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COMBATS ET SOUFFRANCES D'UN VILLAGE CORSE

Frasseto 1770-1850

René FRANCESCHI
2ème édition
Creative Commons - CC-by-nc-nd

COMBATS ET SOUFFRANCES D'UN VILLAGE CORSE
Frasseto 1770-1850

René FRANCESCHI
2ème édition
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PRÉFACE

Ce livre raconte l’histoire d’une communauté villageoise dans la première moitié du XIXème siècle. Frasseto, 4.500 hectares à dix lieues d’Ajaccio, des châtaigniers, de l’orge, quelques moulins à eau, un peu de bétail et six cents habitants coupés du monde par une rivière sans pont. Une histoire immobile jusqu’au jour où le partage des récoltes extraites de la terre du commun, crée des mouvements d’humeur, l'État et la commune revendiquant la propriété du sol sur lequel les habitants prétendent aussi avoir des droits. Essai de conciliation de la part du préfet qui suggère que soient déclarés privatifs, les terrains clos à mur ou plantés en vigne depuis au moins trente ans. Proposition sans lendemain et ouverture d’un procès où s’affrontent des particuliers, la commune et l'État. La justice est lente et incertaine. Le tribunal d’Ajaccio en 1827, la Cour de Bastia en 1830 puis, après cassation, la Cour d’Aix en 1844 vont dire tour à tour le droit à leur manière, pour finalement arrêter que « les terres défrichées et cultivées » au début de l’instance sont d’appropriation privée. On touche au but et tout n’est plus qu’une affaire d’experts, quand l'État s’avise, en 1852, d’ériger en commune les terres du littoral pour créer le pénitencier de Chiavari, ajoutant aux vieilles querelles, une indivision qui pèse encore aujourd’hui entre Frasseto et Coti. Un village compliqué, dira-t-on, c’est pire.

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En 1831, une jeune fille du lieu, Marie Françoise FRANCESCHI, est enlevée par Joseph ANTONA, dit Fiacconu. C’est le point de départ d’une inimitié qui va dresser deux familles l’une contre l’autre et, en l’espace de quinze ans, faire vingt morts dans une communauté où l’on dénombre un peu plus d’une centaine d’adultes de sexe masculin. Un chiffre exorbitant, même dans la Corse de ce temps où il se commet annuellement entre cent trente et cent quarante homicides ou tentatives d’homicide, avec des pointes allant jusqu’à deux cents. Le malheur est si grand, la misère si profonde, le désarroi des populations si intense que le curé de la paroisse inscrira, en 1846, sur le registre des baptêmes, ces mots de désespoir : Quel che nascerà in Frasseto / non sarà d’animo quieto / Langue il giustu, langue il pio / Fra il barbaro ed il rio », et que le préfet et le procureur du Roi viendront eux-mêmes sur place, l’année suivante pour apporter leur caution au traité de paix signé entre les parties, par devant notaire. René FRANCESCHI nous conte cette histoire comme s’il l’avait vécue. Rien ne lui échappe, ni les lieux, ni les hommes. Le ton est objectif, l’érudition savante. Dans la production contemporaine où s’affichent tant de poncifs, son livre apparaît comme un document de première main tout imprégné du parfum des archives et du souffle de la tradition orale soigneusement recueillie. En remontant avec lui le temps, en observant les gens qu’il met en scène, en les regardant vivre et mourir, on retrouve la Corse de MÉRIMÉE, exigeante et farouche, mêlée de sang et de larmes, d’incertitudes aussi. Un livre à lire et à méditer. Xavier VERSINI

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Description du canton d'Ornano par Monseigneur Paul Mathieu de la FOATA, Evêque d'Ajaccio de 1877 à 1899. Le village de Frasseto
Extrait du livre : Poesie Giocose in lingua vernacola della pieva d'Ornano Eccu à Frassetu, lu rè di la muntagna ! Voici Frasseto, le roi de la montagne ! La tramuntana, óh! com'edha lu tagna ! Tout pelé par la tramontane ! Chì funtana à Centuliri ! Quelle fontaine à Centuliri ! Chì savóri a so castagna ! Quelle saveur sa châtaigne ! Versu a fini di primavera, Vers la fin du printemps, Quantu mondu pà la fiera ! Quelle affluence à sa foire ! Hè capi duru : lu chjamani muntonu. Il a la tête dure, on l'appelle le mouton. Ma 'ntisgi 'ntisgi cun tuttu lu cantonu ! Mais en dispute avec tout le canton ! S'hè allargatu in piaggia è monti, Il s'est étendu à la plage et en montagne, Ed hà buscu lu stradonu; Et il a obtenu sa route; Ghjà divisu po da Cóti, Déjà séparé de Coti, Oghji hà persu mólti vóti. Que d'électeurs il a perdu.
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Oh, quanti vólti, battendu si à i capati, Oh, que de fois, se battant comme des béliers, Li Frassitani si sò dichjicculati ! Ses habitants se sont décapités ! Quanti sangui chì v'hè corsu ! Que de sang a été versé ! À la fini sò appaciati, Ils finirent par faire la paix, È la paci chì v'hè nata Et la paix qui en est née Ùn hè paci tafunata. Est une paix trouée.

Paul Mathieu de la FOATA est né à Azilone, Corse-du-Sud, le 14 août 1817.

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Avant-propos
Ce livre a pour objet de contribuer à la connaissance d'événements qui se sont produits dans le village de Frasseto en Corse-du-Sud et dans les villages voisins depuis le rattachement de la Corse à la France jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle. Frasseto est un village situé à environ quarante kilomètres à l'est d'Ajaccio dans le canton de Santa Maria Siché (ce canton était anciennement dénommé piève d'Ornano). Les faits qui sont relatés résultent de la tradition orale et de recherches effectuées dans les services des Archives Nationales, des Archives Départementales de la Corse-du-Sud et de la Haute-Corse et du Service Historique de l'Armée de Terre, ainsi que des éléments contenus dans le livre «Vieilles affaires et procès oubliés» au chapitre «Le stylet et la plume» de Xavier VERSINI que je remercie ici pour ses encouragements. Je voudrais remercier Maître Marc MARIANI, maire de Frasseto, qui, m'ayant offert le livre de Jean GUERRINI-GRAZIANI sur le banditisme en Corse dans lequel figurait le meurtre de mon arrière-grand-mère poignardée par un bandit, m'a poussé à entreprendre des recherches généalogiques qui m'ont fait découvrir l'existence d'un trisaïeul ex-moine, un arrière-grand-père paternel assassiné lors de l'inimitié de Frasseto et une parenté du coté maternel avec les meurtriers. Merci aussi à François PIANELLI pour ses traductions et à Laurent LEANDRI pour ses conseils. René FRANCESCHI Paris, le 5 janvier 2001

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La communauté de Frasseto
Frasseto aujourd’hui Ici commence le parc naturel régional de Corse. En venant d'Ajaccio, c'est l'inscription que vous pouvez lire sur le panneau disposé à quelques centaines de mètres du village ; là vous pouvez vous arrêter pour voir ce vieux village qui n'a pas trop perdu son caractère et examiner les quartiers de A Cuddetta et de U Piazzili composés de groupes de maisons généralement étroites et à deux niveaux, blotties les unes contre les autres comme dans un réflexe de défense. Cela mérite une photo et des touristes marquent justement l'arrêt à cet endroit, et retournent à leur voiture pour se munir de leur appareil photographique ou de leur caméscope. On a vu des peintres s'y installer avec leur chevalet pour fixer le paysage. La dépression dans laquelle coule la rivière, dont vous entendez l'hiver le rugissement, vous sépare du quartier de A Cuddetta. Si votre arrivée est attendue vous ne pouvez pas échapper aux regards de ceux qui la guettent. Vous noterez que les toitures des vieilles maisons ont généralement été rénovées et vous apercevrez aussi d'autres quartiers où des habitations récentes se distinguent par leur crépi. Ces constructions nouvelles et l'entretien des anciennes témoignent de l'attachement au village de ceux qui s'en sont éloigné ou de ceux qui n'envisagent pas de vivre ailleurs. Vous constaterez aussi que le village est mal exposé : l'hiver le soleil s'y lève tard et s'y couche tôt ; mais quelle fraîcheur l'été ! Pourtant ce village, qui paraît si paisible, a connu des événements tragiques il y a un peu plus d'un siècle et demi. En reprenant votre route, l’agglomération ne commence vraiment qu'après le pont avec le quartier des villas de A Vaddi ; elle compte au total une centaine de maisons prêtes à accueillir les familles pour leur séjour estival. Si ce n'est pas la période des
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vacances vous rencontrerez peu d'habitants : l'hiver, ils sont moins d’une centaine et on n'y voit fumer qu'une douzaine de cheminées. Bien sûr la moyenne d'âge est élevée, quoiqu'on y compte plusieurs enfants, et les retraités qui viennent s'y retirer assurent la stabilité de l'effectif. Les deux classes de l'école publique sont fermées depuis longtemps. Par contre il reste quelques éleveurs de porcs qui continuent à produire la délicieuse charcuterie traditionnelle ; il y a aussi la préposée que vous apercevrez peut-être pendant sa brève tournée. Et le village s'anime un peu lorsque passe le boulanger, le boucher ou le marchand de légumes, car il n'y a plus aucun commerce si l'on excepte les cafés. Ces derniers sont les points de rendez-vous des hommes du village. Comme il se doit, il y en a un de chaque parti. Ils connaissent une grande animation l'été au moment de l'afflux des estivants et, à l'heure de l'apéritif, plusieurs tables sont occupées par les joueurs de belote. Ceux qui sont originaires de ce village montrent leur attachement en venant régulièrement y passer leurs vacances d'été et en figurant sur la liste électorale qui comporte plusieurs centaines d'électeurs. Aux dernières élections municipales trois listes se sont affrontées. Vous pouvez constater que contrairement aux autres communes que vous avez traversées en venant d'Ajaccio, il n'y a pratiquement pas de trottoirs. Ce n'est nullement un reproche aux municipalités qui se sont succédé, car il n'est pas certain que les trottoirs sont nécessaires ou utiles dans ce village ; en effet la question qui se pose est de savoir s'ils n'apportent pas plutôt des entraves que des facilités pour la circulation des piétons et aussi des véhicules à deux ou quatre roues ; quant aux animaux quelquefois nombreux à déambuler dans le village malgré les arrêtés qui le leur interdisent, il est probable que le problème les laisse indifférents. Et puis, ne faut-il pas remarquer que lorsque vous venez d'Ajaccio, c'est là que vous avez l'impression de quitter la ville, à cause justement de l'absence de trottoirs. Par contre les chemins d'accès aux différents quartiers sont bitumés et accessibles aux véhicules. Vous ne pourrez cependant pas assister à la grande foire de jadis qui avait lieu tous les ans pendant plusieurs jours autour du dimanche de la Trinité qui est la fête patronale. On y venait, parait-il,
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de tous les cantons voisins et même de l'arrondissement de Sartène. En compensation, si vous êtes là pendant la deuxième quinzaine d'août, ne manquez pas la fête du village qui est celle qui attire le plus de monde dans le canton : concours de belote et de boules, ball-trap, tir au sanglier et jeux d'enfants s'étalent sur deux jours avant le grand bal où l'on danse jusqu'à l'aube. Si vous interrogez les habitants lors de votre passage, vous verrez qu'ils éprouvent du plaisir à vous parler de leur village qu'ils voudraient voir survivre aux transformations de la vie moderne tout en s'y adaptant. Ils s'y sont déjà employés en s'adjoignant toutes sortes d'équipements électroménagers et en se dotant de dispositifs de chauffage central mais sans pour cela abandonner le feu de cheminée qui reste une fidèle compagnie pour la saison froide. Ils se mettront à votre disposition pour vous donner tous les renseignements que vous désirez. Comment imaginer au cours de ces conversations que leurs ancêtres avaient fait preuve d'une irréductible obstination pour la défense de leurs intérêts ? Le village dispose depuis longtemps de l'eau courante et du tout à l'égout ; cependant à l'heure de midi quelques personnes âgées vont remplir leur cruche à la fontaine de Centuliri. Quelle eau à Centuliri ! s'extasiait Monseigneur l'Evêque de la FOATA. Nous avons toujours bu cette eau, disent-elles, tout en reconnaissant que celle du robinet, elle aussi directement captée à la source, est excellente. Elles ne prêtent guère d'attention à l'affiche périodiquement placardée qui les avertit que cette eau est impropre à la consommation. Elles n'ont jamais entendu dire que quelqu'un avait été malade d'avoir bu l'eau de Centuliri. Certaines pensent même que si elle est polluée, c'est qu'elle l'a toujours été, car il n'y a pas de nouvelles causes de pollution et celles qui pouvaient exister n'ont pu que s'atténuer ; alors, depuis qu'elles la boivent, elles sont sûrement immunisées. Pourtant cette mise en garde résulte des dernières analyses pratiquées par les services compétents du département, sans cependant que cette affiche et celle détaillant les résultats de l'analyse ne donnent d'indications sur le niveau des risques que font courir ces bactéries dont le nombre serait trop élevé. La fontaine de Centuliri avait été transplantée il y a quelques dizaines d'années, de la place qui
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porte ce nom vers le centre du village, face à la maison communale ; elle possède deux vasques latérales dans lesquelles les animaux viennent s'abreuver ; et l'affiche ne précise pas non plus si ces bêtes s'exposent-elles aussi à un danger. L'été, des tuyauteries branchées dans les vasques servent à l'arrosage de petits potagers des alentours sans que les jardiniers se préoccupent de savoir si leurs salades sont ou non porteuses de bactéries, microbes ou autres virus. Les habitants n'ont guère d'informations sur l'origine de cette pollution ni des remèdes qu'il faudrait apporter pour la faire disparaître. Les plus anciens vous parleront peut-être du travail acharné de leurs parents pour assurer la subsistance de la famille et payer les études de ceux des enfants qui avaient les meilleures dispositions scolaires. Les familles généralement nombreuses vivaient de leurs cultures et de leurs élevages ; cependant les terres étaient médiocres, les animaux abâtardis - comme l'affirme le plan terrier établi vers 1780 - et l'air de La Costa en bordure du golfe d’Ajaccio que l'on appelle aussi le Cotèse ou encore le territoire de Coti-Chiavari, où l'on pratiquait la transhumance, malsain. Ceci imposait que tous soient au travail et que chaque arpent de terre soit exploité et explique aussi l'attachement de ces paysans aux propriétés dont ils vivaient, qu'elles soient en montagne ou à la plage. L’ancienne communauté de Frasseto Frasseto est le village le plus élevé du canton de Santa Maria Siché ; il était aussi, jusqu'à une époque récente le plus peuplé de ce canton. Le village a pu être créé vers la fin du XVIème siècle après la destruction du village de Coti par les barbaresques. Il n'est en tous cas pas mentionné lors des combats qu'a menés Sampiero Corso contre les Génois dans les années 15601, mais sa population a participé activement aux massacres de la Saint Laurent au village voisin de Campo le 10 août 16152. Son site, d'après la tradition orale, a été choisi en raison des nombreuses et abondantes sources qui s’y trouvent. Les données détaillées qui ont été trouvées concernant le village datent de l'élaboration du plan terrier dans les années 1770. La communauté, à cette époque, comportait deux portions principales de
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territoire. L'une située en montagne à l'emplacement du village actuel. La deuxième, qui se trouvait à la plage dans la région côtière du sud du golfe d’Ajaccio était constituée d’une partie des territoires que l’on dénommait Coti et Chiavari, et a été transférée en 1852 à la nouvelle commune de Coti-Chiavari3 dont elle représente environ 60% du territoire. Les superficies de ces deux portions étaient respectivement de 1220 et 3240 hectares. Il y avait aussi une troisième et modeste portion située tout en haut de la plaine du Taravo, au lieu dit A Frassitana, à deux kilomètres environ à vol d'oiseau du site préhistorique de Filitosa, faisant partie d'un ensemble que se partageaient 20 communautés du district d'Ajaccio. Frasseto possédait là 61 hectares qui étaient d'un bon rendement. Cette dernière portion a été réunie en 1864 au territoire de la commune de Sollacaro. Pour les habitants de Frasseto les deux portions principales étaient désignées comme étant l’une la montagne, l’autre la plage et ils transhumaient de l’une à l’autre. Les terres de montagne étaient peu propices à la culture : il n'y avait guère que 175 hectares cultivés et les artisans du plan terrier réalisé en 1785 avaient estimé que 450 autres étaient cultivables. Par contre celles situés à La Costa étaient d'une meilleure qualité. Les habitants pratiquaient la transhumance entre les deux pôles, mais leur résidence principale se trouvait à Frasseto où ils avaient construit leurs maisons ; on en comptait alors une trentaine dans chacune desquelles vivaient généralement plusieurs familles. Le recensement de 1770, relativement précis, donne la composition des feux et est accompagné d'un commentaire : «Le produit du village de Frasseto est en orge, seigle, très peu de froment, huile, beaucoup de châtaignes et quelque peu de lin et de blé de Barbarie. Son commerce est en châtaignes et orge qu'ils viennent vendre à Ajaccio contre de la toile et autres marchandises pour l'usage des maisons. Les terrains sont très propres pour y planter des châtaigniers et on pourrait y planter des oliviers, mais il faudrait défricher, et en défrichant, les terrains peuvent servir pour y semer et planter toutes les choses mentionnées ci-dessus. » Le plan terrier fournissait les précisions suivantes sur l'état de la société de Frasseto :
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«- Population : Ils sont généralement sobres et consomment très peu pour leur subsistance comme pour leur entretien, mais ils ont besoin d'instruction pour tout ce qui tient au gouvernement rural. - Agriculture : Non seulement il reste beaucoup à faire pour mettre en valeur tout ce qui en est susceptible, mais on est encore bien loin d'employer la bonne manière de travailler la terre et d'en tirer le meilleur parti possible. - Industrie : Il y a peu d'arts mécaniques dans la communauté ; il y a quelques manufactures de draps corses, il n'y a que deux moulins. Les habitants s'occupent de la culture d'une partie de leurs terres, mais avec assez peu d'intelligence ; il y aurait besoin d'instruction. - Commerce : La communauté est trop éloignée de la mer. Les communications sont trop mauvaises et le génie des habitants n'est pas porté au commerce. Ils vivent étroitement du peu de produits de leurs terres et de leurs troupeaux. » Le recensement de 1770 ne mentionnait cependant - comme dans bien d'autres communautés - que les prénoms pour l'identification des personnes ; pas de noms de famille ni même de surnoms qui auraient pourtant été utiles pour des recherches généalogiques ; mais pour les hommes figure généralement la mention du prénom du père, vivant ou décédé. Les registres paroissiaux ne mentionnent pas non plus de nom de famille si ce n'est celui du parraco (le curé) qui est alors Francesco Saverio FRANCESCHI, décédé en 1778, et qui sera remplacé par Giuseppe BASTELICA. Le parraco est le curé desservant de la paroisse. Ce n'est qu'en 1785 que les noms de famille apparaissent sur ces mêmes registres : ceux bien connus tels ANTONA, CASANOVA, FRANCESCHI, LANFRANCHI, LEONARDI, MARIANI, MILIANI, MURZI, PIERLOVISI, PIETRINI, SANVITI, SUSINI, TRAMINI ............, mais aussi d'autres qui sont des noms de villages, quartiers ou même de maisons de Frasseto : FRASSETO, QUASQUARA, CASAMATTONE, CASTAGNOLI, DORIAGI, PIAZZILI. Il n'est pas rare de constater que la même personne porte sur des actes successifs des noms de famille différents. Cette situation n'avait naturellement pas échappé au personnel chargé du recensement ; c'est ainsi que dans un mémoire daté du 1er juillet 1772, le Directeur Général du terrier de l'île de
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Corse fait part de ses remarques sur le dénombrement de la population4 : «.......En effet en dénombrant chaque individu, on a rencontré différents cas singuliers ! Des hommes qui avaient changé à leur gré de nom de famille, d'autres qui n'avaient que des noms de baptême, d'autres enfin nés sans nom de famille, et qui s'en sont choisi et en ont changé à volonté... . » Et il cite de nombreux exemples parmi lesquels les deux suivants : «- la femme qu'il a épousée était plus riche ou avait un nom de famille plus en considération que le sien, les parents ne la lui avaient donnée qu'à condition de porter son nom. - un homme sans nom de famille achète une maison qui en a un, il le prend. » L’évolution du village La population en 1586 comptait 200 âmes, mais elle allait rapidement s'accroître pour atteindre jusqu'à 1000 habitants selon la progression suivante fournie par les recensements successifs :
Année Habitants Année Habitants 1586 200 1954 1027 1726 578 1982 64 1770 471 1990 67 1800 652 1999 82 1841 656 1881 703 1901 1034

A l'exception du dernier, ces effectifs d'habitants sont sujets à contestation. Ils sont probablement sous-estimés jusqu'à 1841, mais par contre surestimés de 1901 à 1954 car on y a inclus des familles originaires du village mais qui n'y ont pas leur domicile principal. Il était profitable pour la commune de dépasser le nombre de 1000 habitants. Le recensement de l'année 1982 traduit, lui, la triste réalité de la désertification des villages de montagne. Le contraste est frappant
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entre les trente maisons dont une tour et les six cent habitants vers 1800 et la centaine de maisons et la soixantaine d’habitants de 1982. Notons aussi que la création de la commune de Coti-Chiavari en 1852 a privé Frasseto d'une partie de ses habitants -disons 20 à 25% - qui y ont élu domicile. Nous pouvons nous faire une idée de la composition de cette population à travers le recensement de 1836 qui se situe dans la période que nous allons étudier. Les habitants sont au nombre de 596 dont 313 du sexe masculin et 283 du sexe féminin faisant partie de 170 feux. Ils se répartissent comme suit : sexe masculin Garçons de tout âge Hommes mariés Veufs 224 80 9 Sexe féminin Filles de tout âge 142 Femmes mariées 81 Veuves 60

On peut s'interroger sur les causes du grand nombre de veuves comparé à celui des veufs, alors que le sexe masculin est globalement majoritaire, mais on voit qu'en compensation, il y a parmi les célibataires un beaucoup plus grand nombre de garçons que de filles. La moyenne d'âge de l'ensemble de la population qui a progressé de 2 ans depuis 1818 s'établit maintenant à 25 ans, celle des filles et garçons de tout âge à 14, celle des hommes et femmes mariés à 36 et celle des veufs et veuves à 53. Retenons que la population de Frasseto, dans la première moitié du XIXème siècle, est de l'ordre de 600 habitants, même s'il est à peu près certain que tout le monde n'a pas été recensé, comme le laisse supposer le déficit du côté du sexe féminin. Cette population pratiquait la transhumance entre ce que les paysans appellent encore la plage et la montagne. Lorsque cette population était à la montagne, elle était regroupée dans une seule agglomération au village de Frasseto, avec quelques bergers installés dans des constructions plus légères à plus haute altitude. Par contre, à la plage, celle qui pratiquait la transhumance était dispersée en une multitude de hameaux plus ou moins importants dénommés Crucciata, Accelasca, Chiavari, Pisce, Arella, Coti, Cardo, Stefanaccia, Campestra,
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Pozzaccio, Portigliolo, mais aussi Coti et Pietrosella devenus depuis communes. La population se trouvant à la plage à la saison peut être estimée à 600 personnes provenant aussi des communes voisines de Campo, Quasquara et Zevaco. Trois noms de famille dominent à Frasseto : lors du recensement de 1836, parmi les 596 habitants que comptait le village, il y avait 149 ANTONA, 121 MARIANI et 103 FRANCESCHI, ce qui représente près des deux tiers de la population. La prépondérance de ces trois patronymes trouve une justification dans la mémoire collective : le village se serait développé après que trois frères Antoine, François et Marien aient décidé de s'y installer pour échapper aux incursions barbaresques qui ravageaient les territoires qui constituent aujourd'hui les communes de Coti-Chiavari et Pietrosella. C'est ainsi que des trois prénoms seraient issus les noms de famille ANTONA, FRANCESCHI et MARIANI qui n'apparaîtront vraiment qu'à partir de 1785 dans les registres paroissiaux, c’est à dire deux cent ans plus tard.

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La lutte pour les terres de montagne
Disputes avec les voisins pour les terres d’Arusula La commune de Frasseto est très étendue et vous pourriez aller passer une partie de l'après-midi sur le plateau d'Arusula. Si vous êtes à pied, il vous faudra près de deux heures pour y parvenir, si vous êtes motorisé moitié moins car vous devrez laisser la voiture à quelques kilomètres du but à cause du mauvais état de la chaussée. La promenade sera agrémentée de rencontres avec des cochons d'élevage vivant en liberté qui s'approcheront de vous en espérant que, comme leur éleveur, vous leur apportez de la nourriture. Ils s'apercevront de leur erreur et retourneront à leur fouilles. Puis, à la bonne saison, vous percevrez les senteurs des plantes sauvages et particulièrement du thym - une espèce corso-sarde - dont vous pourrez ramasser un bouquet. Au cours de cette promenade au plateau d'Arusula, vous n'aurez pas manqué de remarquer sur votre chemin et aux alentours du village les milliers de châtaigniers dont certains plusieurs fois centenaires ont été durement frappés par la foudre ; c'était la richesse principale pour les habitants et pour les bêtes car le sol est très aride. A propos d'Arusula, un litige avait surgi avec la commune de Tasso au moment de l'achèvement du plan terrier en 1785 : il y avait eu contestation sur les limites des territoires communaux respectifs et le géomètre, «d'après l'examen des titres réciproques, la nature des lieux et la connaissance du terrain», avait cru devoir adopter et traiter sur le plan des limites en faveur de Tasso, mais il y eut naturellement une véhémente protestation qui amena ultérieurement une rectification des limites, si bien qu'aujourd'hui, les deux communes ne sont pas limitrophes5. Une contestation s'est également élevée un peu plus tard pour la jouissance des bois d'Arusula entre Frasseto et les communes avoisinantes de Campo, Quasquara, Guitera et Zevaco communes auxquelles s'était jointe celle de Corrano. Campo prétend que ces terres sont la propriété de l'église de Campo, comme en témoignerait un document daté du 19 octobre 1622. Les autres communes
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revendiquent la libre jouissance. Le conflit est plus qu'une simple querelle de voisinage, car des actes de violence sont sur le point de se produire comme le signale un rapport de la 23ème Division militaire pour le mois d'octobre 18076 : «Le 20 octobre, un détachement de 50 hommes du Bataillon du Liamone commandé par le Capitaine CAMPANA a été envoyé dans les communes de Frasseto et Corra (Liamone) pour prévenir des voies de fait qui étaient à la veille d'avoir lieu entre elles à raison de biens communaux. » L'affaire est grave, mais aussi délicate et préjudiciable pour Frasseto dont l'église retire un fermage de ces terres qu'elle loue aux bergers et éleveurs de la commune et des alentours depuis, dit-on, des temps immémoriaux. L'église n'est en effet plus en mesure de présenter ses titres de propriété pour la défense de ses intérêts : le grand livre de l'église et l'acte de l'évêque d'Ajaccio portant la date du 27 septembre 1622 qui contiennent toutes les justifications nécessaires ont été égarés depuis fort longtemps et malgré toutes les recherches entreprises, il a été impossible de les retrouver. La position de la commune devant le Conseil de préfecture est dans ces conditions très précaire, malgré la détermination des responsables de défendre les droits légitimes de l'église de toutes leurs forces. Cette situation était naturellement bien connue des communes adverses qui y voyaient peut-être l'occasion de réduire ou même annuler leurs contributions à l'église de Frasseto et qui, comme Campo et Zevaco, avaient présenté leur propre livre. C'est dans ce contexte que le miracle se produit : le 14 avril 1808, le desservant de Frasseto revient de Santa Maria Siché, chef lieu du canton et ancien chef-lieu de la piève, avec sous le bras les archives de l'église et fait aussitôt part à ses paroissiens du retour du livre et du précieux acte de l'évêque d'Ajaccio, ce qui, naturellement provoque un soulagement considérable des responsables de la succursale et de la population (la succursale, qui s'appellera plus tard la fabrique est l'organisme chargé de la gestion des biens de l'église). L'explication était simple : à l'occasion de travaux effectués dans l'église vers 1750, on avait voulu éviter tout risque de détérioration de ces importants documents de la paroisse et on les avait confiés à la garde de la paroisse de Santa Maria Siché ; peut-être qu'en raison de la situation trouble que vivait la Corse à cette époque ou tout
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simplement à la suite d'un changement du desservant de Frasseto, on avait oublié de les rapatrier. C'est ainsi que le livre égaré depuis 60 ans a pu être mis sous les yeux des membres du Conseil de préfecture. Au vu de ce document et de ceux fournis par les parties adverses, le Conseil arrête le 18 juillet 1808 que Campo, Quasquara, Zevaco et Corra n'ont aucun droit sur Arusula, que la commune de Frasseto continuera à en jouir exclusivement et que ses habitants continueront à jouir des terres «i campinchi» situées à Arusula en payant la redevance. Le terratico, qui constituait cette redevance, était déjà effectivement payé à l'église de Campo. Si l'on en croit Pierre Paul PERETTI, qui se donnait le titre de philosophe de Campo, et qui cite, dans un opuscule intitulé «Campo» qu'il a fait éditer en 1966 à Ajaccio, un texte tiré des registres paroissiaux de Campo, l'église de ce village aurait possédé au plateau d'Arusula, des terres cultivables d'une capacité de cent mezzinates de grain et autant en bois. Précisons là qu'une surface d'une mezzinate est la superficie de terrain nécessaire pour recevoir un mezzino de semence, le mezzino étant une mesure de capacité de 6 boisseaux, soit 78,6 litres avant le système métrique et 75 depuis. Ainsi cette superficie, mesurée à l’aide d’une unité de volume, varie avec la nature et les difficultés du terrain ; elle est d'autant plus grande qu'il est davantage tourmenté ; le prix d’une mezzinate de bon terrain était chiffré à 281 francs dans un document du 28 février 1820, ce qui conduisait à un prix à l’hectare de 750 francs7. Ces terres de la commune de Campo seraient limitrophes des territoires des communes de Frasseto, Zevaco, Guitera et Bastelica, ce qui correspond bien au lieu dit «I Campinchi» qui figure toujours sous cette appellation au cadastre. La date de ce texte n'est pas précisée. L'affaire n'en restera pas là, car les communes perdantes font appel de la décision du Conseil de préfecture, appel qui sera pris en considération et conduira au décret Impérial du 24 décembre 1810 qui annulera l'arrêté du Conseil de préfecture du 18 juillet 1808 et imposera que le litige soit réglé par les tribunaux ; après quoi le Conseil de préfecture autorise le 22 juin 1811 les marguilliers de Frasseto à faire valoir leurs droits de propriété devant les tribunaux (les marguilliers sont les membres du personnel de la succursale qui gère les biens de l'église).
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Le tracé des limites avec la communauté de Bastelica a aussi donné lieu à des litiges ; selon la tradition orale, la dispute se serait réglée à l'amiable de la façon suivante : un jour dit deux hommes - un de chaque village - partiraient de chacune des églises au chant du coq, et leur lieu de rencontre déterminerait la frontière entre les deux communautés. A Bastelica le départ s'est fait comme convenu, mais de l'autre coté, une femme très âgée ayant réveillé et fait chanter son coq un peu plus tôt, la mise en route a été anticipée et les deux marcheurs se retrouvèrent au ruisseau du Bronco - bien plus proche de Bastelica - alors que le jour n'était pas entièrement levé. L'homme de Bastelica accepta avec satisfaction l'offre de son partenaire d'attendre à cet endroit les autres marcheurs et c'est ainsi qu'auraient été délimitées les deux communes. Une pointe du territoire de Frasseto arrive bien jusqu'au pont du Bronco. Pierre Paul PERETTI confirme dans son opuscule qu'il y a effectivement eu litige : cela se serait réglé selon lui en 1612 lors de la révolte de la Saint Laurent à Campo pour laquelle le concours des Bastilicais a été obtenu grâce à une concession sur des terres d'Arusula revendiquées par les deux communautés. Heureusement la communauté disposait de terres à la plage dans la région du golfe d'Ajaccio appelée la Costa, qui constitue aujourd'hui une partie du territoire de la commune de Coti-Chiavari. D'autres terres qui se trouvaient près du village au lieu dit Campocavo étaient de bonne qualité et bien exposées. Chaque famille y avait sa vigne et ses arbres fruitiers qui donnaient des produits d'une saveur délicieuse, particulièrement les figues et les reines-claudes. Mais le géomètre1, invoquant les mêmes raisons qu'avec Tasso, avait attribué une partie de cette zone à la communauté limitrophe d'Azilone, ce qui avait provoqué la colère des habitants et des édiles. On peut noter cependant que d'après le nom qu'elles portent, ces terres pourraient avoir été arrachées dans des temps plus anciens, à la communauté voisine de Campo. Aujourd'hui les terres de Campocavo ne sont plus cultivées et le maquis les a envahies. Les sentiers eux-mêmes n'y sont plus fréquentables. On craint maintenant qu'un incendie ne ravage tout cet espace. La querelle pour la jouissance des terres d'Arusula va resurgir
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en 1824. Ce sont les communautés de Zevaco, Corrano et Guitera qui avancent des prétentions. A titre de gestionnaire des biens de l'église de Frasseto, Paul FRANCESCHI, Trésorier de la fabrique, les cite en justice et une première audience a lieu le 24 avril 18248 ; il est demandé aux parties de présenter leurs justifications et le procès est ajourné. Mais la fabrique de Frasseto fera reconnaître par la suite ses droits de propriété. Visées de l'État sur les terres d'Arusula Plus tard ce sera l’État qui voudra se saisir des terres d'Arusula que l'on croyait définitivement possédées par Frasseto. C'est ainsi que l’affaire vient devant la justice et que le Tribunal de 1ère instance d'Ajaccio, saisi par la commune et la fabrique de Frasseto contre le Préfet, déclare dans un jugrment du 25 août 18429 «pertinent et admissible le fait articulé par la commune et par la fabrique de Frasseto d'avoir joui et possédé à titre de propriétaire et sans trouble pendant plus d'un an et un jour des terres et bois dénommés Arusula ; ordonne à la commune et à la fabrique de justifier tant par titres que par témoins, de leur possession à l'audience du 3 novembre prochain. » Les témoins sont entendus, et le jugement du 23 mars 184368, «considérant qu'il résulte de la déposition des témoins que la fabrique de la commune de Frasseto a toujours possédé la forêt d'Arusula, déclare avoir été bien appelé et mal jugé par le juge de paix de Santa Maria Siché au moyen de son jugement du 19/8/1841. Maintient le trésorier de la fabrique dans la possession et jouissance de la forêt d'Arusula ; condamne l'État aux dépens. » Cette affaire semble terminée, mais le Préfet cite cette fois les maires de Bastelica, Ciamanacce, Zevaco, Corra, Guitera et Giovicaccia, Tasso, Frasseto, le trésorier de la fabrique de Frasseto et autres particuliers défendeurs au sujet de la propriété de l'ensemble des forêts exploitées par ces communes. Une première audience du tribunal de 1ère instance a lieu le 18 décembre 1845 au cours de laquelle l'affaire est reportée pour être sur le tout statué par un seul jugement68. Il a fallu quelque temps pour instruire le dossier et le
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jugement prononcé le 22 mars 1849 déclare propriété de l'État les forêts des communes autres que celles de Frasseto, dont le périmètre est déterminé par le massif des bois qui les compose, que les terres extérieures appartiennent aux communes et que la forêt d'Arusula appartient en toute propriété à la fabrique de Frasseto. Puis survient encore un litige au sujet des bois d'Arusula avec l'administration : après avoir acquitté une redevance à la fabrique de Frasseto, une trentaine de chefs de famille de Frasseto, qui coupaient du bois sur les terres dites Campinchi, Caldaramolla, Pozzi et autres comprises dans la forêt d'Arusula, ont été interpellés par les gardes du Domaine et traduits devant le tribunal correctionnel d'Ajaccio sous le motif que les coupes étaient effectuées dans la forêt domaniale de Quarceto. Le juge, à la demande du maire et du représentant de la fabrique a refusé de trancher, renvoyant les parties jusqu'à la décision au civil concernant la propriété des terres. L'administration forestière a fait appel de ce jugement devant la Cour d'appel de Bastia. Le Conseil de fabrique de la commune de Frasseto s'est alors réuni en séance extraordinaire le 16 mai 1850 en vertu d'une autorisation de Monseigneur l'Evêque datée du 13 pour demander au Préfet, compte tenu d'un jugement favorable rendu au civil, d'autoriser le trésorier de la fabrique à intervenir à la Cour d'Appel de Bastia pour prendre fait et cause pour les prévenus et défendre les intérêts de la fabrique. On s’apprête à nouveau à plaider et naturellement les frais d’avocat et de déplacement coûteront beaucoup plus cher que ce qu’ont rapporté les redevances payées à la fabrique par les paysans.

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Les luttes pour les terres de la plage
Le territoire de Chiavari et l’eau empoisonnée Le village de Frasseto tient son nom des frênes que l'on trouve en quantité en bordure du torrent qui s'écoule à proximité. Les populations de ce village et des villages environnants ont eu dans les temps passés bien des malheurs qui méritent d'être rappelés. Cela avait déjà commencé avec les incursions barbaresques qui avaient ravagé le hameau de Coti et obligé les paysans à se replier sur les terrains arides de la montagne sans pour autant qu'ils abandonnent les terres du Cotèse où la transhumance les conduisait pour la saison hivernale. Puis il vient à l'idée des Génois au début du 18ème siècle, que les invasions barbaresques ayant cessé et le Cotèse peu peuplé, on pourrait y installer une colonie de paysans de Ligurie. C'est ce qu'ils font à l'aide de quelques centaines d'habitants originaires de la Riviera de Gênes. Le territoire prendra le nom de Chiavari qui est la ville dont les colons sont originaires. Un lotissement est construit et les colons s'y installent. C’est environ au début de 1714 qu’il arriva un grand nombre de familles de Chiavari pour s’installer dans la colonie. Les terres qu'on leur a données sont de celles parmi les meilleures cultivées jusque là par les transhumants des villages de Campo, Frasseto, Quasquara et Zevaco. Ces derniers, privés d'une partie de leurs moyens habituels de subsistance, se heurtent sans succès au pouvoir génois et doivent écobuer et ensemencer des terres voisines. Les chefs de la nouvelle colonie se plaignent d’ailleurs le 11mars 1715 des dommages causés à leurs semences et cultures par les bestiaux et les gens de Zevaco malgré les défenses publiées depuis trois jours. Le 3 juin 1715, il est à nouveau défendu aux paysans de Campo, Frasseto, Quasquara et Zevaco de s’immiscer dans les terrains de la nouvelle colonie11. Mais la colonisation de Chiavari échoue : dans une requête du 8 juillet 1715, les colons demandent à être autorisés à envoyer à Gènes quatre procureurs chargés de solliciter un prêt en argent et en
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céréales, la dernière récolte ayant été très mauvaise et les habitants de la colonie, tous atteints par la maladie - 134 morts l'année précédente, 124 malades actuellement - ne peuvent plus produire. L'épidémie persévère, et l'ordre est donné le 20 juillet de la même année d'apporter de la colonie de Chiavari à l'hôpital d'Ajaccio le nombre de paillasses nécessaires pour les besoins des nombreux malades de la colonie. Ces malades, dit l'instruction, seront conduits à Ajaccio où chacun recevra, outre les médicaments nécessaires, une demie livre de viande, quatre onces de minestra et un demi pain à deux sous12. Les Génois avaient pourtant été avertis des difficultés qui les attendaient, si l'on en croit M BOUCHEPORN, intendant général de l'île de Corse, dans une correspondance qu’il a adressée le 13 septembre 1780 à M NECKER, directeur général des Finances13 : «Un commissaire de la République ayant été chargé en 1713 de chercher en Corse un terrain capable de contenir 84 familles de Chiavari petite ville de la Riviera de Gênes, le Magistrat de Corse, portion du Sénat de Gênes, indique dans les terrains domaniaux qui pouvaient convenir, Coti, Revida, Sologna, Galeria. Le commissaire se détermina pour Coti, mais attendu, disait-il, que ce territoire était usurpé par des gens très sauvages et qu'il serait très difficile de le tirer de leurs mains, il désigne sur abondement un autre terrain dans les communautés d'Ajaccio. La République malgré l'humeur sauvage des cultivateurs de Coti crut devoir établir sa colonie dans ce domaine. » Dans une série de lettres adressées en 1771 au Marquis de MONTEYRARD, le Sieur de LAITRE donne les raisons de cette épidémie4 : «Suivant la tradition cette colonie ne subsista que dix ans à la cause de la destruction qui fut un effet de la jalousie des corses qui empoisonnèrent toutes les eaux. ». Cela ne l’empêche pas de proposer, maintenant que le territoire de Chiavari a été réuni au domaine du Roi, la remise en état des installations pour y implanter une nouvelle colonie. L’emplacement de ce site à un quart de lieue du petit golfe de Settenavi, qui forme un bon abri, est favorable. Il explique que l’ancien village consiste en deux rangées de quinze maisons accolées ayant chacune, sur le derrière, son jardin particulier. Les maisons des extrémités, plus grandes que les autres étaient destinés aux quatre chefs de la colonie. Les toitures et les
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boiseries sont détruites, mais les murs sont en parfait état et la restauration est tout à fait possible. Il y a également une église inachevée à proximité. Des quatre moulins qui avaient été bâtis sur la petite rivière, trois ont continué à être utilisés par les « usurpateurs » et sont en état de fonctionnement. Ainsi donc, à peu de frais, on peut disposer de trente maisons prêtes à recevoir trente familles. L’air y est sain, dit-il, les eaux bonnes et abondantes. Le terroir est propre à tout : les petites vallées produiront du foin en abondance, les coteaux et leurs revers des grains de toute espèce et on ne connaît pas de terrain plus convenable et moins onéreux pour le Roi. Trente familles, ajoute-t-il, ce n’est même pas la moitié de ce que peut contenir ce terrain, et on pourrait envisager de l’accroître en y ajoutant le tiers des biens communaux. Il voyait même plus grand et imaginait de l’agrandir considérablement en y adjoignant une partie du Comté de Frasso qui appartient à l’Evêque et au Chapitre. Le Roi pourrait même être fondé à rattacher ce Comté à son domaine, en vertu du principe de l’inaliénabilité des biens de la Couronne, vu qu’il a été aliéné dans des temps reculés par un Souverain de l’île de Corse. Le Chapitre est toutefois disposé à lui céder la moitié du Comté de Frasso en échange de l’entretien de l'Église Cathédrale. Cette moitié contient les meilleures terres de la région et permettrait la création de nombreux autres établissements. C’est sur ces bases que le Marquis de MONTEYNARD décide de créer une colonie à Chiavari ; il pense même qu'on ne peut «faire un meilleur choix pour l'emplacement d'une colonie». Il a pourtant beaucoup de défiance sur la qualité de l'air qui règne à Chiavari, mais ce que les commissaires lui ont marqué à ce sujet avait achevé de dissiper ses inquiétudes le 15 mai 177214. Cependant on se préoccupe peu du sort de ceux qui sont considérés comme des usurpateurs et qui cultivent ces terres et en vivent depuis plus de cinquante ans. On va toutefois les dédommager de leurs récoltes après avoir sans doute déduit le droit de terratico qu’ils doivent au Roi. Une trentaine de familles vont s'installer dans la nouvelle colonie de Chiavari, et le drame se produira aussitôt après, au cours de l'été 1772. «Il faut croire, dira le Marquis de MONTEYNARD dans une autre lettre, que l'épidémie qui vient de tromper sur cela nos
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espérances, est plus encore l'effet des chaleurs extraordinaires qui ont régné cette année que de la qualité de l'air qui règne constamment à Chiavari et dont l'expérience semblait inviter à ne pas se défier. Quoi qu'il en soit, il faut renoncer à cet établissement et en chercher un autre qui soit supérieur à toute crainte de cette nature. Je vais m'en occuper. » Et il songe à en former un dans le Cap corse. Se souvenant sans doute aussi des termes de la lettre du Sieur de LAITRE, le Marquis se demande, mais sans le formuler, s'il n'y a pas, comme au temps des Génois, une responsabilité des corses dans cette épidémie : « On a dédommagé des récoltes les habitants de la piève d'Ornano, mais pas des arbres coupés pour la construction des maisons et qui ont été plantés très anciennement et probablement avant l'usurpation faite sur le domaine du terrain sur lequel ils sont. Et même, ils n'en seraient pas les propriétaires d'avoir planté sur le terrain d'autrui. » L’attribution de concessions Le sieur de LAITRE en vient alors à la possibilité d’établir des concessions pour lesquelles il a déjà des candidats. Il a aussi repéré des terrains parmi lesquels il cite le lieu-dit Crucciata sur lequel le maire de Quasquara a fait planter une vigne clôturée de murs, d’une superficie d’environ sept arpents, et dont chaque particulier de la communauté possède une portion. Mais peut-être, en raison de la mésaventure de la colonie de Chiavari, a-t-on jugé plus prudent de laisser les esprits se calmer, et ce n’est que quelques années plus tard que des concessions ont été accordées sur ces terres par les arrêtés suivants : N° 2736 du 4/5/1777 et 4981 du 16/1/1778 en faveur du sieur FLEURY ; N° 2738 du 4/5/1777 en faveur des sieurs STEPHANOPOLI ; N°4978 du 16/1/1778 en faveur du sieur ROSSI aux conditions d'y former dans les 5 ans un village d'au moins 50 familles étrangères ; N° 4979 du 16/1/1778 en faveur de la veuve et des enfants STEPHANOPOLI aux conditions d'y former un village de 20 familles.
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Les terres étaient situées pour le sieur FLEURY à Castagna, pour la famille STEPHANOPOLI à Chiavari et à Pozzaccio et pour le comte ROSSI à Isolella et au Rupione Comme on l’imagine ces concessions ont suscité une grande colère dans les communautés de Campo, Frasseto, Quasquara et Zevaco. Le sieur FLEURY, apothicaire des Armées, n’a même jamais pu mener à bien l’exploitation de sa concession, car les gens « profitent de la circonstance où ils ne peuvent être découverts pour introduire et faire paître leurs bestiaux sur les terres closes et garnies de plantations92. » Et certains des paysans chassés de ces terres, qui sont originaires essentiellement des communautés de Frasseto et Zevaco, doivent se replier sur le Cotèse ou territoire de Coti, dont le sol est plus aride. Et là de nouvelles épreuves les attendent. Le territoire de Coti C'est dans par une lettre qu'il adresse le 13 septembre 1780 à Monsieur NECKER, directeur général des Finances que Monsieur BOUCHEPORN, intendant général de l'île de Corse, lui soumet un projet d’ordonnance à rendre pour réunir au Domaine le territoire connu dans la province d’Ajaccio sous le nom de Cotèse 18. C’est le territoire de Coti qui prolonge celui de Chiavari vers le sud et s’étend de la pointe de la Castagna jusqu’à Capo di Muro en s’enfonçant à l’intérieur des terres au-delà du village de Coti (aujourd’hui CotiChiavari). La requête de l’Inspecteur des Domaines date du mois de mai 1778, mais les prétentions des pièves d’Ornano et de Talavo sur la propriété de ce territoire lui ont imposé de procéder à une enquête préalable pour laquelle la piève d’Ornano a produit ses titres. Ils consistent en une transaction passée en 1727 entre les pièves d'Ornano et de Talavo et en un jugement rendu en 1767 par PAOLI entre ces mêmes pièves qui en rappelle un autre rendu du temps de Monsieur de CURSAI par Monsieur de LEDEMONT officier français ; mais l'un et l'autre de ces jugements datent de temps de trouble où les droits du souverain étaient méconnus. Il ne doute pas que les deux pièves aient possédé ce territoire depuis la destruction du village de Coti vers la fin du XVIème siècle, mais cette possession
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aussi longue qu’elle ait été n’empêche pas le Souverain d’y entrer quand il lui plait. Car le territoire de Coti, dit-il, appartient incontestablement au Souverain et il n’y a pas en Corse de Domaine où la République de Gènes ait usé plus ouvertement de ses droits. Il ajoute : «En vous proposant, Monsieur, de m'autoriser à rendre cette ordonnance je ne dois pas vous dissimuler qu'on pourrait s'attendre à de grandes difficultés de la part des possesseurs actuels de Coti si l'on prend le parti de les évincer... » Et il propose aussi de faire lever le plan du territoire de sorte qu'en même temps qu'on le réunit au domaine, on puisse concéder à la piève d'Ornano et au village de Zevaco des portions convenables, ce qui éviterait toute espèce de violence. Ce qui en resterait pourrait d'ailleurs faire l'objet d'une concession particulière pour laquelle il s'est déjà présenté plusieurs candidats. L'ordonnance rendue le 1er novembre 1780 prescrit ainsi la réunion du territoire de Coti au domaine du Roi. Elle n'est toutefois remise à l'Inspecteur du domaine de Corse que le 12 mars 1784 pour être ensuite signifiée aux communes de Pila-Canale, Santa Maria Siché, Campo, Quasquara, Frasseto et Zevaco dans le courant du mois de Juillet87. M SOUIRIS, qui est le receveur des domaines du département, fait part dès le 31août à l'Intendant de l'Ile de Corse de démarches des communautés de Zevaco et Frasseto en vertu de cette ordonnance. Ces communautés se réunissent et font part des délibérations qu'elles ont prises lors de leurs assemblées du 11/10/1784 : elles ont fait choix chacune de deux procureurs pour s'opposer à l'ordonnance de réunion de Coti au domaine du Roi. Elles font valoir qu'elles jouissent paisiblement des terres depuis plus de 200 ans. Leurs titres sont enregistrés au livre rouge d'Ajaccio et consistent en quatre décrets datés des 21/8/1589, 13/7/1594, 1/11/1600 et 18/11/1615. Les délibérations des assemblées sont oubliées pendant plus d'un an par l'Intendant qui finalement les annule le 17 février 1786 sous les prétextes qu'elles ne respectent pas la forme et qu'elles ne sont pas rédigées sur papier timbré17. Elles font cependant apparaître l'existence d'un «livre rouge» qui contiendrait les preuves des droits de propriété des deux communautés sur le territoire de Coti. Les autorités prétendent que malgré les recherches, il n'a pas été possible
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de le retrouver. Mais les deux communautés vont pouvoir suivre la trace de ce fameux livre rouge. Dans une lettre qu'ils adressent à M La GUILLAUMYE, les députés de Frasseto et de Zevaco lui rappellent que leurs titres de propriété y sont inscrits et qu'ils sont de nature à convaincre même les plus obstinés18. Ils font état d'un certificat établi par Etienne CATANEO qui atteste que le livre rouge a été remis par Etienne CATANEO à Jean Dominique CANALE qui l'aurait requis de la part de M SOUIRIS. Et M CANALE a convenu avec plusieurs personnes qu'il avait remis le livre à M SOUIRIS. Il est certain, disent-ils, que le livre rouge existe et qu'il n'a pas été perdu, mais il est peut-être « retenu par une personne malicieuse ». Voici la situation, Monsieur l'Intendant, disent-ils : une ordonnance nous prescrit de présenter nos titres, mais le livre qui les contient est retenu quelque part jusqu'au moment où il deviendra caduc. Alors le livre rouge réapparaîtra sans qu'on sache par quel moyen il a revu le jour. Ils font aussi remarquer qu'il leur a été notifié avec la plus prompte célérité d'avoir à payer le terrage et l'herbage, mais que, par contre, les documents qui doivent être archivés pour l'éternité, sont détournés dans l'indifférence de ceux qui sont responsables de leur conservation. Dans une lettre18 du 16 octobre 1784 adressée à La GUILLAUMYE, M SOUIRIS a pourtant écrit qu'il lui «parait essentiel de consulter les titres d'après lesquels la réunion a été décidée. » Disposait-il alors du fameux livre rouge qui l'aurait amené à douter de la validité de la réunion du territoire de Coti au Domaine ? Compte tenu de ce contentieux, les cultivateurs ne se pressent pas pour déclarer les terres qu'ils exploitent ou envisagent d'exploiter. Dans une nouvelle lettre à M La GUILLAUMYE datée du 1er décembre 178417 M SOUIRIS lui rend compte qu’ «un seul particulier de Zevaco est venu déclarer la terre qu'il prétendait ensemencer et les troupeaux qu'il voulait introduire. ... Je n'ai pas hésité à lui donner la permission par écrit. » Et il souligne : «Rien n'y fait ni l'ordonnance ni mes injonctions. » Cela n'empêche pas les responsables des domaines de se préoccuper du montant des redevances qu'ils vont exiger des paysans
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pour le terratico et l'erbatico (terrage et herbage). Dans une lettre du 12 mars 178517 qu'il adresse à l'Intendant, M CHERRIER Inspecteur des Domaines lui fait savoir que : «Le Capitaine GEORGE serait d'avis de régler le droit d'erbatico d'après ceux qu'on percevait antérieurement sur le territoire de La Paomia qui est plus fertile que Coti. » Les droits perçus ou proposés sont les suivants, en francs :

Pour l'herbage, on percevait (francs) Bœuf, vache, cheval, jument Vache ou taureau Bœuf ou cheval de travail Tout autre cheval ou jument Chaque porc Chaque porc, chèvre ou brebis Chaque mouton ou brebis Chaque chèvre

à Paomia 11 et 8 8 5

à Chiavari 15 10 1 2

proposé à Coti 15 1 2

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Pour le terrage : on propose un droit égal à la quantité de grain ou légume employé en semence. Les tarifs semblent avoir été alignés sur ceux pratiqués à Chiavari, mais les terres étant de moins bonne qualité, ils paraissent tout de même élevés. Les aurait-on fixés assez haut pour pouvoir ensuite faire un geste ? En effet, dès le lendemain 25 décembre, s'adressant à M SOUIRIS, M La GUILLAUMYE lui écrit87 : «...Suivant l'usage général de cette Ile, les droits de terrage sont fixés à la même quantité de semence qu'il en a été employé. ... On pourrait réduire à la moitié de la semence, je suis très disposé en cela à suivre votre avis. » Seulement les cultivateurs sont invités à payer les droits au tarif fixé par l'ordonnance du 24 décembre 1785, et leur réaction se manifeste par l'intermédiaire de leurs députés. Dans une lettre datée
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du 9 août 178617 qu'il adresse à M La GUILLAUMYE, M SOUIRIS lui rend compte du refus absolu des cultivateurs de Coti de payer le terratico. Selon SOUIRIS «une punition particulière ferait rentrer les choses dans l'ordre. » Les deux communautés de Zevaco et Frasseto qui avaient sollicité et obtenu l'autorisation de se réunir à nouveau informent M SOUIRIS qu'elles ont délibéré les 23 et 24 octobre 1786. Ce dernier s'étonne dans une lettre du 28 octobre 178617 à l'Intendant qu'«ils ne disent rien de ce que contiennent leurs délibérations et se bornent à me demander de vous supplier de leur accorder remise de moitié de ce qu'ils doivent. » La raison de ce silence sera connue un peu plus tard : en effet les deux communes ont décidé de s’adresser à la justice pour faire valoir leurs droits et ont formulé une requête auprès de la Cour de Bastia pour obtenir l’autorisation de plaider. Si cette démarche avait été connue de M SOUIRIS, il est possible qu’elle ait été vouée à l’échec. Les deux communautés ont maintenant choisi leurs avocats : il s'agit de Maîtres BERTOLACCI et BENEDETTI et le 13 juillet 1787 la Cour de Bastia donne aux procureurs de Zevaco et Frasseto l’autorisation d'assigner par-devers elle qui bon leur semble en raison de leur opposition à l'ordonnance du 24 décembre 1785 comme suite à leurs délibérations des 23 et 24 octobre 178618. C’est ainsi qu’est connu le contenu de ces délibérations qu’on avait évité de dévoiler avant la décision de la Cour de Bastia. L'Administration poursuit toutefois ses procédures et le 23 octobre 1787 M SOUIRIS fait savoir à M La GUILLAUMYE qu'il vient d'adresser à l'Inspecteur du Domaine l'état des particuliers de Frasseto, Zevaco et Campo, qui n'ont pas payé le terratico. En réponse, le 28 octobre, M La GUILLAUMYE prescrit la remise des droits de terratico et erbatico pour 1785 et 1786 et de «saisir les grains de ceux qui n'acquitteront pas 1787. » Il ajoute : «Si vous remarquez de la part des officiers municipaux de Frasseto la moindre résistance à se conformer aux instructions, je vous invite à m'en faire part. » A M CHERRIER, Inspecteur des Domaines, il écrit le lendemain17 «... M SOUIRIS m'a représenté la nécessité de l'autoriser à abandonner ce qui peut rester dû des années 1785 et
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1786 et c'est ce que j'ai fait par mon ordonnance... j'ai ordonné le payement dans la huitaine de ce qui reste dû pour 1787. » Après ces mesures généreuses, la situation paraît s'être apaisée, mais ce ne sera pas pour très longtemps. D'autre part, on n'a toujours pas d'élément nouveau pour le livre rouge. On apprendra ultérieurement que ce livre n'a pas été retrouvé à Bastia par les quatre députés qui y ont été spécialement envoyés et que le coût de cette opération infructueuse s'est élevé à 452 livres. C'est aussi l'époque où les événements vont se précipiter en France. Les États Généraux se préparent à Frasseto. Le clergé a désigné le 27 avril 1789 ses deux députés qui sont le curé Antoine Nicolas FORCIOLO et le vice curé François FRANCESCHI. La communauté de Frasseto s'est réunie le 30 avril 1789 en assemblée du tiers État pour élire ses députés et formuler ses doléances en présence de 43 hommes de plus de 25 ans sur les 110 que compte la communauté. L'assemblée désigne comme députés Jean Toussaint CASANOVA, le podestat (premier magistrat de la commune) et Antoine François FRANCESCHI. Elle établit aussi un cahier de doléances auquel on a beaucoup réfléchi en raison des grandes difficultés qui se sont présentées au cours des dernières années face aux concessionnaires et aux représentants du Domaine du Roi dans le territoire du Cotèse. Ce cahier, dont on trouvera une traduction en annexe I, comporte 14 points. Le premier fait état du caractère stérile des terres de montagne sur lesquelles vit la communauté et sur lesquelles elle se trouve rejetée. Les quatre points suivants exposent les spoliations dont elle a été victime sur les terres du littoral du fait des concessions et des prétentions du Domaine, puis il est demandé la réduction des taxes diverses et la possibilité d'installer tout sorte d'industrie sur le territoire. On demande ensuite, et on suggère même, des mesures pour combattre l'ignorance qui va s'accroissant ; on proteste aussi contre la lenteur de la justice et l'avidité des avocats. Enfin on fait part dans le dernier point de l'extrême misère dans laquelle se trouve la communauté et du ferme espoir que la bonté de Sa Majesté lui permettra de sortir de cette situation misérable. Le saccage des concessions

