Le Moyen Âge

Au Moyen Âge, le livre comme nous le connaissons aujourd'hui n'existe pas. D'ailleurs, fort peu de gens, à part les clercs, savent alors lire et écrire. La littérature, en ce temps, est principalement orale, c'est-à-dire qu'elle est racontée par les troubadours ou les trouvères. Les gens, réunis dans la cour du château, écoutent les contes des jongleurs. Le jongleur est celui qui plaisante (joculari, en latin) et qui bavarde (jangler, en latin). Sa mémoire exceptionnelle lui permet de se rappeler les centaines, voire les milliers de vers des divers récits que le peuple aime à entendre c'est, d'ailleurs, la rime qui lui permet de retenir le texte, qu'il modifie souvent à son gré. Il mime pour eux divers passage, il rend le texte « vivant ». Il faut comprendre que c'est le passage l'« oralité » à l'écriture qui permet aux œuvres de durer, et qui donnent vraiment leurs lettres de noblesse aux auteurs, qui acquièrent le véritable statut d'écrivain. Même si les genres littéraires ne sont pas encore vraiment codifiés, les auteurs apportent une grande attention à la forme de leurs écrits. Il est important pour eux de suivre la tradition, sans chercher l'originalité. D'ailleurs, l'anonymat est la règle d'or pour les écrivains du Moyen Âge. Ils n'essaient pas de se démarquer, mais d'intégrer au mieux la tradition, de réécrire des textes antérieurs, d'en rassembler des éléments épars. L'auteur au Moyen Âge se considère comme un traducteur ou un continuateur plutôt que comme un créateur. La notion de « propriété littéraire » ou de « propriété intellectuelle » n'existe pas. Le texte n'appartient pas à un auteur et il est normal de s'en servir, de le plagier, de le remanier, de le poursuivre ou d'en changer le début.

Miniature, XIIIe siècle

Beauvais copiste, détail C'est à partir du XIIIe siècle qu'apparaîtra peu à peu la notion d'écrivain. En effet, le développement des villes permet à la vie culturelle de s'épanouir. Grâce à la protection d'un seigneur, l'écrivain peut bénéficier d'un gîte et de subsides, en même temps que d'un public attentif et cultivé. Il écrit donc pour eux des textes susceptibles de leur plaire. En effet, au XIIIe siècle, l'activité littéraire ne peut être envisagée hors du mécénat. L'écrivain est nécessairement au service d'un prince ou d'un puissant, et exécute pour eux des commandes. En échange de ses productions, il reçoit la protection qui lui permet de vivre à l'abri du besoin. C'est ainsi que l'écrivain est appelé à jouer un grand rôle dans le divertissement des cours aristocratiques, où le public féminin occupe alors une place de choix. Ce sont d'ailleurs surtout des femmes qui ont fait le succès de la littérature romanesque au XIIe siècle. On comprend mieux alors le rôle joué par les dynasties dont les romans sont remplis. Ces très grands seigneurs ne sont ni frustes ni incultes. Ils se piquent d'élégance, de belles manières et de beau langage. De plus en plus, les puissants s'entourent de lettrés dont ils font leurs hagiographes ou leurs écrivains attitrés. Chanson de geste Dès le XIe siècle, des poèmes, les chansons de geste, racontent les aventures de chevaliers pendant des événements historiques remontant aux siècles antérieurs (gesta, en latin, signifie « action » ou « fait exceptionnel »). Mais c’est bien l’idéal de la société féodale qui est en fait mis en scène : respect absolu des engagements féodaux entre suzerain et vassal, morale chevaleresque, qualités guerrières au service de la foi. Le chevalier obéit à un code d’honneur très exigeant : méprisant la fatigue, la peur, le danger, il est irrémédiablement fidèle à son seigneur. Le chevalier vit pour la guerre, il est fier de ses exploits guerriers. La femme n’a pas de place dans cet univers. Il faut savoir qu’à compter du XIe siècle, époque animée d’une très grande ferveur religieuse, les seigneurs féodaux entreprennent de grandes expéditions militaires en Terre sainte pour libérer le tombeau du Christ des mains de l’envahisseur musulman. Ce sont les croisades. En même temps qu’elles affermissent le régime féodal et consacrent le prestige de la classe aristocratique, les croisades engendrent un idéal humain : celui du chevalier croisé (« qui prend la croix »), sans peur et sans reproche. Le preux chevalier est un modèle de toutes les vertus : homme d’une générosité sans limites, il se montre vaillant au combat, loyal à son seigneur, à sa patrie et à son Dieu. Le sens de l’honneur lui importe autant que sa vie (du moins, c’est ce que la légende a retenu ; en réalité, ces expéditions furent également l’occasion de libérer, avec la bénédiction de l’Église, des instincts guerriers, de pillage et de tuerie). Les chansons de geste sont ainsi l’expression littéraire de ces entreprises autant militaires que religieuses. Ce genre littéraire est typiquement médiéval. L’analyse psychologique y importe bien moins que l’exaltation nationale. C’est l’histoire revue et corrigée par la légende et le merveilleux. Les récits aiment exagérer les faits d’arme accomplis. Prouesses physiques, exploits extraordinaires, luttes merveilleuses et parfois même affrontements téméraires contre des monstres et des forces maléfiques mettent en valeur les chevaliers, symboles du bien. Les qualités du héros sont encore magnifiées lorsqu’elles sont mises au service de Dieu, suzerain suprême. D’ailleurs, afin de mettre davantage en relief les qualités exceptionnelles du héros épique, on l’oppose régulièrement à un antagoniste, félon et traître – le félon suprême étant celui qui refuse de se soumettre à Dieu, plus grand des souverains : le musulman, ou Sarrasin (ou Infidèle).

