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Partie 2 : L'action administrative.

Titre 1 : Les actes administratifs.
§ préliminaire.
A/ Distinction des actes : acte unilatéral et contrat.
Un acte édicté par un seul auteur sera unilatéral. Problème : un arrêté interministériel est un acte. La précision supplémentaire tient à son contenu : un acte unilatéral
régit le comportement de personnes qui n'ont pas pris part à l'élaboration de l'acte, alors qu'un contrat administratif régit les relations réciproques de ses auteurs.
Un contrat d'adhésion est un contrat dont le contenu est déterminé unilatéralement par la seule administration. L'autre partie ne fait que donner son consentement.
Les actes unilatéraux peuvent être négociés : le contenu est discuté avec ceux à qui il va s'appliquer.
Les actes mixtes : leur contenu est en partie unilatéral et en partie contractuel. Ce caractère mixte est attribué aux concessions de service public : le contrat n'en est pas
vraiment un, car il comporte une partie réglementaire (unilatérale = les règles de fonctionnement), à coté de la partie contractuelle (le tarif imposé aux usagers,…)
B/ Régime commun aux actes : l'accès aux documents administratifs.
La préparation, l'exécution des actes de l'administration nécessite l'élaboration de nombreux documents. La loi du 17/7/1978 a ouvert au bénéfice des administrés un
droit d'accès aux documents administratifs.
Cette loi distingue : - l'accès aux documents administratifs non nominatifs : c'est un droit très large ouvert au profit de toute personne, pour tout document (décision,
rapport, avis,…) émanant de l'administration (l'état, les établissements publics, les organismes chargés de gérer un service public,…), sauf pour les documents portant
atteinte à un secret protégé de l'administration, aux secrets privés (médical, personnel,…), ayant trait à la sécurité, à la recherche d'infraction ou concernant une
procédure en cours devant une juridiction (CE, 27/7/1984 Association SOS Défense & Bertin : il distingue en matière de décision de justice). La jurisprudence a ajouté
les documents inachevés ou faciles à trouver ailleurs.
- l'accès aux documents nominatifs : le droit de communication n'appartient qu'aux personnes concernées. La jurisprudence considère que des actes
notariés ou des actes d'état civil ne sont pas des actes administratifs. Si le document nominatif fait partie d'un fichier, la loi applicable est celle du 6/1/1978 relative à
l'information, aux fichiers et aux libertés. Cette loi a en outre créée la CNIL, qui doit autoriser la création de tout nouveau fichier.
- le droit d'accès aux documents administratifs placés sous la Commission d'Accès aux Documents Administratifs. Il s'agit d'un organisme indépendant :
si une administration refuse de communiquer un document, l'administré a deux mois pour saisir la CADA, qui émet un avis (document communicable ou non). Si
l'administration refuse toujours, l'administré peut alors saisir le juge administratif dans les deux mois.
Chapitre 1 : Les actes administratifs unilatéraux.
Section 1 : La notion de décision exécutoire.
§1 : Critère de la décision exécutoire.
Une décision peut être imposée aux administrés sans leur consentement = une prérogative de puissance publique.
CE, 30/5/1913 Préfet de l'Eure : cette faculté n'a pas à être reconnue préalablement par un juge.
Le caractère décisoire de l'acte est essentiel : la décision est exécutoire quand l'acte unilatéral modifie l'ordonnancement juridique (crée une nouvelle norme de droit, en
modifie une ancienne, ou édicte une norme qui supprime une norme préexistante) ou en cas de décision expresse de maintenir l'ordonnancement juridique (décision
confirmative ou refusant une demande). Cette qualification comporte des conséquences importantes : l'élément décisoire qui s'y attache permet de faire naître des effets
de droit, de former un recours devant le juge, et ces décisions exécutoires peuvent être exécutées par la force.
§2 : Les formes des décisions exécutoires.
A/ Décisions explicites.
Cette décision peut être un geste (un signe fait par un agent de police), être verbale (CE, 3/11/1961 Canet : la décision du directeur d'une administration centrale qui
enjoint à un fonctionnaire de cesser ses fonctions en est une). La plupart sont écrites : ce peut-être un décret, un arrêté,… ou une lettre, une circulaire, un télex,…
B/ Décisions implicites.
Ä la décision implicite de rejet : si l'administration garder le silence pendant 4 mois, il vaut décision implicite de rejet. Le Conseil constitutionnel (26/6/1969
Protection des Sites) y a vu un PGD, mais pour CE, 27/2/1970 Commune de Bozas, c'est une règle écrite dans le décret du 11/1/1965 relatif aux délais du recours
contentieux.
Le but est d'empêcher l'administration de faire obstacle à certains recours en gardant le silence, car tout recours juridique devant une juridiction administrative doit être
dirigé contre une décision.
Lorsqu'un administré fait une demande à une autorité administrative incompétente, le décret du 28/11/1983 oblige l'autorité saisie à tort à transmettre elle-même la
demande à l'autorité compétente, et la règle des 4 mois s'applique alors à cette date. Ce délai de 4 mois peut être modifié par un texte : il n'est que de 2 mois dans
certains cas.

Ä la décision implicite d'acceptation : il s'agit d'une dérogation à la règle précédente, mais qui pourrait devenir la règle générale en vertu d'un projet de loi en
discussion au Parlement. Il s'agit d'autorisations tacites d'exercer une activité : autorisation tacite de licencier un salarié, permis tacite de construire,… La demande faite
par l'administré déclenche un délai qui peut être de durée variable : 4 mois, 6 mois, 30 jours,… voire nulle. Dans le cas d'un permis de construire, l'administré fait la
demande au maire, qui en retour lui fait connaître la date à laquelle la décision lui sera notifiée. Si rien ne se passe à cette date, ce silence vaut acceptation.
§3 : Les actes unilatéraux non décisoires.
CE, 9/6/1978 Spire : une promesse peut entraîner la responsabilité de l'administration, mais ne peut faire l'objet d'un recours en annulation.
A/ Les circulaires.
Elles contiennent normalement des indications, instructions,… adressées par le chef de service au personnel de son service pour indiquer comment appliquer tel ou tel
texte législatif ou réglementaire. Leur rôle étant normalement d'être interprétative, elles ne sont pas opposable aux administrés, qui ne peuvent pas non plus s'en
prévaloir.
CE, 29/1/1954 Institution Notre Dame du Kreisker distingue entre les circulaires interprétatives et les circulaires réglementaires, qui modifient l'ordonnancement
juridique et ont dès lors valeur de règlement.
Le décret du 28/11/1983 précise que tout intéressé est fondé à se prévaloir à l'encontre de l'administration de toute circulaire, dès lors qu'elle est publiée.
B/ Les directives.
Ce sont des documents adressés par des chefs de service à leurs subordonnés pour préciser les mesures à prendre, c'est-à-dire pour dicter le comportement à adopter
dans telles ou telles circonstances.
CE, 11/12/1970 Crédit Foncier de France complété par CE, 29/6/1973 Société Gea distingue les directives des circulaires. Il affirme explicitement affirme l'absence de
recours en excès de pouvoir contre une directive.
Un règlement décide ; une directive oriente : l'administration peut donc s'écarter de l'orientation.
Une directive n'a pas d'effet direct sur les administrés, et ne peut donc pas être l'objet d'un recours en excès de pouvoir. Depuis la loi du 17/7/1978, les directives
doivent être publiées, car elles peuvent avoir des conséquences à l'égard des administrés, et leur sont donc indirectement opposables. S'il n'est pas possible de les
contester directement, elles peuvent l'être indirectement par l'exception d'inconstitutionnalité.
C/ Les mesures d'ordre intérieur.
Ce ne sont ni des décisions exécutoires, ni des directives, ni des circulaires.
Il y a trois critères : il s'agit d'une mesure discrétionnaire (aucune corrélation juridique ne doit exister entre l'appréciation et la sanction), purement interne au service
(ses effets juridiques doivent être limités à l'intérieur de l'établissement), et n'ayant aucun effet sur la situation juridique de l'intéressé.
Ce peut être : - une décision exécutoire de faible importance, telles que les punitions infligées aux élèves dans les écoles, aux militaires et détenus de prison dès lors
qu'elles ne modifient pas le statut juridique de l'intéressé.
CE, 20/11/1954 Chapou : la décision d'une directrice d'école d'interdire de porter des pantalons de ski est de faible importance = irrecevabilité du recours. Solution
inverse pour un refus de passage dans une classe supérieure.
CE, 17/2/1995 Hardouin et CE, 17/2/1995 Marie marquent une évolution en matière de punitions prononcées contre un militaire ou un détenu, puisque pour la première
fois, le CE accepte un recours contre de telles sanctions.
- un acte purement indicatif (un renseignement, une annonce de projet, une promesse non tenue,…).
- un acte préparatoire. Pour la jurisprudence, la décision de transmission d'un dossier d'une autorité à une autre n'est pas une décision exécutoire, et n'est
donc pas attaquable. Mais le refus de transmettre le dossier, ou la mise en demeure assortie d'une menace précise de sanction, est une décision exécutoire.
- un acte type (proposé comme modèle). Si le modèle est imposé, l'acte type devient une décision. Les lois de décentralisation de 1982, dans le cadre de
l'allégement des tutelles techniques, prévoient que ne sont obligatoires pour les collectivités locales, que les actes types prévus par une loi ou un décret auquel renvoie
la loi.
Section 2 : Les effets des décisions exécutoires.
§1 : L'entrée en vigueur des décisions exécutoires.
A/ A l'égard de l'administration.
CE, 19/12/1952 Demoiselle Mattéi : un acte non réglementaire peut conférer des droits à ses destinataires dès la date de son édiction. Mais il ne crée d'obligations à
l'égard de l'administré que du jour où il est connu par lui. Cette règle, qui résulte du principe de non rétroactivité comporte des exceptions :
- CC, 22/2/1980 n'impose ce principe au législateur que pour les lois pénales. De plus, la loi peut y déroger.

- la rétroactivité est possible en cas d'annulation d'un acte administratif par le juge. Ex : un fonctionnaire renvoyé illégalement obtient après plusieurs années de
procédure l'annulation de sa révocation. L'administration prend un arrêté précisant que le fonctionnaire a été promu à l'ancienneté à telle date,…
- l'administration peut opérer le retrait de ses décisions.
B/ A l'égard des administrés.
L'acte administratif doit être publié. La publication est un mode de publicité impersonnel, utilisé en général pour les règlements. La notification est un mode de
publicité plus personnel, et prend souvent la forme d'une lettre envoyée aux intéressés. En matière d'administration locale, un simple affichage suffit, mais il est parfois
nécessaire que la décision soit en plus transmise au préfet. La forme importe peu : l'important, c'est la réalité de la publicité.
Il existe une exception : la théorie de la connaissance acquise. Un administré qui forme un recours contre un acte administratif, le connaît, et ne peut pas donc opposer à
l'administration l'absence de mesure de publication.
§2 : La sortie de vigueur des décisions exécutoires.
Un acte administratif ne disparaît pas par désuétude. La caducité ou la péremption est possible dans certains cas.
A/ Distinctions et notion de base.
L'abrogation met fin à l'acte administratif pour l'avenir. Le retrait y met fin à partir de l'édiction de l'acte.
Pour raison de sécurité juridique, un acte administratif ne doit pas pouvoir être discuté indéfiniment. Mais la stabilité des relations juridiques implique le respect des
effets d'un acte juridique = principe d'intangibilité.
Les décisions créatrices de droit sont forcément individuelles (nomination, promotion,…). Les autorisations précaires (autorisations de police), décisions recognitives
(reconnaissent un droit préexistant), décisions inexistantes ou obtenues par fraude, décisions conditionnelles dont la condition n'est pas remplie,… ne sont pas créatrices
de droit.
B/ Le régime du retrait et de l'abrogation.
· L'abrogation : - les actes non réglementaires peuvent être abrogés s'ils n'ont pas conféré de droit définitif.
- les actes réglementaires : en principe, le REP peut être exercé pendant un délai de deux mois à compter de la publication de l'acte. Si le délai est écoulé,
il est impossible de toucher à l'acte. La jurisprudence a atténué cette rigueur par l'exception d'inconstitutionnalité (CE Poulin) et le système de l'abrogation.
Ä Les actes réglementaires devenus illégaux (théorie des changements de circonstances) : en vertu de l'arrêt du CE, 10/1/1930 Despujol, il est possible d'en
demander à tout moment l'abrogation .
· En cas de changement de circonstances de droit : CE, 10/1/1964 Syndicat National des cadres de bibliothèques admet l'annulation pour excès de pouvoir du règlement
originaire dans les 2 mois après publication de la loi nouvelle.
· En cas de changement de circonstances de fait, la jurisprudence Despujol s'applique.
CE, 10/1/1964 Simonnet : dans le domaine économique, l'abrogation d'un acte est soumise à des conditions = il faut un véritable bouleversement des faits, indépendant
de la volonté des intéressés, non prévu par l'auteur de l'acte administratif original, et qui doit avoir pour effet de retirer son fondement juridique au règlement original.
Cette jurisprudence a été étendu aux matières fiscales par CE 1987 Gestin, et dans celles dans lesquelles l'administration dispose de pouvoirs étendus pour adapter son
action à l'évolution des circonstances de fait (CE 1985 Entreprise Maritime Léon Vincent). Dans les autres matières, la jurisprudence Despujol s'applique.
Ä les règlements illégaux dès l'origine : la jurisprudence a évolué.
CE, 1959 Coopérative laitière de Belfort : l'administration n'a aucune obligation d'abroger de tels règlements.
CE, 12/5/1976 Boucher - Tarandon : l'administration a une véritable obligation d'abroger de tels règlements.
CE, 30/1/1981 Société Afrique France Europe Transaction : il n'y a pas d'obligation d'abroger un règlement illégal dès l'origine, car l'intéressé est suffisamment armé.
Le but est de limiter les recours devant le juge administratif.
Ä l'article 3 du décret du 28/11/1983 modifie cette jurisprudence. Or il a une valeur infra jurisprudentielle.
CE, 20/4/1988 Conseil National de l'ordre de Médecins : application du décret sans rechercher s'il est légal.
CE, 3/2/1989 Compagnie Alitalia : "le décret s'inspire d'un PGD préexistant" = le contenu du décret est élevé au niveau de PGD. L'administration a donc une véritable
obligation d'abroger ; le régime des deux sortes de règlements illégaux est unifié ; l'abrogation est possible à tout moment sur la demande d'un intéressé (justification
d'un intérêt).

· Le retrait : il supprime l'acte à partir de son édiction. Le délai de retrait équivaut à celui du recours contentieux.
Ä les actes légaux : - non créateurs de droits : ils peuvent être retirés pour opportunité, sauf s'ils ont créés des droits indirectement à l'égard des tiers.
- créateurs de droits : le retrait est impossible sauf autorisation de la loi, ou sur la demande de l'intéressé, formulée à tout moment, pour obtenir
une décision plus favorable (CE, 1974 Gay)
Ä les actes illégaux : - non créateurs de droits. CE, 1950 Quérald : les actes non réglementaires (décisions implicites de rejet,…) peuvent être retirés à tout
moment pour tout motif (illégalité ou opportunité).
CE, 1958 Ponard : les actes réglementaires peuvent être retirés pour tout motif dans le délai du recours contentieux.
CE, 25/10/1985 Tabel : l'administration saisie d'une demande de retrait dans le délai du recours, a une obligation juridique de retirer l'acte illégal.
- créateurs de droits : la jurisprudence fondatrice est CE, 1912 Blanc, précisée par CE, 3/11/1922 Dame Cachet = la décision doit être illégale
(sur le fond ou la forme), et ne pas être définitive.
CE, 6/5/1966 Ville de Bagneux : une décision créatrice de droits peut ne plus être susceptible de recours de la part du bénéficiaire en raison de sa notification, mais être
encore susceptible de recours par les tiers en raison de l'absence de publicité. L'administration peut même la retirer de sa propre initiative.
CE, 1/6/1973 Epoux Roulin : le délai de recours équivaut au délai de retrait.
CE, 14/11/1969 Eve : la formation d'une décision implicite d'acceptation (non soumise à la formalité de publicité) provoque le dessaisissement de l'administration, qui
ne peut la retirer même pendant le délai de recours.
Concernant les tiers, suite au dessaisissement de l'administration, l'examen de leurs requêtes relève du juge.
Exceptions : - un projet de loi de 1996 (oublié depuis le dissolution de 1997) prévoyait qu'en l'absence d'exigence de mesure de publication, le retrait était tout de même
possible pendant le délai du recours contentieux.
- CE, 24/10/1997 Madame de Laubier : le délai de recours contre une décision individuelle créatrice de droits court à compter de la notification, à
condition que l'acte contienne les délais et voies de recours. Si ces formalités ne sont pas remplies, l'administration devrait pouvoir retirer l'acte illégal à tout moment.
Mais, pour limiter l'instabilité juridique, le CE prévoit que le retrait n'est possible que dans les 2 mois suivant la notification.
Il y a des régimes particuliers :
- les textes prévoient que le supérieur hiérarchique de l'auteur peut opérer le retrait de l'acte, même s'il est légal. Ainsi, l'article 4366 du code du travail prévoit pour les licenciements de salariés protégés une autorisation de l'inspecteur du travail, qui peut être retirée par le ministre du travail.
- une décision même légale, même créatrice de droits, peut être retirée à tout moment sur la demande de son bénéficiaire quand il obtient de
l'administration une décision plus favorable.
CE, 23/4/1986 Ministre de l'économie et des finances contre Madame Morel : il applique cette solution.
- quand il y a obligation de retrait ou d'abrogation pour l'administration.
CE, 10/1/1930 Despujol : un administré peut demander à l'administration de retirer un acte devenu illégal.
§3 : L'autorité des décisions exécutoires.
A/ La force juridique des décisions exécutoires.
L'acte administratif a une force juridique inférieure à celle de l'acte juridictionnel : un jugement à l'abri de tout recours ne peut être retiré (intangible), ce qui n'est pas le
cas d'un acte administratif. Un jugement est revêtu de l'autorité de chose jugée (incontestable) alors qu'un acte administratif peut être contesté directement pendant le
délai du recours contentieux, ou indirectement après ce délai (exception d'illégalité, recours en indemnité pour faute).
L'acte administratif a une force supérieure à celle des actes juridiques de droit privé : il peut imposer une obligation à un individu sans son consentement. Les
administrés ont un devoir d'obéissance (présomption de légalité). En droit privé, les actes juridiques ne peuvent être exécutés qu'en vertu d'un jugement, et tout recours
contre un acte en suspend l'application ; en droit administratif, le recours ne suspend pas l'acte (sauf cas de sursis à exécution).
B/ L'exécution des décisions exécutoires.
Le privilège d'exécution forcée doit obéir à des conditions définies par la jurisprudence.
TC, 2/12/1902 Société Immobilière de Saint-Just : elle demande un recours préalable au juge.
L'administration peut elle-même recourir à l'exécution forcée : - quand la loi l'autorise. Ex : la loi du 3/7/1877 permet l'exécution par la force des réquisitions militaires
;…
- quand la loi ne prévoit aucune sanction contre l'administré récalcitrant.

- dans les situations d'urgence.
Þ Dans ces trois cas, l'exécution forcée doit obéir à 3 conditions : la résistance de l'administré (il faut une mise en demeure préalable) ; l'exécution forcée n'est légale
que si elle est limitée au strict nécessaire ; l'exécution forcée n'est légale que si elle concerne une décision légale.
Section 3 : La légalité des décisions exécutoires.
Sous-section 1 : Les conditions de validité de l'édiction des décisions.
§1 : Règles de compétence.
A/ Règles générales de compétences.
La détermination de l'autorité compétente peut résulter d'un texte ou de la jurisprudence. L'illégalité relative à l'incompétence des auteurs d'une décision est d'ordre
public. Quand l'administration hésite sur sa compétence, elle doit agir : il n'y a pas de question préjudicielle devant l'administration active, qui agit alors à ses risques et
périls.
L'illégalité qui résulte de l'incompétence de l'auteur de la décision ne peut pas être régularisée, et suffit pour faire annuler l'acte, sauf dans les cas de circonstances
exceptionnelles, ou de la théorie des fonctionnaires de fait.
CE, 10/4/1959 Fourré - Cormeray : quand les textes ne désignent pas l'autorité compétente pour modifier la décision, la règle du parallélisme des compétences
s'applique = l'autorité investie d'un pouvoir de nomination sera celle compétente en cas de silence des textes, pour mettre fin aux fonctions.
B/ Le problème des délégations.
En principe, une autorité administrative doit exercer elle-même sa compétence. Dans les faits, elles délèguent des compétences à leurs adjoints. Il existe deux sortes de
délégation : celles de signatures et celles de compétences.
Conditions de légalité : - la délégation doit être autorisée par un texte.
CE, 17/6/1955 Adjemian : en l'absence de texte, toutes les décisions du délégataire sont illégales pour incompétence.
CE, 30/6/1961 Procureur Général près la Cour des comptes : même solution sous la Vème République.
- la délégation doit être explicite = préciser qui est le délégataire, l'existence de la délégation, et son étendue. CE, 28/2/1964 Fédération des
Enseignants de l'Education Nationale.
CE, 8/2/1950 : la délégation ne doit pas être totale.
CE, 2/12/1959 Société Bordeaux Export : un acte qui décide d'une délégation doit être publié : si ce n'est pas fait, toutes les décisions seront illégales pour
incompétence.
Effets d'une délégation :
- de pouvoir : elle est consentie à une autorité désignée Es Qualité : si le titulaire de l'autorité change, la délégation reste ; elle réalise un
véritable transfert de compétence, l'auteur de la délégation étant dessaisi pendant tout le temps de la délégation = la décision du délégataire se situe au niveau du
délégataire.
- de signature : elle est consentie à une autorité nominativement désignée, et cesse suite à un changement de personne (délégataire ou déléguant) ;
le déléguant reste le titulaire de la compétence déléguée = les décisions prises par le délégataire se situent au niveau hiérarchique de déléguant.
Þ La suppléance permet de remplacer le titulaire d'une compétence en cas d'absence ou d'empêchements. L'intérimaire remplace provisoirement le titulaire d'une
compétence pendant une période brève.
C/ La théorie des fonctionnaires de fait.
Le juge déclare valable des décisions administratives prises par des autorités incompétentes. Cette théorie joue dans deux hypothèses :
- les circonstances
exceptionnelles : CE, 5/3/1948 : les autorités administratives régulières ne sont pas en mesure de décider elles-mêmes. Un texte peut régler cette hypothèse :
l'ordonnance du 9/8/1944 déclare nul tous les actes du gouvernement de Vichy. Il faut une déclaration de nullité pour chaque acte.
- la théorie de l'apparence : les administrés ont pu en toute bonne foi ignorer l'illégalité qui résulte de l'irrégularité dans la nomination de l'agent.
CE, 2/11/1923 Association des fonctionnaires des PTT : les décisions prises par un fonctionnaire dont la nomination a été annulé par le juge, sont valables.
CE, 2/12/1983 Charbonnel : les décisions ayant profité aux administrés de bonne foi peuvent être validées.
§2 : Règles de procédure.
A/ Règles générales.
Elles sont souvent présentées comme la procédure administrative non contentieuse. Il s'agit de textes et de règles jurisprudentielles, établies dans l'intérêt de
l'administration ou présentant des garanties pour les administrés.

