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en minerai, soit en raison de l’éloignement (Mediapart
a publié une très longue enquête sur cette affaire. Les
articles sont signalés en bas de page).

Areva : la justice enquête sur le dossier
UraMin

Cette société minière avait été rachetée en pleine
spéculation sur les marchés des matières premières.
Areva, cherchant alors à agrandir ses réserves
d’uranium, avait jeté son dévolu sur cette société
qui avait moins d’un an d’existence. Plus surprenant,
rompant avec toutes les règles et les usages sur
les marchés financiers, Areva avait fait connaître
publiquement son intérêt pour cette société. Résultat ?
Une spéculation effrénée s’était emparée du titre.
En six mois, la valeur de la société était passée de
400 millions à 2,5 milliards de dollars. Les derniers
jours avant la conclusion du rachat, le titre fit l’objet
de négociations effrénées. Les volumes furent sans
précédent : mille fois supérieurs à la normale. Le délit
d’initiés paraît évident. Mais la bourse de Toronto,
particulièrement laxiste sur ces sujets, n’a jamais
ouvert d’enquête réelle.

PAR MARTINE ORANGE
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 10 AVRIL 2014

Une enquête judiciaire pour « présentation ou
publication de comptes inexacts ou infidèles », «
diffusion d'informations fausses ou trompeuses », «
faux et usage de faux » a été ouverte sur Areva, à la
suite d'un signalement par la Cour des comptes. Retour
sur nos enquêtes déjà publiées.
Plus de trois ans après que l’affaire a émergé, la
Cour des comptes vient de se rendre compte que
l’opération UraMin, réalisée par Areva à l’été 2007,
cachait peut-être un vrai scandale. Selon Le Monde, la
Cour des comptes, qui menait une enquête approfondie
sur Areva, a décidé de faire un signalement auprès
du parquet national financier, le 20 février, dans le
cadre de l'article 40 du code de procédure pénale.
Une enquête a été ouverte par la brigade financière.
Elle vise la « présentation ou publication de comptes
inexacts ou infidèles », la « diffusion d'informations
fausses ou trompeuses », les « faux et usage de faux ».

Comment Anne Lauvergeon, ancienne associée
gérante de Lazard, donc particulièrement avertie des
pratiques et des fraudes boursières, n’a-t-elle pas
vu des mouvements aussi suspects sur le marché ?
Pourquoi a-t-elle tenu à réaliser à toute force cette
opération, au point d’arracher l’autorisation de la
mener auprès de Bruno Bezard, alors directeur de
l’agence des participations de l’État en pleine élection
présidentielle, en vacance du pouvoir ?

[[lire_aussi]]
Lors de ses investigations, la Cour des comptes se
serait notamment interrogée sur les conditions d’achat
d’UraMin et son prix exorbitant à l’été 2007. Elle
se demande aussi pourquoi la direction d’Areva n’a
inscrit la perte de cet achat que très tardivement
dans ses comptes, début 2012, une fois qu’Anne
Lauvergeon avait quitté la présidence du groupe. Elle
est aujourd’hui conseillère sur l’innovation auprès du
gouvernement et siège aux conseils d’Airbus, Rio
Tinto, American Express, Vodafone. Elle a quitté fin
février le conseil de surveillance de Libération.

La suite sera tout aussi calamiteuse. Car ce rachat
éclair a été réalisé sans expertise géologique sérieuse.
Les gisements censés être mirifiques se révèlent sans
qualité. Pendant trois ans, la direction d’Areva s’est
évertuée à cacher sa faute. Près de deux milliards
d’euros supplémentaires seront engagés par le groupe
pour faire des expertises, de premières installations.
Une usine de dessalement d’eau pour un coût de
250 millions d’euros sera même construite sur le site
Trekkopje en Namibie. Elle n’a jamais fonctionné.

2,5 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) sont
partis en fumée dans le rachat de cette société minière
canadienne, censée avoir les droits d’exploitation sur
trois gisements d’uranium – un en Afrique du Sud,
un en Namibie, un en Centrafrique –, qui se sont tous
révélés inexploitables, soit en raison de la faible teneur

Au départ d’Anne Lauvergeon, son successeur Luc
Oursel est passé aux aveux : la valeur des gisements
d’UraMin est ramenée à zéro, soit une perte de
1,8 milliard d’euros pour le groupe. Les mines sont

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gelées et beaucoup doutent qu’elles soient jamais
exploitées. La teneur trop faible en minerai et les
coûts d’exploitation trop élevés ne permettent pas
d’assurer une viabilité économique, même si le cours
de l’uranium s’envole.