Les chansons de geste sont écrites en vers et sont divisées en strophes de longueur variable, qu’on appelle laisses. Les vers ne riment pas : ils sont plutôt construit sur l’assonance, qui est la répétition de la dernière voyelle accentuée du mot (par exemple : mal / face ; la première laisse de la Chanson de Roland se termine avec les mots : magnes / Espaigne / altaigne / remaigne / fraindre / muntaigne / aimet / recleimet / ateignet). Ces assonances contentent le sens musical d’un public qui ne lit pas, mais entend déclamer le récit en même temps qu’elles permettent au conteur de se rappeler le vers suivant. Le courant épique :
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présente des caractères stéréotypés : monde divisé entre le bien et le mal, qui s’opposent ; évoque des temps où se déploie une énergie conquérante (mais apparaît plusieurs siècles après – jamais contemporain de l’événement) ; se lie à une société féodale ; a un caractère fortement national ; présente une galerie de conduites exemplaires ; interprète l’événement par le mythe.

La chanson de geste est l’incarnation française du poème épique.
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Elle est écrite en vers, divisés en laisses. Elle est toujours plus ou moins liée à Charlemagne. Elle valorise la vie militaire par : o l’apologie de la force physique, des exploits ; o l’apologie de la bravoure, de la hardiesse ; o l’apologie de la loyauté au suzerain ; o une condamnation parallèle du félon, de l’Infidèle Elle développe peu la psychologie des personnages.

Anthologie et Courants épique et courtois, Cégep de Lévis-Lauzon, 1995.

Charlemagne retrouve le corps de Roland

Chanson de Roland
La Chanson de Roland est la plus célèbre des chansons de geste. Créée à la fin du XIe siècle par un poète anonyme – que certains croient être Turolde, dont on peut lire le nom dans la dernière laisse du poème –, elle raconte, en l’amplifiant et le dramatisant, un épisode des guerres menées par Charlemagne contre les Sarrasins : la désastreuse bataille qui se serait déroulée à Roncevaux. Résumé : Charlemagne fait la guerre en Espagne depuis sept ans. Il rentre en France après avoir soumis Pampelune, mais il a été trahi par un de ses barons, Ganelon. Au passage de Roncevaux, le traître le convainc de placer Roland à la tête de l’arrière-garde. Onze autres barons se joignent à Roland, qui se choisissent seulement 20 000 chevaliers – pour s’opposer aux 100 000 Sarrasins qui vont les attaquer. Avant la bataille, Olivier, son meilleur ami, tente de convaincre Roland d’appeler Charlemagne à la rescousse, mais il refuse, par orgueil. Tout le monde mourra, les 100 000 Sarrasins et les 20 000 Français. Roland meurt le dernier, juste avant l’arrivée de Charlemagne, qui anéantit le reste de l’armée sarrasine (de 300 000 hommes). L’archange Gabriel emporte l’âme de Roland au paradis. Textes : La Chanson de Roland

