Du culte impérial au Christianisme, religion d’Etat 1er siècle-IVème siècle

Pour introduire le sujet

Pourquoi, dans l’Empire romain, le Christianisme a-t-il été adopté par le pouvoir impérial, à la fin du IVème siècle, alors qu’il était minoritaire dans la société ? Ce changement s’inscrit dans le temps long de l’Empire. Il se révèle au cours de moments historiques mais aussi lors d’événements. Pour en percevoir les facteurs, il est indispensable de mettre en relation l’Empire en tant que territoire, avec celui qui le dirige, l’empereur, et avec la société qui le compose. Dans ce contexte, le religieux et le politique sont indissociables : le pouvoir impérial a un fondement religieux officiel ; la citoyenneté romaine revêt une dimension religieuse, pour un Romain, en effet, aucune société ne pouvant subsister si les dieux ne la soutiennent pas. La religion apparaît comme un lien social et politique, qui fonde l’identité d’un peuple, sa culture, et en garantit cohésion et équilibre. Elle est à l’origine d’un modèle de société et de gouvernance, régi par des rites, dont elle ouvre l’intelligibilité. Quels en sont les jeux et les enjeux de pouvoir ? Quelques œuvres d’art peuvent contribuer à amorcer la réflexion : - La Maison carrée de Nîmes (fin du 1er siècle) Ce monument, temple du culte de la famille impériale, symbolise la dimension religieuse de la citoyenneté romaine, le corps des citoyens exprimant sa loyauté et son unité dans diverses manifestations du culte aux personnes de l’empereur et de sa famille, divinisés de leur vivant. Dans le cadre du paganisme, si l’empereur est l’élu des dieux, son culte rendu par les hommes nourrit sa légitimité. Entre transcendance et immanence, l’empereur, reconnu, peut exercer son pouvoir, « librement » pourrait-on dire. - La bataille du pont Milvius (312) Fresque de Raphaël (Vatican salle de Constantin : La vision de la croix, avant la bataille du Pont Milvius) 1517-1524 Cette œuvre invite à réfléchir sur l’évolution du pouvoir de l’empereur. Le message, « à ce signe, tu vaincras » fait prendre conscience d’une mise sous dépendance de l’empereur, dont la victoire semble dépendre de la volonté divine. L’empereur est en risque de se placer désormais en posture de redevable, qui oblitère sa liberté et porte atteinte à son pouvoir. L’équilibre du temps du paganisme est remis en cause, sans réelle prise de conscience. - Saint Ambroise et l’Empereur Théodose Pierre Paul Rubens (vers 1615) Kunstthistoriches Museum Vienne L’évêque de Milan interdit à l’Empereur l’entrée de son église, parce qu’il avait fait réprimer par un massacre une révolte des Thessaloniciens (fin IVème siècle). De quel pouvoir dispose l’Empereur devenu chrétien ? Ses actes sont dénoncés par l’Eglise instituée qui le met à sa merci et l’oblige à la repentance pour obtenir le pardon de Dieu. A qui appartient désormais la réalité du pouvoir ? Qui désormais crée l’union entre monde du divin et monde de l’humain ? Est-ce toujours l’Empereur, ou bien s’agit-il désormais de l’Eglise qui impose son autorité à l’Empereur ? A la lumière de ce temps et des événements qui s’y produisent, une interrogation peut-être posée : passer du culte impérial, « religion » d’Etat, au Christianisme, religion d’Etat, est-ce une continuité ? Est-ce une rupture ?

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Le développement s’articule autour de deux thèmes complémentaires : • De l’empereur païen à l’empereur chrétien • Païens et chrétiens, du temps du paganisme au temps du Christianisme

Partie 1

L’empereur

Le temps de l’empereur païen
Une idéologie

Il n’y a pas à proprement parler, d’idéologie impériale, mais des idées et des principes prenant appui sur des bases religieuses primordiales. - L’Empereur est élu et protégé des dieux L’Empereur ne règne que par la grâce des dieux, parce qu’ils le veulent, parce qu’ils l’ont fait savoir : ils envoient des signes (présages matériels ou songes) qui sont à interpréter et qui sont le signe de la destinée offerte à certains hommes.
Source : Histoire Auguste, Vita Severi IIIème siècle « Septime Sévère, le jour de son arrivée à Rome en 165, trouve son hôte lisant la vie de l’empereur Hadrien ; invité à un banquet chez l’empereur, il reçoit de ses mains, la toge de l’empereur, portée pour les cérémonies officielles; il consulte un mathématicien, un astrologue (horoscope), au sujet de sa géniture, de son épouse… »

Ainsi les dieux montrent, par des signes, que l’empereur est leur élu. Il est alors un homme privilégié parmi les autres hommes, plus proche des dieux que des hommes et protégé par eux. Ces relations génèrent chez l’empereur, une action positive. - L’Empereur est détenteur de la Victoire Il est victorieux par excellence, et cette idée se maintient tout au long de l’Empire. La victoire est la preuve évidente des rapports privilégiés entre l’empereur et les dieux. Ceux-ci l’ont choisi pour être le vainqueur, pas victorieux par ses qualités, mais parce que les dieux l’ont voulu. Même du fond de son palais, c’est l’Empereur qui remporte la Victoire. La paix en est la conséquence immédiate. Elle répand partout bonheur et prospérité. La victoire conduit au triomphe que seul l’empereur peut célébrer.
Source : L’Art d’aimer, Ovide Ier s. « Sous Auguste, Ovide est le parfait traducteur de cette idée qui s’est maintenue tout au long de l’Empire. « César se dispose à dompter ce qui reste de l’univers ; Parthes, vous serez châtiés ; sous les auspices du Père, du Père de la Patrie ; armes sacrées ; Mars, accordez lui votre appui divin ; le jour où tu t’avanceras couvert d’or, à ce spectacle plein de joies… »

