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Le bilan humain et matériel de la Seconde Guerre mondiale est le plus grave que l'humanité ait jamais connu.

Bien que le conflit ait une dimension mondiale encore plus accusée que la guerre 1914-1918, c'est bien l'Europe
qui est la première victime de l'affrontement. Le nombre total des victimes est estimé à près de 40 millions, dont
plus de la moitié parmi les populations civiles. Suite aux déportations et aux expulsions, il y a, en 1945, près de
vingt millions de personnes déplacées et en attente d'être rapatriées. Les persécutions racistes, religieuses et
politiques sans précédent et les déportations massives dans des camps de travail ou d'extermination ont attisé la
haine entre peuples européens. La découverte des charniers humains dans les camps de concentration nazis
apparait comme une remise en cause des fondements spirituels et moraux de la civilisation occidentale. Du
reste, la population allemande se trouve accablée par un sentiment de culpabilité qui alimente un intense débat
moral et ajoute au désarroi de la défaite.

Du 4 au 11 février 1945, Winston Churchill, Joseph Staline et Franklin D. Roosevelt se réunissent à Yalta, au
bord de la mer Noire, en Crimée, afin de régler les problèmes posés par la défaite inéluctable des Allemands. Ils
s'entendent tout d'abord sur les modalités d’occupation de l'Allemagne. Même si la France ne participe pas à la
conférence, elle reçoit une zone d'occupation en Allemagne en partie prélevée sur celles du Royaume-Uni et des
États-Unis. Ils adoptent aussi le principe d'un démembrement du territoire allemand. En ce qui concerne la
Pologne, ils se mettent d’accord sur de nouvelles frontières. Le pays connaît un glissement vers l'Ouest en
perdant des territoires à l'Est au profit de l'Union soviétique et en gagnant au contraire des provinces de
l'Allemagne orientale, ce qui implique le transfert de plusieurs millions d'Allemands. Les trois chefs d'État signent
également une "Déclaration sur la politique à suivre dans les régions libérées", texte qui prévoit l'organisation
d'élections libres et la mise en place de gouvernements démocratiques. Yalta apparaît comme l'ultime tentative
d'organiser le monde sur une base de coopération et d'entente.

Le monde n'est pas encore partagé en deux hémisphères d'influence, mais les Occidentaux sont contraints
d'accepter le rôle de Staline dans les territoires libérés par les chars soviétiques. L'Europe centrale et orientale
est désormais sous l'influence exclusive de l'Armée rouge. Il semble que Staline soit d'avis que chaque
puissance finira par imposer son système politique là où elle exerce le contrôle militaire.

À la Conférence des chefs d'État de Potsdam, qui se déroule du 17 juillet au 2 août 1945, Harry Truman
remplace Franklin D. Roosevelt, décédé le 12 avril 1945, et Clement Attlee remplace en cours de conférence
Winston Churchill battu aux élections législatives britanniques du 26 juillet. Seul Joseph Staline participe en
personne à toutes les conférences interalliées depuis Téhéran en novembre-décembre 1943. La Conférence de
Potsdam, située au cœur de l'Allemagne, s'occupe principalement de la situation en Europe. Toutefois, elle ne
règle que provisoirement le sort de l'Allemagne en décidant, entre autres choses, des modalités pratiques de son
désarmement complet, de la destruction du parti national-socialiste, de l'épuration et du jugement des criminels
de guerre et du montant des réparations. Les négociations concluent aussi à la nécessité d'une décartellisation