Parallélisme des procédures :
- la modification d'un acte réglementaire doit respecter la procédure instituée pour l'édiction de ce règlement. CE, 28/4/1967
Fédération Nationale des Syndicats de Pharmaciens.
- la modification d'une décision individuelle ne doit suivre la même procédure d'édiction que si cela a une réelle signification. CE, 10/4/1959
Fourré - Cormeray.
CE, 7/8/1920 Secrettant : quand elle dispose d'un pouvoir discrétionnaire, l'administration doit examiner chaque dossier, chaque affaire, chaque circonstance. Cette
règle est applicable aux décisions prises en vertu de directives, ou d'avis rendus par un organisme consultatif.
CE, 20/2/1952 Hutin : en principe, les vices de procédure ne sont pas régularisables après coup.
B/ La procédure consultative.
Beaucoup de décisions administratives doivent être précédées de la consultation d'une organisation administrative.
L'existence régulière de l'organisme consultatif : - la décision de création doit être légale. CE, 23/3/1962 Revers : les décisions prises à la suite d'avis rendu par une
autorité illégalement créée, ne sont pas légales.
- l'organisme consultatif doit être régulièrement composé au moment où il rend son avis = aucune personne étrangère
à l'organisme ne doit être présente (CE, 18/4/1969 Meunié) sauf si sa participation est sans influence sur l'avis donné. La participation d'une personne membre de
l'organisme, qui a un intérêt dans la question rend la consultation irrégulière.
- le quorum requis doit être atteint, sinon l'avis n'est pas valable.
L'effectivité de la consultation : l'organisme doit s'être prononcé en toute connaissance de cause, et doit avoir répondu à toutes les questions posées.
En cas d'avis - facultatif : l'administration n'est pas limitée par l'avis rendu = elle peut l'appliquer totalement, en partie ou pas du tout.
- obligatoire : le choix de l'administration est plus restreint = sa décision finale ne peut que soit ne pas tenir compte de l'avis, soit en tenir pleinement compte.
Elle ne peut pas prendre une solution intermédiaire.
- conforme : il faut un accord parfait entre les contenus de l'avis et de la décision.
Dans les cas où l'administration décide sur proposition d'un organisme, elle ne peut prendre de décision que dans le sens de la proposition qui lui est faite.
C/ L'organisation de la contradiction.
Les textes ou les règles jurisprudentielles exigent que l'administration entende l'autre partie avant de décider. Cette règle s'applique : - en application du PGD du
respect des droits de la défense (CE Aramu) : CE, 16/4/1975 Association La Comédie de Bourges. L'administration doit mettre l'intéressé à même de présenter sa
défense : s'il le demande, l'administration est obligée de communiquer le dossier. Il est possible de faire intervenir un organisme paritaire.
- en matière de mesures prises en considération de la personne = des mesures individuelles prises dans l'intérêt du service. Ex : un fonctionnaire affecté à
un emploi qui ne lui correspond pas sera muté dans l'intérêt du service. CE : chaque fois qu'une telle mesure est prise, la règle de communication du dossier s'applique.
Elle a pour but d'éviter que des sanctions soient déguisées ainsi.
- l'article 8 du décret du 28/11/1983 précise que " les décisions individuelles défavorables à leurs destinataires ne peuvent être valablement prises par
l'administration que si l'intéressé a pu présenter des observations écrites. Les administrés concernés doivent avoir été entendus par un fonctionnaire habilité à recevoir
leurs interventions orales. Il peut s'y faire assister ou représenter".
§3 : Les règles de forme.
A/ Règles générales.
Il existe de simples usages sans conséquence sur la validité : une erreur dans la transcription de la date d'un arrêté, l'absence d'organisation en visa, articles,…d'un texte
réglementaire.
Il y a des obligations de forme : - exigence de la signature de telle autorité, du contreseing,…
- la règle du parallélisme des formes.
CE, 27/1/1966 Société Maison des étudiants du Maroc : le juge administratif exige pour la modification ou l'abrogation d'un acte réglementaire que les règles de formes
exigées pour son édiction, soient respectées. Pour les actes individuels, çà dépend s'il y a encore une signification ou non.
Le vice de forme est, de toutes les illégalités, celle qui peut le plus facilement être régularisée.
CE, 13/2/1903 Baudart : l'absence de signature d'un procès-verbal de délibération n'a aucune conséquence sur la légalité de l'acte s'il est signé après coup.
CE, 11/2/1927 Guillermin : l'acquiescement de l'intéressé malgré l'absence d'une formalité empêche l'intéressé de former un recours contre cet acte sur la base de cette
formalité non remplie.

B/ L'obligation de motiver.
Ä La motivation est la formulation des motifs à la base de la décision.
CE, 26/1/1973 Garde des Sceaux contre Lang : il n'y a de motivation obligatoire que si un texte l'impose.
Avantages de cette obligation : - l'administration fait connaître ses raisons aux administrés (plus de transparence).
- elle satisfait l'exigence de bonne administration (examen du bien fondé des décisions)
- elle satisfait l'exigence de contrôle sur l'administration.
Inconvénients : - motiver toutes les décisions prises par l'administration entraverait le fonctionnement du service.
- l'absence de motivation permet d'annuler des décisions incontestables dans leur contenu.
- elle incite l'administration à ne prendre que des décisions implicites (non motivées).
Ä La loi du 11/7/1979 exige une motivation écrite pour deux catégories de décisions administratives :
· Les décisions individuelles défavorables à leur destinataire : restriction des libertés publiques, mesure de police, sanction, autorisation soumise à des conditions
restrictives, obligations ou sujétions ; retrait ou abrogation d'une décision créatrice de droit, opposition d'une prescription, forclusion, ou déchéance, refus d'un avantage
constitutif d'un droit pour les personnes remplissant les conditions légales nécessaires à son obtention.
Une disposition de la loi de 1986 ajoute toute décision qui refuse une autorisation.
· Les décisions individuelles qui dérogent aux règles générales fixées par la loi et le règlement : une décision autorisant à déroger aux règles du repos hebdomadaire, du
travail de nuit,…
Ä Cette obligation peut être limitée ou supprimée par : - la nécessité de ne pas porter atteinte à des secrets protégés (délibérations du gouvernement, actes
concernant la sûreté de l'État, un secret privé,…)
- l'urgence (théorie des circonstances exceptionnelles) L'intéressé peut alors demander à l'administration, dans
les deux mois suivant la décision, de motiver la décision prise en urgence. Si elle ne le fait pas dans le mois suivant, la décision sera illégale et pourra être annulée.
Ä Les décisions individuelles favorables, réglementaires doivent être motivées. Ainsi, la décision du Conseil des ministres de dissoudre un Conseil
municipal doit être motivée.
Ä Les cas imposés par la jurisprudence : CE, 27/11/1970 Agence Maritime Marseille Fret : les décisions réglementaires ou individuelles, défavorables ou
favorables, prises par des organismes professionnels de droit privé doivent être motivées. L'administration n'ayant aucun pouvoir hiérarchique sur ces organismes, elle
ne peut pas connaître la motivation de leurs actes. En cas de recours, le juge a beaucoup de mal à connaître les motifs.
Ä Les décisions implicites : CE, 7/11/1975 Demoiselle Laglaine : en cas de décision implicite de rejet, dans un cas de figure où il y aurait obligation de
motiver, le CE déclare illégal l'absence de motivation.
CE, 30/6/1978 Lenert : l'absence de motivation ne rend pas illégale une décision implicite d'acceptation.
La loi du 11/7/1979 prévoit que les décisions implicites intervenues dans des domaines dans lesquels elle exige une motivation écrite, ne sont pas illégales du seul fait
de l'absence de motivation.
CE, 29/3/1985 Testa : pour une décision implicite de rejet, l'intéressé peut, dans le délai du recours contentieux, demander à l'administration les motifs de sa décision
implicite. Elle doit alors répondre dans le mois suivant, à défaut de quoi, l'intéressé pourra déférer au juge administratif la décision dont il n'a pu obtenir la motivation.
Sous-section 2 : Sanctions de l'illégalité des décisions : le recours en excès de pouvoir.
Le recours en excès de pouvoir consiste à demander au juge l'annulation d'une décision administrative unilatérale pour illégalité. Si l'acte est annulé, il est censé n'avoir
jamais existé. C'est un recours dit objectif, car peuvent seuls être invoqués devant le juge des moyens tirés de la violation de règles de droit. Le recours doit être exercé
par le plus grand nombre d'administrés : le ministère d'avocat n'est pas exigé, et il existe un PGD selon lequel le recours en excès de pouvoir est ouvert contre tout acte
administratif unilatéral (CE, 17/2/1950 Dame Lamotte).
§1 : Les conditions de recevabilité du recours en excès de pouvoir.
Sous-§1 : les conditions relatives à la nature de l'acte attaqué.
A/ Il doit s'agir d'une décision administrative.
CE, 16/10/1970 Pierre contre EDF : un acte matériel n'est pas une décision administrative. Le recours n'est pas ouvert à l'encontre d'une décision juridictionnelle, des
actes législatifs ou ayant cette valeur, ni contre les actes de gouvernement.

CE, 13/1/1961 Magnier : un acte administratif peut-être un acte émanant d'un organisme de droit privé chargé de l'exécution d'un service public, et qui est donc doté de
prérogatives de puissance publique.
B/ Il doit s'agir d'une décision unilatérale.
En principe, le recours en excès de pouvoir est irrecevable à l'encontre des contrats administratifs, et leur annulation doit être demandé au juge administratif des
contrats. Mais, il existe des infléchissements :
Ä la théorie des actes détachables : un acte administratif unilatéral détachable d'un contrat administratif peut faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir.
CE, 4/8/1905 Martin : la délibération du conseil municipal autorisant le maire a passé un contrat, en est détachable.
CE, 26/11/1954 Syndicat de la raffinerie du soufre français : cette théorie vaut même pour les contrats de droit privé.
Ä le contrôle de légalité des actes des collectivités locales (qui a succédé à la tutelle en 1982) prévoit que le préfet peut déférer au juge administratif tous les actes
de ces collectivités qui lui sont transmis. Le déféré préfectoral ressemble beaucoup au recours en excès de pouvoir.
Ä la jurisprudence a tendance à permettre au juge de l'excès de pouvoir de connaître des clauses réglementaires de contrat administratif. Le juge administratif
admet être compétent pour connaître de ces clauses.
C/ Il doit s'agir d'une décision faisant grief.
Une décision faisant grief est une décision qui modifie ou confirme l'ordonnancement juridique des particuliers.
Ne font pas grief les mesures d'ordre intérieur, les circulaires interprétatives, les simples actes préparatoires (CE, 11/7/1947 Dewavrin), les mesures confirmatives, les
simples avis (CE, 3/6/1949 Syndicat des blanchisseurs de la Drome), les conseils (CE, 2/11/1927 Clostre), les réponses des ministres aux questions des parlementaires.
Depuis CE, 17/2/1995 Hardouin et Marie, on reconnaît que des mesures d'ordre intérieur peuvent porter atteinte aux droits et libertés des intéressés. Sont donc
susceptibles de recours en excès de pouvoir, les jours d'arrêts pour un marin (liberté d'aller et venir), la punition de cellule (restriction du droit de visite), le blâme
(bloque l'avancement),… Cette solution a été "imposée" par la CEDH qui exigeait que le contrôle du juge s'applique à toutes les sanctions.
CE, 10/7/1981 Retail : les décisions du médiateur de la République relative à l'organisation de son service sont soumises au recours en excès de pouvoir, celles prises
dans son activité de médiation ne le sont pas.
Sous-§2 : Les conditions relatives au requérant.
A/ La capacité d'ester en justice.
Le juge de l'excès de pouvoir apprécie cette condition très largement : tout majeur, et tout mineur ou incapable représenté a la capacité juridique. La personne qui agit
au nom d'une personne morale doit être habilitée. Les étrangers bénéficient des mêmes possibilités que les nationaux.
CE, 31/10/1969 Syndicat de défense des canaux de la Durance : les associations non déclarées sont admises à exercer un recours en excès de pouvoir.
CE, 6/5/1970 SCI Résidence Reine Mathilde : une personne morale peut engager un recours en excès de pouvoir même après sa dissolution, contre le décret qui
prononce cette dissolution.
B/ L'intérêt à agir.
ÄLe requérant doit faire partie d'une catégorie concernée par cet acte.
CE, 29/3/1901 Casanova (communes) et CE, 27/1/1911 Richemond (départements) : le contribuable d'une collectivité locale présente un intérêt à agir contre tout acte
intéressant la fiscalité de cette collectivité.
CE, 13/2/1930 Dufour : cette solution n'est pas applicable aux contribuables de l'État.
CE, 21/12/1906 Syndicat des propriétaires du quartier Croix de Seguey-Tivoli : l'usager d'un service public peut exercer un recours en excès de pouvoir contre tout acte
administratif émanant d'un de ses organismes.
CE, 14/2/1958 Abisset : un campeur a en cette qualité intérêt à agir contre un arrêté municipal qui interdit le camping dans une commune où il n'a jamais été.
Ä L'intérêt à agir peut être simplement moral.
CE, 8/2/1908 Abbé Deliare : l'intérêt d'un prêtre au respect de la liberté religieuse.
CE, 13/7/1948 Association des anciens élèves de l'école Polytechnique : elle a intérêt à défendre le prestige de l'école.
Ä L'intérêt collectif.
CE, 28/12/1906 Syndicat des patrons coiffeurs de Limoges : il admet la recevabilité d'un recours exercé au nom d'un intérêt collectif.

CE, 10/2/1933 Association amicale du personnel du ministère de l'agriculture : un groupement peut attaquer la décision touchant un nombre important de ses adhérents.
Ä L'intérêt à agir des personnes morales de droit public : le recours en excès de pouvoir est possible pour le compte d'une personne publique contre la
décision d'une autorité administrative relevant d'une autre personne publique (ex : un maire exerce un recours en excès de pouvoir contre la décision d'un ministre). Au
sein d'une même personne publique, une autorité administrative peut attaquer une décision d'une autre autorité administrative, s'il n'y a pas de pouvoir hiérachique entre
les deux autorités administratives.
Sous-§3 : Conditions relatives aux formes et au délai.
A/ Les formes du recours en excès de pouvoir.
Il peut être fait sur papier libre, mais en français, doit permettre de désigner l'auteur de la décision contestée, et comporter la copie de la décision attaquée. L'exposé des
faits et les moyens juridiques invoqués sont contenus dans une "requête sommaire" qui peut être complétée par un "mémoire ampliatif", qui ne peut pas comporter de
nouveaux moyens.
Les requêtes collectives sont en principe irrecevables : le juge admet le recours du premier requérant nommé, s'ils ont exactement le même intérêt à l'action, et si le
problème à examiner est exactement le même pour tous.
Il faut un recours en excès de pouvoir pour chaque question, mais le juge admet aussi un seul recours sur plusieurs décisions administratives si elles sont liées
étroitement entre elles, et portent sur une même question à juger.
Les demandes d'annulation partielle de la décision administrative : le juge administratif ne pourra annuler cet article que s'il n'est pas indivisiblement lié au reste. Si la
disposition illégale ne peut pas être détachée du reste, le juge ne pouvant juger au delà de la demande, et ne pourra donc pas annuler l'acte.
B/ Le délai du recours en excès de pouvoir.
Le décret du 11/1/1965 dispose qu'il s'agit d'un délai de deux mois à compter de la décision.
Ä Le déclenchement du délai : le délai court à partir de la décision attaquée.
· Pour les décisions explicites ou implicites d'acceptation, le délai court à partir de l'information officielle de la décision. En l'absence de cette information, le délai ne
commence pas à courir (CE, 6/2/1970 Préfet de police contre Kerguelen). Pour les décisions réglementaires, la publication déclenche le délai à l'égard de tous les
intéressés ; pour les décisions individuelles, la notification fait courir le délai pour le seul destinataire.
Les décisions explicites d'acceptation : en matière de permis de construire, le délai du recours en excès de pouvoir court de la fin de l'affichage en mairie et sur le
terrain. La publicité, la notification, l'affichage,…doivent être correctement effectués, sinon le délai ne court pas. L'absence d'information officielle complète n'est pas
une entrave au délai en vertu de la théorie de la connaissance acquise.
Le décret du 28/11/1983 prévoit que quand l'administration prend une décision sur la demande de l'intéressé sans lui adresser d'accusé de réception, ou s'il est inexact
ou incomplet, le délai ne court pas à l'égard de l'intéressé.
· Les décisions implicites de rejet : le délai est déclenché le jour où le décision est acquise = 4 mois après la demande. Deux correctifs : - si la décision demandée doit
être prise par un organisme collectif ou sur l'avis d'un tel organisme, l'exigence de délai est supprimée.
- si l'administration répond par une décision explicite défavorable après le délai de 4 mois, et que cette décision intervient
suivent les 4 mois de silence : le délai part à partir de cette décision.

- dans les 2 mois qui

- après les 2 mois : elle est sans influence sur le délai du recours contentieux.
CE, 25/1/1991 Brasseur : la saisine du préfet proroge le délai du recours contentieux.
Ä Computation du délai : le délai est franc : le jour du déclenchement du délai et celui où il s'éteint ne sont pas comptés. Si le dernier jour est férié, tombe un
dimanche ou un samedi, le recours est ouvrable le jour suivant. Le délai se compte de quantième à quantième, c'est-à-dire qu'il dure 2 mois et non pas 60 jours.
Ä Prorogation du délai : aucune excuse ne permet de le prolonger. Toutefois, il peut être prorogé par des recours administratifs gracieux ou hiérarchique. Le
recours administratif conserve le délai de recours contentieux à condition qu'il ai été formé dans le délai de ce recours.
CE, 21/4/1971 Frede : cette prorogation de délai ne marche qu'une seule fois.
CE, 24/1/1958 Meallet : le recours contentieux fait devant une juridiction incompétente conserve aussi le délai du recours. Le délai commence alors à la date où la
juridiction rend le jugement d'incompétence.
Ä Conséquence de l'expiration du délai :
nouveaux.

- si le recours a été formé dans le délai de 2 mois, l'expiration du délai ne permet plus d'invoquer de moyens

CE, 20/2/1953 Société Intercopie : tous les moyens d'annulation peuvent être regroupés en deux "causes juridiques" : les moyens de légalité interne et les moyens de
légalité externe.
CE, 25/6/1968 Bilger : après l'expiration du délai, on ne peut présenter de moyens nouveaux que s'ils appartiennent à la même cause juridique que celle utilisée au
cours du délai.