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- L’empereur, le meilleur des hommes, est le modèle du souverain idéal Il est le souverain idéal car il est protégé des dieux. Il dispose de vertus morales
Source : Sur la royauté, Diotogène « Le roi idéal : « C’est l’homme le plus juste qui serait roi […], l’homme le plus conforme à la loi […] Le roi a trois fonctions : commander l’armée, rendre la justice et honorer les dieux […] Le roi parfait sera bon général, bon juge et bon prêtre […] Le roi doit bien traiter ses sujets et le combler les bienfaits Dieu est le meilleur […] chez les hommes, c’est le roi qui est le meilleur. »

L’empereur apparaît comme un concitoyen. Il veille à sauvegarder la liberté de chacun. Il fait preuve de désintéressement, de mansuétude. Il est le « Roi idéal », le plus juste, le plus conforme à la loi. Il fait preuve de piété, à l’égard des hommes comme à l’égard des dieux. Il est la loi vivante, ou le magistrat qui se conforme à la loi Trois fonctions lui sont attribuées : il commande l’armée (il est « bon général ») ; il rend la justice (il « bon juge ») ; il honore les dieux (il est « bon prêtre »). Il écoute tous ses sujets lorsqu’ils sont en procès. Il établit une justice égale pour tous. Il veille à la concorde entre les hommes. C’est sur cette base que repose le principat tout au long de son existence et alors même qu’il est devenu chrétien.
L’adhésion populaire

Le peuple romain sait reconnaître l’existence des rapports privilégiés de l’empereur avec les dieux, et il y adhère. - L’empereur est un homme au-dessus des autres hommes, un homme presque dieu Les hommes associent les princes aux dieux, dans leurs temples. Ils leur accordent des noms et des titres qui les placent au-dessus des hommes : Père de la Patrie ; Optimus ; Pius ; Felix … Augustus est la dénomination la plus significative par la charge religieuse et morale qu’elle contient. Cette reconnaissance peut aussi s’affirmer par l’attribution de la couronne civique. Les Romains ont besoin de la protection des dieux. Ils les reconnaissent dans la personne des empereurs, et les en remercient par les attributs qu’ils leur donnent. Tous les empereurs cherchent à reproduire et à suivre ce modèle.
Sources : - Histoire naturelle, Pline l’Ancien Ier s « La couronne civique, insigne le plus éclatant du courage militaire et aussi de la clémence impériale […] ». - Fastes, Ovide, Ier s « Auguste partage son nom avec Jupiter souverain […]sous la garde des dieux, puisse l’héritier d’un si grand nom assumer la charge du monde avec le même présage heureux que jadis son père […] Père sacré de la Patrie, tel est le nom que la plèbe, que le Sénat t’ont donné […] Tu as sur terre le nom que Jupiter porte au plus haut des cieux : tu es le père des hommes, il est celui des dieux […] ». - Panégyrique de Trajan Pline le Jeune, IIème s « Ne peut être jugé Optimus que celui qui l’emporte sur tous les hommes parfaits dans la vertu où chacun d’eux excelle. Aussi le père des hommes et des dieux est adoré d’abord sous le nom d’Optimus. »

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- Le culte impérial : le peuple rend un culte au numen de l’Empereur Accueilli parmi les dieux après sa mort, l’empereur devient un dieu. Posséder un numen, c’est posséder une puissance qui n’appartient qu’aux dieux seuls.
Source L’inscription de Narbonne au numen Augusti (11 ap JC) « […] vœu consacré au numen d’Auguste assumé à perpétuité par la plèbe de Narbonne […] qui s’est engagée à rendre un culte perpétuel à son numen. La plèbe de Narbonne a élevé sur le forum un autel auprès duquel, chaque année, le IX des calendes d’octobre, […] trois chevaliers recommandés par la plèbe et trois affranchis immoleront chacun une victime et fourniront […] le vin et l’encens pour adresser des prières à son numen […] ».

Le culte impérial est le culte rendu à un empereur ou à un membre de la famille impériale, mort et divinisé par décision du Sénat et après la cérémonie de la consecratio : cette démarche crée un nouveau dieu ou une nouvelle déesse qui peut recevoir des desservants et un culte, et un temple comme demeure particulière.
A quoi sert le culte impérial ?

Il est un ciment idéologique. Partout, dans l’Empire, le culte est organisé en faveur des empereurs vivants ou morts. Le culte est vivace à Rome et dans les provinces jusqu’au IVème siècle. Il exprime une reconnaissance et une fidélité sincère à la grande patrie romaine. La succession impériale se fait de divus en divus (et non d’empereur en empereur) : on est le successeur légitime de la lignée des divinisés. Chaque divinisé est un dieu protecteur pour l’empereur régnant, et pour tous les habitants de l’Empire. L’adhésion populaire est véritable, et s’exprime par des serments. Le culte impérial joue un rôle capital dans l’évolution des provinciaux vers une plus grande romanisation. Preuve en est le nombre particulièrement important d’inscriptions dans lesquelles les provinciaux mettent en avant la charge de flamine du culte impérial, qu’ils l’aient accomplie dans la capitale provinciale et pour toute la province ou dans la cité dont ils sont originaires. Le pouvoir impérial n’a pas cherché à uniformiser l’Empire, mais à intégrer les peuples par acculturation progressive, ce qui forge un sentiment d’appartenance à la romanité. Loyauté et unité du peuple romain vont de pair. Pour un romain, aucune société ne peut subsister si les dieux ne la soutiennent pas.

