au Nord. Dans les p r e m i e r s . a t t e i g n a i e n t en 1 8 5 5 . Le nombre des b r e v e t s . 0 0 5 b i b l i o t h è q u e s publiques. 1 C o m p a r o n s . f i n a n c i è r e . dit é n e r g i q u e m e n t T h é o d o r e P a r k e r . ces deux systèmes de m a c h i n e s . c o n t e n a n t 3. s'élevait. à 268. 1 4 . tirés à 5 5 1 . 4 0 2 d o l l a r s . 1 1 6 .

la p r o ­ duction avait atteint u n e valeur de 8 4 2 . 5 2 8 . 8 4 7 . . 0 5 8 d o l l a r s .517 tonnes. E n 1 8 5 5 . tandis q u ' e l l e n'excédait pas 1 6 5 . 5. 2 5 2 .939 5 4 . A la m ê m e é p o q u e . 6 9 3 dollars et i m p o r t é 2 5 6 . 5 5 0 d. 7 5 5 h o m m e s dans les Etats du S u d . A i n s i . 11 est vrai q u e le Sud est avant tout agricole et q u e ses produits passent en g r a n d e partie p a r le Nord. 6 1 5 tonnes. ses i m p o r t a t i o n s q u ' à 2 4 . 6 0 .2 5 2 .480.116 milles d e c a n a u x . 0 7 8 . avec 7 8 0 . et 6 . 1 0 0 .150. le capital des b a n q u e s . et ce m o u v e m e n t est r e p r é ­ senté p a r un tonnage de 4 . 0 5 1 d o l l a r s . 5 8 1 d o l l a r s . 5 7 6 ouvriers et un capital de 4 5 0 . avecu n capital de 9 5 . et dépensé 5 5 8 . a exporté 1 6 7 . 5 4 0 dollars. 5 8 6 . Le Sud n'avait q u e 1. 8 5 9 milles de chemin de fer. 5 8 6 . 9 4 0 . 6 4 7 dollars à c o n s t r u i r e I 7 . p o u r d é b u t e r par uno d i s p r o p o r t i o n à peine croyable. 8 5 5 milles de c h e m i n de fer. Le Nord. Sait-on. 5 1 3 .688 dol­ lars. 0 1 0 . 4 1 5 . en 1 8 5 5 . 0 2 9 .56 L'ESCLAVAGE. dans les Etats l i b r e s . 8 1 0 dollars. ce q u e le c o m m e r c e des divers États fournil à la d o u a n e ? Recettes do la douane en 1854 : Étals libres Étals à esclaves Différence. Les expor­ tations du Sud ne s'élèvent qu'à 107. 8 7 9 dollars et un p e r s o n n e l de 1 6 1 . le Nord avait creusé 5 . son t o n n a g e à 855. 2 4 0 . 8 7 5 . Dans les m a n u f a c t u r e s du Nord ( 1 8 5 0 ) . était de 2 5 0 . 5 2 0 . et celui des b a n q u e s dans les États à esclaves de 1 0 2 . 0 8 2 milles d e canaux. ayant coûté 5)5. 0 2 7 d o l l a r s . 4 8 9 d.

L ' u n i m p o r t e en 1 8 5 5 : 1 7 8 . 1 0 4 . si favorisée p a r ses g r a n d s p o r t s . figure à lui seul pour . E n 1 8 5 2 : 8 7 . 8 8 2 . q u i est l e Londres des Etats-Unis. 7 7 5 . 2 4 9 d . 1 5 0 . 5 9 7 . 6 5 7 d o l l a r s .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE 57 New-York. d a n s le chiffre d u p r o d u i t d e s m a n u f a c t u r e s . 4 6 5 dollars . 4 8 4 . 7 7 0 . 5 0 5 . La V i r g i n i e e x p o r t a i t e n 1 7 9 1 : 5 . . celui de New-York : New-York avait e n 1 7 9 0 : 3 4 0 . q u e l ' o n c o m p a r e la Virginie avec le p l u s p r o s p è r e des Etats l i b r e s . 6 6 1 . 2 7 0 . 7 2 4 . 4 5 6 dollars. 4 2 1 . 2 2 1 d o l l a r s d a n s l e chiffre des exportations. e n ­ tre l'Ouest et l ' A t l a n t i q u e . 3 9 4 . 2 5 8 d o l l a r s d a n s l e chiffre 1 . 4 0 4 . sa position e n t r e le Nord e t le S u d . New-York i m p o r t a i l e n I 7 9 1 . la V i r g i n i e . 5 0 3 d o l l a r s d a n s la d é p e n s e d e s c h e m i n s d e f e r . 1 1 5 . 0 9 7 . 9 9 9 d o l l a r s . 1 1 1 . Cela seul est u n e p r e u v e q u e le Sud a laissé a l l e r t o u t e l'activité c o m m e r c i a l e et m a r i t i m e vers le N o r d . La V i r g i n i e avait e n 1 7 9 0 : 7 4 8 . bien qu'il possède d'excellents p o r t s et des villes i m p o r t a n t e s . la d o u c e u r d e s o n c l i m a t . En 1 8 5 2 : 2 . 1 2 0 h a b i t a n t s . du tonnage. la m ê m e v a l e u r que la Virginie. 2 3 7 . 7 5 1 . Elle en a e n 1 8 5 0 : 1 . q u e l ' o n c o m p a r e le plus ancien et le p l u s flo­ rissant d e s E t a t s à esclaves. la r i c h e s s e de son sol et de ses m i n e s . 5 1 1 d o l l a r s d o n s l e chiffre d e s i m p o r t a t i o n s . Ainsi. 8 6 5 d o l l a r s . 5 0 8 h a b i t a n t s . 2 8 8 dollars d a n s la capital d e s banques. Il en a en 1850 : 5 . New-York exportait en 1 7 9 1 : 2 . 3 8 .

759 55.440. 1 1 3 .750 1850 420. 0 5 9 . . Les deux Etats possèdent d e u x ports excellents.078.599 111.524 . 7 7 4 dollars.58 L'ESCLAVAGE. . 7 5 1 .220 54.246 1830 405. en 1 7 9 0 .079. ses exportations 4 5 5 . 8 0 0 m i l l e s carrés de superficie. à 9 9 4 .415. 8 1 8 dollars et le ton­ nage 6 0 . 0 7 7 t o n n e a u x . cor­ respondant à un m o u v e m e n t de 9 7 0 . .085 60. . le Massachussettset la Caroline du Nord? L'un n'a q u e 7 . 7 1 7 â m e s . les p r o d u i t s des m a n u f a c t u r e s .791. d a n s le second. en 1 7 9 0 . 5 1 4 .985 1840 4.712.644 19.778. 9 2 5 . . Virginie : New-York : 1821 1. n'excèdent pas 2 4 5 . et l'au­ tre en occupe 5 0 .102. 7 2 7 t o n n e a u x . 0 8 8 d . en 1 8 5 0 . elle était de 5 9 5 . Boston est devenu la seconde ville c o m m e r c i a l e des Etats-Unis . 1 9 0 . d'après un autre document. C e p e n d a n t . .917 1850 4.125. en 1 8 5 0 .646 52. Virginie: 1821 New-York: 0. m i n e s et in1 Voici. dont 2 8 8 . En 1 8 5 0 .099 15.789 1850.070 1840 545. le p r e m i e r a vu sa population m o n t e r de 5 7 8 . Beaufort n'est pas m ê m e c o n n u de n o m . .697. 5 4 8 esclaves.629.490 23. Les importations de la Caroline du Nord . elle n'est q u e de 8 0 9 . 4 5 .624.264. 7 0 4 . IMPORTATIONS.080 3.004 » Veut-on m e t t r e en parallèle deux a u t r e s États m o i n s importants. les chiffres d e s a n n é e s intermé­ diaires : EXPORTATIONS. L'autre » : 599. ses exportations 2 8 . Les i m p o r t a t i o n s du p r e m i e r Etat ont atteint en 1 8 5 5 .

2 4 5 d o l l a r s . 0 0 0 . 1 5 7 . 1 1 1 . elle n'excédait p a s . 0 0 0 . 7 5 0 . p o u r la C a r o l i n e d u Nord. les m ê m e s produits. on voit q u e cette cité. 8 0 . en 1 8 5 0 . 4 7 2 d o l l a r s . 0 6 5 . m o n t a i e n t à 1 5 1 . 2 8 0 dol­ l a r s . 1 4 5 dol­ l a r s . 0 0 0 d o l l a r s en 1 8 5 5 . q u e 1 8 0 1 h a b i t a n t s illettrés. où les i m p o r t a t i o n s d e 2 . si l ' o n c o m p a r e la P e n s y l v a n i e et la Caroline d u S u d . p o u r r a i t p a y e r tout l'Etat de la Caroline d u N o r d . 5 4 8 n o i r s . La v a l e u r des p r o ­ priétés. On n e c o m p t a i t . et il d é p e n d e n t i è r e m e n t du Sud p o u r les s u b s i s t a n c e s . étaient de 9 . 2 2 0 . dans la ville de Boston.d e s s u s d e vingt a n s . 0 0 0 d o l l a r s .U N I S D'AMÉRIQUE. i m p r o p r e à la c u l t u r e . et c o m m e la propriété. sont tombées à 1 . le chiffre s'est élevé. d a n s le m ê m e État m o n t a i t à 5 7 5 . Résultats a n a l o g u e s . 0 0 0 d o l l a r s . d a n s la C a r o l i n e d u Nord. d a n s le s e c o n d . p o u r le p r e m i e r Etat à 2 8 8 . 5 4 2 . il y en avait. en 1 7 6 0 . villes en décadence. 6 6 2 . 0 0 0 dollars . Voici la r é p o n s e : .o n s a n s cesse. le Nord est u n e r é g i o n i n d u s ­ t r i e l l e . Mais. P h i l a d e l p h i e et C h a r l e s t o n . 59 dustries d u Massachussets. a u . à elle s e u l e . sans c o m p t e r ses 2 8 8 . 8 0 0 . d a n s le p r e m i e r Etat en 1 8 5 0 . t e n u s légalement dans u n e complète ignorance.É T A T S . c'est-à-dire p l u s d e deux fois la v a l e u r d e toute la récolte de coton des Etats d u S u d . p e u t être évaluée à 2 5 0 . y c o m p r i s les n è g r e s . d i t . Six a n n é e s a p r è s .

800.484 1. .964. Riz 28.000 215.780 4. Louisiane.5 57 7. b. Chanvre Houblon Lin Sucre d'érable._ Sarrasin Fèves et pois Graine de luzerne et d'herbe.292 500.542. 1° Produits généraux. .992.60 L'ESCLAVAGE. PRODUCTION AGRICOLE DES ÉTATS-UNIS EN 1850. Avoine.827 75. . 2.608.278 52.282 44.882. .427.170 12.023. .571 242.088.232 178.636 2e Produits spéciaux.766.087 39.799 348.048. .904. 2. .053.905.680 453. .160 77.782.709.703 dollars. 1 9 0 .513.551.517 203.486 96.423. Graine de lin Produits des jardins. . .667. . .647.901 194. .245 1.568 1 ESCLAVES.135.224 7. Tabac Laine Beurre et fromage. Tennessee.797 Alabama Géorgie Mississipi. Etats libres.737 225. Blé.623 5. A liv. 0 4 1 boisseaux valant : . . . TOTAL.907 405.227 125. .260 1. 7 6 6 .654.914 D I F F É R E N C E TOTALE DE QUANTITÉ E T 1" 0 0 0 1 0 0 0 5 1 50 40 60 58 » 90 50 75 » 25 DE VALEUR. ÉTATS ÉTATS LIBRES.60(1 257.906 12.091 484.714.650 59.779 balles de 400 liv. liv. b.21 1 549.240 161.152 44.161.463.550.888..656. Coton Sucre de canne.015 8.529 68. .002.799 14. .067 17.265 358. A ESCLAVES. États à esclaves 4 8 1 . 4 9 9 . Foin.785 6. .497 564.087 185.355.618.511. ÉTATS ÉTATS PRIX. 8 8 9 — — 306.429 499. 27.520 55.548. . Autres États.420 1. . .057. . LIBRES.799. . .295 762. .520 3. Caroline du Sud. .470 49. Blé de Turquie Pommes de terre Seigle Orge.574.157.198 2.577. .797. Produits potagers et fruitiers.445.176 5.760 978.923 5.752. Cire et m i e l .605 6.927.552.847.

9 0 2 livres valant : 2 1 4 .138. 142.723d. le blé de et pois. 9 2 8 d.558. Excepté le coton.005. 1 3 2 . canne et le riz. 5 6 6 . 5 3 3 . 4 4 5 . 52. 7 7 9 balles à 158.235. .241 BALANCE TOTALE DE LA VALEUR DES PRODUITS GÉNÉRAUX ET S P É C I A U X . D'AMÉRIQUE.981. . 2 . les fèves sa p r i n c i p a l e r i c h e s s e . 5 . le tabac et la cire. quie. valent Produits spéciaux du Sud Coton 12. 4. la v a l e u r totale des p r o d u i t s d u Nord l ' e m p o r t e d e p l u s de 1 0 0 m i l l i o n s de dollars s u r la valeur totale des p r o d u i t s du S u d . . 1 des Étals à esclaves. 2 2 6 dollars. 2 8 .150. à H d.661 — — 155.108 24. 462. q u i est le p a i n d e s m a c h i n e s .982 tonnes.370. Le Sud a le coton. 0 6 4 . 61 TOTALE DE POIDS ET DE VALEUR.415 — 59. On r e m a r q u e r a m ê m e q u e la q u a n t i t é d e foin pro­ duite p a r les Etats libres est à e l l e seule s u p é r i e u r e à la quantité totale des p r o d u i t s spéciaux Production du foin dans les États libres : Qui. . .ÉTATS-UNIS DIFFÉRENCE États libres.00 7 8 . bien loin q u e le Sud f o u r n i s s e p l u s de p r o d u i t s agricoles q u e le Nord. 1 Différence. e n r é s u m é . q u e le S u d p r o d u i t en q u a n t i t é s u p é r i e u r e . 4 2 2 . p o u r tout le r e s t e . 8 7 8 . 2 0 . 105.694.690. .998 dollars. 2 7 5 d.199. m a i s le Nord a le b l é . États libres.714 — Ainsi. . le sucre q u e le Sud p r o d u i t s e u l .539. de Tur­ le lin. q u i est le pain des h o m m e s . 5 2 3 dollars États à esclaves. le chancre.482 — Etats à esclaves Différence en faveur des États libres. le Nord a l ' a v a n t a g e . 2 6 4 .

180 54.496 1.166.000. soit 1.000.081.784 tonnes à 11. si on com­ pare la quantité des produits agricoles par a c r e de terre : Etats libres.00 livres à TOTAL.. 1 0 2 .725. 1 7 2 .715 Propriété réelle et personnelle.211 d. États à esclaves.000 » 10 5. 0 7 d. Différence. . 0 2 5 . il reste une différence de 2 . 2 6 4 . 1 0 8 d. 8. 7 3 7 1.612. 18.570 7 10.745. » Nord-Ouest » Sud » Sud-Ouest .559 1.510 .54 6. . 7 6 6 .599. Étals à esclaves. 9 0 6 livres à Riz 215. .725d.20 12. Le résultat est encore à l'avantage du Nord.62 L'ESCLAVAGE. Si l'on déduit la valeur des esclaves. . . 158. . la valeur moyenne de l'acre de t e r r e était : Dans les Liais du Nord 2 8 .155. 9 17 11 » 20 113 A cette différence de p r o d u i t s correspond n a t u r e l l e ­ m e n t u n e différence é n o r m e de revenus cl de valeur ca­ pitale des terres : Revenu.605.26 Nous p o u r r i o n s c o m p a r e r e n c o r e le chiffre et la vaReport. 9 3 6 . Sucre de canne 18.371 En 1 8 5 0 . 1 7 8 . .343. Étals libres. à 227. 0 9 0 .502. . 2 .497 Foin Chanvre.515. 0 8 1 . .675 » à 112. 11. 10. 4 . 5 7 1 d .157.390 4 8. 9 2 8 d. tabac 1 8 5 .000 d. .885. .59 5.581. . . . Blé 12 boisseaux par acre. Avoine Riz 27 18 » 31 125 » » Maïs Pommes de terre.

q u e la d i s p r o p o r t i o n s'accroît d e j o u r en j o u r d a n s le Sud .000 acres. n u i t à la d o n t la p r o s p é r i t é serait confédération doublée si les mômes p r o g r è s se d é v e l o p p a i e n t au Sud et a u Nord . 11. et la m ê m e d i s p r o p o r t i o n se r e p r o d u i r a i t .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. p. cela n ' e s t pas c o n t e s t a b l e . et sans espoir. par . ces p r o p r i é t a i r e s s o n t n o m b r e u x . s u r 5 4 4 . le g o u v e r n e m e n t les p r o p r i é t a i r e s s a n s esclaves.d e s s u s tout le coton. et d o n t les b i e n s sont d é p r é c i é s à c a u s e de ce fléau. 7 2 0 acres q u i c o m p o s e n t superficie des Etats à esclaves.720 Il reste à p r o u v e r q u e cette infériorité c r o i s s a n t e est due à l ' e s c l a v a g e . O r . 40. On c o m p r e n d s a n s p r e u v e q u e le travail c o n t r a i n t . la v a l e u r des m a t é r i e l s d e f e r m e . 3° Que le p r o g r è s se développe de p l u s e n p l u s au Nord . et p a r .000. 63 leur des a n i m a u x .002. e t c . les claves p o s s è d e n t propriétaires la d'es­ 1 75. 0 2 0 . Or. 2° Que si le Sud a des p r o d u i t s s p é c i a u x .000 . ces p r o d u i t s sont loin d'avoir l ' i m p o r t a n c e qu'on l e u r a s s i g n e . 4° Que l ' i n f é r i o r i t é d u Sud tout e n t i è r e . 001. 63. car on 1 c a l c u l e q u e . cela n ' e s t pas d o u t e u x . 5° Q u e cette infériorité fait p a r t i c u l i è r e m e n t tort à ceux des h a b i t a n t s et des p r o p r i é t a i r e s du S u d q u i n ' o n t pas d'esclaves. 11 suffit d'avoir d é m o n t r é p a r des preuves variées : 1° Que la force m ê m e a g r i c o l e d u Nord dépasse la force a g r i c o l e d u Sud . .024. p r o d u i t m o i n s q u e le travail c o n d u i t 1 Helper.

.545.401. écoutons les t é m o i n s . Blé. » 1850.521.142. Les chiffres ont p a r l é . ils ont eu sous KENTUCKY. l'initiative. » .000 294.482. 1850.869 18.008 55. Recolle de 1840. Riz.044 17.950. Diminution. livres.932 .432 20.547. boisseaux. q u e les capitaux ne s'y p o r t e n t pas p l u s q u e les é m i g r a n t s . Diminution.500 9. Diminution. on s ' a s s u r e q u e l'esclavage dé" t r u i t la p r o s p é r i t é .500 Récolte de 1 8 4 0 .803. des conditions de p o p u l a t i o n .500 1850. » . servi p a r l ' i n t e l l i ­ gence. boisseaux.586 29.64 L'ESCLAVAGE.052 51. 1. 2. boisseaux. il est impossible de d o u t e r que maîtres et esclaves l u t t e n t e n s e m b l e d e paresse.822 115.879 75. VIRGINIE.092 . à j u g e r les faits. A écouler les t é m o i g n a g e s . Riz.152 1.575 . a i g u i l l o n n é par le g a i n . . soit q u e l'on m e t t e en p a r a l ­ lèle deux États voisins placés d a n s s e m b l a b l e s de fertilité.201 544. Enfin. 4.550 900. Récolte de 1 8 4 0 .106 56. soit q u e l'on c o m p a r e u n Etat à l u i 1 m ô m e à diverses é p o q u e s .148. boisseaux.000. 838. Riz.799 458. de c l i m a t . Diminution. 4. Récolte de 1840. 1. boisseaux. 1.619.227 ALABAMA. » 1850.075 2. 2.560. Blé. livres.759 . TENESSEE.550. q u e l'esprit d ' e n t r e p r i s e est éteint d a n s le S u d .805.023.950 Tabac. Tabac.

disait. et v o u s verrez l'aspect c h a n g e r c o n t i n u e l l e m e n t . l'effet devient f r a p p a n t . à droite l'Ohio. 11. selon q u e l'esclavage apparaît ou d i s p a r a î t . à la Convention n a t i o n a l e . Descendez a u S u d . e n t r e la l i ­ berté et la s e r v i t u d e . chacune d'elles forme l'extrême frontière d'un vaste État. c o m p a r e z les r é g i o n s libres d e s États d u c e n t r e . où u n e c u l t u r e r i c h e et o p u l e n t e i n d i q u e la p r o s p é r i t é et le b o n h e u r d u p e u p l e . a u t a n t d e p r e u v e s d u c h a n ­ g e m e n t d e r é g i m e . 5 . l'air est également sain. » Soixante a n s a p r è s . Traversez le Jersey et e n t r e z e n P e n sylvanie. qu'on n e se lasse pas d e c i t e r 1 : « Le v o y a g e u r q u i . On c o n n a î t cette belle p a g e d e M. le climat t e m ­ péré. placé a u m i l i e u d e l ' O h i o . a u t a n t de p r o g r è s . le c o n t r a s t e est p l u s f r a p p a n t e n ­ core. p. Du m o m e n t où vous quittez les États d e l'Est et où vous e n t r e z d a n s le New-York. le second a déjà 2 5 0 . qui l e s a tous rejetés de son sein. Le Kentucky a été fondé en 1775. dans ces vastes c o n t r é e s à esclaves. le sol inépuisable. et c h a q u e p a s . a gauche le Kentucky. et il n ' a q u ' à j e t e r a u t o u r de l u i 1 II. 0 0 0 habitants de plus que le premier.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE 65 les yeux des spectacles p l u s f r a p p a n t s encore q u e d e s chiffres : « C o m p a r e z . avec la m i s è r e et le d é n û m e n t q u e p r é s e n t e n t a u x r e g a r d s les vastes t e r r e s de la V i r g i n i e . lequel a admis des esclaves. n a v i g u e . se laisse e n t r a î n e r p a r le c o u r a n t j u s q u ' à l ' e m b o u c h u r e d u fleuve clans le Mississipi. p o u r ainsi d i r e . Traversez t o u t le c o n t i n e n t a m é r i c a i n . de T o c q u e v i l l e . G o u v e r n e u r Morris. d u Maryland et des a u t r e s États à esclaves. Sur les deux rives. en 1 7 8 7 . vous d é c o u v r e u n d é ­ sert d e p l u s e n plus désolé à m e s u r e q u e s'accroît la proportion d e ces m a l h e u r e u s e s c r é a t u r e s . l'Ohio en 1787 seulement. 2 9 8 .

les c h a p e a u x . les souliers. l ' e n c r e . q u e n o u s s o m m e s forcés d e d e m a n d e r au Nord presque tous les objets utiles ou s u p e r f l u s . le c o m m e r c e . d u Nord . les glaces et les p i a n o s . q u i y font d e u x pèleri­ n a g e s p a r a n . les m o u c h o i r s . du N o r d . on dirait q u e la société est e n d o r m i e . Au b e r c e a u . q u e nos Bibles et n o s b a l a i s . écrit u n h o m m e d u S u d . l ' a g r i c u l t u r e . . de r i c h e s moissons c o u v r e n t les c h a m p s . de t e m p s en t e m p s . au contraire. la cire et les enveloppes. on n o u s emmaillotte . les p a r a p l u i e s et les cou­ teaux. v i e n n e n t du N o r d . de toutes p a r t s l'aisance se r é v è l e . . d ' é l é g a n t e s de­ m e u r e s a n n o n c e n t le goût et les soins du l a b o u r e u r . nos livres et nos b a q u e t s . ses r e g a r d s p o u r j u g e r en u n i n s t a n t laquelle est la plus favorable à l ' h u m a n i t é . l ' h o m m e p a r a î t r i c h e et c o n t e n t . la forêt p r i m i t i v e r e p a r a î t sans cesse. la g r a n d e i n d u s ­ t r i e . u n e r u m e u r confuse qui p r o c l a m e au loin la p r é s e n c e de l ' i n d u s t r i e .66 L'ESCLAVAGE. « S u r la rive g a u c h e du fleuve. la n a t u r e seule offre l ' i m a g e de l'activité et de la vie. du N o r d . les p l u m e s . q u e le Nord est la Mecque d e nos m a r c h a n d s . l ' h o m m e s e m b l e inac­ tif. le p a p i e r . d e p u i s les a l l u m e t t e s j u s q u ' a u x navires à v a p e u r . la p o p u l a t i o n est clair­ s e m é e . » Q u i t t a n t la p r o p r i é t é . voici l e u r r é p o n s e : « C'est u n fait b i e n c o n n u . « De la rive d r o i t e s'élève. si n o u s d e m a n d o n s a u x h o m m e s du Sud q u e l l e p a r t p r e n d le Nord d a n s les m o i n d r e s habi­ tudes d e l e u r vie. on aperçoit u n e t r o u p e d'es­ claves p a r c o u r a n t d'un a i r i n s o u c i a n t des c h a m p s à moitié d é s e r t s . q u e n o u s n ' a v o n s pas de g r a n d s capitalistes n i de g r a n d s artistes. les j o u e t s et les d r o g u e s . il t r a v a i l l e .

E n soixante-douze a n s ( 1 7 8 9 . 1841. s u r 4 . A l'élection de 1 8 5 0 . vieux. 9 5 8 . 1 8 4 9 . nos cadavres de batiste du Nord. . c o n d u i t s à la terre dans des voitures d u Nord. id. Mais. 1 8 1 7 . Taylor (Louisiane). 67 dans la m o u s s e l i n e d u Nord . n o u s relevons nos yeux avec des l u n e t t e s du N o r d . 1 8 4 5 .1 7 8 9 . Le Nord avait d o n n é la Helper. 1837.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. de toutes façons. 1829. si n o u s envisageons l'influence p o l i t i q u e . » Ainsi. hommes du propriétaires d'esclaves. couverts d ' u n e p i e r r e du N o r d . Monroe id. m i s à la fosse avec u n e b è c h e 1 du N o r d . on n o u s a m u s e avec des joujoux d u N o r d . majorité . Washington (Virginie). id. le Nord c o m p t a i t 2 . p.240. 1 8 2 5 . enfin. j e u n e s . John Adams (Massachusetts). 1 8 0 1 . s u r 1 8 élections ou r é é l e c t i o n s . enfants. le Sud seu­ lement 1 1. J . 0 4 9 . le Nord est le p l u s fort. 1797. 12. le Sud d o m i n e .1 8 0 1 ) . Q . le Nord a le d e s s o u s . Harrison (Ohio). écoliers. au point d e vue é c o n o m i q u e . A d a m s (Massachussette). on n o u s é d u q u e avec des livres d u N o r d . le Sud est le p l u s faible. n o u s a l l o n s n o u s f o r m e r s u r le sol d u Nord . Madison id. o n n o u s d r o g u e avec des m é d i c a m e n t s du N o r d . 9 5 8 suffrages. 12 o n t p o r t é à la p r é s i d e n c e des États-Unis des h o m m e s du S u d . Polk (Tennessee). 1 8 0 9 . h o m m e s faits. Van Buren (New-York). 0 des 2 Nord . p a r un incroyable c o n t r a s t e .090. Jefferson (réélu) (Virginie). 2 0 4 suffrages e x p r i ­ més. 1857. Jackson (réélu) Tennessee). Buchanan (Pennsylvanie). sont e n t o u r é s m o r t s .

5 4 0 . II. 1 9 4 voix p o u r M. B u c h a n a n u n a p p o i n t de 6 0 9 . 0 5 5 voix.68 L'ESCLAVAGE. . m a i s le Sud n'a r é u n i q u e Bu- l . par des h o m m e s des États l i b r e s . 0 1 8 voix c o n t r e 1 . r e m p l i 2 5 fois p e n d a n t 4 0 a n s p a r des depuis Slavehol- dcrx. III. p e n d a n t 2 9 a n s . 5 8 7 voix. 157. en p r e m i e r c o m m e en d e r n i e r ressort. 9 fois s e u l e m e n t . m a l g r é l e u r s u p é r i o r i t é de tout g e n r e . 4 s e u l e m e n t aux Etats du Nord. 188. Depuis 1 8 0 9 . section II. On sait q u e la Cour suprême district. 5 9 0 au Nord. le p l u s élevé d a n s le ca­ binet. sont n o m m é s p a r le p r é s i d e n t des 1 États-Unis . e n t r e les États et les i n d i v i d u s . 4 7 9 . Il. Or la circonscription des districts est tracée de telle sorte q u e 5 j u g e s a p p a r t i e n n e n t aux États à esclaves. la présidence du Sénat a été c o n t i n u e l 1 Constitution fédérale. d o n t 5 9 5 . II. a été. c h a r g é des relations e x t é r i e u r e s . Toc- queville. On sait aussi q u e les j u g e s . 1 7 8 9 . en o u t r e . art. section I. 7 5 0 d o n n é e s au c a n d i d a t démocratique c h a ñ a n . soit 1 . F r e m o n t . 8 7 5 . se compose des j u g e s de r é u n i s u n e fois p a r a n n é e en session solennelle. chapitres VI. qui a décidé son succès. Le c a n d i d a t américain. d o n t le rôle d ' a u c u n t r i b u n a l souverain en E u r o p e n e d o n n e l'idée. parce q u ' i l était opposé à l'esclavage. art. 4 0 5 dans le Sud. nu candidat républicain F r e m o n t . p. Le poste de secrétaire d'Etat. a eu. 2 2 4 . cette cour a u n e i m ­ p o r t a n c e politique de p r e m i e r o r d r e . dont la fonction et le t r a i t e m e n t sont à la fois i n a m o v i b l e s . 2 4 1 . cl il a a p p o r t é à M. F i l l m o r e . M. a u point de v u e de la Constitution. 2 . on sait q u e p o u v a n t j u g e r le fait et le droit. VIII.

Voici les p r o p o r t i o n s p o u r les a u t r e s fonctions p r i n ­ cipales : Speakers d e la C h a m b r e : 21 s u r 2 5 .É T A T S . E n second l i e u . s a n s d o u t e . 17 Etats l i b r e s . soit u n s u r 2 0 0 . Attorney général Ministres à l'étranger : 80 sur 154. 7 0 8 . pour d e u x raisons : La p r e m i è r e . et p a r s u i t e tous les r e p r é s e n t a n t s des E t a t s libres n e sont pas d é s i n t é r e s s é s d a n s la q u e s t i o n . tandis q u ' i l y a dans le Nord 0 0 9 . 9 2 4 h a b i t a n t s s e u l e m e n t o r i g i n a i r e s du N o r d . : 1 4 s u r 1 9 . les É t a l s à esclaves 9 0 m e m b r e s . .U N I S D'AMÉRIQUE. ont 5 4 s é n a t e u r s . les États libres ont 146 m e m b r e s . m a i s u n g r a n d n o m b r e y c o n s e r v e ses i n t é r ê t s . constatée . fuient le S u d à cause d e l'esclavage . c'est q u ' u n g r a n d n o m b r e d'habitants du Nord a des i n t é r ê t s d a n s le S u d . 1 8 0 . ont 5 0 s é n a t e u r s . 4 7 7 h a b i t a n t s . ces d e r n i e r s . à l'exception de 3 ou 4 sessions. r é u n i r la m a j o r i t é . 2 2 5 h a b i t a n t s o r i g i ­ naires d u S u d . On voit p a r ces d e r n i e r s chiffres q u e la cause de l ' a b o ­ lition d e l'esclavage a u r a i t p u . d a n s le S é n a t ou d a n s la C h a m b r e . avec u n e p o p u l a t i o n de 1 5 . 69 l e m e n t o c c u p é e p a r des h o m m e s d u Sud. 0 7 0 habitants b l a n c s . les esclaves c o m p t a n t p o u r le r e s t e . 4 4 a n s c o n t r e 2 4 . soit 1 p o u r 4 1 5 . soit 1 s u r 9 1 . 4 2 ans c o n t r e 2 7 . 2 I 5 . 7 2 5 h a b i t a n t s b l a n c s . 2 8 8 . avec u n e p o p u l a t i o n de 0 . On c o m p t e d a n s le Sud 2 0 5 . 9 5 5 h a b i t a n t s . et c o n t r i b u a n t ainsi à envoyer au C o n g r è s des r e p r é s e n t a n t s q u i votent c o n t r e eux. soit 1 s u r 0 8 . 1 5 Étals à esclaves. il est u n e raison d o m i n a n t e . A la C h a m b r e des r e p r é s e n t a n t s . Mais cela n ' a pas eu l i e u .

et q u i seule e x p l i q u e com­ m e n t le S u d .70 L'ESCLAVAGE.. à p a r t des exceptions respectables. conserve la s u p é r i o r i t é p o l i t i q u e . de l'agitation. Il est r é s u l t é à la fois de cette p r é d o m i n a n c e d u Sud et de cette b r u t a l i t é des partis q u e les h o m m e s d ' i n t e l l i g e n c e et de c œ u r . du d é s o r d r e . le m a i n t i e n de l'esclavage est un point q u i d o m i n e t o u s les a u t r e s et fait t a i r e les divisions s e c o n d a i r e s . Une nation r i c h e et p u i s s a n t e n ' a pas u n h o m m e d ' E t a t ! . d ' u n caractère n o b l e et d ' u n talent délicat. q u i n ' a t t a c h e n t pas aux m ê m e s questions la m ê m e i m p o r t a n c e . obéit à des influences q u i luttent e n t r e elles. ont pris en d é g o û t la vie p u b l i q u e . m a l g r é u n e si f r a p p a n t e i n f é r i o r i t é sociale. sous prétexte d'abolir la s e r v i t u d e . p o u r le S u d . les h o m m e s d u Nord votent en sens divers. qui est l ' a n a r c h i e . C'est q u e le Nord a des intérêts multiples. et de m e n a c e r ainsi les h o n n ê t e s g e n s . a eu le tort de se confondre trop f r é q u e m m e n t avec le p a r t i de l ' i n j u r e . l'ont désertée et vivent d a n s la retraite en s ' a d o n n a n t à des travaux isolés. Une p o i g n é e de m a r c h a n d s a p r o d u i t W a s h i n g t o n et ses illustres c o n t e m p o r a i n s . les h o m m e s du Sud votent c o m m e u n seul h o m m e . u n a n i m e m e n t p a r les é c r i v a i n s . d ' u n a u t r e g e n r e d e servi­ t u d e i n t o l é r a b l e . On doita j o u t e r q u e le p a r t i abolitionniste. se divise en p a r t i s .

A h ! ce n ' e s t p o i n t p o u r a c c u s e r l ' A m é r i q u e . ce n'est point p o u r le p l a i s i r si bas d e c a l o m n i e r u n e g r a n d e n a ­ tion q u e j ' i n t e r r o g e ses plaies . L'esclavage se défend d ' o r d i n a i r e p a r q u e l q u e s a r g u ­ m e n t s g é n é r a u x . OBJECTIONS ET RÉPONSES. de la r e l i g i o n et de l ' h o n n e u r . la chose est métamorphosée . écoutons sa défense et j u g e o n s sa c a u s e . c'est d a n s l e d é s i r pas­ sionné de voir cette j e u n e et p u i s s a n t e société se g u é r i r du m a l q u i la d é v o r e . E n t r o n s d o n c d a n s ce n o u v e l examen . q u e l q u e s i n t é r ê t s sa­ crés à l ' a p p u i de l'esclavage . On se d e m a n d e s'il n ' y a pas q u e l q u e s raisons puissantes. . a p r è s l ' h i s t o i r e de l'esclavage. faisons son p o r ­ trait. on cherche aussi q u e l q u e s indices d ' u n e s o l u t i o n pacifique.CHAPITRE III RAISONS DE MAINTENIR L'ESCLAVAGE. On hésite à c r o i r e à u n e p a r e i l l e d é r o u t e d e la j u s t i c e . si l e n o m d'es­ clavage subsiste. on a i m e à e n t e n d r e dire que t o u s les récits sont exagérés et q u e . J ' é p r o u v e ces h é s i t a t i o n s et ces d é s i r s . p a r q u e l q u e s r a i s o n s spéciales et p a r q u e l q u e s difficultés p r a t i q u e s .

les hordes t u r q u e s n e font q u e des p r o g r è s dans l'esclavage. p . L'esclavage a p a r t o u t existé. l'esclavage a p p a r a î t dans l'histoire à l'état de fait universel c o m m e l'idolâtrie. asservies p a r les a r m e s . l'E­ gypte. v a i n c u e s . les Lydiens. Les Assyriens sont tombés sous le j o u g des Mèdes. c'est le noviciat d e la l i b e r t é . I Ouvrez l'histoire. faut-il se p l a i n d r e de ce que tous les h o m m e s n e naissent pas ayant vingt a n s ? L'escla­ vage est u n fait universel et n a t u r e l . l'Asie-Mineure e n t i è r e . c o m m e la p o l y g a m i e . d i t . . les Arabes d o m i n e n t où A l e x a n d r e a r é g n é . Introduction. — L'origine. c'est l'éducation de la b a r b a r i e p a r la civilisation. XIX.o n . l'histoire et l a théorie de l'Esclavage. les Mèdes. L'histoire enseigne encore q u e ce n e sont p a s les races b a r b a r e s qui ont été asservies p a r les peuples civilisés. étaient des races les esclaves a m é r i ­ cains sont des races achetées ou élevées p a r l e u r s maî­ t r e s . les esclaves a n c i e n s v i e n n e n t d e la g u e r r e .L'ESCLAVAGE 72 $ 1. Mais l'histoire n o u s a p p r e n d que les esclaves. c'est l'enfance des races . les Mongols p r o m è n e n t la m o r t et la servitude depuis la M é d i t e r r a n é e j u s q u ' a u x limites 1 Histoire de l'esclavage dans l'antiquité. Wallon. les Bactriens. les es­ claves m o d e r n e s sortent du c o m p t o i r ou du h a r a s . sous le j o u g des P e r s e s . m a i s a u c o n t r a i r e les p e u p l e s plus policés q u i ont été l envahis et r é d u i t s en esclavage p a r les b a r b a r e s . e n u n m o t c o m m e le m a l . E n effet. par M. d a n s l ' a n t i q u i t é .

les I n d i e n s . r a p p r o c h é d e la barbarie la race m a î t r e s s e . l ' é d u c a t i o n d e la r a c e asservie. m a i s u n i q u e ­ ment c o m m e la victoire de la force. les s a n g . les b l a n c s . abaissé. La leçon q u i ressort de l'histoire m o d e r n e est plus éclatante e n c o r e .m ê l é s . les n o i r s .U N I S D'AMÉRIQUE. et elle civilise la race c o n q u é r a n t e . et s u r t o u t a u x É t a t s Unis. de l'histoire. elle n o u s p r é s e n t e toutes les g r a n d e s nations d e l ' E u r o p e c h r é t i e n n e p r a t i q u a n t à la fois l ' e s ­ clavage p e n d a n t trois siècles. qui ne nous Voilà la leçon présente jamais la servitude c o m m e le p r e m i e r pas vers la civilisation. q u a n d on suit. la s e r v i t u d e a c o r r o m p u . R o m e b a r ­ bare asservit l ' É t r u r i e . p u i s la G r è c e .É T A T S . là où elle fut é t a b l i e . C a r t h a g e . o u v r o n s les yeux. Q u a n d on p a r c o u r t les g r a n ­ des statistiques dressées p a r M. se sont p a r t a g é cet a d m i ­ rable p r é s e n t d u C r é a t e u r . les p r o t e s - . t o u s les cultes d e l ' E u r o p e déjà p a r v e n u e a l o r s à un h a u t d e g r é d e civilisation. On n e s a u r a i t trop insister sur cette leçon pante. s o u m i s e est la p l u s a v a n c é e . 73 de l ' I n d e . la Sicile. les Pélasges sont chasses p a r les Hellènes. et r e g a r d o n s les faits : 11 n ' y a p a s e n c o r e q u a t r e siècles q u e l ' A m é r i q u e a été révélée a u m o n d e . q u a n d le v a i n c u est b a r b a r e . ait a v a n c é d ' u n seul p a s . il c o r r o m p t le v a i n q u e u r . de H u m b o l d t . Presque p a r t o u t la race. Toutes les r a c e s . les Achéens d e v i e n n e n t esclaves. siècles de civilisation et de p r o g r è s . E n E u r o p e . tandis q u e . g r o u p é s p a r chiffres i n é g a u x . toutes les l a n ­ gues. On e s p é r a i t q u e la race n o i r e p e u p l e r a i t frap­ l'Amé­ rique et q u e la r a c e b l a n c h e civiliserait la n o i r e . s a n s q u e la s e r v i t u d e ait élevé d ' u n seul d e g r é . les c a t h o l i q u e s .

c'est la race africaine q u i a r é e l l e m e n t colonisé l ' A m é r i q u e . à l ' é p o q u e ou M. on avait t r o u v é u n e race a b o n d a n t e . s u é d o i s e . . t. P e n d a n t trois siècles. d a n s l ' A m é r i q u e continentale et i n s u l a i r e . III. p. c o m m e 5 8 est à 1 9 . les c r i m i n e l s . 5 4 4 . c'était la s o u m e t t r e a u c h r i s t i a n i s m e . E n Afrique. on s'écrie. les m i s s i o n n a i r e s . 5 3 9 . de H u m b o l d t écrivait. e s p a g n o l e . h o l l a n d a i s e . la race b l a n ­ che était à la r a c e n o i r e . les f o n c t i o n n a i r e s . m é r i d i o ­ n a l e . f u r e n t longtemps les seuls v o y a g e u r s . p o r t u g a i s e . t a n t s . les m a r c h a n d s . et à p l u s de 2 0 p o u r 1 0 0 le n o m b r e des m o r t s 1 Voyages de Humboldt. p r è l e ou f a c i l e m e n t c o n t r a i n t e à c h a n g e r de ciel et d e m a î t r e . on s'était p e r s u a d é q u e la s o u m e t t r e a u x c h r é t i e n s . 5 4 0 . m a l h e u r e u s e et d o c i l e . Q u ' é t a i t d o n c devenue la r a c e n o i r e ? c a r c'est elle. s a n s c o m p t e r les dialectes i n d i e n s . avec l ' i l l u s t r e a u t e u r de ces r e c h e r c h e s : « Il y a q u e l q u e chose d e g r a v e et de p r o p h é t i q u e d a n s ces i n v e n t a i r e s d u g e n r e h u m a i n : tout l ' a v e n i r du n o u v e a u m o n d e y s e m ­ 1 ble i n s c r i t . » O u i ! tout l'avenir. fran­ çaise. Car. i n s u l a i r e . s e p t e n t r i o n a l e . l ' E u r o p e n'avait p a s u n e po­ p u l a t i o n assez n o m b r e u s e . Au m o m e n t de la d é c o u v e r t e . d a n s les vastes et m a g n i f i q u e s r é g i o n s des trois A m é r i q u e s . l ' A m é r i q u e a reçu dix Africains c o n t r e u n E u r o p é e n . m a i s aussi le p a s s é . d a n o i s e . toutes les l a n g u e s d ' o r i g i n e l a t i n e et toutes celles d u r a m e a u g e r m a n i q u e . les m o y e n s et les h a b i t u d e s de l o n g s voyages m a n q u a i e n t é g a l e m e n t . où se p a r l e n t les l a n g u e s a n g l a i s e . Les a u t e u r s les p l u s s é ­ r i e u x s o n t d'accord p o u r é v a l u e r à e n v i r o n 4 0 m i l l i o n s le n o m b r e d'Africains t r a n s p o r t é s en A m é r i q u e en trois siècles. les i d o l â t r e s .74 L'ESCLAVAGE.

p l u s i e u r s m i l l i o n s e n ­ core o n t é t é e m m e n é s p a r la t r a i t e . c o m m e a u B r é s i l . les b r a s m a n q u e n t e t o n est a u x a b o i s . ces d e u x r a ­ ces i n f o r t u n é e s . l ' a u t r e a s s e r v i e . Il n ' y a p a s a u j o u r d ' h u i 10 m i l l i o n s d e n o i r s d a n s l ' A m é r i q u e tout e n t i è r e . Depuis la s u p p r e s s i o n e n c o r e si i n c o m ­ plète d e la t r a i t e . parce q u e des E t a t s e n t i e r s o n t p o u r i n d u s t r i e l'élève d e s noirs et l e u r v e n t e . n e s'ac­ croît p a s dans la s e r v i t u d e . on appelle des i m ­ migrants. c a r elle sont p a r t o u t d é p a s s é e s p a r les décès Unis s e u l e m e n t . on lit un curieux discours prononcé à Philadelphie. Aux États- accroissement. la t r a i t e i n t é r i e u r e s u p p l é e ainsi à la traite e x t é r i e u r e . toutes d e u x s o n t e n v o i e de décroissance et d ' e x t i n c t i o n . E n E u r o p e . de plus de 5 pour 1 0 0 . il y a e u . il y a e n c o r e 2 . il évalue à plus de 8 0 . ont été. (Don José Saco. réunis par Grégoire. en 1 7 9 0 . 0 0 0 par an les esclaves importés en Amérique. l e s b r a s s o n t rares a u s s i . (BIBLIOTHÈQUE DE L'ARSENAL. D e p u i s l o r s . A u x États-Unis. D a n s les Etats d u s u d . c o m m e à C u b a . C'est u n e a u t r e loi q u e là o ù le 1 Dans les documents sur l'esclavage. par le révérend docteur Dana.) 2 Au Brésil et à Cuba. 75 p e n d a n t la t r a v e r s é e . il n ' y e n a q u e 4 m i l l i o n s s u r p l u s d e 2 0 m i l ­ lions d ' h a b i t a n t s . o n d e ­ mande le renouvellement de la traite. est e n d é c l i n . d ' a p r è s d e s d o c u ­ 1 ments officiels . n o u s n e s o n g e o n s p a s p o u r t a n t à m ê l e r à n o s h o n n ê t e s p a y s a n s d e s C h i n o i s o u d e s I n d i e n s . l'une r e f o u l é e .É T A T S .U N I S D'AMÉRIQUE. C'est u n e loi q u e l'espèce h u m a i n e (et q u e l q u e s espèces du r è g n e a n i m a l p a r t a g e n t ce t i t r e d e n o b l e s s e ) . c o m m e d a n s tous l e s pays q u i o n t r e ç u des esclaves p a r m i l l i e r s .) . Mais c e p e n d a n t là. fonds Grégoire. E n t r e l e s m a i n s d e s b l a n c s . n e r e c e v a n t p l u s d ' a c ­ croissement q u e p a r les n a i s s a n c e s . les I n d i e n s et les Africains. ancien évèque de Blois. on projette des conquêtes. cette p o p u l a t i o n .

570 31. a m a i n t e n a n t p l u s d e 4 0 0 . d e toutes les t e r r e s q u ' i l s c o n v o i t e n t . 1 0 7 . Que l'on c o m p a r e les chiffres d u r e c e n s e m e n t d e 1 8 5 0 et ceux d u r e c e n s e m e n t d e 1 8 0 0 : Population libre Population esclave 1830. 0 0 0 b l a n c s .191. m a i s p e n d a n t q u e celle des États libres tait d e 4 1 p o u r 1 0 0 . 0 0 0 le n o m b r e des esclaves i n t r o d u i t s avec de g r a n d s .496 La p o p u l a t i o n totale a d o n c g r a n d i d e 5 6 p o u r 100 en dix a n s . 0 9 4 esclaves.648. d a n s les É t a t s à esclaves. augmen­ la p o p u l a ­ tion libre s'accroissait de 52 p o u r 100 s e u l e m e n t . de C u b a .s i è c l e .648. p a r de g é n é r e u s e s l u t t e s et p a r de p l u s l a r g e s e m p r u n t s au s a n g et a u x i d é e s d e l ' E u r o p e . C'est u n e t r o i s i è m e loi q u e la r a c e l i b r e . les b l a n c s dispa­ r a i s s e n t . 0 0 0 esclaves contre 5 0 0 . 111. travail servile des n o i r s p r é v a u t et fleurit. q u i avait e n 1 7 9 0 .76 L'ESCLAVAGE. et la force p e u à p e u à r e c u l e r et à p e r d r e d u t e r r a i n . l ' A m é r i q u e du n o r d a depuis 1819 seulement reçu près de 4 m i l l i o n s d ' E u r o p é e n s .999.203.999 5. On é v a l u e à m o i n s d e 5 0 . s u r la r a c e esclave.987. d e p u i s u n d e m i . Si les É t a t s d u s u d d e v e n a i e n t m a î t r e s d u Mexique. 1860. si Dieu p e r m e t q u ' e l l e n e soit p a s e n t i è r e m e n t c o r r o m p u e et v i c t i m e de ses p r o p r e s forfaits. 1 7 8 b l a n c s . p a r c e t t e r a i s o n q u e les r i c h e s n ' y o n t pas besoin d e s p a u v r e s . m a i n t e n a n t si auda­ c i e u s e . a i n s i la C a r o l i n e d u s u d . u n n o m b r e égal à celui de ses e s c l a v e s . c o m m e en activité.571 27.855 25. ils m a n q u e ­ r a i e n t de n o i r s p o u r les o c c u p e r . et le p r o g r è s d e la p o p u l a t i o n esclave n e dépassait p a s 2 2 1/2 pour 100. finit p a r l ' e m p o r t e r en n o m b r e .645 5. R e t r e m p é e . et 1 4 0 .

Le Christianisme et l'Esclavage. L ' a r g u m e n t q u e les défenseurs de l'esclavage a u x EtatsUnis c h e r c h e n t d a n s l ' h i s t o i r e . s u r le sol m ê m e où on l ' i n v o q u e . m a i s non pas à s e r v i r . Oui. Ainsi la popu­ lation n o i r e n e se r e c r u t e p l u s p a r la t r a i t e . elle n ' a pas e l l e . c'est p r é c i s é m e n t p o u r se d i s p e n s e r de travailler q u e l ' h o m m e r é d u i t son s e m b l a b l e en servi1 IVe partie. et la servitude r e c u l e . et. la race noire. au Texas. Elle n ' a pas m ê m e servi à p e u p l e r l ' A m é r i q u e . le Maryland. du Tenessee. la l i b e r t é passe p r e s q u e partout la frontière. q u i a u r a i t pu recevoir d a n s le m ê m e t e m p s p l u s de blancs q u i n ' a u r a i e n t rien coûté.U N I S D'AMÉRIQUE. le p e u p l e juif a d m e t t a i t l'esclavage. on invoque la r e l i g i o n . Dieu a c o n d a m n é l ' h o m m e à t r a v a i l l e r . la surface qu'elle occupe d i m i n u e .É T A T S . a fini sa m i s ­ sion. . Or. Noé a maudit C h a m . On p e u t d o n c l'affirmer. décimée. Il y a m a i n t e n a n t des États à esclaves q u i n ' e n ont p r e s q u e p l u s . le c o n d a m n e et le d é m e n t . refoulée. l'histoire. Bornons-nous ici à q u e l q u e s m o t s . certaines parties du K e n t u c k y . d e la V i r g i n i e . 77 efforts d e p u i s l ' a n n e x i o n en 1 8 4 7 . le Mis­ souri. son a c c r o i s s e m e n t est de p l u s en plus inférieur à celui de la p o p u l a t i o n b l a n c h e . d a n s les tristes conditions ou elle a été c o n d a m n é e à vivre.m ê m e été ci­ vilisée par la race b l a n c h e . on r é p è t e à satiété : Dieu a c o n d a m n é l ' h o m m e à t r a v a i l l e r . 11 Après l'histoire. l Ce p o i n t si g r a v e sera l'objet d ' u n e é t u d e spéciale . a b r u t i e . e n t r e les États l i m i t r o p h e s . c o m m e le D e l a w a r e .

est-il bien s û r que tu descendes d'un F r a n c ? P o u r q u o i n e serais-tu d'une pauvre famille gauloise? » Quelle pas est d o n c la f a m i l l e a m é r i c a i n e q u i n ' a p a s u n p e u d u s a n g d e Cham d a n s les v e i n e s ? Si C h a m a été m a u d i t . d i t q u e l q u e p a r t V o l t a i r e . Portez e n A f r i q u e des m i s ­ s i o n n a i r e s . nos aïeux. quand il p a r l e des F r a n c s q u i v i n r e n t s ' e m p a r e r d e s Gaules. m a i s où d o n c est le registre d ' é t a t civil q u i é t a b l i t la filiation d e C h a m ? « P l u s d'un prétendu historien. s é p a r e z ? » Ils r e c o m m a n d e n t l ' o b é i s s a n c e a u p r i n c e .T e s t a m e n t la dé­ fense d e l'esclavage. H é ! m o n a m i . p r é t e n d e z . est-ce q u ' i l s justifient N é r o n ? On insiste. les n o i r s s e r a i e n t restés p a ï e n s .v o u s ê t r e e n c o r e des J u i f s ? On ose c h e r c h e r d a n s le N o u v e a u .C h r i s t ? Le p e u p l e j u i f avait des esclaves. soit. t u d e . » On se t r o m p e : les esclaves d o i v e n t à la servitude l ' h o r r e u r d u c h r i s t i a n i s m e . ils d o i v e n t à la s e r v i t u d e le b a p t ê m e et le c h r i s t i a n i s m e . est-ce q u ' o n d é c l a r e j u s t e sa captivité? Les a p ô t r e s disent a u x esclaves : « Soyez p a t i e n t s ! » ont-ils dit a u x m a î t r e s : « Achetez.78 L'ESCLAVAGE. allez i n s t r u i r e les n è g r e s à Z a n z i b a r Gabon.T e s t a m e n t r e c o m m a n d e la p a t i e n c e et non pas la s e r v i t u d e . Le N o u v e a u . Du devoir d e souffrir n e r é s u l t e p a s le d r o i t d ' o p p r i m e r . v e n d e z . ou au i m i t e z les e n f a n t s d e Claver et de L i b e r m a n . fouettez. et le p r i n c e s'ap­ pelait alors N é r o n . q u e l l e m a l é d i c ­ tion a d o n c été assez p u i s s a n t e p o u r s u r v i v r e a u pardon d e J é s u s . et l'on r é p è t e : « C o m m e n t le n i e r ? sans l'esclavage. n e fait p a s difficulté d e d i r e : Nous. P a r c e q u ' o n e n g a g e le p r i s o n n i e r à no pas b r û l e r sa p r i s o n . L ' a b b é Vély d i t : nous. . Noé a m a u d i t C h a m . nos pères.

ou bien il l ' a d o r e b ê t e m e n t . Ire partie : La religion l'esclavage. ils les p a r o l e s des saints livres l e u r s e m b l e n t u n c h a n t m y s t é r i e u x . « Il y aurait certainement un certain danger à vouloir absolument leur persuader ce qu'il leur est impos­ sible de comprendre. j a m a i s d ' a m o u r ! Quelques vres n o i r s sont pieux . m a i s saint P a u l était obligé leurs de n e pas mépriser de recommander leurs maîtres aux meil­ . c o m m e u n n é g r i e r i n v i s i b l e . tout l'Évangile prêché aux noirs est un commentaire des textes sur la patience : je ne sup­ pose pas qu'on fasse un grand usage devant eux des textes sur l'égalité. p. la famille et la l i b e r t é . q u i les b e r c e d a n s les rêves de la l i b e r t é f u t u r e . Dieu veut des â m e s libres. M. (V. 285. » On s'en garde bien.) aux Colonies avant et après l'abolition de . de servilité. religion d ' h y p o c r i s i e . n ' a y a n t pas de p e i n e à i m a g i n e r u n e vie m e i l l e u r e q u e n'est p o u r e u x la v i e p r é s e n t e . Mais l e u r ravir tous les d o n s de D i e u . si n o u s faisons le m a l . a t t e n d e n t le ciel. et les â m e s v e u l e n t u n Dieu p è r e . l'accuse tout bas d ' i n j u s t i c e . Alors ils d e v i e n n e n t pieux . et il ajoute naïvement. 1 Dans de curieux Mémoires. écho d'une patrie lointaine.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. et l e u r d i r e . le comte de Vaublanc remarque la difficulté qu'avaient les nègres de Saint-Domingue à apprendre la religion. ils bénissent la m o r t . convertis m a l g r é la pau­ servitude et non p a r e l l e . s'il p r o n o n c e le n o m de Dieu. En général. Ah ! n e p a r l o n s pas de r e l i g i o n . avec la m ê m e e x h o r t a t i o n : « P r i e z ! » on appelle cette c o n t r a i n t e h o r r i b l e u n e conversion! Les d o c u m e n t s s u r a b o n d e n t p o u r p r o u v e r q u e la r e l i ­ 1 gion ainsi prêchée est stérile et m é p r i s é e . la p a t r i e . ils a i m e n t l e u r état c o m m e le m a r t y r a i m e sa c h a î n e . 79 voilà le vrai moyen de l e u r porter l ' E v a n g i l e . le fouet en main : « Tra­ vaillez! » p u i s . l'esclave. de s u p e r s ­ tition. récemment publiés.

l'esclavage a c o r r o m p u les p r ê t r e s .s e u l e m e n t p a r c e q u e n o u s l u i devons d ' a d m i r a b l e s recherches et d e cieuses d é c o u v e r t e s . c'est a p p r o c h e r t r è s . et u n livre q u i fil un c e r t a i n b r u i t en A l l e m a g n e p o r t a i t L'Individu et son individualité. l'esclavage n ' e s t pas u n e q u e s t i o n d ' h i s t o i r e n i de r e l i g i o n .o n pas d e la t h é o r i e des r a c e s ? Un A n g l a i s est i n s o l e n t : q u e voulez- . tions n a u s é a b o n d e s n e p r o u v e n t leurs qu'une disserta­ chose : c'est q u ' a u lieu de c o n v e r t i r les n o i r s . lions d ' h o m m e s ce t i t r e n e t : Croire q u e p l u s i e u r s m i l ­ sont d ' u n e m ê m e r a c e . III On se rejette volontiers s u r u n a r g u m e n t p l u s vague et p l u s c o m m o d e . c'est u n e q u e s ­ tion de race. c'est ê t r e en c h e m i n vers l ' o p i n i o n q u e tous les h o m m e s s o n t d ' u n e m ê m e famille . m a i s . Je l o u e fort celte t e n d a n c e . q u e s u r t o u t les m i n i s t r e s des divers c u l t e s se t a i s e n t . n ' y m ê l o n s pas le s a i n t n o m d e Dieu. en o u t r e . n o n .t . c o m m e n o u s a g i s s o n s s u r ceux q u i n o u s s u i v e n t .80 L'ESCLAVAGE.p r è s de la doc­ t r i n e q u i affirme l ' u n i t é et la s o l i d a r i t é d u g e n r e h u m a i n . La race des n o i r s est i n f é r i e u r e . elle m e p a r a î t pré­ un r e t o u r i n v o l o n t a i r e v e r s les idées c h r é t i e n n e s s u r l ' u n i t é d u g e n r e h u m a i n . Il est a u j o u r d ' h u i fort à la m o d e de p a r l e r des races. Mais q u e l l e s c o n s é q u e n c e s m o r a l e s n e t i r e . c'est a d m e t t r e q u e ceux q u i n o u s ont p r é c é d é o n t influé s u r n o u s . Le t e m p s n ' e s t pas b i e n loin où la p h i l o s o p h i e et l'histoire se d o n n a i e n t la m a i n p o u r r é ­ d u i r e l ' h o m m e à sa s i m p l e p e r s o n n e .

les d e u x Geoffroy Saint-Hilaire. 1 p r o c l a m e n t et p l a c e n t a u . Isidore Gooffroy-Saint-Hilaire. les p r o p o r t i o n s du corps. q u e vous ne p r e n ­ driez pas u n e n é g r e s s e pour f e m m e .d e s s u s V. professées en 1 8 5 0 . elle fleu­ rit aux É t a t s . Le fa­ talisme r e n t r e ainsi dans la conscience et d a n s l'histoire de la façon la p l u s b r u t a l e et la p l u s c o m m o d e . tu es esclave: qu'y faire? Tu es de la race n è g r e . q u a t r e m i l l e ans après Moïse. P a u v r e nègre. Les sept péchés c a p i t a u x d e v i e n n e n t u n e question de r a c e . il y a aussi u n e p h y ­ siologie de l'esclavage. par M. r e p o u s s a n t . la forme du c r â n e .U n i s . tu ne peux p a s d i r e le c o n t r a i r e . p a r des a r g u m e n t s scien­ tifiques. il y a u n e p h i l o s o p h i e . 1 les p l u s a p p r o f o n d i s . si claires et si fortes. mainII 6 . tous les c r i m e s ont leur théorie.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Buffon. Une école polygéniste existe e n c o r e . Agassiz. q u e cette espèce est née d ' u n seul c o u p l e et q u e ce seul couple a été créé dans un seul l i e u . L a m a r k . M. Millier. de Quatrefages. convenez q u ' i l est noir. On insiste et on répond : « Regardez le visage du n è g r e . r é p o n d e n t d ' u n e c o m m u n e voix q u e les hommes sont d ' u n e m ê m e espèce. F l o u r e n s . Mais les travaux les p l u s r é c e n t s . de M. la r é p u g n a n c e stinctive est aussi forte au n o r d q u ' a u s u d . 81 vous? il a p p a r t i e n t à la race s a x o n n e ! Un F r a n ç a i s est fan­ faron : q u e voulez-vous? il est de race g a u l o i s e ! Un Ita­ lien est paresseux : c'est q u ' i l sort de la race l a t i n e . la n a t u r e des cheveux. notamment ses objections contre la théorie de l'illustre savant suisse. et les belles études. la p r a t i q u e de la s e r v i t u d e . dénotent d a n s le n è g r e u n e race différente de la n ô t r e . La in­ cou­ leur de la p e a u . les leçons. et la science confirme l'évi­ dence. » Linné. H u m b o l d t . Cuvier. elle a p p u i e .

v o u s de cette race. et p a r a î t . grou­ p é s d e la m ê m e m a n i è r e . 15 décembre 1 8 6 0 . La s c i e n c e a établi q u e . et p r é s e n t a n t s e u l e m e n t u n e coloration d o n t la t e i n t e v a r i e b e a u c o u p . et ont été créés par nations. E t q u a n d m ê m e le n o i r n e serait pas d e votre p a r q u e l a r g u m e n t c o n c l u r e z . f o r m é e s d e s m ê m e s é l é m e n t s . et qui soutient que tous les hommes font partie de la même espèce. du p l u s parfait des a n i m a u x au p l u s i m p a r f a i t des h o m m e s . et l ' o r g a n e q u i s e m b l e l e p l u s distinct. le l a n g a g e est le m ê m e . disposées d a n s le m ê m e o r d r e . A-t-il u n e â m e ? Là est t o u t e la q u e s - tenant professeur clans un des États du Sud de L'Amérique. 1 . {Revue des Deux-Mondes. dispa­ r a î t . sont les m ê m e s . 1 8 0 1 . et l ' h o m m e n e p o r t e pas ses t i t r e s d e n o b l e s s e s u r le p a r ­ c h e m i n d e sa p e a u .82 L'ESCLAVAGE. 1 5 mars. ) e r . sous l ' i n f l u e n c e d u m i l i e u . la taille. 1er. l e s m e m b r e s . E n t r e le n o i r et le b l a n c . de l ' â g e o u d u c r o i s e m e n t . les pro­ p o r t i o n s . dans huit centres zoologiques. mais sont issus de plu­ sieurs couples. les facultés s o n t s e m b l a b l e s . d e t o u t e c o n t e s t a t i o n la n o b l e d o c t r i n e . o u d u m o i n s se m o d i f i e . le c r â n e est p e u différent. q u e les races a n i m a l e s offrent d ' u n i n d i v i d u à l ' a u t r e de la m ê m e f a m i l l e d e s v a r i a t i o n s p l u s g r a n d e s q u e les popu­ l a t i o n s h u m a i n e s les p l u s é l o i g n é e s . est compo­ sée des m ê m e s p a r t i e s . l ' u n i o n est féconde. 1 . 1 5 janvier. j e d i r a i même le d o g m e sacré d e l ' u n i t é d e l'espèce h u m a i n e . différence q u ' i l doit ê t r e v o t r e esclave? A u c u n e p r e u v e p h y s i q u e n e p e u t d é m o n t r e r q u e la c o u l e u r d ' u n h o m m e est u n e livrée d e s e r v i t u d e . d e s m ê m e s c o u c h e s . 15 fée r vricr. la p e a u . il y a l'infini . se voit s u r cer­ taines p a r t i e s d e l ' é p i d e r m e d u b l a n c .

le p e u d'éducation dont il est susceptible. i v r o g n e . et bien d i g n e d ' u n ho monyme de cet i l l u s t r e A d a m s q u i p r o n o n ç a .m ê m e le nom pas cela. 24 n o v e m b r e 1 8 5 0 . Si vous avez fait l'éducation des esclaves. celui q u i ne c o m p r e n d rite-t-il l u i . le n è g r e est u n être i n f é r i e u r ? Il est paresseux. com­ m e n t sont-ils e n c o r e si paresseux et si v o l e u r s ? Si l'escla- . 83 l i o n . daté de Columbia.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. il le doit à la s e r v i t u d e . m o u . et q u e leurs r a p p o r t s m u t u e l s ont profité à toutes d e u x . Un h o m m e n e p e u t pas ê t r e esclave p a r c e qu'il est un h o m m e . m é - d'homme? « N'est-il pas certain q u e p a r ses défauts. i n c a p a b l e de travail ou de vertu s a n s c o n t r a i n t e . » Touchante profession de foi. » Je connais cet a r g u m e n t . et j e lis d a n s le message déjà cité du g o u v e r n e u r A d a m s . en 1 8 3 5 . ces incroyables paroles : « J u s q u ' à ce que la P r o v i d e n c e en décide a u t r e m e n t . c r u e l . Le Sud croit m a i n t e n a n t q u ' u n e mystérieuse Providence a m ê l é les deux races s u r ce c o n t i n e n t dans des vues sages. Les recherches ont e n t i è r e m e n t changé l'opinion c o m m u n e s u r ce point. L'escla­ vage a élevé l'Africain à un d e g r é de civilisation q u e la race noire n ' a j a m a i s atteint en a u c u n t e m p s et en au­ cun pays. un discours m é m o r a b l e c o n t r e l'esclavage! Au m o i n s faudrait-il ê t r e d'accord s u r les bases de cette v e r t u e u s e théorie. plus e n c o r e que p a r sa figure. Il est v r a i m e n t fait p o u r son état inférieur . l'Africain doit c o n t i n u e r à ê t r e un p o r t e u r de bois et u n t i r e u r d'eau Il fut u n t e m p s ou u n e p h i l a n t h r o p i e niaise (canting) n o u s a p e u à p e u t o u r n é l'esprit à croire q u e l'esclavage était injuste.

vage n ' e s t à a u t r e fin q u e l ' é d u c a t i o n . Ce n ' e s t pas e n vain parcouru q u e M u n g o . elle e n est la s u i t e . m a i s aussi p a r les récits d e ceux q u i les visitent.P a r k et Caillé ont le S o u d a n p a r K a c u n d y et T o m b o u c t o u . M a i s n o u s c o m m e n ç o n s à m i e u x c o n n a î t r e les n o i r s .84 L'ESCLAVAGE. et j e n e m ' a t t e n d s pas à célé­ b r e r de sitôt u n bossuet. (le Mexique et Cuba le savent m i e u x e n c o r e ) . o r .s e u l e m e n t p a r les aveux de ceux q u i les e m ­ p l o i e n t . Oh ! la b o n n e n o u r r i c e ! N o n . Q u e l e u r a p p r e n d r o n t . Mais d e p u i s q u a n d nos d é f a u t s sont-ils u n e raison d e s e r v i t u d e ? A ce c o m p t e . ceux q u i m è n e n t vos m a i s o n s et sauvent vos f o r t u n e s . il les a u g m e n t e . J e sais les d é f a u t s d e celle malheureuse branche de la famille h u m a i n e . la d é g r a d a t i o n n ' e s t p a s la c a u s e d e la s e r v i t u d e . q u e D e n h a m et C l a p p e r t o n ont p é n é t r é j u s q u ' a u lac Tsad. n o n . j e le sais. soyez c o n s é q u e n t s et affranchissez tous ceux q u i s o n t d e v e n u s i n s t r u i t s et i n t e l l i g e n t s . ceux-ci s ' é l è v e r o n t a s s u ­ r é m e n t à u n d e g r é d e civilisation q u ' i l s d o i v e n t déses­ p é r e r d ' a t t e i n d r e e n a u c u n t e m p s . à port­ ier du bois et à tirer de l'eau. u n R a p h a ë l ou un Newton africains. q u e . q u e d e b l a n c s sont d i g n e s des c h a î n e s et d u f o u e t ! Q u e d e n a t i o n s en­ t i è r e s o n t b e s o i n d ' ê t r e r e n v o y é e s à cette bienfaisante é c o l e ! Les Etats du S u d . q u e les frères d ' A b b a d i e ont e x p l o r é l'Abyssinie. n e gardez q u e les i g n o r a n t s .i l s ? la r é p o n s e est s i m p l e : ils l e u r a p p r e n d r o n t à ê t r e esclaves. l'esclavage n e c o r r i g e pas les vices d e la race a f r i c a i n e . sont disposés à se d é v o u e r de cette façon à ê t r e les p r é c e p t e u r s des m i n e u r s d e la fa­ m i l l e h u m a i n e . en a u c u n p a y s . les m é c h a n t s et les i m b é c i l e s .

d u D a h o m e y . divisées e n d e breuses t r i b u s . de T i l l o t s o n et des a u t r e s v o y a g e u r s d u s e i z i è m e et du d i x . . d e la G u i n é e . Loarer. les u n e s en p r o i e à d ' a b o m i n a b l e s nom­ tyrans et a u x h o r r e u r s d ' u n f é t i c h i s m e o ù le s e r p e n t r a p p e l l e l'antique symbole du d é m o n . 1 7 5 1 . u n e g r a n d e v i g u e u r cor­ porelle. u n e sobriété égale à c e l l e d e l ' i n d i e n . Hecquard.s e p t i è m e siècle Nous savons m a i n t e n a n t que. q u e Raffenel. les 50 volumes de l'Histoire des Voyages. l'amiral Bouel. d e L o a n d a à Q u i l l i m a n e . et où les sacrifices hu­ mains s o n t l a figure d e la confiance i n s t i n c t i v e d e manité dans un sang réparateur. Labat . et Mgr Kobès les d e u x G u i n é e s . de V. le c a p i t a i n e G u i l l a i n o n t visité les côtes du S é n é ­ gal. m a l g r é b â t a r d i s s e m e n t d e l o n g s siècles d e 1 ténèbres. q u e L i v i n g s t o n e a t r a v e r s é le S u d . 85 Barili. f o n d é des villes d e v i n g t et t r e n t e m i l l e â m e s . Nous n ' e n s o m m e s p l u s r é d u i t s aux r é c i t s d ' H é r o d o t e s u r le voyage au pays des N a s a m o n s . et assez d ' a r d e u r a u t r a v a i l et d ' i n t e l l i g e n c e commerciale pour avoir c u l t i v é de vastes r é g i o n s . q u e Mgr Massaia évan- o-élise les G a l l a s . Didot. N o u s s a v o n s aussi q u e l a v e n t e des esclaves aux E u r o p é e n s est l'origine p r i n c i p a l e et l ' e x e m p l e d e s p i l l a g e s et d e s a t r o c i t é s q u i p è s e n t s u r les n o i r s de l ' A f r i q u e .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. de Barbot. p r e s q u e toutes les p e u p l a d e s n o i r e s se r e s s e m b l e n t par beau­ coup d e b o n t é et d e d o u c e u r . O w e r w e g et Vogel ont suivi le c o u r s si b i z a r r e du N i g e r . les a u t r e s l'hu­ soumises au j o u g p a r l ' i n v a s i o n d e h o r d e s m u s u l m a n e s . ni m ê m e a u x o b s e r v a t i o n s fort i n t é r e s s a n t e s mais incomplètes du P. l'a­ sang. Nous savons enfin q u e .

de Nouvion sur la Guyane. s o u s d'excessives c h a l e u r s . il vient à m e r v e i l l e . 1 . s u r la côte o r i e n t a l e d e l ' A m é r i q u e . a u s u d ouest d u Texas. à P e r n a m b u c o . o n a c o m m e n c é p a r des e n g a g é s b l a n c s . IV H a b i t u e l l e m e n t . c a r a v a n t l ' i n t r o d u c t i o n des n è g r e s . au e delà du 3 9 . il n e p e u t p l u s ê t r e c u l t i v é . on p a r l e d u climat. d i t . « Les b l a n c s . par le docteur Boudin. plusieurs t r i b u s sont belles. ne peuvent supporter les a r d e u r s d u soleil : le c l i m a t o b l i g e à e m p l o y e r des noirs » E x a m i n o n s le fait : Le coton souffre d u froid. tandis q u e . m a i s a u c u n e température n ' e s t t r o p h a u t e p o u r sa v é g é t a t i o n : il réussit s u r t o u t d a n s les t e r r a i n s d ' a l l u v i o n voisins d e la m e r . p e n d a n t dix a n s . l e tra­ vail est o p é r é e n g r a n d e p a r t i e p a r les b l a n c s . a p r è s avoir p a r l é de la r a c e . Mais ces c h a l e u r s s o n t . notamment le livre de M. à S a i n t .h u i t a n s . d e m ô m e à C u b a .o n .86 L'ESCLAVAGE. o u il y a a u t a n t de b l a n c s V.e l l e s tout à fait i n s u p p o r t a b l e s a u x b l a n c s ? Il est 1 p e r m i s d ' e n d o u t e r . à Porto-Rico. s u r la côte o c c i d e n t a l e . de m ê m e a u Brésil. i n t e l l i g e n t e s et d i g n e s des types les p l u s élevés de la famille h u m a i n e . à C u b a . a u delà d u 35° p a r a l l è l e . d e s u p e r s t i t i o n et d ' o p p r e s s i o n . et le Traité de Géographie et de Statistique médicales. p e n d a n t d i x .D o m i n g u e . d a n s les colo­ nies françaises et m ê m e à la G u y a n e . o n s'est servi des b l a n c s .

la t e m p é r a t u r e c o m p o r t e p a r f a i t e m e n t . la t e r r e et ses p r o d u i t s . Il e n r é s u l t e trois c o n s é q u e n c e s : 1° P a r t o u t où le soleil n ' a pas la m ê m e i n t e n s i t é . q u e les b l a n c s se r e t i r e n t . l'ar­ g u m e n t c e s s a n t d ' ê t r e a p p l i c a b l e . comme chacun peut s'en c o n v a i n c r e en r e g a r d a n t la c a r t e . 87 q u e de n o i r s . Si l ' o n e m p l o i e des n o i r s . m a i s à cause de l e u r p a r e s s e . la C a r o l i n e d u N o r d . O r . il n ' e s t p a s d o u t e u x q u e là où le travail est p é ­ nible aux b l a n c s . l e K e n t u c k y . il p e r m e t d e s b r a s l i b r e s .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. q u ' i l est q u e l q u e s p o i n t s où les n o i r s s e u l s p e u v e n t s u p p o r t e r la c h a l e u r . q u ' o n le laisse a u x s e u l s n o i r s . p a r c e q u e cela e s t v r a i . ce n ' e s t p a s q u e le soleil b r û l e les b l a n c s . le travail des b l a n c s . q u ' i l s l ' h a b i t e n t e n m a î t r e s . Des d o c u m e n t s c e r t a i n s p r o u v e n t q u e le travail des n o i r s s'est i n t r o d u i t n o n p a s à c a u s e de la m o r t a l i t é des b l a n c s . m a i s ils n e t r a c e n t p a s de l i g n e o b l i g a t o i r e e n t r e la l i b e r t é et la s e r v i t u d e . le D e l a w a r e . Là m ê m e où il exige des b r a s n o i r s . C'est c a l o m n i e r le s o l e i l . le Maryland. c'est q u e la p a r e s s e les g l a c e ! 2° Les r a y o n s d u soleil d i v i s e n t e n t r e les h o m m e s l e travail. il est é g a l e m e n t très-pénible aux noirs . la F l o r i d e . d a n s la Virginie. et n e d e m a n d o n s et le pas a u soleil des monde arguments . E n f i n . A d m e t t o n s d ' a i l l e u r s . 5 ° S'il est u n c l i m a t q u e le C r é a t e u r ait r e n d u h a b i ­ table a u x s e u l s n o i r s . c'est b i e n p o u r cela q u ' o n les y c o n t r a i n t p a r la force. l ' e s c l a v a g e des n o i r s devrait d i s p a r a î t r e . Est-ce q u e n o u s c o l o n i s o n s s u r les b o r d s d u l a c T s a d ? Est ce q u e n o u s a c h e t o n s des m a i s o n s à Kano o u à T o m b o u c t o u ? Ne m ê l o n s p a s le m o n d e n o i r b l a n c .

c'est u n e m a n i è r e d'or1 Voyage aux Antilles. à un simple placement d'ouvriers. 1 pour ceux-ci . « Les esclaves v e n d u s p a r les rois a f r i c a i n s sont des esclaves d e t r o p à e u x . p o u r n o u s a s s e r v i r les u n s les ana u t r e s . se r é d u i t . E l l e est u n t r a i t é . du c l i m a t . M. à a c c l i m a t e r les v i g o g n e s et les l a m a s .mais des limites p o u r v i v r e en paix là où Dieu n o u s a fixés. a v a n t a g e u x a u x deux p a r t i e s . . u n c o n t r a t r é c i p r o q u e e n t r e u n v e n d e u r et u n a c h e t e u r . q u i sont b o n s p o u r con­ d u i r e l ' h o m m e à d o m p t e r les chevaux et à apprivoiser les s i n g e s . u n des m o d e s d e l'orga­ n i s a t i o n d u travail. mais n e l ' a u t o r i s e n t p a s à p o r t e r s u r son frère u n e m a i n s a ­ crilège ! V D a n s son Voyage aux Antilles. m a i s c'est l ' e x c e p t i o n et e l l e est r a r e . t r a v a i l l a n t chez e u x . G r a n i e r d e Cassa- gnac a développé un a r g u m e n t aujourd'hui très-répandu e n A m é r i q u e . d e la r a c e . » « La t r a i t e . 137-139. il y a de loin en loin q u e l q u e s p r i s o n n i e r s de g u e r r e . il la d é d u i t de l'é­ g a l i t é . n é s chez eux . p o u r les h o m m e s de b o n s e n s . p .88 L'ESCLAVAGE. e t p l u s h o n o r a b l e p o u r les n o i r s . On dé­ d u i s a i t la s e r v i t u d e de l ' i n é g a l i t é . Q u ' o n en finisse d o n c avec tous les a r g u m e n t s de l'é­ d u c a t i o n . avec un avantage dé­ incontestable La s e r v i t u d e n e c o n s t i t u e p a s p o u r ceux qui la s u b i s s e n t u n état v i o l e n t . ce p r é t e n d u c o m m e r c e d e c h a i r h u m a i n e . 1 8 4 2 .

. Ne d i s c u l p o n s p a s les p h i l a n t h r o p e s . les voya­ g e u r s . de la société. . l ' h o s p i c e des e n f a n t s t r o u v é s et l'hô­ pital. O u d n e y et C l a p p e r t o n ont assisté à une . . à trois classes d e l e c t e u r s .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. la q u e s t i o n de c o u l e u r et de r a c e s . 1. l a i s s o n s s u r l e u r cervelle cette croûte impénétrable. car. Elle d ' u n e science nous prépare des P l e i n e s d ' u n i n g é n i e u x c y n i s m e . 89 ganisation d u travail q u i g a r a n t i t l ' e n t r e t i e n d u travail­ l e u r sa vie d u r a n t . » « Il faut l ' i m p é n é t r a b l e c r o û t e d ' a b s u r d i t é q u i d'enveloppe à la cervelle des p h i l a n t h r o p e s sert européens pour q u ' i l s n e s o i e n t pas saisis p a r ces v é r i t é s . les t r a v a i l l e u r s l i b r e s consomment p l u s q u ' i l s n e p r o d u i s e n t . Que r é p o n d e n t les v o y a g e u r s à cette i m p o s t u r e si calme s u r les p r i s o n n i e r s d e g u e r r e et la chasse a u x es­ claves? Denham. s'il é t a i t possible d e rire en u n p a r e i l sujet. les dépôts de m e n d i c i t é . n o u s voici d o n c en p r é s e n c e de p l u s . » Après l ' h i s t o i r e et la r e l i g i o n . et la p r e u v e . et félicitons-les seule­ m e n t de n e pas la p o r t e r s u r le c œ u r . p r é c è d e n t d o n n e r a i e n t à r i r e . c'est q u ' i l s reçoi­ vent en s u p p l é m e n t . m a i s e l l e n ' a pas encore t r o u v é u n e s o l u t i o n n o u v e l l e et é q u i v a l e n t e . l ' a u m ô n e . les j u r i s c o n s u l t e s et les é c o n o m i s t e s . m o y e n n a n t la s o m m e d'efforts dont il est c a p a b l e . à l ' h e u r e q u ' i l est. l'économie politique. L ' é t a b l i s s e m e n t de la l i b e r t é e n Eu­ rope y a d é t r u i t l ' a n c i e n n e o r g a n i s a t i o n é c o n o m i q u e qui résolvait le problème de l'assistance matérielle des h o m m e s p a r le t r a v a i l o b l i g a t o i r e . les a s s e r t i o n s qui lumières nouvelles.

. truit et nourri leurs cinq mes ennemis femmes royaumes.. ceci était u n jeune homme. « Ces infortunés. mais nul n'avait songé à jeter un peu de sable s u r ces déplorables restes. des c e n t a i n e s d e s q u e l e t t e s d ' e s c l a v e s m o r t s e n r o u t e d e fa­ t i g u e et d e soif. Ils o n t t r o u v é s u r la r o u t e d u Fezzan a u B o r n o u .90 L'ESCLAVAGE.. forment Je et les avoir mis de mon peuple sans pasteurs mes leurs notre reviens réduits sont devant l'hyène. » « La majeure partie de ces infortunés avaient formé le butin du sultan d u Fezzan. c o m ­ m e des j a l o n s s i n i s t r e s .. les plus robustes seuls atteignirent le Fezzan dans u n état complet d'amaigrissement et de faiblesse : on les y en­ graissa pour le marché de Tripoli. et il en mourut plus de faim que de fatigue. par M. Ils marchaient enchaînés par le cou et par les j a m b e s . on ne s'était assuré que d ' u n quart de ration par individu. après lui comme leurs J'ai avoir en esclavage. El ils ont entendu Kanemi. ce n'étaient q u e des « n è g r e s ! malédiction sur leurs pères! » Puis... . au départ. troupeaux. surtout auprès des puits. la peau tenait encore à quelques-uns. chefs. ils sont ennemis les dé­ humilié Les enne­ troupeaux dévorés. Tugnot de Lanoye. le le p l u s régénérateur intelligent du Bornou. devant chefs. disant : « Ceci était u n e femme. ils se mirent à remuer ces ossements au bout de leurs fusils. de ces des 1 ghrazia . revenant d ' u n ghrazia dans le Ouadey. sont traînés à travers les déserts avec moins de soins et de précautions que chez nous les troupeaux conduits aux abattoirs. J'ai compté près d'un puits plus de cent squelettes. c h a n t e r son t r i o m p h e et s ' é c r i e r : Le sang de mes a désaltéré maisons. dit Oudney. » 1 Le Niger. avec la plus grande i n différence. L ' h o r r e u r q u e j e manifestai excita le rire des Arabes : « B a h ! s'écrièrent-ils. butin.

2 Justice et Charité. — La Propriété. d o n t la d é m o n s t r a t i o n est p e u t . q u ' u n c o n t r a t est p e r s o n n e l n ' e n g a g e p a s la f e m m e . si l'objet v e n d u p a r sa n a t u r e n ' e s t pas v é n a l . « L e t i t r e d e l ' a c q u é r e u r n e s a u r a i t ê t r e meilleur q u e le t i t r e d u v e n d e u r .ê t r e l e p l u s g r a n d service r e n d u p a r l ' é c o n o m i e p o l i t i q u e : Le p r e m i e r . s'il n ' e s t p a s l é g i t i m e m e n t d a n s le c o m m e r c e . Rapport. » III. ni acheter u n autre h o m m e s a n s d é t r u i r e la b a s e m ê m e de t o u t d r o i t d e p r o ­ 2 priété . Du Droit Industriel. Q u e r é p o n d e n t enfin les m a î t r e s d e l ' é c o n o m i e politique à celte p r é t e n d u e t h é o r i e d'organisation du travail? L'histoire et la science s o n t d ' a c c o r d s u r d e u x faits capitaux. Que r é p o n d e n t les j u r i s c o n s u l t e s à cette t h é o r i e nouvelle d e s c o n t r a i s ? Q u ' u n c o n t r a t est n u l . 4. par M. rité . dit excellemment 1 M. et si le titre d u v e n d e u r est f o n d é sur la violence o u s u r la f r a u d e . d ' o ù il suit q u ' i l n e p e u t se v e n d r e l u i . q u a n d il n'y a p a s é g a l e l i ­ berté des c o n t r a c t a n t s . — Raynouard. p. la p a r t i e i n t é r e s s é e e s t t o u j o u r s f o n d é e à réclamer. c'est q u e la p r o p r i é t é a p o u r o r i g i n e la n a t u r e d e l ' h o m m e et le t r a v a i l . le d u c d e Broglie .ÉTATS-UNIS Toutes ces h o r r e u r s D'AMÉRIQUE. Thiers. par M.m ê m e sans cesser d'être u n h o m m e . 91 étaient pourtant postérieures à l'abolition d e la t r a i t e ! II. L ' h o m m e n e possède le fruit de ses facultés q u e p a r c e q u ' i l p o s s è d e ces facultés m ê m e . enfin qu'on et les e n f a n t s et toute la p o s t é ­ n e p e u t v e n d r e q u e c e q u i est d a n s le c o m m e r c e . 1 . Cousin.

p a r le total des j o u r n é e s u t i l e s . C e p e n d a n t ce calcul est d é ç u . il est d o c i l e . Le travail q u i coûte l e m o i n s p r o d u i t le m o i n s . Il n ' y a pas de 1 Baudrillart. L'esclavage est p l u t ô t u n e q u e s t i o n de salaire. l ' h o m m e v a u t s u r t o u t p a r l ' â m e .92 L'ESCLAVAGE. l ' é c o n o m i e p o l i t i q u e a constaté ces b e l l e s lois : la t e r r e vaut s u r t o u t p a r l ' h o m m e . est la m o i n d r e à l a q u e l l e on p u i s s e ré­ d u i r e u n e c r é a t u r e h u m a i n e . on s'ap e r ç o i t q u e ce travail g r a t u i t est fort c h e r . l ' i n t é r ê t des c a p i t a u x e m p l o y é s . c'est le d e g r é le p l u s b a s . 11 s e m b l e q u e j a m a i s tra­ vail ne p u i s s e l u t t e r de b a s p r i x avec c e l u i . toute sa s u p é r i o r i t é . n u l l e é n e r g i e . il le devient à c o u p s de fouet. n u l r e s s o r t q u e la c r a i n t e . la c r a i n t e et l ' e s p é r a n c e . travail à la j o u r n é e . c'est q u e toutes les m e r v e i l l e s d e la civili­ sation m o d e r n e . c'est celui de l'ouvrier i n f é r i e u r . la c r a i n t e . la d é p e n s e d ' e n t r e ­ t i e n d e l'esclave. travail à la t â c h e . Le cal­ c u l est s i m p l e : le n è g r e c o û t e p e u à élever. et. la d é p e n s e d e sa n o u r r i t u r e . il p r o d u i t m o i n s au s a l a r i é c o m m e a u m a î t r e . p e u à a p p o r t e r . n u l i n t é r ê t .l à . q u ' o n m e m o n t r e un c o n t r a t de v e n t e s i g n é d e la m a i n du C r é a t e u r . sont d u e s à la liberté du travail. c'est q u e d e s deux mo­ biles q u e la n a t u r e a m i s en j e u p o u r n o u s faire agir. Q u a n d on a divisé les frais d ' a c h a t et d ' é d u c a ­ t i o n . a Je d e m a n d e . p e u à pren­ d r e . disait u n j u g e . » Le s e c o n d . 75. Manuel d'économie politique. c'est celui de l'homme l i b r e et m o r a l . il est le m e i l l e u r . Ce q u i fait l ' i r r e m é d i a b l e i n f é r i o r i t é d u tra­ vail esclave devant le travail l i b r e . s'il n e l'est p a s . travail s e r v i l e . d e son l o g e m e n t . p. l'esclavage n ' e n e m p l o i e q u ' u n 1 s e u l . .

S a n s d o u t e les s o c i é t é s l i b r e s c o n n a i s s e n t la m i s è r e . q u e . et l ' o n n e saurait se r é s i g n e r à v o i r le s a l a i r e d e s b l a n c s r é d u i t aux m o y e n s de s u b s i s t a n c e des n è g r e s .n e u v i è m e s i è c l e avant J . Le s a l a i r e n e décroît pas avec l ' a u g m e n t a t i o n d e la p o p u l a t i o n . telle est la vraie q u e s t i o n .n e u v i è m e J.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. le d r o i t . sans salaire Un travail forcé et est u n e m o n s t r u e u s e i n j u s t i c e . L ' A m é r i q u e offre d ' u n e m a n i è r e f r a p p a n t e de la v é r i t é d e ces d o c t r i n e s : elles v a l a i e n t la la preuve peine qu'un c h a p i t r e tout e n t i e r l e u r fût c o n s a c r é . ces m a c h i n e s d u d i x . la p r é t e n d u e t h é o r i e de l'esclavage fondée s u r l'histoire. et n o u s l'a­ vons l'ait d a n s celui q u i p r é c è d e . 1 Cité par Weston. il faut le p r o h i b e r . C. C. selon l'expression 93 déjà citée de Théodore P a r k e r . Progress of Slavery. Un a u t e u r 1 a m é r i c a i n a c a l c u l é à q u e l l e é p o q u e le travail l i b r e serait m o i n s c h e r q u e le travail s e r v i l e . l e t r a v a i l servile c o m m e n c e à n ' ê t r e plus r é m u n é r a t e u r . M a i s celle m a u v a i s e action devient m ê m e un m a u v a i s c a l c u l . et celui q u e p r o d u i s e n t d e s esclaves. comparaison à établir. la r a r e t é de la d e n r é e en a a u g m e n t é la valeur. l ' i n f l u e n c e libre a dimi­ de ces d e u x c a u s e s r é u n i e s est t e l l e . est r é f u t é e par les v o y a g e u r s . l ' a c c r o i s s e m e n t d e la p o p u l a t i o n nué le s a l a i r e d e c e l l e . . et il a n n o n c e q u e ce sera e n 1 9 2 3 . Ainsi. e n t r e le t r a v a i l q u e t i r e n t les h o m m e s libres d u fer et du siècle après feu. En m ê m e t e m p s . q u a n d la d e m a n d e de t r a v a i l a u g m e n t e p l u s e n c o r e . C'est là u n e p u r e h y p o t h è s e . d a n s p l u s i e u r s É t a t s . l ' é c o n o m i e p o l i t i q u e .c i . ces m a c h i n e s d u d i x . p a r l e s é c o n o m i s t e s . p a r les j u r i s c o n s u l t e s .

a n t i q u e s t e r r e s à esclaves. Nous n ' i n v o q u e r o n s p a s les e x e m p l e s de l'Asie et de l ' A f r i q u e . et s u r t o u t à l ' e x e r c i c e droits politiques. d e l'état 1 de l ' A m é r i q u e suffit a m p l e m e n t . des a r i s t o c r a t i e s q u ' i l lue p a r la c o r r u p t i o n l'insurrection.94 L'ESCLAVAGE. n e p e u t - e l l e d e v e n i r le lot du m i l l i o n n a i r e ? p o u r q u o i l'auteur d e l ' a r g u m e n t n e se m e t . sans s o u c i de la vie m a t é r i e l l e . Il i m p o r t e à l ' é q u i l i b r e d u m o n d e q u e c h a q u e h o m m e gros ait u n h o m m e m a i g r e p o u r c o n t r e b a l a n c e r son p o i d s . aux a r t s .i l p a s en esclavage p a r p r u ­ d e n c e .m ê m e qne n o u s d e m a n d e r o n s enfin la r é p o n s e à cette s i n g u l i è r e t h é o r i e p o l i t i q u e q u i remonte à Aristote : 11 est b o n q u ' u n e p a r t i e des h o m ­ m e s soit esclave. Mais je voudrais savoir si les esclaves m a l a d e s s o n t p a r t o u t m i e u x tés que nos p a u v r e s d a n s des hôtels-Dieu L'ouvrier est-il trai- chrétiens? seul exposé à la m e n d i c i t é . de façon à n ' ê t r e p a s exposé à m o u r i r à l'hospice? VI C'est à l ' A m é r i q u e e l l e . Quels Wallon. p o u r q u e l ' a u t r e se l i v r e . XXVI. la c h a r i t é est e n t r é e d a n s le m o n d e le m ê m e j o u r q u e la l i b e r t é . n i c e u x d e S p a r t e et d'Athènes n o u s n e r e f e r o n s pas le t a b l e a u des d é m o ­ craties q u e l'esclavage m e n a c e d ' é p u i s e m e n t et de d é s ­ ordre. et la c h a r i t é n e suffit pas à tout. et Ce q u e n o u s a v o n s p r é c é d e m m e n t écrit traits . Singulière compensation qui des rappelle la p l a i s a n t e r i e d ' H o g a r t h s u r les gras et les maigres.

Nous avons p e u t . il n ' e s t pas v r a i q u e la s e r ­ vitude d o m e s t i q u e soit le s u p p o r t d e la l i b e r t é p u b l i q u e . le talent d e v a n t q u e la la g r o s ­ sièreté.ÉTATS-UNIS nous pourrions ajouter D'AMÉRIQUE. C'est ici q u e le système de c o m p e n s a t i o n retrouverait u n e a p p l i c a t i o n p l u s e x a c t e . q u e les a n g e s fuient d e v a n t les d é m o n s . Mais o n est aussi fort r é c o m p e n s é q u a n d on a p u c h a s s e r de la région p u r e d e l ' â m e . que W a s h i n g t o n et F r a n k l i n o n t fait p l a c e à Walker et à Lopez. vertu d i s p a r a î t d e v a n t le v i c e . de la s c i e n c e . le d é g o û t des h o m m e s éclairés p o u r u n e p o l i t i q u e où la b r u t a l i t é a p l u s de p a r t q u e l'intelligence. sont é c r i t s e n lignes a u t h e n t i q u e s et ineffaçables dans tous les d o c u m e n t s . mais il est v r a i q u e la civilisation r e c u l e d e v a n t la b a r ­ barie. l'état d u c l e r g é . On s ' a c c o r d e n o t a m m e n t . n o u s l ' a v o n s déjà dit. On é p r o u v e u n e souffrance véritable à d i s c u t e r honnêtement des choses q u e la c o n s c i e n c e sait ê t r e m a l h o n n ê t e s . 95 à cette l a m e n t a b l e p e i n t u r e ! Le n o m b r e des c r i m e s . u n e théorie q u i s'y était glissée à c o u p s de m a u v a i s argu- . la d é c a d e n c e d e la j u s t i c e . la c o r r u p t i o n des f a m i l l e s . à at­ t r i b u e r à l ' e s c l a v a g e l'affaiblissement de la vie p u b l i q u e . q u e le p a r t i q u i e n t e n d g a r d e r les n o i r s a p r é ­ valu s u r le parti q u i voulait c o n d u i r e a u p r o g r è s les blancs.ê t r e a c c o r d é t r o p d ' e s p a c e à cette d i s ­ cussion des arguments généraux et théoriques q u e les p a r ­ tisans de l'esclavage ont m i s en c i r c u l a t i o n . d e la p e n s é e . d a n s les E t a t s du Sud. la violence des p a r t i s .

et.96 L ' E S C L A V A G E . fait grossier. § 2. Rien de p l u s c o m m u n d a n s les livres a m é r i c a i n s que cette p h r a s e : « L'esclave n ' e s t p a s m a l h e u r e u x . a p r è s les arguments e x a m i n o n s les arguments spéciaux généraux et pra­ tiquer. l ' a u t r e des citoyens d e s ÉtatsUnis. — Le b o n h e u r Esclaves. impos­ » D o n n o n s à ces d e u x objections la r é p o n s e q u ' e l l e s m é ­ ritent. m a i s au m o i n s privé d u secours des deux | d u s fortes a r m e s q u i soient a u m o n d e . Allons à ce fait. et théoriques. » Le plus p h i l a n t h r o p e des d o c t e u r s a m é r i c a i n s s ' é c r i e : L'esclavage est u n m a l . en F r a n c e ou e n Angleterre . La p l u s s e n s i b l e d e s d a m e s de la H a v a n e ou de la N o u ­ velle-Orléans console son c œ u r avec ces paroles : « Les es­ claves ne sont pas malheureux. par l ' é c o n o m i e p o l i t i q u e . plus particulièrement à l ' u s a g e . cette t h é o r i e est r é d u i t e à l'état d ' u n fait p u r et s i m p l e . difficile à v a i n c r e . Désavouée par l ' h i s t o i r e . d é p o u i l l é e de ces v ê t e m e n t s d ' e m p r u n t . Ils se r é d u i s e n t à deux. q u ' e l l e avait tour à t o u r invoquées. il l'eut « été bien d a v a n t a g e . f o r m i d a b l e . l ' u n des d a m e s . la c o n s c i e n c e et la r a i s o n . l'ou« v r i e r l i b r e est-il m o i n s à p l a i n d r e ? » . m e n t s . en Afrique. c o m m e un vo­ l e u r du c o s t u m e d ' u n honnête. p a r la p h i l o s o p h i e . m a i s l'émancipation est sible I Il n'y a pas de remède légal. h o m m e .

leurs arguments pour et contre l'esclavage. Le livre de C h a n n i n g est. d'épargner les Américains. 1 Je ne veux pas mettre seuls en cause les Américains. Je suis prêt à tous les aveux . peut-être l'esclavage n'a-t-il jamais été justifié avec plus de verve et d'obstination qu'en France. n u l l e m e n t p o u r m a i n t e n i r la condition des noirs. à tous les t e m p é r a m e n t s . c'est u n e raison p o u r a m é ­ liorer la condition des blancs.C h r i s t . afin d'éviter les traductions. mais il ne s'agit pas de savoir c o m ­ ment il est traité s u r la terre de Mahomet. restons v r a i s . à mes yeux. aussi. hélas! la vérité est assez l a m e n t a b l e . 7 citations . je les retrouve dans les luttes suscitées autrefois en Europe par les mêmes débats. II. il s'agit de sa­ voir comment il doit l'être s u r celle de J é s u s . des faits aux c é l è b r e s r o m a n s de m a d a m e Beecher S t o w e . j e suis résolu c e p e n d a n t à n'en point faire 1 usage . et les r o m a n s de m a d a m e Stowe sont l'un des plaidoyers les plus éloquents qui soient sortis de la m a i n d'une f e m m e . 97 I On suppose q u e je vais e m p r u n t e r . l'un des plus ad­ mirables que la religion et le patriotisme aient j a m a i s inspirés. Si nos villes renferment des misérables plus à plaindre q u e certains n è g r e s . un grand nombre de mes leur est emprunté.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Ainsi j e veux croire q u e le n è g r e était p l u s m a l h e u ­ reux en A f r i q u e . et d'infliger aux auteurs français qui ont soutenu cette cause maintenant déshonorée la honte de se voir relus encore après de longues années. à toutes les concessions q u e l'on voudra . des raisons au livre de C h a n n i n g . p o u r r é p o n d r e .

l'auteur ou le propagateur d'un écrit favorable à la liberté puni d ' u n emprisonne­ ment de vingt ans. l'af­ franchissement entravé. dans la Caroline du Sud. dans la Floride. laws of Slavery. et se contredisent les unes les autres . m ê m e dans les colonies où ils ont été le mieux traités. tandis que le cours ordinaire des rigueurs domestiques bravera tous les tri­ b u n a u x . dans la Louisiane.98 L'ESCLAVAGE. — V. on y voit l'esclave. » Est-il établi d'ailleurs que les juges n'auront pas d'esclaves eux-mêmes? Je consens à ne pas citer les chiffres qui prouvent l'extrême mortalité p a r m i les nègres. On me répondrait que les statistiques ne prouvent rien. presque partout. l'excès des décès s u r les naissances. privé de droits. 1 . le Missouri. et tant d'autres États. qui empêchent l'abus de leur pouvoir. le noir libre banni. Je consens à ne pas parler des lois. fait d'ailleurs général partout où il y a eu des esclaves. on pourrait ajouter que la naissance ou la mort d'un nègre n'est pas considérée comme u n événement assez Stroud. à l'Appendice. Mais. S'il y a des lois qui protégent les droits des maîtres. au Maryland. un extrait du Code civil de la Louisiane. sans doute. comme une chose. « sous l'empire des plus belles lois. comme l'a très-bien dit Bentham. accablé de plus de devoirs q u ' u n h o m m e . le mariage impossible. dans l'Arkansas. il y en a aussi. l'instruc­ tion interdite. Que l'on ouvre le 1 recueil de ces lois odieuses ! On y lit avec h o r r e u r des dispositions inconnues des législateurs païens. on ne punira jamais que les infractions les plus criantes.

A l ' e n t e n d r e . Sans doute quelques F r a n ç a i s ont abusé de l e u r autorité et ont ordonné des châtiments cruels .É T A T S . c'est j u g e r la F r a n c e d'après la des Tribunaux Gazette ou le recueil des causes c r i m i n e l l e s . ne jugeons pas l'esclavage s u r jugeons-le exclusivement sur ses consé­ quences. n i a i s combien r a r e ! « Tout est ouvert. tous les bourgeois sont des coupables. Je consens enfin à ne pas parler des cruautés des maîtres ou de leurs agents.o n . Dites-nous donc. s'écrie M. c'était u n c r i m e . Ne croyez pas un mot des récits de m a d a m e Stowe. ils r é p a n d r a i e n t le sang de maîtres a b h o r r é s . J'ai vu u n médecin o r d o n n e r p o u r u n nègre du vin de b o r ­ d e a u x . ouvertes les fenêtres. Les h o m m e s qui é c u m e n t les chaudières où se fait le s u c r e r e s p i r e n t u n e odeur balsamique. l'intérêt seul porte le m a î t r e à m é n a g e r son esclave ! J'accepte ses abus. p a r r e p r o d u i r e d'agréables tableaux : a Sans d o u t e . C o m m e n t ne pas v o i r q u ' à défaut des sentiments. Commençons m ê m e . j u g e r l ' A m é r i q u e d'a­ p r è s ses récits. niais combien n ' e n voyez-vous pas en F r a n c e ? . ouverte la maison. philosophes si éclaires. s u r vos théâtres. Si les nègres étaient maltraités. mais ces maîtres donnent tranquilles. 99 i m p o r t a n t pour qu'on en t i e n n e soigneusement note. tous les maîtres sont des démons. aussi saine q u ' a g r é a b l e . surtout p o u r les décès. ce q u e je crois vrai. d i t . et tous les pauvres des saints.. .U N I S D'AMÉRIQUE. tout ceci .. au lieu de citations fâcheuses. . et tous les esclaves sont des anges. de Vaublane dans ses Mé­ moires) il est p a r m i les nègres d e s m a l h e u r e u x . . c o m m e .

ces s e r r u r e s .100 L'ESCLAVAGE. ces m u r s garnis de v e r r e . ces dogues. . 2 Page 119. sont forcés de r e ­ connaître que Dieu a presque tout fait pour ceux-ci. » Il dit ailleurs : « Ceux qui ont vu l'agriculture européenne et l'agri­ c u l t u r e tropicale. déchi­ rées par le fouet. p. le cœur plein de vengeance et de haine contre le m a î t r e . ces verrous. puis il s'échauffait de m ê m e : « Voilà les créatures que les philanthropes euro­ péens représentent comme chargées de chaînes . Nous voudrions savoir quels h o m m e s en E u r o p e oseraient faire coucher des domestiques ar­ 1 més dans leur c h a m b r e à côté d'eux et de leur a r g e n t .?» Puis il s'écrie de nouveau : « On a pu r e m a r q u e r des exceptions. 9 5 . et presque tout fait contre ceux-là. p r e n a n t peut-être en pitié l'insuffisance de la race noire q u i amasse d'im­ 2 menses richesses avec de petits efforts . on affirme que les blancs succomberaient à l'agriculture 1 Voyage aux Antilles. c o m m e n t les mettre d'accord? Pour prouver qu'on a besoin de noirs. » Ces a r g u m e n t s paraissent et reparaissent dans tous les livres américains. Sans les contester. et comparé les fatigues du travailleur qui récolte le blé ou le vin à celles du travailleur qui ré­ colte le sucre. mais combien rares ! » L'auteur du Voyage aux Antilles a consacré son pinceau à la m ê m e scène attendrissante des créoles d o r m a n t tranquilles au milieu des nègres. quel est le résultat de la comparaison que vous faites entre cette extrême confiance et ces portes. etc. le café et les épices. 9 5 .

à l ' u n et à l ' a u t r e . il n ' a rien à p r é v o i r . d a n s e de tout son c œ u r .ê t r e q u ' i l est l i b r e ! » Si le noir laisse d o r m i r son m a î t r e t r a n q u i l l e . ce qui m ' i n d i g n e le p l u s . p o u r établir q u ' i l est content. p r e s q u e toujours il c h a n t e . rien à souffrir.ÉTATS-UNIS D ' A M É R I Q U E . vendant u n n o i r p o u r avoir u n bracelet. il boit. il m a n g e b i e n . on le c h a r g e de vices . p e n d a n t q u e son m a î t r e vit en p a i x . e t c . p r ê t à t r o q u e r toutes les libertés c o n t r e u n e seule. et le s o m ­ meil n'est-il pas son bon m o m e n t ? W a l t e r Scott a dit : « Ne réveillez pas l'esclave qui d o r t . on e x a l t e son b o n c a r a c t è r e . le n è g r e est h e u r e u x . il d o r t b i e n . p r ê t à s ' é c r i e r n a ï v e m e n t . il rêve p e u t . c'est u n n o i r grossier. p o u r p r o u v e r q u e les n è g r e s sont h e u r e u x . . c'est u n vertueux p è r e de fa­ m i l l e . de d o r m i r si t r a n ­ quilles et de vivre si h e u r e u x ! Oui. toute sa vie. m a i s celui d u n o i r . ce n'est p a s le m a î t r e cruel c h â t i a n t i n j u s t e m e n t l'es­ clave i n n o c e n t . etc. C o m m e n t se laisser a t t e n d r i r par cette scène des n u i t s paisibles du nouveau m o n d e ? c o m m e n t voulez-vous q u e le n è g r e n e d o r m e pas très-bien ? il est fatigué. c'est u n e j e u n e é l é g a n t e . faisons de l'esclave le p o r t r a i t qu'il se fait volontiers d u r i c h e . on d é c l a r e q u e ce travail est bien m o i n s fatigant q u e celui des b l a n c s . de Vaublanc : « Si ces n è g r e s . q u a n d on veut d é m o n t r e r l'infériorité d u n è g r e . i n n o c e m m e n t c r i m i n e l l e et i n g é n u ­ m e n t atroce. et. C'est p r é c i s é m e n t ce b o n h e u r q u i révolte ! Je l e u r en veux. d a n s a n t . Mais n e contestons pas. c'est u n m a î t r e sans r e m o r d s et u n esclave sans souci. avec M. la l i b e r t é du vice. s ' e n i v r a n t . c h a n t a n t . 101 t r o p i c a l e . q u i se croit aussi le p è r e de ses n o i r s . cela n e lait pas l'éloge d u m a î t r e .

. O u i ! en p a s s a n t devant u n n è g r e a b r u t i . c o m m e il est d e m o d e en F r a n c e d e p a r l e r de ses m o u t o n s et de ses poulets? De jolies créoles murmurent nonchalamment cette p h r a s e b a n a l e : Un n è g r e n'est pas u n h o m m e .102 L'ESCLAVAGE. q u e l l e activité p e u t a n i m e r le caractère de cet homme servi d a n s tous ses c a p r i c e s ? Quelle sensibilité reste-t-il d a n s le c œ u r d e cette f e m m e m o l l e j u s q u ' à l'excès p o u r e l l e . ou b a b i l l e n t s u r le p r i x et les i n c o n v é ­ n i e n t s d e cette sorte d e bête d o m e s t i q u e . Mais d e v a n t le m a î t r e i n d i f f é r e n t . dont les lèvres roses o r d o n n e n t d e fouetter un esclave. voilà ce qui m ' i n d i g n e . Quel s e n t i m e n t de la l i b e r t é dois-je a t t e n d r e d u citoyen h a b i t u é à ce m é t i e r de despote a b s o l u ? Quel respect d e la loi trouverais-je d a n s la sentence du j u g e q u i viole sans s c r u p u l e le d r o i t de l ' h o m m e ? Quelle a r m é e se for­ mera au sein d ' u n e telle p o p u l a t i o n ? q u e l l e é n e r g i e . p a r c e q u e cet aveugle­ m e n t r é c i p r o q u e est le d e r n i e r d e g r é où p u i s s e n t d e s ­ c e n d r e le m a l h e u r e u x et le c o u p a b l e . je dis de m ê m e : Cet h o m m e n ' e s t p l u s u n h o m m e ! L'esclavage n e p r o d u i t le b o n h e u r q u ' e n a n é a n ­ tissant d a n s le m a î t r e et d a n s l'esclave la d i g n i t é h u m a i n e .m ê m e . bien méchant J'aurais donc 1 goûté ce b o n h e u r a u m i l i e u de deux cents m a l h e u r e u x ? » O u i . La d é g r a d a t i o n de celui q u i sert et de celui qui est 1 Page 95. p a r la funeste h a ­ b i t u d e d u mal q u e l'on s u b i t et du m a l q u e l'on inflige. je serais car j ' é t a i s t r è s . avaient été homme. malheureux. on se p r e n d à r é p é t e r : Cet h o m m e n'est p l u s u n h o m m e .h e u r e u x un alors.

vivantes. le p l u s vanté. qui le retient. le plus s u p p o r t a b l e . m a i s il n'est pas j u s t e de faire l e u r faute p l u s g r a n d e q u ' e l l e ne l'est. et de d e u x façons. l ' h o m m e q u i peut tout ce q u ' i l veut est fort tenté de v o u l o i r tout ce q u ' i l p e u t . Or. . ont m a n q u é pour leur compte. C o m m e n t l ' é v i t e r ? E n ce g e n r e . m a i s sa p r e m i è r e c o n s é q u e n c e . il a u g m e n t e sa r i c h e s s e . .U N I S D'AMÉRIQUE. d'où v i e n n e n t les m u l â t r e s ? On est bien forcé a p p a r e m ­ m e n t de r é p o n d r e : De la d é b a u c h e . ce n e sont pas les négresses q u i l e u r en g a r d e r a i e n t r a n c u n e . et si Dieu l e u r p a r d o n n a i t . Elles se considèrent fort rellement natu­ c o m m e les épouses de q u i les n o u r r i t et de q u i . a u sein m ê m e de l'état le p l u s o r d i n a i r e . voilà n o n pas u n a b u s de la s e r v i t u d e . Dans les pays à esclaves. à l e u r s devoirs de m o r a l e et de c o n t i n e n c e c o m m e c h r é t i e n s . 103 servi. S'il a b u s e de son pouvoir. toutes deux inévitables. par l ' i m m o r a l i t é et p a r la séparation. l ' i m m o r a l i t é c o r r o m p t la fa­ m i l l e du b l a n c et celle du n o i r . C o m m e n t le n i e r ? Les p r e u v e s sont.É T A T S . II Voici la seconde et la p l u s g r a v e : La servitude d é t r u i t r a d i c a l e m e n t la famille. j ' e n conviens. écrivait-il. q u i le p u n i t ? Puis les m a î t r e s sont si jolis g a r ç o n s ! assurait autrefois l ' a u t e u r d u Voyage « Les b l a n c s . Les noirs et les b l a n c s ont h o r r e u r de se m a r i e r e n t r e e u x . aux Antilles. S'il a des enfants.

Mais j e n ' a i pas l ' a r t de p a r l e r c o n v e n a b l e m e n t de ce q u i est i n c o n ­ v e n a n t . q u a n d il n ' a p a s la bassesse d'accepter ou d ' a i d e r c o m p l a i s a m m e n t ces o u ­ t r a g e s ! Que d i r e de ce fait a b o m i n a b l e . d u r e s t e . C'est. . il n ' e s t pas nécessaire de p o u s s e r fort loin la fatuité p o u r croire q u ' o n p e u t les r e m p l a c e r a u p r è s d'elles s a n s u n d é s a v a n t a g e t r o p é c l a t a n t . 1 Page 237. des f u r e u r s concentrées dont son a m e se c h a r g e . q u a n d il en a u n e ? q u e d i r e des i n j u r e s sans r é p a r a t i o n a u x q u e l l e s il est ex­ posé.b i e n q u e les esclaves q u i les e n t o u r e n t sont l e u r s frères et l e u r s s œ u r s . 2 4 0 . Il est des p r o ­ p r i é t a i r e s q u i ont ainsi u n p è r e p o u r p l u s i e u r s m è r e s . des h a b i ­ tations où les enfants de la famille savent t r è s .p e u d i s s i m u l é .s i n c è r e et t r è s . des d o u l e u r s d i s s i m u l é e s q u ' i l dévore. est cité c o m m e u n e exception. des villes e n t i è r e s où u n m é n a g e . u n s u p e r b e étalon suffit à u n t r o u p e a u . des r i c h e s m ê l a n t le vice aux a g r é m e n t s d ' u n e hospitalité s o m p t u e u s e .104 L'ESCLAVAGE. les loge. encore m o i n s le g o û t d'en r i r e . et. entièrement e x e m p l a i r e . l'élève des noirs ? On sait bien q u e p o u r les chevaux ou p o u r les vaches. citer des p è r e s r e n d a n t faciles les p r e m i è r e s fautes de l e u r s fils. Q u e d i r e d e la famille d u n o i r . si les p h i l a n t h r o p e s les c r o i e n t t r o p m a l ­ h e u r e u s e s p o u r se t r o u v e r exposées à l ' e m p r e s s e m e n t de l e u r s m a î t r e s n o u v e a u x . Je p o u r r a i s ajou­ ter de r e p o u s s a n t s détails. et l o r s q u ' o n voit d e s c e n d r e des n é g r i e r s les fiancés o r d i n a i r e s q u ' e l l e s o n t dans l e u r pays. l e u r avis t r è s . » Je m ' e n tiens à cette m o r a l e c o m m o d e . u n petit voyage a u x Antilles 1 les convaincra r a d i c a l e m e n t d u c o n t r a i r e .