Le Roman
Genre littéraire le plus connu aujourd’hui, le roman est né au Moyen Âge. Au XIIe siècle, le roman est écrit… en vers – comme la majorité des œuvres littéraires. Roman veut alors dire écrit en langue romane (en langue vulgaire, en français), par opposition au latin, qui est la langue des érudits. Ce n’est qu’au XIVe siècle qu’apparaît le roman en prose. L'expression « mettre en roman » est utilisée, vers 1150, pour désigner des récits adaptés des textes latins, pratique alors courante. Cette traduction (ou translatio) est en général une adaptation plus ou moins éloignée de l'œuvre « originale » La langue vulgaire est d'abord utilisée pour raconter la vie des saints, mais très vite la fiction s'en empare. Le nouveau genre littéraire ainsi créé, « le roman », prend alors le nom de la langue qu'il utilise. Le sens courant du mot « roman » demeure assez longtemps celui de « récit composé en français », même si Chrétien de Troyes substitue à l'expression « mettre en roman » celle de « faire un roman », qui met l'accent sur son activité créatrice. Tandis que la chanson de geste est toujours populaire, la nouvelle génération, celle de Chrétien, fera la fortune du roman, qui triomphera finalement de l'épopée. Il semble donc que ce nouveau genre réponde à la demande d'une société qui vit de profonds changements socioculturels. Page manuscrite du Roman de la rose

Le roman se distingue selon son origine :
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le roman antique (raconte des aventures fabuleuses des temps anciens) le roman breton (ce sont les récits de la table ronde) le roman oriental

Le roman célèbre le goût de l’aventure. Il fait souvent une place importante au merveilleux, malgré son caractère didactique. Enluminure du Roman de la table ronde, XVe siècle

Chrétien de Troyes et le roman
Chrétien de Troyes, bien que l'on ne sache quasiment rien de lui, est le plus grand romancier français du Moyen Âge. Il est d'ailleurs considéré comme le premier « romancier » médiéval. On présume qu'il est né autour de 1135. On suppose qu'il a fréquenté les cours de Marie de Champagne (sur l'ordre de laquelle il dit avoir écrit Lancelot, le chevalier à la charrette) puis de Philippe d'Alsace, comte de Flandres (à qui Perceval est dédié). Tout dépendant des sources, Chrétien semble avoir écrit une quinzaine d'années, d'environ 1170 à 1185. Sa grande culture laisse supposer une formation de clerc. On ne sait pas s'il a exercé le sacerdoce au sein de l'Église. On peut cependant affirmer qu'il était fier de sa condition d'intellectuel, qu'il célèbre dans les premiers vers de Cligès. Il y exprime, en effet, sa dignité de clerc s'estimant au moins l'égal des chevaliers, et la fierté du moderne héritier d'un passé fort prestigieux. Dans les prologues de ses romans, Chrétien expose de façon claire les grands principes de son art d'écrire, qui sont aussi ceux de son époque. Sa poétique s'articule autour de trois notions : la matière (le sujet), fournie par des sources orales ou écrites, le sens (la direction, l'orientation générale), qui est souvent imposé par le mécène, et la conjointure (la composition), qui donne cohérence et unité, et fait du roman une œuvre d'art. Chrétien de Troyes aura de multiples héritiers tout au long du Moyen Âge. Sa redécouverte, toutefois, est relativement récente : ignoré à la fin du XIXe siècle, il n'est édité et traduit qu'après la Seconde Guerre mondiale.