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C'est quelques mois plus tard, dans la première quinzaine du mois d’août, qu'on aura connaissance de ce qui s'est passé à Paris et de ce qui se passe en province. On a, à Frasseto et à Zevaco, de bonnes raisons de suivre le mouvement, et on aura aussi le concours des communautés de Campo et Quasquara. Ce qui se produit alors est décrit par Monsieur de La GUILLAUMYE lui-même dans une lettre du 11 septembre 1789 adressée à Monsieur le Comte de la TOUR du PIN19 : «Que M SOUIRIS mon subdélégué et Directeur des Domaines de l'au-delà des monts est lui-même en danger parce qu'on l'accuse d'avoir gardé un livre appelé le livre rouge lequel appartenait à la République de Gènes et contenait le détail de tous les domaines et revenus de la République, ce qui aurait pu donner des lumières à la communauté et l'aurait peut-être mise en état de justifier ses prétentions sur le domaine de Coti. ». Ainsi le livre rouge revient au premier plan des préoccupations de M de la GUILLAUMYE, et les accusations et semble-t-il les menaces à l'encontre de M SOUIRIS qui l'aurait gardé sous son coude sont maintenant très directes. On reconnaît même que le livre rouge aurait pu conforter les prétentions des communautés. M La GUILLAUMYE poursuit dans sa lettre : «Que les paysans ont soulevé les deux communautés de Frasseto et Zevaco qui sont allées prendre celles de Quasquara et de Campo, et ont forcé ensemble les curés à marcher avec eux, l'étendard à la main. Qu'au nombre de six cents ils sont allés en premier chez Monsieur le Comte de ROSSI où dans la nuit du 20 ils ont mis le feu à la maison dans laquelle il tenait un dépôt de chevrons et de planches pour bâtir, qu'ils en ont fait autant à sa vigne et l'ont dévastée ; que de lui ils sont passés chez Monsieur de COMNENE ont fait lier le grain qui appartenait aux paysans, et ont mis le feu à la maison. Qu'ils sont ensuite entrés dans l'enclos du Sieur FLEURY ont mis le feu à sa récolte, et parce que le feu était trop bas pour prendre aux oliviers, ils les ont coupés. » Remarquons au passage le nombre de six cents paysans, ce qui représente pratiquement la totalité des hommes adultes des quatre villages. N’y a-t-il pas là une surestimation de l’effectif quand on sait qu’à cette époque de l’année, la plus grande partie de la population est dans les villages de montagne et que ceux-ci sont
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distants de près de quarante kilomètres des concessions qui ont été dévastées ? Un mémoire sur la Corse ni daté ni signé, mais datant probablement de fin 1789 ou début 1790, évoque et déplore les difficultés que le Comte de ROSSI éprouve également du coté de la justice20 : « Quel a été l'effet de cette impunité ? Que tout à l'heure d'autres communautés voisines de la concession faite au Comte de ROSSI, sont venues la saccager, abattre ses murs de clôture, et faire pacager leurs chevaux, bœufs, mulets dans une vigne immense, nouvellement plantée et ombragée d'arbres fruitiers qui n'ont pas été plus épargnés, et par une fatalité qui semble attachée à la Corse, l'homme d'affaires du Comte de ROSSI, pour avoir fait arrêter un des chevaux pris en flagrant délit, a été emprisonné, et le juge d'Ajaccio, après avoir constaté un dommage considérable n'a pas rougi d'en fixer la valeur à 37,10 francs. Cette énigme s'explique par une sentence précédemment rendue par le même juge. Un des colons du Sieur de ROSSI s'était sauvé après avoir mangé les avances qu'il lui avait faites. Emprisonné à sa requête par ordre du juge, le geôlier le laissa échapper. Vérification faite qu'il n'y avait point eu d'effraction, la faute était imputable au geôlier seul, et le Comte de ROSSI demandait qu'il répondît de sa dette ; le juge d'Ajaccio n'hésita pas de le débouter de sa demande avec dépens. Le Conseil supérieur conformant d'abord aux règles, prononça que si le prisonnier n'était pas réintégré à une date fixe, le geôlier serait tenu de sa dette, le juge d'Ajaccio laissa écouler deux ou trois mois, depuis le délai ; pendant ce temps, le Sieur PETITI, Lieutenant du Roi d'Ajaccio, et qui protégeait le colon infidèle, imagina de le faire revenir et constituer prisonnier : Il soutint alors qu'il ne devait rien au Comte de ROSSI, celui-ci justifiait d'un livre en règle, le colon ne voulait pas représenter le sien, le Comte de ROSSI n'en fut pas moins pour sa dette et condamné aux dépens. » Mais d'un autre point de vue, ne faut-il pas regretter que l'expérience du Comte de ROSSI, susceptible de donner un bon exemple d'une exploitation plus rationnelle des terres, ait été interrompue ?
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Ce n’était pas la première fois que les paysans s’attaquaient à la concession du Comte ROSSI. En effet, dans un document intitulé «Concession de Chiavari21 » sont exposées les difficultés qu’il a rencontrées pour l'exploitation du domaine qui lui avait été concédé. Le Comte y conteste tout d'abord le bornage qui a été fait par les PERTINCHAMP et il en demande la révision. Les arbres et les haies qu'il a plantés dans la plaine du Ruppione après le défrichement ont été détruits et brûlés. Il a fait défricher, planter en vigne et clore en murs la terre dite Isolella. Il a fait toutes sortes de travaux dont la construction d'une grande maison pour loger ses ouvriers et d’un four à briques. L'ensemble de ses dépenses, dit-il, dépasse 27.000 livres, sans compter les pertes essuyées en différentes occasions, et sa fortune et celle de ses enfants seraient entièrement englouties si les conditions de sa concession ne sont pas modifiées. Il sollicite que le nombre de familles qu'il lui est prescrit d'établir soit réduit de 50 à 6, demande que Sa Majesté veuille bien lui abandonner la totalité du droit de champart, qu’elle porte sa contribution pour la construction de six maisons soit porté de 650 à 1350 livres et qu’elle prenne à sa charge la construction de l’église et de la maison curiale ainsi que la pension à verser au curé. Il demande à Sa Majesté de contribuer pour 10.000 livres et la supplie de bien vouloir réunir à son domaine le territoire de Sant' Amanza. Par ailleurs, comme M FLEURY, il s’était plaint des gardiens du territoire de Coti mis en place par l'Inspecteur des Domaines. Ce dernier assure que les deux concessionnaires ont une attitude trop sévère envers les paysans qui se sont installés à leur service. Les concessions qui avaient été accordées aux sieurs ROSSI, de COMNENE et FLEURY ont été résiliées par décret de l'Assemblée nationale du 5 septembre et 12 octobre 1791, mais les terres ont été maintenues dans le domaine national. Le comportement des populations des quatre villages n'était pas imprévisible si l'on avait prêté attention aux doléances formulées quelques mois plus tôt par leurs communautés pour les États Généraux de mai 1789. On a bien vu que celles de Frasseto (Annexe I), après avoir exposé le caractère ingrat et stérile des terres de montagne, décrivent les conséquences pour la communauté des concessions accordées au Comte ROSSI à Isolella et au Ruppione, au
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Comte de COMNENE à Chiavari et au Pozzaccio et enfin au Sieur FLEURY à la Castagna. Et il n'était pas difficile de comprendre que ces populations n'avaient pas oublié que ces terres qu'elles avaient depuis longtemps ensemencées et qui leur avaient été enlevées étaient indispensables à leur survie. Le Comte ROSSI, qui a perdu beaucoup d’argent dans cette affaire de concession, est toujours à la recherche de quelque avantage. En septembre 1796, il obtient que son frère soit nommé juge et son fils officier. Il rappelle dans une lettre du 22 septembre 1796 qu’il a servi pendant 46 ans le Roi de France et regrette, qu’à ce titre, il ne soit pas compris dans les personnes nommées pour inspecter les compagnies de la nouvelle création22. Cupabia et la dispute avec la famille ORNANO Il y a aussi à la plage, sur le territoire de la commune de Frasseto, des terres dénommées Cupabia qui n’ont pas été incluses dans celles qui ont été rattachées au Domaine du Roi. La raison est sans doute qu ‘elles appartiennent à la famille ORNANO à la suite d’un procès contre la commune de Frasseto. Mais les paysans de Frasseto n’ont pas oublié qu’ils ont, pendant de nombreuses années, exploité ces terres avant de devoir les rendre aux ORNANO. Ils profitent des troubles de l’année 1789 pour s’y installer à nouveau, les écobuer et les ensemencer. Mais la famille d'ORNANO de Santa Maria Siché, qui prétend être propriétaire des lieux, laisse faire pendant une quinzaine d’années, puis se manifeste et réclame la récupération de ses biens. Il s'agit d'une vieille affaire qui a déjà donné lieu à des plaidoiries devant les tribunaux génois. Un jugement du 20 octobre 1749 avait en effet interdit au peuple de Frasseto de se rendre sur les terres de Cupabia sous peine d'une amende de 100 lires et de la perte du bétail et de la récolte23. C'est un peu plus tard, en raison d'un procès intenté par Antoine et Paul de feu Pierre André ORNANO, qu’un jugement de la juridiction royale d'Ajaccio du 3 juin 1771, faisant suite aux requêtes du 24 avril 1771 et à l'exploit du 29 avril 1771, fait défense à des paysans nommément désignés de Frasseto et de Zevaco d’inquiéter les frères ORNANO à Cupabia sous peine de
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100 livres d'amende à partager entre le Roi et les frères ORNANO. Le jugement est signifié le 10 juin 1771 et copie remise aux intéressés. Cependant les communes de Frasseto et Zevaco qui prétendent être les propriétaires des terres de Cupabia vont ellesmêmes porter l'affaire devant la justice. Dans ce but, la communauté de Frasseto a préparé ses arguments : à sa demande, dans une attestation établie le 16 août 1772 par François Marie MARIANI, notaire à Frasseto, «le Révérend Père Don Jean ZIGLIARA, actuellement curé de Quasquara âgé de quatre vingt ans, affirme, sous serment sacerdotal, la main sur le cœur, que, de même qu'il fut pendant l'espace de vingt cinq ans curé de Frasseto, il jure, qu'à aucun moment, n'a été lue, ni intimée, pas davantage fixée, de la part d'aucun juge, aucune sentence ni aucun appel relatif aux terres de Cupabia, en faveur des magnifiques Antoine et Don Grazio COLONNA, ajoutant le susdit Révérend Père ne pouvoir signer cidessous en raison de son handicap bien connu.» Puis Jean Baptiste BASTELICA, curé de Frasseto, fait proclamer sur la place publique le 19 août 1772 par le même notaire : «A la requête de la communauté de Frasseto, pour l'établissement de la vérité pure, il atteste et fait foi sous serment prêté sur les saintes écritures, lequel de même affirme n'avoir jamais su, ni entendu dire que la Communauté de Frasseto ait jamais payé aucun droit d'herbage pour le bétail gros et menu qui paît sur la plaine littorale de la communauté de Frasseto à Cupabia. »24 Un premier jugement du tribunal d'Ajaccio intervenu en 1772 décide qu'en attendant un règlement définitif, les fruits et revenus des biens en question seront mis en séquestre et déposés entre les mains d'une personne consentie par les parties. Finalement les communautés de Frasseto et Zevaco n'auront pas gain de cause car un jugement du 11 décembre 1772 les déboute de leurs prétentions. Mais cet ancien litige va resurgir entre les ORNANO et les communautés de Frasseto et Zevaco auxquelles s'est jointe celle de Tasso, car les paysans de ces communes, à l'occasion des événements de 1789, se sont emparés de terres que les premiers revendiquent et les ont ensemencées. Ces terres sont situées à Cupabia et Solivo. Il
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s'agit de celles d'où ces communautés avaient été chassées en 1772. Sans doute en raison de l'agitation que connaissait la Corse à cette époque et particulièrement le canton de Santa Maria Siché - à l'époque piève d'Ornano - les ORNANO tardent à faire valoir leurs droits. C'est seulement le 9 décembre 1804 que le Conseil de préfecture autorise d'une part Antoine François ORNANO et consorts à assigner les maires des communes de Frasseto, Tasso et Zevaco et d'autre part les maires à défendre les droits que ces communes pourraient avoir sur Cupabia25. A la suite d'une demande introductive d'instance présentée le 12 mars 1805, la Cour de Bastia condamne le 15 juin 1815 les communes de Frasseto, Tasso et Zevaco à la restitution aux ORNANO et consorts de 800 mezzinates de terre. L'arrêt de la Cour qui a demandé plus de 10 ans n'est signifié aux maires concernés que le 21 août 1818, plus de trois ans après, par suite d'on ne sait quelle négligence. Cela est bien ennuyeux, car en cas de défaite, les communes auront des intérêts à payer à compter de la date d'introduction d'instance c'est à dire depuis le 12 mars 1805. Mais les maires des trois communes n'ont pas l'intention d'en rester là et se rendent à Forciolo auprès du notaire FORCIOLI26, pour constituer pour «leur procureur fondé général» Ange Marie FIESCHI, avocat à Ajaccio, et l'autoriser à nommer les experts qu'il croira convenables afin de procéder aux dispositions prévues par l'arrêt de la Cour de Bastia en date du 15 juin 1815 en faveur des sieurs Antoine François d'ORNANO domicilié à Vico d'Ornano, Antoine François et Antoine Sébastien, oncle et neveu d'ORNANO domiciliés à Santa Maria Siché, Antoine FEDERICCI domicilié à Zigliara et autres. L'affaire est relancée et un deuxième arrêt de la Cour royale de Bastia du 14 octobre 1819 est signifié en janvier 1820, cette fois dans des délais plus courts. L’arrêt, qui accorde 800 mezzinates de terres aux ORNANO, a nommé d’office des experts pour délimiter les terres et fixé le jour de leur transport sur les lieux. L’issue du procès est immédiatement rapportée à Frasseto par son représentant aux débats, et dès le 20 octobre le Conseil municipal de la commune adresse une lettre au Préfet pour lui faire part d’un certain nombre de remarques et demande l’approbation d’une vente de la portion de la commune au lieu dit Piano di Taravo. Après le lu et approuvé du
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Préfet du 10 novembre 1819, il est noté qu’une adjudication sera faite pour trois après l’apposition d’affiches dont une sera insérée dans le Journal de la Corse. Après cette vente il restera les intérêts à payer ; l'arrêt du 14 octobre a fixé à 18.251,30 francs le montant de la dette des trois communes calculée sur la base d'intérêts au taux de 5% l'an depuis le 12 mars 1805 jusqu’au 14 juin 1815, cette somme portant elle-même intérêt jusqu'à paiement complet. La dette réclamée représente des sommes considérables dont les communes ne disposent pas ; elle est repartie à 46% pour Frasseto et environ 27% pour chacune des deux autres communes. Que se passe-t-il au sujet de cette vente qui n’a toujours pas eu lieu au cours des deux années qui suivent la décision d’adjudication du Préfet ? Les maires ont fait traîner les choses en longueur, croyant peut-être pouvoir échapper au remboursement de la dette, alors qu'ils ne font que l'accroître ; mais la dame CHIARELLI, concernée avec les ORNANO, et qui a sans doute plus besoin de liquidités que de terres, intervient par lettre auprès du Préfet, au nom également des consorts, pour obtenir le remboursement effectif de ce qui leur est dû. Les conseils municipaux des communes semblent admettre qu'ils ont perdu la partie, délibèrent et demandent qu'on tienne compte de diverses raisons de contestation, à la suite de quoi le Secrétaire général de la préfecture, chargé par le Préfet d'instruire les réclamations, établit un rapport qui, prenant en considération ces arguments, fait les déductions correspondantes et la dette totale est finalement ramenée à la somme de 19.300 francs, intérêts compris jusqu'en octobre 1821. Il s'agit d'une réduction appréciable, un peu supérieure à 20%. Le Préfet de la Corse avait exposé l'ensemble de la question dans une lettre qu'il avait adressée au Directeur général de l'administration départementale le 26 novembre 1821, lettre dans laquelle il lui demandait de solliciter une ordonnance royale ; nous lui laissons le soin de relater la suite des démêlés avec les communes récalcitrantes : «.............Par sa lettre du 14 de ce mois, ce fonctionnaire (le Secrétaire général de la préfecture) me rend compte des démarches
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par lui faites inutilement auprès des communes de Frasseto, Tasso et Zevaco, pour assurer l'exécution du jugement obtenu par la dame CHIARELLI et consorts. Vous y verrez, Monsieur le Directeur général, que dans une réunion qui a eu lieu le 5 octobre dernier, il avait été convenu, en présence de ce fonctionnaire, par les parties des moyens de terminer cette affaire. Ensuite de cette convention, M le Secrétaire général a écrit, le 5 octobre, aux maires des trois communes pour leur donner des instructions ; mais ces instructions n'ont pas été suivies, et les conseils municipaux ou ont refusé de délibérer ou bien ont délibéré sur des objets tout à fait étrangers à la question qu'ils avaient à traiter. En attendant, les arrêts de la Cour royale ne sont pas exécutés, et ceux qui les ont obtenus ne cessent de réclamer avec justice. Il faut pourtant que cette affaire ait un terme ; et une résistance ne doit pas paralyser, comme on paraît le prétendre, l'effet de la justice. Les trois communes de Frasseto, Tasso et Zevaco possèdent des biens communaux. Leurs dettes ont été réduites par les défalcations consenties par la dame CHIARELLI, tant en son nom qu'à celui des consorts qui lui ont donné pouvoir, à 19.300 francs qui seraient supportés comme ci-après : Frasseto Tasso Zevaco 8.900 francs 5.150 francs 5.250 francs »

Il propose pour le règlement des dettes que les communes aliènent une partie de leurs biens communaux et sollicite une ordonnance Royale pour autoriser la cession à concurrence de la somme de 19.300 francs. On peut dire que l'affaire reprend son cours, alors que les sommes dont les communes sont redevables sont augmentées chaque année des intérêts. Mais la procédure d'aliénation forcée de terrains appartenant aux trois communes s'accélère en 1824 ; c'est ainsi le Préfet, dans une lettre du 31 janvier 1824 expose ce litige au Ministre de l'Intérieur, puis le 21 juin de la même année, arrête les dettes des trois communes en y incluant les intérêts au 5 janvier 1824 :

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Frasseto Tasso Zevaco

10.364 francs 5.986,93 francs 6.103,12 francs

Soit au total 22.436,05 francs. Le 30 août 1824, un rapport que le ministère de l'Intérieur a adressé au Roi est renvoyé à l'examen du Comité de l'Intérieur et du commerce. Il propose la vente de terres que les communes possèdent au lieu dit Piano di Taravo et dont le produit couvrirait approximativement les dettes. Par l'ordonnance du 23 octobre 1824 «Sa Majesté autorise d'office la vente d'une partie des biens des communautés de Frasseto, Tasso et Zevaco, pour se libérer des condamnations prononcées contre elles par la Cour de Bastia en faveur du sieur Antoine ORNANO et consorts. » Le Préfet de la Corse en accusant réception le 3 décembre 1824 de cette ordonnance ajoute qu'il fait faire les dispositions pour assurer son exécution. Il prend effectivement un arrêté pour la vente par voie d'adjudication aux enchères des terres de Piani di Taravo. Ainsi les communes ont dû rendre les terres qu'elles étaient accusées d'avoir usurpé et qu'exploitaient des habitants, en aliéner d'autres d'une grande valeur, et payer aussi des frais d'avocat, qui ne sont pas chiffrés mais qui pourraient bien s'élever à plusieurs milliers de francs pour un procès qui aura duré près de vingt ans. L'entêtement aura coûté cher, mais on peut noter la continuité dans l'action de revendication des maires qui se sont succédé de 1805 à 1824 : Paul CASANOVA tout d'abord. Puis le long mandat d'Antoine François FRANCESCHI de 1806 à 1818 date de son décès ; ce dernier avait représenté Frasseto aux États Généraux de 1789 et avait un sens poussé de la famille ; on lui avait en effet reproché d'avoir introduit dans son conseil municipal quatre très proches parents et il avait fallu un arrêté du Préfet en date du 20 septembre 1818 pour les remplacer27. Il y eut ensuite comme maires jusqu'en 1824 : son fils Ange François qui lui succéda, Paul Jourdan FRANCESCHI, Dominique PERALDI et à nouveau Paul Jourdan FRANCESCHI. Le litige est ainsi bouclé du coté des communes, mais pas
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tout à fait de celui des vainqueurs du procès : il y a en effet des difficultés pour la répartition des sommes retirées de la vente, car la dame Catherine CHIARELLI et son mari citent le 23 août 182528 devant le tribunal de 1ère Instance d'Ajaccio Antoine Sébastien et Louis ORNANO, propriétaires à Santa Maria Siché ainsi que François Marie et Antoine FEDERICI, propriétaires à Zigliara et «demandent que le tribunal les condamne à payer 1.000 francs qu'ils leur doivent pour les portions des 10.000 francs que les demandeurs ont dépensés pour achever les affaires qu'ils avaient avec les communes de Tasso, Zevaco et Frasseto; et à 540 francs pour 30 mois de loyer de la maison que la dame CHIARELLI a occupée du 1er novembre 1822 au 1er mai 1825 et des intérêts de la dite somme à partir de la demande. Qu'il condamne en outre le sieur Louis ORNANO à payer au concluant 300 francs pour le blé que son père a pris aux habitants de Frasseto et qui a été déduit de la somme totale que les susdites communes devaient aux concluants, le condamne pareillement aux intérêts, condamne aussi les défendeurs aux dépens. » Le procès est renvoyé et revient à l'audience du 24 février 1826, mais en l'absence des deux parties, il est rayé du rôle. Un arrangement a probablement été trouvé entre les protagonistes. Litiges sur les biens intercommunaux Le 24 juin 1825 est crée une Commission chargée de proposer des projets de transaction sur toutes les contestations relatives à la propriété des biens communaux qui existent soit entre les communes, soit entre les communes et les particuliers 29. Pour cela, le préfet avait interrogé les communes sur les litiges qui pouvaient exister. Pour ce qui concerne le canton d’Ornano, la Direction des Domaines fait savoir que les communes de Campo, Frasseto et Quasquara ont usurpé 2.110 hectares dans le domaine de Chiavari et 378 dans celui de Coti. Les communes de ce canton protestent amèrement contre les agissements de la commune de Frasseto et de ses habitants. Azilone se plaint que la terre dénommée Letti d’Anton Bastardo est contestée par la commune de Frasseto. Les communes de Cognocoli-Monticchi, Forciolo, Guarguale, Pila46

Canale et Urbalacone accusent la commune de Frasseto ou ses habitants d’avoir usurpé dans le domaine de Coti des terres dont elles ont la jouissance. Albitreccia se plaint de n’avoir jamais pu mettre aux enchères les terres de Corso usurpées par les paysans de Frasseto. Quasquara fait part de la contestation existant avec Antoine Marie CASABIANCA au sujet du bien dénommé Portigliolo. Enfin la commune de Grosseto-Prugna fait état d’une contestation avec les trois communes de Campo, Frasseto et Quasquara. Frasseto possède aussi par indivis avec les communautés voisines de Campo et Quasquara des terrains situés aux lieux dits Crucciata, Coti-Chiavari et la Castagna qu'on envisage de partager. Pour cela une expertise est demandée au Sieur d'ORNANO qui se fera assister de trois experts, après quoi les maires de Campo, Frasseto et Quasquara signent le 29 mars 1832 un procès verbal contenant le projet de partage. Le conseil municipal de Campo avait, dans une délibération, proposé que le Sieur d'ORNANO soit rétribué pour 20 journées à 10 francs et chacun des trois experts pour 20 journées à 3 francs, ce que le Conseil de préfecture avait accepté30. Mais sans tarder le conseil municipal de Frasseto vote une résolution le 8 avril 1832 demandant la révision du projet de partage estimant que la commune avait été lésée ; le conseil municipal de Campo prend une délibération le 9 avril portant qu'il y a lieu d'approuver le projet, et celui de Quasquara en vote une le 10 avril qui soutient celle de Frasseto. La contestation entre les trois communes est soumise au Conseil de préfecture qui décide le 5 décembre 1832 de nommer trois nouveaux experts à l'effet de procéder à la révision du projet30. Les résultats de cette nouvelle expertise n'ont pas été retrouvés, mais il semble bien qu'ils aient confirmé ceux de l'expertise précédente : en effet lorsqu'il s'agit de rétribuer les experts, Campo adhère à leurs demandes, Quasquara refuse de concourir sous prétexte que Frasseto seul en a fait la demande et Frasseto estime que les experts n'ont employé que quatre journées et vote 20 francs pour l'un d'eux à 5 francs par jour. Le Conseil de préfecture tranchera pour 50 francs par expert et par commune, mais allouera cette même somme à chacune d'elles sur leur budget de 1833. Malgré quelques résistances, le partage de ces terres indivises
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entre les trois communes se fera.

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Les biens communaux
Des disputes entre eux Des chicaneries internes à la communauté de Frasseto se produisent parfois. Antoine CASANOVA et Xavier ANTONA ont barré à l'aide d'un mur le chemin public qui traverse le quartier de Piazzili. A la suite d'une pétition de François LANFRANCHI, Maître forgeron, et d'une lettre du maire, les deux compères sont condamnés le 2 novembre 1819 à remettre le chemin en l'état primitif et à une amende de 12 francs chacun. Au cours de l'année 1820, les paysans de Frasseto avaient ensemencé en commun des terres et des difficultés avaient surgi pour le partage de la récolte ; le litige avait été porté devant le Préfet qui avait trouvé un arrangement et en rend compte au Ministre de l'Intérieur31 : «Les habitants de la commune de Frasseto, arrondissement d'Ajaccio, étaient au moment de s'égorger pour la récolte de leurs orges. On me demandait pour les protéger des gendarmes, une garnison. La moisson approchait et le mal avec elle : il était urgent de le prévenir. Par deux fois différentes, je réunis dans mon cabinet six des principaux agresseurs et autant de défendeurs. Ils ne voulurent rien prendre sur eux et me demandèrent de faire paraître devant moi tous les intéressés. Ils m'amenèrent à un jour dit tout le village, composé de 66 chefs de famille. Chacun déduisit ses raisons. Je posai des principes d'après lesquels des experts que j'enverrai sur les lieux régleraient ce qui reviendrait à chacun et ces experts, furent, d'un commun accord, désignés en ma présence par les deux parties. Après que j'eus fixé ce qui se rapportait aux friches, on voulut que je posasse des bornes à l'avidité de quelques familles qui avaient usurpé la moitié des biens de la commune et qui menaçaient le reste. La question devenait beaucoup plus difficile, mais il fallait prendre un parti. Je crus convenable de ne point faire rentrer dans la communauté ce qui en avait été distrait pendant le cours ininterrompu de 30 ans, les terrains clos de murs, ceux plantés de
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vignes. Je basai là dessus les clauses d'une convention qui fut souscrite en ma présence par toutes les parties. Les experts se rendirent sur les lieux. La récolte fut affectée à chacun selon ses droits, et elle s'est faite sans la moindre discussion. » On voit là apparaître des accusations portées contre certains particuliers de la commune d'être des usurpateurs de biens communaux et le souhait de voir mettre un terme à leur avidité. C'est une affaire qui commence. Les habitants de Frasseto jouissent d'une réputation, sans doute bien justifiée d'après ce qui vient d'être dit de leur comportement, d'entêtés : ils ont reçu le surnom collectif de «moutons», non pas ceux de Panurge, mais ceux qui font preuve d'une obstination totale et du refus absolu d'accepter ce qui ne leur convient pas. S'ils sont prêts à admettre des compromis lorsque la cause est tranchée par des experts qui ont leur confiance, ils ne cèdent jamais lorsque leur avenir leur parait menacé. Que se passe t-il donc dans la tête de ces paysans farouches et bourrus ? Partage et fermage des biens communaux Dès 1817 des rumeurs avaient commencé à circuler concernant le partage des biens communaux. La question avait été soulevée au Conseil général du département et la création de commissions de sages y avait été envisagée. Il s'agissait de répartir entre les différents foyers constitutifs de chaque commune une partie des terres censées appartenir à la dite commune. Or certaines de ces terres étaient exploitées depuis longtemps par les paysans qui y avaient bâti leur habitation, planté des vignes et des vergers, clôturé et ensemencé des champs, ce qui assurait la subsistance de leurs familles. A Frasseto et dans les villages voisins de Campo, Quasquara et Zevaco, il s'agissait essentiellement des terres faisant partie des domaines de Coti, Chiavari, La Castagna et Accelasca ; les habitants se considéraient comme les propriétaires de celles qu'ils exploitaient et sur lesquelles ils vivaient. Ils y étaient en effet établis parfois depuis des générations et les premières installations remontaient à la construction des tours d'Isolella, Castagna, Capo di Muro, à la suite d'une convention de 1593 entre le gouvernement de
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Gènes et «les hommes et peuples des pièves de Cauro, Ornano et Talavo». Mais le projet traîne en longueur, car le Ministre est opposé à ce qu'on applique en Corse des méthodes autres que celles du régime commun français. L'affaire des biens communaux crée cependant un véritable malaise entre le maire et son conseil municipal d'une part et les particuliers de l'autre. Ce n'est qu'en 1824 que le dispositif commence à se mettre en place. La longue histoire du partage des biens communaux ne fait que commencer. La commune de Frasseto, fragilisée par le grave et coûteux échec du procès contre les ORNANO, va trouver une compensation à la fin de 1824. L'administration supérieure du département, comme dit le maire de Frasseto, qui semblait avoir renoncé à ses prétentions sur les terres de Coti, Chiavari, Crucciata et Accelasca, avait prescrit de mettre ces territoires à ferme pour le compte des communes de Campo, Frasseto, Quasquara et Zevaco. Celles de Frasseto et de Quasquara s'y prêtent et des actes sont passées le 3 décembre 1824 devant Me PERALDI, notaire à Ajaccio par lesquels les maires de QUASQUARA (Pierre COTONI) et de Frasseto (Paul Jourdan FRANCESCHI) donnent à bail à ferme pour trois ans après adjudication32 : - pour Quasquara à François COTI, les biens communaux Taravo, Basi et la montagne et Sampietro au prix de 310 francs par an à payer par quartiers. Paul Laurent PADOVANI, pharmacien, de Grosseto-Prugna, se porte caution. - pour Frasseto à Joseph Marie FRANCESCHI, propriétaire, demeurant à Ajaccio les biens communaux : Solivo, Coti, Arusula, Chiavari, Accelasca et jardins pour le prix de 985 francs par an payable par quartiers. Le fermier hypothèque alors sa propriété Cardosa sur le territoire de Cognocoli et Paul Laurent PADOVANI, qui se porte là aussi caution, hypothèque également un bien. Joseph Marie FRANCESCHI est marié avec Marie Joséphine TAVERA d'Ajaccio. La riposte des particuliers des deux communes est immédiate : le jour même de l'adjudication, Antoine Marie CASABIANCA, de Quasquara, qui a assisté aux enchères et deviendra le chef de file des protestataires, fait déposer par huissier avec ses consorts un exploit
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pour être reconnus et déclarés propriétaires exclusifs des biens objet de contestation avec leur commune par le tribunal d'Ajaccio. L'exploit vise plus particulièrement pour ce qui le concerne, les terres dénommées Portigliolo. Puis les 8 et 14 janvier 1825 et enfin les 8 et 31 mars 1825, d'autres exploits sont déposés par des particuliers des communes de Frasseto et Quasquara. Le dernier d'entre eux qui regroupe les précédents cite les communes de Frasseto et de Quasquara représentées par leurs maires respectifs Paul Jourdan FRANCESCHI et Dominique QUILICI, les sieurs Joseph Marie FRANCESCHI et François COTI en leur qualité de fermiers des communes de Frasseto et Quasquara et enfin Monsieur le Maître des Requêtes Comte de LANTIVY, Préfet du département de la Corse représentant l'État. Le procès pour les biens communaux C'est ainsi que commence le long procès entre les particuliers d'un côté, les communes de Frasseto et Quasquara d'un deuxième et l'État d'un troisième. Le dernier exploit des particuliers demande au tribunal que les causes visées par les exploits précédents soient regroupées et jugées par un seul et même jugement, «qu'une visite soit faite sur les lieux contentieux qui seront visités par un juge commissaire qui constatera les hameaux, édifices, maisons, églises, cabanes, moulins, vignes, jardins, enclos, plantations d'arbres fruitiers et infruitiers, les cultivations de tout genre, enfin tout ce qui existe sur les dits lieux ; l'autoriser à nommer des experts pour lever un plan, admettre les concluants à prouver tant par titre que par témoins que leurs ancêtres, et après ces derniers les concluants eux-mêmes ont fait construire les dites maisons, cabanes, moulins, planté les vignes et arbres fruitiers et infruitiers, faire les jardins, enclos à mur et à haie, cultivations de tout genre, et tout ce qui existe sur les dits lieux... » et cela distinctement par concluant. L'exploit demande aussi que le tribunal ordonne que les fermiers ne pourront réclamer aucun fermage sur les biens en question, au moins jusqu'à décision définitive du procès. Dans son discours à la session de 1826 du conseil général, le
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Préfet fait connaître que le partage des biens communaux, pour lequel il a déjà soumis au Ministre quatre demandes, était en bonne route, et son optimisme le pousse à croire que tous les partages seraient faits en 1826. Il ajoute : «Les communes de l'arrondissement d'Ajaccio sont celles qui ont montré le plus de ténacité dans leurs prétentions ; malgré les efforts de la commission et les miens, il est impossible de les amener à transiger. Les contestations sont portées devant les tribunaux ordinaires et 20 communes ont déjà reçu l'autorisation de plaider. Quelques biens considérables dont certaines communes et des particuliers se disputent la propriété, sont à la fois revendiquées par l'État. Les contestations relatives à ces biens n'ont été déférées aux commissions d'arrondissement qu'en dernier lieu, attendu que, comme j'eus l'honneur de vous le faire connaître l'année dernière, j'avais proposé au gouvernement de renoncer à ses droits en faveur des communes qui seraient le plus à portée d'y créer des établissements utiles. En me mandant que la législation s'opposait à ce qu'une pareille proposition fut adoptée, Son Excellence le Ministre des Finances m'a chargé par sa lettre du 26 janvier dernier de faire examiner par la commission les titres de l'État. Les agents des domaines n'ayant pas encore réuni ces titres, les commissions se sont trouvées dans l'impossibilité d'examiner jusqu'ici d'autres contestations intéressant l'État, que celles qui sont relatives aux deux domaines de Chiavari et Coti sis dans l'arrondissement d'Ajaccio. » On peut observer que le Préfet a nettement marqué sa préférence pour le transfert des droits de l'État aux communes, mais que le Ministre des finances ne l'a pas suivi. Paul Jourdan FRANCESCHI, le maire de Frasseto a été autorisé, par un arrêté du Conseil de préfecture du 17 août 1826, à retirer à la Trésorerie 300 francs pour les premiers frais du procès33. Le Préfet a aussitôt après convoqué à une réunion avec le directeur de d'Enregistrement et du Domaine, le maire et deux conseillers municipaux de chacune des communes de Campo, Frasseto, Quasquara et Zevaco «pour les amener, si c'est possible, à transiger». Jusque là, malgré les anciennes prétentions du domaine sur
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ces territoires, le Préfet semble vouloir jouer un rôle d'arbitre entre les particuliers et les communes tout en donnant aux communes les moyens de défendre leurs intérêts. Mais quelques jours plus tard lui parvient une demande de son Ministre pour l'accueil de familles grecques qui, à la suite de l'invasion turque, sont désireuses de quitter leur pays et il pense aussitôt aux terres de Coti et Chiavari pour les y installer. Mais pour cela, il est nécessaire que les terres fassent partie du domaine de l'État ; cependant l'État n'étant pas partie prenante dans le procès, il a perdu toute prétention à la revendication de leur propriété. Mais il faut bien satisfaire son Ministre et dès le 22 août, le Préfet confie à Maître PIETRASANTA la charge de défendre le dossier de l'État, et le 30 il introduit une requête pour faire reconnaître que les biens appartiennent à l'État. Entre temps il a fait établir un projet pour l'installation d'une colonie de réfugiés grecs et le 30 août, il soumet à son Ministre une proposition d'accueil de 200 familles constituées en deux villages sur le domaine de Coti et Chiavari. D'un autre côté, pour permettre une solution transitoire, il demande au Lieutenant Général Comte DULONG de ROSNAY, Commandant la 17ème Division militaire de lui fournir des tentes en quantité importante, mais non encore déterminée, pour les abriter. Le Lieutenant Général, apparemment très bien informé de la question par ses brigades de Gendarmerie, ne veut pas satisfaire immédiatement cette demande et écrit à son Ministre le 18 septembre 1826 pour lui exposer le problème et lui demander des instructions34. Il rappelle dans sa lettre les difficultés avec le voisinage qu'a connues l'ancienne colonie grecque de Cargèse pourtant vieille d'un siècle et demi. On peut penser qu'il a également fait connaître son avis au Préfet, en lui rappelant les précédents fâcheux de la colonie génoise en 1715, de celle implantée en 1772 du temps du Marquis de MONTEYRARD et enfin des désagréments survenus en 1789 aux concessionnaires du domaine de Chiavari. Voici les termes de sa lettre au Ministre de la guerre : «....Si comme on me l'a donné à entendre, on compte leur attribuer (aux réfugiés grecs) des terres appartenant au domaine ou à l'État, il sera nécessaire que les droits du Gouvernement sur ces
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terres soient bien reconnus afin que les habitants des communes environnantes ne puissent les contester, et par suite disputer ces terres aux nouveaux venus. Dans un pays comme la Corse où les esprits sont prompts à s'enflammer, où la longue possession de fait devient un droit (selon leurs dires) et où les partages et les limites des terres n'ont pour ainsi dire jamais été fixés, il faut plus que partout ailleurs éviter des contestations qui sans aucun doute tourneraient au désavantage des réfugiés. Sous ce rapport plusieurs communes sont en procès avec le gouvernement et il conviendrait de les faire terminer. » On ne peut être plus clair, mais le Préfet poursuit malgré tout son idée et écrit au Procureur le 9 octobre 1826 pour lui demander que le procès soit jugé pendant les vacances, lequel Procureur lui fait connaître qu'il a invité son substitut à accélérer autant qu'il se peut l'affaire. L'affaire est en effet appelée le 17 octobre mais à nouveau renvoyée. Le jugement n'a finalement été rendu par le tribunal de 1ère instance d'Ajaccio que le 31 janvier 1827, et il provoque le jour même une correspondance de M GROUSSAULT, Inspecteur des Domaines, au Préfet dans laquelle on lit45 : «...le jugement du 30 janvier laisse à l'État les terrains incultes, soit 7/8èmes de Coti ou 330 hectares et 4/5èmes de Chiavari ou 1688 hectares. » Le jugement maintient en effet «les particuliers dans la pleine et entière propriété et libre jouissance des maisons, moulins, vignes, enclos et généralement de toutes les terres par eux cultivées et défrichées à ce jour» et il reconnaît aussi l'État, qu'il faudra indemniser, propriétaire de la totalité des terres. Il fait en outre «défense aux maires de Frasseto et Quasquara de s'immiscer d'aucune manière, ni troubler les demandeurs dans leurs propriétés, et aux fermiers des dites communes de demander aucune redevance pour les biens dont s'agit. » Il dépossède ainsi entièrement les communes et donne satisfaction aux particuliers sous réserve d'une indemnisation à verser à l'État. Le Préfet de la Corse rend compte dès le 8 février au Ministre de l'Intérieur du jugement rendu par le tribunal de 1 ère Instance d'Ajaccio35. Il lui fait tout d’abord observer que le jugement reconnaît l'État propriétaire de la totalité des terres, mais qu’il
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maintient cependant les particuliers dans la pleine et entière propriété et libre jouissance des maisons, moulins, vignes, enclos et généralement de toutes les terres par eux cultivées et défrichées à ce jour. Trois experts seront nommés pour reconnaître les cultures, défrichements et établissements. Il ajoute qu’ « il est facile de reconnaître que ce jugement serait susceptible d'être cassé, puisqu'il déclare l'État propriétaire et maintient en même temps les particuliers dans la propriété et jouissance d'une partie des biens. ». Mais il lui fait remarquer que dans un litige semblable intervenu en Corse entre l’État, la commune de Conca et des particuliers, l’administration des Domaines ne s’était pas pourvue contre l’arrêt de la Cour, bien qu'il fût plus préjudiciable pour l’État, puisqu'il accordait à la commune la partie cultivable. En ce qui concerne le jugement relatif aux terres de Coti et Chiavari, il est entièrement conforme aux propositions qu’il lui avait communiquées. Compte tenu de ce jugement, dit-il, « je suis tout à fait rassuré sur les craintes que ce procès m'avait inspirées lorsque je l'ai instruit. En effet, Monseigneur, les particuliers ont obtenu gain de cause et c'étaient positivement ceux-ci qui m'inquiétaient le plus. Les communes n'attaqueront pas le jugement, tant parce qu'elles possèdent d'autres biens communaux que parce qu'elles présumeront que le Conseil de préfecture leur refusera l'autorisation de se pourvoir en appel. ». On va pouvoir maintenant, dit-il, presser la descente des experts. Le Préfet se fait de graves illusions s'il croit vraiment que le jugement qui vient d'être rendu va mettre fin aux contestations, que les communes vont abandonner leurs prétentions et qu’il peut mettre les experts au travail. Cependant, on a vu que ce qui avait été envisagé par le Préfet était l'installation d'une colonie de réfugiés grecs sur les terres de Coti et Chiavari et pour cela des crédits ont déjà été mis en place. Mais le sort des grecs concernés paraissant maintenant moins inquiétant, le Préfet envisage alors de faire appel à des colons français, et le propose dans la suite de sa lettre : «Ainsi que j'avais l'honneur de vous l'annoncer dans mon rapport du 30 août, les points de Chiavari et Coti sont les plus propres à l'établissement de plusieurs familles, si par l'effet de
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l'intervention des puissances chrétiennes dans les affaires de Grèce votre Excellence renonçait au projet de colonisation grecque, comme je le disais dans mon rapport précité, il serait très essentiel, dans l'intérêt de l'île et de la France elle-même d'attirer ici une population nouvelle et nombreuse. Un premier établissement peut être fait de suite à Coti et Chiavari. Ces terres étant situées sur les côtes du golfe d'Ajaccio les colons devraient se composer en partie d'agriculteurs et en partie de marins. Je ne pourrai me fixer positivement sur l'étendue des terres à leur concéder qu'après l'opération qui est ordonnée par le jugement dont je viens de parler ; mais je crois pouvoir assurer que l'on pourrait établir au moins 200 familles en deux villages. » Il estime que le coût de l’installation de 2.000 francs par famille qui avait été prévu dans l’hypothèse de colons grecs pourrait être réduit à 1.000 francs car les familles, si elles ne sont pas grecques, n’arriveraient pas sans ressources et compte tenu de l’avance de 150.000 francs qui lui a été faite, il estime que l’on pourrait d’ores et déjà établir 150 familles dont 75 à Coti et 75 à Chiavari. Les communes sont donc les grandes perdantes dans cette confrontation à trois, mais elles ne sont pas les seules ; en effet quel était le sort des terres exploitées par les particuliers qui n'avaient pas participé au mouvement de contestation ? La question n'avait pas été traitée, mais on apprendra que la liste des demandeurs s'est accru de moitié après le jugement du tribunal et qu'ainsi la plupart des foyers pourront se référer au jugement. L’arrêt de la Cour de Bastia Les maires, en tous cas, sont peu disposés à admettre leur échec et disposent d'un délai de 6 mois pour faire appel de le jugement du tribunal d'Ajaccio. Cela n'est pas aussi simple qu'il y paraît pour la poursuite de la procédure. Il leur faut tout d'abord faire délibérer les conseils municipaux dans ce sens, mais c'est là sans doute la partie la plus facile même s'il y a des conseillers municipaux favorables aux particuliers, mais qui ne sont pas pour autant disposés à laisser le reste des terres à l'État ; il faut ensuite obtenir
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l'autorisation du Conseil de Préfecture pour plaider et là il ne faut pas s'attendre à la moindre complaisance de la part du Préfet. Mais on est persuadé - ou on feint de le croire - qu'une nouvelle autorisation n'est pas nécessaire puisqu'on a déjà été autorisé à plaider pour cette cause. Il faudra enfin disposer des fonds nécessaires pour engager le procès en appel. On se souvient que sur ce dernier point le maire de Frasseto avait obtenu une avance de 300 francs pour couvrir les frais du procès. Cependant, il n'en avait remis que 200 à l'avocat CRISTINACCE, et le Sous-Préfet l'ayant appris l'a invité le 10 avril 1827 à restituer le reliquat de la somme à la caisse municipale. Le maire lui répond le 24 avril que « ses ordres auraient été exécutés sans le moindre retard, si la cause eût été définitivement terminée, et que Monsieur le Préfet ne m'eût promis de me dédommager des voyages et séjours à Ajaccio, pour avoir les pièces de la commune, égarées, pendant deux fois, dans vos bureaux. »33. Il ajoute que la commune est en train de délibérer pour décider s’il convient ou non de faire appel du jugement, et qu’il ne saurait la priver d’une somme qui a été mise à sa disposition pour défendre ses intérêts. Il fait confiance à la justice du Sous-préfet et compte sur la sagesse de ses lumières pour permettre à la commune de plaider à la Cour royale, « attendu qu'il résulte du jugement notifié, que la commune n'a point été entendue. ». Le Sous-Préfet interroge le Préfet pour savoir s'il lui avait fait des promesses, mais on ne connaît pas la réponse ; toutefois, par l'intermédiaire du percepteur PASQUINI, on continuera à réclamer les cent francs. L'autorisation de faire appel lui ayant été refusée par le Conseil de Préfecture, le maire de Frasseto, Paul Jourdan FRANCESCHI, ne se tient pas pour battu. Tout d'abord, malgré le défaut d'autorisation - car il estime qu'elle n’est pas nécessaire - et pour ne pas laisser passer le délai de forclusion, il fait appel en juillet, au nom de sa commune, du jugement du 30 janvier, avec le reliquat de l'avance qui lui avait été consentie. Et il tente de sauter l'obstacle de l'autorisation en adressant directement le 7 septembre 1827 une longue lettre au secrétaire d’État au département de l'Intérieur dans laquelle il fait l'historique de la question et le prie d'intervenir en
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faveur de sa malheureuse commune33. Il lui fait part tout d’abord de la situation difficile dans laquelle il est placé, et de la confiance qu’il a que la justice daignera venir au secours de ses administrés situés au bord du précipice. La commune qu’il dirige est la plus peuplée des seize qui constituent le canton d’Ornano et a obtenu concurremment avec celles de Campo, Quasquara et Zevaco – cette dernière faisant partie du canton limitrophe de Talavo – les terres dénommées Coti, Chiavari, Crucciata et Accelasca dont elles jouissaient depuis des temps immémoriaux. Il explique qu’à la fin de l’année 1824, sur instructions des autorités du département, les communes de Frasseto et Quasquara ont mis à ferme ces terres, mais dès l’adjudication opérée, des chefs de famille, prétendant que les terres sur lesquelles ils vivent leur appartiennent, citent en justice les deux communes et leurs fermiers. Il rappelle l’intervention de l’État en août 1826 en vue de l’accueil de familles grecques et le jugement de janvier 1827 qui attribue les terres au domaine du roi et aux particuliers demandeurs. C’est à ce moment, dit-il, qu’il est victime d’une ruse qui le conduit à signer sans méfiance, à la demande de l’autorité supérieure, une lettre préparée à l’avance dans laquelle il demande à retirer les pièces de la cause. Les pièces retirées, on lève le jugement du 30 janvier, dans lequel l'avocat défenseur n’est plus mentionné, et le nombre des demandeurs originaires qui figurent dans le jugement est accru de moitié par rapport à ceux à qui a été envoyée une assignation. Cette situation fait apparaître deux injustices : d’une part des quatre communes qui possèdent les mêmes droits sur les mêmes terrains, celles de Frasseto et de Quasquara sont dépouillées après avoir mis leurs terres à ferme comme le leur demandaient les autorités, et d’autre part, dans la même commune, ceux qui font partie des demandeurs ont des terres, et les autres n’en ont pas. S’il devait y avoir des concessions à faire aux habitants, il aurait été facile de conclure que tous y avaient droit, qu’ils fassent partie ou non des demandeurs et quelle que soit leur appartenance à l’une ou l’autre des quatre communes. C’est sur ces considérations, dit le maire, qu’avec son collègue de Quasquara ils sont disposés à interjeter appel avant
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l’expiration du délai de six mois dont ils disposent. C’est aussi à une dizaine de jours de l’expiration du délai qu’il reçoit une lettre du Sous-préfet le rendant personnellement responsable des dépenses faites par la commune s’il ne respecte pas les procédures. Il dit être depuis menacé verbalement et par écrit de révocation s’il ne restitue pas le reliquat de la somme qui lui avait été accordée pour le procès. Sa réponse est qu’il a à la fois le droit et l’obligation de ne pas laisser passer le délai d’appel contre un jugement préjudiciable pour la commune. Il termine ainsi sa lettre : « J'ai cru, Monseigneur, avant d'abandonner le timon de cette petite barque, de mettre sous les yeux de Votre Excellence, sa position sur les bords du précipice, afin que votre justice daigne la secourir, en donnant les ordres pour que l'administration supérieure ne mette aucun obstacle à ce que l'affaire soit plaidée en appel ; j'aurais mis sous les yeux de Votre Excellence, Monseigneur, le double des actes qui constatent les faits ci-dessus relatés ; mais, pauvre père de famille, heurté par mes chefs dans la direction des affaires de la commune, je n'ai pas les moyens de les faire copier. Je garantis cependant la vérité de tous ces faits, et j'ai lieu de croire que l'administration n'en contestera aucun ; car, Votre Excellence pourra toujours en demander copie. » Malheureusement pour la commune, le Ministre de l'Intérieur n'est guère sensible au plaidoyer émouvant et désespéré du maire de Frasseto, et non seulement il ne donne pas les ordres souhaités, mais renvoie le 20 novembre 1827 au Préfet de la Corse «... un mémoire par lequel le maire de Frasseto, exposant que sa commune vient de succomber dans une action intentée par le Domaine, au sujet de biens jusqu'alors réputés communaux, exprime la crainte que l'autorité supérieure va mettre des entraves à l'action en appel qu'il a cru devoir interjeter contre le jugement de 1ère instance. » 9 Et il ajoute : «Vous remarquerez, Monsieur le Préfet, et vous ferez observer au maire de Frasseto, qu'eu égard au 1er jugement qui le condamne, il ne peut suivre l'action en appel sans une seconde autorisation du Conseil de préfecture ; qu'il doit donc se pourvoir auprès de cette autorité, se conformer à ses décisions, sauf l'appel de
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droit au Conseil d'État. » Mais nous n'en sommes pas encore là, car si nous reprenons le cours des événements, dans une lettre du 19 septembre 1827, adressée au Procureur général, le Préfet lui fait savoir que l'avocat des communes, CRISTINACCE, avait refusé de fournir les renseignements qui lui étaient demandés par l'administration, qu'il avait été révoqué et que malgré cela, il avait préparé l'appel des communes45. De leur coté, les maires et adjoints de Frasseto et de Quasquara, sans attendre la réponse du Ministre, poussent leur offensive et s'adressent le 30 octobre 1827 au Préfet45 : «Monsieur le Préfet, Les soussignés maires et adjoints des communes de Frasseto et Quasquara ont l'honneur de vous exposer que conformément à l'avis des Jurisconsultes sages et éclairés, éloignés des désordres qui ont précédé, accompagné et suivi les circonstances du procès pour les terrains communaux de Coti, Chiavari et Accelasca, leurs dites communes et les exposants pour elles ont dû interjeter appel, contre le jugement du 30 janvier dernier, et ce dans les premiers jours de juillet échu. Qu'ils ont fait ensuite des diligences à la sous-préfecture pour avoir les fonds nécessaires au soutien de leur procès, et même pour obtenir l'autorisation que l'on croit nécessaire pour continuer l'appel. En attendant la rentrée de la Cour aura lieu, et leurs communes seront sans défenses. Les exposants, pères de famille et administrateurs de communes très pauvres ne peuvent plus à long suivre cette affaire dans la contrariété de l'administration supérieure. Ils vous supplient par conséquent de pourvoir à ce que leurs communes soient défendues à la Cour, soit en autorisant les fonds requis et nécessaires, soit en leur accordant l'autorisation, si toutefois elle est nécessaire, et ainsi vous épargnerez à des communes malheureuses des désordres et inconvénients fort désagréables. » Y a-t-il une menace voilée dans cette annonce d’évènements désagréables au cas où les communes ne seraient pas autorisées à plaider ? Les procédures pour le procès des biens communaux
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progressaient, car finalement, le Directeur de l'enregistrement et des domaines fait savoir au Préfet, le 15 mars 1828, que les communes de Frasseto et de Quasquara ont obtenu du Conseil de préfecture l'autorisation de faire appel du jugement du Tribunal d’Ajaccio du 31 janvier 1827. On peut s'étonner que le Préfet soit informé par cette voie alors que le Conseil de Préfecture est tout de même sous son autorité. La décision aurait-elle été prise lors d'une absence du Préfet ? La Cour de Bastia se saisit de l’affaire et le Préfet de la Corse le presse par une lettre du 21 septembre 1829 d’activer le procès. Le procureur général lui répond le 4 mars 1830 qu’il a ordonné l’instruction de ce procès45. L'État qui, entre temps, avait abandonné son projet d'installation de colons sur les terres de Coti et Chiavari, devait aussi renoncer à la propriété des terres en question au profit des communes et laisser ces dernières et les particuliers face à face. On plaide donc et la Cour de Bastia rend son arrêt le 1er mai 1830. L'arrêt : «....déclare que tous les terrains compris dans la demande introductive d'instance des intimés faisant partie des domaines de Chiavari et Coti appartiennent en propriété aux communes de Quasquara et Frasseto ; déboute l'État et pour lui M le Préfet de sa demande en intervention ; déclare les maisons, moulins, vignes, jardins, plantations d'arbres, enclos fermés à mur ou à fossés propriété exclusive des intimés sauf à ces derniers à indemniser les communes, ainsi que de droit, de la valeur des terrains sur lesquels les dites constructions et plantations ont eu lieu. »11. Il y a un point important qui résulte de cet arrêt : l’État est débouté et s’il ne fait pas appel, les terres restent entre les mains des habitants de Frasseto et Quasquara, qu’elles soient possédées par les particuliers ou les communes. Et l’État ne fera pas appel ; c’est le Conseiller d’État, Directeur de l’Enregistrement et des Domaines, qui prévient le Préfet le 18 septembre 1830 qu’il n’y a pas lieu de se pourvoir en cassation45. Cette fois les communes sont entièrement satisfaites, car elles ont non seulement la propriété des terres que le Tribunal d’Ajaccio avait attribuées à l’État, mais aussi celle des particuliers qui leur doivent une indemnisation pour les terrains qu’ils occupent
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et exploitent. Mais les particuliers ne le sont pas du tout. Ils possèdent des maisons, des moulins, des vignes, des vergers et des cultures, qu’euxmêmes ou leurs ancêtres ont créés et dont ils ont l'entière jouissance, mais tous ces biens se trouvent sur des terrains dont les communes sont propriétaires. De ce point de vue l’arrêt de Bastia ne leur a rien apporté, si ce n’est qu’ils ont à se défendre contre leur propre commune, ce qui est peut-être préférable à une lutte contre l’État. Mais ils doivent tout de même indemniser ces communes de la valeur des terres sur lesquelles ils vivent. Pour eux la situation est insupportable, car ce qu’ils veulent, c’est ne rien avoir à payer à personne et ils sont décidés à ne pas en rester là. Reste à trouver la meilleure procédure, car la question n'est pas aussi simple qu'il y paraît : il y a parmi eux des personnes qu'ils considèrent comme des usurpateurs des biens communaux, c'est-à-dire qui se sont emparé de fraîche date des terres qu'ils cultivent, alors que les autres, qui sont la majorité, les tiennent de leurs pères. Ils sont décidés à se pourvoir en cassation, mais pour cela, il est nécessaire que l’arrêt de la Cour de Bastia leur soit notifié, car ce n’est qu’à partir de là qu’ils peuvent agir. Mais les maires ne font pas cette démarche et préfèrent préparer un partage des biens communaux en recherchant l’accord de leurs concitoyens. Alors on attend de voir ce qu’il y a dans ces projets. C’est quelques mois après l’arrêt de la Cour de Bastia qu’intervient un événement qui va bouleverser la vie du village pendant une quinzaine d’années. Marie Françoise FRANCESCHI, nièce du maire l’ex-moine Pierre-Joseph FRANCESCHI est enlevée un soir du mois d’août. Elle sera ramenée à deux reprises au domicile familial et l’année suivante on comptera un premier mort de l’inimitié qui vient de se déclarer entre deux familles. Les fermiers des biens communaux en difficulté On se souvient que le bail à ferme des biens communaux avait été attribué pour trois ans à Joseph Marie FRANCESCHI cité par les particuliers qui avaient demandé de ne plus acquitter de fermage tout au moins jusqu'à la conclusion du procès. Et les particuliers dans cette logique refusent de payer.
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Le fermier et Paul Laurent PADOVANI, sa caution, s'étaient engagés à payer les fermages par quartiers, mais étant privés d'une grande partie des recettes, ils ne peuvent faire face aux échéances. Pour eux ce qui paraissait être une bonne affaire en perspective devient un désastre. Pasquin PASQUINI, percepteur du canton d'Ornano dans les caisses duquel les versements doivent être faits, ne voyant rien venir, cite le fermier et sa caution devant le juge de paix de Santa Maria Siché et les fait condamner le 27 janvier 1826 à payer la somme de 738,75 francs (trois trimestres) plus les intérêts et frais soit 38 francs8. Le 14 juillet suivant, ils sont condamnés à payer 1327,50 francs (cinq trimestres) plus 49,30 francs de frais, mais il leur est accordé jusqu'au mois d'avril suivant pour faire paiement. Au cours d'une nouvelle audience le 27 octobre 1826, les défendeurs font valoir que le percepteur s'est rendu dans la commune de Frasseto et a même reçu des sommes qui auraient dû être versées au fermier, et le fermier a donc été dans l'impossibilité de recouvrer les fermages. Ils demandent en conséquence une prolongation du délai. Le juge décide de surseoir à l'exécution du jugement du 14 juillet jusqu'au 15 décembre suivant. Le tribunal déclare de plus le bail résilié. On pourrait s'étonner de l'acharnement du percepteur PASQUINI contre le fermier de Frasseto. Cela pourrait s'expliquer naturellement par un excès de zèle de ce fonctionnaire s'il n'avait été victime quelques années plus tôt d'une mésaventure. En effet d'après le rapport de la Gendarmerie pour novembre 1821, alors qu’il se trouvait à Frasseto, dans la nuit du 7 au 8, des «malveillants» ont coupé la queue de son cheval puis ont mis le feu à la baraque où il était attaché38. Il n'a eu que le temps de couper la corde pour sauver son cheval de l’incendie du foin et de la paille que contenait la baraque. On n’a pas identifié les auteurs de ce crime. Il y avait bien entendu dans cet acte une vengeance, mais aussi la satisfaction d’un besoin, car la queue du cheval sert à confectionner des collets pour attraper grives et merles dont le passage migratoire débute à l’époque des faits. Toujours est-il que le percepteur PASQUINI continue sa pression sur l'ancien fermier et sa caution. PADOVANI essaie de
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résister et le cite devant le juge de paix de Santa Maria Siché en mars 1829, mais en vain, sa condamnation à payer est confirmée. L'affaire revient encore les 4 et 8 juin 1829 sur demande du percepteur et PADOVANI est condamné à payer le dernier trimestre échu le 2 décembre 1826, soit 492,50 francs plus les intérêts dus pour 1825, soit 52,85 francs. PADOVANI finira par payer les dettes et se retournera ensuite contre Joseph Marie FRANCESCHI. Ce dernier à qui le fermage n'a pas réussi, s'est entre temps reconverti dans le charbon. Il a loué pour cela à Ajaccio une boutique et une chambre au sieur Pierre Paul CUNEO d'ORNANO ; mais sans doute là aussi les affaires ne vont pas aussi bien qu'il le souhaiterait et le 13 février 1833, il est condamné à régler à son loueur 177 francs de loyers impayés. Il décédera peu de temps après sans avoir eu le temps de rembourser totalement Paul Laurent PADOVANI qui va se retourner contre sa veuve. PADOVANI cite en effet Marie Joséphine FRANCESCHI, tutrice légitime de sa fille mineure Judith âgée d'environ quatorze ans. Le 23 novembre 1836, Marie Joséphine, défaillante, est condamnée aux dépens soit 27,10 francs. Elle l'est à nouveau, le 16 mars 1837 pour une somme de 23,75 francs. Le 12 mars 1838, Marie Joséphine marie sa fille Judith à Frasseto avec Joseph Marie BENEDETTI. Nous aurons l'occasion de reparler plus tard des époux BENEDETTI, car le mari connaîtra un destin tragique. Puis, le 21 juin 1838, elle se fait assister par Maître PETRETO dans son procès contre Paul Laurent PADOVANI, et le tribunal commet M OLIVIERI pour établir les comptes entre les deux parties, ce qui permettra finalement de régler le litige. Premier partage de biens communaux La commune de Frasseto possédait, en dehors de ceux rendus aux ORNANO ou vendus aux enchères pour payer les dettes, d'autres biens dans la plaine de Taravo : il s'agissait de Solivo et Basi indivis entre 38 communes et dont la valeur totale atteint 669.369 francs. Après l'arrêt de la Cour de Bastia favorable aux communes, on reprend, sans qu'il y ait de protestations de la part de particuliers, le partage de ces derniers biens communaux qui avait été envisagé dès
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1826 et après une délimitation effectuée par des experts, on attribue un lot à chacun des 168 feux du village39. Le conseil municipal avait voté le partage le 17 avril 1826 et avait fixé la redevance annuelle à payer par feu à 0,10 francs. Il s'agissait d'une contribution très modeste, voire symbolique, qui ne fait rentrer chaque année que 17 francs dans les caisses de la commune. Le partage avait été autorisé le 22 février 1827 et le projet d'ordonnance établi à la fin 182740 : pour Frasseto, la contenance des terres s’est établie à 2117 baccinates (la baccinate est une mesure de capacité d'environ 13 litres, soit un sixième de mezzinate, dont on se sert pour préciser la quantité de semence que peut recevoir une terre ). Le Conseil de préfecture estimant que le montant de la redevance prévue par le Conseil municipal, ne rapportant que 16,80 francs, léserait la commune, et du fait que les biens communaux de Frasseto sont affermés pour une somme annuelle de 1260 francs, il porte cette redevance à 4,50 francs ce qui fournit à la commune un revenu annuel de 756 francs40. Cette somme apparaît en effet dans les recettes de la commune en 1831 et 1832 au titre des fermages 41. Cependant, cette décision provoque la colère du maire, du conseil municipal et des chefs de famille. L'attribution des terres se fait tout de même et chacun s'en va reconnaître son lot. Il surgit alors un litige : Mathieu STEFANI après plusieurs réclamations auprès du maire et du Préfet, finit par s'adresser directement au Ministre de l'Intérieur pour lui signaler que le lot N° 90 qui lui a été attribué ne se retrouve plus et il demande à être indemnisé36. Le 8 octobre 1832, le Ministre transmet cette réclamation au Préfet qui, dans sa réponse du 27 octobre 1832, indique que «le lot échu à M Mathieu STEFANI a été retrouvé d'après ce que m'a annoncé le commissaire chargé de diriger cette opération. » Que s'était-il donc passé pour qu'une terre disparaisse sans laisser de traces ? Tout simplement le copartageant à qui avait été attribuée une parcelle voisine avait enlevé le panneau situant le lot N° 90 pour agrandir son propre lot. C'est bien sûr le percepteur PASQUINI qui est chargé de faire rentrer les redevances dans les caisses de la commune et se présente pour réclamer les 4,50 francs fixés par foyer par la préfecture, mais il doit rentrer bredouille, les chefs de famille
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appuyés par leurs élus, refusent de payer cette somme qu'ils jugent disproportionnée en regard du profit qu'ils tirent de leurs terres. L'argument du maire est que cette somme de 4,50 francs a été avancée lorsqu'il s'est agi de partager toutes les terres que possède la commune, à savoir Solivo et Basi faisant l'objet du partage, mais aussi Piani di Taravo vendu pour couvrir des frais de procès, Coti et Chiavari en contestation avec des particuliers et enfin le territoire d'Arusula avec ses bois et jardins. Le maire fait savoir au Préfet en octobre 1833 que malgré l'insistance des agents de perception, les habitants persisteront «dans la plus rigoureuse négative» ; il le prie d'intervenir pour qu'un accord soit trouvé sur des redevances moins exagérées. Le temps passe et en 1835 le percepteur PASQUINI réclame 13,50 francs pour trois années. Le maire écrit à nouveau au Préfet pour lui demander de nommer un commissaire pour estimer la redevance car les copartageants abandonneraient leurs terres plutôt que de se soumettre à une telle charge. Ce ne sera qu'en mai 1838, et sans enthousiasme, que le conseil municipal acceptera la décision du juge de paix de Santa Maria Siché du 3 novembre 1837 fixant la redevance annuelle à 1,50 francs et la somme due par chaque copartageant à 10,50 francs, pour les sept années de 1831 à 1837. La commune voisine de Zevaco du canton de Talavo, connaît aussi quelques difficultés avec le partage des biens communaux. Elle avait été autorisée par ordonnance royale du 27 février 1828 à effectuer le partage, et le conseil municipal avait pris en 1832 les dispositions nécessaires. Mais cinquante trois familles, installées à Capo di Muro, et menées par le sieur Innocent PERETTI, prétendent que les terres dont elles sont propriétaires ont été mises dans le partage, et élèvent une protestation à ce sujet. Cependant, le conseil municipal soutenu par le Préfet estime que les terres en question appartiennent à la commune. On envisage d'aller en justice et chacune des parties se disant propriétaire dit que c'est à l'autre d'introduire l'instance. Les particuliers ont l'avantage d'avoir la possession de fait et peuvent attendre qu'on les assigne en déguerpissement.