Je c o n t i n u e à é c a r t e r tous les abus. et il s'est trouvé une réunion de ministres protestants pour déclarer catégoriquement que le mariage était dissous et le second mariage autorisé. m a i s p e u t . q u o t i d i e n n e . La famille du p a u v r e esclave est encore d é t r u i t e p a r la séparation. Ah ! n o t r e c œ u r se d é c h i r e à la pensée q u e la m o r t p e u t tout à coup n o u s ravir n o t r e f e m m e ou n o t r e e n f a n t ! Que s e r a i t .U N I S D'AMÉRIQUE. 2° des ventes p o u r d e t t e s . et s u r t o u t de cette élève des n è g r e s . 1 selon les exigences des a c h e t e u r s . le vieux p è r e à ses fils ! Cette c o n s é q u e n c e m o n s ­ t r u e u s e . j e sais q u ' o n n e p e r m e t t a i t pas de s é p a r e r u n enfant de sa m è r e avant u n certain â g e . 105 et les moyens d'élever la race bovine. d o n t nous venons d e p a r l e r . la race chevaline. j e passe sous silence la séparation d e ceux q u ' o n a m è n e d ' A f r i q u e . s'il 1 On a été jusqu'à demander si cette séparation forcée dissolvait le ma­ riage et donnait le droit de marier une femme à un autre mari. 5° enfin.c e . la c o n d a m n a t i o n sans appel de l'esclavage. p o u r tout h o m m e d e c œ u r . p u i s q u e l'on p r é t e n d q u e l à . la destruction de la fa­ m i l l e . inévitable. s u r la terre d e la l i b e r t é . et qui con­ d u i t à la vente à tout â g e . d a n s toutes les directions. est à elle s e u l e . sont m a i n t e n a n t à l'usage de la race h u m a i n e . la m è r e à son enfant.o n n i e r q u e la séparation des familles n e o soit la conséquence forcée : I des partages a p r è s d é c è s .É T A T S . i n d u s t r i e maintenant florissante d a n s p l u s i e u r s Etats.b a s ils n'avaient pas de famille. Je sais encore q u ' e n A m é r i q u e les colons s'efforcent de conserver et de ne pas s é p a r e r les n è g r e s . Je veux croire q u ' a u x Antilles e l l e était r a r e . . On a r r a c h e ainsi le m a r i à sa f e m m e .

d'autres couraient çà et là et semblaient en proie à cette agitation qui précède la folie ou le délire. — The parting Scene. et si je les avais visités à une époque antérieure de leur vie. homme riche et bien élevé : notre train s'arrêta. causant avec un propriétaire d'esclaves. muet dans son déses­ poir. Parsons. Un seul était assis. Toute cette scène était si étrange. quelques nègres vendus sans doute! et c'est ce qui fait faire tout ce tapage aux autres. Boston. Nul ne leur avait été enlevé par la mort. Trois générations d'esclaves étaient là. — Rien. Jusque-là nul n'avait été vendu. Ceci fut dit d'un ton froid et composé. presque brutal. 1 . . fallait tous les m a t i n s n o u s d e m a n d e r : m o n e n f a n t est-il v e n d u ? ma femme est-elle e n l e v é e ? Les récits de ma­ d a m e Stowe ne s o n t q u e l ' h a b i l e et é m o u v a n t e m i s e en s c è n e de ces s é p a r a t i o n s . Puis le propriétaire d'esclaves chercha à reprendre avec moi la conversation interrompue. plus l'imagination p e u t i n v e n t e r de p l u s p a t h é t i q u e : (( .106 L'ESCLAVAGE. . disait le vieux couple en larmes. ils l'auraient refusé sans doute. Comme j e me pen­ chais en dehors pour regarder. si contre nature. Mais leur Inside view of Slavery. si je leur avais offert le don de la liberté. qu'ils avaient tou­ jours aimé. by C. 1855. je vis près du wagon un groupe de 24 esclaves : les uns gémissaient. j'étais assis près de la fenêtre. G. que je deman­ dai au propriétaire d'esclaves ce qui se passait là. avec un r e ­ gard stoïque. obstiné. comme ils avaient aimé avant lui son père. les autres pleuraient en silence. le menton levé. chap. Les chariots descendaient de la campagne à la ville. s'ils avaient dû quitter leur bon maître. Cette famille se composait du vieux couple des grands-parents avec leurs six enfants et dix-huit petits-enfants. 1 . d o n t la m e n a c e . dans la maison duquel ils étaient nés. VI. p è s e s u r toutes les joies du m a l h e u r e u x Ecoutez ce s i m p l e r é c i t d ' u n t é m o i n o c u l a i r e t o u c h a n t d a n s s a r é a l i t é q u e t o u t ce q u e sus­ nègre. t o u j o u r s p e n d u e .

Il était debout. La main de fer de l'esclavage avait saisi son cœur et semblait le tordre pour exprimer à la source même de la vie la dernière goutte de son sang. Je la comparai aussitôt à une mère âgée veillant auprès du lit de douleur où sa fille bien-aimée va mourir ! Sa fille était là. être embarqués pour sa résidence. pour se m o n ­ trer au dehors. à 40 milles au sud. où ils devaient. en­ traîné les petits enfants à quelque distance des wagons et jouait avec eux sur l'herbe. elle était muette dans son désespoir. sur lequel il avait compté pour soutenir un jour sa tête à l'heure de la mort. comme disent les médecins. Son corps était amaigri. répétant les dernières paroles d'adieu si tendres. Je remarquai d'abord la vieille grand'mère. Elle était au delà des larmes. son idole. C'était l'image vivante d'un vieux père au lit de mort d'un fils unique. trop écrasante. il avait mis pour enjeu d'une partie de billard six esclaves.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. penchée en avant et courbée vers la terre. Après avoir perdu tout son argent quelques nuits avant cette triste journée. et le bras droit sur l'épaule d'un de ses fils. c'était celui-ci qui les mettait dans notre train pour les con­ duire à S***. sur lequel il s'était appuyé pour assister et consoler sa vieillesse. par une inspiration de son bon cœur. d'après ce que j ' a p ­ pris. . se levait et retombait chaque fois qu'elle tirait du fond de sa poitrine une respiration lente et oppressée ou qu'elle exhalait un long soupir que ne suivaient ni paroles ni larmes. qui allait être éloigné de sa vue pour toujours. sa douleur était trop profonde. un vieillard courbé par le travail et ployé sous les années. ils avaient été gagnés par un joueur de la NouvelleOrléans. deux jeunes gens et quatre files. et emme­ ner les enfants chez elle ou dans une chambre éloignée. son dos voûté. 107 jeune maître s'était abandonné à l'intempérance et au jeu. les consoler. la main gauche appuyée sur un long bâton qui dépassait sa tête. à cette mère à jamais vouée à la douleur. assise près du wagon sur un tronc de pin court et arrondi. si déchirantes. Un jeune esclave du voisinage avait. Après elle venait l'aïeul. mais elle ne sem­ blait pas entendre les derniers mots de son enfant. ses cheveux blancs comme la neige. Sa tête. C'est ainsi que j ' a i vu quelquefois une voisine compa­ tissante visiter la demeure de parents malades ou mourants.

un instant plus tard. je ferai connaissance avec d'autres esclaves. je passerai devant d'autres plantations. à peu d'exceptions près. par une misérable fouetteuse de femmes ! . auxquels. En y allant. on allait les arracher! Ces mères devaient peut-être un jour devenir à la Nou­ velle-Orléans les mères d'autres enfants plus infortunés encore. les consoler dans leurs afflic­ tions et leurs souffrances. une seule fois dans toute ma vie. où il pouvait vivre con­ stamment près d'elle et de ses enfants. et distraire ainsi leur attention de l'agonie de leur mère ou de la scène de mort qu'ils ne pouvaient comprendre. où chacun d'eux peut être témoin des châtiments infligés à ses proches. de leurs maris. — Mais si j e prends une femme à 10 ou 15 milles d'ici. l'esclave répondra : — Si j'épouse chez nous une fille appartenant à mon maître. cela tend à éviter le mécontentement parmi eux. s'il leur arrivait d'être présents en pareil cas. c'est que les maîtres trouvent impolitique de laisser vivre ensemble les familles d'esclaves. les caresser. de se jeter entre les coups et la victime. peut-être ne me permettra-t-on pas de quitter la plantation. Mais la vraie raison de ce fait général. Et la même raison conduit les esclaves à se conformer à cet usage. mon maître me permettra tous les samedis d'aller la voir et de passer le dimanche avec elle. Les pères et mères infortunés étaient là. Les femmes et les maris des esclaves qui allaient partir appartenaient à d'autres plantations et à différents maîtres qui leur avaient charita­ blement permis de venir dire un adieu éternel aux compagnons de leur vie ! Les esclaves ont habituellement leurs femmes sur d'autres planta­ tions. une fille. une sœur brutalement maltraitée. Ils craignent d'ail­ leurs. Leurs affections sont très-vives. les bras enlacés au cou de leurs femmes. u n peu de variété dans la vie. c'est d'ailleurs la seule que l'esclave ose donner de ce qu'il n'a pas pré­ féré avoir sa femme sous le même toit que lui. et de s'exposer ainsi au même sort. Bien peu d'es­ claves peuvent rester immobiles et regarder passivement une mère. — Voilà déjà une bonne raison.108 L'ESCLAVAGE. une femme. et s'il faut que leurs femmes et leurs filles soient châtiées. ils reculent devant un tel spectacle. et cela me fera un peu de n o u ­ veauté. si vous en demandez la cause.

de sa constante affec­ tion pour son mari infortuné. elle se mit à courir en criant : « 0 Vendredi! tiens. Ce cri lit vibrer mon âme et y laissa des impressions qui ne seront ja­ mais effacées avant mon dernier jour.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. De jeunes ladies. disait une de ces jeunes filles à une compagne de pension assise en face d'elle. Les wagons roulaient quand elle s'en souvint. regardez donc ces noirs ! Quel tapage . Mais. Il y avait trente-cinq voyageurs dans ce train. L'un d'eux (il s'ap­ pelait Vendredi). alliées à des familles distinguées. Son cœur se brisait! Elle ne put réprimer plus longtemps la douleur. et partent pour le wagon aux nègres. elle avait oublié son présent.. Comme si des nègres se souciaient de leurs enfants! Mais voyez donc Cuffie embrasser Dinah! Que de bruit! La semaine se passera-t elle sans qu'il ait une autre femme et elle un autre mari? La chance est égale. fit un bond en arrière et accourut à sa femme pour lui donner le dernier baiser d'affection. » Ces jeunes filles revenaient d'une pension de la province à leurs de- . Puis le mari fut poussé sur le chariot et la femme laissée en arrière. et l'ordre est donné aux esclaves de s'entasser sur les wagons. ils s'arrachent à leurs femmes. mais pas un n ' e x ­ prima de sympathie pour les malheureuses victimes d'un coup de billard. bien éle­ vées.. 109 Mais la cloche sonne. le paquet tomba entre les chariots : je n'ai jamais entendu voix humaine jeter un cri pareil à celui de cette femme quand elle vit cet emblème solilairc de sa fidélité. tomber par terre au lieu de lui parvenir. filles de propriétaires d'esclaves. je voulais te donner cela ! » Et elle lança le paquet vers le wagon. « Regardez donc. mais. au lieu d'y atteindre. à leurs maris. dans l'agonie plus que mortelle du départ. mais elles ne semblaient nullement plaindre les pauvres esclaves désespérées! elles riaient et tournaient en ridicule des expressions de leur douleur. Au son du fouet. les chariots étaient déjà loin que l'air était encore déchiré des lamentations qui s'échappaient de cette pauvre âme avec les cris les plus frénétiques qu'ait jamais poussé le désespoir. du vœu sacré de sa jeunesse. qu'elle avait gardé pour le donner à son mari comme dernier gage de sa tendresse. La femme de Vendredi avait un petit présent attaché dans un vieux mouchoir de coton. étaient dans ce train.

d ' u n r a y o n de soleil. et n o n pas à cause de l'esclavage. l ' h a b i t u d e est si p u i s s a n t e et Dieu est si b o n ! La p a u v r e fille a d a n s son g r e n i e r u n e i m a g e s a i n t e ou l ' a n n e a u d e sa m è r e . Le m a î t r e le sait b i e n . le p r i s o n n i e r se fait à la l o n g u e u n monde à part. mes sentiments étaient irrités. à l u i tout s e u l . montés à un si haut point. l ' o r p h e l i n q u i g a r d e seul. Dieu n e p e r m e t pas q u ' u n b r i n d ' h e r b e m a n q u e peu d'eau. répondis-je. j ' é p r o u ­ vais pour ces esclaves une telle pitié. Mais la sympathie pour l'esclavage n'est pas ensei­ gnée dans ces pensions de jeunes filles. il le trouve dans le peu de l i b e r t é q u ' i l rêve ou q u ' i l se d o n n e . Quelle r é c o m - .110 L'ESCLAVAGE. p a r se consoler de la vie. je pourrais bien dire quelque chose qui mettrait en danger ma propre libellé ! Nous voici b i e n loin de t o u s les t é m o i g n a g e s qui louaient le b o n h e u r des esclaves. meures de la ville. quand le propriétaire d'esclaves me dit : « A quoi pensez-vous? A ces nègres? — Je vous serai très-obligé si vous voulez bien ne pas parler de cette scène. son bon­ h e u r . s'il n e s ' é t o u r d i t p a s . d'un ni q u ' u n e c r é a t u r e h u m a i n e m a n q u e d ' u n p e u de b o n h e u r . des n i d s d'oiseaux cachés d a n s le r o ­ c h e r . Le p a u v r e esclave. finit aussi p a r s ' h a b i t u e r . Je me sentis indigné . q u i sont à l u i . il p e n s e à la m o r t . Accordons-le cependant. d'une petit fleurette. au versant d e la m o n t a g n e . des chèvres ou des p o u r c e a u x . sait des sources i g n o r é e s . peuplé d'un insecte. et m ê m e a u fond d ' u n cachot. d ' u n n o m g r a v é s u r la m u r a i l l e . que j'aurais sacrifié ma vie si j'avais pu empêcher ainsi la séparation de ces maris et de ces femmes. de ces parents et de ces enfants. p u i s a u c i e l ! Mais il est h e u r e u x malgré l'esclavage. beaucoup d'esclaves sont h e u r e u x . J'étais resté silencieux quelque temps après le départ du train.

Ah! que l'esclave n e s'at­ t e n d e p a s . Je vous p a r l e de la l i b e r t é qui est le b o n h e u r de l ' â m e . q u ' i l reste à l ' é t a b l e . E t r e heureux. Tous les paysans de la F r a n c e n e sont pas n o u r ­ ris c o m m e les esclaves. qu'il boit. il pense à l ' a g r a n d i r p o u r ses enfants. u n e f e m m e q u ' i l a le d r o i t d ' a i m e r et le b o n h e u r de r e s p e c t e r . c'est l'effort. il se c o u r b e . n'y a-t-il pas dans t o u t e cette discussion u n e confusion v é r i t a b l e ? Nous c o m p r e n o n s .n o u s bien et p a r l o n s . Ou plutôt n e d é g r a d o n s pas ce b e a u n o m . b e a u c o u p d ' e n t r e eux souffrent et se p l a i g n e n t : sont-ils d o n c m o i n s heureux? Compa­ rons : P a u v r e Jacques va a u sillon . le voisin d o n n e u n p e u d'aide.É T A T S . la li­ b e r t é . d e m a i n le travail m a n q u e r a . il s u e . p a u v r e Jacques a u n e c h a u ­ m i è r e à lui. on le console. le b o n h e u r . et vous m e p a r l e z de la j o u i s s a n c e q u i est la servitude des s e n s . à être r i c h e . c a r il a des enfants q u ' i l a i m e . s'il a i m e m i e u x ê t r e p a n s é toute sa vie c o m m e u n bœuf. qu'il danse. il g a g n e r a q u a r a n t e sous .U N I S D'AMÉRIQUE. Oui. p u i s . la p e i n e . l'impôt sera exigible. il s ' é p u i s e .n o u s des m ê m e s choses? libre. être est-ce q u e ces m o t s sont synonymes? J e vous dis q u e l'esclave doit être l i b r e . la l u t t e . la m a l a d i e m e n a c e . qu'il est h e u r e u x . Au s u r p l u s . la vieillesse a p p r o c h e . et vous m e répondez p l a t de lentilles ! Cessons ce m a l e n t e n d u . s'il se p l a i n t . s'il devient l i b r e . qu'il dort. Je vous p a r l e droit d ' a î n e s s e . 111 p e n s e promet-il à l'esclave a u b o u t d ' u n e vie de dévoue­ m e n t ? La l i b e r t é . ses s u e u r s sont . m a i s le travail revient. et vous m e répondez q u ' i l mange. ses fatigues n e sont pas stériles. à être oisif.

elle est s e r v i e . Oncle Ned va au sillon.t . n u l l e m e n t p o u r u n m i s é r a b l e n o i r ? q u ' i l est r i d i ­ cule de p l a i n d r e celui qui n e se p l a i n t p a s ? Il ne se p l a i n t p a s ! Ètes-vous bien s û r d ' é c o u t e r ses d o l é a n c e s avec u n e b o n n e volonté fort a t t e n t i v e ? Ce q u e . elle d o r t . v e i l l e . il s'é­ p u i s e . et le b o n h e u r d e b i e n d î n e r n'est q u e la félicité d u v e n t r e et la volupté des p o u r c e a u x . il s u e . Quelle d i s t a n c e ! couche honteuse! no­ bles e n t r a i l l e s ! r e p o s i g n o b l e ! saintes fatigues ! Le b o n h e u r .o n q u e tous ces r a i s o n n e m e n t s sont b o n s p o u r u n citoyen français q u i va à l'école et lit les j o u r ­ n a u x . si le ciel est sans n u a g e . c'est avec l'espoir de n ' y pas r e n c o n t r e r les b l a n c s . fécondes. c'est q u ' i l a p e r d u le secret des l a r m e s . elle repose n o n c h a l a n t e et d o u c e m e n t c o u c h é e . i m p i t o y a b l e . on le f o u e t t e . il est tout en n o t r e â m e . t r a v a i l l e .112 L'ESCLAVAGE. s'il d a n s e . O u i ! m a i s tous les j o u r s m ô m e p i t a n c e . sort h o r r i b l e . enfante s u r u n e c r è c h e . s'il n'y croit pas. A H é g u e r a . il n e p e u t r e n d r e h e u r e u x p e r s o n n e ! S'il se p l a i n t . il est sans r a y o n s . il n'est pas p a y é . p l e u r e bien souvent. s'il p a r v i e n t à n'y p l u s p e n s e r . il boit. m ê m e s o r t . m a i s il m a n g e . m o r n e . il ne craint pas l ' a v e n i r . La p a u v r e femme souffre. et à ses l a r m e s de peine se j o i g n e n t des l a r ­ m e s de j o i e . l ' a m o u r p u r et la l i b e r t é . u n e f e m m e : est-elle à l u i seul ? C o m m e n t serait-il h e u r e u x . il est s o i g n é . il se c o u r b e . s'il y p e n s e . La s u l t a n e d u h a r e m est aussi p l u s h e u r e u s e q u e la f e m m e d u v i l l a g e . Ned a des enfants : on les v e n d r a . abject. s'il croit a u ciel. c'est le devoir. q u e l l e est sa v i e ! Sa seule r e s s o u r c e est d ' ê t r e u n s a i n t ou u n i v r o g n e .

racontés par eux- mêmes à Benjamin Drew. On a c o m p o s é u n livre i n f i n i m e n t c u r i e u x de r é c i t s 1 écrits s o u s la dictée des noirs r é f u g i é s au C a n a d a . J e t r a d u i r a i q u e l q u e s . On l'a dit au maître.U N I S D'AMÉRIQUE. p r e s q u e t o u s é c h a p ­ pés des E t a t s . aucun n'en était satisfait...u n s de ces r é c i t s . or the narratives of fugitives slaves in Canada. je n'ai jamais entendu parler d'un seul. Notre maître avait coutume de dire que si nouS ne 1 The refuges. Il retrouvera ce crime au jour du jugement. « La peur d'être vendu dans le Sud m'a poussé à m'enfuir plus que toute autre chose. 113 l'oreille d e l ' h o m m e n ' e n t e n d p a s . 185G. : 29. « Un de mes compagnons a été attaché par un inspecteur violent et fouetté terriblement. t o n ! esclave p e n s e à s'enfuir : u n c e r t a i n n o m b r e y r é u s s i t . Quelques-uns de ces récits. L'homme auquel j'appartenais ne nous donnait pas assez à manger. Je n'ai jamais vu un seul échappé qui désirât revenir. Les esclaves ne sont pas satisfaits de leur sort. Il est mort peu de temps après. en Virginie. Ou les trouvera dans l'Appendice.C a t h e r i n e . celle de Dieu le r e ­ c u e i l l e . W I L L I A M JOHNSON : « Je regarde l'esclavage comme un poison mortel. niais il n'a pas voulu renvoyer l'inspecteur. et dans tout le voisinage. deman­ deraient ici trop d'espace.É T A T S .U n i s . et le Canada c o n ­ tient a i n s i 4 0 . pleins de l'intérêt le plus pathétique. II. Mes pieds ont été gelés dans ma fuite. ils s'établissent à S a i n t e . Boston. related by themselves. et on n'a pas douté que ce ne fût des suites des coups de fouet. Tout p r i s o n n i e r s o n g e à s'évader. Les réfugiés ou récits d'esclaves fugitifs au Canada. 0 0 0 n o i r s . mais j'aurais mieux aime mourir en route que de retournerez arrière. à Toronto et d a n s d ' a u t r e s v i l l e s . Servons u n i n s t a n t d ' é c h o à ce q u e les n o i r s e u x m ê m e s pensent de leur sort. 0 0 0 à 5 0 . Dans la ferme où je travaillais. 8* .

Les maîtres ont quelquefois des égards pour tel ou tel de leurs esclaves. J'ai exercé vingt ans les fonctions de.. . L'atrocité de séparer les m a ­ ris et les femmes. « . Dans les premiers temps. R É V É R E N D ALEXANDER HEMSLEY : «Mon maître n'avait pas l'habitude d'acheter et de vendre.. Je ne suis pas un écrivain. ne le priant jamais pour la fortune ou la renommée.. Ma nièce avait été louée. il fut décidé qu'elle serait vendue. .. C'ETAIT pitié d'entendre leurs cris.. attachée et punie.)) 41. ils étaient en général dus aux sentiments les plus tyranniques. . » 5 2 . voulant dire qu'il nous vendrait et mettrait le prix en poche.. les parents et les enfants me semblait un crime plus. peu payé. . Elle .. mais on put s'y opposer. ministre méthodiste. et montrer comment la tyrannie agit sur l'esprit des esclaves. niais dans son voisinage c'était fort ordinaire. haut que les cieux. et le maître voulait vendre cet enfant. quand ou les entassait de force dans les chariots. mon esprit se reportait toujours vers la terre natale. Oh! c'était abominable! J'ai soixante ans maintenant. . . j e me suis réveillé dans une angoisse inexprima­ ble!. Son fils avait un enfant d'une négresse. J A M E S SEWARD : « J'avais une nièce mariée et mère de deux enfants. dont un à la mamelle. parce que je prêchais l'Évangile. j e pourrais écrire une histoire de l'esclavage. son propre petit-fils... lui convenions pas.114 L'ESCLAVAGE.. touj o u r s p o u r que sou nom soit béni et que sa volonté soit faite... Je liais la tyrannie. il se hâterait de nous mettre dans son gousset. je fus m i s comme gage en pri­ son. Maintenant je trouve que du salé et des pommes de terre au Canada valent mieux que le pudding et le poulet aux ÉtatsLnis.. niais j'ai toujours mis ma confiance au Seigneur. Mais je n'ai jamais vu aucun châtiment infligé avec quelque miséricorde.. J'aimerais mieux ren­ contrer des serpents que certaines gens que je connais aux États- Unis. avec une éternelle inquiétude. Mon maître ayant des dettes. « . mais si quelqu'un voulait corriger mon style.. Mon sang améri­ cain est sorti de mes veines. Une fois j'ai rêvé que j'étais repris. Je suis Anglais. J'ai vu une femme en état de grossesse.

» 4 5 . deux sont morts.. comme un ignoble écho du monde païen.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. ils ne courraient aucun danger. 1. avec des menottes. m a i s c'est tou­ j o u r s le m ê m e t a b l e a u : le fouet. si l'on veut. 15. On lui ôta ses fers. Caprigenum hominem non placet mihi neque pantherinum. . comparativement à tant d'autres. Tous ces t r a i t s s o n t . II. on l'emporta loin de ses enfants. On la vendit.. l'igno­ voilà ce q u ' o n ose a p p e ­ ler le b o n h e u r des esclaves.. MISTRIS ELLIS : « J'ai été trente-deux ans esclave dans l'Etat de Delaware. Les gens de travail iraient travailler sans révolte. mais.. C'est quand mon maître me menaça de me vendre et de garder mes entants que je le quittai. dans la prison où j'étais.. I. « L'esclavage est une mauvaise institution. 1 1 5 fut séparée de ses enfants et mise. » Nous p o u r r i o n s a j o u t e r d ' a u t r e s r é c i t s . r a n c e . et j e sentais mon esprit déprimé. 2 4 0 .) Le poëte latin comparait les esclaves à la race des chèvres ou des pan­ thères. J'ai été fouettée avec un fouet de charrette. J'étais élevée dans l'ignorance. DAM JOSIAH LOCKART : « Mon maître disait qu'il me fouetterait jusqu'à ce que je fusse rayé l comme un zèbre .i l s des e x a g é r a t i o n s ou des excep­ tions? A d m e t t o n s . après dix-neuf siècles de christianisme. Je pense que si les blancs affranchissaient les esclaves. J'étais trai­ tée d'une manière tolérable.. J'ai eu quatre enfants. les m e n a c e s . deux se sont échappés avec moi.. ne l'oublions 1 Cette atroce plaisanterie des anciens se retrouve. affaissé. Epid. la s é p a r a t i o n . (Wal­ lon. le m é p r i s . à cause des traces de caups de fouet dont leur peau était bigarrée.. elle était désolée et criait toujours : « Oh! mes enfants! mes pauvres enfants!» Et j e crus qu'elle se t u e ­ rait de chagrin. » 44. q u e ce sont les esclaves les p l u s m a l t r a i t é s q u i s ' e n f u i e n t . Je porterai jusqu'au tombeau une bosse au front d'un coup que m'a donné mon maître...

le dîner est bon. . un peu plus tard. exacte. Qui d o n c c o n s e n t i r a i t 1 The refuge. mais dites-moi. . il a adopté la maxime philoso­ phique citée p a r le prophète : « Buvons et mangeons. niais pour le moment. « Quel heureux gaillard est ce « Damoclès. . laissez-nous en jouir. . s'écrie M. h é l a s ! cette l o n g u e discussion s u r b o n h e u r de l'esclave. » — Si heureux que soit Damoclès. Introduction. car demain nous « mourrons. chargée de plats exquis. Quelle fête! A en juger par la vaisselle d'or et d'argent. du Sud. nous examinerons un peu la question du glaive. couverte de vaisselle d'or et d'argent. c'est qu'il ignore sa condition. par les bou­ quets de roses. le p l u s h e u r e u x d e s a m è r e et t r o p le h o m m e s chez le m e i l l e u r des m a î t r e s . et n'est suspendue que par un cheveu? » — « Peu importe l'épée? vous mêlez ensemble le triste et le gai. 5 0 . chacun doit saluer en lui un homme bien heureux ! » — « S'il est heureux. convenez-en. ces m a u v a i s t r a i t e m e n t s a u x q u e l s liers d'esclaves o n t été r é e l l e m e n t plusieurs soumis.116 L'ESCLAVAGE. ne voyez-vous pas cette épée qui reluit au-dessus de sa tête. . laissez-nous à notre aise considérer présentement le dîner. p. C est un tort. sale. du Nord. sachant que le jour de l'épreuve est proche. pas. 1 « Damoclès est assis à la table d'un roi. prétendu un s e u l . Damoclès se porte bien : c'est une pitié que le Celte affamé. par le fumet mêlé du bouilli et du rôti. mil- plusieurs m i l l i o n s y sont exposés t o u s les j o u r s . répond M. fripon. il a ce glaive au-dessus de la tête. il est à une belle noce ! » — « Oui. q u e ­ relleur. ne puisse pas avoir chaque jour un aussi bon dîner à la table du roi Denys. Qui accepterait un bon dîner avec cet accompagnement? — « Vous avez tort. ce Damoclès est un heureux gaillard ! » T e r m i n o n s p a r cette a l l u s i o n p l a i s a n t e . et par l'appé­ tit vigoureux de Damoclès lui-même. ou que.

. c'est u n fait q u i n'est pas m o i n s c e r t a i n . . I. et d e d é c l a r e r h e u r e u x u n h o m m e qui se trouve m a l h e u r e u x « Que l'esclavage soit a g r é a b l e a u x m a î t r e s . p u i s q u ' i l suffirait de l e u r faire cesser à l ' i n s t a n t . dit B e n t h a m . jour à être l'esclave m ê m e de son plus t e n d r e 117 ami? « Il est a b s u r d e . c'est u n fait q u i n'est pas volonté p o u r le d o u t e u x . Qu'il soit dés­ a g r é a b l e aux esclaves. p u i s q u ' o n ne les retient p a r t o u t dans cet état q u e p a r la c o n t r a i n t e . P e r s o n n e qui se trouvant libre voulût devenir esclave. 1 e Tome I. p e r s o n n e qui se t r o u v a n t esclave 1 n e v o u l û t devenir l i b r e . chap. XII. » Cela décide la q u e s t i o n .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. 3 part. de r a i s o n n e r s u r le b o n h e u r des h o m m e s a u t r e m e n t q u e p a r l e u r s p r o p r e s s e n s a t i o n s .

et. et l'eût-il. d ' u n e p a r t . le pouvoir central n ' e s t r i e n : il n ' a p a s le d r o i t d ' a b o l i r l'esclavage d a n s les États p a r ­ t i c u l i e r s . p e n d a n t q u a r a n t e a n s .C H A P I T R E IV QUELS SONT LES MOYENS LÉGAUX D'ABOLIR L'ESCLAVAGE? § 1. Aux p l u s p r e s s a n t e s sollicitations. en mais il n'y a pas A n g l e t e r r e . les h o m m e s politi­ q u e s des Etats-Unis ont. l a q u e l l e est de p l u s en p l u s favorable à l'esclavage. la d u pouvoir p e r m e t de t r a n c h e r la question p a r u n e l o i . N'est-ce pas c a l o m n i e r la c o n s t i t u t i o n ? n'est-ce pas d i ­ m i n u e r l'autorité. du C o n g r è s ? . d ' a u t r e p a r t . de r e m è d e . — Les pouvoirs du Congrès d ' a p r è s la Constitution. forme E n effet. en F r a n c e . qu'il n e p o u r r a i t exercer ce d r o i t . opposé cette u n i q u e r é p o n s e : L'esclavage est u n h o r r i b l e fléau. En A m é r i q u e . s a n s le c o n c o u r s de la m a j o r i t é d u Congrès. s a n s violer la c o n s t i t u t i o n q u i l ' a u t o r i s e .

c o m m e on dit les Pères de l'Église? Mais s u r quoi repose cette m a j o r i t é c o n t r a i r e à l'escla­ vage? E n g r a n d e p a r t i e . grâce à cet a r r a n g e m e n t . Lamentable aveu! des ravages du fléau est-il u n e p r e u v e p l u s manifeste q u e cette p r é d o m i n a n c e d'une o p i n i o n m o n s t r u e u s e d a n s u n État dont les fondateurs ont m é r i t é d e v a n t Dieu et devant les h o m m e s le n o m de Pères de la l i b e r t é . 2 0 r e p r é - . de 1 8 1 5 à 1 8 2 5 . le croirait-on? s u r l'esclavage l u i . de 1 7 9 5 à 1 8 1 3 . m ê m e avant q u e la crise de la séparation n ' e û t éclaté. et dans ce d e r n i e r n o m b r e elle c o m p t e les individus a u t r e s q u e les citoyens.m ê m e . ce r é s u l ­ tat : de 1 7 8 9 à 1 7 9 8 . si cette crise violente se t e r m i n e à l ' a m i a b l e . 2 4 . la majorité du Congrès n ' e û t p a s été favorable à l ' é m a n c i p a t i o n . On sait que la constitution accorde a u x États u n n o m b r e de r e p r é s e n t a n t s p r o p o r t i o n n é au nombre des h a b i t a n t s . dans u n e c h a m b r e de 2 2 5 m e m b r e s . Cette s i n g u l i è r e m e s u r e a e u . on r e t r o u v e r a le m ê m e obstacle. 1 4 . d a n s la p r o p o r t i o n de q u a t r e esclaves p o u r trois h o m m e s l i b r e s . I La question de fait n'est pas d o u t e u s e . Aux termes d u d e r n i e r bill électoral (Apportionment bill). p a r suite de l'ac­ croissement successif de la p o p u l a t i o n esclave. 1 9 . 2 2 . 6 8 0 h o m m e s l i b r e s . le Sud a g a g n é 7 r e p r é s e n t a n t s . Oui. 1 r e p r é s e n t a n t a été accordé p a r 7 0 . et.ÉTATS-UNIS 119 D'AMÉRIQUE. ou un n o m b r e p r o ­ p o r t i o n n é d'esclaves. le Sud a g a g n é . de 1 8 2 5 à 1 8 5 5 . c'est-à-dire les esclaves. de 1 8 5 5 à 1 8 4 5 .

7 2 5 h a b i t a n t s l i b r e s . ou 1 s u r 7 0 . il est c o n v e n u q u e les causes valent t o u j o u r s m i e u x q u e l e u r s 1 Théodore Parker. g r â c e a u x esclaves. Aux élec­ tions suivantes. 2 . É l o i g n é s des l e t t r e s . Letter on the Savery. 1 0 1 . le Sud avait 1 1 7 voix. II. Nous s o m m e s h a b i t u é s en F r a n c e à cette m a n i è r e d e r a i s o n n e r . soit 1 p o u r 41. 4 0 2 h a ­ b i t a n t s . les h o m m e s d u S u d se sont voués avec a r d e u r à la p o l i t i q u e . le S u d . Chap. Il est de m o d e a u x États-Unis de d i r e : Si la m a j o r i t é n e p e u t se f o r m e r d a n s le C o n g r è s .120 L'ESCLAVAGE. des a r t s ou d e s sciences p a r l'es­ c l a v a g e . elle est d e v e n u e . p r é p o n d é ­ r a n t e . 8 0 5 h o m m e s libres. p. à raison de ses esclaves. 1848. soit à la r é p a r t i t i o n e n t r e les États des excédants d e r e v e n u s . le Sud a m o i n s payé. 5 7 6 h o m m e s l i b r e s . Le m ê m e calcul sert soit à la r é p a r t i t i o n des i m p ô t s g é n é r a u x levés à q u e l q u e s é p o q u e s . 1 0 5 h o m ­ m e s libres. le Nord. l e Sud a 1 reçu davantage . p a r c e q u e l e u r i n t é r ê t d é p e n d a i t de l e u r i n ­ 2 fluence. soit p l u s d ' u n douzième d e la totalité. s e n t a n t s . 8 7 r e p r é s e n t a n t s p o u r 4 . 1 0 6 . ou 1 s u r 5 5 . si l ' a b o l i t i o n n'est pas p r o n o n c é e . g r â c e à ses esclaves. E n 1 8 4 8 .456 hommes l i b r e s . 8 4 8 . 7 2 7 . n o u s l'avons vu . Les m a l h e u r e u x esclaves c o n t r i ­ b u e n t ainsi d e p l u s en p l u s à l e u r i n s u à envoyer au Congrès des r e p r é s e n t a n t s intéressés et dévoués a u m a i n ­ tien d e l'esclavage. et ainsi la m ô m e contagion q u i infecte le C o n g r è s a e n v a h i toute la h i é r a r c h i e a d m i n i s t r a t i v e et s u r t o u t les hauts emplois. c'est la faute des abolitionnistes. soit 1 p o u r 5 2 . 1 0 2 . le Nord avait 1 5 8 r e p r é s e n ­ tants p o u r 0 .

il p e u t refuser d'en a d m e t t r e d e n o u v e a u x . il p e u t m ê m e 1 J. note. il p e u t la p r o h i b e r . q u e l sera l e u r d r o i t ? Avant toutes choses. le Congrès p o u r r a défaire ce q u ' i l a fait. L ' h o m m e sage ne se p r é o c c u p e pas de ces obstacles e x t é r i e u r s . 121 p a r t i s a n s . » S'il p l a î t à Dieu d ' i n s p i r e r la conscience de la m a j o r i t é des m e m b r e s d u Congrès. sans p a r t a g e r a u c u n e p e u r . Ces a s s e r t i o n s sont toujours à la fois vraies et fausses. C'est le cas p o u r tout h o m m e p u b l i c de se souvenir de cette b e l l e p a r o l e 1 d ' H a m i l t o n . m ê m e q u a n d elle est re­ fusée p a r des influences intéressées. il c h e r c h e ce qui est j u s t e . citée p a r M. q u e la R é p u b l i q u e a u r a i t d u r é sans les r é p u ­ b l i c a i n s . p a r c e q u e la résistance à des griefs l é g i t i m e s . et q u e toutes les réformes sont e m p ê c h é e s p a r les r é v o l u t i o n n a i r e s . s'il est législateur. m ê m e q u a n d elle est récla­ m é e avec des violences i n j u s t e s . Il a. vraies. s'il a qualité p o u r l'accomplir. sans s u b i r a u c u n e c o n t r a i n t e . il p e u t la p u n i r p l u s sévèrement. la l é g i t i m i t é sans les l é g i t i m i s t e s . p. faus­ ses. Il a a d m i s des terri­ toires avec l'esclavage. son devoir est de voter p o u r la j u s t i c e . p r o h i b é la traite. parce q u e les excès des p a r t i s sont p a r t o u t b l â m a b l e s . 11 a dû i n t e r v e n i r p o u r p e r m e t t r e la p o u r s u i t e des esclaves fugitifs. . sert d e prétexte à ces excès.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. de T o c q u e v i l l e : « II est a r r i v é p l u s d ' u n e fois q u ' u n p e u p l e sauvé des fatales c o n s é q u e n ­ ces de ses p r o p r e s e r r e u r s s'est p l u à élever des m o n u ­ m e n t s d e sa r e c o n n a i s s a n c e aux h o m m e s qui avaient eu le m a g n a n i m e c o u r a g e de s'exposer à lui d é p l a i r e p o u r le servir. c o n f o r m é m e n t à la Constitution. 247.

il r e c u l e r a d ' a u t a n t de pas q u ' i l avait a v a n c é . Une m a j o r i t é pût-elle se f o r m e r . à la l i b e r t é . trois quièmes des autres personnes. on s'en r a p p o r t a à la r e l i g i o n . déter­ cin­ . à la p r o h i b i t i o n p r o c h a i n e de la t r a i t e . nombre qui sera miné en ajoutant au nombre total des personnes libres.122 L'ESCLAVAGE. Il O u v r o n s la C o n s t i t u t i o n . L'esclavage fut p r e s q u e proscrit. Madison. II. q u e d e p e u r de le r o m p r e on n'insista pas. l ' i n t e r d i r e d'État à E t a t . ne l'a pas laissé passer u n e s e u l e fois dans la constitution. on a du m o i n s p r o s c r i t le n o m . Voilà l e texte des articles où il est i n d i r e c t e m e n t q u e s ­ tion des esclaves : A r t . Ainsi les positions occupées p a r l'esclavage p e u v e n t être reprises u n e à u n e . on affirme q u ' e l l e serait im­ p u i s s a n t e . p a r c e q u e la Constitution a s s u r e le droit des possesseurs d'esclaves.. si la m a j o r i t é c h a n g e . — Les représentants et les taxes directes se­ ront répartis entre les divers États qui pourront faire partie de l'Union. il s'en fallut d ' u n e seule voix : le lien q u i retenait u n i s les États n a i s s a n t s était si faible. I. Mais le C o n g r è s n e saurait-il faire p l u s ? Ne p e u t . selon le nombre respectif de leurs habitants. sect. § 5 . Jefferson l'avait p r o ­ p o s é . m a i s n e p o u v a n t proscrire la chose. le r é d a c t e u r . d a n s tous les cas où il avait dit oui.i l abolir n e t t e m e n t l ' e s c l a v a g e ? on n e le croit p a s .. Nul n e s a u r a i t refuser a u C o n g r è s . d e d i r e non.

Un fait de cette gravité n e s a u r a i t exister q u ' e n v e r t u d ' u n e loi p o s i t i v e . 1). en conséquence d'une loi ou d'un règle­ ment de l'Etat où elle s'est réfugiée. mais une taxe n'excédant point dix dollars par personne peut-être imposée sur cette im­ portation. II. de sa de sa p r o p r i é t é . sont r é s e r ­ vés à ces États ou au p e u p l e . sect. » . IV. sous les lois de cet Etat. 1er. et le doute. Art. — Aucune personne au travail. ne pourra. mais sera livrée sur la réclamation de la partie à laquelle ce l service et ce travail sont dus . et qui se sauverait dans un autre. et la Constitution a p ­ pelle personnes ceux q u e la législation du Sud a p p e l l e des choses ou u n bétail. si ce n'est c o n f o r m é m e n t à u n e loi. il n e se s o u s entend p a s . On ajoute d e u x textes : 1° l ' a m e n d e m e n t ainsi conçu : « A u c u n e personne liberté. d a n s toutes les législations d u m o n d e . il n e se suppose p a s . a toujours été i n t e r p r é t é en faveur de la l i b e r t é . 2° Le d i x i è m e a m e n d e m e n t : « Les pouvoirs non délégués aux États-Unis p a r la Con­ stitution. il était ainsi conçu: « La migration et l'importation de telles personnes dont l'admission peut paraître convenable aux États actuellement existants ne sera point prohibée par le Congrès avant l'année 1808. être dispensée de ce service ou travail.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. On le voit. sect. » 1 Un autre article (art. » La Caroline du Nord et la Virginie avaient proposé : A u c u n h o m m e l i b r e . le m o t d'esclavage. No freeman : ce t e r m e fût r e j e t é . $ 5. tenue au service 123 ou dans un État. relatif à la traite est devenu inu­ tile. chattel. ou non interdits p a r elle aux États. le n o m d'esclave. Ce silence d e la Constitution est u n a r g u m e n t consi­ dérable. ne sont pas u n e s e u l e fois p r o n o n c é s . n e p e u t ê t r e privée de sa vie. IX.

a s s u r e r la t r a n ­ q u i l l i t é et la c o n c o r d e . m a i s l'esclavage d é t o u r n e et t r o u b l e c h a c u n de ses bienfaits ! » De b o n n e foi. n o u s d é c r é t o n s et n o u s établissons cette consti­ tution p o u r les États-Unis d ' A m é r i q u e .124 L'ESCLAVAGE. d'accroître le bien-être rable pour notre postérité général les bienfaits une d ' a s s u r e r la com­ et de rendre de la liberté. q u o i q u e la Constitution ont-ils le d r o i t de faire u n auraient-ils plus n e le dise roi? N o n . Les Etats n ' o n t d o n c q u e des p o u v o i r s d é l é g u é s et limités. t r a n q u i l l i t é i n t é r i e u r e . de p o u r v o i r à la défense m u n e . n'est-il p a s p e r m i s d'affirmer ce q u i s u i t : Le p r i n c i p e de l'esclavage est h a u t e m e n t . é n e r g i q u e ment r é p r o u v é p a r l'esprit de la Constitution améri- . sans p r é t e n d r e a p p o r t e r à l ' e x a m e n de ces textes la s û r e t é de doctrine d ' u n j u r i s c o n s u l t e a m é r i ­ c a i n . du­ nous faisons. il est écrit d a n s le p r é a m b u l e d e la Consti­ t u t i o n . Cet esprit. m a i s l'esclavage e n t r a î n e le m a l a i s e g é n é r a l ! a s s u r e r à n o u s et à n o s enfants les bienfaits d e la l i b e r t é . afin de f o r m e r union p l u s p a r f a i t e . m a i s l'esclavage est u n e injustice! s'écriait r é c e m m e n t u n é l o q u e n t o r a t e u r . a c c r o î t r e le b i e n . à l'esprit d e la pas Constitu­ tion. le p e u p l e des Etats-Unis. c o m m e n t d o n c celui d e faire u n esclave? L ' u n n'est contraire q u e l ' a u t r e pas.ê t r e g é n é r a l . dont voici les t e r m e s m é m o r a b l e s : « Nous. d'établir la justice. Or. m a i s l'esclavage p r o d u i t la dis­ c o r d e et la r é v o l t e ! g a r a n t i r la c o m m u n e d é f e n s e ! m a i s l'esclavage est c a u s e de la c o m m u n e faiblesse. e n les lisant avec s i m p l i c i t é et s i n c é r i t é . » « E t a b l i r la j u s t i c e .

) . elle fut adoptée à la majorité de 20 voix. (Revue coloniale.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. . Cet article n ' i n t e r d i t d ' a i l l e u r s q u ' a u x Etats p a r t i c u ­ liers la faculté de faire u n e loi q u i a s s u r e a u x fugitifs des États voisins un droit d'asile. puisqu'il a pu mettre des forces fédérales à la disposition des m a î t r e s . p. Un fait aussi radicale­ m e n t c o n t r a i r e à cet esprit n'est q u e toléré. ou à ce qui concerne ces deux questions. inscrit d a n s le p r é a m b u l e . pour avoir le droit de voter. si d e m a i n l'esclavage était aboli. Car on c o m p r e n d r a i t à m e r v e i l l e q u ' o n n'osât pas c o m p t e r de suite les anciens esclaves s u r le m ê m e pied q u e les h o m ­ l m e s libres dans les élections . Le 3 décembre 1 8 4 4 . Q u a n t aux articles cités. il n e s'oppose pas à u n e loi g é n é r a l e faite p a r le Congrès. q u ' i l a fallu l ' i n t e r v e n t i o n d u Congrès p o u r d é c r é t e r e n 2 1 8 5 0 la loi des f u g i t i f s . 125 caine. » Le 27 février 1 8 4 4 . et cette motion fut adoptée par 1 0 8 voix contre 3 0 . exige que tout homme de couleur. mais le lendemain la Chambre revint sur ce vote et l'annula à la majorité d'une voix. en sorte q u e l'article re­ latif à l'extradition trouverait encore quelquefois son a p ­ plication. un membre proposa la radiation de cet article. et cela est si vrai. D ' a u t r e p a r t . m a i s n u l l e ­ m e n t c o n s a c r é . j a n ­ vier 1845. 65. et possesseur d'un bien foncier de 250 dollars. ainsi conçu : « Tous mémoires. art. à la traite des noirs. M. pétitions ou autres pièces relatives à l'esclavage. soit citoyen depuis trois ans. . 2. Donc il p e u t être d i r e c t e m e n t a b o l i . John Quincy Adams renouvela la proposition de supprimer l'article 2 5 . d o n c il p o u 1 e Ainsi la constitution de l'État de New-York.La discussion des questions relatives à l'esclavage avait été interdite par l'article 2 5 du règlement de la Chambre des représentants. seront reçues par la Chambre et déposées sur le bureau sans donner lieu à aucuns débats. o n p o u r r a i t sans difficulté les laisser subsister. u n h o m m e p e u t ê t r e t e n u envers u n a u t r e h o m m e à un service un travail ou à sans être son esclave. 5 a l .

s'il d é c l a r a i t e n c o r e q u ' a u c u n État n e serait à l'avenir a d m i s d a n s l'Union sans p r o s c r i r e l'esclavage. et d ' a d o p t e r à ce sujet tous les r è g l e m e n t s et m e s u r e s con­ venables. III : 1° Le C o n g r è s peut a d m e t t r e de n o u v e a u x É t a t s . félonies contre les lois des donc il peut p r o h i b e r a b s o l u m e n t la t r a i t e exté­ r i e u r e . il p e u t e n c o r e les l e u r refuser. allant p l u s . sect. 2° Le Congrès a le p o u v o i r d e d i s p o s e r d u t e r r i t o i r e et des a u t r e s p r o p r i é t é s a p p a r t e n a n t a u x États-Unis. et les offenses nations. il s e r a i t p l e i n e m e n t d a n s son d r o i t c o m m e d a n s son devoir. Est-ce donc le seul e x e m p l e d e l ' a u t o r i t é d u C o n g r è s s u r les États en cette m a t i è r e ? 11 a le pouvoir aux t e r m e s d e l ' a r t . et m ê m e . VIII. l'es­ clavage n e n u i t . or. vait. et laisser aux m a l ­ h e u r e u x esclaves le bénéfice de la fuite. et aucun nouvel É t a t n e sera f o r m é sans son consente­ ment. IV.i l pas à ce b i e n g é n é r a l ? 4° D'établir u n e r è g l e g é n é r a l e pour les naturalisa- lions. p r e n a i t des m e s u r e s sérieuses p o u r en e m p ê c h e r la p r a t i q u e é h o n t é e . sect. m a i s aussi la t r a i t e i n t é r i e u r e d'Etat à É t a t . art. Enfin.126 L'ESCLAVAGE. Si le C o n g r è s . de la Constitution : 1° De p o u r v o i r au bien général des États-Unis. n ' e n r é s u l t e t-il pas le droit d ' e x c l u r e la n a t u r a l i s a ­ tion des n o i r s ? 10° De définir et p u n i r les p i r a t e r i e s et les c o m m i s e s en h a u t e m e r . Donc si le C o n g r è s avait d é c l a r é . se fondant s u r l'article d e la Constitution qui p r o h i b e la t r a i t e . 1.

Attend-on des occasions? Elles sont c o n t i n u e l l e s . a u r o n t le droit d ' é c r i r e d a n s u n e constitution bâclée p a r les p l u s i n t r i g a n t s d ' e n t r e eux des p r i n c i p e s q u e les fils d e W a s h i n g t o n seront forcés de s u b i r ? Que dira. Ainsi.U N I S D'AMÉRIQUE. d é c l a r a i t i n f â m e et illicite la traite p r a t i q u é e d'Etat à E t a t . des bandits expulsés des États voisins. Mais ses illustres a u t e u r s o n t prévu la nécessité et la m a n i è r e de la modifier. r é u n i s s u r u n t e r r i t o i r e inculte et r a m a s s é s de tous les coins d u m o n d e d a n s des villes de bois et d e paille. La f o r m a t i o n et l'admission d'États nou­ veaux se p r é s e n t e p r e s q u e à c h a q u e session. si elle viole la j u s t i c e . des c h e r c h e u r s de fortune et des c o u r e u r s d ' a ­ v e n t u r e . On a déjà laissé faire t r o p d e c h e m i n à la d o c t r i n e de l ' i n d é p e n ­ dance s o u v e r a i n e des p o p u l a t i o n s qui d e m a n d e n t à d e ­ v e n i r u n État d i s t i n c t . On p o u r r a i t se laisser aller à dire : Violez la Constitu­ tion. d a n s p l u s i e u r s États d u S u d .É T A T S . V. est flagrante. le C o n g r è s serait encore p l e i n e m e n t dans son droit c o m m e d a n s son devoir. déjà p l u ­ sieurs a m e n d e m e n t s y o n t été i n t r o d u i t s aux t e r m e s d e l ' a r t . L'excitation à l a t r a i t e . Les possesseurs d'esclaves m é ­ r i t e n t la m ê m e r é p o n s e . de d e u x choses l ' u n e : ou bien la Constitution . qui p e r m e t ces a m e n d e m e n t s . d é b a r q u é s de la veille. s u r le vœu des deux tiers du Congrès ou des deux tiers des l é g i s l a t u r e s des divers États. Q u o i ! des A l l e m a n d s i n d i g e n t s . 127 loin.t-on si les Mormons se p r é s e n t e n t ayant la c o m m u ­ n a u t é des biens p o u r loi et la c o m m u n a u t é des f e m m e s p o u r m o r a l e ? On l e u r r é p o n d r a : Soyez des h o m m e s avant d ' ê t r e des citoyens.

docteur S i m m s . Sumner. Des h o m m e s d i v e r s e m e n t f a m e u x n ' o n t pas c r a i n t d ' a p p e l e r l'esclavage 2 « la base la p l u s s û r e et la plus solide q u i soit a u m o n d e des i n s t i ­ tutions l i b r e s . q u ' à peine p e u t . une institution a p p u y é e s u r les lois divines et n a t u ­ r e l l e s . d a n s les t e m p l e s . etc. u n e littéra­ 1 t u r e . l ' o p i n i o n s u r ce triste sujet est si forte. etc. s'il n u i t a u bien g é n é r a l . » On a dit q u e « s u p p r i m e r l'esclavage ce serait faire r e c u l e r de d e u x cents ans la civilisation a m é ­ r i c a i n e . . le C o n g r è s p e u t l'abolir. . Ch. . » Ces p a r o l e s o n t été p r o n o n c é e s a u S é n a t . C'est u n e q u e s t i o n de majorité..m ê m e s . la condition n o r m a l e de l ' h u m a n i t é . la m e i l l e u r e f o r m e d e s o c i é t é . elle est si u n a n i m e . la forme de g o u v e r n e m e n t n a t u r e l l e p o u r ceux q u i s o n t i n c a p a b l e s de se g o u v e r n e r e u x . d a n s ce c a s . Flefcher. u n e t h é o l o g i e . u n e physiologie. u n e b é n é d i c t i o n m o r a l e . Speech of hon. dans ce c a s . . . Dew. . . . la p i e r r e a n g u l a i r e d e l'édifice r é p u b l i ­ c a i n . etc. on les lit d a n s les j o u r n a u x . . le moyen d ' é t a b l i r u n e a r i s t o ­ c r a t i e r é g u l i è r e . p o l i t i q u e . . .Toutes ces citations sont de 1 8 5 9 .o n se figurer p a r m i n o u s q u ' i l y ait en A m é r i q u e u n e p h i l o s o p h i e .128 L'ESCLAVAGE. . Hammond. . p o u r l'esclave et p o u r le m a î t r e . . sociale. u n e é c o n o m i e p o l i t i q u e . on l e s 1 V. les livres. . favorables à l ' e s c l a v a g e . E n E u r o p e . . la constitution peut être changée. ou bien la constitu­ tion consacre l'esclavage. Brunlow and Pryne. les écrits de Harper. le bloc d e m a r b r e n o i r q u i sert d e clef de voûte à tout l'édifice d e la société a m é r i c a i n e . ne consacre pas l'esclavage. Carey. p a r c o n s é q u e n t d'opi­ nion p u b l i q u e . 4 juin 1860. .. .

l'écrivain universel et le d e r n i e r touriste. On p e u t donc l'affirmer. u n Alexandre de H u m b o l d t et l ' h o n n ê t e é m i g r a n t a l l e m a n d venu de la m ê m e p a t r i e . n'est pas d é c o u r a g é e . Pitt. professent la m ê m e o p i n i o n . F r a n k l i n . II. p o u r n e p a r l e r q u e des m o r t s . j u s q u ' à C h a n n i n g et à C h e v e r u s . dans les salons. celle de la conscience. elle est vaincue. si elle n'est pas d é s a r m é e . pas u n e l i g n e n ' a été écrite p o u r la défense de l'esclavage. Wesley. d e ­ p u i s u n demi-siècle. L'opinion e u r o p é e n n e a traversé les m e r s . 9 . dans les a c a d é m i e s . et les m a î t r e s de l ' A m é r i q u e n e voient pas d é b a r ­ quer d'Europe un livre ou u n h o m m e s a n s c o m p t e r contre l e u r institution favorite u n a r g u m e n t ou un a d ­ versaire de p l u s . Tocqueville. Wilberforce. le c o u r a n t de l ' é m i g r a t i o n se d é t o u r n e de l'esclavage. tous nos écrivains ont été des avocats. aux Dans tous les écrits de q u e l q u e v a l e u r d u s à la pensée h u m a i n e en toutes les l a n g u e s de l ' E u r o p e .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Adam S m i t h . B u r k e . 129 e n t e n d d a n s les m e e t i n g s . Lafayette. en A m é r i q u e . Egaux d e la p l u s s u b l i m e égalité. Contre ce fléau. elle est dés­ honorée. La presse a servi a d m i r a b l e m e n t ce m o u v e m e n t q u e le commerce et l ' é m i g r a t i o n favorisent sans le v o u l o i r . L ' é n e r g i e et l ' é l o q u e n c e d e q u e l q u e s h o m m e s est p a r v e n u e enfin à faire r e t e n t i r p l u s h a u t la voix du vrai c h r i s t i a n i s m e et la p a r o l e des pères de l ' i n d é p e n d a n c e et de la religion aux États-Unis. si l ' o p i n i o n favorable à l'es­ clavage. sont devenus classiques États-Unis. c o m m e le c o u r a n t d e la p e n ­ sée. tous nos voyageurs ont été des m i s ­ sionnaires. le g r a n d p e n s e u r et le p a u v r e ouvrier. d e p u i s W a s h i n g t o n . Jeffer­ son.

Dans les colères et d a n s les p l a i n t e s des possesseurs d'esclaves. p l u s c o u r t e . dont les p r o d u i t s sont u n m o n o p o l e o p u l e n t . 1 . s'assembler ou libre­ gouvernement pour § 2. C'est u n e a u t r e voie ouverte a u x h o m m e s d e c œ u r . il est v r a i . c h a c u n en ce q u i le 2 c o n c e r n e . New-Hampshire. p a r les lois des États. plus pacifique. parce q u ' e l l e n ' e s t e n t r a v é e p a r a u c u n e objection légale. — La législation des États et les affranchissements individuels. de pétitions au de ses griefs. New-York.m ê m e . Il f a u d r a i t d o u t e r de la raison et de la j u s t i c e si l ' o p i n i o n du g e n r e h u m a i n n e finissait pas p a r prévaloir 1 d a n s u n pays où la Constitution e l l e . Ajoutons q u e l ' i n t é r ê t de p l u s i e u r s É t a t s . c o n v i e n n e n t du m o i n s q u e les États p a r t i c u l i e r s ont cette p u i s s a n c e . excepté d a n s trois ou q u a t r e É t a l s . l ' e x e m p l e d o n n é p a r les É t a t s du N o r d en est la p r e u v e . New-Jersey. puisqu'elle ne t r o u b l e r a i t pas à la fois toute la n a t i o n . art.130 L'ESCLAVAGE. p l u s s û r e . c o n d u i r a là. q u i refusent au Congrès le droit de p r o s c r i r e l'esclavage. p l u s r a r e m e n t d a n s l e u r s aveux. Rhode Island. p u i s q u ' i l n e faut p a s p e r ­ suader le Congrès entier. Massachussetts. souvent vio­ l é e . on d é c o u v r e q u e cette p r o p r i é t é si h o n t e u s e est déjà t r è s souvent o n é r e u s e . Les A m é r i c a i n s . i n t e r d i t a u Congrès d e restreindre d'attaquer ment obtenir la liberté le droit et d'adresser qu'a des le redressement de la parole le peuple ou de la presse. Pensylvania. 2 . à défaut de la m o r a l e . l'esclavage n'est 1 er Amendements.

) . l'Arkansas.. des lois q u i opposent des p r o h i b i t i o n s ou i m ­ posent au m o i n s des taxes à l'affranchissement ! Dans la Caroline du S u d . et il existe. Mais. Dans d ' a u t r e s États. V. la F l o r i d e . le bon résumé du régime légal de la servitude dans les divers États. (Études. que 5. l ' A l a b a m a . q u e 7. a m e n d e de 1 . q u e 5 . la Géorgie. et c'est en f r a p p a n t là q u e le c h r i s t i a n i s m e n a i s s a n t a brisé le lien de la s e r v i t u d e . 4 4 . le Mississipi. en A m é r i q u e .6 7 . l ' i n t é r ê t s e c o n d a n t la m o r a l e . le n o m b r e des possesseurs d'esclaves est très-petit. et les m a î t r e s d o n n e r a i e n t p o u r r i e n tous l e u r s esclaves. Reste enfin la voie des affranchissements individuels.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. E n Géorgie. Dans q u e l q u e s États. p. on v o u d r a se d é b a r r a s s e r à la fois d ' u n fardeau et d'un c r i m e . 131 pas r é m u n é r a t e u r . on n'affranchit p e r s o n n e au-dessous de t r e n t e a n s . don't pay. le Texas. p. n o u s citerons d a n s toute l e u r étendue dice) (Appen­ les lois de la Louisiane. d a n s la p l u p a r t des États à esclaves.999. La loi r o m a i n e . etc. Parker. u n h o m m e a toujours le droit d'obéir à sa conscience. p o u r m o n t r e r les p r o g r è s dans le m a l accomplis p a r la législation. ainsi le Delaware n ' e n c o m p t e q u e 8 0 9 . » Th. d a n s p l u s i e u r s États. toutes les lois traversées p a r u n souffle de j u s t i c e ou de r e l i g i o n . 5 2 0 . Enfin. il faut le c o n s e n t e m e n t de la l é g i s l a t u r e . la loi ger­ m a i n e . o n t e n c o u r a g é l'affranchissement volon­ taire. 9 3 . Espérons q u ' u n j o u r . la loi a p r i s ses p r é c a u t i o n s c o n t r e la vertu. 0 0 0 livres c o n t r e tout h o m m e q u i m e t à exécution u n affranchissement 1 testamentaire . par Van Biervliet.747.

et c'est là ce q u e j ' e s p è r e . affranchir son es clave et en faire son a m i ou son s e r v i t e u r ? N o n . et a p r è s p a y e m e n t de 1 5 0 piastres p o u r ses frais d e voyage en Afrique. a u c u n esclave n e p e u t ê t r e affranchi q u e sous la condition d ' ê t r e t r a n s p o r t é . u n tel fait exciterait d a n s le reste des États. Du d r o i t . c'est u n r e n v e r s e m e n t de la m o r a l e q u ' o n ose à p e i n e d é c o r e r du n o m de loi ! Sans d o u t e . C'est là ce q u ' o n r e d o u t e . d e p u i s 1852 (loi d u 1 8 m a r s ) . c'est-à-dire l'esclave q u i doit d e v e n i r libre a p r è s u n certain t e m p s . Le statu-libre. Que la s e r v i t u d e soit licite et l'affranchissement d é ­ fendu.e l l e abolir l'esclavage? Non. i n c o n n u e s d a n s l ' a n c i e n n e H o m e . H o n t e s u r les États-Unis si de pareilles lois. Le m a î t r e p e u t . u n glaçon r o m p u c o m m e n c e r a i t la d é b â c l e . selon sa conscience. p o u v a i e n t d u r e r l o n g t e m p s . passons à la p r a t i q u e . dès q u ' i l devient l i b r e . et si l ' h i s t o r i e n de la p r e m i è r e r é p u b l i q u e des t e m p s moder­ nes était c o n d a m n é à r e p r o d u i r e ces q u e s t i o n s et ces r é ­ ponses : La loi g é n é r a l e p e u t . Y a-t-il espoir q u e la l i b e r t é naisse u n j o u r d e la v e r t u ? A u c u n espoir. . p a r m i les p r o p r i é t a i r e s et a u m i l i e u des esclaves. tout m a î t r e pouvait affranchir son e s c l a v e . si u n État e n t i e r volait l'abolition. a r t i c l e 1 8 4 . est t r a n s p o r t é (loi d u 16 m a r s 1 8 4 2 ) . u n t r o u b l e et u n e a g i t a t i o n faciles à c o m p r e n d r e .132 L'ESCLAVAGE. D'après le code civil de la L o u i s i a n e . si des e x e m ­ ples f r é q u e n t s d ' é m a n c i p a t i o n volontaire étaient d o n n é s .i l .

Des deux m o d e s . — Quel est le meilleur système d'émancipation ? Qui p e u t affranchir? Je viens d e l ' e x a m i n e r . et sans e n t r e r dans les détails et dans les circon­ stances. subite p a r la F r a n c e . soit s u r t o u t d e l'esclave et de sa famille.i l s'y p r e n d r e ? Il est clair q u ' o n n e p e u t r é p o n d r e à ces difficultés d e loin.133 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. le reste n'est q u ' u n e série de t e m p é r a m e n t s dans l'intérêt soit du m a î t r e . Est-il dû u n e i n d e m n i t é ? A q u i ? Il s e m b l e q u e ce de­ vrait ê t r e aux esclaves. c'est la p r o c l a m a t i o n immédiate du principe de la l i b e r t é . et d ' e x i g e r d'eux u n e s u b v e n t i o n m o m e n t a n é e a u x familles q u e l'esclavage a e m p ê c h é e s de se créer des é p a r g n e s . Ce q u i i m p o r t e . elle considère la b o n n e foi. valable excuse de la p l u p a r t de . usés à l e u r service. le m e i l l e u r ce sera le p l u s p r o m p t . en r e t o u r de l e u r travail g r a t u i t . com­ m e n t d e v r a i t . soit de la p r o d u c t i o n . a u c u n e . Au moins-est-il de stricte justice d ' i m p o s e r a u x m a î t r e s la c h a r g e des esclaves vieux ou m a l a d e s . Mais l'exemple des résultats d e l ' é m a n c i p a t i o n graduelle p a r l ' A n g l e t e r r e . Mais l'équité est plus a c c o m m o d a n t e . § 3. Est-il d û u n e i n d e m n i t é aux m a î t r e s ? Aux yeux d e la sévère j u s t i c e . ils restituent ce q u ' i l s d é t e n a i e n t i n d û m e n t . comment affranchir? Mais Si le Congrès ou la l é g i s l a t u r e d ' u n État p a r t i c u l i e r abordait cette g r a n d e q u e s t i o n d e l'expropriation pour cause de moralité publique. p r o u v e q u e les deux modes sont é g a l e m e n t p r a t i c a b l e s .

L ' i n t é ­ r ê t d u travail n a t i o n a l . On calcule q u ' i l y a d a n s les États-Unis possesseurs d ' e s c l a v e s 1 sur une 547.683 de 5 à 10 80.000 2 500. : . .595 — de 20 à 50 29.5*25 population totale de 2 5 . et en p a r t i e aussi payée p a r les a n c i e n s obligés à u n certain cette s u b v e n t i o n . s e r v i r a i t à la richesse p u b l i q u e .765 — de 10 à 20 54.753 — de 50 à 100 6. ceux q u i sont n é s s u r u n e t e r r e infectée p a r u n e c o u t u m e d o n t ils ont profité. ainsi r é p a r t i s : Possesseurs d'un seul esclave 1 — de — 1 69. sinon juste. avec q u e l l e res­ s o u r c e cultiveront-ils les t e r r e s ? C o m m e n t e m p l o i e r o n t ils et payeront-ils les t r a v a i l l e u r s l i b r e s ? U n e i n d e m n i t é paraît donc. Ces 5 4 7 . 0 4 7 . destinée à payer la t r a n s i t i o n .196 — de 100 à 200 1.000 9 — au-des. 2 0 0 . comme u n e subvention sur l'impôt esclaves. s'ajoute p u i s s a m m e n t à ce motif. 8 9 8 h a b i t a n t s .820 à 5 105. 5 2 5 m a î t r e s p o s s è d e n t 5 .479 — de 200 à — de 500 à 300 — de 500 à 1.134 L'ESCLAVAGE.. 187 56 Ce chiffre est de 1850. Si les m a î t r e s sont r u i n é s .. . au moins nécessaire. Il faut déduire les 1. m a i s q u ' i l s n ' o n t point faite. Prise nombre de journées.477 possesseurs de la Co­ lombie. de 1. q u i se confond aussi avec l'in­ térêt m ê m e des a n c i e n s esclaves. tout e n t i è r e destinée à a l i m e n t e r le t r a v a i l . b i e n loin d ' ê t r e improductive. 5 0 4 esclaves à p e u p r è s .

d ' i m m e n s e s richesses t e r r i ­ toriales. si l'on n'abolit p a s . Quelles seraient les conséquences de l'abolition de l'esclavage en A m é r i q u e ? On n e les envisage q u ' a v e c u n e t e r r e u r e x a g é r é e . 1 2 1 . n o u s l'avons v u . si l'on abolit. 6 0 0 d o l l a r s . elle serait d ' a i l l e u r s u n m o y e n . — Conséquences possibles. L ' i n d e m n i t é serait d o n c d ' u n e somme bien m o i n d r e à r é p a r t i r s u r de n o m b r e u s e s a n n u i t é s .U N I S D'AMÉRIQUE. § 4. 2 8 0 . c'est u n e p r o p r i é t é de 1 . Soit! la p l a c e ne m a n q u e pas. pour r a s s u r e r . l ' e x e m p l e de la F r a n c e et celui d e l ' A n g l e t e r r e sont là. le n o m b r e des esclaves à affranchir est p l u s c o n ­ s i d é r a b l e .— Conséquences probables. Tous les esclaves fuiront la terre et le travail. 135 Si l'on e s t i m e à 4 0 0 dollars p a r tète la v a l e u r des esclaves. dont le g o u v e r n e m e n t possède e n c o r e . Il est vrai. d i t . Je n e nie pas ces difficultés.o n .É T A T S . m a i s les c o n s é q u e n c e s effrayantes q u ' o n en fait sortir sont excessives. outre le p r o d u i t des i m p ô t s . l ' a u t o r i t é qui p e u t l e u r i m p o s e r la t r a n q u i l l i t é est m o i n s c o n c e n t r é e . les t e r r e s où ils p e u v e n t s'enfuir sont p l u s é t e n d u e s . ils iront p e u p l e r les solitudes avec les d é b r i s des p e u ­ plades i n d i e n n e s . m a i s la c r a i n t e de m o u r i r de faim est u n motif qui r a s s u r e c o n t r e ce d a n g e r d ' u n e fuite g é n é r a l e . mais q u i correspond à u n e c h a r g e é n o r m e p o u r les p o s ­ sesseurs. Elle n'excède pas a s s u r é m e n t les forces d ' u n e nation c o m m e les États-Unis.

les m a î t r e s s e r a i e n t r u i n é s .()00 — la Columbie. 8 0 . les v a g a b o n d s q u i p é r i r a i e n t et les i n d u s t r i e u x q u i se t i r e r a i e n t d'affaire s u r des terres nouvelles ou r e v i e n ­ d r a i e n t au travail. d e voir bientôt cette p a u v r e p o p u l a t i o n se d i m i n u e r et s ' é t e i n d r e . 2 5 4 n o i r s l i b r e s q u i travaillent sans c o n t r a i n t e . et s'il est q u e l q u e s r é g i o n s limitées d o n t le c l i m a t soit r é e l l e m e n t i n t o l é r a b l e a u x b l a n c s . o u plutôt se s é p a r e r e n deux p a r t s . Assurément u n e perte passagère. j ' e n conviens. y d e s c e n d r a i t avec a b o n d a n c e .. 8. 11. 0 0 0 é m i g r a n t s y a b o r d e n t c h a q u e a n n é e . On n e doit p a s o u b l i e r q u ' i l y a déjà d a n s les États libres 1 9 6 . triste. q u a n d on n ' a pas la c r u a u t é de les b a n n i r . Le reste. e n tout 4 2 4 . 1 D'après le Journal de Nashville. c o m p e n s e r a i t i n s u f f i s a m m e n t .d ' œ u v r e y d e ­ v i e n d r a i t assez élevé p o u r a t t i r e r et fixer des n o i r s l i b r e s . 20. Le c o u r a n t d e l ' é ­ m i g r a t i o n .000 — la Caroline du Nord. P e n d a n t ce t e m p s . m a i s s û r . 60.500 — le Kentucky. et 2 2 8 .136 L'ESCLAVAGE. 40. 1 5 8 n o i r s l i b r e s 1 d a n s les États à esclaves. le p r i x de l a m a i n . q u e l'indemnité. . — les autres États en plus petit nombre.000 — le Tennessee.000 — le Delaware. 1 1 6 n o i r s libres. 20. 50.i l s en p l u s g r a n d n o m b r e q u ' e n A m é r i q u e ? Près d e 4 0 0 . Mais d a n s q u e l pays les b r a s e n t r e n t . 1 1 . p r e s q u e c o m p l é t e m e n t d é t o u r n é d u Sud p a r l'esclavage. 0 0 0 habitent le Maryland.000 — la Virginie. p è s e r a i t s u r les États à esclaves.000 — la Caroline du Sud.000 — la Louisiane.

est l ' h o m m e nécessaire. et non p a s le b l a n c . S'il s'opérait. 2 On sait que Liberia a été fondée dans ce but. Cette sorte de r é p a r t i t i o n n a t u r e l l e des deux races s u r le sol. de Tocqueville. soit v o l o n t a i r e . elle n e r a s s u r e q u e trop c o n t r e le m é l a n g e q u e l ' o n r e d o u t e . Mais cette destination o r i g i n e l l e et l ' i n s t i n c t d e conservation d e l'espèce q u i défend c h a q u e être c o n t r e les m é s a l l i a n c e s . soit p a r suite d e c o n d a m n a t i o n .u n e s des Antilles n e sont pas destinées p a r la P r o v i d e n c e à a p p a r t e n i r exclusive­ m e n t a u x n o i r s . est loin d'avoir réalisé.U N I S D'AMÉRIQUE. q u i p e u t être aidée p a r l'idée si c h è r e à Jefferson. q u i conduisit en A m é ­ r i q u e des h o m m e s q u e le C r é a t e u r avait destinés à vivre e n A f r i q u e . de la r é e x p o r t a t i o n . mais cette idée généreuse. ont suscité u n e r é p u g n a n c e i n v i n c i ­ ble e n t r e les d e u x c o u l e u r s .P o u r ­ quoi p a s ? Qui sait si q u e l q u e s . Ce m é l a n g e n ' a pas lieu a u nord. la p r é d o m i n a n c e de la race b l a n c h e serait cer­ taine a p r è s q u e l q u e s g é n é r a t i o n s . serait la m e i l l e u r e m a n i è r e de r a s s u r e r ceux q u i r e d o u t e n t a v a n t tout le mélange des deux r a c e s . des noirs s u r la cote 2 d ' A f r i q u e .ê t r e se formerait-il m ê m e ainsi un ou 1 p l u s i e u r s États e n t i è r e m e n t habités p a r des n o i r s . j u s q u e . Si d ' a i l l e u r s ce m é l a n g e se p r o d u i t et q u ' i l soit u n m a l . De 1847 à 1 8 5 9 . il n ' a u r a pas lieu au s u d . . à q u i la faute? A l'esclavage. très-séduisante. et des m a r i a g e s légi­ times p r e n d r a i e n t . P e u t . d u m o i n s . les espérances de ceux qui l'ont conçue. 137 q u i j o u i r a i e n t j u s t e m e n t de ce m o n o p o l e q u e le soleil leur r é s e r v e . malgré des résultats notables. sous les latitudes où le noir. l'American colonization Society n'a envoyé à Liberia que 4 .É T A T S . d ' a i l l e u r s .l à . à peine 4 0 0 par année. la place des 1 C'était l'opinion de M. selon le climat. 8 1 3 émigrants.

S'il était vrai q u e l ' a f f r a n c h i s s e m e n t c o n d u i r a i t à u n e g u e r r e d ' e x t e r m i n a t i o n e n t r e les b l a n c s et les n o i r s . chap. Sera-t-il é l e c t e u r ou j u r é ? Rien q u e d ' é q u i t a b l e et de p r u d e n t à l u i i m p o s e r . devant l'impôt. le Sud se s é p a r e r a d u Nord : le plan d e s é p a r a t i o n est tout p r é p a r é . ils p r o f è r e n t des m e n a c e s . la race n o i r e e x t e r m i n e r a la r a c e b l a n c h e .138 L'ESCLAVAGE. On naît h o m m e . u n i o n s illicites q u i m ê l e n t déjà c r i m i n e l l e m e n t les d e u x sangs. on devient citoyen. s u p r ê m e s r a i s o n s de ceux q u i n ' e n ont p l u s . Il est u n a u t r e m é l a n g e dont le t r i o m p h e l é g i t i m e doit v a i n c r e toutes les r é p u g n a n c e s . Le n è g r e doit ê t r e l ' é ­ gal d u b l a n c à l'église. I. c o m m e p o u r les I n d i e n s . ce serait u n e d é m o n s t r a t i o n s i n i s t r e des t r a i t e m e n t s q u e les n o i r s s u b i s s e n t et des h a i n e s a c c u m u l é e s d a n s l e u r s â m e s . . 1 V . E l l e a b o u t i r a i t p o u r les n o i r s . c'est l ' é g a l i t é sociale et civile. S é p a r a t i o n ! e x t e r m i n a t i o n ! voilà les p r o p h é ­ 1 ties des h o m m e s d u S u d . des conditions convenables de d o m i ­ cile. de f o r t u n e . § 4 . Si l ' o n touche à cette question. à l'école. ils le p r e n n e n t s u r u n a u t r e t o n . est c e p e n d a n t r é a l i s a b l e a u x yeux de t o u t h o m m e de b o n n e foi. q u e les p a r t i s a n s d e l'esclavage n ' a c c e p t e n t p l u s le d é b a t s u r ce t e r r a i n . s u r sa p r o p r i é t é . d e ­ vant la «justice. de capacité. avant d'y p a r v e n i r . j e t t e n t l ' é p o u v a n t e . Si o n la r é s o u t . il faut l ' é c r i r e d a n s la loi. difficile sans d o u t e . Il a été tant d e fois r é p o n d u à toutes ces difficultés dont la solution.

Mais n'est-il p a s évident q u e l ' e x t e r m i n a t i o n est p l u s à c r a i n d r e si l'esclavage d u r e q u e s'il d i s p a r a î t ? Nous exa­ m i n o n s p a t i e m m e n t les conséquences possibles de l'af­ f r a n c h i s s e m e n t . 139 a p r è s d'effrayantes misères. la décadence certaine. douteux et m é ­ rités. q u e l ' h a b i t u d e e n g o u r d i t . l'extermination possible.É T A T S . p a t r i o t i s m e . a n é a n t i e . N'est-il pas p l u s r a i s o n n a b l e de revenir à l ' e x a m e n presque nécessaires des conséquences d u m a i n t i e n de l'esclavage? Oui. m a î t r e s s e . s i g n a l é e s . q u e l ' i n t é r ê t aveugle. si l'on abolit l'esclavage. à la disparition et a u refou­ lement de la race i n f é r i e u r e . s'il est m a i n t e n u : La religion profanée. r e l i g i o n . j e suis le m a î t r e . saintes et divines a r m e s . j e suis le p l u s fort : après m o i le d é l u g e ! » De tous les a r g u m e n t s c'est le m e i l l e u r .U N I S D'AMÉRIQUE. J u s t i c e . les b r a s m a n q u e r o n t . grossies p a r les adversaires intéressés de cette m e s u r e é q u i t a b l e . l'indemnité ne compensera à pas la perle . m a i s ce sont là des m a u x p a s s a g e r s . l ' o r d r e sera difficile maintenir. au sein d ' u n g r a n d p e u p l e l i b r e . ou plutôt il est la raison u n i q u e . A quoi b o n les r a i s o n n e m e n t s ? Que peuvent les p r i è r e s s u r des m a r c h a n d s qui se disent tout bas : « P e u m ' i m ­ p o r t e ! j e m ' e n r i c h i s . Voici les suites positives et déjà c o m m e n c é e s de l'escla­ vage. sans r é p l i q u e . et toute la discussion avec le possesseur d'esclaves se r é d u i t à ce . la p r e m i è r e r é p u b l i q u e d u m o n d e d é s h o n o r é e . la sé­ p a r a t i o n i m m i n e n t e . les t e r r e s s e r o n t d é ­ p r é c i é e s . votre victoire est assurée au fond de toutes les consciences vivantes! Mais il est des consciences m o r t e s q u e le m a l d o m i n e .

Oui. j e n e p u i s p a s . 1838. et b r i s e r le lien q u i u n i t les États q u e r o m p r e la c h a î n e q u i r e t i e n t les esclaves.140 L'ESCLAVAGE. d i a l o g u e italien q u e l ' u n des adversaires les p l u s g é n é ­ 1 r e u x de l ' e s c l a v a g e a pris p o u r é p i g r a p h e d e son livre : RICARDO. en le r a c o n t a n t . é m a n c i p e r . m a i s ils n e veu­ les m a î t r e s peuvent lent p a s . — Io non posso. l'histoire des r a v a g e s de la ser­ vitude au sein d ' u n g r a n d p e u p l e c h r é t i e n et l i b r e . GIORGIO. . — Tu non vuoi. 1 Agénor de Gasparin. q u e dis-je? ils p r é f è r e n t r e n o n c e r à l e u r p a t r i e q u ' à l e u r p r o p r i é t é . Esclavage et traite. tu n e veux p a s . L'année 1 8 6 0 était destinée à voir é c l a t e r ce conflit h o n t e u x et r e d o u t a b l e . et il n e n o u s reste p l u s q u ' à ter­ m i n e r .

.ê t r e du peu­ ple. m a i s j e n ' e n t e n d s pas q u e ce soit à votre d é t r i m e n t qu'il s'établisse. adressait ces paroles à la noblesse de Moscou et d e Nichni : « Je vous ai p a r l é de la nécessité d e p r o c é d e r tôt ou t a r d à la r é f o r m e des lois qui régissent le s e r v a g e . . dans votre propre intérêt. r é ­ f o r m e qui devait venir d'en haut. Le 2 4 s e p t e m b r e 1 8 5 8 1 l ' e m p e r e u r d e Russie. Alexan­ d r e .CHAPITRE V LA SÉPARATION DU NROD ET DU SUD 1. — D e l'insurrection d'Harper's Ferry (1859) à la désignation du président Lincoln (1860). j e désire le b i e n . afin qu'elle ne vînt pas d'en bas « J ' a i m e la n o b l e s s e . vous devez faire tous vos efforts p o u r a m é l i o r e r la c o n ­ dition des paysans 1 Journal le Nord. v o u s .m ê m e . .

« J ' e n t e n d s avec r e g r e t q u ' i l g e r m e p a r m i vous des s e n t i m e n t s égoïstes. » Q u ' a u r a i e n t pensé d e ce l a n g a g e W a s h i n g t o n et F r a n ­ k l i n ? A u r a i e n t . le p r é s i d e n t des États-Unis a écrit la l e t t r e s u i v a n t e p o u r s ' e x c u s e r de n e p a s assister à la c é r é m o n i e : «Washington. les sentiments gâtent toute bonne chose. mais pas ceux d ' a u t r u i . É c o u t o n s l'expression des m ê m e s c r a i n t e s d a n s u n té­ moignage plus récent. elle e u t aussi ses p r o p h è t e s . égoïstes agissez de m a n i è r e q u e cela soit b i e n p o u r vous et pas m a l p o u r les a u t r e s . le 22 novembre. Nous avons e n t e n d u les é t o n n a n t e s p r é v i s i o n s d e Cha­ in i n g . Washington m o u r a n t a d o u t é de l ' u n i o n f u t u r e d e sa b i e n . Je le r e g r e t t e . À l'occasion de la c é l é b r a t i o n du c e n t i è m e a n n i v e r ­ s a i r e de l ' o c c u p a t i o n des forts D u q u e s n e et Pitt. « Messieurs. Jefferson a n e t t e m e n t p r o c l a m é q u e la cause de la sé­ p a r a t i o n et de la r u i n e était l'esclavage.i l s i m a g i n é q u e les r é p u b l i c a i n s d u n o u ­ veau m o n d e r e c e v r a i e n t cette leçon de l ' a u t o c r a t e de toutes les Russies.142 L'ESCLAVAGE. j ' a i eu l'honneur de recevoir l'invitation que vous m ' a - . l o r s q u ' i l n ' y a u r a i t p l u s de serfs à Moscou? H é l a s ! de s o m b r e s prévisions a s s o m b r i r e n t p l u s d ' u n e fois la g r a n d e â m e des f o n d a t e u r s de l'Union a m é r i c a i n e ! La r é p u b l i q u e des États-Unis eut ses p a t r i a r c h e s . et q u ' i l r e s t e r a i t des esclaves à Balti­ m o r e . q u i a eu lieu à P i t t s b u r g le 2 5 n o v e m b r e 1 8 5 8 . abandonnez-les.a i m é e p a t r i e . je veux bien que vous pensiez n'oubliez à vos intérêts.

les présages actuels sont loin d'être favora­ bles! A l'époque passée de la République. le 2 5 de ce mois. dont les territoires étaient alors un immense désert inexploré et silencieux. est devenu aujourd'hui le centre d'une ville popu­ leuse. m'em­ pêche de jouir de cette faveur. on regardait presque comme une trahison de prononcer le mot de désunion. s'évanouiraient promptement par la marche des événements. grâce à la Providence divine. ces ques­ tions seront décidées par la génération actuelle. « Nos pères. Nous sommes arri­ vées à une crise où de ses actes dépend la conservation de l'Union selon la lettre et l'esprit de la constitution.U N I S D'AMÉRIQUE. au centième anniversaire de la prise du fort Duquesne. si on les abandonnait à eux-mêmes. 143 vez faite d'assister. « Au point actuel où nous sommes arrivés. tout est perdu. la génération qui . qui. Les temps sont mal­ heureusement changés depuis. plus puissante et plus libre qu'aucune autre qui ait jamais existé? ou la fé­ dération se sera-t-elle désunie et divisée par groupes d'États hostiles et jaloux? ou bien ne serait-il pas possible que d'ici là tous les fragments épuisés par des luttes interminables se fussent finalement réunis et eussent cherché un refuge à l'abri d'un puissant despotisme? « Je crois fermement que. envoyant ses abondantes p r o ­ ductions aux États souverains qui sont encore plus à l'Ouest. de jeter un coup d'œil sur l'avenir et de réfléchir sur ce que pourra être la condition de notre pays lorsque notre postérité s'assemblera pour célébrer le second an­ niversaire centennal.É T A T S . à une époque aussi prochaine de la réunion du Congrès. « Tout patriote doit se réjouir en réfléchissant au progrès sans égal de notre pays pendant le siècle qui vient de s'écouler.ginaires. et cette union une fois détruite. et maintenant la désunion est libre­ ment préconisée comme le remède à des maux passagers. commerciale et manufacturière. en envisageant le passé. qui ont fait la révolution. « Je le dis à regret. « Notre pays sera-t-il habité par une nation plus populeuse. Ce qui était au commencement un fort obscur. très-éloigné de la frontière occidentale de la civilisation. je regrette que l'urgence des affaires pu­ bliques. le patriote désireux ne peut manquer. réels ou ima. sont morts.

comme le prouve l'histoire. Il y a d a n s le m ê m e h o m m e u n p e n s e u r et un . en paix et en prospérité. Quand celle-ci est corrompue. sous la bannière protectrice de la constitution et de l'union. doit. dans les siècles à venir. » Le m ê m e n o m q u i t e r m i n e les messages dont n o u s avons présenté l'analyse se lit au b a s de cette lettre m é l a n c o l i q u e . que les citoyens des États différents entretiennent des sentiments de bienveillance et d'indulgence les uns à l'égard des au­ tres. pri­ vée de ces lumières. de même que nous. je suis votre très-respectueux ami. a presque entièrement disparu. Si cette pratique doit aller en gran­ dissant jusqu'au point que les électeurs ou leurs représentants dans la législation des États et dans la législature nationale en soient infectés. bien que nos pères. leur avait succédé et qui s'était inspirée de leurs conseils et de leurs exemples. la source du gouvernement libre se trouvera empoisonnée. de célébrer l'anniversaire de la prise du fort Duquesne. volontairement ou non. La génération actuelle. « JAMES BUCHANAN. et tout ira bien alors pour l'avenir de notre pays.144 L'ESCLAVAGE. et nous aboutirons. fussent divisés en partis poli­ tiques qui eurent fréquemment à lutter les uns contre les autres. et que le peuple devient vénal. décider de la destinée de sa postérité. Qu'elle ait au tond du cœur une tendre affection pour l'union. « Tout le monde s'accorde à penser qu'une république démocra­ tique ne peut durer longtemps sans vertu publique. nous n'apprenons pas que jusqu'à une période récente ils aient eu recours à l'argent pour faire leurs élections. un chancre dévore les r a ­ cines de l'arbre de la liberté. « Priant le Dieu tout-puissant que votre postérité la plus reculée puisse continuer d'âge en âge. « Je prendrai la liberté de devancer les années à l'occasion d'un autre mal dangereux et qui va grandissant. au despotisme militaire. qu'elle résiste à tonte mesure qui tendrait à relâcher ou à dis­ soudre ses liens. et que tous prennent la résolution de la transmettre à leurs des­ cendants sous la forme et l'esprit avec lesquels elle leur a été laissée par leurs pères. Dans les époques passées. le fait dépérir et mourir.

1 pour l'ancien » M. Boston.É T A T S . Brownson. C'est là un fait qui prouve d e s instincts généreux et une noble nature. mais c'est là peu de chose. nous avons la conviction que la divine Providence nous a donné une mission importante cl nous a choisis pour travailler à produire dans le monde une civilisation plus avancée que celle dont il jouit. d ' u n ordre beaucoup plus spirituel. 1 Écoutons ce bel idéal exposé p a r u n g r a n d e s p r i t : « Comme peuple. Nous nous regardons comme un peuple qui a à remplir une grande destinée. tous les peuples le voient et l'avouent. Nous avons une destinée manifeste. c'est la réalisation de l'idéal d'une société chrétienne le nouveau monde. Ces flibustiers peuvent bien. l ' a m b i t i o n ou la j u s ­ tice. II. u n a b î m e de d é g r a d a t i o n ou u n m a g n i f i q u e idéal d'élévation m o r a l e . Il y a plus de portée qu'on ne le pense dans l'expression popu­ laire : Destinée manifeste. Nous nous croyons de l'avenir. qu'autant qu'elle favoriserait rétablisse­ ment du nouvel ordre social. sans le sa­ voir. certainement il contribuera beaucoup à entretenir dans nos âmes de hautes aspirations. Quarterly Rewiew. 145 aventurier. quelques-uns avec crainte. le peuple et cette croyance servira beaucoup à faire de nous ce peu­ ple.U N I S D'AMÉRIQUE. mais ce n'est pas précisément celle que supposent nos journalistes ou nos flibustiers. 10 et . plus élevée. La destinée manifeste de ce pays est beau­ coup plus noble. nous ne devons souhaiter cette domi­ nation qu'autant qu'elle serait utile aux pays annexés et nécessaire à la sécurité de nos frontières. la conquête brutale ou la g r a n d e u r pacifique. et nous mettra dans la nécessité de suivre les voies d'une ambition légitime. c'est là un objet indigne de l'am­ bition d'un véritable Américain . une destinée glorieuse pour nous et bienfaisante pour les autres. 11 peut se faire que nous soyons appelés à étendre notre domination sur tout le continent d'A­ mérique. préparer les voies à la Providence. d'autres avec espoir. u n patriote et un n é g r i e r . 11 y a de m ê m e devant les États-Unis u n e d o u b l e d e s t i n é e .

Mais un homme de couleur libre les y découvrit. ils voient l'esclavage et la licence déshonorer de plus en plus la liberté. Ils grandissent. avec ses esclaves. et qui prend un nouvel intérêt dans l'agitation que cause la question de l'esclavage au sein du Parle­ ment et dans l'opinion publique. g u e r r e de tribunaux! P e n d a n t que la Cour s u p r ê m e décide q u ' u n proprié­ taire peut s'établir. il conduisit les nègres dans une humble pension. où il avait l'intention d'al­ ler s'établir. Jonathan Lemnon. mais portant le poids et la honte de celte monstrueuse faute originelle qui est l'esclavage au sein d'une république chrétienne. A l'idéal d'une société chrétienne ils opposent le lu­ g u b r e aspect d ' u n e société menacée des déchirements de la g u e r r e civile. Les États-Unis voient leur hon­ n e u r d i m i n u e r à mesure que s'accroissent leur terri­ toire. un citoyen de la Virginie. proclame que tout esclave qui louche le sol d ' u n État libre devient libre. M. avec sa femme et huit jeunes esclaves qu'il emmenait au Texas. à la Gazette des Tribunaux : « La Cour d'appel d'Albany vient de rendre son arrêt dans une affaire ex­ cessivement importante qui dure depuis huit ans. les magistrats de trois juridictions diverses ont appliqué les principes consacrés en matière d'affranchissement par la loi et la législation françaises. s u r un territoire fédéral. à moins qu'il ne soit 1 fugitif . la Cour d'appel d'Albany. Guerre de journaux.146 L'ESCLAVAGE. « Au mois de novembre 1852. arriva à New-York à bord d'un vapeur de Norfolk. et il obtint un mandat d'habeas corpus pour . Quelques efforts qu'aient faits les partisans du travail forcé. 1 On écrit de New-York. En attendant qu'il se réembarquât pour le lieu de sa destina­ tion. ils deviennent en même temps le peuple le plus puissant du monde et le plus discrédité. Cet idéal est bien loin. le 1 e r février 1860. après u n procès qui a d u r é huit a n s . g u e r r e de scrutins.

faire comparaître les huit esclaves devant un juge de la Cour suprême. 9 1 2 ) . le Massachussetts (Session visée statutes. « Cette affaire vint le l'A décembre 1857 devant cette Cour.É T A T S . et demanda à sa législation qu'elle intervint pour faire appel. que sous aucun prétexte on ne pouvait introduire d ' e s ­ claves dans l'Etat de New-York. « Ce verdict produisit une sensation profonde dans les États du Sud. p . p . il est temps que nous connaissions les motifs d'une telle « assertion. ce Virginien reprit la route de son Etat. 147 La loi s u r les fugitifs est loin d ' o b t e n i r p a r t o u t u n e exécution s o u m i s e . disait-il. de l'arrêt du juge Paine à la Cour suprême de New-York. La répétition de tels attentats serait un légitime motif de guerre « avec l'Etat qui les ferait naître ou qui les souffrirait. » « Le gouverneur de la Virginie fut encore plus explicite. le Wisconsin (re­ 1 8 5 8 . « S'il est vrai. par la « force des circonstances ou pour leur convenance. Les abolitionnistes de New-York s'étaient empressés de faire une souscription qui produisit 300 ou 4 0 0 dollars. par une décision l o n ­ guement motivée. P l u s i e u r s États d u Nord. le V e r m o n t (Session acts. Lemnon de la perte qu'il venait de faire. la somme de 5 . Les démocrates prétendirent qu'un habitant du Sud avait le droit de passer en transit dans les États libres. à moins qu'il ne se fût enfui de l'Etat où il était retenu en esclavage. et qui permit d'envoyer au Canada les huit es­ claves affranchis. L'Etat de la Virginie fit appel de nouveau de- . avec tout ce qui est considéré comme sa propriété par les lois de l'Etat où il résidait. cherchent un passage au « travers d'un État libre.U N I S D'AMÉRIQUE. Pleinement satisfait de cette réparation pécuniaire. destinée à indemniser M. il ordonna que les huit nègres cités devant lui fussent immédiatement mis en liberté. Les abolitionnistes et l e s diverses nuances qui ont formé depuis le parti républicain soutinrent au contraire qu'un nègre était libre du moment qu'il touchait le sol d'un État libre. au nom de l'État. Le gouverneur de la Géorgie s'en occupa dans son message de 1855. que les citoyens des États à esclaves qui. « Le juge Paine fut de ce dernier avis. De leur côté. mais les planteurs et les politiques du Sud envisagèrent l'affaire de plus haut. sans plus songer ni au Texas ni à ses esclaves. soient par ce fait « seuls dépossédés de leurs propriétés. 9 2 4 ) . au moyen de contributions volontaires. quelques négociants qui étaient en relation d'affaires avec le Sud réunirent. s'il est vrai que ces esclaves soient « ainsi émancipés. 0 0 0 piastres. et déclara. qui confirma la décision d'affranchissement. « L'agitation fut grande à New-York. acts 1 8 5 5 . accompagnés de leurs esclaves.

Dans l'État de Virginie. deux reviennent. si ce n'est des fusils. on ne sait r i e n . la bande reste deux jours sans rien prendre. la troi­ sième va j u s q u ' a u bout. « Les intérêts esclavagistes ont été soutenus avec un grand talent par M. donne la liberté à quiconque. Quatre-vingt-treize vant la Cour d'appel d'Albany. M. mais on croit tout. Cette dernière a triomphé complétement. Charles O'Connor. touche le sol d'un État libre. 1 8 5 8 . Au commen­ cement d'octobre 1850. Williams Evarts a été le non moins éloquent avocat de la cause républicaine. s'opposent à celle loi par des actes for­ mels.148 L'ESCLAVAGE. est le petit arsenal fédéral d'Harpers-Ferry. p . pas de milice : on a r m e trois compagnies de volontaires. punissent l'emprisonnement a r b i t r a i r e . et ce n'est qu'après deux ans qu'elle a été plaidée et qu'un arrêt définitif a été rendu. etc. et l'arrêt rendu a levé toute incertitude en pareille matière. » 1 Les dépêches. on imagine des ramifications étendues. . sur les confins du Maryland. nous ont été communiquées avec beaucoup de bien­ veillance. une centaine de noirs s'en em­ pare tout à coup. combinée avec la constitution fédérale. les hommes ayant au retour meilleur m i n e q u ' a u d é p a r t . Le gouverneur Wise demande des troupes au président Buchanan. ses fils et quelques blancs Dans l'arsenal où étaient déposées des sommes importantes. 11 déclare que les lois de l'Etat de New-York ne protégent ni ne tolèrent dans ses limites une propriété consistant en esclaves. 4 2 ) . Tout le récit est donc authentique. la terreur se répand à Richmond . et il cite notamment une loi de 1817 qui. adressées au ministère des affaires étrangères. Pas de po­ lice : on n'a rien prévu. Enfin la g u e r r e descend dans la r u e et l'affaire lu­ 1 g u b r e d'Harpèr's-Férry remplit d'une épouvante mêlée de rage tous les États du Sud. sur cet incident caractéristique. A leur tête est un fermier nommé Brown. permettent à l'esclave de d e m a n d e r u n jury pour le j u g e r . s*il n'est pas fugitif.

Q u e l ­ ques h e u r e s suffisent p o u r déloger. Le . C e p e n d a n t le p r é s i d e n t élude la r e s p o n s a b i l i t é . ses deux fils sont tués p r è s de l u i . H a r p e r ' s .É T A T S . Copp. on le m e t en prison . on a p p l a u d i t à l ' a r b i t r a i r e . Un h o m m e a p a r l é de s y m p a t h i e . Elle est j u g é e à Charleston e n toute b â t e . c o n d a m n é . Steven s sont a r r ê t é s . Un m a r c h a n d de Savani a h . Greenie. ni ses t é m o i n s . 11 est con­ damné à être p e n d u . des voyageurs qui passent en c h e m i n de. d é c i m e r et disperser la b a n d e . convaincus d'avoir causé trop favorablement. L'opinion est p l u s féroce encore q u e la j u s t i c e . Cerrit S m i t h devient fou . les f e m m e s s'en m o q u e n t d a n s les salons. p o u r le p u n i r . ni le r e t o u r du c a l m e . 149 soldats do m a r i n e . b e a u . L'arsenal.p è r e du g o u v e r n e u r de l ' I n d i a n a . a p p a r t e n a i e n t au g o u v e r n e m e n t fédéral. ni l ' a r r i v é e d e son avocat. a r r ê t é . Ce vieillard m o u r a n t .U N I S D'AMÉRIQUE. Le vieux Brown est saisi. captif. e x i l é . Douglas s'enfuit et gagne le Canada. Des p r i n c i p a u x m e n e u r s . La p i t i é devient u n d é l i t . frappé de q u a t r e c o u p s de sabre et de deux coups de b a ï o n n e t t e . et. m a i s l ' â m e vivante et fière. On n'obtient de lui pas u n aveu.F e r r y était au Mary­ land a u t a n t q u ' à la V i r g i n i e . seule t r o u p e d i s p o n i b l e d u g o u v e r n e ­ ment des États-Unis. sont a r r ê t é s . fort content de se laver les m a i n s de cette affaire. les troupes qui le g a r d a i e n t . p o u r le m ê m e c r i m e de sensibilité i n o p p o r t u n e . Brown comparait d e m i . C o p e l a n d . On n ' a t t e n d n i la guérison de Brown. les écrivains l ' i n s u l t e n t dans les j o u r n a u x . Cook. on c o m ­ mence le p r o c è s . p l e u r a n t ses fils. sont envoyés de W a s h i n g t o n .fer. r o u l é dans les p l u m e s . c i n q . pas u n r e g r e t .m o u r a n t . est g o u d r o n n é .

150 L'ESCLAVAGE. On j u g e et on exécute ses complices2. e n v o y é p o u r frater» Washington States. Stevens et Hazlett. B r o w n est p e n d u . à informer l ' a u t o r i t é . et c o n d a m n e au feu ces d o c u m e n t s . on se lève la n u i t . b r u i t court que les nègres s ' i n s u r g e n t et se rassemblent p o u r venir délivrer old Brown. au second b a l . et son corps sera r e m i s aux c h i r u r g i e n s p o u r être trans­ p o r t é h o r s de l'Etat. section 2 4 ) . qui oblige le directeur des postes. L e u r m o r t ne t e r m i n e pas l'agi­ tation. de p e u r q u ' i l n e soit question d e c o m m u e r la p e i n e . on t r e m b l e . bien q u e fonctionnaire fédéral. Un livre contre l'esclavage est i n t e r d i t . offert à la fille 3 d ' u n citoyen de la Caroline du S u d . ont été pendus le 16 mars 1800. Le 2 d é c e m b r e . Memminger qui. 5 M. Trois fois l'échafaud est dressé p o u r eux. Wood. 7 novembre 1859. Le c o n d a m n é attend courageuse­ m e n t sa fin. aux termes d'un article du Code de la Virginie (chapitre CXVIII. so that the carcass shall not pollute the soil of 1 Virginia . y parla pendant quatre heures et demie. reçu par la législature. on s'agite. Les volontaires se rassem­ blent. Les femmes j u r e n t de ne p l u s porter que des étoffes de la Virginie . On n e veut pas différer j u s q u ' à l'ou­ v e r t u r e de la législature. à s'appeler major ou sergent. en proie à u n e p a n i q u e r i d i c u l e . les accusateurs t r e m b l e n t c o m m e des crimi­ n e l s q u ' o n p o u r s u i t . s'il reçoit des documents abolitionnistes. Le g o u v e r n e u r Wise avait écrit à M. afin q u e sa carcasse n e puisse pas souiller le sol de la Virginie. Les volontaires continuent à j o u e r au soldat. 2 Les derniers. ancien m a i r e de New-York : « Brown s e r a c e r t a i n e m e n t pendu. . u n bal en r o b e de b u r e est d o n n é .

n e sont pas c o n t i n u e l l e m e n t que suspendus sur la tête de ce p e u p l e i n f o r t u n é ? L e u r situation est donc i n t o l é r a b l e ? Ne dites pas q u e le d a n g e r vient des n o i r s . 151 niser avec la Virginie. si les m è r e s de famille n e p o u v a i e n t r e n ­ t r e r chez elles p e n d a n t la n u i t sans avoir à a p p r é h e n d e r le sort c r u e l q u i p e u t les a t t e n d r e . . ce serait en vain q u ' o n p a r l e r a i t à ce p e u p l e des avantages politiques qui r é s u l ­ tent p o u r l u i de l ' u n i o n . Le p r e m i e r m a g i s t r a t des États-Unis. consacre à le raconter des paroles dont la froideur étudiée ajoute un trait de p l u s à ce tableau de m œ u r s d é s h o n o r a n t . la p e u r d ' ê t r e laides l'avait e m ­ porté s u r l'envie d'être patriotes. r e n c o n t r a n t d a n s son message de 1 8 6 0 ce s a n g l a n t épisode. on parle de t e r m i n e r le c h e m i n de fer. dit-il. a v a n t le r e t o u r du j o u r . de fonder des m a n u f a c t u r e s . Il fait des vœux p o u r q u e l ' o p i n i o n passe à u n a u t r e o b j e t . il s'écrie q u e l'Union n e serait p l u s t e n a b l e si q u i n z e États étaient sans cesse m e n a c é s de semblables i n s u r r e c t i o n s . Dans les m e e t i n g s . . elles et l e u r s e n ­ fants. d ' o r g a n i s e r des r e l a ­ tions m a r i t i m e s directes avec la F r a n c e cl l ' A n g l e t e r r e . sinon l'épée. On p a r l e de scission c o m m e r c i a l e et p o l i t i q u e .c e q u e pas de foyer d o m e s ­ de m è r e s de famille es­ le fouet. de lever u n e milice. afin de l'affa­ mer. L'affaire d ' H a r p e r ' s .F e r r y prouve l e u r a p a t h i e p r e s q u e . est-ce la p o t e n c e . « Si la paix d u foyer d o m e s t i q u e de ces États était j a m a i s attaquée. » Est-ce q u e les esclaves n ' o n t tique? Est-ce qu'il n'est pas claves? E s t .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Tout Etat de société d a n s le­ quel l'épée est c o n t i n u e l l e m e n t s u s p e n d u e s u r la tête du p e u p l e doit ê t r e i n t o l é r a b l e . d e n e plus rien d e m a n d e r n i envoyer au Nord.

le n o i r libre b a n n i . et l'on y trouve. Il est bien temps de r e m o n t e r la p e n t e d ' u n a b î m e si honteux. de folle t e r r e u r . dixit : Non sum operata lum! Comme le bien. et q u ' a i n s i le seul droit s u r lequel s ' a p p u i e n t les maîtres passe de son côté. E n 1 7 8 7 . il faut tracer u n e ligne p o u r p a r t a g e r entre la servitude et la liberté le territoire de la p a t r i e . la paix n'est p l u s q u ' u n e trêve d e la vengeance. le mal est u n e s e m e n c e d'où sort en peu d e temps u n e effroyable et inévitable fécondité.152 L'ESCLAVAGE. les fondateurs d e l'indépendance n e consa­ c r e n t pas m ê m e u n e syllabe à l'esclavage dans la Consti­ tution : ils a p p e l l e n t les esclaves des personnes. d'impuissance. l'instruction inter­ d i t e . après un temps plus ou m o i n s long. l ' o m b r e m ê m e de la justice a disparu. Hélas! q u e de c h e m i n en u n demi-siècle! L ' h o m m e croit q u ' i l p e u t m a n g e r le fruit défendu. Jetons en a r r i è r e u n r e g a r d attristé. l ' e m p r i s o n n e ­ m e n t contre tout a u t e u r ou p r o p a g a t e u r d ' u n écrit fa­ vorable à l ' é m a n c i p a t i o n . complète. nous l'avons dit. la colère éclatera. sont r é d u i t s les m a î t r e s e n t r e ces deux classes e n n e m i e s . . l'af­ franchissement interdit ou entravé. de vaine fanfaronnade. Qu'on ferme la Constitution. ce sera le j o u r où l'esclave reconnaîtra q u ' i l est le p l u s fort. le m a r i a g e à p e u près i m p o s s i b l e . E n 1 8 2 0 . et q u ' o n ouvre les lois des États à esclaves. puis passer le revers de sa m a i n s u r ses lèvres et d i r e : C'est fini! Quae abslergens ma- os suum. mais elle établit non m o i n s c l a i r e m e n t à quel d e g r é d e bassesse. des dispositions inconnues des législateurs p a ï e n s .

m ê m e .U N I S D'AMÉRIQUE. L ' e n v a h i s s e m e n t devient le mot d ' o r d r e de la politique. des deux côtés de cette l i g n e . n e l e u r s e m b l e p l u s suffisant. 1 m ê m e aux partisans de l'esclavage . l ' a n n e x i o n d u Texas est son c h e f . q u a n d il a g r a n d i .d ' œ u v r e . la Cour s u p r ê m e r e c o n n a î t et le prési­ d e n t p r o c l a m e le d r o i t p o u r t o u t citoyen de t r a n s p o r t e r ses b i e n s de toute sorte. et d'y être p r o t é g é par la constitution fé­ d é r a l e (Message de 1 8 5 9 ) . le compromis q u i avait p a r u u n t r i o m p h e . P a r le bill du N e b r a s k a . Q u o i ! le Congrès n e conscrve-t-il pas la puissance de d i s c u t e r u n nouvel État. il p e u t forcer les portes de la Confédération e l l e . en 1 8 5 9 . voté par eux. la terre de la liberté n ' e s t p l u s u n lieu d ' a s i l e . L'esclavage p e u t d é s o r m a i s franchir la frontière d ' u n état l i b r e . avant de l ' a d m e t t r e . dont M. et de refu­ ser l ' e n t r é e au c r i m e ou au d é s o r d r e t r a d u i t s à la h â t e p a r des m a i n s suspectes e n articles de c o n s t i t u t i o n ? Non. les a v e n t u r i e r s sont ses i n s t r u ­ m e n t s . les forces de l'État tout entier sont aux o r d r e s des m a î t r e s q u i vont à la chasse de l e u r s esclaves.) . approuvé par le président Monroe et son cabinet. Calhoun faisait partie. 153 Depuis cette é p o q u e . (Discours de M. y compris ses esclaves. On concède la loi des fugitifs. Ainsi on p e u t s e m e r l'escla­ vage s u r u n t e r r i t o i r e q u i n e le connaît p a s . on p e u t en faire l'objet d ' u n a r t i c l e d a n s 1 Le compromis de Missouri a été présenté par des propriétaires d'es­ claves. Sumner. En 1 8 5 0 .É T A T S . s u r les t e r r i t o i r e s c o m m u n s a p p a r t e n a n t à tous les États de la c o n f é d é r a t i o n . soutenu par eux. p u i s . on se h â t e à q u i o r g a n i s e r a le p l u s vite des t e r r i t o i r e s nou­ veaux p o u r jeter le poids d e l e u r s droits et de l e u r s votes dans le p l a t e a u de la balance qui a p p a r t i e n t au Sud ou dans le p l a t e a u d u Nord.

» E n 1 8 0 0 . d a n s le choix des fonctionnaires. l ' i n d u s t r i e locale de l'élève du bétail h u m a i n a succédé au trafic i n t e r n a t i o ­ n a l . est s o l e n n e l l e m e n t abolie. dans les élections. et n u l l e puissance n'a le droit d ' a r r a c h e r la plante e m p o i s o n n é e . E n 1856. décide. le n o m b r e des esclaves a q u a d r u p l é . L'Union . l'esclavage n'est toléré qu'à u n e voix de m a ­ j o r i t é . u n e constitution locale. Si pareille tentative avait eu lieu. agite. il serait t e m p s de renforcer sa puissance p a r u n e a u t r e législa­ tion. la question de l'esclavage. en 1 8 0 8 . la traite vit e n c o r e . Le c r i m e se change en fait. dans u n message officiel du g o u v e r ­ n e m e n t de la Caroline du Sud. le n o m b r e des États à esclaves a d o u b l é . la j u s ­ tice y a u r a i t sans a u c u n doute p o r t é un r e m è d e efficace. on la p r a t i q u e s e c r è t e m e n t . dans la presse. Le Sud p a r l e bien h a u t de se s é p a r e r d u Nord. et le successeur de Washington écrit t r a n ­ q u i l l e m e n t : « C'est une preuve frappante du sentiment de justice q u i est i n c a r n é dans n o t r e p e u p l e . u n e seule question divise. » (Message de 1 8 5 9 .154 L'ESCLAVAGE. La traite. Cela n'est possible q u e p a r u n seul m o y e n . le d r o i t local en droit con­ s t i t u t i o n n e l . Enfin. n o u s avons besoin d'avoir le travail à bon m a r c h é . Si e l l e venait p a r la suite à être insuffisante. le fait en droit local. la reprise de la traite des esclaves : c'est u n e a b s u r d e sentimentalité q u e celle qui se p â m e à l'idée de r e n d r e légal ce c o m m e r c e . on l'invoque p u b l i q u e m e n t . ) E n 1 7 8 7 . on lit. ce vœu répété depuis par le g o u v e r n e m e n t de l'Alabama : « P o u r m a i n t e n i r notre position. que la pro­ p r i é t é des esclaves n ' a j a m a i s été troublée dans a u c u n des territoires.

le compromis du Missouri eut p o u r a u t e u r s les r e p r é s e n t a n t s d u Delaware et d u Maryland. Sumner. E n 1 7 9 4 . au m o m e n t où le g r a n d j u g e J o h n Jay. Discours au meeting de Framingham. la V i r g i n i e .É T A T S . et ils j o u e n t l e u r h o n n e u r de p e u p l e l i b r e . l e u r destinée de g r a n d e p u i s s a n c e . la Géorgie et la Caroline d u Sud d é c l a r è r e n t q u ' e l l e s n ' e n ­ t r e r a i e n t p a s d a n s la fédération. et prononcerait l'Union dissoute. C'est la r é p o n s e d o n n é e p a r h u i t États à l'élection d u président Abraham Lincoln. E n 1 7 8 7 . L'Évangile reste enfoui sous les b a l l e s de coton. le Sud refuserait de le recon­ n a î t r e . p o u r le m a i n t i e n d ' u n e m o n s t r u o s i t é r é p u d i é e p a r la c h r é t i e n t é tout e n t i è r e . la p a t r i e de W a s h i n g t o n . E n 1 8 2 0 . si on n e tolérait pas la traite des esclaves d u r a n t vingt a n n é e s au m o i n s . 11 octobre 1860. . était élu président de la R é p u b l i q u e . On p e u t dire q u e la m e n a c e de d é s u n i o n a p r é c é d é 1 l'Union . É t a t s à es­ claves. d'ap r è s les i n s t r u c t i o n s de W a s h i n g t o n . et si W a s h i n g t o n . négociait u n traité avec l ' A n g l e t e r r e p o u r les i n d e m n i t é s d u c s a u x m a r ­ c h a n d s a n g l a i s . r e v e n a n t s u r la t e r r e . on la toléra j u s q u ' e n 1 8 0 8 . se s é p a r e r a i t si le traité était ratifié .U N I S D'AMÉRIQUE. et n e fut voté q u e parce q u e l'Union fut déclarée en d a n g e r . 1 Ch. il le fut c e p e n d a n t . la g u e r r e civile est i m m i n e n t e . p e n d a n t q u ' o n discutait la C o n s t i t u t i o n . d é ­ clara p u b l i q u e m e n t q u ' e l l e . 155 est d é c h i r é e . Les deux fractions d ' u n g r a n d p e u p l e c o m p o s é de trente m i l l i o n s d e c h r é t i e n s sont au m o m e n t d e se sé­ p a r e r ou de se d é v o r e r .

mêmes clameurs. en 1 8 5 0 . à propos de l'admission des ter­ ritoires de l'Utah. le cri de désunion fut sans cesse proféré. à l'occasion de la question des tarifs. j a m a i s . On le voit. 1 en 1 8 6 0 . à l'éléction du colonel F r e m o n t . le 2 0 1 8 5 2 . slavery sectional. la n o m i n a t i o n d ' u n nouveau speaker. août peu d ' a n n é e s avant le j o u r où il fut a s s o m m é en p l e i n e séance par u n s é n a t e u r de la Caroline du s u d . lorsque John Adams a p p o r t a au Congres des pétitions Quincy contre l'es­ clavage. na­ la liberté est n a t i o n a l e . au m o m e n t d u projet c o n n u sous le n o m de proviso Wilmot. devenu le texte de tant d'écrits : Freedom tional. le fugitive slave Bill. De 1840 à 1 8 5 0 . livre auquel 67 m e m b r e s du Sénat d o n n è r e n t l e u r a d h é ­ sion. Charles S u m n e r e u t raison de f o r m u l e r cet axiome. au sujet enfin de la loi des fugitifs. . E n 1 8 5 9 . H e l p e r ) . toujours la m e n a c e a été faite. en a t t a q u a n t au sénat. de la Californie. du nouveau Mexique. c'est toujours le Sud q u i a voulu r o m p r e le lien fédéral. suffirent p o u r que la m e n a c e d e séparation s'éle­ vât de n o u v e a u . la Ca­ r o l i n e du sud m e n a ç a ouvertement de se r e t i r e r de la fédération.Cette nomination exigea des scrutins répétés pendant deux mois. par M. l'escla­ vage est séparatiste.156 L'ESCLAVAGE. Le parti de la liberté est aussi le parti de l ' u n i o n . En 1855. et dans le fameux discours q u i c o m m e n ç a sa c a r r i è r e politique. E n 1 8 5 0 . On le voit aussi. On l'opposa. l a publication d ' u n livre i m p o r t a n t c o n t r e l'esclavage (the impending crisis.

Ecoutez le m e s s a g e i n a u g u r a l du g o u v e r n e u r de la V i r g i n i e . Le S u d devrait r é s i s t e r . la marine des États-Unis. d i t . en février 1 8 6 0 . puis il ajoute : « On objectera peut-être que ce plan tend à u n e désunion. communi­ qués ou cités sur ce sujet. mais extrêmement probable et peu éloigné (not only a possible. Mais elle est d e v e n u e p l u s s é r i e u s e .à . Chacun voit et le danger qui nous sent menace. contre l'élection d'un président c ' e s t . Les législateurs d u sud s'occupent de rechercher les meilleurs moyens de protéger l'honneur et les droits de leur Etat. la n o m i n a t i o n des électeurs fédé- . au Nord et au Sud.É T A T S . car « L'idée de permettre qu'un tel homme ait dans les mains l'armée. natio­ naux ou généraux. dans le seul but de se protéger et de se défendre. et elle a été j e t é e d ' a v a n c e c o m m e u n défi à l'élection présidentielle de 1 8 6 1 . but a highly probable event. » D'avance il proteste républicain. 157 elle n'a été r é a l i s é e . et la presse est remplie d'articles édités. et prennent des mesures pour armer et discipliner la milice.d i r e a b o l i t i o n n i s t e . et les es­ prits ne sont-ils pas. soit unis. chacun regarde la désunion non-seulement comme un événe­ ment possible. le 6 n o v e m b r e 1 8 6 0 . ne peut être supportée par le Sud un seul instant. Je l'ac­ corde. la nomination des plus hauts fonctionnaires. soit séparés (either in or out of the Union).U N I S D'AMÉRIQUE. » C'est au m i l i e u de ces m e n a c e s b r u y a n t e s q u ' a eu l i e u . agités profondément par la crainte que les jours de l'union ne soient comptés? Les discours en fa­ veur de la désunion sont à l'ordre du jour des corps délibérants.i l . 11 propose u n projet de con­ vention ou de c o n f é r e n c e s u r les q u e s t i o n s q u i divisent les États. Mais le danger de la désunion n'est-il pas imminent. and at not distant day).

il s'est essayé avec succès au dedans du Congrès p a r p l u ­ sieurs débats h e u r e u x au d e h o r s . J u s q u ' i c i le Nord. Les abolitionnistes avaient d ' u n e fois c o m p r o m i s l'abolition. bien qu'il eût p l u s de deux millions de suffrages à opposer à u n m i l l i o n . toujours du p a r t i i n t e r m é d i a i r e assu­ r a i e n t la majorité. et au j o u r décisif. n'avail pu les r é u n i r sur un même c a n d i d a t . t h è m e des discussions passionnées q u i p r é c é d è r e n t l ' é ­ lection d e 1 8 5 6 . est. a u t o u r des candidats de ce p a r t i . avec l'appui voix du Sud. dans tous les pays libres. s'est rallié avec habileté d a n s cette position avantageuse. 1 Le New-Jersey. les voix se sont g r o u p é e s 1 d a n s tous les États libres. Cette fois. Le p a r t i républicain. r a u x c h a r g é s de n o m m e r le p r é s i d e n t d e la confédé­ ration. La formation d ' u n g r a n d parti politique m o d é r é . f o r t e m e n t o r g a n i s é d a n s toutes les villes i m p o r t a n t e s . . q u e s t i o n fédérale au p r e m i e r chef. elle échoue parce q u ' e l l e effraye. p o u r la p r e m i è r e fois. au p o i n t de v u e du droit des États et du texte de la Constitu­ tion que la question du Kansas. Tant q u ' u n e idée est aux m a i n s des violents. deux faits nouveaux se sont p r o d u i t s . p a r des élections lo­ cales. choisissant et g a r d a n t son terrain avec h a b i l e t é . excepté u n s e u l . était u n t e r r a i n p l u s contestable. b i e n d i r i g é . c'est-à-dire celle d e l'admission d ' u n Etat nouveau dans la Confédération.158 L'ESCLAVAGE. et p a r de g r a n d e s assemblées ou conventions p r é ­ paratoires. le m e i l l e u r i n s t r u m e n t de succès d ' u n e opinion r a i s o n n a b l e . La loi des plus fugitifs. les compactes.