- si aucun recours n'a été formé dans le délai de 2 mois, tout recours sera irrecevable, et la décision administrative sera
définitive. Mais l'exception d'illégalité est perpétuelle pour les actes réglementaires, et limitée au délai du recours contentieux pour les actes non réglementaires.
CE, 3/12/1952 Dubois : le recours en indemnité (dommages et intérêts pour faute de l'administration en ce qu'elle a pris un acte illégal) est toujours possible.
CE, 6/7/1977 Consorts Girard : si la décision non réglementaire fait partie d'une opération administrative complexe (ex : l'expropriation pour utilité publique), il est
toujours possible d'exercer un recours contre elle.
Sous-§4 : Condition relative à l'absence de recours parallèle.
Avant la réforme de 1953, le CE était le juge de droit commun. La règle de la décision préalable qui impose que tout recours soit dirigé contre une décision de
l'administration, permettait la multiplication des recours en excès de pouvoir. Les recours de pleine juridiction (demande de dommages et intérêts) étaient souvent
complétés par une demande en annulation de l'acte. Pour éviter l'engorgement du CE avec des recours en excès de pouvoir, il a donc été posé que si un recours parallèle
permet d'obtenir le même résultat, le recours en excès de pouvoir est irrecevable.
A/ Les règles découlant de cette condition.
Le recours parallèle : - doit permettre d'obtenir un résultat aussi satisfaisant que le recours en excès de pouvoir = CE, 6/1/1961 Dame Chétrit.
- est forcement un recours juridictionnel direct (pas une exception d'illégalité).
- s'il doit être porté devant le même juge que celui compétent en matière d'excès de pouvoir, il n'y a pas d'irrecevabilité = CE, 8/3/1912 Lafage.
B/ La situation depuis la réforme de 1953.
Le législateur a décidé de faire des tribunaux administratifs, les juges de droit commun en matière administrative. La jurisprudence Lafage s'applique donc beaucoup
plus. Les conditions relatives au recours parallèle jouent encore pour : - le recours de plein contentieux devant le tribunal administratif concernant la fermeture
d'établissements dangereux ou insalubres. CE, 16/12/1965 Société M.O.R.A.L. : le recours devant le CE est recevable, car le recours en excès de pouvoir serait devant
le CE.
- la demande de déclaration d'illégalité irrégulière devant le juge judiciaire. CE, 15/7/1959 Libert : le recours en excès de pouvoir contre le décret qui approuve la
modification de statut d'une association loi 1901 reconnue d'utilité publique, fondé sur l'irrégularité de la délibération de l'assemblée générale, est irrecevable.
§2 : Les cas d'ouverture du recours en excès de pouvoir.
Sous-§ préliminaire : la classification des moyens d'annulation des décisions.
A/ Les moyens d'ordre public.
Ils peuvent être invoqués à tout moment de la procédure, et le juge peut les soulever d'office.
Il s'agit de : - l'incompétence de l'auteur de l'acte : CE, 15/2/1961 Alfred-Joseph
- la rétroactivité d'un acte administratif : CE, 11/6/1971 Assistance publique contre Dame Duvoisin
- la méconnaissance du champ d'application de la loi
- l'application d'un texte plus ou pas encore en vigueur : CE, 15/7/1964 Société Papeteries Metenette
- le moyen tiré de l'inexistence d'un acte administratif (CE, 5/5/1971 Préfet de Paris) ou de la méconnaissance d'une décision d'annulation prononcée par le
juge administratif (CE, 6/6/1958 Chambre de commerce d'Orléans).
B/ Légalité interne et légalité externe.
CE, 20/2/1953 Société Intercopie : il range l'ensemble des moyens d'ouverture sous deux rubriques.
Tout ce qui concerne l'illégalité externe exigerait un strict rapport de conformité entre l'acte et les règles d'illégalité externe ; le contrôle de l'illégalité interne ne serait
qu'un contrôle de compatibilité entre l'acte et les règles d'illégalité interne. Une fois le délai du recours contentieux, on ne peut invoquer des nouveaux moyens que s'ils
relèvent de la même cause juridique que ceux invoqués au cours du délai.
Sous-§1 : L'illégalité externe.
A/ L'incompétence.
Cette illégalité consiste à méconnaître les règles de compétence.
1) Incompétence ratione materiae.
Il s'agit des hypothèses où l'administration intervient dans une matière étrangère à ses attributions.

Ä L'usurpation de pouvoir : une autorité administrative intervient dans une matière non administrative.
CE, 31/5/1957 Rosan Girard : un acte intervenu en matière judiciaire est considéré comme inexistant.
Dans le domaine législatif, ce sera une illégalité simple.
Ä L'empiétement de fonction.
Ä L'incompétence négative : une autorité administrative s'estime à tort incompétente et ne prend donc pas de décision qu'elle a pourtant le pouvoir de prendre (CE,
30/6/1950 Quéralt)
CE, 16/9/1983 Dame Saurin : il range cette incompétence dans la catégorie de l'erreur de droit (illégalité interne)
2) Incompétence ratione loci.
Il s'agit de l'hypothèse d'une décision prise par une autorité administrative qui se trouve au moment de la conclusion hors du lieu où elle doit siéger habituellement, ou
d'une autorité administrative qui prend une décision sur des questions étrangères à sa circonscription (CE, 27/1/1950 Perrin).
CE, 17/5/1968 Dame Delage : quand le service public d'une personne morale de droit public est situé en dehors de son territoire, il n'y a pas incompétence.
3) Incompétence ratione temporis.
Il s'agit des hypothèses d'une autorité qui prend une décision alors qu'elle

- n'est pas encore compétente.

CE, 27/4/1973 Demoiselle Serre : un préfet pas encore rentré en fonction.
- n'est plus en fonction.
CE, 4/4/1952 Syndicat des quotidiens d'Algérie : un gouvernement démissionnaire chargé d'expédier les affaires courantes ne peut pas prendre de décisions engageant
l'avenir.
CE, 26/5/1950 Dirat : si l'administration se trouve dans un domaine de compétence liée, le moyen invoqué est inopérant.
B/ Le vice de forme.
1) Vice de forme et vice de procédure.
Le vice de forme concerne la présentation extérieure de l'acte administratif. Le vice de procédure concerne le processus d'élaboration. Le CE reconnaît plus facilement
le caractère substantiel du vice de procédure.
2) Formalités substantielles et formalités non substantielles.
Seule l'omission de formalités substantielles entraîne l'annulation de l'acte : il s'agit de la signature de l'acte, des contreseings, des motivations de l'acte quand elles sont
obligatoires, toute formalité qui a pu avoir une influence.
CE, 12/7/1957 Chambre de commerce d'Orléans - CE, 31/12/1976 Comité de défense des riveraines de l'aéroport de Partis-Nord : l'omission du contreseing est un vice
de forme.
Pour la doctrine, l'absence ou l'irrégularité d'un contreseing est plutôt une forme d'incompétence.
Pour le juge administratif, les formalités prévues dans le seul intérêt de l'administration sont non substantielles.
CE, 8/1/1959 Demoiselle Cabanac : le vice de forme n'entraîne pas l'annulation de l'acte quand l'administration était dans un domaine de compétence liée.
C/ Le vice de procédure.
1) Incompétence et vice de procédure.
Le juge administratif assimile parfois à une incompétence ce qui paraît plus logiquement relever du vice de procédure.
Ä quand le gouvernement n'a pas respecté l'obligation qu'il avait de prendre l'avis du CE (CE, 9/6/1978 SCI Boulevard Arago), car l'avis même non suivi rend le CE
coauteur de l'acte.
Ä quand l'administration a méconnu l'obligation qu'elle avait de décider sur avis conforme : CE, 29/1/1969 Veuve Chanebout.
Ä le CE considère que le fait de ne pas avoir demandé l'avis du CC dans le cadre de la procédure de l'article 37 alinéa 2 de la constitution constitue une incompétence :
CE, 13/7/1962 Conseil national de l'ordre des pharmaciens.

2) Le pragmatisme jurisprudentiel.
· Si l'administration se soumet volontairement à une règle de procédure, le CE estime que l'organisme doit rendre son avis de façon régulière : CE, 22/6/1963 Albert.
· Le juge administratif reconnaît plus facilement le caractère substantiel d'une règle de procédure que d'une règle de forme.
Il ne déclarera pas illégal un acte qui a manqué à une règle de procédure
- si cela n'a pas eu d'effet sur lui : CE, 12/12/1956 Baillet : il n'exige pas le respect d'une
règle d'une procédure matériellement impossible (organisme refuse de donner un avis)
- dont le respect était de fait inutile : CE, 19/11/1948 Razungles-Bassou : en matière de réquisition, il
faut d'abord tenter un accord amiable, mais cela est inutile si l'intéressé a fait savoir qu'il ne s'y prêtera pas.
- remplacée par une procédure équivalente : CE, 26/11/1976 Soldani.
· Le problème de la caducité des procédures : si le délai entre la fin de la procédure et la prise de décision est très long. Le Ce s'intéresse à la question de savoir si entre
temps les circonstances ont changé ou non : CE, 18/2/1970 Dame Grumach.
Sous-§2 : L'illégalité interne.
A/ La violation directe de la loi.
Cette modalité d'illégalité concerne le contenu de l'acte. Exemple : une loi qui prévoit des décrets d'application suppose que le juge confronte le décret à la loi.
B/ Les illégalités relatives aux motifs de l'acte.
1) Les motifs de droit.
· L'utilisation d'une règle erronée : erreur quant à la base légale sur le fondement de laquelle l'administration a pris sa décision. Ce défaut de base légale peut
être régularisé par le juge si un fondement juridique adéquat existe.
CE, 7/7/1976 Epoux Arnaud : le maire refuse un permis de construire en se fondant sur le plan d'urbanisme de la commune, alors que n'ayant jamais été publié, il n'est
pas opposable aux tiers. Le refus est donc annulé.
· Le rattachement de la décision administrative à une règle illégale.
CE, 25/4/1979 Ciaudo : une autorité administrative met fin aux fonctions d'un fonctionnaire en s'appuyant sur une circulaire ministérielle. Le CE déclare cette circulaire
illégale pour incompétence de son auteur : la décision fondée sur la circulaire est aussi illégale.
· Une décision administrative rattachée à une règle mal interprétée.
CE, 28/5/1954 Barrel - CE, 20/6/1952 Legros : le CE annule une décision d'une autorité administrative qui a mal interprétée la règle sur laquelle elle s'est fondée.
· La méconnaissance du champs d'application de la loi : la règle de droit invoquée est inapplicable dans le domaine où l'administration en fait usage, ou bien n'est
plus ou pas encore entrée en vigueur.
2) Les motifs de fait.
· Inexistence des faits : CE, 14/1/1916 Camino : le CE estime qu'il lui appartient de vérifier la matérialité des faits et annule la sanction du gouvernement
(révocation d'un maire).
CE, 30/11/1979 Léon : l'administration invoque l'épilepsie d'un marin pour le déclarer inapte à la navigation. Les expertises médicales prouvent qu'il n'est pas
épileptique : le CE annule la décision.
CE, 20/1/1922 Trepont : si l'administration invoque un fait (même inutile), il doit obligatoirement être exact.
· La qualification juridique des faits doit être exacte : les faits doivent être de nature à justifier la décision.
CE, 4/4/1914 Gomel : le préfet de la Seine rejette une demande de permis de construire, au motif que la place sur laquelle il devait être construit est dans une
perspective monumentale. Le CE estime que la qualification juridique est erronée et annule cette décision.
CE, 11/4/1970 CFDT - CE, 19/5/1933 Benjamin - CE, 7/7/1978 Croissant : même solution.
Cette erreur peut être régularisée : le juge opère une substitution de motif dans le cas où l'administration se trouve dans un domaine de compétence liée, ou si un motif
substituable existe. Quand plusieurs motifs sont applicables, le juge administratif estime qu'un seul suffit.
CE, 13/2/1985 Debizet : deux motifs sont présentés, mais l'un d'eux est erroné. Le CE examine si la décision aurait été prise si l'auteur s'était fondé sur le seul motif
juridiquement exact. En l'espèce, oui.
C/ Le détournement de pouvoir.

1) Les hypothèses de détournement de pouvoir.
· La poursuite d'un but complètement étranger à l'intérêt public. Cette hypothèse est rare.
CE, 14/3/1934 Demoiselle Rault : un maire décide d'interdire le fonctionnement d'un dancing en semaine. Ses pouvoirs de police l'y autorisent en cas de trouble à
l'ordre public, mais en l'espèce, le CE s'est aperçu que le maire était propriétaire d'une salle concurrente et que sa décision n'était donc pas prise dans l'intérêt public. Il
l'a annulé.
CE, 6/1/1967 Boucher - CE 1971 Zimmerman
· La poursuite d'un but d'intérêt public, mais pas celui pour lequel les pouvoirs lui ont été conférés.
CE, 13/7/1962 Breart de Boisanger : le CE a annulé la révocation par le gouvernement de l'administrateur de l'Académie Française. Pour éviter d'avoir à le réintégrer, le
gouvernement modifie le statut de l'Académie Française.
CE, 19/1/1979 Ville de Viry-Chatillon : utilisation du pouvoir de police pour faire évacuer une association.
CE, 4/7/1924 Beaugé : le maire de Biarritz interdit aux baigneurs de se changer sur la plage en dehors des cabines de bain. But : faire rentrer de l'argent, car les cabines
de bain sont payantes.
· Le détournement de procédure : l'administration utilise une procédure plutot qu'une autre pour éviter les formalités pesantes ou priver de garanties un individu.
CE, 17/1/1902 Favatier : pour récupérer un immeuble, l'autorité administrative utilise la procédure d'alignement moins longue et moins coûteuse que celle de
l'expropriation.
CE, 4/7/1947 Navalo : utilisation de la procédure de réquisition au lieu de celle d'expropriation.
2) Les problèmes posés par le détournement de pouvoir.
La preuve est difficile à apporter : le juge administratif essaye de trouver des présomptions de preuve par l'étude des faits antérieurs,…
Si l'administration se trouve dans un domaine de compétence liée, peut importe le mobile de la décision.
L'auteur d'une décision administrative peut poursuivre plusieurs buts : si un est légal, il n'y a pas détournement de pouvoir. Si le but incorrect est le but déterminant, la
décision sera annulée.
L'étendue du contrôle : - dans une hypothèse de compétence liée, l'administration a l'obligation de décider dans un sens déterminé. Le contrôle est dit normal : il
concerne l'illégalité externe et toute l'illégalité interne y compris le contrôle de qualification juridique des faits.
- dans une hypothèse de pouvoir discrétionnaire, elle a la possibilité de choisir entre plusieurs décisions toutes conformes à la légalité, et
apprécie alors librement quelle décision elle doit prendre. Elle peut même s'abstenir de décider. Le contrôle est dit restreint : il concerne l'illégalité externe, l'erreur de
droit, de fait le détournement de pouvoir et le contrôle de l'erreur manifeste d'appréciation.
Dans tous les cas, on a toujours un contrôle de la qualification juridique des faits mais à des degrés divers.
Ä Le contrôle de l'erreur manifeste d'appréciation : il faut une disproportion entre la décision et les faits qui l'ont motivé : le juge administratif censure alors les
seules erreurs manifestes d'appréciation, et ne peut pas substituer son appréciation à celle de l'administration : il annule ou confirme.
Ä Le contrôle normal : il doit y avoir un rapport strict entre la décision et les faits qui l'ont motivé.

Chapitre 2 : Les contrats administratifs.
Section 1 : La notion de contrat administratif.
§ préliminaire : Les types de contrats passés par l'Administration.
A/ L'Administration et le procédé contractuel.
L'administration passe beaucoup de contrats : entre des personnes morales de droit public, des contrats de programmation, des contrats d'entreprises,… Toute personne
publique passe des marchés publics.
B/ Les catégories de contrats administratifs.
L'État charge son cocontractant d'assurer un service public : concession de service public.
L'État charge le cocontractant d'exploiter l'ouvrage public après l'avoir construit : concession de travaux publics.

Les contrats conclus pour satisfaire un besoin de service public : les marchés publics, les marchés de fourniture, de services, de prestations intellectuelles, de travaux
publics, les contrats de recrutements des agents publics,…
Les contrats passés entre une administration et les usagers d'un service public : contrat d'abonnement,…
Sous-section 1 : Détermination du caractère du contrat par un texte ou une présomption.
§1 : Le caractère du contrat déterminé par un texte.
A/ Les contrats de droit privé.
Ils sont relatifs au service des ordinaires des corps des troupes, aux baux ruraux sur le domaine de l'État, …
B/ Les contrats administratifs.
La loi du 28 pluviose an 8 précise que les marchés de travaux publics et tous les contrats concernant les travaux publics sont des contrats administratifs. Il en est de
même des contrats de vente d'immeuble de l'État, de ceux portant occupation du domaine public, des contrats d'emprunt de l'État,…
§2 : Le caractère du contrat bénéficiant d'une présomption.
A/ Les contrats passés entre personnes publiques.
TC, 21/3/1983 UAP : un contrat passé entre personnes publiques revêt en principe un caractère administratif.
CE, 11/5/1990 Bureau d'Aide Sociale de Blénod-lès-pont-à-mousson : si le contrat ne fait naître que des obligations de droit privé, ce sera un contrat de droit privé.
B/ Les contrats passés entre les SPIC et leurs usagers.
CE, 13/10/1961 Etablissements Companon-Ray, confirmé par TC, 17/12/1962 Dame Bertrand : les contrats des SPIC avec leurs usagers sont de droit privé même s'ils
contiennent des clauses exorbitantes.
Le contrat conclu entre un EPIC et une commune est présumé, au titre de l'arrêt UAP, être administratif. Mais comme le contrat est passé entre un EPIC et un usager,
c'est un contrat de droit privé.
TC, 25/3/1996 Préfet de la région Rhône-Alpes : les contrats entre un SPA et son personnel sont administratifs.
Sous-section 2 : Détermination du caractère du contrat par l'application de critères jurisprudentiels.
§1 : Les conditions posées par la jurisprudence.
A/ Les conditions relatives aux parties au contrat (critère organique).
Pour qu'un contrat soit administratif, une des parties doit être une personne publique : CE 1963 Syndicat des praticiens de l'art dentaire du département du Nord : refus
dans le cas d'une personne privée gérant un SPIC.
Ä Exception selon la nature des travaux : les travaux appartenant "par nature à l'État".
TC, 8/7/1963 Société Entreprise Peyrot : l'entreprise est alors réputée agir pour le compte de l'État. Cette jurisprudence est limitée à la voirie nationale. Elle était limitée
aux Sociétés d'Economie Mixte, mais elle a été étendue à d'autres sociétés par CE, 1989 Société des Autoroutes de la région Rhône-Alpes.
Ä Mandat - implicite : CE, 1936 Prades. Le juge vérifie que le mandataire n'excède pas les termes du mandat.
- tacite : il intervient pour tous les travaux publics n'appartenant pas par nature à l'État. Le critère matériel est alors insuffisant, et le juge utilise la
technique des faisceaux d'indices pour rechercher si l'opération a été réalisée pour le compte d'une personne publique : CE, 30/5/975 Société d'équipement de la région
Montpelliéraine, confirmé par TC, 7/7/1975 Commune d'Agde.
B/ Les conditions relatives à l'objet du contrat.
1) La participation du cocontractant à l'exécution même du service public.
Le cocontractant apporte son concours à un service public : il fournit le matériel nécessaire à son exécution.
CE, 1956 Epoux Bertin : le critère matériel suffit à lui seul pour entraîner la qualification de contrat administratif. CE, 1956 Société française des transports Gondran :
l'exécution du service public suppose l'exécution directe et immédiate, et non pas une simple participation, sinon il faut en plus des clauses exorbitantes du droit
commun.
CE, 4/6/1954 Affortit et Vingtain : mise en place du critère de participation directe à l'exécution du SP.

TC, 25/11/1963 Dame Veuve Mazerand : le contrat de nettoyage d'une école n'assure pas le SP, et est donc de droit privé. On confie à la même personne la garderie de
l'école : exécution d'un SP et donc contrat administratif.
TC, 25/3/1996 Préfet de la région Rhône-Alpes : tout contrat passé entre un SPA et les agents recrutés par ce service public sont de droit administratif. Abandon de la
jurisprudence Affortit et Vingtain. L'agent sera privé s'il travaille pour un SPIC, il sera public s'il travaille pour un SPA : il faut donc examiner la nature du SP :
glissement vers un critère organique.
2) Contrats ayant pour objet même l'exécution du service public.
Le service public apparaît dans l'objet du contrat.
CE, 20/4/1956 Consorts Grimouard : le reboisement assuré par l'administration des eaux et forêts est considéré comme une activité de SP. L'administration passe des
contrats avec les propriétaires privés pour obtenir l'autorisation de reboisement sur leurs propriétés : l'objet du contrat est l'exécution du service public.
Autre exemple : CE, 26/6/1974 Société La maison des isolants de France.
C/ Les conditions relatives au régime du contrat.
1) Les clauses exorbitantes.
Quand un contrat comporte des clauses exorbitantes au droit commun, la jurisprudence en tire argument pour le qualifier de droit public.
CE, 1912 Société des granits porphyroïdes des Vosges : la présence d'une seule clause suffit.
CE, 20/10/1950 Stein : ces clauses sont créatrices d'inégalités au profit de l'administration.
Civ.1, 20/11/1973 Sa "Maison du livre français" : le juge judiciaire est aussi compétent pour en constater l'existence.
La jurisprudence déduit de leur présence la volonté des parties de se soumettre à un régime administratif.
Ex : - des clauses qui confèrent des prérogatives de puissance publique : pouvoir de sanction, de donner des ordres,… CE, 2/6/2/1965 Société du Vélodrome du Parc
des Princes.
- des clauses qui donnent au cocontractant le pouvoir de percevoir des taxes (gérance d'un marché public à une société qui perçoit le droit de place), ou qui octroient
un monopole au partenaire.
- des clauses qui confèrent des avantages au cocontractant : TC, 2/7/1962 Consorts Cazautets.
2) Le régime exorbitant.
Le contrat est administratif car il repose sur des dispositions législatives ou réglementaires elles-mêmes exorbitantes du droit commun. Alors que les clauses
exorbitantes sont librement acceptées par les parties, le régime exorbitant repose sur des textes extérieurs à la volonté des parties, mais qui vont s'imposer à elles.
CE, 19/1/1973 Société d'exploitation électrique de la rivière du Sant : en 1946, EDF reçoit le monopole de l'importation et de la distribution d'électricité. Les
producteurs indépendants doivent lui vendre leur production. Des règles exorbitantes du droit commun s'appliquent à ces contrats de l'extérieur : ce sont des contrats
administratif.
Le régime exorbitant

- sans renvoi expresse par le contrat : procédure classique de passation,…

- avec renvoi à des textes particuliers, exorbitants du droit commun.
§2 : La place relative des conditions jurisprudentielles.
A/ La combinaison des conditions jurisprudentielles.
Il faut la participation d'une personne publique au contrat pour qu'il soit administratif. Cette condition est considérée réalisée quand une personne privée agit pour le
compte d'une personne publique.
TC, 20/1/1986 Coopérative agricole de l'Arne : en dehors de la condition de la personne publique, n'importe quelle autre condition supplémentaire suffit.
TC, 20/4/1959 Société Nouvelle d'exploitation des plages : une seule clause exorbitante au droit commun suffit.
B/ Les éléments non retenus par la jurisprudence.
La jurisprudence n'attache aucune importance aux formes et procédures utilisées dans la conclusion du contrat : ce peut être un contrat verbal (Jurisprudence Bertin)
TC, 18/12/1933 Commune de Razes : utiliser la procédure d'adjudication ne prouve pas le caractère administratif.
CE, 2/10/1981 Commune de Borce : la référence à un cahier des charges ne prouve pas le caractère administratif.