Perceval monte le cheval noir, v. 1385-1390

Pour la première fois avec Chrétien de Troyes, on peut parler d'une « œuvre » : ses romans forment un ensemble cohérent, avec des constantes et des ruptures. Chrétien a un style et une tonalité personnels : une sorte de distance, pleine d'humour et de poésie. Les aventures des chevaliers qui sont les héros de ses romans ont souvent un sens symbolique : ils représentent la quête d'une identité. L'amour tient également une large place dans ses romans, mais, chez Chrétien, il ne peut se réaliser pleinement que dans le mariage. Il semble en effet qu'il s'efforce, dans l'essentiel de son œuvre, de résoudre l'antinomie entre l'amour courtois, adultère par principe et par nécessité, et la morale chrétienne, désapprouvant évidemment un tel code. Homme de son temps, il semble quand même que Chrétien ait quelques réserves à l'égard du monde qui l'entoure. Yvain, en particulier, contient une critique explicite et sévère de l'aristocratie à travers l'image donnée de la prouesse et de l'amour. En effet, la prouesse pèche, selon lui, par excès : on tue sans discernement et sans merci c'est-à-dire sans mesure, valeur pourtant importante pour un chevalier -, et on oublie souvent le but de la violence, qui ne devrait servir que la justice et le droit, dans une société de paix. L'amour, au contraire, pèche par légèreté, par manque de profondeur et d'esprit de sacrifice, nul ne sachant plus ce que signifie le véritable amour. Ainsi, Chrétien critique les mœurs aristocrates en témoin réformateur. Certains le qualifient de « porte-parole de la minorité pensante devant la médiocrité de la masse des seigneurs », et disent que ses romans sont autant d'exemples moraux à méditer.

Entrée à Paris d'Isabeau de Bavière, XVe siècle

Textes médiévaux célèbres
Romans en vers Chrétien de Troyes
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Érec et Énide (v. 1165-1170) Cligès (v. 1176) Lancelot ou le chevalier à la charrette - roman inachevé (v. 1178-1181) Yvain ou le chevalier au lion (v. 1178-1181) Perceval ou le conte du Graal - roman inachevé (v. 1182-1190)

Lancelot passe le Pont de l’épée

Lancelot dans la charrette

Lancelot Lancelot, le chevalier à la charrette (1179) est le troisième des cinq romans écrits par Chrétien. Il a sans doute été écrit en même temps qu’Yvain, le chevalier au lion, avec qui il partage une même chronologie. Chrétien a laissé Lancelot inachevé : c’est un continuateur qui en a écrit la fin. Composé censément sur l’ordre de la comtesse Marie de Champagne, Le Chevalier à la charrette met en scène l’amour éminemment courtois de Lancelot, nouveau venu dans le personnel arthurien, et de la reine Guenièvre. Enlevée par Méléagant, le roi de Gorre (royaume de l’Autre-Monde), celle-ci est retrouvée et libérée par Lancelot, prêt à tous les sacrifices et à toutes les humiliations pour reconquérir sa dame, dont il obtient finalement en récompense le « don de merci ». Le personnage de Lancelot, amant courtois qui obéit sans discuter aux caprices de la reine et l’adore à l’égal de Dieu, conserve par ailleurs des traits messianiques qui font de lui « le meilleur chevalier du monde », le libérateur vers lequel se tournent les espoirs de tous les prisonniers du ténébreux royaume de Gorre. Le Chevalier à la charrette ou de la charrette est le noyau à partir duquel va se développer le Lancelot en prose du XIIIe siècle, dont la deuxième partie reprend et aménage les données du texte de Chrétien. Son importance ultérieure est considérable, dans la mesure où il met en place le couple courtois idéal, moins « primitif » et plus exploitable, sur le plan romanesque, que celui de Tristan et Yseult. Romans (suite)

Béroul et Thomas Tristan et Yseult - fragments (entre 1170 et 1180)

Marie de France Lais (v. 1180)

Tristan ramène Yseult au roi Marc Le roman de Tristan et Yseult auquel on pense en premier aujourd'hui est une reconstitution moderne de l'histoire des deux amants malheureux par Joseph Bédier à partir des fragments qui nous sont parvenus d'auteurs médiévaux comme Béroul ou Thomas, racontant divers épisodes vécus par les héros. Tristan et Yseult est un récit d'amour. Tristan, orphelin, est élevé par son oncle Marc, roi de Cornouailles. Pour lui, il délivre le pays du Morholt, géant irlandais prélevant annuellement un tribut humain. Mais il est blessé dans le combat : un fragment de l'épée empoisonnée du géant se fiche dans sa chair ; seule la sœur du géant, la mère d'Yseult la blonde, peut le guérir. C'est ainsi qu'il part pour l'Irlande. Il en reviendra avec Yseult, qui doit épouser le roi Marc. La mère d'Yseult, pour le bonheur de sa fille, a préparé une sorte de potion magique : le breuvage devait inspirer aux époux un désir impérieux et irrésistible. Cependant, Brangien, la servante d'Yseult, sert malencontreusement aux deux jeunes gens le philtre d'amour, sur la nef qui les ramène en Cornouailles : Tristan et Yseult brûlent désormais d'une passion impossible à éteindre. Épiés par les barons de la cour du roi Marc, les amants sont accusés d'adultère. Condamné, Tristan doit s'enfuir, non sans avoir d'abord sauvé Yseult des lépreux auxquels la destinait son magnanime époux. Ils vivent alors dans les bois, comme des sauvages, leur amour interdit.