Le temps de l’empereur chrétien La reconnaissance des vertus impériales perdure
La conversion de Constantin : un événement fondateur

- Un paradoxe Il faut pointer le paradoxe, qu’est le choix par le pouvoir d’une religion importante, mais non majoritaire. Le Christianisme est proclamé religion d’Etat et détermine la conversion très progressive des cités et des campagnes de l’Empire.

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Source L’Edit de Milan 313 « […] Moi, Constantin Auguste, et moi Licinius Auguste […] ayant en vue tout ce qui concerne les intérêts et la sécurité de l’Etat, […] nous donnons donc aux chrétiens comme à tous , la libre faculté de suivre la religion de leur choix. […] C’est une décision très juste de ne pas refuser ce droit à qui que ce soit, qu’il adhère au culte chrétien ou à la religion qui lui paraîtra la meilleure […] Nous avons décidé de permettre dorénavant à tous ceux qui veulent pareillement observer la religion des chrétiens, […] de le faire librement, sans être aucunement inquiétés ou molestés […] Nous donnons aux chrétiens une liberté absolue de pratiquer […] Aux autres est accordée la même autorisation […] comme il convient à une époque de paix. » texte transmis par Lactance vers 315 De la mort des persécutions, XL.VIII.

Après la plus longue et la plus violente persécution des chrétiens, sous Dioclétien, la soudaineté de la reconnaissance officielle du Christianisme est frappante. Il s’agit d’un retournement spectaculaire. L’Empereur incarne désormais « l’image de la monarchie céleste » (Eusèbe de Césarée). Il devient le représentant de Dieu sur terre, le guide appelé à assurer le salut de tous. Désormais, l’Empereur est séparé du reste de l’humanité, jusque dans les moindres aspects du protocole.
Source Vie de Constantin, Eusèbe de Césarée IVème siècle « Constantin réunit la phalange de Dieu en un concile oecuménique1 . Il convoqua les évêques […]. Au jour fixé par l’ouverture du concile, […] tous les participants s’assemblèrent dans l’église même du palais impérial […]. Tous demeuraient à leur place […] attendant l’arrivée de l’empereur. […] Il fit son entrée […] la splendeur de son habit de pourpre éblouissait les regards ; de sa personne ornée de l’extraordinaire splendeur de l’or et des pierreries, émanaient comme des rais de flamme. […] On voyait comme il était paré de la crainte de Dieu et de sa religion […]. Lorsqu’il fut parvenu au premier rang, il s’arrêta. On déposa devant lui un siège bas ouvragé d’or et, les évêques lui ayant fait signe de s’asseoir, il prit place. […] L’évêque qui occupait le premier rang du côté droit adressa un bref discours, où il chantait les louanges de Dieu tout-puissant et lui rendait grâce des faveurs qu’il avait prodiguées à l’empereur. […] »
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Concile de Nicée 325

L’Empereur protège l’Eglise, qu’il enrichit. Il intervient dans ses querelles doctrinales. Des questions se posent alors, sur les relations nouvelles entre le religieux et le politique : - Quelle doit être la place de l’empereur au sein de la communauté chrétienne ? Pour l’empereur, chrétiens et évêques sont des sujets comme les autres. Pour certains évêques, l’empereur est un fidèle comme les autres, soumis aux règles morales. - La morale chrétienne peut-elle régir la vie de l’Etat sans l’entraîner à sa perte ?
Source Lettres, Marcellinus apud Augustin IVème siècle La prédication et la doctrine chrétienne ne conviennent nullement à la conduite de l’Etat. Car voici, dit-on ses préceptes : ne rendre à personne le mal pour le mal ; si quelqu’un veut nous tourmenter, faire double de chemin avec lui. Toutes ces maximes sont néfastes pour la conduite de l’Etat. Car qui souffrirait que l’ennemi lui enlève quelque chose ? Qui ne voudrait, en vertu du droit de la guerre, payer de retour celui qui a ravagé une province romaine ? […] Si de tels malheurs ont atteint l’Etat, c’est le fait des empereurs chrétiens qui observent de leur mieux la religion chrétienne ; la chose est claire.
(objections exprimées en public par un païen cultivé, Volusianus, correspondant d’Augustin)