Section 2 : Le régime juridique du contrat administratif.
L'article 1134 du code civil prévoit que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Le contrat de droit privé est donc obligatoire,
immuable, et doit satisfaire à l'égalité des contractants.
L'administration peut se délier unilatéralement de ses obligations contractuelles, en résiliant le contrat. Elle peut le modifier unilatéralement, et elle dispose de
prérogatives lui permettant d'instaurer une inégalité.
Þ L'article 1134 ne s'applique pas aux contrats administratifs.
Sous-section 1 : La conclusion des contrats.
§1 : Les règles de procédure.
A/ La compétence de l'autorité administrative.
Pour les marchés publics émanant de l'État, le ministre est compétent dans chaque ministère, mais il peut déléguer sa signature. Depuis 1959, il existe un responsable
des marchés chargé de signer les contrats pour son ministère et d'en surveiller l'exécution. Les marchés des collectivités locales sont conclus par le maire, le président
du Conseil général, ou le président du Conseil régional après autorisation de l'assemblée délibérante. En matière de marchés publics, des Commissions consultatives
donnent leur avis.
Au niveau de l'État, la commission centrale des marchés est chargée de promouvoir une politique cohérente en matière de marchés publics.
B/ L'accord des volontés.
Il réalise la conclusion du contrat. La sanction du défaut de cette exigence est la nullité du contrat. Mais si se croyant compétent, l'agent administratif a commis une
faute en engageant l'administration, le particulier cocontractant pourra demander à être indemnisé : CE, 24/4/1964 Société des huileries de Chauny.
C/ L'approbation du contrat.
Le contrat doit être signé de l'autorité compétente du coté de l'administration, mais doit en plus être approuvé. Dans certains cas, l'approbation est donnée par une
personne publique différente de celle qui a conclu le contrat : quand un établissement public passe un contrat, il doit être approuvé par une autorité de tutelle.
Quand il s'agit d'une approbation sans laquelle le contrat n'existe pas, l'autorité qui approuve le contrat en permet la conclusion. La concession de service public est
signée par le ministre au nom de l'état, mais elle n'est vraiment conclue que quand le Premier Ministre donne son approbation par décret.
Dans tous les cas, l'acte d'approbation du contrat est différent du contrat lui-même = acte détachable.
§2 : Le choix du cocontractant.
A/ Les principes.
Une préoccupation d'ordre financière : les prestations obtenues doivent l'être au moindre coût = intérêt financier. Les différents candidats sont mis en concurrence et on
attribue le marché au moins disant.
Intérêt administratif : la prestation doit être de la meilleure qualité possible. L'administration choisit donc librement son cocontractant.
D'après les textes, le procédé le plus couramment utilisé devrait être l'adjudication (choix automatique du moins disant). Si la qualité de la prestation est importante, on
a recours à l'appel d'offre. Le marché négocié est l'exception.
Dans les faits, depuis 1950, le marché négocié est le plus utilisé, devant l'appel d'offre et l'adjudication. Les règles de droit communautaire imposent une mise en
concurrence au niveau européen au-delà d'une certaine somme.
B/ Les divers procédés.
L'adjudication repose sur une publicité. Elle peut être ouverte (un avis public fait savoir quels sont l'objet et les conditions du marché = toute personne qui le souhaite
est admise à soumissionner) ou restreinte (l'administration agrée d'abord certains candidats qui sont alors en concurrence entre eux).
Après l'expiration du délai contenu dans l'offre, le bureau d'adjudication vérifie que les candidats répondent bien aux conditions requises pour faire les offres, procède à
l'ouverture des plis, puis le marché est attribué au moins disant. Le contrat est conclu une fois que l'adjudication a été approuvée.
L'appel d'offre est plus souple. Il peut aussi être ouvert ou restreint (l'administration a désigné les entreprises admises à concourir). L'administration prend en
considération des critères variés : le prix, l'expérience de l'entreprise, les garanties professionnelles et financières, les délais d'exécution,… La Commission d'appel
d'offre n'est pas publique. L'appel d'offre peut être infructueux : dans ce cas, il est possible d'avoir recours au marché négocié.
Le marché négocié : on y a recours en cas d'appel d'offre infructueux ou pour des prestations particulières (secrètes,…). La personne publique engage des discussions
avec différents candidats puis en retient un. Le choix de l'administration reste libre.

§3 : Les cahiers des charges.
Ces documents, établis par les administrations, déterminent à l'avance les conditions d'exécution des marchés.
Le code des marchés publics distingue : - les cahiers des charges généraux :
- les cahiers des clauses administratives générales définissent une fois pour toutes les
conditions applicables au marché. Il y en a 4 : pour les marchés publics, pour les fournitures courantes et de services, pour les prestations intellectuelles, et pour les
marchés industriels.
- les cahiers des clauses techniques générales s'appliquent à toutes les clauses de même nature :
construction d'un pont, fourniture alimentaire,…
- les cahiers des charges particuliers : pour chaque marché, il existe un cahier des charges administratives et un cahier des charges
techniques particuliers.
Þ Pour chaque marché, il y a donc 4 cahiers des charges.
Jusqu'à la réforme de 1982, les cahiers généraux s'imposaient aux collectivités locales. Depuis la loi du 2/3/1982, ils ne s'imposent à elles que si c'est prévu par une loi.
Sinon, il s'agit d'un simple modèle dont elles peuvent s'inspirer.
Sous-section 2 : L'exécution des contrats.
§1 : Les prérogatives de l'Administration.
A/ Pouvoirs de direction, de contrôle et de sanction.
Dans un contrat administratif, le cocontractant a une obligation de résultat mais pas de moyens. L'administration possède quand même un pouvoir de direction : dans
les marchés public, l'entrepreneur doit accepter les ordres de service que lui adresse l'administration. Souvent, un ingénieur membre de l'administration dirige le
chantier.
L'administration a un pouvoir de contrôle de l'exécution : si elle s'aperçoit que le cocontractant ne respecte pas le contrat (inexécution, retard, malfaçon, sous-traitance
non autorisée,…) elle peut le sanctionner.
La gamme des sanctions est assez ouverte : des pénalités de retard, des amendes, des sanctions coercitives, la résiliation du contrat. La sanction est un acte unilatéral :
un recours est donc possible devant le juge administratif.
CE, 31/5/1947 Deplanque : le pouvoir de sanction existe contre tout contrat administratif.
CE, 26/5/1930 Thibon : il y a toujours une mise en demeure préalable de faire cesser.
B/ Pouvoir unilatéral de modification et de résiliation.
L'administration peut unilatéralement modifier la porté du contrat, en raison de l'exigence d'intérêt public.
CE, 21/3/1910 Compagnie Générale Française des tramways : ce pouvoir existe pour tout contrat administratif.
CE, 2/2/1983 Union des Transports Publics Urbains et Régionaux : la modification ne peut pas porter sur une condition essentielle du contrat (CE, 7/8/1891 Morelli : le
prix).
Dès lors que la modification unilatérale entraîne un coût pour l'entreprise, elle aura droit à une indemnisation.
La résiliation unilatérale est l'extension ultime de ce pouvoir : il peut être utilisé même si le contrat ne le prévoit pas. Elle peut aussi entraîner une indemnisation en cas
de préjudice (CE, 2/5/1958 Distillerie de Magnac-Laval).
§2 : Les obligations et les droits du cocontractant.
A/ Les obligations du cocontractant.
Il a une obligation générale d'exécuter le contrat. A défaut, il encourt une sanction ou une responsabilité contractuelle. Il n'y a pas d'exception d'inexécution (CE,
3/11/1982 F.OR.M.A.).
L'obligation d'exécuter le contrat est personnelle : le contrat ne pouvait être cédé ni sous-traité sans autorisation de l'administration. Depuis la loi du 31/12/1975, la
sous-traitance est légale si elle est autorisée à l'avance par l'administration, et si le sous-traitant est agréé.
CE, 1982 Société Périgourdine d'étanchéité et de construction : l'administration paye le sous-traitant pour son travail.
Le contrat doit être exécuté dans le délai prévu : de plus en plus de contrats prévoient des pénalités de retard.
L'obligation d'intégralité : le cocontractant doit fournir toutes les obligations prévues au contrat.

B/ Les droits du cocontractant.
L'intérêt financier du cocontractant implique que l'équilibre financier du contrat ne doit pas être rompu. Sinon, le cocontractant doit pouvoir obtenir qu'il soit rétabli par
des compensations pécuniaires.
Le droit au règlement du prix : le prix est établi à l'avance, et est irrévocable. Il est toutefois possible de le réviser pour compenser par exemple la hausse d'une matière
première.
CE, 20/3/1946 Michelin : l'administration ne peut pas utiliser son pouvoir de modification unilatéral sur le prix.
Le droit à indemnités : - l'indemnité pour responsabilité de l'administration.
- l'indemnité pour prestation supplémentaire = effectuée spontanément par le cocontractant. CE, 15/3/1944 Pelou : elles doivent être d'une absolue
nécessité.
- l'indemnité pour sujétions imprévues : CE, 3/11/1982 Société d'exploitation Louis-Gros.
- l'indemnité pour manque à gagner.
- l'indemnité en cas d'application de la théorie du fait du prince ou de l'imprévision.
§3 : L'influence des faits nouveaux sur l'exécution du contrat.
A/ La théorie du fait du prince.
Le fait du prince est une mesure émanant des pouvoirs publics qui rend l'exécution du contrat plus difficile et plus onéreuse. Le fait du prince introduit donc un aléa
administratif. Il y aura fait du prince si trois conditions sont réunies :
- la mesure doit émaner d'une autorité administrative faisant partie de la même personne
publique que celle qui a conclu le contrat. CE, 4/3/1949 Ville de Toulon et CE, 15/7/1949 Ville d'Elbeuf.
- la mesure doit être imprévisible au moment où le contrat a été conclu.
- la mesure doit frapper spécialement le cocontractant. Ex : l'administration impose une obligation nouvelle au cocontractant (CE, 6/6/1913 Delpon). En principe,
une mesure de portée générale (loi, règlement) ne remplit pas cette condition. Toutefois, un règlement fiscal, social,… peut atteindre l'objet essentiel d'un contrat.
CE, 29/12/1905 Pardy : taxation de la matière première qui doit être fournie.
Conséquence : le cocontractant doit continuer à exécuter le contrat, mais doit être indemnisé pour toutes les conséquences onéreuses du contrat (préjudice subi et
bénéfice manqué). Il y a un double fondement de responsabilité de l'administration et de rétablissement de l'équilibre financier du contrat.
B/ La théorie de l'imprévision.
Cette théorie a pour but de satisfaire aux exigences du principe de continuité des SP. Elle peut être utilisée même si elle n'a pas été prévue au contrat. Elle est apparue
avec TC, 1916 Compagnie Générale d'éclairage de Bordeaux.
1) Les conditions.
Elle est limitée aux contrats administratifs, mais les concerne tous.
Ä L'événement doit être imprévisible au moment de la conclusion du contrat, et être extérieur aux parties.
CE, 8/11/1935 Ville de Lagny : il n'y a pas d'imprévision même s'il s'agit bien de circonstances extérieures, car le cocontractant aurait pu l'empêcher.
Il peut s'agir d'un aléa économique (guerre, dévaluation, crise économique,…) ou naturel (inondation, tremblement de terre,…), ou d'un aléa administratif (CE, 1949
Ville d'Elbeuf) si l'aggravation résulte d'une mesure prise par une personne publique autre que celle partie au contrat.
Ä Les circonstances doivent entraîner un bouleversement de l'équilibre financier du contrat.
CE, 8/11/1944 Compagnie de chemins de fer d'Enghin : un simple déficit ne suffit pas.
2) Les effets.
L'administration doit rechercher tous les moyens susceptibles d'adapter le contrat à la situation imprévisible et à défaut, aider financièrement le cocontractant.
L'indemnisation n'est pas intégrale, car l'administration partie au contrat n'est pas responsable de l'imprévision.
Le cocontractant doit poursuivre l'exécution du contrat. S'il se prévaut de l'imprévision pour interrompre le fonctionnement du SP, il se prive de l'indemnité : CE, 1932
Commune de Ganges - CE, 5/11/1982 Propétrol.
L'indemnisation est en principe temporaire tant que dure l'imprévision, c'est-à-dire qu'elle a seulement pour but de remédier à des charges exceptionnelles.

CE, 9/12/1932 Compagnie des Tramways de Cherbourg : les conséquences de l'imprévision doivent être temporaires. A défaut, chaque partie peut demander la
résiliation du contrat, justifiée par la transformation de l'imprévision en cas de force majeure.
C/ La théorie de la force majeure.
· 3 caractères : - les faits doivent être indépendants de la volonté des deux contractants.
- les faits doivent être imprévisibles : CE, 4/6/1927 Tissier.
- les faits doivent être insurmontables. CE, 29/1/1919 Compagnie des messageries maritimes : le cocontractant aurait pu empêcher la grève de son
personnel et pouvait se constituer un personnel de remplacement.
· Conséquences : - le cocontractant est délié de son obligation d'exécuter le contrat : il est exonéré de sa responsabilité contractuelle et l'administration ne pourra pas lui
infliger de sanction, mais le contrat n'a pas disparu.
- le cocontractant peut demander au juge de résilier le contrat.
- si la force majeure prend fin, l'obligation du contrat réapparaît : CE, 5/1/1924 Compagnie du gaz de la Ferté-Milon.
Les pouvoirs du juge administratif :
Þ deux types de contentieux : - objectif : contestation de l'acte administratif sans considération des parties (le REP).
- subjectif : contestation de l'acte entre les deux parties (recours de pleine juridiction).
Ä Le contrat administratif et le REP : en principe, un acte contractuel ne peut faire l'objet d'un REP, ce dernier étant limité aux actes administratifs unilatéraux, et en
raison de l'exception de recours parallèle. Les tiers sont ainsi privés de recours contre toute mesure qui les léseraient, même si elle est unilatérale dès qu'elle est en
rapport avec un contrat. La jurisprudence atténue donc ce principe.
· Les actes détachables (acte unilatéral connexe au contrat, mais distinct de sa substance même) : solution posée par CE, 4/8/1905 Martin. Le REP doit être fondé sur
des moyens de légalité : CE, 1988 Communauté urbaine de Strasbourg, et implicitement CE, 1989 Département de la Moselle, puis CE, 1983 SA EPD explicitement.
* L'acte détachable de la conclusion du contrat : CE, 1955 Ville de Saverne : le recours est possible pour les tiers et les parties, contre la décision de conclure
un contrat (CE, 73 Schwetzoff), contre l'autorisation ou le refus de le conclure, contre le refus de le renouveler, ou contre l'approbation administrative d'un contrat (CE,
1905 Petit).
En principe, l'annulation de l'acte détachable n'a aucun effet sur le contrat : l'administration peut le résilier par elle-même, demander au JA d'en déclarer la nullité,
régulariser la situation, ou octroyer une indemnité ; le cocontractant peut demander une indemnisation à l'administration, et saisir le juge des contrats pour lui demander
la nullité.
Limites à ce principe : le préfet, agissant comme un tiers, peut déférer au JA les contrats conclus par les autorités communales en vertu de la loi du 2/3/1982 ; les tiers
ayant un intérêt suffisant peuvent demander l'annulation des contrats par lesquels une collectivité publique recrute des agents non titulaires, dans l'hypothèse de "nature
particulière des liens qui s'établissent entre une collectivité publique et ses agents non titulaires".
* L'acte détachable relatif à l'exécution du contrat : en principe, seuls les tiers lésés peuvent engager un REP contre les décisions modifiant unilatéralement
les conditions du contrat (CE, 1964 SA.L.I.C.) et contre les décisions de résiliation (CE, 1987 Société TV6). Exception de recours parallèle pour les parties : CE, 1958
Société Air Tahiti.
Par exception, le REP est possible en raison du caractère réglementaire de certaines mesures d'exécution (CE, 1958 Distillerie de Magnac-Laval) et en raison de la
situation réglementaire d'un cocontractant : une partie au contrat sous couvert d'une situation contractuelle se trouve en réalité dans une situation statutaire donc
réglementaire = les titulaires de contrats de gérance de débit de boisson, les agents publics contractuels (CE, 1948 Demoiselle Pasteau), et les abonnés du téléphone et
du télex (CE, 1979 Dame veuve Bourgeois). Le REP doit être fondé sur des moyens de légalité : CE, 1990 Centre hospitalier d'Orsay.
· Les clauses réglementaires du contrat : une jurisprudence ancienne interdisait tout REP contre tout ou partie du contrat : seules les parties pouvaient contester ces
clauses, bien qu'elles puissent affecter un tiers.
CE, 10/7/1996 Cayzeele reconnaît la possibilité pour les tiers de former un REP contre toute clause réglementaire du contrat. Le REP reste limité aux clauses du contrat
; les parties devront tirer les conséquences de l'annulation.
Ä Le contrat administratif et le recours de pleine juridiction : en principe, un cocontractant ne peut obtenir l'annulation des mesures d'exécution du contrat prises
par l'administration (pouvoir de modification unilatéral et pouvoir de sanction), même si la mesure est injustifiée : CE, 1878 Goguelot. Il peut juste demander la nullité
au juge du contrat, ou obtenir une indemnité en réparation du préjudice causé. Le JA doit rechercher "si les actes sont intervenus dans des conditions de nature à ouvrir
au profit de celui-ci un droit à indemnité". La première utilisation de cette formule se trouve dans CE, 1905 Compagnie départementale des eaux, puis elle a été
reprise : notamment CE, 1989 Département de la Moselle ; CE, 1971 S.I.M.A. ; CE, 1983 SA.E.P.D.
Ce principe a été généralisé à tous les contrats administratifs, mais le JA n'est pas tenu par les termes du contrat : il doit apprécier sa nature réelle au cas par cas (CE,
1950 Société pour le traitement industriel des produits de l'océan).
Avec ce principe, les tiers peuvent demander l'annulation des mesures d'exécution par la voie du REP, alors que les parties ne peuvent pas en demander la disparition.
Le CE admet que les parties demandent l'annulation de certaines mesures d'exécution : - quand le contrat nécessite des investissements importants du cocontractant,
qui doit avoir la garantie de pouvoir au moins les amortir au cours de la durée et dans les conditions prévues au contrat. Cette situation était limitée aux concessions
(CE, 1926 Ville de Saint Etienne), puis elle a été étendue à tout contrat nécessitant des investissements importants (CE, 1971 S.I.M.A.).

CE, 1993 SA.E.P.D. a limité l'annulation aux mesures qui mettent fin au contrat (résiliation-déchéance).
- en raison de la nature même du contrat : les contrats de louage de services en cas de résiliation ; les concessions d'occupation de domaine public
et seulement pour la résiliation et la déchéance (CE, 1968 Société Serfati) ; le contrat conclu entre deux personnes publiques qui a pour objet l'organisation d'un SP,
pour toute mesure prise par les parties (CE, 1989 Département de la Moselle, et CE, 1992 Commune d'Ivry-sur-Seine).
Titre 2 : Les fonctions de l'Administration.
1) Les fonctions administratives.
La prise en charge directe : l'administration poursuit une activité de gestion de biens privés, crée des entreprises (publiques : locales ou de l'état), et érige certaines
activités répondant à des besoins importants en service public.
L'intervention dans l'activité des particuliers : l'administration soutient l'activité privée (aides matérielles, régime de faveur, …), contrôle (autorisation préalable,…) et
réglemente l'activité privée (fonction d'information).
2) Police administrative et service public.
La police administrative est un service public : il faut donc distinguer du point de vue matériel.
Chapitre 1 : La police administrative.
· La police administrative consiste à assurer le maintien de l'ordre public en prévenant de tels troubles ou en y mettant fin. Elle passe par :
- l'édiction de normes
juridiques, le plus souvent pénalement sanctionnées. Le décret du 14/3/1986 précise que "constituent des contraventions, les infractions aux décrets et arrêtés de police
légalement faits". Ce peut être un règlement, une décision individuelle (saisie de journal, suspension de permis de conduire,…)
- des actes matériels : surveillance d'une manifestation, barrage,…
· Son but est le maintien de l'ordre public. CE, 1986 Ngako Jeuga : distinction entre ordre public et intérêt public.
· L'activité de police administrative : - ce sont des actes généraux : seulement des actes unilatéraux.
CE, 23/5/1958 Amoudruz : une commune concède l'exploitation de sa plage à un particulier. Pour le CE, la commune demeure responsable de la sécurité des baigneurs.
La police administrative ne se délègue donc pas.
- ce sont des actes qui ne créent jamais de droits.
- la responsabilité de l'administration du fait des actes de police est particulière.
- elle peut être exercée au nom de diverses personnes publiques.
Section 1 : La notion de police administrative.
§1 : Police administrative et police judiciaire.
La police judiciaire consiste à rechercher, constater des infractions pénales, à en identifier les auteurs, et à les livrer à la justice. Elle présente donc un caractère
répressif.
La police administrative consiste à prendre des mesures en vue de faire respecter l'ordre public en général.
A/ Distinction des deux notions.
Il y a deux intérêts : - le contentieux de la police administrative relève du JA (régularité, réparation des dommages), celui de la police judiciaire relève de la juridiction
judiciaire (régularité, réparation des dommages).
- la responsabilité des opérations de police judiciaire incombe à l'État ; celle des opérations de police administrative peut incomber à l'État, aux
communes, ou aux départements.
Þ Pour les distinguer, le juge se réfère au but de la décision ou de l'opération : s'il y a une relation avec une infraction pénale déterminée, il s'agit d'une opération de
police judiciaire (CE, 11/5/1951 Baud), sinon, il s'agit d'une opération de police administrative (CE, 7/6/1951 Dame Noualek).
Une infraction déjà commise : elle constitue une opération de police judiciaire.
Une infraction sur le point d'être commise : en cas de relation avec l'infraction, ce sera une opération de police judiciaire (TC, 27/6/1955 Dame Barbier : des policiers
informés qu'une infraction va se commettre, organisent une opération dans le but de prendre les malfaiteurs en flagrant délit = opération de police judiciaire).
Une infraction possible : TC, 15/7/1968 Consorts Tayeb : un agent de police interpelle un individu dont l'attitude laisse penser qu'il va commettre un délit. L'individu
s'enfuit et le policier le tue = opération de police judiciaire.

