TD 2 – Les différentes théories de la culture Apprentissage de la question de synthèse I – Dossier documentaire

Document 1 : A : 2 p 149 B : 18 p 151 C: 3 p 141 Document 2 : . En ce sens, la reproduction des classes sociales est assurée de manière beaucoup plus efficace par la transmission du capital culturel que par celle du capital économique, puisqu'elle accorde peu de place aux stratégies délibérées d'accumulation [ À l'inverse, dans le modèle de La Distinction, les individus sont « classés » par leurs attitudes culturelles, et ce classement échappe en grande partie à leur contrôle. Ainsi, tandis que la classe de loisir n'est pas, chez Veblen, inaccessible aux « parvenus » (et aux « philistins »), la transmission du capital culturel crée, dès la prime enfance, selon Bourdieu, des écarts de dotation d'autant plus difficiles à compenser qu'ils son moins immédiatement visibles. Elle engendre de ce fait entre les groupes sociaux des frontières beaucoup plus hermétiques. A côté du concept d'habitus, la théorie de la légitimité culturelle constitue le second pilier du modèle théorique de La Distinction. L'espace des goûts et des habitudes culturelles n'est pas seulement socialement différencié. Il est aussi socialement hiérarchisé, traversé par des enjeux de pouvoir. ( … ) Les goûts et les pratiques, dans leur diversité, forment système, selon le degré auquel ils s'associent les uns aux autres ou s'excluent au contraire mutuellement. L'identité sociale du sujet tient non seulement à l'adhésion positive aux préférences de son milieu, mais aussi au « dégoût » exprimé pour les préférences attribuées aux autres groupes Source : P.Coulangeon , sociologie des pratiques culturelles Document 3 : En France, l'interrogation scientifique sur les pratiques culturelles a été depuis bientôt trente ans dominée par la question des inégalités de classe. La raison principale est sans doute la publication, en 1979 et au terme de toute une série de travaux empiriques, du maître ouvrage de Pierre Bourdieu, La Distinction ( qui a dressé un cadre théorique très solide pour analyser les liens entre la culture et le social.(…) Selon le modèle théorique exposé dans La Distinction, les éléments constitutifs du style de vie de l'individu sont le produit de son habitus, c'est-à-dire de l'ensemble des dispositions, des schèmes de perception et d'action incorporés aux différents stades de la socialisation et qui reflètent les caractéristiques sociales de son environnement [Bourdieu, 1980]. Les classes sociales se distinguent ainsi les unes des autres par le partage et la transmission d'un certain nombre de traits culturels qui conditionnent les comportements individuels dans un grand nombre de domaines (habitudes alimentaires, attitudes morales, opinions politiques, goûts et pratiques culturelles, etc.). Ces habitus de classes participent ainsi à l'édification de frontières symboliques entre les groupes sociaux et contribuent à renforcer leur cohésion interne. Dans la mesure où il repose en grande partie sur des mécanismes d'imprégnation informels et qui ne sont pas nécessairement conscients, analogues aux processus à l'œuvre dans l'acquisition du langage , l'effet de l’habitus ne relève pas à proprement parler d'un processus d'apprentissage L’apport de l'ouvrage était de mettre en évidence une correspondance entre la hiérarchie des pratiques culturelles et la hiérarchie des groupes sociaux. Dessinant le portrait des cultures de classes en France, P. Bourdieu montrait que les pratiques les plus légitimes, c'est-à-dire celles auxquelles il est reconnu une valeur supérieure aux autres (« LA» culture telle que la promeuvent les institutions, en premier lieu l'école), sont accaparées par les classes supérieures: opéra, théâtre, musique classique, musées... Les classes moyennes, elles, devaient se contenter de pratiques culturelles «dégriffées», c'està-dire des «formes mineures des pratiques et des biens culturels légitimes»: opérette plutôt qu'opéra, revues de vulgarisation plutôt que revues savantes, monuments et châteaux en lieu et place des musées et galeries d'art, jazz, photographie... Les classes populaires, enfin, étaient essentiellement définies par leur (auto)exclusion du domaine de la culture légitime («c'est pas pour nous» , se contentant, en matière de musique par exemple, d'oeuvres «légères» ou de musique savante dévalorisée (Le Beau Danube bleu, La Traviata, L’Arlésienne}, mais surtout de «chansons totalement dépourvues d'ambition ou de prétention artistiques» comme celles de Luis Mariano, Georges Guétary ou Petula Clark (l'enquête est réalisée dans les années 1960...). Vingt-cinq ans après, ce schéma ne semble plus pouvoir être reconduit tel quel. Certes, les inégalités face à la culture légitime sont toujours aussi flagrantes, mais le paysage culturel a connu de profonds bouleversements, avec notamment la montée en puissance des industries culturelles, de la télévision et d'Internet, ou l'apparition de nouveaux genres musicaux comme le rap... Ces mutations font ressortir rétrospectivement combien les différentes formes de la culture de masse sont absentes dans La Distinction. ( … )