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- Les querelles doctrinales, au sein de la communauté chrétienne, qui déchaînent les passions, ne constituent-elles pas une menace réelle pour l’ordre public ? L’arbitrage de Constantin au Concile de Nicée n’empêche pas les dissensions - Quelle relation entre l’Eglise et l’empereur ? L’Eglise exprime son droit d’exercer son autorité morale sur tout chrétien, fût-il empereur. L’empereur se soumet au divin. Il châtie en son nom.
Sources Amboise de Milan, Lettres. L.1, 3-7 (Evêque de Milan 374-397) Si l’évêque ne parle pas à celui qui le trompe, celui qui s’est trompé mourra dans sa faute, et l’évêque sera digne du châtiment parce qu’il n’a pas averti celui qui se trompe. Empereur Auguste, écoute ceci. Que tu aies du zèle pour la foi, je ne puis le nier ; que tu craignes Dieu, je n’en disconviens pas. Mais tu as un naturel impétueux qui se tourne rapidement vers la clémence si on cherche à l’apaiser, mais qui, si on l’excite, s’exaspérera jusqu’à des excès dont tu ne pourras revenir qu’à grand peine […] Il est arrivé à Thessalonique un fait sans précédent1, que je n’ai pas réussi à empêcher ; j’en avais dénoncé par avance toute l’atrocité, en multipliant les prières […] Je ne pouvais atténuer un tel acte. Lorsque la nouvelle nous en parvint, un concile était rassemblé pour la venue d’évêques gaulois ; il n’y eut personne qui ne s’en lamentât, personne qui le prit à la légère ; la communion d’Amboise ne pouvait t’en absoudre ; au contraire, l’odieux s’en serait encore accru si personne n’avait déclaré nécessaire la réconciliation avec notre dieu […] Serait-ce que tu as honte, empereur, de faire ce que fit David, roi […] On lui raconta qu’un riche qui possédait de grands troupeaux, s’empara, à cause de l’arrivée d’un hôte, de l’unique brebis d’un pauvre et la tua ; et lui s’étant rendu compte qu’on lui –même avait fait, s’écria : « j’ai péché contre le Seigneur. » […] Empereur […] Si tu dis ces paroles prononcées par le roi : « j’ai péché contre le Seigneur » […] « Venez, adorons, prosternons-nous devant lui et pleurons devant le seigneur qui nous a créés », il te sera dit à toi aussi : « Puisque tu te repens, le Seigneur te pardonnera ton péché, et tu ne mourras pas »
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Massacre, sur ordre de Théodose, de plusieurs milliers de personnes à Thessalonique, en punition de l’assassinat d’un général au cours d’une émeute. Théodose fut excommunié par l’évêque de Milan. Il finit par s’incliner et fit publiquement pénitence.

L’Edit de Thessalonique 380 « Nous voulons que tous les peuples placés sous la douce autorité de Notre Clémence vivent dans la foi que le saint apôtre Pierre a transmise aux Romains, qui est prêchée jusqu’au jour présent, comme il l’avait prêchée lui-même et que suivent comme chacun sait le Pontife Damase et l’évêque Pierre d’Alexandrie. […] Nous décrétons que seuls auront le droit de se dire chrétiens catholiques ceux qui se soumettent à cette loi et que tous les autres sont des fous et des insensés catholiques sur qui pèsera la honte de l’hérésie. Ils devront s’attendre à être l’objet d’abord de la vengeance divine, à être ensuite châtiés par nous aussi, selon la décision que nous a inspiré le ciel. » Code théodosien, 16, 1-2 Pourquoi le Christianisme a-t-il été adopté par le pouvoir ?

- Il n’est pas adopté en raison de sa popularité Son installation, à une place aussi convoitée, est subite et aisée. Les multiples tentatives de restauration païenne restent vaines. A partir de Constantin, tous les empereurs sont chrétiens (sauf Julien l’apostat 362-363). Pourtant au début du IVème siècle, la population de l’Empire est loin d’être chrétienne en majorité. Certes le Christianisme est répandu dans toutes les classes sociales, mais à la manière antique, en fonction de solidarités ou de rivalités locales (quartiers, villes soucieuses de se distinguer de la voisine), ethniques, familiales (ex : groupes

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d’émigrés orientaux dans les grandes villes de l’Occident comme Lyon). De puissantes cités sont converties de force (Gaza en 402). - La situation qui prévaut au début du IVème siècle : Les IVème et Vème siècles ne sont pas des siècles de décadence. Ils sont des siècles d’adaptation, largement réussie, d’une formule politique vieillie à des conditions nouvelles : - pressions sur les frontières et vide démographique (à l’ouest de l’Empire surtout) - avènement en 326 à l’est de l’Empire, d’un ennemi redoutable, l’Empire sassanide, organisé autour d’une religion d’Etat intolérante, le mazdéisme. - essor de certaines régions et apparition de capitales nouvelles (Antioche, Milan, Trèves …). Pour faire face à toutes ces menaces, l’Empire a besoin de nouveaux rouages, d’une organisation plus centralisée, plus uniforme. Les cultes traditionnels sont réunis sous l’appellation de « paganisme », terme attribué par leurs ennemis. Etroitement associés au pouvoir, ils créent un sentiment d’unité factice (les sacrifices aux dieux placés sous le contrôle de magistrats civils). En réalité, ces pratiques, qui pourtant s’adressent à des puissances surnaturelles, ne ressemblent pas à ce que nous appelons aujourd’hui religion. Elles ne répondent qu’à des besoins particuliers. Elles ne fournissent ni un modèle de vie, ni une réponse à des interrogations fondamentales. - L’explication religieuse du triomphe du Christianisme est à écarter. Le Christianisme ne triomphe pas parce qu’il est vrai. Il gagne car il a su s’organiser, se constituer parallèlement au pouvoir politique, créer une structure à la fois proche de lui et relativement indépendante. Dans ce cadre, les évêques représentent à la fois un relais et un contrepoids. L’Empire ne peut plus se satisfaire de la diversité et de la pseudo-autonomie des provinces et des cités. Il lui faut un contrôle accru de la population, rendu très difficile par la précarité des communications et par les distances. Ce contrôle n’est pas assuré de manière suffisante par les gouverneurs, qui restent peu de temps en place car leurs pouvoirs théoriques éveillent la méfiance de l’administration centrale. A la différence des autres cultes qui s’accommodent d’une prolifération de dieux, de pratiques, d’associations indépendantes, le Christianisme est universel et exclusif, et il est le seul à offrir ce double visage. Il sert à empêcher le recours aux sciences occultes (divination, magie noire…) que l’Antiquité tardive prend au sérieux. Les premières vraies persécutions contre les païens, sous Constance II (357-358), sous Valens (370-372) ont pour point de départ des affaires de divination. L’évolution de l’Empire romain tardif pourrait alors se lire comme la constitution parallèle d’un régime à visée doublement totalitaire, politique et religieuse, rendu nécessaire pour la survie de l’institution impériale.

