Mardi 26 janvier 2010

Heidegger a bien été antisémite. La preuve…
Les rapports de Martin Heidegger au nazisme et à 
l’antisémitisme sont l’objet de vives controverses depuis le 
milieu des années 1940. Le philosophe a bien adhéré au parti 
nazi en 1933 ; c’est un fait. Etait­il antisémite pour 
autant ? Pour beaucoup la corrélation n’avait rien d’évident. 
Dans un article publié dans le n°9 de Books, Jürgen Busche, 
l’ancien assistant de l’écrivain Ernst Jünger, le déclarait 
sans ambages : Heidegger « n’était pas antisémite, cela ne 
fait aucun doute – sa biographie tendrait même à prouver le 
contraire ». Busche entendait réfuter l’une des thèses 
soutenues par l’universitaire français Emmanuel Faye dans son 
ouvrage, Heidegger. L’introduction du nazisme dans la 
philosophie, paru en 2005 en France et traduit l’an dernier en
Allemagne.
Emmanuel Faye a souhaité répondre aux critiques de Jürgen 
Busche. Nous publions cette réponse ici en la faisant précéder
d’un texte qu’il a eu l’amabilité de nous fournir. Ce texte ­ 
écrit dans le style administratif le plus pur – est d’une 
importance capitale : il prouve que Heidegger ne s’est pas 
contenté de soutenir du bout des lèvres le national­
socialisme, ni de ne souscrire qu’à ses projets les moins 
inavouables. Dans l’exercice de ses fonctions – il était en 
1933 recteur de l’Université de Fribourg­en­Brisgau – il a 
appuyé l’entreprise antisémite nazie. Ce texte est une 
directive qu’il a lui­même promulguée et par laquelle il 
interdit les bourses aux étudiants juifs et les réserve en 
priorité aux anciens membres des SA et des SS. Découverte en 
1961 par Guido Schneeberger, mentionnée par Raoul Hilberg dans
La destruction des juifs d'Europe mais jamais citée dans les 
études sur Heidegger, cette directive a été récemment rééditée
par Emmanuel Faye en Allemagne dans son article « Heidegger, 
der Nationasozialismus und die Zerstörung des Philosophie » («
Heidegger, le national­socialisme et la destruction de la 
philosophie ») paru dans l’ouvrage Politische Unschuld ? In 
Sachen Martin Heidegger (« Irresponsabilité politique ? A 
propos de Martin Heidegger »), B.H.F Taureck (éd.), München, 
Wilhelm Fink Verlag, 2007, p.80.
Cette directive n’a jamais encore été publiée en France. Books
vous en offre la traduction française en exclusivité :
 « Les étudiants qui, ces dernières années, ont pris place 
dans la SA, la SS ou dans les ligues de défense en lutte pour 
l'insurrection nationale sont prioritaires, sur présentation 

 et il donnait pour preuve les noms de . est de ce nombre. et contrairement à la France. et Busche.d’un certificat de leur supérieur. Réponse d’Emmanuel Faye à Jürgen Busche : Busche. etc.  Le recteur »      Freiburger Studentenzeitung VIII. au national­ socialisme constitue depuis une quinzaine d’années un vrai  champ de recherches. S. depuis une vingtaine d’années. le problème du rapport  des ‘philosophes’. Il est vrai aussi que  quelques journalistes conservateurs m’ont attaqué. il affirmait  ainsi que les principaux élèves allemands de Heidegger  n’avaient pas été nazis. Les étudiants juifs mentionnés ci­dessus sont des étudiants de souche non­aryenne au sens du §3 de la Loi pour la  restauration de la fonction publique et de la sous­section 2  du §3 du premier décret d’application de la Loi pour la  restauration de la fonction publique du 11 avril 1933. Trèves et Siegen – plusieurs de ces  conférences sont maintenant publiées. qui ont eux­mêmes combattu  sur le front ou dont le père est mort durant la Grande guerre  en combattant du côté allemand. 3  November 1933. Il s’est  d’ailleurs.  Berlin.  ancien secrétaire de Jünger.  principalement dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les seules exceptions à cette interdiction sont les  étudiants de souche non­aryenne. Semester (XV). dans l’attribution d’aides  (remises de droits d’inscription. en  effet. Jünger et l’antisémitisme de Heidegger Sans vouloir être juge et partie. par une sorte de réflexe nationaliste hors de propos. 6. Nr 1. les étudiants juifs ou marxistes ne devront plus  jamais recevoir aucune aide. Sarrebruck. je ne crois pas que  l’article du publiciste Jürgen Busche soit particulièrement  représentatif de la façon dont les intellectuels allemands ont reçu mon travail critique sur Heidegger.) En revanche. fait une spécialité de défendre à tout crins Heidegger. et dont le père a combattu pendant la Grande guerre sur le front pour l’Empire allemand et ses  alliés. Cette  interdiction d’accorder des aides s’applique également aux  étudiants de souche non­aryenne dont l’un des parents et deux  grands­parents sont aryens. En 1988. bourses. raison pour laquelle j’ai été invité  après la publication de mon livre à donner tout un cycle de  conférences dans des universités comme Brème. Francfort. En Allemagne. ou considérés comme tels.

 En réalité. mais nous savons. Or nous savons aujourd’hui que  l’un et l’autre ont adhéré au parti nazi. depuis Raoul Hilberg. Conservées à Marbach et interdites à la  consultation. celles­ci étant désormais réservées aux « aryens » de souche. en les  considérant comme « la résurrection merveilleuse des anciens  lansquenets ». j’ai appelé dans Le  Monde au libre accès des archives Heidegger à tous les  chercheurs. Le recteur Heidegger reprend les  termes d'une première directive édictée par le Ministère de  Karlsruhe le 4 mai 1933. je n’avais pu en connaître que ce qu’en disait  Theodore Kisiel. que le recteur Heidegger a promulgué une directive par laquelle les  étudiants juifs ne devaient « plus jamais » recevoir de  bourses. Emmanuel Faye . en 1923.  pour tenter de faire lever ces interdits. il y ajoute un paragraphe précisant  ce qu'il faut entendre par « étudiants juifs » et il signe le  tout de sa main. Quant aux lettres de  Heidegger à Bultmann. Pour revenir à son article. Il a bien lui­même fait partie des corps  francs. et j’aurais cité de façon incomplète une  lettre de Heidegger à Bultmann. En effet. Busche croit avoir trouvé deux  fautes dans mon livre : Ernst Jünger n’aurait pas appartenu  aux corps francs. comme le rappelle Daniel Morat après beaucoup  d’historiens sérieux. elles ne viennent de paraître que tout  récemment. Mais le plus inacceptable. Me reprocher de ne pas en avoir donné des  citations plus longues est d’autant plus inconséquent que.Joachim Ritter et Max Müller. et tout particulièrement à ceux qui avaient milité  dans la SA et dans la SS. non seulement les lettres où l’auteur  d’Être et temps déplore « l’enjuivement (Verjudung) des  universités et de la culture »  allemandes sont aujourd’hui du domaine public. Il est donc important pour la défense de la  vérité que Books ait accepté de publier sur son site cette  directive inédite en français. lorsqu’il a été nommé. Jünger ne s’est  pas contenté d’être la principale figure de référence pour les corps francs et d’en faire lui­même l’éloge.  «  Führer des Corps Francs pour la Saxe ». c’est de prétendre  qu’il « ne fait aucun doute » que Heidegger « n’était pas  antisémite ».