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Le pourvoi en cassation Après l’arrêt de la Cour de Bastia la municipalité de Frasseto a préparé un partage des biens communaux, ce qui provoque aussitôt des réactions. En effet, le 30 octobre 1833, le Ministre de l'Intérieur transmet au Préfet une lettre que lui a adressée le Sieur CASABIANCA, au nom des habitants de Quasquara et Frasseto, faisant des observations au sujet d'un projet de partage des communaux qu'aurait conçu l'autorité locale et demande qu'il soit sursis à son approbation jusqu'à ce que les tribunaux aient statué sur la contestation en cours entre ces communes et les habitants au sujet de la propriété des biens36. Le Ministre reviendra d'ailleurs à la charge le 11 juin 183436 : «Vous n'avez point encore répondu sur cette affaire. Cependant le pétitionnaire protestant de nouveau..... me rendre compte de l'état actuel des choses. » Le Sieur CASABIANCA n'est pas inconnu : c'est lui qui a engagé le mouvement des particuliers dans le procès contre l'État et les communes au sujet des biens communaux et il se tient en état de veille. Il fera encore parler de lui. La préparation du partage des biens communaux des terres de Coti, Chiavari et autres se poursuit tout de même à Frasseto et un état des feux proposé par le conseil municipal est définitivement arrêtée le 10 avril 1834 par le Conseil de préfecture42. Cet état comporte 198 noms qui ne représentent pas tous de véritables foyers, certains étant parfois ceux d'orphelins ayant droit au titre de leurs parents décédés. Une douzaine de personnes ne résidant plus au village y a été admise. Par comparaison, l'état qui avait été établi le 12 janvier 1826 pour le partage des terres de Solivo et Basi, qu’on a évoqué ci-dessus, ne comportait que 168 feux. Mais il ne faut pas se faire trop d'illusions, le partage des terres de la plage n'est pas pour demain et on envisage d’aller plaider en cassation. Par ailleurs, la vie du village est perturbée par de nombreux évènements. On a déjà signalé le premier mort de l’inimitié en 1832. La vendetta a repris : en 1834 Joseph FRANCESCHI oncle germain de Cicchetta est blessé, Noël FRANCESCHI frère de Cicchetta est tué,
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Antoine Dominique et Pierre Paul SANVITI cousins germains de Cicchetta sont blessés et Antoine Dominique décédera le mois suivant des suites de ses blessures. En 1835 Ange François FRANCESCHI, oncle germain de Cicchetta est tué, son fils Pascal blessé et en 1836 Jean Baptiste FRANCESCHI, cousin germain de Cicchetta par alliance est tué. Le gendarme MERIGO est tué fin 1836 lors d’une fusillade survenue après une embuscade tendue aux bandits. Par ailleurs, il y a eu aussi fin 1833 l’assassinat, sans rapport avec l’inimitié, par le frère d’une bru de l’ex-moine Pierre-Joseph FRANCESCHI, oncle germain de Cicchetta, de Jacques MARIANI de Frasseto. Ces meurtres ou tentatives de meurtre seront exposés plus loin. Au cours de l’année 1834, après des conditions climatiques sévères et des récoltes particulièrement mauvaises à Frasseto, le conseil municipal, en raison de la pénurie dont souffre le village, a décidé de s'adresser au Ministre de l'Intérieur pour lui exposer la misère de la communauté et lui demander des secours. Ce dernier renvoie la demande au Préfet de la Corse, le 9 septembre, avec ce commentaire36 : «Quelle que soit la détresse de cette commune, mon département ne présentant aucun fonds applicable aux secours sollicités, je ne puis que vous inviter à appeler l'attention du Conseil Général sur les besoins des malheureux habitants de Frasseto. » Il n’a pas été possible de savoir si la commune a été secourue. Du coté de l’administration du village plusieurs maires se sont succédés : Paul Jourdan FRANCESCHI remplace en janvier 1832 l’ex-moine Pierre-Joseph FRANCESCHI qui décédera l’année suivante. En avril 1834 c’est Paul SUSINI qui est nommé maire et sera remplacé en janvier 1835 par Jean Dominique MILIANI. Tous ces évènements créent des tensions que l’on peut illustrer par un incident survenu au cours des élections municipales du 15 juin 183729. L’atmosphère est toujours tendue en ces journées électorales, et ce jour-là, Michel TRAMINI s’en est pris violemment à Joseph MILIANI, dit Ghjasippucciu (petit Joseph), l’a menacé de mort, a tenu des propos désobligeants envers les gendarmes qui étaient présents et aurait frappé l’un d’eux de son bâton si ce dernier « ne lui eut croisé sa baïonnette ». Michel TRAMINI n'a pas été arrêté en raison du grand nombre de personnes qui prenaient fait et
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cause pour lui. Le motif de la dispute n’est pas connu, mais Joseph MILIANI a été tout de même été élu conseiller municipal. Michel TRAMINI était sans doute d'un caractère coléreux, car en mars 1832, il avait battu dans la région de la plage de Frasseto une femme qui rompait des bûches dans un terrain essarté. Reconnu quelques jours plus tard sur le môle d'Ajaccio par des bûcherons, il avait été assailli à coups de poing44. Tous ces évènements montrent que l’ambiance n’est ni à la concorde ni à l’entente pour un partage des biens communaux. Entre temps, le 9 décembre 1836, le maire de Frasseto a fait connaître au Préfet que sa commune a déjà dépensé 1678 francs pour la défense des terres de Coti et Chiavari45 On arrive ainsi à l’année 1837 sans qu’aucun projet ait abouti en raison de l’entêtement des uns et des autres à ne pas vouloir céder sur leurs intérêts personnels ou ceux de la commune. Devant cet échec, les maires vont se décider à signifier aux particuliers l’arrêt de la Cour de Bastia. Sur quoi ces particuliers vont introduire un pourvoi en cassation que la Chambre des requêtes admettra par arrêt du 18 juin 1838. Il se sera écoulé plus de huit ans depuis l’arrêt de la Cour de Bastia du 1er mai 1830 et on attend maintenant que la Cour de cassation se prononce. Les arrêts de la Cour de cassation et de la Cour d’Aix On arrive alors au mois de septembre 1838 pour voir resurgir avec fracas le problème du partage des biens communaux. La querelle a rebondi avec l'intrusion chez le Préfet de 76 habitants des communes de Campo et de Frasseto qui lui ont exposé que leurs maires sont des usurpateurs des biens communaux. Le maire de Campo s'appelle CANAVAGGIO, celui de Frasseto est Jean Dominique MILIANI. Le Préfet rend aussitôt compte de l'affaire au Ministre de l'Intérieur par une lettre du 20 septembre36 : après un bref historique du contentieux, il lui expose que les particuliers, après avoir repoussé les projets de partage des biens communaux présentés par les maires et s’être pourvus en cassation afin d’être affranchis du paiement de la valeur des terres, viennent de faire signifier l’arrêt du 18 juin de la Chambre des requêtes qui a admis le pourvoi. Le Préfet poursuit :
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«Mais il arrive, Monsieur le Ministre, que le maire de Frasseto est du nombre de ceux qui ont des intérêts opposés à ceux de sa commune, et il n'y a nul doute que secondé par la majorité des membres du conseil municipal, il fera tous ses efforts pour contrarier la commune. ». Il précise que le maire de Campo est dans la même situation et poursuit : «Je me propose d'engager les deux maires à se démettre, sinon, j'ai l'intention de les suspendre de leurs fonctions, afin de nommer des maires qui puissent défendre les droits des communes. » Le Préfet demande enfin au Ministre de l'Intérieur d'intervenir auprès du Garde des Sceaux pour que l'affaire ne soit pas jugée avant que les maires soient remplacés. Le Ministre fait effectivement cette démarche le 13 novembre 1838 «pour que la Cour de cassation ne se prononce pas avant que les communes demanderesses puissent être utilement représentées. » Cependant, par lettre conjointe adressée au Préfet le 29 septembre 1838, les maires de Frasseto et de Campo nient toute participation au recours en cassation : «....avons appris qu'il vous avait été exposé que nous étions compris dans la notification faite d'un arrêt rendu par la Cour de cassation qui admet le recours de divers particuliers des communes de Frasseto, Campo et Quasquara contre l'arrêt de la Cour royale de Corse, relatif aux terrains de Coti, Chiavari &. »36. Ils assurent le Préfet qu’ils n’ont pas pris part au dit recours, ni avoir consenti qu'il soit fait en leur nom, mais ils ne peuvent empêcher que les intéressés mettent notre nom en avant, puisqu’ils sont eux aussi dans le procès. Ils se disent prêts à renoncer au bénéfice que pourraient tirer les particuliers du recours : « Par la présente, nous renonçons au bénéfice du recours, et acceptons, pour ce qui nous concerne, l'arrêt de la Cour royale de Corse, offrant de payer la valeur des terres par nous possédées en conformité du dit arrêt. » Mais les habitants de Frasseto ne font pas trop confiance à leur maire et s’adressent directement au Ministre de l'Intérieur par une lettre du 25 janvier 1839 comportant 35 signatures 36. Ils lui exposent que le 19 septembre dernier soixante et seize habitants de Frasseto et Campo se sont présentés devant le Préfet de la Corse, lui exposant que leurs maires respectifs étaient compris, en leur qualité
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d'usurpateurs des biens communaux, dans la notification faite aux deux communes de l’arrêt de la Chambre des requêtes concernant les biens de Coti, Chiavari et autres, en litige depuis longtemps entre les particuliers et leurs communes. A la suite de cet exposé, le Préfet fit connaître que ces fonctionnaires ne pouvaient être à la fois des notifiants et des notifiés que pour cette raison, ils ne devaient plus être conservés dans leurs fonctions. Mais les deux maires, disent les signataires, par une lettre du 29 septembre, s’engagent à ne pas bénéficier des avantages du pourvoi. Or, selon nos avocats disent-ils, cet engagement n’est pas suffisant, et ils supplient le Ministre d’obtenir du maire de Frasseto une renonciation légale à Paris, sinon le révoquer de ses fonctions. Ils ajoutent que le maire de Campo a déjà donné sa démission et ne gère plus les affaires communales. Le Préfet qui avait prévu à la fin 1838 de remplacer le maire de Frasseto en raison de sa position « d'usurpateur » dans le litige des biens communaux, prend enfin un arrêté le 20 novembre 1840 pour remplacer Jean Dominique MILIANI et nommer Félix MARIANI, propriétaire, 37 ans, dont le revenu est de 600 francs46 ; on lit en observations que l'ancien maire est un des usurpateurs des biens communaux et que son remplacement était indispensable. Dominique SUSINI, propriétaire, 46 ans, dont le revenu est de 500 francs est nommé adjoint ; l'ancien adjoint n'avait pas été réélu conseiller. Ceci permet enfin à la Cour de cassation, a qui on avait demandé de ne pas juger avant le remplacement du maire, de rendre le 16 décembre 1840 son arrêt qui statue37 «... que la Cour royale de Bastia a formellement contrevenu à l'article 7 de la loi du 20 avril 1810 qui exige que les jugements soient motivés et qu'elle a expressément violé cet article, casse et annule l'arrêt de la cour de Bastia du 1er mai 1830 et pour être statué du fond renvoie la cause et les parties devant la Cour d'Aix. » Dix ans et demi se sont ainsi écoulés depuis l'arrêt de la Cour de Bastia, et il va falloir plaider à nouveau, c’est à dire engager de nouveaux frais à la fois du côté des communes et de celui des particuliers. Cette situation conduira la commune de Quasquara à un scandale qui fera grand bruit après la vente par adjudication d’une terre dénommée Graticella et située à la plage. Ce scandale que l’on appellera l’affaire de Quasquara ou du carré de papier mettra en
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cause le Préfet de la Corse et fera l’objet de deux débats à la Chambre des députés. Cette affaire sera développée dans un chapitre ultérieur. La commune de Frasseto cherche aussi à faire rentrer de l’argent dans ses caisses en mettant à l’adjudication le fermage de terres qu’elle possède au lieu dit Agnone situé à la plage. Le 23 juin 1842 Paul LEONARDI, l’instituteur de Frasseto, enlève les enchères, mais la propriété des terres est aussitôt contestée par le nommé Jean Félix BIANCHI, dit Feliciolu, résidant à Ajaccio, originaire du village voisin de Campo, qui entretient les meilleures relations avec les bandits ANTONA. C’est le début d’un affrontement acharné entre ce personnage et la commune de Frasseto et certains de ses habitants. Mais cela n'empêche pas les maires des communes concernées de s'inquiéter de la sécurité de leur administrés ; dans une lettre du 1er février 1841 adressée au Préfet de la Corse, les maires de Campo (PRUNETTI), Frasseto (MARIANI) et Quasquara (COTONI), lui demandent de leur accorder une brigade de Gendarmerie ou de voltigeurs, au lieu dit La Costa, repaire de bandits de l'arrondissement d'Ajaccio et même de celui de Sartène47. C'est dans cette région que se trouvait une bande de 12 malfaiteurs qui ont été arrêtés en avril 1839 et que se cachent les bandits ANTONA lorsqu'ils sont en Corse. En attendant l’arrêt de la Cour d’Aix, on suit avec le plus grand intérêt le premier procès de l’affaire de Quasquara qui se déroule en mars 1843 et est aussitôt renvoyé, mais on sera déçu par le jugement du Tribunal d’Ajaccio du 25 avril 1843 qui, après plusieurs audiences devant le juge de Paix de Santa Maria Siché, attribue à BIANCHI les terres d’Agnone en litige avec la commune. Le préfet avait pourtant donné les moyens de se défendre à la commune en créant, par un Arrêté préfectoral du 27 mars 1841, une commission syndicale pour défendre les droits de la commune de Frasseto à la propriété des terres dites Coti et Chiavari revendiquées par des particuliers parmi lesquels des conseillers municipaux. Cette commission syndicale, qui était intervenue sans succès dans le procès contre BIANCHI, est dissoute par un Arrêté du 18 novembre 1843 qui annule l’Arrêté du 27 mars 1841. Pendant cette période d’attente de l’arrêt de la Cour d’Aix,
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d’autres événements tragiques se produisent à Frasseto. Il y a d’abord, le 9 mai 1840, entre une femme courageuse et l’homme qui était venu abattre son frère, un affrontement au cours duquel les deux protagonistes trouvent la mort. Puis le 15 août 1843, Nicolas ANTONA, garde champêtre de la commune de Frasseto, abat d’un coup de fusil Simon LEONETTI de la commune de Cognocoli-Montichi. Le 19 septembre de la même année, c’est Joseph Marie BENEDETTI, dit Cargiaca, demeurant au hameau de Coti, qui a été trouvé gisant le crane ensanglanté. Le 16 mars 1844, c’est Dominique PERALDI, médecin et ancien maire de Frasseto qui est assassiné au lieu dit Pirelli, plage de Frasseto ; on a aussitôt soupçonné de ce dernier crime le bandit ANTONA de Frasseto, de complicité avec Félix Antoine MARIANI, lui aussi ancien maire de Frasseto. On suit aussi avec intérêt dans les villages de Campo, Frasseto et Quasquara les débats qui se déroulent à la Chambre des députés les 25 avril et 18 juillet 1844 au sujet de l’affaire de Quasquara ou du carré de papier dans laquelle des accusations de faux ont été portées contre le Préfet. Et enfin arrivent les nouvelles d'Aix où la Cour a rendu son arrêt le 13 août 1844. Elle s’est référée à la concession dont se prévalent les communes de Frasseto et Quasquara qui a été faite le 15 juillet 1799 par le Sénat de Gènes aux hommes et peuples des pièves de Cauro, Ornano et Talavo. Elle a estimé que cette concession a été faite aux peuples et non pas aux communes qui n’existaient pas alors. Le Sénat de Gènes a seulement reconnu à ces peuples le droit exclusif de cultiver. La Cour estime que les intimés sont donc bien fondés pour être maintenus dans leur propriété. L’arrêt explique que l’expression « jusqu’à ce jour » employée dans le dispositif du jugement d’Ajaccio du 30 janvier 1827, signifie jusqu’au jour des exploits des particuliers des 3 décembre 1824, 8 et 14 janvier, 8 et 14 mars 1825. Cette précision est importante, car elle vise à empêcher l’appropriation par des particuliers de terres qui auraient été défrichées après ces dates. Il y a aussi les anciennes concessions faites aux sieurs ROSSI, FLEURY et STEPHANOPOLI dont les communes revendiquent les terres. La Cour rappelle que les
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concessions ont été révoquées par décrets de l’Assemblée nationale des 5 septembre et 12 octobre 1791, non pas en faveur des communes, mais pour être réunies au Domaine national. L’arrêt condamne enfin les communes appelantes à l’amende et aux frais. Après près de vingt années de procédure, les particuliers sortent vainqueurs de cette confrontation avec l’État et les communes, puis avec les seules communes. Que vont faire maintenant les maires ? Admettre le verdict ou tenter un nouveau pourvoi en cassation ? Ils vont seulement demander au Tribunal d’Ajaccio de préciser le sens de l’adjectif «défriché » s’appliquant aux terrains contestés et figurant dans le jugement du 30 janvier 1827. On l’apprendra par un jugement de ce même Tribunal en date du 30 novembre 1848 qui : "...déclare que par le mot défriché employé dans le jugement du 30 janvier 1827, le tribunal n'a entendu désigner que les terres desquelles on avait extrait les racines ; ordonne par conséquent que les experts en procédant aux opérations qui leur sont prescrites par le jugement précité, désigneront comme terres défrichées celles dont on aura extrait les racines, car ce sont celles là qui ont été attribuées aux particuliers à l'encontre de celles qui n'auraient point subi cette amélioration ou qui seraient en friches, qui ont été reconnues appartenant aux communes."10. Auparavant, Maître FIESCHI, défenseur des particuliers, avait estimé qu'il faut entendre par défrichées, toutes les terres qui ont été soumises à une culture en coupant les maquis qui les couvraient sans en extraire les racines, tandis que d'après Maître PASQUALINI, défenseur pour les communes, on ne doit comprendre par ce mot que les terres desquelles on a extrait les racines. Si l’on tient compte de cette dernière procédure, le contentieux entre les communes et les particuliers aura duré près de 24 ans. Il ne reste plus maintenant qu’à procéder au partage des biens communaux, mais les communes sont peu pressées d'entreprendre l'exécution des expertises ordonnées par le jugement d'Ajaccio du 30 janvier 182737. Le litige n’est en réalité pas encore définitivement réglé car il faut maintenant payer les avocats et faire passer les experts qu'a prévus le jugement d'Ajaccio ; et cela prendra encore du temps, des années.
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En ce qui concerne les frais d'avocat des communes de Frasseto et Quasquara, M JOURDAN, avoué près de la Cour royale d'Aix, a fait connaître le montant des honoraires dus à parts égales par les deux communes : 1993,65 francs. En 1847, rien n'a encore été payé et M JOURDAN s'est adressé au Conseil de préfecture qui luimême a consulté le receveur des communes. Comme celle de Quasquara possède 1.007,61 francs, le Conseil invite le receveur à payer à M JOURDAN la somme de 996,83 francs qui avait été inscrite d'office pour cette commune par un arrêté du 22 janvier 184748. Quant à la commune de Frasseto, le règlement se fera plus tard, après avoir obtenu un prêt du Sieur GROSSETI, un des acteurs de l’affaire de Quasquara. L'affaire en est là et les communes sont peu pressées d’entreprendre l'exécution des expertises. Il faudra un élément nouveau qui se présentera quelques années plus tard.

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La gestion communale
Au moment du rattachement de la Corse à la France, en 1768, la commune était dirigée par un podestat assisté de deux pères du commun. Leur rôle consistait surtout à régler les différends qui pouvaient survenir à l’intérieur de la commune, entretenir les chemins et parties communes et défendre, comme on l’a vu, les intérêts de la communauté face à des particuliers, d’autres communautés ou l’État. Les paysans étaient généralement illettrés ; peu savaient écrire, lire ou même signer. Cette situation allait s’améliorer, mais lentement. Prenons deux exemples : - aux États généraux de 1789 sur 38 hommes qui ont émargé, 14 ont signé, 24 ont fait une croix, un a refusé de signer mais savait signer. On peut estimer, sur ces bases, que les deux tiers des hommes sont illettrés, et d’après la netteté de la signature qu’une moitié du troisième tiers sait lire et écrire. A Quasquara, à ces mêmes États généraux, 8 ont signé et 31 ont fait une croix et la proportion d’illettrés paraît supérieure à celle de Frasseto. -soixante ans plus tard, sur le traité de paix du 4 octobre 1847 entre les habitants de Frasseto, 42 hommes ont apposé leur signature, souvent très mal assurée, et dix ont fait une croix. On peut estimer qu’à cette dernière date un tiers des hommes savait lire et écrire correctement, un autre tiers savait signer et lire et que le dernier tiers ne savait ni lire ni écrire, même si certains étaient en mesure d’apposer une signature. Il faut noter tout de même un réel progrès par rapport à 1789. Où en est l’instruction publique en Corse à cette époque ? Selon la Grande Encyclopédie, on ne comptait guère avant 1830 que 65 à 70 écoles primaires publiques dont quatre seulement pour les filles. Ce n’est qu’à partir de 1833, c’est-à-dire de la loi GUIZOT, que les écoles primaires ont pris un développement considérable. Il n’est donc pas étonnant de trouver encore en 1847 une grande proportion d’illettrés. L’Autorité préfectorale intervient souvent pour les budgets, donner son autorisation de plaider ou tenter d’améliorer les
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conditions de vie des paysans. C’est ainsi qu’en 1819, le Préfet décide de doter les communes de gardes champêtres ; pour Frasseto, il y en aura deux, un pour l’agglomération de montagne, l’autre pour les territoires de la plage. Le Conseil de préfecture, sur proposition du maire, en nomme deux le 15 mars 1819, mais sans doute les choix qui ont été faits ne conviennent pas à tout le monde, et le Conseil municipal se réunit à nouveau, cette fois en présence des principaux propriétaires, et deux autres gardes champêtres sont nommés par Arrêté préfectoral du 10 avril 181949. En cette même année 1819, les communes sont invitées à choisir un terrain pour créer un cimetière communal. Le Conseil municipal, avec l’accord des paysans, propose le terrain communal situé au lieu dit l’Erbaggio. Après une enquête de commodo et incommodo réalisée le 14 septembre 1819 par M ORNANO, juge de paix du canton d’Ornano, un arrêté du Conseil de préfecture ordonne la translation du cimetière sur ce nouvel emplacement49. Les morts étaient jusque là enterrés dans l’église. Et puisqu’il fallait donner un site pour le cimetière, on l’a donné. L’inconvénient est que ce site, au moment de la foire organisée chaque année le jour de la Trinité, est le lieu où viennent s’installer les paysans des autres villages venus vendre leurs bêtes et leurs marchandises et faire aussi leurs achats. Et la foire rapporte de l’argent à de nombreuses familles qui hébergent et nourrissent les visiteurs. Mais le cimetière n’est pas pour demain, car il faudra d’abord délimiter exactement le terrain et le clôturer d’un mur empêchant les bêtes d’y accéder, et cela demande de l’argent dont on ne dispose pas en raison des gros frais qu’entraînent les procès. Et puis où installer la foire qui est très renommée et profitable pour la communauté ? Il y a aussi cette question qui peut tourmenter certains esprits : les curés refusent parfois la sépulture sous l’église à des criminels, alors que les âmes des bons chrétiens y reposent en paix ; il pourrait y avoir ces certains une forte résistance pour ensevelir les leurs ailleurs que dans la maison de Dieu. Toutes ces raisons font qu’on ne se pressera pas, mais l’usage viendra d’utiliser les jardins pour créer des cimetières familiaux. Il est probable que le lieu dit l’Erbaggio n’a jamais été utilisé pour les inhumations, et le cimetière est aujourd’hui implanté en un autre lieu. Il faut dire que les budgets de la commune sont maigres, très
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maigres26. L’état des comptes arrêté le 30 juin 1819 pour l’année 1818 évalue les recettes admises à 172,74 francs et les dépenses allouées à 29,50 francs. En 1823 et 1824 les recettes sont respectivement de 33,90 et 33 francs pour des charges et dépenses de 92,75 et 31,25 francs. C’est en 1825 qu’arrive la manne très attendue du fermage des biens communaux dont le montant annuel approuvé par le Préfet est de 1260 francs. En 1825 et 1826 les recettes passent à 1231 (dont 1154 de fermage) et 1295 francs (dont 1260 de fermage) pour des charges et dépenses de 302 et 292 francs. Cela pour une population de l’ordre de 600 âmes. On connaît les difficultés qu’a rencontrées le fermier des biens communaux, et les conséquences se ressentent sur les recettes : en 1828, les fermages ne contribuent plus que pour 300 francs, pour osciller les années suivantes autour de 800 francs. Quant aux charges et dépenses, elles connaissent une pointe de 739 francs en 1827 descendue à 338 francs l’année suivante, puis restent jusqu’en 1833 au-dessous de 300 francs. Au cours de l'année 1829, l'État décide de lancer en Corse une étude destinée à mieux connaître les ressources et les besoins des villages. Un questionnaire comportant 46 rubriques parvient ainsi à la mairie de Frasseto50. La première réaction est une extrême méfiance, car de mauvaises réponses pourraient entraîner de nouvelles impositions ; on s'attachera donc à minimiser les richesses de la commune et surtout ses récoltes, mais aussi, puisque l'occasion se présente, à faire connaître, sans exagération, ses véritables besoins. C'est ainsi que dans la réponse on insistera sur le très mauvais état de l'église dont l'autel et les fenêtres ont besoin de réparations d'un montant d'au moins 600 francs ; le presbytère menace ruine et est presque inhabitable. Quant à la mairie, il n'y en a point : elle est située dans la maison du maire. Les deux fontaines publiques sont en mauvais état. Les chemins vicinaux sont en très mauvais état et il s'y fait peu de réparations. Le village est situé au-dessus du cours d'une rivière qui, à la saison, empêche les voyageurs et les habitants de voyager faute de pont. Il serait nécessaire d’en construire un. Non, il n'y a pas lieu d'installer une foire, elle existe déjà. Il n'y a toujours pas d'instituteur et c'est un membre de la succursale qui enseigne gratuitement l'alphabet à 5 ou 6 garçons.
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La surface cultivée représente environ 1/20ème du territoire de la communauté ; il n'y a plus de garde champêtre. La production de céréales qui comporte du blé, de l'orge et un peu de seigle est exportée en petite quantité, mais celle des légumineuses (haricots, fèves, petits pois) est nulle ainsi que celle du maïs et des plantes textiles. Il n'y a pas d'oliviers et donc pas de récolte d'huile, pas plus que de moulin à huile. Il n'y a pas de vignes et donc pas de production de vin. Les châtaigneraies couvrent 1/40ème du territoire, mais l'exportation de châtaignes sèches n'est pas suffisante. La récolte moyenne s'élève en mezzinates à 150 pour le blé, 300 pour l'orge, 50 pour le seigle, 40 pour les pommes de terre et 100 pour les châtaignes (rappelons que la contenance d’une mezzinate est d’environ 75 litres). En ce qui concerne les animaux, le village utilise 50 bœufs de labour, mais pris en location, et le cheptel s'élève à 250 brebis et bêtes à laine, 250 chèvres, pas de chevaux, 50 mulets et 100 bœufs ou vaches. Il y a 10 moulins à eau qui servent plus à d'autres communes qu'à celle-ci et la redevance pour moudre est du 1/12ème. Il existe aussi 20 machines d'habits et 10 de toile à l'usage de la commune mais pas d'autre genre d'industrie. Les administrés perçoivent le gros avantage de la division des biens communaux ; la majeure partie «ni sentino piacere» (en ressentent du plaisir). Enfin, l'amélioration que pourrait introduire l'administration est la création d'une brigade de voltigeurs ou de gendarmes. Cette demande sera renouvelée le 1er février 1841 dans une lettre adressée au Préfet avec les maires des communes voisines de Campo et Quasquara36. Malgré les craintes qu'avait inspiré le questionnaire, on constatera que certaines des demandes seront satisfaites au cours des années qui suivront : le village recevra un instituteur, une brigade de Gendarmerie sera installée dans le hameau de Coti pour combattre le banditisme et plus tard la route d'Ajaccio à Guitera traversera le village de Frasseto et un pont enjambera la rivière. Mais s'il n'était pas possible de réduire le nombre de moulins qui était connu, était-il nécessaire de minimiser aussi fortement certaines productions,
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comme celle des châtaignes par exemple ?

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Pierre-Joseph, ex-moine
Un nouveau maire à Frasseto Après la révolution de juillet 1830, qui a vu l'accession au trône de France de Louis Philippe, l'avocat JOURDAN du VAR est nommé Préfet de la Corse. Dès le 10 novembre 1830 il fait paraître un état des nominations provisoires de maires et d'adjoints municipaux ; pour le canton d'Ornano : treize communes sont concernées ; à Frasseto c'est Pierre-Joseph FRANCESCHI qui est nommé maire en remplacement de Paul Jourdan FRANCESCHI, et Antoine MARIANI nommé adjoint en remplacement de Joseph ANTONA. Ces dispositions seront confirmées par un arrêté du Ministre de l'Intérieur du 13 janvier 1831. On voit ainsi réapparaître l'ex-moine Pierre-Joseph FRANCESCHI qui avait déjà été maire en 1798 mais qui avait été suspendu rapidement de ses fonctions. L'événement a naturellement donné lieu à Frasseto à des festivités auxquelles ont été conviés tous les parents, amis et alliés du village et des communes voisines. Pierre-Joseph était veuf, mais avec l'aide de ses enfants - Marie Françoise, Jean Baptiste et Antoine Mathieu - et le concours de sa famille une réception est organisée pour fêter la nomination comme il se doit. Les femmes ont pétri de la pâte, chauffé le four du quartier de A Cuddetta pour faire du pain frais et des gâteaux et préparé des corbeilles entières d'oreillettes et de beignets. Elles ont dressé des tables devant la maison. Les hommes, eux, avaient remonté de la cave les bonbonnes de vin vieux et quelques bouteilles d'eau de vie ; ils avaient aussi ramené des jambons de deux ans et des coppas dont ils avaient coupé de larges tranches. Le fromage piquant était également prêt pour achever la collation. La fête s'est déroulée dans l'allégresse et les invités avant de quitter les lieux ont renouvelé leurs félicitations à Pierre-Joseph. Quelques hommes s'étaient cependant attablés et avaient entamé des chants, et autour d'eux d'autres reprenaient les refrains. Quelques-uns
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de ces chants, souvent improvisés et ponctués de vivats à l'adresse du nouveau maire et de coups de mousquet étaient pleins d'ironie pour les adversaires politiques et saluaient la revanche de Pierre-Joseph. Car pour lui il s'agissait bien d'une revanche depuis qu'il avait guerroyé contre les Français dans les dernières années du siècle précédent. Les souvenirs lui revenaient en écoutant les chansons de ses amis. Les femmes se tenaient naturellement à distance, mais étaient très attentives à ce qui se passait et à ce que personne ne manque de rien. Etaient présentes la fille de Pierre-Joseph, Marie Françoise, mariée avec Jean Baptiste FRANCESCHI et mère d'une fille et d'un tout jeune garçon, sa belle-fille Marie Catherine COTONI, épouse de son fils aîné Jean Baptiste de qui elle a une petite fille, l'épouse et les filles de son frère Paul François : Marie Antoinette COTONI originaire de Quasquara, Marie Xavière, l'aînée, mariée avec Antoine MARIANI qui vient d'être nommé adjoint au maire, de qui elle avait eu deux enfants malheureusement décédés en très bas âge, Marie Françoise qui venait d'avoir 20 ans. Marie Françoise, que l'on surnommait Cicchetta (prononcez Tchiquetta), menue, vive et belle attirait les regards des jeunes gens, mais savait garder ses distances. Il y avait déjà sans doute en elle le feu de l'amour qui couvait, car elle ne tarda pas à mettre la famille en émoi. Elle fut à l'origine d'une longue tragédie qui sera l'un des thèmes du présent ouvrage. Les derniers invités partis, les femmes s'affairent pour tout remettre en état et ce n'est que lorsque tout est rangé qu'elles commentent la soirée, embrassent Pierre-Joseph, puis vont se reposer. Le passé de Pierre-Joseph Pierre-Joseph FRANCESCHI, fils d'Ange François et de Marie Xavière, avait été baptisé à Frasseto le 25 janvier 1766 par Pierre Paul de Corté et Annonciade de Frasseto. La famille comprenait déjà trois frères et deux sœurs et elle s'enrichira encore d'un garçon et de deux filles. Même si sa famille est relativement aisée, l'enfance et l'adolescence de Pierre-Joseph sont rudes, comme celle de tous les jeunes de ce village de montagne ; le travail des champs et les soins aux bêtes y prennent la plus grande part. Pierre85

Joseph est envoyé suivre les cours que prodigue le desservant et comme il apparaît que le garçon a des dispositions pour les disciplines scolaires, on décide de les mettre en valeur et on l'envoie poursuivre ses études au couvent d'Ornano après sa communion célébrée le 24 mai 1775 par Monseigneur André DORIA évêque d'Ajaccio. Puis est arrivée cette cérémonie tant attendue de la vêture au cours de laquelle, le 19 octobre 1785, François Antoine GROSSETO l'accepte comme clerc sous le nom de Jean Baptiste et ce dernier «Jean Baptiste de Frasseto, appelé au siècle Pierre-Joseph, atteste avoir été admis à l'habit »14. Puis, le 22 juillet 1787, le père Simon d'Azilone déclare «avoir admis à la solennelle profession de notre religion le clerc Jean Baptiste de Frasseto». Pierre-Joseph prend alors place dans la communauté des frères «minori osservanti» du couvent d'Ornano à Siché, hameau de Santa Maria Siché. Mais à Paris la Constituante continue son œuvre et va établir la Constitution civile du clergé qui va exiger des ecclésiastiques un serment de fidélité et va les diviser. A Frasseto, le serment est requis du Parraco Antoine Nicolas FORCIOLI, lequel, bien volontiers, jure de veiller avec diligence sur les fidèles de sa paroisse, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir avec tout son pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale. Il obtiendra une pension annuelle de 1.200 francs. Puis on a demandé aux autres ecclésiastiques de Frasseto qui étaient en couvent s'ils désiraient continuer la vie commune ou l'abandonner. Tout d'abord le père Jean François FRANCESCHI, du couvent des Franciscains d'Ajaccio, déclare le 25 août 1791 vouloir abandonner la vie commune ; le père Jean François était né à Frasseto le 14 novembre 1746 d'Antoine et de Diane et baptisé le lendemain sous le prénom de Joseph Marie avec pour parrains Maître Antoine François et Antoinette. Il avait été admis dans les ordres par le père Pierre de Grosseto le 12 mai 1767. Il deviendra dans le canton l'un des chefs de la rébellion contre les Français et sera membre du Conseil général de la Corse présidé par PAOLI. C'est le même jour au couvent d'Ornano que Pierre-Joseph FRANCESCHI, de l'ordre des «minori osservanti» déclare lui aussi
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vouloir abandonner la vie commune et se retirer dans le district d'Ajaccio. C'est ainsi que son nom sera souvent suivi plus tard de la mention «ex-frate» ou «ex-religioso». C'est enfin Nonce LANFRANCHI - Bonaventure en religion - également originaire de Frasseto, lui aussi de l'ordre des «minori osservanti» du couvent d'Ornano qui déclare le 30 août 1791 vouloir abandonner la vie commune. Il a 56 ans, a fait sa profession de foi le 8 juin 1757, et dit vouloir se retirer dans le district d'Ajaccio. Tous les trois recevront une pension. Puis, comme dans tout le pays, les citoyens sont invités à s'organiser pour constituer des éléments de la garde nationale. A Frasseto, une assemblée des communautés de Campo, Quasquara et Frasseto se réunit le 17 novembre 1792 sous la présidence de Dominique SUSINI, maire de Frasseto, dans l'église paroissiale pour désigner les cadres d'une compagnie qui doit s'y former. A l'unanimité, l'assemblée élit tout d'abord Jacques Sébastien FOATA comme secrétaire, puis procède à l'élection de trois scrutateurs ; Jean François FOATA, curé de Quasquara, et les prêtres Joseph Marie FRANCESCHI et Antoine Dominique LANFRANCHI tous deux de Frasseto sont élus à cette fonction. On remarque parmi ceux qui sont élus cadres de l’unité : Capitaine, Antoine François FRANCESCHI (frère de Pierre-Joseph) ; Sous lieutenant, François MARIANI ; Sergents, Jules GIULIANI et Joseph ANTONA ; Caporal, Jean Noël FRANCESCHI de Frasseto. Quelques jours plus tard, le 22 novembre, a lieu au chef lieu de canton l'élection de l'état major du bataillon du canton. Le surlendemain, à Frasseto, pour satisfaire à la prestation de serment exigée des fonctionnaires publics rémunérés par l'État, Antoine Nicolas FORCIOLI, parraco de Frasseto, jure d'être fidèle à la nation et de maintenir avec tout son pouvoir la liberté et l'égalité et de mourir à son poste. Se sont également présentés Charles François CASARANI, ex-frère Antoine en religion, d'Albitreccia et PierreJoseph FRANCESCHI, ex-frère Jean Baptiste, clerc de Frasseto, qui ont fait le même serment devant le conseil de la communauté de Frasseto composé de Dominique SUSINI maire et des notables de la commune.
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Le combat avec les paolistes Les républicains ont ainsi tenté de s'imposer à Frasseto comme dans tout le canton d'Ornano au cours de la fin de cette année 1792. La situation a cependant dû se retourner, car le canton d'Ornano a été par la suite acquis aux paolistes, semble-t-il, dans sa quasi-totalité. Le retour de Pascal PAOLI et son attitude vis à vis des Français va donner à Pierre-Joseph l'occasion de manifester sa rancœur en appuyant le gouvernement corse puis en préparant et en soutenant le royaume anglo-corse. En attendant, on s'inquiète à Paris de la tournure que prennent les événements en Corse et on essaye d'y faire face tout d'abord par un décret de la Convention nationale du 28 février 1793 qui demande au pouvoir exécutif de se faire rendre compte le plus promptement possible des mesures prises pour l'exécution en Corse de la loi qui ordonne la déportation des prêtres réfractaires. Et le 30 avril 1793, la Convention nomme SALICETTI, DELCHER et LACOMBE-SAINT-MICHEL représentants du peuple français dans l'île51. Puis Pascal PAOLI est déclaré traître à la République française par un décret de la Convention nationale du 17 juillet 1793 ; le même décret déclare aussi qu'il y a lieu à accusation contre les membres du Directoire et du Conseil général du département de la Corse, dont FRANCESCHI qui est le père Jean François originaire de Frasseto. Pendant cette période du Gouvernement corse, il restait à Zicavo, dans le canton voisin du Taravo, une poche de résistance avec à sa tête le général ABBATUCCI, que les paolistes tentèrent de réduire. Le Général ABBATUCCI et le capitaine COTI racontent les événements dans un rapport qu'ils ont adressé le 23 janvier 1794 au représentant du peuple français LACOMBE St MICHEL, délégué en Corse par la Convention nationale52 : «Fait à Argia Pietrosa Territoire de Talavo le 4 pluviôse de l'an 2 de la république française une et indivisible. «Etant assemblés au nombre de 250 hommes dans le canton
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de Zicavo, nous fumes informés que tout le canton rebelle d'Ornano, renforcé par l'arrivée des traîtres PANATIERI, Marco PERALDI, Giuseppe COLONNA et BOZI avec une nombreuse suite de séditieux, suivis de deux canons et pourvus de vivres et de munitions étaient soulevés pour nous attaquer. Nous prîmes les mesures de défense que nous permettaient nos forces. La nuit du 1er au 2 Pluviôse, un détachement de 100 hommes attaqua un de nos postes commandé par le citoyen LEONARDI curé d'Olivèse et composé de ses paroissiens chargés de défendre le poste de la Trinité ; mais les attaquants furent repoussés avec l'aide d'un détachement du village de Corrano venu sous la conduite du citoyen PERALDI curé et les ennemis eurent un homme de tué et plusieurs blessés. Cette même nuit, au point du jour une troupe de rebelles du Talavo attaquèrent une de nos gardes à la fosse dell'Era et furent vigoureusement repoussés. Dans ce jour tout le canton rebelle d'Ornano faisant retentir le canon, le tambour et les cornets, finit par une attaque générale composée de 1.500 rebelles. L'action dura jusqu'au soir, nous perdîmes deux hommes et un blessé. Les rebelles ont eu douze hommes tués et plusieurs blessés, et en se retirant dévastèrent et mirent le feu à plusieurs maisons des patriotes. » On peut penser que Pierre-Joseph, comme paoliste, a participé à cette expédition et y a entraîné des habitants de Frasseto. Le compte rendu du Général ABBATUCCI et du Capitaine COTI paraissait être un bulletin de victoire, alors qu'en réalité la résistance avait été très modeste et que PANATTIERI et sa troupe parvinrent jusqu'à Zicavo et que le général ABBATUCCI dût même abandonner son village pour aller s'embarquer à Campu Moru avec ses fils et une petite suite66. La situation paraît s'être ensuite stabilisée dans le canton sous l'autorité du Gouvernement corse. C'est le 1er juin 1794, qu'en vertu de la lettre circulaire écrite le 1er mai par son excellence le Général de PAOLI, l'assemblée de la communauté de Frasseto s'est réunie dans l'église paroissiale pour nommer un député qui la représentera à la consulte générale de la Nation corse qui doit se réunir le 8 juin à Corté. Sont présents 81 hommes de plus de 25 ans dont Pierre-Joseph sans mention de son
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titre de «frate» ou d'«ex-frate» et l'Abbé FRANCESCHI. Après avoir désigné comme président Antoine Marie MARIANI, lequel a choisi comme secrétaire l'Abbé LANFRANCHI, elle a désigné à la majorité l'Abbé Jean Marie MURZI pour la représenter, avec pour suppléant Antoine Marie MARIANI en cas de récusation de Jean Marie MURZI, et lui a donné la faculté de se concerter et de délibérer avec les autres représentants de la nation réunis en assemblée sur les relations futures entre la Corse et sa Majesté le Roi de Grande Bretagne et la nation anglaise, comme sur d'autres objets d'utilité publique contenus dans la dite lettre circulaire. Jean Marie MURZI figurera sur l'état «des députés composant la consulte générale de l'île de Corse convoqués à Corté le 8 juin 1794»40. Il faut rappeler que la France avait connu une période troublée au début de la décennie 1790 et la Corse avait vécu sous le régime du gouvernement corse de mai 1793 à octobre 1794, et ensuite du royaume anglo-corse jusqu'à octobre 1796. Puis les Français avaient débarqué et leurs détachements avaient réoccupé l'île et chassé les Anglais. Selon le Colonel PRETOT54, qui relate les faits, les Corses qui avaient pris part à la rébellion paoliste, maudissaient maintenant les Anglais qui les avaient abandonnés après les avoir compromis, et ne cherchaient qu'à faire oublier leurs torts ; les autres craignant en secret leur retour, étaient retenus par un sentiment de prudence naturelle. Mais, ajoute-t-il «... chez un peuple aussi impétueux, ces dispositions ne pouvaient être de longue durée». Effectivement, un an après, les paolistes, parmi lesquels se trouvent des hommes de Frasseto, entrent à nouveau en rébellion dans le département du Liamone et lancent un appel à la population de la région d'Ajaccio qu'ils tentent de soulever : «Du col de Saint Georges 14 septembre 1797. Chers frères Nous soussignés fils de la Patrie en mesure de connaître ses véritables intérêts, sa situation critique actuelle, et vigilants à tous les événements qui se produisent, nous sommes réunis en ce lieu pour penser sérieusement aux moyens de remédier à la pénible situation
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dans laquelle se trouve la nation. cette expédition patriotique étant une véritable croisade, la guerre de religion, toutes les paroisses et les curés seront tenus sous peine d'une juste indignation de donner la messe à leurs paroissiens, les populations étant disposées à mourir pour leur Dieu, comme pour ses Ministres ; les contrevenants à cette mesure juste et chrétienne seront regardés comme des fils ingrats de la Patrie. La réunion générale a lieu à Stileto et pour toute la journée du dimanche 17 du courant, en attendant ce moment même jusqu'au jour de dimanche déjà dit et il y aura un camp volant pour la mesure indispensable d'attaque. Nous vous attendons avec impatience pour revendiquer nos droits temporels et spirituels....... Salut et fraternité» Avaient signé 45 personnes originaires de Vizzavona, Bocognano, Bastelica, Suarella, Grosseto, Zigliara, Forciolo, Quasquara, Santa Maria Siché, Guarguale et pour Frasseto l'Abbé FRANCESCHI, Pier Gio FRANCESCHI, Pier LUISI , et Giovanni MURZI. Les signataires de Frasseto n'étaient pas des inconnus : ils étaient liés à l'église et engagés depuis un certain temps dans la lutte contre les Français. Pier Gio FRANCESCHI est l'ex-moine Pierre-Joseph dont on a déjà beaucoup parlé. Pier LUISI - plutôt PIERLOVISI - est peut-être Jean François PIERLOVISI l'économe de la paroisse qui a déjà signé comme témoin la proclamation d'août 1772, même si l'âge avancé qu'il devrait alors avoir ne plaide pas pour cette hypothèse ; on trouve en effet sur un état des personnes qui se sont absentées du canton sans passeport55 et dont le départ se situe en octobre 1797, neuf personnes de Frasseto dont Jean François PIERLOVISI suivi de la mention exprêtre. Quant à Giovanni MURZI, il s'agit du prêtre Jean Marie MURZI qui avait été élu délégué de Frasseto pour la consulte de juin 1794 à Corté. Le personnage le plus important est certainement l'Abbé FRANCESCHI dont le prénom n'est pas mentionné, mais qui est Jean François, ex-moine, qui sera cité plus tard comme l'un des meneurs
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de la rébellion. L'Abbé FRANCESCHI a fait partie du Conseil général du département de la Corse avec Pascal PAOLI et avait même été chargé de missions délicates sous le gouvernement corse comme cela ressort de certains comptes-rendus : Au cours de sa session du 6 août 1793, le Conseil général, «détermine que le citoyen FRANCESCHI, l'un de ses membres, qu'il nomme Commissaire, se transportera dans les cantons de San Piero, Celavo, Talavo et Ornano pour maintenir la tranquillité publique, prévenir et arrêter les perturbations qui pourraient se produire et arrêter les perturbateurs du repos public. Il est autorisé à faire appel à la force publique et aux gardes civils des différents cantons pour remplir sa mission. »56. On ne sait quelles méthodes utilisait l'abbé FRANCESCHI pour ramener le calme ou même s'il l'a ramené, mais il fut en tous cas appelé à d'autres fonctions plus importantes. En effet, au cours de la session du 12 septembre 1793, le Conseil général considérant que les citoyens FRANCESCHI, prêtre du canton d'Ornano membre du Conseil général, et PORRI, prêtre de Bastelica, sont reconnus pour leurs sentiments d'un pur patriotisme, les nomme administrateurs du Directoire du district d'Ajaccio pour exercer les fonctions prescrites par les lois en lieu et place des citoyens POGGIOLI et RENUCCI57. Les Paolistes qui avaient lancé l'appel du col de Saint Georges, poursuivant leur marche vers Ajaccio, font halte à la Tegghia de Cauro près du village d'Eccica et Suarella (la Tegghia désigne un lieu qui reçoit son nom de la présence d'une pierre plate remarquable, par exemple un dolmen). De là, étant à la recherche de soutiens et de vivres, ils adressent le 4 octobre 1797 une lettre aux notables de Cauro pour leur demander de leur porter du pain et un peu d'accompagnement. Ils écrivent également une lettre aux habitants d'Eccica et Suarella, mais là se présente une difficulté, car ce village parait avoir pris fait et cause pour les républicains ; une troupe dirigée par le citoyen PIETRI, Président de la Commission centrale du Département y est en effet stationnée. La totalité de cette lettre mérite d'être citée (traduction) : «Chers compatriotes, D'aucuns ont voulu nous faire accroire qu'entre les habitants de votre communauté et la Commission qui se tient à Eccica et
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Suarella existerait une entente secrète, tendant à autoriser l'entrée de ladite Commission, avec la troupe à sa suite, dans votre village ; nous ne l'avons guère cru ni ne le croyons, dès lors que l'engagement que nous avons contracté ne l'est pas à notre propre bénéfice mais pour le bien de tous, et qu'aujourd'hui nous sommes davantage concernés par le bien universel et la conservation de la religion catholique si agréable à nos pères. Sans plus de précautions, nous avons l'honneur de vous faire observer que vous feriez mieux, et le devez sans faute, de permettre à notre troupe d'entrer dans votre village, et qu'ainsi vous recouvrerez l'estime de vos compatriotes qui a beaucoup décru en voyant que vous retardez de vous unir à nous ; de toutes manières le peuple plus rassemblé sera contre vous justement courroucé et sera obligé d'emprunter des voies qui pourraient vous déplaire. Soyez persuadés, chers compatriotes, que notre camp est puissant, et s'accroît à chaque instant. Il saura par conséquent punir les défections. Ayez la bonté de nous répondre, à nous qui sommes du même sang et vos compatriotes. P.-S. Le curé est prié, et au besoin il lui est enjoint, de communiquer la présente aux édiles et aux notables de Cauro ». La proximité des deux troupes conduit à un engagement qui se termine mal, d'après les républicains, pour ceux que l'on appelle les rebelles. Le citoyen PIETRI, Président de la Commission centrale du Département, raconte les événements dans un rapport du 7 octobre 1797 : «............Le 14 Vendémiaire (5/10/1797) je sortis d'Eccica avec la troupe au moment où une Compagnie venant d'Ajaccio se trouvait engagée avec les rebelles. En moins d'une heure, le camp des soi-disant catholiques fut dispersé ; huit dont deux prêtres furent tués, et il y eut des chefs conspirateurs blessés. Nous n'avons eu dans cette affaire que deux soldats blessés. » La troupe avait de plus récupéré dans le campement des paolistes les lettres mentionnées ci-dessus qui comportaient pratiquement la liste de tous les chefs de la rébellion. Dès le 8 octobre, les membres composant l'administration centrale du département du Liamone adressent au Ministre de
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l'Intérieur une lettre au sujet de la rébellion qui a éclaté dans le département ; y est jointe une note qui donne une liste des chefs de la rébellion qui a éclaté dans le département du Liamone de fin septembre 1797 à début octobre 1797, dont : « L’abbé FRANCESCHI du Frasseto membre du conseil général du département rebelle ; commissaire de PAOLI, décrété d'accusation par la Convention Nationale, réfractaire, royaliste et conspirateur. » L'abbé FRANCESCHI avait été décrété d'accusation par la Convention le 17 juillet 1793 avec les autres membres du conseil général de la Corse par le même décret qui avait déclaré Pascal PAOLI traître à la République française. On note aussi au sujet de l'Abbé FRANCESCHI, dans un mémoire «relatif aux moyens pour faire échouer le projet des anglais sur l'île et les entreprises de PAOLI», sans date ni signature20 : «...L'on sait aussi à n'en pas douter que l'Abbé FRANCESCHI a passé par Paris en revenant de Livourne et va se rendre à Londres. Cet Abbé est un des zélés partisans de PAOLI. Il y a toute apparence qu'il porte des nouvelles du frère de PAOLI et de l'arrivée du vaisseau à Livourne. » Il est probable que ces faits se situent après le retour de Pascal PAOLI à Londres, c'est à dire après octobre 1795. Puis, une note58 du 12 octobre 1797 au sujet des chefs de la rébellion qui a éclaté dans le département du Liamone dans la deuxième quinzaine de septembre 1797 mentionne elle aussi « l'exrécollet Jean François FRANCESCHI. Perturbateur, méchant et conspirateur. » Le 12 octobre 1797 l'Administration centrale du Liamone proclame la victoire sur les traîtres et recommande de fuir « la séduction de ces méchants. » Puis le 9 décembre 1797, un projet d'arrêté cite, comme définitivement maintenu sur la liste des émigrés, sous le N°41 Jean FRANCESCHI domicilié à Frasseto, dont les biens meubles et immeubles seront vendus au profit de la République25. Pendant cette période, la situation était particulièrement trouble dans le canton d'Ornano : Le Directoire du département de la Corse signalait le 19 mars 1798 que «le canton d'Ornano connu en
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grande partie pour sa mauvaise volonté ou pour son indifférence est l'endroit où se dirige l'expédition (une colonne républicaine)» et que «les cloches des cantons d'Ornano et de Talavo sont arrivées en morceaux à Ajaccio. Les prêtres insermentés sont traduits pardevant les tribunaux. » Avec le retour des Français, des élections sont organisées pour nommer dans les communes des agents (maires) et des adjoints. A Frasseto deux élections ont lieu à une semaine d'intervalle : la première le 1er Germinal an 6 (20 avril 1798) au cours de laquelle, sous la présidence du plus âgé Jean François FRANCESCHI, Simon PIETRINI et Pierre ANTONA sont élus avec 10 voix chacun ; la deuxième a lieu le 27 avril sous la présidence de Jean FRANCESCHI, «le plus ancien en état» précise t-on, à la suite de laquelle Pierre-Joseph FRANCESCHI et Paul CASANOVA sont élus agent et adjoint sans indication du nombre de voix. Il semble bien que ce soit la deuxième élection qui ait été retenue puisque le 15 Vendémiaire an 6 (7 octobre 1798) Pierre-Joseph est provisoirement suspendu et remplacé par Paul FRANCESCHI ; puis après sa suspension définitive le 1er novembre 1799, c'est Paul CASANOVA qui est nommé maire de Frasseto. Cette dernière décision fait partie d'une charrette dans laquelle ont sombré 11 agents et 9 adjoints du canton d'Ornano ; il est reproché aux membres qui composent l'administration municipale d'Ornano « d'être vendus à l'or anglais, d'être de connivence avec les ennemis de la République, que les mesures prises par l'Administration centrale pour assurer la tranquillité du département ne puissent produire aucun effet avec eux, qu'en outre la majeure partie d'entre eux ou sont parents d'émigrés ou ont servi sous le Gouvernement anglais, qu'enfin tous sont complices des traîtres, et que les agitateurs du peuple sont par eux protégés». Jean François FRANCESCHI, quant à lui, figure toujours sur une liste du 19 juin 1798 et est toujours en Corse puisqu’il est précisé qu’ « on n'a pas compris dans cet état ceux qui ont abandonné l'Isle et qui sont portés sur la liste des émigrés. » Une note datée du 17 novembre 1798 des individus qui se sont embarqués pour la Sardaigne du 6 au 14 novembre 1798 mentionne parmi d'autres14 :
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«- l'ex récollet Jean François FRANCESCHI chef de rébellion - Jean Marie MURZI prêtre réfractaire» Ils faisaient sans doute partie d'un groupe signalé par le Général AMBERT, commandant en chef en Corse, au citoyen SCHERER Ministre de la guerre dans une lettre du 23 novembre 179859 : «....les ennemis du gouvernement sont comprimés, chaque jour j'apprends que des chefs s'embarquent, et on m'annonce à l'instant que 32 individus dont presque tous sont ou émigrés ou chefs de révolte se sont emparés de deux gondoles et ont fui en Sardaigne... » Il signale par ailleurs que 300 hommes du 23ème Régiment d'Infanterie légère sont établis dans le canton d’Ornano. Enfin le 19 décembre 1798 les membres composant l'administration centrale du département du Liamone adressent au Ministre de l'Intérieur un troisième supplément à la liste des émigrés du département. On y trouve : «FRANCESCHI Jean Joseph, dit père Jean François, Ex récollet, commune de Frasseto, biens à Frasseto, chef de la dernière rébellion, ci-devant membre du gouvernement rebelle. » Le prénom exact de baptême du père Jean François est, comme on l'a vu, Joseph Marie et non pas Jean Joseph ; il semble qu'il ne s'agit là que d'une erreur dans les prénoms. On retiendra toutefois que le père Jean François FRANCESCHI, après la défaite de Cauro, après avoir guerroyé dans le canton d'Ornano, et sans doute tenu le maquis pour échapper à ses poursuivants républicains a finalement émigré en Sardaigne en compagnie de Jean Marie MURZI. Qu'est-il advenu de Pierre-Joseph à cette époque ? A-t-il été arrêté et traduit en justice ou bien a-t-il jugé plus prudent de prendre le maquis en attendant des jours meilleurs ? Toujours est-il qu'il figure au recensement sommaire portant la date du 8 mars 1799 mais pas sur la liste des électeurs établie en 1803. Quant au père Jean François FRANCESCHI, est-il en Corse au moment de la rébellion du Fiumorbo, et a-t-il pris part à des tentatives de rétablissement du pouvoir paoliste ? La révolte paraissait en effet terminée, mais elle ne tarda pas à reprendre et à toucher le canton d'Ornano qui retrouvait alors sa passion paoliste.
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C'est ainsi que les rebelles du canton exercent une pression sur Cauro au cours du mois de juillet 1800 après avoir neutralisé le parti favorable aux Français. Le citoyen CAURO, chef de la Gendarmerie nationale de Cauro fait part de ses craintes au Préfet GALEAZZINI en lui signalant tout d'abord le 8 juillet qu'une trentaine de rebelles occupent le col de Saint Georges à mi-chemin entre Ajaccio et le chef lieu du canton d'Ornano et en défendent le passage à la troupe qui voudrait se porter sur Ornano71. Puis le 12 il rend compte qu'un homme venant d'Ornano, lui a rapporté qu'une vingtaine de rebelles de ce canton était montée à Zicavo pour y prendre de la munition de guerre, que les rebelles au nombre de 200 devraient se porter sur Cauro et qu'il s'attend à être attaqué par une force majeure sans moyen de résistance et sans munitions. Mais peut-être le combat tourna-t-il à l'avantage des républicains, car le citoyen QUILICI, médecin, qui dirige un groupe de partisans des villages de Campo, Quasquara et Frasseto du haut canton d'Ornano, fait part le 13 juillet 1800 au Préfet GALEAZZINI des difficultés qu'ils ont éprouvées et des mauvais traitements qu'ils ont subis de la part des émigrés, puis l'assure de sa fidélité. En tous cas, l'administration centrale qui a pris un arrêté contre les émigrés et les prêtres d'après la loi du 19 Fructidor « fait arrêter les prêtres à mesure qu'ils se refusent de faire le serment prescrit, et qu'ils troublent la conscience des faibles. Quelques-uns ont déjà pris la fuite. » Et on relève dans un document du 23 novembre 1800 citant ceux qui sont définitivement maintenus sur la liste des émigrés le nom de Jean FRANCESCHI, ex-moine et commissaire du Gouvernement rebelle dans le district d'Ajaccio, à la tête des insurgés du canton d'Ornano actuellement58. Il s'agit bien de celui qui était jusque là appelé l'abbé FRANCESCHI et qui avait effectivement été nommé commissaire du Gouvernement pour le district d'Ajaccio par le Conseil général du département de la Corse le 12 septembre 1793. Mais tout se termine au début de 1801. Lorsque le Conseiller d'État MIOT est nommé le 8 janvier 1801 par le premier consul Administrateur général des départements du Golo et du Liamone, la rébellion a cessé. Si Jean François n'était pas à Frasseto à cette époque, il ne
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tarda pas à y revenir, car apprenant qu'un Sénatus Consulte de fin avril 1802 accorde l'amnistie aux émigrés, il demande fin mai 1803 à en bénéficier et obtient un certificat d'amnistie61 : «Paris, le 7 Prairial an XI (27/5/1803) de la République, Le grand juge et Ministre de la Justice, en exécution de l'article VII du Senatus Consulte, en date du 6 Floréal an X ; Vu la déclaration faite le 16 thermidor an dix de la République devant le Préfet du Département du Liamone par FRANCESCHI (Jean François) ex-moine....... Amnistie est accordée pour fait d'émigration à FRANCESCHI (Jean François). » Dans cette déclaration il «... jure d'être fidèle au Gouvernement établi par la Constitution et de n'entretenir ni directement ni indirectement aucune liaison, ni correspondance avec les ennemis de l'État. » Quant à Pierre-Joseph il ne semble pas qu'il ait quitté Frasseto, et il n'a pas non plus demandé de certificat d'amnistie. Cependant on a vu qu'il ne figure pas sur la liste des électeurs de 1803 et cela laisse supposer qu'il a pu avoir quelques ennuis avec les nouvelles autorités. Libre de ses engagements religieux, il s'était marié avec Marie Madeleine PIERLOVISI de qui il avait eu sa fille Marie Françoise en 1803, mais on ne trouve trace ni du mariage ni de la naissance, car les registres de l'état civil de Frasseto manquent pour les années 1793 à 1803. D'autres rebelles de Frasseto qui s'étaient expatriés en 1798 ont regagné le village. Ils sont au nombre de cinq d'après l'état que fournit le 30 octobre 180216 le maire CASANOVA qui ajoute que leur condition est misérable et leur faculté très ténue. En somme ils ne représentent aucun danger. Tous ces souvenirs sont revenus à la mémoire de PierreJoseph pendant que se déroulaient les festivités de sa nomination à la tête de la commune. Les faits se sont déroulés il y a quelques dizaines d'années et son souci actuel est de remplir dans les meilleures conditions les fonctions de maire qui viennent de lui être confiées. Il regrette que sa femme Marie Madeleine soit décédée prématurément et ne soit pas présente à ses cotés pour la fête. Il s'était retrouvé veuf
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en 1818 avec ses trois enfants de 15, 13 et 5 ans, et pensait avoir bien assumé ses responsabilités envers eux, grâce aussi à sa fille aînée Marie Françoise qui avait pris en charge les travaux ménagers jusqu'à son mariage en 1825 avec Jean Baptiste FRANCESCHI, fils de son parent et ami Antoine Marie FRANCESCHI, dit Pilinu, père aussi de Joseph Marie FRANCESCHI, dont nous avons déjà longuement parlé, fermier malheureux des biens communaux de Frasseto de fin 1824 à fin 1826, et persécuté par le percepteur PASQUINI. Pierre-Joseph est soucieux d'économiser les deniers de la commune ; il ne prend point de secrétaire de mairie et se charge luimême de la rédaction de tous les actes d'état civil. La commune avait été saignée par les procès qu'elle avait soutenus : d'abord celui contre les Ornano qui avait coûté fort cher. Ce procès s'était terminé en 1825, mais aussitôt avait commencé celui contre l'État et les particuliers au sujet des biens communaux. Après l'arrêt de la Cour de Bastia qui lui était favorable, la commune allait connaître un temps de répit si toutefois les particuliers en restaient là. Il ne manque pas, après sa prise de fonctions de maire, de faire connaître au Préfet ceux des habitants qui ont usurpé des biens communaux et au premier rang desquels il cite Dominique FRANCESCHI, dit Pulvareddu, qui fera parler de lui plus tard. Il ne ménage personne et dénonce même son neveu Ange François FRANCESCHI, fils de feu son frère Antoine François, ancien maire.