La ville de Bonn l'emporte sur Francfort comme capitale provisoire. Il s'agit en effet de montrer que Berlin-Ouest fait partie de la RFA en dépit de son statut particulier. de la Bulgarie. La CDU. Tandis que l'État de Prusse est aboli par décision alliée. un Conseil de contrôle interallié est mis en place. Au cours de l'année 1945. Les Américains occupent le sud. dirigée par .des industries allemandes et à la mise sous séquestre des puissants Konzerns qui doivent être éclatés en plus petites sociétés indépendantes. Ses membres sont désignés par les parlements des États fédéraux. sauf la ville de Königsberg (rebaptisée Kaliningrad) et ses environs. la France le sud-ouest et les Soviétiques le centre de l’Allemagne. le Conseil parlementaire commence ses travaux à Bonn. les trois puissances se réunissent à Londres pour discuter de l'avenir du pays et décident de convoquer une assemblée constituante. Progressivement. la zone d'occupation française intègre la Bizone qui devient donc une Trizone. Du 20 avril au 2 juin 1948. Le côté oriental est administré par la Pologne. en août 1949. Les communistes et les libéraux ne récoltent que des résultats marginaux. Le 30 août 1945. les Alliés commencent à organiser leurs zones d'occupation respectives en Allemagne et en Autriche. de la Hongrie et de la Finlande. Berlin est divisée en quatre secteurs et soumise au contrôle administratif de la Kommandatura interalliée. Face au refus de la France et de l’Union soviétique. de la Roumanie. Son adoption par référendum donne lieu aux premières élections législatives pour l'ensemble de la Trizone. dissout lors de la capitulation sans condition de 1945. consacre la victoire des chrétiens-démocrates (CDU) sur les socialistes (SPD) menés par Kurt Schumacher et dont certaines positions marxistes effraient parfois les occupants occidentaux. Même si le droit de regard des puissances alliées occidentales limite encore la souveraineté allemande. En 1946. les Britanniques et les Américains décident d'unir économiquement leurs deux zones pour créer en décembre de la même année la Bizone. Le 1 er août 1948. les États-Unis proposent un plan d'unification économique des zones d'occupation. le sort des satellites de l'Allemagne et celui de l’Italie. la RFA se veut déjà la seule héritière légitime du Reich allemand. la Bavière est maintenue. Le 1 er septembre 1948. L'élection du Bundestag. Le 28 juillet 1946. les Länder. les Britanniques l'ouest et le nord. est réglé à Paris par des traités de paix séparés. Il élit le démocrate-chrétien Konrad Adenauer à sa tête et élabore la Loi fondamentale qui est promulguée le 23 mai 1949. incorporés à l'URSS. le Conseil parlementaire allemand. Cette même année. La ville de BerlinOuest reçoit le statut de Land mais reste administrée par les Alliés. Ces entités fédérales ont été créées par les puissances d'occupation en tenant plus ou moins compte des antécédents historiques. Cette loi représente la constitution provisoire de la République fédérale d'Allemagne (RFA). l'entente entre les Alliés se détériore et les organismes quadripartites deviennent ingérables. les principaux criminels de guerre nazis sont jugés à Nuremberg par des juges alliés.

que la France occupe au titre des réparations de guerre. s'affirme par contre comme le champion du retour de l'économie libérale. dans la période de l'entre-deux-guerres. parti stalinien. partenaire privilégié des Américains. les questions de la Ruhr et de la Sarre ne peuvent être résolues que de manière pacifique. Or. Les problèmes franco-allemands Au sortir de la guerre. La France sait aussi que ses industries ne peuvent pas lutter à armes égales avec les cartels allemands. Les Occidentaux refusent de reconnaître cet État. Mais elle mesure aussi combien son avenir dépend directement de la situation intérieure allemande. La tutelle des bassins miniers et le démantèlement des monopoles dans l'industrie lourde représentent dès lors un enjeu majeur dans les relations franco-allemandes d'après-guerre et un préalable incontournable à l'intégration européenne. en octobre 1949. comptent en effet parmi les bassins miniers les plus riches et les plus productifs d'Europe. On assiste dès lors à la reconstitution progressive de cartels qui regroupent les plus grandes entreprises allemandes et tentent. l'industrie allemande a réussi à conserver une capacité de production presque comparable à celle qu'elle avait avant la guerre.Konrad Adenauer. via des comptoirs de vente uniques. La question des cartels ne facilite pas non plus les choses. Afin d'assurer la paix et la prospérité sur le continent. la France est hantée par sa sécurité et sa prospérité économique. ont contribué à fournir au Troisième Reich sa puissance de destruction. Les régions allemandes de la Sarre et de la Ruhr. va dominer la vie politique de la RDA jusqu'à la fin du régime communiste en 1989. désireux de restaurer l'Allemagne occidentale dans sa pleine souveraineté territoriale. D'autre part. de contrôler le marché intérieur et de neutraliser la concurrence. le chancelier allemand Konrad Adenauer multiplie les déclarations publiques en faveur d'une union franco- . Une solution européenne paraît seule capable d’apporter un apaisement définitif. la proclamation de la République démocratique allemande (RDA) à Berlin. l'URSS favorise. Berlin-Est devient aussitôt la capitale de la RDA. Car malgré les bombardements alliés et les destructions massives. Le Parti socialiste unifié (SED). Leur importance stratégique découle aussi du fait que les productions houillères et métallurgiques des pays du Benelux restent prioritairement dirigées vers leurs marchés domestiques. En réaction à la fondation de la République fédérale d'Allemagne (RFA) à Bonn. Adenauer. devient le premier chancelier de la RFA. l'aide économique substantielle fournie à l'Allemagne de l'Ouest par le plan Marshall a permis de réduire son déficit commercial et de mettre en place un nouvel ordre monétaire. dirigé par des communistes. ces cartels du charbon et de l'acier apparaissent aux yeux des Alliés comme une survivance des Konzerns qui. Pour les Occidentaux. la renaissance du capitalisme allemand apparaît en effet comme un rempart efficace contre le communisme. Dans le même temps.