Une infraction est supposée : TC, 18/5/1981 Consorts Ferran : un agent de police demande la mise en fourrière d'une voiture en stationnement irrégulier. En fait, le
stationnement est régulier : opération de police judiciaire.
Si plusieurs actions de police concourent à la production du dommage : TC, 1978 Société Le Profil : on prend en compte les opérations de police essentiellement à
l'origine du dommage.
B/ Le rapport des deux notions.
Les mêmes autorités administratives peuvent agir au titre des deux polices : le préfet est une autorité de police judiciaire et une autorité de police administrative. Le
maire et ses adjoints sont aussi officiers de police judiciaire.
Une voiture mise en fourrière : la décision relève de la police judiciaire ; une fois en fourrière, c'est une opération de police administrative.
TC, 5/12/1977 Demoiselle Motch : le conducteur d'une voiture force un barrage (opération de police administrative). Un policier le prend en chasse et tire, blessant la
passagère : opération de police judiciaire.
§2 : Pouvoir de police et forces de police.
A/ Distinction des autorités de police et des personnels de police.
Les autorités de police sont des autorités administratives qui ont reçu le pouvoir de prendre des mesures de police administrative. Les personnels de police sont des
agents d'exécution de ces mesures.
La confusion peut exister : "la police d'une ville a été étatisée" : soit le maire a été dessaisi d'une partie de son pouvoir de police administrative au profit du préfet, soit
le personnel de police relève d'un corps de fonction de l'État.
B/ Les personnels de police.
Le personnel civil de police relève

- soit de l'État : la police nationale (statut spécial de fonctionnaires) et les CRS.

- soit des communes : police municipal et gardes champêtres.
Le personnel militaire de police est sous l'autorité du ministère de la défense : la gendarmerie (élément territorial = gendarmerie départementale fixe ; élément mobile :
va où on a besoin d'elle) et l'armée.
§3 : Police administrative générale et polices administratives spéciales.
A/ Les buts de la police administrative générale.
C'est un but d'ordre public, mais plus précisément la loi du 5/4/1884 définit la police municipale comme ayant pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et
la salubrité publique. Cette disposition est traditionnellement interprétée comme impliquant 3 buts distincts de la police administrative générale : la sécurité (limiter
les risques d'accidents), la salubrité (limiter les risques de maladie) et la tranquillité (limiter les risques de désordre : bruit,…)
Autres buts possibles :
- l'esthétique. Une jurisprudence ancienne a admis qu'une mesure de police administrative générale soit prise dans ce but : CE, 1938
Société Renault ; CE, 1941 Compagnie Nouvelle des Chalets de nécessité. CE, 18/2/1972 Chambre syndicale des Entreprises Artisanales du Bâtiment de Haute
Garonne ne l'admet plus.
- la moralité publique : - CE, 18/12/1959 Société les films Lutétia : interdiction d'un film en raison de son caractère immoral, et des circonstances
locales particulières.
- CE 1995 Commune de Morsang-sur-Orge : obligation de respect de la dignité de la personne humaine (lancer de nains).
Les circonstances locales particulières ne sont pas exigées.
- la protection des individus contre eux-mêmes. Crim, 20/3/1980 et CE, 22/1/1982 Association Auto Défense ont reconnu la légalité du décret
rendant obligatoire le port de la ceinture de sécurité, car elle réduit les conséquences financières des accidents de la circulation. Ces deux décisions ne répondent donc
pas à la question : la protection des individus contre eux-mêmes ne semble pas être un but de police administrative générale.
B/ Le particularisme des politiques administratives spéciales.
Une différence de but : la police des publications étrangères a un but plus large que la police administrative générale. De même que les polices des sites et monuments,
de la chasse, de la pêche côtière,…
Un but identique mais un régime juridique ou une procédure de mise en œuvre différente : la police des édifices menaçant ruine relève du maire, qui peut prescrire des
travaux nécessités par les conditions de sécurité ; …
Un but identique mais l'autorité compétente n'est pas la même : la police des étrangers relève du ministre de l'intérieur ; la police des gares et aérodromes relève du
préfet et non pas du maire ; …
Section 2 : Les autorités de police administrative.

§1 : Les autorités de police administrative générale.
A/ Les autorités étatiques de police.
A l'échelon central, il s'agit du Premier Ministre, et par exception du Président (décret en Conseil des ministres, et utilisation de l'article 16) ; au niveau départemental,
il s'agit du préfet ; au niveau communal, il s'agit du maire pour les mesures de sûreté générale.
B/ Les autorités locales de police.
Au niveau du département, depuis la loi du 2/3/1982, le président du Conseil général a des pouvoirs de police affairant à la gestion du domaine départemental.
Au niveau communal, il s'agit du maire. Depuis la loi du 7/1/1983, la police de la tranquillité publique s'agissant de rassemblement de personnes ou de manifestations a
été ôtée au maire et relève du préfet.
§2 : Les autorités de police administrative spéciales.
Elles sont diverses et dépendent la plupart du temps de l'État : le ministre de la culture, le ministre de l'intérieur, le préfet, le maire, les doyens de faculté,…
§3 : Le concours entre les autorités de police.
Il s'agit des hypothèses où plusieurs autorités de police peuvent intervenir.
A/ Entre autorités de police générale.
CE, 18/4/1902 Commune de Néris-les-bains - CE, 8/8/1919 Labonne - CE, 23/10/1959 Doublet : l'autorité de police locale peut prendre des mesures plus rigoureuses
que celles de l'autorité supérieure.
B/ Entre autorités de police générale et spéciale.
Il doit s'agir des mêmes buts : le législateur a exclu dans certains cas toute concurrence : la police des gares et des aérodromes a été confiée au préfet au lieu du maire.
Le CE en a tiré les conséquences : CE, 20/7/1935 Etablissements S.A.T.A.N.
Le concours est possible dans certains cas : la police spéciale du cinéma (ministre de la culture) autorise la projection de films sur tout le territoire, mais le maire peut
interdire la projection du film dans sa commune si des circonstances locales le justifie (CE, 18/12/1959 Société les films Lutétia). Le JA vérifie l'existence des
circonstances locales, et en leur absence, il annule la décision du maire : CE, 23/2/1966 Société Franco London Films.
3 cas : - utilisation des pouvoirs de police générale possible, alors que le maire aurait dû user de son pouvoir de police spéciale : CE, 1959 Société les films Lutétia.
L'intérêt est de permettre une meilleure adaptation aux circonstances locales.
- la carence du maire dans l'exercice de son pouvoir de police spéciale justifie que le préfet se substitue à celui-ci en utilisant ses pouvoirs de police générale,
même si ce dernier ne dispose pas d'un pouvoir de police spécial visant à protéger la situation déterminée : CE, 1991 Commune de Narbonne.
- quand la police spéciale a été exercée de façon insuffisante, la police générale peut être utilisée dans les conditions visées par la jurisprudence Labonne.
Quand l'autorité spéciale n'utilise pas son pouvoir, l'autorité générale peut intervenir à sa place : CE, 22/12/1978 Union des chambres syndicales d'affichage.
C/ Entre autorités de police spéciale.
Chaque police agit dans le cadre de son pouvoir spécifique.
Section 3 : Le pouvoir de police administrative.
§1 : Les mesures de police.
A/ La réglementation.
Ä Organisation de l'activité privée. Ex : stationnement permis, mais le règlement aménage des horaires,…
Ä Soumission de l'activité privée à une déclaration préalable. Il faut mettre au courant l'autorité de police. Cette règle n'est applicable aux activités constituant
l'exercice d'une liberté que si une loi l'a prévu (sauf application de la théorie des circonstances exceptionnelles).
Ä Organisation d'un régime d'autorisation préalable : interdiction de principe de l'activité des particuliers, sauf autorisation. Pour la jurisprudence, cette règle est
inapplicable aux libertés publiques quand elles sont garanties par la constitution ou la loi. Quand elle s'applique, l'autorité de police est tenu de respecter l'égalité des
citoyens devant la loi : CE, 22/6/1951 Daudignac - CE, 2/4/1954 Petronelli.
Ä Interdiction pure et simple de l'activité : la jurisprudence distinguait les libertés publiques reconnues et les autres. Aujourd'hui, cette distinction n'a plus cours.
CE, 15/12/1961 Chiarette : une mesure d'interdiction ne se justifie légalement que s'il existe un motif impérieux d'intérêt général.

B/ Les mesures individuelles.
CE, 20/1/1956 Brionnet : elles ne peuvent être prises à titre initial, sauf dans des cas de circonstances exceptionnelles, ou s'il existe une obligation.
C/ L'obligation de prendre des mesures de police.
Deux hypothèses : - quand la réglementation de police existante ne se suffit pas à elle-même. L'autorité de police doit alors prendre des mesures la précisant. Ex
d'application : CE, 14/12/1965 Doublet (entre deux autorités de police générale) ; CE 1935 Société Narbonne (entre une autorité de police spéciale et une autorité de
police générale).
- une autorité de police peut être obligée de prendre une mesure à titre initial : CE, 23/10/1959 Doublet (une réglementation) - CE, 21/6/1968 Dame
Spiagerri (une mesure individuelle).
Le juge annulera le refus de prendre une mesure obligatoire, et sur le terrain de la responsabilité, en cas de préjudice dû au refus, il pourra y avoir réparation : CE,
29/11/1963 Ecarot - CE, 13/5/1983 Dame Lefebvre.
§2 : La mise en œuvre du pouvoir de police.
Le principe de légalité est applicable aux mesures de police : le principe du respect de l'égalité des citoyens devant la loi, et la considération du but de la mesure de
police.
A/ Pouvoir de police et nature de l'activité atteinte.
Le contrôle du juge tient compte de la nature de l'activité atteinte.
Pour une activité illicite, l'autorité de police a tout pouvoir pour la rappeler, la préciser, ou la sanctionner.
Pour le reste, une jurisprudence ancienne aboutissait à moins protéger les activités constituant de simples facultés que celles de mise en œuvre d'une liberté publique :
elle admettait que l'autorité de police puisse discrétionnairement autoriser, interdire ou réglementer la possibilité de manifester dans la rue. Pour limiter les possibilités
d'atteinte aux libertés publiques, il distinguait les processions traditionnelles (annuelles) des autres (CE, 19/2/1909 Abbé Olivier). Une jurisprudence récente revient à
faire passer d'un coté à l'autre beaucoup de mesures de police : elle considère que tout ce qui concerne les cortèges, manifestations,… relève de la liberté de manifester.
Les mesures de police sont donc étroitement examinées (CE, 21/1/1966 Legastelois).
B/ Pouvoir de police et nécessité.
Ä Les mesures prohibées en principe : - CE, 1951 Daudignac : une autorité de police ne peut pas prendre de réglementation que seule la loi peut imposer. Ex :
subordonner l'exercice d'une activité à une autorisation préalable.
- l'autorité de police ne peut pas imposer les moyens par lesquels une réglementation peut être respectée (sauf quand seul ce
moyen est possible pour la faire respecter).
Ä Les conditions de la légalité de la mesure de police : - le but d'ordre public.
- la mesure doit être nécessaire, c'est-à-dire adaptée (justifiée par les circonstances locales) et proportionnée (en
parfaite adéquation avec les faits qui la justifient = une mesure moins rigoureuse ne doit pas être possible pour assurer aussi la protection de l'ordre public).
· Le principe de proportionnalité a été appliqué par CE, 1909 Abbé Olivier, et généralisé par CE, 1933 Benjamin.
CE, 21/1/1966 Legastelois : la mesure est légale, car elle seule pouvait maintenir l'ordre public.
CE, 29/7/1997 Préfet de Vaucluse : ordonnance de sursis à exécution (souvent annulation par le TA), car d'autres moyens moins rigoureux peuvent assurer la protection
de l'ordre public.
Þ Le contrôle du juge est un contrôle de proportionnalité, et non pas un contrôle restreint car les mesures de police peuvent limiter l'exercice des libertés publiques.
· L'activité n'est pas nécessairement illicite : CE, 1995 Commune de Morsang-sur-Orge (lancers de nains) : une mesure de police peut interdire ou restreindre une
activité licite. Pour les activités illicites, le juge pénal est compétent.
Ä L'interdiction générale et absolue : le contrôle du juge se fait au cas par cas sur le caractère général et absolu de la mesure. La jurisprudence se contente de
mesures trop générales et absolues : certaines mesures d'interdiction totale sont autorisées (CE, 1995 Commune de Morsang-sur-Orge), et certaines mesures en
apparence trop générales et absolues sont légales car elles sont limitées dans le temps et dans l'espace. TA Pau, 1995 : la mesure d'interdiction de la mendicité sans
borne dans l'espace ni dans le temps est illégale.
Pour déterminer si un acte de police est légal, le juge doit donc examiner très concrètement les circonstances de l'action :
mesure de police sera légale dans un lieu et illégal ailleurs.

- les circonstances de lieu : une même

- les circonstances de temps : il faut tenir compte de la période dans laquelle la mesure s'applique (théorie des circonstances exceptionnelles) mais aussi de l'heure
: CE, 26/12/1930 Abbé Tisseire : un maire ne peut pas interdire la sonnerie des cloches dans la journée (liberté de culte) mais il peut l'interdire la nuit (tranquillité
publique).
CE, 23/11/1951 Société Nouvelle d'imprimerie : une interdiction d'exposer un journal sur tout le territoire n'est pas proportionnée.

CE, 13/3/1968 Epoux Leroy : une interdiction peut être légale, si aucun autre moyen n'existait.
C/ Pouvoir de police et contrôle du juge.
Le contrôle est forcément subjectif, et il peut y avoir des divergences. TA Nice, 26/3/1975 Quillon infirmé par CE, 16/6/1976 Ville de Menton : la divergence de
solution est incompréhensible, car c'est matière à subjection.
En matière de police, la légalité englobe l'opportunité : la justification concrète des mesures de police englobe des considérations d'opportunité.
Le juge administratif examine l'idée de nécessité pour savoir si la mesure est légale ou non. Quand le juge pénal apprécie la légalité d'une mesure de police, il fait
comme le juge administratif. Crim, 10/7/1957 : le juge pénal regarde si la mesure est nécessaire et proportionnée.
CC, 12/1/1977 Loi sur les fouilles des véhicules : des dispositions de la loi sont censurées, car elle permet des fouilles en l'absence de réelle nécessité.
Chapitre 2 : Le service public.
Section 1 : La notion de service public.
§1 : L'évolution des conceptions du service public.
A/ La conception primitive.
L'expression de SP est ancienne (début du XIX ème), mais la notion est récente : elle date de l'arrêt Blanco de 1873. La notion de SP permettait de postuler l'application
d'un droit public, et la compétence du juge administratif.
B/ Les crises de la notion de service public.
Un premier mouvement touche aux rapports entre la notion de SP et l'application d'un régime spécifique. La jurisprudence a d'abord reconnu que dans son activité, un
SP pouvait être en partie soumis au droit privé (CE, 1912 Société des granits porphyroïdes des Vosges), puis qu'il pouvait être globalement soumis au droit privé et au
juge judiciaire (SPIC : TC, 22/1/1921 Société commerciale de l'Ouest Africain - TC, 22/1/1955 Naliato).
Le second mouvement tient à la relation entre l'aspect organique et l'aspect fonctionnel du service public. CE, 13/5/1938 Caisse Primaire Aide et Protection : une
activité de SP peut être gérée par un organisme privé.
Conséquences : - la notion de SP ne sert plus de critère à l'application du droit administratif, ni à la compétence du juge administratif.
- le seul aspect matériel ne permet plus de définir la notion de service public. Le critère même du service public est difficile à trouver, car la notion est
hétérogène et recouvre des réalités différentes.
C/ La définition du service public.
Elle ne résulte que de la conception matérielle.
Il y a trois éléments constitutifs : - le SP est une activité = "mission de SP".
- le SP est une activité destinée à satisfaire un besoin d'intérêt général.
(CE, 15/2/1935 Société française de construction mécanique)
- l'activité est assurée par une personne publique. Le rattachement est direct quand la personne publique assure elle-même le SP, indirect
quand elle le confie à une personne privée. La jurisprudence admet les cas de SP locaux confiés à une SEM locale.
§2 : La recherche d'un critère du service public.
A/ Les critères inopérants.
Ä L'objet de l'activité : - les activités naturelles de l'administration (SP par nature). Le commissaire du gouvernement l'a préconisé dans l'affaire du bac d'Eloka :
elle a été appliquée par TC, 11/7/1933 Dame Melinette.
Ce critère est devenu inopérant dès que l'État est intervenu dans des domaines variés. CE, 7/4/1916 Astruc : le théâtre n'est pas une activité qui est de l'essence de l'État.
CE, 27/7/1923 Gheusi : le théâtre peut faire l'objet d'un SP.
- la notion de SP virtuel : certaines activités constituent des activités de SP. Les transports en commun sont une activité de SP quel que soit
le mode de gestion. Le commissaire du gouvernement Chenot, dans ses conclusions sur les arrêts du 5/4/1944 Compagnie Maritime de l'Afrique Orientale, et CE,
6/2/1948 Société Radio Atlantique préconise cette solution.
Þ La première notion restreint l'extension des SP ; la seconde étend cette notion.
Ä Le régime de l'activité : l'existence d'un régime juridique exorbitants du droit commun. Parfois, pour une activité donnée, un texte précise que telle règle est
applicable, or elle est exorbitante du droit commun. On en tire argument pour dire que l'activité est une activité de SP, et on lui applique toutes les règles attachées à
cette notion. Le commissaire du gouvernement Lagrange préconise cette solution dans ses conclusions sur CE, 2/4/1943 Bouguen.

L'objection essentielle faite à cette théorie est que des SP échappent au droit public (SPIC, SP sociaux,…) : la règle ne vaut donc que pour les SPA.
Ä L'activité de SP poursuit un intérêt général : CE, 25/5/1925 Decatoire : telle activité étant d'intérêt général, est de SP. Souvent, il s'agit d'un intérêt
général spécifique.
Mais certaines activités d'intérêt général ne sont pas des services publics.
CE, 20/12/1935 Société Etablissements Vezia : il y a des activités privées d'intérêt général.
Une activité de service public consiste à fournir des prestations, mais ce peut aussi être une activité de réglementation (CE, 31/7/1942 Montpeurt).
Þ Il n'y a pas de critère, mais juste un signe distinctif.
B/ La conception subjective du service public.
Seule la puissance publique peut décider qu'un besoin est d'intérêt général, et doit dès lors être assuré par un service public. Ex : arrêts Montpeurt, Naliato,… Le
problème est alors de définir l'intention des gouvernants : on utilise des indices : - l'octroi de prérogatives de puissance publique. CE, 13/1/1961 Magnier : un
organisme privé peut se voir octroyer des prérogatives de puissance publique, car son activité est de service public.
- des dispositions dérogatoires au droit commun. CE, 26/5/1933 Silly.
- un contrôle étroit de l'administration sur l'activité. CE, 20/12/1935 Compagnie Air Union.
Þ CE, 28/6/1963 Narcy utilise trois indices concordants pour conclure à l'existence d'un service public : une mission d'intérêt général ; l'existence de prérogatives de
puissance publique (TC, 6/11/1978 Bernardi : cet indice n'est pas obligatoire) ; le fait que l'administration exerce un droit de contrôle étroit sur cette activité.
Est considéré comme indifférent le fait que l'organisme qui gère l'activité soit ou non érigé en personne morale.
Section 2 : Le régime juridique des services publics.
Sous-section 1 : Les règles communes à l'ensemble des services publics.
§1 : Règle de création.
A/ Création des services publics de l'État.
Avant la constitution de 1958, il fallait une loi pour créer le service public, ou pour définir le cadre dans lequel l'administration pouvait le créer.
Dans la constitution de 1958, l'article 34 ne précise pas que la création d'un service public relève de la loi. Mais il précise que la loi détermine les principes
fondamentaux relatifs à la défense nationale, à l'enseignement, à la sécurité sociale,… or ce sont des SP. L'article 34 confie au législateur la création des catégories
d'établissements publics, or les SP sont souvent créés directement sous cette forme. Pour un service public créé en nationalisant une entreprise, il faut une loi ; de même
le législateur est compétent pour garantir les libertés publiques.
CE, 15/11/1963 Chambre syndicale des industries et du commerce des cartouches de chasse : toute création de service public doit respecter la liberté d'entreprendre.
CC, 16/1/1982 Loi de nationalisation : le législateur doit respecter le liberté du commerce et de l'industrie.
CE, 29/1/1932 Société des Autobus Antibois : la création d'un SP de transport en commun et son instauration en monopole par l'administration est possible, car il est
exercé sur le domaine public.
B/ Création des services publics locaux.
Ils sont créés par l'assemblée délibérante locale. La loi précise dans certains cas que les collectivités publiques locales ont l'obligation de créer un service public précis
(entretien de la voie publique, archives communales,…).
Il existe aussi des services conditionnés : la collectivité locale est libre de les créer ou non, mais elle doit respecter certains principes : - le principe de laïcité.
- le principe de la liberté du commerce et de l'industrie.
CE, 1901 Casanova : la liberté de créer un commerce ou une industrie n'est pas applicable à l'administration.
CE, 1930 Chambre syndicale du commerce en détail de Nevers : l'administration peut créer un commerce ou une industrie pour répondre à un besoin d'intérêt public, à
condition que l'initiative privée fasse défaut. Cette jurisprudence a été vidée de son contenu : l'intérêt public existe désormais au delà des besoins de première nécessité.
La notion de défaillance de l'initiative privée qui était entendue quantitativement (aucune initiative privée) est aujourd'hui entendue qualitativement (mauvaise initiative
privée) : CE, 18/12/1959 Delansorme.
Aujourd'hui, ce a été remplacé par celui de concurrence illégale des collectivités locales.