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Le départ de l’inimitié
L’enlèvement de Cicchetta Au cours du mandat de Pierre-Joseph, un événement fâcheux, qui aura des conséquences terribles, va se produire et bouleverser sa famille. A la fin de l'été, le 30 août 1831 au soir, son frère Paul François vient l'informer que sa fille Marie Françoise - dite Cicchetta diminutif de Françoise - qui était sortie comme d'habitude prendre le frais après le repas du soir, n'est pas rentrée et qu'il craint qu'elle n'ait été enlevée. La mère de Cicchetta a bien des soupçons qu'elle porte sur Joseph Antoine ANTONA surnommé Fiacconu, qui habite la maison dite des Bianchi dans le même quartier, pour avoir surpris des regards qu'ils échangeaient, mais elle avait estimé que c'était le comportement normal d'une demoiselle de son âge. Cicchetta n'avait soufflé mot de ses sentiments à sa mère, car elle savait bien qu'une amitié avec Fiacconu ne serait ni appréciée ni admise par la famille et elle craignait sans doute aussi qu'on en profite pour lui donner un mari qu'elle n'aurait pas choisi elle-même. Ce surnom que porte Joseph Antoine ANTONA n’est d’ailleurs pas trop flatteur : Fiacconu signifie qu’il fatigue vite ou pire qu’il est paresseux. Toujours est-il qu'on n'a pas la certitude absolue que Cicchetta soit partie avec Fiacconu mais on n'envisage pas d'autre hypothèse que l'enlèvement, forcé ou non. La nouvelle s'est vite répandue dans le quartier car on en avait parlé aux parents et aux voisins et on s'était renseigné pour savoir si quelqu'un avait vu le départ des fugitifs. Et Fiacconu qu'on avait vu dans la journée n'était plus là. Cet évènement laisse à Pierre-Joseph une amertume personnelle, car on vient d'enlever sa propre nièce alors qu'il est le maire et l'on sait la place et le pouvoir que tient dans le village celui qui porte l'écharpe et dispose du sceau. Cependant, il faut agir et on décide que Pierre-Joseph et son frère Paul François iront sur-le-champ signaler la disparition de
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Cicchetta à la brigade de Gendarmerie de Santa Maria Siché, déposer une plainte pour enlèvement et faire part des soupçons de la famille. Le chef de la lieutenance de Santa Maria Siché en rend compte aussitôt au sous Préfet d'Ajaccio dans une lettre datée du 31 août62 : «J'ai l'honneur de vous prévenir, qu'hier au soir vers les dix heures environ, a été enlevée, dans la commune de Frasseto, la demoiselle Marie Françoise, fille du nommé FRANCESCHI (Paul François) de la commune de Frasseto ; mais comme il n'y a que de simples soupçons sur les ravisseurs, j'ai envoyé, moi étant un peu indisposé, le Maréchal des logis avec quelques gendarmes pour prendre sur les lieux, quelques renseignements afin que je puisse vous en rendre compte plus exactement. » La disparition mobilise les gendarmes mais sans résultat. Les soupçons cependant se confirment et on ne tarde pas à savoir que Cicchetta a quitté le village avec Fiacconu et à connaître le lieu où les fugitifs ont élu domicile. Il faut dire ici qu’à l’époque où se situe cet épisode l’enlèvement d’une jeune fille, que ce soit contre son gré ou avec son consentement, n’était pas un événement tellement exceptionnel. Cela se terminait généralement par une période de vie commune puis par le mariage après que les parents de la femme aient consenti à lui fournir une dot. Mais, de toutes façons, l'enlèvement de Cicchetta, consentante ou pas, n'est pas tolérable pour la famille FRANCESCHI et il convient de la ramener à la maison. Elle a 21 ans et est en âge d'être mariée, certes, mais une union dans de telles conditions n'est pas admissible, d'autant plus que l'on considère cette union comme une mésalliance ; et maintenant on craint que la réputation de Cicchetta ne soit définitivement compromise. La famille de Cicchetta habite à Frasseto la maison, aujourd'hui inoccupée, que l'on appelle encore « a casa di Maestri » la maison des Maîtres - et qui date de 1717 ou qui, plutôt, a été reconstruite à cette date comme l'indique l'inscription gravée sur le linteau de granite de la porte d'entrée. On peut penser que cette famille est relativement aisée et que ses membres font partie des notables du village : lors du recensement de 1818, qui totalise à Frasseto 634 habitants dans 171 familles, il n'y a que 7 hommes dont
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le titre de « propriétaire » figure dans la colonne « profession » : d'une part Pierre-Joseph FRANCESCHI (ex-moine), son frère Paul François (père de Cicchetta), Antoine François (leur frère aîné et maire du village) et son fils Ange François, quatre familles citées consécutivement ; d'autre part le notaire François Marie MARIANI, son fils Jean François et son frère Xavier Antoine, familles également citées consécutivement et dont nous aurons l'occasion de parler plus loin. La profession des autres hommes est généralement travailleur (lauratore) ; il y a aussi un médecin, un tailleur, un berger, un serviteur, deux journaliers et deux maîtres forgerons. Un contrat devant notaire établi en 1839, fait état de biens du père de Cicchetta ; ils se situent à Frasseto, Quasquara, Campo, Cognocoli, Forciolo et Santa Maria Siché, villages qui font tous partie du canton d'Ornano. Cicchetta était née le 9 mars 1810 à Frasseto, de Paul François et de Marie Antoinette COTONI son épouse originaire du village voisin de Quasquara, mais sa naissance n'avait été enregistrée à la mairie que le 30 décembre suivant. Elle avait une sœur aînée, Marie Xavière née en 1806 qui s'était mariée avec Antoine MARIANI, un frère Dominique Noël né en 1815 et enfin une jeune sœur Marie Madeleine née en 1819. Le ravisseur, Joseph Antoine ANTONA, dit Fiacconu, est issu d'une famille de modestes et honnêtes travailleurs : son père, Pierre, avait épousé Marie Françoise PICHETTI, de qui il a eu cinq enfants. L'aîné, Sébastien, né en 1805, le deuxième Fiacconu, né en 1806. Notons au passage que Fiacconu et Sébastien deviendront de redoutables bandits. Puis viennent trois sœurs : Marie Jeanne, née en 1807, épousera en 1832 Antoine TOZZA, originaire du village voisin de Campo ; un de leurs petits enfants sera Intendant Général de l'Armée de terre. Puis Marie, née vers 1808, qui s'était mariée en 1830 avec Joseph ANTONA - dit Muzzolu - âgé alors de 25 ans. Enfin Marie Antoinette, née en 1813, qui épousera en 1834 Xavier ANTONA, veuf et alors âgé de 41 ans, frère aîné de Muzzolu. La famille habite la maison Bianchi du quartier de A Cuddetta située à quelques dizaines de mètres de celle des parents de Cicchetta. La parenté de Fiacconu est nombreuse : son noyau est constitué de son frère, ses beaux-frères et ses seize cousines et cousins germains du
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seul coté paternel avec lesquels les liens sont très étroits et sur qui il peut compter en cas de nécessité ; notons aussi que les beaux-frères Joseph et Xavier ANTONA ont eux-mêmes seize cousines et cousins germains dont quatre sont des FRANCESCHI. Chez Cicchetta, un frère, deux sœurs, un beau-frère et également du coté paternel six cousines germaines et cinq cousins germains ; le beau-frère, Antoine MARIANI, dont la famille dite des Nasini –les petits nez- est composée de quatre frères et deux sœurs, compte seize cousines ou cousins germains dont six sont des ANTONA. Ces données font bien apparaître que les familles sont nombreuses, mais les parentés sont enchevêtrées et il n'est pas facile de séparer les forces en présence en deux camps sans affinités entre eux. Pour montrer à quel point le noyau autour de Cicchetta a été solidaire et impliqué dans la vendetta qui suivra l'enlèvement, signalons dès à présent que Cicchetta perdra son frère, son beau-frère (ainsi qu'un frère de ce dernier) et quatre de ses cousins germains, un cinquième sera seulement blessé ; on comptera aussi le mari d'une cousine germaine parmi les morts et un oncle germain parmi les blessés. Sébastien, le frère de Fiacconu, appartenait à la classe 1825, et lors du tirage au sort, le maire de Frasseto a sorti pour lui en son absence le numéro 35, qui était un bon numéro pouvant l'affranchir du service militaire63. En face de son nom figurent en observations les mentions «1,620 m, vomisseur de sang », sans autre explication. Les quinze années qui allaient suivre, de 1831 à 1846, montreront que Sébastien n'a guère souffert de cette infirmité si toutefois elle était réelle. Quant à Fiacconu, on ne trouve pas trace de sa présentation à un quelconque conseil de révision. Muzzolu et Sébastien prirent part avec Fiacconu aux évènements qui vont suivre ; peut-être même ont-ils participé à l'enlèvement de Cicchetta. Fermons cette parenthèse et revenons aux décisions qui s'imposent aux FRANCESCHI et qu'ils prennent : pour eux Cicchetta a été enlevée de force et il faut la ramener à la maison. Cependant on va d'abord parler ou parlementer même si l'on aurait préféré que la
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discussion se fasse avec les parents de Fiacconu, mais malheureusement ils sont tous deux décédés et le seul frère du père est aussi décédé en 1814. On se résout à négocier avec les ravisseurs le retour de Cicchetta et c'est son beau-frère Antoine MARIANI, du même âge que Fiacconu qui se charge de la démarche. Le résultat est négatif car Cicchetta n'est pas partie pour revenir ; elle le dit et son amant respecte sa décision. Alors on va employer d'autres moyens : après avoir rassemblé quelques parents et amis, on guette le moment favorable et on ramène Cicchetta au domicile familial. On veille sur elle, car il apparaît bien que son retour s'est fait contre sa volonté et l'on craint une nouvelle fugue. Sa mère se répand en sermons, sa sœur aînée et sa cousine Marie Françoise lui répètent leurs conseils affectueux, son père et ses oncles, sans dire un mot, jettent sur elle des regards courroucés, si bien que soumise à cette attitude familiale, elle semble s'être assagie et avoir repris sa place dans la maison paternelle. La récidive Ceci fut de courte durée, car le 25 décembre de la même année, alors qu'elle se trouve dans une des propriétés de ses parents dénommée Erbaggiolo, Fiacconu lui fait signe et elle repart aussitôt avec lui. Cette nouvelle escapade est encore moins appréciée que la première : il y a maintenant récidive et l'affront est d'importance. Mais comment aussi expliquer que Cicchetta ne se soit pas pliée à la volonté paternelle comme le veut la coutume ? Son père Paul François et son oncle le maire Pierre-Joseph sont animés de sentiments contradictoires : d'un coté la grande affection qu'ils portent à la fugitive et le désir de faire son bonheur, de l'autre le poids de l'agression à leur honneur. C'est certainement ce dernier sentiment qui prédomine et qui va dicter la conduite à tenir. Les parents et amis, qui ont bien compris la situation, sont venus témoigner de leur attachement, mais aussi offrir leur aide s'il en était besoin car ils se sentent en quelque sorte eux-mêmes concernés. Parmi eux Jean Baptiste FRANCESCHI, dit Ribugliu qui se fait remarquer par sa fermeté et sa résolution d'en découdre si cela s'avère nécessaire. Ribugliu a un double lien de parenté avec la famille de Cicchetta : il
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est le cousin germain d'Antoine MARIANI le mari de la sœur aînée de Cicchetta, et il est aussi le gendre de Marie Catherine FRANCESCHI cousine germaine de Cicchetta et épouse de Jean François LANFRANCHI, Maître forgeron. Il est cependant aussi cousin issu de germains des ravisseurs, car sa mère, Marie Antoinette née ANTONA, est une cousine germaine du père de Fiacconu. Le prénom de Jean Baptiste est très usité : parmi ceux dont le patronyme est FRANCESCHI, il y a aussi, on l'a vu, le fils de l’exmoine Pierre-Joseph et son gendre surnommé Pilinu qui le portent. Ce dernier a 37 ans, Ribugliu 31 et le troisième 26. Ribugliu est remuant comme son surnom l'indique ; il s'est marié jeune avec Annonciade Marie LANFRANCHI et a quatre enfants dont l'aîné est alors âgé de onze ans. Ce que l'on souhaite maintenant, c'est que Cicchetta rentre à la maison et que Fiacconu, après ce qui s'est passé, n'apparaisse plus à Frasseto et même de préférence qu'il quitte la Corse. On le lui fait savoir et il se concerte avec son frère Sébastien et son beau-frère, car lui-même envisage de partir en Sardaigne ; il consulte ses parents et médite sur la conduite qu'il doit tenir. Cependant la haine couve déjà entre les deux partis et le climat de pré-affrontement influe sur les relations entre les deux fugitifs. Cicchetta est désemparée de savoir que des actes irréparables peuvent se produire à chaque instant entre sa famille et l'homme qu'elle a aimé et suivi. Lorsque l'on vient la reprendre pour la seconde fois, quelques jours plus tard, Cicchetta part sans résistance, avec peut-être autant de soulagement que de regret. Elle espère éviter ainsi que ne s'engage une terrible inimitié entre les deux clans. Quant à Fiacconu, il sait qu'elle ne l'a pas quitté de sa propre volonté et cela constitue pour lui un point de satisfaction, mais il admet sans doute aussi que la séparation est la solution la plus raisonnable. Va-t-il maintenant aller jusqu'au bout de cette logique et s'expatrier en Sardaigne ou en Italie ou bien faire front et s'engager en entraînant sa famille dans une confrontation qui peut être sanglante. Une version qui s'est transmise par la tradition orale veut que ce deuxième retour de Cicchetta se soit fait d'un commun accord pour le motif que sa famille ne fait plus d'objection à une union et qu'il faut maintenant préparer sereinement la noce ; mais une fois
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Cicchetta rentrée, il n'est plus question de mariage. La première victime Fiacconu, finalement, se résout, dit-on au village, à partir pour la Sardaigne et on apprend qu'il prépare ses affaires pour le voyage et qu’il a mis le feu à sa baraque. Joseph MILIANI, dit Ghjasippucciu, qui le conduira plus tard à sa perte, le rencontre à ce moment et l’incite à rester car si tu pars, lui dit-il, on se moquera de toi. L’annonce du départ de Fiacconu est accueillie généralement avec satisfaction tant par les parents que par les adversaires. Malheureusement, elle entraîne aussi, paraît-il, des commentaires ironiques et malveillants : Antoine MARIANI, beau-frère de Cicchetta, aurait dit qu’ « en fait d'affaires il n'a que ses poux à emporter». Une version légèrement différente fait dire à Antoine MARIANI lorsqu’il apprend que Fiacconu a brûlé sa baraque : « il aura brûlé ses puces et ses poux. » De ces propos qui lui sont rapportés Fiacconu conçoit un terrible ressentiment et décide qu'un tel mépris ne peut pas rester sans réponse et il n'envisage d'ailleurs qu'une seule réponse. Il se concerte avec son frère, prépare ses armes et sous prétexte de préparatifs de départ en Sardaigne, va faire des provisions de poudre, amorces, cartouches, balles et de tout ce qui est nécessaire pour faire le coup de feu et tenir éventuellement le maquis. Fiacconu connaît bien les habitudes des uns et des autres dans le village, en particulier celles de son camarade d'enfance Antoine MARIANI, car c'est lui qui va être sa cible. Antoine MARIANI a un enclos près du ruisseau qui coule en dessous du pont de Ferrando, près de l'église, où il se rend journellement. C'est là que les deux frères le guettent et l'abattent le 4 novembre 1832 vers 10 heures du matin64. Ils l'ont fait sans se cacher, en pleine matinée, sans lui laisser aucune chance de se défendre, même s’il était sur ses gardes parce que sans doute averti des intentions de Fiacconu ; peutêtre Fiacconu l'a-t-il de plus interpellé avant de faire feu : «Les voilà mes poux, Antoine». Le premier rapport de Gendarmerie mentionne les deux frères comme étant les assassins. Sur le registre d’État civil, l'acte du décès, déclaré par son frère Jean Baptiste, précise lui aussi ce qui est inhabituel - qu'il a été tué de deux coups de fusil au lieu dit
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Guadina del Trinita (ruisseau de la Trinité) ; ce ruisseau tient son nom de la proximité de l'église de la paroisse. Des précisions rapportées par la tradition orale voudraient que ce jour là, qui était un dimanche, Antoine MARIANI soit allé à la messe et que l’assassinat se soit produit après la sortie. Antoine MARIANI, blessé, aurait même riposté mais sans atteindre Fiacconu. La guerre est maintenant déclarée, l'inimitié est ouverte et la Gendarmerie, dit le rapport, s'est mise à la poursuite des assassins. Les hostilités dureront 15 ans. Fiacconu et Sébastien se retirent aussitôt leur embuscade réussie et prennent le chemin du Cotèse où la population est éparpillée dans une multitude de hameaux ce qui rend les conditions plus favorables pour tenir le maquis et recevoir des parents le ravitaillement et les nouvelles. De l'autre coté on pleure le mort ; Antoine MARIANI, comme on l'a dit, est le beau-frère de Cicchetta ; il avait épousé Marie Xavière le 18 octobre 1825. Ils avaient eu deux fils qu'ils avaient prénommés tous deux François Xavier - comme le père d'Antoine - qui étaient malheureusement décédés en très bas age, puis une fille Marie Anne, née au début 1830, mais également décédée très jeune. Marie Xavière est enceinte de 8 mois à la mort de son mari. Elle donne à son quatrième enfant les prénoms d'Ange Antoine et on l'appellera par la suite Angelin. Antoine a été veillé toute la nuit comme le veut la tradition. On a compté ses amis parmi ceux qui sont venus lui rendre un dernier hommage, et on a compté aussi les ennemis parmi ceux qui ne sont point venus du tout. Ceux qui étaient apparentés aux deux familles se sont également présentés pour s'incliner devant la dépouille d'Antoine ; ils sont loin d'approuver le geste de Fiacconu, mais ne prennent pas parti pour autant en faveur de l'autre clan. Les femmes dans leurs lamentations ont appelé à la vengeance, puis on a servi une collation à ceux qui veillaient le mort. Cicchetta, quant à elle, s'est isolée et essuie ses larmes. Elle pleure son beau-frère, bien sûr ; elle pleure aussi pour l'immense chagrin de sa sœur ; mais elle pleure de plus pour sa responsabilité dans l'événement qui vient de se produire. Elle s'est probablement détachée de Fiacconu après son retour et surtout après l'assassinat
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qu'il vient de commettre ; on lui avait, en effet, demandé quelque temps plus tard si elle était toujours animée de bons sentiments à son égard et elle aurait alors ramassé par terre une brindille, l'aurait brisée en deux et aurait répondu : « Vois-tu ces deux brins ? Peux-tu les remettre comme avant ? ». La mort de son beau-frère l'avait totalement ressoudée à sa famille. Elle est tellement tourmentée par sa responsabilité qu'elle se fait tondre et déclare ne plus vouloir jamais connaître d'autre homme. Il faut signaler aussi une version tout à fait différente de l'enlèvement de Cicchetta qui a été relatée lors des audiences des assises de la Corse des 5 à 8 juillet 1847 consacrées à des séquelles de la destruction des bandits ANTONA65. Le chroniqueur de la Gazette des Tribunaux écrit : «Les ANTONA avaient sollicité en mariage une demoiselle de la famille FRANCESCHI. Sur le refus de celle-ci, ils enlevèrent nuitamment la demoiselle Marie Françoise FRANCESCHI et l'emmenèrent dans les montagnes où, après l'avoir séquestrée pendant plus de vingt jours, ils la rendent déshonorée et flétrie à sa malheureuse famille. Le 25 décembre de la même année cette malheureuse jeune fille est enlevée de nouveau par ces mêmes bandits dans une de ses propriétés dite Erbaggiolo. Ce ne fut qu'après plusieurs jours de souffrance de toutes sortes qu'elle parvint à s'échapper des mains de ces scélérats. L'année suivante et dans le mois d'octobre, ils livrent aux flammes les enclos et la maison de campagne du sieur Ange François FRANCESCHI, père de la victime (le père s'appelle en réalité Paul François et Ange François est son neveu), et menacent de mort quiconque osera tracer un sillon sur ces propriétés dévastées par l'incendie. Dans le mois de décembre suivant, ils rencontrent sur le chemin public la demoiselle Marie Françoise FRANCESCHI en compagnie de son beau-frère Antoine MARIANI, les immolent tous les deux et mutilent horriblement leur cadavre. » Quel crédit peut-on accorder à ce récit qui affirme que Cicchetta a été immolée et son cadavre mutilé ? Il est possible, puisque l’assassinat aurait eu lieu après la sortie de la messe, qu'elle ait été présente au moment des coups de feu, même si le rapport de
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Gendarmerie ne le mentionne pas. Mais il ne semble pas qu'il y ait eu des violences exercées contre elle. On peut même se rapporter à ce que la tradition orale a retenu : après son deuxième retour, Fiacconu l'aurait rencontrée et lui aurait demandé si elle était partie de son plein gré ; elle aurait répondu que non. Fiacconu lui aurait alors dit qu'en ce qui la concernait, elle pouvait circuler sans crainte jour et nuit, mais que lui savait ce qu'il avait à faire. Autour du mort les hommes de la famille sont silencieux ; il y a là les frères d'Antoine : Jean Baptiste l'aîné, âgé de 32 ans, qui avait déclaré le décès ; Dominique, âgé de 29 ans, conscrit réfractaire et Toussaint, 21 ans. Tous les trois sont décidés à venger leur frère. Il y a aussi Dominique Noël, le jeune frère de Marie Xavière et de Cicchetta, âgé de 18 ans, ainsi que les cousins germains Ange François FRANCESCHI, Pierre Paul et Antoine Dominique SANVITI, et enfin les enfants issus de cousines ou cousins germains : Pascal FRANCESCHI, César, Antoine Dominique, Joseph Marie et Jean Marie LANFRANCHI qui sont tous animés de dispositions semblables. Et il y a bien sûr les aînés Paul François et ses frères Joseph et Pierre-Joseph qui examinent plus froidement la situation et qui voudraient éviter que la fougue des jeunes ne se traduise par des imprudences et d'autres malheurs. On apprend que Fiacconu a pris le chemin de la plage, mais il faut tout de même être sur ses gardes et on décide que les hommes n'assisteront pas à l'enterrement où la famille sera représentée par les femmes. Ce fut une pratique qui se perpétua lorsque les bandits interdiront aux FRANCESCHI de cultiver leurs terres : les femmes assureraient l'essentiel du travail des champs et enterreraient les morts ; les bandits ne s'attaquèrent jamais à elles. Pierre-Joseph se sent fatigué : il y a l'assassinat d'Antoine MARIANI d'abord et les conséquences qu'il redoute ; il vient d'avoir 66 ans et il lui semble que ses forces l'abandonnent ; il a été remplacé au début de l'année dans ses fonctions de maire après un mandat d'un an ; il vit avec ses deux garçons Jean Baptiste déjà marié et Antoine Mathieu qui va avoir 20 ans l'année suivante. Et cette inimitié qui commence, combien de temps va t-elle durer et combien de victimes va t-elle faire ? Il sait qu'il sera difficile de surprendre Fiacconu pour avoir lui-même tenu le maquis pendant
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sa lutte contre les républicains qui les pourchassaient, lui et ses amis. Pierre-Joseph avait sans doute été de ceux-là et savait que, dans le maquis, celui qui se cache a un grand avantage sur celui qui le poursuit, à moins qu'il ne soit dénoncé ou trahi. La lutte contre Fiacconu qui connaît bien le territoire ne va pas être facile. Il a une nombreuse parenté qui peut l'aider et il sait, de plus, qu'il lui sera aisé d'assurer sa sécurité en se réfugiant en Sardaigne. Et Fiacconu qui avait prévu de s'y rendre est peut-être déjà en route pour ce pays voisin ; ceci sans risque d'interception en mer car les passeurs sont expérimentés et la surveillance des côtes est non seulement difficile mais pratiquement inexistante. Pierre-Joseph en est parfaitement informé et sait aussi qu'aucun accord n'existe entre les gouvernements français et sarde pour l'extradition des réfugiés politiques ou des repris de justice. La Sardaigne constitue en quelque sorte un sanctuaire où l'on peut entrer à son gré puis revenir en Corse quand on le désire si on a des comptes à y régler. Pierre-Joseph qui vit avec ses fils pendant une partie de l'année au hameau de Pietrosella, sent ses forces le quitter ; il se rend le 22 février 1833, accompagné de quatre témoins, chez le notaire SUSINI de Pila-Canale, village du même canton, et lui dicte ses dernières volontés : il laisse à ses enfants mâles la quotité disponible de ses biens et leur ordonne de pourvoir à ses funérailles ; il ordonne ensuite à sa fille Marie Françoise épouse de Jean Baptiste FRANCESCHI de rajouter à la masse restant à partager les 300 francs qu'elle a reçus en dot. Il meurt un mois plus tard, le 25 mars 1833. Son fils Antoine Mathieu passe cette même année 1833 le conseil de révision66 : « Laboureur, 1,59m, bon à marcher, aucun motif d'exemption. » et partira faire son service militaire. L'autre fils de Pierre-Joseph, Jean Baptiste, a fini par y échapper ; après avoir été ajourné à deux reprises pour une cicatrice à un genou qui l'aurait fait souffrir quand il marchait ; il a été exempté grâce à son frère, car on ne levait qu'un garçon par famille. Il est par ailleurs possible que Fiacconu et son frère Sébastien soient partis en Sardaigne et qu'ils aient mis à profit cette année 1833 pour s'y faire des relations, soit pour s'y installer, soit pour s'assurer une base de repli au cas où la situation au maquis deviendrait difficile
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à tenir ; moyennant quoi l'inimitié n'a pas eu de nouveau développement. Ils finiront par s'unir en Sardaigne, le premier à Olbia avec Thomasina, le deuxième à Santa Teresa avec Tunimea. *** Cependant les nouvelles ne sont pas toujours sombres ; on apprend en effet à la distribution des prix du 3 août 1833 pour la classe de 3ème du collège d'Ajaccio que Jean (plus exactement Jean Marie) LANFRANCHI de Frasseto a remporté les premiers prix de version latine et de vers latins ainsi que le deuxième prix de thème. Il est par sa mère le petit-fils de l'ancien maire Antoine François FRANCESCHI frère aîné de l'ex-moine Pierre-Joseph ; il est beaufrère de Ribugliu et sera médecin puis maire de Frasseto.