l’Europe divisée est tombée dans la dépendance des États-Unis et de l’Union soviétique. Aussitôt accepté avec enthousiasme par le chancelier allemand Konrad Adenauer puis par l'Italie et les trois . ce plan d’intégration économique sectorielle crée une solidarité d’intérêts qui lie automatiquement les deux pays. À l’aube de la Guerre froide et pour la première fois dans son histoire. Enfin. L’Allemagne et la France. le chancelier espère résoudre pacifiquement les problèmes de la Sarre et de la Ruhr en les intégrant dans un cadre européen plus large sur la base d'une reconnaissance de l'égalité des droits de l'Allemagne par rapport à chacun de ses partenaires. de Belgique et de France. est épuisée et ruinée par le conflit alors que la France. Il lance même en novembre 1949 un plan d'union franco-allemande de l'industrie lourde et approuve l'instauration d'une autorité internationale pour contrôler les régions minières et industrielles d'Allemagne. ministre français des Affaires étrangères. Par ce levier. la Grande-Bretagne et la France font figure de vainqueurs face à l’Allemagne hitlérienne anéantie et contrainte à la capitulation. la France se tourne vers son voisin allemand. Bien résolu à sortir de l’impasse en faisant des facteurs de division des ferments d’unité. fait à la presse une déclaration retentissante le 9 mai 1950. bien qu’auréolée du succès que lui vaut sa résistance au nazisme. Conçu notamment comme un rempart contre une remilitarisation future de l’Allemagne et comme un moyen de lutter efficacement contre les risques de surproduction d’acier en Europe occidentale. Consciente que l'Angleterre s'opposera à une Europe structurée. il propose d’encadrer la mise en commun de la production du charbon et de l’acier des deux pays dans une structure supranationale solide qui sera la Haute Autorité. Inspiré par les projets européens de son compatriote Jean Monnet. la RFA a tout à gagner d'une unité européenne qui lui laisse espérer un relâchement des sanctions et une égalité des droits. En 1945. En situation de faiblesse politique et militaire. Mais la question des bassins miniers et houillers de la Sarre et de la Ruhr envenime sérieusement les relations entre les deux pays. Robert Schuman. commissaire général au Plan. ennemis héréditaires. En pratique. occupée puis en partie détruite par la violence des combats. Certes. ne peut plus prétendre assurer sa défense et sa reconstruction sans un fort soutien allié.allemande. La France reste en effet hantée par la menace allemande. La création d'une Haute Autorité du charbon et de l'acier sort donc l'Allemagne de sa position d'infériorité puisque les autres pays partenaires acceptent eux aussi un contrôle supranational. L’Europe cherche néanmoins à se relever de ses cendres et table son avenir sur une solution pacifique et durable. le plan Schuman offre l'avantage d'amarrer définitivement la République fédérale d’Allemagne (RFA) au monde occidental libre. vainqueurs incontestés du conflit mondial. Mais l’Angleterre. il rend impossible toute nouvelle guerre franco-allemande. l’Europe est vaincue et exsangue. sont au centre des projets de reconstitution d’un nouvel ordre européen.