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Partie 2

Païens et chrétiens
Le temps du paganisme triomphant

Le Christianisme des trois premiers siècles Le monde gréco-romain est lent à s’apercevoir que le rayonnement de Jésus (courant messianique) qui embrase le monde juif, ne s’est pas éteint avec sa mort, mais au contraire s’étend et gagne les milieux non-juifs.
Les chrétiens ne sont pas des citoyens

Les chrétiens suscitent la méfiance des milieux populaires, de l’Empereur et des autorités. Ils sont considérés comme des dépravés et des criminels.
Source Minucius Felix, Octavius, IX « Ils se reconnaissent par des marques et des signes secrets et ils s’aiment entre eux pour ainsi dire avant de se connaître ; de plus, ils pratiquent un peu partout , mêlés les uns aux autres, un véritable culte de la luxure, ils vont jusqu’à s’appeler indistinctement frères et sœurs, pour donner même à l’acte de chair banal, par le recours à un nom sacré, le caractère d’un inceste ; tant il est vrai que leur vaine et folle superstition se glorifie du crime. […] Et qui leur prête, comme objet de leur vénération, un homme puni pour un forfait du dernier des supplices et le bois funeste d’une croix, leur attribue un autel qui convient à des dépravés et à des criminels, en leur faisant honorer ce qu’ils méritent. »
L’auteur, chrétien, expose les calomnies anti-chrétiennes pour les réfuter ensuite.

Que reproche-t-on aux chrétiens ? - Ils ne sont pas comme tout le monde. Dans un univers où le polythéisme imprègne tous les actes de la vie, publique aussi bien que privée, les chrétiens ne peuvent exercer aucune responsabilité politique ou administrative, encore moins le métier des armes, car cela suppose de sacrifier aux dieux de la cité. Les loisirs qui cimentent la vie sociale – fêtes, banquets – sont eux aussi liés aux cérémonies des cultes païens. Les chrétiens n’y participent pas, rejetant notamment les jeux de l’amphithéâtre, car le sang coule pour le seul plaisir des spectateurs. Dès lors, les Chrétiens sont marginalisés. On les soupçonne d’être athées, eux qui renient les cultes de leurs pères au sein d’une culture où le respect de la tradition compte plus que tout. Leur seule existence met en question les valeurs sur lesquelles s’est construite la civilisation romaine. Ils suscitent les soupçons et les ragots que font naître tous ceux qui brisent le consensus social. Ils ont le profil rêvé pour servir de boucs émissaires. - Ils refusent de participer au culte impérial Ils font ainsi preuve d’incivisme. Le refus de participer au culte impérial est considéré comme une trahison de l’honneur romain. On leur reproche de se désintéresser de la bonne marche de l’Empire, alors qu’ils en profitent pleinement. Le refus du culte impérial est un crime. - Leur message est considéré comme très subversif Jésus : « Rends à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César » Paul : « il n’y a plus ni esclave ni homme libre »

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« Rendre à César » est un sujet explosif dans un empire imprégné de sacré et gouverné par un souverain qui incarne personnellement le lien entre Rome et ses dieux protecteurs. Il y a un contenu implicitement révolutionnaire de l’ensemble du message chrétien. -Ils pratiquent le prosélytisme Ce comportement inquiète. Ils remettent en question la civilisation romaine. Trahison et menace sont associés pour fonder l’accusation de crime contre la raison d’Etat.
Les Chrétiens se veulent citoyens exemplaires

Ils se sont toujours voulus citoyens exemplaires. Les païens ne comprennent pas que les Chrétiens refusent obstinément de rendre un culte à l’empereur, selon l’usage du temps. Ils y voient un acte d’incivisme. Les chrétiens se défendent en expliquant que s’ils ne prient pas l’empereur, ils prient pour l’empereur. De même, la position de Paul est ensuite celle de tous les responsables de l’Eglise, même au plus fort des persécutions.
Sources Tertullien Apologétique fin IIème siècle « Par des prières incessantes, nous demandons pour les empereurs une longue vie, un règne tranquille, un palais sûr, des troupes valeureuses, un Sénat fidèle, un peuple loyal,l’univers paisible, enfin tout ce qu’un homme ou un césar peuvent souhaiter. » Evangile de Matthieu « Les Pharisiens […] envoient leurs disciples [à Jésus] pour lui dire : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité […] Dis-nous donc ton avis : est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? […] Jésus leur dit : « Montrez-moi la monnaie qui sert à payer le tribut […] Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : »De césar ». Alors il leur dit « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu. » L’apôtre Paul Ier siècle « Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n’y a d’autre autorité que par Dieu, et celles qui existent sont établies par lui. »