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Crimes et délits
Un enfant meurtrier Toutefois, l'année 1833 s'achèvera à Frasseto par un nouveau malheur qui, après le décès de Pierre-Joseph va s'abattre sur sa famille. Le rapport mensuel de la Gendarmerie de décembre 1833 nous apprend en effet « que Jacques MARIANI de Frasseto a été tué par son cousin parce qu'il faisait la cour à sa sœur. »64. L'annonce est très laconique et surtout, ce qui est inhabituel, elle ne cite pas le nom du meurtrier qui est pourtant connu puisqu'il est le cousin du mort. Il y a une bonne raison pour cela, c'est qu'il n'a que 14 ans. Il s'agit de Charles Jérôme COTONI, orphelin depuis plusieurs années ; il avait cinq ans à la mort de sa mère Marie Diane COLONNA originaire de Pila-Canale et pas encore six à la mort de son père Jean Martin originaire de Quasquara. Charles Jérôme était né le 18 février 1819 et sa sœur aînée Marie Catherine l'a pris en charge à la mort des parents, mais il a dû s'occuper très tôt des travaux des champs pour aider à la subsistance de la famille, surtout quand il s'est retrouvé, après le mariage de Marie Catherine, en compagnie de sa sœur cadette Marie Xavière, née en 1816. La famille habitait comme le cousin Jacques MARIANI le hameau de Pietrosella, territoire de la commune de Quasquara. Marie Catherine, la sœur aînée, ne nous est pas inconnue car elle avait épousé en octobre 1827 à Campo Jean Baptiste FRANCESCHI, fils de l'exmoine Pierre-Joseph et cousin germain de Cicchetta. Et sa sœur Marie Xavière après avoir dû renoncer à un premier projet de mariage en 1833, devait épouser en 1838 Barthélemy COLONNA de Pila-Canale, puis allait se marier en 1844 avec Antoine Mathieu, le deuxième fils de l'ex-moine Pierre-Joseph. Charles Jérôme est un petit bonhomme de 15 ans, châtain, au nez épaté et au menton pointu qui mesure un mètre 40. C'est un garçon fragile, mais énergique, très assidu aux cours de l'instituteur et qui obtient, parait-il, de bons résultats. Il a pris en main les affaires de
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la famille et considère de son devoir de contribuer à ce que sa sœur Marie Xavière, avec laquelle il demeure et pour qui il a une grande affection, fasse un bon mariage et pour y contribuer, il a remis en état une petite vigne qu'il lui destine en dot. Quand un jeune homme sollicite la main de sa sœur, et que tous deux lui demandent son agrément, il donne volontiers son consentement. Le jour des noces a été fixé lorsque le cousin germain Jacques MARIANI qui a achevé son service militaire revient au village. On se félicite de sa présence pour le festin qu'on prépare. Le fiancé a cependant des pressentiments, mais ne met pas d'obstacle aux assiduités de Jacques MARIANI envers Marie Xavière. Encouragé par ce silence, MARIANI tente de le supplanter et pour cela, il met en garde son jeune cousin Charles Jérôme sur les pertes de droits qu'il va subir dans la succession du fait des dispositions qui ont été arrêtées pour la dot de Marie Xavière. Il suggère que le fiancé se contente de ce qui lui sera donné en fonds dotal. La modification de ce qui a été convenu a dû choquer profondément la famille du futur époux car, du coup, la noce est ajournée. MARIANI veut alors profiter de cette nouvelle situation qu'il a provoquée et sans doute espérée et brusque les choses. Un jour, alors que Marie Xavière porte le repas à son jeune frère qui est au champ, il l'entraîne avec lui, par la violence a-t-on dit par la suite. Est-elle ou non consentante ? On ne sait, mais son frère la cherche et ne tarde pas à savoir où elle se trouve. Il conçoit de cet événement beaucoup d'amertume, mais il se sent impuissant à défendre l’honneur de la famille et il est de plus l'objet de plaisanteries amères dans le hameau. Le ravisseur lui-même participe à ces vexations et se moque de sa colère ; des témoins ont même déclaré qu'il lui avait porté des coups de crosse de fusil. Alors que se passa-t-il dans l'esprit de Charles Jérôme ? Il n'a certes que quinze ans, mais la rancœur et la colère montent en lui : son cousin ne l'a incité à modifier ce qui était convenu pour le mariage de sa sœur que pour ensuite la lui ravir et la déshonorer ; et il sait bien que cet acte n'aurait pas été commis si ses parents étaient encore en vie ou si lui-même avait eu l'âge adulte. Il se voit traité avec mépris par tous et plus encore par le ravisseur et du plus profond de son âme corse, il sent monter en lui de jour en jour le besoin de venger l'honneur de sa famille, car personne d'autre ne peut le faire à
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sa place. Il ne peut supporter plus longtemps ces tourments et prend sa décision. Le 12 décembre 1833, il se poste avec un fusil derrière un bosquet et lorsque Jacques MARIANI apparaît, il tire et l'atteint à la tête et à la poitrine de trois balles qui l'étendent sans vie en plein jour dans le hameau de Pietrosella. Aurait-il commis ce crime si Marie Xavière était consentante pour partager sa vie avec son cousin ? On ne sait, mais la réponse est probablement qu’elle ne l’était pas, car il ne se serait pas opposé au bonheur de sa sœur. Son acte accompli, Charles Jérôme prend la fuite, mais son jeune âge et sa fragilité ne lui permettent pas d'échapper longtemps aux poursuites de la Gendarmerie qui se saisit de lui. La nouvelle a consterné les villages de Campo, Quasquara et Frasseto et plus particulièrement les deux sœurs du meurtrier et la famille de l’ex-moine Pierre-Joseph - décédé quelques mois plus tôt déjà engagée dans une sanglante inimitié. Jean Baptiste FRANCESCHI, parent le plus proche, allait devoir maintenant s'occuper aussi de la défense de son jeune beaufrère, l'assurer du soutien de tous et l'encourager à supporter son emprisonnement et la dure épreuve du procès. Et il y avait aussi à faire en sorte que le drame ne comporte pas de suites entre les deux familles. Deux familles très proches et très liées jusque là, puisque le père du meurtrier était le frère de la mère de la victime. Charles Jérôme sera extrait des prisons d'Ajaccio le 29 septembre 1834 pour être conduit à Bastia où il arrivera le 3 octobre en vue de son procès. Il est accusé d'avoir, le 11 décembre 1833, donné volontairement et avec préméditation de guet-apens, la mort à l'aide d'un coup de fusil à Jacques MARIANI de Frasseto. Il a été jugé à l'audience du 27 décembre 1834 de la Cour d'assises de la Corse39. D'après le rapporteur de la Gazette des Tribunaux, il avait été l'objet, depuis le cachot jusqu'à la Cour d'assises, de marques de sympathie chaleureuse qui prouvaient qu'il était plus à plaindre qu'à mépriser. La Cour l'a condamné à deux ans d'emprisonnement et aux frais de procès envers l'État. Il est sorti le 28 février 1835 des prisons de Bastia pour subir sa peine. Quant à la victime, ses agissements avaient soulevé une telle indignation chez ses propres parents que ces derniers, selon le
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chroniqueur de la Gazette des Tribunaux, n'avaient pas assisté à ses funérailles. Charles Jérôme COTONI a dû décéder jeune, et peut-être même à la maison de correction, car il ne figure pas en mars 1837, date à laquelle il aurait dû être de retour au village, dans l'acte relatif à la succession de ses grands-parents COTONI qui ne mentionne que ses deux sœurs. Nouvelles victimes de l’inimitié Paul Jourdan FRANCESCHI qui dirige la commune de Frasseto depuis de nombreuses années, si on néglige la courte période pendant laquelle il a été remplacé par l’ex-moine Pierre-Joseph FRANCESCHI, est maintenant atteint de cécité et doit laisser sa place à Paul SUSINI. Ce dernier est nommé maire le 1er avril 1834 ; il avait été nommé conseiller municipal en mars 1831 puis adjoint en août 1832 en remplacement d'Ange François FRANCESCHI démissionnaire. C'est à ce moment que l'inimitié de Frasseto connaît de nombreux développements. Il y a d'abord l'agression dont est victime Joseph FRANCESCHI dans la nuit du 14 au 15 septembre 1834 et dont rend compte le relevé des crimes, délits, événements et arrestations de la préfecture. L’incident a eu lieu au lieu dit Campocavo, voisin du village de Frasseto. Alors qu’il gardait une vigne en compagnie de son neveu Antoine Dominique SANVITI, il a été agressé par le bandit ANTONA, dit Fiacconu, son beau-frère Joseph ANTONA dit Muzzolu et leur cousin Antoine Jean ANTONA. Il a été blessé au pied, d'un coup de fusil, et son neveu a donné à la brigade de Gendarmerie de Santa Maria Siché les noms des agresseurs. Joseph FRANCESCHI est le frère de feu l’ex-moine PierreJoseph et donc l’oncle germain de Cicchetta. Cette agression est significative car elle montre un des aspects des rapports qui s'établissent entre les deux clans : d'un coté on garde les vergers et les vignes - à main armée naturellement - et de l'autre on veut que l'on respecte l'interdiction que l'on a faite d'effectuer les travaux des champs et les récoltes ; on ne voulait sans
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doute pas tuer Joseph FRANCESCHI et la blessure au pied est un avertissement, car les ANTONA sont suffisamment bons tireurs pour ne pas manquer leur cible. Alors du coté des FRANCESCHI que va-t-on faire ? Joseph est indisponible en raison de sa blessure, on va le remplacer par Dominique Noël, le frère de Cicchetta et on renforcera la garde en le faisant accompagner par ses cousins germains Antoine Dominique SANVITI et son frère Pierre Paul. A quelques semaines de là, le 4 novembre, Muzzolu, porteur d’un armement important sera arrêté à Ajaccio et conduit en prison. Les circonstances de son arrestation font l’objet d’un rapport du commandant de la Compagnie de voltigeurs corses d’Ajaccio au Préfet de la Corse le 9 novembre 1834 : «Monsieur le Préfet, Informé qu'une personne se rendait depuis plusieurs soirs coucher au 1er étage de la maison que j'habite, je pris la mesure de placer le 9 de ce mois sur les huit heures environ du soir des voltigeurs en embuscade ; en effet quelques minutes après un individu armé s'est présenté pour s'y introduire et les voltigeurs BARAZZOLI, MASSONI, MARIANI et COLOMBANI l'arrêtèrent qui m'en ayant informé, j'ordonnai de le conduire par-devant moi pour m'assurer que c'était la personne qu'on m'avait signalée ; à son apparition, je le reconnus pour l'individu qui m'avait été indiqué, l'ayant interpellé sur son nom, prénom et lieu de domicile, il a dit se nommer Joseph Antoine ANTONA de Frasseto, et après m'être assuré que son nom existait sur l'état des prévenus, je l'ai fait conduire à la caserne, pour être traduit devant qui de droit. Il est accusé de tentative de meurtre, et de blessures graves, avec préméditation au moyen d'arme à feu. Ses armes saisies sont un fusil à un canon, un grand pistolet, une cartouchière garnie de charges en fer blanc remplies de poudre, de trois cartouches d'une grande quantité de balles et de pierres à feu, d'un tournevis, et dans la dite cartouchière était aussi la signification de mise en accusation du nommé ANTONA Joseph Antoine de Frasseto. » On aurait pu penser qu’il s’agissait de Fiacconu, mais cet homonyme n'est accusé que de tentative de meurtre, alors que
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Fiacconu, qualifié de bandit, avait déjà commis deux assassinats. Mais ce n’était pas Fiacconu. L'homme est en réalité son beau-frère Joseph ANTONA, dit Muzzolu qui, si on se fie à l'arsenal qu'il transporte, est sans doute venu à Ajaccio s'approvisionner en armes et munitions. Il sera par la suite conduit à la prison de Bastia où il arrivera le 14 février 1835 et sera jugé le 28 mai avec Antoine Jean ANTONA pour complicité lors de l’agression contre Joseph FRANCESCHI. Mais le principal accusé, Fiacconu, sera absent et tous deux seront acquittés et remis en liberté. Toutefois les ANTONA sont toujours à l'affût et un mois après l’agression contre Joseph FRANCESCHI, le rapport mensuel de la Gendarmerie du mois d'octobre 1834 nous apprend que le 15 Noël (Dominique Noël) FRANCESCHI a été tué au moyen d'arme à feu par le bandit Joseph ANTONA, qui, le même jour a blessé les nommés Antoine Dominique et Pierre Paul SANVITI. Tous sont de la commune de Frasseto. Le relevé de la préfecture précise que l'action s'est déroulée dans l'après midi et que Noël FRANCESCHI est mort le lendemain 43. L'état civil de Frasseto indique que son décès a eu lieu à 10 heures du matin. Noël FRANCESCHI est le frère de Cicchetta ; il n’a pas encore vingt ans. Antoine Dominique SANVITI est celui qui a déjà été agressé un mois plus tôt, aux côtés de son oncle Joseph FRANCESCHI, et Pierre Paul SANVITI son frère ; ils sont tous deux cousins germains de Cicchetta. Les registres d'état civil de Frasseto et de Grosseto nous apprennent qu'Antoine Dominique est mort le 30 novembre 1834 à 4 heures du matin à Grosseto des suites de sa blessure. Voilà une nouvelle action de Fiacconu qui tient à ce que ses ordres soient respectés : c'est par la mort qu'il a puni le frère de celle qui a été sa maîtresse ainsi que son cousin germain, mais il s'est contenté de blesser le deuxième frère SANVITI. Ces nouveaux drames sèment la désolation dans le camp des FRANCESCHI, particulièrement dans la famille de Cicchetta ; ils accroissent aussi le désir de venger les morts. Mais comment atteindre Fiacconu qui reste insaisissable ? Au début de 1835, le maire et l'adjoint de Frasseto sont respectivement remplacés par Jean Dominique MILIANI et Joseph
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CASANOVA tous deux propriétaires. Cela n'empêche pas l'inimitié de connaître de nouveaux développements : le 10 septembre 1835 un incendie dévore une propriété des FRANCESCHI et un nouvel assassinat est commis le 24. Cette fois, comme le précise le rapport mensuel de Gendarmerie de septembre 183564, c’est Ange François FRANCESCHI, maréchal ferrant, qui a été tué à coups de stylets et son fils Pascal blessé d'un coup de fusil par un homme qui n’a pas été reconnu, mais que l'on présume être le bandit Sébastien ANTONA, frère de Fiacconu. Cet homme, vêtu d’une tenue militaire se serait présenté à la porte de la maison de la victime dans le village de Frasseto et l’aurait invité à sortir avec son fils, car il avait quelque chose à leur dire. C’est ce que tous deux firent, mais dés qu'ils furent dehors, il épaula et tira un coup de fusil en direction du fils qu’il blessa, puis se précipita sur le père qu’il tua de plusieurs coups de stylet, et après ces forfaits il prit la fuite. Ange François FRANCESCHI, âgé de 56 ans, a été maire de Frasseto et est le fils d'Antoine François, frère aîné de l’ex-moine Pierre-Joseph. Il est ainsi le cousin germain de Cicchetta. Le rapport mensuel qui a été établi en fin de mois semble imputer le meurtre à Bastien (Sébastien) ANTONA qui est le frère de Fiacconu ; ils sont tous deux mentionnés «bandit» au recensement de 1836, ce qui voudrait dire, qu'à cette époque, ils étaient sur le territoire de la commune. Il semble aussi que pour mieux lutter contre les bandits, on ait trouvé des accords avec le gouvernement sarde. En effet le Journal de la Corse publie l'avis suivant dans son édition du 30 janvier 1836 : «D'après les mesures récemment arrêtées par le Gouvernement sarde, aucun individu venant de la Corse ne peut être reçu en Sardaigne si son passeport n'a été visé par le Conseil ou par un des vice-consuls de cette nation résidant en Corse. Les voyageurs sont invités dans leur propre intérêt, à ne pas négliger de se conformer aux formalités mentionnées ci-dessus. » Il s'agit d'une décision favorable à la lutte contre la criminalité dans la mesure où le gouvernement sarde a les moyens de la faire appliquer. Mais d'un autre coté, si les bandits n'ont plus de refuge en Sardaigne, ils vont devoir rentrer et rester en Corse et cela
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ne fera qu'augmenter leurs exactions et aviver les vendettas. De toutes façons, il ne semble pas que cet accord puisse être appliqué faute des moyens de surveillance nécessaires d'un côté comme de l'autre du détroit de Bonifacio. On ne sait si Fiacconu est revenu de Sardaigne, toujours est-il qu'un nouvel assassinat est commis le 7 juin 1836 et rapporté par le compte rendu mensuel de la Gendarmerie64. Cette fois c’est Jean Baptiste FRANCESCHI, propriétaire à Frasseto, âgé d’environ 38 ans, qui a été trouvé le corps percé de deux balles, au lieu dit Avandaggio, dans la région du Cotèse. Aucun éclaircissement permettant de faire découvrir l'assassin n'a pu être obtenu par la Gendarmerie. L'assassinat a été perpétré au lieu dit Avandagio situé à 4 Km environ à l'est-sud-est du village de Coti, pratiquement à mi-chemin sur la route qui mène de Bocca di Gradello à Serra di Ferro. Jean Baptiste FRANCESCHI est le fils de feu Antoine Marie, dit Pilinu, le frère de Joseph Marie ex-fermier des biens communaux et le gendre de feu l'ex-moine Pierre-Joseph dont il avait épousé la fille Marie Françoise. Il est ainsi le cousin germain par alliance de Cicchetta. Jean Baptiste et Marie Françoise ont deux enfants : Madeleine qui a 10 ans et Antoine Marie qui en a 7 lorsque leur père est assassiné et, sans doute traumatisés par cet événement et dans le désarroi, les proches n'ont pas déclaré le décès, et à sa majorité, Antoine Marie et sa mère ont dû entreprendre des formalités pour obtenir un jugement du tribunal de 1ère instance d'Ajaccio daté du 14 juin 1850 le constatant. Cette pièce était nécessaire pour éviter à Antoine Marie le service militaire, les fils aînés de veuves en étant dispensés. Bien que la Gendarmerie ne mentionne ni Fiacconu ni son frère Sébastien il ne paraît pas douteux que le meurtre a été commis par l'un d'eux si ce n'est par les deux. Antoine Marie, le fils de Jean Baptiste FRANCESCHI, lorsqu'il s'est marié tenait à donner à son premier garçon le prénom de son père, mais il semble qu'une sorte de malédiction était attachée à ce prénom. Antoine Marie a eu dix enfants dont six seulement ont survécu ; sa première épouse lui donna un fils qu'il prénomma Jean
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Baptiste, mais l'enfant ne vécut que 8 jours et la mère décéda quelques jours plus tard. Des neuf enfants qu'il a eus de son deuxième mariage, les trois qu'il avait prénommés Jean Baptiste puis Baptistine et à nouveau Jean Baptiste décédèrent en très bas âge. Une fatalité. Le premier garçon qui suivit et survécut reçut sept prénoms parmi lesquels Antoine Marie avait glissé Jean. La sœur d'Antoine Marie, Madeleine, prénomma elle aussi son premier garçon Jean Baptiste, mais malheureusement, il ne vécut que deux ans. Elle en eut un deuxième avec le même prénom qui survécut. On peut maintenant faire un premier bilan, déjà très lourd, de l'inimitié. Il s'élève à cinq morts et quatre blessés dans le clan des FRANCESCHI, sans pouvoir cependant compter les agressions contre les biens ou les bêtes qui ne sont pas connues : - le 4 novembre 1832 assassinat d'Antoine MARIANI, beaufrère de Cicchetta ; - le 14 septembre 1834, Joseph FRANCESCHI, oncle germain de Cicchetta, est blessé par des coups de feu tirés par Fiacconu accompagné de son beau-frère Joseph ANTONA et Antoine Jean ANTONA alors qu'il gardait une vigne en compagnie de son neveu Antoine Dominique SANVITI. - le 15 octobre 1834, Noël FRANCESCHI, frère de Cicchetta, et Antoine Dominique SANVITI, cousin germain de Cicchetta, sont tués et Pierre Paul SANVITI frère d'Antoine Dominique est blessé. - le 24 septembre 1835, Ange François FRANCESCHI, cousin germain de Cicchetta est assassiné à coups de stylet, son fils Pascal est blessé ; on présume que l'assassin est Sébastien ANTONA, frère de Fiacconu. - le 7 juin 1836, Jean Baptiste FRANCESCHI, cousin germain de Cicchetta par alliance, est retrouvé mort, le corps percé de deux balles. On ne compte aucune victime du coté des ANTONA. La famille de Cicchetta est assez nombreuse, et comme on le voit toutes les victimes font partie de ses parents très proches ; on va donc situer ces victimes en les affichant en caractères gras parmi une partie des descendants de ses grands-parents paternels Ange François
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et Marie Xavière FRANCESCHI ; les chiffres 1 leurs enfants, 2 leurs petits-enfants, 3 leurs arrière-petits-enfants ; X est le conjoint. 1 FRANCESCHI Antoine François X ??? Marie 2 FRANCESCHI Marie Catherine X LANFRANCHI Jean François 3 LANFRANCHI Annonciade X FRANCESCHI Jean Baptiste (Ribugliu) 2 FRANCESCHI Ange François Mort X FORCIOLI Marie Madeleine 3 FRANCESCHI Pascal Blessé 1 FRANCESCHI Joseph Blessé 1 FRANCESCHI Pierre-Joseph (Ex-moine) X PIERLOVISI Marie Madeleine 2 FRANCESCHI Marie Françoise X FRANCESCHI Jean Baptiste Mort 2 FRANCESCHI Jean Baptiste X COTONI Marie Catherine (Nota) 2 FRANCESCHI Antoine Mathieu X COTONI Marie (Nota) 1 FRANCESCHI Paul François X COTONI Marie Antoinette 2 FRANCESCHI Marie Xavière X MARIANI Antoine Mort (cousin germain de Ribugliu) 2 FRANCESCHI Marie Françoise (Cicchetta) 2 FRANCESCHI Dominique Noël Mort 1 FRANCESCHI Angèle X SANVITI Michel 2 SANVITI Pierre Paul Blessé 2 SANVITI Antoine Dominique Mort Nota : Sœur de Charles Jérôme COTONI meurtrier de Jacques MARIANI Malheureusement l'inimitié est loin d'être terminée et d'autres noms figureront en caractères gras. Notons que l'on voit apparaître dans la famille de Cicchetta, Ribugliu
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qui, bien que plus âgé qu'elle, est le gendre de sa cousine germaine Marie Catherine ; Ribugliu est aussi, comme on l'a dit, le cousin germain d'Antoine MARIANI dont la mère est la sœur de son père. La Gendarmerie pourtant, pourchasse les bandits et ne manque pas d'exploiter les renseignements qu'on lui fournit. C'est ainsi qu'elle déclenche une opération en novembre 1836, qui malheureusement se solde par un échec cuisant : non seulement les bandits réussissent à s'échapper, mais les gendarmes vont compter un mort dans leurs rangs ; le compte rendu mensuel de la Gendarmerie pour le mois de novembre 183664 fait savoir que : «le 5, le gendarme MERIGO fut tué par les bandits de Frasseto, dans un feu qui s'était engagé entre la brigade de Santa Maria Siché et ces malfaiteurs. » Le relevé des crimes et délits est plus précis 43 : «Le même jour la brigade de Santa Maria Siché, commandée par le lieutenant de cette résidence se rendit au lieu dit Apa, territoire de cette commune pour opérer l'arrestation des bandits, frères ANTONA, de Frasseto. A l'approche de la force armée, les bandits ayant fait une décharge, le gendarme MERIGO tomba blessé mortellement ; elle riposta infructueusement et ces malfaiteurs prirent la fuite en faisant feu de nouveau. » Joseph ANTONA, dit Muzzolu, beau-frère de Fiacconu est aussitôt arrêté comme complice de ce meurtre. Il était porteur d’un fusil. Mais Muzzolu sera remis en liberté 10 février 1837, la Chambre du Conseil ayant dit qu’il n’y avait pas lieu à suivre dans une Ordonnance datée du même jour. On compte maintenant à l'actif des bandits ANTONA un sixième mort cette fois dans les rangs de la Gendarmerie. Un autre drame se produit quelques jours plus tard, mais cette fois dans la commune de Corrano, comme en rend compte le rapport mensuel de la Gendarmerie pour le mois de novembre 183664. C’est le bandit Antoine PERALDI, de Frasseto, qui assassine dans l’après midi du 10 le nommé MAURICCI. Bien que la famille PERALDI habite Frasseto, elle est originaire du village de Corrano distant d’une dizaine de kilomètres, et ce meurtre n'a pas de relation avec l'inimitié entre les ANTONA et les FRANCESCHI. Antoine PERALDI, dont le père est médecin et a été maire de Frasseto, est qualifié de «bandit» au recensement de
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1836. Il ne tiendra pas le maquis très longtemps, comme le montre le relevé de la Préfecture de mai 183843. En effet, la brigade de Gendarmerie de Petretto et Bicchisano est sur ses traces et ne va pas tarder à le retrouver. Ce sont le brigadier BAUR et le gendarme ANTONA qui, dans la nuit du 13 au 14, se sont embusqués, l’ont intercepté et sommé de se rendre. Sur ces injonctions, le bandit a fait feu sur le Brigadier BAUR sans l’atteindre. La riposte des gendarmes a laissé le bandit sans vie. Antoine PERALDI était sous mandat de justice, prévenu de plusieurs assassinats et d'autres crimes. Selon la Gendarmerie, il inspirait la terreur dans le canton de Santa Maria Siché, et sa destruction fait honneur aux militaires qui l'ont opérée. Il était armé d'un fusil et d'un stylet. Dominique PERALDI, le père d'Antoine était officier de santé ; il a été maire de Frasseto en 1821 et sera lui-même assassiné en 1844 au lieu dit Pirelli, plage de Frasseto. Il ne dirigea pas longtemps la commune, car il fut contraint de donner sa démission par suite de manœuvres lors des opérations du conseil de révision. Le 22 avril 1822, le Préfet avait adressé une lettre au Ministre de l'Intérieur au sujet du tirage de la classe de 182168. On y lit dans un paragraphe : «Quant aux maires de Frasseto et de Zicavo, Arrondissement d'Ajaccio, qui ont donné des preuves évidentes de partialité et de mauvaise foi au détriment des autres communes des cantons d'Ornano et du Talavo, je n'ai point les mêmes motifs pour suspendre leur remplacement, qui, d'ailleurs, devient urgent, vu la gravité du cas. Comme le maire de Frasseto est dans l'intention de donner sa démission, sa suspension devient inutile. » Le gendarme ANTONA dont il est question est originaire de Frasseto, ce nom de famille étant, en Corse, spécifique de cette commune ; il s'agit de Jacques Antoine qui est fils de Paul Augustin et d'Anne Marie MARIANI. Il se distinguera également lors de la capture en 1839 d'un groupe de 12 malfaiteurs, originaires de Frasseto et Zevaco, protégés par le bandit ANDREUCCI qui sera détruit. Il y aura une petite vengeance contre lui : on apprend en effet que le 6 mars 1839 le nommé Antoine PERALDI a porté un coup de poing au gendarme Jacques Antoine ANTONA et a été condamné pour cela à 6 jours d'emprisonnement69. Après ces dernières années très meurtrières, l'inimitié semble
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s'apaiser à Frasseto. D'un autre coté, les discussions entre les autorités françaises et sardes ont abouti le 23 mai 1838 à la signature d'une convention d'extradition, mais il faudra sans doute attendre quelque temps avant que les modalités pratiques d'application de cette convention entrent en vigueur. Signalons aussi une heureuse nouvelle : c'est le 27 août 1839 que Cicchetta très endeuillée au cours de ces dernières années, épouse à Frasseto, Antoine Dominique CASABIANCA originaire de la commune de Quasquara. Auparavant, le 25 août un contrat de mariage a été établi devant Venture PIOVANACCI, notaire à Grosseto-Prugna. Les époux choisissent le régime dotal ; le père de l'épouse lui constitue une dot de 516,50 francs, six pieds de châtaigniers estimés 80 francs et le tiers de tous les biens immeubles qui lui appartiennent à ce jour. C'est dans cet acte que Paul François FRANCESCHI, son père, affirme que ces biens sont situés à Frasseto, Quasquara, Campo, Cognocoli, Forciolo et Santa Maria Siché. Le mariage de Cicchetta comble de bonheur ses parents. Naturellement, compte tenu du passé et surtout des malheurs qui se sont abattu sur la famille ces dernières années, il n'est pas question de faire une grande noce. On va tout de même préparer des beignets et des gâteaux et on invitera les parents et amis à venir prendre un verre de vin à la maison. Antoine Dominique CASABIANCA est le frère d'Antoine Marie qui a mené et mène toujours en cassation le combat des particuliers de Frasseto et Quasquara contre ces communes. Il possède des propriétés sur le territoire de Quasquara et autour du hameau de Marato qui fait partie de la commune de CognocoliMonticchi. Il s'installera avec sa femme sur ces terres. Ils appelleront leur premier enfant, né en 1840, Noël, en souvenir du jeune frère de Cicchetta tué en 1834. Le 27 juillet 1841, Paul François FRANCESCHI, le père de Cicchetta, âgé de 75 ans, accompagné d'Antoine (prénom usuel d'Antoine Mathieu fils de son frère Pierre-Joseph l’ex-moine) FRANCESCHI déclare le décès de sa troisième fille Marie Madeleine. On apprendra lors du testament de Paul François en août
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1843 que Marie Madeleine avait eu une fille prénommée Marie Jeanne, mais comme il n'est pas question du père, on peut raisonnablement penser qu'il s'agit d'une fille naturelle. La naissance de cette fille, qui a eu lieu le 3 juillet 1840, n'avait cependant pas été déclarée et a fait l'objet d'un jugement. La mère est morte un an plus tard. Il est certain que cette naissance illégitime n'a pas été accueillie avec satisfaction dans la famille, mais il fallait bien s'occuper de cette petite fille après le décès de sa mère ; ce sera Marie Xavière, sœur aînée de Cicchetta et de Marie Madeleine et veuve d'Antoine MARIANI premier mort de l'inimitié, qui l'élèvera avec son propre fils Angelin.. Les grands-parents s'étaient beaucoup attachés à la petite et dans son testament Paul François lui donnera la part qui revenait à sa mère. C'est un peu plus tard que Paul François FRANCESCHI, père de Cicchetta s'affaiblit et veut laisser à sa mort une situation nette. Le 18 août 1843, il convoque le notaire Venture PIOVANACCI de Grosseto-Prugna pour lui dicter son testament. Ces dernières années l'ont éprouvé : sa fille Marie Françoise, dite Cicchetta, a été à l'origine d'une longue inimitié qui n'est pas terminée, il a perdu du fait de l'inimitié son gendre Antoine MARIANI, son fils Noël, ses neveux Antoine Dominique SANVITI et Ange François FRANCESCHI, son neveu par alliance Jean Baptiste FRANCESCHI. Puis il y a eu le décès de sa dernière fille Marie Madeleine, fille mère de la petite Marie Jeanne. Paul François fait trois parts égales ; il reconnaît tout d'abord avoir versé, sans acte écrit, 1000 francs à sa fille Marie Xavière à son mariage (toutefois, celle-ci reconnaîtra, devant le notaire FOATA à Azilone, le 31 octobre 1846, avoir reçu une dot de 810 francs de la part de ses père et mère chacun pour moitié) ; il complète la dot de Marie Françoise (Cicchetta) à cette somme de 1000 francs et compte cette même somme à sa petite fille Marie Jeanne. Il nomme ensuite pour héritiers universels ses deux filles et sa petite fille pour égale portion. Il nomme enfin pour exécuteur testamentaire son parent Jean Baptiste FRANCESCHI (ce dernier, dont l'âge n'est pas précisé, est sans doute son neveu fils de son frère Pierre-Joseph ex-moine). On voit à la signature qu'il appose au bas du testament que sa main n'est plus assurée. Paul François mourra le 20 janvier 1847, après avoir vu la destruction des bandits ANTONA mais sans avoir connu le traité de
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paix ; l'acte de décès lui donne 85 ans, mais il est probablement moins âgé. Ange Antoine MARIANI son petit-fils, la demoiselle Marie Jeanne FRANCESCHI sa petite fille et la dame Marie Françoise FRANCESCHI sa fille dite Cicchetta épouse du sieur Antoine Dominique CASABIANCA signeront le 25 juin 1862 l'acte de partage des biens de Paul François devant François Antoine PIOVANACCI notaire à Grosseto-Prugna. Il y a aussi quelques nouvelles réjouissantes : on peut se féliciter à Frasseto de quelques succès scolaires. En effet, le Journal de la Corse du 1er septembre 1841 relate la distribution des prix pour l'année scolaire 1840-1841 à Ajaccio qui a vu Antoine FRANCESCHI de Frasseto recevoir le 1er prix d'algèbre de la classe de Mathématiques Spéciales. On lit aussi dans le Journal de la Corse du 9 mars 1842 que les prix d'excellence du 1er trimestre sont attribués à Antoine FRANCESCHI pour la classe de Mathématiques spéciales et Jean Noël MARIANI pour la Langue française, tous deux de Frasseto. Antoine (plus exactement Antoine François) FRANCESCHI qui est le fils d'Ange François assassiné le 14 septembre 1835 et Jean Marie LANFRANCHI sont cousins germains ; le père du premier et la mère du second sont des enfants de l'ancien maire Antoine François FRANCESCHI et cousins germains de Cicchetta. Signalons au passage un événement remarquable cité par ce même journal à la même date : lors de la tournée du Préfet pour le conseil de révision, on a dressé à Grosseto-Prugna, village du canton de Santa Maria Siché sur la route de Sartène, où sa voiture s’est arrêtée, procès verbal de son arrivée sur la premier véhicule qui soit entré dans cette commune. « Qui aurait osé dire, il y a seulement dix ans à un habitant de Grosseto, qu’en 1842, une voiture attelée de deux chevaux et partie d’Ajaccio serait arrivée dans cette commune ? » commente le journaliste. Après la mort du gendarme MERIGO, il s’est passé plusieurs années sans qu’il y ait eu à déplorer de victimes du fait de l’inimitié et nous arrivons ainsi en 1841 année à partir de laquelle on semble vouloir créer des difficultés aux bandits réfugiés en Sardaigne. Par lettre du 17 avril 1841 adressée au Maréchal de Camp Commandant la 17ème Division Militaire, le Préfet de la Corse
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l'informe que des bandits venant de Sardaigne ont débarqué depuis quelques jours et rodent aux environs d'Ajaccio, mais aucun résultat n'est obtenu47. Au début de l’année 1842, les autorités paraissent vouloir encore intensifier la lutte contre les bandits corses réfugiés en Sardaigne. D'une part, le parquet du Procureur général près la Cour royale de Bastia fait savoir le 2 mai 1842 au Préfet que M le Garde des Sceaux l'a informé que les mesures les plus sévères allaient être prises par les autorités sardes contre les bandits réfugiés en Sardaigne qui pouvaient avoir pour effet de ramener dans l'île la plupart d'entre eux et qu'il a pris des précautions pour empêcher leur débarquement70. D'autre part, et il s'agit peut-être des ordres du parquet, le même mois, la Gendarmerie71 tend des embuscades pour empêcher le débarquement de bandits corses réfugiés en Sardaigne. Il ne semble pas toutefois que ces opérations aient donné des résultats. Une question vient à l'esprit : pourquoi empêcher leur débarquement, c'est-à-dire les refouler, plutôt que de les mettre en état d'arrestation ou même hors d'état de nuire s'il y a affrontement ? Et que peuvent penser les autorités sardes de ce comportement ? Ou étaient les bandits ANTONA pendant ces dernières années qui n’ont été marquées par aucun incident connu mettant en cause l’inimitié ? On peut penser qu’ils étaient en Sardaigne. Mais des signes inquiétants apparaissent en 1842. Au mois d'août, un incendie suspect a lieu au lieu dit Alisandria, territoire de Frasseto dans le Cotèse, et a ravagé un pailler de Jean Noël et Antoine Dominique FRANCESCHI père et fils70 ; les dégâts sont estimés à 1965 francs. D'après les éléments recueillis par la Gendarmerie de Pila-Canale, cet incendie serait accidentel. On peut en douter et y voir la main des ANTONA. En tous cas, Frasseto vient de passer près de trois ans sans incident majeur, même si la Gendarmerie signale au premier semestre 1843 l’arrestation de Jean MURZI en flagrant délit pour enlèvement de mineure et port de pistolet de poche ou celle d'Antoine Marie MARIANI pour port de pistolet de poche. Il y a aussi Antoine FRANCESCHI, étudiant à Ajaccio dont on a parlé pour ses bons résultats scolaires, qui est condamné le 10
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février 1843 par le Tribunal correctionnel d'Ajaccio à 6 jours de prison plus les frais de 7.05 francs pour avoir été vu porteur d'un pistolet, ce qu'il a avoué. Antoine FRANCESCHI, comme on l'a déjà dit, est le fils d'Ange François FRANCESCHI qui a été assassiné à Frasseto, ce qui peut expliquer le port du pistolet. Mais en août un autre ANTONA va se signaler pour meurtre. C’est le rapport mensuel de la Gendarmerie pour août 1843 qui le rapporte71. Le crime a été commis le 5 août à l'aide d'un coup de fusil par le nommé Nicolas ANTONA, garde champêtre de la commune de Frasseto, sur la personne de Simon LEONETTI, laboureur de la commune de Cognocoli-Monticchi. C’est à la suite d'une rixe pour un demi décalitre de blé que s’est produit le drame. Le meurtrier a pris la fuite. Le recensement de 1836 ne mentionne qu'un seul Nicolas ANTONA, né en 1821. Il est surnommé Grisgiu, et est le frère d'Antoine dit Scalonu. Cette affaire n’a rien à voir à l’origine avec l’inimitié de Frasseto, mais il se trouve que Nicolas ira rejoindre au maquis les autres bandits ANTONA et qu’il commettra avec eux des crimes contre le parti des FRANCESCHI. On aura ainsi l'occasion de reparler de lui. C'est en septembre 1843 qu'un nouvel événement grave se produit dont rend compte la Gendarmerie71. En vérité, personne n’a vu ou entendu quoi que ce soit. Le nommé Joseph Marie BENEDETTI, dit Cargiaca (Cargiaca est le nom du village corse dont il est originaire) qui habite le hameau de Coti sur le territoire de la commune de Frasseto, avait quitté son domicile le 17 septembre dans l’après midi pour aller ramasser des noix au lieu dit Chiavari distant de plusieurs kilomètres. Son épouse très inquiète de ne pas l’avoir vu revenir, partit le lendemain 18 à sa recherche, et ne le retrouva que le 19 au lieu dit Strettone, gisant la face contre terre, et « paraissant avoir une blessure sanguinolente à la sommité du crâne». Le rapport conclut à un assassinat dont on ignore l’auteur. Une lettre adressée au Préfet de la Corse le 25 septembre 1843 par le Commandant de la 2ème Compagnie de la Gendarmerie apporte quelques précisions sur cet assassinat72. Joseph Marie BENEDETTI avait sur lui une boite en fer blanc contenant quinze cartouches à balle et une boite de capsules. On a aussi trouvé à coté du cadavre les fragments d'un fusil double que son épouse Marie
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Judith a reconnu pour être ceux du fusil de son mari. La Gendarmerie de Pila-Canale, s’est rendue sur les lieux dès qu’elle a eu connaissance de cet événement, mais à son arrivée, le cadavre de l'infortuné BENEDETTI avait déjà été inhumé et elle n'a pu recueillir que peu de renseignements. Les personnes qui ont assisté à cette inhumation ont même déclaré à la Gendarmerie qu'elles ne se sont aperçues d'aucune blessure ni trace de sang sur le corps et les vêtements de ce malheureux. Joseph Marie BENEDETTI était le mari de Marie Judith FRANCESCHI, dont le père, Joseph Marie, fermier malheureux des biens communaux de Frasseto de 1824 à 1826, était le frère de Jean Baptiste FRANCESCHI, dit Pilinu, assassiné le 7 juin 1836. BENEDETTI avait-il fait des menaces de vengeance de son oncle par alliance ? C'est assez improbable car le meurtre datait de plus de sept ans. Ou bien avait-il eu une dispute avec les bandits ANTONA ou d'autres personnes ? On peut douter de cette hypothèse, car il avait fait alliance, une nuit de novembre 1841, avec Jean Jérôme POGGI et Joseph ANTONA dit Muzzolu - beau-frère de Fiacconu - pour faire des menaces verbales de mort sous condition à Jean Baptiste SUSINI, garde champêtre particulier. Tous trois étaient armés lors de cette expédition ; ils avaient été déférés au tribunal correctionnel d'Ajaccio le 15 février 1842, mais ils avaient été déchargés, et la plainte avait été retirée. Toujours est-il que les FRANCESCHI ont compté BENEDETTI au nombre des victimes des ANTONA. Cependant il semble qu'en dehors de la blessure « sanguinolente à la sommité du crâne » de Joseph Marie BENEDETTI, son corps et ses vêtements n'aient présenté aucune autre trace de blessure ou de sang d'après les témoignages recueillis et on peut alors s'interroger sur la cause de son décès ; s'agit-il simplement des conséquences d'une chute - accidentelle ou due à un malaise - au cours de laquelle il a trouvé la mort et le fusil s'est brisé ou a-t-il été réellement victime des ANTONA comme l'ont prétendu les FRANCESCHI ? On peut faire observer en revanche qu'un fusil ne se casse pas en fragments à l'occasion d'une chute. Mais que penser de cette lettre du Préfet de la Corse du 10 janvier 1844 au Ministre de l'Intérieur, qui suit de quelques mois
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seulement le décès de BENEDETTI, après plusieurs années d'accalmie, si ce n'est que les soupçons se portent sur Fiacconu73 : «....D'un autre coté j'ai deux engagements pour les redoutables bandits ANTONA et SERAFINO et il me serait impossible de les remplir, si nous avions le bonheur que le pays fut prochainement débarrassé de ces deux scélérats, car on ne demande pas moins de 1000 francs pour SERAFINO et 600 francs pour ANTONA. Ce n'est qu'avec le temps que cela me serait possible. Mais qu'on les arrête c'est l'essentiel. Nous paierons ensuite. C'est un terrible pays que celui-ci et il pourrait être si beau, si tous ceux qui en parlent le connaissaient mieux et voulaient concourir avec nous à son bien être. » Cet engagement du Préfet concernant les ANTONA montre en tous cas qu’il a déjà eu des contacts et des propositions pour s'emparer du bandit ou le détruire. Faut-il en conclure que BENEDETTI a bien été victime des ANTONA, comme l'affirment les FRANCESCHI (on peut noter que ces derniers n'ont pas compté parmi les victimes Dominique PERALDI cependant tué peu de temps après avec l'aide de Fiacconu) ou bien n’a été qu'un prétexte après la manifestation de la présence en Corse de Fiacconu pour sensibiliser les autorités sur ce bandit ? Il y a effectivement un indice de la présence en Corse de Sébastien, frère de Fiacconu, au moment de la mort de l'infortuné BENEDETTI : le 14 septembre 1843, c'est à dire trois jours avant cet événement, Sébastien et ses sœurs Marie Jeanne, Marie et Marie Antoinette accompagnées de leurs maris - mais en l'absence de leur frère Joseph Antoine dit Fiacconu - signent chez le notaire PIOVANACCI à Grosseto-Prugna un acte de vente à leurs cousins germains les frères SUSINI Joseph, Antoine Dominique et Jean Baptiste d'une terre qu'ils possèdent à Cupabia, territoire de Santa Maria Siché74. Et on sait que Sébastien avait fondé une famille en Sardaigne ; il a ainsi profité de son séjour en Corse pour réaliser une transaction et peut-être aussi régler ses comptes avec ses ennemis. Le montant des fonds secrets attribués au département de la Corse était de 6000 francs en 1829. La prime pour la capture de Fiacconu sera portée à 2000 francs en 1846 après les exactions qu'il commettra au début de l'année.
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L'infortunée Marie Judith, elle, s'est retrouvée veuve à 24 ans, mère de deux garçons de trois et deux ans prénommés Jacques et Joseph Marie, le deuxième portant à la fois les prénoms du grandpère maternel et du père. Plus tard, elle a tenu à faire réparer le fusil endommagé et en a chargé son cousin germain Antoine Marie FRANCESCHI dit Pilinu, fils de feu Jean Baptiste ; dans un acte qu'ils ont passé entre eux le 14 février 1854 - enregistré le 3 mai 1854 - et qui comportait d'autres transactions, Marie Judith cède à Antoine Marie la moitié de 11 châtaigniers situés au lieu dit Botti à Frasseto, d'une valeur de cent francs, somme dont elle se tient payée, ayant déjà reçu un fusil de l'acheteur qui l'a fait réparer à Coti, lequel fusil avait été utilisé par feu son mari. Marie Judith devait se remarier en juillet 1858 à CotiChiavari, qui avait été érigé en commune en 1852, avec un nommé Palmiro RONSELTA. Entre temps, elle avait eu, d'un nommé César Pompée TOMASINI, un fils Pascal, né à Ajaccio le 9 avril 1849. En novembre 1843, Dominique SUSINI, adjoint de la commune de Frasseto, avait été désigné comme maire, et le Préfet46 avait demandé à l'ancien (Félix Antoine MARIANI) et au nouveau maire d'établir conjointement le procès verbal de l'inventaire des papiers et objets appartenant à la mairie. C’est ainsi qu’on arrive en 1844, année qui va être fertile en événements concernant la commune de Frasseto et celle voisine de Quasquara. Tout d'abord une nouvelle victime qui s'ajoute à la liste déjà longue, comme le rapporte le Commandant de la 2ème Compagnie de Gendarmerie qui apporte des précisions dans une lettre du 22 mars au Préfet75. Il s’agit cette fois de Dominique PERALDI que l’on a retrouvé mort le 17 mars au matin, le corps percé de trois balles, au lieu dit Pirelli, près du hameau de Coti, sur le territoire de Frasseto. Il est médecin, âgé de 55 ans et a été maire de Frasseto. PERALDI avait quitté Ajaccio la veille au matin et avait débarqué entre huit et neuf heures sur la plage de Campestra d’où il est allé rendre visite à sa fille Pauline qui demeurait à proximité. Il dit à sa fille en la quittant qu’il de rendait aux lieux dits Calustra et Alessandria où il possédait des propriétés, en même temps régler avec Félix Antoine MARIANI un problème de bornage d’une propriété qui était en suspens et qu’il comptait être de retour en fin de journée. D’après les témoignages, il
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serait reparti en direction de l’habitation de sa fille vers cinq heures de l’après midi et c’est à deux kilomètres de ce lieu qu’il tomba dans l’embuscade où il trouva la mort. La rumeur publique a aussitôt accusé le bandit Joseph Antoine ANTONA, dit Fiacconu, d’avoir, de complicité avec Félix Antoine MARIANI qui avait un litige avec la victime, commis cet assassinat. Le crime dont le motif n’est pas clair, ne paraît pas avoir de lien avec l’inimitié de Frasseto, car PERALDI n’était ni leur parent ni leur allié. La relation tient au fait que l’assassin pourrait être un des bandits ANTONA. Dominique PERALDI, officier de santé, avait été, en 1822, maire de Frasseto où il avait résidé avec son épouse Antoinette OLIVA et ses six enfants dont l'un Antoine, bandit, avait été détruit par la Gendarmerie. Une de ses filles, Pauline, mentionnée dans le rapport de Gendarmerie, s'était mariée fin 1836 avec Thomas POGGI qui avait fait partie de la bande des 12 malfaiteurs arrêtée en avril 1839. Félix Antoine MARIANI (on le prénomme parfois Antoine Félix ou simplement Félix et son prénom usuel est Felicianu) dont il est question dans l'assassinat de PERALDI, avait été nommé maire de Frasseto par arrêté du Préfet de la Corse du 20 novembre 1840, puis remplacé fin 1843 par son adjoint Dominique SUSINI. Il est né en 1804, s'est marié avec Marie FRANCESCHI, de qui il eut une fille puis trois garçons. On a vu qu'il y avait des complicités entre lui et Jean Félix BIANCHI à propos du litige de ce dernier avec la commune de Frasseto et il semble se confirmer maintenant qu'il y a aussi une complicité avec les bandits ANTONA dont on connaît les liens avec BIANCHI. Cependant l'alliance avec Fiacconu, si toutefois elle a existé, ne durera pas longtemps. Un an s’est passé depuis l’assassinat de Dominique PERALDI, et c’est maintenant au tour de Félix MARIANI, ancien maire de Frasseto, qui avait été soupçonné d'avoir été le complice de cet assassinat d’être victime d’un tueur le 21 avril 1845. Félix MARIANI est âgé de 42 ans. C’est le rapport de la 2ème Compagnie de la 17ème Légion de Gendarmerie pour la semaine du 21 au 23 avril 1845 qui fait la relation de ce crime49. Dans la matinée du 21, Félix Antoine
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MARIANI, est parti du hameau d'Alessandria, situé dans la région de la Costa, pour se rendre à Ajaccio, lorsque arrivé près du hameau de Coti, à midi environ, il reçoit une décharge d'arme à feu provenant d’un tireur embusqué derrière une muraille ; deux balles lui traversent l’avant bras gauche. L’alarme ayant été donnée, les parents accourent et transportent le blessé à la marine et l’embarquent sur une gondole qui le transporte à Ajaccio pendant la nuit du 21 au 22. Le blessé déclare à la Gendarmerie de cette ville, qui l'a interrogé, n'avoir pas vu son assassin. Il décédera, le lendemain, 23 avril, des suites de ses blessures. A qui attribuer cet assassinat ? Les FRANCESCHI ont fait figurer Félix MARIANI sur la liste des victimes de leur camp durant l'inimitié contre les ANTONA. On a dit en effet qu'après avoir été le complice de Fiacconu, Félix MARIANI s'en était séparé à la suite d'une brouille et s'était rapproché du parti des FRANCESCHI, parents de sa femme. Fiacconu lui avait-il fait payer sa trahison ? C'est possible. Mais il ne faut pas négliger une deuxième hypothèse qui est celle d'une vengeance des parents de Dominique PERALDI. On a vu que ce dernier avait eu un fils bandit et une fille mariée à un individu qui faisait partie d'une bande de malfaiteurs. La Gendarmerie, peut-être par facilité, aurait plutôt penché pour la thèse de Fiacconu qui, de plus, était bien commode. Il faut aussi dire que MARIANI, interrogé, n'a pas voulu livrer aux gendarmes le nom de son assassin ; mais, s'il le connaissait ou le soupçonnait, il l'avait sûrement donné à ses parents qui l'avaient transporté à la marine et conduit à Ajaccio pour essayer de le sauver. On verra, l'année suivante, que l'assassinat sera attribué à Pascal ANTONA qui est au moment des faits âgé d'une vingtaine d'années. Ce fait montre bien que la victime, Félix MARIANI, ne compte plus parmi les complices ou les protégés de Fiacconu. Les bandits ANTONA sont maintenant au nombre de quatre : Fiacconu et son frère Sébastien et les frères Nicolas et Pascal ANTONA, cousins issus de germains des deux premiers. Le renfort est appréciable, car il assurera aux bandits l’assistance de la nombreuse famille de ceux que l’on surnomme Scalonu. Félix MARIANI est, depuis le début de l’inimitié, le troisième ancien maire de Frasseto assassiné après Ange François
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FRANCESCHI et Dominique PERALDI. La fin d'une bande de douze bandits Au cours de l'année 1838 se produit une tentative d'assassinat que nous apprend le compte rendu de la Gendarmerie pour le mois d'octobre71. En effet, le 28 octobre, le nommé Jean Baptiste ANTONA, laboureur de la commune de Frasseto, est grièvement blessé d'un coup de fusil sur la route qui conduit de la plage à Frasseto au lieu dit Pietra Cizera, sur le territoire de la commune de Frasseto. L'auteur et le motif de ce crime sont inconnus de la Gendarmerie au moment de la rédaction du rapport. Le relevé d'octobre de la préfecture nous donne le nom du coupable29 : il s’agit du nommé Jean Marie MARIANI, lui aussi laboureur de la commune de Frasseto, qui a exécuté son forfait avec préméditation et guet-apens. Mais on ignore le motif de cette tentative d’assassinat. Il ne semble pas que cette agression soit liée à l'inimitié de Frasseto, même si on peut supposer, en raison des patronymes, qu'il s'agit de la première victime des FRANCESCHI. En réalité, Jean Baptiste ANTONA est allié des FRANCESCHI, s'étant marié 20 ans plus tôt avec Marie Palme, sœur de Jean Noël FRANCESCHI qui sera assassiné en 1846 dans le cadre de l'inimitié. On aurait certes pu lui reprocher d'avoir fait pénétrer dans son ménage une concubine, nommée Marie PICCHETTI, peut-être parente de la mère de Fiacconu qui s'appelait Marie Françoise PICCHETTI et d'avoir eu d'elle un garçon adultérin en 1836 alors qu'il n'avait pas eu d'enfants de sa femme légitime ? Le meurtrier présumé, Jean Marie MARIANI, n'est pas, en effet, un proche de la famille de Cicchetta. On ne trouve pas d'ailleurs de Jean Marie MARIANI aux différents recensements, mais il figure sur les états des prévenus et contumaces de l'arrondissement d'Ajaccio dans lesquels on apprend qu'il a été condamné à mort par contumace le 23 septembre 1843 et qu'on ignore son lieu de retraite ; il ne fera en tous cas plus parler de lui à Frasseto. L'année 1839 commence avec l'arrestation le 29 janvier de
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Joseph STEFANI de Frasseto prévenu de complicité d'assassinat et de vol43. On apprendra qu'il est apparenté à une bande de malfaiteurs originaires des communes de Zevaco et de Frasseto qui sera arrêtée par la Gendarmerie au mois d'avril 1839. Pour ce qui le concerne, on lui reproche d’avoir, de complicité avec le Baptiste (Jean Baptiste) ANDREUCCI son beau-frère et chef de la bande, commis de nombreux méfaits : d’avoir le 3 février 1837 à Campo donné volontairement la mort, à l'aide d'un coup d'arme à feu, au sieur Thomas GARCIA vérificateur des poids et mesures ; d'avoir le 25 octobre 1837 au lieu dit Chiavari, territoire de Frasseto, tenté de donner la mort volontairement et avec préméditation et guet-apens à Baptiste FORCIOLI dit Caparella ; d'avoir soustrait frauduleusement 500 francs au sieur Marc TRAMONI ; d'avoir tenté de donner la mort à l'aide d'un coup de fusil à Jean Come CASALTA 76. Joseph STEFANI sera condamné à 20 ans de fers et partira pour Toulon le 18 juin 1840. Le chef de cette bande, Jean Baptiste ANDREUCCI, prévenu des mêmes crimes que Joseph STEFANI et d’autres méfaits, a été tué au cours d'un engagement avec un détachement de Gendarmerie commandé par le Brigadier ANTONA qui a déjà été mentionné. Le reste de la bande était composée de : - ANDREUCCI Bernardin père, et ses fils Jean Baptiste, Antoine Dominique, François, Philippe et Nonce de Zevaco ; - POGGI Adam père et ses fils Thomas, Jules de Zevaco ; - Louis, André et Jean Jacques COTIde Zevaco ; - Joseph STEFANI et Jean Baptiste ANTONA de Frasseto. Jean Baptiste ANDREUCCI (23 ans) - le chef de bande qui avait déjà été condamné le 19 septembre 1836 à un mois de prison pour port de stylet - et Antoine Dominique (30 ans), tous deux fils de Bernardin, avaient épousé le 23 octobre 1836, Marie Catherine et Marie Antoinette STEFANI filles de Pascal et sœurs de Joseph mentionné ci-dessus. Les ANDREUCCI seront condamnés aux assises le 21 novembre 1840, Bernardin, le père, à cinq ans de fers, Antoine Dominique et François à quinze ans et Nonce, qui est mineur, restera en prison jusqu’à l’age de vingt ans. Les POGGI qui font partie de la bande sont apparentés également à des familles de Frasseto : en effet Adam, veuf d'Anne
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Marie ANTONA et âgé de 48 ans, a épousé en septembre 1836 Cosima GIULIANI à Frasseto. Quant à son fils Thomas, 24 ans, il a épousé à Frasseto en novembre 1836 Paulette PERALDI, 25 ans, fille de Dominique, médecin, et frère d'Antoine, bandit. Les POGGI ont été condamnés aux assises le 21 novembre 1840 : Adam, le père à 5 ans de fers, les fils Thomas et Jules respectivement à dix et cinq ans. Le nom de Jean Baptiste ANTONA revient à nouveau ; d'après le relevé mensuel, son surnom est Bavetta, et il semble bien qu'il s'agisse de la personne qui a été agressée en octobre 1838. Il n'est cependant pas étonnant de le trouver en compagnie des POGGI, car c'est sa sœur Anne Marie qui a été la première épouse d'Adam. D'après ce même relevé, les bandits demeurent aux hameaux de Campestra et Caprione dépendant des communes de Frasseto et Zevaco. Dans une lettre datée du 18 avril 1839 adressée au Lieutenant Général Commandant la 17ème Division, la 3ème division de la préfecture souhaite que les auteurs de cette opération soient récompensés43 : «...... la destruction du bandit ANDREUCCI de Zevaco, qui est tombé avant-hier soir dans une embuscade où se trouvaient le brigadier ANTONA et deux gendarmes. Le Capitaine ROGUIER ainsi que les militaires qui l'ont si bien secondé dans ces deux opérations, notamment le brigadier ANTONA me paraissent mériter une récompense. » La capture de ces douze malfaiteurs avait certainement assaini la région du Cotèse où elle sévissait, cependant il y avait toujours les frères Sébastien et Joseph Antoine ANTONA qui restaient insaisissables. Mais n'étaient-ils pas repartis en Sardaigne ? Une femme courageuse Indépendamment de l'inimitié, un autre drame mettant en présence des habitants de Frasseto va se dérouler le 9 mai 1840. «Le 9 mai 1840 à neuf heures du soir, dit le rapport mensuel de la Gendarmerie, la nommée Maria Antonia, femme de Jacques MARIANI, de la commune de Frasseto, a été tuée de trois coups de stylet, par le bandit ANTONA Pancrace, de la même commune qui a
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été également tué d'un coup de couteau que lui a porté la victime71. » Le relevé de la Préfecture de mai 1840 nous précise que le bandit était allé attaquer la famille MARIANI à cause d'une contestation de propriété. On apprend ainsi à l'occasion de cet affrontement mortel qu'il y a un autre bandit ANTONA à Frasseto, mais sans bien connaître la nature de ses crimes antérieurs. Peut-être est-il l'auteur d'un crime qui a été commis à Campo le 19 octobre 1839 à la suite d'une discussion, sur la personne d'un berger de Bastelica, Antoine NIVAGGIONI, par le nommé «Pancrace Jean TOMASSI de Frasseto» ; mais le nom de famille TOMASSI n'existe pas à Frasseto et il y a de fortes présomptions pour que ce crime ait été commis par Pancrace ANTONA. La confusion peut venir du fait que ce dernier est le fils de Jean de feu Jean Thomas ce qui expliquerait le nom qu'on lui a fait porter. Il est aussi un cousin issu de germains des bandits Sébastien et Joseph Antoine ANTONA et le cousin germain des frères Nicolas et Pascal ANTONA qui prendront le maquis respectivement en 1843 et 1844 à la suite de meurtres. Ceci n'implique pas cependant que cet événement soit à relier à l'inimitié de Frasseto résultant de l'enlèvement de Cicchetta, mais on ne peut écarter formellement cette hypothèse : Marie Antoinette MARIANI, la victime, est en effet, par sa mère Jéromine FRANCESCHI, cousine germaine de Jean Baptiste FRANCESCHI dit Ribugliu qui sera à la tête du parti des FRANCESCHI dans l'inimitié. Jacques et Marie Antoinette MARIANI avaient cinq enfants ; la dernière, sourde et muette, avait quelques mois au moment du drame et y aurait assisté. On a dit que sa surdité datait de ce jour. Cette fois c'est une femme qui a été tuée en voulant défendre son frère. Mais notons bien que la préméditation visait son frère Michel et que si des coups mortels ont été portés par le bandit, c'est plutôt dans un réflexe de défense à l'occasion d'une confrontation corps à corps. Il n'est pas dans la tradition des bandits corses de s'attaquer aux femmes. Une autre version du drame veut que Marie Antoinette, alertée par le coup de fusil soit sortie de la maison et se soit précipitée sur le bandit qui a alors pris son stylet et l'a poignardée,
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mais Michel accouru l'a poignardé à son tour. La version adoptée par la Gendarmerie blanchissait Michel. Dans la famille de Marie Antoinette, il était entendu que cette affaire était réglée et on n'en parlait plus, même en famille. Il y avait eu un mort de chaque coté et il n'y a effectivement jamais eu de suite. Dans cette affaire, le relevé de la préfecture fait mention d'une contestation de propriété ; le père de Marie Antoinette et de Michel, Pancrace MARIANI, avait en effet eu un litige au sujet d'un champ avec un certain Antoine ANTONA. Pour ne pas aller en justice, ils avaient établi un compromis chez le notaire PIOVANACCI, le 30 mai 1828, selon lequel, après avoir exposé ses motifs, chacun des protagonistes avait désigné un arbitre - l'un était de Quasquara, l'autre de Campo, les deux villages voisins de Frasseto - à qui il n'était imposé ni délai ni forme pour présenter des conclusions. Peut-être l'origine du drame est-elle à rechercher dans cet ancien litige. L'événement était suffisamment exceptionnel - une femme poignardée qui poignarde son assassin - pour que la Gazette des Tribunaux du 29 mai 1840 en fasse la relation : «Une femme, la nommée Maria Antonia MARIANI, de la commune de Frasseto, vient de se signaler par la destruction d'un fameux bandit. Par malheur, son courageux dévouement a eu les suites les plus funestes ; elle est morte victime d'une conduite qu'on ne saurait trop louer. Son frère, Michel MARIANI avait été plusieurs fois menacé par le bandit ANTONA Pancrace, de Frasseto. Ce dernier était sur le point d'accomplir ses menaces ; il avait réussi à surprendre MARIANI non loin de sa cabane ; après lui avoir tiré un coup de fusil, il s'était jeté sur lui un stylet à la main ; mais l'explosion d'une arme à feu avait fait sortir de la cabane la famille de MARIANI. Sa sœur Maria Antonia s'était saisie d'un couteau. Elle se précipite contre le bandit, en reçoit plusieurs coups de stylet, le frappe à son tour et parvient à dégager son frère. La belle conduite de cette femme intrépide était digne d'un meilleur sort ; elle est morte le lendemain des suites de ses blessures. Le bandit ANTONA a été frappé mortellement aussi ; il a été trouvé mort, le même jour, non loin de la maison de Petinello. » Le Journal de la Corse du 20 mai 1840 avait relaté
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l’événement dans des termes similaires. Michel MARIANI, le frère de Marie Antoinette s’est marié le 12 octobre 1841 et a eu 3 filles. Il ne vécut cependant pas très longtemps, car un mauvais mal l'atteignit à la main et on dût l'amputer. Cela se fit, paraît-il, à l'aide d'une hache, mais l'amélioration attendue ne se produisit pas et Michel mourut le 31 janvier 1850 à l'âge de 31 ans.