Fondamentalement. le 18 avril 1951. souhaité par les États-Unis afin de se prémunir de la menace communiste en Europe de l'Ouest. le projet conduit à la signature. président du Conseil français. Le réarmement allemand se concrétise quand . surtout en République fédérale d'Allemagne. Le 24 octobre 1950 à la tribune de l'Assemblée nationale. est sérieusement discréditée par cet abandon. l’espoir de paix et de prospérité est immense en Europe. Alors que les partenaires de la France ont déjà ratifié le traité à l'exception de l'Italie qui s'apprête à le faire. quatre mois plus tard. divisent les capitales européennes. En effet. la France rejette donc le projet d'armée européenne dont elle avait pourtant été l'instigatrice. du traité de Paris instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Mais la question du réarmement de l'Allemagne. le «crime du 30 août» met momentanément fin à la dynamique favorable de la construction européenne supranationale. militaire et politique. La mort de Staline. Cinq ans seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale. La déclaration Schuman constitue assurément une étape fondamentale dans l’histoire de l’unification européenne. La déception est immense. les tiraillements et les débats passionnels trouvent finalement leur épilogue le 30 août 1954. soumet alors un plan qui propose de créer. Par cet artifice de procédure. En été 1950. alors que la guerre d'Indochine inflige à la France de graves revers militaires. Pour les fédéralistes. la droite nationaliste redoute un nouvel affaiblissement de l'armée française. René Pleven. qui s'était fait le champion de la cause européenne depuis plusieurs années. semblent augurer une période de dégel qui ôte à la CED son caractère d'urgence. La France. Enfin. en mars 1953. le plan Schuman vise à mettre fin à un antagonisme franco-allemand millénaire. La consternation est générale en Europe occidentale et aux États-Unis. la menace communiste concrétisée par le déclenchement en juin de la guerre de Corée. après la signature du traité CECA.pays du Benelux. et la signature de l'armistice de la guerre de Corée.par 319 voix contre 264. Le souvenir de la Seconde Guerre mondiale et de l'occupation nazie est encore présent et douloureux au sein de l'opinion publique.qui doit autoriser le président de la République à ratifier le traité de la CED . lorsque l'Assemblée nationale française repousse la discussion du document diplomatique . à pallier l’insuffisance des organisations européennes alors existantes et à ouvrir la voie vers une fédération. L'organisation de la défense européenne retient également l'attention des pays d'Europe occidentale. pose la question de la mise en place d'une défense européenne incluant la participation de forces armées allemandes. Elle apparaît en effet comme l’acte de naissance de l’Europe communautaire. une armée européenne permettant d'intégrer les futures unités allemandes dans un ensemble placé sous une autorité européenne unique. les très fortes pressions américaines en faveur de la ratification finissent par crisper les députés français qui n'entendent pas se faire dicter leur choix. Mais la conjoncture internationale ne joue pas davantage en faveur du projet de Communauté européenne de défense (CED).

le chancelier allemand accorde au journaliste américain Kingsbury-Smith une interview dans laquelle il évoque l'idée d'une union franco-allemande et considère la réconciliation entre la France et la RFA comme élément essentiel pour la reconstruction de l'Europe de l'Ouest. Au début de l'année 1950. Le général de Gaulle est parmi les hommes politiques français le seul qui ne dénigre pas le projet d’Adenauer. deux mois après la visite de Robert Schuman. la possibilité pour d’autres pays européens de rejoindre ce noyau-franco-allemand pour former ainsi la pierre angulaire des États-Unis d’Europe.même. le chancelier allemand Konrad Adenauer souhaite sortir le pays de son isolement et restaurer l'Allemagne occidentale dans sa pleine souveraineté territoriale. Malgré le caractère historique de cette rencontre et l'engagement des deux hommes en faveur de l'unité européenne par la suite. ainsi que la tenue d’un référendum sur l’avenir du territoire. Robert Schuman. qui s’accompagnerait par la mise en place d’un Parlement unique et d’une nationalité commune. dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). à partir du 5 mai 1955. consciente de l’importance stratégique des régions allemandes de la Sarre. les relations franco-allemandes sont à la fois marquées par des tentatives de rapprochement entre les deux pays et par de vives tensions liées à la question de la Sarre et de l’éventuel réarmement de la République fédérale d’Allemagne. La presse française qualifie le projet d’union franco-allemand peu sérieux et sans aucune chance de réussite car il est lié à la condition que la Sarre soit rendue à l'Allemagne. Les autorités allemandes réclament la fin du statut spécial de la Sarre. Pour Adenauer. refuse que ce territoire soit restitué à l’Allemagne. Les propositions du chancelier Adenauer ne retiennent pas l’intérêt des autorités françaises qui jugent le projet allemand peu crédible et utopique. La tension provoquée par l'affaire sarroise depuis le voyage de Schuman en Allemagne ne cesse de s'accroître. ministre français des Affaires étrangères entreprend un voyage d’information en RFA afin d’y rencontrer le chancelier fédéral Konrad Adenauer. Même si la visite de Robert Schuman n’a pas eu les résultats escomptés. mais se heurtent à une fin de non recevoir de la part de Paris. l'avenir de l'Europe dépend de la réconciliation et de l'entente entre ces deux pays. Mais. Ainsi. Konrad Adenauer évoque dans ses propositions. à l'occasion d'une conférence de presse tenue au Quai d'Orsay. Le projet prévoit une fusion politique et économique des deux pays. le chancelier Adenauer multiplie ses déclarations publiques notamment en faveur d’un rapprochement entre la France et la RFA. Du 13 au 15 janvier 1950. malgré les critiques de la France. La France. Ainsi le 16 mars 1950. le déplacement de Robert Schuman n’aboutit à aucun résultat concret et met surtout en lumière les importantes divergences de vues des deux hommes sur le règlement de la question de la Sarre. il reconnait la nécessité d'une . qui comptent en effet parmi les bassins miniers les plus riches et les plus productifs d'Europe. les 6 et 21 mars 1950.