11. et p a r son m é r i t e à l ' h o n n e u r de r e p r é s e n t e r l'Etat de l'Illinois au sénat. et de renvoyer l'élec­ tion au C o n g r è s . A u n e i m m e n s e majorité. r e p r é s e n t a n t s u r la question de l ' a d m i s ­ sion des États n o u v e a u x des différences d ' o p i n i o n q u e i m p e r c e p t i b l e s . 159 Le Sud s'est en q u e l q u e sorte pris au piége de ses propres c o m b i n a i s o n s . p a r t i s a n actif et d é c l a r é de l'abolition de l'esclavage. ils ont été c h a r g é s de n o m m e r p r é s i d e n t M. le second le droit des t e r r i t o i r e s avant l e u r admission. sect. ancien o u v r i e r . A b r a h a m Lincoln. q u ' a u x t e r m e s de la Constitution (art. elles n'en étaient q u e le prétexte : le b u t é t a i t d ' e m p ê c h e r q u e per­ sonne n ' o b t î n t la m a j o r i t é a b s o l u e . le t r o i s i è m e le droit des États a p r è s l e u r admission d a n s l'Union fédérale. n o m m é e tandis au p r o r a t a de la p o p u l a t i o n .É T A T S . en cette occasion exception­ nelle. . q u e la C h a m b r e d e s r e p r é s e n t a n t s . c'était a s s u r e r le t r i o m p h e au c a n d i d a t d u p a r t i i n t e r m é d i a i r e .d e s s u s du droit du Congrès le d r o i t des m a î t r e s . 3) la C h a m b r e des repré­ sentants. Les forces des p a r t i s e x t r ê m e s se b a l a n ç a n t à p e u p r è s é g a l e m e n t . Ces n u a n c e s ne justifiaient pas la division. Or on sait. on sait. I. Cette tac­ t i q u e a é c h o u é dès la n o m i n a t i o n des électeurs fédéraux. q u e le s é n a t est c o m p o s é p a r États. le p r e m i e r pres­ plaçait a u . vote par États. A u n c a n d i d a t ont été opposés trois c a n d i d a t s .U N I S D'AMÉRIQUE. dis-je. et c'est là le m é c a n i s m e qui explique toute cette c o m b i n a i s o n . p a r v e n u p a r son travail à la fortune.

et a par là dissous l'union entre l'Etat de la Caroline du Sud et d'autres États sous le nom des ÉtatsUnis d'Amérique. et en la quatre-vingt-cinquième de l'indépendance de la Caroline du Sud. je proclame en conséquence par la présente. Au vote p a r f a i t e m e n t r é g u l i e r qui a d o n n é la majorité au N o r d . a abrogé une ordonnance du peuple de cet Etat.160 L'ESCLAVAGE. et de faire tous actes quelconques appartenant légitimement à un État libre et indépendant. « Attendu que le brave peuple de cet Etat assemblé en Convention. le g o u v e r n e u r p u b l i a i t l'avis s u i v a n t : « Son Excellence Francis W . il a le droit de faire la guerre. de négocier des traités. des ligues ou con­ ventions. W. » F. en vertu de l'autorité dont je suis investi. p a s s a n t de la m e n a c e au fait. en l'année do notre Seigneur 1 8 6 0 . gouverneur et commandant en chef de l'État de la Caroline du Sud. § 2. en l'année de notre Seigneur 1 8 6 0 . le vingtième jour de décembre. par une ordonnance unanimement adoptée et ratifiée. en l'année de notre Seigneur 1 7 8 8 . au m o m e n t ou d ' u n e main . le 2 0 d é c e m b r e . — De l'élection à l'installation du Président Lincoln. à Charleston. de conclure la paix. le vingt-quatrième jour de décembre. » On a osé i n v o q u e r Dieu. souverain libre et indépendant. P u i s cet É t a t . en face du monde. la Caroline d u Sud a r é p o n d u en p o u s s a n t le cri et en d o n n a n t le s i g n a l d ' u n e s é p a r a t i o n i m m é d i a t e . adopté le vingtième jour de mai. « Donné sous mon seing et le sceau de cet État. et le 2 4 . et que. a b r u y a m ­ m e n t o p é r é sa s é p a r a t i o n . moi. que cet État est et a le droit d'être un Etat séparé. Pickens. comme gouverneur et comme commandant eu chef de l'Etat de la Caroline du Sud. PICKENS. comme tel aussi.

de p o u r v o i r à la défense commune. et une accla­ mation formidable a ébranlé les murs et s'est élevée vers le ciel. représenté par ses mandataires les plus élevés. 161 i m p i e .U N I S D'AMÉRIQUE. levant les mains. après quoi. » Le 2 0 d é c e m b r e 1 8 6 0 . d'accroître le b i e n . des événements a fait du 11 peuple . Le peuple était là. le président a déclaré l'État de la Caroline du Sud nue nationalité indépendante et distincte.ê t r e g é n é r a l et d e r e n d r e d u r a b l e s p o u r notre p o s t é r i t é les b i e n f a i t s d e la l i b e r t é . Au milieu d'un profond silence. a écouté ce touchant appel au sage dispensateur des événements. la tête découverte. le p e u p l e des États-Unis. n o u s é t a b l i s ­ sons cette c o n s t i t u t i o n . . d ' a s s u r e r la t r a n ­ quillité i n t é r i e u r e . . » Le sage dispensateur II. des prêtres. voilà ce q u i se p a s s a i t à C h a r ­ leston : « La scène était des plus grandioses et des plus imposantes. et. afin d e f o r m e r u n e union p l u s parfaite. Dieu fut invoqué par ces h o n ­ nêtes g r a n d s h o m m e s q u i écrivaient en tête d e la Consti­ tution des États-Unis ces m é m o r a b l e s p a r o l e s : « Nous. le président s'est avancé avec le parchemin consacré. le révérend docteur Bachman s'est avancé. des juges. au milieu des plus bruyants applaudissements. les cœurs n'ont plus pu se contenir. pres­ que tous des patriarches. « A la fin de la prière. mais lorsqu'il a prononcé le mot de « dissolution ». d ' é t a b l i r la j u s t i c e . et un à un ont signalé la résolution . et. sur lequel était inscrite la décision de l'État.É T A T S . u n p e u p l e sacrifiait sa p a t r i e p o u r c o n s e r v e r ses esclaves ! Le 17 s e p t e m b r e 1787. Toute l'assemblée s'est levée. des dignitaires. il a prié le Dieu tout-puissant de répandre ses bénédictions sur ce peuple et de Favoriser l'acte qu'il allait accomplir. Avec lenteur et solennité il en a donné lecture. un vieillard. « Les membres de la Convention se sont ensuite avancés.

tous les vastes territoires enfantent des Césars.565 blancs. du Mexique. on p e u t la s o u h a i t e r . on le sait b i e n . savoir : 274.571 habitants. le plus petit État à esclaves. a g r a n d i e p a r l'invasion de l ' A m é r i q u e cen­ trale. ce n'est pas le vœu de la C a r o l i n e . elle se sépare p o u r conserver. q u i l'implorait en 1787 l ' u n e des p r e m i è r e s nations du m o n d e . é t e n d r e et p e r p é t u e r l'esclavage. en tout 715. au total : 6 6 8 .é c h a n g e . peuplée p a r la traite des noirs. 1 5 8 4 . L'idée d ' u n e scission dans l ' i m m e n s e nation des ÉtatsUnis s'est souvent présentée aux esprits prévoyants. 9 6 0 noirs libres . Peut-on. enrichie par le l i b r e .186 blancs. il y en a 1 s u r 1 Ces chiffres sont ceux du recensement de 1850. 5 8 5 milles c a r r é s : elle n'a q u e 22 h a b i t a n t s p a r m i l l e c a r r é .162 L'ESCLAVAGE. au-dessous de 2 0 a n s . parce q u e les trops g r a n d s États. Mais se séparer p o u r être p l u s libre. de Cuba. composée des États d u Sud. E l l e occupe 2 9 . Qu'est donc cet État si audacieux et s u r qui c o m p t e L-il ? La Caroline du Sud est. sans l'offenser. 5 0 7 . 8 . après le Delaware et le Maryland. P a r m i les blancs. 9 8 4 noirs esclaves . on p e u t l'accueillir avec faveur. s u p p o s e r qu'il réserve des destinées comparables à la Caroline du Sud ? Les p l a n s de cet État sont gigantesques : il veut éta­ b l i r une confédération i n d é p e n d a n t e . Celui de 1860 indique 407.185 noirs contre 508. sont peu favo­ rables aux libertés p u b l i q u e s . maîtresse de ce p o r t m e r ­ veilleux q u ' o n n o m m e le golfe du Mexique. .

la F l o r i d e . u n e nation composée d e 2 . avec la Caroline d u S u d . 8 1 9 n o i r s l i b r e s . 0 0 0 d o l l a r s . l ' A l a b a m a .855 Cet immense territoire doit être un jour divisé en quatre États. p o u r p e u p l e r son i m ­ m e n s e t e r r i t o i r e : 2 7 4 . Charleston. s'il est attaqué. la Géorgie. et le 1 T e x a s . . l e s de 1 8 6 0 . habité seule­ m e n t . De quoi se compose la n o u v e l l e U n i o n ? Les c i n q p r e m i e r s États f o r m e r a i e n t . u n chiffre d ' i m p o r t a t i o n égal à 2 . La Caroline du Sud coûte à la fédération plus qu'elle n e r a p p o r t e . elle est e n d é c a d e n c e . à l'Appendice. 1 2 Ce sont les chiffres du recensement de 1 8 5 0 . 6 6 2 . Un p r é s i d e n t a été n o m m é . il était tombé à 1 . 0 0 0 esclaves.000 Surface de l'Angleterre et du pays de Galles.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. un nom a été p r i s . des é m i g r a n t s l i b r e s . Texas Journey. 0 0 0 dollars en 1 8 5 5 . 7 5 0 . V . u n d r a p e a u a été choisi. savoir : le Mississipi. connus trop tard en Europe pour être insérés ici. chiffres . 5 6 2 milles carrés. La p r i n c i p a l e ville. 163 18 n e s a c h a n t ni lire ni é c r i r e . en 1 8 6 0 . d o n t la persévérance est douteuse p a r c e q u ' i l est intéressé à recevoir d u Mexique. avec 1 . p. atteignait. e n 1 7 9 0 . p a r 4 0 0 . 57. des États voisins et de l ' E u r o p e . ) La confédération du Sud ne peut défendre le Texas sans disperser ses for­ ces . 1 2 4 . il est perdu pour elle. il a ob­ tenu l ' a d h é s i o n de sept É t a t s d u S u d . S u r q u i compte ce petit État? Il a p r o v o q u é . 4 1 8 . 1 8 6 esclaves et 2 6 . 7 4 7 . 6 9 8 blancs . et la r é p u b l i q u e des États confédérés place a u d a c i e u s e m e n t à côté de la r é p u b l i q u e des prend États- Unis. 0 0 0 b l a n c s et 1 8 0 . p u i s la Louisiane. (OLMSTED. q u i n e p o u r r a l o n g t e m p s e m ­ p ê c h e r la navigation d u Mississipi d ' ê t r e l i b r e . la Caroline du Nord. Mais (en Surface du Texas 2 7 4 . s'il se soulève. 3 6 2 milles carrés Surface de la France 200.

. La n a t u r e a e n t o u r é d ' u n duvet b l a n c et m o u . m a i s c'est la patrie d u coton! L'Amé­ rique du Nord et l ' E u r o p e sont t r i b u t a i r e s de la terre privilégiée q u i p r o d u i t le coton . q u i n'ont p r e s q u e plus d'esclaves. Ceserai! donc. l'Arkansas. 1 9 1 . 5 8 6 h a b i t a n t s des seize États d u Nord. et de l ' a u t r e côté. la Caroline du Nord. par M. Reybaud. janvier 1861. dit-on. 1 2 0 noirs esclaves. moitié à la cul­ t u r e . laissant à part les deux États d o u t e u x . 6 7 9 blancs. Oui. au sein de leur enveloppe. 2 millions de blancs en face de 2 m i l l i o n s d'esclaves sur u n espace i m m e n s e . 5 0 0 . ayant les ressources nécessaires p o u r t r a n s f o r m e r bientôt en af­ franchis 1 . 8 millions de c r é a t u r e s h u m a i n e s . et s u r t o u t le Missouri. 4 3 4 . lu à l'Académie des sciences morales. le Delaware. la Virginie. 0 0 0 h o m m e s d e p l u s . Journal des économistes. border states. Ce duvet tient occupés. le Kentucky. sur l'industrie du coton. les semences d ' u n a r b u s t e r a b o u g r i . qui se plaît seulement entre les dix parallèles. I. les États à tabac. . moitié à en disposer p a r a l l è l e m e n t les fibres et 1 à les r é u n i r p a r une torsion suffisante . les huit a u t r e s États à esclaves : le Tennessee. L'intelligence h u m a i n e s'est exercée d e p u i s u n siècle 1 V. population qui resterait unie aux 1 3 . elle défie le m o n d e e n t i e r . 0 5 5 . 18 millions d ' h o m m e s libres. m o i t i é à le r e c u e i l l i r et à le s é p a r e r . de la famille des malvacées. au n o r d et au sud de l ' é q u a t e u r .164 L'ESCLAVAGE. 4 5 3 . 5 0 9 n o i r s libres et 1 . d ' u n côté. le travail admirable. le M a r y l a n d . moitié à l'ouvraison. la Louisiane et le Texas). les États voisins du Nord. avec le coton. d a n s l ' a n c i e n et dans le n o u v e a u Monde. r e n f e r m e n t u n e population de 4 .

u n i m m e n s e fléau. On affirme q u e sous u n c l i m a t t r o p c h a u d . Je m è t r e d ' i n d i e n n e . la diffusion de l'usage d u l i n g e et des v ê t e m e n t s de coton.ÉTATS-UNIS d'une m a n i è r e D'AMÉRIQUE. à condi­ tion q u e l'esclavage les y o b l i g e . m a i s . en E u r o p e . à 0 . à l'opposé. aidés de m a c h i n e s . 6 0 c. Par u n de ces contrastes fréquents ici-bas. les n o i r s seuls p e u v e n t c u l t i v e r le coton. ou 5 0 c. la destruction des maîtrises et j u r a n d e s . La fabrication a suivi le m ê m e p r o g r è s . .ê t r e . u n i m m e n s e p r o g r è s . la r é u n i o n de masses o u v r i è r e s d a n s d ' i m m e n s e s m a n u f a c t u r e s où trois ouvriers. 7 7 5 . 165 par d'ingé­ nieuses m a c h i n e s . les prix se sont abaissés de G ou 7 fr. On soutient q u e le coton ne le serait pas. ce d o u b l e travail. u n e extension cor­ r e s p o n d a n t e de l'esclavage a u x États-Unis. l ' i m m e n s e extension de la fabrication du coton a eu p o u r condition. Mystérieuse dispensation des biens et des m a u x s u r la t e r r e ! On a r é p é t é l o n g t e m p s : P o i n t d e sucre sans l'escla­ v a g e ! Les faits ont d é m o n t r é q u ' a p r è s l ' é m a n c i p a t i o n dans les colonies de la F r a n c e et d e l ' A n g l e t e r r e . de 1784 à 1 8 6 0 . d a n s les p l u s pauvres m é n a g e s . E n 70 a n s . d ' u n côté. de l ' a u t r e . l'exportation s'est élevée de 71 bailes à 4 . l e s u c r e était p r o d u i t p a r des b r a s l i b r e s . la liberté d e l ' i n d u s t r i e . l ' E u r o p e et les États-Unis tent 5 0 m i l l i o n s de b r o c h e s . 0 0 0 . Le calicot et le s u c r e n o u s a p p o r t e n t u n e jouissance achetée p a r les souffrances des esclaves. e l l e a eu pourrésultat l ' a c c r o i s s e m e n t du b i e n . Nous l'avons déjà dit. s u r lesquelles comp­ l'Angleterre seule en a 5 5 m i l l i o n s . En 0 0 a n s . suffisent p o u r la tâche qui exigeait autrefois 5 0 0 fileuses à la m a i n . merveilleuse p o u r aider. la c o n s o m m a t i o n s'est élevée de" 20 m i l l i o n s à 4 m i l l i a r d s et d e m i .

elle a deviné surtout l ' e m b a r r a s de l ' A n g l e t e r r e . qui p e u v e n t se passer des objets fa­ b r i q u é s q u e l'Europe l e u r renvoie en r e t o u r . elle a l'intérêt p o l i t i q u e opposé à celui de l'Angleterre . soit pour la dissolution main­ de l'Union. la seconde puissance m a ­ r i t i m e du m o n d e va déchoir. le coton est m a i n t e n a n t u n produit i n d u s ­ triel si i m p o r t a n t . Le p l u s Anglais des Anglais. maîtresse des m e r s . Que de motifs de joie secrète! La France ne souffre pas tant de la crise f i n a n c i è r e . La Caroline du Sud a compté s u r cette solidarité. » L ' A n g l e t e r r e a p l u s i e u r s raisons de se réjouir de la scission : L'édifice élevé à la suite de la séparation de la m é t r o p o l e m e n a c e r u i n e . l'affaiblissement des États-Unis g a r a n t i t la posses­ sion du C a n a d a . la scission du Sud e n t r a î n e r a le l i b r e é c h a n g e . q u i ne p e u t se passer de cette m a t i è r e p r e m i è r e et qui l ' é c h a n g e contre d ' é n o r m e s quantités de n u m é r a i r e . et q u e le poids de la crise est m ê m e plus lourd p o u r l ' E u r o p e . s'est contenté de faire des vœux p o u r q u e « les différends soient résolus à l'amiable.166 L'ESCLAVAGE. et les i n t é r ê t s des p e u p l e s sont si e n t r e ­ mêlés. l ' A n g l e . si u n e g u e r r e m a r i t i m e éclate. dans u n curieux discours p r o n o n c é à S o u t h a m p t o n le 8 jan­ vier 1 8 6 1 . c'est calomnier le soleil. q u e la transition est p é n i b l e . e n t r e toutes les nations du m o n d e . . p a r t o u t ressentie. 11 en sera un j o u r du coton c o m m e il en a été du sucre et du café. t e r r e . sera une-maîtresse tyr a n n i q u e et sans contre poids. q u e p o u r les États-Unis. Seulement. soit pour le tien. lord P a l m e r s t o n . à la fois la pre­ m i è r e abolitionnisle et la p r e m i è r e fabricante de coton. le coton à bon m a r c h é . à la fois p a ­ trie de Wifberforce et d ' A r k w r i g h t .

et s u r t o u t le m a i n t i e n d ' u n e puissance m a r i t i m e q u i seule peut c o n t r e . Sur ce chiffre. pour 1 8 6 0 . soit 1. Malgré l ' i m p o r t a n c e de son coton.425 millions de francs. ni l ' A n g l e t e r r e ni la F r a n c e n e s a u r a i e n t se r a n g e r du côté de l'esclavage. 1 Avec quelles r e s s o u r c e s . les États à Esclaves ne comptaient que pour un quart. Si elle établit le l i b r e . l ' A n g l e t e r r e p o u r la J a m a ï q u e . L'État de New York seul figure dans ce chiffre pour 586 millions. elle r e n c o n t r e r a s u r la r o u t e de ses n é g r i e r s toutes les m a r i n e s des nations civilisées.) pour .e l l e en g u e r r e ? Avec q u e l s habitants p e u p l e r a . et. la Caroline du Sud 25 millions. avec q u e l s soldats la Confé­ d é r a t i o n nouvelle s'en i r a . q u e l l e q u e soit la différence de vues et de situa­ tion. à un peu plus de 1. les États libres pour les trois quarts.U N I S D'AMÉRIQUE. la F r a n c e p o u r ses Antilles. Si elle c h e r c h e à s'étendre s u r le golfe du Mexique. elle effrayera l'Espagne pour Cuba. soit 527 millions.t . 167 elle doit s o u h a i t e r la d u r é e d ' u n e œ u v r e q u ' e l l e a glo­ r i e u s e m e n t aidée à n a î t r e . a p r è s avoir eu l ' h o n n e u r de l'abo­ lir d a n s l e u r s possessions.b a l a n c e r l ' o m ­ nipotence de la Grande B r e t a g n e s u r les m e r s . l ' E s p a g n e trouve le m o m e n t favorable p o u r a n n e x e r l ' a n c i e n n e p a r t i e es­ pagnole de S a i n t . Si elle ressuscite la t r a i t e .055 millions. bien loin d ' ê t r e effrayée.é c h a n g e .É T A T S . (Extrait de l'Économist. q u e l l e q u e p u i s s e ê t r e la différence de l e u r s con­ seils. Mais. Ses p r é t e n d u s p l a n s n e sont pas p l u s p r a t i q u e s .D o m i n g u e .e l l e ses c o n q u ê t e s ? Ses ressources 1 Le montant total de l'encaisse des banques de l'Union américaine a été évalué. n i à l ' e x t é r i e u r a u c u n e a l l i a n c e . les États du Nord en profiteront c o m m e le reste du m o n d e . la Caroline n e p e u t donc avoir l'espoir s é r i e u x de former ni à l ' i n t é r i e u r u n e i m m e n s e fédération.t .

dit le président Buchanan. . p r o p o s a i t sa m é d i a t i o n .m ê m e s suf­ fisent à peine aux c u l t u r e s . Pendant q u e le Nord. c o n d a m n é d'avance au gibet les soldats envoyés contre eux. q u ' a fait le magistrat investi de l ' a u t o r i t é souveraine. n é e à la h o n t e des Étals à esclaves. De q u e l q u e côté q u ' o n envisage la situation. q u ' a fait le président B u c h a n a n ? P a r u n message du 5 n o v e m b r e 1 8 6 0 . m a i s p e u t . plus d'assistance des forces fédérales. p l u s de loi des fugitifs. il a essayé de dé­ m o n t r e r q u e le Nord était coupable des violences du S u d .168 L'ESCLAVAGE. pourquoi l'union des États est-elle menacée de se voir détruite? L'immixtion prolongée et sans ménagement des États du Nord dans la question de l'esclavage des États du Sud a produit à la fin ses conséquences naturelles L'incessante agitation de l'esclavage pendant le dernier quart du siècle. espérait u n e transaction ou u n r e t o u r tardif des États q u i d é c h i r e n t l'Union. finir à l e u r d é t r i m e n t . refusé les impôts. la Virginie. et ses soldats suffiront à peine à m a i n t e n i r en paix s u r son p r o p r e sol ses habitants actuels. p o u r réprimer l e u r rébellion. Ils o n t poussé à l'extrême. p a r l é d'affamer les troupes fédérales retirées d a n s u n e île en face de Charleston. doit. m e n a c é de s'opposer à l'installation du président.ê t r e après d'af­ freux m a l h e u r s . q u i e u x . p o u r a r r ê t e r la p r o p a g a n d e . n u l l e m e s u r e assez forte. après u n temps plus ou m o i n s l o n g . il s e m b l e d é m o n t r é q u e cette crise t e r r i b l e . et à d e m e u r e r à la fois i m p a s s i b l e et c o n c i l i a n t . p e n d a n t q u e les États d u Centre essayaient d'intervenir c o m m e conciliateurs. et q u e la pa­ t r i e de W a s h i n g t o n . « Pourquoi. P o u r éviter la désertion des esclaves. q u i avait tout à g a g n e r à ces vio­ lences.

g r a v e r . les sermons.. p r o p a g é ou aidé à é c r i r e . A r r ê t e r la propagation des idées abolitionnistes. . c o m m e c o u p a b l e de tout citoyen ayant écrit. apai­ ser les c r a i n t e s d ' i n s u r r e c t i o n ! q u ' o n accuse des p r e m i è ­ res l'Évangile et l ' â m e h u m a i n e .. les bro­ chures. se retirent le soir pleines de craintes sur ce qui pourra arriver à elles et à leurs enfants avant le jour. dans le Sud.s e u l e m e n t à sa poli­ tique. « Tout ce que les États à esclaves ont jamais demandé. p r o p a g e r un l i v r e . à ses paroles ! Eh q u o i ! M. B u c h a n a n c o n n a î t . les vio­ lences du S u d . une g r a v u r e .. i m p r i m e r . a enfin exercé son influence maligne sur les esclaves.. » Vaine défense ! les échos de la p a r o l e franchissent les frontières. c o m m e le souffle du v e n t ou le rayon du soleil. si l'Union est m e n a c é e . n u l l e m e n t les m e n é e s du Nord. . les discours. » Ainsi d o n c . à ses livres. c'est qu'on les laissât tranquilles. g r a v é . L'agitation a été entretenue par la presse. si les esclaves rêvent à la li­ berté.. n o n . si les m è r e s d o r m e n t m a l . m a i s à ses j o u r n a u x . u n p a m p h l e t de n a t u r e à exciter le m é c o n ­ t e n t e m e n t des gens de c o u l e u r .i l u n secret p o u r ar­ rêter la p e n s é e h u m a i n e ? Qu'inventera-t-il de mieux que celle loi du Maryland ( d é c e m b r e 1851). et leur a inspiré de vagues notions de liberté. des secondes. e t c . « q u i con­ d a m n e à dix ou vingt ans de prison. les actes des conventions d'États et de comtés. les livres. félonie. Bien des mères de famille.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. De là résulte que le sentiment de la sécurité ne règne plus autour du foyer domes­ tique. la faute est au N o r d . Nulle p u i s s a n c e . n u l l e m u r a i l l e ne p e u t e m p ê c h e r la voix de la l i b e r t é d ' a r r i v e r j u s q u ' a u c œ u r d u captif. qu'on leur permît de diriger à leur gré leurs institutions intérieures. i m p r i m é .. 169 dans les États du Nord. si le Sud est agité.

et le Sud n ' a pas cessé d'être le d o m i n a t e u r . les portes de la fédération? Les h o m m e s du Sud. ce p a ­ p i e r à la m a i n . a t r i o m p h é dans l'élection de M. Qui d o n c enfin a fait n o m m e r douze p r é s i d e n t s s u r d i x . cette doctrine. j u s q u ' a u x élec­ tions de 1 8 6 0 . p o u r aller à la chasse des esclaves enfuis? Le Sud. Qui d o n c . alors m i n i s t r e du président Munroe. en 1 8 5 0 . en 1 8 3 3 . Calhoun. « On ne saurait. presque tous les hauts fonctionnaires. dans tous les États. si ce n'est le S u d . les a m b a s s a d e u r s ? Le S u d . la loi des fugitifs.170 L'ESCLAVAGE. à la Caro­ l i n e du S u d . obtint p a r le compromis du Mis­ souri de livrer à l'esclavage la m o i t i é de la patrie? Le Sud. Les États du Sud fussent-ils menacés p a r le résultat de ces élections particulières.m ê m e en 1 8 5 7 ? Le p r o v o c a t e u r n'est pas le Nord. reconnaître à un Etat isolé le droit de se libérer à volonté et sans le consen­ tement des autres États de ses obligations les plus sacrées . grâce à M. qui p e r ­ m e t de r e q u é r i r tous les fonctionnaires. les m a g i s t r a t s . Qui donc a soutenu et fait t r i o m p h e r . squatter-sovereignty. Buchanan l u i . est-ce q u ' i l s a u r a i e n t le pouvoir de r o m p r e à eux seuls l e lien fédéral? Le message d u 5 n o v e m b r e 1 8 6 0 établit très-fortement q u e ce droit n'existe p a s . à propos du Nebraska et du Kansas. répondait déjà. le g é n é r a l Jackson. Est-il d o n c vrai q u e la politique du Nord ait été u n e immixtion prolongée et sans ménagements dans la poli­ tique du S u d ? Qui donc. en 1 8 2 0 . Qui d o n c obtint. q u i r e n d un ramassis d ' é m i g r a n t s m a î t r e s de b â c l e r une constitution.h u i t . d'y i n s c r i r e l'esclavage et de forcer.

C o m p t a n t q u e le p a r t i de l'esclavage. ils s u b i r a i e n t une revanche plus grande que leur t r i o m p h e . Si les m e m b r e s du Sénat et de la C h a m b r e des r e p r é s e n t a n t s t o m b a i e n t d a n s ce p i é g e . U n e p a r e i l l e fa­ culté est inconciliable avec les principes d ' a p r è s lesquels est constitué le g o u v e r n e m e n t fédéral. p a r u n a m e n d e m e n t à la Consti­ tution. j a m a i s ! Il v a u t m i e u x r e n o n c e r à u n Etat q u ' à u n e v é r i t é . la conclusion a u r a i t d û être de s'y opposer c o m m e o n s'op­ pose à u n e révolte. R i e n d'é­ n e r g i q u e n ' a été o r d o n n é . la conserve e n c o r e d a n s le Con­ grès. il eût fallu a s s u r e r la défense des forts fé­ déraux. » Si la s é p a r a t i o n des États du S u d est u n e révolte. du t e m p s . en c h e r c h a n t des voies d ' a p a i s e m e n t . un ils l'écriraient s u r la pierre q u i r e c o u v r e les restes de ses g l o r i e u x a u t e u r s . des t r a n s a c t i o n s . S e w a r d . m a i s u n p r i n c i p e .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. ils c o n c é d e r a i e n t ce qui n e l'a j a m a i s été. le r e c o u v r e m e n t des i m p ô t s fédéraux. q u i p r o ­ 1 nonça ces a d m i r a b l e s p a r o l e s : 1 Discours du 29 février 1 8 G 0 . ils é c r i r a i e n t d a n s l e u r loi f o n d a m e n t a l e mot q u i n e la souille p a s . 171 et de m e t t r e en péril la liberté et le b o n h e u r des m i l l i o n s d ' h o m m e s q u i composent n o t r e U n i o n . le Congrès c o n s a c r â t l'esclavage. de la patience. . Qu'ils accordent. il a d e m a n d é q u e . Le p r é s i d e n t B u c h a n a n a p r o ­ posé u n e x p é d i e n t m i s é r a b l e . Ni les m e n a c e s . ni les tentatives d'assassinat n ' o n t p u i n t i m i d e r le p r é s i d e n t n o u v e a u . M. ayant p e r d u la majorité d a n s le pays. Il a pris p o u r m i n i s t r e ce courageux et é l o q u e n t citoyen. ou du m o i n s . si cela est possible e n c o r e . aussi bien q u ' a v e c le but exprès e n vue d u q u e l ce g o u v e r n e m e n t a été o r g a n i s é .

« Ce serait u n e source de h o n t e et de c h a g r i n bornes. laisser les États séparés à e u x . soixante-douze ans a p r è s cet illustre W a s h i n g t o n . dans cette question p e r t u r b a t r i c e de l'esclavage. foire à la servitude sa place et son droit. moyen péril­ leux. et p r é t e n d a n t l'être p a r la p r a t i q u e . r u i n e u x . p u i s q u e le p r e m i e r coup de canon tiré p o u r r a être le signal d ' u n e i n s u r r e c t i o n d'esclaves . accepter des a m e n d e m e n t s à la Constitution. Installé le 4 m a r s 1 8 6 1 .172 L'ESCLAVAGЕ. m a i n t e n i r l'Union . d o u l o u r e u x . d é c h i r e r le titre m ê m e au n o m d u q u e l le p r é s i d e n t est en fonctions. » Quatre voies sont ouvertes devant le nouveau pouvoir : Ou bien céder. à c o m b i n e r la p r u d e n c e avec l ' h u m a n i t é . p r é ­ p a r e r la transition et r é g l e r les i n t é r ê t s . Ou bien imposer l'Union p a r la force. tracer u n e nouvelle l i g n e du Missouri. c h r é t i e n s p a r la croyance. Ce serait p e r d r e tout le fruit d ' u n laborieux t r i o m p h e . g a g n e r du t e m p s p o u r r a m e n e r le c a l m e . le p l u s r a i s o n n a b l e . sans Européens p a r l'origine. consacrer h o n t e u s e m e n t le fléau q u e le suffrage universel a c o n d a m n é . Ou bien laisser. si le Sud pouvait encore écouter la r a i s o n . et sans a b a n d o n n e r le droit. si n o u s . c o m m e on l'a fait pour la traite en 1 7 9 4 . en protestant. Ou bien fixer u n délai. difficile s u r de si g r a n d s e s ­ paces avec si p e u de troupes. qui fut « le p r e m i e r dans la paix. mais après tout n u i s i b l e au S u d plus q u ' a u Nord. mais à condition de. . de m a n i è r e à sauver nos incomparables institutions libres et à en j o u i r dans l ' h a r m o n i e et dans la paix. trente millions d ' h o m m e s . A m é r i c a i n s p a r la naissance ou p a r le r é ­ g i m e .m ê m e s . n o u s ne parvenions pas. moyen de tous le m e i l l e u r .

et je n e m ' e n sens pas le d é s i r . (Mémoires de l'Académie . 173 le p r e m i e r d a n s la g u e r r e . ni i n d i r e c t e m e n t . q u e l l e s sont les q u e s t i o n s controversées? Les voici : La r é c l a m a t i o n des esclaves fugitifs. 1 ces Non. d'intervenir dans l'institution de l'esclavage. elle est sans r a i s o n . l e Congrès doit-il p r o t é g e r l'esclavage d a n s les t e r r i ­ t o i r e s ? La Constitution ne le dit p a s . il ne peut être résilié q u e p a r la volonté de toutes les p a r t i e s . d a n s ce cas. Car. elle est p e r p é t u e l l e . q u i fut r é d i g é e e x p r e s s é m e n t d a n s le b u t de r e n d r e l'Union plus parfait. Ou bien cette Union a formé u n e nation. et. renouvelée p a r les articles d e confédéra­ tion de 1 7 7 8 . et. dont voici le r é s u m é 2 : L'union des États date de la déclaration d'indépen­ dance en 1 7 7 6 . E n second lieu. Ainsi la s é p a r a t i o n . g a r a n t i e p a r la Constitution. est sans droit. » Dès lors. f e r m e et sensé. Ou bien celle Union n'est q u ' u n contrat. car elle n e p e u t p r o Livingston. d a n s les États où elle existe. dit le prési­ dent. doit- elle être a s s u r é e et p o u r s u i v i e p a r les a u t o r i t é s d'États ou par l'autorité n a t i o n a l e ? La Constitution n e le dit p a s . a u c u n e loi d ' a u c u n e nation ne prévoit et n e p r é p a r e l'extinction de cette n a t i o n . le texte à l'Appendice. elle a été consolidée par la Constitution de 1 7 8 7 . Edouard des sciences morales). le p r e m i e r dans le c œ u r de 1 ses concile-yens ». v i o l e m m e n t décrétée p a r le Sud. Notice sur M. le p r é s i d e n t Lincoln a p r o n o n c é un discours conciliant I.ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Je crois q u e j e n ' e n ai p a s le droit. 2 V. Qui t r a n c h e r a q u e s t i o n s ? La cour suprême? MIGNET. d a n s ce cas. « j e n ' a i dessein ni d i r e c t e m e n t .

elle serait non plus l ' i n t e r p r è t e . la m a j o r i t é . La majorité p r o n o n c e r a . les r a p p o r t s seront-ils p l u s amicaux a p r è s la séparation q u ' a v a n t ? Des é t r a n g e r s peuvent-ils faire des traités p l u s a i s é m e n t q u e des a m i s ne p e u v e n t faire des lois? Supposez q u e vous fassiez la g u e r r e . sans raison. ils n e seront plus u n i s . et une ferme confiance en Celui qui n'a j a m a i s a b a n d o n n é . le p e u p l e a m é r i c a i n a u r a i t abdiqué e n t r e ses m a i n s . vous vous trouverez de nouveau en p r é s e n c e des m ê m e s questions relative­ m e n t aux r a p p o r t s r é c i p r o q u e s . le c h r i s t i a n i s m e . Or. Le v r a i j u g e . si elle statuait d ' u n e manière g é n é r a l e . face à face. qui est. vous cesserez de c o m b a t t r e . c'est u n e convention tionale. » 11 n'y a a u c u n motif q u e l c o n q u e p o u r agir p r é c i p i t a m ­ m e n t . obligés à vivre en paix ou en g u e r r e . « L'intelligence. Quiconque repousse la majorité t o m b e néces­ s a i r e m e n t dans l ' a n a r c h i e ou d a n s le despotisme. le p a t r i o t i s m e . Demain. La séparation.174 L'ESCLAVAGE. sans d r o i t . est en­ core sans efficacité. a En paix. m a i s ils seront toujours voisins. u n e confédé­ ration au sein de laquelle u n e m i n o r i t é p e u t r é c l a m e r u n e séparation nouvelle? D e m a i n . m a i s ils n e seront pas éloignés. na­ n o m m é e d a n s les formes constitutionnelles. n o n c e r q u ' e n t r e les parties q u i sont en cause et p o u r les cas qui lui sont soumis . les États s e r o n t séparés. m a i s la maîtresse de la Constitution. p u i s q u e l ' u n a n i m i t é est im­ possible. c'est la seule sou­ veraineté d ' u n p e u p l e l i b r e . la traite des esclaves sera l i b r e . Combien de temps vivra u n e confé­ dération fondée s u r le droit de se s é p a r e r . mais la fuite des esclaves sera l i b r e aussi. L o r s q u ' a p r è s u n e g r a n d e perte et sans a u c u n avantage de p a r t et d ' a u t r e .

11 conseille d e g a g n e r du t e m p s . le p r é s i d e n t Lincoln n e r e g a r d e pas l'Union c o m m e r o m p u e . Il j u r e de la m a i n t e n i r p a c i f i q u e m e n t .m ê m e s . et de c o n v o q u e r u n e g r a n d e convention. c h a r g é e p a r le p e u p l e d'amen­ d e r ou de m a i n t e n i r l a Constitution. le Sud s'est o r g a n i s é c o m m e si le p r é s i ­ dent n ' e û t pas été installé. sans o u v r i r à l e u r s a m b a s s a d e u r s les p o r t e s de l ' E u r o p e . enfin il a d o n n é le signal d e la g u e r r e c i v i l e . il l'a installé à M o n t g o m e r y . m a i s sans r e n d r e à leur d r a p e a u les h o n n e u r s . fille de l'esclavage. il a envoyé à l ' E u r o p e des a m b a s ­ sadeurs c h a r g é s de d e m a n d e r à l ' A n g l e t e r r e et à la F r a n c e qu'elles r e c o n n û s s e n t l ' a v o r t e m e n t de la g r a n d e œ u v r e politique q u e l ' u n e a c o m b a t t u e . Il va bien loin d a n s la voie des concessions. à m o i n s q u ' o n ne l'y c o n t r a i g n e . q u e le Nord n e s a u r a i t m i e u x c h â t i e r q u ' e n les exauçant. p u i s q u ' i l d é ­ clare i n a t t a q u a b l e s les institutions domestiques du S u d . il a n o m m é u n p r é s i d e n t . 175 sa terre favorite p e u v e n t e n c o r e suffire à ajuster p o u r le m i e u x les difficultés p r é s e n t e s .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. L'Europe se d é s h o n o r e r a si elle ouvre les b r a s sans examen et sans retard à cette é t r a n g e n a t i o n . sans r e c o u r i r aux a r m e s . Qu'elle laisse a u moins du t e m p s aux citoyens sages et p a t r i o t i q u e s dont les efforts et les conseils t e n ­ d e n t à r é u n i r e n c o r e en u n e m ê m e famille les é l é m e n t s divisés du peuple a m é r i c a i n ! Q u ' e l l e laisse aussi le t e m p s faire j u s t i c e de la folle et c o u p a b l e tentative de ces États d u Sud. sans ajouter . q u ' o n les a b a n d o n n e à e u x . » Ainsi d o n c . Oui. et c o n s t i t u t i o n n e l l e la loi qui a s s u r e l'extradiction des fu­ gitifs. P e n d a n t q u e le p r é s i d e n t p a r l e c o m m e si le Sud n e s'était pas s é p a r é . q u e l ' a u t r e a secondée.

parce q u e ce scandale est avantageux à la c u l t u r e du co­ lon. l ' a m o u r de la p a t r i e . et la r é p u b l i q u e s ' a r r a n g e r a c o m m e elle p o u r r a ! » J'ose affirmer q u e de toutes les nations c h r é ­ tiennes de l'univers entier. du sucre et du tabac. des droits. Sup­ posez donc u n m a r c h a n d de Liverpool. il est dans l'histoire de m é m o r a b l e s exemples de sépara­ tion . où de telles p a r o l e s puissent être dites. c h a c u n des États-Unis est souverain. il n ' e n est pas u n e . ou les a g r i c u l t e u r s d e q u a t r e ou cinq d é p a r t e m e n t s venant adresser cette s o m m a t i o n au g o u v e r n e m e n t français! Mais c o m m e n t le s u p p o s e r ? Une telle hypothèse est un o u t r a g e . seront mis en b a l a n c e avec l'existence de la Constitution. l e u r nom à la suite du n o m de la F r a n c e ou de la Grande-Bretagne s u r la liste glorieuse des g r a n d e s n a t i o n s . un n o m . tenant ce l a n g a g e d a n s le p a r l e m e n t d'Angleterre . où d e telles paroles puissent être e n t e n d u e s . dégradés. la fortune. notre siècle n ' e n offre pas de p l u s a d m i r a b l e q u e l ' é m a n c i p a t i o n des États-Unis eux-mêmes . Je le sais aussi. furent p e u de chose q u a n d les compa­ g n o n s de W a s h i n g t o n c o m b a t t i r e n t p o u r r e p o u s s e r l ' i n ­ j u s t i c e . l ' h o n n e u r d ' u n e g r a n d e et j e u n e nation. Je le sais. Q u o i ! parce q u e 2 à 5 0 0 . figurez-vous les maîtres de forges de Saint-Etienne. u n d r a p e a u . ce c r i m e évident. ils composent u n e fédéra­ tion.176 L'ESCLAVAGE. les i n t é r ê t s . p o u r se d o n n e r u n e p a t r i e . et le lien est plus facile à r o m p r e . la vie. b a t t u s . si ce n'est l ' A m é r i q u e du Nord. ce profit i g n o b l e . répètent q u e l q u e s m a r c h a n d s de c h a i r h u m a i n e . le p r o g r è s du genre humain ! « Nous n o u s s é p a r e r o n s . A cette séparation m a g n a n i m e et désinté- . 0 0 0 p r o p r i é t a i r e s exploi­ tent 5 millions d'êtres volés.

de l'intelligence et du b l é du N o r d . Recom­ mencez la t r a i t e . 177 ressée. se présentera. et le golfe de se p e r d r e dans l ' O c é a n . d é s i g n é e . l'Ohio n e cessera p o i n t de porter ses ondes au Mississipi. a y a n t t r o ­ qué l'Évangile et la Constitution c o n t r e u n ballot de colon. m e n a c é e p a r l'escla­ vage. lui enlever les profits m ê m e de la s e r v i t u d e . seule a u m é p r i s du m o n d e et verra bientôt la fuite. p e u t être reviendrez-vous solliciter l'Union.ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE. sans l i m i t e . flétrie. 12 . u n e seconde r é p u ­ blique sans n o m . la m o r t ou la g u e r r e . qui fait seule votre п.o n c o m p a r e r ? Une sorte de liquida­ tion forcée. le Mississipi au golfe du Mexique. q u e p r é t e n d . q u i aura p r é f é r é la justice à la p u i s s a n c e . d é s h o n o r é s . l ' i n s u r r e c t i o n . r u i n é s . et le Nord besoin du colon. a p r è s la dissolution f r a u d u l e u s e d ' u n e société c o m m e r c i a l e ! L'Union s'est séparée de l ' A n g l e t e r r e p o u r être l i b r e . m è r e de la liberté. livrez-vous sans s c r u p u l e . Mais au-dessous d ' u n e r é p u b l i q u e florissante et l i b r e . l ' a u t r e . du riz et du tabac du S u d . q u ' i l y ait désormais deux A m é r i q u e s du Nord : l ' u n e . le Sud se s é p a r e de l ' U n i o n . d e r n i e r r e p a i r e de l'esclavage. ravalés au-dessous des r é p u b l i q u e s de l ' A m é r i q u e du Sud. Q u a n d vous serez divisés. Le Sud n ' a u r a pas moins besoin des capitaux. à vos sordides intérêts ! Le soleil n e cessera point de se lever s u r cette t e r r e fé­ conde. p o u r q u o i ? P o u r ne pas d i m i n u e r le profit du colon et les r e v e n u s du c o m m e r c e des h o m m e s ? C o m m e n t n ' ê t r e pas t e n t é de r é p o n d r e à celte i n q u a ­ lifiable m e n a c e : Vous voulez vous s é p a r e r ? Séparez-vous! O u i . ayant sacrifié la g r a n d e u r à l ' i n t é r ê t .

a l l u m e r s u r ce lointain continent l'épouvantable explosion d ' u n e g u e r r e civile compliquée d ' u n e g u e r r e servile. Ce n o b l e rêve est d é t r u i t . le j o u r de la séparation sera celui d ' u n e gloire nouvelle . Pour nous. nous partagerons n o t r e d r a p e a u . é m i g r é vers le nouveau m o n d e . avec l ' h o n n e u r et la prospérité d ' u n e g r a n d e nation. dans nos fonctions. le m o n d e ne sait point encore si cet illustre étendard sera d é c h i r é à jamais. h o m m e s du Nord. d a n s l'ancien m o n d e . h o n n e u r et votre force. . à vous les taches de la servitude. Au m o m e n t où ces pages. s'écrivent et se t e r m i n e n t . Toutes les âmes élevées p o u r q u i . On contemple d ' u n regard mélancolique et désappointé l'évanouissement graduel d ' u n e des p l u s nobles espérances d'un siècle si souvent déçu. y trouverait u n établis­ sement plus d u r a b l e et des destinées m o i n s c o m p r o m i ­ ses. u n e partie de l'avenir de la liberté s u r la t e r r e . n e nous demandez plus de loi des fugitifs. de p a r t dans nos voles. p a r u n choc inévitable. on s'afflige a m è r e m e n t au spectacle d'évé­ nements qui e m p o r t e n t . On suit avec une anxiété mêlée d'effroi ces luttes grandis­ santes qui vont.178 L'ESCLAVAGE. à nous les couleurs de l'in­ d é p e n d a n c e .dans nos i n s t i t u t i o n s . in­ quiète espérance. a r d e n t e et inutile protes­ tation. avaient cru q u e ce bien précieux. la liberté d e m e u r e l'objet d ' u n culte fidèle et d'une. On aurait volontiers n o m i n é l ' A m é r i q u e la terre de Chanaan de la liberté.

autant l'Amérique lui en aura «. elle ne sert qu'à vous amuser « avec les histoires de ses sauvages habitants et de ses mœurs bizarres : « eh bien. le mars 1775 : « N'oublions pas que l'immense progrès de notre prospérité colo­ niale s'est accompli dans le court espace de la vie d'un homme. voilà l'Amérique.U N I S D'AMÉRIQUE. ses progrès. s'il vit encore sans tien voir qui vienne déranger cette belle vue et assombrir cette clarté! » Ah ! q u ' a u r a i e n t dit à l e u r t o u r les i m m o r t e l s a u t e u r s . apporté dans le cours d'une vie humaine. au milieu de l'ivresse de son enthousiasme. à elle « seule. la succession des conquêtes qu'elle a entreprises « et des établissements qu'elle a fondés pour la civilisation du monde. J'ai devant moi lord Bathurst : en 1 7 0 4 . il a assez vécu pour le voir! Heureux. : « Jeune homme. jam Si l'ange de sa jeunesse avait alors levé devant ses yeux le voile de l'avenir. il avait en m ê m e temps a p e r ç u triste . elle égale a. q u ' a u r a i t dit W a s h i n g t o n si. en et et. voyant e n e s p r i t les p r o d i g i e u s e s avec u n e i n e x p r i m a b l e admiration d e s t i n é e s de la n a t i o n q u ' i l v e n a i t fonder. d e v e n u e en de m o i n s de cent tins l ' u n e des m a î ­ tresses du m o n d e . et quae sit cognoscere virtus. à peine visible dans la masse des intérêts nationaux. d a n s le p l u s f a m e u x de ses d i s c o u r s s u r l ' A m é ­ r i q u e . » Ah ! si un tel avenir lui avait été dévoilé. de l ' i n d é p e n d a n c e a m é r i c a i n e . à la vue de la future grandeur de l'Angleterre. n'aurait-il pas eu besoin de toute la crédulité vivace de la jeunesse et de toute la flamme ardente de l'enthousiasme pour y croire? Homme heureux. « dans l'espace de dix-sept cents ans. une semence plutôt qu'un corps vivant. si. Qui ne se r a p p e l l e celle admirable 179 apostrophe de B u r k e . Autant l'Angle« terre a reçu de grandeur par ses accroissements. il lui avait montré un petit point. avant que vous touchiez à la mort. et lui avait dit. il pouvait acta parentum legere. le gé« nie de ses peuples. tout le commerce que le monde nous envie.É T A T S .

des r o m a n c i e r s . tolère. Croire en u n si l a m e n t a b l e avenir. e n n e m i de 1 l'esclavage. des femmes q u i ne servent q u ' à r e p r o d u i r e des enfants qui seront. et celui de la pitié avec C h a n n i n g . Agénor de G a s p a r i n . M. et un m é c o m p t e plus d u r imposé à de généreuses espé­ r a n c e s ! Moins d'un siècle a p r è s u n e révolution qui ne fut si féconde que parce qu'elle fut si h o n n ê t e . des poëtes. des histo­ riens. des p r ê t r e s qui amnistient la ser­ vitude. des m œ u r s q u ' a u r a i t flétries. éclairée. par le comte Agénor de Gasparin. c o n t i e n n e .L'ESCLAVAGE. ah ! je ne. Un généreux esprit. 180 m e n t à son front une s o u i l l u r e q u e le temps ne ferait qu'é­ l a r g i r ? On c o m p r e n d l'esclavage dans les sociétés païen­ nes. ce serait b a n n i r de son âme l'espérance sacrée d u t r i o m p h e de la justice en ce m o n d e . dont la place en ce m o n d e est si étroite et si exception­ nelle. des publicistes. autorise des h o m m e s q u i achètent des h o m m e s . on l'explique encore dans les petites sociétés colonia­ les. qui possède des o r a t e u r s . crois pas qu'on r e n c o n t r e dans l'histoire un dé­ menti p l u s d o u l o u r e u x infligé à la sagesse h u m a i n e . Mais q u ' u n e nation i l l u s t r e . j u s ­ tifie. généreuse. . ami de l ' A m é r i q u e . des économistes. des magistrats qui chassent aux. v e n d u s . g o u r m a n d e à propos 1 Un grand peuple qui se relève. ou les États-Unis en 1861. des pères qui vendent leurs enfants. esclaves. des lois q u ' a u r a i t réprouvées l'antiquité païenne. q u i sait p a r l e r le l a n g a g e du bon sens avec F r a n k l i n . c h r é t i e n n e . on en est venu à t r e m b l e r q u e cette g r a n d e œ u v r e n ' é c h o u e et q u ' u n e si j e u n e et si vigoureuse société ne soit prête à sortir de la civilisation.

a c o m m e n c é par deux actes habiles. Washington peut être pris. Mais la crise est-elle achevée? Combien d u r e r a l'expia­ tion? On d e m e u r e confondu. une insurrection peut éclater. Oui ! un peuple qui se repent est un peuple qui se relève. q u ' o n me passe le mot. la réforme des tarifs. l'aggravation des droits de douane. nous voyons la séparation. Combien il est sur notre continent d'o­ pinions que r e n d joyeuses le naufrage d'un pays l i b r e ! Toute la sympathie libérale de l'Angleterre. j ' a i honte de le dire. que le divorce est préférable à u n tel m é n a g e . Nous avons vu la décadence. les vendeurs d'esclaves aideront les acheteurs. .É T A T S . h e u r e u x de penser c o m m e lui que la séparation des États vaut m i e u x que la consécration de la servitude. plus a r d e n t . les États intermédiaires . à chaque page de l'histoire. 181 les inquiétudes hâtives ou intéressées q u e l'Amérique i n ­ spire à l'Europe. une g u e r r e abominable Le Sud. on le croit épuisé. voilà q u ' a u mal accompli s'ajoute encore et en­ core un mal qu'on n'imaginait pas. la lenteur des p r é p a ­ ratifs. et voilà que tout s'en­ venime. Or Voltaire a eu beau dire que la g u e r r e de Spartacus .U N I S D'AMÉRIQUE. plus p r é p a r é que le Nord. du degré q u ' i l est p e r m i s au mal d'atteindre ici-bas. on suppose que le fonds de l'abîme est enfin touché. le Sud aura peut-être les p r e ­ miers s u c c è s . Je me sens heureux d'être d'accord avec M. nous verrons la guerre. Quand le mal a g r a n d i . Si la g u e r r e éclate. u n rival coupé en deux. de Gasparin. le Nord a débuté p a r deux fautes . plus politique. la réforme de la constitution. semble étouffée par la satisfaction de voir.

la s é p a r a t i o n . voilà donc les m e n a c e s du p r é s e n t ! Mais tant de folies s a n g u i n a i r e s a u r o n t un l e n d e m a i n . l e u r haine tenait de la violence des instincts physiques et l e u r r a g e était b r u t a l e c o m m e celle des a n i m a u x sauvages. l'Union sera r e ­ composée. Ou bien le Sud l'emportera . . les m ô m e s questions qui la provo­ quent se dresseront de n o u v e a u . était la p l u s juste et peut-être la seule juste de toutes les g u e r r e s . dit a d m i r a b l e m e n t M. les États con- . le seul fruit de sa victoire sera la séparation des États.ê t r e .182 L'ESCLAVAGE. m u l â t r e s . On se rappelle Saint-Domingue. relevé aux yeux de la c h r é t i e n t é tout entière. le réveil. l ' i n s u r reclion. Aussi les h o r r e u r s de cette révolution avaient-elles dépassé tout ce q u ' o n avait vu en F r a n c e en 1 7 9 5 . l'explosion d ' u n e r a g e e n d o r m i e . et. affaibli p e u t . à la différence de ce q u i se voit ailleurs. Ou bien le Nord a u r a été v a i n q u e u r . après p l u s ou moins de concessions et de délais. l'esclavage sera frappé de m o r t . » La décadence. . et. a p r è s la g u e r r e . la p r e m i è r e et la seconde p a r la troisième. XVI). ce qui a r r i v e dans toute société où éclate la g u e r r e des classes : la p r e m i è r e avait été vaincue p a r la seconde. estime perspective qui fait h o r r e u r . mais é p u r é . Le Nord. et. n o i r s ) . Le Sud a u r a tous les e m b a r r a s de sa honteuse victoire. Mais. « Il était a r r i v é là. rou­ vrant p o u r ainsi d i r e à la fois toutes les blessures d'âmes longtemps o p p r i m é e s . le t r i o m p h e de la force s'ajoutant à la victoire du droit. le vœu des amis de l ' h u m a n i t é et des âmes patriotiques sera accompli. la g u e r r e civile. r e p r e n d r a le cours de ses destinées. elles portaient s u r l e u r visage les m a r q u e s de leurs diverses origines (blancs. Thiers (liv. dégagé.

désespérant de son œ u v r e .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. fédérés vivront séparés des obérés. de la liberté. le j o u r est proche où le Sud payera son ambition et m a u d i r a sa victoire. et prophétisant à sa patrie un inévitable abaissement dans ces deux abîmes qui se suc­ cèdent. et que l'espérance aura r a i s o n . le p r o g r è s . plus d ' u n se sera peut-être endormi tristement d a n s la t o m b e . au Dahomey. Les États i n t e r m é d i a i r e s les a b a n d o n n e r o n t . j'ose affirmer. au Séné­ gal. comme les cercles d ' u n enfer. Parmi les h o m m e s qui ont servi la cause de la justice. au Bengale. l'anarchie et le despotisme. confiant en Dieu. c o n d a m n é s à n ' a t t e n d r e que de la force. 183 mais. affranchie par le com­ merce. de l'égalité. inquiétés. dans les deux mondes. q u e le décou­ r a g e m e n t sera trompé. le repos. l'Amérique verra se lever celui de 1787. menacés. On d e m a n d e r a du colon à l'Égypte. et l'Afrique. l'Afrique. averties par les derniers événements. Avant que le cours r a p i d e du temps ait emporté la d e r n i è r e a n n é e du dix-neuvième siècle. sentiront de plus en plus peser s u r ils leur existence le terrible p r o b l è m e q u ' i l s n'ont pas le courage de ré­ soudre. J'écris en 1801. dès que la traite recommencée menacera de r u i n e r horrible industrie. l ' a g r a n d i s s e m e n t . de la fraternité chrétienne. l'Europe célébrera l'anniversaire de 1789. flétris. fera concurrence à la terre qui lient en captivité les Africains. malgré tant d'apparences adverses. leur Les nations q u e le Sud approvi­ sionne. plus rapprochée de l'Europe. États-Unis. . J'ose croire. cherche­ ront p a r tous les moyens à décliner la responsabilité et l'inévitable contre-coup de la solution future. Le j o u r viendra.

sa glorieuse existence. . elle portait en naissant u n g e r m e de m o r t . s'il y a des r u i n e s . il l ' a u r a versé. j ' o s e affirmer q u ' a v a n t u n q u a r t de siècle il n ' y aura p l u s . il les a faites. de p è r e et d ' e n - 1 Discours de Charles Sunmer. Mais. q u a n d m ê m e l'espoir q u e j e n o u r r i s serait m e n ­ t e u r . » Ne l'oublions pas. et la r é p u b l i q u e se m e u r t d ' u n mal qui lui fut t r a n s m i s . s u r la p i e r r e du tom­ beau de W a s h i n g t o n . u n seul despote. la postérité inscrive avec déses­ poir ces mots : « Sa pensée fut u n rêve et son œuvre n e pouvait pas réussir. il est le g r a n d coupable . J'ose croire. un seul esclave. q u e ses illustres fondateurs e u r e n t la faiblesse de ne pas étouffer. Ce n'est pas la liberté qui est impossible. abais­ sée p a r l'esclavage. si la p r e m i è r e r é p u b l i q u e c h r é t i e n n e et libre des temps m o ­ d e r n e s t e r m i n e dans la discorde et dans l'abaissement. l'esclavage précéda l'Union. ah ! ne souffrons pas que l'histoire accuse la liberté de cette catastrophe. déchirée p a r l'esclavage . si le sang coule. c'est l'alliance de la l i b e r t é avec l'esclavage. en Amé­ r i q u e . ne souffrons pas q u e . en E u r o p e . On le connaissait déjà. ce fléau d a n g e r e u x . après moins d ' u n siècle. si bien dé­ 1 fini p a r ces q u a t r e caractères : « La prétention m o n s t r u e u s e q u ' u n h o m m e peut être propriétaire d ' u n a u t r e h o m m e .184 L'ESCLAVAGE. la destruction complète de tout rapport de m a r i et de f e m m e . agitée p a r l'esclavage. si les plus funèbres présages s'accomplissent. L'Union a m é r i c a i n e a été flétrie p a r l'esclavage.

Si le misérable tyran du Dahomey égorge des créatures innocentes. car ce pesant forfait opprime les petits. » L'esclavage excitait déjà les ardentes imprécations des âmes pieuses et des consciences justes. et c'est la suite de l'esclavage. il a souillé. écrasé. c'est à l'aide de l'esclavage. il a flétri les fruits q u e la r a i s o n .ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Pour nous. mis en péril les races supé­ rieures du nouveau-monde . sachons répondre : Bénissons Dieu. n'en oublions pas la leçon ! Les amis du despotisme vont s'écrier : Maudissons la li­ berté. en s'appesantissant sur les États-Unis. la vertu. mais il abaisse les g r a n d s . car il est juste. décimé. car avec elle une grande nation ne peut pas vivre. la richesse. 185 fant. les races infimes de l'A­ frique. . déchiré. et le travail forcé sans salaire. pour le mal qu'il fait à des innocents m a l h e u r e u x . avaient mûris. le refus absolu de toute instruction. Témoins de ces vicissitudes. le cou­ rage. il a tué les germes qui p o u ­ vaient lever. ne frappe pas la liberté. elle condamne à jamais l'esclavage. la liberté. si la grande pensée de Washington semble prête à s'évanouir douloureusement. L'histoire des États- Unis le voue désormais à l'exécration de tous ceux à qui le progrès du genre h u m a i n n'est pas indifférent. il n e p e r m e t pas q u e la liberté se m a r i e à la servitude. flétrit. elle elle ébranle. et sa main souveraine. il avait désolé.

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COLONIES ESPAGNOLES .

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On se d e m a n d e c o m m e n t tant de g r a n d e u r a d i s p a r u . in-fol. d'Avrainville. imprimerie impériale.LIVRE V COLONIES ESPAGNOLES 1 Cuba. ont laissé d'imposantes r u i n e s . — Documents espagnols et anglais sur Cuba et Porto-Rico. etc. 1843-1860.. and the Spanish . — Porto-Rico. Paris. 1 8 5 1 . Les villes. au nord de l'Amérique. — La Ques­ tion de Cuba. les m o n u m e n t s qu'elle éleva. etc. par don Vasquez Queipo et don Jose Antonio Saco. les temples. Car.— Cuba. 1825. 1860. autrefois fondés par l'Espagne sur le continent de l'Amérique du Sud. Ramon de la Sagra. par Anthony Trolloppe. les travaux d'art qu'elle sut exécuter. Tauchnitz. ses ressources. Le mépris de quelques esprits exclusifs p o u r le génie des races latines n'explique rien. VII et VIII. tome 111. les Anglais ont p e r d u la plus belle de leurs colonies avec u n e facilité qui n'excite 1 Voyages de Hunboldt et de Bonpland. Revue coloniale. Dentu. traduction de M. chap. e V partie. — Description de l'île de Cuba. X. relation historique. — The west Indies Main. 1859. par M. Paris. liv. correspondant de l'Institut.

avec ses 2 0 0 . sans travailler elles-mêmes. C'est u n e loi g é n é r a l e . Comparez a u j o u r d ' h u i les les États-Unis du Sud. le s a n g s'appauvrit.190 L'ESCLAVAGE. Le g o u v e r n e m e n t espagnol tire de Cuba u n revenu croissant. Le chiffre des i m p o r ­ 1 tations et des exportations est m a g n i f i q u e . p a s m o i n s la s u r p r i s e . u n e des p r e m i è r e s pla­ ces du m o n d e c o m m e r ç a n t . due à des causes bien diverses. 0 0 0 h a b i t a n t s . est une des capitales de la richesse et du luxe ici-bas. Dans la seule colonie qu'ils aient conservée e n Amé­ r i q u e . les races qui font travailler. 11 se fait à Cuba des fortunes é n o r m e s . dans l'île de Cuba. p o u r q u o i les Espagnols ont-ils laissé t o m b e r de l e u r s m a i n s ces possessions m a g n i f i q u e s ? P a r c e q u e ces m a i n s étaient devenues débiles et c o r r o m p u e s . la m ê m e loi se manifeste. Or cette c o r r u p t i o n . la terre se stérilise. États-Unis du Nord avec ou les États-Unis du Nord avec le Brésil. tient avant tout à celle-ci : sur la surface entière du globe. les Espagnols m a i n t i e n n e n t ce­ p e n d a n t avec obstination l'esclavage. La p r o s p é r i t é de cette colonie p a r a î t m ê m e u n e ob­ j e c t i o n . sous d'autres aspects. peu d ' a n n é e s a p r è s . la p r i n c i p a l e objection des partisans de l'escla­ vage. la famille d i s p a r a î t . On a p e i n e à croire q u e les sol­ dats q u e Washington eut à c o m b a t t r e fussent du m ê m e s a n g que les soldats q u i . S u r le soi d e l'île. t o m b e n t en d é c a d e n c e . P o u r q u o i les Anglais. la canne se r e p r o d u i t p a r ses propres rejetons 1 L'Espagne a pour politique de ne pas faire connaître annuellement les . et cette loi est la justice m ê m e . se m e ­ s u r è r e n t avec les a r m é e s de la F r a n c e . et la ville de la Havane. Là où passe le T u r c .

5 5 5 arrobasen 1840. 1 Revue . 26. Rev. à 1. IMPORTATIONS. et sortis.188 10.668. . 1845. 195 54.200 1 858 39.434.750. 13. 1 6 6 . 0 0 0 livres en 1842.785.300.110 2.157 6.850.000 piastres.000 Dans les deux années suivantes.000 8. 1831. 164 d'après le C o l o n i a l Magazine.718. à 9. .855. publiée Baà la Havane en 1800.547. 1857 Importations Importations Droits de douane Navires entrés ( espagnols. il y a eu baisse. par d'Avrainville.436. L'exportation du tabac est montée de 5 . Les sucres b r u n s de Cuba sont égaux aux sucres blancs anglais de 2 seconde q u a l i t é . . tableaux annexés. 52.158 arrobas (quatre au quin­ tal) en 1826. 9 4 0 .877. REVENUS.520. EXPORTATIONS. extraits de la lanza general del comercio de la isla de Cuba en 1858. 55.000 15.000 11. 191 1 plusieurs années de plus que partout a i l l e u r s .Ibid. voici les chiffres comparés de 1857 et 1 8 5 8 . c o l .000 livres en 1847. 1842. Cuba. des exportations et des revenus.509.063.COLONIES E S P A G N O L E S .000 . col.770 américains. .863 arr. .) MOYENNE ANNUELLE. p.000 .100 22. d'après V Anti-Stavery r e p o r t e r . Les états de 1848 et 1849 portent : 1818 1849 Tabac en feuilles 6. 25.077.275.106 0.008.850. 26. .17.250.556 L'exportation du sucre avait passé de 0. savoir : 1848.905 2.068 1849. . De 1828 1853 1858 1843 à à à à . 445.851.582 - .000 piastres.000 53.859 11.338 piastres.151.655 20.640.045. .000 24. 24. ( étrangers. celle du café de 1. et 1847. 7. . Cependant de divers réunis dans la Balanza general.275. à 1 0 .358 piastres.000 10. 1847. 11.1832.650 4. de cornercio renseignements et dans d'autres documents il résulte le tableau suivant du progrès des importations.153 Cigares (milliers) 161. .000 piastres .000. de 1827 à 1847. .800.480 123. 1837. Dont 4.019. 20.720 Enfin. revenus qu'elle tire de son commerce. 8.616.050.

u n e g r a n d e p a r t i e de la production du tabac. Porto-Rico n'est pas m o i n s en p r o g r è s . La r u i n e de Saint-Domingue a e n r i c h i Cuba.192 L'ESCLAVAGE. Cuba figure dans la production totale du café p o u r dix millions de k i l o g r a m m e s . Le bien est dû à deux ordres de cau­ ses. et. par le p e r c e ­ m e n t de l'isthme de P a n a m a . aussi riche p a r ses forets q u e p a r ses c u l t u r e s . situa­ tion plus merveilleuse encore dans l'avenir. la m i e u x p e u p l é e et la m i e u x cul­ tivée. les autres p e r m a n e n t e s . le mal est dû à peu près u n i q u e m e n t à u n e seule c a u s e . I . au croisement de p l u ­ sieurs des grandes routes du commerce des peuples. font de Cuba u n e r é g i o n favorisée d u ciel. Lorsque les colonies anglaises. Ces biens n e p e u v e n t lui être ravis : avant ou a p r è s . de toutes les colonies de l'Amérique. mais le m a l est à côté du b i e n . qui est l'esclavage : nous allons le d é m o n t r e r r a p i d e m e n t . a u dire de M. les u n e s accidentelles. elle fournit le sixième de la production totale du cuivre. avec ou sans l'esclavage. p a r ses m i n e s que p a r ses p â t u r a g e s . françaises. suédoises. elle les possédera toujours. la fertilité i n c o m p a r a b l e de la terre. l ' é t e n d u e d ' u n sol égal en surface à celui de l ' A n g l e t e r r e . et son c o m m e r c e e x t é r i e u r égale le cinquième de celui des États-Unis tout entiers. . danoises. la beauté du climat. Ces deux Antilles l ' e m p o r t e n t sur toutes les autres . or elles ont seules conservé l'esclavage. Cette prospérité relative est incontestable. — Une a d m i r a b l e situation. Merivale. envoie des ressources à la métropole . cette île suffit à ses dépenses. elle est.

qu'à la J a m a ï q u e . profiter de toutes les expériences d ' a u t r u i . n u l l e part elle n ' a été aussi grave. n'ayant à traverser au­ cune secousse. 4 . a été la p r e m i è r e en m e s u r e d'apporter ses produits aux consommateurs de l ' E u r o p e . Cuba a joui depuis 1809 de tous les avantages de la libre vente de ses produits. renouveler son matériel. Le com- merce avec les États-Unis dépasse l'importance du commerce avec la m é ­ tropole. voisine de Cuba. Mais il est toujours inexact de comparer deux terres. en notre t e m p s . Cuba. pen­ dant quelques années. de tout temps elle le fut par les dons de la n a t u r e . 0 0 0 navires étrangers. 0 0 0 navires espagnols. Au m o m e n t où la d i m i n u t i o n des droits sur les denrées coloniales a facilité la concurrence du sucre étranger sur les m a r c h é s de l'Angleterre.COLONIES ESPAGNOLES. du libre accès de tous les p a v i l l o n s . aussi l o n g u e . 11. qui avait p u . La situation de Cuba est donc d o u b l e m e n t exception­ nelle . sur leurs colonies une crise diffi­ cile. puis sur les m a r c h é s de la F r a n c e . continue encore à r e c r u t e r largement sa po­ pulation par ce moyen coupable. P e n d a n t que les posses­ sions anglaises et françaises étaient fermées au commerce étranger. L'abolition de l'escla­ vage par l'Angleterre et par la France a fait peser. Il ne l'est pas moins de mettre u n pays qui a profité dans la paix 1 Environ 2 . 13 . j u s q u ' à présent exempte des mêmes épreuves. parce que Dieu n'a pas fait deux terres semblables. Cuba continuait. du libre achat de ses 1 consommations. 193 ont cessé de recevoir des esclaves par la traite. elle l'est encore p a r tous les avantages que nous venons de rappeler. développer ses entreprises.

Cuba n'a pas été le point de l'Amérique auquel se rapportait ce recueil. il l'a toujours été dans les colonies espagnoles. cet a r g u m e n t contre l'es­ clavage sera s u p é r i e u r à tout a u t r e . si l'esclave en trouve un disposé à l'a­ cheter (droit de buscar amo).194 L'ESCLAVAGE. Des lois h u m a i n e s assurent protec­ tion à l'Africain. L'esclavage est doux. Car s'il est un point du m o n d e où l'esclavage eut pu r é u s s i r . dépêches. et par conséquent l ' é l é m e n t civilisateur est à côté de l ' é l é m e n t travailleur. cédules.m ê m e q u ' i l convient de l'étudier. Le n o m b r e des libres de c o u l e u r est fort élevé. ordres. l'intolérance religieuse. Saco. Le n o m b r e des blancs est c o n s i d é r a b l e . ses voisins. 1 11 est banal de présenter la Législation des Indes ((Recopilacion de leyes de Indias) comme un modèle de philosophie chrétienne et pratique. en parallèle avec ces pays. émises pendant le cours de deux siècles. celui de c h a n g e r un maître contre u n a u t r e . 57 à GO). le m a i n t i e n de l'esclavage à Cuba n'y produit-il pas tous les m a u x q u ' a i l ­ l e u r s il e n t r a î n e à sa s u i t e ? Si la réponse est affirmative. celui de se m a r i e r . C'est en l u i . à côté de dispositions humaines envers les Indiens. p. et dans la richesse de toutes les transformations laborieu­ ses des pays. . on y trouve le monopole com­ mercial. A. confèrent 1 c o m m e autrefois à l ' I n d i e n . pré­ cisément au l e n d e m a i n de ces transformations. celui de se racheter peu à peu par le p r o d u i t de son t r a v a i l . Or s'il est vrai que l'abolition de l'esclavage tout a u ­ t o u r de Cuba a fait du bien à cette île. Mais surtout. Elles lui q u a t r e droits. des pénalités tyranniques. l ' h a b i t u d e d u mélange et l ' e x e m p l e de la liberté facilitent la tran­ sition. Rien de plus exagéré que cet éloge d'une compilation en neuf livres de lois. c'est en ce lieu. et son nom y est à peine prononcé (don J. Ce n'est donc pas à ces lois que nous faisons allusion.

Porto-Rico. 1784) ne pu­ nissaient q u e d ' u n e a m e n d e le fait d'avoir a r r a c h é à u n esclave un œil ou une oreille. Une m ê m e religion éclaire la con­ science des maîtres et celle des esclaves. est présente p a r des fonctionnaires élevés. 1 Les m œ u r s sont douces comme les lois. les lois. in­ vestis d'un pouvoir sans limites. La force. M. peu d'années après u n a r r ê t . à Cuba. 52 blancs. chrétien. et il écrit ( 1 8 2 5 ) . q u i cite ce célèbre Havanais. 9 blancs. p. L'intérêt rend précieux les esclaves dont le prix est de plus en p l u s cher. la tranquillité. III. Une force militaire. en note. si tendre envers les m a l h e u r e u x et les petits. libre. 195 celui de racheter sa femme et ses enfants. à l'époque où les lois d'autres Antilles (Saint-Christophe. à la Jamaïque. l'intérêt. m a i n t i e n t la paix. rendu dans les Antilles françaises (1815) qui c o n d a m n e six jeunes n o i r s fugitifs à avoir les jarrets coupa . C'est le té­ moignage de M. les m œ u r s . semblent donc concourir au m ê m e b u t . la prospérité des possessions espagnoles. EN 1 8 4 1 . la religion ca­ t h o l i q u e .COLONIES E S P A G N O L E S . L'exercice de ces droits est a s s u r é m e n t fort difficile. 1 soldat sur 8 4 noirs. et de tous ceux qui ont visité Cuba. éclairé. cependant ils sont importants. la religion. et don Francisco de Arango s'en félicitait l é g i t i m e m e n t . . 454. plus 2 considérable que d a n s a u c u n e a u t r e c o l o n i e . 1 soldat sur 4 5 noirs. ou l'ancienne p a r t i e espagnole de Saint-Domingue. 1 3 Voyages. le tra­ vail de plus en plus productif. de Humboldt. le pouvoir. dans un Mémoire de 1 7 9 6 . de Humboldt. l'adoucissement des m a u x et des dangers de l'esclavage. L'autorité d'un gouvernement européen. loue après lui les lois de Cuba.

6 2 4 .000 Étrangers 10. en 1 8 5 1 . 0 0 0 esclaves.291 Libres de couleur 152.000 405. 1 6 0 blancs. dont 2 5 6 . M.4 60f Population flottante Mulàtres libres Noirs libres Mulàtres esclaves Noirs esclaves 6 0 5 . affirme q u e le r a p p o r t de 2 P . de la m o r a l e . à 7 0 0 .000 .448) : Créoles Espagnols. 520. à 7 0 4 . Queipo. en 4 8 2 5 . 6 5 0 habitants.494 Esclaves. .. XVII. M. III.051 Libres de couleur 106. savoir Blancs 418. 7. le développement n o r m a l et s i m u l t a n é de la de la liberté.200 85.858 Esclaves 456.495 1. la population de Cuba s'élevait en 1 8 2 7 .270 41.942 704. 35. 4 . à 1 . 6 0 0 esclaves. 47. 12. p. savoir: Blancs 514. — D'après Q u e i p o . X. les chiffres de 1 8 5 0 (Révue 1 8 5 1 . 2 8 2 . population. Le m ê m e a u t e u r . de la richesse. 286.487 Et en 1 8 4 2 . Voyages. liv. ch.000 418. d ' a p r è s un ouvrage p u b l i é à New-York sous le de Cuba titre col.000 204. 4 8 7 â m e s . 0 0 7 .007.196 L'ESCLAVAGE.624 Voici. 5 3 4 . 4 4 7 . 0 0 0 habitants.470 libres de couleur.000 Militaires et marins 23. de Humboldt l'estime. En est-il a i n s i ? Où en est la population? où en sont les moeurs ? 1 II.

Esclaves. si chacune des deux a a u g m e n t é à la fois d'une quantité presque semblable. la population blanche a a u g m e n t é . u n tiers à peine était e s c l a v e . p. 2 Ils ont été répétés par M. l a population noire d'environ moitié. 170. Villaverde dans la discussion de la loi sur la traite devant les Cortès. 3 2 39 46 48 43 100 100 100 100 100 Il en conclut q u ' a u c u n e colonie n'a moins favorisé la traite. . il ne faut pas c o m p a r e r la population noire à la population blanche . Comme l'a justement r e m a r q u é M. la population libre de couleur d'en­ viron un t i e r s .. en acceptant les chiffres mêmes de M.000 habitants.COLONIES ESPAGNOLES. 2 Or. Or. cultivant et élevant des bestiaux. 1845. col. occupée par de petits propriétaires. Il convient de c o m p a r e r la population blanche à ellemême. Rev. XIV. m a i s les variations de ce rapport n'indiquent en aucune façon les variations de la population. . 1845. Introduction. . presque sans le secours d'esclaves. 08 1792 1817 1827 1842 61 54 52 57 . d'environ un quart. on sait qu'à la fin du siècle d e r n i e r . l s u r 500. pour savoir q u e l l e loi a suivi leur accroissement. entre 1 8 2 7 et 1 8 4 2 . cité par Le chevalier. Cuba était u n e colonie de peu d ' i m p o r ­ tance. . et 1 Mérivale. Mais ces proportions ne prouvent r i e n . 27 janv. le rapport entre les deux ne change pas. Q u e i p o . la population noire à elle-même. Saco. . 197 la population blanche à la population esclave n ' a pas beaucoup varié depuis u n siècle : 1774 Blancs.

et p o u r n e pas mettre s u r la trace de la traite c l a n d e s t i n e . Saco. p. Queipo. m a i s les décès l ' e m p o r t e n t c e p e n d a n t s u r les naissances. sont b e a u c o u p plus satisfaisants q u ' e n a u c u n e a u t r e c o l o n i e . . il faut bien a d m e t ­ tre que le n o m b r e des b r a s qui les fabriquent a suivi le môme progrès. elle a p l u s q u e q u a d r u p l é . D'un a u t r e côté. p a r crainte de l ' i m p ô t . G i. 1844. se g a r d e n t bien de d é c l a r e r tous l e u r s esclaves. Or. on lit dans u n e dépêche du 51 d é c e m b r e 1845 de lord 1 Aberdeen à M. E n c o r e ce chiffre est-il loin de dire toute la vérité. et de celle du tabac qui a suivi la m ê m e p r o g r e s s i o n .. sont aux h o m m e s dans la p r o p o r t i o n 3 de 15 à 2 8 . p. Bulwer. c o m m e l'a d é m o n t r é M. Villaverde. et les femmes. suivant le r a p p o r t des h a b i t a n t s les plus intelligents. 198 si on c o m p a r e cette d e r n i è r e à ce qu'elle était en 1 7 9 1 . « Dans ce m o m e n t .L'ESCLAVAGE. Sans d o u t e le n o m b r e des mariages e n t r e esclaves. le r a p p o r t des naissances légitimes aux naissances i l l é g i t i m e s . cet i m m e n s e accrois­ s e m e n t n'est pas dû aux m a r i a g e s et aux naissances. » Si l'on tient compte du chiffre de la production du 2 s u c r e . 4 9 2 . a m b a s s a d e u r à Madrid . 4. il résulte des chiffres de la d o u a n e q u e . Les habitants . 0 0 0 i n d i v i d u s . m a l g r é de grands efforts faits p o u r ac­ croître leur n o m b r e . où écrivait don Vasquez Queipo. il avait été i n t r o d u i t à la 1 2 3 Discours cité de M. le n o m b r e des esclaves dans l'île de Cuba n e s'élève pas à moins de 8 à 9 0 0 . Rev. A la m ô m e époque. col. qui a doublé e n t r e 1 8 2 7 et 1 8 4 2 . de 1521 à 1 7 9 0 .

bien a n t é r i e u r aux m e s u r e s prises p o u r abolir.COLONIES ESPAGNOLES. en 1 8 2 5 . 0 0 0 têtes. 3 Annexes au livre de don V. Or. de Humboldt. Queipo. ce port en a reçu p l u s en trente ans q u ' e n deux siècles et d e m i . la population esclave. qui estimeà 413. devrait l'être bien davantage . la Junte culture offre. savoir : 2 2 5 . 199 Havane 9 0 . Le besoin de ces nouveaux colons est. mais q u e . q u i semble a u g m e n t é e . 0 0 0 piastres. un nouveau projet est 1 La Question de Cuba. du moins officiellement. Des efforts l'introduction énormes ont été tentés p o u r favoriser de colons de diverses races. 1859. le célèbre Havanais don Francisco de Arango avait ob­ tenu des fonds p o u r encourager l'immigration des tra­ 1 vailleurs b l a n c s . de 1 7 9 0 à 1820. Donc. et toujours on en m a n q u e . . En 1844. l'agri­ des primes de 0 . 3 p o u r le m ê m e objet . et l'attirer 2 par des dispenses d'impôt et autres facilités . Dès 1 7 9 4 . que par 2 5 6 . ils n'étaient représentés. la servitude a englouti des masses de créatures h u m a i n e s . et m ê m e 5 0 . 0 0 0 fr. elles arrivent toujours. avait pris des mesures trèslibérales p o u r accroître la population b l a n c h e . Queipo. Le roi F e r d i n a n d VII. En 1849. 0 0 0 à 1 2 . royale du d'encouragement par u n p r o g r a m m e du capitaine de 50 a o û t . Si l'on ajoute ce qui a pu ê t r e i n t r o d u i t p a r la Trinidad et Santiago. 2 Annexes au livre de don V. pur u n e ordon­ n a n c e du 18 octobre 1 8 1 7 . la traite.500 le n o m b r e des nègres apportés p a r la traite à Cuba de 1521 à 1 8 2 5 . on le voit. 5 7 4 . 8 7 5 noirs seulement. on arrive à accepter le calcul de M. sous l'administration O ' D o n n e l l .

Mémioire cité. d'abord à la cessation de la traite en vertu des traités : « Quelle soit. le seul qui ait répondu à l'appel de la J u n t e . Rev..200 L'ESCLAVAGE. que l'hon­ n e u r oblige le g o u v e r n e m e n t de les observer. série. bien q u ' i l s 1 3 Rev. 5. II. col . qui consiste à i n t r o d u i r e des familles et non de simples journaliers. dit très-bien don Domingo de Coicouria. Toutes ces tentatives ont p o u r b u t l ' i m m i g r a t i o n de la race blan­ c h e . - . » En 1 8 5 4 . le r a p p o r t des blancs aux n o i r s était de 0 à 4 . leurs a u t e u r s d é c l a r e n t q u e les blancs valent mieux q u e les n è g r e s . à la 3 r e i n e contient des aveux et des déclarations cyniques. 1849. sanctionné p a r l'expérience et p a r la n a t u r e des choses. col. V.22 mars 1854. Il a t t r i b u e le besoin de bras à p l u s i e u r s motifs. p r o ­ p r i é t a i r e de la Havane. adressé à la reine par don Domingo de Goicouria. la race b l a n c h e n'est pas attirée. 1 8 5 4 . projet intelligent et m o r a l . Le rapport du m i n i s t r e . nouv. la Gaceta de Madrid. et à séparer la production de la c a n n e de la fabrication du 1 s u c r e . la qualification que méritente s traités. 13. «C'est. u n axiome d ' a r i t h m é t i q u e politique. de m a n i è r e à r é p a n d r e la petite p r o p r i é t é . 5. 2 il est m a i n t e n a n t de 4 à 6 . le comte de San Luis. t a n d i s q u e les I n ­ diens ou les Chinois n e valent pas les n è g r e s . q u e l ' i m m i g r a t i o n des h o m m e s blancs et l i b r e s dans les colonies e u r o p é e n n e s de l ' A m é r i q u e a été en rai­ son inverse de l'accroissement de la population esclave. dit-il. D'un c o m m u n accord. 2 8 0 . qu'ils créent un nouvel é l é m e n t de débauches et de d é s o r d r e . l'expérience et le besoin r e n d e n t moins scru­ p u l e u x . 15 avril 1854. . p. q u ' i l s sont moins laborieux et m o i n s dévoués. Maison a beau faire. En 1 774. p.

on sait aussi q u ' e l l e est loin d'être entièrement r é p r i m é e . q u a n d ils sont vendus p o u r servir sur les éta­ blissements r u r a u x . Le .COLONIES ESPAGNOLES. dans les villes. » Or. le troisième en faveur de celui qui aura perdu dans l ' a n n é e le moins d'esclaves. sur la traite clandestine. Il propose d'affecter le produit de cette capitation à la distribution de trois prix: a n n u e l s . des noirs esclaves ou libres dans les villes. l'un en faveur des pro­ priétaires dont les esclaves auront eu le plus g r a n d n o m ­ bre d'enfants. de Humboldt avait r e m a r q u é cette a g g l o m é r a t i o n . pour les r e c r u t e r . Le luxe enlève aux champs plus de bras que la répression de la traite. 2" Le peu de soin donné par les propriétaires à la re­ production de leurs esclaves. Le ministre signale d'autres causes d'insuffisance de la population noire : 1° la coutume d'affecter au service domestique. plus grande que partout ailleurs. des esclaves qu'on enlève aux c h a m p s . par suite des difficultés que soulève journellement avec u n e nation puissante l'exécution des traités. on sait que le besoin de bras r e m o n t e bien a u delà des traités faits p o u r r é p r i m e r la t r a i t e . déjà établi par u n o r d r e royal du 20 juillet 1844. Déjà M. 5° Le peu de sécurité du droit de propriété sur les es­ claves. 201 soient en p a r t i e la cause du mal dont on se plaint. s u r les esclaves domestiques ou résidant dans les villes. le second en faveur de celui qui a u r a le plus grand n o m b r e d'esclaves femmes proportionnelle­ ment au n o m b r e des h o m m e s . parce qu'ils comptent. et à une dispense du droit d'alcabala de G pour 100 s u r les ventes d'esclaves. Il conclut à l'augmentation d'un impôt de capitation.

2 9 3 . 1 Texte. de ses délégués et des syndics des m u n i c i p a l i t é s . En 1 8 5 7 . est toujours violée. Rev. et q u e les conventions e n t r e ces colons et les p l a n t e u r s soient l i b r e s . Toutes ces propositions sont. des Chinois ou des Y u c a t è q u e s . ministre espère q u ' a i n s i sera favorisée la reproduction cette race nécessaire. en famille ou sans famille.202 L'ESCLAVAGE. 1 3 .. creront spécialement taux. sous la surveillance d ' u n protectorat spécial. . e n c o u r a g e r par des p r i m e s l ' é l è v e de la race noire c o m m e on e n c o u r a g e l'élève de la race chevaline. sans t e r m e m a x i m u m fixé p o u r leur e n g a ­ g e m e n t . Enfin il propose u n e n r e g i s t r e m e n t de tous les esclaves actuellement existant dans l'île. 1854. p r o m e t t r e de se c o r r i ­ ger à p a r t i r de ce j o u r . le n o m b r e des nègres saisis a été de 2 . 7 0 4 . de m a n i è r e à ce q u ' o n n ' a i t plus à c r a i n d r e a u c u n e r e c h e r c h e d ' o r i g i n e p o u r le passé. sous la protection p l u s ou m o i n s vigilante et désintéressée du capitaine g é n é r a l . de et m ê m e q u e les p l a n t e u r s consa­ à cette reproduction comme cela arrive en d'autres de grands capi­ pays. 3 1 8 . devenues les décrets royaux d u 22 m a r s 1854 1 Ils se r é s u m e n t à ceci : f e r m e r les veux s u r la traite j u s q u ' e n 1 8 5 4 . col. forcer p a r l'impôt les m a î t r e s à t r a n s f o r m e r l'esclavage très-doux de la domesticité en esclavage r u r a l . ni a u c u n e inscription d'esclave i n t r o d u i t illicitem o n t p o u r l'avenir. appeler au service de la c a n n e à s u c r e et du tabac des I n d i e n s . La promesse de cesser la traite a été. Il d e m a n d e q u e l ' i m m i g r a t i o n de colons de toute race soit l a r g e m e n t autorisée.

en tout 1 7 . en ce cas. dans ce cas. pressés de revenir dans l e u r patrie. elle vit par elle et avec elle. con ella y por ella rire. faux. . le décret. La base de la richesse de l'île est la servitude. comme le dit le p r é a m b u l e . Un traité. considéré comme un bienfait i m m e n s e . car le travail servile. amener dans Vile le nombre que sa prospérité de bras nécessaires pour ne décroisse pas. m a n q u e de franchise . 0 0 0 Chinois. 1 4 0 depuis 1 8 4 7 . et ce décret a soulevé les plus graves critiques. sur lesquels on a compté 7 femmes! Ainsi. et diminuera la p r o s p é r i t é . p r o d u i r a le désordre. devenant plus cher que le travail des Chinois. « Ou bien. 5 6 0 ont été apportés en 1 8 5 7 . violents. 203 1 celui des nègres introduits i m p u n é m e n t de 1 0 . m a l g r é la traite. et en ce cas le décret est efficace. . on n'a pas vu la population noire suivre un accroissement n o r m a l . 5 . 4 5 6 . . promet à la colonie 2 0 . sera impossible. — o u bien il veut. En 1 8 6 0 . et. le rebut d ' u n e race m é ­ prisable. On en est r é d u i t à mendier des Chinois. l'appauvrissement. « ou bien le g o u v e r n e m e n t veut abolir l'esclavage à Cuba. car l'importation de Chinois avides. p. u n nouveau décret a ouvert p l u s largement encore les portes de Cuba aux Chinois. 5. » dit le j o u r n a l El Horizonte d u 19 juillet 1 8 6 0 . sa présence a a r ­ rêté tout développement de la population b l a n c h e . le dé­ cret agit précisément en sens contraire de ses i n t e n t i o n s . mais. il est en voie d'exé­ c u t i o n . « Si les possesseurs d'esclaves ne peuvent lutter avec 1 e 2 0 rapport de l'Anty Slavery Society.COLONIES E S P A G N O L E S . cor­ r o m p u s .

» Les aveux de M. si h e u r e u x . P e u de t e m p s a p r è s . bien p l u s voisins de la b r u t e q u e tous les a u t r e s . 2 . il est l o g i q u e qu'ils désirent l ' i n d é p e n d a n c e ou l'annexion a u x États-Unis. il suffît. s u r ce point. 47. Queipo écrit q u e Vile est sur un cratère. fut étouffée par d'affreuses r i g u e u r s . s'ils voient leur fortune d i s p a r a î t r e dans cette lutte. 1844. coula la vie à 4 ou 5 0 0 h o m m e s . noire domination est perdue « Mais c o m m e n t faire ? On craint les Chinois . et fit r é p a n d r e p l u s de sang q u ' i l n ' e n fut versé à la suite d ' a u c u n e é m a n c i ­ p a t i o n . s'en p a s s e r ? (bo- L'envie d'ajouter de nouveaux esclaves africains zales) à ceux qui vivent dans l'île (ladinos) est d'ailleurs combattue par la c r a i n t e q u ' i l s i n s p i r e n t . se sont révoltés p l u s i e u r s fois. Anthony T r o l l o p e . col. p l a c e r les n è g r e s de la J a m a ï q u e sur le m ê m e pied que ceux de Cuba qui sont laissés a b s o l u m e n t sans instruction reli­ gieuse. et d a n s les deux cas. Il pense que « p o u r les esclaves.. — On n ' a donc pas civilisé ces esclaves? La préten­ d u e conversion des races inférieures p a r les bienfaits de la servitude est d o n c d e m e u r é e sans f r u i t ? 2 «. p. et sont. dit M. 2 4 9 . Je n e puis. de limiter l'éducation à l ' i n s t r u c t i o n 1 2 Rev. don V. et q u ' i l faut s ' o p p o s e r a tout prix à u n e plus large introduction d'Africains. The west Indies und the Spanish Main. comment. .204 L'ESCLAVAGE les rivaux qui emploieront des Chinois.1 8 4 4 ) . III. extrême­ m e n t précieux. dit-on. si doux. en conséquence. Ces esclaves. si bien traités. Queipo s o n t . q u a n t à p r é s e n t . La seule i n s u r r e c t i o n 1 de Matanzas ( 1 8 4 5 .

. 203 1 religieuse . la religion q u i habitue à la soumission. Trouve-t-on du moins u n clergé commode p r ê t à faire cet ignoble usage de son zèle et de son instruction ? Que vaut le clergé qui consent à cette tâche honteuse? Le môme a u t e u r déplore « l'éloignement et 1 indiffé­ rence toujours croissante de la jeunesse p o u r la carrière ecclésiastique » « Il voudrait jeter u n voile sur le triste tableau q u e 3 présente l'état du culte et de ses m i n i s t r e s . u n e si utile instruction. en p r ê 1 The west Indies.. les mauvais maris et les mauvais maîtres. dirigée p a r des ecclésiasti­ ques zélés et instruits. favoriser c'est en tous lieux le langage des partisans de la servitude et leur e m b a r r a s . c o m m e le craignent peut-être q u e l q u e s p e r s o n n e s . de leur » Craindre la religion qui relâche la discipline. le p r o g r a m m e : « L'instruction r e l i g i e u s e . à affermir l ' a u ­ torité des maîtres. réguliers et i r r é p r o c h a b l e s . p. les privations condition passagère2. à ses yeux. Quoi ! vous chargez la religion d'affermir les mauvais rois. .» Il engage le g o u v e r n e m e n t à faciliter p a r tous les moyens en son pouvoir.. au c o n t r a i r e . en habituant les esclaves à la soumission.COLONIES E S P A G N O L E S .Ibid. 156. m a l g r é le zèle d'évêques respectables et l'exemple des jésuites. et voici quel en est. » Ce clergé est en effet l ' u n des plus c o r r o m p u s qui soient au m o n d e . p. 161. 5 Ibid. loin d'influer sur le r e l â c h e m e n t de la discipline. contribuerait. cl en l e u r enseignant à supporter avec la résignation q u e peut seule i n s p i r e r la r e l i g i o n .. p. . 157. . etc.

m a i s enfin. Après u n e l o n g u e é n u m é r a t i o n The westIndies. ils d u r e n t sans fin . la justice est coûteuse. 11 n ' e n est pas de m ê m e dans l'île. Queipo. l'abus des gratifications (buscas). (pica(causidi- la p r o c é d u r e est inextricable. d'avocats (letrados). en E s p a g n e m ê m e . en F r a n c e . 1 . » Ibid. 2 5 6 . c h a n t la soumission aux sujets. et qu'à le r e m p l i r . lui-même 1 p r o c u r e u r g é n é r a l . p. On p o u r r a i t parier d'avance q u e la j u s t i c e . ils sont la proie d ' u n e m u l t i t u d e d ' a g e n t s d'affaire plectos). 2 4 0 . « La légis­ lation produit u n e source intarissable de p r o c è s . assure aux maîtres d'escla­ ves u n e i m p u n i t é facile. les laisse m a î t r e s absolus de la fortune et d e la liberté des h a b i t a n t s . en favorisant l ' i m p u n i t é » L'exorbitante faculté laissée aux parties de choisir et d e 2 récuser leurs j u g e s . 243. et c'est justice q u e le médecin p r e n n e la m a l a d i e qu'il n ' a pas voulu g u é r i r . escamoteries (vistas. ils coûtent é n o r m é m e n t c h e r . p o u r ce beau m é t i e r . on a l'espoir de l'obtenir. où l ' i n d u l g e n c e des c o u r s s u p é r i e u r e s et la difficulté de faire p a r v e n i r j u s q u ' a u x pieds du trône les plaintes qui peuvent s'élever contre les a b u s et les injustices des t r i b u n a u x inférieurs et leurs assesseurs g r a d u é s . 2 5 2 . et de p r o c u r e u r s coa). on ne trouve pas de p r ê t r e s ..etc. qui est la seconde force m o r a l e après la religion . épices). on se c o r r o m p e et on s'avilisse! Dieu en soit l o u é ! Quand le clergé se c h a r g e d'excuser les vices q u ' i l doit c o m b a t t r e . en Angle­ t e r r e . Les aveux d e M. p . il les g a g n e . aux femmes et a u x escla­ ves. et vous êtes s u r p r i s q u e .206 L'ESCLAVAGE. n ' e n laissent pas d o u t e r . est envahie p a r la m ê m e contagion.

les colons veulent u n pouvoir de fer. Don José de la Luz Caballero. sans limites. exilé . il y a u r a i t . soupçonné des m ê m e s opinions. s La Question de Cuba (1859. p. c'est un magistrat qui conclut en n o m m a n t la législation et la justice. Au-dessus de la justice civile s'élève la justice politique. pour les m ê m e s opi­ nions. le gouvernement ne la tolère pas. un ver rongeur 1 qui mine l'île . 19. b a n n i sans procès . Mais il a longtemps toléré q u e le capitaine général reçût u n e 1 The west Indies. 207 des a b u s . Don Benigno Gener. pour avoir p u b l i é q u e l q u e s articles contre la traite des n o i r s . traduit devant une commission militaire. Pour maintenir les esclaves. ou plutôt il y a u n e opinion abolit i o n n i s t c à Cuba. Il est absolu. 20). soupçonné d'avoir rédigé u n e pétition contre la traite. Ainsi. r i c h e propriétaire d'esclaves. p . riche p l a n t e u r de Puerto Principe. mort en prison. etc. m a n d é et sévèrement admonesté devant le capitaine g é n é r a l . . Don Manuel Martinez Serrano . pour avoir écrit une adresse contre la traite signée p a r 9 5 p l a n t e u r s de Matanzas. ils le 2 subissent pour eux-mêmes. pas de conseils géné­ raux c o m m e aux Antilles françaises. 504. Pas de législature c o m m e à la J a m a ï q u e .COLONIES ESPAGNOLES.. p o u r les m ê m e s opinions. Don Domingo Delmonte. Voici quelques e x e m p l e s de la m a n i è r e dont il s'est exercé dans les dernières années : Don José Antonio S a c o . ou le g o u v e r n e m e n t . forcé de s'expatrier (1844) . Don Gaspar Bétancourt Cisneros.

si a n i m é e . c'est la possession et le travail de la t e r r e qui est la richesse de l'île.265 731. Captive. vivant encore. 6 7 7 caballerias 99. Plus d ' u n e est dessé­ c h é e . Si la population avait été l i b r e . elle a été p a r q u é e dans u n e seule province. il y a 750 habitants par lieue c a r r é e . à Cuba. soit. Mais ces apparences sont des voiles q u ' i l faut lever. Allons aux sources de la richesse. On peut citer les capitaines g é n é ­ r a u x . la ville de la p r o ­ digalité c h a r m a n t e et de la mollesse dorée.. 1850. serait u n p a ­ r a d i s . étaient un fait h a b i t u e l . en progrès? Si le luxe était la richesse. si b r i l l a n t e . once d'or (quatre-vingt-quatre francs) par.208 L'ESCLAVAGE. col. u n i q u e objet a u q u e l tout est sacrifié.784 La caballeria est de 5 3 acres 1/2 anglais.012 17.) . et la ville de la Havane. la sécurité sont en décadence. l'île de Cuba pour­ rait être r e g a r d é e c o m m e u n e terre o p u l e n t e . 568. (Rev. 5. P o u r fa1 Terres cultivées Prairies naturelles — artificielles 0 5 . et e n r i c h i s de cette m a n i è r e . En Es­ p a g n e . 5 8 7 dans le d é p a r t e m e n t occidental de l ' î l e .404 Terres non défrichées 409.826 Terres arides 139. parce qu'elles se d é p e n s e n t en E u r o p e . Or le travail servile aug­ m e n t e de p r i x . elle se serait p e u à peu répartie dans tous les endroits les plus fertiles. Mais du m o i n s est-il bien vrai q u e la r i c h e s s e . tête de bétail h u m a i n i n t r o d u i t e . la l i b e r t é politique. Le c o m m e r c e étant p r e s q u e tout entier entre les m a i n s des é t r a n g e r s . la justice. E n r é s u m é . les bras m a n ­ l q u e n t et la terre reste inculte p a r t o u t ailleurs . si d ' é n o r m e s fortunes p a r ­ ticulières q u e voit l ' E u r o p e .

liv. 209 briquer du s u c r e . des forêts sécu­ laires ont. et qu'elle a se trouve. c o m m e p e r d u e dans un inextricable labyrin­ the. Les colons et les capitaux de l'Europe n'osent s'aventurer. trainés facilement en l o n g u e u r . La vie est très-chère. est de plus en plus concurrencé par le sucre de 1 Don V. XVI. aboutissent pour la p l u p a r t à la vente des ha4 b i t a t i o n s . est très-élevé. l'habitude du luxe entraînant à u n e g r a n d e imprévoyance. 105. au point q u ' u n e seule famille ( R e c i o s ) possède 2 0 0 lieues c a r r é e s . du Code des Indes). on a négligé les 1 prairies artificielles et l'élève du b é t a i l . Q u e i p o . P. il ré­ sulte de toutes ces circonstances q u e la propriété fon­ cière est obérée lourdement. compromettent et d i m i n u e n t les fortunes. 139. été abattues pour cultiver la c a n n e . à cause de ce défaut de sécurité. Le n u m é r a i r e est r a r e . et il en 2 est résulté la sécheresse et l ' i n s a l u b r i t é . II. 5. tit.COLONIES ESPAGNOLES. P. et. 2 P. Queipo. source intarissable de procès qui troublent la paix des familles. 105. on a négligé la recherche et l'exploitation de mines de charbon i m ­ 3 p o r t a n t e s . dit M. r u i n e n t les créanciers de bonne foi. 14 . le sucre auquel on a tout sacrifié. à l'aide des esclaves. « L ' i n t é r ê t de l'argent. p . Pendant ce temps. les sucreries ayant longtemps joui du privilége exorbitant de ne pouvoir être vendues que pour u n e dette égalant l e u r valeur (loi 5 . L'étendue de la c u l t u r e nécessaire à la p r o ­ duction de la canne à sucre ne permettant pas facilement la division des héritages. la répartition des terres ayant été faite sans p r u d e n c e à l'origine. 5 4 100.

des habitudes de luxe et de prodigalité qui contrastent avec la vie cruelle des esclaves. dépense et m a ­ l a i s e . De g r a n d e s fortunes. — Qu'a d o n c à c r a i n d r e l ' E s p a g n e . le poids de ce malaise. un malaise momentané. de la Louisiane. u n e perte de revenus p e n d a n t quelques années. le jour où les efforts des h o m m e s c o r r e s p o n d r a i e n t aux d o n s in­ c o m p a r a b l e s du C r é a t e u r . Les colonies anglaises et françaises r e p r e n n e n t leurs forces. à côté d ' u n malaise g é n é r a l de la propriété. après avoir lu un défenseur officiel de Cuba . prospérité qui p o u r r a i t en effet devenir i m m e n s e . Sans nier l'importance de cette dépense. une p r o s p é r i t é . La force m i l i t a i r e . . voilà donc. les écoles. ravivée p a r des causes passagères. L'exem ple du travail libre est déjà d o n n é sur u n e g r a n d e échelle. et achèvent de cacher et p a r conséquent de p r é c i p i t e r des causes profondes de r u i n e . IV. Déjà les m e i l l e u r s procédés de fabrication sont usités. du Brésil. seraient faciles. Java. Les précautions dont l'expérience a révélé l'utilité . si elle abolit l'esclavage? Une dépense p o u r i n d e m n i s e r les p r o p r i é t a i r e s . l ' e n g a g e m e n t transitoire des affranchis. dont les partisans de la servitude font u n si complaisant étalage. dont on entrevoit déjà le t e r m e . ce q u e l'on est conduit à penser de celle prospérité m a t é r i e l l e . il est p e r m i s d'affirmer q u e . les institutions de bienfaisance sont prêtes.210 L'ESCLAVAGE. et la combinaison de la petite c u l t u r e avec la g r a n d e fabri­ cation n'est pas chose nouvelle. seraient m o i n s l o u r d s et m o i n s longs q u e p a r t o u t ailleurs. plus ou moins bien acquises.

1er. p. 2 0 5 habitations occupées p a r 5 4 0 . 6 7 2 p i a s t r e s . Queipo.448 habitations s u r 555 lieues carrées.000. Hachette.COLONIES ESPAGNOLES. cité dans un écrit de Zachary Macaulay traduit sous ce titre : Faits et renseignements travail prouvant les avantages du libre sur le travail force. Les trois quarts des produits destinés à la consommation ou à l'exportation. 1854. chap. l'île de Puerto-Rico. Autrefois. 0 0 0 . du 10 août 1 8 1 5 . I. 50. 8 9 3 habi­ tants s u r 4 0 0 . la valeur des exportations n'allait qu'à 6 5 .Londres.000 seulement étaient répartis dans 500 sucreries et 148 caféieries. et la moitié à chaque esclave. r é p a n d u la petite propriété et facilité l'émanci­ pation. Porto-Rico. 2 Dès 1834. 0 0 0 h a b i t a n t s . 1855. ainsi que l'élève de 100. était dans l'état le plus déplorable et les noirs libres étaient 1 A n n e x e s au livre de don V. il y avait à peine un vagabond.277 petites plantations. le colonel F l i n t e r constatait q u e sur 4 0 0 . étaient le fruit du travail libre des blancs ou des gens de couleur. à condition de les cultiver.000 têtes de bétail. . i n d é p e n d a m m e n t de 1. 5 6 9 .000 pias­ tres. active et h e u r e u s e . d'abord colonie pénale. Une plus intelligente répartition des (erres. 211 Il l'est surtout de la m a n i è r e la plus r e m a r q u a b l e dans la seconde Antille espagnole . tandis qu'on comptait dans la cam­ p a g n e 4 4 . a attiré les colons. p. que toute la population était aux c h a m p s . Pas plus de 5 7 villes ou villages contenant 6. 19. elle excédait 5. qui accorde à tout é t r a n g e r u n e concession gratuite de 4 fanègues 1 2 ( 2 hectares 50 ares) de terre. S u r 45.000 esclaves. Paris. chez Longman. En 1 8 1 0 .000 étaient d o m e s t i q u e s . . en 1 8 5 2 . régularisée p a r 1 u n e o r d o n n a n c e de Ferdinand VII. 15.

q u i culti­ vent leurs petites habitations avec l e u r s familles. Lectures chevàlier. et le m ê m e écrivain r a p p e l l e q u e le sucre est é g a l e m e n t produit p a r des bras libres a u x Indes orientales. cité par M. habitent l e u r t e r r e et l'exploitent.212 L'ESCLAVAGE: indolents et vicieux. introduction. col. dans l'île de . 2 E n 1 8 4 4 . la production a q u a d r u ­ plé. à la religion. 1. à la justice En vingt ans. à S u m a t r a . à u n e législation libérale. c o n n u s sous le n o m de hivaros. Jules LE- sur les questions coloniales. d'après le t é m o i g n a g e de M.De la suppression de la traite des esclaves africains Cuba. aux Célèbes. m a l h e u r e u s e m e n t a u g m e n t é depuis. 256). n e s'est pas a c c r u . Or. Outre les p l a n t e u r s q u i . il existe à Porto-Rico u n e classe t r è s . Ainsi les blancs peuvent travailler et se r e p r o d u i r e sous le climat des tro­ p i q u e s . la population a d o u b l é . 1844.n o m b r e u s e . 184.m ê m e s . Rapport on colonisation.1. Mél rivale . à de bons r è g l e m e n t s contre le vaga­ b o n d a g e . 1845. à Java. m a i s courageuse. à la cons­ truction des églises.277 petites p l a n t a t i o n s de c a n n e s à s u c r e cultivées p a r leurs propriétaires libres. par don Jose A. On peut ajouter m a i n t e n a n t les Antilles anglaises et françaises. . les produits tropicaux peuvent être cultivés p a r le travail l i b r e .. à Manille. Tous les p r o g r è s sont d u s à la distri­ bution des t e r r e s . Saco (Rev. on c o m p ­ tait à Porto-Rico 1. aux Moluq u e s . 5. industrieuse. en g é n é r a l . en a u t r e s termes à la p r o p r i é t é . race p e u instruite. dans 1 Herrman Mérivale. au t é m o i g n a g e de don José S a c o . de petits p r o p r i é t a i r e s de race b l a n c h e . L'exemple de Porto-Rico établit ces deux vérités si contestées. le n o m b r e des esclaves. XX. à peu près u n tiers de la p o p u l a t i o n . vivant en très-bons t e r m e s avec les gens de c o u l e u r . e u x .

l'île ne s'est pas p e u p l é e . ne nous fas­ sent pas d'illusion. En r é s u m é . le faste. la justice est abaissée. d ' a u t r e part. avec de magnifiques éléments de richesse. l'état de siège. l'o­ pinion n'est pas libre. On a beau dire que l'émancipa­ tion se fera peu à peu. les m œ u r s dissolues. les blancs soumis. Que le luxe . qu'est-ce que l'Espagne doit r e d o u ­ ter. aucun exemple n'est donné et on se . le bannissement. Mais. p l u s de ca­ pitaux p o u r traverser la crise. dévorée par le luxe. puis la perte de sa colonie. la propriété est en général obérée par les dettes. sans a u c u n e liberté politique. la religion s'est c o r r o m p u e au lieu de civiliser . moins de préjugés de couleur qu'en Amérique Le rachat ne conduit à rien.COLONIES ESPAGNOLES. au pouvoir absolu dont ils ont besoin p o u r se protéger contre la révolte. la t e r r e est devenue u n e fabrique. u n e force militaire considé­ rable. 213 les Antilles espagnoles. Que m a n que-t-il donc? Rien. u n pouvoir s u p é r i e u r illimité. si ce n'est la volonté. u n e large faculté de rachat. plus de blancs pour diriger les gens de cou­ leur. plus de soldats p o u r m a i n t e n i r l ' o r d r e . u n e opinion abolitionniste sérieuse. et l'expérience d'autrui pour éviter les fautes et m é n a g e r la transition. m ê m e p a r m i les m a î ­ tres. due à des causes exceptionnelles et transitoires. n'ont pas empêché des révoltes. il y a déjà plus d ' h o m m e s libres qu'ailleurs. les m a r i a g e s des créoles de la Havane et la prospérité incontestable. continuellement renouvelé par la traite. si elle n'abolit pas l'esclavage? La décadence m o r a l e et m ê m e matérielle d'un admi­ rable pays. les millions. on a beau vanter des lois h u m a i n e s . avec un esclavage adouci.

des poëtes. des ports m a g n i f i q u e s . . des m i l l i o n n a i r e s . sont en con­ tact i m m é d i a t avec les n o i r s . où l'esclavage est trèsa n c i e n n e m e n t établi. Cette r i c h e contrée a des écrivains. » On voit à Cuba. 4 5 6 . La civilisa­ tion s'étend r a r e m e n t sur u n g r a n d n o m b r e d ' i n d i v i d u s . Or le temps rive p l u s de chaînes q u ' i l n ' e n use. des artistes. des c h e m i n s de fer. Compter sur le t e m p s . dans les ateliers. l ' e x t r ê m e abjection à côté de l'extrême o p u l e n c e . un c o m m e r c e actif . q u a r a n t e a n n é e s n ' o n t pas c h a n g é la con­ dition des esclaves. elle est ce q u ' o n appelle a u j o u r d ' h u i un pays civilisé. p. 11 y a bientôt q u a r a n t e années q u e M. l « P a r t o u t . c'est p e r p é t u e r la servitude. l'esclavage d u r e r à côté du l u x e . des écoles. des plantations s u p é r i e u r e m e n t d i r i g é e s . des usines m o d è l e s . ce q u e l'on vit à Rome et à A t h è n e s .214 L'ESCLAVAGE: r é d u i t à répéter : c'est le temps q u i d é t r u i r a l'esclavage. des savants. et l'état des esclaves p l u s m i s é r a b l e à mesure q u e les exigences de la richesse et du c o m m e r c e deviennent p l u s i m p é r i e u s e s . des a d m i n i s t r a t e u r s . de H u m b o l d t a visité Cuba . Le m ê m e soleil fait m û r i r les fruits et p o u r r i r le f u m i e r . 1 Voyages. elle n ' a t t e i n t pas ceux q u i . Le t e m p s accroît la richesse des maîtres et la m i s è r e des esclaves. III. Qu'a-t-il fait j u s q u ' i c i ? Le temps a vu n a î t r e à l'île de Cuba d ' a d ­ m i r a b l e s p r o g r è s . des j o u r n a u x . de H a m b o l d t . dit M. des églises. le seul accroissement de la civili­ sation influe b e a u c o u p m o i n s sur le traitement des escla­ ves q u e l'on ne désirerait pouvoir l ' a d m e t t r e . des établissements de toute s o r t e .

COLONIES ESPAGNOLES.

215

Ce serait au gouvernement espagnol à p r e n d r e

l'ini­

tiative. Pour abolir la traite, il a fait, de mauvaise gràce,
quelques efforts t a r d i f s ; p o u r abolir l'esclavage, a u c u n .
Il n'est pas d e m e u r é seulement inerte, il a été complice.
Nous le verrons f e r m a n t les yeux s u r la
de la traite au m é p r i s des traités les

continuation

plus solennels.

Nous

avons vu, et il faut r e d i r e e n c o r e , sa conduite envers
l'opinion des partisans de la liberté, n o m b r e u x , à l ' h o n ­
n e u r de la société c u b a i n e .
A la suite des insurrections des esclaves qui e u r e n t
lieu à Cuba à la fin de 1 8 4 5 et au
de 1 8 4 4 ,

un

commencement

m o u v e m e n t abolitionniste se

manifesta

dans l'opinion , 92 habitants considérables de Matanzas signèrent

(29

novembre

1843)

capitaine g é n é r a l O'Donnell

contre

rectement

1

contre

u n e adresse au
la traite et

l ' e s c l a v a g e ; le capitaine

indi­

général

refusa de les recevoir et l e u r fit u n e sévère admones­
tation. Une seconde adresse ayant été signée à la Ha­
vane, il la m i t en pièces devant ses a u t e u r s ; à

une

troisième adresse, il r é p o n d i t p a r des menaces écrites.
Plus de trois mille noirs furent passés p a r les armes et
2

un millier d'autres b a n n i . Quel était l e u r c r i m e ? Au
milieu des tortures cruelles infligées à ces m a l h e u r e u x
noirs p o u r leur a r r a c h e r des aveux sur l'origine de l'in­
surrection, ils déclarèrent, alors m ê m e q u ' i l s étaient at­
tachés au fatal

p o t e a u , qu'ils n'avaient pas été poussés

à la révolte par des traitements trop r i g o u r e u x ,

1

Rev. col,

2

Rapp. du juge-commissaire anglais, Rev. col. 1847, 12, 104.

1845, 7 , 2 8 1 .

mais

216

L'ESCLAVAGE,

q u e l ' a m o u r de la liberté, dont on les avait injustement
privés, les avait excités à se révolter, q u ' i l s étaient prêts
à b r a v e r p o u r elle les plus cruelles souffrances et la mort
m ê m e , que sans elle ils n e pouvaient plus vivre; on en
vit s'échapper et se d o n n e r la m o r t , plutôt q u e de r e ­
tomber en esclavage.
Lord Aberdeen, en affirmant tous ces faits dans u n e
1

dépêche au g o u v e r n e m e n t espagnol du 2 m a i 1844 , ne
c r a i g n a i t pas d'ajouter : «Les seules personnes qui p r ê ­
tent la m a i n à la continuation de la traite sont les officiers
m ê m e de la c o u r o n n e d ' E s p a g n e . La cupidité du gou­
vernement est la cause réelle de cet affligeant trafic im­
posé à la c o l o n i e , m a l g r é son d a n g e r manifeste et au
grand mécontentement

des p r o p r i é t a i r e s , dans le but

u n i q u e d ' e n r i c h i r le capitaine g é n é r a l . »
L'opinion s'émut à Madrid c o m m e à la Havane. Les
r e m o n t r a n c e s du cabinet anglais e u r e n t p o u r résultat la
loi de 1845 p o u r la répression de la traite, loi plus sévère
et non m o i n s violée q u e les précédentes. Mais rien ne fut
fait contre l'esclavage. Or il était, la cause des révoltes;
il ne suffisait pas de dire : n'apportez plus d'esclaves , si
l'on n'ajoutait pas : n ' e n conservez p l u s . L'émancipation
anglaise était accomplie; on préparait, d a n s cette m ê m e
a n n é e 1 8 4 5 , l'émancipation française p a r des lois im­
portantes. Le g o u v e r n e m e n t

espagnol

n'exprima

pas

m ê m e un vœu, un espoir, il n ' a n n o n ç a l'intention d'au­
cune initiative. Quinze années se sont écoulées depuis
cette époque, sans q u ' u n seul pas ait été fait, sans q u ' u n

1

Rev

col. 1845, 7. 283.