Un jour qu'ils sont surpris par le roi Marc, Tristan se rend compte de ce qu'il fait subir à Yseult parce qu'il l'aime : il la ramène au château, où elle réintègre sa place aux côtés de Marc. Tristan, quant à lui, fuit en Armorique. Il y épouse Yseult aux blanches mains, la sœur de son compagnon Kaherdin, elle ne déloge jamais de son cœur Yseult la blonde. Blessé à mort au combat, Tristan envoie Kaherdin chercher Yseult la blonde en Cornouailles. Mais Yseult aux blanches mains a tout entendu : la jalousie lui fait mentir à son époux, et elle lui dit que le navire qui revient porte le pavillon noir (signe convenu avec Kaherdin qu'Yseult n'est pas à bord). Tristan se laisse mourir de désespoir. Yseult la blonde, enfin arrivée au chevet de son amant mort, se laisse mourir de douleur. Textes : Tristan et Yseut Tristan et Yseut boivent le philtre d'amour Romans (suite)

Anonyme Le Roman de Renart (compilation de textes de 1174 à 1342 environ)

Guillaume de Lorris et Jean de Meung Le Roman de la rose (entre 1225 et 1270)

Page manuscrite du Roman de Renart

Poésie

Guillaume IX d’Aquitaine (1071-1127) L’Amour lointain

Rutebeuf (1230-1285) La Complainte Rutebeuf

Guillaume de Machaut (1300-1377) Le Cœur mangé

François Villon (1431-apr. 1463) Le Testament

Extrait du Livre des très riches heures du duc de Berry

Théâtre

Anonyme Le Jeu d’Adam (v.1150)

Jean Bodel Le Jeu de Saint Nicolas (1200)

Rutebeuf Le Miracle de Théophile (1262)

Anonyme La Farce de maistre Pathelin (v.1465)

Pathelin et le drapier, gravure sur bois recolorée

La Renaissance
L’Humanisme
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Critique de l’éducation rhétorique, où on rabâche les propos du maître Désir d’une éducation qui soit équilibrée : on veut apprendre aux gentilshommes tant les armes que la culture générale Désir de retour à l’étude des textes anciens, même s’ils contredisent la religion Érasme, par Hans Holbein le vieux

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Apprentissage des langues anciennes (hébreux, grec, etc.) pour « lire dans le texte » Ouverture d’esprit généralisée Désir de connaître par o les voyages o la dissection Désir de tolérance

Les premiers formats de poche (une invention de l’Italien Manuce)

L'écrivain de la Renaissance
L’écrivain de la Renaissance, comme tous les intellectuels, est profondément marqué par l’apparition du livre imprimé. Il faut dire que l’automatisation de l’impression marque si profondément la Renaissance qu’on peut se demander si elle aurait eu le même retentissement sans elle. Ainsi, la large diffusion des livres que permet l’imprimerie fait non seulement augmenter considérablement l’influence et la renommée des auteurs, mais elle leur permet aussi d’enrichir leur travail par un accès plus facile aux idées, aux histoires et au style des autres écrivains.