Préparée dans le plus grand secret. Robert Schuman et Jean Monnet veulent provoquer une onde de choc pour faire démarrer le processus d'unification européenne.coopération franco-allemande et salue en ce sens l'idée du chancelier fédéral Konrad Adenauer d'une union entre la France et la République fédérale d'Allemagne (RFA). Le soir du 8 mai. Adenauer assure immédiatement Mischlich de son soutien. propose. Le 9 au matin. À l'étranger. les industriels du charbon et de l'acier en particulier. Par le biais de cette déclaration quasi révolutionnaire. la déclaration Schuman vise donc à provoquer un véritable sursaut psychologique pour emporter la conviction des peuples européens. En effet. le Conseil des ministres français préalablement pressenti. Robert Schuman décide également de laisser les parlementaires français dans l'ignorance. Ravi. Sans passer par les ambassades. dans un discours inspiré par Jean Monnet. Schuman peut alors informer. ministre français des Affaires étrangères. . Le 8 mai. sont volontairement écartés de l'élaboration du projet. des trois pays du Benelux et de l'Italie réunis dans le plus grand secret à Paris. son émissaire personnel. commissaire général au Plan de modernisation et d'équipement. tous les papiers préparatoires sont détruits. Fort d'un préavis favorable de la part des alliés de la France. qui mettrait fin à la rivalité entre les deux pays. le 9 en fin de matinée. pour informer également Konrad Adenauer qui. le secrétaire d'État américain Dean Acheson est personnellement mis au courant et assure aussi vite à Schuman son intérêt et son soutien. Mais Schuman doit d'abord obtenir l'accord de son gouvernement tout en s'assurant du soutien du chancelier Konrad Adenauer et des États-Unis. Schuman présente lui-même son plan aux cinq ministres des Affaires économiques du Royaume-Uni. la divulgation du projet aurait probablement suscité de nombreuses objections parmi les industriels français et aurait réveillé la méfiance des industriels allemands. Robert Schuman. la mise en commun des ressources de charbon et d'acier de la France et de la République fédérale d'Allemagne (RFA) dans une organisation ouverte aux autres pays d'Europe. Le 9 mai 1950. au début de l'année. peu nombreux sont ceux qui sont dans la confidence. a déjà eu l'occasion de s'entretenir avec Schuman de l'opportunité d'une entente européenne. Mischlich remet au chancelier allemand et à son chef de cabinet Herbert Blankenhorn le texte officiel de la proposition française de Haute Autorité conjointe ainsi qu'une lettre personnelle sur le caractère éminemment politique du projet. Les milieux économiques. Schuman envoie à Bonn Robert Mischlich. Tout est alors en place pour la tenue d'une conférence de presse au Quai d'Orsay le 9 mai à 18 heures. craignant qu'ils ne s'intéressent davantage aux conséquences institutionnelles qu'au projet lui-même. Aussitôt prévenu par téléphone.