COLONIES ESPAGNOLES.

217

seul mot ait été prononcé en faveur de l'abolition de l'es­
clavage.
Au c o n t r a i r e , le r a p p o r t qui précède les décrets de
1854. sur l'enregistrement, l'immigration, etc., débute
par ces paroles honteuses

:

« L'un des maux les plus graves dont souffre aujour­
d'hui l'île de Cuba, provient de la rareté des t r a v a i l l e u r s . . .
Si l'on ne se hâte d'y porter r e m è d e , les richesses q u e
renferme cette île n e tarderont pas à d i m i n u e r et m ê m e
à s'épuiser c o m p l é t e m e n t . . . . . Il n'échappera pas à la
profonde pénétration de Votre Majesté, que la situation
qu'on déplore est due, d'une part à l'existence

nécessaire

de l'esclavage, et de l ' a u t r e , aux traités en vigueur qui
s u p p r i m e n t la traite. Les Antilles paraissent condamnées
par la Providence à ne m o n t r e r leur fécondité q u ' à la
faveur de celte institution et aux dépens de la race

sur

laquelle elle pèse. De là est résultée, pour l'île de Cuba,
une situation sociale et économique qu'il est

indispen­

sable de maintenir

quelque

avec tous ses inconvénients,

exceptionnelle et anormale qu'elle soit, car l'idée seule
de la régulariser en la modelant s u r les sociétés e u r o ­
péennes ferait naître de p l u s g r a n d s dommages encore
p o u r l'Etat et m ê m e pour la race privée de la liberté
civile.
« De la nécessité de m a i n t e n i r l'esclavage dans ces régions
naissait naturellement

l'utilité de p e r m e t t r e en certains

cas, l'introduction de nouveaux esclaves, mais c o m m e les
traités le prohibent, ce moyen efficace de conservation

1

Rev. col.,

1 8 5 4 , 13. 2 8 6

a

218

L'ESCLAVAGE.

m a n q u é à l'esclavage au m o m e n t où le développement et
les p r o g r è s de l ' a g r i c u l t u r e

le r e n d a i e n t c h a q u e j o u r

p l u s nécessaire. »
L'esclavage nécessaire,

la traite nécessaire,

voilà ce q u e

proclame en 1 8 5 4 , le g o u v e r n e m e n t e s p a g n o l .
Mais, grâces à Dieu, c'est l'abolition qui est néces­
saire. Ce q u e l ' h u m a n i t é n'a pas i n s p i r é , la nécessité
le c o m m a n d e . Cuba n'a pas c h a n g é de maîtres, m a i s
il a c h a n g é de voisins. Dans tous les

pays q u i avoi-

s i n e n l Cuba, du Mexique à la F l o r i d e , de P a n a m a à la
Guyane, dans toutes les Antilles, régnait, il y a m o i n s
d ' u n siècle, p r e s q u e p a r t o u t l ' E s p a g n e , et p a r t o u t

l'es­

clavage. Centre de l'Amérique i n s u l a i r e , de l ' A m é r i q u e
du Nord et de l ' A m é r i q u e du 8 u d , la r e i n e des Antilles,
Cuba, n'a plus a u t o u r d'elle q u e des institutions ou que
des races sans ressemblance avec les siennes. Le Mexique,
l'Amérique centrale, la Colombie, Saint D o m i n g u e , les
Antilles anglaises, françaises, danoises, suédoises, n ' o n t
p l u s d'esclaves. La Louisiane et. la Floride en p o s s è d e n t ,
m a i s elles a p p a r t i e n n e n t à la race envahissante des Amé­
r i c a i n s . La g r a n d e , belle, riche Cuba semble aux

Slaves-

holders du sud de l'Union a m é r i c a i n e c o m m e u n e t e r r e
détachée de leur continent qu'ils veulent r e p r e n d r e à la
m e r . A u g m e n t e r d ' u n e contrée divisée en deux États, le
n o m b r e des États à esclaves, c'est r é t a b l i r dans les deux
c h a m b r e s du congrès l ' é q u i l i b r e des votes, et fortifier,
r é t a b l i r l'influence du S u d . L'Amérique est aux Améri­
cains c o m m e l'Italie aux Italiens. Cuba doit être la proie
des États-Unis, elle le sera : les p r e m i è r e s tentatives ont
échoué avec Lopez, elles seront r e c o m m e n c é e s . La con-

219

COLONIES ESPAGNOLES.

voitise du Sud est devenue un plan de la politique passée
dans le langage officiel ; Cuba sera achetée, cédée ou
prise.
L'Espagne livrera son dernier vaisseau et son der­
nier écu avant de p e r d r e le seul joyau qui lui reste
de son ancienne couronne a m é r i c a i n e . Déjà dans les Cortès, des défis solennels ont r é p o n d u aux menaces et aux
1

instances du Cabinet de W a s h i n g t o n . Les deux cent mille
mulâtres libres, qui le lendemain de l'annexion retom­
beraient dans un r a n g voisin de l'esclavage, résisteront
avec l'Espagne. Un parti puissant essayera de c o n q u é r i r
l'indépendance de l'île. Cependant, l'exemple du Texas
prouve assez

que l ' A m é r i q u e avancera pas à pas, et,

tôt ou

l'usurpation

tard,

est infaillible.

Car

d'une

part, s'il y a aux États-Unis u n parti qui la p r é p a r e ,
il y a dans l'île,

d'autre part,

des planteurs qui

la

désirent, afin de ne plus payer à l'Espagne tant d'im­
pôts et les frais de tant de fonctionnaires, afin d'assurer,
en s'unissant à quinze États à esclaves, la perpétuité de
la possession des leurs. Lord Palmerston l'a dit un j o u r :
« les colons de Cuba ne tiennent plus à l'Espagne que par
la p e u r d ' u n e insurrection et par la faveur de la traite. »
Or, l'Amérique protégerait désormais m i e u x leur sé­
curité et leur trafic. Les assiégeants ont donc des intelli­
gences dans la place, et l'envie est assurée de la com­
plicité de l'intérêt.
A moins q u e l'Europe ne s'y oppose, ce siècle est
probablement destiné à voir la m a i n é n o r m e des États-

1

V. liv. IV,

États-Unis.

220

L'ESCLAVAGE.

Unis, s'étendre et se refermer sur u n e nouvelle
quête,

grande

comme

dons de Dieu q u ' a u c u n

l'Angleterre,

p l u s riche

con­
des

pays du m o n d e , Gibraltar de la

Méditerranée a m é r i c a i n e ,

sentinelle

postée à l ' e n t r é e

du Mississipi, g a r d i e n n e du futur canal de P a n a m a , r e i n e
des Antilles que se p a r t a g e n t les puissances m a r i t i m e s
et q u e la m ê m e convoitise, a c c r u e par ses triomphes,
osera m e n a c e r à l e u r t o u r ?
L'Espagne,

conduite p a r une mauvaise action à u n e

situation fausse et e x t r ê m e , a déjà tenté d'obtenir p o u r
ses possessions la g a r a n t i e de l ' A n g l e t e r r e et de la F r a n c e .
En 1 8 5 2 , un traité a été proposé aux États Unis ; d a n s
cette convention, il n e s'agissait de rien moins que d ' u n e
déclaration obligatoire de la p a r t des trois n a t i o n s , é q u i ­
valente à assurer à l'Espagne la possession p e r p é t u e l l e de
l'île de Cuba, sans a u c u n e g a r a n t i e de sa p a r t à l ' é g a r d
1

des habitants de la c o l o n i e .

Les États-Unis ont refusé

un traité qui décevait l e u r ambition sans satisfaire l ' h u ­
manité.
Depuis cette é p o q u e , nous l'avons dit a i l l e u r s ,

les

projets sont devenus publics, et les m e n a c e s audacieuses.
H e u r e u s e m e n t p o u r l ' E s p a g n e , la Providence lui ac­
corde u n répit et u n e occasion de se relever. A la faveur
de la crise q u i déchire les États-Unis, p a r u n e d é m a r c h e
h a r d i e , l'Espagne a recouvré Santo-Domingo, et elle est
sans doute disposée à placer sa m a i n dans les révolutions
du Mexique. Maîtresse ou protectrice de deux terres sans
esclaves, c o m m e n t conservera-t-elle la troisième et la

1

La Question de Cuba, 1 8 5 9 , p . 5 7 .

COLONIES

ESPAGNOLES.

221

plus belle, c o m m e n t s'assurcra-t-elle la possession de
Cuba?
Le seul moyen, c'est d'émanciper les esclaves!
Le sud des États-Unis n ' a u r a plus le m ê m e intérêt à
l ' a n n e x i o n ; s'il la tente, l'asservissement d ' u n e t e r r e li­
bre p o u r y rétablir l'esclavage fera h o r r e u r au m o n d e
entier, et l'Espagne obtiendra plus

aisément

l'appui

de l'Europe. Quatre cents mille noirs et deux cents mille
m u l â t r e s défendront le droit de l'Espagne avec leur li­
berté. L'émancipation lui enlèvera des esclaves et lui don­
nera des défenseurs. Les propriétaires seront indemnisés,
et, s'ils se plaignent à l'excès, l'on p o u r r a opposer à leurs
plaintes les traités qui permettent de rendre à la liberté
les esclaves dont on ne peut justifier l'origine ; si ces
traités étaient, exécutés à la l e t t r e , que leur resterait-il
donc ?
Je le répète avec un écrivain distingué : « L'aboli ion
de l'esclavage est le moyen le plus infaillible d'assurer à
1

l'Espagne la possession de C u b a . »
De toutes les nations de l'Europe, l'Espagne a été; la
p r e m i è r e à peupler d'esclaves le monde qu'elle a con­
quis, sera-t-elle la d e r n i è r e à renoncer à u n c r i m e qui
a d u r é plus de trois siècles!
1

.M. Cuchev d-Clarigny, Patrie du 17 janv. 1859.

PORTUGAL

15 . qui commença s u r le trône la dynastie d'Aviz. Guillaumin. et après lui. On sait quelle brillante série de d é c o u v e r t e suivit. Charles Vogel. la Guinée.LIVRE PORTUGAL VI 1 Placé à l'extrémité sud-ouest de l'Europe. II. publié par M. au c o m m e n c e m e n t du quinzième siècle. le Portugal eut l ' h o n n e u r d'être choisi par la Providence p o u r faire passer le reste du globe sous l'empire de la civilisation européenne. en 1 4 0 0 . l'intelli­ gente initiative du g r a n d prince Henry le Navigateur. l'intéressant ouvrage. le Congo. er l'un des fils du roi Jean I . l'un des plus petits royaumes de celte partie du m o n d e . furent comme a u t a n t de ja­ lons sur la roule qui devait porter Barthélemy Diaz (1486) 1 V. Madère. Depuis 1 4 1 5 jusqu'à la m o r t d ' H e n r y . sous ce litre : le Portugal et ses colonies. 1860. Paris. et transféra de Coïmbre à Lisbonne la ca­ pitale du royaume. les îles du cap Vert. les Açores.

puis Almeida et A l b u q u e r q u e j u s q u ' a u x I n d e s . le nouveau m o n d e e n t r e l ' E s p a g n e et le P o r t u g a l .E s p é r a n c e . que le Por­ tugal n'y a c q u é r a i t de sujets. On vit une reine du Congo r e c e v o i r le b a p t ê m e à Lisbonne. Sixte IV le déclarait m a î t r e de toutes les terres situées au delà du cap Boïador ( 1 4 8 1 ) . au delà du cap de B o n n e . et. le souvenir d ' u n m o n a s t è r e de Bénédictins noirs et des peuplades qui se sont transmis l ' a r t de lire et d'écrire q u ' i l s ont reçu des m i s s i o n n a i r e s . Le Portugal fut q u e l q u e temps l ' a v a n t . il l e u r e m ­ p r u n t a l'affreuse c o u t u m e de l'esclavage.226 L'ESCLAVAGE. militaire et religieux qui l'éleva si h a u t . il lui rendit des esclaves. et le p r e m i e r . trois siècles a p r è s . et Vasco de Gama ( 1 4 9 8 ) . p a r u n e ligne i m a g i n a i r e . il eut le m a l h e u r d'en recevoir un poison qui devait d u r e r p l u s que ses victoires. la religion gagna plus d ' â m e s dans ces contrées. Le p r e m i e r .g a r d e de la ci­ vilisation c h r é t i e n n e à la conquête du m o n d e . avec un h o n n e u r i m m o r t e l . c o r r o m p u p a r le contact des v a i n c u s . d ' i m m e n s e s possessions bientôt ac­ crues par la découverte du Brésil ( 1 5 0 0 ) et p a r la conces­ sion de Macao ( 1 5 5 7 ) . Secondée par d'ad­ m i r a b l e s missionnaires. et Alexandre VI (1405) partageait. C'est à ses combats contre les Maures que le P o r t u g a l dut le développement de ce génie e n t r e p r e n a n t . Les souve­ r a i n s Pontifes encourageaient et a u t o r i s a i e n t ses e n t r e ­ prises. il d o n n a à la chrétienté dos peuples. Livingstone trouve à la côte d'Anguela ou au Mozambique les ruines des vastes églises construites par les Jésuites. Mais. Magnifiques entreprises q u i v a l u r e n t au P o r t u g a l . . ignorées depuis la création. Le port de Lisbonne a été e n r i c h i .

la traite a survécu. servis par environ 1. m a i n t e n a n t dépouillé d'Arguin et d'Elmina. L'esclavage subsiste avec elle. et de tous les établissements du Portugal sur les deux côtes d'Afri­ que. La g r a n d e u r coloniale du Portugal n'est p l u s . Cacheu. servent de résidence. elle d u r e toujours en secret. Des quatre îles du golfe de G u i n é e . en 1852. le gou­ vernement de Macao. conduits de force en exil. Zenguichor.500 esclaves. le gouvernement d'Angola et de Benguela. qui rappellent encore sur les côtes de la h a u t e Giunée l'ancienne puis­ sance du P o r t u g a l . Bissao. autour de forts mai défendus et d'églises en r u i n e . Le pays d'Henry le Navigateur possède encore des éta­ blissements en Afrique et en Asie comme a u t a n t de té­ m o i n s de son ancienne puissance : en Afrique. dans le golfe de Guinée. a p p a r t i e n n e n t de droit . Les îles du cap Vert avaient encore. 6 5 9 esclaves sur 8 6 . sur la côte occidentale. c o m m e d'autant de portes d ' u n bagne gigantesque. le gouvernement de Mozambique. — en Asie. à quelques milliers d'Eu­ ropéens ou de chrétiens i n d i g è n e s . 0 0 0 habitants. on a vu pendant des siècles sortir des captifs enchaînés. Les comptoirs sans i m ­ p o r t a n c e . sur la côte orientale. la province de Goa. Fernando-Po et Annobon. 5 .PORTUGAL 227 l ' e m p i r e du Brésil a été colonisé p a r la traite. Supprimée en juillet 1 8 4 2 . la s u p ­ pression des Jésuites p a r le m a r q u i s de Pombal a détruit l e u r s missions. les îles de Saint-Thomé et du P r i n c e . le christianisme a disparu c o m m e le commerce. les îles du cap Vert et la Sénégambie portugaise ou haute Guinée. d e u x .

L'instruction y fut r é p a n d u e par les Jésuites. 5 8 0 sont esclaves. La basse Guinée. 0 0 0 s u r 6 2 . et payant une redevance p o u r c h a q u e esclave au g o u v e r n e m e n t qui m a i n t e n a n t les c o n d a m n e . on a vu encore en 1 8 4 9 trente-sept négriers à la fois attendant leur cargaison sous la protection des m ê m e s forts qui servent m a i n t e n a n t à les surveiller. à l ' E s p a g n e . d e r n i e r débris des . 160 h o m m e s de garnison s'exposent là aux r i g u e u r s de saisons partagées e n t r e les vents et la p l u i e . et c'est aux Capucins italiens q u ' o n doit la g r a m ­ m a i r e et le dictionnaire de la langue binda. 0 0 0 habi­ tants à la côte opposée de l'Afrique.228 L'ESCLAVAGE. et.T h o m é et l'île du P r i n c e . 0 0 0 esclaves sous la d o m i ­ nation p o r t u g a i s e . douze de l e u r s églises existent encore. p o u r p r o ­ téger la production d ' u n peu de cacao et de café. Il n'y en avait pas m o i n s de 4 2 . au m i l i e u de près de d e u x millions d ' i n d i g è n e s i n d é p e n d a n t s . de g i n g e m b r e et de c a n n e l l e . dans les districts d'Angola et de Benguela.. où siége a u j o u r ­ d ' h u i u n e des commissions mixtes chargées de c o n d a m ­ ner les opérations de traite. p l u s v u l g a i r e m e n t appelée le Congo. p o r t e n t encore le pavillon portugais. S a i n t . Cette (erre fut et est encore en p a r t i e c h r é t i e n n e . il y avait encore là 0 5 . de fait à l ' A n g l e t e r r e . 0 0 0 individus y vivent plus ou moins soumis à l'administration portugaise. deux. Mais la m ê m e terre fut aussi le plus g r a n d foyer de la traite. 2 5 5 habitants. 4 . En 1 8 5 6 . Saint-Paul de Loanda. dont la cul­ t u r e et la vente occupent 1 2 . dans sa principale ville. d'un peu de poivre. dans le gouver­ n e m e n t g é n é r a l de M o z a m b i q u e . 159 seule­ m e n t sont blancs. est g r a n d e c o m m e la F r a n c e . 0 6 0 .

on sait ce que la Hollande a fait de Java. m a î t r e de la côte de Zanguebar et de Mascate. exaspéré la p o p u l a tion i n d i g è n e . il avait fait de Mélinde u n e florissante co­ lonie. Les deux plaies de l'Afrique portugaise furent la mauvaise administration et la t r a i t e . lorsque. dit encore M. ibid. ch. 5 7 9 . peu plés d'animaux nombreux n o u r r i s par u n e t e r r e fertile.PORTUGAL 229 vastes possessions du Portugal au seizième et au dixseptième siècle. encore est-ce la traite q u i a surtout c o r r o m p u l'administration. on a d é g a r n i les plantations. « A force 1 de vendre des esclaves. n'est pas non plus u n e explication suffisante. dit M. « le mode d'exploitation par accord avec des noirs libres et salariés est celui p a r lequel on a toujours obtenu les meilleurs résultats. sont salubres. par l'appât d'infâmes profits. car p l u ­ sieurs points. . fait fuir les travailleurs. dans cette partie de l'A­ 2 frique. » Qui donc voudrait salir son nom en plaçant ses capitaux dans des entreprises si aventureuses et si honteuses? Si l'on disait q u e les nègres ne travaillent q u e p a r con­ trainte. car. 564. . » 1 P. n o t a m m e n t s u r la côte orientale. on les calomnierait. La disproportion e n t r e les ressources d'un petit r o y a u m e d'Europe et l'étendue de ses établissements. arrosés de cours d'eau. ombragés de forets. V o g e l . fait de ces provinces un exutoire de la société portugaise. Vogel . . . Il ne faut pas chercher s e u l e m e n t la raison de la dé­ cadence de ces immenses possessions dans les obstacles que le climat oppose à la santé des Européens. XXII. et. 2 P.

s'ils n ' o n t pas a d o r é les faux dieux. la traite.travail. et par u n e loi du 30 juin 1 8 5 6 municipalités. de la vente des h o m m e s . 2 0 vol. les esclaves appartenant aux établissements e 1858.230 L'ESCLAVAGE. 1 Rev. la polygamie et s'ils n ' o n t pas été i d o l â t r e s . col. s u r ces rivages lointains. puis de l'esclavage.. Débarqués. de la chasse aux esclaves. ils les ont i m i t é s . le c a p i t a l . c'est parce qu'ils n ' e n ont adoré a u c u n . p. les E u r o ­ péens chrétiens avaient la mission d'élever les misérables p e u p l a d e s qui les h a b i t e n t au-dessus de la polygamie. L'abolition de la traite. Après la t r a i t e . Au lieu de les convertir. jetés entre de tels fidèles et de tels néophytes. Nous avons cité ailleurs la lettre d u p a p e Benoît à Jean. Par u n décret du 14 d é c e m b r e 1854. charitables a l'État. Puis on s'étonne q u e quelques pauvres missionnaires. la r e l i g i o n . et l'on s'écrie q u e les nègres résistent au christianis­ m e ! Oui. n'aient pas transformé l'Afri­ q u e . où il lui r e m o n t r e que les t r a i t e m e n t s exercés p a r les chrétiens envers les m a l h e u ­ r e u x esclaves l e u r font p r e n d r e en h o r r e u r le christia­ nisme. 5 8 5 . ils ont p r a t i q u é l'esclavage. l'esclavage c o m m e n c e à être frappé. le. On l'a compris enfin. L'avenir de l'Afrique p o r t u g a i s e est dans l'évangélisation et d a n s l ' a g r i c u l t u r e . q u a n d ils r e g a r d e n t les c h r é t i e n s . est le p r é l i m i n a i r e indispensable de toutes d e u x . de aux l'ordre .. roi de Portugal. d e l'idolâtrie. u n m ê m e c r i m e brise à la fois les trois i n s t r u ­ m e n t s de toute civilisation . très-fiers de l e u r race et de l e u r civi­ lisation s u p é r i e u r e s . Ainsi.

p o u r déclarer libres tous les esclaves qui t o u c h e n t le sol du Portugal. lorsqu'à la fin de 1857 le g o u v e r n e u r général de Mozambique fit a r r ê t e r par u n e goëlette por­ tugaise le navire français le Charles-et-Georges. de Sa da Bandeira a eu l ' h o n n e u r de contre-signer sont p r o m u l ­ guées et exécutées sur la côte d'Afrique. le 2 5 août 1 8 5 6 . Une loi du 5 juillet 1 8 5 6 abolit l'esclavage dans une partie de la province d'Angola. Une loi du 2 5 juillet 1856 étend cette faveur aux escla­ ves appartenant aux églises. à condition de servir g r a t u i t e m e n t les maîtres de leurs mères j u s q u ' à vingt ans . Goa. Timor. s u r la déclaration du gouver­ n e u r général de Macao. Il est en ou­ tre bien difficile d'affirmer si les lois q u e M. 231 dans toutes les possessions d'outre­ m e r .PORTUGAL de la Miséricorde. ont été déclarés libres. le gouver­ n e m e n t a donné o r d r e de le déclarer aboli de droit. à la m ê m e époque. Aucune loi n'a encore s u p p r i m é l'esclavage au Mozam­ b i q u e . chargé . Enfin. La m ê m e loi défend de vendre s é p a r é m e n t u n e m è r e et son enfant âgé de m o i n s de sept ans. Deux décrets ont été r e n d u s . ni dans la h a u t e Guinée et les îles du golfe de Guinée. Une loi du 24 juillet 1 8 5 6 déclare libres lés enfants nés de femmes esclaves postérieurement à cette date. ceux-ci d e m e u r e n t chargés de leur entretien. Solor. savoir le district d'Ambriz et les territoires de Cabinda et de Mélinda. dans le reste de la province d'Angola. à condition d ' u n service li­ mité. On voit q u e . de Madère ou des Açores. q u e l'esclavage avait disparu de fait dans l'Inde p o r t u g a i s e . après leur libération.

Espérons que le p r e m i e r pays c h r é t i e n qui ait eu des esclaves. ni p o u r la métropole. fit c o n d a m n e r le capitaine à deux a n s de fer. ne sera pas le d e r n i e r à y r e n o n c e r e n t i è r e m e n t . et encore peu c o m p l è t e . . d ' é m i g r a n t s libres. sans profit p o u r ce m a l ­ h e u r e u x pays. saisir le navire et r e t e n i r les n è g r e s . on voit q u e ce g o u v e r n e u r s c r u p u l e u x était l'agent d ' u n g o u v e r ­ n e m e n t d o n t la conversion à la g r a n d e cause de l'abolition de l'esclavage était fraîche.232 L'ESCLAVAGE. depuis le moyen-âge. E s p é r o n s q u e le P o r t u g a l se servira des établissements qui lui restent sur les deux côtes de l'Afrique p o u r travailler enfin à convertir et à civiliser u n continent qu'il a p r e s q u e seul tenu dans ses m a i n s pendant plusieurs siècles. ni p o u r l ' h u m a n i t é .

LE BRÉSIL .

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1 Le Brésil. Pereira da Silva. — Le Brésil. L'Amérique d u Nord possède la plus puissante répu­ b l i q u e du m o n d e . 1860. et ses colo­ par le comte de par M. Indépendant depuis 1822. par F. — Le Budget Stratten Ponthos. la plus riche. seul État m o n a r c h i q u e . Dabadie. L'Union est u n e b r a n c h e vigoureuse de la race saxonne. du Brésil. la p l u s vaste. L'Amérique du Sud appartient en g r a n d e partie au Brésil. . Ferdinand Denis. 1859. cet i m m e n s e empire est l'un des p r i n c i p a u x foyers d e l'esclavage à notre époque. l'abbé Eyzaguire. V. le Brésil. on aurait. l seul État florissant. par M. les États-Unis. l ' u n e des plus flo­ rissantes m o n a r c h i e s de l'univers. Vogel. — . . par M. — Histoire du Brésil. Revue des deux- Mondes du 15 avril 1858.Il serait injuste de ne pas signaler le Chili connue un État florissant. — Le Portugal nies. cité d'abord la p l u s belle. au c o m m e n c e m e n t de ce siècle.1 travers l'Amérique du Sud. au milieu de dix États r é p u b l i c a i n s . par M. Charles Reybaud. 1856.LIVRE LE VII BRÉSIL 1 Au n o m b r e des colonies du Portugal. l'Histoire du Chili. par M. Sartorius.

au n o m de la liberté c o m m e r c i a l e . Depuis la déclaration d ' i n d é p e n d a n c e en 1822. large de soixante-douze lieues. 2 les exportations croissent chaque a n n é e . le second u n e nation catholique.. janvier-mai 1859. Huit m i l l i o n s d'habitants.) sur le globe. riche en métaux.) . le Brésil est u n r a m e a u plein de séve de la race latine. Toutes d e u x . a p r è s u n parcours de treize cents lieues. destinées des c o m m e n t ne pas assigner aussi un i n c a l c u ­ lable avenir au Brésil. en or. s u r cette terre comblée des dons de Dieu et q u i p o u r r a i t en porter 150 millions. arrive à la m e r . provinces où la végétation des tropiques et les c u l t u r e s de l ' E u r o p e se p a r t a g e n t la surface d ' u n sol. plus de moitié de la production totale du café (558 millions kilog. les i m p o r t a t i o n s ont t r i p l é . et arrosé par d ' i m ­ m e n s e s fleuves. q u a t r e 1 lignes Près de 8 millions de kilom. du 57e au 73e degré de longitude de l'Est à l'Ouest. 1854-1858. carrés. la p r e m i è r e est u n e nation p r o t e s t a n t e . . en d i a m a n t s . dont seize ont des ports s u r l'Atlantique. la g u e r r e i n t é r i e u r e des p a r t i s . 5 7 5 sacs. et la p r e m i è r e . ont r o m p u le lien qui les attachait à u n e métropole e u r o p é e n n e . Si l'on s ' a r r ê t e s u r p r i s devant les gigantesques États-Unis. déjà composé de vingt provinces. la g u e r r e avec les pays voisins. il a exporté 687. (Hunt's merchant's magazine. depuis 1 7 8 7 . depuis 1 8 2 2 . la seconde. ans. vivent à l'abri d ' u n e consti­ tution libre sous u n g o u v e r n e m e n t p o p u l a i r e . du 4e au 33e degré de latitude du Nord au Sud.704 sacs. ce p e u p l e a tra­ versé la g u e r r e avec la m é t r o p o l e . en quatre. affluents ou rivaux de cette Amazone q u i . en cinq mois. Le café fut introduit au Brésil en 1 7 7 4 . et c e p e n d a n t les recettes s o n t en p r o g r è s . g r a n d 1 comme l'Europe . 11 produit 178 millions kilog. ce pays n'avait exporté que 6 5 7 . n'ont pas cessé de g r a n d i r .Citons un seul fait.236 L'ESCLAVAGE.

dont les enfants étaient forcés. nul pays ne s'est livré à ce com­ merce odieux plus activement. 0 0 0 . et. des églises. esclaves au Brésil. en 1 8 5 0 . p l u s obstinément. d'aller prendre leurs degrés à Coïmbre. on construit des chemins de fer. 0 0 0 aux États-Unis. Ce siècle a u r a vu naître et g r a n d i r sur u n m ê m e continent. des poëtes. d'autres relient le Brésil à l'Europe. conservent des esclaves. deux États plus vastes et bientôt aussi puissants q u e les plus anciens États de la vieille E u r o p e . 0 0 0 au Brésil. y ont été apportés par la traite . 0 0 0 . des j o u r n a u x . 4 6 6 ha­ bitants. a u j o u r d ' h u i 3 0 0 mille habitants ont des colléges. Rio-Janeiro seule avait. près de 4 . Le Portugal s'était engagé envers l'Angleterre. les Africains le furent après e u x . plus de 2 . le seront peut-être long­ temps. au nord et au s u d . et dans la ville de Rio-Janeiro. tous les deux. 1684. par . un institut.LE 237 BRÉSIL. longtemps après les mesures d'affranchissement décrétées par le gouverne­ ment. ces m a l h e u r e u x d e m e u r è ­ rent esclaves. il y a q u a r a n t e ans. on améliore les rivières et les routes. des écrivains. 5 9 9 esclaves s u r 2 6 6 . et. les E u r o p é e n s ont asservi les I n d i e n s . d'autres desservent les côtes. encore trop semblables en ce point. P a r m a l h e u r . 0 0 0 . 0 0 0 Africains. Les 2 . Depuis leur apparition sur la terre brésilienne. en 1570. le sont encore. des hôpitaux. 1 1 0 . la race africaine l ' e m p o r t e en nombre sur les races blanche et brésilienne. des sœurs de la charité. en tenant compte du n o m b r e des noirs libres et des mulâtres. j u s q u ' e n 1 7 5 5 . 1 0 4 7 . de bateaux à vapeur montent et descendent l'Amazone.

col. le m i n i s t r e des affaires é t r a n g è r e s . p. Une loi du 17 juillet 1 8 5 0 . Babia. 0 0 0 environ le n o m b r e des esclaves i m p o r t é s à Rio. Pernambouc.. p. M. q u i assimile la traite à la piraterie. Une Société contre la traite et p o u r la colonisation libre se forme sous son p a t r o n a g e 4 (1855) .000 54. dans u n discours du 4 s e p t e m b r e 1 8 5 2 . 5 5 7 . u n traité du 22 janvier 1 8 1 5 à l'abolition le Brésil. p.000 1 en — — O n the slave trade. et la m ê m e a n n é e . 1846 1847 1848 1849 . s'appuyant s u r des d o c u m e n t s officiels. déclara les n é g r i e r s brésiliens justiciables des autorités anglaises. éva­ lu a i t à 8 0 . avait renouvelé les m ê m e s e n g a g e m e n t s . violant le d r o i t des n a t i o n s au p r o ­ fit d u droit des h o m m e s .172 60.Rev. 1 8 5 0 . 1 M. ¡Ind. est enfin le signe d ' i n ­ 3 tentions m e i l l e u r e s . B u x t o n . 5 0 7 . . Para. p a r de la t r a i t e . un a u t r e traité du 2 5 n o v e m b r e 1 8 2 0 . le 14 mai. m a i s il avance e n m ê m e temps que l'importation avait a t t e i n t : 50. et un l o n g conflit di­ p l o m a t i q u e . L ' E m p e r e u r . C'est à cette époque q u e l'Angleterre p a r u n bill de 1 8 4 5 . p. 2 1 5 . 1853. en 1 8 5 0 . 1 8 3 9 . 1 8 5 5 . 5 . a p p u y é par des démonstrations é n e r g i q u e s . col. En les consuls a n g l a i s constataient q u e la traite n ' a ­ 2 vait pas d i m i n u é . de Souza.. 78. Or. 3 4 Rev. chaque année. 1 8 5 2 . déclare que la traite peut être r e g a r ­ dée c o m m e éteinte.238 L'ESCLAVAGE.. 1 2 . peut a n n o n c e r q u e 700 n o i r s s e u l e m e n t ont été i m p o r t é s en 1 8 5 2 .324 50. menaça le repos du Brésil. 1844.

On affirme que l'abolition de l'esclavage tarirait toutes les sources de la richesse agricole et serait pour l ' e m p i r e u n i m m e n s e bouleverse­ ment. et l'affaire est encore b o n n e .LE B R É S I L . Aussi. 2 0 0 l i e u e s de côtes. presque u n s u i c i d e . 187. On ajoute q u e les planteurs brésiliens p r e n n e n t un g r a n d soin de leurs noirs. l'escla­ vage et la traite sont deux complices q u i ne seront exé­ cutés q u e le m ê m e j o u r . mais des Afri- 1 Ch: Reybaud. règlent avec une h u m a n i t é intelligente leur r é g i m e a l i ­ mentaire et hygiénique. la traite d i m i n u e . Reprenons s o m m a i r e m e n t ces motifs. comme aux États-Unis. p. ch. pour la p e u p l e r . que le climat ne permet le travail q u ' à la race africaine. q u ' u n navire s u r cinq arrive à destination. Le Brésil. Que dit-on au Brésil p o u r justifier l'esclavage? Que l'Amérique méridionale est p r e s q u e entièrementdépourvue d'habitants. Le climat est u n e mauvaise raison. On espère cependant q u ' u n 1 jour viendra où le Brésil n e portera plus que des h o m m e s libres. mais cependant elle vit t o u j o u r s . il faut le secours de l ' i m m i g r a t i o n . v. c o m m e à Cuba. . q u e . ce sera le j o u r où les colons a u r o n t af­ flué. il faut l'y c o n t r a i n d r e p a r la force. q u ' o n se b o r n e à cultiver les régions voisines de l ' É q u a t e u r p a r des Africains. la surveillance est difficile s u r 1 . modèrent leurs travaux. la traite continue à a l i m e n t e r l'esclavage au Brésil. p l u s cachée. s'abstiennent presque toujours de châtiments corporels. plus active. Le Brésil présente tous les c l i m a t s . q u e pour la fixer à la c u l ­ t u r e d ' u n e portion de la terre. 239 Depuis lors. p l u s cruelle.

Est-ce q u ' o n ne se sert des esclaves q u e sous l ' E q u a t e u r ? Est-ce q u ' o n n e les emploie q u ' à la c u l t u r e ? Nous avons vu q u e Rio seul en contient p l u s de cent m i l l e . L'exemple des colonies françaises et an­ glaises prouve q u e la race noire est douce. et aussi p a r le triple lien de la p r o p r i é t é . ou u n e partie de Porto-Rico. le j o u r où le Bré­ sil a u r a reçu 100 millions d'habitants p a r cette voie. On espère p e u p l e r p a r l'esclavage u n pays qui n e l'est pas. 11 est loin. les noirs ont été bien traités. civilisable. On craint un i m m e n s e bouleversement. Si. en favori­ sant leur goût p o u r l'instruction et p o u r le culte. m o y e n n a n t des e n g a g e m e n t s . la race b l a n c h e ou indigène n'a rien à c r a i n d r e du climat. de la religion. si l'on p r e n d des précautions p o u r les r e t e n i r au sol p a r des e n g a g e ­ m e n t s . c o m m e on cultive la Guyane anglaise. Elle a fui la t e r r e . le nord de l ' A m é r i q u e n ' e n reçoit-il pas p l u s que le s u d ? Les colons qui arrivent n'ont d ' a i l l e u r s rien de plus . en n e l e u r contestant pas leur case et leur j a r d i n . qui n e se p e r p é t u e n t pas en captivité. c a i n s libres. c a s a n i è r e . où la transition n'a pas été m é n a g é e avec p r u d e n c e . en e n c o u r a g e a n t leur m a r i a g e . q u ' o n ne craigne r i e n . c o m m e on l'affirme. là seulement où le s o u v e n i r d ' u n d u r esclavage lui en d o n n a i t l ' h o r r e u r . P a r t o u t la population n o i r e en esclavage s'éteint p e u à p e u . de la famille.240 L'ESCLAVAGE. On espère que l'affluence des colons e u r o p é e n s r e n d r a u n j o u r l'esclavage i n u t i l e . là seulement. C'est u n e loi de la Providence. Mais les colons sont peu attirés vers les pays à esclaves. Dans les trois q u a r t s de l ' e m p i r e . et cette loi s'étend j u s q u ' à certains a n i m a u x .

rougiraient de se d é c l a r e r dans leur pays partisans de l'esclavage . l'abolition de l'esclavage ne présente pas au Brésil les difficultés q u e r e n c o n t r e le Congrès des États-Unis. l'origine de l'esclavage au Brésil est in­ fâme. ont traversé sans peine cette crise m o m e n t a n é e . Là où l ' i m p r u d e n t e insensibilité des légis­ lateurs a laissé g r a n d i r le m a i . Si l'on se livrait à u n e révision sévère de la m a n i è r e dont les esclaves sont venus entre les mains des propriétaires. malgré la m e n a c e de perdre l e u r nationalité. Son maintien est sans excuse. ils ne se font pas scru­ pule an Brésil de posséder des esclaves. L'indemnité n'est pas un fardeau impossible à porter dans un pays dont les finances et le crédit sont prospères. 16 . et sont m a i n t e n a n t les plus florissants Étals de l'Union. les lois et les traités qui déclarent libres les esclaves apportés p a r la traite. 241 pressé q u e d'acheter à leur tour des esclaves. Les États qui ont eu le courage d'abolir l'esclavage.m ê m e s . Elle sera s u r t o u t très- d i m i n u é e si on applique à la lettre. ainsi qu'on en a le droit. L'arrivée des colons a u g m e n t e r a donc la d e m a n d e des esclaves.LE B R É S I L . II. en resterait-il beaucoup dont la possession puisse être justifiée? En r é s u m é . quand il était peu é t e n d u . Invoquons encore ici l'exemple de l ' A m é r i q u e du Nord. Que le Brésil redoute l'exemple des États du Sud! Le pouvoir étant concentré. on ne sait plus comment le d é r a c i n e r . à moins que l'abolition de l'esclavage ne précède leur arrivée. Les Fran­ çais et les Anglais e u x . Son abolition est sans difficulté politique. Elle peut se payer en partie par quelques années d ' a j o u r n e m e n t .

sa place m a r q u é e d a n s l'histoire. ou plutôt il faut savoir q u ' u n p e u p l e sans vertu est bientôt u n p e u p l e sans richesse. la c o r r u p t i o n de la religion . voilà ce q u ' u n E u r o p é e n chrétien du dix-neuvième siècle ne peut plus c o m p r e n d r e .. Or. ils sont e u x . voleurs et d é b a u c h é s . on a beau dire q u e l'esclavage est assez doux au Brésil. j o u e u r s . qui a visité la C a z a de Corremo. hélas ! p l u s vertueuses et p l u s probes que la société b r é s i l i e n n e . Mais. être m a r i . p o u r n e parler que des blancs. la c o r r u p t i o n de la f a m i l l e . q u a n d ces trois choses sacrées sont avilies. voilà ce qui se voit au Brésil. . E l l e a u r a i t p o u r effet u n e charge financière. Servir Dieu en possé­ dant des esclaves. poussé jusqu'aux estancias qui a. être p è r e . q u e j e r o u g i s de trouver à son front une tache q u ' i l porte s e u l . r e n d r e la justice en possédant des escla­ ves. or. bien loin d ' a m e n e r la solution. e n t r e ces deux é l é m e n t s de la vie d ' u n p e u p l e . du Sud.m ê m e s les vic­ times de l'esclavage. mais passagères . il faut choisir. réparables . la c o r r u p t i o n de la justice. Il p r o d u i t là ce q u ' i l p r o d u i t a i l ­ l e u r s .242 L'ESCLAVAGE. C'est au c o n t r a i r e p a r c e q u e celle-ci est la p r e m i è r e . sait ce q u ' i l doit pen­ ser de la moralisation et du b o n h e u r des noirs. Si la suppression de l'esclavage est u n c o u p porté à la richesse. sur ce ma­ gnifique et m a l h e u r e u x c o n t i n e n t . c h a q u e j o u r de retard en a u g m e n t e d'avance la gravité. en possédant des esclaves. sa c o n t i n u a t i o n est u n obstacle croissant à la m o r a l e . q u e reste-t-il? Je n e p r é t e n d s point que les petites sociétés du reste de l ' A m é r i q u e d u Sud soient. je le crois. qui a vu à Rio les n o i r s ivrognes. p a r c e q u e l ' a v e n i r de ce pays a . une crise agricole et c o m m e r c i a l e .

lui a dit que c'était une résolution prise par le gouvernement vage au Brésil. la colonie de Saint-Léopold dans le Rio-Grande do Sud. la ville de Petropolis. v. p. et a autorisé le gouvernement à insti­ tuer u n e direction générale des terres publiques. 0 0 0 habitants.. p . P a r a n h o s . un mouvement p r a t i q u e dans les faits. après quelques échecs. écrit à lord Clarendon « que le m i n i s t r e . ciété. le prince de Joinville sur les terres de madame la prin­ cesse doua Francisca. Reybaud. Les parti­ culiers 1 ont établi des centres où les colons vivent satis­ faits et dans l'abondance. En 1 8 5 6 . l ' e m p e r e u r a fondé. Enfin la loi du 18 septembre 1850 qui crée u n véritable cadastre. ch. ouvre à la colonisation. 1847. graduellement l'escla­ et que l u i .LE B R É S I L .m ê m e faisait partie d ' u n e so­ ciété n o m m é e Ypiranga. le Brésil. col. l'ambassadeur a n g l a i s . V. u n avenir immense. s'est formée en 1 8 5 3 à la fois pour l'a colonisation et contre la traite. classe B. a m a i n t e n a n t plus de 1 2 . qui a déjà plus de 5 . n o u s l'avons vu. sépare le domaine public du domaine privé. 243 Heureusement u n m o u v e m e n t généreux dans les idées. M. Scarlett.Correspondence with british and foreign ministers ting to the slave trade. rela- . en déblayant devant ses pas toutes les dif­ ficultés de droit provenant des anciennes concessions ou sesmarias. 1857. sa femme. u n e So-. Aube. 171. comme ouvriers métayers. créée par le gouvernement en 1 8 2 5 . ou a c q u é r e u r s à crédit. 0 0 0 h a b i t a n t s . l'excellent chapitre de M. ont pleinement réussi . ad agents. p e r m e t t e n t de concevoir u n e m e i l l e u r e espérance. p. 1 d'abolir protégée par l ' e m p e r e u r . et te Rapport de M. à quelques lieues de Rio. n° 182. 332 . M. De grandes tentatives de colonisation e u r o p é e n n e . H . Rev. Depuis 1 8 4 5 . for- Notamment M. D'un a u t r e côté. 198.

244 L'ESCLAVAGE. si peu d ' o u v r i e r s . affranchit solennellement des es­ claves. abolissant r é s o l û m e n t l'esclavage . vigoureuse. . doit concevoir et accomplir les desseins que l ' h u m a n i t é c o m ­ m a n d e . et q u i . et il serait b e a u q u e les Latins de l ' A m é r i q u e du Sud . i n t e l l i g e n t e . si peu de p r o ­ d u i t s . à c h a q u e a n n i v e r s a i r e . formons en l'espoir. q u ' u n o r a g e . où il y a si peu de m a î ­ tres. u n trouble dans la végétation. mée en m é m o i r e de l'indépendance du Brésil. les mettent p o u r long­ temps en souffrance. devant l ' e m p e r e u r et l ' i m p é r a ­ trice. Q u e le Brésil laisse les folles craintes et les misérables a r g u m e n t s à de chétives colonies. u n c h a n g e m e n t de r é g i m e . si peu de capitaux. en pleine église. eussent l ' h o n ­ n e u r de" d o n n e r l'exemple aux Saxons de l ' A m é r i q u e du Nord. u n e faillite. u n i e . Mais une g r a n d e m o n a r c h i e de h u i t m i l l i o n s d ' h a b i t a n t s . » Ce mouvement g é n é r e u x g r a n d i r a .

COLONIES DE LA HOLANDE .

.

sont u n des peuples de l'Eu­ rope q u i font je p l u s d ' h o n n e u r à l'espèce h u m a i n e . sans verser au­ tant de s a n g que les Espagnols en A m é r i q u e . prêts à aller dans tous les temps s'enrichir ou se battre au bout du m o n d e . ils l'ont affran­ chi de la domination é t r a n g è r e . longtemps n o m m é s les rouliers de la mer. fertiles et peuplées de la Malaisie . ils ont su. 1 Histoire des établissements hollandais en Asie. Le dernier traité qui a garanti aux Hollan­ dais leurs possessions a été conclu avec l'Angleterre le 17 mars 1824. col.LIVRE VIII COLONIES DE LA HOLLANDE 1° Indes néerlandaises. étendre et asseoir leur e m p i r e sur 1 les îles vastes. 137. petits p a r le t e r r i t o i r e . par le capitaine Du- houzet. Ils ont a r r a c h é leur sol aux flots de l'Océan . Rev. . Habiles dans la naviga­ tion. peu à peu. 1843. ou q u e les Anglais d a n s l ' I n d e . Les H o l l a n d a i s . audacieux. g r a n d s p a r l'histoire et p a r le caractère.. p .

. p. de Bus (1826).000 20.500. véritable roi. vingt millions d ' h a b i t a n t s 1 forment un empire plus vaste et plus peuplé que le Brésil.158 pour Java et Madura. 35.450.512 habitants.050 Sur ce nombre. .130 Sumatra 5. . .584. 800. . qui a pris le nom de Rajah Brooke. .000 Bali et Lombak 1. dont 10. Comme l'a dit M. appuyé sur une petite armée en partie composée d'in­ digènes et à peine entouré de quelques milliers d'Euro­ péens. Bornéo égale en surface l'empire d'Autriche. Un système i n g é n i e u x . il y a 2 ou 500. * Rapport à la commission de l'Exposition universelle.000 Célèbes 5.200. col. le baron Dupin.000 Riouw 70. Van den Bosch (1850) surtout. 280. Sumatra est plus étendue que les îles Britanniques.057.000. Là. Ce sont les chiffres de 1849 00. 9. auquel la Hol1 Java et Madura.000 Chinois. Ils n'excluent aucun travail. ils ne laissent à d'autres au­ cun profit. la population serait Seulement de 15.205.000 Banca 50.500 Timor.916. . le système colonisateur des Hollandais se résume en deux m o t s : tolérance religieuse. et obéissent en paix à l'ascendant d'un petit peuple qui compte à peine trois millions d'hommes. . . Cette différence tient à ce que le savant rapporteur ne compte pas les vastes régions de Sumatra et de Bornéo. demeurées ou redevenues indépendantes. .) D'après le dénombrement de 1855. 1889. le baron Dupin. 1852.248 L'ESCLAVAGE. Célèbes est [dus grand que Java. p. .000 Moluques 718. présenté par M. a fondé à Bornéo un État indépendant que l'Angleterre n'a pas encore accepté. sous l'autorité du gouverneur général. On sait qu'un Anglais. . intolérance commerciale. perfectionné par les gouverneurs célèbres Van der Capellen (1816). . . .000 Bornéo 1.

art de M. 2 4 0 . celte série de priviléges et de monopoles r e n c o n t r e des objections et e n g e n d r e des inconvénients. coloniale en Hollande. les trans­ porte dans les ports hollandais par des b â t i m e n t s con­ struits en Hollande et montés p a r les Hollandais. en 1 7 9 0 . semble à la population être celui des anciens souverains. le monopole de navigation a été diminué. le café. Jonquières.) . (Rev. 0 0 0 kilog. à son tour. 1 État de la question dyek. 1859. aux termes du Coran. il a produit d ' i m m e n s e s effets. Mais. après tout. La civilisation européenne a fondé des villes magnifiques . et le travail. du p r i n c i p a l p r o d u i t . au lieu d'être r e g a r d é c o m m e le fait des Hollandais. les vend s u r les m a r c h é s hollandais et reporte aux Indes des pro­ duits hollandais. Les dessales chefs et princes i n d i g è n e s en sont. puis il les vend aux agents d ' u n e société de commerce (Handel-Maatschappy). dans chaque p e r c e p t e u r s . 1 fort a t t a q u é . propriétaires du sol. par le professeur Ackers- Par une loi du 8 août 1850. 249 lande doit d'avoir vu le commerce de Java et sa popula­ tion doubler en trente a n s . col. 0 0 0 . le système paraît toucher à sa f i n .fondée en 1819.LA HOLLANDE. 1 8 6 1 . Des terres q u i seraient restées sans c u l t u r e ont été cultivées. renouvelée en 1 8 4 9 . et en 1 8 4 0 . 7 0 . qui a succédé en 1795 à l'ancienne Compagnie des I n d e s . Assurément. frappe tous les habitants d ' u n impôt de travail au profil du g o u v e r n e m e n t . 0 0 0 kilog. 313. q u i . La p r o d u c ­ tion a suivi u n p r o g r è s incroyable. Le bénéfice de tousa a u g m e n t é . Utrecht. Toutes les denrées sont achetées par le gouver­ n e m e n t à u n tarif convenu.. Une ordonnance du 51 mai 1858 a ouvert seize ports au commerce général. p. on exportait 8 .

et le tonnage 400. il le laisse dans les liens d'un mahométisme grossier. 509. s u r les procédures. ils ne sont les serviteurs de personne. droit de consommation. droit d'ancrage. En 1859. le Javanais ou 1 M. En 1856. de les soumettre au travail sans les soumettre à l'esclavage.000 tonnes dont 500. culture des champs. 1852. d'exportation du café et du poivre. 163. sur l'or. travail extraordinaire. comme l'Espagnol à l'indien des Philippines. sur les ventes. le monopole des terrains. Java produi­ sait trois fois autant de sucre que les Indes. des franchises municipales. . sur les chevaux et voitures. Dubouzet évalue le bénéfice net. en 25 millions de florins. p. Java. il ne lui donne pas. le monopole des nids d'oiseau mangeables. 1858. par l'envoi de 22 millions de florins. En 1840. le mouvement des im­ portations et exportations touchait 500 millions. col. corvée (adat ou heerendicnst). p. droit sur le bois. Il s'en faut que le sort de ces hommes soit enviable : le Hollandais regarde l'indigène comme d'une race infé­ r i e u r e . droit de transbordement. Contribuable. aussi la même Revue. le monopole de la pou­ d r e . et 1859. a sauvé la mère patrie de la banqueroute. le monopole de l'étain de Banca. corvéable. Le gouvernement a le monopole du sel.) V. ses m œ u r s . etc. taillable. de pesage. p. rencon­ trant des hommes indolents sur un sol fécond. Les indigènes sont les débiteurs du gouvernement. (Rev.. droit d'enregistrement. sur les successions. Enfin elle a trouvé le secret. Le Javanais est accablé d ' i m p ô t s . 56. le monopole du commerce du Japon. sa foi. le monopole des ventes publiques. impôt foncier. patentes. La Hollande donne le spectacle de colonies qui enrichis­ 1 sent la m é t r o p o l e . droit d'entrepôt. de l'île de Java. travail ordinaire.000 sous pavillon hollandais. à 1845.250 L'ESCLAVAGE.

soit enfin des débiteurs ou delingen. ch. renfermé d ' a u t r e s esclaves.. pan- qui se mettaient eux-mêmes en gage p o u r l'ac­ q u i t t e m e n t de l e u r s dettes. 1 Les détails qui vont suivre sont en partie empruntés à des articles extrê­ mement curieux du Moniteur dans la Revue coloniale. soit des étran­ gers'. cette population possédait soit des esclaves do­ mestiques.LA HOLLANDE. Toutefois. il ne se dit j a m a i s : je serai vendu d e m a i n . 54. t. loc. 1792). peu à peu le travail l i b r e avait p r i s le dessus. Ceux-ci e u r e n t des esclaves p a r luxe et p a r h a b i t u d e plutôt q u e p a r nécessité. Il p e u t m ê m e . p o u r t a n t il n'est pas u n esclave. jusqu'aux d e r n i è r e s années. et la d u r e t é du chef est ainsi t e m p é r é e p a r la crainte du 1 d é p l a c e m e n t . p. prisonniers de g u e r r e ou p r i s sur m e r . les h a b i t a n t s étant assez n o m ­ breux p o u r que la c o n t r a i n t e fût i n u t i l e . 11. et le soir. si les Hollandais n ' o n t pas r é d u i t en escla­ vage les i n d i g è n e s de l e u r s possessions d e s I n d e s . il se révolte souvent. lesquels n ' é t a i e n t pas vendus. cit. et le roi d'Achem gardé par des femmes esclaves années. 1 des Indes Orientales de la Haye. . elles ont. 94. 556. s'il est trop o p p r i m é . mais assez doux. p. A l'exception de quel1 Dupin. p. Lorsque l'Anglais William Marsden visita Sumatra (Voyage. 178. quitter son village. droit q u e n'avait pas le serf r u s s e . p. XI. 251 l ' h a b i t a n t des Célèbes n'est pas un être h e u r e u x . il y trouva cependant l'esclavage. et q u i étaient u n objet de c o m m e r c e . son labeur n'est pas sans salaire. a p r è s son travail. Cependant. reproduits 1847. et l'on croit q u ' i l n'y avait plus d'esclaves à Java quand les E u r o p é e n s s'y établirent. XIII. sa conversion violente au m a h o m é t i s m e n'y avait rien c h a n g é . L'esclavage était dans les m œ u r s de la population d e l'archipel indien 2 avant l'établissement des E u r o p é e n s . et XIII.

s'ils se convertissent. dé­ fendent de les vendre. à les céder à des maîtres chrétiens au taux fixé par les autorités. à des musulmans ou à des juifs. considérés comme membres de la famille. les esclaves chrétiens se sont peu à peu élevés jusqu'à la liberté sous la garde de la religion. même après son émancipation. ces esclaves étaient de la même race que l'immense majorité de la population indigène . De nombreuses mesures (1754. ainsi. . ils se mêlaient sans peine avec elle . et m ê m e . affranchis. 1 et les maîtres non chrétiens sont obligés à laisser instruire dans la foi leurs esclaves. de les bien traiter. ils n'avaient pas à souffrir de cette inégalité marquée sur la peau qui pèse sur le noir. les fondateurs des colonies néerlandaises paraissent avoir été animés de sentiments religieux et humains . ques noirs de la Nouvelle-Guinée. 1777. et depuis longues années on ne connaît plus un seul esclave 1 4 mai 1622. la foi agit ainsi là où le sentiment d'une commune ori­ gine est effacé . car des documents anciens qui portent le reflet évident de règles de l'Eglise catholique plus anciennes encore. les maîtres chrétiens sont invités en outre à traiter les esclaves non baptisés comme leurs pro­ pres enfants pour les convertir au christianisme . sorte d'expropriation pour cause de religion prononcée à une époque où l'expropriation pour utilité publique n'était pas encore inscrite dans la loi. esclaves.252 L'ESCLAVAGE. ils n'étaient guère moins dépendants qu'elle. En o u t r e . interdisent à des chrétiens de vendre des esclaves chrétiens à des païens. 1780) protégent les esclaves chrétienSj ordonnent de les instruire.

253 c h r é t i e n dans les Indes hollandaises. et il fallait. les ventes ne devaient plus être opérées (1669) q u e par-devant les officiers publics. de p e u r q u e la conver­ sion ne les é m a n c i p â t . c o n f o r m é m e n t à u n e a u t r e loi q u i frappe la servitude de stérilité. d'abord u n i q u e m e n t vouée à la répression d e ce trafic. de m ê m e q u e les bonnes intentions des p r e m i e r s colons en faveur des esclaves chrétiens avaient abouti à t e n i r les esclaves en dehors de la foi. Les esclaves orientaux ont d i m i n u é de n o m b r e . Javaansch menschlievend ge- . un recensement des esclaves avait été prescrit. bien loin de s'améliorer. Mais. et enfin. ce qui p r o u v e à la fois q u e tous les chrétiens sont devenus libres et qu'on s'est g a r d é de convertir les a u t r e s .LA HOLLANDE. tant qu'elle d u r e . p r e n d r e des m e s u r e s contre l'excessive importation d'esclaves. soit s u r t o u t orientaux. n'était plus frappée que d ' u n e a m e n d e en 1 7 2 2 . La race n è g r e . ceux-ci y abolissent la traite et y favorisent la forma­ tion d ' u n e société. Depuis u n e époque également fort éloignée (1688) la traite avait été interdite . les p r i s o n n i e r s faits d a n s les g u e r r e s ne devaient pas être r é d u i t s en servitude (1784). la traite des esclaves. pas u n seul n'est m e n t i o n n é dans l'inventaire des établissements. sous un nouveau nom . Le gou­ v e r n e m e n t ne s'en servait plus q u e pour r e c r u t e r l ' a r m é e en 1 8 0 8 . on n e la retrouve p l u s . s'est bientôt éteinte ou fondue dans la race i n d i g è n e . p a r cette loi fatale q u i c o n d a m n e la servitude à e m p i r e r . m a i s ensuite à l'adoucissement du sort des esclaves. p u n i e de m o r t en 1 7 1 0 . Jaca benevolent institution. en 1 7 8 2 . lors de l e u r remise aux Anglais en 1 8 1 1 . soit n o i r s .

5. nootschap. pandelingen. à l'abolition totale de l'esclavage.907 1 A Batavia seulement. en date du 24 décembre 1825. qui affranchissait les enfants à naître des esclaves et plaçait ces derniers sous la protection de la justice. il y avait : Eu 1780 17. Par malheur. En treize années. . p. et aux bonnes dispositions des maîtres. malgré la douceur relative de leur sort. et que fut préparé un projet de loi.040 Ajoutons que l'usage de se mettre en gage. la difficulté de régler la question d'indem­ nité ajourna l'approbation royale.080 En 1845 9. 500. en effet. des femmes de chambre. regardent leurs esclaves comme des do­ mestiques : ils en font ordinairement des cochers. de 1850 à 1845. des cui­ siniers. qu'on les voit demander à leurs maîtres au moins la grâce d'être enterrés comme des hommes libres. C'est s u r l'initiative de cette société que fut rendu le règlement de décembre 1818 qui déclara libres les esclaves qui n'au­ raient pas été enregistrés dans un délai déterminé. qui diminue rapidement le nom­ bre des esclaves. des nourrices. qui. On paraît avoir préféré s'en remettre au temps. d'après le revenu de l'impôt (Hoofgeld der Slaven) a diminué de près de moitié.000 esclaves En 182-4 12.254 L'ESCLAVAGE. et ils leur accordent souvent le bienfait de l'émancipation auxquels ceux-ci tiennent tant. le nombre des esclaves au-dessus de huit ans.419 En 1841. Dupin. savoir : En 1850 20. 1 M.

elle en a dans ses petites. Si la Hollande n'a pas d'esclaves dans ses grandes colonies. u n e affaire de l u x e . elle en a dans ses possessions d ' A m é r i q u e et d'Afrique. mais décroissante. etc. M. l'esclavage. dans les Indes n é e r l a n ­ daises. le gou­ v e r n e m e n t a pris ce parti g é n é r e u x . dans la colonie de S u r i n a m ou la Guyane. de 1858 à S u m a t r a . défendit à cette époque d'en e m p l o y e r aux travaux de l'État. . la servitude est s a n s fin. dans les Indes néerlandaises. rien d'utile à la p r o d u c t i o n . m ê m e m i t i g é e . et le gouverneur. q u i font partie des Antilles. L'esclavage est aboli à p a r t i r du 1 er janvier 1 8 0 0 . Saba. est u n e domesticité abusive. Depuis. le n o m b r e a sans doute encore d i m i n u é . Par u n e loi du 2 septembre 1854 (art. dans les petites îles de Curaçao. Saint-Martin. 115). On supposait q u ' i l n'y avait p l u s en 1 8 4 6 qu'environ 8 .LA H O L L A N D E . il n'a rien de c o m m u n avec le travail des c h a m p s . m ê m e i n u t i l e . Rochussen. elle est sans p r o g r è s . Axim-Boutry. E n r é s u m é . Saint-Georges-d'Elmina. Son histoire est n é a n m o i n s la preuve q u e . et qu'il faut a r r a c h e r j u s q u e dans la d e r n i è r e r a c i n e si l'on ne veut pas qu'elles repoussent. 255 a été s u p p r i m é p a r u n r è g l e m e n t de 1 8 1 8 à Java. enfin dans ses comptoirs de la côte orientale d'Afrique. elle est semblable à ces herbes opiniâtres q u ' o n coupe inutilement. 0 0 0 esclaves. A r u b a . Saint-Eustache.

diminuent peu à peu le nombre.. . 1846. 9 2 2 habitants. 2 8 5 . de Jonquières. 5 2 3 . 256 — émancipés. p . . 1 partie. col. 3 Sucre. Rev. ensuite par les juifs chassés d'Espagne et de Portugal.959 habitants libres. sans parler des In­ diens.. 7 1 2 . 5 4 5 .M. 9 5 . colonisée peut-être par les Français (1654). la Guyane hollandaise ren­ fermait. ! 18. 5. 2° Guyane. 3. 56. etc. 1 8 0 1 .405 Cacao 837 Coton 4. 1 M. . au commence­ ment de 1859. dont 2 528 au g o u v e r n e m e n t .742 Domestiques et artisans. puis par les Anglais (1650). l'ivrognerie.000 nègres marrons ou Bosch. le nombre des esclaves était de 5 8 . 1 8 0 4 ) ' .256 L'ESCLAVAGE. p. qui l'ont perdue et recouvrée trois fois (1712. ) . et d'environ 8. dont la maladie. la misère. le nombre des esclaves était de 4 5 . et celui des libres de 9 .. re (Staats commissie. 8 0 0 milles. enfin par les Hollandais (1667).965 — esclaves.458 Café 5. 5 2 . En 1854. Rev. Vidal de Lingendes. qui paraissent aussi en décroissance. p. . 3 En 1845. sur un espace de 2 . Placée entre la Guyane française et la Guyane anglaise.551. plus vaste que chacune d'elles. 1859. col. savoir : 15.

9 4 7 esclaves. 4 0 0 . annexe n° 5. ont cessé de fonctionner. et cependant ils a u g m e n t e n t . 9 7 . dans tous les pays à esclaves. p e n d a n t q u e la population libre doublait. n'est pas due au c l i m a t . A S u r i n a m . s'il faut en croire le Rapport de 1855. les décès l ' e m p o r t e n t s u r les naissances. 257 1 E n 1 8 5 5 . elle a été fidèle à ses e n g a g e m e n t s .LA HOLLANDE. 25. 1 5 8 . en vingt-cinq a n s . de 1859 à 1 8 4 5 . article cité. aucun fait de traite sous pavillon hollandais n'a été signalé depuis lors. 6 2 9 . 8°. p. enfin. Elle est due toute entière à l'esclavage. la p o p u l a t i o n esclave d i m i n u a i t de plus d ' u n q u a r t . Dans les deux districts florissants de Nickerie. la Hollande a r e n o n c é à ce trafic. c'est u n e loi q u e . car cette ex­ tinction est a n t é r i e u r e aux dates q u e n o u s avons choisies depuis le traité du 4 mai 1 8 1 8 . 2 5 6 é m a n c i p é s . II. il était de 5 1 . Un fait spécial établit encore que ce p h é n o m è n e affligeant n'est pas dû au climat. au moins depuis 1 8 2 7 . Vidal de Lingendes. Ainsi. et. Or cette d i m i n u t i o n n'est pas d u e aux afirancbissements.462. 3 M. il en est m o r t 1 0 . La d i m i n u t i o n de la population esclave. Vidal de Lingendes. car la statistique de 1859 n o u s i n d i q u e un 2 n o m b r e h u m i l i a n t pour l ' h u m a n i t é . p. 2 De 1845 à 1855. parce que les maîtres habitent l e u r plantage la confier à un a d m i n i s t r a t e u r . les naissances au lieu de surpassent 1 M. où les esclaves paraissent être mieux traités qu'ailleurs. et les commissions mixtes. 2 . et celui des libres d e 8. p o u r en c o n n a î t r e . 17 . car les b l a n c s en souffrent plus q u e les noirs. D'après le témoignage des d o c u m e n t s offi­ ciels. il est né 3 5 . Elle n'est pas due à l'extinction de la traite. formées à P a r a m a r i b o et à Sierra-Leone.

La Haye. de plus. Il est établi aussi bien en 1 8 2 4 2 3 qu'en 1 8 4 5 . que les lois ont pris toutes les précautions exigées par l'humanité. ingénieur de la marine.Noies de M. m a i s 1824. et à la suite d'une Note sur la fondation d'une nouvelle colonie dans lu Guyane française. Mais ces lois ne sont pas douces. aussi bien par les documents officiels que par les documents é t r a n g e r s . qu'en 1848. 28. Lans. Elles ne sont pas douces. 1848. Didot. sur les colonies de Surinam et de Démérarv. 4 Le texte a é:é publié par M. 189. Le Code noir de Surinam est u n e ordonnance du gou­ verneur messire Wolphert Jacob Beeldsnyder Matraas. journal hollandais. waar het klimaat geene verschejdenheid aanbiedt. Revue coloniale. » Ce fait de la diminution de la population noire par l'excès constant des décès sur les naissances n'est pas con­ testé. 2 . . Vilal de Lingendes. Zéni. p. p. par M. 1844. Est-ce donc que les esclaves sont maltraités? On répond. Opmerkingen omirent de Slaven in de Kolonie Suriname te emanciperai. Elle é n u m è r e et punit tous les délits commis par les régisseurs et économes de manière à donner la plus triste idée de ces déplorables mandataires des Hollandais ou des Anglais. comme partout. les décès. à la suite de . Dit is merkwaardig in eene eu dezelfde Kolonie. 3 Bydragen tôt de hennis der colonie Suriname. et. qu'en 18(30. « fait remarquable dans une seule et m ê m e 1 colonie où le climat ne présente aucune différence .258 L'ESCLAVAGE. 16 février 1843. 1842 cité dans le Contemporain. elles ne sont pas exécutées. 1846.-on r e ­ marquable rapport. en date du 51 août 1784 . maîtres lointains qui boi­ vent et mangent tranquillement à distance le revenu du travail imposé à des esclaves qui ne savent pas même leur 1 De geboorte overtreft daar de sterfte.

pour couvrir leurs parties sexuelles. se borne à ces mots .. quoi? ils? c'est-à-dire tout r é g i s s e u r . debout. ne pourra se permettre des menaces ou des reproches accompagnés de paroles décourageantes. Nous voulons que toutes les autres punitions plus sévères soient esclave a-t-il des vêtements? L'art. tout b l a n c . ou de le hisser au-dessus du sol. quel qu'il soit. 1 7 . E l l e t e m p è r e la r i g u e u r des c h â t i m e n t s infligés aux esclaves p a r les p r e s c r i p t i o n s suivantes : A r t . Ils infligeront. en cas de besoin. ni de leur faire subir le supplice appelé sраnсhbоок. . . et sans qu'il soit permis de trousser les 1 vêtements de l'esclave . . Selon que les circonstances l'exigeront. Il leur sera permis seulement de se servir d'un fouet. si ce n'est contre un poteau ou un pieu. conformément à la coutume du gouvernement . économe où intendant. et sans que l'individu soit lié.LA HOLLANDE. é c o n o m e .. 2 ... 1 3 . . préposés aux provisions. sans qu'il leur soit permis de taire usage dû bâton dans les châtiments. applicables sur le bas du corps. les coups pourront être portés jusqu'à quatre-vingts coups ordinaires. Il est recommandé de donner aux esclaves des vêtements conve­ nables. . — Aucun régisseur.. et de leur fournir des draps de lit . ou la punition des baguettes. quel qu'il soit.. Puis l'article c o n t i n u e : . m a i s où est la s a n c t i o n ? Le texte c o n t i n u e a i n s i : Ils infligeront. i n t e n d a n t . Bonne disposition. 259 n o m . mais il est bien entendu que les punitions infligées par un régisseur ou autre agent salarié blanc à un nègre ou à une nègresse seront appliquées par un commandeur nègre et ne pourront dépasser le nombre de vingtcinq à cinquante coups. al. a u r a le droit d'infliger des p u n i t i o n s ? lesquelles? .. des punitions sans danger aux esclaves. aucun blanc.

et s'ils ne veulent pas s'ar­ rêter. et au moins une fois l'an un peu de poisson ou ... il sera permis. au profit de qui de droit.. et. seront obligés de justifier leur conduite. à quoi sont-ils condamnés? A le vendre. sans pré­ judice de l'action de la partie civile. de tirer sur eux avec du gros plomb. ceux qui auront tiré ou donné l'ordre de tirer. ou sur un ordre écrit d'eux. suivant que les faits de la cause l'exigeront. Aux termes e r de l'art. 2 ) . et plus encore d'en faire usage. mais seulement sur le bas du corps. sous peine de 5 0 0 florins.. Si l'esclave a été mutilé ou estropié.. le fiscal entamera la pfocédure. ceux que l'on surprendrait volant des comestibles ou autres objets. 17.260 L'ESCLAVAGE. sous peine. du tabac. on devra les interpeller. voilà fout. dans ce but. 1 5 . moitié aux pauvres. moitié de l'amende revient au fiscal. en cas de contravention prouvée.. Est-ce au profit de l'esclave? Nullement. tout.. . le d'être actionné par le fiscal. 11 est défendu également à tout blanc de menacer un esclave avec une arme à feu. des pipes. ou magistrat.. que l'on doit considérer comme l'âme de la plantation e (art. 1 ). Sans doute. sinon dans le cas absolu de légitime défense. de telle manière qu'il le jugera convenable.. de regarder comme un objet principal la nourriture des esclaves. al. l'ordonnance recommande de prendre soin er des esclaves malades (art. 1 . — En ce qui touche les nègres voisins qui viendraient sur les plantations. infligées par les administrateurs ou les propriétaires eux-mêmes. a l . Si les maîtres sont coupables de mauvais traitements habituels et excessifs envers un esclave. ART.. une épée ou un sabre. quand on ne pourra les rejoindre ou les saisir. Si l'esclave est tué par malheur. de leur fournir du sel. 1 7 .

Au m o i n s cette o r d o n n a n c e a-t-elle été exécutée? Elle avait été faite. avec la bienveillance de Dieu. 18).. En 1 8 1 7 . En 1 7 9 9 . notam­ m e n t q u a n t à l'obligation de fournir aux esclaves des t e r r a i n s à vivre. besoin qui s'est fait grandement de précautions salutaires durant sentir par cette année. plaintes des plaintes retentissent comme dit l ' o r d o n n a n c e de 1 7 8 4 . un acte de 1 7 4 9 . un autre acte de mai 1 7 2 5 . . u n e proclamation de 1759 du m ê m e g o u v e r n e u r . On a u r a soin d'ailleurs de mieux n o u r r i r les blancs (art. par u n e proclamation du 14 j a n v i e r . tout besoin de n o u r r i t u r e pour l'avenir. entendant responsables les esclaves si les c h a m p s destinés à leur n o u r r i t u r e ne sont pas cultivés. » l'oubli . afin d'inspirer pour les serviteurs employés aux esclaves un respect de moindre salutaire rang. le g o u v e r n e u r Cornelys Rynhard publie Vaillant u n e nouvelle o r d o n n a n c e . considérant prescriptions des anciennes étant que sont négligées de plus en qu'on les considère même comme non existantes. et u n e fois p a r quinzaine au moins un p a n i e r de fruits ou bien q u a t r e r é g i m e s de ba­ n a n e s . le p r é a m b u l e l ' i n d i q u e . 3°).. le g o u v e r n e u r Fridérici est déjà obligé de rappeler. « afin de prévenir (art. et même augmentent tous les ces jours. si les esclaves établissent q u e ceux-ci ne leur accordent pas le d i m a n c h e p o u r les c u l t i v e r . . les plus. par le passé. p o u r re­ nouveler des dispositions a n t é r i e u r e s . un p r e m i e r acte du 9 mai 1 6 8 6 . et de r e n ­ forcer l ' o r d o n n a n c e . ou les m a î t r e s .LA HOLLANDE.. toujours inobser­ vées. 12. 261 quelque chose de la sorte. la c o n d u i t e des régisseurs absolument contraire à ses prescriptions.

novembre 1859. col. on en est encore au m ê m e point. 389-591.262 L'ESCLAVAGE. et de tirer à gros plomb l'esclave qui a volé une b a n a n e ! S'occupc-t-il du jardin 1 Rapport sur la colonie de Surinam.. 2 un autre en 1856 . le 1 e r janvier 1826. d'autant que leur propre intérêt le leur commande. même davantage. en effet. de Surinam. En 1 8 4 2 . car il écrit en tète de la seconde ordonnance : « Le devoir nous prescrit de mettre l'état d'esclavage en harmonie avec les principes de l'humanité et de rendre cet état aussi supportable que possible. col. le gouvernement hollandais prépare un rè­ glement qui déclare l'esclave une personne. plein d'intelligence et d'équité. Rev. l'auteur de l'ordonnance de 1750 et de celle de 1784. animé de si bonnes intentions. et on a le droit d'attendre de pareils sentiments des maîtres d'esclaves. apte à posséder des meubles. En 1860. le 6 mai. plein d'expérience. . même quatre-vingts. » Or. . En 1 8 5 1 . à se marier. capi­ 12. p. taine de vaisseau. 154. Favart. Rev.. toutes ces lois seraient-elles exécu­ tées? Où est la surveillance? où est la sanction? où est sur­ tout la pitié? dans quels cœurs vit-elle encore? Quoi ! voici un brave gouverneur.La colonie p. par le comte de Castelnau. Nouvelle ordonnance. à s'instruire. suivie d'une loi du 23 mars 1852 sur les affranchissements et d'ordonnances 1 locales très-nombreuses . par M. puisqu'il est en fonctions depuis vingt-cinq ans. pour pres­ crire l'enregistrement des esclaves. Comment. 1847.. à se racheter. ce messire Beeldsnyd e r Matraas permet de fouetter vingt-cinq coups. un nouveau règlement est publié.

de l ' i n s t r u c t i o n ? n o n . du m a r i a g e ? n o n .Revue des Deux-Mondes. p. avril 1861. tient à ce q u e les propriétaires habitent l e u r s plan­ tages p l u s h a b i t u e l l e m e n t q u e dans les districts d e Commewyne. 790. . de la r e l i g i o n ? non. de Mattapica. • .m ê m e u n e des m e i l l e u r e s pages de l'école de littérature française. la négligence ou l'immoralité ou pour de leur con­ duite? Attendez-vous davantage de la pitié ou d e l'intérêt des m a î t r e s ? Vous avez raison. et le fait que nous avons cité. ou dans les forêts de Thorarica et de S a r a m a c a . maakt het paard » Mais où sont la p l u p a r t des maîtres? A Londres ou à Amsterdam. on trouve te compte de deux habitations. Le proverbe : rien ne vaut l'œil du maître existe en hollandais c o m m e dans les autres langues : « het oog van den meester 1 cet . 108. 263 et de la case de l'esclave? n o n . et si 1 A ta suite de la Note de MM. l'indécence. de son rachat? n o n . ta seconde par des gérants. Cottica. 10) c o m m e souvent renvoyés pour incapacité notoire. Vitet s u r l'école de 2 p e i n t u r e h o l l a n d a i s e . la d i m i n u t i o n de la mortalité dans les districts de Nickerie..LA HOLLANDE. Lisez d a n s l ' a d m i r a b l e étude de M. p. El vous espérez q u e la voix de l ' h u m a n i t é parlera plus h a u t à la conscience de ces régisseurs. que l'ordonnance de 1 8 1 7 nous représente (art. lisez dans cette appréciation d ' u n goût si juste. si fin. de Para. L'une rapporte 400 florins par tète d'esclave. Zéni. de ces i n t e n d a n t s . étude q u i est e l l e . la première est dirigée par les propriétaires. l'autre 380 fl.. etc.

264 L'ESCLAVAGE. sorte d'Oncle Tom's cabin de l'A­ mérique hollandaise. A La Haye. au contraire. Franchissez soixante-dix années. vous leur parlez. même régime des esclaves en 1854 qu'en 1784. ils sont là. les pieds fixés par un lien qui part de terre. vous les voyez ces loups de mer. comme sur leurs navires. cinq marchands d'Amsterdam en séance autour d'un tapis rouge. que d'éner­ gie. vêtements de drap noir. la description ou plutôt la gravure écrite de deux des grandes toiles du musée d'Amsterdam. le Banque! rie Van der Helst (1648). Ces loups de m e r . Dans l'un. habiles administra­ teurs de leurs cités et de leurs fortunes! À S u r i n a m . puisqu'une ordonnance est nécessaire pour r é p r i m e r explicitement ces abus. pur. et recevant sur son . « voilà ces hardis com­ merçants qui tiendront tête à Louis XIV. en habit de gala. ces marchands qui boi­ vent ou discutent dans le coin d'un cabaret ou dans u n e salle du Staalkof en Hollande. chapeau de feutre à larges bords sur la tête. et l'affreuse gravure d'un livre extrêmement curieux. pendue par les bras à deux poteaux. grand collet de chemise uni et rabattu. Que de bon sens. quelle gravité. rudes et simples. sensés. les syndics de Rembrandt (1661). voilà les fondateurs de la Guyane. rudes et simples comme dans leurs comptoirs. et au fond quel orgueil sous cette gaieté rubiconde! » Dans l'autre. nous montre une femme entière­ ment nue. qu'en 1759. voilà les maîtres de ces esclaves qu'on hisse de terre pour les fouetter. de ces femmes qu'on trousse p o u r les faire passer par les baguettes pendant la durée d'un siècle (1667-1784). que de pro­ grès! que de prodiges accomplis par ces bourgeois toujours énergiques. qu'en 1686.

. p. p. 6 Kind. Zéni (1824). sous les yeux d ' u n e créole élé­ 1 gante et s o u r i a n t e . leur parole sans culte agit peu. . Soleau. Aussi des observateurs peu suspects de sensibilité ou d'exagération 5 s'expriment a i n s i : « A S u r i n a m . 5 Notes de MM. II. Je crois et j e m e hâte de dire que les violences exces­ sives sont rares. 43. aussi bien q u e celui des maîtres. de nègres bosch. e Van Hoevell. VII. uitgeven door Dr W volume. la négligence ou la pauvreté m è n e n t à les laisser souffrir. mais l'avarice. il faut bien a l l e r à la chasse et employer des patrouilles d'autres n è g r e s . ch. mais la situation est p l u s forte q u e la législation. Moeder en 3 Ibid. p.LA 265 HOLLANDE corps tendu les coups d ' u n m a r t i n e t à n e u f b r a n c h e s tenu p a r un vigoureux n è g r e . VI.. Mais ces Moraves euxm ê m e s ont des esclaves. quand les esclaves p r e n n e n t la fuite. II. Van Hoëvell. On voudrait g a r d e r les enfants à l e u r s m è r e s . 97. 96 de Godsdienst. mais. 4 2 vol. Lagrange (1854). 1854. On voudrait bien ne pas imiter 3 les grossiers procédés des Américains. 2 m a i s la gêne force à les s é p a r e r . peu dévots en g é n é r a l . et les Frères moraves s'en occupent. ch. ch. dans cette vie qui est une continuelle tentation de dureté ou de mollesse. q u e l'on paye p o u r dépister et a p p r é h e n d e r les fu­ 4 gitifs . » On voudrait 6 1 Slaven en Vrijen onder de Nederlandsche R. 1 e r Wet. et leur exemple agit davantage. IX. 2 Ibid. ch. On voudrait bien évangéliser ces esclaves. plusieurs m ê m e exercent la religion de l e u r pays . Wegloopers en Boschpatrouilles.. et l ' o r d o n ­ nance de 1817 l'atteste . On voudrait b i e n n o u r ­ r i r et bien vêtir les esclaves. VI. on laisse les noirs en­ t i è r e m e n t libres sur l'article de la r e l i g i o n .

écrivent les mêmes témoins. Le rapport de la Commission de 1 8 5 5 . le café et le cacao. cite onze re lois ou règlements de 1818 à 1 8 5 3 . l'inté­ rêt le défendent . Comme dans tous les pays a esclaves les lois sont aussi nombreuses que stériles. p. 1 partie. . conquis cette terre sur la marée et sur la pluie. mais on n'y tient guère la m a i n . ils ont. et la loi. en sorte que le régime d'une colonie à esclaves aboutit toujours à l'arbitraire des maî­ tres sur les esclaves. Sous ce régime. » Il en est ainsi jusqu'au moment où le gouvernement. intervient. mais. Dans ce cas.266 L'ESCLAVAGE. de Castelnau cite les résistances contre cette règle. 3 7 5 . On prétend qu'à la fin du dernier 1 M. chacun agit à peu près comme il veut. ou bien à l'arbitraire du pouvoir s u r les maîtres. porte avec abondance la canne et le coton. fixe les heures de travail. enfin ne pas battre les esclaves. ils ont fait sortir des eaux une vaste étendue de terrain qui s'étend du Maroni à la rivière de Demerari. et formée d'une vase bleue. voulant enfin agir d'une manière efficace. la pitié. p. ou bien interdit le t r a n s p o r t e ! par 1 conséquent la vente d'une habitation à l ' a u t r e .. 1 5 . la tutelle du gouvernement finit par paraître intolé­ rable aux propriétaires. cit. la prospérité matérielle de la colonie est-elle en décadence? Les fondateurs de Surinam ont été dignes de leurs compatriotes. « il y a des lois établies pour les punitions infligées suivant les fautes. et à peu près tous les produits que la main de l'homme lui confie. par d'étonnants travaux. recouverte d'une couche épaisse de fumier végé­ tal. imposée en 1846 par le gouverneur Van Raders. loc.

9 9 5 3 livres. c o l . la routine ou la décadence : m ê m e s conséquences. . . p. 2 plantations de cacao. tous les observateurs d é c l a r e n t q u e l ' a g r i c u l t u r e est a r r i é r é e .LA HOLLANDE. 1850. misère mo­ rale et m a t é r i e l l e . Depuis que la Guyane française et la Guyane anglaise ont traversé la crise de l ' é m a n c i p a t i o n . 4 Opmerkingen. en fait. produisaient a n n u e l l e m e n t u n e valeur de 4 0 . 1 de denrées . En 1824 c o m m e en 1 8 5 4 . 1 d ' i n d i g o . m ê m e s ef­ forts. — M. n'est en 1857 que de 3 1 . S u r i n a m e ' s tœdstand doodelyk krank is 4 . presque la m ê m e . p. 4 9 exploitations de bois. Ibid. 1859. 41 cotonneries.. 3 Rapport de M. 1 2 1 . 267 siècle. Vidal de Lingendes. Enfin. 116 caféieries. 8 0 . a u j o u r d ' h u i c o m m e alors. les colons se p l a i g n e n t . p. 9 0 0 livres. 7 8 7 . 1 M. Favart. p. Favart. qui était en 1845 de 2 9 . les procédés imparfaits. 0 0 0 . 158. 2 M. 166. q u e 102 su­ creries. 2 1 8 fr. en résultat. L'exportation du s u c r e . l ' a r b i t r a i r e . en 1 8 4 5 . Dieudonné. 8 2 . 2 0 2 . et les comptes présentés par p l u s i e u r s d'entre eux m o n t r e n t le revenu net sans g r a n d p r o g r è s . 0 0 0 fr. Rev. et en 1849 de 3 1 . distribués sur 000 établissements. et leurs doléances se r é s u m e n t dans cette p h r a s e d'un écrit déjà cité : la situation de Su­ r i n a m est m o r t e l l e m e n t m a l a d e . les machines nouvelles presque i n c o n n u e s . en droit. m ê m e s procédés. p r o d u i s a n t au 2 total 3 . 8 9 0 . 5 0 2 . en 1845 c o m m e en 1 8 4 9 . 0 0 0 esclaves. On n'y comptait plus. la Guyane hollandaise en a peu profilé. 296. L'histoire de tous les peuples qui ont des esclaves est donc fatalement toujours la m ê m e . on peut ajouter : mêmes argu­ ments.

200 planteurs n e recevront pas de revenus. — Ce n'est pas une raison pour les réduire à un état qui les dégrade encore plus et s'oppose à jamais à leur élévation. ou que ne sont beaucoup d'ouvriers libres en Hollande. Van Hœvell a pris la peine de relever tous les ar­ guments allégués par les partisans de l'esclavage en Hol­ lande. et l'espoir de posséder et de transmettre le fruit de notre travail. s'ils n'étaient pas esclaves en Amérique. — Au lieu d'un crime chez les païens. Y at-il égalité entre les deux maux. — Améliorez le sort des Hollandais.268 L'ESCLAVAGE. 1 au n o m b r e de plusieurs milliers. Mais consultez les escla­ ves sur leur b o n h e u r ! Et pourquoi parler de b o n h e u r ? La liberté est une question de justice. 0 . — Et les m a î t r e s ? Et les intendants ? Et les surveillants? Ils sont paresseux. m a r r o n s ou basch. pas de colonie. est le seul aiguillon qui triomphe de notre paresse native Ils sont plus heureux qu'ils ne seraient en Afrique. — En d'autres termes : si 4 0 . Ils se réduisent toujours à ceci : Les noirs sont une race i n f é r i e u r e . l'exemple des nègres libres. un autre crime chez les chrétiens. — Quel intérêt ont-ils à travailler? La paresse est leur seul bénéfice. 1 M. Ils sont b r u t a u x . comme un a r g u m e n t spécial à la Guyane hollandaise. Tout h o m m e est pares­ seux. VIII. 0 0 0 h o m m e s esclaves ne reçoivent pas de coups de fouet. qui vivent dans T II. Verdedigers der Slavernij. Ils seraient tués ou opprimés en Afrique. 210. p. Pas d'esclavage. ch. s'il fallait choisir? On allègue.

fuyant comme les Indiens et r e d o u t a n t les blancs. résistent à l'évangélisation . c'est être m a î t r e s . le lieutenant de vaisseau Dieudonné. avoir des esclaves à l e u r tour et ressembler aux b l a n c s .. q u i font travailler et ne travaillent pas. 1 T. Sous quelle forme le travail se présente-t-il à e u x ? sous l'image d ' u n noir battu par un b l a n c . ce n'est pas être l i b r e s . août 1 8 5 0 . Mais q u ' o n t .LA HOLLANDE. A ces noirs libres au sein de l'esclavage. Quoi ! vous vous étonnez q u e les besch fuient les villes et d e m e u r e n t oi­ sifs? Ils c r a i g n e n t votre c o m p a g n i e et ils suivent votre exemple. et préfèrent la vie sauvage à la vie r é g u l i è r e . Ce qu'ils voudraient. on trouve que si 100 esclaves fournis­ sent 57 j o u r n é e s de travail. col. ne se civilisent pas. 100 individus libres en four­ nissent 54. Sous quelle forme la liberté s'offre-t-elle à leur vue? sous l ' i m a g e d ' u n blanc q u i ne fait r i e n . (Rev. il faut oppo­ ser les populations affranchies de la Guyane anglaise et de 1 la Guyane française. 1850. I. sous l ' e m p i r e d'une r a n c u n e secrète et d ' u n e défiance instinctive. Nous l'avons m o n t r é . II.i l s dans le s o u v e n i r ? l'esclavage. le n o m b r e des ouvriers a d i m i n u é . qu'ont-ils devant les yeux? l'esclavage. 500. 269 l'oisiveté . 299. II et liv. dans ces deux colonies. u n n o m b r e considérable de travailleurs a dé­ serté la g r a n d e c u l t u r e . mais si l'on c o m p a r e le travail de ceux qui s'y consacrent encore avec le travail des escla­ ves de S u r i n a m . p.) . par M. et appuyée sur des tableaux statistiques. 2 Cette comparaison a été faite. le produit du travail d ' u n ouvrier libre l'emporte d'environ dix-sept 2 p o u r cent s u r le p r o d u i t du travail d'un esclave .

5° A n t i l l e s h o l l a n d a i s e s . 7. l'autre partie étant possédée par la France qui a. . 8 3 0 h a b i t a n t s . p. depuis plusieurs années. dont 1 er 7. après l'avoir repris en 1 7 9 4 aux Anglais. 6. Saba et une partie de Saint-Martin. île de 762 milles c a r r é s de superficie. mise à l'ordre du j o u r par le gouvernement hol­ landais. comme a u t r e ­ fois en Europe. la Hollande pour voisine. . Mais.428 Femmes. der Staats commissie. e Hommes. disons quelques mots des autres colonies à esclaves moins i m ­ portantes. avant d ' i n d i q u e r où en est la question. 1856. savoir : 1 Tweede Happort.270 L'ESC LAVAGE. La Hollande possède dans la m e r des Antilles : 1° Dans les Iles sous le Yen! : Curaçao. En effet.180 . . 5. 2 partie. . 2" Dans les petites Antilles : Saint-Enstache. par la main de Victor Hugues. avec la ville de Willemstadt pour capitale et les petites îles de Bonaire (450 milles) et d'Aruba (565 milles) pour dépen­ dances. . Curaçao renferme environ 1 6 . où la théorie et la pratique étant de plus en p l u s d'accord.189 étaient esclaves . Les faits et les raisons commencent à approcher de ce point. le 1 j a n v i e r 1854.712 milles carrés. 3. u n e réforme peut être opérée sans d a n g e r . Ces îles sont catholiques. sur ce point du m o n d e . qui a 5. et lui a rendu ce territoire.761 . l'abolition de l'esclavage a é t é .

271 09 a p p a r t i e n n e n t au g o u v e r n e m e n t . Bonaire a 2 . par M. col. le 0 juin 1 8 4 8 . Aruba. de 1844 à 1 8 5 4 .709 h a b i t a n t s . où l'esclave n e dé­ sire pas et où le m a î t r e ne craint pas la fuite a u t a n t que dans les vastes territoires. Les chiffres qu'il in­ dique pour la surface sont aussi en désaccord avec les chiffres officiels 2 Opmerkingen. la m a n i è r e dont ils traitent leurs esclaves est corLes possessions coloniales de la Hollande en 1859. dont 769 esclaves (561 hommes. 5 5 9 h a b i t a n t s . p.856 habitants. Saint-Eustache surtout.. ont un c o m m e r c e et une production encore assez actifs.LA H O L L A N D E . 7 2 . les esclaves. 7 9 0 h a b i t a n t s .. décembre 1859. Saint-Eustache a 1. 5 4 6 femmes). 3 2 6 . 650 a p p a r t e n a n t au gouver­ nement. contient 3 . Les esclaves y sont mieux traités q u ' à la Guyane. p . 8 7 0 affranchissements. 4 0 8 femmes). r e n f e r m e 1. e t c . la p l u s petite des îles hollandaises.200. Saba. Il en est ainsi en général d a n s les îles. 1 Ces petites îles . que la Hol­ lande possède depuis 1 0 5 5 . m a i s les colons n e sont pas encore i n d e m n i s é s . avec l'ap­ probation d u c o m m a n d a n t . dont 1.071 esclaves (528 h o m m e s .000 habitants. * . A Saint-Martin. et s'il faut en croire u n a u t e u r déjà 2 c i t é . qui est plutôt un pic q u ' u n e île. dont 532 esclaves (151 h o m m e s . ont dû être affranchis à la suite de l'émancipation française p a r les colons. de Jonquières Rev. Cet auteur donne à Saint-Eustache 10. 5 4 5 femmes). Les maîtres habitent davantage leurs propriétés. 2 0 1 âmes. Il y a eu. s u r 2 . dont 649 esclaves ( 5 0 5 h o m m e s . et 181 femmes).000 à 1. . au n o m b r e de 1. p l u s petite et p l u s stérile.

21 4. La grande culture n'y peut évidemment lutter avec le sucre de l'Europe ou le coton de l'Amérique. possédait plus de 10.83 1. la fuite des esclaves n'est pas à craindre. Surinam 2. ne possède plus en Afrique. On assure que Curaçao. sous le nom de Côte d'Or. Van Hœvel . La Hollande. 1 s'il faut en croire M. ils ne se­ ront pas abandonnés. qui s'étend du cap des Trois-Pointes au cap Saint-Paul. . 0 0 0 . il y a vingt a n s . 3. .000 esclaves au lieu de 5 . 1849 naissances. 35. Aussi la moralité p a r m i eux est moins g r a n d e q u ' à S u r i n a m .82 Curaçao Bonaire. L'émancipation ne présente donc pas là de sérieuses difficultés. et s u r un espace d'environ 90 lieues. .77 5. sont leur avenir. que quelques forts comme Axim. ces petites colonies ne sont pas ce qu'elles étaient autrefois. 1 .25 Cependant. qui a fondé la colonie du cap de BonneEspérance. p. sur cette côte occidentale.86 2. et elles ne vivent qu'à l'aide de subsides de la métropole. . Les petites cul­ t u r e s . 1 er T. . et m ê m e . Le territoire étant peu étendu. les naissances ex­ cèdent les décès.22 1. Aruba % décès. le nopal ou la cochenille.49 % 3. 4° Forts h o l l a n d a i s de la c ô t e d'Afrique. aartsvaderlyk.272 L'ESCLAVAGE. et si les maîtres se sont fait aimer. diale et paternelle.

du maïs.000 82. au bord d ' u n e petite rivière et divisée e n u n r a m a s de cases à n è g r e s et u n q u a r t i e r e u r o p é e n . Baracoé. 74.000 20. 2 II. p. bâtie sous la volée d ' u n fort. Bouët Willaumez 1849. des épices. La commission estime q u e la Hollande a s u r ces hommes et sur leur territoire u n e vraie souveraineté. n é a n m o i n s elle regarde c o m m e fort difficile d'imposer la liberté au milieu de l'universel esclavage qui r è g n e en Afrique. par M. savoir : Libres Esclaves domestiques. P. et y a l o n g t e m p s r e c r u t é des soldats ses colonies des I n d e s . c o m m e Akra.LA HOLLANDE. m a i n t e n u s au m i l i e u d ' a u t r e s forts en r u i n e . 54. 207. 0 0 0 le n o m b r e des h a b i t a n t s . s u r lesquels la Hol­ lande prétend d o m i n e r .000 130. La Hollande e n t r e t i e n t là u n e petite garnison. 18 . 273 Boutry. d u coton. et attend des ressources du lavage de l'or et de l'exploitation de vastes richesses minéralogiques. Cependant. le Rapport de la commission de 1 8 5 3 . avec u n j a r d i n 1 et u n e p r o m e n a d e . Chaîna. elle en pour tire en petite q u a n t i t é . ni u n e popu­ lation qui d é p e n d e n t d'elle d ' u n e m a n i è r e définie. Saint-Georges d'El-Mina. et non un simple contrat avec les habitants.000 Il n'y a pas d ' e n r e g i s t r e m e n t . Saccoudée. . 1 Description des côtes de I Afrique occidentale. élève 2 à 1 3 6 . Mais elle n'a ni u n t e r r i t o i r e . et u n e petite ville. mais des règles p o u r a m é l i o r e r le t r a i t e m e n t des esclaves ont été faites. et les m a r c h é s d'esclaves sont i n t e r d i t s . Autres esclaves .

ont abouti 2 à un projet. proposé le 2 5 septembre 1857 . parfaitement résumés dans les deux rapports du 26 août 1 8 5 5 p o u r Surinam. Une enquête et un examen approfondi. De 1 8 5 5 à 1 8 5 5 . et du 26 mai 1856 pour les Antilles. et à une excellente Note rédigée par M. on a reconnu que les délais troublent tout et ne p r é p a r e n t r i e n . éclairé p a r l'expérience des autres nations. 5° P r o j e t s d ' é m a n c i p a t i o n . entend ré­ soudre celte g r a n d e question. il reçut 52 1 projets p o u r S u r i n a m . Lux. . ancien curé de cette île.274 L'ESCLAVAGE. de Frezals. secrétaire de la légation de Fiance en Hollande. l'un des hommes les plus distingués et les plus honora­ bles de la Haye. vi­ caire apostolique de Curaçao. on évalue les esclaves. riz 200 Domestiques. A S u r i n a m . 2 Nous devons tous ces renseignements à l'obligeance de M. mâles ou femelles : Plantations de canne à sucre à 500 florins — de café. suivant l'âge. cacao 325 — de forêts 240 Coton. Putman. aussitôt que le gouvernement eut n o m m é une commission pour p r é p a r e r l'abolition d e l'esclavage dans les colonies de la Hollande. 2° Les maîtres seront i n d e m n i s é s . 7 projets p o u r les Antilles . Il est cu­ rieux de voir comment un g o u v e r n e m e n t si p r u d e n t . Voici les bases du projet de 1857 : 1° L'abolition sera i m m é d i a t e . et de M. Le tarif de l'indem­ nité ne sera pas uniforme. de 50 à 500 et même 1 700 Nous remarquons au nombre de ces projets ceux de Mgr Niewindt.

La Commission avait proposé d'exproprier les planta­ tions et les esclaves a la fois. pour la petite île de Saba. par ce motif q u e le sol sans les esclaves n ' a p a s de valeur. Les esclaves domestiques sont groupés en sociétés ou gilden. ils d e m e u r e n t sous la puissance des parents. sous la direction d'officiers du gou­ v e r n e m e n t . Ceux qui n ' a u r o n t pas pu ou pas voulu s'en­ gager s e r o n t g r o u p é s . 5 0 0 au p l u s . au n o m b r e de 1 . on estime l'esclave m â l e ou femelle. de 5 0 à 5 0 0 florins.LA HOLLANDE. de travail. Plus généreux. à travailler p o u r l e u r ancien m a î t r e ou p o u r u n a u t r e à leur choix. de 50 à 4 0 5 fl. s u r des terres achetées ou expropriées dans ce but. par s e m a i n e . 4° Les esclaves doivent p r e n d r e un n o m de famille. mais jusqu'à l'âge de douze ans. en communes rurales. selon l e u r métier. élire un domicile et en justifier. doit à la c o m m u n e cinq j o u r s de 9 h e u r e s . en outre. dirigées p a r des officiers du g o u v e r n e m e n t cl dont le siége est à P a r a m a r i b o . 275 Dans les Antilles. Ils doivent au gilde un travail analogue. 5° Les enfants nés après la loi sont libres. 6" Tous les émancipés doivent c o n t r i b u e r à la création d'un fonds destiné à r e m b o u r s e r l'État des frais de leur émancipation. selon son âge. Tout m e m b r e d ' u n e c o m m u n e . 5° Les esclaves s'engageront p o u r douze mois au moins. 7° On a p r é p a r é . le gouver- . âgé de 2 0 à 6 0 ans. de n o m b r e u x règlements de détail.

On avait j u g é dangereux le payement d'une in­ demnité toute en argent q u i . 7 1 1 . servant à r e m b o u r s e r l'Etat. On avait trouvé d u r e l'obliga­ tion imposée à l'esclave de payer sa liberté. 2 8 8 . 0 0 0 florins.000 16. 4 7 5 11. dont le total s'é­ lève à Surinam 14. . et de rester ainsi indéfiniment esclave d ' u n e d e t t e . et leurs charges à 1 . on se bonne à le soumettre à un impôt de capitation et à u n droit de réquisition pour les travaux publics. ont été retirés. modifiés et transformés en u n second projet dé­ 1 posé le 2 5 octobre 1 8 5 8 .292. sauf à l'affermer p o u r un prix convenable. 5 2 5 fl.639.760 florins Curaçao et les îles Saint-Martin 2. parent à ce danger. étudiés. nement laisse aux propriétaires la terre et les construc­ tions. sortirait de la colonie et n'alimenterait pas le travail. u n e fois payée. présentés à la deuxième Chambre des États généraux le 2 4 septembre 1 8 5 7 . Les 1 V. le texte de ce projet à l'Appendice. Ce serait donc u n excédant annuel de 1 .276 L'ESCLAVAGE. irait aux créanciers.950 250. la fondation d'une b a n q u e à P a r a m a r i b o et le payement en actions de cette b a n q u e d'une partie de l'in­ d e m n i t é . 0 0 0 . Ces projets.710 On évalue les recettes des c o m m u n e s et des gilden à 3 . pendant de longues années.096. et leur promet u n e i n d e m n i t é . On accorde aux proprié­ taires le droit d'opter entre l'indemnité et u n e expro­ priation totale qui rendrait l'État propriétaire de leur plantage.

par M Ackersdyck. des a m e n d e m e n t s et trois a n ­ nées de r e t a r d s . excepté celle de ne pas travailler. Utrecht. les livres. 277 mesures les plus m i n u t i e u s e s sont prises p o u r q u e l'es­ clave soit r e n d u libre avec ses vêtements. de m ê m e que leurs défauts servent à justifier l'esclavage. il est puni p o u r vagabondage ou simple oisiveté . m a i s en m ê m e t e m p s les mesures les plus sévères sont proposées p o u r q u e la li­ berté ne le dispense pas du travail . ses outils et tout ce qui esl censé lui a p p a r t e n i r . Les projets ont été entassés s u r les projets. il doit être engagé. mais un es­ clave qui p e u t choisir son m a î t r e et sa r é s i d e n c e . leurs vertus servent à retarder l'affranchissement. c'est encore un esclave. au m o i n s les colons voulaient-ils s'assurer de 1 i n d e m n i t é . A u n e vive agita­ tion par la presse. qui. finiront par la lasser. de Bruyn. ce projet. mais on s'est aperçu que les pauvres noirs restaient tranquilles. après avoir apaisé l'opinion. précédée de l'émancipation anglaise. il a toutes les libertés. On a calculé l'in1 Etat de la question T. les p r o m e s ­ ses ont été ajoutées aux promesses.LA HOLLANDE. coloniale. n'a pas été encore adopté. 1861. allait p e r d r e tous ses esclaves par l'insurrection ou p a r la désertion . chez . au moins p o u r douze m o i s . a succédé le silence. Puis c'est des colonies elles-mêmes qu'est venue la de­ l m a n d e de l'abolition . Après des discussions. inquiets d ' u n e propriété si menacée. Il arrive ce qui est arrivé en F r a n c e . Après l'émancipation française. on s'est écrié que Surinam placé entre Demerary et Cayenne. m a l g r é de solennelles promesses. les pétitions. p o u r t a n t si p r u d e n t . qui s'est m a ­ nifestée surtout de 1840 à 1 8 4 4 .

mais u n e m a i n inconnue se sentait tentée d'écrire au-dessous de ces mots : SURINAM ! Sur cette terre hollandaise où sévit l'esclavage. cette noble nation voit sa richesse et son commerce. p. . rappelle la grande fête qui eut lieu dans l'église neuve d'Amsterdam. 246. à ajou­ ter ce lustre à l ' h o n n e u r de son règne et à la gloire de la Hollande. souillés par la servitude. le 12 mai 1 8 4 9 . Autour d'un écusson dont les allégories rap­ pelaient la gloire et la fortune de la Hollande. avec la Turquie et l'Espagne. Van Hoevell . 1 Slaven en vrijen. la Suède. Il est vrai. le Danemark. sa liberté et sa religion. la seule nation de l'Europe qui en possède encore. et elle a paru aux propriétaires très-maigre. l'Angleterre. L'opinion est décidée. FIDES. Quelques-uns des palais du heerengracht ou du Keizersgracht ont été payés par le labeur des nègres. libre. la Russie. p. d e m n i t é . commerçante. la régence de Tunis n'ont plus d'esclaves. la devise est fausse et l'écusson est taché. c'est au gouvernement à se résoudre. resplen­ dissait cette belle devise : JUSTITIA. espérons-le. 1. on ajourne. l'expérience est faite. le gouvernement est engagé. Le roi qui l'a promis ne tardera pas. et la Hollande est. on attend. la loi est préparée. la colonie est résignée. 2. l'incertitude fera plus de mal aux colons que n e leur en pourrait faire l'émancipation. Tweede Peel. 1 Dans son généreux écrit. chrétienne. et aussi Eerste Deel. mais il ne faut pas attendre ni que les nègres se révoltent ni que les blancs se repentent. Riche. PIETAS.278 L'ESCLAVAGE. 5. à l'occasion de l'avénement du roi Guil­ laume III. M. La France. aux financiers très-lourde. Les budgets ne s'ouvrent pas aisément aux actes de vertu qui coûtent cher. on hésite.

LA TRAITE L'IMMIGRATION L'AFRIQUE .

.

Canning a défini u n navire n é g r i e r . humaines. l ' E u r o p e e n t i è r e . Je crois qu'on peut a p p e l e r aussi l'histoire de la traite des esclaves et de l'abolition de la traite u n r é s u m é de la honte et de la g r a n d e u r du g e n r e h u m a i n . — Au dix-septième et au d i x . la grande réunion de crimes sous le plus petit espace. L'IMMIGRATION.LIVRE IX LA TRAITE. J o h n Wesley a appelé l'esclavage l'abrégé de toutes les infamies. aux siècles de Louis XIV et de Voltaire. L'AFRIQUE I LA TRAITE. Robert Peel a dit que ce trafic excite à plus de crimes acte public qui ait jamais quelque plus été commis par aucune fût son mépris pour les lois divines et qu'aucun nation. I.h u i t i è m e siècle. à la veille de la Révo­ lution française et encore au l e n d e m a i n .

et qu'au monopole de la vente des nègres s'ajoutait. Elle est l'une des ressources finan­ cières principales d'une g r a n d e monarchie catholique. et. III. et assiégèrent le fort. le gou­ vernement se résolut à 1 limiter considérablement A ta suite de Robertson. p. l'Eglise ne cesse de protester . le bénéfice d'introduire en fraude beaucoup d'autres objets de commerce. et le savant Mémoire de M. Charles Giraud répète (Comptes rendus de l'Académie des sciences morales. ceci. aurait proposé d'asservir les Africains. p. les liv. § 100. Mais les rois si­ gnent des traités. ainsi que nous l'avons déjà établi. le gouverneur de cette île. d'Amérique. afin de décharger les Indiens qu'il déféndit si énergiquement. tuèrent. Avril 1861. qu'ils en vinrent aux mains avec les Espa­ gnols à Saint-Domingue. les gouverne­ ments de l'Europe tâchaient par tous les moyens imagi­ nables d'assurer ce privilége à leurs sujets. Quelques hom­ mes gémissent. l'Espagne. se livre ouvertement à la traite des noirs.282 L'ESCLAVAGE. la Religion dans les colonies. disons-le à l ' h o n n e u r de la foi catho­ 1 lique. p. III. 597) démontre que re cette imputation est calomnieuse. 178) que la traite est due à Las-Casas. Depuis lors. en 1 5 2 2 . Mais Dochlinger (Hist. Hist. Ils en tirèrent de tels bénéfices et se multiplièrent à un tel point en Amérique. Comme ce trafic était entouré de beaucoup de garanties. pour organiser la traite. Les asientos. tous les écrivains ont redit. au nom de la sainte Trinité. traités ou contrats du gouvernement es­ pagnol avec divers particuliers ou diverses compagnies étrangères pour fournir d'esclaves noirs ses possessions d'outre-mer. 286. t. 1 par­ tie. . furent très-fréquents depuis le commence­ ment du seizième siècle. Charles V l'octroya en 1517 à ses compatriotes les Flamands. dont la charité inconséquente.

Ils cessèrent en 1 5 8 0 . mais les besoins du tré­ sor. 3 5 .. Le 2 6 septembre 1 6 1 5 . La Tratados. 2 . Domingo F u l l o et Ambrosio Lomelin en jouissent alors pour neuf a n s . nouvelle concession à un a u t r e Portugais n o m m é Antonio Fernandez Delvas. 7 2 . la nécessité de r e m b o u r s e r aux Génevois les sommes é n o r m e s qu'ils avaient fourni p o u r l'expédition de vincible Armada. Manuel Rodriguez Lamego. 78.LA T R A I T E . on traita pour neuf ans. p e n d a n t lesquels ils doivent fournir 2 4 . 8 0 0 . pour huit ans. 3 2 . gouver­ neur d'Angola. 5 0 0 esclaves et 9 5 . 2 5 0 esclaves par an et à payer au roi u n e rente de 162. Il s'oblige à i n t r o d u i r e 5 . etc. fuestos en orden. et s'engage à fournir 5 . 0 0 0 ducats p a r a n . 5 0 0 nègres et payer au roi 2 . conventos y declaraciones de puz y de comercio que han hecho con lus potentias estrangeras los monarcos espanoles de la casa de Borbon desde el ano de 1700 hasta el dia. Il s'engagea à f o u r n i r aux colonies 4 . 0 0 0 piastres. avec le Portugais Jean Rodriguez Continho. en 1 6 2 5 . en 1 6 3 1 . 1 0 0 . fit passer le contrat à son frère Gonzalez Vaez Continho. l'in- portèrent Philippe 11 à conférer de n o u ­ veau le privilége de l'asiento. 0 0 0 ducats. 8 5 7 . traite pour h u i t autres années. Sa m o r t . Madrid. Gomez Reinel en fut gratifié de 1595 à 1 0 0 0 . por 1 don Alejandro del Cantillo. 58. En cette a n n é e . 5 0 0 esclaves et à payer 1 1 5 . avec les Portugais Cristobal Mendez de Sossa et Melchior Gomez Anjel. 0 0 0 ducats sont les conditions stipulées. 283 1 a s i e n t o s . 1843. La g u e r r e entre la F r a n c e et l'Espagne et d'autres mo­ tifs i g n o r é s i n t e r r o m p e n t les asientos jusqu'en 1662. .001) d u c a t s . Encore u n P o r t u g a i s . en 1 0 0 5 . 5 0 0 esclaves et à payer 1 2 0 . p o u r h u i t nouvelles a n n é e s . pp.

avec le consulat de Séville. enfin à la compagnie portugaise de Gui­ née. que le monopole du transport des nègres dans les colonies d e l'Amérique appartiendra à la compagnie royale de Guinée. du Casse. Philippe V et don Pedro 11. le texte dans le recueil de Cantillo. pour cinq ans. moyennant 4 . pour cinq ans. puis en 1602. gouverneur de Saint-Domingue. Le contrat est rompu. chef d'escadron. 0 0 0 piastres. 0 0 0 esclaves et 4 5 0 . à fournir dix mille tonnes de nègres (diezmil toneladas de vegros).284 L'ESCLAVAGE. traitant. 1 2 5 . à Antonio Garcia et don Sébastien de Siliccos. comme d'usage. faute d'exé­ cution. Ce contrat. entre les deux rois d'Espagne et de Portugal. de 1696 à 1 7 0 1 . offrant de payer 1. le roi très-catholique et le roi très-chrétien stipulent pour dix ans (1702-1712). . avec don Juan Barrozzo del Pazo et don Nicolas Porcio. Elle se charge de « l'asiento » » 1 V. en propres termes. 52. q u ' u n e transaction pour le mettre à néant dut intervenir. à Lisbonne. Le 27 août 1 7 0 1 . résidant au Venezuela. 0 0 0 piastres. représentée par M. par lequel la compagnie s'obligeait. p. pour 1 . Au traité avec le Portugal succède un traité avec la France. en 1674. 0 0 0 écus (escudos de plata). et un autre est conclu en 1676. de Cadix.000 de p r i m e . au nom de la 1 sainte Trinité (el nombre del santisima Trinidad ). ferme passe pour cinq ans. moyennant 2 . 1 2 5 . donna lieu à tant de scandales et de difficultés.200.000 piastres et 1. puis le 27 janvier 1 6 8 2 . à don Bernardo Francisco Marin de Guzman. 11 est transféré après eux aux Hollandais don Balthazar Coimans.125. le 18 juillet 1 7 0 1 .

LA T R A I T E . 111). elle fournira en dix a n s 4 . 0 0 0 q u ' e l l e doit. à leurs Majestés et à leurs sujets . II). mais exclusivement catho­ liques (art. C u m a n a . et se réservant de tous les cas qui peuvent regardant à elle survenir . 1 ). il lui est fait remise des droits sur 8 0 0 nègres par a n . Sa Majesté catholique place le traité et les opérations de la c o m p a g n i e sous la protection de tous les fonctionnaires des possessions espagnoles.000 livres tour­ nois (art. 285 c'est-à-dire d e l'introduction des esclaves nègres d a n s les Indes occidentales de l ' A m é r i q u e a p p a r t e n a n t à Sa Majesté catholique. mais partout a i l l e u r s . et en r e ­ tour. L'introduction p o u r r a avoir lieu d a n s tous les ports où il y a u r a des officiers de l ' E s p a g n e . 8 0 0 pièces (piezas de Indias). p u r . VIII). . afin de p r o c u r e r p a r ce moyen u n louable. mutua y reciprocad utilidad). Maracaybo. a t t e n d u q u e les n è g r e s de ces pays n e sont pas p r o p r e s p o u r lesdites Indes. Sainte-Marthe. 7 5 5 .. Dans les îles du Vent. excepté de Minas et du cap Vert. s u r les 4 . Pour chaque n è g r e . pura. mutuel et réciproque a v a n t a g e ( u n a loable. tirés d ' u n e partie q u e l c o n q u e de l'Afrique. 8 0 0 nègres er par a n (art. d'Inde des deux sexes et de tous figes. Les navires doivent être français ou espagnols. la c o m p a g n i e avancera 600. le plus cher que la compagnie pourra le (art IX). Elle e n g a g e sa foy et sa parole le traité seule comme royale à ladite son propre bie la connaissance compagnie.. A cause des besoins pressants d e la c o u r o n n e d'Es­ p a g n e . soit 4 . la Compagnie payera 55 écus 1 5 (chaque écu valant 5 livres tournois (art. les noirs n e p o u r r o n t être v e n d u s au delà de 500 piastres. les équipages de toute nation.

Sa Ma­ jesté britannique se chargeait d'introduire dans l'Amé­ rique espagnole 1 4 4 . ne fussent-ils coupables que de négligence pour n'avoir veillé soigneusement à empêcher le débarquement objets de contrebande. soit 4 . Lorsque ce traité prit fin. Les navires de l'Asiento pourront faire des prises sur ceux qui feraient illicitement le m ê m e com­ merce qu'eux (art. Les deux rois sont pour moitié dans l'affaire. pas de ces ils seront condamnés à mort et la sentence exécutée sans délai ni appel (art. mais on l'en dispense. Sa Majesté catholique a pour sa part à verser u n million de livres tournois. Même obligation d'avancer à cause des besoins de la couronne. 0 0 0 pièces d'Inde des deux sexes de tout âge. XXII). Mais les Anglais. oh- . intéressés chacun pour un quart. XX).11). XXIV). l'Angleterre obtint q u e le monopole lui fût concédé pour trente ans (1715-1 754)». Les conditions étaient à peu près les mêmes que celles du traité avec la France. moyennant u n i n ­ térêt de 8 0/0 et la compagnie comptera dès à à ladite Majesté des profits qui lui présent appartiendront (art. 8 0 0 par a n . deux cent mille piastres escudos ( III) moyennant remise annuelle du droit sur 800 nègres (IV ). plus habiles. XXVII). dans l'exécution (art. XXVII). moyennant 55 piastres écus et 1/5 de piastre par tête (1. Même droit d'importer dans tous les ports du nord et Buenos-Ayres (VII). XIX. Mais si les capitaines débarquent d'autres marchandises que les nègres. en date du 20 mars 1 7 1 5 . Ce fut l'objet du traité connu proprement sous le nom de traité de l'Asiento.286 L'ESCLAVAGE. Le droit sera de même pour les nègres morts avant d'être ven­ dus (art.