« Le deal était qu'Areva achète UraMin et gagne en
retour l'appel d'offres. Areva payait trop cher UraMin
– qui valait la moitié. Mais le groupe français allait
décrocher des contrats pour des réacteurs et une usine
d'enrichissement, pour une valeur dix fois supérieure
», expliquait un « consultant d'UraMin » au quotidien
sud africain.

Cette affaire UraMin a profondément secoué
Areva. La direction s’est déchirée, se soupçonnant
d’espionnages réciproques, de malversations. Le rôle
trouble de certains intermédiaires et de certains cadres
du groupe a été mis en lumière. On découvrira aussi
qu’une des administratrices indépendantes d’Areva,
Guylaine Saucier, siégeait en même temps au conseil
de la banque BMO, très proche de Paul Desmarais.
Et cette banque justement conseillait les vendeurs
d’UraMin. L’administratrice dira ne pas avoir été au
courant de cette transaction. Attaquée sur ce dossier,
Anne Lauvergeon a chaque fois crié au complot, sans
jamais réellement s’expliquer.

L’enquête de Mail & Guardian n’a donné lieu à
aucun commentaire chez Areva. On s’est empressé de
l’oublier.
Si les faits rapportés par le journal sud-africain sont un
jour confirmés, l’affaire aura tourné au double fiasco
pour Areva. Non seulement les mines étaient sans
valeur, mais Areva a perdu aussi son pari sur Thabo
Mbeki. À la suite de querelles internes à l’ANC, il a
été renversé lors de la présidence en 2008. Deux mois
plus tard, le gouvernement sud-africain annonçait
qu’il renonçait à son ambitieux programme nucléaire.
Entre-temps, les millions, eux, se sont envolés.

Un rapport d’enquête parlementaire, rédigé sous la
haute surveillance de Jérôme Cahuzac, alors président
de la commission des finances de l’Assemblée
nationale, a été rendu en mars 2012. Celui-ci pointait
les carences d’Areva et de l’APE mais les dédouanait
de toute faute. L'acquisition d'UraMin s'est révélée être
« un pari industriel, non illégitime pour Areva, mais
trop coûteux au regard de l'aléa qu'il comportait et de
la capacité de l'entreprise à y faire face », concluait-il.
« J’ai été blanchie », s’était félicitée alors l’ancienne
présidente d’Areva.

De temps à autre, le gouvernement sud-africain
évoque à nouveau le projet de s’équiper de centrales
nucléaires. Mais cela ne se traduit par rien de
concret. L’Afrique du Sud reste, toutefois, un pays
faisant l’objet de grandes sollicitudes pour les anciens
d’Areva. Serge Lafont, ancien directeur pour l’Afrique
du Sud d’Areva, a récemment créé une société de
conseil, 4 W Advest. Elle conseille beaucoup, semblet-il, les milieux nucléaires sud-africains et serait très
proche de l’ANC.
• Retrouvez toutes nos enquêtes sur UraMin :

L’affaire, cependant, continue d’intriguer. En août
2012, un journal sud-africain, Mail & Guardian,
donnait une nouvelle version de l’histoire, au terme
d’une longue enquête. Le journal y affirmait, à partir
de nombreux témoignages, qu’Areva avait sciemment
surpayé UraMin, en vue de s’acheter les faveurs
de la présidence sud-africaine, qui souhaitait alors
développer le nucléaire, pour y placer ses EPR. De
nombreux « consultants », partenaires commerciaux,
associés, dirigeants d'UraMin étaient des proches, à
un titre ou à un autre, de Thabo Mbeki, président de
l’Afrique du Sud à l'époque.

UraMin : l’autre dossier qu’Areva voudrait oublier
Areva : l’ardoise d’une gestion désastreuse
UraMin ou les deux milliards perdus d’Areva
Areva et le scandale UraMin : poker menteur à
Toronto
Areva et le scandale UraMin : l’Etat fantôme
Areva dans le scandale UraMin : Balkany et le
retour des katangais

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