L’ouvrage de Bernard Lahire, La Culture des individus a été de ce point de vue une étape importante. A partir de données statistiques, d'entretiens et d'observations ethnographique, le sociologue a voulu amender sans l'invalider la théorie de la légitimité proposée par P. Bourdieu. Ce que B. Lahire met à mal, c'est avant tout la correspondance entre hiérarchie sociale et hiérarchie des pratiques. Il montre par exemple, chiffres à l'appui,que certaines pratiques très légitimes ne sont en fait pratiquées que par une minorité au sein même des classes supérieures. De même, seule une minorité des membres des classes supérieures est «consonante», c'est-àdire n'a que des pratiques légitimes, la grande majorité faisant se côtoyer pratiques légitimes et peu légitimes . ( … ) Pour expliquer comment peut s'opérer ce mélange des genres à l'intérieur même des individus, B. Lahire met en avant toute une série de phénomènes. La variété des instances de socialisation, par exemple. Loin de n'être soumis, comme chez P. Bourdieu, qu'à l'action uniforme de l'école et du milieu familial, les individus contemporains sont soumis à des influences diverses et parfois contradictoires: famille et école, certes, mais aussi médias, groupes de pairs et amis, conjoint... Ces multiples appartenances se combinent avec les effets de la massification scolaire et de la mobilité sociale (sous toutes ses formes: petite ou grande, ascendante ou descendante...), qui favorisent la confrontation avec des normes sociales et des goûts hétérogènes. Source : X.Molénat , Pratiques culturelles , le mélanges des genres , Sciences humaines n° 170 , avril 2006

II – Travail préparatoire
1. Donnez le mode de lecture et de calcul des chiffres : • 46 ( premier quartile / lecture de livres ) ( doc 1 A ) • 80 ( diplôme supérieur / cinéma ( doc 1 A ) • enfants d’ouvriers sans pratiques culturelles pendant l’enfance / au moins une pratique culturelle à l’âge adulte ( doc 1 B ) 2. Quelles sont les données qui démontrent que les pratiques culturelles sont fortement influencés par l’origine sociale , le niveau de vie et le diplôme ? Quels sont les déterminants les plus importants ? ( doc 1 ) 3. Quelles sont les données qui permettent de relativiser cette homogénéité culturelle ( les enfants de classes populaires pratiquent des activités culturelles , les membres des classes supérieures pratiquent des activités dites populaires ? 4. Expliquez la phrase soulignée dans le document 3 en montrant que les différences classes sociales développent des pratiques culturelles qui leur permettent de se reconnaître , mais aussi de se séparer ( doc 3 ) 5. Quelles sont les évolutions observées depuis les années 60 qui relativisent l’analyse de Bourdieu ( doc 3 ) ? 6. Expliquez la phrase soulignée en montrant les apports d’une analyse de type interactionniste ( document 3 )

III – Question de synthèse
Après avoir constaté que les pratiques culturelles sont différentes suivant les milieux sociaux , ce qui assure l’homogénéité et la fermeture des groupes , vous en présenterez l‘analyse développée par P.Bourdieu . Dans une seconde partie , vous montrerez que les pratiques culturelles semblent beaucoup moins homogènes que par le passé en raison des évolutions de la société , ce qui nécessite l’élaboration de nouvelles analyses sociologiques

A : 2 p 149 En % Niveau de vie : • 1 quartile • 2 quartile • 3 quartile • 4quartile

Lecture de livres • • • • 46 50 61 76

cinéma • • • • 39 41 54 68

exposition • • • • 29 37 48 68

Théatre , concert • • • • • • • • • • 16 22 32 49

Pratiques en amateur • • • • • • • • • • 11 10 16 19

Diplôme • sans • 31 • 27 • diplôme • cep • 46 • 19 • • bep :cep • 45 • 39 • • bepc • 68 • 63 • • bac • 73 • 69 • • supérieur • 85 • 80 • Source : Enquête permanente sur les conditions de vie , octobre 2000 B:

23 31 39 48 57 72

12 17 18 30 41 57

6 6 9 17 22 25

C : 3 p 141 Aline ( … ) aime beaucoup jouer à la pétanque entre amis , l’été quand tout le monde mange dehors ( ..) . Elle participe aussi régulièrement à des karaokés , notamment à l’occasion d’anniversaires. ( … ) Elle aime aller voir des spectacles de danse ( …) Elle va de même très souvent à l’Opéra , à Orange , Nice ou Paris ( … ) Elle écoute du jazz dans certaines boîtes qui proposent des petits concerts après un dîner et se rend l’été au festival de Juan-les-Pins ou à des concerts à Nice .Elle va aussi « très souvent » ( avec des amis ou son fils ) voir des expositions de peinture ou de sculpture , et montre , par ses multiples déplacements , l’importance que revêtent à ses yeux ces arts : « Le dernier en date , c’est Dubuffet la semaine dernière à Paris au centre Pompidou , et il y a quinze jours ou trois semaines l’exposition sur Kandinski . Mais ça j’y vais , j’y vais partout .Il m’arrive même d’organiser un voyage pour aller voir un musée , (…) d’aller à la Tate Gallery par exemple » (..) En revanche , Aline va très peu au théâtre en invoquant un problème de temps , mais l’ensemble de ses autres sorties permet de relativiser l’argument ( .. ) Elle aime bien écouter les chanteurs « qui ont un texte »- Jacques Brel , Edith Piaf , Léo Ferré , Jean Ferrat , Georges Brassens – mais aussi des chanteurs de variété qui ne sont pas classés dans la catégorie des « chanteurs à texte » ( … ) .Elle aime en fait essentiellement les films comiques ( … ) , apprécie les films d’action ( … ) , les films policiers , les « westerns spaghetti » et ne déteste ( comme en littérature ) que les films fantastiques , de science-fiction ou d’horreur . Source : B.Lahire , La culture des individus , La Découverte 2004