Ilsrecevaient des terrains pour établir l e u r s factoreries aux lieux d ' e m b a r q u e m e n t et de d é b a r q u e m e n t ( I V ) . 287 t i n r e n t de plus g r a n d s avantages c o m m e r c i a u x . 45 ) . pas avant l'arrivée des flottilles et galions. intéressés pour m o i t i é . qu'on permit de porter à Buénos-Ayres le reste des marchandises contre lesquelles étaient troqués les nègres en Afrique. pendant dix ans. p a r un article ad­ ditionnel. Sa Majesté catholique ac­ cordait la faculté d'envoyer a n n u e l l e m e n t un vaisseau de 500 t o n n e a u x p o u r c o m m e r c e r avec l ' A m é r i q u e . se firent accorder quinze j o u r s de répit avant de payer p o u r les n è g r e s d é b a r q u é s en état de m a l a d i e . en ne payant p o u r ce s u p ­ plément que 10 2 / 5 piastres (VI). comme dans le précédent traité (XXVIII). pour témoigner à Sa Majesté b r i t a n n i q u e l'envie qu'elle a de lui faire plaisir. Ils firent c h a n g e r la peine de mort p o u r c o n t r e b a n d e en u n e peine et u n e a m e n d e (XXII). Les deux rois étaient. Sa Majesté se réservant d'ailleurs encore dans cette opéra­ tion 1 4 des profits et 5 p o u r 100 s u r les trois autres 1 quarts (art. dans le t r a ­ fic. . Enfin. l'Angleterre obtenait que les 500 tonneaux fussent portés à 650. que l'époque des foires de Carthagène. c h a c u n p o u r u n q u a r t . à con­ dition de ne vendre les marchandises qu'au temps des foires. enfin que le payement des droits ne fut compte qu'à partir de 1717. Ils p o u vaient i n t r o d u i r e p l u s de 4 . pendanl les vingt-cinq p r e m i è r e s années. Toutes ces stipulations furent consacrées de nouveau dans le traité de paix p r é l i m i n a i r e . Porto-Bello et la Vera-Cruz fussent à jour fixe. 8 0 0 esclaves p a r a n .LA TRAITE. et le roi d ' E s p a g n e dispensé de payer sa p a r t en capi­ t a l e condition de servir un intérêt de 8 p o u r 1 0 0 . et dispense si le n è g r e m o u r a i t dans ce délai (XXIV). signé à Madrid le 1 Dès le 12 juin 1716. par un traité interprétatif.

j'ai sous les yeux une lettre du ministre de la m a ­ rine (8 septembre 1785) écrivant à MM. plus de dix traités pour autoriser. doyen de Windsor. pas une disposition. de Bellecombe et de Bongars à Saint-Domingue.288 L'ESCLAVAGE.) . En France. Entre autres documents. l'Angleterre. a conclu en moins de deux siècles. le même traité qui fixe la suc­ cession d'Espagne. exploiter. alors gouvernée par une femme. l'Es­ pagne. parce que l'Espagne refusa le renouvellement 1 de ce t r a i t é .Jean. évèque de Bristol. la traite a été encouragée par des primes. gardien du sceau privé. 9 ) . Dans tous ces traités. protéger. Un seul gouvernement. 0 0 0 livres. Mais des rois stipulent sans pudeur leur part de profit. et par l'art. comptées par pièce ou par tonne. jusqu'en 1791. « Il est très-intéressant de maintenir la confiance du com­ merce pour ne pas ralentir les spéculations pour la traite. dont elle jouit encore jusqu'à la moitié du dix-huitième Discours de M. . un monopole lucratif et honteux. un lord Strafford. la reine Anne. le transport de plus de 5 0 0 . Il a prélevé sur chacune de ces têtes h u m a i n e s . 27 mars 1715 ( a r t . l'autre. 0 0 0 es­ claves. » 1 (Archives des colonies. l'Angleterre faillit rallumer la g u e r r e en Europe. 0 0 0 . pas une syllabe destinée à défendre ces m a l h e u r e u x contre les abus et les souffrances. Dudon. et cède à l'Angleterre la possession de Gibraltar et de Minorque. 12 du traité d'Utrecht ( 1 3 juillet I 705). et l'une des plus puissantes nations. qui prend le nom de catholique. s'assure par un traité fa­ 2 meux dont l'un des négociateurs fut un é v è q u e . un impôt dont le total dépasse 5 0 . L'âme est remplie d'horreur lorsqu'on se condamne à parcourir ces tristes détails. Moniteur du 18 mai 1825. En 1 7 4 5 .

Roland s'é­ crie à propos des colonies : « Puisse le génie d e la liberté purifier sans les anéantir. en 1 7 9 1 . Au tableau des p r i m e s et encou­ r a g e m e n t s . i m p r i m é p a r son o r d r e e n 1 7 9 5 . u n c o m m i s . attendu l'état des colonies. 150. u n m i n i s t r e . A la fin de ce r a p p o r t .LA T R A I T E . fermé p a r un double m o n t . de n e pouvoir faire connaître exactement le nombre des cultivateurs africains transportés par nos armateurs dans 1 les îles de l'Amérique . p . 156. On trouve les nègres au n o m b r e des denrées coloniales. à p e i n e en E s p a g n e .Observations sur le t a b l e a u 2 5 . . en 1 7 0 0 . II. b a i g n é p a r l'une et l'autre m e r . sous plus n ' h o n o r e n t pas l ' h u m a n i t é . » Il conclut en m o n t r a n t « le territoire de la République. II — Ce n'est pas à la Révolution qu'est d u e l'abolition de la traite. le 1 7 s e p t e m b r e 1 7 9 2 . 19 . . dans la Balance du commerce. en F r a n c e . d'un rapport. u n roi. Dans le r a p p o r t s u r les résultats du com­ m e r c e extérieur d e la R é p u b l i q u e fait à la Convention. e m p h a t i q u e et ridicule. il i n d i q u e q u e les gratifications relatives traite des noirs n'ont pas été payées postérieurement loi du 2 5 janvier constituante à la à la 1 7 9 1 . en 1780. qu'elle p a r t a g e avec les a u t r e s nations j u s q u ' à la fin. p r ê t à m e t t r e son n o m au bas de pareilles i n f a m i e s . au bas du tableau n° 25. . J'ose dire à l ' h o n n e u r du dix-neuvième siècle qu'il ne se trouverait p l u s en Angleterre. p. vu le silence que les Assemblées et législative ont gardé depuis sur cet 2 objet . des relations qui . d e v e n u le CLUB CENTRAL OÙ les h o m m e s de toutes les n a - 1 Note. 289 siècle. le m i n i s t r e Roland s'excuse.

les hommes d'Etat les plus é m i n e n t s . Crenville. » 1 P.Cités dans la protestation du ministre du Brésil. le comte de Westmoreland qui déclarait que « lors m ê m e qu'il verrait tous les presbytériens et les prélats. quelques pasteurs ou chrétiens. VIII. on le sait. en agis­ sant sur l'opinion. les jacobins et les assas­ sins. réunis en faveur de l'abolition de la traite. 1 lions se rendront pour puiser des leçons de fraternité . 1846. 22 octobre 1845. Sept fois ils proposèrent le bill d'abolition et sept fois il échoua. a agi sur le monde. il n'en élèverait pas moins sa voix dans le Parlement contre cette 2 mesure . spectacle presqu'inouï sur la terre. . Lorsqu'ils réussirent enfin. obscurs et persévérants. servi par la liberté.290 L'ESCLAVAGE. On sait qu'en 1802 le Consulat plaça de nouveau la traite sous la protection de la loi. Revue col. qui affirmait encore en 1807 au Parlement que « la traite avait été sanctionnée par des parlements où siégeaient les jurisconsultes les plus sages. étaient Wilberforce. . » lord Hawkesbury. de Abreu. les méthodistes et prédicateurs. ils avaient à lutter contre les plus puissants personnages de leur pays. ce que le pouvoir absolu refit. 62. M. un triomphe pacifique de la justice. l ' h o n n e u r de le détruire appartenait à l'Evangile. ce que la Révolu­ tion française n'avait pas défait. Buxton. les théologiens les plus éclairés. lord Eldon.Sharp.Clarkson. 15.. qui pro­ posait de rayer dans le préambule de la loi les mots : «incompatible avec les principes de justice et d'huma­ nité ».)) Ce que l'Europe entière avait fait. Une poignée de chrétiens. ils ont obtenu. depuis le comte de Liverpool. Ces hommes.

le P o r t u g a l . le 8 février 1 8 1 5 . l'Espagne et la Suède. Ses efforts. Dejean de la Bâtie. la F r a n c e . Il est possible qu'elle ait trouvé son in­ térêt d a n s son devoir. sous prétexte d ' h u m a n i t é . Précis de l'abolition de l'esclavage. cette flamme n e s'est pas éteinte u n seul j o u r . la surveillance de toutes les m a r i n e s du m o n d e .LA TRAITE. . la Prusse. Sachons féliciter la nation dont les in­ térêts sont si bien d'accord avec ceux du genre h u m a i n . depuis plus d ' u n demi siècle. on a m ê m e i m a g i n é qu'elle avait pour b u t de r u i n e r toutes les colonies à travailleurs africains. les autres à l ' h u m a n i t é . les difficultés auxquelles elle s'est exposée. l'Autriche. 291 Grâce à Dieu. sans c h e r c h e r toujours de petits motifs aux actions. le l a n g a g e de ses h o m m e s d'État. Au Congrès de Vienne. L'abolition de la traite clans l'univers grandes entier est devenue c o m m e u n article de foi de la politique. Déjà. la h a u t e police des m e r s . a n ­ glaise. la passion g é n é r e u s e q u i inspirait la loi de 1 8 0 7 . la Russie. u n e décla­ ration contre la traite fut signée au nom de l'Angleterre. p a r m i ses h o m m e s d'État. anima désormais tous les ministres qui eurent à l'appliquer et. On a accusé l'Angleterre d'avoir agi p a r intérêt. On a p r é t e n d u qu'elle avait voulu c o n q u é r i r . y compris les siennes. m e t t e n t hors de doute le complet désintéressement de l'Angleterre. afin d'assurer le monopole agricole et commercial de ses 1 i m m e n s e s possessions des Indes . et q u e . les u n s aient été p l u s sensibles à l ' u t i l i t é . ses dépenses. l'Angleterre avait obtenu de 1 Opinion dé M.

Baxton. col. depuis 1 8 1 4 . au congrès d'Aix-la-Chapelle. II. 1849. menaces. 3 in slaves. Rev. dans le Traité de Paris du 50 mai 1814. et le Portugal avait interdit la traite sous pavillon portugais. En 1 8 1 8 . demeurèrent sans effet j u s q u ' e n décembre 1 8 5 0 . En dépit de ces 3 conventions. Par u n e autre convention du 2 8 juillet 1 8 1 7 . pour obtenir des diverses 2 puissances des traités p a r t i c u l i e r s . 1 . by James Bandinel.. Art. 154 à 214. L'Angleterre employa sans relâche tous les efforts de sa diplomatie. 1844. r e m o n t r a n c e s .292 L'ESCLAVAGE. les cinq grandes puissances répètent les mômes déclarations. 0 0 0 esclaves étaient transportés au Brésil en 1 8 2 2 . dans l'année où ce vaste e m p i r e se sépara de la métropole. Some account of the traie col. la France. Rev. suivie d'un traité signé le 2 2 . de détention des négriers. excepté pour alimenter ses propres possessions. Fowell .. Elle eut besoin de vingt-sept années pour persuader le Portugal. loc. Notes. de jugement p a r des commissions mixtes. 160. l'Angleterre avait promis la remise d'une ancienne dette et 5 0 0 . en 1 8 2 2 . 18 42. Le Portugal promit u n e pénalité spéciale contre les sujets portugais qui se livreraient à la traite. cit. p . u n 1 article ayant ce b u t . 0 0 0 livres sterling pour i n ­ demniser les propriétaires des bâtiments portugais cap­ turés avant cette époque p a r les croiseurs anglais. les deux nations s'accordèrent le droit réciproque de recherche. — On the Slave Trade. Par une convention du 21 janvier 1 8 1 5 . Un dé1 er Articles additionnels. près de 6 0 . au congrès de Vérone. by sir J.

et pas m ê m e publié au Mozambique. la liberté des esclaves saisis. Une loi du 17 juillet 1850 r é p r i m a enfin cet odieux trafic. V a i n c u . 293 cret défendit alors aux sujets p o r t u g a i s d ' o p é r e r la traite. Il fallut user du m ê m e procédé. 0 0 0 esclaves étaient encore i m p o r t é s en 1 8 4 9 .LA T R A I T E . en 1 8 4 5 . le g o u v e r n e m e n t prohibait la t r a i t e . le décret du 19 d é c e m b r e 1 8 1 9 . la lutte d u r a vingt et u n a n s . les deux c h a m b r e s anglaises votèrent un bill qui autorisait les croiseurs b r i ­ tanniques à a r r ê t e r les n é g r i e r s portugais et les cours de vice-amirauté à les j u g e r . A Madrid. la convention addition­ nelle du 10 d é c e m b r e 1 8 2 2 . le j u g e m e n t par des commissions mixtes. l'application aux condam­ nés de la peine i n f é r i e u r e à la peine de m o r t . celui du 23 s e p t e m b r e 1 8 1 7 p a r le­ quel l'Angleterre avait promis 4 0 0 . 0 0 0 livres sterling. avec la connivence des fonctionnaires portugais au profit de l ' A m é r i q u e et de tous les aventuriers des co­ lonies de l ' E u r o p e . l'obligation de démolir ou de v e n d r e les navires c o n d a m n é s . l'assimila­ tion de la traite à la piraterie. La traite c o n t i n u a à se faire sous pavillon portugais. avec le Bré­ sil. Le 24 août 1 8 3 9 . d e m e u r è r e n t sans effet. Tou­ tes les représentations les plus énergiques furent i n u t i l e s . mais il n e fut exécuté n u l l e p a r t . bien que le traité de 1 8 1 7 avec le Portugal eût été suivi d ' u n e convention nouvelle du 2 3 n o v e m b r e 1 8 2 6 . C'était p u n i r u n e violation du droit des gens par u n e autre violation. Avec l'Espagne. Plus de 5 0 . Le traité du 28 août 1 8 1 4 . à la Havane ses agents l'encourageaient et la mettaient à profit. le P o r t u g a l concéda p a r un traité du 5 j u i l l e t 1842 le droit de visite et de r e c h e r c h e .

la peine de l'amende. dont le terme est main­ tenant expiré sans qu'elle ait été renouvelée. après la mort du roi Ferdinand. jusqu'au 28 juin 1 8 5 5 . 1841. la France avait promis. retirer aux trafiquants la protection de leur pavil­ lon national. Nous l'avons dit. l'abolition de la traite. mais cet article en ajourna jusqu'en 1807 la cessation. 1 8 3 1 . 1820. qui concé­ dèrent le droit réciproque de visite. les . en 1819. adres­ sées au gouvernement de Washington par l'Angleterre. 1 8 3 1 . le refus de ratification du traité du 20 novembre 1 8 4 1 . entre les grandes puissances. par u n e loi du 25 avril 1 8 2 5 . À cette date. Une ordonnance du 8 janvier 1817 répéta cette interdic­ tion. On se borna à prononcer. Toutes les propositions de traité. enfin la convention du 28 mai 1 8 4 5 . 1859. L'abolition de la traite est u n des articles de la consti­ tution des États-Unis. les débats auxquels ils donnèrent lieu.294 L'ESCLAVAGE. C'est d'ail­ leurs à la fin de 1850 que remonte la constatation du der­ nier fait de traite sous pavillon français. 1825. Le 29 mars 1 8 1 5 . au traité de Paris (1814). de l'emprisonne­ ment et de la déportation contre les Français engagés dans le commerce de traite. Napoléon la déclara abolie. au moins pour la traite sous pavillon espagnol. Cependant le gouvernement de la Restauration refusa d'entrer dans une ligue proposée aux grandes puis­ sances par l'Angleterre pour assimiler la traite à la pira­ terie. à son retour de l'île d'Elbe. 1824. On connaît assez les traités du 30 novembre 1851 et du 22 mars 1 8 5 5 . interdire l'accès aux produits des colonies à esclaves. le gouvernement constitutionnel conclut avec l'Angleterre un traité efficace.

l ' É q u a ­ 12 13 15 16 14 17 18 t e u r . Russie. la T o s c a n e . 13 1841. 5 14 février 1 8 5 8 . le D a n e m a r k . 14 15 1 6 15 mars 1859. 1814. 4 19 février 1 8 4 2 . la Nouvelle-Grenade . V. 25 janvier 1 8 2 5 . 1 4 mars 1818. les 8 9 10 11 villes a n s é a t i q u e s . le p r e m i e r État qui ait aboli la traite. Les États-Unis se sont toujours refusés au droit de visite. 1841. 8) à e n ­ tretenir s é p a r é m e n t en surveillance à la côte d'Afrique u n e force navale d'au moins 8 0 c a n o n s . 295 résolutions du congrès en 1 8 2 1 et 1 8 2 2 n ' o n t p a s abouti à u n e convention. l ' U r u g u a y . 7 8 août 1854. 15 juin 1859. ta liste de ces traités.0 novembre 1824. le C h i l i . 7 août 1 8 4 1 . 255.. dont les b â t i m e n t s trans­ 4 p o r t a i e n t des noirs de Barbarie en T u r q u i e . Autriche. la C o l o m b i e . .LA T R A I T E . col. les deux puissances se sont obligées (art. 9 25 décembre 1 8 5 9 . 6 24 novembre 1857. . 24 mai 1 8 5 9 . 5 6 7 le r o y a u m e de N a p l e s . H a ï t i . 18 19 janvier 1859. 1 9 5 juin 1857. 29 juillet 1 8 4 1 . 10 18 juin 1842. 2 3 la S u è d e . Buenos-Ayres . 11 26 décembre 1 8 2 6 . l'Autriche. 7 février 1 8 5 7 . 15 juin 1 8 5 5 . la P r u s s e . 26 juillet 1 8 5 5 . la Russie. le Texas . le Pérou 19 et la Bolivie . 51 décembre 1822. V e n e z u e l a . 12 18 avril 1 8 2 5 . Prusse. la S a r d a i g n e . Rev. S e u l e m e n t . le Mexique . 1 L'Angleterre a traité p l u s aisément avec la H o l l a n d e . 17 février 1 8 2 5 . 8 9 juin 1857. 2 5 septembre 1840. p a r u n traité d u 9 août 1 8 4 2 .

C'est dans toutes les meilleures formes des chancelleries que Sa Majesté britannique signa des conventions avec Nama-Comba. Dieu. l'Evangile. au nom du législateur des législateurs. Aux traités avec les grandes puissances de l'Europe ou de l'Amérique. selon la belle expression de lord Aberdeen. chef du . p. « à p r e n d r e place parmi les grandes puissances de la chrétienté.. 236. sans influer s u r les vendeurs. 296 Par vingt-trois traités. le souverain pontife Grégoire XVI faisait retentir d'une sentence solennelle de condamnation contre cette odieuse coutume la catholicité tout entière. obtenus en moins de trente ans. en G a m b i e . L'œuvre eût été incomplète si l'on n'eût agi que s u r les acheteurs d'esclaves. avec Obi-Osai. tandis que par une bulle mémorable du 3 décembre 1 8 5 9 . l'Angle­ terre crut digne d'elle de les traiter selon le droit des gens. » La plupart de ces peuples et quelques autres. consacrèrent des lois spéciales à l'interdiction du trafic des esclaves. succédèrent les traités avec les petites puissances de l'Afrique. 1 2 Dépêche de 1841 aux États-Unis Ibid. avant ou après ces traités. et sur des sujets misérables. q u ' u n i t entre elles un senti­ 1 ment c o m m u n de commisération et de j u s t i c e . l'Angleterre est ainsi parvenue à décider presque toutes les nations chrétiennes. comme la Grèce ( 1 8 4 0 ) . 1849. au nom de la loi des lois. science où elle les trouvait peu avancés. On aurait pu être tenté de m a l m e n e r par la force ces intimes monarques régnant par la brutalité sur des ter­ ritoires mal définis.L'ESCLAVAGE. 1 chef de Cartabar.

le Pluton. soit de vendre aucun esclave. en 1841 . 1844. audit roi Bell les articles suivants : Soixante fusils. p u i s . des G r a i n e s . chaque année. au nom de Sa Majesté la Reine d'Ang'eterre. Art. Le roi Bell fera une proclamation et une loi défendant à ses sujets ou à toute personne dépendant de lui. du village Bell. île ou possession d'aucun prince ou po­ tentat.L e o n e . En considération de cette concession du roi Bell. à Cameroons. au nom de Sa Majesté Britannique. et que ces personnes ne pourront être transférées d'un point quelconque du territoire du roi Bell dans une autre contrée. nous citerons la p l u s c o u r t e . deux barils de poudre. de Loango. le lieu­ tenant W. avec E y a m b a . 5 5 0 . pendant cinq ans. sous peine de punition sé­ vère. et le roi Bell. roi de Madagascar. à remettre. deux 1 Ibid. la vente et le transport des esclaves ou autres personnes. faite 1 le 7 m a r s 1 8 4 4 . P o u r d o n n e r u n e idée de ces sortes de conventions. e n 1 8 4 7 . William Simpson Blount. S. Art. III. I . s u r les b o r d s d u N i g e r .. de Con­ go. et partout où son influence pourra s'étendre. lieutenant commandant le bâtiment à vapeur de Sa Majesté. de S i e r r a . soit d'aider ou d'en­ courager aucune vente de cette espèce. avec p r e s q u e tous les chefs des côtes des Bissagos. quelles qu'elles soient. IL Le roi Bell s'engage à avertir les croiseurs de Sa Majesté Britannique de l'arrivée de tous les navires négriers qui pourraient outrer dans la rivière. . cent pièces de drap. chef du Calebar. d'Ivoire. Les deux parties contractantes arrêtent qu'à partir de la date de ce traité. 297 pays d'Abok.LA TRAITE. et pour remédier à la perte de revenus qu'elle doit lui occasionner. pour le transporter hors du territoire. Blount s'oblige. III. cesseront entièrement sur le territoire du roi Bell. ou avec R a d a m a . d u Gabon. er Sont convenus les articles et conditions qui suivent : Art.

Monfia. j u s ­ qu'aux possessions portugaises. 1846. qui domine u n e g r a n d e partie de la côte orientale d'Afrique depuis le golfe Persique. d ' u n e manière sérieuse aux chefs de Malimba. que les chefs doivent détruire celles qui se­ raient ou sont déjà construites. Ses états sont le théâtre de la traite odieuse faite p a r les Arabes. XIII. en 1859. puis vendus par-dessus le marché. baracoon quelconque. l'i2 man de Mascate . 2 Ibid. s'ils n e le font pas. Des nègres chargés de denrées. 1 Ibid. une épée. avec un roi plus puissant. constatant que les conditions ci-dessus ont été mises à exécution. ma­ gasin. Enfin. un habit écarlate avec épaulettes. Pemba.. 587. des conditions plus sérieuses ont été introduites. ne peut être élevé pour la traite. puncheons de rhum. et que. les Anglais peuvent les démolir eux-mêmes. Il est convenu encore que les nègres déjà détenus pour être exportés. en 1 8 2 2 . et prouver. sont conduits à la côte. il est accordé aux Anglais une entière liberté de com­ 1 merce . 198.298 L'ESCLAVAGE. seront remis aux Anglais pour être conduits dans leurs colonies et libérés. .. Ainsi dans le traité avec les chefs de Malimba (1847). 1847. le déplaisir de la reine d'Angleterre. de m ê m e que saisir les embarcations. il en reçoit de la côte et de Madagascar. Des conventions furent signées. Lesdits cadeaux seront délivrés en échange d'un certificat signé du roi Bell. Dans d'autres traités. il est convenu que n u l l e maison. y compris les îles de Zanzibar. VIII. puis renouvelées en 1 8 4 5 .

un h o m m e de 80 à 1 0 0 francs. 1 8 5 3 . 299 avec l e u r fardeau . l ' i m a n tire de ce c o m m e r c e plus de 2 0 . sauf à la r e v e n d r e . on j e ­ tait aux chiens les esclaves m o r t s . de 15 à 50 francs. La F r a n c e . et les croiseurs anglais furent autorisés à saisir les navires et les sujets de Sa Hautesse. 3 1 7 . contiennent l'obligation 1 Rev. L ' i m a n Seïd-Saïd p r o ­ mit de r e n o n c e r à la traite.. Un consul fut établi à Zanzibar. Dieu sait dans quel état. on vendait. Un certain n o m b r e de traités fut conclu avec des cheiks arabes s u r la côte occidentale du golfe P e r s i q u e . n o m m é en 1 8 5 5 p a r la Cham­ bre des c o m m u n e s . s u r les côtes d'Arabie ou de P e r s e . . mais avec la j u r i d i c t i o n des tri­ b u n a u x nationaux. On a vu les stipulations contenues dans ces d e r n i e r s . 0 0 0 livres sterlings p a r an . Un comité d ' e n q u ê t e . en 1844. p. fut associée à p l u s i e u r s de ces traités et en conclut directement quel­ ques a u t r e s . u n e f e m m e jusque 190 francs. XI. au d i r e du capitaine H a m m e r t o n . depuis la convention de 1 8 4 5 . quatorze le d r o i t de visite.LA T R A I T E . et de l'interdire à ses sujets. et soixante-cinq traités conclus avec les chefs 1 africains . constata qu'il y avait à cette époque e n t r e la Grande-Bretagne et les a u t r e s puissances civi­ lisées. dix traités ont établi le droit réci­ p r o q u e de visite et la juridiction de commissions mixtes. u n enfant de 50 à 80 francs. vingt-six traités en v i g u e u r p o u r la suppression de la traite. P a r m i les p r e m i e r s . col. deux (avec la F r a n c e et les États-Unis) sans g a r a n t i r le droit de visite.

enfin. multiplia les instructions et. — Quel a été. des enquêtes. des correspondances qui remplissent chaque 1 année deux volumes in-folio . contiennent l'histoire. et ce gouvernement. avec le zèle le plus sincère. Nous avons dépensé. quoi? à faire payer plus cher le sucre et les n è g r e s . de cet immense effort de deux grandes nations au service des m e m b r e s les plus infimes de l'espèce h u m a i n e . or­ donna la traduction de tous les documents dans la Revue coloniale. Pendant que le gouver­ nement établissait des croisières. trade. des 2 journaux . En Angleterre. le premier organe de l'opinion publique.300 L'ESCLAVAGE. en r é s u m é . L'Angleterre n'a rien négligé p o u r assurer le succès de tous ces moyens compliqués. des voyages. des consulats. . III. le résultat de tant de peine et de persévérance? On l'a beaucoup contesté. j o u r par j o u r . l'opinion abolitionniste organisait des missions. une agitation moindre. dont les trente-trois volumes ( 1 8 4 5 . réciproque d'entretenir des escadres sur la côte d'Afri­ que. 1 Correspondances 2 Anti-Slavery relating to the Slave Reporter. des com­ missions. soumis aux deux Cham­ bres. a-t-il souvent répété. En France. des m e e t i n g s . demanda des crédits. fut entretenue pendant toute la d u r é e du gouvernement constitutionnel. notable cependant. e t c . a pris à tâche de nier les effets de la politique suivie pour la répression de la traite. 4 ou 5 0 0 millions. le Times. pour arriver à. négocia des conventions. des sommes énormes. exécuta les traités. des sociétés.1 8 5 7 ) .

en p r é ­ t e n d a n t qu'on dépensait 2 0 millions 2 p a r a n pour com­ p r o m e t t r e la vie des m a r i n s . col. Que l'abolition de la traite ait aggravé les souffrances des noirs. les r e n ­ 3 dent p l u s m a l h e u r e u x . on sait les susceptibilités et les violents débats auxquels a d o n n é lieu le droit de visite. ou 1 6 . On assure qu'ils traitent leurs noirs p l u s mal qu'avant . 4 9 6 ) . les rois indigènes sacrifiaient leurs p r i s o n n i e r s . Les n é g r i e r s . c'est ce q u ' o n a d m e t t r a difficilement. st. et n o t a m m e n t les r a p p o r t s anglais q u i nous d é p e i g n e n t . et q u e l q u e s m e m b r e s du p a r l e m e n t ont. par des motions successives. 0 0 0 fr. mais com­ m e n t le p r o u v e r ? comment savoir a u juste ce q u e les p e ­ tits souverains font de leurs p r i s o n n i e r s ? c o m m e n t . p a r de si fortes expressions. cela est impossi­ ble. . 11 faut lire les horribles descriptions des témoins de l'ancienne traite. d e m a n d é leur s u p p r e s s i o n . by sir Fowell Buxton. Avant la traite. Enfin. 1846. p o u r d i m i n u e r le c r i m e douteux de ces s o u v e r a i n s . contraire­ m e n t à l ' o p i n i o n de ses fondateurs les plus anciens et les plus i l l u s t r e s . à cause de l ' e m b a r r a s de les cacher et d e les t r a n s p o r t e r clandestinement. c'est q u e la croisière est efficace. a vivement attaqué l e système des croi­ 1 sières . et r e n d r e plus cruel le sort des n o i r s .LA T R A I T E . obligés de les cacher. VIII. de­ puis l'abolition de la traite. Voilà ce qu'on affirme.000 liv. ils les vendaient à de c h a r i t a b l e s E u r o p é e n s . 2 050. ils sont d e n o u v e a u conduits à les t u e r . les souf1 The Slave trade. 2 5 0 . tolérer le c r i m e certain des négriers? Si ceux-ci sont obligés à se cacher. g r â c e à la traite. La société pour l'abolition 301 de l'esclavage. P. 3 C'était l'opinion du voyageur Raffenel [Rev.

on me p e r m e t t r a de citer deux témoignages imposants. places comme des c o i n s . pressés c o m m e des figues et des raisins. le 26 j u i l l e t 1844 (Rev. il faut le multiplier par trois pour avoir le chiffre des créatures humaines que ce détestable trafic enlève chaque année à l'Afrique. cependant. (wedged them in). frances de ces m a l h e u r e u x . En grand nombre d'entre eux viennent de l'intérieur. stowed in bulk like figs or raisin. chaque année. Lorsque le village attaqué est situé sur une montagne. et s'emparent des habitants. en Amérique.000 esclaves. On calcule que. Quand approche l'époque de faire partit pour la cote des caravanes d'esclaves. Je laisse d'abord la parole à lord Palmerston devant la Chambre des lords. Col. spoonways. un village paisible. Ainsi quelque soit le nombre de ceux qu'on transporte. tuant tous ceux qui résistent. des hommes entourent au milieu de la nuit. sur trois nègres saisis clans l'intérieur de l'Afrique pour être envoyés en esclavage. serrés comme des cuillers. 1844. 557) : « Au rapport de MM. l'autre s u r la traite p a r les m a h o m é t a n s . les habitants se réfugient quelquefois dans des cavernes: alors les chasseurs allument . Mais le plus grand nombre provient des chasses qui se font pour prendre les esclaves. p . « En effet les nègres destinés à la traite ne sont pas pris dans le voisinage du lieu de leur embarquement. un seul arrive à destination. de 120 à 150. et. je m e fais vio­ lence p o u r b a n n i r les tableaux qui peuvent sembler trop dramatiques. deux autres meurent dans le cours des opérations de la traite. en langage t e c h n i q u e . Beaucoup sont des captifs faits dans deguerres excitées par la soif du gain que procure la vente des prison­ niers. qui offre plus de facilités pour la fuite. l'un sur la traite p a r les c h r é t i e n s . on débarque. Je p r e n d s à tâche de ne rien exagérer. l'incendient. Venderwelt et Buxton. et du système organisé dans l'intérieur de l'Afri­ que pour voler des hommes.302 L'ESCLAVAGE.

où ils sont entassés de manière à devenir la proie d'épidémies. les autres mourant par la suite du changement de régime. et les enfants de six à sept ans. On se débarrasse des enfants au-dessous de six ans en les tuant sur le champ. Le premier qui se présente t'ait son choix. on s'assure des plus forts en les attachant ensemble avec des chaînes. reviennent troquer leur liberté contre la vie.LA T R A I T E . Les prisonniers étant faits. laissant de côté les malades et les faibles. presque nus et sans chaussure. on procède au choix. les armateurs perdraient la prime . placés entre la mort par la suffocation et l'esclavage. Ou abandonne les vieillards et les infirmes. et les malheureux dévorés par la soif. et beaucoup par l'asphyxie. etpar une raison semblable à celle qui fait qu'on embarque sur un navire chargé de vin des barriques destinées à compenser la perte qui résulte de l'évaporation ou du coulage. Sachant que si les nègres mouraient d'inanition. 303 de grands feux à l'entrée de ces cavernes. sont for­ cés de se livrer. les uns succom­ bant au chagrin. femmes et enfants traversent les sables brûlants et les défilés rocailleux des montagnes de l'Afrique. Les individus robustes des deux sexes. qui doit se diriger vers la côte. Arrivés sur la côte on les parque dans les établissements appelés barracoons. Souvent la mort à déjà cruellement éclairci leurs rangs avant l'arrivée d'un négrier. hommes. « On n'attend pas toujours que les mourants aient expiré pour les jeter à la mer. et ceux qui y ont cherché refuge. quelquefois on y lance ceux qu'on désespère de sauver. les condamnant ainsi à mourir de faim. lorsque les fuyards se réfugient sur les hauteurs. et meurent ou deviennent la proie des bêtes sauvages. L'orateur cite un événement de ce genre arrivé en 1785. car le capitaine sait parfaitement qu'un grand nombre des nègres formant sa cargaison périra. ou en leur mettant un joug Beaucoup tombent d'épuisement en route. sont mis de côté pour faire partie de la caravane. Un nommé Collingwood transportait une cargaison d'esclaves à la Jamaïque : le navire fit fausse route. et ayant soin de p r e n d r e toujours le quart ou même le tiers d'hommes de plus que son navire ne peut en contenir. les assaillants se rendent maîtres de toutes les sources et des puits. et cela d'après un calcul mathématique. on manquait d'eau et de vivres. On stimule les faibles à coups de fouet. La caravane se met en route .

Selon lui. en effet. Notre caravane se composait des employés de l'ambassade et des domestiques. s'il était prouvé qu'on avait été contraint. Voici maintenant un épisode de la traite mahométane.304 L'ESCLAVAGE. 11 avait à peine sept ans. étant âgés de moins de six ans. je quittai Farrec. « Plus des deux tiers de ces esclaves étaient des jeunes filles audessous de quatorze ans. Le reste était composé de jeunes garçons âgés de dix à quatorze ans. Indépendamment de l'opération cruelle qu'il avait subie. et c'est à cet âge et dans un tel état qu'on lui fusait commencer un voyage de 550 milles.000 âmes. et d'environ 150 ou 140 esclaves. et tous les enfants de leurs ennemis qui. la traite enlève à l'Afrique 500. sont ordinairement épargnés. tous les ans. ne surpassent pas ceux que la traite a causés. tandis qu'ils auraient droit à cette prime.000 ou 400.000 esclaves abordent en Amérique. Il devait être dirigé. Plusieurs d'entre elles n'avaient pas encore atteint leur huitième année. » Lord Palmerston fait ensuite la description d'un négrier. sur les marchés de Moka. raconté par un témoin oculaire : « Le 10 lévrier 1845. tous les crimes du genre h u ­ main. dont une partie appartenait aux conducteurs des chameaux destinés au service de l'am­ bassade. et le reste à des traitants qui profitaient de l'escorte de l'am­ bassadeur pour échapper au brigandage des bedouins du pays d'Adal. à sacrifier la cargaison. du Caire . et il rap­ porte ce mot d'un homme qui avait vu un de ces navires : « Un nègre « n'y a pas autant d'espace quart corps couché dans un cercueil. par fortune de mer. le capitaine n'hésita pas à précipiter dans les flots 132 personnes vi­ vantes. nommé Affrano. avait été grièvement blessé à la cuisse d'un coup de sabre. cet enfant. tandis qu'on égorge sans miséricorde ceux qui ont dépassé cet âge. L'un d'eux avait été récemment victime de l'usage barbare d'après lequel les Abyssiniens mutilent tous les hommes tués dans les combats. à grandes jour­ nées. » Par toutes ces causes. depuis la création du monde jusqu'à nos jours. dernière ville du royaume de Shoa. le noble lord pense que si 150. d'assurance.

au contraire. que tes jeunes filles dont la beauté promettait des prolits plus considérables recevaient la permission de monter. ce qui fait une moyenne de 10 milles par jour. marchèrent avec une gaieté étonnante jusqu'au dernier jour de notre route. sur les chameaux ou sur les mules de leurs maîtres. Cette humanité intéressée n'était d'ailleurs exercée qu'à l'égard de 5 ou 6 jeunes filles. Dans l'achat des garçons. Quelques-uns portaient le matab. avait mérité le surnom de Sheitan (démon). Mais nos journées avaient souvent été plus longues On a peine à comprendre que des enfants aient pu accomplir une route aussi longue et aussi pénible. Les jeunes filles sont achetées en considération de leur beauté et de leur bonne constitution. au contraire. dans ces contrées. après avoir traversé. A défaut de ce secours il ne serait jamais parvenu vivant au terme du voyage. « Il faut attribuer la différence de situation d'esprit des deux sexes à l'état différent de leur moral et de leur physique au commencement du voyage. « Je ne parle pas des violences commises publiquement sur les plus jeunes filles par les traitants ou leurs amis. Les jeunes filles étaient excédées II. « Nous atteignîmes la côte le 15 mars. « Je remarquai. arrosaient littéralement la route de leurs larmes . sorte de pagne en soie bleue ou blanche qui. une distance de 550 milles. est la marque distinctive du christianisme. qui. « Sa situation misérable nous remplit de compassion. ils se traînaient le long du chemin. à l'exception d'une seule. dans le trajet de l'Abyssinie à Tadjourah. étant tombée malade. Les autres. titre dont il était très-fier et qu'il s'efforçait de justifier par un redoublement de rigueur.LA T R A I T E . Le capitaine Marris obtint l'autorisation de le placer sur une de ses mules. pendant le cours du voyage. 305 ou même de Constantinople. pour être vendu comme eunuque à quel­ que riche mahométan. C'est une des circonstances les plus infâmes de cet infâme trafic. en 56 jours. de deux jours l'un. jeune garçon qui. par sa brutalité. 20 . « Les garçons. les marchands ne sont guidés que par le bon marché. pressés par leur con­ ducteur. fut placée sur un chameau. « Plus de la moitié de ces esclaves étaient chrétiens.

Le doc­ teur Barth pense aussi que les massacres ont a u g m e n t é depuis que les chefs n'ont plus le débouché de l e u r m a r ­ chandise. Je puis affirmer à Votre Seigneurie q u ' u n e pareille assertion ne peut venir d'un homme mêlé. et que les mesures prises pour l'abolition de la traite aient pu les aggraver? Je défie qu'on aille plus loin dans le mépris de l ' h o m m e . de fatigue. Mais. tué lui-même depuis p a r le sultan Wadaï. On m ' a gravement affirmé aussi que les Maravi tuaient maintenant leurs captifs. comme je le suis. a raconté qu'en 1854 le scheik de Bornou. et que nous possédions à un trè-haut degré la faveur cé­ leste. Dans la par- . Ils déclarèrent en conséquence que nous leur avions porté bonheur. et pourtant pas un n'avait succombé. en présence de pareils ta­ bleaux. aux marchands d'escla­ ves dans le pays m ê m e où se fait le c o m m e r c e .306 L'ESCLAVAGE. ce héros de vingt ans. les garçons. ayant pris 4 . au contraire. Livingstone écrit à lord Clarendon. qu'il soit possible de dépasser encore ces hor­ reurs. » Comment peut-on affirmer. Ils ne se rappelaient pas avoir jamais accompli de voyage aussi heureux. elle est répandue par ceux qui ont intérêt au trafic. de la rivière Zambesi : « U n certain doc­ teur Brysson a écrit que les mesures prises pour r é p r i m e r la traite n'en avaient fait qu'accroître les h o r r e u r s . à demi-morts . le 19 mars 1850. et d a n s l'excès de la b r u t a ­ lité! Cependant le voyageur Vogel. tua tous les hommes et ne garda que 500 femmes et enfants. qu'autrefois ils gardaient pour les vendre aux hommes blancs. Ce fut un grand sujet de joie pour les traitants et leurs amis. 0 0 0 noirs.

et ne souffrons pas qu'on accuse la répression de la traite d'avoir aggravé ses horreurs. la surveillance des côtes p a r des croisières. les g u e r r e s sont m a i n t e n a n t très-rares . elles étaient ment par la traite. Le commerce des esclaves. Il y a d'autres d r o i t s . n'est-ce pas l'effet d e toute loi pénale qui pousse quelquefois le criminel à un second c r i m e p o u r cacher le p r e m i e r ? On p e u t d i r e aussi que les voleurs ne tueraient jamais ceux q u ' i l s détroussent. l'assimilation de la traite à la p i r a t e r i e . en enlevant toute p o s ­ sibilité d'industrie. et les trafiquants savent q u ' i l s risquent plus q u ' e n a v e n t u r a n t l e u r argent au j e u . les nations sont indé­ pendantes les unes à l'égard des a u t r e s . en temps de paix. tout navire a le droit de vérifier l'identité du pavillon du navire qu'il rencontre. pas u n q u ' o n ne puisse é l u d e r . le droit de visite r é p u g n e à l ' h o n n e u r des nations. Le droit de visite r é c i p r o q u e . si le vol était permis. Il y a cependant une police internationale qui dérive du droit des gens .LA T R A I T E 307 tie é t e n d u e de l'Afrique q u e j e connais. il n'en est pas u n qu'on ne puisse contester. Laissons ce r a i s o n n e m e n t . est la cause de l'état complet de r u i n e de l'est et de l'ouest de l'Afrique. il faut convenir que de tous les moyens employés. provoquées évidem­ Il est r a r e de voir à p r é s e n t une cafi- lah d'esclaves se diriger vers la côte .» L'abolition de la traite fût-elle l'occasion de quelques crimes nouveaux. S e u l e m e n t . En pleine m e r . l'établissement de commissions mixtes. résultant . Or. voilà les moyens vraiment efficaces.

2 Discussions d e s deux chambres. que vis-à-vis d'un fort. de Polignac et de M. auquel recherche. 150. que le com­ merce français fût replacé sous la surveillance du pavillon 2 français .. on demanda. Tel est le droit de visite des n è g r e s . (Rev. il est hu­ miliant. de Laval. pour cause de traite l'Angleterre ajoutait le droit de droit de demander les papiers. en 1 8 5 5 . proposer de la r e p r e n d r e ? Les États-Unis se sont toujours absolument refusés au droit de visite. 1840. Lorsqu'en 1 8 4 2 . un nouveau traité fut signé. aux termes de laquelle la France et l'Angleterre se sont engagées à entretenir. discours de MM. on l'a laissée silencieusement tomber. janvier 1846. Aussi lorsque le gouvernement d e Juillet crut devoir accepter les traités de 1851 et 1855. On comprend que vis-à-vis d ' u n faible. la ratification fut refusée. ce droit est oppressif. si ce n'est quand le navire était suspect. chacune pendant dix a n s . de traités. de Broglie et M. exclusice Enfin. dans des adresses fameuses. sans aucun droit de visiter les papiers ou la cargaison.308 L'ESCLAVAGE. VIII. Qui oserait. 26 croiseurs au moins sur la côte occidentale d'Afrique. de la Redorte et Billault. et les débats avec l'Angleterre à ce sujet se sont terminés seulement en 1858. et l'Angleterre une autre croisière sur la côte orientale. dont le gouverne­ 1 ment de 1815 avait repoussé le p r o j e t .) . lorsque le terme de la con­ vention arriva. droit d'explo­ rer les navires. col. la m a r i n e et l'opinion publique protestèrent. 1 Dépêches de M. Lushington eurent signé la très-raisonnable convention du 29 mai 1 8 4 5 . on s'écria que ce droit était exorbi­ tant. Enfin lorsque M.

enfin le Brésil ont déclaré q u e la traite était piraterie. être 1 a r m é . . en 1 8 2 5 . j e le crois. L'Angleterre. Le rapporteur fut M. 11 y a cent a n s . L'Angleterre e n t r e t i e n t des commissions anglo-espagnoles à Sierra-Leone. stituent le pirate. lu baron Portai. l'Espa­ gne. on la tolérait. les États-Unis. il y a q u a r a n t e a n s qu'elle est u n délit.LA T R A I T E . La piraterie simple est punie des travaux forcés . quand elle est accom­ pagnée de déprédation. et à la Havane. s'il n'est pas a r m é . quand m ê m e il n ' a u r a i t pas de papiers. on e n c o u r a g e a i t la t r a i t e : il y a c i n q u a n t e a n s . elle est punie de mort. à SaintPaul de Loanda. le progrès de la morale en celte question est l e n t mais c o n t i n u . Mais les croi1 Loi du 12 avril 1825. le perd. La surveillance des côtes par des croisières est a s s u r é ­ ment un moyen coûteux et i n c o m p l e t . le P o r t u g a l . Deux conditions réunies con­ n'avoir p a s de papiers r é g u l i e r s . ou le vend. Un navire n é g r i e r . n'est pas u n p i r a t e . La baraterie est le crime commis par un capitaine ou pilote sur le na­ vire même qu'il est chargé de conduire. lorsqu'il le vole. à moins de lois spéciales. il est t e m p s q u ' e l l e passe au r a n g de crime. la traite continuait. au C a p . 309 On a opposé la même résistance à l'établissement de commissions mixtes. C'est u n e assimilation parfaitement j u s t e . La F r a n c e s'est également refusée à assimiler d a n s ses lois la traite à la piraterie. On y viendra. La France s'est toujours refusée à soumettre ses nationaux à u n e autre j u r i d i c t i o n q u e celle des t r i b u n a u x nationaux. Moniteur du 25. m a i s . on n e fait p a s la police de l'Océan c o m m e celle d ' u n village. et on n'osa pas la frapper de peines aussi graves.

lord John Russell. elles étendent sur les missions l'ombre tuté­ lame du drapeau de la France.. M. Ce serait donc une diminution d'environ moitié. Guizot. et de 50 à 8 0 . anglais. et mettre en liberté d'obscures vic­ times ! Quels que soient les inconvénients.000 à 1 4 0 . que le n o m b r e des es­ claves enlevés à l'Afrique par la traite avait. comme les pavillons français. de Mackau. . en France. lord Palmerston. à ces matelots courageux qui affrontent l'exil. lord Clarendon. l'amiral Duperré.310 L'ESCLAVAGE. Qui refu­ serait le tribut d'une admiration reconnaissante à ces nobles officiers. 11 y a des pavillons sous lesquels la traite ne parait plus. de Broglie. M. le soleil. M. la mer. considéra­ blement d i m i n u é . Les calculs produits devant le Comité d'enquête de 1848 portent de 100. elles protégent le commerce. elles ont délivré un n o m b r e énorme de victimes. col. Ajoutons qu'elles ont beau­ coup fait aussi pour l'honneur de l ' h u m a n i t é . 0 0 0 par an le nombre des esclaves exportés de 1788 à 1840. lord Aberdeen. 148. Les hom­ mes les plus expérimentés et les mieux informés. 1848. la mort. et M. sir Robert Peel. leurs résultats ont été très-considérables. on n ' e n saurait douter. 0 0 0 le nombre des esclaves exportés de 1840 à 1 1 8 4 8 . en même temps qu'elles préviennent la traite. sières ont beaucoup fait pour le service de l ' h u m a n i t é . 1 Rev. hollandais. quelles que soient les imperfections de tous ces moyens. n'ont pas cessé d'affirmer en Angleterre. passent sans gloire et sans repos deux années en sentinelle pour courir sus aux oppresseurs.

c'est q u e n'ayant pas de traités spéciaux avec les différentes n a t i o n s . et. 2 La croisière a n g l a i s e c a p t u r a . c o m m e Lagos. e n 1 8 5 0 . p o u r y a r r ê t e r p r e s q u e complé­ tement la traite. en 1 8 5 5 . Colonial Magazine. l ' A m é r i q u e seule. 0 0 0 p a r a n . 0 5 4 n é g r i e r s . au Brésil. de 1 8 5 7 à 1 8 4 7 . 1850. 311 suédois. des lois spéciales ont été o b t e n u e s de ces pays : de l'Espagne. mars 1850. en 1 8 5 2 . col. col. 3 Rev. du Brésil. en 1 8 4 2 . les États-Unis d u Sud Cuba et le Brésil seuls. Depuis lors. 0 0 0 esclaves p a r an étaient e n 1 2 L'Encadre africaine 1846 54. 39. q u i était de plus de 5 0 . 277. . 1 quelques années a u p a r a v a n t . ils ne pouvaient saisir les n é g r i e r s q u ' e n cas de piraterie. IV. . On a été j u s ­ q u ' à faire le siége de villes. 500. d u P o r t u g a l . en Amérique. 11 a suffi d ' u n g o u v e r n e u r honnête à Cuba. La destruction de n o m b r e u s e s factoreries d'esclaves p a r le système d u blocus près de terre (in shore blockade) a frappé de t e r r e u r les m a r c h a n d s . pendant quelques années. La loi de 1 8 5 0 . « Quand on compare ce q u i avait lieu il y a quelques 4 a n n é e s . 2 7 0 .000 1847. VIII. . en destination du Brésil et d e Cuba. 1852. par le lieutenant Henry Yule. . Barclay. De toutes les terres c h r é t i e n n e s . Si les croi­ seurs français firent m o i n s de prises. reçoivent des esclaves. quand on se rappelle que 1 4 0 .. et substitué le trafic de l'ivoire et de la g o m m e à celui des esclaves. a u t r i c h i e n s . et à 3 y substituer u n chef à un a u t r e . London. Rev.LA TRAITE. a dit lord John Russell le 8 j u i n 1 8 0 0 . . 1 8 6 1 . a fait descendre à 7 ou 8 0 0 le n o m b r e des esclaves i m p o r t é s .000 vengée. 4 Papers relating to the Slave trade. le général Valdès.

mars 1815. Le mal déshonoré. » En r é s u m é . et par suite il a été mieux traité. Les passes navigables n'y sont . 2 Le risque augmente le bénéfice . toutes les nations de l'Eu­ rope sans exception en ont. L'esclave est seulement devenu plus cher. la traite plus rare. . voilà d'immenses et satisfai­ sants résultats. 0 0 0 . diminué. col. 1. on ne doit pas nier le progrès ni abandonner l'espoir d'une complète suppres­ sion de ce trafic.141. l'émancipation a rencontré moins d'obstacles.138. l'esclave plus heu­ reux. tandis que cette année le nombre n'a pas atteint 5 0 . Tant qu'on est sûr en effet de vendre très-cher u n e marchandise.) 2 Ainsi la surveillance de Cuba est facile. . Les colonies ont-elles été 1 ruinées? Leur production a-t-elle baissé? N u l l e m e n t . à u n e époque où l ' i m m e n s e ac­ croissement de la consommation des produits coloniaux l'eût infailliblement a u g m e n t é . levés par la traite à l'Afrique. 1817-1822. cet odieux trafic a été traqué. . 1801-1806. interdit par des lois la prati­ que à leurs sujets. 2 Après l'abolition de la traite. 1 Importation du sucre des colonies anglaises des Indes occidentales : 1° Avant l'abolition de la traite. 1.520 - 1829-1854. J'appelle un autre résultat très-considérable cette con­ viction que l'entière abolition de la traite ne sera réelle­ ment opérée que par l'entière abolition de l'esclavage. promis la suppression à leurs alliés. . 262.190.312 L'ESCLAVAGE. p u n i . . ce commerce qui était l'apanage des rois est considéré comme un c r i m e . Rev. par des traités.028 — 1823-1828. . .566. la liberté plus facile.730 kil. Je travail servile augmentant de prix. 1.197. 1..171.851. circon­ scrit.590. p. .990. on trouve toujours moyen de se la procurer.

écrit en 1 8 5 7 au commodore T r o t t e r . 11 n e signale a u c u n a b u s . 8 juin 1800. Il déclare m ê m e q u e le capipas largos. de navires venant de l'île de la Réu­ nion. p o u r engager des nègres rachetés et affranchis.) . (Discours de M. avec des permissions et des agents du gouvernement français. et. de tout poste où flotte un d r a p e a u anglais s u r u n e maison consulaire.L'IMMIGRATION. consul à l'île Maurice. pen­ dant quatre heures environ le matin. sont parties des dépêches q u i s e m b l e n t calquées les unes s u r les a u t r e s . 0 0 0 esclaves à Cuba chaque année. OU L'ENROLEMENT DES NOIRS LIBRES SUR LA COTE D'AFRIQUE. et cependant o n importe au moins 3 0 . c o m m a n d a n t l a station de la côte orientale d'Afrique. Depuis que les Français se p e r m e t t e n t d ' e n r ô l e r des nègres s u r les côtes de l'Afrique. il y a un calme plat qui donne aux. Or l'esclavage n'est pas partout aboli. et les nations qui l'ont aboli se livrent. steamers une grande supériorité sur les vaisseaux à voiles. Sunley. q u e l'on accuse d'être u n retour à la traite. p o u r s i g n a l e r l'arrivée aux Comores. à Oïbo. Q u ' e n faut-il p e n s e r ? II L'IMMIGRATION. 313. à J o h a n n a . p o u r p r o c u r e r à l e u r s colonies u n s u p p l é m e n t de travailleurs. au r e c r u t e m e n t d'Afri­ cains libres connu sous le n o m d'immigration. à destination de l e u r s colonies. Le Vont souffle presque toujours dans la même direction. Ainsi M. Chambre des communes. Cave.

en 1822. à tirer de l'intérieur des esclaves au lieu des productions du sol. sur l'ancienne Côte des Graines entre le cap Pal mas et Sierra-Leone. fondée. où 2 les noirs seuls sont citoyens.p r é sident Roberts était payé pour seconder la traite. est loin d'être un m o d è l e . parce que les instructions daient expressément. pour approvi­ sionner sur la côte le marché des travailleurs. Liberia est aussi chère à ceux qui veulent l'abolition qu'à ceux qui la repoussent. de chercher à profiter des rachats de nègres opérés par la France. la république de Li­ beria n'est qu'une illusion. Aussitôt le comm'odore Trotter écrit à l ' a m i r a u t é 1 : « Il n'y a aucune tentative de transport d'esclaves a u t o u r du cap de BonneEspérance. Enfui il n'est pas douteux que l ' e x . ou envoie ainsi en Afrique des hommes nés en Amérique. On connaît la singulière petite république de Liberia. Mais il est fort à regretter que le gouverne­ ment français persiste dans son système d'émigration des noirs de la côte est d'Afrique vers l'île de la Réunion. » Nous trouvons les mêmes doléances partant de la côte occidentale de l'Afrique. et éloigner la race noire. On s'y débarrasse des noirs les plus paresseux ou les plus turbulents. et ne sont pas fâchés d'éloigner de leurs esclaves la vue de noirs libres. quand le coton est en baisse. ainsi que plusieurs hauts . du gouvernement le lui défen­ Cependant il ajoute qu'il ne pourra empêcher les sultans indigènes. par les abolitionnistes américains pour y réexporter des noirs libres sur leur terre natale. selon les espérances de M. qui le lui proposait. de former sur la côte des dépôts d'esclaves. 1 Journal de commerce de New-York.) a refusé de stationner à Maroni (îles Comores) et de donner le temps au sultan. de l'Aurélie. sys­ tème qui porte naturellement les chefs. 2 Comme essai pour abolir graduellement l'esclavage aux États-Unis. m a l g r é les traités qui les lient envers l'Angleterre. Cette république. Clay. laine Durand. 6 avril 1858.314 L'ESCLAVAGE.

000 â m e s . u n c e n s d'éligibilité. M. elle g r a n d i t . lord Brougham interpella le gou­ v e r n e m e n t s u r l'importation des nègres dans les colonies françaises. d o n n é m i l l e uniformes de zouaves. u n corps j u d i c i a i r e inamovible . elle a u n e constitu­ tion. d ' u n de ces e x p l o r a t e u r s . u n sénat. et envoie des explora­ teurs à l ' i n t é r i e u r . 550-505. u n p a r l e m e n t électifs. et à se faire e n t r e eux des g u e r r e s de pil­ lage p o u r s'approvisionner d ' é m i g r a n t s . Liberia n'est intéressant que comme expérience de ce que peuvent les nègres pour se gouverner et travailler. Or c'est dans u n e lettre. près d e 400. George Seym o u r . toutes les a r d e u r s des vieux abolitionnistes d u p a r l e m e n t et de la C h a m b r e des lords. u n président. à recom­ m e n c e r l e u r vieille p r a t i q u e de la chasse aux nègres [kidnapping). « Il croit q u e l ' E m p e r e u r est t r o m p é . 315 Cependant elle d u r e . 50 écoles. datée de 1 février 1 8 5 8 . . u n collége. dit-on.L'IMMIGRATION. il es­ p è r e q u e les influences religieuses qui l ' e n t o u r e n t lui fonctionnaires. q u e j e lis ces lignes : « Le système français de c h e r c h e r des é m i g r a n t s s u r cette côte p o u r ses colonies i n d i e n n e s . elle compte onze villes. porte les chefs indigènes. V. p. ainsi l'Angleterre lui a fait présent d ' u n schooner. et la F r a n c e lui a. la Revue d'Edimbourg 1859. Enfin elle c h e r c h e à s ' a g r a n d i r . même clans de détestables conditions. voisins du cap Mount. Elle traite avec les nations de l ' E u r o p e qui e n t r e t i e n n e n t l'amitié p a r de petits cadeaux . envoyé à l'est dans le territoire de Pessay. 5 0 églises. Le 17 juillet 1 8 5 7 . » Il n ' e n fallait pas tant pour q u e la F r a n c e fût h a u t e ­ m e n t accusée e n Angleterre de ressusciter la traite des esclaves et p o u r réveiller tous les échos des meetings d'Exeter-Hall.

tuer tous les matelots. Cependant l'opinion n'était pas encore fort émue . et malgré la régularité de ses papiers.316 L'ESCLAVAGE. après avoir passé deux jours et deux nuits au milieu de ces noirs révoltés. Lord Clarendon répond qu'il est très-occupé de ces faits. survenus en 1838. lord Harrowby. que les nègres sont incapables de comprendre le contrat qu'on leur propose. car­ ie Times du 18 juillet. des Brulais. en dehors de la zone légale. chirurgien du navire. de Nantes. Le premier est la révolte des noirs émigrants et le mas­ sacre de l'équipage de la Reigina-Cœli. qu'il veille. démontreront que cette importation ressuscite la traite. et n'a survécu qu'à force de courage et comme par miracle. qu'il a écrit au gouvernement français. incident qui a forcé le gouverne­ ment français à envoyer devant Lisbonne deux vaisseaux . que les chefs se livrent. par les autorités portugaises. Il propose u n e adresse à la reine. et finit par déclarer que chaque pays doit agir en cette matière comme il l'entend. L'adresse est adoptée. allègue quelques a r g u m e n t s pour et contre. à toutes les horreurs imaginables. » Lord Malmesbury. Les journaux de juin 1858 ont tous reproduit les émou­ vants détails écrits par un témoin du massacre. en rendant compte de la séance. ont animé l'o­ pinion et ravivé le débat. véritables bêtes fauves. cap­ turée ensuite par un navire anglais et menée à Monrovia. pour les amener à la côte. l'appuient. Mais deux incidents. qui a vu couper en mor­ ceaux le maître d'équipage. Le second incident est celui du Charles-Georges. M. cap­ turé sur la côte du Mozambique.

qui ont accusé de nouveau la F r a n c e de se livrer à la traite. p o u r être ici t r è s . C'est le moyen de p e u p l e r des terres insuffisamment habitées. Nous avons assez parlé 1 de l ' i m m i g r a t i o n ailleurs. 2° p a r c e q u ' u n e partie d e s a n c i e n s maîtres étant devenus plus actifs. on n'avait rien trouvé de mieux p o u r r e m p l a ­ cer les Africains que d ' a u t r e s Africains. à Rio de Janeiro c o m m e à la Nouvelle1 Liv. III. artisans ou v a g a b o n d s . on doit persévérer dans ce système. plus i n d u s I r i e u x . 317 de g u e r r e . Nous avons établi que la nécessité de l ' i m m i g r a t i o n n'était pas n é e de l ' é m a n c i p a t i o n des esclaves. il convient d'y r e n o n c e r . I. mais après bien des difficultés. . m a l g r é ses avantages. E n est-il a i n s i ? Le système d ' i m p o r t a t i o n des noirs libres est-il u n r e t o u r involontaire à la traite? Si cela est faux. la classe agricole a d i m i n u é . à la J a m a ï q u e c o m m e à Cuba. V . liv. m a l g r é les a p p a r e n c e s . II.b r e f . Si cela est v r a i . Mais l ' a b o ­ lition de l'esclavage a u g m e n t e cette nécessité de deux façons : 1° parce q u ' u n e partie des anciens esclaves étant devenus propriétaires.L'IMMIGRATION. Nous avons enfin m o n t r é q u ' a u x Antilles c o m m e à Bourbon. d e cultiver des terres insuffisamment cultivées. la c o m m a n d e de travail a a u g m e n t é . et à travers un d é c h a î n e m e n t de cla­ m e u r s et d'insultes des j o u r n a u x a n g l a i s et p o r t u g a i s . e t s'est enfin t e r m i n é p a r u n e juste satisfaction r e n d u e à notre droit et à notre pavillon. Nous avons encore établi q u ' a p r è s avoir essayé de toutes les races. ch. à Charleston c o m m e à S u r i n a m . chap.

le cri unanime de tous les propriétaires appe­ lait. on vend. on amène. à la liberté qui débute par un exil et p a r un engagement de travail. la caravane. ayant le choix. J . mais qui commence de m ê m e . Orléans. On prend. brésilien. une large immigration de travailleurs. a n g l a i s . en plusieurs points. et que tous l e s gouvernements. que l'enrôlement des noirs libres était. autorisaient. américain. au lieu d'aller à l'esclavage. la vente. C'est supposer bien de la déli­ catesse à ces affreux petits souverains. hollan­ dais. il va à la liberté. Elle offre d'ailleurs. espagnol. les mêmes d a n g e r s . 1 . C'est oublier s u r ­ tout que les négriers payent plus cher u n esclave p o u r le revendre que les agents de l'émigration ne peuvent payer un engagé dont le contrat sera très-court. le très-remarquable article de M. Or l'immigration est un drame qui finit autrement. comme le moyen unique du salut ou du progrès. Est-il vrai que ce besoin impérieux entraîne forcément à ressusciter la traite? 1 On a dit au c o n t r a i r e . parce que les chefs indigènes. l'émigration ne prévaudra jamais s u r la traite. Qu'est-ce que la traite? Un drame en cinq actes : la capture. Delarbre. l'esclavage. encourageaient. la traversée. et réglaient cette opération. on emporte le noir .318 L'ESCLAVAGE. un moyen d'éteindre la traite. S'il en est ainsi. f r a n ç a i s . V. L'immigration afri­ caine et ta traite des noirs. préféreraient livrer leurs esclaves à des négociants honnêtes pour être affranchis qu'à des négriers cruels. seulement.

à la chasse et à la g u e r r e . p o u r les satisfaire. 319 Comme la traite. et t r o q u e n t ce qui l e u r reste contre des denrées ou de l'or. 2° L ' e n g a g e m e n t par rachat préalable est à l'abri de tout reproche de la part de ceux qui engagent après avoir affranchi. mais de la part de ceux qui p r e n n e n t et qui vendent. Pas de règlement assez m i n u t i e u x . seulement cette voie est lente et insuffisante. lorsqu'il s'agit d ' u n con­ trat passé sous l'équateur.L'IMMIGRATION. il ressemble a b s o l u m e n t à la t r a i t e . l ' i m m i g r a t i o n a m è n e des acheteurs à d ' h o r r i b l e s vendeurs qui se livrent. contrat qui consiste d a n s q u e l q u e s mots adressés p e n d a n t quelques m i n u t e s p a r u n i n t e r p r è t e intéressé à un captif i g n o r a n t et terrifié. Enfin. d a n s les anciens procédés de la t r a i t e . et q u i ont en général h o r r e u r de q u i t t e r le sol où ils ont p o u r ­ tant toujours souffert. poussent p a r le fouet leurs c a p ­ tifs en troupeaux. pas d ' i n ­ tervention de l'État assez sûre. Elle con­ duit à la liberté s u r u n e t e r r e é t r a n g è r e des m a l h e u r e u x qui ne savent p a s bien ce q u ' o n leur d e m a n d e . lesquels décident de la vie d ' u n m a l h e u r e u x qui change de m a i n s sans se douter seulement qu'il c h a n g e de sort. loin de la j u s t i c e et des n o ­ taires. pas de protection assez forte. peu à peu elle deviendra l'affaire de c o m m e r ç a n t s sus­ pects ou d'agents infidèles. En résumé : 1° L ' e n g a g e m e n t des noirs en état de liberté préalable m e semble parfaitement légitime . à m e ­ sure q u e la surveillance et l'opinion s ' e n d o r m i r o n t . confiée à des m a i n s hon­ nêtes sous des r e g a r d s vigilants p e n d a n t quelques années. le noir est . et r e t o m b e r a bientôt. tuent les bouches inutiles.

à l'humanité et à la civilisation. et il m'a fallu. Si. J'ai reclamé énergiquement auprès du Portugal la restitution du Charles-Georges. vient de se terminer. « Je VOUS prie donc de rechercher la vérité avec le zèle et l'intelli- . J'ai confiance dans ceux qui rachètent. des travailleurs recrutés sur la côte d'Afrique. mais inefficace. mais j e m e défie de ceux . mire ceux qui qui transportent surveillent j'honore. est loyale et pénible. « Mais. et si cet enrôlement n'est autre chose qu'une traite déguisée. j e désire vivement qu'au moment même ou le différend avec le Portugal. au prince chargé de la direction des colonies : « S a i n t . j'ad­ . quant au principe de l'engagement des noirs. mes idées sont loin d'être fixées. Des faits nombreux et horribles le prouvent. 3° La surveillance. le 30 o c t o b r e 1858. je n'en veux à aucun prix. « Mon cher Cousin. parce que je maintiendrai toujours intacte l'indépendance du drapeau na­ tional. la conviction profonde de son bon droit pour risquer de rompre avec le roi de Portugal les relations amicales que je me plais à entretenir avec lui. engagé librement. en 1 8 5 8 . dans cette circonstance. j ' a i des doutes sur le consentement de ceux qu'on vend. la question de l'engagement des travailleurs libres pris sur la côte d'Afrique soit définitivement examinée et résolue d'après les véritables principes du droit et de l'humanité. organisée p o u r r é p r i m e r les a b u s . en effet. j e suis convaincu de la b a r b a r i e de ceux qui vendent . n'ont pas de libre arbitre.C l o u d . Car ce n'est pas moi qui protégerai nulle part des entreprises contraires au progrès.320 L'ESCLAVAGE. mais il n'est pas a m e n é l i b r e m e n t à la côte. Ces motifs sérieux et ces s c r u p u l e s trop fondés ont in­ spiré la lettre adressée p a r l ' E m p e r e u r . à propos du Charles-Georges. j e crois peu au r a p a t r i e m e n t .

les négociations qui avaient été entamées il y a quelques mois. etc. La loyauté de nos sujets sera-t-elle assurée par leur séjour dans une nation étrangère. a u c u n travailleur n e vaut l'Africain. c'était du moins livrer les forts pour épargner les faibles . l'Inde. g r â c e à 1 l'habileté d ' u n des délégués de l'île de la R é u n i o n . et. officina et ces réservoirs sont assez vastes p o u r q u ' o n n'ait pas le droit de se p l a i n d r e s'il est interdit de p u i s e r ailleurs. la discussion de la Chambre des communes le 8 mars 1860. mon cher Cousin. Cave : « Las-Casas a livré les noirs pour épargner les Indiens.L'IMMIGRATION. » II. gentium. Cependant. 0 0 0 I n d i e n s . et le dis­ cours de M. m a l g r é d ' a r ­ 2 dentes et injustes c r i t i q u e s . à la fin de ses tra­ vaux. assure à cette colonie 0 . Comment se le p r o c u r e r ? Comment r e n d r e licite u n e opé­ ration très n a t u r e l l e ? 1 M. Les négociations ont été reprises avec l'Angleterre p o u r l ' e n r ô l e m e n t des coolies.» Une commission a été n o m m é e . vous faites le con­ traire. « NAPOLÉON. je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde. 2 V. et. voilà deux terres immenses où les colonies peuvent trouver des travailleurs libres. je vous invite à vous entendre avec le m i ­ nistre des affaires étrangères pour reprendre. avec le gouvernement anglais. Imbaus. 321 gence que vous apportez à toutes les affaires dont vous vous occupez. L'une des stipulations du traité de 1 8 0 0 avec la Chine assure la liberté de recruter des Chinois. 21 . u n traité conclu à Londres le 2 5 juillet 1 8 6 0 . mais sans que les traités a n t é r i e u r s aient cessé de s'exécuter. Sur ce. comme la meilleure manière de mettre un terme à des causes con­ tinuelles de conflit serait de substituer le travail libre des coolies de l'Inde à celui des nègres. l ' e n r ô l e m e n t s u r la côte occidentale d'Afrique a été s u s p e n d u . et. et qui peut devenir hostile. La Chine.

Dieu soit loué ! Après tant de siècles d'iniquité sans r e mords. ni m ê m e u n e population suffisante. on peut l'attendre de l'exploration et d e l'évangélisation de l'Afrique. l'intérêt luimême prêche le devoir : ce que l'exploitation de l'Afrique n'a pas produit.L'ESCLAVAGE. la barbarie en Afrique. ce mot provoque sur bien des lèvres un sourire plein de tristesse et d'incrédulité. Ce point mérite de nous arrêter. il ne reste plus qu'à détruire la barbarie en Afrique. et ce grand nom arrête aussitôt le sourire défiant ou le soupir attristé de ceux qui accuseraient cette réponse d'être c h i m é r i q u e . l'humanité est ramenée par l'expérience à la justice. c'est le Créateur. après une lamentable série d'opérations coupa­ bles qui ont enfoncé l'Afrique dans l'abrutissement sans porter aux possessions de l'Europe ni des richesses d u ­ rables. dit-on. Telle est la réponse de l'illustre voyageur David Livingstone. ce n'est pas l'Europe. Si l'Afrique n'est pas civilisée. La civilisation africaine ! Je le répète. l'esclavage aux colonies est détruit. c'est celui qui . qu'il convient d'accuser. 322 Elle est criminelle par deux côtés : l'esclavage aux co­ lonies. III L'EXPLORATION ET L'ÉVANGÉLISATION DE L'AFRIQUE.

. 20 mai 1 8 4 4 . l ' h o m m e seul est infime et d i m i n u é . l'éléphant. q u e n o u s ne le 1 pourrions p a s . le général de Bellonet sur les crédits supplémentaires de l'Algérie. avec l e u r s g r a n d s yeux doux et niais. Nous le voudrions. il est l'hôte d'une d e m e u r e où tout est grandiose. intelligents. le baobab. 323 plaça s u r u n e terre inhabitable u n e population imper­ fectible. Ibid. . de tous les êtres celui s u r le front d u ­ quel l ' e m p r e i n t e du céleste ouvrier semble le p l u s effa­ cée. Que pouvons-nous devant ce m y s t è r e ? à peine le com­ p r e n d r e . les plus g r a n d s poissons q u i existent. Moniteur. le discours de M. n ' o n t pas c h a n g é depuis le c o m m e n c e ­ ment du m o n d e ? N'avez-vous point r e m a r q u é . L'Africain. à la suite du rapport de M. par M. les plus g r a n d s végétaux. leur sol est u n tas de b o u e . fiers. c o m m e u n e ironie mystérieuse? Voyez les Hollandais. p. d e g r a n d s a n i m a u x . Jules de Lasteyrie. fleuves. si les noirs. Français. de Corcelle. l e u r visage ridicule. q u a t r e mille a n s passeront encore s u r cette espèce q u i a le n o m de l ' h o m m e avec le r a n g de la bête. Est-ce notre faute si le climat de l'Afrique tue les blancs. p. leurs grossiers instincts. 1 6 3 5 . n'ont pas g r a n d i . n u l l e m e n t le modifier. 1 5 2 5 . au c o n t r a i r e . n o u s . voyez ces hom­ mes. de grandes le mimosa . le lion.L'AFRIQUE. C o m m e n t a r r i v e r au c œ u r de l'Afrique? Par l'Algérie ? 1 Note sue le commerce du Soudan avec le nord de l'Afrique. en sens contraire. V. de g r a n d s montagnes et de g r a n d s lacs . colossal . le t i g r e . dans la distribution des d o n s de Dieu s u r la t e r r e . q u i font h o n n e u r à n o t r e espèce et à son a u t e u r . Quatre m i l l e a n s ont passé.

sur les bords du lac Tsad. Ghadamès est. non moins que par le désert. composent comme une île entre l'Océan. et de Mourzouk au Bornou. des arachides. et si les cara­ vanes ont pour les aider des animaux doués. avec des civilisa­ tions moins imparfaites. de douloureuse facilité de toujours souffrir. mais Constantine ou Tuggurt. du moins. Veut-on pénétrer par les côtes orientales et occiden­ tales? Il n'est presque pas un point de ces côtes où. elles arrivent à Mourzouk ou à Ghadamès. la mer Rouge et cet autre océan qu'on n o m m e le désert. De Tripoli. Pourquoi s'exposer à tant de fatigues? pour échanger non plus comme autrefois des esclaves. la dyssenterie. comme les noirs. à travers le vent et le sable. lu mort. l'épuisement. ou des hommes plus dangereux que la n a t u r e .324 L'ESCLAVAGE. elles s'avancent sous des rayons m e u r t r i e r s . il faut encore quarante jours de marche pénible . sont bien loin au nord. Les quatre contrées qui occupent. de mauvais coton. attirés d'abord par un beau ciel. rapprochée de la Méditerranée. la Méditerranée. de riants ombrages ou de sé­ vères aspects. de . et mena­ cées à chaque pas de la rencontre d'animaux dange­ reux. il faut cin­ quante jours de Mogador à Tombouclou. mais un peu de g o m m e ou d'ivoire. aspirant à rencontrer de loin en loin un peu d'eau dans le fond d'un puits quelquefois tari. les Européens ne rencontrent la fièvre. Les rares marchandises de l'Europe qui se dirigent vers le Soudan et la Nigritie abordent à Mogador ou à Tripoli. le nord de l'Afrique. séparées du Soudan par les Maures et les Touaregs.

nous avons e n t e n d u les admirables définitions de M. d a n s l ' h u m b l e réalité des faits. plus précieuse que la vie de cent n è g r e s ? A ces paroles décourageantes. des fusils. des verroteries et des ca­ denas. de la p o u d r e d'or. Guizot s u r le double m o u v e m e n t individuel et so­ cial q u i constitue le p r o g r è s des nations. Est-ce la peine de d o n n e r p o u r ces résultats douteux ou m e s q u i n s la vie d ' u n E u r o p é e n . et. u n bûche­ ron des Alpes. nous laissons t o m b e r s u r les habitants du Darfour ou du Congo u n regard de pitié dédaigneuse. ou du Toukouleur du Sénégal ! Avezvous quelquefois pensé à la condition de l ' i m m e n s e m a ­ jorité des h u m a i n s ? Sur les vingt-quatre heures du j o u r . c'est-à-dire à s ' e m p ê c h e r de m o u - . contre des étoffes. en quoi donc diffère l e u r condition de celle d u Malokolo visité par Livingstone. le Lapon dans ses glaces. le batelier chinois. le c h e r c h e u r de d i a m a n t s du l'Indien du Mexi­ Brésil. est-ce que tous les plus petits de la famille h u m a i n e n e se ressemblent pas b e a u c o u p ? Un paysan de la Sologne. Nous sommes h a b i t u é s à u n idéal élevé de ci­ vilisation. j'oppose les instincts de la foi et les leçons de l ' e x p é r i e n c e .L'AFRIQUE. portant nos idées e n c o r e bien au-dessus de nos usages. l'indigo. placés si haut. 325 des p l u m e s d ' a u t r u c h e s . Mais. la moitié se passe pour tous les h o m m e s à se r e p o s e r . à se n o u r r i r . q u e . à se vêtir. Que Dieu ait fait sans dessein des populations si n o m ­ breuses s u r u n e t e r r e si belle. le coolie des m o n ­ tagnes de l'Inde. le m i n e u r de la Sibérie. je ne puis le croire sans l'outrager. le Baskir de l ' O u r a l .

sur le sol de l'Afrique. une route. et leur origine fut la m ê m e . quelques-uns étaient plus intelligents. au contraire. . et j ' e n conclus aussitôt qu'il est des­ tiné par Dieu à être le précepteur des autres. un marché ou des mar­ chands. presque tous les peuples se sont élevés. je trouve (encore n'est-ce point p a r t o u t . les antiquités de l'E­ thiopie valent bien les antiquités péruviennes. ou la demeure d'eux-mêmes et des autres. ne fût-ce que pour un moment. et au commencement. n'est-ce point depuis longtemps) une église. an-dessus de leur misère native . la raison. ils se sont perfectionnés eux-mêmes . une école. rir. La condition des habi­ tants du continent africain n'est ni plus haute ni plus basse. toutes les races semblent parties du même degré. la révélation. et le lourd travail que le besoin de ne pas m o u r i r impose ainsi sur presque tous les hommes les tient courbés de la m ê m e façon sous le poids d'une m ê m e destinée. ni par les noirs seuls. on ne rencontre pas des sociétés. A qui l'habitant doit-il tout cela ? A la civilisalion . Sur un million d'hommes. Il est vrai. ils ont aidé les autres. Je conviens que l'Européen l'emporte sur toutes les races par la raison. c'est qu'il appartient à une société régulière. neuf cent mille au moins s'occupent de préparer la nourriture ou le vêtement. Dans le plus mi­ sérable village de l'Europe.326 L'ESCLAVAGE. Or. l'éducation. l'avanlage incomparable du paysan de la Sologne sur ses pareils en misère à travers le genre h u m a i n . on rencontre une population. car ils n'y travaillent pas . et de qui procède la civilisation? de trois causes fondamentales. Je vois des climats qui ne peuvent être habités ni par les blancs seuls.

Je vois enfin que Dieu a confié le flambeau de la foi c h r é t i e n n e à la race qu'il avait chargée de civiliser les a u t r e s . férocité. q u e savons-nous de l'histoire de l'Afrique? Hérodote en a dit un m o t . a b r u t i s s e m e n t . Ce que les classes supérieures sont aux classes in­ férieures dans u n e société réglée. a u r a i t pu p e u p l e r et civiliser les terres tropicales. lequel de ses devoirs l ' E u r o p e a-t-elle j a m a i s rem­ pli envers l'Afrique? Quel bien lui a-t-elle p o r t é ? Quel mal ne lui a-t-elle pas fait? Quel intérêt l ' E u r o p e p r e n d elle à l'Afrique? A part les annales des contrées qui font face à rope. sortie du m é l a n g e de leur sang. q u i . et b e a u c o u p . quelques correspondances de navigateurs portu­ gais. Or. et j ' a p e r ç o i s u n e race m é ­ tisse. dans cet i m m e n s e intervalle. quelques tentatives abandonnées de missions ou de comptoirs. siècles après lui q u e n o u s en avons appris u n peu d a v a n t a g e . p l u s intelligente q u e l ' a u t r e . fétichisme. pillage. J'en conclus q u e le r a p p r o c h e m e n t et le m é l a n g e de ces races était dans les vues de la Providence. q u i se r é s u m e n t toujours ainsi : misère. ne n o u s ont apporté que des détails inexacts ou i n c o m p l e t s . C'est vingt-trois l'Eu­ Rien. Que savons-nous de sa géographie? Jusqu'à ces der­ niers t e m p s . quelques relations à moitié fabu­ leuses. esclavage. les cartes d'Afrique étaient remplies par ces deux mots : Vaste désert. p l u s vigou­ reuse q u e l ' u n e . 327 car ils n'y progressent p a s . contrées inconnues. m é d i a ­ trice de la civilisation entre le Créateur et ses c r é a t u r e s ici-bas. et j'en conclus encore q u e la pro­ pagation de l'Evangile est la mission de l ' E u r o p e . l ' E u r o p e l'est a u g e n r e h u m a i n dans le m o n d e .L'AFRIQUE.

où le règne animal est représenté par des tigres et des ser­ pents. le soleil un brasier dévastateur. des Numides. Qu'avons-nous fait pour porter dans ces ténèbres le flambeau de Jésus-Christ? Voici la réponse d'un savant et 2 religieux écrivain : « L'Afrique semble ne rappeler à la religion que des souvenirs fu­ nèbres : Cinq siècles d'efforts pour que la croix. comme on tire le charbon des entrailles de la mine pour l'entasser. 452. à cet aspect général.328 L'ESCLAVAGE. le vendre et le con­ sommer. (Jugurtha. p. des Mèdes et des Phéniciens.) 2 Vie du P.. 1 Après quelques mots sur les établissements des Gétules. nous avons tiré ces masses noires de leurs retrai­ tes inconnues pour les consacrer à fournir à nos déjeu­ ners du café et du sucre. Qu'avons-nous fait pour cette population? Nous en avons fait u n article de commerce. 19. XVIII. chap. agitare . 1 d'honnêtes gens demeurent persuadés avec Salluste . vu. post eos AEthiopos esse. parDomPitra. Salluste ajoute : « Super Numidiam Gœtulos accepimus partim in tuguriis. des Perses.. et que la civilisation n'a fait qu'augmenter de toutes les misères de l'esclavage. Pendant plusieurs siècles. la rapidité avec laquelle des chrétientés florissan­ tes ont disparu par des catastrophes inouïes. 1855. qu'une prédestination de malheur plane mystérieusement sur ce vaste continent. . et l'espèce humaine par une variété féroce ou stupide de l'espèce des singes. tant de fléaux que la barbarie fait peser sur ces peuples. s'y plante sur un petit nombre de points. que cette partie du monde est u n e région maudite où la terre est un sable stérile. en Afrique. alios incultius yagos. dein locu exusta solis ardoribus. On dirait. les ruines amoncelées par­ tout depuis les Thébaïdes de l'Egypte jusqu'à la dernière des cinq cents églises de l'Afrique chrétienne. Libermam.

la cupidité et l'ambition des nations chrétiennes. Quatorze millions d'âmes n'ont pu disparaître de ces côtes sans exaspérer toutes les tribus inté­ rieures. En 1547. sans fomenter parmi elles d'abominables guerres. sans succès. mœrorem si fas est dicere. A diverses reprises. quia sine duce. omnia. » Comment le christianisme aurait-il pu s ' é t a b l i r ? « La traite enlevait par 100. précisément les tribus évangélisées par les missionnaires. et abordé sur tous les rivages. 329 « Sur la côte occidentale. desunt : desunt existunt concepi. sous une invasion de tribus féroces. Il paraît que de bonne heure les Normands y ouvrent des comptoirs sans que la bonne nou­ velle y soit annoncée. desunt illos instruendi. sine cruee inveni. on ne voit arriver aucun de ces apôtres qui ont suivi toutes les routes des anciens navigateurs.. sans atta­ cher au nom chrétien un odieux ineffaçable. sunt omnino ob defectum ignari. aucun de ces missionnaires irlandais qui ont fouillé les îles cl les mers. un évêché du Congo. ecclesiae. » Voici ce qu'écrivait à la P r o p a g a n d e .. à la fin du quin­ zième siècle. Les Franciscains et les Dominicains se partagent ce champ nouveau avec une grande émulation de zèle. chaque année.. en 1 8 1 9 .000.. à fin du dixseptième siècle. un évoque à la suite d ' u n e visite à la mission d'Angola : « Illam aspexi.L'AFRIQUE. Omnia et qui quia omnes vel . La déso­ lation se consomme par le fanatisme des Hollandais. les Capucins français et les Franciscains espagnols font de nouvaux efforts. puis tout disparaît dans une guerre civile. avant l'arrivée des Portugais. quatre Jésuites tentent. une dynastie de rois chrétiens. de relever cette Église. et par les conquêtes des Anglais. pendant plus de quinze siècles. au siècle d e r ­ nier. la Compagnie de Jésus. on voit des églises nombreuses. sine luce. lacrymas effudi. 11 n'est pas nécessaire d'ajouter à ce fléau le spectacle scandaleux des mœurs européennes. sacerdotes.

on ne peut s'empêcher de prévoir que. Lorsqu'on regarde la carte. Tout manque : les prêtres. La religion est presque éteinte. Partout. la religion. parce qu'on ne peut l e s instruire. dirutae sunt. elles ont reçu de l'Europe l'islamisme qui les stérilise. le commerce. L'Afrique avait des races blanches. et que ceux qui existent sont tout à fait i g n o r a n t s . l'Asie paraît désignée à l'influence de la Russie. détruites ou ruine. Ah ! si nous ne pouvions lui faire du bien. comme l'antique partage des fils de Noé. tincta . où quelque tentative sérieuse a été essayée. vel quasi dirutae apparent. en effet. Par u n odieux échange entre les habitants des deux continents. du moins pourquoi lui avoir fait tant de mal ! Mais est-il vrai que le bien soit impossible? Grâce au ciel. le contact avec la race blanche. j'ai g é m i . l'islamisme s'est allumé. elles ont reçu de l'Europe la traite qui les voue à la guerre et à l'abrutissement. nous leur portons des vices. l'Amérique et l'Australie à l'activité envahissante de la race anglo-saxonne. . 1 Je l'ai v u e . et l'Afrique n'a pas cessé de recevoir de l'Europe l ' h o r r e u r de tout ce qui pouvait la civiliser. si un nouveau partage de la terre entre les enfants du Christ se p r é p a r e . le travail. qu'il faut toujours avoir sous les yeux dans toutes ces questions. car c'est Dieu qui a dessiné la carte du monde. l'aurore de jours meilleurs semble s'être levée. les églises. sans foi. trouvant tout à peu près sans loi.330 L'ESCLAVAGE. l'Afrique au génie civilisateur des races latines ayant à leur tète la France. ils nous donnent des maladies. j'ai pleuré. l'Afrique avait des races noires . 1 Religio est pene ex- » Pendant que le christianisme s'éteint. elle a réussi. sans c r o i x .

Chambre de commerce d'Alger par M. Avant la conquête de l'Algérie p a r l a France. à R'damès. Revue de Bonnemain do­ l'Orient. 1 8 0 0 . 3 Bulletin officiel des colonies. Le r a p p o r t qui précède le décret d u 3 2 5 j u i n 1860 est ainsi c o n ç u : SIRE. et le Soudan. Jules Delarbre la connaissance de ces documents. ni le désert.331 L'AFRIQUE. de Colomb. les caravanes qui ap­ portaient les produits du Sahara et du Soudan sur les marchés d u nord de l'Afrique se dirigeaient. 446. — Route de Tuggurt à Tombouctou. n° 8 5 . Sans doute. E n 1 8 5 1 . par M. traduits par M. — Explorations Barges. Benoist-d'Azy. lorsque nous avions à combattre les Arabes pour é t e n ­ dre et faire accepter notre domination. p. — Du c o m m e r c e de l'Algérie avec l'Afrique centrale. 2 Rapport de M.— Le Sahara arabes. du commandant de M. Je dois à M. on niait q u e ces c o m m u n i c a ­ tions fussent pratiques ou désirables. 1800. — Voyage 1856-1857. décret n° 1 0 2 5 . 1869. q u i est la d o u a n e . u n e a u t r e commission officiel le craignait q u e les i n c u r s i o n s des po­ pulations m a h o m é t a n e s n'y missent u n obstacle i n s u r ­ 2 m o n t a b l e . Tunis ou le Maroc. Carette. et la frontière du sud de l'Algérie est ouverte à l'importation en fran­ chise de droits aux produits n a t u r e l s et fabriqués du Sahara et du S o u d a n . 5. selon leurs besoins ou leurs sympa­ thies. E n 1 8 6 0 . le m i n i s t r e des colonies d e m a n d e à l ' E m p e r e u r d'abaisser u n e troisième b a r r i è r e qui n'est ni l'Arabe. cuments lorsque le pays ne pouvait par le général Daumas. à la . etc. vers Alger. l'abbé février et juin 1853. 1 8 4 5 . — Rapport sur le même sujet. Cherbonneau. p. 1 Le Sahara. 1 8 5 8 . En 1 8 4 5 . Des expéditions h a r d i e s de nos officiers o n t prouvé q u e les communications pouvaient être établies e n t r e l'Algé­ 1 rie et le S o u d a n . Ce g r a n d m o u v e m e n t est c o m m e n c e .

enfin ces Touaregs. le courant commercial qui exis­ tait jadis entre le centre de l'Afrique et les contrées que nous occu­ pions dut s'en détourner et s'écouler vers la Tunisie. C'est cette barrière. dont quelques-uns de nos intrépides voyageurs ont plus d'une Ibis cherché à pénétrer le mystère. Tripoli ou le royaume de Fez. Déjà tes chefs des Touaregs sont venus jusqu'à Alger. Le moment est arrivé de nouer des relations commerciales avec ces contrées. nous avions devant nous des populations qui ne comprenaient ni nos desseins ni les avantages de notre civilisation. enrichir les marchés algériens et leur demander en échange tout ce que notre industrie saurait leur offrir. la première chose à faire. Pour seconder un mouvement qui ne peut être que profitable à tous nous intérêts. Mes collègues des départements d e s finances el du commerce ont pensé avec moi que rien ne s'opposait à ce qu'il en fût ainsi. ils ont exprimé hautement leur admiration pour l'abondance et la variété des marchandises que nos magasins étalaient à leurs yeux. lorsque. ils ont compris de quelle protection. Mais aujourd'hui que la paix est rétablie. rien ne s'opposerait à ce que les caravanes chargées des productions du Soudan vinssent. que je viens demander à Votre Majesté de vouloir bien détruire. se sont montrés tout disposés à ramener vers l'Algé­ rie une partie de leurs caravanes. c'est d'autoriser sur la frontière du sud de l'Algérie la libre introduction en franchse de toutes les productions du Soudan et du Sahara.332 L'ESCLAVAGE. où ils ont pu se faire une idée de notre civilisation. enfin que la renommée de nos armes et des bienfaits de notre puis­ sance a pénétré au delà du déserf. et ils ont . et à transporter les objets d'échange. Sire. Sire. douanière de 1845 n'y avait opposé un obstacle infranchissable. que les routes les plus sûres sont celles qui traversent le territoire soumis à notre autorité. de quelle justice. en frappant d'une prohibition absolue tout ce qu'elles pourraient nous apporter. présenter la sécurité indispensable au commerce. dont l'indus­ trie consiste surtout à servir d'intermédiaires entre les négociants du nord de l'Afrique et les producteurs du Soudan. comme autre­ fois. le commerce était entouré. enfin. si la législation.

L'AFRIQUE.

333

donné leur entière adhésion à un projet de décret qui, tout en mainte­
nant les dispositions de la législation antérieure, quant à l'introduc­
tion, sous certains droits, des produits arrivant par les frontières de
l'est et de l'ouest, et destinés à rencontrer les similaires en Algérie,
lève toutes les prohibitions qui frappent les produits du centre de l'A­
frique et les affranchit de toute taxe.
Inspiré par les vues libérales de l'Empereur, ce décret que j'ai l'hon­
neur de soumettre à l'approbation de Votre Majesté, a pour but de
procurer de nouveaux débouchés à notre industrie, d'étendre ses rela­
tions avec des contrées presque inconnues jusqu'à ce jour, et d'ouvrir
ainsi de vastes horizons à la bienfaisante influence de notre civili­
sation .

« Malgré la supériorité n o n contestable des p o p u l a ­
tions m a h o m é t a n e s s u r celles qui sont encore soumises
a u x superstitions du fétichisme, ce n'est p r o b a b l e m e n t
pas p a r cette voie q u e la civilisation peut p é n é t r e r dans
l ' i n t é r i e u r de l'Afrique...
« La religion m a h o m é t a n e immobilise tout ce qu'elle
t o u c h e ; elle est e n n e m i e de tout p r o g r è s , de toute action
des populations chrétiennes plus é c l a i r é e s . . . Les relations
sont p l u s faciles avec les côtes. »
Dans le r a p p o r t qui contient ces paroles, r a p p o r t qui
est u n véritable chef-d'œuvre de précision, de savoir et
d ' h u m a n i t é , le président de la commission du c o m m e r c e
1

et des comptoirs d ' A f r i q u e , M. Benoist d'Azy, a parfai­
tement établi q u e p r e s q u e tous nos établissements u n p e u
sérieux sur ces côtes avaient réussi ou pouvaient r é u s s i r .
Il attachait déjà u n e haute i m p o r t a n c e à la possession
du Sénégal, possession plus précieuse q u e la Guyane, qui
1

Sur toute la côte occidentale, nous avons autrefois possédé 2 1 forts ou

comptoirs. [Notices,
II.

par M. Roy, p. 7 7 . )
21 *

334

L'ESCLAVAGE,

nous assure, avec le monopole du commerce de la g o m m e ,
la navigation exclusive d'un grand fleuve qu'on peut re­
monter jusqu'à 240 lieues de son embouchure et bordé
de populations actives et nombreuses. Cependant à cette
époque les Français établis à Saint-Louis, près de l'em­
bouchure du Sénégal, avec un comptoir à Bakel, dans le
haut du fleuve, et une succursale à Sénoudébou, dans le
Falémé, étaient des commerçants plutôt que des posses­
seurs, et les Maures de la rive droite les inquiétaient sans
cesse. A partir de 1854, après les luttes glorieuses diri­
gées par le colonel Faidherbe, nous sommes devenus les
maîtres du Sénégal, depuis les cataractes du Félou j u s ­
qu'à Saint-Louis, c'est-à-dire sur u n e longueur de plus de
1,000 kilomètres. Le gouvernement ne paye plus de tri­
b u t , a signé des traités, et possède en paix de vastes ter­
ritoires. Le commerce augmente, l'agriculture se déve­
loppe. Il n'y a plus d'esclaves.
A la pointe du cap Vert, l'île de Corée devient u n en­
trepôt libre de plus en plus important, duquel relèvent
les comptoirs de Portendick, Sedhiou,

l'île de

1

Caravane .

Sur la grande côte de 800 lieues qui s'étend au-des­
sous de la Sénégambie, Grand-Bassam et Assinie se sou­
2

tiennent l'un l'autre et commercent avec la côte d ' O r ,
presque entièrement occupée p a r les Anglais et les Hol­
landais, et le pays des Ashantis, dont la capitale, Comassi,
n'a pas moins de 60 à 8 0 , 0 0 0 habitants ; plus au sud, le
1

Là est le principal établissement de M. Bocandé, qui a bien voulu me

donner des renseignements qui continuent pleinement tout ce que j'affirme
sur les progrès du commerce et du travail libre.
2

Commerce et mœurs de la côte d'Or, par Peuchgarie

long cours. — Paris, Rouvier, 1857.

aîné,

capitaine au

L'AFRIQUE.

335

1

G a b o n est u n poste militaire indispensable à notre croi­
sière, et un comptoir d'avenir avec un port a d m i r a b l e a u
sein d ' u n pays fertile et p e u p l é . Ces comptoirs dépensent
p e u , la petite c u l t u r e s'y développe ainsi q u e le com­
m e r c e . Le commerce seul des arachides représentait, dès
1 8 5 1 , 5 0 , 0 0 0 tonneaux, employant 1 5 0 navires et 1 , 5 0 0
m a t e l o t s , moitié de la production de sucre d e s colonies.
S u r la côte orientale, à peu près p a r t a g é e , depuis la
m e r Rouge j u s q u ' a u Cap, entre les possessions de l ' i m a n
de Mascale et les magnifiques régions q u e délient n o m i n a l e m e n t et i n u t i l e m e n t le Portugal, nous ne possédons
r i e n , si ce n'est la petite île de Mayotte, où nous avons
aboli l'esclavage depuis 1 8 4 0 , et dont les p r o g r è s rapides
le seront plus encore l o r s q u ' u n e c o m m u n i c a t i o n r é g u ­
lière avec Bourbon a u r a été établie.
Nous n e p a r l o n s q u e des établissements de la F r a n c e ,
c'est-à-dire de la nation qui a le moins d e goût des établis­
s e m e n t s lointains. Ce serait faire p a r a d e d ' u n e érudition
stérile, car l'érudition n'est pas l'expérience, q u e d ' é n u m é r e r les comptoirs de l'Angleterre, dont le drapeau flotte,
non-seulement au Cap et à Sierra-Leone, mais s u r p r e s q u e
2

toutes les côtes occidentales , en m ê m e temps queses capi­
taines o b t i e n n e n t de chefs nombreux des traités que la d i ­
p l o m a t i e anglaise s e r r e avec soin d a n s ses portefeuilles
1

Rev. col, nouvelle série, XI, p . 5 8 2 ; XII, p . 1 2 6 ; XIII, p . 4G8 ; XIV,

p. 245.

2 Description nautique des côtes de l'Afrique occidentale, par M E .
Bouet-Willaumez, 1849. — Voyage du capitaine Guillain. — Carte d e
M. Brossard de Corbigny, 1 8 6 1 .
Depuis le cap Vert jusqu'au golfe de Biafra, l'Angleterre a douze comp­
toirs, la France deux.

L'ESCLAVAGE.

336

comme autant de créances à faire un jour valoir sur cette
portion encore sans prix du patrimoine des h o m m e s . Les
comptoirs réussissent à peu de frais, le commerce avec
les côtes et aussi avec l'intérieur, est déjà énorme.
La Hollande, l'Amérique, le Danemark, l'Espagne, le
Portugal, sont représentés sur ces mêmes côtes, et l'A­
frique connaît t o u s les pavillons de l'Europe. Le com­
m e r c e augmente précisément en proportion de la dimi­
1

nution de la traite. En 1848, M. l'amiral Bouet a dressé
une carte ingénieuse sur laquelle des lignes, qui suivent
les côtes occidentales de l'Afrique, indiquent par la diffé­
rence de leurs couleurs et de leurs largeurs l'impor­
tance sur chaque point du commerce de l'or (jaune,
d'Or et côte des Bissagots), de la gomme

côte

(jaune-pâle,

Sénégal), de l'huile de palme (vert, côtes des Graines, de
Sierra-Leone, d'Ivoire, de C;debar), du cuir (vert-pâle, côte
de Sénégambie), du riz, du maïs, des arachides (bleu, côte
des Graines), des bois (rouge, côte du Gabon), de la cire
(rose, côte du Congo, côte d'Angola), de l'ivoire

(blanc,

côtes de Benin, du Gabon, etc.), enfin du commerce des
hommes (noir,

côtes des Bissagots, des Graines, de Be­

nin, de Loango, du Congo, d'Angola, de Benguela). Si
l'on refaisait aujourd'hui cette carte, on verrait le noir
diminuer, et le rose ou le bleu augmenter dans une pro­
portion réciproque. Dès cette époque, le Sénégal qui avait,
en 1857, un mouvement commercial de 1 2 , 0 0 0 , 0 0 0 fr.,
le voyait s'élever à 2 5 , 0 0 0 , 0 0 0 en 1847, à 1 9 , 8 0 5 , 6 7 7
en 1 8 5 6 , et Corée, qui n'avait vécu que par et pour la
1

Commerce et traite des noirs aux côtes occidentales d'Afrique, par

M.Bouet-Willaumez, 1er janvier 1848.

L'AFRIQUE.

337

traite pendant deux siècles, et j u s q u ' à notre reprise de
possession en 1 8 1 8 , avait, en dix a n s , p l u s q u e triplé son
1

c o m m e r c e , et figurait dans les chiffres précédents p o u r
5 , 7 8 8 , 7 0 4 fr. en 1 8 4 3 , pour 8 , 5 9 7 , 4 9 7 en 1 8 5 6 .
Avant les comptoirs, j ' a u r a i s dû

n o m m e r les

mis­

sions.
Les populations de l'Afrique sont partagées entre u n
fétichisme stupide et un m a h o m é t i s m e b r u t a l .
Le m a h o m é t i s m e , q u i agonise en E u r o p e , g r a n d i t en
Afrique; il s'y m o n t r e , comme aux j o u r s de sa naissance,
envahissant,

g u e r r i e r , implacable. Avant u n siècle, si

l'Afrique n'est pas à Jésus-Christ, elle sera à Mahomet,
cl l'Europe comptera p e n d a n t de nouveaux siècles avec
ce r u d e e n n e m i ,

facile encore à devancer ou à sup­

planter.
Animée du zèle apostolique, soutenue par les aumônes
de l ' Πu v r e de la propagation

de la foi, la religion a éta­

bli, s u r cette terre infortunée, des missions courageuses,
phares de ces ténèbres, oasis de ce désert m o r a l .
Dans quelques maisons bâties en planches, aidés p a r
des subsides mesquins, sous u n ciel malsain, au milieu
d'indigènes qui ignorent la foi, et d'Européens qui la dés­
h o n o r e n t , quelques prêtres se relayent tout le long de la
côte, et, m a l g r é ces conditions ingrates, ils bâtissent des
chapelles, ils ouvrent des écoles, ils forment des forge­
r o n s , des tailleurs, des tisserands, des j a r d i n i e r s ; ils
évangélisent en six langues, ils empêchent les sacrifices

1

Notices, par M. Roy, p. 7 3 , 79. Gorée et ses dépendances ont été sépa­

rées administrativement du Sénégal par décret du I
II.

e r

novembre 1854.
22

338

L'ESCLAVAGE.

humains, et tous ils répètent que la race noire est trèsaccessible au christianisme, quand les chrétiens ne l'en
1

détournent p a s .
11 va sans dire q u e , partout où l'Angleterre et l'Amé­
rique ont abordé, le protestantisme a débarqué à leur
suite. Les catholiques peuvent s'en affliger; mais sachons
reconnaître loyalement que c'est pour ces nations u n
grand h o n n e u r de porter toujours ainsi leur religion avec
elles. Tâchons que les catholiques plantent aussi la croix
dans tous les lieux où ils posent le pied. Ajoutons q u e le
protestantisme est assurément u n grand progrès pour des
peuples voués au culte du serpent, aux sacrifices san­
glants ou au mahométisme; il les prend en plein paga­
nisme et les laisse à moitié chemin de la vérité

com­

plète.
A des peuples qui attendent le Fils de Dieu depuis six
mille a n s , nous portons, hélas ! u n e vérité divisée, et je ne
connais pas de plus douloureux obstacle à la propagation
de l'Evangile. Mais les hommes qui ont le courage de le
r é p a n d r e au centre de l'Afrique, quelle que soit leur
communion, sont des hommes qui honorent l ' h u m a n i t é
et qui la servent. On n e saurait lire sans émotion leurs
2

récits . Livingstone remarque à merveille que les que-

1

V. à l'Appendice ta nomenclature des missions catholiques françaises.
Dana la plupart des églises portugaises, la religion n'est pas seulement
morte, elle est pourrie, ce qui est bien pis. Livingstone remarque [Missionary
travels, p. 644) qu'il n'y a pas une seule boutique de libraire sur les côtes,
soit orientales, soit occidentales de l'Afrique. A Loanda, ville de 12 ou
14,000 âmes, pas un libraire.
2 Les Bassoutos, par M. Cazalis, Paris, 1860. — Vingt-trois ans de séjour
dans le sud de l'Afrique, par Robert Moffat, 1840, etc.

339

L'AFRIQUE.

relles de secte expirent bientôt q u a n d on se voit en p r é ­
1

sence et au milieu du p u r p a g a n i s m e .
C'est d'ailleurs

le zèle

des

missions

protestantes

q u i a attiré les missions catholiques. A l a r m é s p o u r le
salut

des n o i r s

réexportés

d'Amérique

en

Afrique,

les évêques a m é r i c a i n s a p p e l è r e n t é n e r g i q u e m e n t l'at­
tention

de la P r o p a g a n d e ,

et u n vicaire

apostolique

fut envoyé en 4 8 4 0 . Depuis, en 4 8 4 5 , les deux

Gui-

nées ont reçu les héroïques missionnaires de ce saint
père L i b e r m a n n , qui, interrogé s u r l'état de ses établisse­
ments p a r u n e commission

parlementaire,

répondait

h u m b l e m e n t : « Nous ne pouvons q u ' u n e chose, c'est
m o u r i r ! » Et, en effet, des sept p r e m i e r s m i s s i o n n a i r e s ,
a p r è s deux m o i s , un seul survivait; il passa deux a n s
p o u r m o r t , luttant à la fois contre les n o i r s et contre les
méthodistes; on apprit, en 1 8 4 5 , q u ' i l vivait;

c'était

M. Bessieux, depuis évêque et fondateur de la mission
des deux Guinées. Soixante-quinze missionnaires se sont
succédé s u r ce c h a m p de b a t a i l l e ; vingt sont m o r t s , dixneuf ont dû r e n o n c e r , vingt-six persévèrent, au milieu
de 3 , 5 0 0 catholiques et de 5 0 , 0 0 0 , 0 0 0 de p a ï e n s dissé­
m i n é s d a n s la Nigritie et sur 1,500 lieues de côtes.
Le m ô m e zèle a n i m e les missionnaires qui évangélisent Tripoli, T u n i s , la h a u t e et la basse Egypte, les Gal­
las, l'Abyssinie, les Séchelles,

le Cap, Madagascar.

Il

a n i m e é g a l e m e n t les prêtres de l'Algérie et du S é n é g a l ,
m a l h e u r e u s e m e n t gênés p a r les habitudes d ' u n e légalité
q u i se contente de laisser vivre en paix les divers cultes,
1

All classes of Christians find that sedarian rancour soon dies out when

they are working together among and for the real heathen (p. 6 7 6 ) .

L'ESCLAVAGE.

340

croyant éviter leurs disputes en arrêtant leurs progrès,
comme si, p o u r la vérité,

c'était vivre que ne pas

grandir.
En 1 8 5 9 , le saint-siége a fondé u n évêché nouveau à
Sierra-Leone. E n 1 8 6 0 , un vicaire général de la Réunion,
M. l'abbé Fava, est allé dans l'île de Zanzibar établir des
Sœurs, puis fonder sur la côte orientale une mission
pleine d'avenir, seul point où u n autel s'élève à JésusChrist sur mille lieues de côtes habitées par de nombreux
êtres h u m a i n s et enrichie de tous les dons de Dieu.
Emules, précurseurs des missionnaires, ou mission­
naires eux-mêmes, ambassadeurs de la civilisation, cour­
riers qui annoncent au monde la visite de la vérité et
préparent en quelque sorte ses logements, d'héroïques
voyageurs, Barth, Vogel, Richardson, Owerweg, Baikie,
Livingstone, Burton, Speke, Guillain, les frères d'Abbadie,
Raffenel, successeurs intrépides de Mungo-Park, d'Anderson, de Caillé, de Denham, de Clapperton, explorent
dans tous les sens le centre de l'Afrique, le Soudan,
l'Abyssinie, le cours du Niger, les rives du lac Tsad, et
de Benghazi au cap de Bonne-Espérance, d'une côte à
la côte opposée, ils m a r c h e n t , apprenant à l'Afrique ce
que valent les Européens, et à l'Europe ce que contient
1

l'Afrique .
Pendant que nous lisons les j o u r n a u x , que nous allons
à la Bourse ou au théâtre, huit ou dix hommes intrépi­
des, différents de nation, hardis représentants du genre
h u m a i n tout entier, vont ainsi un à un au-devant de la
1

Je ne connais rien de plus intéressant que les Résumés courts, com­
plets et saisissants, de M. Malte-Brun, sur la plupart de ces voyages.

L'AFRIQUE.

341

mort p a r a m o u r de la science. Les u n s sont les m a r t y r s ,
les autres les héros de la science et de l ' h u m a n i t é .
Richardson part en
Moursouk,

1 8 5 0 , aborde à Tripoli,

p u i s s'avance j u s q u ' a u

gagne

pays d u B o r n o u ,

explore le lac Tchad, et m e u r t , le 4 m a r s 1 8 5 1 , à q u a ­
r a n t e et un ans, seul, à six j o u r s de K o u k a .

Quelques

j o u r s avant il avait rêvé q u ' u n oiseau d e s c e n d u du ciel
s'était posé s u r u n e b r a n c h e d ' a r b r e , et q u e la b r a n c h e
1

s'étant brisés, l'oiseau était tombé à t e r r e , il avait eu
le p r e s s e n t i m e n t de sa m o r t . Son c o m p a g n o n

Ower-

wech, succombe le 27 s e p t e m b r e 1 8 5 2 , à trente a n s . Barth
leur s u r v i t , e n t r e p r e n d seul le voyage de T o m b o u c t o u , y
entre le 7 s e p t e m b r e 1 8 5 5 , vingt-cinq ans a p r è s R e n é
Caillé (20 avril 1 8 2 8 ) , y séjourne six mois, et, r e t o u r ­
n a n t à Kouka, il a le b o n h e u r de r e n c o n t r e r au milieu
e r

d ' u n e i m m e n s e forêt le docteur Vogel ( 1 d é c e m b r e 1 8 5 4 ) ,
qui devait, après d ' a d m i r a b l e s travaux, m o u r i r dans le
Wadaï, p e n d a n t q u e Barth, plus h e u r e u x , r a p p o r t a i t à
l ' E u r o p e les trophées scientifiques de l e u r c o m m u n e e n ­
treprise.
C'est du Cap q u e p a r t Livingstone, dans u n

premier

voyage q u i le conduit en 1840 à Kolobeng, à 500 kilo­
m è t r e s au n o r d de la mission de K u r u m a n , à 1,609 kilo­
mètres du Cap, puis du lac N ' g a m i , à 9 0 1 kilomètres au
nord de Kolobeng; il y r e t o u r n e , en 1 8 5 0 , avec m a d a m e
Livingstone; il y r e t o u r n e , u n e troisième fois, en 1 8 5 1 ,
atteint Linyanti, puis le Zambèze, m a g n i f i q u e fleuve q u i ,
poursuivant son cours j u s q u ' a u canal Mozambique, est

1

Lettre du docteur Barth, Rev. col.,

1855, p. 109.

342

L'ESCLAVAGE.

destiné à devenir le grand chemin des voyageurs et des
missionnaires au centre inconnu de l'Afrique. Il part, le
8 juin 1852, pour son quatrième voyage, traverse toute
l'Afrique du Cap à Loanda, à la côte occidentale, où il
arrive le 51 mai 1854, après avoir mille fois touché de
près la mort, puis il se remet en route vers l'est, s'aban­
donne au cours du Zambèze, ce beau fleuve qu'il nomme
son compagnon de voyage, the companion

of his

travel,

et touche, le 26 mai 1855, Quilimane, à la côte orien­
tale, ayant pour la première fois exploré d ' u n e rive à
l'autre l'Afrique australe. Le 11 décembre 1 8 5 6 , il em­
brassait à Londres sa femme et ses enfants. que fait-il en
ce moment? Une nouvelle exploration en Afrique.
Ces martyrs, ces héros, ces grands hommes, ils ont
rapporté de leurs voyages une triple moisson, que re­
cueillent la géographie, le commerce, l ' h u m a n i t é .
La carte, à la place des pays visités par Livingstone,
portait ces mots : Grands plateaux

élevés et déserts; il

faut lire maintenant : Grandes vallées
plées.

profondes

et peu­

L'histoire, à propos des régions explorées par

Barth, donnait cette définition : Tribus nomades

sauva­

ges et dispersées ; il faut lire maintenant :

Populations

agglomérées dans des villes assez avancées en

civilisation.

Au-dessous et au-dessus de l'équateur, Livingstone et
Barth, selon la juste expression de M. Malte-Brun, ont
découvert une Afrique

nouvelle.

Dans l'une, des com­

m e r ç a n t s ; dans l'autre, d'admirables produits. La bota­
nique est une science trop h u m b l e ; elle p o u r r a i t , c o m m e
l'ethnographie le fait pour les bassins ou pour les cli­
mats, fonder une théorie de l'influence des végétaux sur

fondée à Manchester. Cotton supply society.L'AFRIQUE. 343 l ' h o m m e . ou plantant et levant le piq u e t de l e u r tente selon q u e tombe le g r a i n dans le sillon ou l'épi dans la g e r b e . est p r e s q u e dans toute l'Afrique centrale à l'état natif. John Ninet (Revue Améro (Correspondant. et de m e i l l e u r e s semences en amélioreraient a i s é m e n t la qua­ lité. le p e u p l e du tabac. le p e u p l e du coton. coloniale. le p e u p l e du p a l m i e r et de l'oli­ vier. C'est tout u n avenir de richesse 1 V. de vue de l'industrie du coton. Or les g r a n d s voyageurs ont a p p o r t é la preuve q u e les produits à é c h a n g e r étaient i n n o m b r a b l e s . mai 1861). nace le coton des e n p r é v i s i o n de la crise q u i m e ­ États-Unis. un résumé très-exact du rapport fait à cette Société (mars 1801) dans l'utile Journal aussi la Crise d'agriculture américaine M. Dieu a semé s u r son t e r r i t o i r e la p l u s a d m i r a b l e variété de végétaux. V. et par M. obligé de devenir sédentaire p u i s q u e l ' a r b u s t e q u i le d o m i n e d e m a n d e des a n n é e s de soins. Paul Madinier. et n o t a m m e n t n o t r e Séné­ gal. Justin . au point des Deux-Mondes. L'Afrique p r é s e n t e r a i t m i l l e a r g u m e n t s à cette t h é o r i e . c h a n g e a n t de place avec leurs t r o u p e a u x . Déjà u n e société i n t e l l i g e n t e . le peuple des bois. ou m ê m e indus­ triels. rédigé par M. les peu­ ples suivent en q u e l q u e sorte les m œ u r s des p l a n t e s . p o u r n ' e n signaler q u ' u n . a soigneusement i n d i q u é plusieurs points de l'Afrique. a g r i c u l t e u r s . le coton. p a s t e u r s . ses peuples sont n o m a d e s ou sédentaires. par (mars 1861). le p e u p l e d u froment. selon la p l a n t e qui naît au m i l i e u d ' e u x . c o m m e aussi p r o p r e s q u e l'Egypte à la c u l t u r e de 1 ce précieux a r b u s t e . il y a u r a i t les peuples de l'herbe. mais il est besoin q u e le c o m m e r c e leur a p p r e n n e à m u l ­ tiplier la c u l t u r e p a r l ' é c h a n g e .

ni à l'agriculture. et souvent il fut protégé dans sa route parce que l'on apprit qu'il était de la nation amie 3 des noirs. pourvus de moyens de navigation. . que l'Africain ne se refuse ni à la religion. l'agriculture. comprenant un vaste territoire bien défini. il suffit de deux ou trois établissements européens étendus. l'agriculture. sortes de lieux d'asile où l'on verra 3 affluer la population .) Richardson a eu pour but de son voyage l'abolition de l'esclavage. 510. les mis­ sionnaires nous répètent q u e l'esclavage et la traite ont tué la religion. ils nous affirment que pour a l l u m e r enfin le flambeau dans ces ténèbres. le commerce. D'une commune voix. La découverte de grands fleuves qui sont les routes naturelles vers le centre. nous apportent ainsi à l'envi le témoignage que l'Afrique n'est pas inaccessible à l'Européen. 2 1860. les explorations scientifi­ ques. Correspondant. mais que le commerce. (Le Sénégal en 1859. est rendue plus précieuse par la constatation de ce fait important que les régions cen­ 1 trales sont plus salubres q u e les côtes . ni au commerce. les missions religieuses. les savants.344 L'ESCLAVAGE. solides. tueront la traite et 2 l'esclavage . D'une commune voix. à Bakel. les m a r i n s . On sait que depuis que l'esclavage a disparu de la régence de Tunis. car tous les voyageurs attestent que l'on ne vendra plus les hommes quand on aura i n ­ térêt à vendre les choses. de nombreux esclaves sont venus s'y réfugier pour être libres. mais aussi de liberté. le gouverneur Faidherbe atteste aussi la grande diminution de la mor­ talité des Européens dans le haut Sénégal. p. Les expéditions maritimes. 1 M. Elle fut aussi la passion de Livingstone. la religion. prospérer la culture et grandir peu à peu la civilisation.

des é m i g r a n t s libres. » Le 15 février 1 8 5 6 . Dieu des chrétiens. on p o u r r a sans d a n g e r .L'AFRIQUE. depuis trois siècles. c'est un vœu auquel. il veut que j'aime tous les hommes comme il les aime . m ê m e p a r intérêt. noirs comme blancs. fils de Dieu. A ces centres de civilisation. David Livingstone écrivait à M. » On lit dans u n e a u t r e lettre : « J'espère vivre assez pour voir la double influence de l'esprit . si opprimée. Je t e r m i n e p a r ces lointaines. ce chapitre incomplet. qui se seraient déjà engagés facilement si. roi de Dakar : « Jésus-Christ. le bien qu'on m é p r i s a . vous vous associerez cordialement. mais il m'inspire un amour beaucoup plus vif et plus tendre pour ses chers frères les hom­ mes noirs. vivement 345 recommandés par Livingstone. Que je puisse avoir l'honneur de faire un peu de bien à celte pauvre Afrique si dégradée. L i b e r m a n n écrivait à Elim a n . après q u e l q u e s années. venir d e m a n d e r pour nos colonies. Dieu de tout l'uni­ vers aime tous les hommes également. tous sont ses frères bien-aimés Je suis serviteur de Jésus-Christ. La fin de l'exploration du géogra­ phe n'est que le commencement de l'entreprise du missionnaire. le P. Le 31 janvier 1 8 4 8 . mais consolantes perspec­ tives. et l'on re­ vient p a r de longs détours à c h e r c h e r . je n'en doute pas. l ' E u r o p e avait fait autant de bien à l'Afri­ que q u ' e l l e lui a lait de mal. Maclear : « Je ne suis pas aussi enorgueilli qu'on pourrait l'attendre d'avoir accompli la traversée du continent. On s'aperçoit bien tard q u e le mal est toujours u n mauvais calcul.