- le principe de non-empiettement sur les compétences exclusives d'une autre personne publique (apport des lois de répartition de compétence des
7/1/1983 et 22/7/1983). Les SP locaux ou de l'État n'entraînent aucun droit pour les usagers à la création d'un SP. Il s'agit d'une question d'opportunité laissée à la libre
appréciation de l'administration.
CE, 6/7/1934 Van Outryve : un administré serait fondé à attaquer devant le juge de l'excès de pouvoir le refus d'une commune de créer un SP obligatoires.
§2 : Principes de fonctionnement = les lois de Rolland.
A/ Principe de continuité.
1) Contenu du principe.
Le SP a pour but de satisfaire l'intérêt général : s'il interrompt ses prestations hors les cas prévus par la réglementation, il ne satisfait plus à son but.
CC, 25/7/1979 : ce principe a valeur constitutionnelle. CE, 13/6/1980 Dame Bonjean : c'est un principe fondamental.
2) Conséquences du principe.
En matière contractuelle : - l'obligation d'accomplir l'exécution du service quel que soit la situation (même en cas de déficit) sauf si l'interruption est due à un cas de
force majeure ou à un fait de l'administration.
- cette situation persiste en cas d'imprévision, sous peine de perte du droit à indemnité.
Dans le cadre de la fonction publique : - l'agent démissionnaire ne peut pas quitter le service avant l'acceptation de sa démission par l'autorité hiérarchique.
- la grève : - avant 1946, le principe de continuité faisait obstacle à toute grève dans les SP : CE, 1937 Demoiselle Minaire le
rappelle.
- depuis 1946, le préambule de la constitution reconnaît le droit de grève dans le cadre des lois qui le réglementent. Le
statut des fonctionnaires de 1946 ne reconnaît pas ce droit. Le CE a donc dû en encadrer l'éventuel exercice dans la fonction publique, et le concilier avec le principe de
continuité.
CE, 1950 Dehaene - CE, 1992 Syndicat National des Ingénieurs de l'Aviation Civile : le gouvernement peut limiter l'exercice du droit de grève en l'absence de
réglementation générale prévue par le législateur.
Þ La grève est autorisée mais peut être interdite ou fortement réglementée dans certains services particuliers tels que l'armée, les SP pénitentiaires,… Sont interdites les
grèves tournantes (loi de 1963), sur le tas (CE, 1956 Legrand),…
Difficultés sur ce principe : - CC, 1979 Droit de grève à la radiotélévision : le principe de continuité du SP est un principe à valeur constitutionnel = seul le législateur
peut le réglementer. CE, 1980 Bonjean : c'est un PGD = le gouvernement peut le réglementer. Dans les faits, l'exécutif intervient quand la loi n'est pas intervenue.
- les grèves répétées du personnel des SP le compromettent (pas de réglementation).
CE, 25/6/1959 Vincent : le principe de continuité implique que l'usager ai un droit au règlement ponctuel et régulier.
B/ Principe d'égalité.
1) Contenu du principe.
L'application au domaine du SP du principe d'égalité des citoyens devant la loi. Le but étant d'assurer une égalité de traitement entre les usagers et entre les personnels
d'un même SP.
CE, 9/3/1951 Société des concerts du conservatoire : le principe d'égalité est un PGD.
2) Conséquence du principe.
· CE, 1954 Barrel : principe d'égalité d'accès aux emplois publics sans distinction des opinions politiques.
· Principe d'égalité de traitement des fonctionnaires d'un même corps.
· Principe d'égalité de traitement entre les usagers : CE, 9/3/1951 Société des concerts du conservatoire.
CE, 1967 Ville d'Elbeuf : sanction d'une discrimination illégale quand à l'usage d'un SP d'épuration des eaux usées.
CE, 1985 Ville de Tarbes : la discrimination entre habitant ou non d'une commune est légale, mais pas celle qui réside sur une distinction des revenus (quotient
familial). Un revirement a eu lieu depuis.
CC, 12/7/1979 : conformité à la constitution de la loi qui autorise des différences de tarification selon que l'usager a son domicile dans le département concerné par
l'ouvrage reliant des voies départementales.

La discrimination est possible quand : - la loi ou une convention internationale le permet : CE, 1964 Vassile.
- les usagers ne sont pas dans la même situation de droit ou de faits.
CE, 1959 Jacquier : le tarif supérieur est justifié pour les abonnés du téléphone en liste rouge.
CE, 1974 Denoyez & Chorques : le CE admet une différence de tarif pour le SP du bac entre les habitants de l'Ile de Ré et du continent, mais refuse une distinction
entre les habitants temporaires et permanents du département.
- quand l'inégalité repose sur une nécessité d'intérêt général en rapport avec l'organisation et le fonctionnement du service : CE, 1956
Société Léon Claeys. On retrouve cette formule dans CE, 1993 Commune de Coux et CE, 1974 Denoyez & Chorques, mais elle n'y est pas appliquée.
3) Le principe de neutralité du SP.
Ce n'est pas une 4ème loi de Rolland, car il est présenté comme le corollaire du principe d'égalité par le CC et le CE. Il signifie que le SP doit fonctionner uniquement en
tenant compte de l'intérêt général, sans distinguer selon les opinions politiques ou religieuses des usagers ou du personnel.
Dans l'enseignement, il revient à reconnaître :

- l'obligation d'impartialité du personnel enseignant.

- pour les usagers, le droit d'exprimer leurs convictions politiques et religieuses (liberté de conscience et de religion) à condition
qu'elles ne perturbent pas le fonctionnement du SP.
CE, 8/11/1985 Rudent : un groupement politique d'élèves, même encadré (hors des cours, sous surveillance et sans intervention extérieure) est illégal s'il se déroule
dans un établissement scolaire.
CE 6/11/1991 Confédération Nationale des groupes autonomes de l'enseignement public : un débat civique et social est autorisé, bien que son objet ait des
conséquences politiques, qu'un intervenant extérieur soit politiquement engagé.
Þ Seul le caractère politique de la réunion justifie l'interdiction sans prendre en considération les conditions annexes.
Le principe de laïcité : il est présenté comme le corollaire du principe de neutralité du SP. Il permet le port de signes d'appartenance religieux (dont le foulard
islamique), car il constitue l'exercice de la liberté de conscience de laquelle découlent les libertés d'expression et de manifestation des croyances religieuses par les
élèves : le port de ces signes ne peut être interdit sous peine de constituer une interdiction générale et absolue, donc illégale : CE avis 27/11/1989 ; CE, 1992 Kherroua ;
CE, 1995 Aoukili.
Les droits et libertés des élèves sont limités en tant que les conditions de port ne peuvent, notamment, troubler l'ordre dans les établissements ou le fonctionnement
normal du SP, ni constituer des actes de provocation, ni perturber le déroulement des enseignements (dont les cours d'éducation physique). Si les élèves contreviennent
à ces obligations, ils sont susceptibles de sanctions (CE, 1995 Aoukili).
Par contre, les sanctions ne doivent pas être justifiées par le seul port du foulard (CE, 1996 Maderan) car le foulard ne constitue pas en lui-même un signe ostentatoire
ou de provocation (CE, 1996 Ligue Islamique du Nord).
Dans le même cadre, le JA ne condamne pas la possibilité d'obtenir, pour motifs religieux, une dispense de cours le samedi matin : compatibilité avec l'obligation
d'assiduité, mais à condition que les programmes du samedi matin ne soient pas si contraignants que la présence de l'élève s'avère indispensable à la poursuite de sa
scolarité (CE, 1995 Koen).
C/ Principe de mutabilité.
Justification : l'intérêt général peut changer de contenu : les besoins collectifs peuvent évoluer dans leur manière de s'exprimer : les besoins d'intérêt public doivent
toujours être satisfait. Il ne doit donc y avoir aucun obstacle à ces adaptations, notamment du personnel et des usagers.
Conséquences :

- l'administration peut modifier unilatéralement le statut qui lie les fonctionnaires avec elles.

- les cocontractants sont soumis au pouvoir de modification unilatérale de l'administration (CE, 1902 Compagnie du gaz de Deville les Rouen - CE,
1910 Compagnie générale française des tramways).
- les agents statutaires ou contractuels ne peuvent faire obstacle à la modification de leurs services en invoquant respectivement leurs droits acquis ou
contrats.
- tout usager ne peut s'opposer à la modification du service. Ainsi, les hausses de tarifs leur sont immédiatement applicables même s'ils sont liés au
service par un contrat d'abonnement. De même, ils n'ont aucun droit au maintien du service, sauf s'agissant des SP régaliens (CE, 27/1/1961 Vannier). Il n'y a pas non
plus de droit acquis au maintien des règles d'un service public (CE, 12/2/1982 Université de Paris VII).
- les usagers et personnels ont droit au fonctionnement normal du service et à l'application correcte de leur statut tant que la modification n'est pas
intervenue (CE, 1969 Vincent), à la non-rétroactivité des modifications (CE, 1948 Société du Journal l'Aurore), de saisir le JA afin qu'il vérifie que les modifications
sont conformes aux justifications avancées par l'Administration.
Difficultés :

- la mutabilité intervient tant en faveur qu'au détriment du SP, et donc des usagers = il n'y a pas d'unité dans la mise en jeu du principe.

- l'adaptation est tout de même effectuée dans un souci de protection des droits acquis du personnel : le principe dépend d'abord de considérations
statutaires, plus que de l'intérêt général.

Certains auteurs ajoutent un principe de transparence.
D/ La gratuité des services publics.
Ce n'est pas un principe de fonctionnement pour les usagers. Il ne peut y avoir gratuité que pour les services publics qui sont imposés aux usagers.
CE, 5/12/1984 Ville de Versailles : illégalité de la décision qui met à la charge de la victime d'un accident de la circulation le coût du transport entre la voie publique et
l'hôpital.
Sous-section 2 : Les règles découlant du caractère du service public.
§1 : Distinction des SPA et des SPIC.
TC, 22/1/1921 Société commerciale de l'ouest africain : pose le principe de la distinction entre SPA et SPIC.
A/ Qualification textuelle.
Il y qualification textuelle quand le SP est assuré par un EP. Le JA applique les lois, mais estime que la création jurisprudentielle s'impose aux règlements :
d'un texte législatif, le juge l'applique (TC, 24/4/1978 Société boulangerie de Kourou : le CNES a été qualifié d'EPIC par une loi : le juge applique la loi).

- s'il s'agit

- s'il s'agit d'un règlement, le juge vérifiera la qualification.
TC, 24/7/1960 Société distilleries bretonnes et TC, 24/7/1960 Société d'approvisionnement alimentaire : un décret de 1951 qualifiait le F.O.R.M.A. d'EPIC. Le TC le
requalifie d'EPA.
B/ Critère jurisprudentiel.
· Quand la loi est muette, dans l'affaire du Bac d'Eloka, le commissaire du gouvernement Matter proposait que les SP qui n'étaient des missions naturelles de l'État,
soient des SPIC (application dans TC, 11/7/1933 Dame Melinette).
· Le but spéculatif du service : CE, 30/6/1950 Société Merienne : un service de sauvetage ne peut être un SPIC car il n'a pas à faire de bénéfices.
· Le système des indices : CE, 16/11/1956 Union syndicale des industries aéronautiques : la jurisprudence prend en compte 3 éléments : l'objet du service, l'origine de
ses ressources, les modalités de fonctionnement. Cela permet d'appréhender si le SP ressemble ou non à une entreprise privée. Le TC s'y est rallié : TC, 20/1/1986 SA
Roublot.
L'objet du service : le juge s'attache au contenu de l'activité.
TC, 17/12/1962 Dame Bertrand : ce contenu ressemble à celui d'une entreprise privée, c'est un SPIC.
TC, 13/12/1976 Epoux Zaoui : les installations gérées par le SP ont le caractère d'ouvrage public = des SPA.
Si l'objet du service concerne la police administrative = SPA. TC, 23/2/1981 Crouzel : une chambre de commerce exploite un aéroport : le service de guidage contribue
à la sécurité du transport aérien (police administrative) = SPA.
L'origine des ressources : si les ressources proviennent de redevances payées par les usagers du service : SPIC. Si l'essentiel des ressources vient de subventions de
personnes publiques, ou si ce sont des ressources fiscales : SPA.
Les modalités de fonctionnement : si le service des gratuit = SPA : CE, 26/7/1930 Benoît.
C/ Le problème des SP sociaux.
TC, 22/1/1955 Naliato : la colonie de vacances crée par une administration et qui fonctionne comme un organisme privé, bien qu'elle ne soit pas un SPIC, relève du
droit privé et du juge judiciaire.
La jurisprudence ultérieure a continué à appliquer cette solution, tout en en restreignant sa portée supposée. Les SP sociaux sont considérés comme des SPA, ou comme
des SPIC (CE, 17/4/1964 Commune d'Arcueil). La notion existe bien quand à son objet, mais elle n'entraîne pas un régime juridique uniforme = pas une catégorie
autonome.
§2 : Le régime juridique des SPA.
Ils sont soumis à l'ensemble du droit administratif, et relèvent de la compétence du juge administratif.
A/ SPA géré par une personne publique.
Exécution du service : sur le terrain de la responsabilité en raison des contrats passés, dans le cas de responsabilité pour faute
responsabilité de l'administration.
- personnelle : comme si un particulier commettait une faute (art. 1382) et juge judiciaire.

- du service : voir le cours sur la

Organisation du service : les fonctionnaires ou contractuels de droit public : TC, 25/3/1996 Préfet de la région Rhône-Alpes : il s'agit de contrats administratifs.
Si les biens utilisés font partie du - domaine public de la personne publique : juge et droit administratifs.
- domaine privé de la personne publique : juge judiciaire et droit privé.
B/ SPA géré par une personne privée.
Activité : la personne privée peut émettre des actes administratifs unilatéraux : CE, 13/1/1961 Magnier. Le contrat passé par la personne privée est privé.
Organisation : elle relève du droit privé et du juge judiciaire (personnel de droit privé). Mais, les principes de continuité, d'adaptation et d'égalité s'y appliquent. CE,
31/1/1964 CAF de la Cote d'Or : le personnel de droit privé qui participe à l'activité administrative d'un SPA est soumis à une obligation de réserve, comme les
fonctionnaires.
§3 : Le régime juridique des SPIC.
Il s'agit d'un régime mixte.
A/ Application du droit privé.
En principe, les SPIC relèvent du droit privé et du juge judiciaire : pour les relations avec son personnel, ses usagers. CE, 13/10/1961 Etablissements Companon-Ray :
la responsabilité d'un SPIC obéit aux règles du droit privé même si le dommage résulte d'un travail public.
Ce régime de droit privé ne s'applique qu'en partie dans les relations du SPIC avec des tiers (fournisseurs,…) et en matière de responsabilité (CE, 9/2/1934 Mabille).
B/ Application du droit public.
Toutes les règles communes, et les règles de fonctionnement s'appliquent aux SPIC.
CE, 8/3/1957 Jalanques de Labeau : dans un SPIC, le directeur du service et le chef de la comptabilité sont des agents publics. Tout le reste est un personnel de droit
privé.
Octroi de prérogatives de puissance publique : leur mise en œuvre relève du JA, et des règles de droit public. Quand le SPIC est personnalisé, c'est-à-dire quand il est
géré par un EPIC, le droit privé s'applique d'avantage.
Section 3 : Les modes de gestion du SP.
Sous-section 1 : La gestion du SP par un organisme public.
§1 : La Régie.
Un SP est dit exploité en Régie quand une personne publique se charge de gérer elle-même directement le SP : elle entre directement en relation avec les usagers, et
supporte la responsabilité du préjudice causé par le fonctionnement de ce service. Son organisation se confond avec la personne morale qui l'exploite : elle est soumise
au droit public.
A/ Régie simple.
La régie d'État : les services gérés en régie sont répartis dans les différents ministères.
La régie des collectivités locales : leur création est décidée par autorité délibérante de la collectivité.
La régie n'a pas la personne morale : elle emprunte celle de la personne publique qui, entre autres, gère ce service. Les régies personnalisées (régies de l'État gérant un
SPIC) ont une autonomie financière et administrative. Les textes organisent la gestion de ces régies : elles ont leur propres organes, un conseil d'exploitation et un
directeur.
Certaines régies municipales se voient confier la personnalité juridique, mais l'autonomie y est limitée : les décisions sont prises par le maire ou le Conseil municipal, le
directeur ayant un simple rôle d'exécution. De plus, le maire la représente en justice.
B/ Régie intéressée.
L'administration continue à avoir la gestion du service mais en confie la direction à un organisme privé ou à un particulier qui agit pour le compte de l'administration.
Le gérant est intéressé financièrement au résultat de l'exploitation : alors que le concessionnaire de SP est un véritable entrepreneur, le gérant est stimulé
financièrement.
§2 : L'Etablissement Public.
Sous-§1 : La notion d'EP.
A/ La définition classique de l'EP.

Au milieu du XIXème, la notion juridique d'EP s'est précisée : on a pu la distinguer des personnes privées et même d'autres personnes publiques. L'EP correspond à la
personnalisation de la personne publique : soit un SP nouveau, soit un SP géré auparavant par l'État se voit octroyer la personnalité morale pour attirer les libéralités,
pour lui assurer une autonomie suffisante, ou pour permettre une gestion plus souple.
Þ La notion d'EP :

- englobait donc toutes les personnes publiques autres que l'État et les collectivités locales.

- entraînait un régime de droit public.
B/ Les crises de la notion d'EP.
Elles sont dues au succès même de la notion : la quantité nuit à la qualité. Les postulats sur lesquels reposaient la notion ont éclatés : - la mission d'un EP est de gérer
un SP : la jurisprudence a admis très tôt que des EP aient une activité différente de celle de SP. TC, 9/12/1899 Canal de Jiniac : les associations syndicales forcées sont
des EP, mais leur activité n'est pas une activité de SP.
- l'EP est distinct des collectivités locales : de nombreuses lois ont créé des syndicats de commune et de district, des communautés urbaines,… : ils ont la
même vocation générale qu'une commune, or ce sont des EP.
- toutes les personnes publiques qui ne sont ni l'État, ni des collectivités locales sont des EP.
CE, 31/7/1942 Montpeurt, CE, 2/4/1943 Bouguen : des personnes publiques autres que l'État, et les collectivités locales ne soient pas des EP.
- le régime juridique des EP est un régime de droit public : la nature juridique des EPIC a obligé le juge à les soumettre au droit commercial : le régime
juridique des EP n'est donc plus homogène.
C/ Les classifications des EP.
· La classification fondée sur les collectivités locales de rattachement : l'EP peut être rattaché à l'État (EP nationaux), à une commune (EP communaux), à un
département (EP départementaux). L'autorité de tutelle varie ; le statut du personnel et les règles de dévolution des biens dépendent de la collectivité locale de
rattachement,…
· La classification selon l'autonomie financière. Elle indique le degré d'autonomie financière dont bénéficie l'EP par rapport à sa collectivité de rattachement.
· La classification fondée sur l'objet de l'activité. Elle permet de préciser la spécialité de chaque EP. Cette classification a été adoptée par la loi du 18/7/1949 qui impose
au gouvernement de déposer chaque année sur le bureau de l'assemblée nationale la liste des EP nationaux dont les budgets échappent au contrôle du Parlement.
· La classification reposant sur le caractère de l'EP : les EPA relèvent du droit administratif ; les EPIC ont un régime juridique mixte : droit administratif pour leur
structure ; droit commercial pour leur activité.
Sous-§2 : La qualification d'EP.
A/ Intérêt de la distinction.
Distinction de l'EP des organismes privés : les établissements d'utilité publique poursuivent un but d'intérêt général, et peuvent avoir des prérogatives de puissance
publique. Le code civil employait indifféremment EP ou établissement d'utilité publique.
Civ., 5/3/1856 Caisse d'épargne de Caen établit une distinction : les EP sont des organismes publics ; les établissements d'utilité publique sont des organismes privés. La
loi du 21/2/1862 a confirmé cette distinction sans fournir de critère. L'intérêt réside dans la différenciation des régimes juridiques applicables.
Distinction de l'EP des autres organismes de droit public relativement voisins : l'EP se voit infliger des règles qui lui sont spécifiques. Pour distinguer les EP des
collectivités territoriales, on ne peut utiliser ni le critère du contenu des compétences (gestion des mêmes services), ni celui du territoire (même compétence
géographique déterminée).
B/ Recherche d'un critère de l'EP.
Ä La distinction peut avoir lieu par un texte : exemple de l'ordonnance du 2/11/1945 qui crée les chambres de notaires en précisant qu'il s'agit d'un
établissement d'utilité publique.
CE, 27/2/1942 Mollet : on peut reconnaître une fondation ou association d'utilité publique, par décret .
Ä Parfois l'intention du législateur n'est pas explicite : - car le texte est antérieur à l'arrêt de la Cour de cassation distinguant les EP et les établissements d'utilité
publique. Ex de la loi du 24/6/1851 qui qualifie les caisses de crédit municipale d'établissements d'utilité publique. CE, 20/6/1919 Brincat : ce sont des EP.
- en l'absence de qualification légale, ou quand le texte n'est pas suffisant, on recherche par méthode
jurisprudentielle.
· La création de l'établissement : si l'initiative relève des pouvoirs publics, c'est un EP ; si elle est d'origine privée, c'est un établissement d'utilité publique. Ex : CE,
1903 Caisse des écoles du 6ème arrondissement de Paris.
Critère écarté par CE, 24/12/1937 De La Bigne de Villeneuve : un EP peut être créé suite à une initiative privée.