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L'affaire de Quasquara ou du carré de papier
La commune de Quasquara a des difficultés pour régler les honoraires de l'avocat qu'elle avait engagé dans son procès contre les particuliers. Il faut donc des rentrées d'argent et le maire avec l'accord du Préfet imagine pour ce faire d'aliéner des biens communaux. On s'adresse pour cela aux Sieurs Benoît GROSSETI, pharmacien, et André CAURO, docteur en médecine, domiciliés à Ajaccio qui, justement, viennent de conclure un acte de Société qui prévoit dans son article 1er l'acquisition par égale portion de terrains communaux de Quasquara, Frasseto et Campo situés aux lieux dénommés Coti, Crucciata et autres situés dans la région dénommée La Costa. Il est prévu qu'après l'acquisition, la majeure partie de ces terrains serait vendue à la Compagnie corse qui s'était implantée dans l'île pour entreprendre des opérations agricoles et métallurgiques, puis que le produit qui en serait retiré serait partagé entre les deux créateurs de la Société. Les Sieurs GROSSETI et CAURO avaient passé des actes datés des 11 novembre et 1er décembre 1839 avec le Sieur RACLE, agent de la Compagnie corse, dans lesquels ils vendaient 600 hectares de terres et s'engageaient à en livrer jusqu'à 4.000 d'un seul tenant situés dans cette région de La Costa. Le prix de l'hectare était d'ores et déjà fixé à 150 francs. En harmonie avec cet acte, le conseil municipal de Quasquara prit quelques jours plus tard - le 12 décembre - une délibération suivant laquelle la commune abandonnait aux Sieurs GROSSETI et CAURO tous les droits que la Cour Royale de Bastia lui avait reconnus sur les terrains dénommés Coti et Chiavari, à charge pour les deux preneurs : 1°) d'en poursuivre l'exécution à leurs risques et périls ; 2°) de payer 300 francs à chaque chef de famille qui avait le droit de prendre part au partage des terres ; 3°) de mettre ces terres en culture dans l'espace de trois ans et d'y
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établir des familles. Le conseil municipal ajoutait que sa délibération n'aurait pas été obligatoire pour ceux qui se seraient refusés à céder leurs droits aux conditions stipulées. On a prétendu que le maire Pancrace COTONI et plusieurs conseillers avaient eu la promesse de recevoir chacun la somme de 1.000 francs et que des billets correspondants avaient été mis en dépôt chez le Sieur Luc MAGLIOLI, ancien maire de Quasquara et négociant à Ajaccio. M JOURDAN du VAR, Préfet de la Corse, par lettre du 11 mars 1840, propose au Ministre de l'Intérieur d'approuver la délibération du conseil municipal de Quasquara, mais le Ministre dans sa réponse du 20 mai rejette cette proposition, et l'on doit alors se résoudre à déchirer les billets déposés chez le Sieur MAGLIOLI. Mais le village de Quasquara a du mal à boucler son budget en raison de l’échec de cette tentative de renflouement des finances communales et des honoraires à verser à l’avocat qui a plaidé pour la commune. Le maire se résout finalement à solliciter l'accord des autorités supérieures pour l'augmentation des contributions directes et le Préfet a transmis la demande au Comité de l'Intérieur et de l'Instruction publique qui autorise en août 1840 une somme de 500 francs échelonnée sur six ans au lieu de cinq comme le maire l’avait demandé, ce qui représente chaque année 19,15 centimes additionnels77. On verra que cette somme sera insuffisante et qu'il faudra prendre d'autres mesures qui auront un retentissement jusqu'à la Chambre des députés. L'affaire des recettes de Quasquara est oubliée jusqu'à l'arrêt de la Cour de cassation du 16 décembre 1840 qui annule l'arrêt rendu par la Cour de Bastia et renvoie les parties devant la Cour Royale d'Aix. La conséquence qui s'impose alors aux communes de Frasseto, Campo et Quasquara engagées dans le procès est qu'il faut trouver les ressources nécessaires pour la poursuite de la procédure qui exigera de nouveaux honoraires pour les avocats. A Quasquara on décide de précipiter les événements pour assurer des rentrées d'argent. Le conseil municipal prend une délibération le 10 février 1841, pour la vente d'un terrain dénommé Graticella qui est situé à l'est du hameau d'Accelasca, dans la partie nord de la forêt domaniale de Chiavari, où la carte de l'IGN signale
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des ruines. Le maire désigne deux conseillers municipaux Simon CASANOVA et Paul GUIGLIELMI pour en faire l'expertise. Leur procès verbal qui est dressé le 14 mars constate que cette terre est couverte de maquis, que sa contenance est de 110 hectares et sa valeur de 2.800 francs, ce qui met l’hectare à un peu plus de 25 francs, alors que les actes que l’on vient de citer mentionnent un prix de 150 francs l’hectare. Quelques jours après, le 17 mars, le sieur Antoine Marie PADOVANI qui avait été désigné par l'administration pour procéder à une enquête de commodo et incommodo, et consulter les habitants de Quasquara sur les avantages et inconvénients de la vente envisagée remet son procès verbal selon lequel personne ne s'est présenté à l'heure et au lieu qu'il avait fixés pour recevoir les observations. Tout va très vite : le 23 mars 1841, le Conseil de préfecture, sur la base des deux procès verbaux, autorise le maire de Quasquara à vendre une terre de 110 hectares pour environ 2.800 francs afin de faire face aux frais de procès à Aix. Un cahier des charges est établi, et on annonce par affiches et par le Journal du département la vente de Graticella pour le 10 avril à la mairie de Quasquara, sans toutefois en préciser l'heure. A cette même date le maire, Pancrace COTONI, signe un procès verbal constatant, après une mise à prix de 2.800 francs, l'adjudication de Graticella au dernier enchérisseur, le sieur Benoît GROSSETI, pharmacien, pour le prix de 2.950 francs, après des surenchères des Sieurs Dominique FERRI et Jean Baptiste SUSINI ; les enchères ayant été faites en présence de trois conseillers municipaux Simon CASANOVA, Paul GUIGLIELMI et Joseph CASANOVA, les deux premiers étant ceux qui ont procédé à l'expertise du terrain. L'affaire a été rondement menée : il ne s'est écoulé que deux mois entre la délibération du conseil municipal de Quasquara (10 février 1841) et l'adjudication ( 10 avril 1841). Mais à partir de cette dernière date des protestations se font entendre et le Sieur Jean Baptiste QUILICI, après avoir adressé plusieurs réclamations à la préfecture, dépose une plainte auprès du procureur du Roi d'Ajaccio. Il expose que lui-même a voulu participer aux enchères et que dans ce but, il a quitté Ajaccio le 9 avril, veille de l'adjudication, accompagné des Sieurs Pascal ROBAGLIA, Jean Baptiste et Noël
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MANNONI, marchands à Ajaccio et qu'ensemble ils se sont rendus à Quasquara où ils ont appris avec stupeur que l'adjudication doit avoir lieu à Bisinao où réside le maire. Cependant Bisinao fait bien partie du territoire de la commune de Quasquara, mais il s'en trouve distant de cinq heures de marche par des chemins de montagne rendus encore plus malaisés par le mauvais temps qui sévit ce jour là. Ils remontent alors à cheval et guidés par un habitant de Quasquara ils atteignent le hameau de Bisinao et se présentent le 10 avril avant 9 heures du matin au domicile du maire où se trouvent déjà les Sieurs Benoît GROSSETI, Dominique FERRI et Jean Baptiste SUSINI et plusieurs membres du conseil municipal. Après une longue attente, ils interrogent le maire sur l'heure à laquelle est prévue l'adjudication et ce dernier leur fait part d'une opposition de plusieurs habitants à la vente qui l'obligeait à surseoir et à en rendre compte au Préfet, mais ils restent tout de même dans la maison du maire qu'ils ne quittent que vers 5 heures de l'après midi après le départ du pharmacien GROSSETI. Après avoir demandé des renseignements au juge de paix de Santa Maria Siché, le Procureur du Roi porte plainte à son tour pour faux le 14 juillet 1841 et requiert le juge d'instruction d'informer. Pendant ce temps, le procès verbal de l'adjudication est soumis à la signature de M PERALDI, Conseiller de préfecture qui remplace le Préfet absent de Corse, mais en raison des protestations qui se sont fait entendre, M PERALDI refuse d'apposer sa signature. Le Préfet de la Corse pour sa part, à son retour, sans s'arrêter aux réclamations que lui ont adressées des habitants de Quasquara dont le Sieur QUILICI, homologue le 10 juin le procès verbal d'adjudication établi par le maire de Quasquara. Il lui faudra pourtant quelque temps après faire marche arrière, car des protestations sont parvenues au Ministre qui lui a aussitôt demandé des explications, ce qui l'a alors conduit à retirer sa signature ; un artifice a été utilisé pour ce faire : on a collé à l'emplacement de l'acte d'adjudication où se trouvait le visa du Préfet un morceau de papier pour signifier que l'approbation qui avait été donnée était retirée. Ce papier de cinq à six centimètres de côté est alors devenu le carré de papier de Quasquara. Et c'est sur ce papier que le Préfet, après avoir obtenu l'autorisation de son Ministre, remettra une nouvelle signature le 15 juillet,
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lendemain de la plainte du Procureur du Roi. Ce procès verbal revêtu du carré de papier est cependant resté introuvable pendant toute l'instruction et ne réapparaîtra qu'aux tous derniers instants du procès. Le juge d'instruction interroge le 29 août 1842 le maire de Quasquara, arrêté la veille, qui donne sa version des événements qui se sont déroulés le jour de l'adjudication : il est bien exact que les MANNONI et ROBAGLIA sont venus chez lui, mais il les a informés qu'il attendait l'arrivée du percepteur du canton qui devait recevoir le paiement du dernier enchérisseur ; mais le percepteur n'étant pas arrivé à cause du mauvais temps, lui, maire, crut de son devoir de procéder tout de même à l'adjudication qui eut lieu dans la salle de la mairie où les MANNONI et ROBAGLIA ne se présentèrent pas. Quant à la valeur de Graticella, bien qu'il affirme ne jamais être allé sur ces terres, il estime qu'elle ne peut dépasser 3.000 francs et trouve très exagérée l'estimation que certains en font entre 30.000 et 50.000 francs. Pendant ce temps le procès des biens communaux renvoyé à la Cour royale d'Aix se prépare et les maires de Frasseto et Quasquara, Félix MARIANI et Pancrace COTONI, ont fait assigner les 15, 16 et 18 octobre 1841 par Mathieu SARI, huissier à Ajaccio, cent dix neuf cointéressés résidant à Ajaccio, Albitreccia, Quasquara et Frasseto à comparaître à la Cour royale d'Aix pour suivre l'instance que les dits maires ont introduite pour voir mettre à néant le jugement du tribunal de première instance d'Ajaccio rendu le 30 janvier 1827. Parmi les cointéressés se trouve Jean Baptiste MANNONI qui est le père de Noël et le beau-père de ROBAGLIA qui avaient voulu enchérir pour l'acquisition de Graticella. C'est alors que trois personnes dont l'architecte LOTTERO qui ont été commises pour procéder à une nouvelle expertise rendent leur rapport daté du 19 novembre 1842 qui estime la contenance de Graticella à 292 hectares au lieu de 110 et sa valeur à 46.440 francs (ce qui valorise l’hectare à près de 160 francs), soit plus de 15 fois l'estimation qu'en avaient faite les deux conseillers municipaux de Quasquara (2.800 francs). Après cela, le 23 décembre 1842, Pancrace COTONI, maire de Quasquara, est inculpé d'avoir procédé à une adjudication clandestine et renvoyé devant la Cour d'assises de la Corse.
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L'affaire vient à la session du premier trimestre 1843, mais elle est renvoyée à la session suivante par suite de la mise en état d'arrestation sur l'ordre du Président d'un témoin, Dominique FERRI, l'un des surenchérisseurs, dont la déposition sur le déroulement des enchères paraît manifestement fausse. Dès le lendemain, 18 mars 1843, la chambre des mises en accusation fait procéder à une nouvelle instruction qui fit prendre à l'affaire une extension considérable. L'adjudication de Graticella devient «l'affaire de Quasquara». On procède dans les locaux de la Compagnie corse à une saisie de pièces dont certaines, dit-on, mettraient en cause M JOURDAN du VAR Préfet de la Corse. Des mandats d'amener sont décernés contre l'adjudicataire GROSSETI et ses deux associés André et Félix CAURO, le premier Docteur en médecine, l'autre secrétaire de l'Académie, Jean Baptiste SUSINI ex-préposé des Douanes et surenchérisseur, le maire de Grosseto-Prugna PADOVANI commissaire à l'enquête de commodo incommodo, les conseillers municipaux Joseph CASANOVA, Paul GUIGLIELMI et Simon CASANOVA témoins de la vente, le dernier aussi caution de GROSSETI adjudicataire. L'instruction se poursuit par l'audition de nombreux témoins, la saisie de documents importants et l'exécution d'une troisième expertise dirigée par M VOSGIN, Ingénieur des Ponts et Chaussées, assisté de deux chefs de bataillon en retraite, expertise qui conclut comme la première à une contenance de 292 hectares et à une valeur de 37.000 francs (au lieu de 46.440 pour la deuxième). On restait très au-dessus de l'estimation de 110 hectares d'une valeur de 2.800 francs faite par les deux conseillers municipaux de Quasquara. Et finalement, l'instruction allait aboutir à la mise en cause de M JOURDAN du VAR Préfet de la Corse. En effet, l'instruction achevée, et «attendu qu'il en était résulté des présomptions contre M JOURDAN du VAR, Préfet de la Corse, d'avoir participé à des faits de corruption qui auraient été pratiqués envers les membres du conseil municipal de Quasquara, et au faux qui aurait été commis dans le procès-verbal d'adjudication de la Graticella, et d'avoir en outre par interposition de personnes, pris un intérêt dans la vente des droits des chefs de famille que la délibération du conseil
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municipal de la commune de Quasquara du 12 décembre 1839 était destinée à réaliser, et dans la vente de Graticella, desquels actes il avait la surveillance en sa qualité de Préfet», la Chambre des mises en accusation chargea le 30 mai 1843 le Procureur général du Roi d'adresser à M le Garde des Sceaux toutes les pièces de la procédure et de demander au Conseil d'État l'autorisation de poursuivre M JOURDAN du VAR, Préfet de la Corse à raison des faits énoncés dans l'arrêt78. Mais M JOURDAN du VAR n'a pas que des ennemis et un journal édité en Corse, l'Insulaire français, publie le 20 juillet 1843 une longue lettre d'un homonyme et parent du Préfet qui est conseiller à la Cour royale de Bastia, lettre dans laquelle un article publié dans la Gazette des Tribunaux du 2 juillet qui fait état des poursuites contre le Préfet est l'objet de vives attaques. Pour conclure ce magistrat prononce les mots de faux témoignage et de parjure, et dit que la cause du Préfet «est la sainte cause de l'innocence et de la vérité». L'arrêt du Conseil d'État du 9 août 1843 déclarant qu'il n'y avait pas lieu d'autoriser les poursuites contre M JOURDAN du VAR est rendu définitif par approbation royale du 30 août. L'opinion publique en Corse est passionnée par les développements de l'affaire de Quasquara et lorsque parvient la décision du Conseil d'État, les partisans du Préfet s'en réjouissent alors que ses adversaires ne cachent pas leur déception. Le Préfet est alors absent de Corse et son arrivée est annoncée pour les prochains jours. Ses amis veulent profiter de l'occasion pour lui organiser un accueil chaleureux après la victoire au Conseil d'État et pour cela ils élèvent des mats et un arc de triomphe. Mais dans la nuit le parti adverse les abat et un charivari est donné à des personnes qui avaient préparé leur canot pour aller au devant du Préfet. On craint que les manifestations ne s'arrêtent pas là et que des troubles ne se produisent à l'arrivée du Préfet. Par bonheur ces craintes ne se sont pas réalisées et M JOURDAN du VAR, qui a effectué la traversée à bord d'un bateau à vapeur, arrive le 10 septembre à Ajaccio et est accueilli par une faible assistance qui porte des banderoles sur certaines desquelles figurent des inscriptions de reconnaissance des menuisiers et des maîtres maçons.
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Mais début octobre 1843, de nouvelles charges, que dévoile le périodique Le progressif de la Corse, apparaissent. On ignorait pendant l'instruction qu'avait conduite M le conseiller MANIEZ qu'une enquête de commodo et incommodo, antérieure à celle que prétendait avoir menée M PADOVANI, avait été réalisée. On a en effet appris que le Préfet de la Corse, M JOURDAN du VAR, en avait chargé M CRESPY, Lieutenant de Gendarmerie qui s'était transporté sur les lieux pour consulter les habitants de la commune de Quasquara sur les avantages et les inconvénients de la vente des biens communaux ; toute la population s'était opposée à la vente. La justice s'est alors adressée au lieutenant CRESPY qui, entendu comme témoin a, « dit-on », précise prudemment la Gazette des Tribunaux, confirmé tous les faits, en y ajoutant la révélation de circonstances très graves. Si ces révélations sont exactes, elles sont de nature à impliquer à nouveau le Préfet qui ne pouvait ignorer les résultats d'une enquête qu'il avait ordonnée, et pourquoi pas, relancer une nouvelle demande d'autorisation de poursuites contre lui. Mais il n'en sera rien, même si le rapport CRESPY s'avère bien réel et sera mentionné lors du procès. C'est alors qu'un nouvel arrêt du 18 octobre 1843 de la Chambre des mises en accusation renvoie devant la Cour d'assises, pour être jugés avec le maire COTONI de Quasquara, Benoît GROSSETI accusé de complicité du faux établi par le maire de Quasquara et Antoine Marie PADOVANI accusé de faux en écritures publiques pour avoir établi un procès verbal d'une enquête de commodo incommodo qui n'a pas eu lieu; la Chambre ne retient pas de charges contre les Sieurs André et Félix CAURO, FERRI, SUSINI, Simon GUIGLIELMI et Joseph CASANOVA. Le procès de COTONI, GROSSETI et PADOVANI a lieu le 15 décembre 1843 et les assises sont présidées par M STEFANINI Conseiller à la Cour royale de Bastia ; M STEFANINI est aussi conseiller municipal de Bastia et Conseiller général de la Corse. Le procès a attiré dès le premier jour une affluence considérable. L'instruction, on l'a dit, a recueilli un grand nombre de témoignages et saisi de nombreux documents. Aux assises, l'accusation produit des témoignages qui confirment les dires des MANNONI et ROBAGLIA au sujet du déroulement des événements
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de la journée d'adjudication du 10 avril ; leur guide, qui les avait conduits du village de Quasquara au hameau de Bisinao, avait fait à son retour au village le 12 avril, une relation complète des faits à l'Abbé FOATA, desservant de Quasquara. Ce dernier les retracera devant les jurés. La défense, quant à elle, fait valoir la parenté entre les MANNONI et ROBAGLIA et Jean Baptiste MANNONI, partie dans le procès des biens communaux, usurpateurs selon elle de ces mêmes biens et coauteurs d'une opposition à la vente de Graticella notifiée la veille de l'adjudication au maire de Quasquara, opposition qui avait recueilli la signature de 78 individus de la commune. Et la défense s'étonne que le fils et le gendre veuillent se porter acquéreurs lorsque lui veut empêcher la vente ; elle estime même que MANNONI et ROBAGLIA se sont rendus à Quasquara pour empêcher l'adjudication et non pas pour enchérir. On en est venu à parler de ces deux surenchérisseurs qui avaient fait monter les enchères jusqu'à 2.950 francs ; Jean Baptiste SUSINI et Dominique FERRI sont l'un ex-préposé, l'autre préposé aux Douanes, dans une position sociale modeste ne leur permettant pas de disposer de sommes aussi importantes que celles qu'ils ont avancées dans leurs offres. GROSSETI avait obtenu pour celui qui était encore en service l'autorisation de s'absenter, et tous deux s'étaient rendus directement d'Ajaccio à Bisinao, FERRI servant de guide mais aussi en quelque sorte d'escorte ; ils avaient fait de même pour le retour. Tous les trois étaient donc informés à l'avance du lieu où devait se dérouler l'adjudication, tandis que le percepteur avait reçu pour instruction de se rendre à Quasquara d'où il ne lui était plus possible de rejoindre Bisinao en temps utile pour l'adjudication. Mais les trois enchérisseurs étaient présents à Bisinao sans contestation et il n'y avait plus qu'à établir le procès verbal. On a aussi mentionné les expertises faites pour estimer la contenance et la valeur de Graticella ainsi que les sommes d'argent que GROSSETI avait avoué avoir données à des membres du conseil municipal de Quasquara pour obtenir les délibérations nécessaires, dont deux d'entre eux se trouvent être ceux qui ont fait la première estimation de Graticella. L'affaire de l'enquête de commodo incommodo a également
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été évoquée pour entendre dire qu'à l'exception du maire, personne n'avait vu les affiches l'annonçant, ni même n'avait jamais entendu parler de cette enquête et à cette occasion on a mentionné l'enquête antérieure réalisée par le lieutenant CRESPY à la demande du Préfet. Le jury après avoir délibéré, a rendu un verdict d'acquittement. Pour le Conseiller STEFANINI qui présidait les assises, le jury a cherché la raison de juger en dehors des débats et abstraction faite des charges et des moyens de défense. Les débats commencés le 15 décembre 1843 se sont déroulés dans une atmosphère de gravité devant un public assidu et se sont terminés le 17 à 2 heures du matin. Quelques instants avant la clôture de l'audience, les défenseurs du maire de Quasquara ont produit l'original du procès verbal d'adjudication portant l'homologation du Préfet de la Corse. Cette pièce a été déposée au greffe et ce n'est qu'après le jugement de l'affaire qu'il en a été fait un examen attentif. C'est cet examen qui a révélé les traces d'altération par l'existence du carré de papier qui recouvrait une première homologation de M le Préfet. Or le Préfet, dans une lettre qu'il avait adressée le 1er février 1842 à M le procureur du Roi, avait affirmé que ce procès verbal ne lui avait été soumis qu'en simple expédition. La découverte de ce document a, selon la Gazette des Tribunaux, vivement ému l'opinion publique en Corse. M le garde des Sceaux, pour sa part, a ordonné qu'une instruction aurait lieu pour reconnaître s'il y a crime et quels en sont les auteurs. L'affaire de Quasquara est ainsi relancée, mais on sera un peu surpris en apprenant que la nouvelle procédure est déléguée au Parquet d'Ajaccio et non pas à la Cour. Le Tribunal d'Ajaccio n’a pas tardé à constater qu'il n'y avait pas de faux et à conclure par une ordonnance de non-lieu. Les débats de cette affaire ayant été rapportés par la Gazette des Tribunaux, le Président STEFANINI y trouva des inexactitudes et crut de son devoir de faire, dans une longue lettre, un rapport détaillé au garde des Sceaux. Une des raisons qui avait conduit le conseiller STEFANINI qui présidait les assises à rendre compte à son Ministre de l'affaire de Quasquara était, entre autres erreurs, l'inexactitude de la relation des
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débats par la Gazette des Tribunaux au sujet d'une vente de terres effectuée par la commune voisine de Campo. La Gazette faisait dire au président des assises que si l'on avait ouvert les yeux plus tôt sur les honteux trafics des terres de Campo, la justice n'eût pas eu à réprimer les scandales de Graticella. Or la mise aux enchères des terres de Campo avait eu lieu un an et un jour après celle de Quasquara et le Président ne pouvait pas avoir prononcé de telles paroles. En réalité un avocat de la défense avait fait état de la vente des terres de Campo qu'il affirmait avoir été conclue à un prix inférieur pour une plus grande contenance ; là aussi le président précise que ces terres, mises à prix 1.500 francs pour une contenance de 50 hectares avaient été adjugées à 3.200 francs, c'est à dire un prix légèrement supérieur à celui de Graticella, mais pour une étendue six fois moins grande. En gros, les terres de Quasquara ont été vendues 10 francs l'hectare, celles de Campo 64 francs. Tous ces événements de Quasquara n'avaient naturellement pas laissé la population de Frasseto insensible, et cela pour plusieurs raisons. Tout d'abord ce fameux et interminable procès des biens communaux dans lequel les deux communes d'un côté et certains particuliers de l'autre défendent les mêmes intérêts. Ensuite, pour la commune de Frasseto, qui est comme sa voisine de Quasquara à la recherche d'un moyen de financement du procès, le sort du maire COTONI n'est pas indifférent, car s'il avait succombé, sa commune n'aurait peut-être pas pu trouver d'autres moyens de financer la procédure et cela aurait pu conduire le maire de Frasseto lui aussi à renoncer. Il y a aussi la nombreuse parenté qu'a le maire COTONI à Frasseto : Marie Antoinette COTONI, la mère de Cicchetta, Marie Catherine et Marie Xavière COTONI, la première mariée au fils aîné de Pierre-Joseph l'ex-moine, et la deuxième qui n'allait pas tarder à épouser le fils cadet Antoine Mathieu ; il y avait aussi d'autres liens de parenté avec des ANTONA et des MARIANI. Les terres de Graticella ont fini par être rachetées par l'État. Dans un premier temps, elles ont été partagées entre GROSSETI et CAURO. Puis, après que Coti-Chiavari eût été érigée en commune, et que l'État eût décidé d'établir le pénitencier de Chiavari dont le périmètre incluait Graticella, les deux portions furent rachetées en 1855 aux propriétaires pour un prix total de 47.580 francs - dont
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28.500 pour GROSSETI et 19.080 pour CAURO - sensiblement égal à celui de 49.000 francs estimé par les experts en 1844, mais largement supérieur aux 3.200 francs payés après adjudication. Le jugement du Tribunal d'Ajaccio n'a pas pour autant épuisé le sujet, car quelque temps après, le Sieur STEPHANOPOLI de COMNENE dépose une pétition qui a été rapportée devant la chambre des députés ; elle concerne d'une part les injustices dont aurait souffert la communauté de Grecs qu'il dirige et d'autre part la mauvaise administration de la Corse dont un des exemples cités est l'aliénation du terrain de Graticella ou pour mieux dire, l'affaire de Quasquara, et même à cause du carré de papier, le faux de Quasquara. L'affaire fut évoquée à deux reprises à la Chambre des députés. Une première fois lors de la séance du 25 avril 1844, le rapporteur de la commission chargée d'examiner la pétition dénonça avec force certaines méthodes pratiquées en Corse et surtout celles utilisées dans l'affaire de Quasquara : «Sans parler des étranges marchés conclus aux portes même d'Ajaccio ou dont le cri public a arrêté le cours, nous arriverons d'abord à l'affaire des biens communaux de Quasquara. Une vente doit avoir lieu, l'adjudication est annoncée avec la publicité qu'exige la loi ; mais comme la présence de nombreux concurrents pourrait gêner certains marchés, on change le lieu et l'heure de l'adjudication, qui a lieu en présence et au profit d'un petit nombre d'élus. De là plaintes nombreuses et pressantes. L'affaire est portée devant les tribunaux, et la cour royale de Bastia, saisie de son instruction, adresse, par l'intermédiaire du procureur général, une requête au conseil d'État pour en obtenir l'autorisation de poursuivre le Préfet comme inculpé : 1° D'avoir participé aux faits de corruption qui auraient été pratiqués envers les membres du conseil municipal de la commune de Quasquara ; 2° D'avoir participé au faux qui aurait été commis dans le procès verbal d'adjudication du terrain dit Graticella ; 3° D'avoir, par personne interposée, pris intérêt dans des ventes dont il avait la direction, en sa qualité de Préfet. Une ordonnance du Roi, rendue sur l'avis du conseil d'État,
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a refusé cette autorisation. L'ordonnance n'est pas motivée. Il n'est donc pas permis à votre Commission d'en rechercher les motifs, non plus que ceux du jury, qui a cru devoir acquitter les agents secondaires compromis dans l'affaire de Quasquara. Cependant l'accusation de faux en écriture publique portée contre le Préfet par le premier corps judiciaire du pays, se trouvait être restée sans solution. Le Préfet ne pouvait rester sous le coup d'une pareille inculpation, et le gouvernement fut le premier à le sentir lorsqu'il donna l'ordre à M. le procureur général de commencer une nouvelle instruction. Cette instruction, confiée au procureur du Roi et au tribunal d'Ajaccio, vient d'aboutir à une ordonnance de non-lieu. » Et voici la réponse que lui fait le Ministre de l'Intérieur : «Par l'affaire de Quasquara, la France peut juger par quelles raisons et dans quelles formes l'aliénation a été autorisée. Ici se présente le chef d'accusation auquel on attache le plus d'importance : une commune autorisée à consentir l'aliénation de terrains dont le prix est destiné à soutenir un procès pour défendre ses droits. Cet acte a dû rencontrer pour adversaires ceux-là mêmes qui plaidaient contre la commune. L'acte d'aliénation, approuvé d'abord par le Préfet, fut, sur la réclamation des opposants, signalé spécialement à M. le Préfet par le Ministre. L'approbation fut effacée, puis rétablie après un nouvel et plus complet examen de l'affaire. Ce double changement a laissé sur la pièce des traces visibles et matérielles qui s'expliquent par les faits. Cette affaire a été du reste l'objet d'une double appréciation ; en ce qui concerne le Préfet, le conseil d'État, éclairé, a refusé à l'unanimité l'autorisation de poursuivre. La justice criminelle, saisie de son coté à l'égard d'autres inculpés, a répondu par des acquittements. » Mais comme il y a une autre pétition présentée par quatre habitants de Bastia concernant cette ville et étudiée par une autre commission et que les deux commissions ont présenté des conclusions divergentes, l'ensemble est reporté à une séance ultérieure. C'est donc le 6 juillet 1844 que ces affaires sont à nouveau examinées et la discussion s'ouvre sur une intervention du Ministre de l'Intérieur dont nous ne retiendrons que ce qui est relatif à Quasquara :
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«J'ai répondu sur-le-champ que, lorsque la chambre des mises en accusation de la Cour royale de la Corse avait demandé l'autorisation d'instruire contre le Préfet de la Corse, cette affaire, selon les règles tracées par nos lois, avait dû être soumise à l'examen du conseil d'État. Le conseil d'État, appréciant la question et tous les éléments de procédure, après avoir pris communication de toutes les pièces, a été d'avis, à l'unanimité, qu'il n'y avait pas lieu de suivre. On ne s'est pas moins servi de cette affaire pour attaquer le caractère du Préfet ; et cependant voilà une autorité aussi élevée que celle du conseil d'État, chargée par nos lois de prononcer sur la mise en accusation des fonctionnaires, qui a donné son avis à l'unanimité des suffrages. Je dois ajouter encore que lorsque l'affaire a été portée devant les tribunaux, le jury a acquitté ceux qui figuraient devant lui comme accusés principaux, ce qui excluait la complicité du Préfet. Ainsi, d'un coté, arrêt du conseil d'État ; de l'autre, arrêt de la cour d'assises. Voilà les faits malgré lesquels on n'en est pas moins venu présenter devant la Chambre l'affaire de Quasquara comme incriminant le caractère du Préfet de la Corse. C'est au tour maintenant du rapporteur, qui a eu, depuis le mois de mai, le temps d'étoffer son dossier et de développer la pétition ; il déballe tout et le fait sans ménagements : «La gravité même de cette affaire a été pour le rapporteur de la Commission un motif de chercher toutes les lumières possibles. Ici encore M le Ministre de l'Intérieur se tromperait s'il croyait que le rapporteur n'eût pas cherché à s'entourer de documents précis. Ces documents, comme la justice était intervenue dans cette affaire, j'ai espéré les trouver au Ministère de la justice. Je me suis adressé à M le Garde des Sceaux, qui a eu la bonté d'autoriser toutes les communications avec une entière loyauté. Parmi les pièces qui se trouvent dans le dossier de cette affaire au Ministère de la justice, il est un rapport très détaillé qui a été présenté au chef de l'Administration lorsque le renvoi au conseil d'État avait été ordonné par la cour royale de Bastia. J'en ai pris quelques extraits et je demanderai la permission à la Chambre de les lui lire. En 1839, l'acquisition et l'exploitation des forêts de la Corse étaient
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devenues l'objet de spéculations importantes ; une Compagnie, sous la direction du sieur BERTODANO, s'était formée. Le directeur avait une telle confiance dans les dispositions de M le Préfet, qu'il avait prescrit au sieur RACLE, son agent, de ne rien entreprendre sans avoir préalablement pris l'avis de ce fonctionnaire. D'un autre coté, le sieur CAURO, médecin, son frère, secrétaire de l'Académie de Corse, et le sieur GROSSETI, pharmacien, résidant tous trois à Ajaccio, s'étaient associés pour l'achat et la revente des biens communaux. (Traité du 1er septembre 1841, 15è dossier.) Il avait été convenu que le sieur CAURO, second du nom, ne figurerait dans aucun acte. Le docteur CAURO, d'abord hostile au Préfet, était devenu son médecin, et des rapports très suivis, très affectueux, s'étaient établis entre eux. Par les soins et l'intermédiaire de M le Préfet, un traité fut conclu entre les sieurs CAURO et GROSSETI, et la Compagnie corse, représentée par le sieur RACLE. Les sieurs CAURO et GROSSETI s'engagèrent à vendre à la Compagnie les biens déjà acquis par eux, et ceux dont ils pourraient se rendre adjudicataires par la suite. Par le même acte, ils vendaient à la Compagnie 600 hectares de terrain moyennant 60.000 francs. Il fut stipulé qu'une somme de 10.000 francs serait très prochainement payée sur ce prix, et de plus, que dans le cas où le gérant refuserait la ratification, le sieur RACLE aurait la faculté de conserver, sur les 600 hectares, la quantité de 100 hectares qu'il payerait au prix stipulé. Une lettre adressée par le sieur RACLE au sieur BERTODANO apprend que la vente a eu lieu sur les instances du Préfet : «L'affaire, dit le sieur RACLE, en parlant de ce fonctionnaire, lui présente de si belles espérances, qu'il s'est empressé de mettre à ma disposition les 10.000 francs qui devaient être payés comptant. Enfin M JOURDAN, prévoyant que l'affaire en question ne vous conviendrait pas peut-être, a voulu que je me réservasse dans l'acte, le droit de conserver, tout cas échéant, 100 hectares. Son intention serait alors de les garder pour son compte, et d'en faire un jardin de produit. » M le Préfet à qui les accusations de la Cour royale avaient été communiquées, s'excuse à ce sujet en raison que la Corse est un pays
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où il faut souvent qu'un Préfet paye de sa personne ! D'accord ! mais faut-il qu'il paye de sa bourse ? Je ne le crois pas. C'est là une générosité qui, en bonne administration, serait extrêmement dangereuse, quelles que fussent d'ailleurs, les intentions du fonctionnaire.. Quant à nous, nous ne saurions être à ce sujet de l'avis de la deuxième Commission, qui dit que la représentation de la correspondance du Préfet justifie de sa ferme volonté de demeurer étranger à toute espèce d'intérêt dans les entreprises. La deuxième Commission a dit aussi : « M. JOURDAN a acheté une propriété en Corse, et la revente qu'il en a faite deux ans après a présenté des bénéfices. C'est là une opération particulière qui ne touche, sous aucun rapport, aux intérêts publics. » Messieurs, sans doute, légèrement, chacun, dans quelque position qu'il soit, peut acheter une propriété, aussi bon marché que possible, et la revendre aussi cher que possible. Mais je me demande s'il est très bien, surtout dans le pays dont il s'agit, qu'un administrateur achète des propriétés pour ainsi dire pour rien, et revende, quelques années plus tard, à un prix très considérable. Le bénéfice est licite, Messieurs ; mais je ne crois pas qu'il soit très convenable dans la position occupée par le fonctionnaire dont je parle, d'un Préfet. Il me paraît évident qu'il fait des affaires légales, mais aussi qu'il fait ses affaires. Or je crois qu'un fonctionnaire aura toujours plus de considération lorsqu'il fera les affaires du pays, que quand il fera les siennes. Il me paraît également pénible de voir un Préfet se mettre en relation particulière, dans quelque but que ce soit, avec des sociétés formées pour des acquisitions de biens, surtout lorsque ces acquisitions ont lieu d'une façon si extraordinaire. Ainsi, je trouve, dans un rapport du procureur général de la Corse, du 19 mars 1843, que les immeubles adjugés à GROSSETI, pour la somme de 2.900 francs, ont été estimés 46.000 francs par des experts commis par le juge d'instruction, experts dans lesquels j'espère que tout le monde aura confiance. Mais l'affaire de Quasquara soulève en outre une question bien sérieuse. On a prononcé un mot bien grave de faux. Je l'ai déclaré dès le premier jour ; l'expression n'est pas de nous, elle n'est pas de moi particulièrement, je dirai même en ce qui me concerne et
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d'après mes lumières, que l'imputation, fut-elle prouvée, impliquerait plutôt une simulation qu'un faux bien caractérisé. Je ne prends donc pas du tout l'expression pour mon compte ; mais cette expression, Messieurs, se trouve rapportée dans l'arrêt du conseil d'État. Il y est dit, en propres termes : «Vu l'arrêt de la cour royale de Bastia qui inculpe le Préfet : 1° d'avoir participé aux faits de corruption qui auraient été pratiqués envers les membres du conseil municipal de Quasquara ; 2° d'avoir participé aux faux qui auraient été commis, etc. Le mot de faux a donc été prononcé, et que le faux soit prouvé ou non, c'est une affaire tellement grave, que je crois qu'elle doit fixer l'attention de tout le monde. Voici maintenant comment les choses se sont passées. Une adjudication avait été annoncée pour la vente d'un terrain qui s'appelle la Graticella ; cette adjudication a été entachée d'une incroyable irrégularité ; elle avait été annoncée comme devant se faire dans un lieu, et elle s'est faite dans un autre ; elle s'est faite dans un endroit nommé Bisinao, si je ne me trompe, et là on a adjugé pour 2.900 francs ce même terrain qui, plus tard a été estimé 46.000 francs. Il y avait matière à de vives réclamations, elles se produisirent en effet. Le Préfet néanmoins ne crut pas devoir s'y arrêter, il homologua le procès-verbal d'adjudication. Cependant des plaintes parvinrent à l'administration centrale ; le Préfet fut averti qu'il fallait y regarder de près ; il voulut annuler son homologation ; et par un procédé dont je ne comprends pas le but, j'en conviens, un morceau de papier carré fut collé sur son homologation et sur sa signature. Quelque temps après les faits s'éclaircirent, je ne sais pas de quelle manière, et le Préfet fut autorisé à homologuer de nouveau. C'est alors que sa signature fut apposée sur le carré de papier ; de là est partie l'accusation de faux. Une chose assez singulière, c'est que, dans la première instruction, l'original ne put être présenté ; ce n'est que plus tard qu'il fut retrouvé. Il y avait dans ces faits quelque chose de grave sans doute aux yeux du ministère lui-même ; car postérieurement à l'arrêt du conseil d'État, le procureur général de la Corse reçut l'ordre de saisir de
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cette affaire le tribunal d'Ajaccio ; ce tribunal a constaté qu'il n'y avait pas de faux. Voici les termes de l'ordonnance de non-lieu : «Attendu qu'il est constant au procès qu'un petit carré de papier a été ajouté au dernier feuillet de l'acte d'adjudication du bien communal de Quasquara, connu sous la dénonciation de Graticella, et précisément là où se trouvent le vu et approuvé de M JOURDAN, Préfet de la Corse, ainsi que sa signature ; Attendu qu'il en résulte également que ce fait matériel n'a pu porter atteinte, ni changer en aucune manière la substance de l'acte dont il est question ; que, dès lors, quels qu'en soient les auteurs et complices, et les motifs qui ont pu les déterminer à commettre cette altération sur l'acte précité, tout porte à penser que cela n'a pas été fait dans des vues frauduleuses, et est, par conséquent, exempt de toute criminalité ; La chambre du conseil, après en avoir délibéré, a déclaré et déclare que le fait dont il s'agit, ne constitue ni crime ni délit, que dès lors il n'y a pas lieu à suivre. » Messieurs, ce sont là les deux considérations sur lesquelles on s'est appuyé pour justifier complètement le Préfet dans l'affaire de Quasquara. D'abord l'arrêt du conseil d'État, secondement, l'ordonnance de nonlieu du tribunal d'Ajaccio. Quant à l'arrêt du conseil d'État, il a décidé qu'il n'y avait pas lieu d'autoriser les poursuites. Personne plus que moi ne respecte les arrêts judiciaires, personne n'a moins envie que moi de les discuter ; mais, si je ne me trompe, les arrêts du conseil d'État n'acquittent ni ne condamnent ; ils se bornent à déclarer s'il y a lieu à poursuivre le fonctionnaire inculpé. L'arrêt du conseil d'État est donc un argument qui n'a pas la portée qu'on a voulu lui donner. Quant au tribunal d'Ajaccio ; il est bien vrai qu'il a constaté qu'il n'y avait pas eu d'intention frauduleuse, qu'il n'y avait rien qui constituât ni crime ni délit. Mais, je vous le demande, n'y a-t-il pas du moins une grande irrégularité ? Que signifie cette signature, sur laquelle on applique un morceau de papier qu'on surcharge plus tard ? Ce sont là des faits qui ne se passeraient certainement pas dans une autre préfecture qu'en Corse. Cela dénote une mauvaise
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administration, cela dénote que l'administration est plongée dans un désordre et dans une irrégularité inconcevables. Je le répète, je n'ai pas mission de prouver que le Préfet de la Corse se soit rendu coupable de faux, se soit rendu coupable de vols ; mais la Commission a vu de grandes irrégularités, et ces irrégularités, pour moi, j'apporte ici la plus ferme conviction qu'elles ont réellement existé. » Le rapporteur en profite pour ironiser sur les comptes des bureaux de bienfaisance du département de la Corse : «Au résumé, et d'après ce document fourni par M le Ministre de l'Intérieur, durant les huit années de 1834 à 1841, les frais d'administration des bureaux de bienfaisance de la Corse se sont élevés à 93.781 francs, et les secours distribués à 800 francs. » Le Ministre expliquera en ce qui concerne ce bureau que le salaire des nourrices des enfants trouvés a été porté à tort dans les frais d'administration. Et il intervient à nouveau sur la question principale de l'affaire de Quasquara pour défendre le Préfet, et s'en prend au rapporteur : «M le Rapporteur a étudié le dessin depuis le rapport ; et remarquez que je ne lui avais pas reproché de n'avoir pas demandé de renseignements depuis le rapport ; c'est avant le rapport que, suivant moi, les informations auraient du être prises ; à la demande après le rapport il n'y a pas d'impartialité, il n'y a que le soin très naturel de la défense personnelle du rapporteur. M. le Rapporteur qui a étudié le dessin aurait pu dire ceci : c'est que, quand l'adjudication de Quasquara a été préparée et ordonnée, le Préfet n'était pas en Corse, mais à Paris ; c'est une des principales raisons qui ont déterminé le conseil d'État à ne pas autoriser les poursuites ; l'acte était étranger au Préfet. Il me semble que le rapporteur qui a étudié le dessin aurait pu, dans son impartialité, indiquer ce fait à la Chambre. Voici maintenant le fait qu'on indiquait tout à l'heure. Je le rappelle en peu de mots. Le Préfet, après l'adjudication était revenu en Corse. La règle en cette matière est que l'adjudication n'est définitive qu'après l'approbation de l'autorité supérieure. Le Préfet était disposé à donner son approbation, il avait même signé
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l'approuvé. Il reçut au moment même une lettre du Ministère de l'Intérieur qui, d'après les réclamations adressées à l'administration, demandait des renseignements sur cette vente, et proposait au Préfet d'ajourner l'adjudication et d'attendre les ordres de l'autorité supérieure. C'est ce que fit le Préfet. Le Préfet qui était encore à temps de retenir son approbation. » Le soutien que le Ministre de l'Intérieur a donné au Préfet de la Corse est net et sans réserve. Il y a pourtant eu un précédent qu'il ne pouvait avoir oublié. En effet, quelque temps avant sa nomination à la préfecture d'Ajaccio qui avait eu lieu le 4 septembre 1830, M JOURDAN du VAR avait acquis des actions sur les bateaux à vapeur de la Corse. Il s'agissait de la Compagnie GERARD79 qui était la première à assurer la ligne depuis Toulon. Trois navires - le Var, le Liamone et le Golo - actionnés par une machine anglaise à roues à aube d'une puissance de 50 CV - assuraient le service à la vitesse de 6 nœuds. Le Liamone était entré à Ajaccio le 18 juin 1830, le Golo deux jours plus tard à Bastia après une traversée qui durait un peu plus de 24 heures au lieu d'une dizaine de jours. Les navigateurs de l'île lésés par ce nouveau moyen de transport avaient protesté à cette occasion et une centaine d'entre eux s'étaient attroupés et étaient allés exposer leurs griefs au sous-Préfet d'Ajaccio, menaçant d'incendier les navires si on continuait à y embarquer des marchandises. Le Préfet de la Corse était à la fois juge et partie dans cette affaire et on doit bien constater que les marins n'obtinrent pas satisfaction ; le Conseil Général dans sa session extraordinaire de fin février 1832 protesta contre l'émeute qu'ils avaient déclenchée et loua les mérites et les bienfaits de la navigation à vapeur. Le Ministre de l'Intérieur informé, peut-être à l'occasion des protestations des marins, des actions que le Préfet possède dans la Compagnie GERARD lui conseille dans une lettre de décembre 1831 de s'en séparer ce que le Préfet interprète comme un ordre. Il rend compte de ses intentions au Ministre dans une correspondance du 16 janvier 1832, mais demande en quelque sorte un sursis ; en effet, la première et seule offre qu'il ait reçue se traduit par une perte de 12.000 francs sur les 36.000 francs qu'il avait engagés, sans compter l'abandon des intérêts qui lui étaient dus depuis le 1er juin 1830 161

date, rappelons-le, antérieure à sa prise de fonction en Corse - et qu'il estimait à 3.000 francs. Il sollicite donc du Ministre un congé de 15 à 20 jours pour se rendre sur le continent où il a d'ailleurs, dit-il, une foule d'autres affaires en souffrance. Avec ces nouveaux navires, le prix de la traversée était de 25 francs pour les passagers ordinaires et de 16 francs pour les ouvriers et les domestiques. A cette époque le prix du transport des produits agricoles et des matériaux était de 3 francs les 100 kilos, celui des merles, pour un envoi en nombre, de 5 francs le cent. Un an après ces événements, le Préfet JOURDAN du VAR après avoir dirigé le département de la Corse pendant 15 ans est nommé Maître des Requêtes au Conseil d'État - ce même Conseil qui l'avait blanchi - à compter du 15 mai 1845, puis Préfet du département des Basses Alpes le 12 décembre 1845 et prend sa retraite deux ans plus tard. Tout le monde était sorti blanchi de cette curieuse affaire de Quasquara. Mais qui donc avait fait des réclamations auprès Ministre de l'Intérieur ? Peut être Jean Baptiste QUILICI qui avait élevé de nombreuses protestations sur place ou encore Antoine Marie CASABIANCA, le chef de file des particuliers contestataires qui avait déjà pratiqué cette forme de protestation. Et Jean Baptiste QUILICI n’en a pas terminé avec l’affaire de Graticella : quelques années plus tard, il demande à exercer, à ses frais et risques, une action appartenant à la commune de Quasquara, dans le but de faire annuler l’acte de vente du bien communal dénommé Graticella, consenti le 10 avril 1841 au profit du sieur Benoît GROSSETTI, pharmacien à Ajaccio. Mais sa demande est rejetée le 30 juin 1851 par le Conseil de Préfecture, et cela n’a rien de surprenant, car il est prévu d’incorporer les terres de Graticella dans le périmètre du futur pénitencier de Chiavari80. Et la commune de Frasseto n'avait-elle pas besoin elle aussi d'argent frais pour régler les honoraires de ses avocats et autres frais du procès ? Il est probable qu'il y avait eu une concertation entre le Préfet et les trois communes pour se procurer de l'argent et que Quasquara donnant l'exemple, la commune de Frasseto aurait suivi comme l'a fait Campo avec sans doute un dossier plus net. Cependant le schéma a été dérangé et le maire de Frasseto n'a sans doute pas
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voulu s'engager dans cette procédure risquée d'aliénation des terres communales. La commune de Frasseto essaya bien en juin 1842 de mettre en adjudication les terres d'Agnone, mais se heurta à Jean Félix BIANCHI qui fut maintenu dans la possession de ces terres. Le problème des honoraires des avocats restait donc entier et il fallait bien trouver le moyen de faire face à cette situation ; la solution sera toute simple : on demandera une avance au Sieur GROSSETI, celui de l'affaire de Quasquara. N'oublions pas que le procès des biens communaux n'est pas encore terminé mais le dénouement est proche. En effet la Cour royale d'Aix rend son arrêt le 13 août 1844. On sait que la Cour a mainten les particuliers dans les propriétés qu’ils exploitent.

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L’escalade
Jean Félix BIANCHI et les terres d’Agnone Jean Félix BIANCHI a été mentionné à plusieurs reprises dans les événements décrits ci-dessus. Compte tenu du rôle primordial qu’il a joué dans les tragédies qui ont secoué Frasseto, il convient de mieux le présenter. Il est originaire du village voisin de Campo où il est né de Pierre et Marie Xavière en octobre 1799 d’après un jugement du Tribunal d’Ajaccio du 9 janvier 1823 qui le rajeunit sans doute de deux ans. On l’appelle communément Feliciolu (prononcez Félitchiolou) qui est un diminutif de Félix Il est le dernier né d’une famille composée d’au moins deux frères et deux sœurs. Il passe le conseil de révision avec la classe 1817, se déclare maréchal ferrant, mesure 1,70 mètres, et a la chance de tirer le numéro 52 qui le met à l'abri du service militaire. Il s'installe à Ajaccio, où il épouse en 1823 Livie BORELLI, âgée de 20 ans qui habite la même rue que lui. Il fait alors profession de tailleur, mais ouvrira par la suite un commerce qui fera de lui une personnalité estimée à Ajaccio. Il exploite une vigne à Ajaccio, où il possède une cave, et de nombreuses terres dans la région de la Costa sur les territoires des communes de Campo, Frasseto et Quasquara. Le couple aura deux filles. BIANCHI, bien établi à Ajaccio, ne manque pas de relations et sait défendre ses intérêts et les protéger. Il fera même arrêter en 1844 le sieur Joseph ZEVACO, d'Ajaccio, qui avait dérobé un parapluie dans sa boutique. N’y a-t-il pas parmi les beaux frères de son épouse le Président du Tribunal de Commerce d’Ajaccio ? Et n'avait-il pas conclu avec Fiacconu une sorte de pacte d'assistance mutuelle grâce auquel ses propriétés étaient surveillées et protégées contre à la fois les communes et les convoitises de certains habitants de Frasseto. De son coté, il devait faire bénéficier Fiacconu de ses relations et lui assurer les fournitures dont il avait besoin et pourquoi pas la passivité des autorités. Cette coopération entre BIANCHI et les bandits ANTONA
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peut-elle expliquer qu'en dehors de l'escarmouche de 1836 au cours de laquelle le gendarme MERIGO a trouvé la mort, aucune action spécifique des forces de l'ordre contre ces bandits n'a pu être trouvée jusqu'en 1846. Il nous faut maintenant essayer d'expliquer l'animosité qui existait entre Jean Félix BIANCHI d'une part et des habitants de Frasseto dont Jean Baptiste FRANCESCHI dit Ribugliu et pour cela, nous devons revenir au procès des biens communaux. BIANCHI ne s'était pas engagé parmi les 115 particuliers qui avaient cité les communes en 1824 et 1825. Le 28 février 1840, il avait toutefois reçu un avertissement du maire de Frasseto auquel il avait répondu qu'en ce qui le concernait, il ne possédait que des biens qui avaient été possédés et exploités par son père, et qu'il n'avait pas clôturé et encore moins usurpé des terres de la commune de Frasseto. Il y a pourtant un litige : la commune de Frasseto et Jean Félix BIANCHI se disputent la propriété d'une terre dénommée Agnone, et à la suite d'une délibération du Conseil municipal de Frasseto, le Conseil de préfecture, le 2 juin 1842, en a autorisé la vente par la commune avec une mise à prix de 1.500 francs. Dès qu'il a connaissance de cette vente, Jean Félix BIANCHI fait opposition et cite à comparaître devant le Tribunal de justice de paix de Santa Maria Siché, Félix MARIANI, maire de Frasseto ainsi que Laurent PIETRINI Président de la Commission syndicale de Frasseto. Cette Commission avait été créée quelque temps auparavant avec l'accord du Préfet pour permettre la défense des intérêts de la commune en lieu et place du maire de l'époque, Jean Dominique MILIANI, qui, on l'a vu, était accusé d'être l'un des usurpateurs des biens communaux. Entre temps Jean Dominique MILIANI avait été remplacé par Félix MARIANI. Lors d’une première audience le 16 juin 1842 le procès est renvoyé. La deuxième audience a lieu le 23 juin, jour des enchères enlevées pour un prix de 2.005 francs par Paul LEONARDI, instituteur et secrétaire de mairie de Frasseto. A cette deuxième audience, les défendeurs sont défaillants, et BIANCHI est maintenu dans la possession annale de Tardivi et Vergia au lieu dit Agnone, territoire de Frasseto. Sur opposition des défendeurs, la cause revient le 18 août 1842 : le maire Félix MARIANI affirme que les terres sont à
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BIANCHI et qu'on a fait appel à tort en son absence ; Laurent PIETRINI déclare que BIANCHI n'était pas compris dans le nombre de ceux qui avaient cité les communes et qu'il possédait les terres à titre précaire. Le tribunal demande aux parties de faire la preuve par témoins à une audience ultérieure. Après plusieurs audiences, BIANCHI est maintenu le 29 septembre 1842 dans la possession de Tardiccia et Vergia. Le maire MARIANI a déclaré à l'audience que BIANCHI possède tout cela depuis des années et que le procès ne sert qu'à causer des dépenses inutiles à la commune. Voilà donc BIANCHI déclaré possesseur de terres importantes par un juge de paix, alors que les particuliers ont dû aller jusqu'en cassation et que le procès qu'ils ont engagé n'est toujours pas terminé ! Et que dire de la collusion de BIANCHI avec le maire ? A ce sujet, les experts qui, ultérieurement, eurent à faire la distinction entre les terres appartenant aux communes de celles appartenant aux particuliers, pensaient que Laurent PIETRINI avait fait preuve d'un grand courage en s'opposant à BIANCHI et que le maire, soumis à la pression des bandits ANTONA, avait été contraint de revenir sur sa position initiale et de reconnaître que BIANCHI était propriétaire. Et Paul LEONARDI, l’enchérisseur, à qui on avait sans doute discrètement conseillé de ne pas intervenir dans l’adjudication, va maintenant être inscrit sur la liste des ennemis de BIANCHI qui saura s’en souvenir le moment venu. Mais Laurent PIETRINI, en vertu de ses fonctions de Président de la Commission syndicale de la commune de Frasseto, revient à la charge, et cite cette fois BIANCHI devant le tribunal de 1ère instance d'Ajaccio, mais sans succès, le jugement consécutif à la séance du 25 avril 1843 déclarant sans fondement la demande intentée contre BIANCHI par exploit d'huissier du 6 mars «relativement à la propriété des terres closes et non closes dénommées Agnone, Vergia, Cardiccia et Tafonato dans le dit exploit et sur les limites en i-celui spécifiées; rejette le demandeur, en sa qualité qu'il agit, et le condamne aux dépens. »68 Laurent PIETRINI est indigné par cet jugement et écrit dès le 26 avril au Préfet pour lui faire connaître que les témoins qui en raison des menaces de mort qu'ils ont reçues d'usurpateurs «ont suivi
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les ordres despotiques de ces gens redoutables à l'excès» et ont déposé le 25, en faveur de BIANCHI. Qui étaient donc ces gens redoutables à l'excès qui imposaient leurs volontés aux témoins ? On peut raisonnablement penser qu'il s'agit d'une association comprenant d'une part Jean Félix BIANCHI et peut-être d'autres usurpateurs dont l'ancien maire Jean Dominique MILIANI et d'autre part les bandits ANTONA aidés de leurs comparses. L'affaire n'est pas terminée pour autant, car on ne renonce pas aussi facilement à Frasseto. A la suite d'une délibération de la Commission syndicale de Frasseto, le Conseil de préfecture l'autorise le 12 février 1844 à suivre en appel l'affaire BIANCHI, mais les fonds nécessaires ne sont pas disponibles et un nouvel arrêté du Conseil de préfecture autorise Laurent PIETRINI à poursuivre à ses frais et risques l'instance devant la Cour de Bastia81. C'est ce qu'il fait, mais l'arrêt de la Cour d'appel de Bastia du 5 mai 1846 déclare l’intervention de PIETRINI non justifiée au fond et nulle et non avenue l’opposition formée contre l’arrêt par défaut du 4 février 1845. La Cour condamne PIETRINI à tous les dépens envers BIANCHI. La raison en est simple : le maire de Frasseto de l'époque, Dominique SUSINI, a fait conclure devant la Cour de Bastia d'être mis hors de cause ; cette position résulte d'une délibération du conseil municipal de Frasseto du 14 mai 1845 selon laquelle le maire doit déclarer devant la Cour de Bastia que la commune n'a aucun titre à opposer au sieur BIANCHI, délibération pour laquelle Laurent PIETRINI avait dès le lendemain écrit, mais en vain, au Préfet pour le supplier de ne pas l'homologuer. Alors maintenant que faire ? Simplement attendre que le maire soit remplacé et il l'est le 1er janvier 1847 par Jean Baptiste STEFANI. Ce dernier adresse le 3 mai 1847 une délibération du conseil municipal de sa commune qui demande l'autorisation de se pourvoir en requête civile par-devant la Cour royale de Bastia pour les raisons que l'arrêt n'a pas été signifié au maire de Frasseto et que la commune n'a pas été défendue du fait de l'attitude qu'avait adoptée l'ancien maire qui, de plus, faisait partie des usurpateurs. Mais le Préfet, dans sa réponse du 13 septembre 1847, l’invite à renoncer à toute nouvelle action, sa commune n’étant en possession d’aucun nouveau titre à faire valoir. Le maire avait
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pourtant informé le Préfet le 27 août 1847 de l’existence d’un acte de bail à ferme établi en 1824 dans lequel BIANCHI était fermier de l’Agnone en faveur de la commune de Frasseto. Ce document qui arrive un peu tard aurait sans doute pu faire gagner la commune, car on ne peut pas être fermier pour le compte d'une commune et devenir quelques années plus tard possesseur des mêmes terres sans qu'une transaction soit intervenue. Toutefois malgré les efforts déployés par Laurent PIETRINI et du nouveau maire, Agnone restera en possession de Jean Félix BIANCHI, et ses héritiers auront même droit en 1856, après la création de la commune de Coti-Chiavari et du pénitencier à une indemnisation de 4.044 francs pour les terrains qui ont servi au chemin vicinal d'Agnone à Coti 23. Il faut se rappeler que l'ensemble de ces terres avait été adjugé pour 2.005 francs par Paul LEONARDI en 1842. Trois autres propriétaires de Frasseto ont reçu pour ce même chemin des indemnités de 11, 30 et 130 francs. Quant à Laurent PIETRINI, son acharnement lui vaudra d’être inscrit par BIANCHI sur la liste de ses grands ennemis, mais il finira par être remboursé de ses avances pour le procès grâce à une délibération du Conseil municipal de Frasseto qui votera 1.500 francs à cet effet. Quelques années plus tard le hasard des affectations a fait que Laurent PIETRINI soit nommé percepteur de la commune de Levie. Ce village est peut-être le seul qu’il aurait dû éviter. Le percepteur n’est certes pas l’homme le plus populaire dans une commune, mais il y a d’autres raisons. En effet, à l’époque où Laurent PIETRINI rejoint son poste, il se trouve que Félix BIANCHI a été assassiné et que sa fille aînée a épousé Don Jacques PERETTI originaire de ce village de Levie où son père exerce les fonctions de juge de paix du canton du même nom. Et là, des circonstances assez confuses vont le conduire devant la Cour d'assises de la Corse lors de la session de juin 185482. Lui- même s’est marié et sa femme a donné naissance à un garçon. C’est quelques mois après cette naissance, le 2 septembre 1853, qu’il est arrêté, soupçonné d'avoir commis des irrégularités. Il est «accusé d'avoir en 1850 et 1851, en sa qualité de percepteur et dans l'exercice de ses fonctions, par fausse signature et altération des écritures, commis un faux ayant pour but de soustraire deux sommes de 50 francs chacune». Ces sommes correspondaient au prix de location d'un presbytère que la commune de Figari ne
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possédait pas. La procédure avait laissé planer sur l'affaire, d'après l'accusation, une obscurité et une incertitude forts regrettables. Laurent PIETRINI a été déclaré non coupable et acquitté même si le Président considérait qu’il n’était pas à l’abri de tout reproche. Il est possible qu'il ait été abusé, car il avait démontré, en même temps que son courage, son honnêteté en avançant de sa poche la somme de 1.500 francs dans la défense des intérêts de la commune de Frasseto. BIANCHI était mort à l’époque où se sont déroulés ces faits, mais sa veuve et sa famille n’avaient sûrement pas oublié le procès d’Agnone et les soucis que PIETRINI leur avait causés. La veuve BIANCHI, on le verra, était vindicative et dotée d’une grande énergie tandis que son gendre avait un tempérament plutôt coléreux et il se présentait maintenant pour eux une occasion de faire payer à Laurent PIETRINI sa témérité. Toute cette affaire a pu être montée de toutes pièces pour nuire à PIETRINI, même si aucun élément écrit ne justifie cette thèse. L’accusé a certes été acquitté, mais n’a-t-il pas perdu son emploi, car la profession qu’il a donnée au procès était ancien percepteur ? Il retrouvera cependant une place au futur pénitencier de Chiavari. Le saccage des terres usurpées D’autres évènements se préparent par ailleurs à la suite du jugement rendu par la Cour d’Aix le 13 août 1844 concernant les biens communaux. Des paysans de Frasseto vont être amenés à reconsidérer la question des terres que le juge de paix de Santa Maria Siché avait attribuées à Jean Félix BIANCHI. Comme on l'a vu, BIANCHI n'était pas dans les 115 particuliers qui avaient cité les communes, cependant, par le jugement du 29 septembre 1842 rendu par le juge de Paix de Santa Maria Siché, il a été maintenu en possession des terres dénommées Cardiccia, Vergia et Tafonato sises à Agnone qu’il continue d’exploiter. Or certains estiment que ces terres font partie des biens communaux de Frasseto et qu’en conséquence il faut en chasser BIANCHI même s'il est protégé par Fiacconu. Jean Baptiste FRANCESCHI, dit Ribugliu, qui s'est imposé avec son beau-frère le Docteur Jean Marie LANFRANCHI, comme chef du parti des FRANCESCHI dans l'inimitié qui les
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oppose aux ANTONA va se charger de faire le nécessaire. Il vient de perdre sa femme en décembre 1844, mais cela ne change rien à sa détermination. Un jour de mai 1845, avec ses trois fils François Xavier, Antoine Dominique et Joseph Antoine ainsi que François ANTONA, il se rend sur les terres contestées, mais exploitées par BIANCHI. A main armée, selon ce dernier, ils détruisent une partie des clôtures, chassent les employés, tuent un chien, cassent et arrachent des arbres fruitiers, brûlent des échalas83. Toujours selon BIANCHI quelquesuns d'entre eux ont continué ensuite à se rendre sur les mêmes terres et se sont permis avec menaces et violences, d'exercer des voies de fait et de faire des travaux au préjudice de BIANCHI. Ce dernier engage aussitôt un procès qui les conduit devant le juge de paix de Santa Maria Siché. Il demande à être réintégré dans la possession de ses biens dans lesquels «il est depuis un temps immémorial et notamment depuis plus d'un an avant le trouble... » et réclame une somme de 1.500 francs pour le dédommager des pertes qu'il a subies. Les prévenus plaident l'incompétence de la Justice de paix puisque l'ensemble de la contestation a été tranché par le jugement de la Cour d’Aix. Ils ne contestent pas la possession qui a fait l’objet d’un jugement favorable à BIANCHI en 1842, alors que l’ensemble du litige était porté devant les Cours royales de Bastia puis d'Aix. Le tribunal se déclare cependant compétent et condamne le 4 juillet 1845 les FRANCESCHI père et fils et François ANTONA à payer les dégâts causés qui seront estimés par des experts. Une affaire similaire s’est aussi produite au cours des mois de mars, avril et mai 1845 ; à neuf reprises 25 à 30 individus de Frasseto et Quasquara se rendent sur les terrains de Portigliolo, Cotone, Patellosa, Michelangelo, Pampanicio, Burratonu, Chiesa et Giardino, propriétés closes dont les frères Antoine Marie et Dominique Marie CASABIANCA sont en possession et y détruisent des plants et une partie de la récolte ; dix huit d'entre eux sont armés de fusils. Le tribunal correctionnel d'Ajaccio les juge le 19 septembre 1845. Tout d'abord deux d'entre eux qui n'ont pas été retrouvés et n'étaient pas connus du maire de Frasseto sont rayés de la liste des prévenus. Dix-huit des autres - dont 3 défaillants - qui étaient porteurs d'armes au moment des faits, sont condamnés à six mois
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d'emprisonnement et 16 francs d'amende chacun, sept autres à cinq mois, les frais de 214,25 francs étant à partager entre tous. Nous pouvons observer que ce dernier jugement concerne des terres qu'Antoine Marie CASABIANCA - le chef de file des contestataires contre les communes - et son frère Dominique Marie mais ce dernier est plus probablement Antoine Dominique le mari de Cicchetta - exploitent. Antoine Marie CASABIANCA tout en menant la dispute contre les communes est en même temps un usurpateur des biens communaux. Le maire de Quasquara avait signalé dès 1825 que sa commune était en contestation avec lui au sujet des terres de Portigliolo29. Pourquoi dans un cas la Justice de paix de Santa Maria Siché et dans l'autre le tribunal correctionnel pour des faits qui sont de même nature ou en tous cas présentent de grandes similitudes et qui pourraient même avoir été concertés ? L’explication est sans doute que BIANCHI recherche une large indemnisation pour les dégâts qui ont été causés et qu’il a en réserve un autre moyen pour envoyer Ribugliu et quelques autres en prison. Ribugliu pour sa part n'a évidemment pas les moyens - ni surtout l'intention - de payer les sommes qui vont lui être réclamées à la suite de l’expertise ; on l'a vu à ce même tribunal de Santa Maria Siché être cité pour un prêt de 10 francs qu'il n'avait pas remboursé. Faut-il faire appel de ce jugement dès le lendemain ou attendre le résultat de l’expertise pour la contester ? On a se donner quelque temps pour réfléchir à la situation et prendre la meilleure décision. Mais le problème n'est pas là : il s'agit de terres appartenant à la commune que BIANCHI a usurpées grâce à ses relations, à la protection que lui assuraient les bandits ANTONA et à la complicité de l'ancien maire qui vient d’être assassiné et du juge de paix qui s'était déclaré compétent alors que la Cour d'Aix avait tranché dans un autre sens. Qu'allait-on faire ? On avait bien tenté une manœuvre à la fin de l'année précédente, mais par fanfaronnade ou pour avoir voulu ridiculiser un maire illettré, elle s'était soldée par un échec. Il s'agissait d'obtenir un témoignage écrit sérieux pour mettre BIANCHI en difficulté sur l'affaire des biens communaux, et on était allé trouver Dominique SUSINI, qui était la personnalité adéquate, étant maire de Frasseto,
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habitant le lieu dit Accelasca au voisinage duquel se trouve une partie des terres que BIANCHI revendique, et qui, ne sachant ni lire ni écrire, signerait un texte préparé à l'avance. Il avait aussi vendu à BIANCHI en mai 1843 - peut-être sous contrainte - en son nom et celui de sa belle-fille Marthe, des propriétés qu'il possédait à la plage pour une somme de 240 francs. Il raconte lui-même ce qui s'est passé dans une déclaration rédigée sous sa dictée, puis certifiée par le juge de Paix d'Ajaccio le 4 janvier 184584 : «Moi, soussigné, Maire de la commune de Frasseto, déclare, en honneur de la vérité, que dans la nuit du 27 décembre 1844, se sont présentés à ma maison d'Accelasca, plage de Quasquara, les nommés Jean Baptiste FRANCESCHI, dit Ribugliu, Joseph Antoine FRANCESCHI, fils du précédent, Antoine Dominique FRANCESCHI, fils également du même, François ANTONA et Pascal ANTONA, tous de la commune de Frasseto, lesquels m'ont dit qu'ils venaient me voir pour me prier de signer un certificat de bonne conduite en faveur du ci-dessus dit Joseph Antoine FRANCESCHI, lequel désirant s'engager militaire en avait besoin, me disant également que ce certificat était en remplacement d'un autre que j'avais déjà signé, et auquel il manquait quelque formalité. Je déclare que je ne sais ni lire ni écrire, mais pourtant j'ai appris à écrire mon nom ; ainsi, ne sachant lire le certificat déjà écrit, qu'ils m'ont présenté à signer, le dit Joseph Antoine FRANCESCHI a lu lui-même une formule presque pareille à celle du premier certificat que j'avais signé en sa faveur, et moi, dans la croyance que la feuille qui m'était présentée n'était pas autre chose qu'un certificat de bonne conduite, l'ai signée, et ai mis dans mon ignorance, le sceau de la mairie, sans faire aucune observation. Mais après que j'aie signé, le dit fils, les susdits, avec un air de triomphe, se sont mis à me railler, me disant que malgré ma volonté, je venais de signer, non pas un certificat de bonne conduite, mais par contre une déclaration contraire aux intérêts et à la réputation du sieur Jean Félix BIANCHI négociant à Ajaccio, propriétaire à la Costa. Je déclare que je n'ai jamais eu l'intention ni la volonté de signer aucun écrit qui concerne le dit sieur BIANCHI, mais que au contraire je ne pourrais donner que de bonnes informations sur lui,
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si j'étais appelé à témoigner sur son compte. Je déclare nulle, et comme surprise à ma bonne foi, toute déclaration présentée avec mon sceau et ma signature contre le dit sieur BIANCHI...... Et pour témoigner de la vérité, je me suis transporté à Ajaccio, pour informer les parents du sieur BIANCHI, que j'autorise à informer au besoin la justice, et j'ai signé et apposé mon sceau de maire sous la présente feuille pour valoir dans l'intérêt de la vérité et de la justice. » Que contenait le texte que les FRANCESCHI avaient fait signer à Dominique SUSINI ? et l'avait-il signé en toute connaissance ou sa bonne foi avait-elle réellement été trompée ? Peut-être faisait-il état de la reconnaissance de menaces ou de pressions qui avaient été exercées sur lui-même ou sur son prédécesseur Félix MARIANI, dont il était l’adjoint, au sujet des terres que BIANCHI prétendait posséder sur le territoire de la commune de Frasseto ou qu'il voulait acheter ; ceci dans le but de faire remettre en cause le jugement qui avait été rendu par le juge de paix de Santa Maria Siché au profit de BIANCHI. Ribugliu et ses enfants ont-ils eu véritablement la naïveté de se vanter de leur supercherie auprès de leur victime, en le ridiculisant, mais aussi en lui laissant imaginer les représailles que ne manqueraient pas d'exercer à son encontre BIANCHI et ses protecteurs, les bandits ANTONA ? Le maire, en tous cas, a paru terrorisé à l'idée qu'il aurait pu desservir BIANCHI. Cet épisode oublié, il fallait bien reconnaître que BIANCHI, à l’audience de ce 4 juillet 1845, avait obtenu satisfaction auprès du juge de paix de Santa Maria Siché, malgré le jugement de la Cour royale d’Aix. Ribugliu, ses fils et François ANTONA quittent donc la salle d’audience pour rejoindre leur domicile à Frasseto qui est distant de sept kilomètres. Ils sont loin de se douter que BIANCHI ne se contentera pas de cette condamnation pour se venger de ceux qui ont osé dévaster les terres qu’il avait cultivées. Son ennemi principal est Ribugliu et c’est lui qu’il s’agit de neutraliser, si possible avec d’autres adversaires. Le faux acte de décès