obligera bientôt Schuman à enregistrer son fameux discours pour que la postérité puisse en garder la trace. L'Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti . La proposition d'offrir à l'Allemagne un traitement équitable ne peut donc que satisfaire cette dernière car elle rencontre une revendication allemande de longue date et permet d'entrevoir l'intégration irréversible de la RFA à l'Europe occidentale. Plus de deux cents journalistes français et étrangers ont été convoqués pour assister à la déclaration du ministre français des Affaires étrangères. Ce qui. bien peu auront effectivement la possibilité d'être présents. le Mouvement républicain populaire (MRP) et la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) soutiennent la proposition de Robert Schuman. La déclaration de Robert Schuman surprend l'Allemagne dans la mesure où elle constitue un renversement radical de la politique française à son égard. qui craignent la concurrence étrangère et les mesures dirigistes. De même. la conférence de presse se tient à 18 heures au salon de l'Horloge au Quai d'Orsay. Seuls les journalistes basés à Paris se sont déplacés. mènent eux aussi une campagne virulente contre le projet de Haute Autorité. sur la mise en commun du charbon et de l’acier. globalement favorable à l'initiative du ministre français des Affaires étrangères. invite aussi. mentionnée pour la première fois sur le parquet international. ministre de la Justice et député de Constantine. Les sidérurgistes. Elle ne se contente pas de fixer des objectifs. la France. Le parti communiste considère en effet la constitution d'une Europe occidentale comme une construction hostile à l'Union soviétique au seul bénéfice de l'économie américaine. des démocrates-chrétiens aux socialistes. qui n'a été personnellement prévenu par Schuman que le 9 mai 1950 au matin. Elle trace la mission d’une Haute Autorité. se traduit en gratitude à l'égard de la France. reconnaissent de fait les avantages économiques que semble offrir le plan Schuman. L'opinion publique se montre. pour l'anecdote. les autres pays européens à participer en commun au développement de l'Afrique. prospère et pacifique. Sur l'insistance expresse de René Mayer. Malgré quelques réticences. bien qu'ils craignent que l'Europe ne soit réalisée par les démocrates-chrétiens. La droite nationaliste s'oppose par contre à une entente avec l'Allemagne tout comme le fait l’opposition communiste. qui ne peut plus faire face seule au financement de la mise en valeur des territoires d'outre-mer. La réaction du chancelier Konrad Adenauer. La classe politique française.Le 9 mai 1950. ni la radio ni la télévision ne sont présentes. dans une déclaration liminaire. Aucun photographe n'assiste à l'événement. Mais prévenus en dernière minute. Les socialistes. reposant sur une base franco-allemande. est dans son ensemble modérément favorable à l'initiative du ministre des Affaires étrangères. pour sa part. La déclaration souligne le rôle de la France dans la construction d’une Europe solide. Robert Schuman. elle propose aussi l'ouverture de négociations sur des bases précises.

fort attaché au maintien de l'unité allemande. le 18 avril 1951. le comte Carlo Sforza pour l'Italie.La Haute Autorité assistée d'un Comité consultatif. sans pour autant pouvoir se substituer aux entreprises en tant que telles.Le Conseil spécial de ministres. Finalement. Le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) crée plusieurs institutions chargées de la mise en commun du charbon et de l'acier européen et au-delà.La Cour de justice. Konrad Adenauer pour la République fédérale d'Allemagne (RFA). approuvent presque sans réserve le projet français. Pour ce faire. le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) est signé à Paris par Robert Schuman pour la France. Paul van Zeeland et Joseph Meurice pour la Belgique. Le Parti social-démocrate (SPD) par contre. craint un approfondissement de la division entre la partie de l'Allemagne sous influence occidentale et la partie sous influence soviétique. du maintien de la paix en Europe: . . doit renforcer son indépendance à l'égard des six gouvernements. . Joseph Bech pour le Luxembourg. Ils peuvent ainsi intervenir dans les marchés nationaux du charbon et de l'acier. les membres de la Haute Autorité ne représentent pas l'intérêt de leur pays d'origine mais s'engagent. L'orientation pacifiste et anticapitaliste du SPD renforce également la méfiance à l'égard du plan Schuman puisque ce dernier ne prévoit pas la nationalisation des industries lourdes du bassin de la Ruhr que les sociaux-démocrates réclament depuis longtemps.L'Assemblée commune. . Dirk Stikker et Jan Van den Brink pour les Pays-Bas. à défendre l'intérêt commun des États membres.libéral (FDP). . En effet. L'autonomie financière de la Haute Autorité. ils possèdent de larges compétences. demeure pour une large part hésitante sinon parfois hostile et peu informée. Le caractère supranational de la Haute Autorité est une innovation majeure. L'opinion publique allemande. qu'assure un «impôt» basé sur un prélèvement de 1 % maximum sur le chiffre d'affaires des entreprises du charbon et de l'acier. par serment. tout comme la majorité des industriels et même des syndicats allemands. bien que sensible à la portée symbolique du projet.