346 L'ESCLAVAGE. » 11 ne faut plus désespérer de la transformation l'Afrique. de . puisque Dieu lui à donné de tels amis. du christianisme et du commerce tarir la source amère de la misère africaine.

LE CHRISTIANISME ET L'ESCLAVAGE .

.

Je trouve ce fait établi ou affirmé p a r les écrivains les plus i m p a r t i a u x . les p l u s r e n o m m é s . on devine q u e le . l'enfant de l'aban­ d o n . a r e n d u la fraternité aux h o m m e s et à l ' h o m m e la liberté. Avant toute démonstration. de canons. Jésus-Christ a d é t r u i t l'esclavage. dans u n e suite n o n i n t e r r o m p u e de m o n u m e n t s historiques. le p a u v r e du m é p r i s . la volonté du m a l . Cette imposante u n a n i m i t é de témoignages confirme les pressentiments d ' u n instinct universel. on c o m p r e n d . Oui. la r a i ­ son de l ' e r r e u r . Jésus-Christ. celui qui est par excellence le R é d e m p t e u r . le genre h u m a i n du c h â t i m e n t . les p l u s sévères.LIVRE X LE CHRISTIANISME ET L'ESCLAVAGE Le c h r i s t i a n i s m e a détruit l'esclavage.. de décisions. il est écrit dans u n e longue série de lois. celui q u i a racheté la femme de l'abjection. le sujet de la t y r a n n i e .

mais pour dénigrer le christianisme. à grand renfort d ' é r u d i ­ tion. 2 Revue de Paris. Ouvrez l'Evangile. janvier 1 8 5 0 .350 LE CHRISTIANISME christianisme a dû abolir l'esclavage. Lisez les écrits des apôtres. puisqu'elles sont de nature à égarer bien des esprits. le besoin de justifier ce qu'on pratique laisse encore quelque crédit à l'assertion contraire. comme le jour abo­ lit les ténèbres. il consacre l'esclavage. t. q u e la raison et la philosophie pouvaient seules p r é ­ 2 tendre à l'honneur d'avoir émancipé les esclaves . Consultez. plus récem­ ment. parce qu'ils sont incompatibles. article de M. En France et en Angleterre. Voyage aux Antilles. dit-on . Le temps n'est pas loin cependant où u n publiciste très1 c o n n u osait écrire ces mots : « Le christianisme jours justifié et maintenu l'esclavage. l'émancipation a fait rentrer dans l'ombre des dissertations analogues. La question de l'influence du christianisme sur l'abo­ lition de l'esclavage est moins simple qu'on ne le s u p ­ pose. on a soutenu. p. de ce côté de l'Océan. Larroque. C'est donc une phrase banale d'attribuer au christia­ nisme ce magnifique bienfait. et les objections valent la peine d'être de nouveau réfutées. 409. II. . ils recommandaient aux esclaves la patience. bien loin de leur promettre la li­ berté. du moins. mais. il ne dit rien. 11 en est ainsi. l'Ancien Testament . 1 M. et ceux-là m ê m e qui lui contestent tout ne le lui disputent pas d'ordinaire. Granier de Cassagnac. a tou­ » Et. en Amérique et en Espagne. non p o u r justifier l'esclavage.

il a été si peu aboli qu'il d u r e encore. le christianisme n'a rien dit. et faisons-la précéder d ' u n r é s u m é rapide de l'histoire de l'esclavage avant le christianisme. 351 Les conciles. les papes. contre l'esclavage. . et. Ainsi. d é t r u i t . Reprenons mot à mot cette thèse.ET L'ESCLAVAGE. en définitive. le christianisme n'a rien fait. il r e n a î t . Consultez l'histoire : l'esclavage se m a i n t i e n t après le c h r i s t i a n i s m e . les théologiens m o ­ d e r n e s . tiennent le m ê m e langage. les pères.

de Buxton. par M. par M. consacrés par des savants de premier ordre à cette douloureuse histoire. — Abolition de l'esclavage ancien au moyen âge. d'Ozanam. Edouard Biot et de M. de Champagny. les écrits malheureusement inachevés de Mœhler 2 3 et de Mgr E n g l a n d . par M. après. 1849. Après d'admirables travaux. de Latreiche. et surtout après le grand ouvrage si savant. L'ESCLAVAGE AVANT LE CHRISTIANISME. J. Yanoski. Baltimore. de 4 M. de Balmès. traduit par M. de Troplong. Edouard Biot. 2 L'Abolition de l'esclavage par le christianisme dans les quinze pre­ miers siècles. l'abbé Thérou. l'abbé S. si consciencieux. 3 Letters to John Forsyth on domestic Slavery by Dr England. 1 Histoire de l'Esclavage dans l'antiquité. W a l l o n . de tant d'autres é m i n e n t s écrivains. firts bishop of Charleston. après les 1 patientes recherches de M. il semble que rien ne reste à ajouter à 1 Abolition de l'esclavage ancien en Occident. par Mœhler. de Wilberforce. et pré­ cédé d'une Dissertation sur le christianisme et l'esclavage.CHAPITRE PREMIER. d'Albert de Broglie. . les travaux de Guizot. si complet. Yanoski.

a u t a n t qu'il est en m o i . Épictète reste à peu près insensible aux m a u x d e ses p a r e i l s . à l'étude des moyens dont s'est servi le christia­ nisme p o u r i n a u g u r e r dans le monde la l i b e r t é et l'égalité. et surtout au livre de M. toute la l u m i è r e . si tous les p l u s g r a n d s esprits sont a u j o u r d ' h u i d'accord pour c o n d a m n e r l'escla­ vage. Je serais fier et satisfait si j e parvenais s e u l e m e n t à r é s u m e r ces beaux travaux. à la honte de la famille h u m a i n e . Thucydide. de l'Allemagne. É p i c u r e . a u n o m de la v o l u p t é . Une vue s o m m a i r e de l'histoire d e l'esclavage dans l'antiquité. p a r une route indispensable. I L'ESCLAVAGE DANS L'ANTIQUITÉ. tous les p l u s g r a n d s d'accord pour esprits étaient autrefois 1 le justifier et p o u r le p r a t i q u e r . au n o m de l'histoire n a t u r e l l e . u n aperçu spécial de l'esclavage chez les Juifs. Xénophon. E u 1 Voir tes textes dans les savants ouvrages de Wallon et de Mœhler. n o u s c o n d u i r o n t .• LE C H R I S T I A N I S M E E T L'ESCLAVAGE. mais courte. Aristote. 23 . II. Zénon. a u nom de l'indifférence s t o ï q u e . qui est. E n Grèce. Ayons la d o u l e u r de le r e d i r e encore u n e fois. Le peu que je sais leur appartient. à mes yeux. de l'An­ gleterre. un véritable chef-d'œuvre. et à en c o m m u n i q u e r toute la substance et. au n o m de l'histoire. Ancien esclave. Wallon. de l ' A m é r i q u e et de l ' E s p a g n e . 353 l'érudition r é u n i e de la F r a n c e . Platon l'a légitimé au nom de la politique . au n o m de l'économie sociale.

II. Lucrèce s'en soucie à peine. Varron les é n u m è r e au 1 nombre des instruments de travail . J'aime donc à chercher et à trouver dans quelques 1 Le texte de Varron (Wallon. au degré le plus bas de sa dégradation. par ses seules forces. . (De I. 217. Sénèque et Marc-Aurèle leur offrent des consolations stériles. la plus fugitive émotion. Caton. soit le jour. et mutum mutum. Je sais qu'on diminue ce qu'on exagère. Varron. Horace s'en moque. et le vieil Hésiode avait froidement écrit que l'esclave est au riche ce que le bœuf est au pauvre. 1. d'un certain bien. Plaute les n o m m e une race bonne pour la chaîne. Je n'ai au­ cune intention d'abaisser outre mesure la bassesse de l ' h o m m e pour exalter la g r a n d e u r de Dieu. in quo sunt boves. Cicéron s'excuse de trop regretter u n esclave. Caton assimile les esclaves au vieux bétail de son étable. 189 note) est vraiment cynique : In- struinenti genus vocale servi. le disent sans étonnement. ferratile ge- 2 nus . était encore assez belle pour n'être pas indigne de l'intervention de Dieu. consuetudo facile. (Wallon. II. et la difficulté de surveiller à distance beaucoup d'esclaves. Re rustica.) 2 L'étendue des domaines. Ce n'est pas aux chrétiens qu'il faut apprendre que l'homme est capable. in quo sunt in quo sunt plaustra. Columelle.354 LE CHRISTIANISME ripide n'éprouve pas à la vue de ces infortunés. puisque les chrétiens professent que l ' h u m a n i t é . et Sénèque se satisfait par une phrase : Necessitas fortiter ferre docet. Aristophane croit plaisant de nous m o n t r e r Caron leur refusant sa barque. et semivocale semivocale. A Rome. très-fausse m a n i è r e de glorifier l'ouvrier dont on déprécie les ouvra­ ges. XVII.) . vocale. Pline les compare aux frelons. avait en effet eu pour résultat de faire mettre les esclaves aux fers. soit la nuit dans l'ergastulum.

Claude. c o m m e l'autel des dieux. Quelques e m p e r e u r s . ont édicté . Hae praecepti mei summa est : sic cum inferiore vivas. ces conjectures. et établi quelques lieux d'asile. d a n s les t e m p l e s . ou des e m p e r e u r s . génies libérateurs. tous ont été persuadés de cette doctrine d'Aris1 E p . ces lambeaux de phrases. les Antonins. Dioclétien. au pied de la statue d'Her­ cule. La religion avait inspiré q u e l q u e s c o u t u m e s salutaires. quemadmodum tecum superiorem velles vivere. Platon a hésité. l'instinct de l'égalité des h o m m e s de­ vant lui se manifeste.des m e s u r e s p l u s h u m a i n e s . Aristote cite des philosophes i n c o n n u s qui combattaient sa d o c t r i n e . le lieu d'asile des m a l h e u r e u x esclaves. de l'universalité des usages? Ces philosophes aux paroles s y m p a t h i q u e s étaient-ils des p h i l o s o p h e s quants. qui était l u i . tant il est vrai. a u p r è s de l ' u n a n i m i t é des doctri­ nes. Il.. 196 et suivantes. p. prati­ c o m m e on le dit é n e r g i q u e m e n t des chrétiens q u i conforment leur vie à l e u r foi? Ont-ils a i m é . q u e dès q u e la pensée de Dieu intervient. 355 a u t e u r s païens des traces de s e n t i m e n t s m e i l l e u r s . Mais q u e sont ces faibles vestiges. On aimerait aussi à retrouver quel­ ques exemples de la d o u c e u r des femmes. toutes n'étaient pas des Messalines . Sénèque a écrit s u r l'égalité de si nobles pages q u ' o n les a supposé i n s p i r é e s secrètement p a r le chri­ 1 s t i a n i s m e . — Servi sunt? Immo homines. P l u t a r q u e b l â m e les r i g u e u r s de Caton. de Thésée. .ET L'ESCLAVAGE. ont-ils affranchi leurs esclaves? Ont-ils changé les lois? Ont-ils a t t a q u é l'institution c o m m e u n c r i m e ? Non. vol..m ê m e u n affranchi. XLVII. j e crois sans preuve q u e le cœur des femmes a été p l u s d ' u n e fois.

1 Mœhler.. Que d'autres esclaves furent supérieurs à leurs maîtres et à tous les hommes libres! Combien de fois. et cependant ne pas laisser d'être un h o m m e . ch. même par préférence le nom de il reçoit mancipium. Si-Moktar. Un document r é c e m m e n t découvert. Phédon. Voilà les livres! Ouvrons les lois et surtout celles de Rome qui nous sont plus familières. l'esclave est au nombre des choses. Mais q u o i ! l'esclave Mycithe a été très-sage législateur . était un esclave. sous la république. » Ainsi l'esclave est d'une espèce inférieure. l'ami de Platon. Dans les temps les plus anciens. res mancipî. nous révèle à quel degré cette assimilation odieuse était passée et com­ bien longtemps elle dura dans la pratique. faisant. dans la subdivision de Batna . a-t-il fallu croire à l'égalité! Après la bataille de Cannes. voilà l'esclavage. on trouva bon d'affranchir 8.. II.000 esclaves et de les a r m e r Peu importe! L'animal engendre un animal et l'esclave un esclave.. Quiconque est aussi inférieur aux autres hommes que l'âme l'emporte sur le corps. mais bien à un autre. construire un moulin à eau au prin­ temps de 1 8 5 8 . au j o u r du besoin.356 LE CHRISTIANISME tote : « L'esclave est la propriété illimitée et sans restrie tion de son m a î t r e . est 1 esclave par nature . tarif daté du troisième consulat de Sep- . ne pas a p p a r t e n i r à soi. des Rhégiens . caïd des Ouled-Sellam. on a découvert dans les fouilles un de d r o i t s de douanes.

Deux textes de Papinien qui écrivait sous Septime Sé­ vère. un bœuf. cédé. pas d'état civil. au prince ministre de l'Algérie. une chèvre. doué d ' u n e âme divine? le m ê m e prix q u ' u n cheval ou u n m u l e t . un peu p l u s q u ' u n âne ou un porc ! Cet h o m m e . a p p r e n e n t q u e le prix légal des esclaves était alors 1 fixé à 2 0 pièces d'or. on le soufflette. 357 lime Sévère. C'est le p r e m i e r et le seul document de ce genre q u e l'on ail trouvé dans toute l'étendue du m o n d e r o m a i n . il n'acquiert. pas d'ac­ tion en justice. c'est-à-dire de l'an 2 0 2 de notre ère. . Pour l u i . caput habet. pas de p r o p r i é t é . m a i s non pas l'esclave. l'ancienne colonia Julia Zaraï. On l'injurie. Voici le tarif des droits p a r tête : Un esclave 1 denier 1/2 Un cheval ou une jument . ou 5 0 0 d e n i e r s . enfin t u é . pas de droit. id. peut être d o n n é . . au­ c u n recours. e n g a g é . pas d'obligation. servitus morti adsimilatur. 11 n'est témoin q u ' a v e c la t o r t u r e . loué. Regnier. Un mouton. p r o ­ v e n a n t des r u i n e s de Z r a ï a . nullum. notre frère et notre s e m b l a b l e . Un porc. . à moins qu'il n'y ait d o m m a g e p o u r Je 1 Rapport de M. il n e stipule q u e p o u r son m a î t r e . Un âne. . v e n d u .ET L'ESCLAVAGE. etc. Un cochon de lait. saisi. Monteur du 0 décembre 1858. Un mulet. Les j o u r s de fête on laisse c h ô m e r les bœufs. de l'Institut. pas de paternité. une mule id. pas de m a r i a g e . l é g u é . Que vaut à l'octroi u n ê t r e h u m a i n .

Si la loi permet ces h o r r e u r s . quand tout est permis. en plein paganisme. un homme livré à la colère d'un oisif. le fouet. Quelle indemnité.358 LE CHRISTIANISME maître. la mort p a r le glaive. Le dégoût nous empêche de citer. le précipice. les entraves. Les abominations décrites par les poëtes et par les satyriques. u n e femme a b a n ­ donnée à la l u x u r e d'un voluptueux. — Meruit quo crimine servus Supplicium? Quis testis adest? Quis detulit? Audi! Nulla unquam de morte hominis cunetatio longa est 1 1 Idem juris est. la poix brûlante. Vous figurez-vous. depuis ce misérable qui nourrit ses poissons de la chair de ses esclaves jusqu'à ces femmes qui se fardent pen­ dant qu'on fouette leurs servantes ou qui les égratignent p a r m a n i è r e de passe-temps! Pour ne citer q u ' u n souve­ n i r . Inst III. si quis ex pari mularum unam occident (Gaïus. on ne sait pas assez que le vers tant cité de Juvénal. 211. le gibet. sic jubeo. la hache. tout est pratiqué. sic colo. le bâton. les menottes.218). a trait à un esclave condamné au sup­ plice de la croix: Pone crucem servo. la perversité h u m a i n e va même au delà de ce qui est p e r m i s . comment le maître usera-t-il de la loi? Si tel est le droit. Mais s'il commet des fautes. démontrées p a r les lois faites pour y mettre un t e r m e . la chaîne. . Les témoignages surabondent. répond la loi Aquilia . quelles seront les m œ u r s ? Sauf de rares exceptions. les travaux forcés. la fourche. sont affirmées par les graves historiens. la croix. s'il est tué? La même que pour 1 un bœuf ou une m u l e . un vieillard confié à la générosité d'un avare! Que d'atrocités et de vexations.

1 . consultez les plus vieux d o c u m e n t s de l'histoire des Germains ou des Scythes. je l'ordonne. Qu'est-il besoin d'insister d a v a n t a g e ? Ces faits. sic jubeo. parcourez les p a r t i e s alors connues de l'Afrique. c o m m e le polythéisme et les sacrifices h u m a i n s . c'est le m o n d e entier .ET L'ESCLAVAGE. Je le veux. le m ê m e spectacle d ' u n e moitié de l ' h u m a n i t é tenue p a r l ' a u t r e en servitude. Le peuple juif. et la g u e r r e aussi a n c i e n n e que la n a t u r e h u ­ m a i n e . Il. . a-t-il consacré. 359 — O demens! ifa servus homo est ! Nil fecerit. Telle fut. esto ! Sic volo. gardien s u r p r e n a n t de la véritable religion. tandis q u ' o n ne peut les développer sans h o n t e . fouillez dans les textes antiques des Indiens. ou traversez l'Asie. à l'abri de toutes les religions.Fou. qu'importe. l'esclavage aussi ancien que la g u e r r e . la condition de c r é a t u r e s h u m a i n e s qu'il faut c o m p t e r p a r centaines de millions. sortez de l e u r i m m e n s e d o m a i n e . est-ce qu'un esclave est un homme? Il n'a rien fait. sit pro ratione voluntas . La Grèce et Rome. sous toutes les latitudes. 1 Juv. sont du n o m b r e de ceux q u e l'on peut affirmer sans contestation. 219-223. en tous lieux. a-t-il p r a t i q u é l'es­ clavage? Une croix pour cet esclave! — Mais l'a-t-il mérité par un crime? Où sont les témoins? où est la plainte? Ecoute ! La vie d'un homme vaut bien un instant de retard. Ce sont les maladies héréditaires de la pauvre h u m a n i t é . S u r u n seul point le r e g a r d se pose avec un p e u p l u s de complaisance. p e n d a n t p l u s i e u r s siècles. pas d'autre raison que ma volonté.

n o m b r e u x en faveur de cette institution coupable et q u ' a i n s i . etc. q u i . elle repose après tout. Bientôt je me trouvai embarrassé par le résultat de mes propres recherches. 1. J'ai eu à sacrifier la plus large portion de mon patrimoine. fussent-elles exac­ tes. laisseraient encore à d é m o n t r e r q u e les noirs sont les descendants directs de C h a n a a n .360 LE C H R I S T I A N I S M E II L'ESCLAVAGE CHEZ LES JUIFS. sous ce titre : Slaveholding examined in the light of the holy Bible Je ne résiste pas au plaisir d'en citer le début : « Autrefois possesseur d'esclaves moi-même. Je découvris mon erreur. à m'exiler de l'État où j'étais né. que M. je citerai un écrit très-court et très-précis publié à Philadelphie en 1847 par W. j'ai d'abord étudié le sujet avec le zèle et l'énergie du plus chaud partisan de ce qu'on appelle peculiar institution. à briser toutes mes joies de famille. Flechter. d'amitié. je l'abandonnai. que j'ai le droit d'être écouté. de confraternité. q u e les p l a n t e u r s 1 sont en tout semblables aux p a t r i a r c h e s .) . très-employé par l'école des apologistes de l'esclavage. élevé. et q u e tous les 1 Entre toutes les réponses qui ont été faites à ce genre d'argument. par conséquent.). s u r la moitié de la Bible. en a d m e t t a n t m ê m e q u e l'Évangile la c o n d a m n e . de Gasparin appelle si bien la théologie cotonneuse (Barnes. Brisbane. Il est en q u e l q u e sorte b a n a l de r é p é t e r q u e Noé a m a u d i t Cham et c o n d a m n é toute sa race à la servitude. (Préface. instruit au m i ­ lieu des maîtres et des esclaves. Les dissertations des Américains sont p a r t i c u l i è r e m e n t r e m p l i e s de ces asser­ tions et de citations fatigantes. Je sens. né. et ma conscience me fit un devoir d'af­ franchir plus de quarante esclaves. H. q u e l'Ancien Testament contient des textes t r è s . je devins persuadé que la possession des esclaves était une iniquité . q u ' A b r a h a m et les p a t r i a r c h e s possédaient des esclaves.

Sodome. bâti Thèbes et Babylone. « 2 5 . avant d'asservir à . civili­ sés avant les autres races. c'est-à-dire les Africains. d a n s la t e r r e de C h a n a a n . G o m o r r h e et cette Sidon d'où p a r t i t I n a c h u s p o u r fonder la p r e m i è r e ville de Grèce. dans l'histoire. IX. 18. P o u r le p u n i r . que fut père de Chanaan. et q u e Chanaan soit le serviteur de Sem. Chanaan seul a été m a u d i t et non toute la r a c e de Cham ? Où est l'état civil qui constate la descendance de Cham ? 0 ù est la preuve q u e ces paroles avaient le sens et devaient en­ t r a î n e r l'effet q u ' o n se plaît à l e u r a t t r i b u e r ? Je lis. Cham On sait de quelle irrévérence Cham se r e n d i t coupable envers son p è r e . ont inventé les p r e m i e r s a r t s . q u e la postérité d ' A b r a h a m . descendant de Sem. et q u e Chanaan serviteur de Japhet. c h . a servi celle de Cham en Egypte. « 2 7 . sans doute l'enfant de prédilection ou le complice de C h a m . Que le S e i g n e u r . qu'il soit le » On conclut de ce passage q u e toute la race de Cham. Il sera le des serviteurs de ses serviteur frères. I. le Dieu de Sem soit b é n i . et.ET L'ESCLAVAGE. est le p r e m i e r homme puissant dont il soit fait m e n t i o n dans les a n n a l e s de la famille h u m a i n e . ont fondé le royaume d'Egypte. au con­ t r a i r e . Que Dieu étende la possession de J a p h e t . Noé dit : Cham sera m a u d i t . habite dans les tentes de S e m . « 2 6 . q u e Chanaan. que les enfants de C h a m . Nous lisons d a n s la Genèse. est m a u d i t e et p a r suite con­ d a m n é e à servir la race de Sem et la race de J a p h e t . 361 faits historiques rapportés p a r la Bible sont tous des exemples r e c o m m a n d é s par Dieu m ê m e ! R e p r e n o n s chacune de ces allégations.

est-ce q u e p r o ­ phétiser l'esclavage c'est le justifier? E n ce cas. q u e Sem (les Perses). Cham et C h a n a a n n'ont d o n c r i e n à faire avec les p l a n t e u r s de la Caroline. J é r é m i e . à son t o u r . à Babylone.362 LE CHRISTIANISME son tour. fils de Cham . qui n ' a pas eu en vue l'escla­ vage p r o p r e m e n t dit d ' h o m m e à h o m m e . Eût-il p a r l é d ' u n véritable esclavage. la t e r r e de C h a n a a n . laquelle à son tour est s u b j u g u é e p a r u n e troi­ sième. la p r o p h é t i e de Noé a été réalisée. En effet. ont s u b j u g u é les Mèdes. en effet. r é u n i s à J a p h e t (les Mè­ des) . et c'est là ce qu'a prédit Noé. car cela avait été a n n o n c é . mais en ce sens s e u l e m e n t . d'un autre esclave? On c o m p r e n d au c o n t r a i r e q u ' u n e nation soit asservie p a r u n e a u t r e . il dit q u e Chanaan sera le serviteur des serviteurs Est-ce q u ' o n peut être l'esclave de ses frères. l ' a d u l t è r e . q u e les Assyriens. car ils ont été prophétisés (Deutéronome XXVIII. p u i s q u e les Juifs ont été asservis p a r les Perses. e t c . puis avec ceux-ci p a r les Grecs sous Alexandre E n ce sens. ont pris Cham (Babylone). p o u r r e t o m b e r ensuite sous l ' e m p i r e des fils de Cham. fils de S e m . 5 0 . Noé. P u ­ n i r les méchants en leur p r é d i s a n t q u ' i l s seront asservis. . sont justifiés. la g u e r r e . ) . 4 5 . Joël. 6 8 . Mais ces asservissements ont lieu de n a t i o n à n a t i o n . fils de Japhet. les fils de Cham avaient été asservis p a r les fils de Sem qui sont tombés sous la d o m i n a t i o n des fils de Japhet. s'est e m p a r é de Sem (Ninive) . et. après u n e longue l u t t e . est-ce a m n i s t i e r d'autres m é c h a n t s qui les a s s e r v i r o n t ? E n ce cas. et les Babyloniens. q u e J a p h e t (les Mèdes). les Juifs sont absous d'avoir crucifié JésusChrist.

La Genèse (XIII. les lois du Missouri la Caroline condamnent à 50 coups de fouet. 1 2 .ET L'ESCLAVAGE. des serviteurs. Il est vrai. Vir­ : Il est défendu à un esclave de porter ou de garder une arme — Pour ce délit. la Bible c o m p r e n d a s s u r é m e n t des officiers. xv. XIV. c a r . c o m m e n t . p. à défaut d'enfants. selon la r e m a r q u e de Bergier.) Sa nièce appelle le p r e m i e r d ' e n t r e eux mon Seigneur. elle n e place pas les esclaves au n o m b r e de ses richesses . 15) traités c o m m e sa famille . 363 II. (Gen. Ceux-là m ê m e paraissent avoir été traités c o m m e les serviteurs q u ' i l avait avec Lot.) Sous le m ê m e nom. 77. (Ge­ nèse. ceux que l u i 1 ginie Que l'on compare ce fait avec les articles des lois américaines. 1 4 . enfin de véritables esclaves. ) L'un d'eux. il y avait des esclaves chez les Israélites.) . celles de du Nord. ou en Égypte. celles du Tennessee des lois de la Virginie à 20 coups. au pays de Nachor. des sujets. Je n e puis pas davantage reconnaître dans l e u r existence u n e i m a g e de la vie patriarcale d'Abraham ou de Laban. 18. Soumis à ces e n g a g e m e n t s . 2) nous a p ­ p r e n d q u ' i l était riche en bétail. A b r a h a m renvoya Agar. elle n o u s les montre (XVII. (XXIV. 1 5 . et cela était p r e s q u e inévitable. mais p e r m a n e n t s et héréditaires. devait lui s u c c é d e r . m a i s sans la v e n d r e . 5. 1 ils étaient a r m é s et envoyés en expédition lointaine .. en argent et en or. les serviteurs étaient-ils de véritables esclaves? Il est p e r m i s d'en d o u t e r . (Barnes. c o m m e n t q u i t t e r son maître sans c h a n g e r de pa­ trie ? Comment le m a î t r e aurait-il été libre de congédier l'esclave sans séparer u n e famille? De là des e n g a g e m e n t s volontaires. — Autre disposition : un esclave ne peut s'éloigner de l'habitation de son maître sans un passeport délivré par lui ou ses agents. ceux qu'il avait achetés pour de l'argent des étrangers. à celte époque et sous le r é g i m e des t r i b u s .

(Gen. c o n d a m n é s à avoir la vie sauve. m a l g r é l e u r s u p e r c h e r i e . mais à porter du bois et à tirer de l'eau dans la maison de Dieu (Josué. de bœufs. et n o n des e x e m p l e s d'esclavage p r o p r e m e n t dit. XIX. ) L'asservissement p a r Josué des Gabaonites. lui ont été (Gen. et Ésaü avait reçu d'Isaac m ê m e la promesse qu'il rait le joug brise­ de Jacob. 4 0 . d ' â n e s . q u ' i m p o r t e ? tous les e x e m ­ ples d ' A b r a h a m font-ils loi p o u r les c h r é t i e n s ? Il est dit d'Isaac (Gen. ou ceux q u i étaient nés chez l u i . XXVII. et d'autres assujettissements dont il est question aux livres de S a m u e l . pas le 14). descendants d ' É s a u .364 LE C H R I S T I A N I S M E d o n n a Abimélech. 7 ) . Les eût-il traités p l u s d u r e m e n t .. 2 5 ) . la possession de serviteurs.. servi­ (Gen. et de servantes. XXIX.. de teurs.XXIII. la Bible nous . Sans doute il est écrit qu'Ésaü servira Jacob. xxx. XXVI. 4 5 ? ) S'agit-il de vrais esclaves? qui le p r o u v e ? qui p o u r r a i t l'affirmer? III. as­ servissement s u r lequel d ' a i l l e u r s on n e consulta Seigneur (Ibid. n ' o n t pas moins été considérés c o m m e frères des juifs (Deut. 5 7 .. XXVII. car les Édomites.. 2 1 . q u e Jacob a été fait le s e i g n e u r et q u e tous ses frères donnés pour serviteurs.. ) Mais l'histoire d é m o n t r e q u e cet assujettissement était tout n a ­ tional . de J o b . des Rois. 2 5 . xxv. 2 9 ) . sont é v i d e m m e n t de m ê m e des r é d u c t i o n s en servitude m o m e n t a n é e d'un p e u p l e vaincu p a r u n peuple victorieux. et un grand nombre Le texte n ' i n d i q u e pas q u ' i l les possédât. 14) q u ' i l avait la posses­ sion de brebis. A côté du tableau de la vie patriarcale. ou b i e n q u e Jacob eut b e a u c o u p de t r o u p e a u x . 2 4 . de c h a m e a u x . Quelle i n d u c t i o n tirer d ' a u t r e s textes qui nous a p p r e n ­ nent q u e Laban donna à ses filles ses servantes pour leur p r o p r e service (Gen.

On peut donc à la r i g u e u r . celui de la captivité en Egypte. ils étaient p r e s q u e égaux aux trois millions d'esclaves recensés en A m é r i q u e . la vouer à l'exécration p e r p é t u e l l e . Les sou­ venirs mélancoliques de la patrie absente se mêlent dans la poésie s u b l i m e des psaumes aux a n a t h è m e s tombés du ciel s u r les oppresseurs. 4). m a l g r é des différences. soumis à de ru­ des travaux. jouis­ saient d ' u n certain b i e n .m ê m e s . au­ cune expression ne semble assez forte p o u r la flétrir. sans salaire. à b e a u ­ coup d ' é g a r d s .ê t r e . celle des Africains aux États-Unis. celle des H é b r e u x en Egypte. La servitude et la liberté d e m e u r e r o n t à j a m a i s dans . l e u r vie de famille. 365 présente u n a u t r e t a b l e a u . c o m p a r e r ces deux servitudes. XI. se m u l t i p l i a n t m a l g r é les plus cruelles mesures. l e u r culte . trois m i l l i o n s (Jér. les Israélites étaient de véritables esclaves. vendu par ses frères à des traitants qui portaient s u r l e u r s c h a m e a u x des p a r f u m s et des épices (Gen.ET L'ESCLAVAGE. comme eux é t r a n g e r s . r e t e n u s de force. et le Nil a contemplé les souffrances dont le Mississipi est a u j o u r d ' h u i lе t é m o i n ! Sans doute la nation était tout entière asservie à u n e a u ­ tre nation. soumis à la race de Cham sans en descendre e u x . pris et v e n d u s . et pres­ q u e exclusivement voués à la g a r d e de t r o u p e a u x . Voilà b i e n le véritable esclavage. établis dans la terre fertile de Gessen. et au chant de délivrance des Hé­ b r e u x . sans q u ' a u c u n individu paraisse avoir été pos­ sédé s é p a r é m e n t p a r un a u t r e . ils avaient conservé l e u r division en t r i b u s . Mais. il y a lieu de croire que les H é b r e u x .. 25). après ce Joseph. la stigmatiser. Par l e u r n o m b r e . XXXVII. leur captivité était p l u s douce que celle des Africains. Or celte oppression a été abominable aux yeux de Dieu .

55) par le captif ou ses parents . voilà la vraie r é p o n s e ! IV. etc. du haut de son sanctuaire. XII.. de celui qui les écrase. pour écouter les du gémissements pour tirer des liens ceux qui étaient condam­ nés à mort.) A cause du gémissement pression des pauvres. ait inscrit l'escla­ vage dans ses i n s t i t u t i o n s ? Analysons s u r ce point la loi m o s a ï q u e . à cause de l'op- voilà que je me lève. » (Exod. 4 2 ) . v. Le Seigneur a regardé ciel il a considéré des captifs.) Dieu a délivré son peuple. 4 5 ) . 4 3 .m ê m e d ' u n esclave. il n'existait a u c u n esclavage p r o ­ p r e m e n t dit. et ce bienfait est si g r a n d q u ' i l est désormais le g r a n d objet de la reconnaissance p u b l i q u e . sauvé p a r m i r a c l e de la m o r t . fils l u i . xx.. 6. 4 7 . 4 9 . Mais. D'Hébreu à H é b r e u . celui q u i l'avait racheté n'avait pas le droit de le v e n d r e (Ihid. On pouvait cependant ê t r e lié p a r un service forcé dans q u a t r e cas : 1° en cas de rachat d ' u n Juif cap­ tif de l ' é t r a n g e r (Exode. dit le Seigneur. en échange d u q u e l le racheté devait u n certain nombre . 6.366 LE C H R I S T I A N I S M E la m é m o i r e du p e u p l e de Dieu. xxv. D e u t . « J e suis le S e i g n e u r votre Dieu qui vous ai tiré de l'Egypte et de la maison de servitude.) A ceux qui d e m a n d e n t à l'Ancien Testament ce q u e Dieu pense de l'esclavage. la terre. je les sauverai des affligés. c o m m e n t se peut-il que Moïse. dit-on. 4 4 . CII. le prix était considéré comme u n e sorte de p a y e m e n t à l'avance. 1 4 . le l i b é r a t e u r du peuple de Dieu. . r a c h a t qui pouvait toujours être accompli (Lévit. 4 8 . XII. comme le m a l h e u r s u p r ê m e et c o m m e le p r e m i e r des b i e n s . Moïse. VIII. Dieu est i n t e r v e n u . 20. 2 . (Ps. (Ps.

) De même à Rome. soit p o u r cause de dette. en Gaule. Grotius. César. 4 . il a fini son temps avant sa femme et ses enfants. on comptait avec lui d'après le n o m b r e d'années de service [Ibid.) . a n n é e en laquelle « chacun rentre dans son héritage et chaque esclave dans sa famille (Lévit. (Exode. 1 0 ) . 367 d ' a n n é e s de travail. si. XXII.) Mêmes clauses de r a c h a t et de liberté de droit et sans rançon au m o m e n t de la r e m i s e et du J u b i l é . 5.. on lui perce l'oreille avec u n e alène et le m a î t r e est obligé de le g a r d e r esclave p o u r toujours. 2° E n cas de vente volontaire. » r a c h e t é avant. le coupable devenait l'es­ clave de celui q u i avait été lésé. 59).. xxv. de blé. à Rome selon la loi des douze Tables. en Grèce j u s q u ' à Solon. 5). xv. à l'année sabbatique ou de la remise (Deut. (V. 1 2 ) . mais p o u r v u de troupeaux. et de m ê m e à l ' a n ­ née du J u b i l é . Tacite. en Germanie. D e u t é r . en Grèce.. il était libre.. 2. 50). de vin. 0 . m a r i é p e n d a n t le cours du servage. Lev. (Lév. et s'il ne consent pas à en être séparé p a r la li­ berté.ET L'ESCLAVAGE. il a le droit de se p r é s e n t e r devant le j u g e . Même t e r m e q u e d a n s les deux cas précédents. s'il l'aime. XXI. soit p o u r cause de pau­ vreté 1 (Exod. 12-18) prescrit de renvoyer la s e p t i è m e a n n é e l'esclave h é b r e u non-seulement libre. . m a i s l'esclavage de. c'était la prison à domi­ cile. c o m m e en Egypte. l'Hébreu était t e m p o r a i r e . loc.. 3° E n cas de condamnation p a r le j u g e p o u r vol ou a u t r e méfait (Exod. Le D e u t é r o n o m e (xv.. 5 . 1 cit. xxv. XXI. xxv. 2 . 10. Dion. m ê m e défense de v e n d r e . Si l'esclave se trouve bien chez son m a î t r e . tous les sept ans.

XXI. 4 6 . si elle épouse le fils. 11. q u e . l e u r représenta q u ' i l s n e le devaient point. elle ne de­ vient pas libre au Jubilé. elle a droit à la n o u r r i t u r e . dans u n seul cas. il n e p e u t la v e n d r e à a u ­ cun é t r a n g e r . (Lévit. esclavage p e r p é ­ t u e l . c h a p . les enfants d'Israël firent prisonniers deux cent mille de l e u r s frères. Il n'en était pas de m ê m e des é t r a n g e r s . si le m a î t r e m a n q u e à l'épouser ou à la m a r i e r à son fils et à la mettre ainsi en liberté. Mais u n p r o p h è t e . m ê m e en ce cas : 1° C o n t r a i r e m e n t à l'usage universel de tous les p e u ­ ples. parce q u ' e l l e n e doit pas être a b a n d o n n é e avant d ' ê t r e é p o u s é e . xxv. m a i s volontaire.. ) Mais.1 5 . h o m m e s . Oded. 8 . dont ils voulurent faire des esclaves et des servantes.on lit au deuxième livre des P a r a l i p o m è n e s . esclavage perpétuel et forcé d'Israélite à Israélite . Ils pouvaient devenir esclaves perpétuels et h é r é d i t a i r e s . dans a u c u n cas. E n outre . Q u e . cependant les versets du Lévitique q u e n o u s venons de citer p a r l e n t toujours d'esclaves é t r a n g e r s ache­ tés. si elle est r e m p l a c é e p a r Une a u t r e f e m m e . ne les reçoit-elle pas. c o m m e u n h o m m e . elle est l i b r e sans r a n ç o n . elle est l i b r e . et q u e le Seigneur ferait q u e ce pé­ tomber sa fureur .368 LE C H R I S T I A N I S M E 4° Une fille peut être v e n d u e c o m m e esclave p a r son p è r e . femmes et enfants. aux vêtements. Moïse ne le dit pas expres­ sément . 7. 4 4 . il était interdit aux Hébreux de r é d u i r e en escla­ vage les p r i s o n n i e r s de g u e r r e . dans u n e g u e r r e contre le roi Achaz. 9 . XXVIII. 4 5 . 8 . (Exod. à de bons t r a i t e m e n t s . 10. à condition d'être épousée .) Ainsi. en ce cas.. ché est grand. q u e ce serait pécher contre le Seigneur.

) Enfin. (Deut. 7). 2 6 . XXI. ainsi pas de traite.. volé.) п. p..) 2° Si u n maître abuse de son esclave païenne.. (V. les règles et les b o r n e s d e l'escla­ vage e n t r e Israélites lui devenaient applicables. 2° L'achat devait être de gré à g r é .) 4° L'esclave en fuite ne pouvait être p o u r s u i v i . 3° Si l ' é t r a n g e r devenait Hébreu en se faisant circon­ cire (Esther. il sera fouetté. VII. 16) p u n i t de mort celui qui a vendu. 2 1 . Il était défendu non-seulement d'acheter. 1 Ce point important. 369 Et ils renvoyèrent les captifs..xxv. 10.) 3° L'esclave peut recourir à la loi p o u r toute i n j u r e . ) Une fois acheté. (Lévit. 27. v.ET L'ESCLAVAGE. 20. et il fera u n e pénitence p u b l i q u e . aussi bien en faveur des esclaves é t r a n g e r s q u e des esclaves israélites. sur Israël. 147. est attesté par plusieurs savants commentateurs Israélites de la Bible. soignés. 16. (Deut.. 24 . il devenait d u m o i n s libre à l ' a n n é e du J u ­ 1 b i l é . son témoignage est r e ç u . XXIII. l ' é t r a n g e r ne p e u t être r e v e n d u . si le maître brisait sa dent ou blessait son œil. de nombreuses règles tutélaires étaient écrites dans la loi : 1° L'esclave était libre. n o u r r i s . ou recélé un h o m m e .22. s'il restait é t r a n g e r . il peut posséder et se r a c h e t e r . (Exod. mais pourtant controversé. L'Exode (XXI. après les avoir vêfus. mais contrat q u e l'acheté n'acceptait a s s u r é m e n t pas sans condition. 1 5 . Un é t r a n g e r n e pouvait donc devenir esclave que p a r voie d'achat. mais m ê m e de couvoiter le serviteur ou la servante de son prochain. XIX. (Lev. Barnes.

30. XXI. 4 4 . XII. ) Voilà l'esclavage israélite. Le j o u r où la loi des Juifs deviendrait la loi d ' u n des États soi-disant c h r é t i e n s d u s u d de l'Union a m é r i c a i n e . 1 2 .. E x o d . 2 1 . . n u l esclavage e n t r e n a t i o n a u x . la p u r e t é de la f e m m e . les droits de l ' h o m m e .. la faiblesse de l'enfant. le m a î t r e est s é v è r e m e n t p u n i . XII. mais les versets 2 6 . qu'ils y p r e n n e n t plutôt des exemples. 1 0 . 3 4 . u n progrès i m m e n s e serait accompli. pas de loi des fugitifs. S'il est t u é . vous l'étran­ avez été (Lév. (Exod. la Pentecôte et la fête des Taber­ nacles (Exod. v. la P â q u e . il n'est pas p u n i de 1 la m ê m e façon..370 LE C H R I S T I A N I S M E il est i n s t r u i t . si la survie de l'esclave prouve q u e le m a î t r e a agi sans intention de t u e r (ce qui était d'ailleurs p e r d r e son a r g e n t ) . l'égalité professée. Qu'il est loin sans d o u t e de la liberté c h r é t i e n n e ! Mais combien s u r t o u t il diffère de la servitude g r e c q u e ou r o m a i n e ! Combien il est s u p é ­ r i e u r à l'esclavage a m é r i c a i n ! Pas de traite. et à toutes les fêtes de fa­ m i l l e . la fraternité p r ê c h é é . liberté j u b i ­ l a i r e . Deut.. xx. XXXIV. ne laissent pas douter du sens.. ) 4° Il n e travaillera pas le j o u r d u Sabbat (Exod. D e u t é r . 2 1 . ) 5° Enfin. 1 1 . p a r t o u t Moïse répète a u x Hébreux q u e les h o m m e s sont frères. 17. . 3 ) . (Exod. Que les partisans de l'esclavage m o d e r n e cessent de c h e r c h e r là des a r g u m e n t s . . placés sous la protection prévoyante de la loi . ses droits sont respectés.. 14) et participera a u x trois g r a n d e s fêtes a n n u e l l e s . XXI. et il redit souvent : Respectez ger comme étrangers vous-mêmes. et les pauvres escla1 Ce texte semble dire qu'il ne l'est pas du tout. 2 0 . 27 28. 2 . XIX. dans la terre car vous-mêmes d'Égypte.

toutes les pages de ce texte v é n é r a b l e exhalent comme u n parfum de liberté. P o u r m o i . j e vous déclare que je d o n n e la liberté contre vous au glaive. La m a n i è r e dont on lit dans. toutes les foudres du ciel t o m b e n t s u r des o p p r e s s e u r s . 1 3 ) . les a r b r e s et les se­ mences (Gen. I. Toutes les malédictions. j e n e lis pas q u ' i l doive do­ m i n e r s u r d'autres êtres. rapprochées. celle de Babylone ont-elles été infligées aux H é b r e u x ? En c h â t i m e n t de l'oppression de l e u r s frères. Le Seigneur dit : « Vous ne m'avez pas écouté p o u r d o n n e r la liberté chacun à son frère et à son p r o c h a i n . 2 8 . Le déluge i n o n d e la création . mais moi. font transformer l'Ancien Testament tout en­ tier en u n e loi de servitude. et tous les a n i m a u x qui se m e u v e n t s u r la t e r r e . etDieu m o n t r e ainsi aux p l u s forts qu'il est le p l u s fort. ves p o u r r a i e n t attendre et entrevoir 1 h e u r e de la pleine liberté. prêtez l'oreille à ces étonnantes paroles q u i retentissent encore après q u a t r e m i l l e ans comme les éclats du t o n n e r r e . et je r e m e r c i e Dieu u n e fois de p l u s de m ' a v o i r fait n a î t r e au sein d'une Eglise q u i n ' a b a n d o n n e pas les saints livres aux i n t e r p r é ­ tations du caprice et de l'égoïsme. rempli toute la terre (Ibid. P o u r q u o i la captivité de Juda. les herbes.. Ouvrez les prophéties. en faveur de l'esclavage. Dieu bé­ nir l ' h o m m e et lui d o n n e r la domination s u r les poissons de la m e r . aux p r e m i e r s j o u r s du m o n d e . celle d'Égypte.371 E T L'ESCLAVAGE. r e t o u r n é e s . les oiseaux du ciel. la Bible tout ce q u e l'in­ térêt désire m e r e m p l i t d ' é t o n n e m e n t . c'est parce q u e les hommes avaient d'iniquité. Quoi ! sept ou h u i t phrases extraites.. toutes les colères de Dieu. Je vois. 2 9 ) . VI. à la famine .

A l'attente du Messie va succéder sa venue. Prov. . l'Église catholique célébrait les solennités du t e m p s q u i précède la nativité du S e i g n e u r . encore Jérémie. Qu'attend l ' h u m a n i t é ? q u ' a p ­ porte le S a u v e u r ? Ecoutez : « Seigneur. 17. aux impressions et aux paroles de l'Ancien Testament. 7-17.LE 372 CHRISTIANISME et à la peste. 7 . les réalités vont combler les promesses. V. Joël. s u r la t e r r e . Comme un écho lointain qui devient peu à peu plus intense. 55. notre R é d e m p t e u r . procession. Jér. Isaïé. 1er dimanche de l'Ayent.. la merveilleuse liturgie nous r e p o r t e . c o n d a m n e r i n j u s t e m e n t u n h o m m e . et q u e je vous r e n d r a i e r r a n t s et vagabonds 1 p a r tous les royaumes de la t e r r e . 31. les j o u r s s'abrégent.XXII. » « F o u l e r a u x pieds tous ceux q u i .. LXIII. où est la tendresse de vos entrailles et de vos miséricordes? Dé­ 1 ployez votre puissance et venez p o u r n o u s s a u v e r . sont dans les liens.. III. XXXIV. 34. 6 . Lament.13. « Vous avez v e n d u les enfants de Juda et de J é r u s a l e m aux enfants des Grecs p o u r les transporter loin de l e u r pays. » 1 2 3 4 Jérémie. Mais je les retirerai du lieu où ils ont été t r a n s p o r t é s . . à travers les siècles. regardez-nous d u ciel et jetez les yeux s u r nous de votre d e m e u r e s a i n t e . 36. . c o m m e u n e l u m i è r e q u i de l ' a u r o r e s'élève au m i d i . Puissrez-vous r o m p r e le ciel et en descendre ! Où est votre zèle.— Amos. où est votre force. violer le droit de l ' h o m m e devant le Sei­ g n e u r . car vous êtes notre P è r e . et je ferai r e t o m b e r s u r votre tête le m a l q u e vous l e u r 3 avez f a i t . III. XIV. le S e i g n e u r 2 n ' a p p r o u v e pas tous ces c r i m e s . » Au m o m e n t m ê m e où je relisais ces grandes paroles.VII.

aux » « Cieux. Ps. LVI. selon S. . Communion . e Mercredi des Quatre-Temps. pour annoncer 2 aux captifs la liberté . » « Je n e vous affligerai plus. 9 « S e i g n e u r . Nahum. «Je briserai votre captivité. » « Le Seigneur m ' a envoyé pour prêcher l'Évangile captifs. 7 Samedi des Quatre-Temps. et j e vais rompre vos chaî­ nes. 2 IIe dimanche de l'Avent. Luc. 8 9 IV" dimanche. Isaïe. Graduel. I. Isaïe. III dimanche. S. j e suis avec vous. évang. » 1 Ier dimanche de l'Avent. ô Israël. procession. à T i e r c e . » « Le Seigneur relève ceux qui sont brisés. XLV. . Ibid. et il vous sau­ 4 vera . réjouissez-vous. Dieu l u i . aux Vêpres.E T L'ESCLAVAGE. CXLV. n'aies pas 6 p e u r . Vendredi des Quatre-Temps. Introït. I n t r . 3 4 5 6 Ibid. Jérémie. voilà que j e viens te s a u v e r . XXI. et la justice naîtra e n m ê m e t e m p s .m ê m e va venir. 373 « Levez la tête et regardez. voilà s u r les m o n t a g n e s les pieds de Celui qui a p ­ 5 porte la bonne nouvelle et q u i a n n o n c e la paix » a Ne crains p l u s . Luc. » « Dites à ceux qui ont le c œ u r abattu : prenez courage et ne craignez pas . car le 8 salut est proche et ma justice va se m a n i f e s t e r . et j e vous sauverai. q u e la terre s'ouvre et q u ' e l l e g e r m e le 3 Sauveur. ô J a c o b . III. IV. XXXV. brisez notre captivité . » « Gardez mes j u g e m e n t s et p r a t i q u e z la j u s t i c e . Isaïe. et il renverse 7 les desseins des m é c h a n t s .. car votre rédemption est 1 proche .. m o n serviteur. envoyez votre rosée et q u e les nuées d o n n e n t passage au Juste. Communion.

S. Léon.374 LE C H R I S T I A N I S M E ET L'ESCLAVAGE. de la justice et de la liberté. a u souvenir de ces prédictions a n t i q u e s . — Sermon de S. S. 1 e Lundi après le IV dim. Je vous ai en­ gendré aujourd'hui. venez! venez p o u r q u e l ' i n i q u i t é soit 2 a n é a n t i e et q u e la justice r è g n e ! » 3 « J'effacerai l'iniquité de la t e r r e . u. e n t r e les strophes douces à l ' â m e de ce dialogue des prophètes et des apôtres. . Z a c h . 4 et se r e n d a n t semblable aux h o m m e s . « Car le Fils de Dieu a pris la n a t u r e h u m a i n e p o u r la réconcilier avec son a u t e u r . a. afin d'assister au t r i o m p h e de la paix. Il est temps d'ouvrir l'Évangile. Celui qui a la n a t u r e de Dieu s'est anéanti l u i . Lue. le 18. q u e l'Ancien Testament nous p r é p a r e au Nouveau. de l'Avent. à travers ces promesses solennelles d'af­ franchissement et de salut. 3 4 Veille de Noël. 2 Grandes antiennes. selon S. . Luc. « S e i g n e u r . » C'est p a r ce p o r t i q u e merveilleux. et paix s u r la terre aux h o m m e s de bonne volonté. III. Paul aux Philip. » « Le S e i g n e u r a dit : Vous êtes m o n fils. le 19. ouvrez au captif la porte de sa prison! Soleil de justice. II — Évang... III. q u e faut-il faire? N'écraser pas calomnier et se contenter 1 de son salaire . ne » « O clef de David. Intr. — Grad. off.. le 2 0 . Ps. messe de la nuit. au son de ces chants sublimes. personne. et de m o n t r e r u n e fois de plus que les esclaves c o m m e les b e r ­ g e r s ont reçu la b o n n e nouvelle a n n o n c é e p a r les Anges. « Gloire à Dieu au p l u s h a u t des cieux. . prenant la forme d'un esclave.m ê m e . Jour de Noël. q u e l'Eglise n o u s conduit au ber­ ceau de Jésus-Christ.

à u n e époqueoù il n'y avait plus d'esclavesen Judée. peu confiant en mes propres lumières. Il y est. peu question de l'esclavage. inexact ou téméraire. puer. et que rien ne prouve que ce serviteur fût un esclave. a u m o i n s directement. ceux qui contestent au christianisme la gloire d'avoir aboli l'esclavage. choisissant toujours des exemples placés sous les yeux de ceux qui 1 Ai-je besoin de déclarer que. à mon insu. En général. ils affirment que jamais il n ' a eu en face de l u i u n seul 2 p r o p r i é t a i r e d'esclaves . .CHAPITRE II 1 L'ESCLAVAGE DEVANT LE CHRISTIANISME. à l'aide de preuves assez graves.On sait que le serviteur du Centurion est appelé par S. j ' e n conviens. De savants c o m m e n t a t e u r s ont essayé d e d é m o n t r e r . Luc «aïç. j'ai consulté sur tous les textes de savants théologiens? Je désavoue d'avance tout ce qui serait. que Notre-Seigneur était venu. I L'ÉVANGILE. ils font observer que. passent vite s u r l'Evan­ gile. II. 24* .

signifie-t-il domestique Quand servus veut-il dire esclave. serviteur. servant. oïxsrsôw. indistinct. de la forêt de Dodone ou de Bacchus . d o ­ mestique. Dans tous les cas où JoùXo. Û-T>. Ainsi. 64 et suiv. Servus bien serviteur qu'esclave. qui viennent de abadh- travailler. auquel de ses synonymes correspond-il? L'hébreu ne distingue pas. 1 Le mot servus introduit dans tous les arguments tirés des textes une déplorable confusion dont il importe d'être prévenu. domes­ cependant elles ont été prononcées dans des contrées et à une épo­ que où l'esclavage était universel . on a calculé (Barnes. est employé. abudda. servir comme soldat ou servir Dieu . et quand ? La langue grecque.. àoùXoç. attaché. sur ce nombre. soient employés dans les diverses traductions des livres saints pour qu'on en conclue qu'il y est question d'esclaves. — et quelquefois seulement sakir. VII.'. Les deux mots se trouvent dans un même verset de Job. La seule conclusion à tirer de ces difficultés de linguistique. il emploie toujours les expressions générales ebedh.OOOM. JouXêû». il soit une seule fois question de véritables esclaves? Non. ÛTra/c&ûw. C'est par les faits qu'il faut con­ trôler le sens. salarié . plus riche. OÎXÏTYIÇ. 5 . esclave proprement dit. la traduction grecque ne contient . il signifie : Serviteur de Dieu et du Christ 29 fois Serviteurs du péché ou du monde Se servir les uns les autres par la charité.cç. — àvtJpâ-c^'v. salarié.OCÇ. Xa-psûto. servir. il est manifeste qu'elles s'appliquent non moins exactement aux esclaves. et n ' a u r a i t employé le m o t serviteur q u e d a n s le sens de 1 domestique .) que le mot doulos ou servus se rencontre cent vingt-deux fois dans tout le Nouveau Testament. service. servus. 2 . p. signifie aussi Toutes les paroles de l'Evangile et des É p î - tres s'appliquent exactement dans les pays où on est servi par des tiques. U. il n ' a pas p a r l é du temple de D e l p h e s . d e m ê m e il n ' a u r a i t pas fait allusion à l'esclavage q u i ne souillait pas sa vue. knecht. serviteur. 2 — 47 — 58 — Est-il possible d'affirmer que dans ces derniers exemples. le terme général. a autant de termes divers que l'expression comporte de nuances .c. uîcO'.376 LE C H R I S T I A N I S M E l'écoutent. est ci'où/. abodha. suivant. Serviteurs des juifs Serviteurs quelconques G— . Xarpic. c'est qu'il ne suffit pas que les mots ebedh.

au vol. 11 est dans l'É­ vangile des textes précis q u i c o n c e r n e n t l'esclavage. Ille a u t e m servus q u i cognovit voluntatem Do- m i n i s u i et non praeparavit. sans tenir compte des composés. . Voici cependant un texte q u i est allégué : Saint Luc. s'élançant aux extrémités du temps. les con­ d a m n a n t . car il renferme des textes n o m b r e u x et foudroyants contre les vices qui en sont la cause et la suite. marchand d'hommes. I. il va droit a u x péchés capitaux. Ne nous attachons donc pas aux. n e qualifie pas p a r l e u r n o m les résultats variés de la corruption h u m a i n e . vapulabit multis. 377 Je crois cette preuve contestable et d ' a i l l e u r s s u p e r f l u e . à l'homicide. drapodistès. mais seulement au sens et aux cir­ constances dans lesquelles ces mots sont employés.ET L'ESCLAVAGE. de l'espace et d u m o n d e c r é é . XII : « 4 7 . pas une seule fois le mot andrapodon. c h a p . pas un mot en faveur de l'esclavage. bien que le mot corrélatif an- plagiarius. il c o n d a m n e du m ô m e mot le j o u g homicide que l'orgueil et la paresse imposent à un être privé de son p r e m i e r bien qui est la liberté. Paul (I Tim. Ce q u i est vrai. aurait la puissance d'agir directement s u r les corps s i m ­ ples. Ne dites d o n c pas q u e l'Évangile r e n f e r m e peu de textes contre l'esclavage. c'est q u e le divin Maître. e t . mots. à l'orgueil. se lise dans S. Mais vous pou­ vez affirmer qu'il n e contient pas une p h r a s e . a t t a q u a n t le ma! à sa racine c o m m e u n chimiste ( q u ' o n m e p a r d o n n e cette comparaison) q u i . 10). et non fecit s e c u n d u m vo­ l u n t a t e m ejus. à la paresse. La parole et le regard du Seigneur sortent des étroites catégories inventées p a r les h o m m e s aussi bien q u e des petites frontières de la J u d é e .

.5 1 ) . Ces coups. 4 9 ) . qui a autorité sur tous les autres serviteurs économe méchant. XXIV. ou. sera frappé de plusieurs c o u p s . « Celui qui n e l'a pas c o n n u e . qu'il en agit ainsi dans toutes ses paraboles sans q u ' o n transforme en lois les exemples a l l é g u é s .m ê m e autorise l'esclavage et les peines corporelles. en o u t r e cela est textuel. Elle recom­ m a n d e de se t e n i r prêt en vue des r é c o m p e n s e s et des peines de la vie éternelle. c'est à tous les h o m ­ mes. c o m m e le dit saint Matthieu : « 5 1 . Elle p a r l e de c h â t i m e n t s appli­ qués à un é c o n o m e . Mais q u ' o n lise la p a r a b o l e tout entière et q u ' o n la re­ lise dans saint Matthieu (chap. d'être là où il y aura des pleurs et des puni grin­ cements de dents. ce n'est pas aux esclaves seuls q u e s'adresse ce s e r m o n s u r la vigilance. Il sera séparé et aura pour partage avec les hypocrites. q u a n d le m a î t r e arrivera au j o u r qu'il n'attend pas. » ou l ' e s c l a v e qui a connu la volonté de son m a î t r e et ne s'est pas tenu prêt. et les servantes qui s'enivre (Saint Matthieu. mais a fait des choses q u i m é r i t e n t des coups. ou b i e n fait des choses dignes de coups. digna plagis (48). Je p o u r r a i s m e b o r n e r à r e m a r q u e r q u e le divin Maître tire un exemple de la vie u s u e l l e des J u i f s . » Qu'on le r e m a r q u e . « Le serviteur plagis. Saint Matthieu. « Vous . » On conclut de ce texte que Notre-Seigneur l u i . 4 5 .378 LE CHRISTIANISME « 4 8 . 4 2 ) . 4 5 ) . Cela est évident. et bat les autres serviteurs (Saint Luc. en recevra m o i n s . Qui autem non cognovit et fecit digna vapulabit paucis. dispensator (Saint Luc.. 4 2 . il les recevra. et n ' a pas agi selon ses o r d r e s .

à tout homme à qui il a été donné beaucoup. 57 : « Quid autem et a vobis ipsis non judicatis . » Mais. — où il possidetis et date elee- » — où il reproche aux h o m m e s de n'être pas justes. C'est à lui qu'il sera r e d e m a n d é beaucoup. c'est. » voilà le début. bat les serviteurs et les servantes. hominihus expectantibus d o m i n u m (36). boit. un texte h e u r e u s e m e n t choisi! Continuons. Au milieu de la parabole. l'esclave. saint Pierre i n t e r r o m p t et de­ m a n d e (41) : « Seigneur. 5 5 : « Vendue qux mosijnam. s'enivre. et non pas au pauvre noir qui a si peu reçu. est-ce à nous seuls que vous dites cette parabole ou à tous ? » Or le Seigneur continue de ma­ nière à ne pas laisser en douter. cet h o m m e qui a été établi s u r les autres serviteurs? Est-ce le m a î t r e ? Est-ce l'esclave? Les sain­ tes et terrifiantes paroles de Jésus-Christ tombent sur le possesseur d'esclaves . p o u r en faire la consécration de la propriété des esclaves? Précisément au chapitre où Notre-Seigneur refuse de t r a n c h e r les questions de propriété.379 ET L'ESCLAVAGE. en vérité. 51 : « Cherchez royaume de Dieu et sa justice. Ici donc. A quel chapitre emprunte-t-on cette parabole. oublie le j o u r du j u g e ­ m e n t . et il conclut ainsi (48) : « Car. le maître c'est Dieu. le planteur ! Voilà. quel est donc cet h o m m e à qui il a été confié beaucoup. êtes semblables à des hommes qui attendent l e u r maître. d'abord le » — où il exhorte au r e ­ noncement. c'est lui qui m a n g e . plus il lui sera d e m a n d é . 14 : « Quis me constituit judicem aut divisorem super vos?» pose cette admirable règle. et plus il lui aura été confié. il sera d e m a n d é beaucoup.

POUR ANNONCER AUX CAPTIFS LEUR DÉLIVRANCE (la Vulgate et l'hébreu disent : captivis libertutem et clausis apertionem). . 5 8 . 1 POUR RENVOYER LIBRES CEUX QUI SONT BRISÉS V. On lui présenta rayant ouvert.. le jour du Sabbat dans la synagogue. « 17. selon sa coutume. Il entra. iL en viendra que un autre plus puissant moi. saint Jean-Baptiste annonce NotreSeigneur en ces termes : « Chap. elle le condamne énergiquement. aussi S.. le van en main. puis.. 5 9 . revenu à Nazareth.. et nettoiera son » Au ch. Quereste-t-il de celle citation malencontreuse? choisie pour justifier l'esclavage. L'Esprit du Seigneur s'est reposé sur moi. III. quelle est sa première parole? « 16. VI. « 19. et il se leva pour lire. Matthieu.380 LE CHRISTIANISME quod justum est? » — où il recommando la réconcilia1 lion. LA BONNE NOUVELLE il m'a envoyé pour ANNONCER AUX PAUVRES. Jésus baptisé commence son ministère en triomphant du démon. POUR GUÉRIR CEUX QUI ONT LE CŒUB BRISÉ. Dès les premiers chapitres. 25 et suiv. 1 6 . IV. il trouva le livre du prophète Isaïe. 25. vu. « 1 7 . il m'a consacré par son onction. sous peine d'enfer. et le lieu oh ces paroles étaient écrites : « 18. 2 .. Veut-on d'ailleurs des textes précis contre l'esclavage? Qu'on ouvre le même évangile selon saint Luc. Il prendra aire.

selon m o i . . Bien plus. 21 ne laisse aucun doute.ET L'ESCLAVAGE. Mattli. combien Noire-Seigneur se sert souvent du mot esclave. Office du dimanche dans l'Octave de l'Ascension. C'est AUJOURD'HUI que celte Ecriture venez d'entendre est accomplie. Paul. car le v. d'autre p a r t . Ainsi pourquoi NotreSeigneur a-t-il été envoyé? Pour a n n o n c e r aux leur délivrance. . 27 . « 2 1 . 381 SOUS LEURS FERS. formam 1 cipiens .. S. renvoyer leurs fers et publier captifs libres ceux qui sont brisés sous le Jubilé qui affranchit les esclaves? On n'a pas. ni l'esclave au-dessus de son s e i g n e u r . la sainte Vierge l'emploie la p r e m i è r e : Ecce ancilla Domini. xx. l'année d u Jubilé où les esclaves étaient libres). servi Dei . . et le v. Que celui qui voudra être le pre­ mier d'entre vous soit votre esclave. Philip. « Le disciple n'est point au-dessus du maître.. p r e n a n t la forme d ' u n esclave. que vous » Ce texte m e paraît décisif. et le jour où il se vengera de ses ennemis. . POUR PUBLIER L'ANNÉE FAVORABLE DU SEI­ GNEUR (selon tous les interprètes. tem servi ac- il transfigure ce mot : servus duxit captivita- devient Te nom de ceux qui se donnent à Dieu. captivam 2. . dans u n sens assurément bien nouveau. II.. x. « C'est assez au disciple d'être comme son m a î t r e et à l'esclave d'être comme son 1 2 seigneur. 24 . ce mot exprime le devoir de ceux qui c o m m a n d e n t : « Matth. Impossible de soutenir qu'il est figuré. Lui qui était venu. et devait m o u r i r d u supplice des esclaves. 18 est certainement sans figure. assez r e m a r q u é . 5. et e m m e n e r captive la captivité.

de ceux q u i . XII. .. « H e u r e u x ces esclaves q u e le m a î t r e à son arrivée trouvera veillants ! Je vous dis en vérité q u e s'étant ceint. J'ai h o r r e u r de ceux qui le divisent. J ' a i m e l'Évangile tout e n t i e r . » Ce mot transfiguré passe dans la l a n g u e de la foi et de l ' h o n n e u r . » La race a b a n d o n n é e des serviteurs forcés sera affranchie. et je vous s o u l a g e r a i . On lit s u r les lombes des chrétiens : « I n g e n u u s n a t u . j a m a i s de l i b e r t é . de p é n i t e n c e . Écoutons en t r e m b l a n t la sentence du j u g e m e n t der­ n i e r :« . p a r l e n t de soumission. r i c h e s ! » Prêtons u n e oreille attentive à ces suaves paroles q u e le Maître. . J'étais captif et vous êtes venu à m o i . attentifs à répéter aux h o m m e s ce q u ' i l l e u r ôte. » (Matth.. Autant de fois q u e vous l'avez fait à l ' u n de ces p l u s petits d ' e n t r e . après de justes reproches à sa p a ­ t r i e . de c r a i n t e . vous tous qui travaillez et q u i êtes c h a r g é s . j a m a i s d ' a m o u r . La g r a n d e famille des serviteurs volontaires de la charité va p a r a î t r e s u r la t e r r e .382 LE C H R I S T I A N I S M E Saint L u c . j a m a i s d'allé­ gresse. il les fera mettre à table et qu'il ira et viendra pour les servir. 57. adresse au reste des h o m m e s : « V e n e z à m o i . servus autem Christi. ne l e u r redisent j a m a i s tout ce q u ' i l l e u r apporte. » On lit s u r l'écus- son des chevaliers : « Je sers. C'est l'Évan­ gile tout e n t i e r qu'il faut lire. XI. Suivons donc Jésus s u r cette m o n t a g n e bénie d'où sont tombées ces paroles adorables et é t o n n a n t e s : « H e u r e u x les pauvres ! H e u r e u x ceux q u i p l e u r e n t ! Malheur à vous. Mais cessons de c h e r c h e r avec u n e m i n u t i e u n peu trop étroite des textes où figure le mot esclave. .. et j e ne s é p a r e pas ses r i g u e u r s de ses tendresses. 2 8 ) .

qui payez la dîme après avoir abandonné ce qu'il y a de plus important dans la loi. réhabilité le travail et la pauvreté. car ce sens vient à son tour dans te verset suiv. parce que vous n'avez qu'un seul maître. 8 : « Qu'on ne vous appelle point maî­ 1 t r e s .ET L'ESCLAVAGE. 42-45. XXII.) Luc.] Saint Marc. Celui qui est le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Recueillons de la bouche même du Roi du monde cette doctrine nouvelle de l'autorité sur la terre : Matthieu XX. 34. » Matthieu. la miséricorde et la bonne foi! C'étaient là les choses qu'il fallait pratiquer sans omettre les autres. condamné 1 Qu'on ne dise point que maître signifie docteur. 2 5 . mais pour servir » (Ibid. ear vous n'avez qu'un seul docteur qui est le Christ. « 2 8 . . « 2 5 . XXIII. 26 et « 2 7 . » (Matlh. 4 0 ) . et vous êtes tous frères. Lequel est le plus grand de celui qui est à table ou de celui qui sert? n'est-ce pas celui qui est à table? Et néanmoins je suis au milieu de vous comme celui qui sert. x. 8 : « Qu'on ne vous appelle point docteurs. c'est-à-dire la justice.. c'est à moi-même que vous l'avez fait. Malheur à vous. hypocrites. préparé l'homme nouveau et la société moderne. » Souvenons-nous de toutes ces divines et fortes paroles qui ont fondé la dignité et la liberté morale de la con­ science h u m a i n e . 383 mes frères. qui est le Christ. XXV. Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi. « 1 1 . 26 :« Que celui qui voudra devenir grand parmi vous soit votre serviteur..

l à dérision et m o q u e r i e . vous-même qu'ils vous traitassent. selon la forte expression d ' u n e f e m m e . enfin d o n n é p o u r la p r e m i è r e fois u n sens vrai a u n o m de frères. Le mendiant peut dire au roi : « Donnez-moi la couronne. 1 On a osé plaisanter sur ce divin commandement. car c'est là la loi et l e s p r o p h è t e s . colonnes de la m o r a l e : « Vous adorerez le S e i g n e u r votre Dieu. vous » (Saint Luc. 12. » Je défie le planteur le p l u s insensible d'aller. d ' a l l e r au m a r c h é acheter des esclaves. la colère. Mais dé­ sirer être libre. plus souvent répété dans l'Evan­ gile q u e le mot m ê m e de c h a r i t é .) « Faites aux h o m m e s ce q u e vous désirez qu'ils vous fas­ 1 s e n t . écoutons les disciples. P u i s .) « Aimez le prochain comme vous-même. (Matth. le travail est n o b l e . L ' h o m m e est égal à l ' h o m m e . 31. Après le m a î t r e . n'est-ce pas justice? . achevons et r é s u m o n s en lisant au m a î t r e d ' e s ­ claves ces sentences s u p r ê m e s . « Traitez les h o m m e s de la m ê m e m a n i è r e que voudriez VI. la cupidité. ces deux idées de plus dans le m o n d e sont la con­ d a m n a t i o n et la fin de l'esclavage. c o m m u n i q u é u n accent i n c o n n u au mot j u s t i c e . q u e l'Evangile ne con­ d a m n e pas l'esclavage. il est le devoir de t o u s . car vous la désireriez à ma place. VII. et je défie le c r i t i q u e le p l u s résolu de s o u t e n i r .384 LE C H R I S T I A N I S M E l'oisiveté. — On oublie cet autre commandement : Vous ne désirerez rien d'injuste. j u s q u e . aussi­ tôt après avoir e n t e n d u ces paroles. le fratricide en était l'histoire. car la fraternité n ' é t a i t . après les avoir l u e s .. et vous ne ser­ virez que lui seul. q u e le r o m a n du g e n r e h u m a i n .

les Apô­ tres chassèrent l'esprit qui possédait cette femme. emprisonner et fouetter les Apôtres. [Actes. 16-23.ET L'ESCLAVAGE 385 II LES ACTES DES APOTRES ET LES E N T R E S .. Y est-il ques­ 1 tion des esclaves ? pas une seule fois. très-souvent répétée à cause de ce texte : Act. pour le dire en passant.) II. présentent le tableau de l'Eglise primitive. étant a Philippe. et qu'ils ne peuvent parler d'esclaves. On sait que les Actes des Apôtres. écrits par saint Luc. privés de leur gain. et les maîtres. 25* . 3 2 . Mais les versets suivants démontrent manifeste­ ment que les croyants vivaient ainsi pour pratiquer la 1 On lit seulement que Paul et Silas. colonie romaine. une absurdité gra­ tuite. sans souci du profit des maîtres. rapportait beaucoup à ses maîtres par ses divinations . Prétendra-t-on que les apôtres et les premiers chré­ tiens pratiquaient le communisme. XXI. ce qu'il possédait mais toutes choses étaient com­ munes entre eux. On y voit que les princes des apôtres travaillaient de leurs m a i n s . IV. firent prendre. or. — La multitude de ceux qui croyaient n'avaient qu'un cœur et qu'une âme : et nul ne considérait comme étant à lui en particulier. ch. on n'y lit pas qu'ils se fissent servir par des esclaves. puisqu'ils n'admettaient pas la pro­ priété privée? C'est là. possédée du démon. rencontrèrent une esclave qui.

55. En effet : 34. saint P i e r r e dit à Ananie : 5 Comment Satan a—t—il tenté votre cœur. mais à Dieu. nous voyons Anan i e et Saphire frappés de m o r t . dans les apôtres et a u c u n détail q u i n e r é ­ dans les p r e m i e r s fidèles. au chap. parce que tous ceux qui possédaient quelques fonds de terre ou des maisons les vendaient et en apportaient le prix. n u l l e m e n t p o u r p r a t i q u e r le c o m m u n i s m e . encore Ce n'est pas aux hommes que vous avez menti. si vousl'aviezv o u l ugar­ der? Et même après l'avoir vendu.386 LE CHRISTIANISME charité. nous m o n t r e n t B a r n a b é d o n n a n t cet exemple. pour vous porter à mentir au Saint-Espi it et à détourner une partie du prix de ce fonds de terre ? 4. Ces textes consacrent donc parfaitement le droit de propriété privée. v. bien loin de l'abolir. mais parce qu'ils o n t m e n t i . si nettement professée p a r saint . Les versets 5 6 . vèle. a u c u n mot. et le silence des apôtres s u r la p r o p r i é t é des esclaves n e peut être a t t r i b u é à leur p r é t e n d u e opinion sur le droit de p r o p r i é t é en lui-même. déclarant les d o n n e r . Ne demeurait-il pas toujours à vous. 5 7 . puis. et ou le distribuait ainsi à chacun selon qu'il en avait besoin. Qu'ils mettaient aux pieds des apôtres. Il n'y avait aucun pauvre parmi eux. 1-12. le prix n'en était-il'pas à vous?... Aucun trait. la conviction la plus p u r e et la p l u s pratique de la fraternité des h o m m e s . tandis q u ' i l s en retenaient u n e partie. E n effet. p o u r q u o i ? non p a r c e qu'ils n ' o n t pas apporté l e u r s biens en c o m m u n .

soit p o u r développer aux fidèles les règles de la foi et de la m o r a l e . les autres r e c o m m a n d e n t aux esclaves la soumission. « Ce Dieu que vous adorez sans le connaître c'est celui que j e vous a n n o n c e . Il est nécessaire de les analyser. et je d e m a n d e la liberté de r e ­ p r o d u i r e en entier ces vénérables articles de la charte de l'égalité c h r é t i e n n e . soit p o u r résis­ ter aux p r e m i e r s mouvements q u i les portaient vers l'a­ gitation ou vers l ' e r r e u r . devait être mis en l i b e r t é . bien q u ' a n ­ cien esclave. aux maîtres la bonté et la justice. et d'abord de les connaître. J'ai p r i s à tâche de les r e c h e r c h e r avec le plus grand soin. Mais. 387 P a u l devant l'Aréopage (Actes. puis il devint évêque. Les r e c o m m a n d a t i o n s que c o n t i e n n e n t les Epîtres dénotent donc les points où l'au­ torité del'Église était déjà obligée de se manifester. on ne cite ces textes que p a r extrait. .ET L'ESCLAVAGE. 2G). . dans le t e m p s et avec les bornes qu'il a d é t e r m i n é s . et on ne les cite pas tous. ces conseils sont positifs. quoi qu'il en soit. c'est lui qui a fait naître d'un seul sang toutes les nations des hommes p o u r h a b i t e r toute la terre. En g é n é r a l . 2 5 . XXII. » On sait d'ailleurs q u ' u n esclave. . l'esclave Onésyme fut affran­ chi avant d'être diacre. p o u r être a d m i s au sacerdoce. Tous les textes de saint Paul et de s a i n t Pierre qui p a r l e n t des esclaves peuvent être divisés en deux catégo­ ries : les u n s enseignent avec énergie le devoir du travail et de l'égalité des h o m m e s . Les Épîtres furent composées. et les conseils de patience donnés aux esclaves peuvent p r o u ­ ver q u e la loi nouvelle les inclinait à l'impatience d'un joug dont ils sentaient mieux l'injustice.

ni d'homme ni de femme. Celui qui ne veut point travailler ne doit pas manger. 28. . 7. mais vous n'êtes tous 1 qu'un en Jésus-Christ .. l'ordre chro­ nologique tel q u e l ' i n d i q u e d o m Calmet : 1er Épître aux Thessaloniciens..388 LE CHRISTIANISME Je suivrai. 12. 11. Il n'y a plus maintenant ni de juif ni de gentil. 3 1 . ainsi que nous vous l'avons ordonné. Aucun de vous n'est maintenant serviteur. Paul suppose la connaissance du sentiment d'Aristote (Mœlher. 14. me II Épître : C H . 1 5 .. III). mais enfant. v. an 52 de Jésus-Christ : C H . III. p o u r les textes de saint P a u l . IV. Nous apprenons qu'il y a parmi vous quelques gens inquiets qui ne travaillent point. ch. Ch. Epître aux Galates. IV. Mes frères. les Grecs ceux qui n'étaient pas Grecs.. 10. ils les estimaient es­ claves par nature et d'une race inférieure L'intelligence de cette parole de S. 11. ayez soin seulement que cette liberté ne vous serve pas d'occasion pour vivre selon la chair. 40. Car toute la loi est renfermée dans ce seul précepte: vous ai­ merez votre prochain comme vous-même. an 55 de Jésus-Christ: C H . mais assujettissez vous les uns aux autres par une cha­ rité spirituelle. Cu. Nous ne sommes point les enfants de la servante. Je vous exhorte à travailler de vos propres mains. ni d'esclave ni de libre. vous êtes appelés à un état de liberté . 1 Les Juifs regardaient avec une hauteur dédaigneuse tous ceux qui n'étaient pas Juifs. III. mais de la femme libre. et c'est Jésus-Christ qui nous a acquis cette liberté. Afin que vous vous mettiez en état de n'avoir besoin de personne. Nous ordonnons à ces personnes et nous les conjurons par Noire-Seigneur Jésus-Christ de manger leur pain en travaillant en si­ lence.

mais pour vous porter seulement à ce qui est de plus saint et vous donner le moyen de prier Dieu sans empêchement. re I Épître aux Corinthiens. . 2 5 . étant esclave. 2 2 . 1 5 . an 56 de Jésus-Christ : CH. 14. ne vous rendez pas esclaves des hommes. Que chacun demeure dans l'état où il était quand Dieu l'a appelé. 3 5 . de Cassagnae traduise ainsi ce texte remar­ quable : Si tu peux avoir ta liberté. 2 1 . Nous avons tous été baptisés dans le même esprit. Que si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres. Or. Vous avez été achetés d'un grand prix . soit esclaves ou libres. Nous entourons même de plus d'honneur les parties du corps qui paraissent les moins honorables. 2 2 . De même le corps n'est pas un seul membre. me II Épître aux Corinthiens : 1 Peut-on comprendre que M. 389 15. devient esclave de Jésus-Christ. mais plusieurs.ET L'ESCLAVAGE. quand même 1 vous pourriez devenir libre . non pour vous ten­ dre un piége. 2 0 . reste d'autant plus en servitude. Or vous êtes le corps de Jésus-Christ et les membres les uns des autres. et de même celui qui est appelé. Et nous avons tous reçu un même breuvage pour n'être qu'un même esprit. les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires. C H . devient affranchi du Seigneur. Avez-vous été appelé à la foi étant esclave? Ne portez point cet état avec peine. X I I . est appelé au service du Seigneur. Je vous dis tout ceci pour votre avantage. VII. 2 7 . Car celui qui. mais plutôt faites-en un bon usage. étant libre. soit juifs ou gentils. pour n'être tous ensemble qu'un même corps. prenez garde que vous ne vous consumiez les uns les autres. 2 3 .

23. Affranchis du péché. 2 0 . 2° q u ' o n peut s'en affranchir. 1 1 . Donc la figure m ê m e dont se sert saint Paul n e peut s'entendre q u e du service p r o p r e m e n t d i t .390 LE C H R I S T I A N I S M E CH. . 2 1 . soit du péché pour y trouver la mort. qu'on vous frappe à la face. à la place d u et le sens reste le m ê m e .. n'est p a s s a l a r i é . et la vie éternelle en sera la fin. 22. Quel fruit tiriez-vous alors de ce dont vous rougissez main­ tenant?. Mais q u i d o n c trouvera dans ces paroles u n e consécration de l'esclavage? Que l'on mette partout le m o t : serviteur mot : esclave. soit de l'obéissance pour y trouver la justice? 18. V I . qu'on vous abaisse. mais le don de Dieu à ses serviteurs est la vie éternelle par Jésus-Christ Notre Seigneur. Or. q u ' o n serre les mots de p r è s . de qui que ce soit que vous vous soyez rendus esclaves pour lui obéir. Dans tout ce passage. Vous souffrez qu'on vous réduise en servitude. Dieu ne fait point acception de personnes. et il p a r l e p a r figure de l'assujettissement au péché ou à la j u s t i c e . et l'on r e m a r q u e r a : 1° Qu'il s'a­ git d ' u n assujettissement volontaire . 1 6 . X I . 3° q u ' i l c o m p o r t e u n salaire. Mais à présent que vous êtes affranchis du péché et devenus esclaves de Dieu. vous êtes devenus esclaves de la justice. Ne savez-vous pas q u e . qu'on vous dévore. vous demeurez esclaves de celui à qui vous obéissez. qu'on vous dépouille. le fruit de cet esclavage est votre sanctification. Epître aux Romains. l'esclavage n'est pas volontaire. n ' a pas de t e r m e . 5 8 : C H . an de Jésus-Christ. Rien p l u s . saint Paul s'adresse aux R o m a i n s q u i p r a t i q u a i e n t l'esclavage. I I .. On p e u t ajouter même Epître : C H . Car le salaire du péché est la mort.

Et servez-les avec affection. Qui êtes-vous* pour juger le serviteur d'autrui? C'est à son maî­ tre à voir s'il demeure ferme ou s'il tombe . 8. sans contester avec lui sur ses sentiments. mais faites de bon cœur la volonté de Dieu. ne les traitant point avec rudesse et avec menace. comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes. 6. maîtres. 9. 4 . dans la simplicité de votre cœur. VI. 5. C'est la lin de cette belle et t e n d r e Épître d o n t le cha­ p i t r e IV c o m m e n c e p a r ces s u b l i m e s paroles : . avec crainte et avec respect. Epître aux Ephésiens. qui n'aura point d'égards à la condition des personnes. sachant que vous avez les uns et les autres un maître commun dans le ciel. soit qu'il soit esclave.ET Même Epître 391 L'ESCLAVAGE : CH. C'est e n ­ core u n e allusion aux m œ u r s des R o m a i n s . obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair. comme à Jésus-Christ même. et non les hommes. témoignez de même de l'affection à vos s e r ­ viteurs. 6 2 . ou qu'il soit libre. Il est trop évident q u e le m a î t r e ici. Toutes les a u t r e s É p î t r e s aux Eglises sont d e la m ê m e a n n é e de Jésus-Christ. serviteurs. Et vous. Sachant que chacun recevra du Seigneur la récompense du bien qu'il aura fait. 6 2 : CH. Vous. mais il demeurera ferme parce que Dieu est puissant pour l'affranchir. 1. c'est Dieu. XIV. a n de Jésus-Christ. Demeurez unis avec celui qui est faible dans la foi. Ne les servez pas seulement lorsqu'ils ont l'œil sur vous. comme étant serviteurs de Jésus-Christ. 7. regardant en eux le Seigneur. et q u e le serviteur n ' e s t p a r conséquent pas u n esclave.

2 5 . c'est le Seigneur Jésus-Christ que vous devez servir. père de tous. . La grâce a été donnée à chacun de nous selon la mesure du don de Jésus-Christ. il a mené captive une multitude de captifs. Epître aux Colossiens. a n de Jésus-Christ. comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes. 4. mais avec simpli­ cité de cœur et crainte de Dieu. ni d'esclave et de libre . et a répandu ses dons sur les hommes. 1 . Qu'un Dieu. qui étend sa Providence sur tous. Pratiquant en toutes choses l'humilité. de vous conduire d'une manière qui soit digne de l'état auquel vous avez été appelés. moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur. 2 5 . Il s'est anéanti prenant la forme d'un esclave. 10. I I . Faites de bon cœur tout ce que vous ferez. qu'une foi et qu'un baptême. et qui réside en nous tous. 2 3 . 2 2 . Où il n'y a de différence ni de gentil et de juif. 7. 7. a n de Jésus-Christ. ne les servant pas seulement lorsqu'ils ont l'œil sur vous. mais où Jésus-Christ est tout en tous.392 LE C H R I S T I A N I S M E C H . 5. 2 . C'est pourquoi l'Écriture dit qu'étant monté en haut. Serviteurs. 6 2 : C H . Et qu'il n'y a qu'un Seigneur. III. 6 2 : C H . comme vous avez tous été appelés à une même espérance. 6. obéissez en tout à ceux qui sont vos maîtres selon la chair. qui est au-dessus de tous. Mais celui qui agit injustement recevra la peine de son injus­ tice. 24. Vous n'êtes tous qu'un corps et qu'un esprit. et Dieu n'a point d'égard à la condition des personnes. Nous sommes membres les uns des autres. IV. Sachant que c'est du Seigneur que vous recevrez l'héritage du ciel pour récompense. etc. comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes. ni de circoncis et d'incirconcis. Revêtez-vous de l'homme nouveau. Epître aux Philippiens. 1 1 . Je vous conjure donc. 8. ni de barbare et de scythe.

vient non pas de plaga.. Il (Jésus-Christ) ne s'est pas rendu le libérateur des anges.. de plagiariis (Pothier. liv. rendez à vos serviteurs ce que l'équité et la justice demandent de vous. an de Jésus-Christ 64 : C H . I. P h i l é m o n . Cette loi Fabia ou Favia paraît antérieure à Cicéron. C H . CH. Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes. etc. 9. I I . le latin dit : plagiarii. 4 2 4 ) . maîtres. . Après les É p î t r e s a u x Églises. 3. n° 3. « La loi n'est pas faite pour le juste. le grec : м^я-т^а-г. les r e c o m m a n d a t i o n s sont p l u s confi­ dentielles. XIII. Or les dictionnaires (V.. « Les fornicateurs. Regul.. De lege Fabia. tit. Quicherat) traduisent comme don Calmet. » Epitre aux Hébreux : C H . Ce n'est que postérieurement et par extension qu'on a désigné par le même mot le voleur d'esclaves. xv. les abominables. Ce mot plagiarius. mais pour les méchants et les insoumis. Freund. Facciolali. lib. mais le libérateur de la race d'Abraham. 1. XLVIII. mais de plaga. Si liberum hominem emptor sciens emerit. coup. 16. Or ces textes nous apprennent nettement que le pla­ giaire était celui qui volait un homme libre pour en faire un esclave. v i e n n e n t les É p î t r e s d e saint P a u l aux c o m p a g n o n s de ses t r a v a u x .ET 393 L'ESCLAVAGE. C'est un terme juridique qu'il faut interpréter par les textes de droit. Or. les traductions anglaises disent : menstealers. comme si vous étiez vous-mêmes enchaînés avec eux. p. 10. passé dans notre langue pour désigner le forban littéraire qui pille les œuvres d'autrui. 1. les impies. et l'apôtre d o n n e à ses confidents les motifs de sa conduite : re 1 Epître à Timothée. Quelques tra­ ductions françaises portent : les voleurs d'esclaves. Vous. ULPIEN. ceux qui volent des hom­ mes libres pour en faire des esclaves. Tite. pro Rabirio. Voici ces textes empruntés aux Pandectes. 1 C'est ainsi que dom Calmet et l'abbé de Vence traduisent. I V . P. sachant que vous avez aussi bien qu'eux un maître qui est dans le ciel. Timothée. filet. tome III. I.

Même loi Deuuer. 7. Col. le § 2 a ceux qui ont des maîtres chrétiens. quo ven­ Fabia de plagio nascitur. et qui l'aura vendu. si sciens liberum esse vendiderit.). comme étant par­ ticipants de la même grâce. celui qui l'achète. Exod. 16 : Celui qui aura enlevé un homme. V I . La même loi étend la peine aux voleurs d'esclaves . afin que leur conduite fasse révérer à tout le monde la doctrine de Dieu.. A ne détourner rien de leur bien. celui qui prend l'esclave. I I . 1 Ce mot indique clairement que le § 1 s'adresse aux serviteurs qui ont des maîtres païens. Il nous a paru utile d'établir le vrai sens de ce texte infiniment curieux de S. un rescrit d'Adrien témoigne que cette analogie n'est pas incontestablement admise: Plane autern scire debet (judex) terceptos posse aliquem furti teneri. 1. lib.XVI. De cognition. Mais Constantin la maintient capitale contre les voleurs d'enfants. ou entre les mains duquel il aura été trouvé. 20 h. infligunt parentibus orbitates qui viventium filiorum miserandas (I. à ne les point contredire. 1 2 . Que ceux qui ont des maîtres fidèles ne les méprisent point. 9. Epître à Tite. 20. Plus tard la peine devient pécuniaire. 9. an de Jésus-Christ. notre Sauveur. sachent qu'ils sont obligés de rendre toutes sortes d'honneurs à leurs maîtres. par lequel. h.394 LE CHRISTIANISME C H . 1 . celui qui le vend. à leur complaire en tout. parce qu'ils sont leurs frères. Paul. Cod. plagii criminis pœna sciens tenetur. tit. 64 : C H .). il condamne l'origine même de tout esclavage. X V . capitale ditor crimen eum ex lege advenus quoque fit obnoxius. Liberum venumdando. mais à témoigner en tout une entière fidélité. plagiarii. . tit. Que tous les serviteurs qui sont sous le joug . XXIV. Telle est d'ailleurs la prescription formelle de l'Ancien Testa­ ment. mais qu'ils les servent encore mieux parce qu'ils sont fidèles et plus dignes d'être aimés. sera puni de mort. VI. assimilant aux criminels les plus abominables ceux qui réduisent en servitude un homme libre. De même conditionem DIOCLÉTIEN et ejus. nес idcirco tamen statim crimine ob servos alienos plagiarium esse in- existimari (Callistr. XXI. 10. invitum MAXIMIEN. afin de n'être pas cause que Von blasphème contre le nom et la doctrine de Dieu. Exhortez les serviteurs a être bien soumis à leurs maî­ tres.

Étant libres. soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte de respect.. Mais si vous avez égard à la condition des personnes. Ire Epître : C H . non-seulement à ceux qui sont bons et doux. Car c'est là la volonté de Dieu que par votre bonne vie vous fermiez la bouche aux hommes ignorants et insensés. notre Sauveur. p o u r y r e v e n i r u n peu p l u s loin. après avoir cité les textes d e saint P i e r r e . 1 On cite toujours ce texte. 3 9 5 1 1 . ces admirables paroles? Épître catholique de Saint Jacques.ET L'ESCLAVAGE. vous supportiez les épreuves injustes. CH. vous com­ mettez un péché. 9 . à propos de cette i n i q u i t é . à toutes sortes de personnes. et. mais pour agir en servi­ teurs de Dieu. p o u r t a n t . Si vous accomplissez la loi royale en suivant ce précepte de l'Écriture : vous aimerez votre prochain comme vous-même . Car ce qui est agréable à Dieu. 15. com­ m e n t ne pas r a p p e l e r . Car la grâce de Dieu. 1 6 . pour l'amour de Lui. mais même à ceux qui sont rudes et fâcheux 1 9 . c'est que. mais sans l'accompagner de ce qui précède et de ce qui suit : Liberi patientes injuste. 1 8 . vous faites bien. . Soyez soumis pour l'amour de Dieu. a paru pour tous les hommes. non pour vous servir de votre liberté comme d'un voile qui couvre vos mauvaises actions. 1 3 . II. Serviteurs. Nous omettons à dessein l ' É p î t r e de saint Paul à P h i l é m o n . 8 . II.. Les Épîtres de saint Jacques et d e saint J e a n n e contien­ n e n t rien d e spécial s u r la s e r v i t u d e .

mais si sages. pleurez. poussez des cris et des hurlements. I RE Epître de saint Jean : CH III. également éloignés de l'Evangile défiguré des révolutionnaires. cxvm. réjouissantes. Qui donc se fatiguerait en lisant l'Evangile et les Épîtres? Ne se sent-on pas au contraire édifié. Ira-t-on épiloguer et tenter des interprétations subtiles? Non. n'alléguons pas que tous les textes qui prêchent la soumission s'adressent aux serviteurs. mêlées à ces conseils de soumission et de patience. v. . 162. 4. d'égalité et de fraternité. ces doctrines positives de liberté. aux domestiques. Partisans de l'émancipation. mais par œuvre et en vérité. 1 8 . et on se prend à répéter avec enthou­ siasme ce verset d'un p s a u m e : Seigneur. Sachez que le salaire que vous faites perdre aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs crie contre vous.396 LE CHRISTIANISME CH. ni de b a ­ gue. doctrines. et que leurs cris sont montés jusqu'aux oreilles du Dieu des armées. Je n'ai pas craint de citer ces textes si n o m b r e u x . et non aux escla1 Lœtabor ego super eloquia tua. dans la vue des misères qui doivent fondre sur vous. Voilà que le juge est à votre porte. servi. paro­ les. Mes petits enfants. sicut qui invenit spolia multa. des surprises et des richesses nouvelles. Vous. conseils. fortifié. Ps. 9. on découvre à chaque nouvelle lecture. et de l'Evangile non moins faux des absolutistes? Dans ces mots cent fois relus. riches. non. n'aimons pas de parole. vos paroles sont comme la découverte d'un abondant 1 butin . v. 1. en écoutant toutes ces paroles si tendres. ces textes doivent être pris respectueusement à la lettre. rafraîchi.

liberté s u b l i m e q u i fait les martyrs.ET L'ESCLAVAGE. et soutient aussi l'héroïsme obscur de tant de victimes patientes d ' u n e pénible vie. plus il voudra. m a i s non de ne pas le s u b i r . que toutes les paroles favorables à la liberté sont figurées. m a i s ne dites pas q u ' i l est u n h o m m e l i b r e . l'esclave a b h o r r e i n t é r i e u r e m e n t ce q u ' o n le contraint à faire. ont p a r l é p o u r les esclaves. S e u l e m e n t . Dites qu'il est un m a r t y r . d ' a u t r e p a r t . cela est vrai. Mais il n'est pas m o i n s certain q u e les apôtres. Les textes: sive servas sive liber. p l u s il sera m o r a l e m e n t l i b r e . dans nos sociétés m o d e r n e s . P e n d a n t cin­ quante ans. et n e doivent être entendues que de l'affranchis­ sement m o r a l des â m e s . Le m a r t y r est l i b r e de détester le supplice . a u t a n t q u e la tradition n'en laissent pas douter et ne p e r m e t t e n t pas de se réfu­ gier derrière cet a r g u m e n t d'ailleurs i n u t i l e . souvent défaillante. mais il l'aura fait pourtant p e n d a n t cin­ q u a n t e a n s . plus on voudra avec lui la voir r o m p r e . entourés d'esclaves. Ah ! je n ' i g n o r e point q u e le vrai chrétien est libre clans les fers. ils sont employés sans modification. la violence est impuissante à forcer le r e t r a n c h e m e n t i m p é n é t r a b l e de la liberté d'un cœur qui croit en D i e u . non de l'émancipation réelle des individus. 397 ves. 11 est parfaitement vrai qu'applicables aux u n s et aux autres. plus la servitude lui pèsera. est toujours incomplète. c o m m e le code des devoirs de tous les gens de service. Ce serait u n e a u t r e subtilité q u e de p r é t e n d r e . Sans la liberté matérielle. la liberté morale. pas m ê m e de la vertu. l'esclavage d ' u n e â m e basse et servile scandalise à peine. . Mais n'abusons de r i e n . libre entre les m a i n s du b o u r r e a u .

. il était devenu le modèle et l'appui des chrétiens de la con­ trée. Onésyme. avant tout. mais Jésus-Christ a af­ franchi l ' h o m m e entier. Mais. et Timothée. le convertit et voulut se servir de lui pour p r ê ­ c h e r la foi. parce que. transformer. ayant volé son maître. qu'on soit satisfait! Ce mémorable exemple nous a été conservé dans l'Epître de saint Pau! à Philémon. sans cesse présentée comme u n e objection. à notre cher Philémon. le démontrent clairement. A notre très-chère sœur Appie à Archippe. il alla le trouver. Saint Paul le reçut avec charité. Les liens qui enchaînaient les âmes devaient tomber les premiers. converti par saint Paul avec sa femme Appie. puis à l'Eglise. Si l'on demande à voir u n esclave réellement af­ franchi de la main d'un apôtre. Un de ses esclaves. notre coopérateur. et à l'Église qui est en votre maison. arrivé à Rome où saint Paul était p r i ­ sonnier. prit la fuite. c'était donc déjà briser la servitude. u n e Épitre qu'il convient de citer tout e n t i è r e : Paul. et le charge de porter à son ancien maître. Ses paro­ les. le compagnon de nos combats. Philémon était u n riche citoyen de la ville de Colos­ ses. prisonnier de Jésus-Christ. il le renvoie à Philémon.398 LE CHRISTIANISME l'esclavage d'une âme libre est u n spectacle intolérable p o u r u n e âme juste. l'âme et aussi le corps. les actes qu'elles ont aussitôt inspirés à ses p r e m i e r s disciples. Élever. affranchir l'âme de l'esclave et celle du maître. elle nous paraît au contraire u n e preuve aussi touchante que décisive. son frère. justement irrité. et. que nous avons voulu analyser à part et la dernière.

quoique je sois tel que je suis à votre égard. mais qui vous sera maintenant trèsutile aussi bien qu'à moi. encore que je puisse prendre en Jésus-Christ une entière liberté de vous ordonner une chose qui est de votre devoir. Et de quelle sorte la libéralité qui naît de votre foi éclate aux yeux de tout le monde. Qui vous a été autrefois inutile. c'est-à-dire quoique je sois Paul. qui m'est très- . et déjà vieux et de plus maintenant prisonnier de Jésus-Christ. se faisant connaître par tant de bonnes œuvres qui se pratiquent dans votre maison pour l'amour de Jésus-Christ. Jésus-Christ notre Seigneur. Je vous le renvoie et je vous prie de le recevoir comme mes en­ trailles. mais comme celui qui d'esclave est devenu l'un de nos frères bien-aimés. afin que vous le recouvriez pour jamais. Non plus comme un simple esclave. mon cher frère. 399 Que Dieu noire Père. et votre charité envers tous tes saints. Mais je n'ai rien voulu faire sans votre consentement. Car peut-être qu'il a été séparé de vous pour un temps. que j'ai engendré dans mes liens. Car votre charité. vous donnent la grâce et la paix. Me souvenant sans cesse de vous dans mes prières. Apprenant quelle est votre foi envers le Seigneur Jésus. Néanmoins l'amour que j'ai pour vous fait que j'aime mieux vous supplier. Or la prière que je vous fais est pour mon fils Onésyme. afin qu'il me rendit quelque service en votre place dans les chaînes que je porte pour l'Évangile. désirant que le bien que je vous propose n'ait rien de forcé. j e rends grâces à mon Dieu.ET L'ESCLAVAGE. nous a comblés de joie et de consolation voyant que les cœurs des saints ont reçu tant de soulagement de votre bonté. C'est pourquoi. J'avais pensé de le retenir auprès de moi. mais soit entiè­ rement volontaire.

que je reçoive de vous cette joie dans le Seigneur. Sans d o u t e . au n o m de Jésus Christ. Paul. et qui vous le doit être encore beaucoup plus étant à vous selon le monde et selon le Seigneur. donnez-moi au nom du Seigneur cette sensible consolation. Epaphras. qui sont mes aides et mes compagnons. mais d ' a ­ bord le docteur des nations a eu la bonté d'enseigner et de convertir cet esclave. C'est moi. Aristarque. Mais l'Eglise l'a toujours m a i n t e n u e et nous devons l'en b é n i r . On a osé dire que celte lettre con­ sacrait l'esclavage. c o m m e trop familière. Je vous écris ceci dans la confiance que votre soumission me donne. qui vous écris de ma main. à tous leurs maîtres chrétiens. Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit. mon frère. puisque saint Paul renvoyait un esclave fugitif à son m a î t r e . vous salue avec Marc. Saint Jérôme nous apprend q u ' o n a cru celte É p î t r e indigne d'être placée au n o m b r e des écrits c a n o n i q u e s . ce voleur. Oui. Si donc vous me considérez comme étroitement uni à vous. Dénias cl Luc. Que s'il vous a fait tort ou s'il vous est redevable de quelque chose. devenu le . c'est moi qui vous le rendrai pour ne vous pas dire que vous vous devez vous-même à moi. ce fugitif. mettez cela sur mon compte. sachant que vous en ferez encore plus que je ne dis. c'est u n e lettre adressée de la m a i n de saint Paul. et consacrée à un objet trop s p é ­ cial et trop m i n i m e . Amen. recevezle comme moi-même. il le renvoie. qui est comme moi prisonnier pour Jésus-Christ. des millions de pauvres escla­ ves l'en bénissent avec nous.400 LE CHRISTIANISME cher à moi en particulier. car j'espère que Dieu me redonnera à vous encore une fois par le mérite de vos prières. Je vous prie aussi de me préparer un logement.

« QUE VOUS RECOU­ VRIEZ ONÉSYME POUR JAMAIS. NON PLUS COMME UN SIMPLE ESCLAVE MAIS COMME CELUI QUI D'ESCLAVE 1 EST DEVENU L'UN DE NOS S. les prie et les bénit. 401 frère d'Onésyme. mais se souvenant aussi qu'il est le frère de P h i l é m o n . 1) dit que er sous ce nom d'église S.. Mais surtout c'est a u n o m d e «Dieu Père et de Jésus-Christ notre Seigneur notre » qu'il les salue. E t q u e demande-t-il ? « Encore que je puisse prendre tière liberté de vous ordonner devoir. » II. avec quel t e m p é r a m e n t d'autorité et de p r i è r e . de l e u r s bonnes œ u v r e s . Ce n'est que par les bonnes ou les mauvaises actions qu'elle fait quelque discernement. C. Jean Chrysostome ( I Sermon sur l'ép. en quels termes. il n'y a pas de différence entre le maître et l'esclave. il les loue et r e m e r c i e Dieu de leur foi et surtout de leur charité. répète deux fois. déjà vieux. Démas. 11 associe à sa d e m a n d e T i m o t h é e . il le qui écrit de sa pour Onésyme. Paut comprend aussi les autres esclaves de Philé­ mon. avec quel a r t c h a r m a n t dans sa tendresse..ET L'ESCLAVAGE. Appie sa très-chère sœur. à Philémon. » Quel est ce bien. tous ses c o m p a g n o n s . qu'il a e n g e n d r é dans ses liens. Arist a r q u e .. Marc. tous les saints de l'Eglise naissante. son fils. P a u l . C'est l u i .. Luc. quelle est cette chose qui est. désirant que le bien que je vous propose n'ait rien de forcé mais soit entièrement volontaire. il recommandeson nouvel a m i ! 11 appelle Philémon son coopérateur. de l e u r libéralité.. prisonnier propre main de Jésus-Christ. de son devoir?. et il ajoute : « Ce mot d'église ne doit point faire de peine aux maîtres. L'Eglise ne con­ naît point de différence entre les maîtres et les serviteurs.. s'ils se voient ainsi confondus avec leurs domestiques. leur maison une 1 église '. car en J. en Jésus-Christ une en­ une chose qui est de votre . E p a p h r a s . 20* .je n'ai rien voulu faire sans votre consentement.

comme son divin Maître. ordonner mon Une chose qui est de son devoir. il touche i n t é r i e u r e m e n t leur â m e . au nom du Seigneur. c o m m e il dit. Recevez-le comme 1 moi-même . Jean Chrysostome. » Est-ce assez de tendresse. elle pourrait d i r e : Mon fils... je le payerai. : Il ne dit pas simplement : « Ne le querel­ lez pas. S'il vous doit quelque chose. Onésyme fut affranchi . il n e gouverne pas les affaires des h o m m e s . sachant que vous en ferez encore plus que je ne dis.402 LE CHRISTIANISME FRÈRES BIEN-AIMÉS. s a i n t l g n a c e d'Antiochc nous apprend qu'il m o u r u t évêque d'Éphèse. Oui. siège de leur volonté. et que faut-il de plus? On préférerait ces cinq mois : Je vous commande de l'af­ franchir ! Saint Paul p o u r r a i t . ne vous fâchez pas contre lui. je vous o r d o n n e . cil. 1 S. loc. Je vous écris ceci dans la confiance que votre soumission me donne. cette sensi­ ble consolation. je vous aime et je vous supplie ! Philémon comprit. mais recevez-le avec l'honneur qu'il mérite. Il agit comme u n e m è r e . L'Eglise l'honore le 16 février c o m m e martyr. ou laissez-le revenir seulement chez vous. que je reçoive de vous. puisqu'il fils de Paul » est devenu le . mais sa voix est-elle moins irrésistible. lorsqu'elle d i t : m o n fils. mon frère. à Philé- il ne le veut pas.

j e l'espère fermement. il en sera ainsi. p a r les h o m m e s . elle n ' e n serait pas moins la vé­ rité et la loi de l'avenir. Le premier. La parole du Maître. au j o u r où nous vivons. — A b o l i t i o n d e l ' e s c l a v a g e a n c i e n . et. Deux motifs nous p e r m e t t e n t d'être p l u s bref dans cette partie de notre é t u d e .u n s de ces trésors sont dès à présent u n bien acquis. Q u e l q u e s . le langage des disciples nous sont maintenant c o n n u s . c'est que le m ê m e travail a été a d m i r a - . n e l'oublions p a s .ET L'ESCLAVAGE 403 III L'ESCLAVAGE DEVANT L'ÉGLISE. § 1. Jésus-Christ est en avant s u r tout ce qui l'a précédé. La lutte a u r a été l o n g u e . La fin du m o n d e arrivera avant q u e tous les trésors de sa loi sainte soient c o m p r i s . Mais. épuisés. m a i s il est aussi en avant s u r tout ce q u i le suit. on va le voir. de l'aboli­ tion de l'esclavage avant la fin de ce siècle. formidable. Il nous reste à voir quelles furent dans l'histoire d u m o n d e les effets de cette parole divine et de ce langage inspiré. appliqués. q u a n d m ê m e la prédication évangélique n ' a u r a i t pas encore e n t i è r e m e n t triomphé.

l'obligation de traiter son prochain comme on veut être traité par l u i . ou plutôt à un choix de traits épars dans l'histoire de l'Europe pendant douze siècles. les livres saints posent en principe absolu l'égalité des hommes devant Dieu. la fraternité du genre h u m a i n . ils cherchent à faire du maître et de l'esclave deux frères sur la terre. Je me bornerai donc à un résumé. ils détachent le maître d'être m a î t r e . la légitimité du salaire. — L'Eglise ne s'est pas u n seul instant écartée de cette conduite. . ils disent: attendez. retient tous les éléments des ondes pures de sa source. Mais ils prêchent en m ê m e temps la soumission. et d'aimer plus q u e les autres les plus petits. Or. à ceux qui font souffrir: tremblez! I. c'est q u e d'avance nous pouvons être certains de retrouver dans la conduite de l'Eglise l'exacte reproduction du langage des apôtres. Le second motif. et de ces frères deux saints dans le ciel. des p r è s - . .LE CHRISTIANISME 404 blement fait par les auteurs que nous avons cités. A ceux qui souffrent. On peut dresser une longue liste des opi­ nions des Pères. le devoir de s'aimer l e s u n s lesautres. Préoccupés d'ailleurs avant tout de l'affranchissement des âmes. Ils changent radicalement le titre de l'autorité et l'esprit de la servitude. sorte de gerbe incomplète glanée sans ordre à travers de riches moissons. nous l'avonsvu. quelles que soient les impuretés versées dans son cours et les sinuosités de ses rives. l'unité. L'eau d'un fleuve. des décisions des Conciles. Ils ne détachent pas l'esclave d'être esclave. l'acceptation volontaire des conditions infligées à chacun dans l'exil passager de la terre.

ébranle peu à peu l'esclavage. elle tem­ p è r e . tous les actes qui prêchent la soumission. p r o t é g e . l ' u n avant. Concile de Langres. les m a l h e u r e u x . l'un se n o m m e Spartacus (71). elle convertit p a r milliers les d e r n i è r e s classes de la société. en i n d i q u a n t à peine les a u t r e s . il est en q u e l q u e sorte u n e religion de famille. et c e p e n d a n t elle apaise l'esclave. décembre 1856. Augustin. les esclaves . et en m ê m e t e m p s elle les élève. etc. les unes punissent la révolte. les autres p u n i s s e n t l'oppression. e t c . . 405 criptions cl des lettres des Papes. restreint. les ouvriers. Il est facile d'abuser de cette tactique constante. l ' a u t r e après Jésus-Christ. la b o n n e nou­ velle est d'abord annoncée aux pauvres c o m m e elle avait eu p o u r p r e m i e r s témoins les b e r g e r s . il suffit de ci­ 1 t e r . 1 Opinions de S. Dans les p r e m i e r s siècles. Toutes répètent la doctrine du S e i g n e u r sur l'égalité des h o m m e s . Revue de Paris. 019. 4 1 9 . Mais l'Église n e se b o r n e pas à m a i n t e n i r l ' é q u i l i b r e . concile de Carthage. elle les p r é p a r e . les autres r e c o m m a n d e n t la bonté . ou font r e n t r e r des révoltés dans l'ordre. cités par . concile de Séville. persécutée. Elle les c a l m e . c a c h é e . Que faire. Ainsi l'Eglise r u i n e l'esclavage. Autant q u ' e l l e peut se p e r m e t t r e d ' a g i r i n d i r e c t e m e n t s u r le d o m a i n e temporel des peuples e t d e s rois. Pour prouver que l'Église a favorisé l'esclavage. Jérôme. sinon leur p r ê c h e r la dignité d a n s la patience? Deux h o m m e s sont morts à un siècle de distance. souvent p r o s c r i t e . le c h r i s t i a n i s m e n'a a u c u n e puissance p u b l i q u e . Larroquc. plus éner­ gique à m e s u r e qu'elle devient plus puissante. Les unes r e c o m m a n d e n t la patience. M. 5 2 4 .ET L'ESCLAVAGE. de S.

s'écriait Celse. Avant le troisième siècle. d'escla­ ves et d'ignorants pour s u r p r e n d r e l e u r simplicité. . que . comme u n e sainte Potamienne dont nous parle Eusèbe. des femmes résistaient. car ils seront consolés. aux brutales passions de leurs maîtres. ils en a u g u r e n t bien. E n avouant que ce rebut de l'espèce est digne de leur Dieu. u n r u s t r e . Nérée. Achilles. comme nous l'apprend saint J é r ô m e . » Dès le troisième siècle. des esclaves. Ils affluent dans les réunions de jeunes garçons.. la servitude est entièrement transformée dans les familles c h r é t i e n n e s . des femmes. ch. d'autres esclaves gagnaient du m ê m e coup la liberté. bien 1 l'Eglise n'ait encore aucune puissance p u b l i q u e .406 LE CHRISTIANISME l'autre Saint-Pierre (65). Les esclaves Victorin. de cordonniers. des hommes de rien.. la m o r t et le ciel. vengez-vous. à cette tendresse touchante. au nom du Christ. L'esclave Spartacus crie à ses semblables: « Révoltez-vous. Plus d'un esclave grossier et abruti restait in­ sensible. furent au nombre des martyrs. » Origène-répondait à Celse en glorifiant ce divin a m o u r des pauvres. iv. 1 Moehler. D'autres baisaient la croix libératrice. » Le batelier Pierre répète aux misérables les paroles du Maître « Bienheureux les pauvres. ils lui ou­ vrent leurs portes. u n i g n o r a n t . qu'ils ne peuvent persuader q u e des idiots. de t a n n e u r s . des enfants. ils montrent assez qu'ils ne veu­ lent. Les esclaves a p p r e n n e n t aux enfants à se­ couer le joug de leurs parents et de leurs m a î t r e s . l'orgueil des philosophes repro­ chait aux chrétiens sa prédilection p o u r les m a l h e u r e u x et les ignorants : « S'il se rencontre. leurs maisons regorgent de tisserands. .

dans les premiers siècles de l'Eglise. » Saint J e a n l ' a u m ô n i e r . égaux et c o m m e libres et c o m m e esclaves. saint Augustin. p e r d u e par le p é c h é . un H e r m è s . saint Ambroise. saint Alexandre. p o u r ad­ m i r e r . resti­ tuée par la r é d e m p t i o n . u n Chromace. li­ b r e s . Ouvrons avec Mœhler les Actes des martyrs. ni de leur â m e l'empreinte de la foi de ceux qu'ils ont i m m o l é s . tous deux soumis. le j o u r de Pâques. Les Pères grecs et latins établissent magnifiquement l'égalité native des h o m m e s . douze cent c i n q u a n t e esclaves qu'il affranchit. la petite fille de . préfet de Rome. elle agit p a r l'exemple des saints. elle agit p a r les ordres des papes. 407 Un peu plus tard. Elle agit p a r la voix des docteurs. la religion des c h a u m i è r e s a envahi les palais. dit saint Jean Chrysostome (hom.ET L'ESCLAVAGE. (284509) converti p a r saint Sébastien. saint P i e r r e Chrysologue développent la m ê m e doctrine. elle agit p a r les décisions des conciles. (100-119) et présentant au b a p t ê m e . n e doi­ vent plus être esclaves des h o m m e s . converti avec sa famille p a r le c i n q u i è m e successeur de saint P i e r r e . elle agit p a r les règles des monastères. « L'esclave glorifie Jésus-Christ c o m m e son m a î t r e . XIX sur la première Épître aux Corinthiens). a u t r e préfet de Home sous Dioclétien. l'illustre fille de sainte A l b i n e . a p r è s le baptême. » une sainte Mélanie ( 4 1 7 ) . L'Eglise use de sa puissance nouvelle. les b o u r r e a u x n e peuvent effacer de leur glaive la tache du sang des m a r t y r s . qui deviendra m a r t y r . et le m a î t r e se reconnaît serviteur de Jésus-Christ. et r e n d a n t à la liberté. tous*deux dans cette obéissance c o m m u n e . quatorze cents esclaves en s'écriant : « Ceux q u i c o m m e n c e n t à être enfants de Dieu .

écrite dans les plus anciennes constitutions d'ordres monastiques. noble. moins riches. Saint Platon et saint Théodore (795). pour n e pas les exposer eux-mêmes à un travail exclusif. ni pour des services personnels. pieuse et puissante femme qui affranchit plusieurs milliers d'esclaves. Ces actes personnels devinrent u n e règle. saint Benoît d'Aniane (780). l'an­ cien courtisan de Pepin le Bref et de Charlemagne.408 LE CHRISTIANISME 1 sainte Mélanie . mettant en liberté soixante-treize esclaves. ne tolérait pas que ses couvents fussent servis p a r u n seul esclave . s'il en recevait en don. il s'élevait sans obstacle à la dignité épiscopale. don­ nant le m ê m e exemple.1 2 7 0 ) . il les affranchissait. l'esclave est un homme créé à l'image de Dieu. deux des plus grands saints de l'Église d'Orient. roi de Hongrie ( 1 2 3 5 . ni pour la culture des terres . Dans le sein du monastère. le con­ cile d'Épone (517) est forcé d'imposer u n e certaine m e ­ sure a u zèle des moines p o u r l'abolition de l'esclavage dans leurs couvents. Les Moines d'Occident. » Dans l'Occident. u n saint Cantius et sa famille. l'ancienne. ni pour les affaires du couvent. « Vous ne devez jamais. dans les rangs du sacerdoce. Le fils d u comte de Maguelone. . u n saint S a m s o n . » a écrit saint Théo­ dore dans son second testament. et q u a n d il se trouvera des rois dédaigneux comme Béla IV. « employer d'esclaves. ont imposé ce principe à leurs monastères. non moins ver­ tueux. l'ancien esclave se confon­ dait avec l'ancien s e i g n e u r . contemporain de Justinien ( 5 2 9 ) . pour se p l a i n d r e de ce q u ' u n évêque était de condition 1 Montalembert.