Enfin, la littérature n’est plus réservée à quelques érudits qui ont accès à de trop rares manuscrits ! D’ailleurs, s’ils demeurent toujours une minorité, les intellectuels forment un groupe beaucoup plus vaste et diversifié qu’au Moyen Âge, et qui s’intéresse à davantage d’objets d’études : œuvres littéraires françaises, italiennes, anglaises, grecques, latines, mais aussi théologie, philosophie, droit, sciences, philologie, etc. Bien qu’ils soient encore souvent des clercs, les savants se consacrent de plus en plus au développement d’une pensée laïque et d’une littérature profane. L’écrivain de la Renaissance participe du même coup à l’enrichissement du français : il contribue à fixer l’orthographe, la grammaire, la syntaxe. C’est en effet à cette époque d’affirmation d’une culture nationale que s’écrivent les premiers dictionnaires – qui sont alors bilingues (en France, le premier grand dictionnaire, de Robert Estienne, français-latin, date de 1538). Rabelais plus que tout autre a joué un rôle de premier plan, puisqu’il a fait entrer dans la langue française des centaines de mots, et que plusieurs de ses proverbes et de ses expressions sont encores connus aujourd’hui et repris dans les dictionnaires pour illustrer l’utilisation de certains mots. Si la principale caractéristique de la littérature de la Renaissance est sans doute l’abondance des références à l’Antiquité, l’écrivain du XVIe siècle s’inspire aussi des événements de son époque ou des œuvres de ses contemporains. C’est en effet le mélange d’ancien et de nouveau qui favorise la Renaissance des arts et des lettres. C’est ainsi que l’on sent l’influence de la poésie de Pétrarque dans les vers de Louise Labé, que Montaigne parle des cannibales du Nouveau Monde, que Rabelais présente un programme d’éducation humaniste dans son Gargantua, ou que Marguerite de Navarre peint les mœurs amoureuses des nobles dans ses écrits.

La poésie renaissante
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Comme les humanistes, les poètes de la Renaissance redécouvrent l’Antiquité Importance accrue de la mythologie gréco-romaine Poésie à forme fixe o Ballade o Ode o Sonnet

Danaé, par Le Corrège La Pléiade
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regroupement de sept poètes dont faisaient partie du Bellay et Ronsard font de la poésie l’art le plus noble, tant qu’elle imite les anciens tiennent à écrire en français (qu’on dénigrait encore) plutôt qu’en latin, c’est pourquoi du Bellay signe la Deffense et illustration de la langue françoise

Portrait de Ronsard L’inventeur du genre est Michel de Montaigne (1533-1592). Si, aujourd’hui, essayer signifie tenter, expérimenter, risquer – et se tromper, parfois –, ce mot avait pour Montaigne le sens d’une démarche intellectuelle procédant d’une libre analyse de tout sujet susceptible de retenir l’attention. Ce n’est pas pour rien que l’essai est un genre qui fait son apparition à la Renaissance, puisque c’est seulement à ce moment que la pensée se sent libérée des dogmes, des préconçus. Comme l’humain devient un nouveau centre d’intérêt, l’expérience personnelle, prend de plus en plus d’importance, et, pour Montaigne, c’est un lieu où ressourcer sa pensée. C’est ainsi que, quel que soit le sujet qu’il aborde, Montaigne en fait une réflexion qui part de l’expérience vécue : il se penche sur la mort à partir d’un accident de cheval qu’il a eu, de l’amitié à partir du chagrin que lui a causé le décès de son ami Étienne de la Boétie, de l’éducation en se remémorant celle qu’il a reçue. Mais il ne raconte pas sa vie. Montaigne dépasse la biographie pour rejoindre l’universel. « D’autres forment l’homme, moi, je le raconte », disait-il. Ainsi, l’essai appartient à la littérature d’idées ou de réflexion : c’est une nouvelle subjectivité, une relation personnelle entre le moi et le monde. En fait, l’essai, c’est :
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écrire au « je » réfléchir sur soi et sur le monde qui nous entoure soigner la forme de son écriture jusqu’à la rendre lyrique.