Les chrétiens sont persécutés

Les chrétiens se sentent victimes d’une totale injustice. -Le temps des persécutions Cette religion récente, exotique, exclusive, inquiète les autorités et suscite la méfiance des milieux populaires. C’est ainsi que les persécutions commencent. Mais les convictions religieuses des chrétiens en sont-elles la cause de directe ? En sont pour preuve la persécution de l’empereur Néron en 64, suite à l’incendie de Rome, au cours de laquelle les chrétiens sont brûlés vifs, selon le châtiment dévolu aux incendiaires.
Source La lettre à Diognète (auteur anonyme) « Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers […] Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel ».

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Les IIèmes et IIIème siècles sont les siècles des persécutions qui font de plus en plus de victimes au fur et à mesure que les chrétiens sont plus nombreux. Néanmoins il s’agit d’épisodes localisés et brefs. C’est surtout pour incivisme que les Chrétiens sont condamnés, dans un Empire romain tolérant à l’égard des cultes étrangers. - Les Edits impériaux Valérien : 257 : les clercs sont tenus de sacrifier aux dieux païens sous peine d’exil ou de travaux forcés ; 260 : condamnation à mort de tous les chrétiens qui refuseraient de sacrifier. Gallien : par son édit de tolérance, il inaugure une longue période de tranquillité. Au début du IVème siècle, les Chrétiens sont en butte aux persécutions les plus violentes et les plus systématiques qu’ils aient subies, sous Dioclétien (303-305), puis sous son successeurs Galère (312). En 303, Dioclétien décide de sévir contre les chrétiens. Un édit de l’empereur ordonne de « raser au sol les églises et de jeter les Ecritures au feu ». Les chrétiens de haut rang sont exclus de l’administration et perdent leurs droits et privilèges. Trois autres édits aggravent le premier : l’apostasie est imposée sous peine de mort. Cette persécution fait des milliers de victimes dans l’Empire, surtout dans partie orientale où elle dure de 303-312. Mais Constance Chlore qui gouverne la Gaule met peu de zèle à appliquer les édits (il n’y a pas eu de martyrs). - Droit romain et droit à l’expression Le droit romain ignorait le délit d’opinion. Or on condamne des chrétiens avec le seul aveu de leur foi et non au terme d’une enquête sur leurs crimes supposés.
Source Tertullien, L’Apologétique vers 197 « Enfin, s’il est certain que nous sommes de grands criminels, pourquoi sommes-nous traités autrement par vous-mêmes que nos pareils, c’est-à-dire que les autres criminels ? En effet, si le crime est le même, le traitement devrait être aussi le même. Quand d’autres sont accusés de tous ces crimes dont on nous accuse, ils peuvent, et par eux-mêmes et par une bouche mercenaire, prouver leur innocence ; ils ont toute liberté de répondre, de répliquer, puisqu’il n’est jamais permis de condamner un accusé sans qu’il se soit défendu, sans qu’il ait été entendu. Aux chrétiens seuls, on ne permet pas de dire ce qui est de nature à réfuter l’accusation, à soutenir la vérité, à empêcher le juge d’être injuste. On n’attend qu’une chose, celle qui est nécessaire à la haine publique : l’aveu de leur nom, et non une enquête sur leur crime […]

-Les flambées de violences populaires Les « pogroms » sont avalisés par les autorités, mais en « traînant les pieds ».
Source Tertullien L’Apologétique vers 197 « Le Tibre a-t-il débordé dans la Ville, la Terre a-t-elle tremblé, aussitôt on crie : « Les chrétiens aux lions ! »

A chaque fois, la répression est arbitraire, mais limitée à un groupe ou à une ville.

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- Quels facteurs d’explication ? Au cours de la seconde moitié du IIIème siècle, l’Empire romain, si fier de la paix, doit affronter une grave crise qu’il n’a pas vu venir : frontières percées de toutes parts sous la poussée des peuples barbares ; dégâts considérables et traumatisme collectif. On assiste à une crispation des empereurs, qui se répercute dans leur attitude à l’encontre des chrétiens. Ces gens refusent de s’intégrer, pratiquent un prosélytisme inquiétant. Ne sont-ils pas un ferment de troubles sociaux, même s’ils n’enfreignent pas ouvertement la loi ? En refusant les cultes civiques qui ont fait la grandeur de Rome, ne se rendent-ils pas coupables de crime contre la raison d’Etat ? Il faut donc serrer les rangs autour de la personne de l’Empereur. Ainsi en 250, le culte impérial, jusque là facultatif, est rendu obligatoire par Dèce. Les Juifs en sont exemptés (au nom de la vénérable antiquité de leurs traditions), mais pas les Chrétiens. C’est condamner à mort ceux qui refusent d’apostasier. On ne peut évaluer les victimes. Mais en réalité, la plupart des chrétiens sont morts dans leur lit. La clandestinité n’est pas la règle, mais l’exception. Lors des grandes persécutions, bon nombre de Chrétiens soudoient le fonctionnaire de service pour obtenir une attestation d’acte de culte païen qu’ils n’ont de fait pas accompli.
Source Une déclaration de sacrifice (lors de la persécution de Dèce 250) « Aux membres de la commission choisis pour surveiller les sacrifices. Déclaration d’Aurelius Diogène, fils de Satabous, originaire du village d’Alexandrou Nésos, âgé de soixante-douze ans environ, cicatrice au sourcil droit. Non seulement j’ai été dévoué au service des dieux, mais aussi maintenant, en votreprésence, suivant l’édit, j’ai encensé l’autel, j’ai fait la libation et j’ai mangé de la viande sacrée ; et je vous prie de me donner votre signature. (Diogène) : Portez-vous bien ! Moi, Aurelius Diogène, j’ai fait la requête. (Membre de la commission) : Moi, Aurelius Syrus, j’ai enregistré Diogène comme sacrifiant avec nous ensemble en qualité de participant. (Scribe) : An 1 de l’empereur César Caïus Messius Quintus Trajan Dèce, pieux, heureux, Auguste […] BGU 287 U. Wilcken Chrestomathie Traduit du grec