Elle interdit de r é ­ d u i r e en servitude u n h o m m e libre (506). 0 2 5 . Le maître qui m a l t r a i t e son esclave est c o n d a m n é (505). Les évêques. et elle p r e n d s u r elle de défendre la liberté de tous ceux q u i sont affranchis. Du troisième au douzième siè­ 1 cle. elle per­ met de vendre pour les racheter les biens ecclésiastiques ( 5 8 5 ) . Plusieurs siècles avant. le protestant Blakey cite trente-sept conciles qui r e n ­ d e n t des sentences favorables aux esclaves. les p r ê t r e s . qui m a l ­ traitent leurs esclaves sont sévèrement p u n i s (666-675). 6 5 5 ) . Elle interdit l'esclavage de chrétien à chrétien ( 9 2 2 ) . Elle m u l t i p l i e les causes d'affranchis­ sement j u s q u ' à déclarer libre l'esclave q u ' o n a obligé d e 1 The temporal benefit of Christianity. ( 1 2 6 5 1 2 6 8 ) . celui q u i le tue est excommunié (517). Le droit d'asile dans les égli­ ses est consacré (549). Elle retire les chrétiens des m a i n s des juifs ou des païens ( 5 5 8 . c o m m e Grégoire III (745). il y aura des papes comme Clément IV. p u n i r a le trafic des esclaves chrétiens de la m ê m e peine q u e l'homicide. . Les esclaves affranchis p a r l'Eglise sont protégés (549). et j u s q u ' a u x vases sacrés ( 6 2 5 ) . p o u r l e u r r é p o n d r e que devant Dieu tous les hommes sont égaux. Elle défend de v e n d r e u n esclave hors des limites de la France ( 6 5 0 ) . saint Gré­ goire le Grand (590-604).ET L ' E S C L A V A G E . la m ê m e influence. de quelque façon q u e ce soit ( 5 8 5 ) . d o n n e r a l'exemple et les mo­ tifs de l'affranchissement. Les affranchissements sont protégés et encouragés ( 4 4 1 ) . Nous retrouvons dans les conciles la m ê m e inspira- lion. 409 servile. L'Eglise institue la rédemption des captifs (500).

les ouvrages d'Augustin Thierry. des p r e s 1 Les doux inodes d'affranchissement les plus usités deviennent l'affran­ chissement devant l'Eglise et l'affranchissement par charte. Rohrbacher.410 LE CHRISTIANISME travailler le dimanche. si lâches ou si emportés. presque tous si mous et si cruels. L'influence de l'Eglise s'exerce encore d ' u n e autre façon. dont nous venons de citer les décisions et les dates. E. etc. — L'Église et l'Empire civil au quatrième des Romains. auxquels elle eut affaire. tou­ chante coutume qui fait naître l'esclave à la liberté et à la religion tout ensemble. peu à peu l'Évangile pé­ nètre les lois savantes de l'empire et les codes s a n g u i ­ 2 naires des b a r b a r e s . Châlons ou Latran. Mgr Gerbet. Guizot. Bornonsnous à r e m a r q u e r que cette action lente. Balmès. ont pour lieu de réunion Orléans ou Tolède. Naud t . A ces décisions des conciles. pas direc­ et on ne doit pas s'étonner q u e les souve­ rains. Elle p u n i t avant tout les p r ê ­ tres et les évêques q u i transgressent ses décisions (656). par siècle. etc. et libre l'esclave que ses maîtres ou leurs enfants ont tenu sur les fonts de baptême. Ozanam. Rome ou Reims. Elle affranchit les esclaves qui veulent entrer en religion ou dans les ordres ( 5 9 7 . La plupart de ces chartes indiquent pour motif le salut de . s'étend d'un bout à l'autre de l ' E u r o p e . Bonald. Troplong. le droit d'asile. ne lui aient pas toujours obéi. Lyon ou Lérida. Les conciles. sur le droit M. par Albert de Broglie. Elle agit sur le droit. . On retrouve dans l e u r s lois ce double cou­ rant déjà signalé dans la conduite de l'Église.Influence du Christianisme l'âme. mais persistante. nous pourrions en ajouter d'autres sur le mariage. Mais ici elle n'agit tement. 655) 1 Elle interdit le trafic des esclaves (743).

n'est rien. des coutumes de l e u r temps contraires à la liberté h u m a i n e . avec des retours de c r u a u t é . des lenteurs. dès les pre­ m i e r s siècles. dont on voudrait r e n d r e l'Eglise responsable. des inconsé­ quences. on peut citer et on a raison de flétrir la conduite de prélats in­ dignes. e m p r e i n t e s de cruauté ou de cupidité.ET L'ESCLAVAGE. comme si elle avait en tout t e m p s et en tout pays inspiré tant de monstres ou d'idiots c o u r o n n é s . auxquels elle eut tant de peine à c o m m u n i q u e r s e u l e ­ m e n t u n peu de d o u c e u r ou de raison. transformation si p é n i b l e . on fait bien de déplorer la coupable indifférence d ' u n grand n o m b r e de papes. E n regard de cette vaste et salutaire influence. La substitution m o d e r n e des m a c h i n e s aux b r a s dans quelques i n d u s t r i e s . le courant du bien monte. car il est de son devoir d'agir mieux que le reste des h o m m e s . si sévère pourtant . L'Eglise. complices ou témoins insensibles. Il n e suffit pas de r é p o n d r e que le clergé agissait alors c o m m e tout le monde. On oublie en m ê m e temps qu'à la réforme législative devait correspondre u n e réforme économique des plus compliquées. p r é v a u t et l'emporte s u r le courant du m a l . on p e u t citer et on a raison de b l â m e r des décisions p a r t i ­ culières. si on la compare à la substitution du travail salarié au travail servile. Mais il est injuste de n e pas convenir q u e de siècle en siècle. d'évêques et de m e m b r e s du clergé. aussi bien dans les usages do­ mestiques q u e dans la p r a t i q u e de la c u l t u r e et de la fa­ brication. et des prescription pour tempérer la servitude et faciliter les affranchis­ sements. 411 c o p t i o n s p o u r assurer la propriété.

fondant des ordres spéciaux pour dis­ puter l'âme et la liberté des esclaves chrétiens aux Sarra­ sins et aux Africains. burgondes accouraient en foule au nom du bienheureux Germain. saint Grégoire. II. saint Germain. p. à citer Eptadius ( 5 0 0 ) . saint Césaire (512). p. en Allemagne. par Fortunat. tit. ch. saint Berchaire. et la loi des Alemans. Colonum » On aime à compléter la galerie des saints qu'on peut appeler les patrons de l'abolition de l'esclavage. n'a jamais p e r m i s de les consi­ dérer comme de nouveaux païens et de les réduire en esclavage. 1 Viede saint Germain. le g r a n d évêque de Paris. 4 3 . ellem ê m e ancienne esclave (665). des évêques. u n saint Pierre Nolasque (1215). t. en France. prêchant la m ê m e cause . recom­ m a n d a n t à Charlemagne d'affranchir les siens ( 7 9 0 ) . Wilfrid. saxons. ven­ dant les vases sacrés pour racheter et affranchir des es­ claves. IX. » D'autres évêques. en Angleterre. un saint Jean de Matha (1199). Les esclaves étaient mieux traités q u e par­ tout ailleurs dans les domaines ecclésiastiques. rachetant et af­ franchissant p a r milliers les esclaves. à l'exemple de la reine Bathilde. scots. saint Éloi (659).412 LE CHRISTIANISME envers les hérétiques. S m a r a g d u s . . gascons. Yimoski. 324 : « Tous les esclaves espagnols. comme Acacius. quem vivre » est u n proverbe connu en Allemagne. saint Bavon. saint Remberg. contient ces mots : « ecclesiae. s'écriant quand il recevait u n e a u m ô n e : « Rendons grâce à la divine clé­ l mence. bon liberum vocant. sainte Bathilde. saint Eubicius (551). bien sûrs qu'il les affranchirait. » V. il fait sous la crosse. bretons. « Unter dem K r u m m s t a b e es ist gut zu leben. I. car nous pouvons racheter u n e s c l a v e .

— L'Eglise profitait de toutes les occasions où son action spirituelle était réclamée par les h o m m e s p o u r leur s u g g é r e r des conseils de liberté. l ' a i m e r . c'est le tribunal de la pénitence. La naissance d ' u n prince était u n e cause d'affranchissement dans tout le r o y a u m e : « afin que Dieu veuille accorder la vie au nouveau-né. 413 II. » er porte la formule 5 0 . ou maltraiter. portent tous la mention d ' u n e pensée d e salut.ET L'ESCLAVAGE. On voit. et cela suffit pour dégoûter peu à peu de ce d a n ­ gereux avantage les Ames sincères. Si le fait de le posséder ne lui est pas e n c o r e imputé à péché. usage j u s q u e . il n e peut plus l'injurier. avait la m ê m e origine et le m ê m e b u t . et par conséquent la trace d ' u n e influence chrétienne au mo­ m e n t de la m o r t . Le droit d'asile. et de proclamer h a u t e m e n t et tous les jours l'é­ galité. Le m a î t r e qui se confesse ne peut plus c o r r o m p r e . Le p r e m i e r . surtout en Occident. les moi­ nes porter les cheveux courts. et.l à regardé c o m m e servile et peu à peu passé dans les m œ u r s . au moins celte possession devient une came prochaine. 1 de Marculfe e ( 7 siècle). il doit le soigner. Enfin les testaments si n o m b r e u x qui affranchissent des escla­ ves. les signes extérieurs s'effacer. l ' i n s t r u i r e . p o u r tout dire en un mot. liv. le convertir. si antique et si respecté. sous la m ê m e influence. u n e occasion p r e s q u e inévitable de péché. ou affliger son esclave. Quelle institution h u m a i n e est u n e prédication d'éga­ lité comparable aux sacrements catholiques ! La m ê m e . L'Eglise disposait d'ailleurs de deux puissants moyens d'obtenir du m a i t r e chrétien p l u s q u e la loi n'exigeait de lui.

les travaux de M. grâce aux af­ franchissements et à l'inlluence de la doctrine de l'égalité des h o m m e s . Édouard Biot et de M. sont pesées dans la m ê m e balance. bien qu'ils n e c h a n g e n t pas de son. Sans doute. m o u r i r n'est plus finir. limée. domestique l'esclavage subsiste. Les mots. entre enfin en décadence. Yanoski. et sur les autels le roi saint Louis et l'es­ clave sainte Blandine obtiennent un m ê m e culte. au d e r n i e r m o m e n t . mais il n'y en a plus devant Jésus-Christ. mais elle est usée.m ê m e ne com­ prendra pas de longtemps j u s q u ' o ù portent les rayons de la l u m i è r e dont il a le dépôt. 4 V. Dès le sixième siècle. la servitude. ils s'approchent de la m ê m e table sainte. le réseau tombe maille à maille. r é d u i t e e n poussière. l'esclavage rural commence à 1 se transformer en servage réel ou colonat . et. il s'écou­ lera des siècles. la chaîne de l'esclavage se rompt. Ni les princes ni les jurisconsultes ne se m o n t r e r o n t pressés. Peu à peu. Ser­ vir n'est plus être esclave. le clergé l u i . ou plutôt elle n'est pas brisée. en progrès depuis la naissance des sociétés h u m a i n e s . ces médailles qui portent l'empreinte chro­ nologique des variations de la pensée. mais fort adouci. avant q u e ces grandes leçons passent dans les lois h u m a i n e s . .414 LE CHRISTIANISME goutte d'eau touche le front du b e r g e r et le front du mo­ n a r q u e . Il y aura donc encore longtemps des maîtres et des esclaves devant les Gaïus ou les Papinien. leurs âmes. changent euxmêmes de sens. elle s'est ressoudée. le m ê m e j o u r . l'épouse n'est plus u n e concu­ bine. tous deux sont justiciables du m ê m e t r i b u n a l .

lib. qui l occupa le trône pontifical de 5 9 0 à 6 0 4 . il envoya saint Augustin et ses c o m p a g n o n s . 3 Lettre à Candide. 1849. Mgr England. XIII.. Baltimore. dès cette époque r e c u l é e . Devenu souverain pontife. — V. XII. aussi le grand ouvrage de M. p. adres­ sées en 1841 à M. qui convertirent celte î l e . plus féroces q u e les sauvages de l'Afrique. prêtre envoyé en Gaule. 5 vol. V. trafiquaient m ê m e de l e u r s concitoyens et de l e u r s propres enfants. Anglo. 4 8 0 . !e texte. Sax. Appendice 2 e r du 1 volume. epist x. les lettres X. lib. ch. Antiq. c. 1 . Forsyth. i n s t r u i r e . qui vendent les captifs pris à la guerre. — V. dès le sixième s i è c l e . ce sont les lettres de saint Grégoire le Grand. 1 Ce texte de celles des lettres de ce grand pontife. Grégoire. 415 III. le e comte de Montalembert. Il. ç. publiées par Mgr Reynolds. avant d'être pape. I. — Arrêtons-nous u n m o m e n t devant u n m o n u ­ m e n t r e m a r q u a b l e du point précis a u q u e l était parvenu ce g r a n d œuvre.ET L'ESCLAVAGE. et p r é p a r e r à devenir les apôtres de l e u r pays.. Hist. 4 Lingard. où les Saxons. « leurs p r o g r è s étaient lents. L'analyse des lettres nombreuses de s a i n t Grégoire le Grand établit les points suivants: Le trafic des esclaves est à ses yeux a b o m i n a b l e et in­ terdit. des œuvres complètes. » dit Lingard* . a été publié et parfaitement commenté par le sa­ vant évêque de Charleslon. Bède. On sait q u e la conversion de l'Angleterre est d u e à sa sympathie p o u r les esclaves. Letters on domestic slavery. Anglor. Touché de la jeunesse et de la physionomie d'enfants anglais mis en vente s u r le 2 m a r c h é de R o m e . alors secrétaire d'État des travaux publics. gent. XI. et son zèle i m p a t i e n t . les Moines d'Occident. il fît p l u s . — V. eccl. les fit 3 racheter. qui ont trait à la question de l'esclavage.

5 3 9 . X. l i b . Théod. ep. Cette interdiction était passée dans la loi. 4 2 5 . Le porteur des présentes est venu tout en larmes se plaindre de ce que. il est absolument. Des juifs s'étaient plaints parce qu'on s'était injustement emparé de leurs synagogues. 1 6 3 . Saint Gré­ en m ê m e temps qu'il écrit d ' a u t r e s lettres a d m i r a b l e s p o u r protéger les juifs 1 contre des excès de zèle et des i n j u s t i c e s . lit. au Cod. E n conséquence. De m ê m e . Justinien. non debet esse licentia. mais à condition que l'esclave fasse réellement p a r t i e de la famille du maître.416 LE CHRISTIANISME • L'esclavage domestique est p e r m i s . dont il avouait avoir des enfants.) goire la m a i n t i e n t sévèrement. de Rusticis qui in alienis praediis nuptias contrahunt. évêque de Syra­ cuse ( l i b . aussi Novelle.) J ' a i m e à citer en e n t i e r u n e lettre pleine d ' i n d i g n a ­ tion de saint Grégoire à Maximien. ita eis contra justiliam et aequitatem nec praejudicium nec aliquod debet inferre dispendium. epist. 63.. qu'en vérité je crois (que Dieu détourne ce présage! ) que ses péchés la cond u i r o n t bientôt à la destruction. 1. LIX. » 2 V. de l'Église de Messine. quia sicut illis quidquam in synagogis suis facere ultraquam lege decrctum est. m ê m e e n cas de partage h é r é d i t a i r e 2 l i b . VII. XII) : « Un m'apprend tant de mal commis dans cette province. Fantino defensori Panormitano. XXVIII . . il y a plusieurs années. III. l'esclave n e doit pas ê t r e séparé de sa femme et de ses enfants. un homme que je ne connais pas. e p . Il ré­ pond : « Ipsa sine ambiguitate aliqua volumus restitui . l'avait t'ait baptiser et forcé de se m a r i e r à u n e de ses esclaves. et qu'aujourd'hui il avait violemment séparé cette femme de 1 Lib. x et loi de Valentinien III. (Cod. i n t e r d i t aux: juifs et a u x païens de posséder des esclaves c h r é t i e n s .

1 II. il peut être poursuivi s'il s'enfuit (lib. VII. X. Cependant ce domestique est encore v é r i t a b l e m e n t possédé . qui néglige de corriger et de punir des hommes qui commettent dans son diocèse de pareils actes. XVIII) . epist. sortes de payements à l'avance em­ ployés dans d'autres contrats. debi- 27 « . L'esclavage est devenu u n e véritable domesticité via­ g è r e . cl qu'il l'avait vendue à un autre. 134. Novelle. mon ami. ce n'est pas seulement contre le coupable. 417 lui. u n a u t r e au con­ seiller Théodore (lib. non-seulement vous aurez soin de réparer le mal. si pareille plainte d'un de ses diocé­ sains nous revient. reprenez-le sévère­ ment. ainsi on ne pouvait retenir u n fils p o u r les dettes de 1 son p è r e . Ajoutez encore la restriction des causes qui produisent la servi­ tude. II. Si cela est vrai. et Justinien. c'est contre lui-même que je sévirai canoniquement. 541. lui faisant entendre que. Mais ces ventes. c. ces engagements p e r m a ­ n e n t s . saint Grégoire en d o n n e un à l'évêque de Porto (lib. gou­ v e r n e u r de S a r d a i g n e ) . mais vous vous hâterez d'exiger une expiation qui puisse apaiser Dieu. Un h o m m e libre peut se vendre. Et si ce qui m'a été dénoncé est vrai. n ' i n t r o d u i s e n t pas dans la famille des esclaves. un crime cruel et inouï : aussi nous vous enjoignons de mettre toute l'activité que vous apportez aux choses religieuses pour faire une en­ quête approfondie sur ce grand forfait (tantum nefas). VII. c'est. e p . CVII). Des b a r b a r e s captifs peuvent être achetés p a r des chrétiens (lettre à Vitalis. Quant à l'évêque. e p . LII). il peut être donné . les R o m a i n s ou comme comme l'entendent l'entendaient les Américains. bien qu'ils impliquent encore le droit de posses­ sion d'un h o m m e sur u n autre h o m m e . ni r é d u i r e une femme en servitude pour d e t t e s . la punition de la colère et de la l u x u r e .ET L'ESCLAVAGE. Ne quis creditor filium toris pro debito retinere praesumat. » Ajoutez la prédication continuelle des devoirs des m a î t r e s .

XLIV) à P a n t a l é o n . » P é n é t r e de cet a m o u r pour ses frères. il p r o m e t de le b é n i r . et rien n ' é g a l e la beauté de la lettre (lib. en les gratifiant de la l i b e r t é . Il écrit (lib. et le supplie d ' a g i r de m a ­ nière q u ' a u g r a n d j o u r du j u g e m e n t a u c u n d ' e u x n e soi t privé de sa p a r t du ciel à raison d u tort causé à de pau­ vres serviteurs . Elle commence p a r ces mots : « Comme Rédempteur. e p . xu) qu'il adresse à Montanus et T h o m a s . ou de l ' a r g e n t . il affranchit des esclaves. i n t e n d a n t du d o m a i n e pontifical sur­ à Syracuse. VI. Le g r a n d saint Gré­ goire veille avec s c r u p u l e sur tous les torts qu'on l e u r fait. saint Grégoire donne u n plus g r a n d exemple. II. lui et ses enfants.LE 418 CHRISTIANISME Ils s o n t traités c o m m e des égaux. » Ces d o c u m e n t s caractérisent c l a i r e m e n t . qu'il n e veut pas q u ' o n l ' e n r i c h i s s e . s'il parvient à l e u r r e n d r e p l e i n e j u s t i c e . de leur r e n d r e en d é d o m m a g e m e n t des vaches et des troupeaux. que ceux que humain la nature a bien voulu re- rompre par il est convenable a faits de libres. qui se servait d ' u n e fausse m e s u r e p o u r peser le blé q u e de­ vaient les c o l o n s . par le bienfait laquelle pour les liens qui nous tenaient notre et de ren­ salutaire cl que le droit soient à la liberté rendus dans ils sont nés. ep. il lui r e c o m m a n d e d ' e s t i m e r le p r é ­ judice qui l e u r a ainsi été causé. Il finit en lui protestant « q u ' i l a bien assez. sa divinité dre à la liberté ancienne. auteur de toute créature. l'affranchissement la grâce captifs et nous a soumis au joug de la servitude. de n e pas p e r m e t t r e q u e le Saint-Siége en soit complice. si j e ne m e . rêiir la forme humaine. pour le féliciter d'avoir r é p a r é u n abus de son prédécesseur.

et l'on exige que l'Eglise. l'Orient à Phocas (602-610) et à Chosroès (551-570). mais il était transformé. après deux siècles à peine d'influence r é g u l i è r e . mais à une époque où l'Italie appartient aux Lombards (5G8-758). p o u r moi. la Germanie et le Nord à des hordes sans nom. Quoi ! le conseil général d'Alger e x p r i m a i t encore. aux Pictes et aux Scots. je suis plein d ' a d m i r a t i o n p o u r tant de victoires pacifiques remportées non plus s u r des Constantin ou des Justinien. l'Angleterre aux Bretons. seule force morale qui luttait contre le paganisme et l a b a r b a r i e . le principe de la liberté civile. la crainte q u ' o n ne pût a p p l i q u e r aux m u s u l m a n s les t r i b u n a u x français. en attendant Mahomet. à la fin de l'année 1 8 5 8 . en 7 5 5 . l'état de la question de l'esclavage à la fin du sixième siècle. eût. le Portugal aux Suèves. 419 t r o m p e . les d o m i n a t e u r s n'osent c o n t r a r i e r les usages de ceux qu'ils d o m i n e n t . la Gaule aux F r a n c s . ils établissent ce q u e le christianisme avait introduit dans les m œ u r s ou dans les lois. auquel le pape Grégoire III.ET L'ESCLAVAGE. l'A­ frique aux Visigoths. ce qu'il avait obtenu soit des a n c i e n s maîtres du m o n d e . d a n s l'Inde an­ glaise. L'esclavage était-il détruit? Non. écrivait de s'efforcer de d é t r u i r e la vente des esclaves destinés aux sacrifices humains . l'Espagne aux Goths. le r é g i m e du salariat. Q u ' u n publiciste du dix-neuvième siècle se scandalise de n e pas lire dans les textes de ce temps la doctrine de la propriété. au sein d'empires civilisés. soit des barbares. aux Vandales et aux Maures. ar­ raché la servitude à des hordes qui connaissaient à peine . évangélisées p a r saint Boniface.

sous le r è g n e de Clovis I I : « Pietatis est maxima» et religionis i n t u i t u s .s u r . Judaica servitute m a n c i p i a Christiana teneantur implicita. p u i s q u ' i l était n é à Tarse. n e quod ab sit p e r tale c o m m e r c i u m a u t captivitatis vinculo. roi de Kent. tenu en 6 5 0 . vers 6 9 7 . a r c h e v ê q u e de Cantorb é r y (mort en 6 9 0 ) . vers 6 9 2 . l'Eglise allait p l u s loin. « Quinzième. c o m m e saint P a u l .S a ô n e . » A la m ê m e é p o q u e . » Dans les lois de W i t h r e d .420 CHRISTIANISME LE la p r o p r i é t é et la famille. écrit dans ses règles c a n o n i q u e s . » . vel quod pejus est. roi de Wessex. liber esto. ut n u l l u s m a n c i p i u m extra fines vel t e r m i n o s qui ad r e g n u m d o m i n i Clodove regis p e r t i n e n t . Unde sancla synodus noscitur censuisse. en Cilicie. et dont toute l'histoire se bor­ nait à asservir ou à être elles-mêmes asservies ! Là où elle pouvait davantage. T h é o d o r e . Servus si quid operis p a t r a r i t die dominico ex prœceplo d o m i n i s u i . servus liber exeat. qui r é s u m e en sa p e r s o n n e l'Orient et l'Occident. et. Si quis servo c a r n e m in jejunio dederit c o m e d e n d a m . l i b e r esto. penitus debeat v e n u m d a r e . on lit encore : « Neuvième canon. p o u r sa gloire c o m m e p o u r l ' h o n n e u r de la t e r r e de France. 1 1 7 : « Servo p e c u n i a m per l a b o r e m c o m p a r a t a m n u l l i licet a u f e r r e . » Dans les lois religieuses d ' I n a . u t captivitatis v i n c u l u m o m n i n o a c h r i s t i a n i s r e d i m a t u r . r e n d u e s après le Concile de B e r g h a m s t e a d . Si q u i s servum ad a l t a r e m a n u m i - serit. on trouve celle-ci : « III. il est beau de citer ce canon du concile de Chàl o n s . près C a n t e r b u r y .

et. leurs v i c t i m e s . h é l a s ! la m a r c h e de l ' h u m a n i t é n'est pas le cours d ' u n fleuve p a i s i b l e . ses évêques seront les protecteurs des esclaves et don­ neront l'exemple de l'affranchissement. Essai sur l'histoire de la servitude . » E n 1 1 6 7 . ch. LXXXIII. i n t e r d i r a le trafic des esclaves. demain grossi de nouveau p a r l'orage et débordant au-dessus des digues élevées pour le contenir. adoucira les m œ u r s d e t a n t d'oppresseurs farouches. les Maures. de nouveaux conciles p r o m u l g u e r o n t de nouveaux décrets de d o u c e u r et de justice. 1 deinceps ulla tenus p r œ s u m a t . — Mais. En 1 1 7 1 . Une nouvelle invasion de b a r b a r e s engloutit le m o n d e comme u n d é l u g e . q u e difficile de r i e n . les N o r m a n d s . 421 Il serait aussi facile de m u l t i p l i e r ces citations. leurs captifs. I. arrêtera Genséric et At­ tila. l e u r s esclaves. couvrent l ' E u r o p e de l e u r s déprédations .1 1 8 1 ) déclarara que tous les tiens 1 2 doivent être exempts Moehler. L'œuvre de l'Eglise est à r e c o m m e n c e r . e m p r u n ­ tées au sixième et au septième siècle. 2 générale. I V . II. C'est elle qui baptisera Rollon. XXVII) : « Ne quis illud n e f a r i u m n e g o t i u m quo hactenus in Anglia solebant homines sicut bruta anirnalia venumdari . à Londres m ê m e . sept siècles avant les lois du p a r l e m e n t . chré­ un . elle est s e m b l a b l e à u n torrent n a g u è r e desséché. toléré p e n d a n t toute la période anglo-saxonne (1. les Danois. se comptent par milliers. Mahomet paraît. Les Sarrasins. r é u n i p a r saint Anselme.ET L'ESCLAVAGE. en 1 1 0 2 . Voltaire. trouver de semblable dans le r é p e r t o i r e entier des lois de l'Amérique du Sud au dix-neuvième siècle. note 5 3 . un Concile. elle la recommencera. c. le pape Alexandre III ( 1 1 5 9 .

1 Moehler. Biot. p a r l'influence du » christianisme s u r le m o n d e r o m a i n . c o m m e elle avait u n e p r e m i è r e fois été accomplie. c o m m e n t s'étonner q u ' e l l e soit p l u s lente d a n s les faits? Créez donc. la Suède au dou­ zième. la fraternité du service m i l i t a i r e . Naudet. de p r é p a r e r la l i b e r t é . — On sait quota Bohême n'a été convertite qu'au neuvième siècle. au milieu de ces t e m p s orageux.m ê m e aux pieds du c h ê n e . l ' e n t r a î n e m e n t des c r o i ­ sades. au milieu de p e r p é t u e l s orages. l'organisation des m é t i e r s .422 LE C H R I S T I A N I S M E concile r é u n i à A r m a g h . du onzième au treizième siècle . Il importait moins alors de d é g a g e r de la servitude des êtres sans l u m i è r e s et sans ressources q u e d e c h a n g e r la c h a î n e en u n lien peu pesant. e n Angleterre. déclare libres tous les esclaves a n g l a i s . Le roseau n'avait. . créez donc la liberté i n d i v i d u e l l e ! Appliquez à l'ouvrier le ré­ g i m e du salariat ! Faites d é p e n d r e son existence de ce q u ' o n appelle a u j o u r d ' h u i la quantité du travail et l'abondance des capitaux ! Toutes ces exigences sont des a n a c h r o n i s m e s . Au sein des peuples b a r b a r e s successivement convertis. le Danemark au neuvième siècle. La fondation des v i l l e s . r i e n de mieux à faire q u e de se réfugier de l u i . Yanoski. de proscrire l'oppression. s u r la t e r r a d ' I r l a n d e . d ' o r g a n i ­ ser la protection. en A l l e ­ 1 m a g n e . Les r e c h e r c h e s des savants s'accordent pour r e g a r d e r l'esclavage c o m m e à p e u près éteint en F r a n c e . en ne cessant de l'enseigner aux esprits et de l ' i n t r o d u i r e dans les m œ u r s . les dépopulations r é s u l t a n t de famines fréquentes. Ainsi la révolution s'accomplit et s'achève d a n s les i d é e s . cette t r a n s f o r m a t i o n de l'esclavage s'opéra. de relever le serviteur. d'adoucir le m a î t r e .

à l'Église catholique. J. C ) . S é n è q u e . C ) . qu'est-ce q u ' u n esclave au yeux de Varron? u n a n i m a l . et il est juste de laisser la gloire de cette p r e m i è r e partie de la tâche à celle qui en eut la peine. soit surtout à cause d e l e u r s rela­ tions avec l'Afrique et l'Orient. n é et m o r t ( 5 . la traite et toutes leurs h o r r e u r s se déchaînaient l i b r e m e n t . soit à cause du caractère fier et pa­ resseux de ces nations. J. Louis XVI l'abolit dans les domaines de la couronne le 8 août 1 7 7 9 . ce r i c h e et luxueux avocat des p a u v r e s ? c o m m e n t 1 Quant au servage. Il paraît accompli avant l'explosion du protestantisme. que devaient p e n s e r avant eux et autour d'eux la masse vulgaire des possesseurs d'es­ claves? Si Sénèque pensait ainsi u n siècle après V a r r o n . c o m m e n t a-t-il vécu. . C ) . et. mais de chrétien à païen il se m o n t r e çà et là encore après cette é p o q u e . J. qu'est-ce q u ' u n esclave aux yeux de saint P a u l ? u n e â m e .6 5 a p . si Varron pen­ sait ainsi (116-26 av. où l'esclavage. ses traces se prolongent jusqu'au début de notre siècle.) p r e s q u e au m ê m e m o m e n t q u e saint Paul (2-66 a p . C. dans le préambule de cet édit. qu'est-ce q u ' u n esclave aux yeux de Sénèque? un h o m m e . Veut-on m e s u r e r par les mots la révolution q u e le christianisme a faite dans les idées? Qu'est-ce q u ' u n es­ clave aux yeux de Caton? u n e chose. sont autant d'influences qui s'unirent à la prédication constante de l'égalité c h r é t i e n n e p o u r o p é r e r ce g r a n d et 1 lent o u v r a g e . E n Italie et en Espagne.E T L'ESCLAVAGE. sa belle âme s'afflige des « restes de servi­ tude qui subsistent dans plusieurs des provinces. » Ces restes sont consumés par le grand feu de 1789. 423 le perfectionnement des lois et d'autres causes variées. Si Caton pensait ainsi (254 av. l'esclavage entre chrétiens a dis­ paru. J.

vivant à p e i n e deux cents ans après la conversion de son pays par saint A n s c h a i r e ( 8 2 6 ) . L'ère de l'émancipation des esclaves a c o m m e n c é le j o u r où l'on r e c o n n u t q u ' a u x yeux de Dieu il n'y avait ni . u n écrivain. et q u ' u n m o i n e envoyé p a r u n pape ira c o n q u é r i r à Jésus-Christ. V. sans p a r l e r e n c o r e du m o n d e m o ­ derne. bientôt u n Grec. au c o m m e n c e m e n t du onzième siècle. c'est u n b a r b a r e . S. ce qu'il pense. u n Gaulois. u n Grec. l'esclavage ancien p e u t être consi­ déré c o m m e disparaissant d a n s p r e s q u e toute l ' E u r o p e . aboli deux fois. aboli d a n s le m o n d e b a r b a r e . Jésus-Christ arec son propre pour a rachetées sang. Que l'on n e dise donc pas q u e le c h r i s t i a n i s m e n ' a pas aboli l'esclavage. u n m o d e r n e ? Non. et cela ne point tuer les âmes que N. le m o m e n t o ù . u n Saxon le p e n s e r a . aboli dans le m o n d e r o m a i n . n o u s l'avons déjà dit.424 LE C H R I S T I A N I S M E agissaient ses c o n t e m p o r a i n s ? Saint Paul conforme sa vie à sa doctrine . p r e s q u e sauvage. Ce q u e pense u n Juif ou u n R o m a i n . » Qui d o n c a p p e l l e ainsi des âmes ces esclaves m é p r i s é s ? Est-ce u n R o m a i n . * C'est. c'est le Danois Canut le Grand. avant le treizième siècle. un philosophe. à l ' a u t r e bout de l ' E u r o p e . car il l'a. s u r u n e t e r r e q u e Sénèque ou Varron m é p r i s a i e n t c o m m e b a r b a r e . le plus obscur des c h r é t i e n s le pense avec lui . u n saint. d ' a p r è s les p l u s savants travaux. — Reprenons cette l o n g u e histoire. et. car tous deux croient à u n e parole di­ vine et non pas à leur p r o p r e o p i n i o n . on lira dans u n e loi ces paroles : « Nous défendons de transporter les esclaves c h r é t i e n s en pays é t r a n g e r . et s u r t o u t chez les païens.

au r a n g de prêtre ou d'évêque. il fonde sa famille. leur n o m b r e est d i m i n u é . Dès le premier siècle. la vertu devient usage. puis enfin sociale. Triple révolution.E T L'ESCLAVAGE. 425 m a î t r e ni esclave. l'esclavage.u n s . qui dispa­ raissait du m o n d e r o m a i n . A la fin de l'empire byzantin (1455). il donne l'exemple : il admet l'esclave dans la c o m m u n a u t é c h r é t i e n n e . Après avoir posé le principe. Dès le sixième siècle. C'était à peine l'opinion de q u e l q u e s . le droit i m m é m o ­ rial de faire un esclave du p r i s o n n i e r . il le rachète. la condition g é n é r a l e des escla­ ves est améliorée. n'existe plus de chrétien à c h r é t i e n . le droit de la g u e r r e . Dès le troisième siècle. morale d'abord. puis dominés au profit des petits et des opprimés . il l'a gravé dans la conscience h u m a i n e . le p r i n c i p e est posé. l'usage va d e ­ venir loi. et c'est le christianisme q u i a p o s é ce principe. il améliore son sort m ê m e q u a n d il n e le c h a n g e p a s . devenu libre. il l'affranchit. il ne l'a pas inséré d a n s un code. Il n e l'a pas déposé dans u n livre de philosophie. il l'é­ lève. puis légale. . est ressuscité dans le m o n d e b a r b a r e . m a i s le christianisme s'est jeté au-devant des Barbares. elle est devenue la croyance de tous. principale raison de l'escla­ vage. l'esclavage recule et disparaît dans presque toute l ' E u r o p e . les a gagnés. l'esclavage rural se transforme en servage réel ou colonat. Du dixième au treizième siècle. l'idée devient peu à peu vertu. l'esclavage domestique s'éteint et se modifie. principale source.

et p o u r t a n t je né lui donnerai pas m a fille. et cela suffit. comme après la disparition d ' u n e é p i d é m i e . il est bien nécessaire q u ' u n e doctrine s u p é r i e u r e le p r ê c h e aux h o m m e s . les lois ont beau c h a n g e r . la servitude est née : douze siècles après la naissance du R é d e m p t e u r . Les sentiments d'égalité sont n é s . bien qu'il soit m o n é g a l . de patientes et ad­ mirables r e c h e r c h e s ont été consacrées à l ' é t u d e de la condition des personnes aux différents siècles. elle achève à p e i n e de m o u r i r ! E n c o r e est-il difficile de fixer u n e date précise. des institu­ tions et des lois. avant que les lois consacrent le p r o g r è s . Mon serviteur est m o n é g a l . c'est d a n s le c œ u r q u e sont écrits le titre et aussi la m e s u r e de l'égalité. quoiqu'il porte encore le m ê m e nom q u ' u n esclave. R é c i p r o q u e m e n t . les rapports e n t r e les h o m m e s sont ce que l e u r s s e n t i ­ m e n t s les . car l'histoire tout entière révèle quelle effroyable disposition les incline à mettre les autres h o m m e s sous l e u r s p i e d s . et sans q u e les mots l ' e x p r i m e n t . Voici la seconde réflexion : Ce s e n t i m e n t vrai de l'égalité. On ne p e u t lire ces savants écrits sans faire deux réflexions : Tout ce travail de transformation est dû bien moins aux c h a n g e m e n t s extérieurs des g o u v e r n e m e n t s . q u ' à u n c h a n g e m e n t i n t é r i e u r dans les âmes. le l e n d e m a i n de la naissance de l ' h o m m e . L'escla­ vage semble d i s p a r u à cette époque des lois et des m œ u r s c h r é t i e n n e s . Ce n'est pas s e u l e m e n t dans l'esclavage q u ' o n retrouvera des vestiges .426 LE C H R I S T I A N I S M E Rien n'est plus confus dans l'histoire q u e cette lente transformation des classes i n f é r i e u r e s . Ainsi ce n'est pas d a n s la loi. cependant des cas isolés éclatent encore.font.

ET L ' E S C L A V A G E .

427

de l'inimitié et de la férocité des h o m m e s , c o m m e la pi­
raterie, le pillage des bâtiments naufragés, le droit d'au­
baine sur les biens de l'étranger, l'atrocité des lois p é ­
nales, etc. Lorsqu'un vaste incendie dévore u n e cité, l'eau
n'en devient pas aussitôt m a î t r e s s e ; quelquefois ceux qui
éteignent le feu sont eux-mêmes c o n s u m é s , quelquefois
ils profitent du désordre p o u r contenter l e u r cupidité.
Enfin, le fléau s'apaise, mais des brasiers mal

éteints

r e p r e n n e n t çà et là, ou bien il semble que la main invi­
sible d ' u n ennemi rallume l'incendie à l'autre bout de la
ville, là où l'on ne veillait pas.
Nous avons vu la servitude chassée du m o n d e r o m a i n ,
elle renaît avec l'invasion des b a r b a r e s ; la barbarie est à
peine transformée, que de nouvelles i r r u p t i o n s s u b m e r ­
gent la civilisation n a i s s a n t e ; le règne du Christ s'étend
à p e i n e , que Mahomet se lève p o u r lui déclarer la g u e r r e ;
l'esclavage décroît, l'esclavage r e n a î t , la digue est e m ­
portée; la digue se relève, le flot redouble son effort. Les
esclaves sont devenus chrétiens ; ce sera au tour des c h r é ­
tiens de retomber dans l'esclavage. Mais du m o i n s , ô
m o n Dieu, est-ce que les chrétiens consentiront jamais à
redevenir des m a î t r e s !
Hélas ! hélas ! nous assisterons aussi à ce spectacle, et
nous aurons la douleur de voir l'esclavage, chassé du
vieux m o n d e , g a g n e r et ravager le m o n d e nouveau.

§ 2. — A b o l i t i o n d e l ' e s c l a v a g e

moderne.

Schiller a eu bien raison de dire q u e l'histoire
inonde est la condamnation du m o n d e , die

du

Weltgeschichte

428

LE C H R I S T I A N I S M E

ist das

Weltgericht

Que de maladies honteuses ravagent

la superbe h u m a n i t é ! Quelle effrayante rapidité d a n s les
p r o g r è s , quelle l a m e n t a b l e l e n t e u r dans la guérison !
Mais il est u n spectacle p l u s désespérant encore q u e la
d u r é e du m a l : c'est la r e c h u t e .
Je n e sais pas si l'histoire n o u s offre r i e n de p l u s beau
q u e la lutte a c h a r n é e d ' u n e petite doctrine contre

un

fléau universel, r i e n de p l u s d é c o u r a g e a n t q u e la dé­
r o u t e après la victoire ; r i e n de p l u s beau q u e le t r i o m ­
p h e de la fraternité c h r é t i e n n e s u r l'esclavage, rien de
p l u s honteux q u e la renaissance, au seizième siècle, de
l'esclavage païen en plein c h r i s t i a n i s m e .
I. — C'est le 12 octobre 1 4 9 2 q u e Christophe Colomb
d é b a r q u e à San-Salvador.
Il baisa trois fois la t e r r e , il y planta la croix, p u i s il
1

s'écria :
« S e i g n e u r , Dieu éternel et tout-puissant, qui p a r t o n
Verbe sacré as créé le

firmament,

la terre et la m e r , que

ton n o m soit béni et glorifié p a r t o u t ; q u ' e l l e soit exaltée,
t a Majesté qui a daigné p e r m e t t r e q u e , p a r ton h u m b l e
serviteur, ton n o m sacré soit c o n n u et p r ê c h é dans celte
a u t r e p a r t i e du m o n d e ! »
E t s u r cette terre magnifique, don i n a t t e n d u de Dieu
q u i offre en p r é s e n t à l'ancien m o n d e u n m o n d e n o u ­
veau et de nouveaux frères, tous les p e u p l e s se r u e n t
b i e n t ô t , altérés d'or, et ils y apportent, sous la b a n n i è r e
c h r é t i e n n e , des esclaves, p r i s c o m m e du g i b i e r , achetés
c o m m e des bœufs, traités c o m m e des chiens !

1

Christophe

Colomb,

par M. Roselty do Lergues, I, 218.

ET L'ESCLAVAGE.

429

Aucune nation n ' a le droit de r e p r o c h e r à u n e a u t r e
cette infamie et de lui j e t e r la p r e m i è r e p i e r r e . Toutes
ont péché. Le catholicisme, qui avait détruit l'esclavage
ancien, le protestantisme, dont on a voulu faire le père
de la liberté m o d e r n e , se sont tous deux laissé infecter par
l'exemple d ' u n paganisme n o u v e a u , la religion de Ma­
homet.
On croit que le Portugal et l'Espagne ont c o m m e n c é .
Qui sait si le poids d'un tel crime n e pèse pas encore s u r
leurs destinées !
Les m a h o m é t a n s d'Afrique amenaient à Lisbonne des
nègres p o u r les échanger contre des prisonniers q u e les
Portugais l e u r avaient faits. Ceux-ci e u r e n t alors l'idée
d'aller e u x - m ê m e s en acheter en Afrique dans leur comp­
toir d ' A r g u i n . Le 8 août 1 4 4 4 , avant la naissance de Co­
l o m b , un certain capitaine Lanzarote d é b a r q u a , p o u r la
p r e m i è r e fois, à Lagos, dans le r o y a u m e des Algarves,
2 5 5 esclaves noirs qu'il vendit. Ce commerce c o n t i n u a , et
en 1559 la vente atteignait, à Lisbonne, 1 2 , 0 0 0 têtes.
Les Espagnols i m i t è r e n t cet e x e m p l e ;

Séville devint

l'entrepôt du commerce des esclaves, et, à Madère, aux
Canaries, ce commerce

se développa.

L'introduction

des esclaves à Saint-Domingue date de 1510, à Cuba
de

1521.

Ils furent

apportés

successivement

dans

toutes les colonies espagnoles et portugaises, et l'on sait
q u e les Indiens d u r e n t à Las Casas de n ' ê t r e pas aussi
réduits en esclavage.
Après la fondation des

États-Unis,

ce fut un bâtiment

hollandais qui le p r e m i e r d é b a r q u a , en 1020, vingt nè­
gres à James Town (Virginie).

430

LE C H R I S T I A N I S M E

Les p r e m i e r s esclaves des Antilles françaises y furent
a m e n é s en 1 6 5 0 . Il n'y en avait pas encore à la Guyane
en 1 6 8 8 .
L'accroissement du n o m b r e des esclaves ne fut pas
r a p i d e , les blancs engagés ou émigrants suffisaient d'abord
au travail. A Saint-Domingue, on se passa des esclaves
p e n d a n t dix-huit ans, à Cuba p e n d a n t dix a n s . Il n ' y
avait à Cuba, en 1 7 6 3 , q u e 5 2 , 0 0 0 nègres environ.
Mais deux causes a u g m e n t è r e n t r a p i d e m e n t ces chif­
fres : le développement de la c o n s o m m a t i o n du s u c r e ,
du café, du coton, et

les profits du c o m m e r c e de la

traite.
1

Toutes les nations m a r i t i m e s ont fait la traite ; après
l ' E s p a g n e , c'est l'Angleterre qui a eu la honte de se livrer
avec le plus d ' i m p u d e n c e et d'avidité à cet odieux trafic.
Un traité, en 1 7 6 5 , lui en assura le monopole, et le n o m
m ê m e de la traite,

trade,

est u n e flétrissure imposée à la

l a n g u e anglaise.
Le dégoût nous e m p ê c h e de retracer le souvenir de ces
abominables scènes, dont h e u r e u s e m e n t les peuples de
l ' E u r o p e , sauf l ' E s p a g n e et la T u r q u i e , ne sont p l u s té­
moins ou complices. P e n d a n t deux siècles, le Père de la
terre et des h o m m e s a vu du h a u t du ciel trois continents
souillés par des m a i n s chrétiennes : l'Afrique désolée par
des g u e r r e s sauvages, et p a r c o u r u e par des t r o u p e a u x
d ' h o m m e s vigoureux, de j e u n e s femmes et de petits en­
fants, c a p t u r é s à coups de sabre ou de fusil, conduits à
coups de fouet, m a r c h a n t à travers les sables b r û l a n t s ,

1

V. II partie, liv. IX, p. 2 8 1 .
e

ET

L'ESCLAVAGE.

431

décimés par la m o r t et laissant après eux, par centaines,
des cadavres pourris et ces ossements desséchés que le mal­
h e u r e u x Mungo-Parck et l'intrépide Caillé ont rencontrés
sur l e u r r o u t e ; l'Europe se partageant avec l'Amérique
cette m a r c h a n d i s e vivante et t r o q u a n t contre de l'or le
sang h u m a i n ; l'Océan sillonné par des prisons flottantes,
chargées de ce bois d'ebène,

mis en cas à fond de cale, et

les eaux servant de tombeau m u e t à tous ceux q u e la
m o r t , moins cruelle q u e les h o m m e s , affranchit de leurs
m a i n s exécrables.
On calcule q u ' u n e proportion

d'un

septième à u n

dixième des créatures h u m a i n e s qui furent victimes de
ce trafic perdait la vie pendant la traversée; combien en
était-il mort en Afrique avant d'arriver à la côte, nul
ne le s a i t Plus de cent millions d'Africains furent ainsi
répartis entre les Espagnols, les Anglais, les Français,
les Portugais, les Hollandais, les Danois, les Suédois, les
Américains, les Brésiliens, en un mot tous les peuples
chrétiens possesseurs de colonies.
Je n'ai point à répéter ici ce que j ' a i dit à propos de
tous GÊS pays à esclaves; je n'ai point à me d e m a n d e r si
les chrétiens o n t mieux traité leurs esclaves q u e les païens
ne traitaient les l e u r s . Je voudrais le croire, mais il est
p e r m i s d'affirmer aussi q u e

les païens n ' e n ont pas

possédé un p l u s g r a n d n o m b r e , et d'ajouter qu'ils n e les
ont pas dus à des moyens aussi odieux. La g u e r r e est u n e
mauvaise raison, mais elle est au moins u n prétexte;
l'achat par a m o u r du gain est u n e abomination sans
excuse.
II. — Lorsqu'un usage criminel s'introduit dans les

432

LE

CHRISTIANISME

faits, on est certain d'en trouver dans les livres la d é ­
monstration. L ' h o m m e a i m e à justifier ce q u ' i l p r a t i q u e .
Alors s'établit s u r le t e r r a i n des idées u n e g u e r r e d e
d é m o n s t r a t i o n s et de protestations, dont l'issue décide le
t r i o m p h e du m a l ou du b i e n s u r le t e r r a i n p r a t i q u e .
La renaissance de l'esclavage d a n s les faits e u t ainsi
p o u r résultat de Ramener les doctrines favorables à
l'esclavage.
L'illustre dominicain Las Casas vit ses c h a l e u r e u x
écrits contre l'esclavage a r r ê t é s p a r la censure royale, et
u n e assemblée de légistes et de théologiens p r é f é r e r à ses
protestations les subtilités érudites de Sépulvéda s u r les
races nées p o u r l'esclavage.
Au dix-septième siècle, au m o m e n t où la pensée h u ­
m a i n e atteint u n e i n c o m p a r a b l e h a u t e u r , les plus g r a n d s
esprits s e m b l e n t indifférents. Le fondateur du droit des
g e n s , Grotius, disserte froidement s u r les causes légi­
t i m e s de l'esclavage, Puffendorf

l'imite.

Bossuet l u i -

m ê m e n e dit q u ' u n mot e n passant s u r l'origine de l'es­
1

clavage p a r la g u e r r e ; sa h a u t e raison n e s'arrête p a s .
Heureusement
Panégyrique

son cœur s ' é m e u t , et, d a n s l ' a d m i r a b l e

de saint

Pierre N o l a s q a e , il exalte ce héros
2

de la sainteté et nous le m o n t r e « content de tout d o n n e r ,
de tout sacrifier, pourvu qu'il p r o c u r e la liberté à ses
frères... préférant

la liberté d u m o i n d r e esclave à la

sienne. »
Au d i x - h u i t i è m e siècle, si j u s t e m e n t fier de sa passion

e

V Avertissement sur les lettres de Jurieu, art. 5 0 .
2 T. VII, édition de Versailles, p . 4 8 .

ET

43

L'ESCLAVAGE.

p o u r l ' h u m a n i t é , l'esclavage est a t t a q u é , mais presqu'en
riant. Voltaire se m o q u e de l'esclavage et aussi de l ' e s ­
c l a v e ; il p r e n d des intérêts dans u n e société coloniale.
Montesquieu, p l u s profond et plus grave, consacre u n
1

livre entier, composé de dix-neuf chapitres , à l'escla­
vage. Mais il plaisante, il hésite, il ne conclut q u e mol­
2

lement, à tel point q u e de savants é s p r i t s ont pu le re­
g a r d e r comme u n partisan de l'esclavage. Je crois au
contraire qu'il en fut l'adversaire, et j e n e connais r i e n
de p l u s décisif que ce c h a p . xv, satire i n c o m p a r a b l e ,
qui se termine p a r ces admirables paroles :
« Il est impossible q u e nous supposions q u e ces genslà soient des h o m m e s , parce que, si nous les supposions
des h o m m e s , on c o m m e n c e r a i t à c r o i r e que nous ne som­
mes pas n o u s - m ê m e s chrétiens.
« De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on
fait aux Africains, car, si elle était telle qu'ils le d i s e n t ,
ne serait-il pas venu dans la tête des p r i n c e s d ' E u r o p e
qui font e n t r e eux tant de conventions inutiles,

d'en

faire u n e générale en faveur de la miséricorde et de la
pitié ? »
C'est aux dernières années du d i x - h u i t i è m e siècle,
c'est surtout au commencement du dix-neuvième siècle,
q u ' a p p a r t i e n t le m o u v e m e n t g é n é r e u x des esprits
provoqua cette convention

qui

générale des souverains, si­

g n é e en 1 8 1 4 , et que Montesquieu ne savait pas p r o p h é ­
tiser.
1

Liv. XV, c h . i-xix.
- Cli. Girautl, Mémoire à l'Académie des Sciences morales sur l'esclavage
des nègres.
II.

28

434

LE C H R I S T I A N I S M E

III. — P e n d a n t ce temps, q u ' a v a i t fait l ' É g l i s e ?
R i e n , d i t - o n . Eloignée de la c h a r i t é de ses c o m m e n ­
cements p a r u n long usage de la p u i s s a n c e , d é c h i r é e p a r
la r é f o r m e , p a r t o u t inféodée aux g o u v e r n e m e n t s ,

elle

laissa les rois s i g n e r , au n o m de la Sainte-Trinité, des
conventions p o u r la traite des n o i r s , elle e n d o r m i t l e u r s
s c r u p u l e s en r e p r é s e n t a n t la servitude c o m m e u n moyen
de conversion, elle eut des évêques, des p r ê t r e s ,

des

m o i n e s , possesseurs et v e n d e u r s d'esclaves, elle a encore
des théologiens q u i défendent l'esclavage.
Je n e n i e pas q u e l q u e s - u n s de ces m a l h e u r s ; Dieu n'a
pas r e n d u ses ministres inaccessibles aux vices de l e u r
époque, m a i s j e nie q u e ces fautes a i e n t été sans contre­
p o i d s ; je c h e r c h e la voix de l'Eglise ailleurs q u e dans
l'exemple de ses d e r n i e r s m e m b r e s . Qu'est-ce q u ' o n t dit
les p a p e s ? Qu'est-ce q u ' o n t fait les s a i n t s ?
E n q u a t r e siècles, q u a t r e fois le saint-siége proteste
l

solennellement .
Le 7 octobre 1 4 8 2 , Pie II, au m o m e n t des p r e m i è r e s
découvertes des P o r t u g a i s en Afrique, b l â m e avec v é h é ­
m e n c e les P o r t u g a i s qui osent t e n i r en servitude des
h o m m e s semblables à eux.
Après la découverte du n o u v e a u m o n d e , le 2 9 m a i
1 5 5 7 , Paul III déclare « q u e c'est u n e invention du dé­
m o n d'affirmer q u e les Indiens p o u v a i e n t ê t r e r é d u i t s en
servitude, » flétrit la cupidité des E s p a g n o l s , et déclare
« q u e les Indiens, comme tous

les autres peuples,

même

ceux qui ne sont pas baptisés, doivent j o u i r de l e u r liberté

1

V. Balmès, Wallon, et Van Biervliet.

ET L'ESCLAVAGE.

435

naturelle et de la propriété de leurs b i e n s ; q u e p e r s o n n e
n'a le droit de les troubler ni de les i n q u i é t e r dans ce
qu'ils tiennent de la m a i n libérale de Dieu. Tout ce qui
serait fait d a n s u n sens contraire serait injuste et con­
d a m n é p a r la loi divine et n a t u r e l l e . »
Le 2 2 avril 1 6 5 0 , Urbain VIII défend « de priver les
noirs de leur liberté, de les vendre, de les acheter, de
les enlever à leur patrie, à leurs femmes et à leurs en­
fants, et de les d é p o u i l l e r de leurs p r o p r i é t é s . »
Benoit XIV, en 1 7 4 1 , répète aux évêques du Brésil
les m ê m e s prohibitions
Si l'on vit des évêques, des prêtres et des laïques avoir
2

des esclaves, on en vit d ' a u t r e s se v e n d r e p o u r les af­
franchir." On eut l ' i n c o m p a r a b l e douleur d e lire à la
p o r t e des églises des affiches, qu'on n e peut citer sans
p l e u r e r et sans r o u g i r : A L'ISSUE DE LA MESSE, il sera
cédé à la vente de telle négresse,
fants,

enceinte,

pro­

arec ses en­

etc. Mais on vit aussi des las Casas, des Claver, des

L i e b e r m a n n , des Jean de la Mennais, se v o u e r a la dé­
fense, à la conversion, à l'instruction de ces pauvres
c r é a t u r e s . On vit la doctrine chrétienne défigurée, et des
prédicateurs et des m o n a r q u e s se féliciter d'arracher, à la
tyrannie et de r e n d r e à la foi les Africains passant du
sultan sanguinaire de leur pays aux mains des n é g r i e r s ,
c o m m e si un crime pouvait excuser u n c r i m e . Mais on

V. le texte à l'Appendice.
On avait vu, dès les temps primitifs, un saint Grégoire d'Arménie (que
l'Église fête le 1er octobre), dont le père avait tué le roi Pusaron, se c o n tituer, pour expier cette faute, esclave du fils de ce roi, et subir sans m u r 1
2

jijiuerles plus épouvantables tortures.

436

LE C H R I S T I A N I S M E

n e p u t pas étouffer sous ces coupables sophismes la p u r e
voix de l'Évangile, on n e cessa pas u n seul j o u r

de

répéter d a n s toutes

ne

les églises ce petit m o l q u i

c h a n g e pas : « Aimez

votre p r o c h a i n

comme

vous-

même. »
E n f i n , p a r u n e sorte de c o m p e n s a t i o n , p e n d a n t q u e
les souverains o r g a n i s a i e n t la vente des h o m m e s , l'Église
p e r p é t u a i t et développait le r a c h a t des captifs.
On n e connaît pas assez celte s u b l i m e e n t r e p r i s e .
S u r cette t e r r e , séjour passager du bien et du m a i ,
le m ê m e soleil de p r i n t e m p s fait lever le froment
g e r m e r l'ivraie, les m ê m e s p r o g r è s de l'art de la
vigation p r ê t e n t ,

au c o m m e r c e

et

aux

et
na­

découvertes,

les m ê m e s facilités q u ' à la p i r a t e r i e , et, p a r u n e a u t r e
harmonie

du m o n d e

n a î t r e le c r i m e et

moral,

la

même

é p o q u e voit

l'expiation. A la fin du

treizième

siècle, les chrétiens renonçaient en tous lieux à l'escla­
vage, m a i s ils devenaient à l e u r tour captifs des m a r ­
chands de Gênes ou de Venise, des Maures d ' E s p a g n e ,
des pirates d'Alger, de T u n i s et d u Maroc. A ce m o m e n t
u n e a n t i q u e et s u b l i m e c o u t u m e de l'Église r e p r i t des
d é v e l o p p e m e n t s n o u v e a u x . 11 avait été toujours interdit
de v e n d r e les vases sacrés, si ce n'est pour
captifs.

le rachat

des

Saint Ambroise avait légitimé cette touchante

exception p a r d'éloquentes paroles : « Eh quoi ! vous ne
vendriez pas les vases d ' o r , et v o u s laisseriez v e n d r e les
vases vivants du S e i g n e u r ? La véritable p a r u r e des sa­
c r e m e n t s , c'est la r é d e m p t i o n des captifs, o r n a t u s sacramentorum

redemptio

captivorum

est....

Que le calice

rachète de l ' e n n e m i celui que le sang a r a c h e t é du p é -

après avoir reçu les sacrements. qui avaient eu au même moment la m ê m e inspiration d'en haut. aidé p a r Raymond de Pegnafort. plein d'œuvres et de jours. 1 les Mûthurins. il sentit la mort approcher. il rendit l'âme. . (Liv. se voue à la fon­ dation d'un ordre. qui avait déjà dépensé tout ce qu'il possédait pour racheter des esclaves. conçurent vers la m ê m e époque la p e n s é e d e se consacrer et de fonder un o r d r e spécial voué avec eux à la rédemption des esclaves chrétiens. quand.ET L'ESCLAVAGE. XXVIII. Deux saints. avec le concours de Raymond de Pegnafort et du roi Jacques d'Aragon. 437 c h é . il lui a en q u e l q u e sorte t r a n s m i s u n e vertu r é d e m p t r i c e . que le peuple appela d u nom d e leur p r e m i e r p è r e . Il était noble et Français. L ' a u t r e . par u n e impression de l'opération divine. 1 Rien n'égale la beauté et la simplicité de la vie de saint Pierre Nolasque. Domine. son cœur fut tout à la charité la plus tendre. Les religieux ajoutent aux trois vœux habituels le vœu de se donner eux-mêmes en otage aux païens. . Ce sang n ' a pas rougi s e u l e m e n t le mêtal. ch. fonda en 1199 l'ordre des Trinitaires. institua en Espagne l'ordre de Notre-Dame de la Mercy (1218). et l'on raconte qu'un jour. si c'est la condition du rachat de leurs frères. pendant son sommeil. Toute la chrétienté s'associe par ses aumônes à cet admirable apostolat.) » Saint P a u l i n de Nole s'était donné en otage p o u r le fils d ' u n e p a u v r e veuve. Retiré en Espagne pour fuir l'hé­ résie des Albigeois. Jacques d'Aragon lui permet de porter sur son costume ses armes royales. tous les deux nés s u r ces rivages de la Méditerranée q u e désolaient les p i r a t e s . tous les deux français. la sainte Vierge lui apparut et lui manifesta combien il serait agréable à son divin Fils que les chrétiens se dévouassent davantage à la rédemption de leurs frères. des environs de Carcassonne. . à ce v e r s e t : Redemptionem misit Do- minus populo SUO. II. m a i s . Pierre. qu'on lui lût le psaume : Confitebor t i b i . Dès son enfance. L ' u n . Jean de Matha et P i e r r e Nolasque. in loto corde meo. demanda. des abeilles vinrent déposer leur miel sur ses lèvres.'Diéu a envoyé la rédemption à son peuple. esclaves des infidèles. off. Grégoire IX approuve le nouvel ordre. On assure que le bienheureux fon­ dateur. de con­ cert avec Félix de Valois. telle qu'elle est racontée au Bréviaire romain. .

racheté à Alger s e u l e m e n t p l u s de 1 2 . Calixte 111 ( 1 4 5 7 ) . A l e x a n ­ dre VII ( 1 6 5 5 ) . Approuvés p a r I n n o c e n t III ( 1 1 9 8 . Clément VII (1525). 0 0 0 esclaves.1 2 4 1 ) dès l e u r d é b u t . d'où ils ont ramené environ une centaine de chrétiens esclaves. L'ordre de la Mercy avait. 1005. ils n e cessèrent d ' ê t r e comblés des béné­ dictions de p r e s q u e tous l e u r s successeurs.438 LE C H R I S T I A N I S M E Philippe-Auguste favorisa les T r i n i t a i r e s . Paris. de la congrégation de Paris. 4° Relation en forme de journal du voyage pour la rédemption des captifs . 3° Voyage pour la rédemption des captifs aux royaumes d'Alger et de Tunis. savoir : 1° Le Miroir de lu charité chrétienne. 2° Relation de ce qui s'est passé dans les trois voyages que les religieux de l'ordre de Notre-Dame de la Mercy ont faits dans les États du roy de Maroc pour la rédemption des captifs en 1704. J'ai sous les yeux cinq de ces rela­ tions. fidè1 Il a été publié un assez grand nombre de relations des voyages des Frères de la Mercy et des Trinitaires. Clément V I I I ( 1 6 0 1 ) . Aix. 1724. au m i l i e u de difficultés incroyables. q u i a g i r e n t p e n d a n t six siècles. l'ait en 1720 par les pères François Comelin. du même ordre. par l'un des Pères rédempteurs du mesme ordre. Ces Ordres r e ç u r e n t des évêques et des papes surtout les e n c o u r a g e m e n t s les plus solennels et les p l u s répétés. Jacques d'Ara­ gon les frères de la Mercy. de l'ordre de la Sainte-Trinité. U r b a i n VIII ( 1 6 2 5 ) . Nicolas IV (1288). Clément IV ( 1 2 6 5 ) . dits Mathurins. Cette p r o ­ tection d u r a aussi longtemps q u e l ' œ u v r e m ê m e de ces deux o r d r e s . suivi d'Entretiens sur la tradition de l'Église pour le soulagement ou le rae'iat des captifs. 1 7 2 1 . ou relation du voyage que les reli­ gieux de l'ordre de Notre-Dame de la Mercy du royaume de France ont fait l'année dernière (1662) en la ville d'Alger. et de plus n o m b r e u x e n c o r e . 1708 et 1712. Léon X ( 1 5 1 5 ) . Alexandre IV ( 1 2 5 4 ) .1 2 1 6 ) et p a r son neveu Grégoire IX ( 1 2 2 7 . par un des Pères dé­ putés pour la rédemption. Paris. Philémon de ta Motte et Joseph Bernard. 1 et laissé en otage u n grand n o m b r e de ses m e m b r e s . Nicolas 111 ( 1 2 7 7 ) . en 1 6 5 5 .

faire assurer son argent aux taux de 4 pour 100. 145). et un sauf-conduit de l'amiral. la plus ancienne est à la fois la plus curieuse et la plus touchante. Mais quelle tâche plus capable d'émouvoir un cœur charitable et pieux ! Il faut lire dans la relation de 1 0 0 2 . Au lieu de prendre librement une place commode à jour fixe s u r un paquebot. à Alger. mais pour la civiliser. Elle fait surtout bien connaître les difficultés énormes de l'entreprise des zélés missionnaires.ET L'ESCLAVAGE. 11 se trouva des hommes dans l'Église pour faire ce métier pendant six cents ans. passer sur mer au moins trois jours et trois nuits. Augustin d'Arcisas. et des maîtres qui rançonnaient les acheteurs. représentant que leurs patrons usaient tantôt . si le temps était favorable. 1724 et 1 7 2 5 . De ces cinq relations. paraux royaumes de Maroc et d'Alger. payer le gouverneur. 439 les à ce q u a t r i è m e vœu solennel ajouté aux trois vœux de religion : In Saracenorum fuerit ad redemptionem potestate in pignus. le tableau des supplications adressées aux Pères par les pauvres esclaves : « Les Pères étant de retour en leur maison y trouvaient des deux ou trois cents esclaves . puis braver une fois de plus la mer et les pirates. subir mille retards. 5° Voyage clans les États barbaresques de Maroc. puis noliser une barque. alors M. rachetés par MM. choisir entre de nombreux esclaves suppliants. les uns apportaient des lettres pour leur faire voir qu'ils étaient recommandés par les prélats. et autres personnes d'autorité. payer encore la douane. de Mercœur. non pour l'asservir. Les autres alléguaient leur jeunesse. il fallait obtenir l'autorisation du gouverneur de Provence. débourser ainsi u n e somme dont le prix de l'esclave était à peine le tiers. Denis Mackar. plus à craindre que la mer. Tunis et Tripoli. si necesse Christi fidelium detentus manebo. payer les fonctionnaires. Alger. Paris. pendant les années 1 7 2 3 . 1726. ou si l'on pouvait enfin emmener ces pauvres chrétiens qui attendaient en attendent l'heure du départ comme les aines du purgatoire la sortie (p. La première peine était de quêter une somme considé­ rable. payer 10 pour 100 à la douane pour entrer. Paris. et si les pirates étaient peu vigilants . ou Lettres d'un des captifs qui viennent d'être. les chanoines réguliers de la Sainte-Trinité. Henry le Roy. de Nuchèze. dits Mathurins. procureur général. alors M. 1785. payer les dettes de l'esclave. Les esclaves rachetés étaient r a m e n é s en F r a n c e . députés de l'ordre de la Sainte-Trinité. Elle donne d'intéressants détails sur le passé de cette terre d'Alger que la France a prise à son tour. souvent demeurer en otage. éviter mille piéges. payer le maître. par les pères Jean de la Faye.

ils ne fréquentaient que les hommes plongés dans les vices les plus honteux . dont le mari portant la parole. Enfin quelques captifs charitables ne venaient rien demander pour eux. et qu'ils les sollicitaient à d'abominables lubricités. mais qu'alors succombant sous le faix des années. n o t a m m e n t en 1 7 0 4 . des sourds. u n r a c h a t g é n é r a l de tous les captifs d é t e n u s à Alger ou au de flatteries. P l u s i e u r s fois les deux o r d r e s avaient tenté e n s e m b l e . et étant inhabiles au travail. accompagnant des aveugles.440 LE C H R I S T I A N I S M E c o u r a i e n t en procession les villes où les r é d e m p t e u r s avaient recueilli l e u r r a n ç o n . Quelques-uns causaient une grande compassion. tantôt ne leur donnaient pas de quoi vivre. on devait les m e t t r e en repos en les retirant de l'esclavage. mais ils se rendaient solliciteurs des autres. Il y avait des per­ sonnes de condition. qu'on ne leur parlait jamais de Dieu . on ne les laissât pas périr dans la misère. et qu'à leur grand regret des quatre ou cinq années s'écoulaient sans qu'ils se pussent confesser une seule fois. ou qu'on le mît en liberté. Quel­ ques chrétiens désintéressés donnaient ou prêtaient quelque argent pour partie du rachat des autres qu'ils connaissaient être plus maltraités. que pour g a ­ gner la vie à leurs femmes et à plusieurs petits enfants. qu'en six mois ils n'avaient pas la commodité d'entendre une messe. ils avaient pris patience. Il se présentait des familles entières. Vous eussiez vu venir des hommes de moyen âge qui deman daient la liberté. tantôt de menaces pour leur faire quitter la croyance de l'Eglise romaine et les rendre sectaires de Mahomet. D'autres assuraient qu'étant sans cesse occupés a travailler aux montagnes. pleurant de ce que si l'on ne les rachetait dans trois jours il leur faudrait s'embarquer pour aller faire la guerre contre les c h r é ­ tiens. mais tantôt les assommaient de coups. afin d'aller en terre chrétienne procurer des aumônes pour les deux autres. ou de braves officiers qui faisaient entendre que leurs talents étant cachés et leur qualité n'étant pas connue. D'autres faisaient leurs plaintes de ce qu'ils avaient alfaire à des patrons endiablés. faisant instance que durant qu'ils avaient pu souffrir les fatigues de l'esclavage. priait que l'on rachetât sa femme ou son fils. que puisqu'on les pouvait acheter à bon m a r c h é . des estropiés et priant. tantôt les faisaient crever sous les travaux. p u i s étaient r e n d u s à l e u r s familles et à l e u r pays n a t a l . mais si l'on différait davantage tout serait découvert. G mon Dieu. non tant pour leur commodité particulière. Les autres montraient leurs cheveux blancs. n'est-il pas vrai que ces . et qu'on ne les pourrait retirer qu'à graisse d'argent. se contentant de les saouler d'injures. des boiteux. qui ne leur lais­ saient pas un instant de repos. on les aurait alors à bon marché.

lorsqu'ils etc. écrit à son futur beau-père. Ce jargon sent son époque. racheter des esclaves. de son époux. avant de l'épouser. L'éditeur a publié ces lettres pour intéresser âmes sensibles en leur apprenant les malheurs d'un jeune taire privé de toutes les douceurs que lui promettaient et pour satisfaire le philosophe en lui faisant les particularités souvent curiosité. un pays dont ont droit de piquer sa C'est à peine si. m a i s ce fut seulement sous le roi Louis XVI q u e cette belle œuvre fut accomplie p a r le rachat des derniers esclaves c h r é t i e n s . il a sa place marquée entre Rousseau et Robespierre. c'est plaire à Dieu. mili­ l'amour. ni d'autre récompense. on achève de r a c h e t e r les esclaves. J'en veux tirer une seule conclusion. Dieu suscite u n m o u v e m e n t d'opinion qui va g a g n e r à jamais la cause des esclaves devant la conscience. Étrange contraste ! A ce m o m e n t . l'escla­ vage va p r e n d r e de l a m e n t a b l e s développements . au n o m b r e de 3 1 4 . et brave l'hymen Il les ces vertueux voler au-devant religieux. en E u r o p e . Rien de plus ridicule que les Lettres du captif racheté un siècle après. . en Afrique. 1785. et a r m e r pour l'abolir les deux p r e m i è r e s n a t i o n s du m o n d e . vers l'époque où ce grand et infortuné m o n a r q u e abolissait les d e r n i e r s restes de la servitude dans les d o m a i n e s royaux (1779).ET L'ESCLAVAGE. les enfants de Pierre Nolasque et de Jean de Matha avaient besoin d'un autre attrait que la reconnaissance. en A m é r i q u e . au moins s u r cette q u e s t i o n . après des récits plus ou moins sérieux. 441 Maroc . d'une autre permission que celle du roi . est bon. d'une adorable Eugénie. sut d e m e u r e r c h r é t i e n . le captif rend grâces aux soins paternels qu'ont pour lui les chanoines de la Sainte- Trinité qui ont obtenu de notre Roi la permission allégresse ressentiront éperdue connaître et bizarres. et que la sensibilité de nous racheter. singulières et. c'est que pour se vouer à la rédemption des captifs. et c'est p o u r pauvres esclaves jugeront tant de chrétiens qui abusent de tant de belles commodités qu'ils ont d'avancer si facilement les affaires de leur salut? » Ces pieux sentiments des rédempteurs n'inspiraient pas toujours les r a ­ chetés. L'esprit de la Révolution française. Il a été séparé. une telle charité n'a pas d'autre explication. Tant il est vrai de son cœur ne paraît jamais Quelle verront l'épouse que mieux l'homme que dans ces grands spectacles.

d i p l o m a t e s . 11 y a enfin des théologiens . ce sont les saints. E n A n g l e t e r r e . Il y a a u x États-Unis des m i ­ nistres q u i p r a t i q u e n t le p l u s odieux esclavage. P h i l o s o p h e s . soit c a t h o l i q u e s . la plupart. allant plus l o i n . ils aiment l'absolu. alors c u r é d ' E m b e r m e s n i l . qui a l l u m a cette flamme g é n é r e u s e ? E n A n g l e t e r r e . j o u r n a l i s t e s . c o m m e on les appelait à L o n d r e s . en H o l l a n d e . Ces théologiens se placent à un point de vue purement abstrait et théo­ rique. dont les fautes politiques et religieuses ne. Indulgents. Oui c o m m e n ç a . com­ mentent. Sans doute. qui e n s e i g n e n t encore 1 1 la légitimité de la s e r v i t u d e . Les théologiens ont en général trois inclinations. en F r a n c e . litté­ r a t e u r s . ils hésitent beaucoup. distinguent. o r a t e u r s . depuis évêque de T o u r s . en pratique. ont l e u r p a r t dans cette croisade. des créatures ré­ En A m é r i q u e . la tradition. de tourmenter. Pie VII s'associa aux d é m a r c h e s qui a m e n è r e n t en 1 8 1 4 l'abolition de la traite. tous les h o m m e s q u i p a r l e n t ou q u i é c r i v e n t . le m o u v e ­ m e n t contre l'esclavage est e n c o r e . la c o n d a m n e . Henry G r é g o i r e . de duire en servitude humaines. en E s p a g n e . et. poëtes. Gré­ goire XVI écrivit la m é m o r a b l e bulle d u 3 d é c e m b r e 1839 qui la flétrit. l'indulgence. Il y a au Brésil des c u r é s q u i ont des enfants et des esclaves. u n p r ê t r e . ni les protestants. en F r a n c e . est de p l u s en p l u s u n m o u v e m e n t tout c h r é t i e n . ont horreur de l'esclavage.doivent pas effacer les bonnes actions.LE C H R I S T I A N I S M E 442 quoi il fut v a i n q u e u r . q u i ont fait violence aux p o l i t i q u e s . ni les catholiques ne sont i r r é p r o c h a b l e s . défend en p r o p r e s termes de dépouiller. et ne le tolèrent qu'en doctrine. u n c h r é t i e n pieux. soit protestants. avant de déclarer que telle action est un péché : ie les remercie . W i l l i a m W i l b e r f o r c e .

accordé à tant d ' h o m m e s qui. comme ces conditions ne se rencontrent jamais. . je délie qu'on me montre aujourd'hui dans toute la chrétienté un seul esclave qui soit un prisonnier de guerre ou un vendu volontaire. et subit un progrès. sans parler de la manière dont il est traité. 2° quand il respecte l'âme. ne se croyant pas la mission d'attaquer dans les pays qu'ils évangélisent u n système établi par la loi. a p u ­ b l i q u e m e n t r e m e r c i é Dieu « du bienfait de la liberté. bien q u e d ' u n e couleur différente.ET L ' E S C L A V A G E . sa pratique irrépro­ chable. suivie aussitôt d'une exception universelle. Enfin. Ils enseignent sur l'esclavage ce que l'on enseignait hier ou avant-hier. et recevant pour la p r e ­ m i è r e fois dans son sein les évêques des colonies. . l'instruction de l'esclave. ils examinent chaque chose en soi. avant de la regarder au point de vue pratique. Ils enseignent que l'esclavage n'est pas illicite : 1° quand il vient d'une guerre légitime ou d'une vente volontaire. ce qu'aucun prêtre ou laïque ne croit plus aujourd'hui. dispo­ sition précieuse ou plutôt indispensable quand il s'agit de points de foi. cet esclavage idéal figure dans les livres. . 443 D'autres. adonnés au culte de la tradition. mais. l'esclavage d'un saint chez un saint. sont nos frères en Adam et en J é s u s . et d'appuyer leurs doctrines sur celles qui étaient professées avant eux. . dans les liens de l'amour le plus tendre et le plus chrétien . in se. suivie p a r l'im­ m e n s e majorité des croyants dans l'Eglise catholique et 1 dans les c o m m u n i o n s d i s s i d e n t e s a p p a r t i e n t à la cause de l'abolition. le concile de la province de Bordeaux.C h r i s t . C'est ainsi qu'ils déclarent que l'esclavage est licite. 1 Les États-Unis en 1861. se taisent. Or. dont la solution change. Mais l ' i m m e n s e majorité du clergé. le corps. son but pur et religieux. dangereuse quand il s'agit de questions libres. la famille. E n 1 8 5 3 . et l'esclavage réel tombe sous toutes les censures méritées par les fautes qu'il entraîne. 1 2 0 . . et il leur arrive ainsi très-souvent de poser une règle générale. p. quand son origine est légitime. Absolus. et qui étaient retenus dans un d u r esclavage p o u r la de cette disposition si favorable à la pauvre et fragile humanité. Agénor de Gasparin. gar M. réunie à la Rochelle. les théologiens sont particulièrement préoccupés de se rattacher à la chaîne du passé. p l u s n o m b r e u x .

tous. u n libéral sincère c o m m e M. On n e la n o m m e p a s d a n s les d é c r e t s . u n catholique fervent c o m m e M. c o m m e à l ' i n s t i t u t e u r de la liberté h u m a i n e . Les législa­ t e u r s q u i n e lui disent pas d'abord : « Éclairez-nous ! » lui d i r o n t bientôt : « Aidez-nous ! » Ainsi. il est la source. cepen­ d a n t . il inspire à l'écrivain le désir de le c o m b a t t r e . Écoulez les h o m m e s . clot la liste des antiques conciles des p r e m i e r s siècles. écoutez B u r k e ou bien Pitt. ils i n v o q u e n t l'Évangile. il est la l u m i è r e de l ' o p i n i o n . le c h r i s t i a n i s m e e x p l i q u e au philosophe la cause du m a l . et q u i . de Montalembert. On p o u r r a i t f o r m e r c o m m e u n a u t r e concile des h o m ­ mes qui n ' a p p a r t i e n n e n t pas à n o t r e foi. et p r o l o n g e j u s q u ' à n o u s l'écho de l e u r sainte voix. C a n n i n g ou Stanley. il est l ' a r g u m e n t d e l e u r s a m i s . on n e l'appelle pas d a n s les assemblées. il est l'espoir des esclaves. u n d é m o c r a t e radical c o m m e M. d é c l a r e n t d ' u n e c o m m u n e voix q u e l'abolition d e l'esclavage est l ' œ u v r e du c h r i s t i a n i s m e . Il faut e n t e n d r e s u r t o u t les a p p e l s q u e l'on adresse à la religion. il est l ' a p p u i des législateurs. r e n o u a n t la chaîne du p a s s é . d e Gasparin.444 perte LE C H R I S T I A N I S M E de leurs âmes. u n protestant a r d e n t c o m m e M. q u e cette cause a le b o n ­ h e u r d e r é u n i r . Schœlc h e r . Qu'on le veuille o u q u ' o n n e le veuille p a s . il fournil à l ' h o m m e d'État les moyens de le d é t r u i r e . dès q u ' o n sort des discours p o u r m e t t r e la m a i n à l ' œ u v r e . mais on la c h a r g e du succès. le d u c de B r o g l i c . si divers d ' o p i n i o n . L'Évangile est la t e r r e u r des m a î t r e s . » solennelle déclaration par la­ q u e l l e l'Église de F r a n c e . on revient droit ou p a r des d é t o u r s a u c h r i s t i a n i s m e . P a r k e r o u C h a n n i n g .

Avant la suppression de l'esclavage. il réhabilite le tra­ vail . il élève l'esclave. on ne l'abolira pas sans l u i . Les yeux s u r l ' A m é r i q u e . p a r la m a i n douce et forte de celui qui a racheté les p é c h e u r s . il adoucit le m a î t r e . il fonde p o u r lui l'église. il fonde l'hospice. et s'il n ' é t a b l i t n i la prison ni le t r i b u n a l . remises aux m a i n s san­ glantes de la violence. il a t t e n d r i t la loi. On n'a pas aboli l'esclavage avant lui. . il affirme l'égalité. il l e u r est d o n n é de suivre l'extinction pacilique et g r a d u e l l e de ce fléau. L'histoire du présent. ils sont au m o m e n t de con­ t e m p l e r l'abolition de l'esclavage. il fonde l'école. il corrige l'esclave de la paresse et de l'envie. 445 sans d a n g e r . et il inspire le j u g e . on n e l'abolit pas en dehors de lui. l'histoire du passé u n i s s e n t leurs clartés". relevé les faibles et délivré les captifs. Les yeux sur l'histoire. il visite le prisonnier. Après l'abolition de l'esclavage. Les h o m m e s ont à choisir.ET L'ESCLAVAGE. Notre-Seigneur Jésus-Christ. il prescrit la charité et la justice.

le vicier. Personne ne peut m'ôter la vie sans crime. je d e m a n d e à la raison h u m a i n e de m ' e x p l i q u e r . comme ma vie. quelle est l'origine de ce fléau? Qu'on interroge la conscience : elle répond q u e la li­ berté est le p l u s précieux des biens. s'il en est ainsi. 1 Je n'ai pas besoin de raisonner pour savoir que ma liberté est invio­ lable.CHAPITRE III LA THÉORIE DE L'ESCLAVAGE. le p l u s l sacré des d r o i t s . et personne n'en peut disposer à ma place. comme la vie elle-même. je m ' a r r ê t e p o u r poser cette question : Si Jésus-Christ n ' a pas aboli l'esclavage. le plus clair. qui d o n c l'a d é t r u i t ? qui donc le supprimera? Est-ce la p h i l o s o p h i e ? est-ce la raison h u m a i n e ? Je d e m a n d e à la philosophie. mais je ne suis pas maître d'en disposer moi-même. Je tiens du même Dieu l'existence et les facultés qui me la rendent possible. Il ne se peut pas que les lois divines et humaines con­ damnent l'assassin et absolvent le liberticide Non-seulement ma liberté est à moi. Elle est mon droit. Ce n'est pas assez de dire que . le dé­ grader sans crime. et personne ne peut mutiler mon être. On trouvera bon q u ' a v a n t de r é s u m e r et de c o n c l u r e . qu'est-ce q u e l'esclavage? quelle est la n a t u r e .

s u r cet être. des Indiens. dès q u ' i l y a eu une loi. en un mol. Dès q u e deux h o m m e s . indestructible. qui a la m ê m e forme. le m ê m e langage. s'il résiste. et q u e les tyrans et les vic­ times sont éternels. p a r t o u t impitoyable. C o m m e n t c o m p r e n d r e . il le b a t . y r e t o m b e sans cesse. des Barbares. des Perses.) . son semblable. opiniâtre. la la liberté est u n droit : la liberté e s t u n devoir d e rejeter la r e s p o n s a b i l i t é que Dieu m'a i m p o s é e 11 n e d é p e n d pas de m o i il n e m'est pas p e r m i s d e déserter le p o s t e o ù m ' a p l a c é l e Créateur. la Liberté. Voici u n fait i m m é m o r i a l . et. il dispose de sa d e s c e n d a n c e . il le v e n d . (Jules S i m o n . et les esclaves révoltés ou les af­ franchis d é t i e n n e n t à l e u r tour des esclaves. j a m a i s on n e le détruit. Tous l'exercent ou le subissent. quelquefois on l ' é b r a n l e . dès que deux peuples ont été en face l ' u n de l ' a u t r e . y gémit encore. s'il devient inutile. 447 Mais q u ' o n interroge l'histoire : elle enseigne q u e la moitié du g e n r e h u m a i n a vécu dans l'esclavage. t. Le plus antique des faits est aussi le p l u s universel. naissant et re­ naissant partout. L ' h o m m e . I p. elle a d o n n é raison au plus fort. des Ethiopiens. 2G. universel.LE CHRISTIANISME ET L'ESCLAVAGE. et il est le p l u s antique dont les h o m m e s aient conservé la m é m o i r e . L'esclavage est u n e institution des Romains et des Grecs. c o m m e n t expliquer cette la­ mentable contradiction? c o m m e n t r é s o u d r e cette énigme? Voici u n fait m o n s t r u e u x . s'il est fécond. des Scythes. plus b r u t a l chez les a u t r e s . à la fois na­ turel et contre n a t u r e . 2 5 . des Germains. pour se dispenser du travail. plus raffiné chez les u n s . incontesté. c o n d a m n e au travail un a u t r e h o m m e . le p l u s fort a asservi le p l u s faible.

» L'universalité de l'esclavage n e p r o u v e pas plus c o n t r e l'égalité des h o m m e s q u e l ' u n i v e r s a l i t é du polythéisme ne p r o u v e contre l ' u n i t é de D i e u . Ce p r é t e n d u droit.448 LE C H R I S T I A N I S M E m ô m e â m e et le m ê m e visage. il exerce en tout p o i n t l ' e m p i r e de l'Arabe s u r son cheval. Cherchons. les faux jurisconsultes q u i d é ­ duisent la servitude d'un contrat où m a n q u e n t à la fois . m a i s on nous accorde la p e r m i s s i o n de les d é t r u i r e q u a n d nous les r e n c o n t r o n s . p l u s ou m o i n s . cherchons encore le secret de cette énigme. les philosophies n e le c o n d a m n e n t pas. c o m m e n t ment l'expliquer? Qui le c o m p r e n d r e et c o m ­ osera r é p o n d r e froidement : Puisque ce fait est universel et i m m é m o r i a l . q u e les fouines sont en possession de m a n g e r nos p o u l e t s . les lois ne le r é p r o u v e n t p a s . Trouve-t-on la théorie d'Aristote s u r l'inégalité n a t u ­ relle des âmes d i g n e d ' u n e réfutation? Veut-on se p e r d r e avec les Hindous dans les n u a g e s de la d o c t r i n e de la préexistence? Préfère-t-on croire à la différence des races et espèret-on d é c o u v r i r dans la couleur de la peau ou d a n s l ' i n c l i ­ naison de l ' a n g l e facial Je titre de la possession d'un frère s u r son frère? Faut-il écouter les faux économistes qui l o u e n t l'orga­ nisation du travail forcé.. elles l ' o r g a n i s e n t . E n c o r e u n e fois.. d o n c il est légitime. elles le d é m o n t r e n t . On lui r é p l i q u e r a i t p a r celte boutade de Voltaire : « 11 y a t r e n t e ou q u a r a n t e siècles.

Si l ' h u m a n i t é doit passer par l'esclavage c o m m e elle passe par l'enfance. comment justifier Dieu d'avoir ainsi r e n d u le mal i n h é r e n t et nécessaire au bien ? Ce serait une se­ conde é n i g m e à r é s o u d r e . 29 . fondées s u r la na­ ture. la politique n'acceptent pas les odieux services de la servitude qui les déshonore sans les seconder. A tous les h o m m e s il lui a plu de d o n n e r u n e â m e . les faux p h i l a n t h r o p e s et les faux chrétiens qui font de l'esclavage u n heureux sys­ tème de moralisalion et u n catéchuménat c o m m o d e . la religion. Non. à toutes les âmes la liberté. le c œ u r h u m a i n et l'histoire infli­ gent un éclatant d é m e n t i . la politique tiraient u n vrai de la servitude.ET L'ESCLAVAGE. le t r a v a i l la morale. c'est u n e loi c o m m u n e à tous h o m m e s sans exception. 449 l'objet licite et le consentement. l'esclavage a sans doute II. ou sur l'utilité. Si le travail. Fussent-elles vraies d'ailleurs. non. Le Créateur est innocent des inégalités q u e la science invente. qui donc a le droit d'être les maître? S'il est u n mal destiné à disparaître peu à peu et s u i ­ vant les lois d ' u n progrès continu. qu'elle disparaît peu à peu p a r l'influence du progrès et p a r le cours du t e m p s . les faux libéraux qui fondent s u r l'asservissement d'un grand n o m b r e la vie politique d ' u n e minorité dirigeante? A tous ces systèmes vains ou cruels. c o m m e n t c o m p r e n d r e ce profit monstrueux a m a l g a m e . la religion. ces explications auraient à leur tour besoin d'être expliquées. la morale. On répète assez volontiers que la servitude est au nom­ bre des imperfections qui m a r q u e n t les p r e m i e r s pas de l ' h u m a n i t é s u r la t e r r e .

ou les trai­ tants païens du nouveau m o n d e ont inventé des c r u a u t é s et forgé des chaînes q u e les anciens ne connaissaient p a s . après quelques siècles. on ne s a u r a i t l e u r p a r d o n n e r . la défense d'affranchir. on les c o m p r e n d toutefois. l'élève. Or. Ainsi. ils ont inventé la traite. Au c o m m e n ­ cement. . l'esclavage s'organise aussi . et les t r i b u s païennes de l'Afrique. A notre époque. revenir à la vieille théorie qui fait dériver l'esclavage de la g u e r r e . raffinements odieux i n c o n n u s de l ' a n t i q u i t é . 1 Moniteur du 28 mai 1859. les puissances c h r é t i e n n e s s'empres­ sent de r e n d r e sans échange et sans rançon les prison­ 1 niers après les avoir h u m a i n e m e n t t r a i t é s . bien loin de décroître. il se confond avec la domesticité au sein de la vie p a t r i a r c a l e . car la colère est quelquefois l ' e m p o r t e m e n t de la justice. c'est-à-dire du d r o i t du plus fort? Cette thèse nous révolte. plus il d u r e .450 LE C H R I S T I A N I S M E été p l u s cruel et plus universel aux p r e m i e r s j o u r s de l'hu­ m a n i t é . Quelle est enfin sa na­ ture. au sein de g u e r r e s formidables. L'esclavage n'est d o n c pas un état inférieur qui dispa­ rait p a r le seul c o u r s du t e m p s . le mal g r a n d i t . plus il pèse. c o m m e p r e s q u e tous les écrivains. Les m o d e r n e s ont possédé plus d'esclaves que les a n c i e n s . et la vengeance est le châtiment criminel d ' u n a u t r e c r i m e . Celte thèse est pourtant la plus vulgaire et la plus plausible . p u i s enfin d i s p a r a î t r e . quelle est son o r i g i n e ? Veut-on. c o m m e le m o u v e m e n t d'un corps q u i tombe s'accélère sous la loi invisible de la p e s a n t e u r . il n'en est pas a i n s i . A m e s u r e q u e la société s'éclaire et s'or­ ganise. on le v e r r a s'affaiblir.

il é c h a n g e u n roit contre un a u t r e . pen­ dant la mêlée. c r i m e justifié par un autre c r i m e . Comment d'ailleurs justifier l'un p a r l'autre? Au lieu de tuer son e n n e m i . le v a i n q u e u r le conserve. clé souvent l'o­ rigine de l'esclavage. de la misère. et on les prend pour les v e n d r e . sa race à p e r p é ­ tuité. puisque vous n'avez plus le droit de t u e r ? ce droit naît avec la né­ cessité de vous défendre. ou bien du n o m des Serbes. mais il est venu de mille a u t r e s causes. de l'aliénation volon­ taire. Pourquoi donc. dit-on. dit-on. des dettes. Touchante bienfaisance! Est-ce que la g u e r r e donne le droit de t u e r ? Oui. explication p e r p é t u é e à la faveur d ' u n jeu de mots. esclaves des Grecs. il expire avec elle. Ser­ tis vient. sa femme. en servitude? Afin qu'il travaille pour l u i . son semblable. On la fait pour pren­ dre des captifs. cependant. sous l'empire de quel p e n c h a n t . de servatus . le g u e r ­ rier réduit-il son captif. il fait œuvre de force et de bonté. plus souvent encore la g u e r r e naît de l'esclavage. L ' h o m m e a donc h o r r e u r . ce serait une infa­ m i e ! Où donc puisez-vous le droit d'asservir. après que le combat a cessé. en effet. et p o u r q u o i pas de servire. peut-on cou­ per la tête à l ' e n n e m i d é s a r m é ? Non. enfin et surtout de l'hérédité. cette explication. la g u e r r e a. c o m m e esclave vient des Slaves? Si l'esclavage naît souvent de la g u e r r e . vous aviez donc le droit de les i m m o l e r . car elle est elle-même inexplicable. car ils de­ viennent votre possession et votre chose ! Fragile et h o n ­ teux a r g u m e n t . Et les enfants de l ' e n n e m i . Admettons. dans quel b u t . elle n'explique rien. 451 Historiquement.ET L'ESCLAVAGE.

dans les républiques comme dans les monarchies. et voici la question analogue à celle que j'examine. I n s t r u m e n t s d ' u n e justice s u p é r i e u r e . est consacré à la liberté.s e u l e m e n t tenté. Nul n ' é c h a p p e à ce d é s o r d r e . et s'étend de p e u p l e à p e u ­ p l e . parce q u e le berceau m ê m e de la famille a été le t h é â t r e d'un dés­ o r d r e secret. q u i se t r a n s m e t de g é n é r a t i o n en g é n é r a t i o n . preuves 1 Le premier des Quatre chapitres inédits sur la Russie. le c r i m e de ceux q u ' o n appelle m a î t r e s et la souffrance de ceux q u ' o n nomme 1 e s c l a v e s . incontestable. Mesure qu'il est pénétré et conduit n'est susceptible prouve de liberté pur le christianisme à l'évidence civile qu'à (p. de q u o i ? l ' h o m m e es! d o n c n o n . qui est posée par ce grand es­ prit : « Comment est-il arrivé qu'avant le christianisme l'esclavage ait toujours été considéré comme une pièce nécessaire du gouvernement et de l'état po­ litique des nations. il explique. profond. m a l h e u r e u x et m a u v a i s ? A tous ces redoutables mystères j e ne connais qu'une seule r é p o n s e . u n (rouble évident se t r a h i t entre les m e m b r e s de la race h u m a i n e . publiés eu 1859 par son fils. en . » je me garderais bien de contester. c'est poser la p l u s r e d o u t a b l e question qui existe : quelle est l ' o r i g i n e d u m a l ? Voici la réponse : Oui. il p r o d u i t à la fois le c r i m e et la souffrance.452 LE C H R I S T I A N I S M E du travail? ie travail est donc u n e p e i n e ? u n e peine. le m ê m e sang coule et lutte dans l e u r s veines. sans que jamais il soit venu dans la tète d'aucun législateur de l'attaquer par des lois fondamentales ou de circonstance? » Si M. D e m a n d e r quelle est l ' o r i g i n e de l'escla­ vage. le frère ne connaît pas son frère. m a i s vaincu p a r cette inclination à rejeter le travail? Qu'est-ce q u e cette c r é a t u r e vaincue p a r le m a l et châtiée? Dieu a-t-il fait l ' h o m m e ainsi. 10). en général. de Maistre se bornait à répondre : « L'histoire que le genre humain. du comte Joseph de Maistre. Mais il résout le problème par cette formule tranchante : « L'homme.

28.ET L'ESCLAVAGE. entre le début et pa conclusion. de Maistre. ce défaut d'harmonie. 453 vivantes d ' u n e antique déchéance. jamais il n'a été combattn par les lois ni par le raisonnement. » (P. Voilà pourquoi l'état de la plus grande partie des hommes a toujours été l'esclavage. jus­ qu'à l'établissement du christianisme. qui. fatale. comment la Chine est-elle gouvernée? par les maximes. » (P. la religion de Confucius. et que l'empereur est en. l'esclavage Russie parce qu'il y est nécessaire l'esclavage.) Ainsi.) Enfin ta dernière partie du chapitre de M. où l'absence de la liberté semble la vengeance de l'abus qui en a été fait. me laissent croire que le chapitre posthume est l'un de ces premiers jets trop rapides. Il est vrai que M. il s'opérera par ce qu'on appelle la nature. ou l'esclavage. est trop méchant pour être libre. ou la religion catholique. ne peut régner sans » (P. Des circonstances tout à fait imprévues le feront désirer de part et d'autre. il n'y aura plus en corps de nation. 24). . et c'est la noblesse et non la religion qui est présentée comme le contre-poids de la liberté.14. sont mises au jour au moment même où l'affranchissement des serfs s'opère qu'on appelle la pur ce nature. ces lacunes. habituels à ce grand h o m m e .) 11 en conclut que « la Russie s'étant soustraite au mouvement général de la civilisation et d'affranchissement qui venait dé Rome. » Puis il ajoute : « Si la liberté civile appartient moyen de gouverner les hommes naturel à tout le monde. les lois. l ' o r d r e a été originellement général. Tout s'exécutera sans bruit et sans malheur. ajoute : « Comment la Turquie est-elle gou­ vernée? par l'Alcoran. s'il est réduit à lui-même. i n h u m a i n e . reproduisant sa formule sous une autre forme moins contestable : Jamais gouvernement un grand peuple ne peut être gouverné par le seul (p. En autres termes. 2 5 . Ces contradictions. S'il fallait prendre les premières formules du chapitre à la l e t t r e . et comme le bon sens universel tait la nécessité de cet ordre sen­ de choses. il n'avait pas des­ tiné à la publicité des pages incomplètes. les u n s et les autres composent u n e société violente. 13. je ne sais pourquoi. 4-5. En outre il écrit plus loin : « Si l'affranchissement doit avoir lieu en Russie. » Il reconnaît donc que le catho­ licisme n'est pas le seul supplément des lois civiles. de Maistre se termine par des considérations sur la nécessité de rendre tes hautes classes plus fortes et plus parfaites avant d'affranchir les basses classes.

c'est que cette pensée est trop absolue. 2° L'esclavage n'a été attaqué.454 LE C H R I S T I A N I S M E t r o u b l é dès la naissance de l ' h u m a n i t é sur la t e r r e . Qui rétablira l ' o r d r e p r o f o n d é m e n t . maître ou esclave. o r i g i n e l l e m e n t t r o u b l é ? Celui-là seul qui l'a é t a b l i . Notre-Seigneur est mort pour les Russes comme pour le reste des hommes. est-ce que tous les hommes sont religieux? Si la religion est un frein qui remplace l'autre. c'est la liberté. voudra l'accepter? Quoi ! la foi ou la chaîne. La conscience s'unit à l'histoire pour protester contre cette thèse absolue : Les hommes étant trop méchants pour être libres. Pourquoi disparaît-il depuis le Christ? parce que le Christ apporte la vérité. est-ce que tous les hommes sont esclaves? dans les pays sans esclaves. Dans les pays sans religion. à Londres. à Pétersbourg et même à Tunis. donc une partie des hommes doit être esclave. de la pensée de l'illustre écrivain. Je défie q u ' o n explique et q u ' o n guérisse a u t r e m e n t les maladies inconcevables et a n t i q u e s d e l ' h u m a n i t é s u r la je n'hésiterais pas à les combattre. mais ce sommet est près d'un précipice. Dieu. l'es­ clavage est u n e des preuves et u n e des suites de ce fait qui d o m i n e l'histoire du g e n r e h u m a i n . ils ont ouvertement approuvé l'esclavage. qui donc. la vertu. la rédemption. et rend ainsi l ' h o m m e à sa vraie n a t u r e . voilà deux équivalents ! Ces conséquences odieuses sont assurément bien éloignées. Oui. Un désordre primitif. ont été éclairés par les reflets de sa lumière. mais au contraire le résultat et la preuve des ténèbres et de l'erreur universelles. la vérité historique élève deux réclamations : I o Les philosophes et les législateurs ne sont pas demeurés muets. cela est certain. il est inexplicable. l'histoire et la conscience. or la nature d e l ' h o m m e . . u n r é p a r a t e u r nécessaire. mais puisqu'elles s'en déduisent. Sans cette expli­ cation. nul n'atteint plus souvent que lui au sublime. qui subjugaient les âmes avant le chris­ tianisme. Pourquoi donc une partie? Le méchant c'est le maître et non pas l'esclave. détruit que depuis et par le christianisme. leur opinion ou leur silence ne sont pas l'effet du bon sens universel. Pourquoi l'esclavage domine-t-il avant le Christ? parce que l'erreur. et les philosophes et les législateurs. la souffrance et le vice sont universels. le paradoxe. au nom des deux seules voix que la s u ­ périorité du talent ne saurait étouffer. mais en dehors de l'unité catholique aussi bien que dans son sein .

l'histoire m e le m o n t r e : les faits servent de contre-épreuve aux idées. Mais cet instinct. comme en beaucoup d ' a u t r e s . devant le Christ i n c a r n é . Quand l ' h o m m e reçoit la preuve de ce qu'il pressent. Le Rédempteur? voilà bientôt deux m i l l e ans que l ' h u m a n i t é l'a reçu dans les bras qu'elle lui tendait depuis l'origine du m o n d e . » Démonstration nouvelle de . Notre conscience est d'accord avec u n christia­ n i s m e invisible. Est-il possible de s'élever à un p l u s h a u t degré de c e r t i t u d e ? Singulier spectacle ! Cette l u m i è r e éblouit. comme un h o m m e qui cherche à tâtons dans les ténèbres.l à . nous semblons dire : « Si je vois. j e ne crois plus. les contrôle et les ratifie. Ce n'est plus saint Thomas s'écriant : « Si je n e vois pas. et se h e u r t e à toutes les m u r a i l l e s . c'est alors qu'il hésite. l'histoire. L'homme croit au Dieu caché . J u s q u e .ET L'ESCLAVAGE. je ne croirai pas. l ' h o m m e prend la fuite. et tout se m o n t r e à sa place et sous son vrai j o u r . 455 terre. la seule issue par où pouvait péné­ trer la l u m i è r e s'ouvre aussitôt. la raison est insensiblement mais forcément conduite à u n e sorte de christianisme instinctif. au contraire. l'esprit n'aboutit qu'à des énigmes et à de décourageantes impossibilités. elle n'ose plus confesser tout haut ce qu'elle contemplait tout bas. ce que ma raison me d é m o n t r e . Dieu se m o n t r e . ces actes de foi involontaires de l'esprit. En ce problème. Dès qu'il a mis la m a i n s u r cette clef. ces presssentiments. La déchéance primitive? les annales de l'univers et le cri de la conscience sont les deux témoins qui l'attestent. » Nous. quand il faut passer d ' u n e intuition inté­ r i e u r e à une foi positive. Ainsi. il tremble. il recule. la véridique histoire.

là s e u l e m e n t où . il n'y en a q u ' u n e . si abondantes et si claires d ' u n e solution q u i est la m e i l l e u r e . se relever du d o u t e et s'élancer dans la foi ! Saisissons d ' u n e m a i n ferme les preuves. qui fit créer ce mot et non la n a t u r e . c o m m e tous les a u t r e s . l'esclavage est restreint et décrois­ s a n t . La p r e m i è r e cause de l'esclavage est d a n s le p é c h é . « C'est u n e faute. l'esclavage est mort ou m o u r a n t . dans le séjour passager de la t e r r e . Il n'est q u ' u n e des formes de cette servitude l a m e n t a b l e de P â m e d o m i n é e p a r le corps et du corps dominé par la n a t u r e révoltée. de la déchéance c o m m u n i q u é e à tous les h o m m e s p a r la faute de l e u r p r e m i e r p è r e . que dis-je? il n'y en a pas deux. . s u r la partie du globe où Il est a d o r é . là seule­ m e n t où on l'attend. se dé­ battent p e n d a n t les siècles qui p r é c è d e n t Jésus-Christ. l'esclavage est u n m a l positif. dit saint A u g u s t i n . dans toutes les contrées où on ne l'attend point. victorieux o u a b a t t u s . sans le secours d'en h a u t . s u r le chemin de l e u r patrie véritable. l'esclavage d o m i n e et g r a n d i t . servitude dans les liens de laquelle les h o m m e s . des deux Ouvrons et lisons. h o n t e u x ou p l e i n s de gloire. Oui. » Ce fait universel et i m m é m o r i a l vient d ' u n a u t r e fait universel et i m m é m o r i a l . . . Avant Jésus-Christ. Depuis Jésus-Christ. et de laquelle ils s'affranchissent avec son aide depuis dixh u i t cents a n s .456 LE CHRISTIANISME cette étrange faiblesse de la raison et de la volonté qui ne p e u t . la déchéance de l ' h o m m e . On a bien n o m m é le c h r i s t i a n i s m e le joint feuillets de l'histoire. u n désordre né. tour à tour ingrats ou fidèles.

La m ê m e h e u r e dans l'histoire sonne leur apparition. l'esclavage 4 5 7 sévit et d e m e u r e . . la m ê m e teinte sur la carte du m o n d e m a r q u e leurs p r o g r è s .ET L'ESCLAVAGE. Le j o u r où naît le Christ se lève l ' a u r o r e de la l i b e r t é . Il est i g n o r é .

n o u s le ferions ainsi : P a r sa vertu divine. Quelle l e n t e u r . le christianisme a c o n d a m n é le p r i n c i p e de l'esclavage . et son influence*. voulu. le c h r i s t i a n i s m e a r e n d u à la r a i ­ son et à la volonté de l ' h o m m e les forces q u ' e l l e s avaient p e r d u e s . l ' h o m m e a c o m p r i s . q u e de détails.CHAPITRE IV RÉSUMÉ. il a t r a n s f o r m é la p r a t i q u e et r e n d u possible ce q u e ses e n s e i g n e m e n t s avaient d é m o n t r é nécessaire. — POURQUOI L'INFLUENCE DU CHRISTIANISME N'A-T-ELLE PAS ET PLUS PROMPTE ET PLUS DÉCISIVE ? Si nous voulions r é s u m e r en q u a t r e mots cette g r a n d e œuvre de l'action du c h r i s t i a n i s m e s u r l'esclavage. Par ses conseils. r é i n t é g r é dans sa n a t u r e . Par ses exemples il a m é n a g é la transition . P a r ses doctrines. q u e l s t e m p é r a m e n t s . p r o c l a m é la liberté . quelle m a r c h e e m b a r r a s s é e et pesante ! Quoi! vous étiez Dieu et vous n'avez pas déchaîné la foudre ! Vous avez été .

m e ravit d ' a d m i r a t i o n . On raisonne d'ailleurs au sein de la société m o d e r n e bien constituée.m ê m e s . Je l'avoue. Quoi! vous ne vous extasiez pas devant ce t r i o m p h e d ' u n e parole toute nouvelle sur vingt siècles de p a g a n i s m e savant et raffiné. couverts de p o u r p r e et d'or. contre cette avalanche indomptable des invasions b a r b a r e s ! Ces Juifs sont devenus l'Eglise. j e désespère d'avoir r e n d u le tableau q u e j ' a i tracé aussi saisissant p o u r d ' a u t r e s âmes qu'il l'est p o u r la m i e n n e . au lieu de me laisser froid et dédaigneux. Aux pêcheurs de la Galilée. ces saintes paroles : « Mal­ h e u r à vous. et l'Église a été toute-puissante. riches! Dieu n e fait point acception de per­ s o n n e .LE C H R I S T I A N I S M E ET L'ESCLAVAGE. contre ce colosse de puissance qui est l ' e m p i r e r o m a i n . faites à votre esclave ce q u e vous voudriez qu'il vous fût fait. et devant ce combat d ' u n e poignée de Juifs con­ vertis luttant contre ce marécage de corruption qu'on ap­ pelle l'ancien m o n d e . 459 tout-puissant. ne soient pas u n e seule fois m o n t é en chaire sans prononcer. et l'opinion assez j u s t e p o u r p r o - . où la puissance est assez forte p o u r ré­ former sans soulever. ambitieux. nul besoin de r e c o m m a n d e r les petits et les pauvres. n'aient pas u n seul j o u r oublié le p a u v r e . ils l'étaient eux-mêmes. et vous n'avez pas lancé l ' a n a t h è m e ! Dixneuf siècles n ' o n t pas suffi à p u r g e r la t e r r e d ' u n mal épouvantable ! Voilà ce q u e r é p l i q u e n t des esprits i m p a t i e n t s ! Pour m o i . Mais que des prélats opulents. alors. dites-vous. » Voilà le m i r a c l e . maître. elle devait agir ! Mais vous oubliez q u e cette puissance a été u n nouvel obstacle et la plus épouvantable des tentations. ce spectacle. dus­ sent-ils en r o u g i r e u x .

et elle m é r i t e r é p o n s e . Serm. p l u s i e u r s s'y sont f o r t e m e n t o p p o s é . il a p e r d u bien du temps en c h e m i n . elle a p e r d u d u t e m p s . è r e tout à fait caracté­ ristique et si nouvelle. On r e p r o c h e à l'Église de n'avoir pas i n s p i r é à H o n o r i u s ou à Théodose. Au l e n d e m a i n de la décou­ verte de l ' A m é r i q u e . On raisonne au milieu d ' u n siècle dont l ' h o n n e u r i m p é r i s s a b l e est p r é ­ cisément d'assister à l ' a u r o r e . d ' a m é l i o r a t i o n du sort d u p l u s g r a n d n o m b r e . Saint Jean Chrysostome. ses c o m p a g n o n s n'avaient g u è r e envie de ce voyage. que les p l u s g r a n d s h o m m e s des siècles précédents n e l'ont pas pressentie.ê t r e à l ' a v é n e m e n t d ' u n e è r e de r a p p r o c h e m e n t e n t r e les nations de la t e r r e . On dit de m ê m e : L'Eglise a été l e n t e . mais vous d i t e s q u e l'Eglise est d i v i n e . il s'est attaché à de bien petits i l o t s . c'était exposer aussitôt sa d o c t r i n e . Cette conduite est-elle d ' u n P i e u ? Cette objection est sérieuse. Christophe Colomb était u n h o m m e . Une découverte semble toujours impossible la veille et très-facile le l e n d e m a i n . à Phocas ou à Clovis le décret du 2 4 avril 1 8 4 8 . p e u t . sur l'Ep- .m ê m e s . on traitait ainsi l ' i m m o r t e l Colomb. 1 Elle est répétée par les Pères. soulever l ' h u m a n i t é contre e l l e .b i e n dit que l'Église n'avait pas i m m é d i a t e ­ m e n t aboli l'esclavage : 1° Parce q u e le c o n d a m n e r . On a t r è s . le christia­ n i s m e eût été étouffé en naissant . de p r o ­ grès i m p a t i e n t en tous les s e n s . q u e de prêtres ont agi en sens con­ t r a i r e du bien ! Elle a r e n d u des décisions s u r de bien petits détails . c'est la raison d o n n é e 1 par les apôtres e u x .460 LE CHRISTIANISME voquer le bien au lieu de le c o m b a t t r e . Il a u r a i t d û p r e n d r e u n e a u t r e r o u t e .

c'eût été compromettre le sort de l'esclave l u i . aller trop vite.m ê m e . Il est u n e raison plus h a u t e . aussi bien les maî­ tres q u e les serviteurs. que fûi-il devenu sans p a i n . C'est la fin q u i i m p o r t e . 461 2° Parce qu'elle a p o u r mission p r e m i è r e de pousser les h o m m e s au ciel et à la concorde. il est certain qu'elle a agi seule et que l ' œ u v r e est faite. Les sujets de l ' e m p e r e u r de Cochinchine ou du roi de Dahomey sont bien à plain­ d r e . dans u n temps où Grégoire d e Tours et Cantacuzène nous m o n t r e n t le douloureux spectacle d ' h o m m e s libres venant se v e n d r e par m i s è r e ? 4° Parce qu'elle s'est toujours abstenue avec le plus g r a n d soin de toucher aux questions de propriété h u ­ m a i n e et de droits civils et politiques . sans secours et s u r ­ tout sans vertu. au milieu de l'invasion des b a r b a r e s . l'Eglise devait agir avec u n e sagesse p r a t i q u e . puisqu'elle faisait violence aux serviteurs pour les arracher des mains de leurs maîtres. Ces raisons sont excellentes. Les hommes d e m a n d e n t à Jésus-Christ deux choses à Phil. sans asile. non le m o d e . » . est-ce le rôle des missionnaires de les pousser à l'insurrection ? 5° Parce q u ' a u lieu de se livrer à des théories.ET L'ESCLAVAGE. mais elles ne suffisent pas. : « Les païens auraient dit que la religion chrétienne ne s'était introduite dans le monde que pour y troubler tout et y jeter la confusion et le désordre. ils se seraient exterminés. et q u e Jésus-Christ est Dieu. si elle les avait exhortés à la révolte. L'Église a ainsi agi parce que c'est ainsi q u ' a g i t Dieu. 5° On a ajouté ceci : Qu'elle s'y soit ou n o n bien prise.

de baptiser. Notre-Seigneur pouvait tout r é p a r e r . choses. é t a n t aussi bien le père de ceux qui les font q u e de ceux q u i les subissent. elle n'est pas la r é g e n t e . il lui a p l u de fournir seulement des m a t é r i a u x à la raison et au tra­ vail de l ' h o m m e . L'Église n'exauce pas ces v œ u x . et des révolutions.462 LE CHRISTIANISME qu'il l e u r refusera toujours. q u e l'Eglise n e se p r o ­ nonce pas plus h a u t pour la liberté des p e u p l e s ! Quel m a l h e u r . q u ' e l l e n e déclare pas la lé­ gitimité des t r ô n e s ! A h ! s'écrient les savants. c'est aux h o m m e s à convertir les . Dans l ' o r d r e temporel. à recevoir. il con­ vertit les h o m m e s . Dieu pouvait créer les choses toutes faites. de pardonner ou de pu­ nir. et à conformer l i b r e m e n t l e u r vie et celle de la société à ce q u ' i l s ont r e ç u . affrancbissez l'Italie. des lois civiles et politiques. relevez la P o l o g n e . d'enseigner. l'abus ou le refus de ses dons. elle est la conscience du g e n r e h u m a i n . disent les a u t r e s . c'est a u x h o m m e s à tirer les conclusions. c'est aux h o m m e s à y a d a p t e r l ' i n s t r u m e n t . elle va portant d a n s ses m a i n s consacréesle dépôt i m ­ périssable de la doctrine et le m i n i s t è r e s u r n a t u r e l des s a c r e m e n t s . p a r c e qu'il en a h o r r e u r . C'est aux h o m m e s à s ' a p p r o c h e r . parce q u e c'est à eux d'en faire. disent les u n s . Il pose les p r i n c i p e s . l'Eglise devrait s'occuper davantage des sciences! Il est bien d é ­ sirable q u ' e l l e enseigne les vrais p r i n c i p e s de l'économie p o l i t i q u e ! Saint-Père. Quel m a l h e u r . II l u i a été dit d'aller. ce n'est point sa mis­ sion. réformez l ' A m é r i q u e . il lui a p l u de laisser à la liberté restaurée de l ' h o m m e l'u­ sage. il d o n n e la force.

plus aveugle. en niant l'intervention du christianisme dans l'ordre temporel. Les p r e m i e r s composent u n e école historique. de la charité. de temps à a u t r e . prouve qu'elle n'entend rien à l ' â m e . sur les barba res. trèsséduisante p o u r la piété. s u r le droit pénal. Elle s'ef­ force de d é m o n t r e r q u e tous les progrès des sciences. là est sa gloire h u m a i n e . mais on ne comprend pas davantage la vie du m o n d e . un grand politique. sur la famille. l'ac­ tion des saints a été si prodigieuse. un g r a n d écrivain qui agissent sur le m o n d e . sont d u s à l'action visible de l'Eglise. La seconde école historique. et nous faisons les vœux les p l u s ardents p o u r que ces o r n e m e n t s ne m a n q u e n t ja­ mais à notre m è r e . qu'il est facile d e s e laisser aller à a t t r i b u e r à l'Église presque tous les progrès. et l ' e r r e u r est aussi bien du côté de ceux qui prétendent que l'Église agit en tout que du côté de ceux q u i l'accusent de n ' a g i r en r i e n . des lettres. Sans doute. mais t r è s . Dieu p e r m e t q u e . le dévouement ou la science des chrétiens occupe dans l'histoire u n e place si vaste. rien . il se r e n c o n t r e sur le trône ponti­ fical.d a n g e r e u s e . Le soutenir. sur un siége épiscopal ou dans les d e r n i e r s r a n g s du sacerdoce u n grand savant.ET L'ESCLAVAGE. On se trompe . des lois. rien à l'histoire si visiblement séparée en deux phases par le Calvaire. Cesbienfaits ont été si n o m b r e u x . lorsqu'on oublie ceci. c'est s'exposer à rester sans réponse devant l'exemple de peuples où le progrès fleurit sans l'Église et d'autres na­ tions où l'Église fleurit sans le p r o g r è s . des m e m b r e s de l'Eglise ont p u i s s a m m e n t influé sur tous ces p r o g r è s . des a r t s . mais non pas sa mission divine. 463 j ' o s e dire q u ' o n ne c o m p r e n d rien à la vie de l'Eglise et à son action s u r le m o n d e païen.

m o r a l e et historique. au n o m de Dieu. le p é c h é . Mais les c h r é t i e n s de­ m e u r e n t libres de faire p a s s e r ou non dans l e u r vie et dans la société les conséquences h u m a i n e s du christia­ n i s m e . et s'attaque aux r a c i n e s m ê m e s du m a l icibas. tombée dans les sens. e x t é r i e u r s . seraient b i e n scandalisés si leurs vœux étaient u n j o u r réalisés. l ' i d o l â t r i e . Le chrislianisme n'a pas fait des lois. ont été la suite et la p r e u v e . q u ' u n décret. rien s u r les g l a d i a t e u r s . et d e m a n d e n t des actes publics. Oui. La vraie doctrine. la g u e r r e . qui va du dedans au d e h o r s . c h u t e d o n t l'idolâtrie. Cela suffit p o u r enlever la p o l y g a m i e .464 LE C H R I S T I A N I S M E à l'action des doctrines s u r les â m e s . et il a relevé la f e m m e . i n t é r i e u r e . son âme était séparée de Dieu. à la fois m é t a p h y s i q u e . quelle ne sera pas la révolte de ces historiens q u i appellent empiètement un m a n d e m e n t s u r le luxe ou s u r la d a n s e ! Ils d e m a n d e n t ce qu'ils ne c o n s e n t i r a i e n t j a m a i s à accepter. v i e n n e . l'esclavage. Les partisans de cette école. a u j o u r d ' h u i i n t e r d i r e le prêt à i n t é r ê t . d e m a i n i m p o s e r un nouveau régime des successions ou modifier la p r o p r i é t é . qui tollis peccata. est celle-ci : Le c h r i s t i a n i s m e est la source de tous les p r o g r è s sans exception. Ainsi il est dit que Noire-Seigneur a enlevé du m o n d e u n e seule chose. la venue de Jésus-Christ a eu pour b u t et p o u r effet de sauver l ' â m e de ce mal et de r é t a b l i r ses r a p p o r t s avec Dieu. en ce sens qu'il a r e n d u l ' h o m m e capable de p r o g r è s . l'esclavage. mais il les a dictées. rien à la puissance de cette révolution m o r a l e . rien s u r . signé p a r un Pape. q u i n e croient pas à l'influence invisible s u r les â m e s . la d é b a u c h e . 11 n'a rien dit s u r le contrat de m a r i a g e .

et ils ont disparu devant lui. mais il a transformé le c œ u r des combattants . peu à peu la diplomatie s'est substituée à la g u e r r e . mais on rassure. si enfin il y a encore des esclaves et des p a r t i s a n s . si les pauvres ne sont pas assez secourus. Soleil véritable des â m e s . 11 change l ' h o m m e . qui donc restera pour la gagner ? II. sans christianisme. si les m œ u r s sont scandaleuses. elle illumine chacun de ses pas. 50 . prêtres ou laïques. je suis d'accord avec ceux q u i n o u s accusent le plus vivement. il échauffe au d e d a n s . Ainsi le christianisme n ' o r d o n n e pas. Ici. il éclaire au dehors. La l u m i è r e ne trace pas à l ' h o m m e sa r o u t e . 465 les supplices i n h u m a i n s . de l'esclavage. Qu'onfasse honte aux chrétiens de mal observer l e u r loi.ET L'ESCLAVAGE. on afflige les vrais chrétiens. m a i s il influe. ce n'est pas la faute du christianisme. On blesse. 11 n'a pas c o m m a n d é d ' a r m é e . L a belle avance. c'est la faute des c h r é ­ tiens. l ' h o m m e change le m o n d e . ainsi le christianisme s'en­ trelace à tous les événements du m o n d e . on a pris les armes pour l'affranchisse­ ment. mais qu'on n e leur prouve pas q u e cette loi est favorable à l'esclavage. et la force a été employée à e m p ê c h e r l'oppression de la faiblesse. si les lois ne sont pas a m é l i o ­ rées. Il résulte de cette d o c t r i n e q u e la l e n t e u r ou l'avortem e n t d ' u n progrès peut être la faute être la faute du des chrétiens. en vérité. Oui. et il projette s u r tous les sillons de l'histoire les rayons de sa divinité. on disculpe les m a u v a i s . et le grand profit ! Si vous désintéressez l'Évan­ gile de la cause des esclaves. au lieu de combattre p o u r l'as­ servissement.