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Le lendemain de l’audience, 5 juillet 1845, les gendarmes se présentent au domicile de Ribugliu et le mettent en état d’arrestation ainsi que son fils François Xavier ; ils sont accusés de faux en écriture publiques, le premier pour avoir fait la déclaration du faux acte de décès de son fils François Xavier, le deuxième pour avoir échappé par ce moyen au service militaire. Ils se présentent ensuite chez Paul LEONARDI, instituteur, qu’ils arrêtent également sous l’inculpation d’avoir, comme Secrétaire de mairie, rédigé le faux acte. BIANCHI avait quelques raisons d’en vouloir aussi à Paul LEONARDI : n’avait-il pas en 1842 enlevé l’adjudication des terres d’Agnone dont BIANCHI se prétendait possesseur d’une portion ? Sans doute les gendarmes vont-ils aussi chez Antoine Dominique LANFRANCHI, beau-frère de Ribugliu et oncle germain de François Xavier, qui a déclaré le décès en compagnie de Ribugliu et chez Dominique FRANCESCHI, dit Pulvareddu, qui a été témoin à l’acte, mais, en tous cas, ceux-ci, absents ou avertis, ne figureront pas sur les registres d’écrou. Tous les deux ont de bonnes raisons de craindre maintenant pour leur liberté et doivent prendre des dispositions en conséquence. Le registre d’État civil de Frasseto fait en effet apparaître le décès, le 13 août 1841, de François Xavier FRANCESCHI, classe 1840, soldat, fils de Jean Baptiste - dit Ribugliu - et neveu d'Antoine Dominique LANFRANCHI qui en ont fait la déclaration, mais qui, bien que sachant lire et écrire, ne l'ont pas signée. L’acte signé par le maire Félix Antoine MARIANI, a été rédigé par Paul LEONARDI, secrétaire de mairie, et Dominique FRANCESCHI dit Pulvareddu y figure comme témoin. Une copie de ce faux acte avait été adressée aux autorités compétentes afin que François Xavier ne figure plus sur la liste de ceux qui seront appelés. On avait aussi besoin de sa présence au village en raison de l’inimitié dans laquelle sa famille était impliquée. Il faut voir la main de BIANCHI dans les arrestations. Il avait appris l’existence du faux acte et a dénoncé ce crime aux autorités ; il avait même ajouté avoir appris par la voix publique que c'était le médecin Jean Marie LANFRANCHI qui s'était présenté devant le maire avec les témoins pour déclarer le décès. Il a ensuite choisi, grâce à ses relations, le moment propice – le lendemain de
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l’audience condamnant Ribugliu et son fils à payer les frais résultant du saccage de ses propriétés – pour faire procéder aux arrestations. BIANCHI espérait bien que son principal ennemi, Ribugliu, n’aurait plus la possibilité de faire appel du jugement qui l’avait condamné la veille et qu’il serait envoyé aux fers pour longtemps. Ribugliu, son fils François Xavier et Paul LEONARDI sont conduits à la prison d’Ajaccio d’où ils seront extraits le 23 février 1846 pour rejoindre celle de Bastia où doit se dérouler leur procès. Ils sont jugés en assises à l'audience du 15 mai 1846 sous la présidence du conseiller BIADELLI. L'affaire est rapportée par la Gazette des Tribunaux en date du 3 juin 1846. Les trois autres personnes impliquées dans ce procès sont absentes. Tout d'abord le maire de l'époque, Félix MARIANI, mais pour une bonne raison, car il a été assassiné entre temps, ce qui permettra de lui faire endosser toutes les responsabilités ; ensuite Antoine Dominique LANFRANCHI qui a déclaré le décès avec son beau-frère Ribugliu et Dominique FRANCESCHI dit Pulvareddu qui a été témoin, mais, tous deux, ont préféré ne pas se présenter et sont sans doute sur leurs gardes pour éviter de rencontrer les forces de l’ordre qui sont toujours à leur recherche. Ils seront eux aussi jugés plus tard et séparément ; le dernier cité le sera par contumace. L'accusation explique que pour mieux assurer le succès du stratagème qu'ils avaient imaginé, Jean Baptiste FRANCESCHI et son beau-frère Antoine Dominique LANFRANCHI, proposèrent au nommé Antoine ANTONA, dit Scalonu, de servir comme témoin dans le faux acte de décès qu'ils avaient l'intention de fabriquer. Celui-ci aurait refusé, sachant la vérité ; on lui aurait offert une somme d'argent, mais il aurait persisté dans son refus. Il aurait cependant promis de garder le secret et de n'en point parler. Lors des interrogatoires, Ribugliu et son fils Xavier nient avoir eu la moindre connaissance du faux acte de décès. Ils soutiennent que François Xavier ayant pris le N° 34 au tirage au sort, ils ont cru qu'il n'avait jamais été appelé, et François Xavier ajoute qu'il a constamment séjourné à la plage occupé à ses affaires au vu et au su de tout le monde. Il avait effectivement tiré ce numéro 34 avec la classe 1840 dont il faisait partie et avait été déclaré bon à servir malgré les dartres aux épaules dont il avait fait état ; ses chances
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d'être appelé étaient grandes, car le nombre de tirés au sort s'était élevé à 63 pour le canton. LEONARDI prétend qu'il a rédigé l'acte de bonne foi, d'après les ordres du maire, et qu'il avait été trompé par le maire. Il reconnaît avoir rédigé l'acte mais pas la lettre d'envoi d'une copie de cet acte à la préfecture pour que l'intéressé soit rayé des listes. La Cour ordonne la vérification de ces deux pièces par des experts. A la reprise, sur les conclusions des experts, LEONARDI finit par reconnaître qu'elles sont écrites toutes les deux de sa main. Il a été pris en flagrant délit de mensonge, et a des raisons de se faire du souci pour le jugement à venir. Jean Félix BIANCHI est venu témoigner, mais il n'apporte pas autre chose que la confirmation de sa dénonciation. Antoine ANTONA, cité comme témoin, précise à la barre qu'on lui offrit 50 francs pour servir de témoin à la déclaration du décès ; il avoue cependant qu'il est frère de deux bandits ANTONA et cousin des deux autres, tous ennemis des accusés et condamnés par contumace pour plusieurs crimes contre les parents des accusés FRANCESCHI. Ribugliu lui reproche alors d'être venu témoigner faussement, car il ne se serait pas adressé au frère de son ennemi pour obtenir une fausse déclaration. Et s'il avait fait la promesse de garder le secret, que penser d'un homme qui n'a pas tenu sa parole ? Puis vient le troisième témoin, Jean Marie MARIANI qui dépose que le maire de l'époque lui a dit qu'il avait été surpris et trompé par FRANCESCHI le père et LANFRANCHI l’oncle. Le maire lui a également dit que LEONARDI avait aussi été trompé. L'avocat général soutient l'accusation tandis que Me CASABIANCA, avocat des FRANCESCHI, la combat fermement ; sa tâche a sans doute été facilitée par les événements sanglants qui s'étaient produits quelques mois plus tôt à Frasseto et au cours desquels trois parents des FRANCESCHI, dont un enfant, avaient été tués par les bandits ANTONA. Ces meurtres, qui n'étaient d'ailleurs pas les premiers, avaient une toute autre dimension que la fausse déclaration de décès dont ils étaient accusés. En quelque sorte les assassins d'une partie de leur famille étaient en liberté et on voulait envoyer les parents des victimes au bagne. D'un autre coté le témoignage d'Antoine ANTONA qui n'était pas tellement crédible
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n'avait-il pas été préparé - sans doute par BIANCHI - pour accabler les accusés et les expédier aux galères ? L'idée de BIANCHI n'étaitelle pas de venger la dévastation de ses plantations et de mettre hors d’état de nuire son ennemi Ribugliu. Me CARAFFA, défenseur de Paul LEONARDI, a soutenu dans sa plaidoirie que son client avait agi de bonne foi. Après le résumé, neuf questions sont soumises aux jurés qui reviennent avec un verdict d'acquittement. Les trois accusés seront tout de même restés dix mois de prison. Mais c’est un grave échec pour BIANCHI. Quant à Antoine Dominique LANFRANCHI, après l’acquittement de ses trois autres complices, n’ayant pas joué le rôle principal dans la fausse déclaration de décès, il estime qu’il n’y a pas de raison qu’il subisse un sort différent et décide de se soumettre au verdict des jurés. Il entre ainsi à la prison de Bastia le 4 octobre 1846 pour être jugé et acquitté le 3 décembre suivant. Le jury n'a pas trouvé aux débats qu'il avait concouru au faux acte de décès89. Dominique FRANCESCHI, dit Pulvareddu, aura de bonnes raisons de ne pas se mettre entre les mains de la justice, même si son rôle de témoin lors de la déclaration de décès était tout à fait secondaire. Il sera en effet accusé de complicité d ‘assassinat sur la personne de Dominique CANAVAGGIO, neveu de Félix BIANCHI. Il sera lui aussi jugé - mais par contumace et bien plus tardivement à la session du 3ème trimestre 1852 - pour avoir, de complicité avec d'autres individus, fabriqué un faux acte de l'état civil. Il sera condamné pour ce crime à vingt ans de travaux forcés. L'acte d'accusation le dit propriétaire, né et domicilié à Frasseto, d'âge inconnu, marié et ayant des enfants. L’acte de décès objet du délit figure toujours à l'état civil de Frasseto, sans mention marginale ; la Cour n'a pas cru devoir ordonner son annulation. L’assassinat de Dominique CANAVAGGIO A Frasseto, en cette journée du 5 juillet 1845, la nouvelle de l’arrestation de Ribugliu et de son fils se répand rapidement et sème la consternation dans le parti des FRANCESCHI qui voit son
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meilleur soutien neutralisé. L’irritation est grande aussi contre BIANCHI qui n’a pas hésité à faire une dénonciation pour envoyer pendant des années les coupables aux galères et la colère monte. Et de plus deux autres d’entre eux sont menacés d’arrestation et doivent maintenant se garder des gendarmes. On se concerte, on réfléchit, on envisage toutes les possibilités pour répondre à cette escalade, mais naturellement aucune action légale n’apparaît. On s’interroge aussi sur le pouvoir que détient BIANCHI de pouvoir faire procéder à l’arrestation de ses ennemis le lendemain de l’audience à la justice de paix de Santa Maria Siché. On verra que, plus tard, sa veuve usera du même procédé. Pourtant il faut faire payer à BIANCHI sa dénonciation. Deux hommes vont prendre la décision d’agir : Dominique FRANCESCHI dit Pulvareddu, qui vient d’échapper à l’arrestation, et Joseph Antoine FRANCESCHI, autre fils de Ribugliu dont le père et le frère sont maintenant en prison. Ils vont laisser passer quelques jours et mettront en œuvre leur projet le 16 juillet. Ce jour-là, au petit matin, deux coups de fusil - peut être trois - se font entendre au bas du village, au lieu dit Erbaggio. Le bruit de ces détonations que l'on a perçu des habitations les plus voisines au quartier de A Cuddetta mettent immédiatement le village en émoi et on ne tarde pas à apprendre que Dominique CANAVAGGIO vient d'être abattu. Son beau-père, Jean François MARIANI, qui habite à proximité dans la maison dite du notaire, et sa fille Xavière épouse de la victime en sont aussitôt informés. Deux pêcheurs à la truite qui se trouvaient tout près du lieu du drame vont apporter des précisions sur les circonstances du meurtre. Selon une version officielle, Joseph Antoine FRANCESCHI, le fils de Ribugliu, et Dominique FRANCESCHI, dit Pulvareddu, se postent de très bonne heure auprès d'un enclos où Dominique CANAVAGGIO le neveu de BIANCHI doit se rendre et à son arrivée Joseph Antoine l'abat froidement. Un nouvel échelon est franchi dans la confrontation entre BIANCHI et les FRANCESCHI. Le rapport de la Gendarmerie fait état de deux coups de fusil entendus à cinq heures du matin et qu’aurait tirés Joseph Antoine FRANCESCHI depuis un moulin derrière lequel il était caché86. La mort de la victime, Dominique CANAVAGGIO, a été instantanée ;
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elle a reçu trois balles dont deux ont atteint les poumons et la troisième le cœur. Deux hommes qui pêchent la truite dans la rivière qui alimente le moulin entendent les coups de feu et accourent aussitôt ; ils rencontrent au-dessus du moulin Joseph Antoine FRANCESCHI qui s'éloigne en rechargeant son fusil. A leur question sur les raisons de ces coups de feu, il répond, ont rapporté les gendarmes, par un sourire méprisant. Ils trouvent alors Dominique CANAVAGGIO allongé et sans vie devant le moulin. Le rapport ajoute : « Il résulte des renseignements que le Sieur CANAVAGGIO était neveu du Sieur BIANCHI, négociant à Ajaccio, lequel avait des affaires d'intérêt avec la famille de l'assassin et que ce dernier, ne pouvant exercer sa vengeance sur le Sieur BIANCHI, a choisi pour victime le susdit CANAVAGGIO. » Les recherches effectuées pour retrouver l’assassin sont infructueuses. Joseph Antoine et Dominique, tous deux FRANCESCHI, prennent bien entendu le maquis et tout comme Fiacconu et les quatre autres bandits ANTONA, ils n'ont aucun mal à se soustraire aux recherches des gendarmes. Joseph Antoine est jeune, mais Dominique, dit Pulvareddu, est père de famille et on peut se demander ce qui l'a poussé à s'associer à cet assassinat en dehors du risque d’arrestation qu’il avait encouru pour avoir témoigné au faux acte de décès. N'avait-il pas été accusé lui-même d'être un usurpateur de biens communaux situés à Frasseto. Pierre-Joseph FRANCESCHI – l’ex-moine - avait porté cette accusation en 1831 lorsqu'il était maire de la commune, sans cependant mentionner qu'un arrêté du Conseil de préfecture du 17 juin 1826 avait rejeté une demande du conseil municipal de l'époque de le poursuivre pour le terrain dénommé Ripa del Erbaggio qu'il était accusé d'avoir usurpé. Jean Dominique MILIANI avait lui aussi fait prendre une délibération et voter 50 francs par son conseil municipal en septembre 1843 pour le poursuivre en tant qu'usurpateur de ce bien ; le Préfet lui rappela l'arrêté de 1826 et le pria de ne faire aucune diligence à ce sujet. Joseph FRANCESCHI, fils de Pulvareddu qui sera maire de Frasseto quelques années plus tard, est intervenu à plusieurs reprises auprès du Préfet au sujet de ce litige et lui a même proposé de lui présenter les titres de propriété de son père. La justice sait cependant peu de
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choses sur Pulvareddu lors de son procès pour le faux acte de décès si ce n'est qu'il est marié et qu'il a des enfants, et même son âge est inconnu. L’inimitié compte maintenant un mort à l’actif des FRANCESCHI, un mort qui ne se situe pas dans le camp des ANTONA, mais dans la famille de leur allié BIANCHI. Dominique CANAVAGGIO, originaire du village voisin de Campo, est en effet le fils d’Isabelle, sœur de Félix BIANCHI. Il exploite des propriétés à Frasseto après son mariage avec Marie Xavière MARIANI, fille de Jean François dit Macconu et de feue Marianne FRANCESCHI. Selon Xavier VERSINI, une autre raison a guidé les meurtriers présumés : avec l'aide de Fiacconu dont les liens avec son oncle BIANCHI sont bien connus, Dominique CANAVAGGIO s'était emparé quelques années plus tôt de la fille unique de Jean François MARIANI, dit Macconu, qui était la plus riche héritière du village et que courtisait avec succès un membre de la famille LANFRANCHI qui était probablement Antoine Dominique, frère de l'épouse de Ribugliu et autre protagoniste de l’affaire du faux acte de décès87. On remarquera qu'alors que la tradition veut que les noces aient lieu dans la commune de l'épouse, le mariage a été célébré le 6 novembre 1836 à Campo, village de l'époux. Macconu avait pourtant les moyens d'organiser une belle fête à cette occasion. Ce fait tend à confirmer la thèse du mariage forcé ce qui naturellement fait partie du contentieux. Cependant le père et la mère de l'épouse sont présents à la cérémonie civile, et constituent une dot d'une valeur de 1995 francs pour leur fille dont 1350 francs de terres que Macconu possède à Campo. C'est une dot au moins deux fois supérieure à la moyenne de l'époque. A titre indicatif les compositions de deux dots pour des mariages célébrés en 1844 à Frasseto sont données dans l'annexe N° II. Il paraît utile de dire quelques mots du beau-père de Dominique CANAVAGGIO, Jean François MARIANI, dit Macconu, qui a été un personnage marquant du village de Frasseto pendant la période où se situent les événements dont nous nous préoccupons. On l'a déjà dit, il figurait au recensement de 1818 avec François Marie son père, notaire, et Xavier Antoine son oncle paternel de qui il a eu
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entre temps la totalité de l'héritage, au nombre des sept «propriétaires» de Frasseto. Son père avait essayé de l'intéresser au notariat et avait même intitulé ses registres «notaire, MARIANI père et fils», mais semble-t-il sans résultat. Jean François n'avait pas la vocation pour le notariat. Il avait épousé Marianne FRANCESCHI de qui il avait eu en 1814 un garçon, Marc Marie, qui était mort en bas age, puis en 1817 une fille Marie Xavière. C’est cette dernière qui devait s'unir en 1836 à Campo - forcée et offerte par Fiacconu a-t-on dit - avec Dominique CANAVAGGIO et le couple avait eu deux filles Marianne et Isabelle à qui on avait attribué les prénoms des deux grands-mères. Jean François devenu veuf va mal supporter cette situation, et fringant vieillard, il va épouser en 1849 une jeune fille de près de cinquante ans sa cadette. Elle s'appelle Marie GIOVONI, a seize ans et apporte 2.000 francs de dot. Elle est originaire du village voisin d'Azilone et cousine germaine de Paul Mathieu de la FOATA, qui va devenir et rester pendant plus de vingt ans l'Evêque d'Ajaccio. Ils auront trois filles : l'aînée (Marie Xavière) épousera à quinze ans Louis SUSINI, dit Borgomanu, Officier d'Académie, qui sera maire de Frasseto, la deuxième (Marie Antoinette) ne vivra pas longtemps et la troisième (Marie Livie), née en 1856 alors que Jean François était âgé de 74 ans d'après la déclaration qu'il fait à l'état civil, épousera Joseph ANTONA, géomètre, qui sera maire de CotiChiavari et qui se retirera à Frasseto dans la maison du notaire dont avait hérité son beau-père. Le nouveau ménage de Jean François a de plus recueilli la petite Marianne CANAVAGGIO après le décès de sa mère. L'autre fille, Isabelle, a été prise en charge par sa grand-mère paternelle. Isabelle n'avait pas été enregistrée à sa naissance et il y avait une bonne raison pour cela : comme le confirme un jugement du Tribunal d'Ajaccio du 15 juin 1867, elle a vu le jour en juillet 1845, c'est à dire à quelques jours de l'assassinat de son père le 16 du même mois. Isabelle se mariera à Campo et parmi ses petits enfants figurera celui qui sera au vingtième siècle, et pendant une cinquantaine d'années, le chanteur de charme le plus populaire de France. Jean François MARIANI dit Macconu est prévoyant : il fait un testament en septembre 1855 dans lequel, avant de léguer son
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patrimoine, il règle la cérémonie de ses funérailles de la façon suivante : «Je veux et ordonne en premier lieu qu'à la fin des trente jours qui suivront mon décès, il soit dépensé pour le repos de mon âme : 1°) Un bœuf ou une vache ; 2°) Trente six décalitres de blé froment ; 3°) Trois moutons ; 4°) Enfin trois livres de cire à poids de France ; le tout par les héritiers que je nommerai ci-après. » Il dispose ensuite de ses biens en laissant la quotité disponible, soit le quart, aux deux filles survivantes issues de son deuxième mariage. Le reste est à partager en parts égales entre ses trois filles, celle qu'il a eue de son premier mariage et dont les héritières sont Marianne et Isabelle, et les deux filles nées de ses secondes noces ; auparavant il fait réintégrer dans la masse la dot de sa première fille, ceci dit-il, en accord avec le souhait qu'elle avait elle-même exprimé. Jean François MARIANI est mort le 25 février 1868, à l'âge de 95 ans d'après l'état civil ce qui le vieillit de cinq ans par rapport au recensement de 1818. Il a été enterré dans sa propriété dénommée Pisinajolu à Frasseto où l'ont rejoint plus tard son épouse Marie GIOVONI, ses deux filles et ses deux gendres qui n'ont, ni l'un ni l'autre, laissé de descendance. Le procès de Joseph Antoine FRANCESCHI Plus tard, en octobre 1847 lorsque l'inimitié se sera apaisée, le traité de paix signé entre les protagonistes stipulera que les deux assassins présumés de Dominique CANAVAGGIO devront se mettre entre les mains de la Gendarmerie ou s'exiler. Il restera alors à régler cette question des bandits FRANCESCHI se trouvant encore au maquis et de qui on attend qu'ils tiennent parole. Le Préfet écrira le 4 décembre 1847 au maire de Frasseto pour lui rappeler que Joseph Antoine FRANCESCHI, fils de Ribugliu doit être embarqué. Dans sa réponse du 20 décembre le maire lui fait savoir que Ribugliu étant absent, il a communiqué sa lettre au fils aîné Xavier - celui du faux
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acte de décès - qui lui a déclaré «que son père était allé ramasser des créances à la plage pour constituer son fils entre les mains de la Justice, ainsi qu'il était convenu dans l'acte de paix du 4 octobre. » Le maire ajoute que Ribugliu croit son fils innocent du crime dont il est accusé. Peu de temps après, le 25 décembre, le fils qui se trouve également à la plage est arrêté par les gendarmes de Coti sans qu'il oppose de résistance. Ribugliu a même exprimé un vif mécontentement parce que la Gendarmerie n'avait pas laissé à son fils la possibilité de se constituer lui-même prisonnier comme il en avait l'intention. Mais les ANTONA s'étaient plaint et avaient fait observer qu'il y avait sur ce point un manquement aux engagements convenus dans le traité de paix et les gendarmes avaient cru devoir agir. Par contre le Préfet n'a pas fait mention de Dominique FRANCESCHI dit Pulvareddu qui ne se livre pas et continue à vivre dans la clandestinité. Pulvareddu, beaucoup plus âgé, avait peut-être choisi la solution de l'exil, à moins qu'il n'ait préféré, avant d'opter pour la meilleure formule, attendre le verdict du procès de Joseph Antoine. Ce dernier s'est donc retrouvé seul sur le banc des accusés. Il n'y a pas alors d'inconvénient pour lui de mettre le meurtre de CANAVAGGIO sur le compte de Pulvareddu qui est absent ; le système de défense a probablement été convenu à l'avance. Selon la version que Joseph Antoine présentera aux assises une discussion qui s'est élevée entre Pulvareddu et Dominique CANAVAGGIO a pris un tour si violent que les deux hommes se sont saisis de leurs armes et Pulvareddu a répondu au coup de pistolet de CANAVAGGIO par une décharge de son fusil à deux coups qui a laissé son adversaire sans vie. Il s'agit donc d'un meurtre commis sans aucune préméditation et en légitime défense. Seulement un des témoins, Antoine MARIANI, avait affirmé à l'instruction n'avoir entendu que deux coups de feu ce qui démolissait la thèse soutenue par Joseph Antoine. Alors Ribugliu, le père de Joseph Antoine, et ses parents persuadent le témoin que la fusillade a bien comporté trois coups de feu et ce dernier promet, s'il est appelé à la barre, de faire un nouveau témoignage dans le sens souhaité par la famille de Joseph Antoine. L'affaire est inscrite à la session de la Cour d'assises de la
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Corse de mars 1848 et MARIANI témoigne donc en faveur de Joseph Antoine comme il s'y était engagé. Seulement ce revirement n'est guère apprécié et il est aussitôt inculpé de faux témoignage et arrêté. Le procès est reporté à la session suivante. Les deux affaires - faux témoignage d'Antoine MARIANI et assassinat de Dominique CANAVAGGIO - sont appelées à la Cour d'assises de Bastia au deuxième trimestre 1848. Celle de MARIANI a été traitée en premier. Le jury n'a pas hésité à le déclarer coupable du crime de faux témoignage, en admettant toutefois les circonstances atténuantes. Il est condamné à trois années d'emprisonnement et aux frais. La Cour de cassation a rejeté le 28 juillet 1848 le pourvoi qu'il avait introduit. Toutefois il sera libéré avant l'expiration de sa peine. Le procès de Joseph Antoine FRANCESCHI pour assassinat vient à la suite, et pendant les débats, le défenseur de l'accusé a demandé qu'il soit renvoyé à la prochaine session «pour que dans l'intervalle il soit procédé à une expérience sur les lieux du crime». Quelle est la nature de cette expérience ? Dans l'intérêt de la vérité, la Cour a accédé à cette demande et c'est ainsi que l'affaire revient à la session du troisième trimestre 1848. Au cours des débats les circonstances dans lesquelles le meurtre a eu lieu ont été exposées, mais le compte rendu des assises ne fait cependant pas mention de l'expérience sur les lieux du crime qui avait motivé le renvoi. On a fait la relation avec Jean Félix BIANCHI que l'on a dit visé personnellement dans l'attaque contre la personne de son neveu. On a aussi évoqué la terrible inimitié de Frasseto qui a obligé une partie de la population à s'expatrier et qui a provoqué «quatorze morts et on ne sait combien de blessés dans la famille de l'accusé. » Antoine MARIANI, le témoin qui s'était dédit, est revenu à la barre où il a confessé son faux témoignage et raconté comment il avait lutté contre les FRANCESCHI qui voulaient le lui imposer, comment il avait déserté son village pendant un an, et comment il avait finalement accepté sous la menace. «Cette déclaration, dit le Président des assises dans son rapport, faite avec l'accent de la vérité et du repentir a vivement impressionné le Jury. Il serait juste et humain que le malheureux MARIANI fut relevé de cette
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condamnation. » Les malheurs que sa famille avait endurés pendant quinze ans ont valu à Joseph Antoine FRANCESCHI des circonstances atténuantes et l'abaissement de sa peine à vingt ans de travaux forcés. Comme on peut l'imaginer cette condamnation n'incita guère Pulvareddu à se constituer prisonnier. La Cour de cassation a rejeté le 18 octobre 1848 le pourvoi que Joseph Antoine FRANCESCHI avait introduit. Ribugliu, en tant que chef du parti des FRANCESCHI et père de l'assassin, était tenu par le parti des ANTONA pour le responsable de la mort de Dominique CANAVAGGIO, et même pour les conséquences que cet assassinat allait avoir ; des versets avaient été faits sur son compte, mais seulement trois ont pu être reconstitués : Ó Ribugliu, scilliratu Causa di tanti malori Qual'hè chi t'ha cunsigliatu? Quali era stu traditori? Ó Ribugliu, scilliratu Pienu di gativi fini Qual'hè chi t'a cunsigliatu? Di vena in i me cunfini? Ó Ribugliu, scilliratu D'ave fatu lu ribeddu, Qual'hè qui t'a cunsigliatu? LANFRANCHI o Pulvareddu? O Ribugliu, scélérat Cause de tant de malheurs Qui donc t'a conseillé? Qui était ce traître? O Ribugliu, scélérat Plein de mauvais desseins Qui donc t'a conseillé? De venir sur mes terres? O Ribugliu, scélérat D'avoir fait le rebelle Qui donc t'a conseillé? LANFRANCHI ou Pulvareddu?

Le LANFRANCHI en question est le docteur Jean Marie LANFRANCHI, fils de Jean François et Marie Catherine FRANCESCHI et beau-frère de Ribugliu ; Pulvareddu comme on l'a vu est le deuxième accusé du meurtre de CANAVAGGIO. Il n'y a pas eu de réactions immédiates au meurtre de CANAVAGGIO. L'hypothèse que l'on peut émettre est que Fiacconu et son frère Sébastien ne sont pas en Corse pour venger leur complice
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BIANCHI, mais dans leurs familles en Sardaigne qui est devenue leur lieu de résidence habituel. BIANCHI leur a-t-il envoyé des émissaires pour leur demander de rentrer le venger ? On en est réduit aux suppositions. La vengeance sauvage La riposte qui avait tardé fut d'une grande sauvagerie. Voici comment les choses se seraient passées tout d'abord selon le rapport détaillé adressé au Préfet le 16 janvier 1846 par le Commandant de la 2ème Compagnie de Gendarmerie : «Monsieur le Préfet, J'ai l'honneur de vous informer que par ses rapports des 13 et 15 du courant M le lieutenant de Gendarmerie à Ajaccio me rend compte que trois assassinats ont été commis dans la journée du 13 sur les personnes des nommés ci-après : 1° FRANCESCHI Jean Noël, âgé de 50 ans laboureur de la commune de Frasseto, habitant momentanément une baraque sur la plage près le hameau de Campestra où il s'était rendu pour cultiver une propriété. 2° FRANCESCHI Antoine Nicolas, âgé de 16 ans, fils du précédent, habitant avec lui. 3° FRANCESCHI Jean Baptiste, âgé de 35 ans laboureur de la commune de Frasseto, habitant momentanément le village de Pietrosella commune de Quasquara où il s'était rendu pour cultiver un champ. Il résulte des renseignements obtenus : - à l'égard du premier qu'étant à labourer dans un champ à peu de distance de sa baraque, le dit jour, vers 11 heures deux individus cachés derrière une muraille ont tiré sur lui à coups d'armes à feu, que deux balles ont traversé la cuisse droite et que son corps a été percé ensuite de 10 coups de stylet. - à l'égard du second, il conduisait une mule portant du blé du village voisin à la baraque et que, arrivé par un sentier, à travers le makis, à deux cent mètres de l'endroit où il avait laissé son père, il a reçu dans le corps deux balles qui ont produit la mort instantanément.
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- à l'égard du 3ème, il était parti le matin pour aller labourer. Son cadavre a été trouvé le soir dans le champ à 1 ou 2 kilomètres de l'endroit où les deux autres ont été assassinés. Personne n'a vu ni entendu commettre le crime. Personne n'a vu non plus le crime sur les deux premiers ; toutefois la sœur de FRANCESCHI père, avertie peu de temps après avoir entendu la détonation des deux premiers coups de fusil que son frère était mort dans le champ, elle s'est dirigée de ce coté avec une de ses voisines et ces femmes ont vu deux individus franchir la muraille du champ pour gagner le makis, elles ont entendu peu après une seconde détonation d'arme à feu, lorsque les assassins ont tiré sur FRANCESCHI fils. Un laboureur de la contrée a déclaré que les nommés ANTONA Joseph et ANTONA Nicolas bandits de la commune de Frasseto l'ayant accosté lui ont dit, nous venons de tuer deux hommes, si on te questionne à cet égard, tu peux le dire. Un autre laboureur a dit avoir vu passer les deux bandits et les avoir reconnus. La clameur publique désigne comme auteurs du troisième crime les deux frères ANTONA. On pense dans le pays que ce triple assassinat a été commis dans le but de venger la mort du nommé CANAVAGGIO Dominique qui fut assassiné vers la fin de juillet dernier. » Les bandits ANTONA auteurs de ces assassinats sont Joseph Antoine - Fiacconu - et Nicolas ; ce dernier, surnommé Grisgiu, dont on a moins parlé et qui avait été garde champêtre à Frasseto, mais qui n'est pas le frère de Fiacconu, avait déjà commis un meurtre le 5 août 1843 sur la personne de Simon LEONETTI cultivateur à CognocoliMonticchi. Ce qui frappe par rapport aux crimes précédents, c'est la sauvagerie avec laquelle les assassinats ont été commis. Tout d'abord l'acharnement sur le corps de Jean Noël FRANCESCHI : dix coups de stylet après l'avoir blessé par arme à feu, comme si l'on avait voulu qu'il soit conscient du supplice qu'on lui infligeait ; car les bandits ANTONA étaient suffisamment bons tireurs pour donner la mort sur un seul coup de fusil comme ils l'ont fait pour le fils, et cependant on l'avait blessé à la cuisse. Et les parents, en particulier sa sœur qui était
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sur place, se sont chargés de ramener les cadavres au domicile. Voyons ce qu'en dit le rapporteur de la Gazette des Tribunaux du 18 juillet 1847 : « Enfin le 13 janvier 1846, trois autres membres de la famille FRANCESCHI tombent sous les coups de ces mêmes bandits, et lorsque la population effrayée fut accourue à la nouvelle de ce nouveau carnage, un spectacle horrible frappa les regards. Le cœur et les poumons de ces trois malheureuses victimes avaient été arrachés et suspendus sur les branches des makis ; les cadavres étendus sur le sol avaient été mutilés de la manière la plus atroce. Un sentiment de pudeur oblige à taire d'horribles détails qui ont fait frémir d'horreur ceux qui en ont entendu le récit. A toute cette série de crimes affreux auxquels l'imagination se refuse à croire, il faut ajouter tous ceux qui sont restés inconnus ou que la justice a cru inutile de faire constater, après avoir prononcé contre ces monstres quatorze condamnations capitales par contumace. » Quelle version croire ? On a constaté, que sur d'autres points, la relation des débats par le rapporteur de la Gazette des Tribunaux s'écartait parfois de la stricte réalité des faits : erreurs de dates, erreurs ou inversion de noms et même affirmation que Cicchetta avait été tuée par Fiacconu, aussi sa relation ne peut être considérée comme entièrement fiable. On a aussi un troisième témoignage - que l'on pourrait également contester puisqu'il émane des ennemis des bandits - qui est celui du parti des FRANCESCHI lorsqu'il a eu l'occasion, au début 1847, de faire état auprès du Préfet des malheurs vécus au cours des quinze années d'inimitié : «............Le chiffre des morts doit faire voir aux autorités la barbarie ANTONA, qui non contents de les massacrer, s'amusaient à écorcher les oreilles et ouvrir la bouche et leur mettre dedans des racines d'herbes, signe de destruction de la race FRANCESCHI. » Mais on a aussi un quatrième témoignage qui est le rapport d’autopsie établi par Antoine François FOATA, Officier de Santé à Santa Maria Siché, requis par le juge de paix : « Jean Noël FRANCESCHI a reçu deux balles qui l’ont atteint à la partie latérale externe et sont sorties par la partie latérale interne. Un coup de stylet lui a traversé la gorge, tranchant la carotide et l’œsophage jusqu‘à désarticuler l’atlas ou première vertèbre
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cervicale. Un autre coup de stylet lui a occasionné sur la partie latérale droite de la mâchoire inférieure, une blessure de 10 cm. Deux coups de stylet lui ont été portés dans la région gastrique, blessant l’estomac et le foie. Noter également des blessures reçues aux mains en se protégeant. Antoine Nicolas FRANCESCHI blessé uniquement par balles : foie, poumons, estomac, intestins. » Le dernier témoignage pourrait être le plus digne de foi, mais pourquoi ne fait-il état que de quatre coups de stylet, alors que les gendarmes qui ont vu les cadavres avant l’Officier de Santé parlent dans leur rapport de dix coups de stylet ? Et lequel des deux bandits s’est acharné sur le corps de la victime ? Joseph ANTONA dit Fiacconu ou Nicolas ANTONA dit Grisgiu ? On peut sûrement retenir que des atrocités ont été commises sur la personne de Jean Noël et qu'un jeune homme de moins de 18 ans a été assassiné. Ce qui a soulevé beaucoup d'indignation dans la population a été justement le meurtre d'Antoine Nicolas : un garçon de seize ans dit le rapport de Gendarmerie, quatorze ans disent les FRANCESCHI. La vérité d'après ses actes de naissance et de décès, et d'après le recensement de 1836 est qu'il était sans doute proche de dix-huit ans, mais peut-être ne les paraissait-il pas, car la tradition orale a fermement retenu que les ANTONA avaient tué un enfant, alors qu'à l'époque, à dix huit ans, on était déjà un homme. Et les bandits corses ont pour tradition de laisser les femmes et les enfants en dehors de la vendetta. Une autre explication qu'avançaient les ANTONA, mais qui n'excuse pas le crime et encore moins les atrocités, veut que l'un des bandits ait dit au deuxième : «si tu ne le tues pas, c'est lui qui te tuera» ce qui le mit dans l'obligation d'abattre le fils de Jean Noël. Pourquoi était-il également nécessaire de charger des paysans qui se trouvaient sur leur chemin de faire savoir qu'ils étaient bien les meurtriers ? N'était-ce pas pour bien faire comprendre qu'il fallait respecter leurs amis et qu'ils étaient invulnérables. Cette fois les ANTONA avaient vraiment dépassé l'imaginable par leur sauvagerie et allaient s'attirer une réprobation générale, à l'exception de ceux qui étaient leurs complices ou leur
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étaient très proches et très dévoués. Intéressons-nous maintenant aux victimes : Jean Baptiste FRANCESCHI, la troisième, est connue : il est le fils de PierreJoseph ex-moine, et le cousin germain de Cicchetta. La lettre de la Gendarmerie lui attribue 35 ans alors que d'après le recensement de 1836 il en aurait plutôt 37 ou 38. Peut-être était-il même un peu plus âgé, car il a été présenté au tirage au sort de la classe 1825, puis de la classe 1826. Son père qui le représentait avait fait valoir que la blessure qu'il avait au genou le faisait souffrir lorsqu'il marchait et il finit par être dispensé lorsque son jeune frère Antoine Mathieu fut appelé. Jean Baptiste avait épousé en 1827 Marie Catherine COTONI et était installé au hameau de Pietrosella, territoire de Quasquara, où sa femme possédait des biens. Jean Baptiste et Marie Catherine avaient eu 4 enfants : Marie Diane, Madeleine, Pierre-Joseph et Jean Martin Colomb Christophe ; les prénoms des 4 grands-parents avaient ainsi été attribués. Le dernier dont le prénom usuel était Colomb fera carrière dans l'armée et prendra sa retraite d'officier sans laisser de descendance. A la fin de ses jours, à Toulon en 1912, il épousera sa servante Anasthase ANGELINI. Le décès de Jean Baptiste FRANCESCHI a été déclaré par Antoine Mathieu son frère. Lors de l'expédition du Carponu dont on parlera plus loin, deux des habitants de Frasseto qui accompagnaient les forces de l'ordre ont trouvé la mort ; l'un d'eux est justement Antoine Mathieu. Il ne fait pas de doute qu'il était parti venger son frère, comme l'autre victime de cette journée, Jean Baptiste MARIANI était parti venger le sien, Antoine, premier mort de l'inimitié. Lors de son assassinat, Jean Baptiste FRANCESCHI travaillait sur des terres dénommées Lobj, situées près du hameau de Pietrosella, dont une partie appartenait à son épouse et le reste avait été acquis par des achats à des parents de cette dernière. La détermination des autorités contre les bandits Parmi les personnes qui s'indignent des nouvelles atrocités des bandits, il s'en trouve qui, étant leurs parents, les ont toujours soutenus, mais qui ont pu avoir aussi à souffrir de leurs abus. C'est
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parmi eux que le gendarme LUCCIONI de la brigade de Coti devait recruter pour mettre fin au règne et aux méfaits des bandits de Frasseto. Laissons s'exprimer le rapporteur de la Gazette des Tribunaux : «Cependant, il se trouva un homme, un agent de la force publique, François Antoine LUCCIONI, gendarme qui faisait partie du détachement qui résidait à Frasseto (en réalité à Coti qui etait toujours à l'époque un hameau de Frasseto) qui, mû par un noble sentiment d'indignation et par le désir d'obtenir une récompense honorable, entreprit lui seul de faire tomber ces horribles malfaiteurs sous les coups de la justice. Après avoir confié son projet à un de ses camarades, un nommé LUCIANI, il entra en relation avec les MILIANI, de Frasseto, parents des bandits qui leur avaient enlevé de force quelques propriétés et avaient fait contre eux des menaces de mort. D'ailleurs les épouvantables méfaits de ces bandits avaient tellement excité l'indignation des MILIANI que ceux-ci n'avaient pas craint de manifester hautement l'horreur que ces crimes atroces leur inspiraient. Aussi les bandits commençaient-ils à se méfier de leurs propres parents, et ils ne se laissaient aborder qu'avec les plus grandes précautions dans les makis au milieu desquels ils vivaient. » On se souvient qu'au début 1844, après l'assassinat de Joseph Marie BENEDETTI, une prime de 600 francs avait été offerte pour la capture ou la destruction de Fiacconu. LUCCIONI n'ignore pas que cette prime va être sérieusement augmentée après les exactions du début de l'année, et n'a pas de mal à convaincre les MILIANI, pleins de rancœur et d'indignation, de lui livrer les bandits contre une forte récompense. Ils élaborent ensemble un plan qui prévoit tout d'abord l'arrestation de Joseph ANTONA dit Muzzolu et d'Antoine ANTONA dit Scalonu, qui sont les guides, les pourvoyeurs et les informateurs habituels des bandits. Rappelons que Muzzolu est le beau-frère de Sébastien et Joseph Antoine (ce dernier dit Fiacconu) ayant épousé leur sœur et que Scalonu a deux frères au maquis : Nicolas qui a tué le 5 août 1843 un nommé LEONETTI de la commune de Cognocoli-Monticchi et Pascal qui, on l'apprendra plus tard, était accusé d'avoir tué le nommé Félix MARIANI le 21 avril 1845. Quant aux bandits, ils se défient actuellement de certains de
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leurs parents et en particulier des MILIANI, mais ils seront ainsi obligés de faire appel à eux pour peu que des preuves d'attachement leur soient données. C'est ainsi, que muni de son projet, le gendarme LUCCIONI va trouver en compagnie du Lieutenant BELANGER de la Compagnie d'Ajaccio, le Procureur du Roi à qui il expose son plan et demande des mandats contre Muzzolu et Scalonu. Ceci fut accepté, mais une difficulté se présentait, car le chef de la brigade de Coti, le brigadier CANAVAGGIO, était parent des bandits ANTONA. Cela pouvait s'expliquer par le fait qu'Antoine TOZZA, de Campo également, avait épousé comme Muzzolu une sœur de Fiacconu. Il n'était donc pas question de confier l'exécution des mandats d'arrêt à la brigade de gendarmerie de Coti. Peut-être par ailleurs le brigadier CANAVAGGIO était-il également parent de Jean Félix BIANCHI. C'est le caporal de voltigeurs corses Antoine Dominique PIETRI qui est chargé de procéder aux arrestations. Il s'agit tout d'abord de mettre la main sur Muzzolu. Le 22 juillet 1846, le caporal PIETRI l'aperçoit en discussion avec le brigadier CANAVAGGIO. Il se présente à lui avec ses hommes, mais sans armes pour ne pas donner prématurément l'éveil, et lui signifie qu'il est en état d'arrestation. Mais Muzzolu se rebelle, élève la voix et fait appel aux habitants en les menaçant de la colère des bandits s'ils l'abandonnent entre les mains des forces de l'ordre. A cet appel, des hommes accourent en armes : Joseph MILIANI, dit Ghjasippucciu, son fils Pascal âgé de 18 ans, son neveu Jean MURZI et Charles LANFRANCHI tous les quatre parents des bandits, ainsi que Jacques MARIANI et Pierre Paul SANVITI qui eux, ayant eu des victimes des bandits dans leur famille, étaient plutôt dans le camp de leurs ennemis. Le frère de Pierre Paul SANVITI avait été tué, et lui-même blessé par eux. Les agents de la force publique qui sont sans armes sont mis en joue ; Joseph MILIANI qui est à la tête du groupe leur demande de rendre sa liberté à Muzzolu ; cependant, à la première sommation du gendarme VEAU, ils relèvent leurs armes et restent immobiles. C'est alors que les femmes des familles ANTONA, alertées par les clameurs, arrivent et se précipitent sur les agents de la force publique pour arracher Muzzolu de leurs mains. Les voltigeurs corses ont prétendu que le brigadier CANAVAGGIO aurait alors commandé de laisser le prisonnier libre,
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mais peut-être les voltigeurs n'ont-ils pas pu résister au nombre et à l'ardeur des femmes ANTONA ; toujours est-il que Muzzolu échappe à l'arrestation et s'en va rejoindre les bandits au maquis en compagnie des hommes qui avaient concouru à sa libération, en se rendant coupables du crime de rébellion à main armée. Il paraît tout à fait improbable que les bandits aient accepté parmi eux Jacques MARIANI et Pierre Paul SANVITI, non seulement parce qu'ils sont en inimitié avec les bandits, mais aussi parce que ceux-ci n'auraient pas aimé faire connaître leur lieu de retraite à des ennemis à qui ils n'accordent pas leur confiance. De cette façon, les MILIANI, Charles LANFRANCHI et Jean MURZI sont revenus dans l'intimité des bandits et cette situation va être déterminante pour la suite des événements. En tout cas la rébellion est constatée par un procès-verbal, et ceux qui s'en sont rendus coupables ne se montrent plus pendant un certain temps. Mais y avait-il eu réellement rébellion ou comme l'a prétendu Joseph MILIANI, ne s'agissait-il que d'un simulacre lui permettant de revenir, avec Charles LANFRANCHI et Jean MURZI, dans les bonnes grâces des bandits pour favoriser l'exécution ultérieure du plan destiné à les neutraliser ? Les contacts se renouent avec le gendarme LUCCIONI, qui après une nouvelle visite au Procureur du Roi au mois de septembre 1846, obtient l'abandon de toute poursuite relative à la rébellion à la condition que dans un délai d'un mois les bandits soient arrêtés ou détruits. L'arrestation d'Antoine ANTONA dit Scalonu a lieu le lendemain, 23 juillet, sans aucune difficulté ni résistance et il est conduit à la prison d'Ajaccio le lendemain ; il en sera extrait le 23 novembre pour être conduit à Bastia où il doit témoigner. C'est ainsi que les bandits, rejoints par Muzzolu qui n'était plus d'aucune utilité pour leur approvisionnement car il ne pouvait plus apparaître en public, durent faire appel à Joseph MILIANI qui était d'ailleurs l'oncle germain de deux d'entre eux - Nicolas et Pascal ANTONA frères de Scalonu - pour les ravitailler et les renseigner. Selon la Gazette des Tribunaux, le Préfet de la Corse, tenu en permanence informé de tous ces événements, reçoit à son tour le gendarme LUCCIONI, et lui remet une somme de 2.000 francs, qui
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fut par la suite remise aux MILIANI ; on a dit aussi qu'une promesse de 2.000 francs supplémentaires leur aurait été faite par les FRANCESCHI, mais qu'elle n'aurait pas été honorée en raison de la mauvaise tournure que prirent les événements.

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La fin des bandits
L'embuscade du Carponu Il s'agit maintenant pour MILIANI et ses associés de tenir leur engagement. Tout d'abord ils pensent que l'opération aurait plus de chances de réussir si elle avait lieu au village de Frasseto plutôt qu'au hameau de Coti où se trouvent actuellement les bandits. Les raisons sont que même si le territoire de Frasseto leur est bien connu, ils y seront moins à l'aise, car la majorité de la population est favorable au parti des FRANCESCHI, et il sera plus facile d'y trouver les hommes déterminés à les détruire. La distance de près de quarante kilomètres qui sépare les deux lieux n'est pas un obstacle et surtout Joseph MILIANI fait valoir que les gendarmes et voltigeurs de Coti, humiliés d'avoir été empêchés par la rébellion et par des femmes d'opérer l'arrestation de Muzzolu, préparent certainement une opération destinée à les neutraliser. Sans doute ajoute-t-il que luimême et ses complices, menacés d'arrestation pour leur rébellion y seront plus en sécurité. Les bandits sont au nombre de cinq : Nicolas dit Grisgiu et son frère Pascal, Joseph Antoine dit Fiacconu et son frère Sébastien auxquels est venu s'ajouter Joseph dit Muzzolu, tous ANTONA. Etaient-ils déjà scindés en deux groupes ou bien la division s'est-elle faite à cette occasion ? Toujours est-il qu'un seul groupe composé de Fiacconu, Grisgiu et Muzzolu part pour Frasseto. MILIANI et ses amis les rejoignent dans leur nouveau repaire - une petite construction en pierre dont on voit encore les ruines - situé au lieu dit Carponu où ils se chargent de les ravitailler et de les tenir informés. C'est là que tout va se jouer. Les contacts avec les hommes de Frasseto pour préparer l'embuscade ont été pris. On convient du groupe qui fera l'expédition en compagnie des gendarmes LUCCIONI et LUCIANI : il y aura Jean Marie LANFRANCHI, médecin, beau-frère de Ribugliu ; Dominique et Jean Baptiste MARIANI, frères d'Antoine première victime de l'inimitié ; Antoine Dominique FRANCESCHI, fils de Ribugliu ; enfin Antoine Mathieu FRANCESCHI, fils de l'ex-moine
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et frère de Jean Baptiste qui a été assassiné quelques mois plus tôt. On peut s'étonner de l'absence de Ribugliu lui-même dans cette expédition, car il était sans doute à Frasseto, le procès dans lequel il avait été accusé mais acquitté s'étant terminé au mois de mai précédent. On convient aussi de la date et du lieu : ce sera dans la nuit du 11 au 12 octobre 1846. On sait que les bandits se tiennent au Carponu ; c'est une propriété située à un kilomètre environ au nord de Frasseto, en bordure du ruisseau dénommé Chiova, qui comprend avec une châtaigneraie et du maquis, un verger et un potager qui assurent une partie de la subsistance en ce mois d'octobre. Alors, que s'est-il exactement passé cette nuit là ? Reportonsnous d'abord aux rapports de la Gendarmerie. Le compte rendu mensuel du mois d'octobre 1846 attribue la destruction des bandits aux gendarmes LUCCIONI et LUCIANI : «Le 13 octobre 1846 j'ai rendu compte de la destruction du bandit ANTONA Joseph Antoine, dit Fiacconu, ANTONA Nicolas dit Grisgiu et ANTONA Joseph dit Muzzolu de la commune de Frasseto qui a eu lieu dans la nuit du 11 au 12, au lieu dit Carponu, territoire de Frasseto, par les gendarmes LUCCIONI François Antoine et LUCCIANI Charles Philippe de la brigade de Coti aidés par cinq habitants de Frasseto dont deux, les Sieurs FRANCESCHI Antoine et MARIANI Jean Baptiste ont été tués.» Une lettre du Commandant de la 2ème Compagnie de Gendarmerie de la Corse au Préfet datée du 13 octobre apporte des précisions sur l'affrontement : «...............Il résulte des renseignements que les deux premiers bandits furent tués par les premiers coups de feu, que le troisième ANTONA Joseph dit Muzzolu, blessé seulement, se retire dans un makis et tue les susnommés (Jean Baptiste MARIANI et Antoine FRANCESCHI) qui s'étaient mis à sa poursuite. Le gendarme LUCCIONI écrivit au lieutenant de Santa Maria Siché de lui envoyer du renfort ; ce dernier fit partir de suite le Maréchal des logis avec quatre gendarmes disponibles : en arrivant sur le lieu de la scène, ils pénétrèrent dans le makis où ils rencontrèrent le bandit, et après avoir essuyé son feu, ils parvinrent à le tuer... » Antoine FRANCESCHI est en réalité Antoine Mathieu, fils
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de l’ex-moine Pierre-Joseph, comme l'indiquent l'acte de décès et le registre des sépultures de la paroisse. Il avait épousé en octobre 1844 à Quasquara Marie COTONI, qui était la sœur de Marie Catherine, épouse de son frère Jean Baptiste, et avait eu d'elle une fille, Madeleine née en mai 1845. Mais la petite Madeleine qui devait aussi perdre bientôt sa mère allait être recueillie par sa tante Marie Catherine. Elle devait épouser Michel MARIANI qui a été maire de Frasseto vers les années 1880 et révoqué en 1884. La Gendarmerie, pour les besoins des rapports, a cru bon de faire transporter les cinq cadavres à Frasseto, puis de les faire déposer dans l'église. Cependant les familles de Jean Baptiste MARIANI et d'Antoine Mathieu FRANCESCHI appuyées par le clan des FRANCESCHI ne veulent pas que les leurs gisent auprès de ceux des bandits et s'en emparent pour les faire enterrer. Et la population s'est réunie en armes pour empêcher qu'on laisse dans l'église ceux des trois ANTONA. La situation est très tendue comme en rend compte le rapport de la 2ème Compagnie de Gendarmerie : « L'effervescence était grande, la Gendarmerie était menacée, et M le lieutenant qui avait prévu tout ou partie de ce danger a réuni sur ce point toutes les brigades de sa lieutenance. Cette force en a imposé aux plus turbulents. M le juge de paix s'est rendu sur les lieux, et a pu faire son rapport sans qu'il soit arrivé d'autres malheurs, les brigades ont pu rentrer à leurs résidences le 15. » La Gendarmerie avait aussi récupéré un arsenal considérable dont disposaient les bandits : trois fusils doubles, six pistolets et cent soixante dix cartouches. Il faut aussi y ajouter les stylets. Le village et la région sont enfin débarrassés de trois malfaiteurs. A vrai dire celui dont la disparition apportait un véritable soulagement était Fiacconu qui avait commis son premier crime quatorze ans plus tôt et qui avait à son actif de nombreux autres forfaits dont certains, comme nous l'avons vu, avaient été accompagnés d'atrocités. Grisgiu n'avait plus guère fait parler de lui après le meurtre qu'il avait commis sur la personne du nommé LEONETTI de Cognocoli-Monticchi. Muzzolu n'avait jamais commis de meurtre avant ceux qu'il a accomplis quelques instants avant sa mort ; il s'était surtout occupé
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de veiller à l'information et à la sécurité de son beau-frère Fiacconu et de lui assurer son approvisionnement en vivres et armement. Il n’avait rejoint le maquis qu’après la tentative d’arrestation dont il avait été victime. Et il a été celui des trois qui a été le plus difficile à neutraliser. Faisait-il partie du contrat convenu entre les autorités et MILIANI ? Cela paraît improbable, mais il n’était pas possible de laisser en vie un témoin qui aurait pu contredire la version des faits que l’on a présentée. Un autre événement est à signaler : c'est la naissance d'un fils de Fiacconu, le lendemain de son décès ; elle est déclarée le 15 octobre au village voisin de Zevaco : naissance de Joseph ANTONA, fils de feu Joseph, bandit de Frasseto et de Tomasina née CONI, domiciliée à Frasseto, de passage à Zevaco, âgée de 51 ans environ ( ?). L'enfant a été baptisé le 22 octobre à l'église de Zevaco. L'âge de la mère à la déclaration de naissance était surprenant. Pas plus qu'aujourd'hui, une femme ne pouvait à l'époque avoir d'enfant à 50 ans. L'explication viendra un peu plus tard, au recensement de la population de 1851. On trouve dans la famille de la veuve de Joseph ANTONA dit Muzzulo en plus des enfants du couple, un garçon de 11 ans prénommé Joseph et noté orphelin. Ceci montre que l'enfant avait plusieurs années à la déclaration de naissance et confirme la tradition orale selon laquelle l'enfant avait été élevé à Frasseto. L'enfant rejoindra la Sardaigne et une quinzaine d'années plus tard, la mère -dame Thomassine - obtiendra du Tribunal d'Ajaccio, que la mention du père et de la mère de Fiacconu soit inscrite en marge de son acte de décès sur le registre de l'état civil de Frasseto. Le motif de la demande de la dame Thomassine n'est pas indiqué, mais on peut supposer que cette mention était nécessaire pour disposer d’une preuve de la filiation de Fiacconu, car l'état civil comporte le même jour les décès de Fiaconu et de Joseph Muzzolu qui ont même nom et même prénom. Alors qu'au cours de cette année 1846 les FRANCESCHI ont perdu cinq des leurs, nous allons reprendre le tableau de la famille de Cicchetta sur lequel nous ferons apparaître les nouvelles victimes : (la lettre X désigne le conjoint de la personne immédiatement audessus, le chiffre le niveau de génération) 1 FRANCESCHI Antoine François
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X ??? Marie 2 FRANCESCHI Marie Catherine X LANFRANCHI Jean François 3 LANFRANCHI Annonciade X FRANCESCHI Jean Baptiste 3 LANFRANCHI Jean Marie 2 FRANCESCHI Ange François Mort X FORCIOLI Marie Madeleine 3 FRANCESCHI Pascal 1 FRANCESCHI Joseph Blessé 1 FRANCESCHI Pierre-Joseph Ex-moine X PIERLOVISI Marie Madeleine 2 FRANCESCHI Marie Françoise X FRANCESCHI Jean Baptiste (BENEDETTI Joseph Marie cousin germain) 2 FRANCESCHI Jean Baptiste X COTONI Marie Catherine 2 FRANCESCHI Antoine Mathieu X COTONI Marie (Nota) 1 FRANCESCHI Paul François X COTONI Marie Antoinette 2 FRANCESCHI Marie Xavière X MARIANI Antoine cousin germain de Ribugliu ) (MARIANI Jean Baptiste, son frère) 2 FRANCESCHI Marie Françoise Cicchetta X CASABIANCA Antoine Dominique 2 FRANCESCHI Dominique Noël 1 FRANCESCHI Angèle X SANVITI Michel 2 SANVITI Pierre Paul 2 SANVITI Antoine Dominique