Portrait présumé de Michel de Montaigne

Les grands auteurs de la Renaissance
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Érasme (1467-1536) o Éloge de la folie (explication du protestantisme) Marguerite de Navarre (1492-1549) o Heptaméron (nouvelles inspirées par le Decameron italien de Boccace)

Marguerite de Navarre, attribué à Clouet François Rabelais (1494?-1553)
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Gargantua Pantagruel Le tiers livre Le quart livre

François Rabelais Poètes
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Clément Marot (1496-1544) o Épître Ronsard (1524?-1585) o Les Amours Joachim du Bellay (1522?-1560) o Les Antiquités de Rome o Les Regrets Louise Labbé (1526-1565) o Sonnets

Clément Marot, par G. Moroni

L’art renaissant
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La peinture de la Renaissance, contrairement à la sculpture et à l’architecture, manque de modèles antiques Elle utilise à son profit les recherches sur la perspective Elle prend un essor particulier, grâce à l’utilisation de solvants à l’huile et du chevalet

Étude pour la construction de la perspective de l ’Adoration des Mages, de Léonard de Vinci

La toile est une nouveauté qui facilite la circulation des œuvres (elles peuvent voyager roulées) et permet une rapide diffusion des courants esthétiques L’artiste renaissant acquiert la dimension de créateur individuel

La mort de l’Avare, de Jérôme Bosch

Les grands artistes de la Renaissance
Sandro Botticell (1448-1510)
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peintre, dessinateur et graveur italien auteur du premier vrai nu féminin, La Naissance de Vénus (1485) célèbre pour ses allégories, dont Le Printemps (1478) est la plus connue

Le Printemps, de Botticelli Léonard de Vinci (1452-1519)
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peintre, sculpteur, architecte, ingénieur militaire et inventeur italien travaille pour François Ier de 1515 à 1519 renouvelle l’art du portrait (surtout féminin) écrit un Traité de la peinture (1490)

La Joconde, de Léonard de Vinci Léonard de Vinci s’attache avant tout à traduire la dimension psychologique de ses personnages, dont les formes enveloppées dans la pénombre (sfumato) se matérialisent en des tons doux et gradués jeu subtil de clairs-obscur Vierge aux rochers, de Léonard de Vinci

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dans la dernière période de sa vie, Léonard de Vinci s’adonne intensément aux recherches scientifiques il illustre par des centaines de dessins l’union entre l’art et la science, caractéristique de cette époque

Étude des proportions du corps humain, de Léonard de Vinci Michel-Ange (1475-1564) (Michelangelo Buenarroti)
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peintre, sculpteur, architecte, ingénieur et poète italien contrairement à Léonard de Vinci, il élève la sculpture, et non la peinture, au sommet de tous les arts

Création d’Adam, par Michel-Ange

David, par Michel-Ange
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une recherche anatomique poussée à l’extrême, jointe à un sens du pathétique complètement maîtrisé, donnent à ses œuvres une plénitude nouvelle (voir le David) on retrouve ces mêmes qualités dans sa peinture, et spécialement dans les fresques qu’il réalise pour la chapelle Sixtine, Scènes de la Genèse et Jugement dernier

Raphaël (1483-1520) (Raffaello Sanzio)
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peintre italien, le plus jeune des maîtres de ce temps dessin d’une grande force expressive, et empreint d’une poétique originale dont ses madones et ses portraits sont le reflet

La Madone Sixtine, de Raphaël Titien (1490-1576) (Tiziano Vecellio)
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prodigieux portraitiste et premier grand peintre de nus : sa Vénus d’Urbino aura une descendance nombreuse jusqu’à l’Olympia de Manet représente les déesses comme de fastueuses courtisanes à la mort du peintre Bellini (1540), il règne en maître sur la peinture vénitienne

Vénus d’Urbino, par Titien

Les Clouet
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La France est le pays qui établit les liens les plus précoces avec l’art italien, en partie à cause des intérêts politiques que les monarques français ont dans la péninsule Les guerres ont pour conséquence l’afflux vers la France d’artistes italiens Les Clouet (le père vécut de 1485 à 1541, le fils, de 1515 à 1572), peintres du roi, se distinguent par la vigueur de leurs portraits

François Ier, par Jean Clouet père Le Caravage (1573-1610) (Michelangelo Merighi, dit Caravaggio)
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amène une « révolution » de l’art pictural approche nouvelle et plus directe de la réalité qui tranche avec la production contemporaine

L’Amour victorieux, du Caravage

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réalisme si révolutionnaire qu’il heurte souvent ses commanditaires compositions hardies jeu très novateur des ombres et des lumières succès immédiat produisant un vaste mouvement (ténébrisme ou caravagisme), qui eut des répercussions importantes sur la plupart des courants de la peinture européenne

L’incrédulité de Saint Thomas, du Caravage