On traite avec dédain le c h r i s t i a n i s m e . Notre-Seigneur a m é r i t é p o u r tous les h o m m e s . les philosophes n e sont pas libres de vivre en dehors de l ' a t m o s p h è r e c h r é t i e n n e qui les e n ­ t o u r e . on attend . sans être l ' œ u v r e des c h r é t i e n s . qui n ' a opposé à l'esclavage q u e des maximes générales de charité. n e fait rien à lui tout seul ici-bas. toules les m u r a i l l e s n e préservent pas la Chine ou la T u r q u i e de recevoir les rayons q u e projette l'Eu­ rope c h r é t i e n n e . elle a fait du christia­ nisme .LE 466 CHRISTIANISME il résulte en second lieu. Les protestants profitent de l ' i m m u a b l e dépôt q u ' i l s m u t i l e n t . lors­ que le bey de T u n i s a aboli l'esclavage dans ses États. il faisait du c h r i s t i a n i s m e . mais il a le droit de revendi­ q u e r c o m m e fait par lui tout ce qui n e se serait pas fait sans lui. J'en conclus q u e les c h r é t i e n s ont g r a n d t o r t d'être injustes envers les philosophes et les philosophes d ' ê t r e i n g r a t s envers les c h r é t i e n s . il a fait du c h r i s t i a n i s m e . ellefait du c h r i s t i a n i s m e . Cette i n g r a t i t u d e est p a r t i ­ c u l i è r e m e n t c o u p a b l e d a n s la g r a n d e œuvre de l'abolition de l'esclavage. de la m ê m e d o c t r i n e . c o m m e Dieu m ê m e . et l'Eglise g a r d e p o u r tous les h o m m e s le dépôt de la doc­ trine. En u n mot. on lui tait un c r i m e des fautes de ses disciples. lorsque la philosophie défend des causes justes et g é n é r e u s e s . Lorsque Voltaire d e m a n d a i t la réforme des lois c r i m i n e l l e s . l o r s q u e la Révolution fran­ çaise a établi l'égalité des i m p ô t s . le c h r i s t i a n i s m e . q u ' u n p r o g r è s p e u t être l'œuvre du christianisme. lorsque l ' e m p e r e u r de Russie abolit le servage il fait du c h r i s t i a n i s m e .

» réserve q u ' o n n'étend pas à l'Église. 467 mieux des lumières actives de la raison et de la saine phi­ losophie. on déclare d'ailleurs à l'avance que « l'honneur de la philosophie ne peut être mis en cause même par les plus graves aberrations de ses disci­ ples*. cite les doctrines de philosophes abolitionnistes de son temps. . dit-on. Doctrines p o u r doctrines. d'ouvrir les yeux bien grands p o u r contempler les merveilleux effets de ce petit mot du Sauveur Jésus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même! » Pourquoi ce mot a-t-il fait p l u s d ' i m p r e s ­ sion s u r les âmes q u e les paroles des philosophes ? Par la m ê m e raison qui donne à la morale de J é s u s Christ u n e efficacité à jamais refusée à celle de Platon 2 Le Christianisme et l'Esclavage. avant de dédaigner celles du christianisme. par M. elle n ' a elle-même à opposer à l'esclavage que des maximes générales d'égalité. or. Larroque. elle a été m u e t t e . Mais de quoi donc se servira la philosophie? Tient-elle en réserve u n moyen nouveau de transformer s u r l'heure le genre h u m a i n . car je crois q u e les idées m è n e n t le m o n d e . sans se d e m a n d e r si le christianisme n ' a pas q u e l q u e peu contribué à r e n d r e ces l u m i è r e s actives et saine cette philosophie . il conviendrait que la philosophie eût p a r l é la première . comme u n réactif fond u n e p i e r r e ? Non. j e m e d e m a n d e quelle trace il est resté de l'argumentation ou d u nom des philosophes abolitionnistes et je n'ai p a s besoin contemporains d'Aristote. mais pourquoi reprocher au christianisme de ne pas agir a u ­ t r e m e n t ? Paroles p o u r paroles. Aristote. et j e n e l'en b l â m e pas. Admettons tout cela.ET L'ESCLAVAGE.

. d o n n o n s le m o u v e m e n t ou l'exemple. A l ' œ u v r e . parce q u ' à u n e vertu ces paroles est attachée réellement et c e r t a i n e m e n t divine. p r i o n s . m a i s s u r t o u t combien ils sont stériles ! Ah ! plutôt. qui est l e u r p r e m i e r b i e n . fils de Washington et de F r a n k l i n . a fait la vérité chrétienne pour l'homme. affranchissons. exhortez-nous. qui laisse flotter le d r a p e a u de l'in­ dépendance. A l'œuvre donc. Que de tels débats sont injustes. souverains et h o m m e s d'État. philosophes. écrivons. et d ' h a b i t e r u n e é p o q u e où les questions d ' h u m a n i t é e n f l a m m e n t tous les h o m m e s de b o n n e volonté. et c'est la conclusion de cette d e r n i è r e partie de m o n travail. mai les temples vivants du S e i g n e u r ! A mes yeux. La cause de l ' é m a n c i p a t i o n est g a g n é e devant la conscience du g e n r e h u m a i n . est dès à présent c o n d a m n é p a r le c o m m a n d e m e n t de Dieu : Le bien d'autrui tu ne prendras. chré­ tiens. agissons. réjouissons-nous de r e n c o n t r e r u n terrain où tout le m o n d e est d'accord. q u ' o n ne n o u s trouve pas absents d ' u n e croisade p o u r délivrer non la t o m b e . parce q u e celui q u i p a r l e aux â m e s a c h a n g é les â m e s . Cette p r o p r i é t é . c'est le vol. qui laissez la Russie don­ ner des leçons à l ' A m é r i q u e ! A l ' œ u v r e s u r t o u t . parce que celui q u i a fait la l u m i è r e p o u r l'œil. l'asservissement de nos s e m b l a b l e s . s u r des p o n t o n s de n é g r i e r s et préfère la g u e r r e civile à la justice c h r é t i e n n e ! A l'œuvre. trop i n d u l g e n t s envers l ' A m é r i q u e . au lieu de n o u s h u m i l i e r .468 LE C H R I S T I A N I S M E ou de Confucius . Achevez dans les faits l ' h e u r e u s e révolution accomplie d a n s les idées! A l'œuvre. la privation de l e u r liberté. démocrates.

469 Je vais plus loin. le Exposé à t r a h i r souvent il brise celui de son semblable. il le retient. 11 n'est pas u n seul des dix c o m m a n d e ­ m e n t s que l ' h o m m e et l'enfant récitent dans leur p r i è r e de c h a q u e j o u r qui n e soit altéré p a r l'esclavage. et ne jure-t-il pas en vain le nom de Dieu à tous les m o m e n t s d ' u n e vie coupable? Quels sentiments apporte-t-il au service de Dieu aux j o u r s de fête et comment a p p r e n d . 11 vit entouré el il trouve son intérêt à l'exci­ de mensonge . te mariage. il a pris le bien d'autrui. il l'a obtenu injustement. On prétend q u e la c o n d a m n a t i o n de l'esclavage n'est pas u n des principes du christianisme. et un odieux profit. à j o u i r devant Dieu de l'égalité fraternelle. lui p r o m e t t a n t de p r a t i q u e r la justice. Il a covoité bien d'autrui. car sa conscience lui révèle la vérité du mal qu'il c o m m e t . J'ai tâché de . il le sait.i l à ses escla­ ves à garder le dimanche. il persévère.ET L'ESCLAVAGE. il trouve dans l'œuvre de chair u n e tentation q u e rien n ' a r r ê t e . à s'aimer les u n s les a u t r e s ? L e u r permet-il d'honorer leurs pires et mères. ou qu'il châtie comme u n e brute? Rien ne le défend contre la luxure ter. ne les viole-t-il pas. Essayez d'associer u n seul possession de tien peut-il adorer peler notre de ces commandements votre semblable. Enfin. s'ils les ont jamais c o n n u s ? N'est-il pas homicide de toutes façons envers cet h o m m e qu'il prive de la d i g n i t é d ' h o m m e .m ê m e . je soutiens qu'elle est une conséquence de chacun de ses p r i n c i p e s . ci aimer Comment parfaitement avec la un chré­ Dieu et l'ap­ q u a n d il regarde ses frères c o m m e un bétail? Les serments qu'il prête à Dieu. il r e n d faux témoignage devant Dieu. Père. il se m e n t à l u i . à croire en ses bontés.

ce sera prochainement le b i e n . . Qui sera v a i n q u e u r . . et la po sie lyrique. En ce j o u r . on p e u t d i r e au zèle de la charité m a r c h a n t à 1 l ' o m b r e de la croix : In hoc signo vinces ! » L ' e s p é r a n c e entrevoit déjà l ' a u r o r e du j o u r où la ser­ vitude aura c o m p l è t e m e n t d i s p a r u du sein des nations chrétiennes. xxv. FIN DE. . L'abolition de l'esclavage est l ' a c ­ complissement m ê m e de l ' E v a n g i l e . est-ce le m a l . p. « L ' œ u v r e a v a n c e . il y aura g r a n d e fête. 606. . 1 Villemain. . . mais il m'est plus clair encore q u e l'esclavage abolit le c h r i s ­ tianisme. Essais sur le génie de Pindare tie. prouver que le christianisme a d é t r u i t l'esclavage.470 LE C H R I S T I A N I S M E E T L'ESCLAVAGE. les raisons spécieuses de la politi­ q u e . au ciel et s u r la terre. . est-ce le b i e n ? Ce sera c e r t a i n e m e n t . LA DEUXIÈME PARTIE. m a l g r é les résis­ tances de l ' i n t é r ê t . . . ch. e II par­ .

APPENDICE .

.

APPENDICE I (Liv. ni r i e n a c q u é r i r q u i n e s o i t à son m a î t r e . 5 8 . de son maître disposer i n d u s t r i e et de s o n travail.— QUI L'ONT AMENDÉ DE 1 8 2 5 À 1 1853 L ' e s c l a v e e s t c e l u i q u i e s t s o u s la p u i s s a n c e d ' u n et q u i l u i a p p a r t i e n t . 3 7 . p . ou sont c e u x a u x ­ t e m p s à venir ou à une lors d'un é v é n e m e n t qui n ' e s t p a s e n c o r e a r r i v é .à . c h a p . m a i s q u i . 55.O r l é a n s . r i e n a v o i r . ont é t é r e n d u s l i b r e s c o n f o r m é m e n t à l a toi. libres dans un encore remplie. 1833. d e m e u r e n t d a n s l'état d'esclavage. 36. ART. ART. 1 É d i t é par T h o m a s Gilles Morgan. ou q u e l s es) a c q u i s l e d r o i t d ' ê t r e condition qui n'est pas statu-libres. d e s o r t e q u e l e m a î t r e p e u t l e v e n d r e et d e sa p e r s o n n e . e n a t t e n d a n t . — Les affranchis sont ceux qui. ART. de leur qui l e u r plaît.d i r e d u d r o i t de f a i r e tout ce à l a r é s e r v e d e c e q u i e s t d é f e n d u p a r la l o i . a y a n t é t é e s c l a v e s . — Les affranchis à ternie. N o u v e l l e . 30 ) EXTRAIT DU CODE CIVIL DE LA LOUISIANE ET DES LOIS Аrт. IV. — Les p e r s o n n e s libres sont celles q u i jouissent l i b e r t é n a t u r e l l e . . c ' e s t . $ 2 . s a n s qu'il p u i s s e r i e n f a i r e . IV.

172. 176. 474 CHAPITRE III DES ESCLAVES A R T . soit en demandant. il doit en être donné avis à leurs maîtres. il ne peut ester ou être partie en jugement. s'ils ont ac­ quis la liberté avant l'ouverture de la succession. A R T . ou à la lui l'aire perdre réellement. peut être recueillie par ses descendants. exécuteur testamentaire ou fondé de procuration . — Il ne peut rien transmettre par succession ou autre­ ment. — Les règles pour la police et la manière de traiter les esclaves dans cet Etat. — Lorsque les esclaves sont poursuivis au nom du gou­ vernement pour la réparation publique des crimes et délits par eux commis. sauf dans les cas d'exception qui sont ou pourront être établis par les lois particulières de cet Etat. — Les maîtres sont tenus de ce que leurs esclaves au- . A R T . 175. en matière civile. il ne peut être témoin en ma­ tière civile ni criminelle. excepté lorsqu'il s'agit de réclamer ou prou­ ver sa liberté. sujet à la volonté de son qui peut le corriger et le châtier. dont il hériterait s'il n ' é ­ tait pas esclave. — L'esclave est incapable de toute espèce de contrats. — L'esclave est incapable d'aucunes charges ou fonc­ tions publiques ou privées. ou à l'exposer à perdre la vie. Аrт-. — L'esclave est entièrement maître. A R T . soit en défen­ dant. 1 78. c'est-à-dire la somme d'argent ou la portion de biens meubles dont son maître juge à propos de le laisser jouir. il ne possède rien en propre. — Tout ce qu'a l'esclave appartient à son maître. 175. sauf le pécule. mais la succession d'un parent libre. curateur. et pour la punition de leurs crimes et délits. sauf ceux qui ont pour objet son affranchissement.L'ESCLAVAGE. A R T . A R T . 177. il ne peut être tuteur. 179. 174. ART. pourvu que ce ne soit pas avec une rigueur inusitée et de manière à l'estropier ou à le mutiler. sont fixées par des lois spéciales de la législature.

mais cet affranchissement. si surplus il y a. dans le cas d'une semblable preuve. ils seront tenus seulement jusqu'à concurrence de ce qui aura tourné à leur profit. qui sera entièrement déchargé. 180. pour être vendu par lui en vente publique. les dommages et les frais pré­ levés. — Un maître peut affranchir son esclave dans cet État. en consé­ quence. A R T . il deviendrait responsable de tous les dom­ mages-intérêts qui eu seraient résultés. A R T . A R T . — Les enfants qui naissent d'une mère esclave. pourvu que ce soit dans les formes et sous les conditions prescrites par la loi . 1 8 1 . 475 ront fait par leur commandement. et sur le prix. qu'elle soit mariée ou non. 1 8 4 . ensemble de ce qu'ils auront géré et négocié pour l'espèce d'affaires à laquelle ils les auront pu commettre ou préposer . de la peine publique à pro­ noncer contre ces esclaves lorsqu'il y a lieu. A R T . et ne s'induira plus d'aucune circonstance . et leurs mariages des effets civils qui appartiennent à ce sans le ne produisent consen­ aucun contrat. être remis au maître de l'esclave. — Néanmoins les maîtres pourront se décharger toute responsabilité à cet égard en abandonnant de l'esclave à celui à qui le tort aura été fait. indépendamment. soit par acte de dernière volonté. et en cas qu'ils ne les aient point autorisés ou commis. le surplus. pourvu que le maître fasse l'abandon au plus tard dans les trois jours qui suivront celui où le jugement qui liquidera les dommages-intérêts aura été rendu: et pourvu aussi qu'il ne soit pas prouvé que c'est par son ordre que l'esclave a commis les délits ou quasi-délits. quoique le prix de l'esclave ne suffise pas pour payer la totalité des dommages intérêts et frais. ils sont esclaves comme elle et appartiennent au propriétaire de leur mère. sans pouvoir être admis au bénéfice de l'abandon. — Les esclaves ne peuvent se marier tement de leurs maîtres. dans la forme ordinaire . doit être exprès et formel. 182.A P P E N D I C E . suivent la condition de leur mère. 183. lorsqu'il est fait par acte de dernière volonté. car. — Les maîtres seront tenus de réparer les dommages causés par les délils et quasi-délits commis par leurs esclaves envers ceux qui en ont souffert. soit par acte entre-vifs. à quelques sommes qu'ils puissent se monter. A R T .

personne ou personnes ayant la charge légale dudit esclave ou e s c l a v e s . Pourvu que. ou au maire de la ville de la Nouvelle Orléans. et l'esclave envoyé en Libérie avant u n e année. avant d'accorder aucun acte d'af­ franchissement d'esclave ou esclaves. une exécution testamentaire. — Dorénavant esclave ou esclaves ne pourront excepté sous ront affranchis. — § I . une institution d'héritier. la somme piastres de cent cinquante pour chaque esclave ainsi affranchi. d'exiger que le maître ou maîtres. et du conseil de la Nouvelle-Orléans. dans le cas où l'un des esclaves. — Tous esclaves dont les droits à l'affranchissement n'auront pas encore été parfaits par les autorités convenables ne recevront ledit affranchissement qu'aux conditions stipulées dans la première section. se­ Il sera du devoir des jurys de police des différentes paroisses dans cet État. après avoir été ainsi affranchi. tel que serait un legs. 2 1 4 . esclaves États-Unis. si l'esclave n'est . alors le juge de district nommera un agent à cet effet. § 2. 1 8 5 . seront censées non écrites et sans effet. la condition être formelle ils seront affranchis que lorsque transportés hors des dans lèsdils aucun cet Etat. laquelle somme devra être appliquée au payement des Irais de son voyage en Afrique et de maintien après son arrivée. ou autre disposition testamentaire de ce genre. ou s'il revient avoir été transporté. personne ou personnes. ledit esclave sera loué par le maître ou maîtres. et en cas que telle personne n'existe pas. p. liberté et redeviendront ledit esclave esclaves ou esclaves auront forfait après à leur à leurs ci-devant maîtres ou à leurs représentants légaux. — Cet acte ne sera mis en vigueur que six mois après su pas­ sation. et alors ledit acte d'affranchissement pourra être parfait. désirant un tel affranchissement.476) L'ESCLAVAGE. § 3. qui louera ledit esclave ou esclaves jusqu'à ce que la somme de cent cinquante piastres ait été formée et déposée comme il est ci-dessus mentionné. ne soit pas envoyé à Libérie avant l'expiration d'une année à dater de son affranchissement. du testament. déposent dans le trésor de la paroisse dans laquelle ledit acte sera dressé. Acte er du 18 mars 1 8 5 2 . lesquelles. en ce cas. Et sur son manquement aux dites conditions. — Nul ne pourra affranchir son esclave. A R T .

et s'il n'a mené une conduite honnête et exempte de marronnage... mineurs ou absents du territoire ou . excepté seulement lorsque ledit affranchissement devra être fait au nom et aux frais du territoire. ou de quelques-uns de ses entants. par une sentence.APPENDICE. § 5. de vols et de tous délits crimi­ nels pendant les quatre années précédentes. Le juge ordonnera de suite que l'avis suivant suit affiché dans les deux langues anglaise et française. dans le délai de qua­ rante jours à dater de celui de la présente déclaration. — Personne ne sera forcé. nommé.. Acte du 9 mars 1807. pour son affranchissement. le demandeur à passer l'acte d'affranchissement. «étant dans l'intention d'affranchir son esclave (mâle ou femelle). IL « Shériff du comté de.. si ledit esclave n'est âgé de trente ans. (habitant ou domicilié) du comté de. d'affranchir son esclave où ses esclaves.... — Aucun maître ne pourra affranchir aucun de ses esclaves. en vertu d'un acte de la législature dudit territoire. lequel affranchissement aura son plein et entier effet.. p. ledit juge alors autorisera. § 2. ou si le juge décide que celles qui auraient pu avoir été faites ne sont pas fon­ dées. 477 âgé d'au moins trente ans et n'a mené une bonne conduite au moins pendant les quatre aimées qui ont précédé son affranchissement. ou de sa femme.. dans son comté. directement ni indirectement.— « Viz. N. à moins qu'il ne soit ensuite attaqué comme ayant été fait en fraude de créanciers. — Tout maître qui voudra affranchir aucun de ses esclaves sera tenu de déclarer devant le juge de son comté que ledit esclave à affranchir a l'âge e t a tenu la conduite exigée par la section deuxième ci-dessous. 82.. « Signé : M. A. toutes les personnes qui pourraient avoir des oppositions légales à faire audit affranchissement sont prévenues d'a­ voir à les présenter à la cour du susdit comté. et âgé de. § 1 e r . s'il n'y a pas eu d'opposition. au jour de son affranchis­ sement. pourvu que la présente disposition n'ait pas d'effet dans le cas où l'esclave ou les esclaves mis en liberté auraient sauvé la vie de leur maître. H A l'expiration de ce délai.

si. Et si le susdit donateur se refusait en pareil cas à rem­ plir cet acte obligatoire d'humanité. de vieillesse. p. sera nul de plein droit. de condamner le susdit dona­ teur à payer. l'entretien et le traitement dudit affran­ chi pendant tout le temps que durera son impuissance de gagner sa vie. $ 7. — Lorsque l'affranchissement d'un esclave ou esclaves se fera par testament ou autre acte de dernière volonté. — Tout acte de liberté. à l'affranchi ainsi abandonné par lui. sur conviction. — Toutes les dispositions des lois existantes qui sont ou peu­ vent être contraires à celles du présent acte sont et demeurent r a p ­ pelées § 8. — Tout individu qui d é ­ e r sirera affranchir un esclave qui n'aura pas atteint l'âge de trente ans. excepté sa première section. . administrateurs. estimera suffisante pour assurer la subsistance. de pour­ voir à la subsistance et à l'entretien dudit esclave affranchi par lui. et cette fraude se présumera toujours. § 5. § 4 .478 L'ESCLAVAGE. telle somme que ledit juge. il sera du devoir de tout juge à qui un tel fait sera dénoncé et prouvé. condamnés chacun à une amende de cent dollars. !e do­ nateur n'avait pas de biens suffisants. Acte du 31 janvier 1827. une moitié au dé­ nonciateur et l'autre moitié à la caisse du territoire. qui aura s o n plein et entier effet dès la passation dudit acte. applicables. mois par mois. de la part du donateur. — Tord acte d'affranchissement d'un esclave emportera avec lui l'obligation tacite. résidents hors du comté où se sera fait l'avertissement. de démence ou de toute autre infir­ mité constatée. fait en contravention de l'article pré­ cédent. — Cet a c t e commencera à être en force le premier jour de septembre prochain et non avant. au moment de l'affranchissement. mais formelle. 1 5 . excepté l'esclave ou les esclaves affranchis. et le maître qui l'aura consenti et l'officier public qui l'aura passé seront. les formalités ou conditions prescrites par les troisième et cinquième sections du présent acte seront remplies par les exécuteurs testamentaires. pour satisfaire ses créanciers. $ 6. quand cet esclave tombera dans l'impuissance de gagner sa vie pour cause de maladie. § 1 . héritiers ou avants cause du testateur. dans sa discrétion.

et si les trois des membres élus dudit jury de police et le juge de paroisse quarts sont d'avis qu'il y a lieu à permettre ledit affranchissement (ce qui devra être attesté eu la manière voulue pour les autres délibérations des jurys de police). ou à la femme. — Tous les devoirs imposés j u s ­ e r qu'à ce jour aux juges de paroisse par les lois de l'Etat. 316. — L'esclave qui a sauvé la vie à s o n maître. à sa prochaine tenue . — Le maître qui veut affranchir son esclave e s t tenu d'en faire la déclaration au juge de la paroisse dans laquelle il tait sa résidence. et tous statu-libres qui. A R T . l'individu qui aura fait la demande sera autorisé à procéder aux formalités requises par le Code civil. § 14. 8 1 . seront transportés hors del'État aux frais du dernier propriétaire. aucun esclave ne pourra être affranchi eu vertu de ces dispositions. à moins qu'il n'en soit autrement ordonné par la loi. peut être affranchi à tout âge. § 5. 186. du moment qu'ils deviendront libres.ment dudit esclave. dit esclave ne soit né dans à moins que le­ l'Etat. — Tous statu-libres qui se trouvent maintenant dans l'État. § 2 . sera tenu de présenter au juge de paroisse de la paroisse où il fera sa résidence une pétition dans la­ quelle il exposera les raisons qui le portent à demander l'affranchisse. — Rien de ce qui est contenu au présent acte ne sera inter­ prêté de manière à dispenser un maître d'aucune des formalités r e ­ quises par les lois existantes. p . reviendront dans l'État seront sujets aux peines portées par la loi contre les nègres ou gens de couleur libres qui viennent dans cet Etat. quoique son esclave n'ait pas atteint l'âge de trente ans. après avoir été déportés. Acte du 9 avril 1 8 4 7 . laquelle pétition sera soumise par ledit juge de paroisse au jury de police. p. 187. le juge doit ordonner que l'avis en soit public pendant qua- . en ce qui si l'apporte aux jurys de police. sur poursuites exercées p a r tout citoyen par-devant le juge de paroisse. seront à l'avenir accomplis par le prési­ dent desdits jurys de police.APPENDICE. — A dater de la passation du présent acte. Acte du 16 mars 1842. Art. § 1 . ou à quelqu'un des enfants de son maître. 479 fixé par l'article 185 du Code civil.

soit indirectement. par affiches posées à la porte du lieu des séances de Ja cour. soit directetémént. mais. ainsi les biens qui lui sont donnés ou légués doivent être conservés pour lui être délivrés en nature à l'époque où son affranchis­ sement aura lieu. . ou laisser à ses héritiers la portion qui leur est réservée par la loi. et que le juge trouve convenable. pour faire cesser l'indivision. — Nul maître d'esclaves ne peut être tenu. et que son ou sescointéressés en demandent la vente. une fois accompli. A R T . d doit autoriser le maître à passer l'acte d'affranchissement. et le second. lorsqu'il n'en est que copropriétaire. ils sont administres par un curateur. et également si les esclaves ainsi affranchis étaient spécialement hypothéqués . 1 9 5 . — L'esclave qui a acquis le droit d'être libre dans un temps à venir. et si. à dire d'experts. 1 9 1 . est désormais irrévocable de la part du maître ou de ses héritiers. ou quelqu'un pour lui. est devenu dès lors capable de recevoir par testament ou donation. 1 8 9 . 1 8 8 — L'acte d'affranchissement emporte l'obligation de la part de celui qui le consent de pourvoir à la subsistance de l'affranchi. A R T . l'affran­ chissement aura son effet. 1 9 2 . si ce n'est en deux cas : le premier. •ART. excepté seule­ ment lorsque l'affranchissement se fera pour servives rendus à l'État. — DE MÊME nul maître ne peut être tenu sous aucun motif de vendre son esclave ou ses esclaves. Arт. A R T . 1 9 0 . lorsque le maître est convaincu de traitements cruels envers son esclave. quand celui-ci se trouve dans l'impossibilité de gagner sa vie. — Tout affranchissement fait en fraude des créanciers ou de la portion réservée par la loi aux héritiers forcés est n u l .480 L'ESCLAVAGE. et cette fraude est censée prouvée. — L'affranchissement. lorsqu'il est constaté qu'au moment de l'af­ franchissement celui qui a donné la liberté n'avait pas des biens suffi­ sants pour payer ses créanciers. et encore à la charge par l'État de lui payer la valeur de l'esclave ainsi affranchi. d'ordonner que l'esclave sera vendu en vente publique pour le mettre à l'abri d'un pouvoir dont ce maître aurait abusé. vante jours. si l'esclave. à l'expiration de ce délai. En attendant. A R T . il n'y a point eu d'opposition. en vertu d'un acte de la législature. d'affranchir aucun d'eux. dans ce dernier cas. paye la dette pour laquelle l'hypothèque a été consentie. outre la peine prononcée à cet égard.

les nègres libres qui pourront être vendus par ordre de la loi. XXX.) Personne ne sera esclave dans cet État. » Code de la Virginie. 1849. le don ou legs qui lui a été fait retourne au donateur ou à l'héritier du donateur. C'est l'arbitraire pur et simple. Autant aurait valu dire en deux mots : Personne ne sera esclave. XXX. § 1). 31 . le sont et le seront. 194. ch. dit admirablement le Code de la Virginie (tit.. mais hélas ! il ajoute : EXCEPTÉ ceux qu'il contient antérieurement à cette loi. Que dire d'une loi qui énonce ainsi les motifs légaux d'arrêter un esclave fugitif: « S'il y a un motif raisonnable de supposer que cet esclave est un fu­ gitif (if there be reasonable cause to suspect that such slave is a runaway). et les descendants à venir esclaves. 195. EXTRAIT DU CODE DE LA VIRGINIE (Richmond. — Le statu-libre ne peut être transporté hors de l'État. None shall be slaves in this State. — L'enfant né d'une femme après qu'elle a acquis un droit absolu à sa liberté future suit le sort de sa mère. il peut paraître en justice pour réclamer la protection des lois. such slaves as may be lawfully brought into this State. 481 A R T . — Si le statu-libre vient à mourir avant l'époque de son affranchissement. si ce n'est ceux qui l'ont été. EXCEPT those who are so when this chapter takes effect. ch cv. II. les esclaves que la loi permettra des femmes d'importer dans cet État.APPENDICE. cm. dans le cas où il a de justes raisons de croire qu'on se dispose à l'en faire sortir. A R T . A R T . quand même elle viendrait à décéder avant cette époque. et devient libre à l'époque fixée pour son affranchissement. tit. 196. such free negroes as may be sold as slaves pursuant to law. and the future descendants of female slaves.

Dans presque tous les États. dans le but de proposer une loi qui forcerait les noirs libres à choisir entre redevenir esclaves ou quitter le territoire. en pratique. Le meeting n'ayant pas eu de suite. L'honorable E. qui vaut à mes yeux u n éloge et que j e voudrais regarder comme une prophétie. Culver. 90. sous peine d'être vendus. les journaux de la Virginie accablèrent le Maryland d'injures et de menaces. a rendu hier le jugement suivant : « Les plaignants déclarent et prouvent que l'accusé. IV. Un colonel Jacobs essaya de prouver le danger de la p r é ­ sence de ces noirs libres. » Précieuse injure.§ 2. ch. chap. les noirs libres sont sévèrement bannis ou soumis à de dures conditions d'enregistrement ou d'autorisation. CVII. qui est évêque de l'Église épiscopalienne de Williamsburg pour les gens de couleur. II. 1 8 4 9 . c'est un État perdu pour le Sud depuis long­ temps. tit.) LE BONHEUR DES ESCLAVES F A I T S E T TÉMOIGNAGES DIVERS I. 1 8 5 9 . de regarder le Maryland comme u n État à es­ claves.482 L'ESCLAVAGE. encore l'autorisation donnée à la mère ne s'étend-elle pas toujours aux enfants qu'elle met au monde. p.) II (Liv. et je lis dans l'un de ces journaux (the Southern Argus) : « Désormais nous cesserons. est . Politiquement.III. — Cour de la ville de Brooklyn. dans le Maryland. XXX. — Au commencement de 1860. qui sont. (V. n o ­ tamment le Code de la Virginie. D. un meeting de propriétaires d'es­ claves avait lieu. dans le Maryland. au nombre d'un contre cinq blancs. devant le juge CULVER. juge de la ville.

nom de la plaignante) étaient tous deux esclaves dans la Caroline du Nord. Winnie resta esclave jusqu'en 1854. le força à s'éloigner.APPENDICE. En 1828. mais le shérif le força de partir dans les trois jours. n'enten­ dant plus parler d'elle. il croit avoir pu contracter le second mariage de bonne foi. mais appartenaient à des maîtres différents. « Le défendeur se justifie par les faits suivants. n'ayant pas de raison de compter qu'elle serait affranchie. et que la cohabitation ne confère aucun droit à eux ou à leurs enfants (lois d'Alabama. e t il le reconnaît. ou si elle avait obtenu la liberté avant le second mariage de celui-ci. qui bannissait les noirs libres.Il ne paraît pas qu'aucune autorisation ait été obtenue de la Cour du comté. Warrick et Winnie cohabitèrent. Si elle avait quitté la Caroline avec Warrick. je suis ar­ rivé à ces conclusions : « Considérant que le mariage est un contrat civil qui requière dans les contractants la capacité de contracter. bonne chrétienne. Elle réclame son droit. où.. Maryland. coupable de bigamie. et un mi­ nistre méthodiste de couleur prononça leur mariage. époque où la loi de l'Etat. il épousa régulièrement sa femme actuelle. Il partit. Après dix ans d'absence. Ils convinrent de s'unir en 1814. « Attendu que le premier mariagede Warrick étant nul en droit. mais il continua à vivre avec Winnie jusqu'en 1 8 5 1 . « Il faut reconnaître que c'est une femme honnête. il re­ tourna à la Caroline. ayant à juger si Warrick est coupable d e bi­ gamie et si les plaignants ont prouvé qu'il a deux femmes. époque où elle gagna le Nord. 483 ayant deux femmes actuellement vivantes. comme les lois de l'Etat l'exigent. et. en 1845. Warrick devint libre. Quoi qu'il en soit. retrouva sa femme et la reprit. Il vint à Williamsburg. « Dans c e s circonstances. Mais. ni des maîtres respectifs. après dix-sept ans. dont il m'a fourni la preuve : « Warrick (c'est son nom) et Winnie (c'est le. et trouva son mari uni à une autre femme. pleine de confiance clans la justice de sa plainte. il eût été moralement tenu de la regarder comme sa femme légitime. Ca­ roline du Nord). sincère. sous peine de redevenir esclave. ils avaient douze enfants. sur les instances de Winnie. il a . que les esclaves ne peuvent contracter un mariage régulier.

D . HARRIS pour la plaignante. et s'ils recommençaient. en l'accusant indûment. été parfaitement libre. sans tenir compte de ce mariage. où il rend témoignage de la bonne conduite et des bonnes mœurs de Sambo Cuffy et de sa famille. où l'on veut des nègres ro­ bustes. malgré la défense de la Cour.) Univers. PARMEINTER pour le défen­ deur. et leur mariage a été solennellement béni à l'église Saint-Matthieu de Washington. la femme et les trois enfants ont été vendus à un ministre méthodiste et emmenés en Lousiane. — « Le mois dernier. ils se aient passibles de dommages-intérêts. « Il y a donc aux États-Unis des lois pour autoriser de pareilles ini­ quités. ils devront dès à présent 100 dollars d'amende. qui cite ces faits. dit qu'ils sont attestés par le maire de Washington. Que la sentence soit ainsi exécutée. entre les mains d'un prédicateur méthodiste. 28 décembre 1858. et n'a violé aucune loi en le faisant. la capitale fédérale de l'Union américaine. à cinq cents lieues de Washington. DE L A R O C H E . ont violé la loi. » « C. un esclave noir et sa famille ont été vendus à l'encan à Washington même. » L'Abeille de la Nouvelle-Orléans. de contracter mariage avec sa femme actuelle. Sambo Cuffy est catholique. et ceux-ci.H É R O N . qui est infirme. » (Sam. du 27 décembre 1 8 5 8 . « Les demandeurs. il a été vendu bon marché à un planteur du Maryland.484 L'ESCLAVAGE. Sambo Cuffy . nous ap­ porte les détails suivants sur un fait qui paraît avoir causé quelque sensation en cette ville : « Le coroner a terminé samedi matin l'enquête qu'il tenait au dépôt . Il y a des lois qui privent trois millions d'esclaves de toute au­ torité sur leurs enfants. s'il l'a voulu. L. ainsi que sa femme et ses trois enfants au-dessous de douze ans. au contraire. Le New-York-Freeman's. perdront inévitablement leur foi. n'a pas trouvé d'acheteur pour la Nouvelle-Orléans. lequel a délivré un certificat conforme. Mais. il ne reverra jamais sa femme et ses enfants légitimes.

W. M. Hatcher ne fit aucune réponse directe. Hatcher. la négresse alla se coucher . . John T. W. fait l'autopsie du corps et dé­ claré que cette femme a succombé aux coups de fouet.485 d'esclaves de R. monta au troisième étage. Il apprit la mort d'Eudora avant d'ar­ river au dépôt et demanda à Hatcher s'il l'avait fouettée. « Les docteurs Graham et Deléry ont. Le oroner l'accuse de meurtre. Long a déclaré que M. rue Gravier. Le témoin lui donna à boire et la fit mettre au lit. Hatcher monta et redescendit accompagné d'Eudora . ne recevant aucune réponse. tandis qu'il était au premier. Harvey. Veau l'avait chargé de vendre la né­ gresse. A neuf heures. Long quitta la maison le jeudi soir de bonne heure et n'y revint que le lendemain matin. celle-ci partit marronne le 6 du courant. sur le cadavre de la négresse Eudora. entra dans une chambre et aperçut la négresse étendue sur le plancher. entre deux et trois heures. « Le témoignage de M. Veau. Hatcher. Harvey a déclaré (que le claquement du fouet se fit entendre pendant environ une heure et quart et qu'il y eut une interruption de cinq ou six minutes. il reçut la visite de M. M. à cinq heures. M. et fut ramenée au dépôt par une personne que le témoin ne connaît pas. et le témoin appela le garçon pour fermer les portes de la maison . quelques minutes plus tard. puis remonta en disant au garçon de le suivre. appartenant à M. R.APPENDICE. « Le verdict du jury d'enquête constate que la négresse a succombé au châtiment qui lui a été infligé tandis qu'elle était sous la garde im médiate de John T. Le docteur Graham a dit que vendredi matin. il lui demanda pourquoi elle ne se couchait. Hatcher ne revint au rez-de-chaussée qu'à dix heu­ res et demie. » . on entendit le claquement du fouet. « Hatcher a disparu vendredi soir et n'a pas encore été arrêté. Elle ajouta qu'elle avait été fouettée par Hatcher. il la questionna. Hatcher sortit. Eudora répondit que ses forces l'abandonnaient et qu'elle voulait de l'eau. ce dernier le pria d'aller voir une négresse qui s'était couchée le soir en bonne santé et était morte en se rendant au dépôt : Hatcher avoua qu'il l'avait sévèrement châtiée. Harvey établi qu'un nommé Antonio ramena l'esclave le jeudi soir. Long. au deuxième étage. « R. à sept heures.

sans doute. les entants même en bas âge se vendent quatre à cinq mille francs. les maîtres n'y attachent aucune importance. Aussi les marchands ne font pas difficulté d'échouer sur les côtes et de perdre leur navire. Un nègre en bonne condition se vend jusqu'à dix mille francs . 14 juillet 1 8 6 0 . sont de nature à attendrir le cœur le plus impitoyable. De là cette recherche des nègres esclaves. à ces prix. la Floride et les autres États méridionaux de l'Union américaine ont besoin de bras pour leurs i m ­ menses terres incultes. Mais c'est leur misère spirituelle qui me désole au dernier point. Leur prix s'est tellement augmenté qu'il a stimulé la cupidité des marchands. Ce n'est pas leur malaise physique en ce monde qui m'afflige et me préoccupe ... hélas ! parmi eux combien y en a-t-il qui soient en voie de sauver leurs âmes! Quelle n'est pas mon angoisse à ce sujet ! Ils appartiennent à des maîtres qui. mais après tout ces cas sont assez rares . suivant leur taille et leur force. que ces souffrances dans quelques cas. L'île de Cuba. Fragment d'une lettre de Mgr l'un des évêques catholiques des États-Unis. au fond. car il y a peu de maîtres systématique­ ment barbares. une cargaison de ces infortunés fait une somme immense. ne voient en eux que des machines propres à travailler la terre et à récolter le sucre et le coton. afin d'exploiter le sucre et le coton. On croit que les nègres sont les seuls qui puissent résister au travail par le soleil brûlant de notre climat pendant l'été. Il y a lieu de croire que l'activité de ce commerce hideux de chair africaine est considérable. et il est vrai. Ils forment presque la moitié de la popula­ tion de la Floride. « . pourvu qu'ils puissent disposer de leurs prisonniers sans être surpris par les officiers du gouvernement.486 L'ESCLAVAGE. la plupart. Qu'on juge des désordres qui doi­ vent être la conséquence d'un pareil état de choses dans une race très- . et. ils sont mieux au physique comme esclaves que comme libres. plusieurs se font une idée exagérée de leurs souffrances corporelles. et. « Les nègres sont pour moi le sujet de réflexions bien tristes et de pré­ occupations bien pénibles. Le mariage est à peine connu parmi eux..

En général. » III (Liv. v. parce qu'il domine toute la question engagée dans la crise de la séparation des États : « Concitoyens des États-Unis. ce discours est très-important. V. Voici le discours qu'il a prononcé à cotte occasion. g 2. Ainsi plusieurs maîtres n'aiment pas qu'on prêche aux nègres. 160. il les estiment d'autant plus utiles qu'ils sont moins instruits. « Je ne considère pas comme nécessaire en ce moment de discuter les matières administratives. a eu lieu le 4 mars. p. il y a peine de mort contre ceux qui leur apprendraient à lire. crainte de leur donner des idées qu'ils sont bien aises d'éloigner de leurs têtes.APPENDICE. chap. Nous ne pouvons à présent que prier pour le salut de ces nègres. Les maîtres ne se sondent pas de faire instruire leurs esdaves. afin que le royaume des cieux leur soit aussi prêché comme aux autres races de la famille humaine. point de moyen ou presque point de détruire cette ignorance. qui n'excitent spécialement ni anxiété ni agitation. « Les populations des États-Unis du Sud semblent appréhender que . Lincoln comme président des États-Unis. et ce qui est pire. à Washington. Point de religion pour restreindre la licence effrénée des penchants terrestres. 487 portée aux plaisirs des sens.) DISCOURS D'INSTALLATION DU PRÉSIDENT LINCOLN MARS 1861 La cérémonie de l'installation de M. et espérer que la divine Providence ménagera quelque circonstance favorable pour leur instruction et leur amélioration religieuse. Dans quelques États. « Conformément à une coutume aussi ancienne que le gouvernement lui-même. je me présente devant vous pour vous entretenir brièvement et prêter en votre présence le serinent que la Constitution des États-Unis prescrit au président avant son entrée en fonctions.

« Il existe une vive controverse relativement à l'extradition des fugi­ tifs du service ou du travail. Je ne fais que citer un de ces discours lorsque je déclare que « je n'ai dessein. et en le faisant. Ceux qui m'ont nommé et qui m'ont élu l'ont fait avec la pleine connaissance que j'avais fais ces déclarations et beaucoup d'autres. à régler et contrôler exclusivement ses institutions domes« tiques suivant sa manière de voir. la résolution claire et formelle que je vais vous lire : « Le maintien intact des droits des États. en . je signale seulement à l'attention publique. La clause que je vais lire est écrite dans la Constitution aussi clairement qu'aucune autre : « Aucun individu tenu à service ou travail dans un État. comme une loi pour eux et pour moi. Plus encore.488 L'ESCLAVAGE. l'inauguration d'une administration républicaine ne mette en danger leurs propriétés. ne sera. comme le plus grand des crimes. leur tranquillité et leur sécurité personnelle. et qui s'échappera dans un autre État. et que je ne les avais jamais rétractées. pour quelque cause que ce soit. On la trouve dans presque tous les discours publics de celui qui vous parle en ce moment. et nous dénonçons l'invasion au mépris des lois par une force « armée du sol de tout Etat ou territoire. La plus complète évidence du contraire a même toujours existé. dans l'institution de l'esclavage ni dans » Je crois que je rien ai pas le droit. comme la preuve la plus concluante de ce que j'avance. Il n'y a jamais eu aucune cause raisonnable à de telles appréhensions. en conformité avec la Constitution et les lois. sera donnée avec empressement à tous les États qui la demanderont légalement. « J'ajoute que toute la protection possible. est essentiel à cet équilibre de pou« voirs d'où dépendent la perfection et la durée de notre édifice poli« tique . en vertu « des lois locales. que les propriétés. la paix et la sécurité d'aucune section ne sont en rien mises en danger par mon administration. ni directement « indirectement d'intervenir « les États où elle existe. » « Je réitère ici ces sentiments. comme chacun a été libre de s'en assurer. et aussi bien à une section qu'à une autre. sous quelque prétexte que ce « soit. ils ont placé dans le programme présenté à mon acceptation. et je ne m'en sens pas le désir. et spécialement desdroits de « chaque État.

sans restrictions men­ tales et sans dessein d'interpréter la Constitution ou les lois d'après des règles hypercritiques. il importe assez peu à lui ou aux autres par quelle autorité cela a lieu. seront rendus. Et. la réclamation de ce que nous appelons les escla­ ves fugitifs. et l'intention du législateur est la loi. S'ils le ten­ taient dans un esprit de bienveillance. qui pourrait vouloir manquer à son serment à propos d'une vaine controverse pour savoir de quelle manière il sera tenu? D'autre part. déchargé « dudit service ou travail . aussi bien dans la vie publique que dans la vie privée. avec une unanimité presque égale.APPENDICE. dont le cas rentre dans les termes de cette clause. de se conformer à tous ceux de ces actes qui n'ont point été rappelés. contesté que cette clause ait eu pour objet. ne faut-il pas introduire toutes les sauvegardes de liberté connues dans Ja jurisprudence civilisée et humaine. « Tous les membres du congrès jurent de soutenir la Constitution tout entière. mais il sera remis sur réclamation à la per« sonne à qui ledit service ou travail pourra être dû. de façon qu'un homme libre ne soit en aucun cas livré comme esclave? Et ne serait-il pas bien en même temps de pourvoir par une loi à l'exécution de l'article qui garantit que « les citoyens de chaque État auront droit à tous les priviléges et im« minutés de citoyens dans chacun des autres États? » « Je prête aujourd'hui mon serment officiel. dans toute loi sur ce sujet. de la part de ceux qui l'ont faite. 489 « vertu d'aucune loi ou d'aucun règlement de ce dernier. E t . Si l'esclave doit être rendu. mais certainement cette différence n'est pas très-importante. . rédiger et passer une loi donnant les moyens de tenir ce serment unanime? « Il existe quelque différence d'opinion pour décider si cette clause doit être exécutée par l'autorité nationale ou bien par les autorités d'État . en se fiant pour l'impunité à la chance de les faire déclarer inconstitutionnels. je suggère qu'il est beaucoup plus sûr pour tous. et de les prendre pour règle plutôt que d'en violer aucun. » « il est à peine. tout en m'abstenant de spécifier actuellement les actes particuliers du congrès auxquels il convient de donner force. cette clause aussi bien que les autres. en tout cas. ne pourraient-ils pas. Leurs serments sont donc unanimes relativement à la proposition que les esclaves.

excepté par quelque acte non prévu par cet instrument même. mais ne faut-il pas que toutes concourent pour l'abroger légalement? « En dehors donc des principes généraux. puisqu'il est impossible de la détruire. de former une Union plus parfaite. quinze citoyens différents et grandement distingués ont suc­ cessivement administré la partie exécutive du gouvernement. Elle a mûri encore. si les États-Unis ne sont pas un gouvernement proprement dit. sous le coup de difficultés graves et particulières. Mais si la destruction de l'Union . mais une association d'États en vertu d'un simple contrat. j'aborde aujourd'hui la même tâche pour le court terme constitutionnel de quatre années. Elle a été formée de fait par les articles d'association de 1776. « Un démembrement de l'Union fédérale. en tant que contrat. cette association. Que l'on continue à exécuter toutes les clauses expresses de notre Constitution nationale. « Soixante-douze ans se sont écoulés depuis la première inauguration d'un président. l'Union est perpétuelle. La perpétuité est implicite­ ment. « D'un autre côté. en 1 7 8 7 . en vertu de notre Constitution nationale. est aujourd'hui devenu une tentative formidable. et l'Union durera toujours. peut-elle être résiliée autrement que par toutes les parties qui y ont concouru ? Une partie contractante peut violer le contrat. On peut affirmer avec certitude qu'aucun gou­ vernement proprement dit n'a eu dans sa loi organique une clause r e ­ lative à sa propre extinction. et généralement avec grand succès. au point de vue légal. jusqu'ici à l'état de me­ nace seulement. un des buts déclarés pour promulguer et établir la Constitution fut. et la foi de tous les treize États d'alors fut engagée pour tou­ jours par les articles de confédération de 1778. Et pourtant. dans la loi fondamentale de tous les gou­ vernements nationaux. « L'Union est bien plus ancienne que la Constitution. l'union de nos États est perpétuelle. cette proposition est confirmée par l'histoire de l'Union elle-même. Durant cette période. avec tous ces précédents. Ils l'ont conduite à travers bien des périls. pour ainsi parler. le rompre. Finalement. Je maintiens que dans l'intention de la loi universelle et de la Constitu­ tion.490 L'ESCLAVAGE. sinon expressément. Elle a mûri et s'est développée dans la déclaration d'indépendance de 1 7 7 6 .

« Il suit de là qu'aucun Etat ne peut légalement sortir de l'Union de son propre mouvement . dans n'importe quel État ou quels États. « J'espère que ceci ne sera pas regardé comme une menace. en tant que cela sera praticable. et que les actes de violence. le peuple américain. à moins qu'on n'y con­ traigne l'autorité nationale. « Je tiens pour un simple devoir de ma part d'en agir ainsi. ou ne me donne des instructions contraires d'une manière qui fasse autorité. la Constitution ayant perdu l'élément vital de la perpétuité. ne me relève de cette obligation. être on droit de tenir à ce que ces postes aient leurs titulaires. mais en dehors de ce qui peut être nécessaire pour arriver à ce but. il n'est point nécessaire de recourir à la violence et à l'effusion du sang. il n'y aura pas d'in­ vasion. essayer d'agir . occuper et pos­ séder les propriétés et les points de territoires qui appartiennent au gouvernement. et des et autant qu'il sera en mon pouvoir je veillerai. dans la stricte légalité. qui doit se défendre et se maintenir eonstitutionnellement. « Je considère donc qu'au point de vue de la Constitution lois t'Union n'est pas rompue. « Le pouvoir qui m'est confié sera employé à tenir. 491 par un seul ou une partie seulement des États est légalement possible. à percevoir les droits et les impôts .APPENDICE. l'Union se trouve amoindrie. pas d'emploi de la force contre le peuple ni parmi le peuple de n'importe quel Etat. selon les circonstances. à ce que les lois de l'Union soient fidèlement exécutées dans tous les États. « Là ou l'hostilité contre les États-Unis sera si grande et si univer­ selle. à moins que mon maître légitime. et il n'y eu aura pas. que les résolutions et les ordonnances à ce! effet sont également nulles. Je l'ac­ complirai parfaitement. « Bien que le gouvernement puisse. mais comme l'expression du but avoué de l'Union. contre l'autorité des États-Unis sont insurrec­ tionnels ou révolutionnaires. on ne tentera pas d'imposer par la force aux po­ pulations des étrangers dont elle ne voudrait pas. comme la Constitution me l'enjoint expressément. qu'elle empêchera des citoyens résidents et capables de remplir des emplois fédéraux. « En faisant cela.

ne puis-je pas adresser quelques paroles? Avant d'entrer dans un sujet aussi grave que la destruction de notre édifice national. mais à ces personnes. si vous le pouvez. ne serait-il pas convenable de nous assurer des motifs de cette destruction? Hasarderez-vous une décision si désespérée quand une partie des maux que vous voulez éviter n'a pas d'existence réelle? Le ferez-vous. Dans tous les cas et toutes les éventualités. Est-il vrai dès lors qu'aucun des droits nettement écrits dans la Constitution ait été nié? Je ne le pense pas. « Le service postal. une majorité privait une minorité quelcon­ que d'aucun des droits constitutionnels franchement établis. « Autant que possible le peuple jouira partout de ce sentiment de sécurité parfaite si favorable à la pensée calme et à la réflexion. ses souvenirs et ses espérances. je n'entreprendrai ni de l'affirmer ni de le nier. avec tous ses bienfaits. en vue des circonstances actuellement existantes. « Rappelez-vous. Si par la simple force numérique.492 L'ESCLAVAGE. je n'ai pas un mot à dire. cela pour- . s'il en existe. La conduite ici indiquée sera suivie. à moins que le cours des événements et l'expérience ne démontrent la nécessité d'une modification ou d'un changement. de laisser vacants les emplois en question. « A celles cependant qui aiment réellement l'Union. si les droits consti­ tutionnels y sont maintenus. « Qu'il y ait des personnes dans une section ou dans l'autre qui cher­ chent à détruire l'Union à tout risque et se réjouissent de tout prétexte pour le faire. je m'emploie­ rai de mon mieux. qu'aucun parti n'aurait assez d'audace pour le faire. dans le but et dans l'espoir d'une solution pacifique des troubles na­ tionaux et d'un retour aux affections et aux sympathies fraternelles. continuera à se faire dans toutes les parties de l'Union. que je crois meilleur. ainsi serait tellement irritant et presque si impraticable. à moins qu'il ne soit repoussé. pour le moment. un seul cas dans lequel une clause clairement écrite dans la Constitution ait été niée. quand les maux certains à la ren­ contre desquels vous allez sont plus grands que les maux imaginaires que vous fuyez? Risquerez-vous de commettre une si déplorable erreur ? « Tout le monde se déclare satisfait de l'Union. L'esprit humain est heureusement constitué de telle sorte.

qu'il n'en puisse résul­ ter que de l'harmonie. pourquoi une portion quelconque de la nouvelle Confédération ne se séparerait-elle" pas arbitrairement de nouveau. l'idée-mère de de la sécession est l'essence l'anarchie. Existe-t-il une identité si parfaite d'intérêts parmi l e s États qui composeront une nouvelle Union. « Une majorité contenue par les prescriptions et le frein constitu­ t i o n n e l . et suivant toujours aisément l'impulsion délibérée des opi- . et cola la justi­ fierait pleinement s'il s'agissait d'un droit vital. qu'i ne s'élève jamais de controverse à ce sujet. et de nouvelles sécessions sont-elles impossi­ bles? A proprement parler. De ces sortes de questions sont nées toutes nos controverses constitutionnelles. « Par exemple. la majorité doit le faire ou le gou­ vernement cesser d'exister. Mais aucune loi organique ne peut être faite avec une provision spécialement applicable à chaque question qui sur­ git dans l'administration pratique. Si une minorité en pareil cas se sépare plutôt que de se soumettre. dans un an ou deux.APPENDICE. sinon la soumission pour qu'il con­ d'un côté ou de l'autre. justifier la révolution. précisément de même que l e s portions de l'Union actuelle veulent se séparer d'elle? Les désunionnistes devront brusque­ ment en agir ainsi. tinue à vivre. elle éta­ blit un précédent qui la ruinera et la divisera à son tour. Il n'y a pas d'alternative. Le congrès doit-il protéger l'esclavage dans les territoires? La Consti­ tution ne le dit pas expressément. « Les fugitifs du travail servile seront-ils rendus par les autorités nationales ou par les autorités d'État? La Constitution ne le dit pas. par des ga­ ranties et des prohibitions dans la Constitution. car dans son sein il arrivera à se former aussi une minorité qui se séparera d'elle dû jour où la majorité refusera de se laisser contrôler par cette minorité. Aucune prévoyance n'empêchera cela. et elles nous divisent en ma­ jorité et en minorité. aucun document de longueur convenable ne contiendra des clau­ ses spéciales à toutes les questions possibles. à un point de vue moral. 493 rait. Mais tel n'est pas le cas « Tous les droits vitaux des minorités et des individus leur sont si pleinement assurés par des affirmations et des négations. « Si la minorité ne se rend pas.

C'est là le seul point substantiel qui soit en dispute. sont l'une et l'autre aussi bien exécu­ tées qu'aucune loi peut l'être. « Une section de notre pays croit que l'esclavage est juste et doit être étendu. nions et du sentiment populaires. le peuple aurait cessé d'être son maître. avec la chance d'être combattu et de ne pas devenir un précédent. sur une décision rendue dans un cas ordinaire. le mal qui en résulte étant limité audit cas. « L'unanimité est impossible. « Il n'y a dans ces remarques aucune attaque contre la Cour et les juges. en même temps. et il aurait remis le gouvernement de ses affaires aux mains de cet éminent tribunal. . C'est un devoir dont ils ne peuvent s'affranchir que celui de donner leurs décisions sur les cas soumis au tribunal. sera plus aisément supporté que les maux qui découleraient d'un système différent.494 L'ESCLAVAGE. S'il tombe sous le sens que la décision peut être erronée dans un cas donné. une telle majorité est la seule souve­ raineté véritable d'un peuple libre. l'anarchie ou le despotisme. sous une forme ou sous une autre. et ce n'est pas leur faute si d'autres essayent de faire servir ces décisions à des lins politiques. Le règne d'une minorité. tout citoyen sincère avouera que si la poli­ tique du gouvernement sur les questions vitales concernant le peuple entier était irrévocablement fixée par les décisions de la Cour suprême. et la loi pour la suppression de la traite. tandis que l'autre croit qu'il est injuste et ne doit pas être étendu. comme con­ dition permanente. je ne nie pas non plus que de telles décisions doivent être obligatoires pour les parties dans un procès. entre parties d'un litige personnel. en ce qui touche l'objet du procès. a Mais. « Je n'oublie pas l'opinion adoptée par beaucoup. Quiconque la repousse tombe nécessairement dans l'anarchie ou le despotisme. De sorte qu'en reje­ tant le principe de la majorité. est tout ce qui reste. dans une communauté où le sens moral du peuple ne prête qu'un appui imparfait à la loi elle-même. de même qu'elles ont droit au respect et à la considération des autres branches du gouvernement dans tous les litiges semblables. que les queslions constitutionnelles doivent être décidées par la Cour suprême. est en tout point inadmissible. « La clause de la Constitution relative aux esclaves fugitifs.

serait reprise dans une section. et des rapports soit amicaux. et un petit nombre les viole dans l'un ou l'au­ tre. soit hostiles. il peut accomplir son droit constitutionnel del'amender. ou son droit révolutionnaire de le démembrer ou de le renverse. je reconnais pleinement l'en­ tière autorité du peuple à ce sujet. et il deviendrait. mais les différentes parties de notre pays ne peuvent faire de même. tions respectives nous ne pouvons éloigner nos sec­ l'une de l'autre. 495 « La grande masse du peuple se conforme aux pures obligations lé­ gales dans les deux cas. pire après la séparation des sections qu'auparavant. « Je ne puis dissimuler ce fait. Un mari et une femme peuvent divorcer et sortir de la pré­ sence et de l'atteinte l'un de l'autre. « Nous ne pouvons séparer. dans les deux cas. je suis porté à favoriser plutôt qu'à contre­ carrer une loyale occasion pour le peuple d'exercer cette autorité. être parfaitement guéri. Lorsque après une grande perte et sans au­ cun avantage de part et d'autre vous cessez de combattre. trouverez de nouveau en présence ment aux rapports réciproques. au lieu de lui permettre seulement d'accepter ou de .APPENDICE. tandis que les esclaves fugitifs. « Elles ne peuvent pas ne pas rester face à face. je pense. des mêmes questions vous vous relative­ Ce pays avec ses institutions appar­ tient au peuple qui l'habite. maintenant supprimée imparfai­ tement. « La traite des nègres à l'étranger. maintenent rendus partiellement. ne le seraient plus du tout dans l'autre. doivent continuer entre elles. Du moment où il se sentira las du gouver­ nement existant. ni bâtir une muraille infranchissable entre elles. Est-il donc pos­ sible de rendre ces rapports plus avantageux ou plus satisfaisants après la séparation qu'avant? Des étrangers plus aisément peuvent-ils faire des traités que des amis ne peuvent faire des lois ? Supposez que vous fassiez la guerre. « Je me hasarderai à ajouter que le mode conventionnel me semble préférable en ce qu'il permet que les amendements proviennent du peuple lui-même. autorité qui peut s'exercer selon l'un ou l'autre des modes prescrits dans l'instrument lui-même. Bien que je ne recommande aucun amendement. Ce mal ne peut. Dans les circonstances présentes. que nombre de dignes cl patriotes citoyens désirent que la Constitution nationale soit amendée.

Le peuple lui-même peut seul le faire. hommes du Nord. choisis dans ce but. Afin d'éviter tout malendu sur ce que j'ai dit. hommes du Sud. « Tant que le peuple conserve sa vertu et sa vigilance. avec sa vérité et sa justice éternelles. cette vérité et cette justice prévaudront certainement par l'ar­ rêt de ce grand tribunal qui s'appelle le peuple américain. n'a rien à y voir.496 L'ESCLAVAGE. et de le transmettre intact à son successeur. « Pourquoi ne pas avoir une patiente confiance dans la justice défi­ nitive du peuple? Existe-t-i! au monde un espoir égal ou supérieur à celui-là? Dans nos différends actuels. Son devoir est d'administrer le gouvernement actuel. rejeter des propositions provenant d'hommes qui n'ont point été spé­ cialement. « J'apprends qu'un amendement proposé à la constitution. en tant qu'exécutif. a passé au congrès à cet effet que le gouvernement fédéral n'interviendra jamais dans les institutions d o ­ mestiques des États. . ou du vôtre. y compris celles qui ont trait aux personnes tenues en service. je m'adresse à tous et à chacun. je n'ai aucune objection à ce qu'elle soit rendue explicite et irrévocable. ne saurait sérieuse ment porter atteinte au gouvernement dans le court espace de quatre ans. aucune a d ­ ministration. « Concitoyens. « Le magistrat suprême tire toute son autorité du peuple. quelle que soit sa malice ou sa folie. On ne saurait rien perdre à prendre son temps. pour dire que tenant désormais cette clause pour loi constitutionnelle. et celui-ci ne lui a conféré aucun pouvoir pour déterminer les conditions d'une séparation des États. et avec une égale sagesse il a pourvu à ce que ce faible pouvoir lui-même fasse retour entre ses mains à de courts intervalles. lesquelles propositions pourraient n'être pas exactement celles que le peuple voudrait accepter ou refuser. s'il le juge à propos. réfléchissez bien et avec calme à ce sujet. mais l'exécutif. est de votre côté. « Par la combinaison du gouvernement sous lequel nous vivons. un des deux partis doute-t-il qu'il soit dans le vrai? « Si le tout-puissant Maître des nations. amende­ ment que je n'ai pas vu toutefois. je me désiste de mon dessein de ne parler d'aucun amendement particulier. tel qu'il arrive entre ses mains. ce même peuple a sagement donné à ses serviteurs un faible pouvoir pour le mal.

alors même qu'elle en aurait le désir. confiance en Celui qui n'a jamais le christianisme abandonné et une sa terre favorite vent encore suffire à ajuster pour lemieux nos présentes ferme peu­ difficultés. « Ceux d'entre vous qui sont mécontents ont encore entre les mains la vieille Constitution intacte et les lois que vous-mêmes avez faites en vertu de cette Constitution. « Vous n'avez point fait le serment devant le ciel de détruire le gou­ vernement. Nous ne devons pas être ennemis. » « 11 m'en coûte de terminer. « Le gouvernement ne vous attaquera pas. 497 « Si l'on a un but quelconque en vous pressant en toute hâte de faire une démarche que vous ne feriez pas de propos délibéré. le protéger et le défendre.APPENDICE. « Les cordes mystiques du souvenir. ce but sera déjoué en prenant du temps . des États-Unis. vibreront encore en chœur pour l'Union. mais des amis. que se trouve la terrible question de la guerre civile. Vous n'aurez pas de con­ flit si vous n'êtes pas les agresseurs. tandis que moi j ' a i prêté le serment le plus solennel « de « le maintenir. « En admettant même que vous qui êtes mécontents soyez dans le vrai.) 32 . « C'est dans vos mains à vous. de changer l'une ou les autres. elle ne doit pas les briser. mais aucun but utile ne saurait être com­ promis par la temporisation. du tombeau de chacun de nos patriotes à chaque cœur qui bat et à chaque foyer de ce vaste pays. il n'y a aucun motif quelconque pour agir précipitamment. le patriotisme. Nous ne sommes pas des ennemis. l'administration nouvelle n'a aucun désir immédiat. qui vont de chacun de nos champs de bataille. mes concitoyens mécontents. sous la main des anges gardiens de la nation. « L'intelligence. » (Courrier II. De son côté. Bien que la passion ait tendu à l'extrême nos liens d'affection. ni aucun pouvoir. et non dans les miennes.

Ce ne sera pas l'un des moindres éléments de la grave question qui agite ce pays. . la population 23. soit de 56 pour 1 0 0 . et ces émigrants. voyons comment se divisent. On reconnaît là l'effet de l'immigration qui fait affluer aux États-Unis. Nous allons. ou de 38 1/2 pour 100. En France. La population totale actuelle des États-Unis.) RECENSEMENT DE LA POPULATION DES ÉTATS-UNIS 1860 Le gouvernement de l'ex-Union américaine vient de publier le re­ censement général de la population des États-Unis en 1860.643 3.999. toutes les ressources de la vieille civilisation d'Europe. elle accusait un chiffre de 2 3 . ch. 5 7 0 . 51. 4 9 6 habitants.L'ESCLAVAGE. II. tant libre qu'esclave. p. quant aux deux grandes divisions de la population américaine. Elle a donc grandi.987.648.072 habitants. En 1850. par exemple.570 1860 27. en dix ans. ou de 25 pour 100. comment celle-ci se répartit : 1850 Population libre Population esclave 19. Nul pays sur le globe n'offre un accroissement aussi rapide. Ainsi. d'Allema­ gne. IV. 0 0 0 âmes par année. tandis que la population esclave n'a augmenté que de 7 9 5 .456. en dix a n s . . 1 9 1 . Entrons plus avant dans la question. sur un sol neuf et pour ainsi dire sans limites.648. il ne faut pas le perdre de vue. près de 4 0 0 . à 5 1 . par le recensement de 1860.926 habitants. est évaluée. .203. par comparaison à celles de 1850. Maintenant voici. il n'a pas fallu moins de quatre-vingts ans pour que la population s'augmentât dans une pareille proportion. apportent avec eux. .853 51.4S6 libre s'est accrue de 7 millions 661. de 8.571 3.999 Total. sans commentaire. 6 4 8 .191. 8 5 4 . d'Irlande et d'autres contrées. en résumer les données générales. 498 IV (Liv.

853 Géorgie .441.356 467.470 3.097.077 225. lib. . la population esclave. 1 2 . on trouve que l'accroissement a été pour les États libres de 11 pour 1 0 0 . 8 5 3 .112 Maryland 646. ..051 479. P o p . le fait paraît encore plus évident. La Virginie. C'est un point capital de la question. Dans le Delaware. tandis que sa population bre y a grandi de 15 pour 100. mettons en présence les forces de l'une et l'autre population dans les États à esclaves.046.173 habitants libres. population esclave.562 Kentucky 920.065 Six a u t r e s É t a t s ou t e r r i t o i r e s .607 Arkansas 351. par exemple.826 113.956 Mississipi 407.590 8. Il est même un ou deux États où la première semble devoir en quelque sorte s'annuler : dans le Maryland.151 735. 6 0 2 . Ici encore nous retrouvons ce fait d'un plus rapide accroissement du côté de la population libre. 52 pour 100 . elle a baissé aussi de 34 à 35 pour 100. On en compte (territoires et districts com­ pris) 1 7 .163 Texas 415.'>95 495. les deux éléments de la popu­ lation. 2 5 donnant une popu­ lation de 19. 5 2 5 . il a été : Population libre.APPENDICE. et. si l'on prend chaque État en parti­ culier. en 1860.171 Alabama 520.710 109. P o p .100 Tennessee 859. l'Etat qui possède la plus nombreuse population esclave. a décru de 61 pour 100. .799 174. 1. Total. esclave. population esclave. pour les États à esclaves.600. l° États libres. 5 . 9 9 9 . 8. n'a vu celleci s'accroître en dix ans que de 5 pour 100. par exemple.017 Les deux Carolines 988. Pour résumer cet aperçu statistique.083.528 287.582 615. 715.183 35. ayant : Population libre. Si l'on compare ces chiffres à ceux que donnait le recensement de 1850.225 428.373 Missouri •l. 22 1/2 pour 100. Virginie. d'ailleurs très-faible. 2° États à esclaves.602. On en compte. 499 entre les États et territoires de l'Union.470. 455.999. 11 s'agit de 1860.

puis en deux v o l u m e s à Boston. soit un peu plus de deux blancs contre un individu de race noire ou de couleur. A la fin de cette année on avait vendu plus d'un Era 1852. bien entendu. des littérateurs.) BIBLIOGRAPHIE AMÉRICAINE DE L'ESCLAVAGE je n'ai pas besoin de citer les livres célèbres des historiens. Dred. suédois. montre ici une population esclave supérieure à la population libre. douze fois en allemand. des philosophes politiques. des économistes. Inquiry into the Scriptural Wiew of Slavery. CHEMIN-DUPONTÈS. — Pour l'ensemble. BEECHER STOWE (Mist. 1 8 5 noirs contre 508.1 8 5 2 . flamand. à la suite de M.) BRISBANE (W. qui. V Staveholding examined in the light of the Holy Bible. Ainsi un État seulement.500 L'ESCLAVAGE. polonais. Il a été traduit six t'ois en français. . million d'exemplaires. et en italien. BARNES (Albert). des voyageurs. 1846. prise séparément: elle compte 4 0 7 . Il en est de même toutefois pour la Caroline du Sud. que des États dans lesquels est consacré le régime de l'esclavage. II. II. les uns favorables. français ou anglais. espagnol. de Tocqueville. ont fait con­ naître les États-Unis à l'Europe. en ne tenant compte. que j ' a i pu me pro­ curer. (Le premier de ces ouvrages célèbres parut en feuilletons dans le National de Washington dans te cours de 1 8 5 1 . Je crois seulement utile de présenter la liste de quelques-uns des livres spéciaux écrits en Amérique. les autres contraires à l'esclavage. danois. magyare. Uncle Tom's Cabin. le Mississipi. [Débats du 3 avril 1861.000 habi­ tants. la population noire donne 317 individus sur 1.186 blancs.).

— A Journey through Texas. Studies on Slavery. par M. a été apprécié parfaitement par M. M . HELPER (H.). CHANNING. poems. inside view of Slavery or a tour among the'planters. Ought American Slavery to be perpetuated. ) . SaintMarc Girardin. tome I.. 1857. 1 8 5 6 . The hireling and t h e Slave. 1 8 5 2 . GODWIN (Rev Benjamin). Rowan). HARPER. The impending crisis of t h e South. Phila­ delphie. Slavery as it is in the United States. 1 8 5 9 . avec la lettre à M. DE). New- York. FLETCHER (J. Natchez. HAMMOND. 1 8 5 6 . p.A P P E N D I C E . J . A Journey in the Seaboard Slave States. A letter to t h e people of the United States. ci-devant prince royal des Deux-Siciles. PARSONS (C. de l'Institut.). 1 8 5 5 . 1848. touching the matter of Slavery. G . ) Progress of Slavery. . Law of the Slavery. citoyen des ÉtatsUnis. Washington. favorable à l'esclavage. 1 8 6 0 . The pro-slavery arguments. DREW (Benjamin). The Catholic Church m the United States. 1 8 4 1 . OLMSTED. THORNTON (Rev. WESTON ( G . SUMNER (Charles). New-York. Slavery in History. Boston. 1859. Lectures on Slavery. D E W . STROUD. SIMMS. GUROWSKI. Ce livre curieux. Traduit en français. The West Indies and the Spanish main. or a Saddle-Trip on t h e Southwestern — A Journey in t h e back Country. 1 8 6 0 . Boston. etc. 1858. Frontier. Charleston. Boston. The Refugee or the narratives of fugitive Slaves. 1 8 6 0 . 1855. ) . MURAT (Achille). TROLLOPE (Antony). E d . Slavery. Esquisse morale et politique des États-Unis. New-York. GRAYSON (W. COURCY (II.. 1832. Clay sur l'annexion du Texas. 501 BRONLOW AND PRYNE. Barbarism of Slavery. 509. Phi ladelphie. PARKER (Theodore). 1 8 3 6 . 1 8 5 7 . 1860. Laboulaye. Essais de littérature et de morale.

fixé d'office et sans appel par la commission. à la commission à nommer eu exécution de l'article 5. et les ordonnances et règlements concer­ nant les esclaves dans l'esclavage restent en vigueur. e r ART. 2. La décharge doit avoir lieu dans les trois mois de la publication de cette loi. 5°. p. 1 . . PREMIER. Jusqu'alors il ne peuvent réclamer les droits et priviléges qui leur sont reconnus par cette loi. Dans les trente jours après sa publication dans la colonie de Suri­ nam. ART. le montant de l'indemnité. est notifié au propriétaire négligent. Les esclaves ne peuvent quitter le service auquel ils sont attachés au moment de la publication de cette loi. Si la demande n'est pas remise dans le délai fixé.) COLONIES HOLLANDAISES PROJETS DE LOI PRÉSENTÉS LE 25 OCTOBRE 1858 A LA SECONDE CHAMBRE DES ÉTATS-GÉNÉRAUX POUR LA SUPPRESSION DE L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES DES INDES OCCIDENTALES. — L'esclavage est aboli et à jamais défendu dans la colonie de Surinam. ou leurs représentants. Projet de loi relatif à la colonie de CHAPITRE Surinam. avant d'en être déchargés par l'autorité établie à cet effet. les demandes d'indemnité doivent être adressées par les proprié­ taires d'esclaves. VIII. 274. — Les propriétaires des esclaves ont droit à une indemnité conformément aux dispositions de cette loi.502 L'ESCLAVAGE VI (Liv.

chargée de la fixation de l'in­ demnité à accorder à chaque propriétaire en particulier. suivant les dispositions de cette loi. . suivant inventaire dressé. b) Des plantages de café. comme aussi ce qu'il y a à exiger des tiers à l'appui des droits qu'ils font valoir sur l'indemnité accordée ou à accorder à un proprié­ taire. soit 4 0 florins par tète. — L'indemnité pour les esclaves des plantages et fonds. c) Des plantages de coton et de riz et des bois. pépinières et kostgronden. DU CALCUL DE L'INDEMNITÉ. 5. sont pris par l'Etat pour son compte lors de l'affranchissement des esclaves. à 200 flondus. et qui sera publié en même temps que cette loi. A R T . Toutes les affaires seront traitées par cette commission suivant un règlement à arrêter par nous. ainsi qu'il suit : a) Ceux des plantages de sucre à 375 florins . 3 La publication de cette loi est accompagnée de la nomina­ tion par nous d'une commission spéciale. cacao. 503 A R T . (terres à vivres) à 260 florins. au prix : a) D'un tiers du montant de l'indemnité fixée à la lettre a de l'arti­ cle précédent. lorsque les propriétaires le dé­ sirent. c) D'un cinquième du montant de l'indemnité fixée à la lettre c de l'article précédent. soit 65 florins par tête . suivant les articles 12 et 1 3 . est fixée par tête. b) D'un quart du montant de l'indemnité fixée à la lettre b de l'ar­ ticle précédent.APPENDICE. à moins que l'appel ne leur soit interdit par l'article précédent. et à déterminer les titres de propriété à pro­ duire. Les plantages cl fonds avec les bâtiments et hangars qui s'y trouvent. soit 125 florins par tête . 4 . Les parties intéressées peuvent appeler de la décision de cette com­ mission au haut conseil des Pays-Bas. café et cacao. Ce règlement fixera aussi le délai dans lequel l'appel devra être i n ­ terjeté CHAPITRE II. A R T .

et conclu. un accord pour les moulins à vapeur et machines hydrauliques en fer. le sexe. . la constitution et la capacité des esclaves. — L'indemnité pour les esclaves particuliers est réglée d'a­ près les classes suivantes : r e l 2e e 3 . 4e 5 6 e e 700 fl. ART. suivant l'âge. ils refusent ou négli­ gent de s'y rendre. la demande de cession et l'accord conclu sont con­ sidérés comme échus. sont mis d'abord sous la direction du gouvernement. ils sont affermés publiquement pour temps déterminé par le gouverneur de Su­ rinam et aussi vendus. et lorsqu'il s'y est fixé une population suffisante et laborieuse. et si on ne tombe pas d'accord. en ce qui concerne les plantages du su­ cre. 300 200 100 50 Cette classification est faite par la commission mentionnée en l'ar­ ticle 5. dans une classe plus élevée que la troisième. Au-dessous de quinze et au-dessus de quarante-cinq ans. Les plantages et fonds dont il est question clans cet article. Les esclaves qui. ne sont pas portés dans une classe plus élevée que la seconde. Au-dessous de vingt et au-dessus de quarante ans. 6 . 500 . ni les machichines hydrauliques en fer sur les plantages de sucre. sur lesquels on s'entend à part . . s'ils ne sont pas destinés à devenir des plantages de discipline.504 L'ESCLAVAGE. l'Etat n'est pas obligé de prendre ces plantages. et qu'assignés pour l'exécution du transport. ont moins de vingt-cinq et plus de trente-cinq ans. . au jour de l'affranchissement mentionné dans l'ar­ ticle premier. Lorsque des propriétaires ont fait connaître leur désir de céder leurs plantages ou fonds. dans une classe plus élevée que la quatrième. . Dans ce prix ne sont pas compris les moulins à vapeur. de correction ou d'hôpital.

Les fugitifs revenus et exemptés des travaux forcés en exécution de cette loi. peuvent être estimés lui appartenir en propre et rester à sa disposition. en vertu des règlements existants. au menu bétail et à tous les objets mobiliers qui.APPENDICE. c) Les esclaves condamnés aux travaux forcés. A R T .— Dans la fixation de l'indemnité. aux services qu'ils peuvent encore exiger de ces esclaves. 9. dont la peine ne ces­ sera que deux ans après la publication de cette loi. si le malade n'est pas déclaré rétabli dans l'année qui suivra la publication de cette loi . sont placés. sur un des plantages du gouvernement. — Le payement de l'indemnité a lieu trois mois après l'affran­ chissement effectif des esclaves. après l'affranchissement mentionné dans l'article premier. suivant ce qui est réglé par le deuxième . la décision relative à l'indemnité reste suspendue. suivant l'usage colonial. A R T . ont été condamnés à y être transportés pour cause de contagion. A R T . feuille du Gouvernement (Gouvernement Blad) n° 15. — L'indemnité à adjuger se règle suivant l'état des esclaves au moment de l'affranchissement mentionné à l'article premier. sont déclarés suspects d'être infectés d'une des maladies qui y sont signalées. ne sont pas pris en con­ sidération : a) Les esclaves placés dans l'établissement Batavia. et ceux qui. conformément aux dites disposi­ tions. 505 Au-dessous de dix et au-dessus de cinquante ans. 8. dans une classe plus élevée que la sixième. s'ils ne peuvent trouver de service chez les particuliers. — L'indemnité fixée ne s'applique pas seulement à la personne de l'esclave. A R T . les propriétaires ne peuvent réclamer qu'une indemnité proportionnée. et suivant les bases adoptées dans l'arti­ cle précédent. 11. — Pour les esclaves qui. En ce qui regarde les esclaves qui. 11 n'en est pas accordé. b) Les esclaves fugitifs qui. ont obtenu un droit légal à l'émancipation. comme travailleurs libres. mais encore à ses vêtements. dans une classe plus élevée que la cinquième . 10. A R T . par application des dispositions publiées le 7 septembre 1830. Au-dessous de cinq et au-dessus cinquante-cinq ans. ont été absents plus de trois mois . 7.

et lorsque des tiers élèvent des prétentions sur le montant de l'indemnité ou sur le prix obtenu par le propriétaire. les droits qui se ratta­ chent aux parts consignées sont placés dans. fonds ou esclaves particuliers. produits par les parts qui se trouvent en consignation dans la banque mentionnée en l'article 1 1 de cette loi. que ces droits soient déjà exi­ gibles ou ne le soient pas. Tous droits de tiers en matières d'obligations et de privi­ lèges ou autres dettes. représentants veillent à ce qu'il soit convenablement pourvu à leur direction et à leur traitement conformément aux règlements e x i s tants. la banque par le commis­ saire du gouvernement. 1 2 . Un terme pour l'exigence des sommes et parts consignées est fixé par l'article 5 du règlement mentionné. une rente annuelle de 4 pour 1 0 0 . sont remis avec les parts elles-mêmes aux ayants droit. A R T . affranchissement où commence la sur­ veillance spéciale de l'État. tant qu'il n'est pas décidé qui est l'ayant droit sur cet argent. paragraphe de l'article premier. le payement se fait par consignation dans la caisse coloniale. 1 4 . — En cas de contestation relativement aux droits depropriété sur les plantages. j u s q u e ce que les parties soient tombées d'accord. A R T . — Jusqu'à l'affranchissement des esclaves. ou la négligence qui y est apportée de propos délibéré. sont recouvrables sur le montant de l'indemnité accordée pour les esclaves. 1 3 . ou que la contestation soit terminée par un jugement. établie par l'article 1 7 . et cela en observant le droit de préférence car vigueur dans la colonie. les propriétaires ou leurs.506 L'ESCLAVAGE. sur le prix d'achat desdits plantages convenu par le gouvernement. en cas de cession des plantages au gouvernement suivant l'article 5 . La prise de possession des plantages en vertu de l'article cinq. A R T . . Sur les sommes restées en consignation est payée. est punie d'une amende ou d'un emprisonnement suivant les circonstances. en­ traîne la décharge de toutes les obligations et prétentions des lier. comme aussi. Les dividendes et rentes. pendant deux ans. L'omission de ce soin.sur les plantages et fonds.

auparavant. ils sont soumis à un impôt à déterminer par nous ou de notre part. placés par l'Etat. en vertu de l'article 34 de cette loi. audessus de vingt et au-dessous de cinquante ans. pesait sur leurs propriétaires. — Par esclaves de plantages. Le recouvrement de cet impôt pourra se faire par ceux qui. — Tous les esclaves affranchis du sexe masculin. et peuvent être mis à la disposition de l'adminis­ tration coloniale. et puis à fournir à l'Etat. à l'objet mentionné dans le premier paragraphe de cet article. sur les fruits de leur travail. pour leur protection et leur élévation à la vie de famille et sociale. 1 9 . sont établies par des ordonnances à rendre par nous ou de notre part. A R T . A R T .' DES ESCLAVES AFFRANCHIS FAR CETTE LOI. et les mesures qui doivent maintenir entre eux l'ordre publie. A R T . sous une surveillance particulière. — Les obligations à imposer aux esclaves affranchis pendant le temps déterminé par l'article précédent. A R T . 1 7 . jusqu'à la révision de cette loi. montrant à la fois comment on agit. tous les esclaves affranchis prennent un nom de famille qui passe à leurs enfants. — A une époque fixée par le gouverneur cfe Surinam. Pendant le temps mentionné au premier paragraphe du présent ar­ ticle. sous la surveillance établie dans cet article. 1 5 . ont pris à louage fixe les esclaves affranchis par cette loi. par esclaves particuliers. dans leur intérêt. cette loi entend ceux qui sont inscrits aux registres des esclaves. — Les esclaves affranchis sont provisoirement.APPENDICE. 1 8 . les moyens à appliquer. L'oisiveté et le vagabondage ne sont pas tolérés parmi eux. lorsque des moyens de discipline et de correction sont nécessaires et dans quels cas et par quel pouvoir les infracteurs sont condamnés aux travaux forcés. ceux qui y sont inscrits au nom de particuliers. peuvent être appelés . A R T . 507 CHAPITRE III. 1 6 . destiné à remplacer d'abord la capitation qui. au nom des plantages ou fonds.

A R T . ouvrages pu­ blics et à faire des services de transport. dans un délai à fixer par le gouverneur de Surinam. tour à tour. habités par eux à l'époque de la publication de cette loi. Pour la possession et le port d'armes. — Lorsque. — Pour l'exercice de la surveillance mentionnée dans l'article 17 sur les esclaves des plantages affranchis. 2 1 . . pour un temps qui ne doit pas être moins de douze mois. — Le gouvernement fournit aux enfants des esclaves af­ franchis l'occasion de jouir de renseignement scolaire et religieux. A R T . ART. 24. — Les esclaves des plantages affranchis ont le choix de faire des conventions d'accord avec les propriétaires des plantages ou fonds. Les tours sont réglés par endroits. et réciproquement à ce que ces der­ niers s'acquittent des obligations qu'ils ont contractées envers les tra­ vailleurs. la colonie de Surinam est divisée en districts et administrée par des fonctionnaires établis dans ces districts. à travailler aux. 2 5 . ou avec les propriétaires d'autres plantages ou fonds. A R T . et de chaque dizaine un est re­ mis pour l'ouvrage. 2 0 . ou ne réussissent pas à obtenir du service sur un plantage ou fond particulier. les esclaves affranchis ont besoin d'un permis exprès.508 L'ESCLAVAGE. Ces conventions ne doivent pas être en opposition avec les principes généraux à établir par nous. les esclaves des plantages affranchis ne font pas usage de la faculté qui leur est accordée par l'article 22. pour un salaire convenable.ou aussi lorsque les engagements auraient pour effet la demeure des esclaves affranchis dans des lieux où l'autorité civile ne pourrait convenablement agir. ceux-ci veillent à ce que les travailleurs satisfassent aux engagements qu'ils ont pris envers les pro­ priétaires des plantages ou fonds. on peut s'écarter de cette règle. — Outre les autres attributions et le pouvoir à conférer aux fonctionnaires dont il vient d'être parlé. ART 22. Dans des circonstances extraordinaires. tant dans l'intérêt des deux parties que dans celui de l'ordre public. et sont arrêtées avec l'assistance des fonc­ tionnaires mentionnées dans l'article précédent.

ou lorsqu'il ne réussissent pas à trouver un service qui leur convienne. mentionnée dans l'article 17. est confiée par le gouverneur de Surinam à des fonctionnaires spéciaux indiqués à cet effet. Un plantage du gouvernement est destiné à servir d'asile aux in­ valides. — Les esclaves particuliers affranchis ont le choix de traiter de leurs services où de l'exercice de leur profession avec leurs derniers propriétaires ou avec d'autres habitants. dans un délai fixé par le gouverneur de Suri­ nam.APPENDICE. ils suivent. et pour subve­ nir alors aussi. Ces engagements sont conclus en l'assistance des fonctionnaires men­ tionnés dans l'article précédent. 2 7 . il est pris des mesures pour trouver à ceux qui ne sont pas placés une sphère d'activité utile. Auprès d'elle est nommé un commissaire du gouvernement pour veiller aux intérêts généraux. 25. A R T . L'administration de la Compagnie est choisie par les actionnaires. toutes les fois qu'ils en sont requis. — La surveillance sur les esclaves particuliers affranchis. à leurs besoins. moyennant salaires convenables. les indications des fonctionnaires préposés sur eux. 509 dans ces cas. 29. CHAPITRE IV DE LA BANQUE COLONIALE A R T . A R T . les esclaves affranchis sont placés. A R T . et agissent pour protéger les droits des esclaves particuliers affranchis. sur des plantages du gouvernement. indiqués par le gou­ verneur de Surinam. . — Les statuts de la Banque mentionnée dans l'article 11 sont réglés par nous sur les bases suivantes : La Banque est établie pour un laps de vingt-cinq ans. — Lorsque. les esclaves particuliers affranchis ne ont point usage de la fa­ culté qui leur est accordée par l'article 26. — Ces fonctionnaires veillent à ce que les engagements pris soient religieusement exécutés de part et d'autre. 28. A R T . avec leurs familles. 20. suivant les circonstances. Sous l'ap­ probation dudit gouverneur.

sous notre prochaine approbation. — Cette loi sera revisée aussitôt que l'état social des es- . elle s'abs­ tient. — Sauf l'exception portée dans l'article suivant. 5 2 . ou. de fabriques et de commerce. 30. — Les règlements et arrêtés que demande l'exécution de cette loi émanent de nous. du gouverneur de Suri­ nam. 5 1 . A R T . 11 est libre à cette administration d'entamer les terres ainsi cédées.510 L'ESCLAVAGE. une rente de cinq pour cent l'an par le gouvernement à la Banque cooniale. par des moyens de crédit. 5 5 . — La Banque est établie à Paramaribo. les comptes courants en recouvrements et payements lui sont permis. des entreprises de culture. les opérations de banque. Le commerce d'or et d'argent. A R T . ou telles conditions qui seront arrêtées d'accord entre le gouvernement et l'administration de la Banque. il est fait. pour nous. à indiquer par le gouverneur de Surinam d'accord avec l'administration de la Banque. Le but de la Banque est premièrement de hâter l'immigration de travailleurs dans la colonie. et a des comp­ toirs suivant les besoins. A R T . soit pour son propre compte. » CHAPITRE V DE L'EXÉCUTIOV ET DE LA REVISION A R T . suivant qu'elle en a besoin au jugement du gouvernement. le capital est fourni par le gouvernement en cinq termes égaux l'an. et puis de soutenir. d'entreprises dans les branches d'application. — A la Banque. 34. • A R T . sont cédés sans frais cent mille bonniers de terre non défrichée. Pour le montant des parts à remettre dans le payement de l'indem­ nité et du prix des achats conformément à l'article 1 1 de cette loi. et après de les vendre ou affermer. soit pour d'autres. ou en tels termes plus longs ou plus courts. pour la partie manquante. Jusqu'à l'acquittement total.

APPENDICE.

511

claves affranchis le permettra, et, au plus tard, dix ans après sa pu­
blication dans la colonie de Surinam.
ART. 3 5 . — Il sera présenté tous les ans aux états généraux un
rapport détaillé sur les mesures qui ont été prises pour l'exécution de
cette loi, et sur l'état des esclaves affranchis.
A R T . 36. — Le gouverneur de Surinam est autorisé à faire rester
les esclaves affranchis sur les plantages où ils se trouvaient lors de la
publication de cette loi, sous salaire convenable, d'y faire la moisson
sur pied et les travaux auxquels elle donne lieu.
Аrт. 37. — Le gouverneur de Surinam est autorisé à prendre,
pour l'exécution de cette loi, suivant que la nécessité pourra s'en taire
sentir, des mesures extraordinaires, afin d'y maintenir l'ordre et la
tranquillité.
Les résolutions prises à cet effet seront envoyées le plus promptement possible avec leurs motifs au département des colonies, et com­
muniquées aux états généraux.
Аrт. 3 8 . — La présente loi est. publiée par son insertion dans la
feuille du gouvernement (Gouvernements-blad) de la colonie de Su­
rinam.
De plus, le contenu est, par les soins du gouverneur de Surinam,
communiqué, autant que possible, de vive voix aux esclaves, avec
éclaircissements sur son but et sa tendance.

VII
(liv.

V, p . 189.)

L'ESPAGNE A SAINT-DOMINGUE.
A la laveur de la crise des États-Unis, le gouvernement espagnol
vient d'accepter l'annexion à l'Espagne de la partie de l'île d'Haïti ou
le Saint-Domingue que cette monarchie possédait autrefois. Le président
de cette république, le général Santana, par une adresse du 18 mars

512

L'ESCLAVAGE.

1861, remise au capitaine-général de l'île de Cuba, a fait parvenir les
vœux de la population à la reine qui les a reçus et ratifiés par un dé­
cret du 19 mars 1 8 6 1 , réincorporant ainsi à la monarchie la pre­
mière île de l'Amérique centrale dont l'immortel Colomb ait pris
possession.
Cet événement est heureux. A la séparation, les habitants ont dû
l'abolition de l'esclavage, mais, en proie à de continuelles agitations,
ils ne pouvaient trouver que dans l'union à une grande puissance e u ­
ropéenne la paix et la civilisation. La liberté n'est pas menacée.
L'exposé, qui précède le décret, déclare que l'esclavage, appelé scan­
daleusement par le maréchal O'Donnell la plaie
autres colonies,

indispensable

des

n'est aucunement nécessaire à l'exploitation de ce

territoire fertile, et affirme que le gouvernement ne songera jamais à
l'y rétablir. S'il en est ainsi, le problème de la colonisation des terres
tropicales sera résolu sur ce point du monde ; sans la race blanche, pas
de progrès ; sans la race noire, pas de travail ; avec l'esclavage, abais­
sement de toutes deux, corruption, scandale, puis ruine ou guerre
de la coexistence des deux races et de leurs libres et bons rapports
commence la véritable fondation des colonies. L'Espagne sera conduite
à affranchir les esclaves à Cuba et à Porto-Rico, jusque-là menacée
au dedans et au dehors. Maîtresse de ces trois perles du golfe du
Mexique, voisine du Mexique lui-même, gardienne du futur canal de
Panama, l'Espagne verra renaître sa grandeur coloniale, et pourra
devenir l'heureuse bienfaitrice de quelques-unes des magnifiques ré­
gions dont le Créateur lui fit don, et qu'elle a corrompues, ensanglan­
tées, puis perdues, après les avoir découvertes.
(V. le très-curieux article de M, Lepelletier de Saint-Remy : SaintDomingue et les nouveaux intérêts maritimes
des deux-Mondes,

du 1

e r

juin 1861.)

de l'Espagne,

Revue

513

APPENDICE.

VIII
UN C O N C O R D A T

ENTRE

LE S A I N T - S I E G E

ET

LA R É P U B L I Q U E

D'HAÏTI.

il est des terres, admirables par le climat, le sol et la situation,
dont l'histoire ne parle qu'une fois par siècle et pour en dire peu de
chose et surtout peu de bien. Là grande île d'Haïti, l'une des plus
vastes et des plus fertiles du globe, est du nombre de ces terres. Que
fût-elle depuis la création jusqu'à la fin du quinzième siècle de notre
ère? Nous l'ignorons. Puis l'histoire nous apprend que l'immortel
Colomb la découvre en 1492 et la nomme Hispaniola, que les Espa­
gnols, par d'horribles massacres, exterminent les indigènes, que
deux cents ans après (1697), la France s'y établit; qu'à l'ombre de
notre drapeau, une poignée de Français s'y enrichit par le travail de
misérables esclaves; que cent ans plus lard (1791), un nouveau mas­
sacre, comme s'il venait venger le premier, chasse les Français, qui
s'obstinent à reprendre sans succès cette terre où la fièvre s'unit à la
haine pour leur résister ; qu'un gouvernement grossier, mais libre,
s'installe enfin, que, d'un homme remarquable, Toussaint Louverture,
il tombe de généraux en présidents, de présidents en empereur, d'em­
pereur en président, en sorte que l'île d'Haïti compte ses années par
ses révolutions, et toujours indépendante, jamais paisible, elle est r é ­
cemment passée entre les mains plus intelligentes d'un président
nouveau.
En France, où l'indemnité payée aux anciens colons n'est pas en­
core entièrement soldée, où les petits-fils des possesseurs massacrés
vivent encore, où les compagnons d'armes du général Leclerc ont leurs
héritiers, le nom de Saint-Domingue ne rappelle que les plus tristes
souvenirs. On a longtemps exploité ces souvenirs contre l'abolition de
l'esclavage, quoique ce lieu commun soit une double erreur.
Les troubles de Saint-Domingue eurent pour cause le refus des blancs
libres

de reconnaître des droits aux mulâtres libres;
II.

ces troubles
33

514

L'ESCLAVAGE.

éclatèrent en 1 7 9 1 , 1792, 1795 ; or ce n'est qu'en 1794 que l'escla­
vage fut aboli par la Convention. Ce préjugé des blancs contre les
gens de couleur, qu'était-il donc sinon un résultat de l'esclavage?
À quelle flamme aussi s'alluma la haine des noirs, quand elle fit explo­
sion? Aux souvenirs de l'esclavage, à la frayeur d'y retomber. Est-ce
que les blancs avaient répandu autour d'eux le bonheur, l'amour, les
lumières? Après un siècle, beaucoup de sucre ou de café s'était vendu,
de grosses fortunes, obérées de plus grosses dettes, s'étaient acquises;
de très-belles cultures avaient

été exploitées; mais quels progrès

avaient faits, sauf dans quelques habitations exceptionnelles, l'instruc­
tion, la religion, la moralité? Les noirs ont rendu en coups de couteau
ce que leurs pères avaient reçu en coups de fouet, la force s'est vengée
de la force, et tant d'horreurs ont accusé l'esclavage, en souillant la
liberté.
On dit : «Voyez ce que les noirs ont fait de la terre. » Je réponds :
« Dites-moi ce que les blancs avaient fait de la race. » Je conviens que,
sans les blancs, les noirs n'ont guère profité des dons du Créateur,
Qu'en auraient fait les blancs, si on leur avait rendu leurs propriétés
sans les noirs ?
On exagère d'ailleurs la situation. Haïti porte une société pares­
seuse, grossière, inférieure, mais cependant c'est une société, avec des
lois, des impôts, une armée, un gouvernement. Auparavant, c'était
un atelier de discipline, recruté par la traite, exploité par la cupidité,
gardé par la peur. Lorsque l'indépendance de l'île fut reconnue par
la France, en 1826, M. Humann prononça ces belles paroles :
1

« En j o u r , les descendants et les héritiers des conquérants de
Saint- Domingue, voyant s'étendre et disparaître la population conquise,
s'avisèrent d'aller chercher, à prix d'argent, sur une terre étrangère
une race sauvage, mais robuste, capable de supporter, sous le soleil:
des tropiques, les fatigues de la culture et de servir utilement l'ava­
rice de ses maîtres. La destinée de ces esclaves était de travailler sans
relâche et de mourir. Le préjugé proscrivait leur couleur, la science

1

10 mars 1820. (Moniteur, p. 297, ) sur l'ordonnance du 17 avril 1825, qui

reconnaît l'indépendance de Saint-Domingue.

APPENDICE.

515

leur disputait la raison commune; on affectait de les croire au-dessous
de l'humanité pour excuser les fatigues excessives et les traitements
impitoyables qu'on leur prodiguait. Qui ne croirait qu'un tel état de
choses ne dût fonder une domination sans bornes et sans fin? Hé bien !
messieurs, le contraire est arrivé, et, ici, il faut reconnaître, la main de
cette puissance supérieure, qui ne laisse jamais outrager impuné­
ment la nature humaine, et q u i , du mal même, sait tirer sa répa­
ration.
« Par un reste de pudeur, à ces êtres dépravés on enseigna le
christianisme. La nécessité les avait formés au travail, cl voilà qu'au
bout de quelques siècles le travail et le christianisme les ont relevés et
régénérés; le travail et le christianisme ont l'ait des hommes là où
l'opinion n'en voyait pas, et quand le temps marqué fut venu, de la
traite des noirs est sortie la république de Haïti.
« Ce que la Providence avait fait, le roi de France l'a reconnu.
Français et chrétien, j ' e n remercie le roi et j'en félicite la France, »
Qu'est devenu le travail, qu'est devenu le christianisme? Un rap­
prochement curieux montre que le travail n'est pas, comme on le
prétend, anéanti. C'est à peu près à la même époque, sous la Restau­
ration, que la France consentit à l'indépendance d'Haïti et contribua
à l'indépendance de la Grèce. Qu'on ouvre le Tableau général du
commerce de la France en 1 8 5 8 , et l'on verra que le chiffre des
importations en France est pour la Grèce (p. 38).

4,523,069

pour Haïti (p. 62)

12,603,150 fr.

fr.

Ces chiffres sont assurément bien au-dessous de ceux qui représen­
taient avant 1790 les produits de l'île. Il faut donc travailler à un
progrès dans l'avenir, mais sans retour vers le passé. Nous avons sous
les yeux les vices des noirs; autrefois nons avions également les vices
des noirs et de plus les vices des blancs.
Le christianisme était-il fort répandu avant 1791 ? Assurément non;
dans tous les pays à esclaves, mal enseigné par un clergé inévitable­
ment corrompu, il ne pénètre pas profondément les âmes, il fait quel­
ques saints, beaucoup d'hypocrites, une masse de superstitieux ou
d'indifférents. La religion veut des âmes libres. Comment celte reli­
gion sans racines aurait-elle pu se maintenir pendant les massacres,

516

L'ESCLAVAGE.

au milieu des ruines, dans une véritable décomposition sociale, sous
des chefs comme Dessalines, Pétion ou Christophe?
Cependant les noirs, qu'elle avait consolés, et qui aiment le culte
catholique, ne s'en détachèrent jamais tout à fait. En même temps, le
saint-siége n'abandonna pas un seul jour cette terre infortunée. Le
pape Léon X I I , par une bulle de juillet 1 8 2 6 , tâche d'y réorganiser
le culte religieux. En 1 8 5 4 , Mgr England, évêque de Charleston, y
est envoyé comme légat apostolique. En 1 8 4 5 , le souverain pontife
fait partir Mgr Rosati, qui pose les bases d'un concordat négocié avec
le président Boyer. Mgr Rosati obtient le concours de la congrégation
du Saint-Cœur de Marie, et le vénérable supérieur, M. Libermann,
envoie M. Tisserant, dont une bienveillante communication m'a fait
connaître la touchante correspondance.
Pendant vingt ans, tous les efforts avaient echoué contre deux
obstacles insurmontables, la mauvaise foi du gouvernement, la cor­
ruption du clergé. Il restait en effet à Saint-Domingue des prêtres
scandaleux au sein d'une

population ignorante, mais très-dispo­

sée à la religion, si la religion eût été autrement représentée. Corruptio optimi pessima.

Que faire avec des prêtres dont l'un finis­

sait un sermon par ces mots : Vive la souveraineté nationale, vive
le beau sexe ! Pour oser concevoir la pensée de convertir à la foi de
tels pasteurs et de tels fidèles, il fallait un saint. Tel fut M. Tisserant,
dont l'histoire touchante semble faite pour présenter, en regard des
horreurs auxquelles la nature humaine s'abaisse, le spectacle de la
sublimité qu'elle atteint
Il y avait au séminaire de Saint-Sulpice, peu après 1 8 3 0 ,

trois

jeunes gens, un créole de Bourbon, un créole de Maurice, un créole
de Saint-Domingue. Ils se confièrent la résolution de se vouer à l'évangélisation des noirs de leur pays natal. Dieu envoya la même vocation
à un savant et pieux juif converti ; il se nommait Libermann; il fut le
premier supérieur et ils furent les premiers membres de la commu­
nauté du Saint-Cœur de Marie (aujourd'hui réunie à celle du SaintEsprit). « La fin générale de notre Société, a écrit l'un de ces fonda­
teurs, est de s'occuper des peuples les plus pauvres et les plus délais­
sés dans l'Église de Dieu. Les noirs se trouvant en ce moment plus

APPENDICE.

517

qu'aucun autre peuple dans cette position, nous nous sommes offerts
pour les évangéliser. »
L'un des trois missionnaires a relevé le culte à Maurice, l'autre
à Bourbon. M. Tisserant fut envoyé à Saint-Domingue, avant que
le concordat préparé par Mgr Rosati eût été signé. Mais il ne le
fut pas, et le jeune missionnaire, repoussé de la terre à laquelle il
voulait consacrer sa vie, se vit forcé de séjourner à Sainte-Lucie
et à la Grenade, où il fit tant de bien qu'on voulut le retenir. Mais
son cœur l'attirait vers Saint-Domingue; il y pénètre enfin. Pendant
des années laborieuses, il surmonte d'incroyables obstacles, triomphe
du clergé, du pouvoir, du climat, inspire enfin le respect et la con­
fiance, touche au moment de négocier avec le général Hérard un nou­
veau projet de concordat. D'où vient l'obstacle ? Une lettre écrite de
France par M. Isambert dénonce les missionnaires et la cour de Rome,
comme des émissaires d'une politique dangereuse. On obéit aux avis
d'un si grand ami des noirs, on ne doute plus que les prêtres n'aient
formé le projet de rendre l'ile à la France, on redoute la domination
plus dangereuse encore de la cour de Rome, on demande que le con­
cordat reconnaisse les libertés de l'Église

gallicane....

Voyez-vous

toutes nos querelles surannées rajeunies à l'usage de Saint-Domingue,
et un vieux libéral de 1831 envoyant à Port-au-Prince ses passions,
comme on y importe les vieilles modes et les vieux habits ! Pauvre
peuple ! la foi y est éteinte, la corruption déborde, l'ignorance déploie
ses ombres épaisses, et on lui persuade qu'un missionnaire de trente ans
porte sous sa soutane l'épée du général Leclerc ou les torches de l'in­
quisition. On craint l'influence française, et on emprunte à la France
les libertés gallicanes. On écarte un François-Xavier pour écouler un
descendant diminué de Pithou ! Rien de plus affreux que de voir nos
querelles d'école, nos thèses de Sorbonne ou nos discussions parle­
mentaires, traduites en langue vulgaire, et singées grossièrement à
l'autre bout du monde.
M. Tisserant, qui avait déjà reçu le concours de plusieurs prêtres,
français, dût encore, après plusieurs années de prières, d'efforts, de
peines infinies, renoncer à ce troisième ou quatrième projet de con­
cordat; il revint en France espérant de meilleurs jours, et, dans l'ardeur

518

L'ESCLAVAGE.

de son zèle, il accepta, comme en attendant, la préfecture apostolique
de la Guinée. Le Papin,

qui le conduisait à la côte d'Afrique, fut as­

sailli par une furieuse tempête. M. Tisserant exhorta ses compagnons,
et ne pouvant sauver leur vie, il s'efforça de sauver leur âme. L'un
d'eux, jeune Israélite, louché de sa vertu, se jeta à ses genoux pour
lui demander le baptême. Quelques heures après, le prêtre et le néo­
phyte mouraient engloutis dans les flots, le 7 décembre 1840. M. Tis­
serant avait trente et un ans.
Avec lui eût été engloutie l'espérance de la mission d'Haïti, si son
exemple et ses mérites n'eussent suscité d'autres dévouements. Une
nouvelle tentative fut faite par Mgr Spaccapictra pour obtenir, au nom
du saint-siégé, un concordat du ridicule empereur Soulouque.
Enfin l'avénement, le 22 décembre 1858, d'un président énergique,
intelligent et loyal, le général Geffrard, a été l'occasion de négociations
nouvelles, et Mgr Monetti, prélat d'un grand mérite, envoyé en 1860
par le souverain pontife, vient de revenir en Europe, rapportant un
concordat ratifié et signé.
L'honneur de l'initiative appartient au général Geffrard, lui-même,
qui, dès 1859, envoya à Rome un négociateur heureusement choisi,
M. Faubert. Connaissant mieux que personne son pays, le président
savait bien que toute la population demeurait attaché au culte catho­
lique, avec une remarquable persévérance, malgré les efforts des mis­
sions protestantes, facilités parle mauvais exemple du clergé catholique,
réduit à trente-trois prêtres français, corses, italiens ou espagnols. Il
avait conquis que la réforme du clergé dépendait des relations hiérarchiquesavec Rome et de l'établissement d'un séminaire. Le saint-siége,
aussi persévérant à porter la foi à cette population qu'elle l'était à la
souhaiter, correspondit à ces vues.
Le 5 décembre 1860, Mgr Monetti débarquait à Jacmel, avec plu­
sieurs missionnaires, au milieu d'une ovation joyeuse des habitants,
déjà prévenus de la signature du traité avec Rome par le discours du
président à l'ouverture de la session (29 août 1860). Tous les gardes
nationaux étaient sous les armes, une bougie allumée dans la main
droite, et le fusil sur le bras gauche! De Jacmel à Port-au-Prince, il
y a vingt-deux lieues par des chemins difficiles. Le prélat fut reçu, le

APPENDICE.

519

H décembre, par le général, les ministres, les magistrats, le peuple,
avec un extrême enthousiasme. ( La République,

journal d'Haïti.

13 décembre 1860.)
L'enthousiasme égalait l'ignorance et la corruption. Pas de sacre­
ment sans un salaire. Les églises pleines, mais, dans une paroisse de
30,000 âmes, occupant plus de dix lieues, un seul prêtre, et, sur cent
vingt-quatre enfants baptisés, quatre enfants légitimes seulement! Du
5 décembre 1860 au 6 avril 1861, Mgr Monetti a visité les paroisses,
ranimé le zèle des prêtres, distribué les sacrements, pendant qu'un
missionnaire français prêchait le carême à Port-au-Prince, et que
d'autres instruisaient les enfants et donnaient au peuple le spectacle
inouï de l'assistance gratuite des mourants.
Le Sénat, la Chambre des représentants, ont félicité le président
d'avoir signé le concordat, qu'ils saluent comme la première pierre de
la civilisation de la république.
Ce concordat (Moniteur

haïtien du 8 décembre 1860) se compose
er

de 18 articles. Il déclare (art. 1 ) la religion catholique celle de la ma­
jorité, et reconnaît ses droits. Un archevêché sera érigé à Port-auPrince, et plusieurs diocèses établis dans l'île (art. 2). Le traitement du
clergé, la nomination des chanoines, curés, vicaires, l'établissement
d'ordres religieux, la libre correspondance avec le saint-siége, le res­
pect des lois canoniques, l'administration des grands et petits sémi­
naires, la participation à celle des fonds paroissiaux avec un conseil de
notables, sont assurés aux évêques par les art. 6, 7, 8, 9 , 1 0 , 1 1 , 12,
15, 14, 17. Les évêques sont nommés par le président, institués par
le saint-siége, et si le saint-siége
conférer cette institution,

croit devoir ajourner

ou ne

il en informe le président

d'Haïti,

dans ce dernier cas, nomme un autre ecclésiastique

(art 4).

pas
qui,

Les évêques et les membres du clergé prêtent serment (art. 5).
Plus d'un pays civilisé pourrait prendre pour modèle ce concordat,
si prévoyant et si loyal.
Après l'échange des ratifications,

Mgr Monetti a fait à Port-au-

Prince un assez long séjour pour pouvoir léliciter le président Geffrard
e r

à l'anniversaire du 22 décembre et le 1 janvier, pour s'occuper avec
succès de la réforme du clergé, adresser aux fidèles, à l'occasion

420

L'ESCLAVAGE.

du carême, un mandement touchant et utile, suivi d'une exhortation
aux prêtres eux-mêmes. Enfin, il a signé, le 0 février 1861, un rè­
glement en exécution du concordât qui fixe à cinq le nombre des dio­
cèses, égale le nombre des paroisses à celui des communes et arrête le
traitement du clergé. (Moniteur haïtien,

50 mars 1861.)

A peu près à la même époque, au commencement de cette année, le
retour de la nation bulgare à l'unité catholique consolait le saint-père.
La fondation de cinq diocèses, la signature d'un concordat, après qua­
rante années de tentatives infructueuses, sur une grande île de la mer
des Antilles, où sont déposées les cendres de Christophe Colomb, ne sont
pas un événement aussi considérable; il est cependant la preuve de la
fécondité renaissante de la foi, et l'espoir d'un meilleur avenir promis
à une terre qui mérite, malgré ses misères, notre intérêt particulier à
bien des points de vue, puisqu'elle fut française, qu'elle est libre, et.
qu'elle redevient catholique.

IX
(Liv. IX, p . 28-1.)
T R A I T É D E P A I X E N T R E L E R O I E T LES P U I S S A N C E S A L L I É E S CONCLU A P A R I S ,
L E 30

ARTICLE

MAI 1814,

PREMIER.

E T QUI P R É C É D A LE CONGRÈS D E

VIENNE.

— Sa Majesté très-chrétienne, partageant sans

réserve tous les sentiments de Sa Majesté britannique, relativement à
un genre de commerce que repoussent et les principes de la jus­
tice naturelle, et les lumières du temps où nous vivons, s'engage
à unir, au futur Congrès, tous ses efforts à ceux de Sa Majesté bri­
tannique pour faire prononcer par toutes les puissances de la chrétienté
l'abolition de la traite des noirs, de telle sorte que ladite traite cesse
universellement, comme elle cessera définitivement et dans tous les
cas, de la part de la France, dans un délai de cinq années, et qu'en

000 de musulmans .000 d'infidèles. III.000 catholiques.200 catholiqucs. plus de 4. 671 baptêmes d'enfants d'infidèles à l'article de la mort. 500. 50.000 juifs. 10. 2.000. une dizaine de conversions par a n .000 coptes. Les habitants commencent à s'habituer aux Européens. ) MISSIONS CATHOLIQUES EN AFRIQUE 1 (1860-1861) ». pendant la durée de ce délai. 500 enfants environ baptisés à l'article de la m o r t . 3.000.000 mrsul mans.000. p . . 1 J e dois celte note à M. 0 0 0 catholiques.000 infidèles.000. Cap de Bonne-Espérance (Ouest).000 de musulmans. 1. aucun trafiquait d'esclaves n'eu puisse importer ni vendre ailleurs que dans les colonies de l'État dont il est sujet.000 hérétiques. Tripoli de Barbarie.000. Ducros. Alger.000 de musulmans .000. des routes s'ouvrent. 50 baptèmes d'enfants. IX. On fait insensiblement des progrès. — 5. Tunis. — 5. — 12. — 28. La religion y fait des progrès parmi les coptes.400 catholiques. 40.000. X (Liv. et les conversions paraissent sur le point de devenir plus nom­ breuses encore. à Paris.000 juifs.500 catholiques. Il y a eu récemment quelques conversions. 2.— 2 4 . 3 2 2 . Basse-Égypte. sécrétaire du Conseil de la Propagation de la Foi. — 1.000 hérétiques . Gallas. même parmi les mahométans. quelques conversions secrètes. 5. Haute-Égypte.521 APPENDICE.000 d'infidèles.000 catholiques. 40.000 de mu­ sulmans. 55. outre. — 170. 2. 40.000 d'héré­ tiques .300 catholiques. une conversion dans un a n .

50. 1. à Rome et à Pa­ ris. Zanguebar. Ces noirs iraient ensuite librement dans l'île de la Réunion.L'ESCLAVAGE. 522 Cap Est. relieur. Sierra-Leone. pendant un siècle entier. o — Les jésuites ont des établissements : I à la Res­ source. et de M. où la mort a enlevé. Abyssin. C'est une école spéciale d'arts et métiers et d'agriculture. y compléte­ raient leur éducation morale et religieuse.000 in­ fidèles. que l'on rachèterait et que l'on garderait dans l'établissement de la mission. Deux Guinées et Sénégambie. — 5. et déclara au saint-père que ce roi embrasserait le catholicisme dès que la position politique du pays le lui permettrait. Abyssinie. étaient restées sans prêtres et absolument privées de tout secours spirituel. on y en­ seigne à 70 enfants les métiers d'imprimeur. cordonnier. 50. les religieuses de Saint-Joseph . en attendant. 150. des­ tinée à pourvoir les petites îles et surtout la grande terre d'honnêtes ouvriers en tous genres. tisserand . La religion est florissante aujourd'hui dans ces îles qui. 11 y a un établissement d'apprentissage à Dakar . forgeron. Réunion. tourneur.000 idolâtres indiens ou chinois. — 8. le premier évêque et les prêtres qui l'a­ vaient accompagné.000 hérétiques.000 hérétiques. une députation composée de son cousin Hedj-Zacaya. — Les missionnaires se proposent d'évangéliser princi­ palement les noirs esclaves. — Tout est à fai