· La détention de prérogatives de puissance publique : TC, 9/12/1899 Canal de Jignac : les associations syndicales de propriétaire sont des EP, car elles peuvent
contraindre les propriétaires fonciers à adhérer.
Critère abandonné par CE, 20/12/1935 Société des Etablissements Vezia : un organisme de droit privé peut se voir octroyer des prérogatives de puissance publique.
· La tutelle : l'EP se reconnaîtrait à ce qu'il est toujours soumis à un régime de tutelle, alors que pour les collectivités territoriales il faut un texte. CE, 13/1/1965 Caisse
des écoles du 10ème arrondissement de Paris : la tutelle sur les EP est de droit. Mais, la loi de 1982 a abrogé les tutelles.
· L'activité s'apparentant à celle d'un SP : CE, 1903 Caisse des écoles du 6ème arrondissement de Paris.
Critère abandonné par TC, 9/12/1899 Canal de Jignac : un EP peut exister sans activité de SP - TC, 20/11/1961 Bourguet contre Centre Eugène Marquis : un organisme
privé peut poursuivre une activité de SP sans être un EP.
· La méthode du faisceau d'indices : la règle d'organisation et de fonctionnement de l'organisme, le statut du personnel, le procédé de financement de l'organisme,…
CE, 13/11/11959 Navizet : tel organisme est un EP, car ses ressources proviennent surtout d'une taxe fiscale, ses comptes doivent être approuvés par le ministre de
l'agriculture, son personnel est nommé ou agréé par le ministre.
CE, 4/4/1962 Chevassier : tel organisme n'est pas un EP, bien qu'il participe à l'exécution d'un SP, que ses activité et budget soient soumis au contrôle étroit de
l'administration et que le ministre nomme son président.
Þ Il s'agit donc d'une jurisprudence très subtile.
Sous-§3 : Le régime juridique de l'EP.
A/ Règles communes à l'ensemble des EP.
On trouve un organe délibérant (Conseil d'administration) et un organe exécutif (directeur). Mais, leur composition et mode de nomination peut varier. Les organes de
l'EP doivent respecter la spécialité de l'établissement. L'EP étant le résultat d'une décentralisation, il est soumis à une tutelle de droit.
La création des EP : avant 1958, la loi créait les EP nationaux, et définissait les conditions de création des EP locaux. L'article 34 (constitution de 1958) prévoit que la
loi fixe les règles concernant la création des catégories d'EP.
Pour le CE et le CC, cela signifie : - même rattachement territorial et même spécialité. Avant 1979, le CC exigeait une "spécialité étroitement comparable". Depuis CC,
30/5/1979 ANVAR et CC, 25/7/1979 ANPE, il exige simplement une "spécialité analogue". En fait, cette nouvelle expression ne fait qu'entériner la pratique du CC. Le
CE a la même opinion : même rattachement territorial et spécialité analogue.
- identité de caractère : en principe, on ne doit pas trouver dans une même catégorie d'EP des EPA et des EPIC. CC, 25/7/1979 ANPE
abandonne cette exigence. CE, 11/10/1985 Syndicat général de la recherche agronomique CFDT continue à exiger ce critère.
B/ Règles découlant du caractère de l'EP.
Un EP peut comporter différentes activités, dont certaines sont de SPA et d'autres de SPIC. Ex : une CCI exerce un SPA quand elle gère un école de commerce, mais
exerce un SPIC quand elle exploite un port. La notion d'EP a double visage a été forgée par la doctrine à partir de TC, 23/11/1959 Société de Meunerie.
Le régime des EPA et EPIC diffère :
- le personnel : les EPA ont recours à un personnel de fonctionnaires, à des agents publics soumis à statut, ou à des agents
contractuels de droit public. Le personnel des EPIC est recruté par contrat de droit privé, et se voit appliquer le droit privé.
Deux nuances : l'EPIC qui gère un SP se voit appliquer l'ensemble des règles communes aux SP ; dans les SPIC, le directeur et le responsable de la comptabilité sont
des agents publics (CE, 8/9/1957 Jalenques de Labeau).
- l'origine des biens et des ressources : pour un SPA, il s'agit souvent de ressources fiscales ou parafiscales ; ses biens peuvent être
acquis par des procédés exorbitants du droit commun ; les travaux poursuivis sont des travaux publics ; leurs biens sont soumis aux règles de la domanialité.
CE, 6/2/1981 Fernand Epp : un EPA possède des prérogatives de puissance publique.
En général, l'EPIC n'a pas de prérogatives de puissance publique, sauf quand une loi les lui confère.
- le régime comptable et fiscal : les EPA se voient appliquer les règles de la comptabilité publique (séparation des ordonnateurs et
comptables, responsabilité personnelle des comptables publics, exemption d'impôt,…). Les EPIC sont soumis au régime fiscal de droit commun (CE, 8/2/1963
Chambre de commerce de Béthunes : un EPIC est soumis à la taxe professionnelle).
Le régime des contrats : un EPA peut passer des contrats qui seront administratifs ou de droit privé selon les critères jurisprudentiels. Les contrats conclus entre un
EPIC et
- des tiers : critère jurisprudentiel.
- les usagers sont toujours des contrats de droit privé (CE, 1961 Etablissement Companon-Ray, TC, 1962 Dame
Bertrand) même en présence de clauses exorbitantes.
Sous-section 2 : Gestion du SP par un organisme privé.

§1 : La concession de SP.
A/ La notion de concession de SP.
1) La concession de SP et les notions voisines.
On utilise l'expression de concession dans la théorie du domaine public : concession de mine, de prise d'eau,…
Une personne publique (concédant) confie à un particulier (concessionnaire) le soin d'assurer un SP moyennant une rémunération, sous forme de redevance perçues
directement sur les usagers.
La différence avec le procédé de l'EP tient au fait que le concessionnaire est une personne privée.
Il ne faut pas confondre cette notion avec la concession de travaux publics.
2) Le procédé de la concession de SP.
Il a été très utilisé durant le XIXème, puis a connu un déclin durant l'entre-deux-guerres : on estimait anormal qu'une grande partie de l'infrastructure de l'État soit sous la
dépendance de la capitalisation privée.
Aspect juridique : - l'administration a le libre choix de son concessionnaire (CE, 14/2/1975 Epoux Martin), et le concessionnaire ne peut pas céder sa concession à un
tiers sans l'autorisation de l'administration.
- le contrat de concession pouvait être résilié si les actionnaires devenaient étrangers.
- la concession est signée par l'autorité compétente : l'acte de concession comprend une convention qui définit les modalités financières et un cahier des
charges (règles générales d'exploitation du SP).
- la concession comprend des mesures réglementaires : règlement unilatéral pour assurer le bon fonctionnement du SP. Les clauses peuvent être
modifiées unilatéralement par l'Administration
B/ Le régime juridique de la concession de SP.
1) Règles découlant de la notion de SP.
Droits du concessionnaire : - il a un droit exclusif de jouissance sur le domaine privé ou public du concédant.
- il peut bénéficier du droit d'expropriation et de servitude administratif.
- il est protégé de la concurrence, et peut se voir octroyer le monopole du domaine public.
Obligations : - les clauses réglementaires du contrat de concession interdisent de sous-traiter sans l'autorisation du concédant, de concéder le concession à un tiers, et
une obligation existe concernant les tarifs et prix.
- les règles imposent l'égalité des citoyens devant le SP, la continuité du SP, le principe d'adaptation du SP. Le concessionnaire doit adapter le SP aux
techniques nouvelles (CE, 10/1/1902 Gaz de Deville les Rouen).
En cas de manquements, l'administration peut - déchoir le concessionnaire : si le contrat le prévoit, elle le fait elle-même ; sinon elle demande au juge de le faire après
une mise en demeure.
- prononcer une mise en séquestre : remplace le concessionnaire.
- prononcer des sanctions pécuniaires : demander la réparation du préjudice, mettre en jeu la responsabilité contractuelle.
2) Règles découlant de la qualité d'entrepreneur du concessionnaire.
Il a droit à une rémunération, assurée par les usagers (redevance). Les tarifs sont fixés dans le contrat : ils ont une valeur réglementaire et doivent être respectés par les
usagers et le concessionnaire. Une baisse de tarif nécessite l'accord des deux, mais le concédant peut décider seul une hausse de tarif.
Pendant toute la durée de la concession, le concédant s'engage à payer des intérêts aux créanciers en cas de carence du concessionnaire.
Les changements qui proviennent en cours du contrat de concession : l'aggravation des charges peut provenir d'une faute de l'autorité concédante : l'indemnité doit être
totale, peut provenir de l'administration concédante agissant à un autre titre que sa qualité de contractante, ou d'un événement extérieur (théorie de l'imprévision). Le
contrat peut aussi contenir une clause d'indexation.
3) Le contentieux de la concession.
· Les rapports entre le concessionnaire et le concédant concernant l'organisation et le fonctionnement du SP : JA

· Les rapports entre le concessionnaire et les tiers : JJ
· Les rapports entre le concessionnaire et les usagers du SP : JJ
· L'interprétation du contrat de concession : JA
· Les rapports entre les usagers du SP et le concédant : JA en cas de recours contre le refus du concédant d'obliger le concessionnaire à faire quelque chose.
· Les rapports entre le concessionnaire et son personnel : JJ
· Les rapports entre le personnel et le concédant : JA
Recours devant le JA : - recours de pleine juridiction pour tout ce qui touche à l'aspect contractuel du SP.
- REP visant l'annulation de l'acte - de la part du concessionnaire contre les actes détachables du contrat de concession
- de la part du concessionnaire contre les décisions prises par l'autorité concédante à un autre titre que sa qualité de
contractante.
- de l'usager du SP ou du personnel dans leurs rapports avec le concédant et le concessionnaire.
- en interprétation du contrat de concession.
§2 : Autres modalités de gestion de SP par un organisme privé.
A/ Diversités des modalités.
CE, 20/12/1935 Société Etablissements Vezia : le SP n'est plus envisagé uniquement comme une organisation mais comme une activité.
Les personnes privées qui entrent dans une catégorie définie par le droit privé.
CE, 13/5/1938 Caisse primaire Aide et protection : le SP des assurances sociales peut être géré par une société mutuelle.
CE, 27/2/1942 Mollet : une fondation reconnue d'utilité publique peut gérer un SP.
CE, 4/8/1944 Compagnie de produits chimiques : une association relevant de la loi de 1901 peut gérer un SP.
CE, 13/1/1961 Magnier - TC, 1961 Centre Eugène Marquis : un organisme privé peut être créé pour gérer un SP.
B/ Eléments du régime juridique.
Le droit privé s'applique à l'organisation et au fonctionnement de la personne privée. Le droit public s'occupe de la mission de SP.
· Les actes unilatéraux : un tel acte même émanant de cette personne privée relatif au SP est un acte administratif.
· Les contrats : ils sont de droit privé, car ils sont passés par des personnes privées. Seule exception : le personnel gérant le SP agit pour le compte de la personne
publique.
· Le personnel est de droit privé.
· La responsabilité est de droit privé : JJ compétent (TC, 3/3/1969 société Interlait)
TC, 6/11/1978 Bernardi : le JA est compétent si la personne privée est investie des prérogatives de puissance publique qu'elle met en œuvre.
Titre 3 : La responsabilité administrative.
Jusqu'à la moitié du XIXème, le principe était l'irresponsabilité de la puissance publique.
CE, 6/12/1855 Rotschild - TC, 8/2/1873 Blanco reconnaissent le principe de la possibilité de mettre en œuvre la responsabilité de l'administration, mais avec des règles
différentes de celles du droit civil. La responsabilité ne saurait être ni générale ni absolue. Civ. 2/12/1899 confirme la différence de règles.
Les règles jurisprudentielles qui constituent le régime de responsabilité de l'administration sont impératives, et ont une valeur infra-législative (CE, 27/11/1985
Consorts Fraysse).
Chapitre 1 : Le fait dommageable.
Section 1 : La responsabilité due à une faute.

Sous-section 1 : La notion de faute.
§1 : La définition de la faute.
Pour Planiol, la faute est un manquement à une obligation préexistante.
§2 : Faute et notions voisines.
Illégalité : un fait matériel peut être fautif sans être illégal ; toute illégalité n'entraîne pas la faute de l'administration.
Infraction pénale : TC, 14/1/1935 Thépaz : certains délits ne sont pas des fautes personnelles des agents publics.
Faute disciplinaire : un agent peut être puni disciplinairement sans que sa faute puisse engager sa responsabilité.
Voie de fait : Civ. 30/11/1955 Guislain : les deux notions sont indépendantes.
Sous-section 2 : La nature de la faute.
§1 : Distinction de la faute de service et de la faute personnelle.
A/ Intérêt de la distinction.
Quand l'agent public commet une faute de service, il est personnellement irresponsable, mais la personne publique à laquelle le SP est rattaché est responsable : le JA
est compétent.
Si l'agent public commet une faute personnelle, il est personnellement responsable : responsabilité civile et JJ.
TC, 30/7/1873 Pelletier : avant cet arrêt, le système dit de l'article 75 de la constitution de l'an VIII (garantie du fonctionnaire) soumettait toute poursuite d'un
fonctionnaire à l'autorisation du CE, qui était rarement accordée. Cet article a été abrogé en 1870 par un décret-loi, permettant au JJ d'intervenir dans l'activité de
l'Administration. Cet arrêt interprète très restrictivement le décret-loi, pour aboutir à une distinction entre la faute de service relevant du JA, et la faute personnelle
détachable de l'exercice des fonctions, seule cette dernière relevant du JJ.
B/ Le critère de la distinction.
Conception subjective (Laferrière) : la faute de service est constituée si l'acte dommageable est impersonnel et s'il révèle un administrateur plus ou moins sujet à
erreur ; la faute personnelle est un fait dommageable qui révèle l'homme avec ses passions, ses faiblesses et ses imprudences.
Conception objective (Blum) : la faute est ou non de service, selon qu'elle oblige ou non le juge à apprécier l'acte administratif à l'origine du dommage : faute
personnelle si elle en est détachable ; faute de service dans le cas inverse.
La jurisprudence fait primer la conception subjective : la faute de service est celle qui n'est pas personnelle.
La faute personnelle est commise : - hors de l'exercice des fonctions :

- dans la vie privée : CE, 1954 Veuve Litzler.

- faute matériellement détachable du service car commise à l'occasion de l'accomplissement du service
(véhicule administratif détourné dans un but personnel,…) ou car la faute personnelle n'est pas dépourvue de tout lien avec le service : CE, 1988 Epoux Raszewski (à
l'occasion de l'exercice du service : CE, 1/10/1954 Bernard ; CE, 27/2/1981 Commune de Chauville Malaumont ; moyens mis à la disposition de l'agent par le service :
CE, 26/10/1973 Saboudi).
- dans l'exercice des fonctions, mais non constitutive de faute de service en raison de leur gravité :
Demoiselle Quesnel - TC, 1925 Navarro).

- faute intentionnelle (CE, 1937

- faute d'une exceptionnelle gravité (aucune intention malveillante) : usage inutile d'une arme à feu par un agent de police. (Civ. 19/10/1982 - TC,
14/1/1980 Dame Techer - TC, 9/7/1953 Veuve Bernadas)
L'infraction pénale de l'agent n'est pas toujours constitutive d'une faute personnelle, notamment quand il s'agit d'imprudence ou de négligence (CE, 1935 Thépaz).
La faute de service est provoquée par un agent individualisé et identifiable, et peut révéler une faute personnelle non imputable à l'Administration. La faute du service
est une faute anonyme et collective d'un service, qui dans son ensemble, a mal fonctionné de telle sorte qu'il est difficile d'en découvrir les véritables acteurs.
§2 : Conséquences de la distinction.
A/ Le cumul de la responsabilité.
La distinction faute de service/faute personnelle est trop tranchée : beaucoup d'agents publics sont poursuivis abusivement à la place de l'administration ; les victimes se
trouvent souvent devant un responsable insolvable.
Le cumul de responsabilité permet à la victime de demander une indemnisation totale soit du fonctionnaire (JJ) soit de l'administration (JA).

2 hypothèses : - pluralité de faute : la responsabilité de l'Administration est engagée quand la faute personnelle n'a été rendue possible que par une faute de service, bien
que la faute personnelle soit la cause directe du dommage : CE, 1911 Anguet - CE, 1919 Lhuillier.
- une seule faute : - la faute personnelle commise dans ou à l'occasion du service : CE, 1918 Lemonnier.
- la faute personnelle commise hors du service, mais non dépourvue de tout lien avec lui : CE, 1949 Demoiselle Mimeur.
Þ Un simple lien avec le service suffit à engager la responsabilité de l'Administration.
B/ Les actions récursoires.
CE, 1924 Poursines limitait la possibilité de responsabilité pécuniaire de l'agent à l'hypothèse de la subrogation. CE, 1951 Laruelle & Delville viennent reconnaître la
possibilité d'engager la responsabilité pécuniaire de l'agent dans deux cas :
- quand l'Administration est elle-même victime du dommage causé par l'agent (CE,
1951 Tesse)
- quand l'Administration a dû indemniser la victime pour des fautes personnelles de l'agent.
TC, 1954 Moritz et CE, 1957 Jannier apportent 2 précisions :
que peut invoquer la victime du dommage.

- la faute reprochée à l'agent par l'Administration est plus une faute disciplinaire que la faute personnelle

- l'Administration n'assume que la part de dommage due à la faute de service : le juge doit répartir les charges
entre la faute de service et la faute personnelle.
Si la faute est imputable à plusieurs agents, ils ne sont pas solidairement responsables : le JA doit apprécier la contribution au dommage de chaque faute (CE, 22/3/1957
Jannier).
La juridiction compétente pour apprécier la faute personnelle de l'agent envers l'Administration est la juridiction administrative, or l'agent est sorti de ses fonctions, et
devrait être réputé avoir agi comme agent privé (JJ). Mais, TC, 1954 Moritz et TC, 1985 Hospice de Chateauneuf du pape estiment que le caractère de la faute importe
peu, car les relations de l'Administration et de ses agents mettent en jeu des rapports de droit public.
Une loi organique de 1979 prévoit que le JJ est compétent quand l'administration poursuit dans le cadre d'une action récursoire un magistrat judiciaire qui a commis une
faute personnelle.
Sous-section 3 : La réalité de la faute.
§1 : L'établissement de la faute.
A/ La preuve de la faute.
Elle est à la charge de la victime, mais le juge peut l'aider par des questions, car la procédure est inquisitrice.
B/ Les présomptions de faute.
L'administration doit prouver l'absence de faute : c'est une solution très favorable aux victimes.
3 cas : - l'accident survenu aux usagers des ouvrages publics : le défaut d'entretien normal de l'ouvrage est présumé.
- les soins donnés dans les hôpitaux publics dont les conséquences dommageables sont anormales ou inattendues. CE, 7/3/1958 Secrétaire d'État à la santé contre
Dejous.
- le défaut d'organisation du service : CE, 12/10/1983 Rolland.
§2 : L'exigence d'une faute lourde.
Une décision illégale est toujours fautive, mais n'engage pas forcément la responsabilité de l'administration, notamment parce qu'elle n'est pas toujours dommageable.
Une décision légale, même dommageable, ne constitue pas une faute : on peut éventuellement reconnaître un cas de responsabilité sans faute (CE, 1963 Commune de
Gavarnie).
A/ Justification de l'exigence d'une faute lourde.
Le principe est la faute simple, mais quelques domaines nécessite une faute lourde : les circonstances exceptionnelles peuvent transformer une faute lourde en faute
simple.
Deux types de justifications : - cette exigence est due aux difficultés d'exercice de certaines activités. Le juge laisse une marge de manœuvre suffisante à un service
dont la tâche est particulièrement difficile à exercer = tout est question d'espèce (ex : CE, 1972 Marabout). Cette justification est favorable à l'administration.
- certaines dispositions législatives instituent une irresponsabilité de l'administration. La jurisprudence admet cette solution sauf en cas de
faute lourde. Cette justification est favorable aux victimes.
B/ Cas d'exigence d'un faute lourde.

1) L'exigence invariable d'une faute lourde.
Ä Il s'agit d'activités difficiles dans leur objet même. Il est inutile de distinguer selon qu'il s'agit d'opérations sur le terrain ou de mesure juridique, ni même
selon que l'activité est ou non difficile à exercer.
· Activité médicale
- les actes médicaux exercés directement ou sous la surveillance par un médecin ou chirurgien dans les hôpitaux publics. Ex : CE, 9/1/1957
Assistance publique de Marseille.
- pour le reste, une faute simple suffit. Ex : CE, 26/6/1959 Rouzet.
Cette distinction valait pour les hôpitaux psychiatriques depuis CE, 5/1/1966 Hawezack.
CE Ass, 10/4/1992 M. et Mme V. : une faute simple suffit pour un acte médical.
· Activité des services pénitentiaires : CE, 3/10/1958 Rakotoarinovy.
· Activité de contrôle, notamment de tutelle : CE, 29/3/1946 Caisse départementale d'assurance de Meurthe-et-Moselle. En cas de dommage causé à l'organisation sous
la tutelle : CE, 27/12/1948 Commune de Champigny-sur-Marne.
· L'ensemble des activités de contrôle de l'administration sur les organismes privés : CE, 1960 Campmann.
· L'ensemble des activités de contrôle de la navigation aérienne : CE, 27/7/1982 Société Spantax.
· Services de secours : CE, 7/10/1966 Société agricole d'Oyret exigeait une faute lourde. Suite à un revirement, une faute simple suffit pour :
27/6/1997 Theux.