Mais les persécutions ne ralentissent pas le mouvement des conversions. Finalement, ce ne sont pas les chrétiens, mais les persécutions qui troublent l’ordre public. Le meilleur moyen de recouvrer la paix sociale ne serait-il donc pas de reconnaître officiellement aux adeptes de la nouvelle religion le droit à l’existence ? Le temps du christianisme triomphant

Le christianisme reconnu

- Des prémices au IIème siècle Une jurisprudence officielle fondée sur une lettre de l’empereur Trajan (98-117) invite à ne pas poursuivre d’office les chrétiens, mais à les condamner s’il sont dénoncés (exemple du philosophe Justin).

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Source Pline le Jeune (61-114), Lettres, X, « Maître1 , je n’ai jamais participé à des informations contre les chrétiens. Je ne sais donc pas quels faits et dans quelle mesure s’appliquent d’ordinaire la peine et les poursuites […] En attendant, voici la règle que j’ai suivie envers ceux qui m’étaient déférés comme chrétiens. Je leur ai demandé à euxmêmes s’ils étaient chrétiens. A ceux qui avouaient, je l’ai demandé une seconde et une troisième fois, en les menaçant du supplice ; ceux qui persévéraient, je les ai fait exécuter : quoi que signifiât leur aveu, j’étais sûr qu’il fallait punir du moins cet entêtement et cette obstination inflexible. » Trajan répond à Pline « Mon cher Pline, tu as suivi la conduite que tu devais […] On ne peut instituer une règle générale […] Il n’y a pas à les poursuivre d’office. S’ils sont dénoncés et convaincus, il faut les condamner, mais avec la restriction suivante : celui qui aura nié être chrétien et en aura par les faits eux-mêmes, donné la preuve manifeste, je veux dire, en sacrifiant à nos Dieux, même s’il a été suspect en ce qui concerne le passé, obtiendra le pardon comme prix de son repentir. »
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Pline, gouverneur de Bithynie vers 111-112, demande l’avis de Trajan

Les premières décennies du IVème siècle constituent un tournant décisif : les successeurs de Dioclétien prennent des édits de tolérance (Galère en Orient en 311 ; Constantin et son collègue Licinius à Milan en 313).
Source L’édit de Milan 313 « Etant heureusement réunis à Milan, moi Constantin Auguste et moi Licinius Auguste1 , ayant en vue tout ce qui intéresse l’utilité de la sécurité publique, nous pensons que, parmi les autres décisions profitables à la plupart des hommes, il faut en premier lieu placer celles qui concernent le respect dû à la divinité et ainsi donner aux chrétiens, comme à tous, la liberté de pouvoir suivre la religion que chacun voudrait, en sorte que ce qu’il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice, à nous-mêmes et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité. » texte transmis par Lactance vers 315 De la mort des persécutions, XL.VIII.
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Licinius Auguste, empereur d’Orient

Les païens Source Code Théodosien (extraits) L’empereur Constance Auguste « Que cesse la superstition, que soit abolie la folie des sacrifices. Car quiconque osera célébrer des sacrifices contre la loi du divin prince notre père […] que la sentence appropriée requise contre lui soit appliquée sur le champ. […] Nous prescrivons que soient punis de la peine capitale ceux qui sont convaincus de faire des sacrifices ou d’adorer des idoles. […] Il a paru bon que les temples soient fermés et que leur accès soit interdit […] Nous voulons de même que tous s’abstiennent des sacrifices. Mais si quelqu’un venait à perpétrer un crime de ce genre, qu’il soit frappé de l’épée vengeresse. Les empereurs Théodose, Arcadius et Honorius Augustes […] Que personne, absolument, quel que soit son rang dans les dignités humaines ne sacrifie une victime innocente à des statues dépourvues d’intelligence […] »

A partir de la Conversion de Constantin, il faut plus de deux siècles pour réduire les païens à n’être plus qu’une petite minorité contrainte à la clandestinité. Pour réduire les polythéismes, la répression est souvent violente. Après les Edits de tolérance, les Chrétiens proches du trône lancent des persécutions violentes contre ceux qu’ils considéraient comme hérétiques, contre

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les adeptes d’autres religions (manichéisme, judaïsme, zoroastrisme) et contre les cultes païens locaux.. En 353-356, des persécutions sont lancées contre les « Hellènes » ou « tenants de l’ancienne foi ». Elles ont beaucoup plus d’ampleur et de durée, et un caractère beaucoup plus acharné et méthodique que les persécutions des empereurs païens contre les Chrétiens. Il n’est pratiquement pas parvenu de statue du culte du paganisme gréco-romain alors qu’elles se comptaient par dizaines de milliers dans l’Empire. A la fin du IVème siècle, la défaite du paganisme est consommée. En 391-392, l’empereur Théodose interdit les cultes païens. Les grands temples tombent sous les coups des Chrétiens qui en font des récits complaisants. Le paganisme combat pied à pied, mais s’effondre en quelques années.
Source Quodvultdeus1, Livre des promesses et des prédictions de Dieu L’abandon et la destruction du temple de Caelestis à Carthage (399-vers 421) En Afrique, à Carthage, Caelestis2 avait un temple considérablement vaste, entouré des sanctuaires de tous leurs dieux ; son esplanade décorée d’un dallage à mosaïques, ainsi que de murs et de colonnes de grand prix, s’étendait sur près de deux mille pas. Il était fermé depuis assez longtemps et envahi en cet abandon par une haie de broussailles épineuses quand le peuple chrétien voulut l’affecter au service de la vraie religion ; mais le peuple païen vociférait que là-dedans se trouvaient des dragons et des serpents chargés de protéger le temple : ce qui ne fit qu’enflammer davantage le zèle des chrétiens ; ils débroussaillèrent tout sans subir le moindre mal et avec d’autant plus d’aisance qu’ils agissaient pour consacrer le temple à leur véritable Roi et Seigneur céleste. De fait, lorsqu’on célébra la fête solennelle de la Sainte Pâque, au milieu de la foule qui s’était rassemblée en ce lieu, […] et venait même de partout avec une grande curiosité, […] l’évêque Aurelius3 établit là sa chaire à la place de Caelestis et y siégea. […] Et comme un païen énonçait un faux oracle qu’il donnait pour venir de la même Caelestis, et selon lequel la voie et les temples seraient à nouveau rendus à l’ancien rituel de leurs cérémonies, ce Dieu, oui ce Dieu vrai, dont les oracles prophétiques ne savent absolument pas mentir , a fait, sous Constance et Augusta Placidia4, dont le fils, le pieux chrétien Valentinien5, est empereur maintenant […] raser jusqu’au sol tous ces temples auxquels il n’a plus laissé que le terrain, pour donner bien sûr une sépulture à des morts […]
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Evêque de Carthage (445-455), témoin oculaire jeu de mot sur le Roi du ciel qui va détrôner la déesse Caelestis 3 Evêque de Carthage de 390 à 430 4 Rufin a raconté les rixes sanglantes entre païens et chrétiens qui troublent l’ordre public ; les autorités locales, dépassées, en ont référé à l’empereur qui a prescrit de « couper les racines de la discorde » en détruisant les idoles. 5 364-375

Quelques éléments de conclusion L’évolution de l’Empire romain, qui passe du paganisme officiel au Christianisme officiel, n’est-elle pas nécessaire pour la survie de l’institution impériale ? Les bases religieuses du pouvoir impérial sont primordiales. L’Empereur ne règne que par la grâce des dieux. Il sauvegarde la liberté de chacun, établit la justice et la concorde entre les hommes. Mais les difficultés de la seconde moitié du IIIème siècle (frontières percées sous la pression des barbares et traumatisme collectif ; émergence d’une nouvelle religion, le Christianisme) ne remettent-elles pas en question l’ordre politique et social cimenté par le paganisme et le culte impérial ? L’empereur, qui n’est plus victorieux, et qui n’assure plus la paix, peut-il garder sa légitimité ?

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Pour subsister, l’institution impériale reconnaît progressivement le Christianisme, à côté des cultes païens. Mais cette coexistence n’accentue-t-elle pas, dans la société, forces centrifuges et fragmentation qui mettent à mal la cohésion impériale originelle et son ciment, le culte à l’empereur ? Passer du paganisme officiel au Christianisme officiel peut apparaître comme une révolution. C’en est une pour les populations païennes. Etre ou devenir chrétien ne signifie pas seulement avoir la foi en la religion prêchée par Jésus. Cela implique d’appartenir à une communauté qui se veut universelle. Le système chrétien de solidarité sociale soude la communauté. Il prend appui sur une structure, contrôlée par les évêques, qui maille le territoire de l’Empire. L’empereur devenu lui-même chrétien s’impose naturellement et légitimement comme maître de ce système. Il obtient loyauté de son peuple, car il partage la même religion que lui, et est reconnu de Dieu. Le Christianisme sauve l’institution impériale, temporairement dans son territoire de l’Ouest, mais durablement dans son territoire de l’Est où elle subsiste au travers de la dynastie des Ottomans et de celle des Romanov.
Anne-Marie Hazard-Tourillon IA-IPR histoire et géographie Académie de Créteil

Bibliographie Sélection P. Brown, Pouvoir et persuasion dans l’Antiquité tardive. Vers un empire chrétien. Pars, Le Seuil, 1998 P. Chuvin, Chronique des derniers païens. La disparition du paganisme dans l’Empire romain, du règne de Constantin à celui de Justinien, Paris, Les Belles Lettres/Fayard, 1990 C. Lepelley, L’Empire romain et le christianisme, Paris, PUF, 1970 R. MacMullen, Christianisme et Paganisme du IVème au VIIIème siècle, Paris, Les Belles Lettres, 1998 M. Simon, La civilisation de l’Antiquité et le Christianisme, Paris, Arthaud, 1972

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