- le SAMU : CE,

- les services de lutte contre l'incendie : CE, 29/4/1998 Commune de Hannappes.
- les services de sauvetage en mer : CE, 13/5/1998 Améon.
Ä La faute lourde est utilisée pour atténuer les dispositions législatives instituant une irresponsabilité de l'administration. Il existe une irresponsabilité de l'État en
cas de perte ou de détérioration d'objets de correspondance, en matière de fonctionnement du service de chèques postaux,… CE, 6/6/1975 Société des comptoirs des
usines Alliments précise qu'il faut une faute lourde.
Irresponsabilité de l'État en matière de communication téléphonique, sauf faute lourde (CE, 12/2/1976 Bogas).
Certaines lois, notamment celle de 1990 sur France Télécom et la Poste ont consacré cette jurisprudence.
Ä Fonctionnement du service de la justice : la responsabilité est partagée entre les deux ordres de juridiction.
· Juridiction judiciaire : le JJ applique les principes de la responsabilité administrative : Civ., 1956 Giri.
La loi du 14/12/1964 instituant la responsabilité de l'État à raison du dommage causé par le juge des tutelles au détriment de la personne sous tutelle exige une faute
lourde. La loi du 17/7/1970 institue une responsabilité sans faute en matière d'indemnisation des personnes détenues provisoirement, puis relaxées, acquittées, ou
bénéficiaires d'un non-lieu. La loi du 5/7/1972 reconnaît la responsabilité de l'État en cas de dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice
judiciaire : il faut une faute lourde ou un déni de justice.
· Juridiction administrative : CE, 29/12/1978 Darmont reconnaît la possibilité de mettre en jeu la responsabilité de l'État du fait de l'activité de la juridiction
administrative, à raison d'une faute lourde. Il n'est plus possible de mettre en cause un jugement devenu définitif même sur le terrain de la responsabilité.
2) La variabilité dans l'exigence d'une faute lourde.
Le service en lui-même va conditionner la reconnaissance d'une faute lourde ou d'une faute simple.
Ä service du tutelle et de contrôle.
Ä services fiscaux : avant CE, 1990 Bourgeois, on avait toujours une faute lourde. On est passé à un régime variable. CE, 19/12/1997 Commune d'Arcueil le
confirme.
Ä service de police : CE, 1903 Zimmerman CE, 1905 Tomaso Grecco : fin de l'irresponsabilité en matière de police : il faut une faute lourde. CE, 1925 Clef
distingue la faute simple et la faute lourde.
· En cas d'opérations matérielles, il faut une faute lourde : CE, 4/3/1932 ville de Versailles - CE, 23/5/1958 Consorts Amoudruz - CE, 27/4/1979 Société Le Profil.
CE, 13/7/1968 Hugonneau exige une faute lourde en matière de placement d'office dans un hôpital psychiatrique. Quand l'activité sur le terrain ne revêt aucune
difficulté particulière, une faute simple suffit : CE, 1967 Laffont - CE, 1979 Moisant.
· Pour les mesures juridiques, une faute simple suffit que la décision soit illégale, ou qu'elle résulte d'une abstention dans la prise de mesure de police : CE, 1942 Dôle.
Certaines mesures juridiques peuvent se révéler d'une certaine difficulté d'où l'exigence d'une faute lourde : CE, 1972 Marabout - CE, 1962 Doublet.

La nature de la mesure se substitue à l'élément de distinction reposant sur la nature difficile ou non de l'activité. CAA Lyon, 13/5/1997 Balusson : une faute simple
suffit, car il n'y a pas de difficultés particulières à la prise des mesures de police (pas d'imprévisibilité ; abstention dans la prise de mesure).
C/ La responsabilité publique hospitalière.
Le principe : CE, 1935 Dame Vion - CE, 1935 Veuve Loiseau distinguent l'organisation et le fonctionnement du SP hospitalier (activité administrative de l'hôpital) qui
relève d'une faute simple, et les activités médicales et chirurgicales (actes exécutés directement ou sous la surveillance d'un médecin ou d'un chirurgien) pour lesquelles
une faute lourde est exigée.
La faute lourde est reconnue en matière d'erreur de diagnostic, de traitement, ou de soins et en cas d'opérations chirurgicales (CE, 1971 Centre hospitalier de Reims).
CE, 1985 Consorts R. : le JA reconnaît une présomption de faute dans l'organisation et le fonctionnement du service = la charge de la preuve est inversée : l'hôpital doit
justifier qu'il n'a pas commis de faute.
Evolution du principe : CE, 1992 Epoux V. unifie la jurisprudence : une faute simple suffit dans tous les cas. Cet arrêt se situe dans le mouvement général d'abandon
de la faute lourde, et concrétise une jurisprudence qui tentait de réduire les cas de faute lourde : CE, 1958 Dejous reconnaît une faute simple en cas de conséquences
anormales d'un acte chirurgical lors d'une intervention mineure ; CE, 1959 Sarotte reconnaît une faute simple en cas d'accomplissement d'actes médicaux dans des
conditions irrégulières. Le juge relevait alors une faute dans l'organisation et le fonctionnement du SP, et déplaçait la responsabilité de l'acte médical vers celle de
l'organisation du service : le principe même de la faute lourde n'était pas remis en cause. L'arrêt Epoux V. n'élargit pas les cas de responsabilité pour faute, puisque la
faute médicale reste appréciée dans les circonstances de chaque espèce : toute erreur ne sera pas fautive. CE, 1997 Madame Guyot : cas de reconnaissance d'une faute
médicale.
Section 2 : La responsabilité sans faute.
Cette idée a été admise par CE, 21/6/1895 Cames. C'est une situation très favorable à la victime, car l'administration ne peut pas prouver l'absence de faute pour
s'exonérer : il faut prouver une faute de la victime ou un cas de force majeure. Le développement de cette responsabilité limite les reproches contre l'administration.
Elle n'intervient qu'à titre subsidiaire = quand aucune faute ne peut être relevée. C'est une responsabilité objective, car le JA s'attache uniquement au préjudice (la
responsabilité pour faute est subjective, car le JA s'attache au préjudice et à la faute). Il s'agit d'un moyen d'ordre public, qui peut être soulevé à tout moment de la
procédure.
Sous-section 1 : La responsabilité pour risque.
§1 : Régime général.
Cette responsabilité a été inaugurée par CE, 1895 Cames en vue de réparer des dommages provoqués par des accidents. C'est un régime de responsabilité qui recoure à
l'hypothèse où l'existence d'un risque de dommage a conduit la jurisprudence et le législateur a reconnaître la nécessite d'une réparation de l'administration.
La responsabilité du fait des attroupements et regroupements est une responsabilité pour risque organisée par la loi.
A/ Choses dangereuses.
Biens mobiliers : explosifs (CE, 28/3/1919 Regnault-Desroziers - CE, 21/10/1966 SNCF), armes et autres engins de même nature (CE, 24/6/1949 Lecomte - même date
Daramy).
CE 1963 Epoux Archon : si la victime de l'usage d'une arme est celle visée par l'opération de police, il faut une faute.
Ouvrages publics : responsabilité sans faute au profit des usagers, des tiers de ces ouvrages mais pas de ceux qui travaillent à leur aménagement ou entretien. Il s'agit
souvent d'ouvrages de transport de gaz (CE, 1/5/1942 Société du gaz et d'électricité de Marseille), d'électricité (CE, 25/1/1919 Société du Gaz de Beauvais), d'eau (CE,
18/12/1953 Gain), ou de voies publiques exceptionnellement dangereuses (CE, 6/7/1973 Dalleau).
B/ Méthodes dangereuses.
CE, 3/2/1956 Thouzellier inaugure cette responsabilité en matière de méthodes libérales mises en place par l'État pour la rééducation de jeunes délinquants. Cet arrêt
limite la responsabilité sans faute au risque de voisinage. CE, 9/3/1966 Troulier se contente d'un risque spécial pour les tiers.
CE, 1997 Pelle élargit cette jurisprudence : le mineur peut être simplement poursuivi en justice (pas besoin d'être condamné) et confié à une personne de confiance
(plus besoin d'être placé dans une institution spécialisée).
CE, 2/12/1981 Theys l'étend aux détenus bénéficiant de permissions de sorties.
CE, 1993 Bianchi (matière médicale) : - l'acte doit être à l'origine du dommage et être nécessaire au diagnostic et au traitement.
- la réalisation du dommage doit présenter un risque exceptionnel mais connu.
- la victime ne doit pas être particulièrement exposée à subir ce risque.
- le dommage doit être d'une exceptionnelle gravité (appréciation par le juge).
CE, 3/11/1997 Hopital Joseph Imbert d'Arles : la jurisprudence Bianchi est applicable à tout usager du SP hospitalier ; l'anesthésie est considérée comme un acte
nécessaire aux diagnostics et traitements.

C/ Situations dangereuses.
CE, 19/10/1962 Perruche : le gouvernement français ordonne au Consul de France à Séoul de rester en poste alors que les troupes nord-coréennes envahissent la Corée
du Sud. Ses biens sont pillés : pour le CE, il s'agit d'une situation dangereuse qui a fait courir des risques. Il faut un risque spécial et anormal.
CE, 1968 Dame Saulze : extension aux agents quand le SP les a mis dans une situation dangereuse.
§2 : Régime particulier.
A/ Collaborateurs occasionnels du SP.
La jurisprudence Cames n'a plus d'intérêt aujourd'hui car il existe des législations sur les accidents de travail,… Le seul cas où elle demeure est celui de la personne qui
apporte occasionnellement son concours à l'exécution du SP.
CE, 22/11/1946 Commune de St Prieste-la-Plaine : extension de la jurisprudence Cames au profit des collaborateurs occasionnels du SP.
La nature de la collaboration peut être très variée : collaboration sollicitée, spontanée (CE, 17/4/1953 Penguet),…
4 conditions : - une collaboration apportée à un véritable SP (activité d'intérêt général). CE, 1977 Commune de Coggia précise qu'il suffit que le SP relève des
attributions de principe de la personne publique pour qu'il soit reconnu, même s'il n'a pas été matériellement organisé.
- l'origine de la collaboration doit être une manifestation de volonté implicite ou explicite de l'autorité responsable du service = collaboration obligatoire
(réquisition,…), sollicitée individuellement ou collectivement, acceptée par l'autorité publique sans avoir été sollicitée. Elle peut aussi être spontanée hors de toute
manifestation de volonté à condition qu'il y ai urgence (CE, 1977 Commune de Coggia). S'il n'y a pas d'urgence, il est impossible d'engager la responsabilité sans faute
de l'administration.
- la collaboration doit être effective. CE, 3/10/1980 Gambini : il faut au moins un commencement d'exécution. La responsabilité sans faute est reconnue pour
les sauveteurs bénévoles qui se portent au secours d'un membre de leur famille (CE, 1/7/1977 Commune de Coggia).
- le dommage doit être certain et direct.
B/ Tiers victimes d'accidents de travaux publics.
Ouvrages publics dangereux : responsabilité pour faute.
Ici, tiers par rapport à un ouvrage ou à un chantier public.
CE, 4/10/1957 Beaufils : incendie dans un entrepôt de matériaux de travaux publics. Le voisin subit des dommages.
CE, 22/10/1971 Ville de Fréjus : rupture du barrage de Malpassé : dommage causé aux personnes et biens.
CE, 4/11/1973 Leynaert : électrocution d'une personne par un câble à haute tension.
La cause d'exonération si victime fautive (ex : CE, 2/5/1980 Dame Martinet)
Personnel participant à ces travaux publics : responsabilité pour faute.
Sous-section 2 : La responsabilité pour rupture de l'égalité devant les charges publiques.
§1 : Le principe d'égalité devant les charges publiques.
Application particulière du principe d'égalité des citoyens devant la loi. CE, 7/2/1958 Syndicats de propriétaires des chênes-lièges d'Algérie = un PGD ; CC,
12/7/1979 : un principe à valeur constitutionnelle.
Au nom de l'intérêt général, les personnes publiques font supporter quelques inconvénients à certains, qui ont droit à réparation à titre de compensation. Ce
fondement permet d'admettre la responsabilité de l'Administration dans des hypothèses non couvertes par le caractère accidentel. Un dommage est nécessaire. La
responsabilité est admise en cas de rupture de l'égalité et que le dommage est anormal : atteint une petite partie des membres de la collectivité ; excède les
inconvénients et gènes de la vie en société.
CE, 1923 Couitéas : la responsabilité de l'administration peut être engagée quand l'Administration intervient, ou s'abstient d'intervenir, pour des motifs d'intérêt général,
de façon régulière et justifiée.
Le préjudice doit être :

- direct : le JA doit établir un lien de causalité entre le préjudice et la décision ou abstention à l'origine du préjudice.

- certain : réel, à venir, mais il ne peut pas être simplement possible.
- spécial : limité à un certain nombre de personnes de la collectivité.
- anormal ou grave : avoir une importance particulière relativement aux inconvénients subis par les autres membres de la collectivité.

CE, 1985 TAT : la réparation du préjudice se limite à la part du dommage qui revêt un caractère anormal = on ne répare pas le dommage qui résulte des inconvénients
ordinaires de la vie sociale.
§2 : Les hypothèses de responsabilité.
A/ Responsabilité pour dommages permanents de travaux publics.
Le dommage ne doit pas être accidentel et être d'une certaine durée. Ce peut être une privation de vue, des odeurs,…
CE, 24/7/1931 Commune de Vic-Fezensac : toit d'une maison particulière abîmé par l'accumulation des feuilles mortes tombant des platanes d'une place publique.
CE, 8/11/1957 Société Algérienne des automobiles Renault : des travaux de voirie imposent la fermeture du magasin.
CE, 22/10/1971 Epoux Blandin : déviation d'une route à grand trafic devant une maison.
B/ Responsabilité du fait des décisions administratives régulières.
La loi du 17/7/1960 instituait une responsabilité sans faute à la charge de l'État suite à une décision régulière de détention provisoire. Une décision administrative peut
entraîner une charge spéciale et anormale.
· Décisions individuelles : - positives. Ex : refus d'exécuter une décision de justice, quand le concours de la force publique risque d'entraîner des troubles plus graves à
l'ordre public. CE, 30/11/1923 Couiteas.
CE, 1949 Société des ateliers du Cap Janet : refus d'autoriser des licenciements (perturbe la vie économique locale).
- abstention : - considération liée à l'ordre public : CE, 1977 SA Victor Deforges.
- motifs liés à l'intérêt général : CE, 1985 TAT.
· Décisions réglementaires : le plus souvent, elles viennent restreindre ou interdire des activités. CE, 1963 Commune de Gavarnie : la décision est légale, car justifiée
par un but d'intérêt général, mais elle a causé un préjudice. Cette jurisprudence va être étendue aux décisions intéressants la réglementation économique, alors qu'en
général, pour ces décisions, on reconnaît une responsabilité pour faute. CE, 1984 Société Alivar : quand des règlements appliquent directement une loi, l'appréciation de
la responsabilité se fait en général au titre de la responsabilité du fait des lois.
C/ Responsabilité du fait des lois et conventions internationales.
Les lois et conventions internationales décident implicitement ou explicitement si un État peut-être déclaré responsable des prérogatives éventuelles que la loi lui
accorde (Ex : la loi du 13/4/1946 décidant la fermeture des maisons closes prévoit que les propriétaires tenanciers ne peuvent pas être indemnisés).
Le JA vérifiera l'existence des conditions préjudiciables d'une loi : il exclue toute responsabilité du fait des lois quand cette dernière est intervenue pour satisfaire des
intérêts généraux essentiels.
Ä Du fait des lois : l'arrêt de principe est CE, 14/1/1938 Société La Fleurette : une loi de 1934 interdit la fabrication de certains produits. La société doit
renoncer à sa production : il en résulte un préjudice spécial et anormal. Le CE a interprété le silence de la loi comme permettant une indemnisation. Cette jurisprudence
est appliquée depuis CE, 20/1/1944 Caucheteux et Desmonds.
CE, 14/1/1938 Compagnie générale de la grande pêche : l'activité touchée par la loi ne doit pas être immorale ou contraire à l'ordre publique.
Ä Du fait des conventions internationales : l'arrêt de principe est CE, 30/3/1966 Compagnie Générale d'énergie radioélectrique. S'il pose le principe de la
responsabilité du fait des conventions internationales, il rejette le recours faute de spécialité du préjudice. La première application se fera par CE, 29/10/1976 Dame
Burgat.
Section 3 : Les exonérations de responsabilité et de réparation.
§1 : Exonérations de responsabilité.
A/ Cas d'irresponsabilité totale.
Cas découlant de la loi : - les servitudes d'urbanisme (art. L 160-5 du code de l'urbanisme) n'entraînent pas de responsabilité de l'Administration. Au sein des servitudes
administratives, seules les servitudes d'urbanisme sont concernées (CE, 14/3/1986 Commune de Gap-Romette). L'indemnisation est subordonné à l'existence d'un droit
acquis (CE, 4/3/1977 Société Construction Simottel).
- la loi du 5 nivose an V prévoit une irresponsabilité du service des Postes et Télécommunications pour perte ou détérioration d'articles de
correspondance ordinaire, pour les correspondances privées téléphoniques, et pour le fonctionnement du service des chèques postaux. Elle prévoit une responsabilité
forfaitaire pour détérioration ou perte d'objets recommandés ou de lettres à valeur déclarée. Le contentieux de ces indemnités forfaitaires relève du JJ. Le juge atténue
l'irresponsabilité en cas de faute lourde.
Cas découlant de la jurisprudence : - irresponsabilité de l'Administration due aux modifications apportées à la circulation générale. CE, 28/5/1965 Epoux Tebaldini :
modification de la direction d'une voie ; CE, 6/6/1972 Société les vedettes blanches : création d'une nouvelle voie.

- irresponsabilité de l'État à raison de dommages résultants des opérations militaires (CE, 30/3/1966 Société Ignazio Messina).
- irresponsabilité de l'administration hospitalière pour la naissance d'un enfant suite à l'échec d'un avortement (CE, 2/7/1982
Demoiselle R.).
B/ Causes étrangères.
· Le comportement de la victime : si elle a commis une faute qui a contribué à la réalisation du dommage.
· Le fait d'un tiers : le dommage causé est au moins en partie dû au fait d'un tiers : CE, 21/10/1970 EDF.
· La force majeure = un événement extérieur à l'administration, imprévisible et irrésistible (CE, 23/1/1981 Ville de Vierzon). Le cas fortuit (idem, mais pas
complètement extérieur à l'Administration) permet la condamnation de l'État.
Þ La faute de la victime et la force majeure : - s'il s'agit de la cause exclusive du dommage : exonération totale.
- si la cause étrangère a contribué au dommage : exonération partielle.
Þ Le fait d'un tiers :

- responsabilité pour faute : pareil que pour la faute de la victime et la force majeure.

- responsabilité sans faute : la victime peut obtenir la réparation totale de l'Administration (CE, 14/11/1956 Commune de Crotoy).
- dommage de travaux publics (pour ou sans faute) : l'administration répare intégralement.
§2 : Exonérations de réparation.
Les conditions de la responsabilité sont réunies, mais pas celles de la réparation.
A/ Absence de droit à réparation.
· Situation illégitime de la victime : CE, 22/2/1961 Société Honnorat : une personne occupe irrégulièrement le domaine public. L'administration essaye d'y mettre fin,
mais sa décision est irrégulière. La victime ne sera pas indemnisée, car elle occupe irrégulièrement le domaine public.
CE, 13/5/1965 Resseguier : idem pour une sanction irrégulière contre un fonctionnaire qui a commis une faute grave.
· Situation précaire de la victime : c'est une atténuation à l'absence de droit à réparation : les travaux doivent correspondre à la finalité du domaine public concerné (CE,
6/2/1981 Compagnie Française de raffinage).
· Situation de risque connu et accepté par la victime : CE, 29/6/1962 Société Manufacture des machines du Haut Rhin : les exportations de matériel militaire sont
soumises à autorisation. Il n'y a pas de réparation en cas de refus.
CE, 1975 Département de Haute Savoie : pas de droit à réparation pour une avalanche, le risque ayant été annoncé.
B/ Absence de réparation intégrale.
La loi du 3/1/1977 prévoit que la réparation du préjudice résultant d'une infraction pénale est plafonnée.
La pension est forfaitaire pour l'agent public victime d'un accident, imputable à personne publique dont il relève.
Le fait pour la victime de recevoir le secours d'un tiers vient atténuer la réparation due.
CE, 7/4/1933 Deberles : un fonctionnaire est révoqué ; son recours est jugé après 3 ans, et il est réintégré. Le CE déduit de l'indemnité à laquelle il a droit, les
rémunérations perçues pendant ce temps.
Chapitre 2 : L'action en responsabilité.
Section 1 : Le préjudice.
§1 : Caractères du préjudice.
Il doit être spécial = ne pas concerné tous les individus. Dans le système de la faute, le préjudice n'a pas à être spécial, mais dans le système sans faute, il n'y aura
réparation que si seuls certains citoyens sont concernés.
A/ Certitude du préjudice.
Le préjudice actuel ou déjà réalisé, est certain.

Le préjudice futur peut être certain ou éventuel : le préjudice éventuel ne sera pas indemnisé. La capacité professionnelle future d'un enfant victime d'un accident sera
plus faible = préjudice futur certain.
B/ Rapport de causalité.
La réparation du préjudice ne s'impose que si le fait de l'administration cause directement le préjudice subi. Le juge cherche la cause adéquate du dommage. La
causalité sera reconnue plus facilement si peu de temps s'est écoulé entre le fait et le dommage. Si le délai est très long, il n'y aura pas de lien direct : CE, 21/3/1969
Dame Montreer : il n'y a pas de lien direct entre un crime et l'autorisation de port d'arme délivrée 3 ans plus tôt.
§2 : La nature du préjudice.
A/ Préjudice matériel.
Il est facile à évaluer en argent : une perte pécuniaire, un bien détérioré, la privation d'un revenu,…
B/ Le préjudice moral.
Il n'est pas d'ordre patrimonial, mais dans l'ordre des sentiments : le CE a d'abord admis l'atteinte à la réputation puis le préjudice esthétique (CE, 6/6/1958 Commune
de Grigny), puis la douleur morale proprement dite (CE, 24/101/1961 Ministre des travaux publics contre Consorts Letisseran = la douleur due à la perte d'un fils).
CE, 3/3/1978 Dame Muësser : il peut s'agir d'une victime directe, mais aussi par ricochet.