Ribugliu

Blessé

Mort Mort Mort Mort

Mort Mort

(et

Mort Blessé Mort

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La destruction des autres bandits La chasse aux bandits ANTONA n'est cependant pas pour autant terminée, car il reste encore Sébastien, le frère aîné de Fiacconu avec qui il est accusé d'avoir commis un certain nombre de crimes, ainsi que Pascal, jeune frère de Grisgiu et d'Antoine ANTONA dit Scalonu, âgé seulement de 21 ans et dont les méfaits, autres que l'assassinat de Félix MARIANI, sont mal connus. Les voltigeurs corses vont s'en charger. Ils savent que les deux bandits que l'on vient de nommer vont se diriger de la plage de Coti vers Frasseto. Ils en ont été informés, sinon, ils ont présumé que dès qu'ils auraient connaissance de l'engagement du Carponu, ils décideraient aussitôt de se rendre à Frasseto. Les voltigeurs leur tendent une embuscade au col d'Arghellaju, près de Marato, hameau de la commune de Cognocoli-Monticchi, sur le sentier qui mène de Coti à Frasseto. Lorsque les deux bandits se présentent, ils les somment de se rendre, mais ceux-ci ayant répondu à leurs sommations par des coups de mousquet, ils les abattent. C'est la version officielle. Voici comment le capitaine Commandant de la 2ème Compagnie de Gendarmerie rend compte le 17 octobre 1846 au Préfet du déroulement de l'opération : «Monsieur le Préfet, J'ai eu l'honneur de vous faire connaître, à mon rapport des 5 jours du 15 du courant, la destruction du bandit ANTONA Pascal, âgé de 21 ans, de la commune de Frasseto poursuivi en vertu de mandats de justice, pour blessures suivies de mort, sur la personne du nommé MARIANI Félix, de la même commune, et aussi de la destruction du guide de ce bandit, nommé ANTONA Sébastien, âgé de 42 ans, cultivateur de la même commune, lesquels sont tombés dans une embuscade de voltigeurs corses, le 14 du courant, vers 6 heures du soir, au lieu dit Bocca Auguenoi {Arghellaju}, territoire de la commune de Cognocoli-Monticchi. Il résulte des renseignements fournis par M le lieutenant de Gendarmerie de Santa Maria Siché le 16 du courant, que les voltigeurs ayant été informés dans la journée du 14, que le bandit et son guide devaient passer à l'endroit sus désigné, le caporal ORAZI Ange Toussaint, s'y rendit avec sept de ses subordonnés s'embusqua
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derrière une muraille à trois mètres du sentier, et que bientôt après, le bandit et son guide y arrivèrent, qu'ils les sommèrent de se rendre, mais qu'ayant répondu à cette sommation par quatre coups de fusil tirés sur les voltigeurs, ces derniers firent feu sur eux. ANTONA Pascal fut tué immédiatement, et ANTONA Sébastien mourut quelques minutes après des suites de ses blessures. M le lieutenant ajoute que cette action a eu lieu dans un endroit très isolé, que personne ne s'est présenté pour reconnaître les cadavres, et que son rapport se compose uniquement de la déclaration du caporal et des voltigeurs présents. » C'est par ce rapport que l'on apprend que Pascal ANTONA est le meurtrier de Félix MARIANI, meurtre que l'on avait attribué un peu rapidement à Fiacconu, mais pour lequel la victime n'avait pas voulu délivrer le nom de son agresseur à la Gendarmerie. On ne peut toutefois affirmer que Fiacconu y était entièrement étranger, car les liens entre eux sont très étroits. Le rapport attribue par ailleurs à Sébastien le rôle de guide de Pascal ; il est très probable que c'est l'inverse en raison de l'ancienneté et des antécédents de Sébastien et du jeune âge de Pascal. Les différents rapports sur cette deuxième embuscade ne précisent pas qui avait fourni les renseignements aux voltigeurs corses ni si Pascal et Sébastien ANTONA faisaient partie du contrat convenu entre les MILIANI et les autorités. En tous cas les quatre bandits ANTONA et leur compagnon Muzzolu avaient été détruits, si ce n'est que le camp des FRANCESCHI avait eu à déplorer deux victimes supplémentaires, et les MILIANI eurent droit à la récompense que les autorités leur avaient promise. Il est certain, si une prime avait également été convenue par les FRANCESCHI comme cela a été dit, que celle-ci n'a été ni réclamée ni versée. Il est vraisemblable que les victimes de la deuxième embuscade avaient été informées des événements qui s'étaient produits à Frasseto et avaient décidé de s'y rendre pour régler leurs comptes avec leurs ennemis et plus particulièrement avec ceux qui les avaient trahis. Mais il est aussi probable que cette réaction avait été prévue par les forces de l'ordre et qu'il suffisait de les attendre au passage pour en finir avec eux. Les FRANCESCHI pleurent leurs deux morts, mais le
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village, le canton et les autorités du pays sont soulagés d'être débarrassés d'une redoutable bande de malfaiteurs. Pas tout le monde en réalité, car du coté des ANTONA, les cinq morts ont tout de même de nombreux parents qui admettent mal leur destruction, même s'ils étaient des bandits et avaient commis des exactions. Le clan des ANTONA apprend rapidement la traîtrise des MILIANI, de Charles LANFRANCHI dit Luciafoco et de Jean MURZI dit Gallone. L’effervescence Rapidement, une autre version des événements du Carponu commence à circuler, selon laquelle, au moment de l'arrivée des gendarmes LUCCIONI et LUCIANI et des habitants de Frasseto qui les accompagnaient, Fiacconu et Grisgiu étaient déjà morts et Muzzolu blessé et que ceux qui en étaient responsables étaient Joseph MILIANI, Charles LANFRANCHI et Jean MURZI. Ces derniers auraient eux-mêmes facilité leur tâche par l'adjonction de drogue dans la boisson qu'ils avaient apportée aux bandits. On a dit que Muzzolu avait trouvé que la poignée de main de Joseph MILIANI n'était pas nette lorsqu'il a salué les bandits en leur apportant leur nourriture et qu’il n'avait bu qu'une petite quantité de la boisson ou même pas du tout. Cela semble peu probable, car alors il ne serait pas resté inactif et on ne l’aurait pas non plus laissé en vie. MILIANI et ses compères n'eurent aucune difficulté pour mettre les trois hommes hors d'état de nuire, mais peut-être ne s'assurèrent-ils pas comme il aurait fallu de la mort de Muzzolu qu'ils n'avaient blessé qu'à la jambe, qu'ils considéraient à tort comme le moins dangereux et qui ne faisait peut-être pas partie de leur contrat. Ils seraient rentrés au village où ils auraient rendu compte du résultat de leur mission aux gendarmes qui pouvaient alors réunir leur groupe et se diriger vers le Carponu pour réaliser la version officielle de la destruction. C'est là que la surprise les attendait, car après avoir constaté que Fiacconu et Grisgiu étaient sans vie, ils cherchèrent Muzzolu, mais lorsqu'ils le trouvèrent, ils reçurent deux décharges de pistolet qui abattirent Antoine Mathieu FRANCESCHI et Jean Baptiste MARIANI. Ne sachant quel était l'état exact des blessures de Muzzolu le gendarme LUCCIONI écrivit au lieutenant de Santa Maria Siché de lui envoyer
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du renfort qui arrivé sur les lieux permit de venir à bout de Muzzolu. Il est probable que cette nouvelle version des événements est plus proche de la vérité. Trop de monde a participé à l'action ou en a été informé pour que, dans un petit village comme Frasseto, la réalité des faits puisse être cachée très longtemps surtout après la mauvaise tournure de l’expédition ; et puis la version officielle ne servait qu'à donner bonne conscience aux autorités et à permettre de récompenser les gendarmes et les MILIANI. Et ces derniers, qui avaient laissé Muzzolu en vie, étaient la cause de deux nouvelles victimes dans le camp des FRANCESCHI ; alors fallait-il vraiment les ménager, d'autant plus que dans cette inimitié, on ne les avait pas comptés jusque là au nombre des amis. Parmi les parents des cinq ANTONA qui viennent d'être tués, certains crient déjà vengeance, une vengeance qui vise principalement ceux qui ont trahi, c'est à dire les MILIANI et leurs deux complices, mais aussi les gendarmes LUCCIONI et LUCIANI qui ont orchestré toute l'affaire. Pendant ce temps, dans le hameau de Coti l'agitation est grande du coté des ANTONA, et le brigadier de Gendarmerie, privé des gendarmes LUCCIONI et LUCIANI que le lieutenant a préféré garder à Ajaccio, est très inquiet à la suite de troubles qui se sont déjà produits et de ceux qu'il redoute dans les tous prochains jours. Il en fait part dès le 18 octobre au capitaine Commandant la 2ème Compagnie qui lui-même alerte sans tarder le Préfet : « Monsieur le Préfet, J'ai l'honneur de vous informer que le brigadier de Coti rend compte le 16 du courant qu'une bande d'habitants de Frasseto, composée des nommés ANTONA Paul, ANTONA Xavier, ANTONA Pierre Antoine, ANTONA Antonetto, et ANTONA Pascal, dit Biondo ont formé une embuscade près d'un moulin appartenant au Sieur MURZI Jean où il se trouvait avec les nommés MURZI Padivantonio, MARIANI Antoine Marie, MARIANI Antoine Nicolas, et SANVITI Pierre Paul, également de la commune de Frasseto, habitant en ce moment à Coti. Les assaillants envoyèrent une femme de leur connaissance au moulin pour engager leurs ennemis à sortir, sous prétexte que quelqu'un avait à leur parler. Ces derniers s'aperçurent à temps heureusement du guet-apens qu'on méditait sur
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eux, ils reconnurent même leurs ennemis, et se postèrent pour repousser l'attaque. Voyant leur coup manqué, les assaillants se réunirent et quittèrent l'endroit après une courte délibération, en faisant à leurs ennemis des menaces de mort, et des menaces de brûler le moulin si on le réparait. » Parmi les assaillants nous relevons les noms de Paul et Xavier ANTONA, frères de Muzzolu, et de Pascal ANTONA dit Biondo, cousin germain de son homonyme. On voit que l'opération organisée par les ANTONA vise Jean MURZI, complice de MILIANI au Carponu, qui se trouve en compagnie de parents et d'amis dont Pierre Paul SANVITI, un de ceux de la rébellion qui avait été blessé par les bandits ANTONA en 1834. Poursuivons la lettre du capitaine au Préfet : «Le brigadier ajoute que les malfaiteurs, marchant en bande, ont répandu les plus vives inquiétudes dans la contrée et que les habitants de Coti ne peuvent ni vaquer à leurs affaires, ni même faire moudre leur blé. Par suite de la destruction des trois bandits ANTONA, les gendarmes LUCCIONI et LUCCIANI qui en sont les auteurs, ne peuvent pas rentrer à Coti, sans de graves dangers pour leur vie ; je les garde ici en attendant des ordres supérieurs pour leur assigner une autre résidence. La brigade est donc réduite à trois hommes qui ne peuvent rien faire dans ce pays là. Je croirais nécessaire, indispensable même d'envoyer sur les lieux le plus promptement possible, un poste de 20 hommes au moins de voltigeurs corses ou de troupe de ligne ; je croirais nécessaire également d'envoyer 20 hommes aussi à Frasseto pour contenir la population en même temps sur les deux points principaux de la commune. Il serait nécessaire encore de provoquer des mandats de justice contre les cinq ANTONA qui ont fait des menaces de mort aux habitants de Coti ; il faudrait enfin prévenir les crimes qui sont à craindre. Si malheureusement un coup de fusil était tiré avant des mesures promptes et énergiques pour prévenir le crime, de grands malheurs sont à craindre dans la commune de Frasseto. » Le Préfet rend compte dès le lendemain de ces événements au Ministre de l'Intérieur avec la copie des rapports qu'il a reçus du Commandant de la 2ème Compagnie.
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Le Préfet s'adresse aussi le 23 octobre 1846 au lieutenant général Commandant la 17ème division militaire pour répercuter la demande de renforts du Capitaine CHEYNIER, mais en réduisant le besoin à 15 voltigeurs : «Vous avez sans doute appris comme moi les deux événements qui ont eu lieu sur le territoire de Frasseto les 11 et 14 de ce mois. Sept individus dont quatre sont sous le coup de poursuites criminelles ont été tués ; et c'est pour venger la mort de ces derniers que plusieurs habitants de la même commune, parents des bandits, s'étaient placés d'après ce qu'en dit M le capitaine de Gendarmerie CHEYNIER, en embuscade le 16 dans le but d'atteindre quelqu'un de ceux qui s'étaient trouvés à l'affaire du 11. Heureusement la rencontre n'a pas eu d'effet mais il faut s'attendre à de grandes catastrophes si une force armée importante n'est pas constamment sur les lieux pour la prévenir. En me faisant part de cet état de choses M le capitaine CHEYNIER termine ainsi sa lettre : «Le brigadier ajoute. (texte de la lettre ci-dessus du Capitaine)... » Je reconnais, M le Lieutenant Général, comme le Capitaine CHEYNIER, l'imminence du danger, et j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien donner des ordres pour qu'un détachement de 15 voltigeurs corses soit placé à Coti. Le détachement de Coti s'entendrait alors avec celui de Bisinao, et les 25 hommes qui les composeraient pourraient efficacement surveiller toute cette portion du territoire des communes de Quasquara, Frasseto et Campo, qui borde la partie sud-est du golfe d'Ajaccio où se trouve et où vit la presque totalité des habitants de Frasseto. Il serait très utile d'avoir à Frasseto même un détachement de force publique, mais il faudrait dégarnir d'autres points importants et je n'ai pas cru devoir vous le demander. Quant à la troupe de ligne son concours serait peu efficace. Soyez assez bon, M le Lt Gal, pour me faire connaître la détermination que vous avez prise par suite de cette lettre. » Nous sommes au 23 octobre lorsque le Préfet écrit cette lettre et l'agitation a commencé il y a une semaine. Les deux clans sont sur le pied de guerre et si des mesures de renforcement des forces de l'ordre doivent être décidées, il semble qu'il n'y a pas de temps à
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perdre, car de plus le Préfet se trouve à Ajaccio et le Lieutenant Général à Bastia. Mais sans doute des dispositions sérieuses ont-elles été prises sur le plan local, car on apprend par le compte rendu mensuel de la Gendarmerie pour le mois d'octobre 1846, rédigé au tout début novembre, que «les parents des ANTONA ont fait de vives démonstrations de vengeance contre leurs ennemis, toutefois nous n'avons pas de nouveau malheur à déplorer de leur part depuis l'époque précitée. » Enfin, le Préfet adresse le 24 octobre une lettre au Procureur du Roi d'Ajaccio pour lui faire part de la correspondance qu'il a adressée au Commandant de la 17ème Division militaire et lui demander d'examiner la proposition du Capitaine CHEYNIER concernant les ANTONA qui avaient tendu l'embuscade au moulin de MURZI, en clair de lancer des mandats de justice contre eux. Il ne semble pas qu'une suite ait été donnée à cette affaire. Mais maintenant l'effervescence s’atténue à Frasseto et au hameau de Coti et nous allons pouvoir revenir à la rencontre du Carponu pour essayer d'y voir plus clair dans le déroulement des événements. Nous avons vu que la version probable des faits est que les gendarmes LUCCIONI et LUCIANI ne sont pas les responsables de la destruction de Fiacconu et de Grisgiu, mais qu'ils s'en sont attribué la gloire. Ils ont eu par contre le mérite d'organiser toute l'opération, ce qui, espèrent-ils, va être favorable à leur avancement et à leur renommée, et dans l'immédiat, va favoriser leur admission dans l'ordre de la Légion d'Honneur. Cette promotion est en effet en préparation et sur la foi des rapports de Gendarmerie, le Lieutenant général Commandant la 17ème Division militaire fait établir au profit de ces deux gendarmes des mémoires et soumet au Ministre de la guerre des propositions de nomination dans cet ordre. Le dossier est instruit selon la routine par le Bureau de la Gendarmerie rattaché au Ministre. Pendant ce temps, la deuxième version s'est largement répandue et le sieur Jean Félix BIANCHI, dont les liens avec Fiacconu sont connus, intervient à son tour. Pour être mieux entendu ou parce qu'il se défie de la justice locale, il adresse directement au Garde des Sceaux un mémoire dans lequel il expose sa version des faits qu'il oppose à la thèse officielle. Le dossier est transmis au
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Procureur général à Bastia qui ouvre alors une information. On aurait pu penser qu'il allait suivre la voie tracée par les autres autorités du département, à savoir le Préfet et le Procureur du Roi, qui avaient, l'un financé l'opération, l'autre déchiré le procès verbal de rébellion. Non, l'information se solde par plusieurs inculpations : la première pour rébellion à main armée, la deuxième pour destruction des bandits ANTONA, la troisième pour assassinat et enfin la dernière pour faux commis par des gendarmes dans l'exercice de leurs fonctions. Ces développements sont portés à la connaissance du Bureau de la Gendarmerie auprès du Ministre qui aussitôt enterre le dossier des propositions de nomination dans l'ordre de la Légion d'Honneur pour les deux gendarmes LUCCIONI et LUCIANI qui viennent justement de parvenir, justifiées par la destruction des bandits ANTONA. Les récompenses Mais l'affaire porte aussi atteinte à la réputation des gendarmes d'origine corse exerçant dans leur pays. On lit en effet dans une note relative aux voltigeurs corses établie par le Bureau de la Gendarmerie à la demande du Ministre, mais non datée, que les gendarmes corses ont tendance à «s'attribuer une action d'éclat qui ne leur appartient pas..... On peut citer à l'appui de cette assertion l'affaire de l'assassinat des bandits ANTONA pour laquelle les gendarmes LUCCIONI et LUCIANI ont été réformés et traduits en Cour d'assises. »88 La sanction de la réforme montre que la Direction de la Gendarmerie avait adopté la version présentée par BIANCHI. On en a eu une confirmation lorsqu'il s'est agi d'instruire une proposition d'admission dans l'ordre de la Légion d'Honneur en faveur du caporal des voltigeurs ORAZI qui avait détruit Pascal et Sébastien ANTONA le 14 octobre. ORAZI avait déjà été proposé pour cette distinction pour des exploits antérieurs, mais le Ministre n'avait alors concédé qu'une gratification. C'est le 9 novembre 1846, c'est à dire moins d'un mois après les faits, que le Lieutenant Général Commandant la 17ème Division militaire adresse sa proposition au Ministre accompagnée d'un mémoire dans lequel on lit88 :
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«...C'est encore lui, qui le 14 octobre dernier a délivré le pays des fameux bandits ANTONA Pascal et Sébastien de Frasseto. Ces malfaiteurs avaient été aperçus le 13 octobre dernier sur le territoire de Bisinao. ORAZI qui commandait le détachement stationné dans cette localité et qui était depuis quelque temps à leur poursuite, s'empressa de se mettre sur leurs traces et après 24 heures de marche pénible, il est parvenu à les rejoindre. Sommés de se rendre, les ANTONA ont répondu par une décharge de quatre coups de fusil, qui heureusement n'ont blessé personne. ORAZI et les voltigeurs sous ses ordres ont riposté et les bandits sont tombés sous leurs coups. Leur destruction est un véritable bienfait pour plusieurs cantons et notamment pour la ville d'Ajaccio dont les habitants n'osaient plus sortir. Les deux criminels étaient armés de fusils doubles» Le bureau de la Gendarmerie prend des assurances avant de soumettre, le 25 mars 1847, son rapport au Ministre. Ce rapport, après avoir rappelé les deux rencontres au cours desquelles cinq bandits ANTONA ont été détruits, poursuit : «En ce qui concerne la première de ces deux rencontres, il a été reconnu que loin de devoir motiver des récompenses, elle était de nature à attirer sur les gendarmes qui y ont figuré, la juste sévérité du Ministre, et il a été immédiatement statué en conséquence. Cette solution commandait au bureau de la Gendarmerie de n'accueillir qu'avec une extrême circonspection et après mûr examen les propositions auxquelles pouvait donner lieu la 2ème rencontre, celle du 14 octobre par les voltigeurs corses et dans laquelle deux bandits seulement ont été tués. Les témoignages ultérieurs ont confirmé les premiers renseignements et il en est résulté la certitude qu'il y avait lieu, cette fois, d'appeler à juste titre la bienveillance du Ministre sur le caporal ORAZI (Jean Toussaint) qui commandait le détachement de voltigeurs dans la rencontre dont il s'agit. » Le rapport suggère ensuite que le caporal ORAZI soit compris dans le travail du 1er mai, à l'occasion de la fête du Roi. Le Ministre donne son accord par une annotation de sa main. Il y avait d'autres éléments qui plaidaient pour la deuxième
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version des événements : il s'agit principalement de la direction des blessures constatées sur les cadavres et de l'invraisemblance du récit fait par les gendarmes. C'est là, semble-t-il, que l'accusation a dû trouver les preuves des faits exposés dans le mémoire adressé par BIANCHI au Garde des Sceaux. On peut ajouter enfin les témoignages aux assises d'Antoine Dominique ANTONA, dit Voltigeur, et Pascal ANTONA, dit Biondo, qui «déclarent qu'étant arrivés sur les lieux de l'événement vers les trois heures de la matinée, ils ont trouvé Muzzolu blessé, qu'ils l'ont aidé à se traîner à une certaine distance dans l'Intérieur des makis. Ils ajoutent que Muzzolu leur a raconté avoir été assassiné ainsi que les bandits Fiacconu et Grisgiu, par Joseph MILIANI, Charles LANFRANCHI et Jean MURZI, et que les gendarmes ne sont arrivés qu'après. » Cependant ces deux témoignages paraissent aussi invraisemblables que ceux des gendarmes. Car tout d'abord, qu'allaient-ils faire à trois heures du matin auprès des bandits puisque ceux-ci étaient ravitaillés par MILIANI et ses deux complices dont la fidélité avait été consolidée par leur rébellion lors de la tentative d'arrestation de Muzzolu et n'était pas remise en cause ? Et pourquoi n'ont-ils pas porté un réel secours à Muzzolu qu'ils pouvaient peutêtre encore sauver ? Et pourquoi n'ont-ils pas aussitôt alerté les familles des ANTONA qui étaient présentes à Frasseto ? Et pourquoi, étant les guides des bandits et donc très proches d'eux, ne sont-ils pas embusqués eux-mêmes pour accueillir les forces de l'ordre et leurs accompagnateurs ? Et si Muzzolu leur a dit que les gendarmes ne sont arrivés qu’après, pourquoi ne font-ils pas mention des deux morts du parti FRANCESCHI qui ont eu lieu justement à l’arrivée des gendarmes ? Et s'ils avaient réellement été mis au courant de la traîtrise de MILIANI, pourquoi n'ont-ils pas aussitôt tenté de venger les bandits ? On peut aussi se demander si le chroniqueur de la Gazette des Tribunaux n’a pas donné une interprétation erronée des témoignages des guides. Mais n’est-il tout de même pas probable que les récits des guides a été manigancé par BIANCHI pour donner encore plus de force à son mémoire ? Après ce grave incident, la fin de l'année se passe sans
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troubles bien que la justice poursuive l'information lancée par le Procureur général. Après les trois morts de janvier, puis les sept d'octobre et la grande agitation qui a suivi, le village a du mal à oublier les terribles événements et à retrouver la sérénité. Le desservant de la paroisse Antoine Dominique NUNZI est particulièrement affecté ; il témoigne de ses sentiments à l'aide de la page de garde du registre paroissial des baptêmes sur laquelle il représente un oiseau à deux tètes, aux becs crochus sous lesquels on peut lire : A gauche et à droite «Quel che nascera in Frasseto «Langue il giusto, Non sera d'animo quieto» Langue il pio, Fra il barbaro ed il rio.» (Celui qui naîtra à Frasseto (Le juste attend en vain, N'aura jamais l'esprit en paix.) Le pieux attend en vain, entre le barbare et le pervers) Dans le registre des sépultures, il avait inscrit dans le même acte celles de Jean Baptiste MARIANI et d'Antoine Mathieu FRANCESCHI victimes «d'une mort instantanée et violente par la main d'autrui» et ensevelis dans le jardin de feu Paul FRANCESCHI. Aucune mention ne figure par contre pour les trois bandits ANTONA morts le même jour. Du coté du maire, Dominique SUSINI, et du conseil municipal les activités sont également perturbées. Le maire le manifeste au Préfet dans une lettre qu'il lui adresse le 27 octobre pour lui demander d'homologuer des délibérations du conseil de fabrique «qui n'ont pu être envoyées plus tôt, attendu les désastres arrivés dernièrement dans la commune. » Les événements de 1846 vont-ils laisser des traces durables comme le craint le desservant et s'inscrire dans la mémoire collective de ce village ? Etait-ce l'effet de l'engagement souscrit par les habitants dans le traité de paix qui a suivi, toujours est-il qu'une consigne de silence semble avoir été donnée et respectée sur ce sujet qui était peu abordé en effet au cours des veillées particulièrement dans les familles qui avaient été concernées. De nombreux villageois sont plus qu'étonnés d'apprendre qu'un de leurs bisaïeuls ou trisaïeuls a été une des victimes de l'inimitié.
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La recherche de la paix Du coté du Préfet de la Corse, M FRESNAU, on avait pensé qu'après la mort des cinq bandits ANTONA, le moment était propice pour établir une paix juste et durable entre les deux clans ennemis Il avait pris ou fait prendre dans ce but des contacts à la fin 1846. Le Préfet avait déjà réussi à faire signer des traités de paix entre des familles ennemies dans d'autres villages du département. Le 9 janvier 1847, Jean Baptiste FRANCESCHI (Ribugliu) et ses alliés lui adressent une lettre89 : «L'inimitié qui existe depuis 1831 jusqu'à ce jour entre les deux partis ANTONA et FRANCESCHI a commencé par l'enlèvement forcé en récidive de la dame Françoise FRANCESCHI par ANTONA Joseph dit Fiacconu, ANTONA Sébastien et autres ANTONA qui, n'ayant pu satisfaire leurs vœux, savoir de posséder la dame FRANCESCHI qui s'évada d'entre les mains des ANTONA, commencèrent par exercer toutes sortes de méfaits de meurtres, d'incendies, de vol contre le parti FRANCESCHI... Nous nous bornerons à vous compter les victimes faites par le parti ANTONA sur les personnes FRANCESCHI, savoir : 1) MARIANI Antoine Mort 2) FRANCESCHI Noël Mort 3)SANVITI Antoine Mort 4) SANVITI Pierre Paul Blessé 5) FRANCESCHI Joseph Blessé dans sa vigne 6) FRANCESCHI Pascal Blessé 7) FRANCESCHI François Mort, père de FRANCESCHI Pascal 8) FRANCESCHI Jean Baptiste Mort 9) BENEDETTI Joseph Marie Mort, mari de la dame FRANCESCHI 10) FRANCESCHI Jean Baptiste Mort 11) FRANCESCHI Jean Noël Mort 12) FRANCESCHI Nicolas Mort, fils de Jean Noël 13)FRANCESCHI Mathieu Mort 14) MARIANI Jean Baptiste Mort
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15) MARIANI Félix Mort Le chiffre des morts doit faire voir aux autorités la barbarie ANTONA, qui non contents de les massacrer, s'amusaient à écorcher les oreilles et ouvrir la bouche et leur mettre dedans des racines d'herbes, signe de destruction de la race FRANCESCHI. » Suivent différentes signatures des membres du parti des FRANCESCHI. On peut ajouter à cette liste le gendarme MERIGO tué lors d'une embuscade tendue aux bandits ANTONA, ce qui conduit à un total de 13 morts et 3 blessés du coté des FRANCESCHI ou des forces de l'ordre à mettre à l'actif des ANTONA. Quand on rajoute, du coté des ANTONA, Dominique CANAVAGGIO et les cinq ANTONA morts en novembre 1846, on arrive au total impressionnant de 19 morts dans un village dont la population compte un peu plus d'une centaine d'hommes adultes. Faut-il aussi y rajouter Jacques MARIANI tué par son jeune cousin, Marie Antoinette MARIANI et Pancrace ANTONA, Dominique et Antoine PERALDI père et fils ? Cela conduirait à un total de 24 pour la période 1832-1846. La grande majorité de la population espère que la paix sera signée prochainement et qu'aucune nouvelle victime ne viendra accroître le décompte des morts de cette terrible inimitié. On apprend alors que le 20 janvier 1847, à la suite de l'information ouverte par le Procureur général de Bastia, le détachement de Coti a arrêté Joseph MILIANI, son fils Pascal, Charles LANFRANCHI et Jean MURZI tous laboureurs de Frasseto, sous mandat d'amener comme prévenus de rébellion. Tous les quatre sont conduits dans les prisons d'Ajaccio et partiront pour Bastia le 28 mars 1847 où ils arriveront le lendemain pour leur procès. On peut noter dans le communiqué de la Gendarmerie que l’arrestation a été opérée «conjointement avec la Gendarmerie y stationnée» ce qui laisse supposer que le renfort demandé avait été fourni à la brigade de Coti et que le fait qu'il soit toujours en place peut faire penser que le calme n'est peut-être pas entièrement revenu dans le hameau. On observe aussi que Jacques MARIANI et Pierre Paul SANVITI, proches des FRANCESCHI, qui ont participé à la
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rébellion mais pas à l'expédition du Carponu, sont laissés en liberté. Ils rejoindront cependant la prison de Bastia à l’ouverture du procès. En ce début d'année 1847, le Préfet avait nommé le 1er février, maire de Frasseto, Jean Baptiste STEFANI, propriétaire, puis le 23 février, adjoint, Joseph LEONARDI, également propriétaire. Le nouveau maire est jeune : il n'a que 27 ans. Il est par sa mère Angèle Marie MARIANI le neveu germain d'un personnage qui est déjà connu, Jean François MARIANI, dit Macconu. Les relations se sont cependant quelque peu détériorées entre Jean François et ses deux sœurs Angèle Marie et Marie Antoinette - toutes deux veuves - en raison de difficultés survenues lors du partage de l'héritage de leur père, le notaire François Marie MARIANI. Les biens litigieux étaient indivis avec l'oncle Xavier Antoine, frère du père, qui avait établi avant son décès un testament en faveur de Jean François. Xavier Antoine avait en effet rédigé cet acte le 5 octobre 1826 à Frasseto sur un papier timbré à 70 centimes ; il avait prévu des dispositions pour le repos de son âme puis avait institué son neveu Jean François son héritier. Ce dernier était allé le déposer à Ajaccio le 10 octobre 1828, après le décès de son oncle qui avait eu lieu le 29 août précédent, et avait revêtu sa déclaration d'une signature en bâtonnets qui montrait qu'il n'avait pas reçu ou qu'il n'avait pas été en mesure de recevoir l'instruction qui convenait au fils du notaire du village. Ce testament dont il allait avoir besoin près de vingt ans plus tard avait bien fait l'objet d'un dépôt dans les règles. Cependant, les deux sœurs, qui ignorent sans doute l'existence du testament ou doutent de son authenticité, citent Jean François devant le Tribunal de 1ère instance d'Ajaccio, lequel, lors d'une première audience le 8 avril 1840, remet l'affaire et demande qu'on lui apporte le testament de Xavier Antoine établi le 5 octobre 1826. Lors d'une audience ultérieure, le 29 décembre 1842 (deux ans et demi plus tard), le juge ordonne que le testament soit vérifié. C'est enfin le 12 février 1846 (trois ans plus tard) qu'il déclare que le testament est bon et que Jean François prendra la moitié de tous les biens indivis entre les deux frères François Marie et Xavier Antoine. Il reste donc la part du père à partager entre les trois héritiers ; Jean François qui a obtenu satisfaction sur la validité du testament de son oncle fait valoir que ses sœurs ont été dotées et qu'il convient de
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rajouter à la masse à partager les valeurs des dots, puis les inclure dans les parts qui reviennent à ses sœurs ; qu'il y a la dot qu'il a eue de sa première épouse qui a été remise à son père qui se trouve maintenant dans la masse à partager et qu'il faut l'en distraire car elle appartient aux descendants qu'il a eus de sa première femme ; qu'il faut enfin tenir compte des améliorations qu'il a apportées aux biens à partager au cours de sa gestion. Le juge ordonne qu'un serment serait prononcé devant le Juge de paix de Santa Maria Siché sur ce dernier point et qu'une expertise serait faite des améliorations qui auraient été faites par Jean François aux biens à partager. Puis survient le décès des deux sœurs et l'affaire marque le pas. Le litige sera en fait très long à régler : il faudra attendre le 1er juillet 1921 - soit près d'un siècle après les décès du notaire et de son frère Xavier Antoine de qui provenaient les biens à partager - pour qu'un acte sous seing privé entre Marie Livie fille de Macconu et les descendants de Jean Baptiste STEFANI mette un point final à la querelle. *** Jean Baptiste STEFANI, le nouveau maire, a d'autres soucis en 1847 que l'héritage du notaire. Il va jouer un rôle important dans les négociations qui vont s'ouvrir pour tenter d'établir la paix dans la commune ; le Préfet a en effet chargé trois intermédiaires de missions d'approche et de conciliation ; il s'agit du Lieutenant de Gendarmerie PIETRIN de la brigade de Santa Maria Siché, de l'instituteur, Paul LEONARDI, âgé de 33 ans, qui vient de se marier avec Marie Jeanne FORCIOLI d'Ajaccio et enfin de Jean Baptiste STEFANI. Aucun des trois n'a été récusé par l'un ou l'autre des partis et on peut admettre leur neutralité, même si un gendarme de la brigade de Santa Maria Siché a été la victime des ANTONA ou si Paul LEONARDI est aussi le secrétaire de mairie dont on a déjà parlé à propos du faux acte d'état civil et s’il a quelques raisons d’en vouloir à BIANCHI ou enfin si Jean Baptiste STEFANI est le cousin germain par alliance de Dominique CANAVAGGIO assassiné 15 mois plus tôt par les FRANCESCHI. Jean Baptiste STEFANI et Paul LEONARDI sont jeunes et vont se dépenser sans compter pour ramener la paix dans leur village ; ils vont multiplier les contacts et les négociations avec les deux partis, ainsi que les voyages entre le village et la plage qui sont
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les deux sites sur lesquels se trouve la population de la commune. Au cours de cette même période, le 22 janvier 1847, le tribunal correctionnel d'Ajaccio condamne Antoine ANTONA, dit Scalonu, à six mois de prison plus les frais de 105,10 francs pour avoir tué dans son enclos des animaux appartenant à Joseph POGGI de Quasquara. Scalonu avait été arrêté, on l'a vu, en juillet 1846 pour avoir servi de guide aux bandits ANTONA, mais relâché après leur destruction. Cet homme dont deux frères, bandits, ont été tués en octobre 1846 était un des interlocuteurs du parti ANTONA dans les négociations de paix qui se feront maintenant sans lui. De plus les rapports de Gendarmerie signalent que des méfaits sont commis dans la commune, ce qui provoque quelque irritation du coté des ANTONA. Dans la nuit du 2 au 3 février 1847 c'est une cabane contenant une certaine quantité de paille, appartenant au Sieur Joseph SUSINI, propriétaire à Cardo qui est incendiée (auteur inconnu). Puis le 8 mars, le nommé Xavier ANTONA, âgé de 48 ans, laboureur à Frasseto, déclare à la brigade de Coti que dans la nuit du 27 au 28, on lui a volé 10 décalitres d'orge dans une cabane, située au lieu dit Terrenela, à peu de distance de Frasseto. (auteur inconnu). Enfin le 18 avril, la brigade de Coti prend la déclaration du Sieur Dominique BIANCHI, laboureur de la commune de Campo, selon laquelle, dans la nuit du 15 au 16 courant, on lui avait tué au moyen de coups d'arme à feu, un bœuf et une vache, dans un enclos près du hameau de Castagna (auteur inconnu). Les auteurs des trois derniers méfaits n’ont pas été identifiés, mais on constate que les ANTONA eux-mêmes ou leurs parents et alliés en sont les victimes. L'ensemble de ces quatre événements mérite quelques commentaires. Tout d'abord cette plainte contre Antoine ANTONA dit Scalonu qu'on ne se serait pas permis de déposer antérieurement lorsque les bandits ANTONA, frères ou parents de Scalonu, faisaient la loi dans la région. Puis l'incendie de la baraque de Joseph SUSINI qui est le cousin germain de Fiacconu ; sa mère, Blanche Marie ANTONA, est la sœur de Pierre le père de Fiacconu. Mais pourquoi s'en être pris à Joseph SUSINI qui est aussi apparenté aux FRANCESCHI puisque
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sa sœur Marie Lucie avait épousé César, frère du docteur Jean Marie LANFRANCHI et de l'épouse de Ribugliu ; il est vrai qu'entre temps, César est mort et Marie Lucie s'est remariée à Ampazza avec Sanvitus PIAZZA d'OLMO. Peut-être faut-il remonter à la journée sanglante du Carponu pour trouver l'explication : on a vu qu'après la mort de deux des leurs les FRANCESCHI avaient pris les armes et suscité une grande effervescence dans le village et que la Gendarmerie avait eu le plus grand mal à ramener le calme. Selon la tradition orale, les FRANCESCHI s'étaient opposés à ce que des hommes du parti des ANTONA apparaissent au Carponu ; mais comme il fallait tout de même transporter les cadavres des bandits au village pour les besoins des constatations de justice, ce furent les femmes SUSINI qui s'en chargèrent ; cela ne fut pas facile, car il fallait traverser la rivière qui était alors en crue et les femmes durent faire un grand détour. L'incendie de la baraque de Joseph SUSINI résulte peut-être du ressentiment contre cette intervention. Il apparaît que c'est après cet incendie que Joseph SUSINI a sollicité de Jean Félix BIANCHI un prêt de 100 francs, prêt dont la veuve BIANCHI lui réclamera plus tard le remboursement auprès du tribunal de commerce d'Ajaccio qui le condamnera en mars 1849 au paiement de 110 francs, comprenant deux années d'intérêts à 5% l'an, plus les dépens de 8,50 francs. Ce prêt aurait ainsi été consenti au début mars 1847, soit un mois après l'incendie. Xavier ANTONA, à qui on a volé de l'orge est le frère de Joseph dit Muzzolu et le beau-frère de Fiacconu ; là aussi, remarquons qu'on ne serait pas permis cette rapine du temps de la puissance des ANTONA car si la Gendarmerie ignore les auteurs des délits, les victimes, elles, les connaissent ou tout au moins les soupçonnent. Enfin Dominique BIANCHI avait sans doute le tort d'être un parent de Jean Félix BIANCHI et d'exploiter des terres dont la propriété était contestée. On peut tout de même se demander s'il ne faut pas chercher dans les trois derniers méfaits cités une action des FRANCESCHI qui, après avoir été longtemps les victimes, voudraient prendre en quelque sorte une revanche et faire comprendre que les temps ont changé.
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Joseph MILIANI et consorts aux assises Et pendant ce temps, les pourparlers de paix qui ont été engagés se poursuivent ; s'ils ne sont pas trop troublés par les incidents que l'on vient de citer, ils sont certainement influencés, sinon mis en veilleuse, par le procès qui se déroule à la Cour d'assises de Bastia devant laquelle comparaissent huit inculpés et dont on attend avec angoisse le verdict. Rappelons les raisons de ce procès : à la suite de la dénonciation de BIANCHI, le procureur général avait ouvert une information qui s'était traduite par des inculpations de rébellion à main armée, destruction des bandits ANTONA, assassinat et enfin faux commis par des gendarmes dans l'exercice de leurs fonctions. Joseph MILIANI et son fils Pascal, Charles LANFRANCHI, Jean MURZI, Jacques MARIANI et Pierre Paul SANVITI, laboureurs, demeurant à Frasseto, sont accusés d'avoir, dans la journée du 22 août 1846, au hameau de Coti, commis une rébellion à main armée contre les agents de la force publique qui agissaient pour l'exécution d'un mandat de justice à l'encontre de Joseph ANTONA dit Muzzolu; Joseph MILIANI, Charles LANFRANCHI et Jean MURZI sont en outre accusés d'avoir, dans la nuit du 13 octobre de la même année donné la mort avec préméditation, au moyen de coups de fusil, aux bandits Joseph Antoine ANTONA dit Fiacconu et Nicolas ANTONA dit Grisgiu. François Antoine LUCCIONI et Jacques Philippe LUCIANI, gendarmes à la résidence de Coti, sont accusés d'avoir commis un crime de faux en constatant faussement qu'ils étaient les auteurs de la destruction de ces deux bandits. Peut-être faut-il rappeler que le Procureur du Roi d'Ajaccio avait fait déchirer, ainsi qu'il l'avait promis, le procès-verbal de la rébellion, après la destruction des bandits ; le Préfet de la Corse de son coté avait couvert l'opération et accordé une récompense à ceux qui l'avaient organisée. Le fait que le Procureur général n'ait tenu aucun compte de ces éléments, dont il est parfaitement informé, laisse une impression déplorable sur la mésentente en Corse des plus hautes autorités et la façon dont est dirigé le département.
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Le procès a fait l'objet des audiences des 5, 6, 7 et 8 juillet 1847 de la Cour d'assises de la Corse devant une salle comble dans laquelle se trouvent des parents et amis des accusés. Les débats ont été rapportés par la Gazette des Tribunaux du 18 juillet de la même année. L'avocat général SIGAUDY occupe le siège du ministère public et cinq avocats défendent les accusés. La Gazette des Tribunaux qui rend compte du procès fait préalablement un historique des événements qui se sont produits depuis 1831 et qui sont également relatés ci-dessus ; mais cependant on peut noter plusieurs inexactitudes ou insuffisances dans cet historique, ce qui laisse un doute sur la rigueur ou même l'objectivité du chroniqueur. Pour ne donner qu'un exemple qu’on a déjà mentionné, on retiendra que le chroniqueur déclare que Cicchetta a été sauvagement tuée par Fiacconu en même temps que son beaufrère Antoine MARIANI première victime de l'inimitié. Comme on le sait, cette affirmation, à laquelle on a pu se fier, est tout à fait erronée. Mais passons à l'audition des témoins. Le caporal des voltigeurs corses PIETRI rappelle les circonstances de la rébellion et à une question de la défense, confirme que les frères des accusés SANVITI et MARIANI ont été victimes des ANTONA et que l'accusé SANVITI a lui-même été blessé. Quant aux MILIANI, dit-il, «je sais que les bandits s'en méfiaient beaucoup, parce qu'on disait publiquement qu'ils avaient promis de les faire détruire. » A la question du Président sur ce qu'il pensait de cette rébellion, il répond qu'il la croit simulée dans le but de s'attirer la confiance des bandits, ce qui a réussi. D'autres agents des forces de l'ordre ayant déclaré que SANVITI et MARIANI n'avaient pris aucune part à la rébellion, le Président en déduit que la rébellion a donc été effective et sérieuse et que ce n'est que pour obtenir grâce de ce crime que les accusés auraient détruit eux-mêmes les bandits ANTONA. Le lieutenant de Gendarmerie BELANGER d'Ajaccio rend compte des démarches qu'il a effectuées en compagnie du gendarme LUCCIONI auprès du Procureur du Roi et du Préfet de la Corse, du
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versement d'une somme de 2.000 francs remise par le Préfet et du sort du procès-verbal de la rébellion qui passa du Procureur du Roi à lui-même, puis au gendarme LUCCIONI, puis à MILIANI qui le déchira. Cette déposition est confirmée par le capitaine de Gendarmerie CHENIER. L'avocat général intervient alors pour constater que c'est pour de l'argent que MILIANI, LANFRANCHI et MURZI ont assassiné leurs proches parents les bandits ANTONA et «n'ont pas craint de vendre leur sang à prix d'argent. » Un défenseur s'élève contre les reproches faits aux accusés, qu'il estime d'autant plus injustes que les autorités tant judiciaires qu'administratives qui étaient les complices de leurs prétendus crimes, ont violé sans aucune pudeur le pacte qui avait été conclu. «Ce n'est pas ainsi, s'exclame-t-il, qu'on pourra moraliser ce malheureux pays et surtout parvenir à détruire le banditisme. » Un autre défenseur intervient : «Nous disons hautement que si les accusés étaient coupables, il faudrait remonter plus haut que sur ces bancs ; mais nous ne pouvons que protester contre cette étrange accusation. Si tous les accusateurs publics avaient fait preuve du même zèle que M le Préfet et M le procureur du Roi ont mis pour purger le pays des malfaiteurs les plus redoutables qui aient jamais existé, nous n'aurions pas eu pendant plus de seize ans le triste spectacle des massacres qui ont ensanglanté tout un arrondissement aux portes mêmes du chef-lieu, et cela sans que l'autorité se soit émue d'un état de choses aussi déplorable. M le procureur général devrait se repentir de la publicité qu'il lui a plu de donner à ce procès. » Une vive discussion s'ensuit avec l'avocat général à laquelle le Président s'empresse de mettre fin. Puis viennent les témoignages, qu'on a déjà mentionnés, d'Antoine Dominique ANTONA dit voltigeur et de Pascal ANTONA dit Biondo lesquels ont affirmé avoir vu Muzzolu blessé la nuit de l'embuscade. Sur l'interpellation des défenseurs, ils déclarent que «parents des bandits, ils étaient leurs guides habituels, qu'ils avaient même souvent été obligés de recueillir les contributions de denrées dont les bandits avaient frappé les habitants de la commune. »
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Un défenseur s'indigne que la justice ne s'émeuve pas d'entendre ces deux hommes avouer à l'instruction puis à l'audience leur complicité avec les bandits, que ces hommes ne soient même pas poursuivis, tandis qu'on s'occupe avec zèle de venger la mort de trois grands criminels. «Ne serait-ce pas parce que l'accusation a besoin d'avoir ces hommes comme témoins ! » conclut-il. Mais, d'après l'avocat général, ces témoins n'en disent pas moins la vérité et il ne s'agit pas ici de savoir ce qu'on peut leur reprocher, mais de chercher s'il y a eu crime de la part de ceux qui sont sur le banc des accusés. La suite des débats a donné lieu à d'autres incidents sur lesquels le journaliste ne s'attarde pas. Après l'audition des trente témoins, la dernière audience est consacrée toute entière au réquisitoire de l'avocat général et aux plaidoiries des avocats. L'avocat général a voulu démontrer la responsabilité de tous les accusés et particulièrement celle de Joseph MILIANI et de ses deux compagnons LANFRANCHI et MURZI qui, d'après lui, n'ont pas accompli un acte de civisme en assassinant les bandits ANTONA, leurs parents au quatrième degré, mais ont simplement obéi à un sentiment de cupidité. Maître GIORDANI assurait la défense des inculpés du crime de rébellion ; l'analyse des circonstances de cette prétendue rébellion lui a permis de conclure qu'il ne s'agissait que d'un simulacre destiné à s'attirer la confiance des bandits. Il s'est élevé avec force à son tour contre ce qu'il y avait d'odieux dans ce procès et dans la violation manifeste du pacte que les autorités du pays avaient fait avec les accusés. Maître GIUMARCHI, qui plaidait pour les gendarmes LUCCIONI et LUCIANI, a soutenu la réalité des faits contenus dans le procès-verbal relatif à la destruction des bandits ANTONA. Maître CASABIANCA défendait MILIANI, LANFRANCHI et MURZI qui étaient accusés du crime d'assassinat des bandits ANTONA. Après avoir combattu l'accusation d'assassinat, il s'est attaché à faire comprendre au jury que la condamnation des accusés serait le triomphe des bandits qui ne sauraient être jamais détruits sans le concours des habitants, ainsi qu'une longue expérience le
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démontre. Maîtres CARAFFA et MONTERA ont renoncé à la parole. «Après un brillant exposé de M le Président des assises, dit le chroniqueur de la Gazette des Tribunaux, le jury entre dans la salle des délibérations. Soixante questions lui sont soumises. » Quand le jury pénètre dans la salle d'audience où règne le plus grand silence, le Président invite son chef à prononcer le verdict : à l'annonce de l'acquittement des gendarmes LUCCIONI et LUCIANI, de Jacques MARIANI et de Pierre Paul SANVITI, des applaudissements crépitent dans les bancs du public. Les quatre autres inculpés sont déclarés coupables de rébellion simple. Seul Joseph MILIANI est déclaré coupable, à la simple majorité, de s'être rendu complice du meurtre commis sur les bandits ANTONA. Le jury admet cependant qu'il existe des circonstances atténuantes en faveur des accusés reconnus coupables. La lecture de ce verdict provoque une grande agitation dans la salle. Le Président ordonne que l'on ramène les accusés sur leur banc. En entendant le verdict qui le déclare coupable du crime de complicité de meurtre, Joseph MILIANI ne maîtrise pas sa colère. C'est un homme d'une grande stature - il mesure près d'un mètre 80 et est doté, dit la Gazette des tribunaux, d'une force rare et d'une grande agilité ; il s'élance vers le milieu de la salle avant que les gendarmes aient pu revenir de leur surprise. Il se fraye un passage dans la foule compacte qui encombre la salle, mais il trouve à la porte les gendarmes et les factionnaires qui le saisissent et le ramènent sur le banc des accusés. Joseph MILIANI s'écrie en revenant à son banc : «Tuez-moi, cela vaut mieux. » Les accusés sont alors entourés d'un nombre important et dissuasif d'agents des forces de l'ordre. L'avocat général requiert deux années d'emprisonnement contre les trois accusés déclarés coupables de rébellion, et quinze ans de travaux forcés contre Joseph MILIANI. Le Président s'adresse aux défenseurs pour leur demander ce qu'ils ont à dire sur l'application de la peine. Maître GIORDANI prend la parole : «Les réquisitions de M l'avocat général excitent en nous un
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sentiment tellement pénible, que si nous n'avions pas été invités par M le Président à présenter quelques observations sur l'application de la peine, nous garderions un silence complet. Quinze ans de travaux forcés pour un homme qui, même coupable, ainsi que l'a annoncé le jury, a délivré la Corse de trois monstres exécrables ! Et l'on appelle cela la justice ! » Maître CASABIANCA défenseur de MILIANI intervient alors pour modérer l'indignation de son confrère : «Assez ! Assez ! la Cour connaît son devoir et sa mission. » Maître GIORDANI rejoint sa place. La Cour se retire alors en chambre du conseil et quelques instants plus tard, le Président prononce l'arrêt qui condamne les accusés coupables de rébellion, c'est à dire Pascal MILIANI fils de Joseph, Charles LANFRANCHI et Jean MURZI, à deux années d'emprisonnement, et Joseph MILIANI à cinq années de réclusion. Le public se retire en silence de la salle d'audience. Joseph MILIANI annonce qu'il se pourvoit en cassation, et s'il l'a fait, il ne semble pas qu'il ait obtenu des résultats favorables, car au mariage de sa fille Jéromine le 23 octobre 1849 il est mentionné «à Nîmes» et au recensement de 1851, c'est à dire à six mois de l'expiration de sa peine il est toujours absent de Frasseto. Jean Félix BIANCHI a obtenu ses condamnations, certainement moins sévères qu'il ne l'aurait souhaité, mais cela a aussi servi à allonger la liste de ses ennemis sur laquelle il peut maintenant inscrire les proches parents des condamnés qui ne vont pas oublier sa dénonciation. Le verdict a été rendu le 8 juillet 1847, et maintenant il convient de s'atteler sérieusement à l'élaboration du traité de paix. La paix Un moment d'effervescence va se produire peu de temps après le procès de MILIANI et consorts : le corps électoral de Frasseto est convoqué le 22 août 1847 pour renouveler trois conseillers municipaux dont un de la première série sortant en 1852 et deux de la deuxième série sortant en 1849. Il en est de même à Santa Maria Siché, chef-lieu du canton et pour les mêmes raisons.
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Mais par lettres en date du 23 août les maires de Frasseto et de Santa Maria Siché rendent compte au Préfet que la liste des électeurs communaux ayant été égarée, il n'a pu être procédé aux dites élections. Soupçonnant une manœuvre des maires qui sont les détenteurs des listes d'électeurs en question, le Préfet prend dès le lendemain un arrêté par lequel90 : «Considérant que les maires de Santa Maria Siché et Frasseto ont tenu une conduite très répréhensible à l'occasion des élections municipales de leurs communes et qu'ils ont par suite d'irrégularités commises à dessein de concert avec leurs adjoints municipaux, retardé la recomposition de leurs conseils municipaux, Considérant qu'il importe de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour l'exécution de la loi en ce qui concerne le renouvellement intégral des conseillers municipaux des dites communes, Arrêtons : Art 1. Les maires et adjoints de Santa Maria Siché et de Frasseto sont suspendus de leurs fonctions. Art 2. Les citoyens COTI (Antoine) conseiller municipal de Santa Maria Siché et MARIANI (Bonaventure) de Frasseto sont chargés du service provisoire des mairies de leurs communes respectives. » Voila donc Jean Baptiste STEFANI, maire de Frasseto, suspendu de ses fonctions. Par un arrêté en date du 31 août 1847, le Préfet convoque à nouveau l'assemblée des électeurs communaux de Frasseto pour le 19 septembre à l'effet d'élire les trois conseillers municipaux. Bonaventure MARIANI avait-il été consulté avant d'être chargé du service de la mairie ? Toujours est-il qu'il fait savoir que ses affaires familiales ne lui permettent pas de se charger de cette fonction et le Préfet prend un nouvel arrêté le 6 septembre 1847 par lequel il charge Jacques MARIANI, conseiller municipal, de remplir provisoirement les fonctions de maire. Jacques MARIANI, qui n'a pas de rapport avec son homonyme impliqué dans la rébellion, était le mari de Maria Antonia poignardée en 1840 dont il a été question plus haut. Dès que le verdict du procès de MILIANI et consorts a été
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connu, les négociations pour la paix ont repris, et l'épisode électoral n'a pas empêché le maire suspendu, Jean Baptiste STEFANI, de poursuivre ses consultations auprès des deux partis. Il obtient que les ANTONA fassent connaître leurs dispositions au Préfet, et ils le font dans une lettre du 17 août dans laquelle ils se disent «déterminés et disposés d'un consentement et d'une volonté unanime de faire la paix avec tous, sans en réserver aucun». Ils font cependant une réserve pour un prévenu (Joseph Antoine FRANCESCHI, fils de Ribugliu, qui est toujours réfugié dans le maquis) qu'ils voudraient voir se retirer dans un endroit où il ne puisse nuire à personne. La lettre est signée de Xavier, Paul et Antonetto tous ANTONA, mais pas d'Antoine ANTONA dit Scalonu qui a pourtant été mis en liberté le 4 juin précédent. Le lendemain, 18 août, le maire écrit au Préfet pour lui rendre compte des contacts qu'il a eus à Frasseto, comme suite à la visite qu'il lui a rendue le 8 ; il y a un changement de ton du coté des ANTONA qui pourrait résulter du retour d'Antoine Scalonu au village : «Nous aimons faire la paix, mais seulement avec les FRANCESCHI ont-ils dit au maire ; nous aimons rester au statu quo avec les Cotèse, nous leur refusons la paix. ». Les Cotèse sont les habitants de Frasseto résidant au hameau de Coti. Les FRANCESCHI de leur coté lui ont dit : «Nous aimons la paix si elle doit être sincère et générale, mais nous craignons que les ANTONA n'usent de trahison qu'ils ont usée jusqu'ici, mais s'il y a un moyen de l'avoir stable et sincère, nous n'aurons que la paix que nous avons cherchée depuis 16 ans. » Le Préfet répond le 24 à la lettre du maire du 18 ; il lui sait gré de ses efforts, mais tant qu'il ne s'agira pas des deux cotés d'une paix générale, il ne veut pas s'en mêler. Il ajoute : «Je vous prie donc de faire savoir aux ANTONA que par leur faute la paix ne sera pas conclue, s'ils persistent à faire des restrictions et à ne vouloir qu'une paix partielle. » La réponse viendra par l'instituteur Paul LEONARDI qui écrit au Préfet le 8 septembre pour lui dire qu'il a invité les ANTONA à se rendre à Ajaccio et qu'ils sont prêts à se concilier avec tout le monde sans réserve. Il demande au Préfet de les recevoir pour connaître leurs dispositions, dans la journée si possible, car ils sont
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dans les frais et voudraient repartir aussitôt. L'instituteur ajoute même que les ANTONA «aimeraient que le traité de paix ait lieu le plus tôt possible pour éviter toute rencontre fatale qui pourrait arriver. » Pour quelle raison ce revirement des ANTONA et cette urgence subite à signer la paix ? Est-ce la lettre du Préfet qui leur attribue la responsabilité en cas de nouveaux malheurs ou alors y aurait-il eu des menaces ? Mais la méfiance persiste toujours du coté des FRANCESCHI ; ils ont fait part de leurs sentiments au Lieutenant de Gendarmerie de Santa Maria Siché, et ils les font connaître directement au Préfet dans une lettre du 20 septembre signée de Joseph, Jean, Pascal et Xavier tous FRANCESCHI : «Nous faisons la paix avec tout le monde, toutefois nous observons qu'il y a quelques doutes sur la sincérité des ANTONA, particulièrement sur Antoine dit Scalonu et Paul frère de Muzzolu. Nous avons l'honneur d'avoir recours à votre sagesse pour aviser au plus puissant moyen de faire disparaître toute suspicion de trahison et de crainte. » Les doutes des FRANCESCHI se portent sur les frères des ANTONA tués en novembre qui semblent encore animés d'un désir de vengeance. Le même jour, le Préfet qui a établi son plan de paix, adresse des correspondances à ses intermédiaires : Au maire il demande de recueillir les signatures de ceux qui sont présents à Frasseto ; les absents signeront plus tard, dit-il. A l'instituteur, à qui il rend hommage pour ce qu'il a accompli, il dit qu'il veut voir avant dimanche Scalonu, Antonetto et Biondo dont les sentiments pacifiques présentent des doutes. Au Lieutenant de Gendarmerie, il dit qu'il a chargé le maire de recueillir les signatures, mais qu'il n'ira pas à Frasseto le 26 septembre, date qu'il avait initialement fixée pour la signature du traité. Toujours le même jour, le Lieutenant de Gendarmerie de Santa Maria Siché adresse au Préfet une lettre dans laquelle il fait le point des contacts qu'il vient d'avoir avec les deux partis : «J'ai vu deux des partis ANTONA : Paul, frère de Muzzolu et ANTONA dit Scalonu ; j'ai vu aussi les chefs du parti FRANCESCHI (Ribugliu et le médecin LANFRANCHI, ainsi qu'un certain Padoue Antoine MURZI), et tous m'ont dit séparément qu'ils
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étaient dans l'intention de faire la paix. J'ai remarqué hier pendant les élections que le parti ANTONA était fort irrité parce que le parti FRANCESCHI n'ont pas voulu qu'un conseiller de chez eux soit nommé. » L'irritation des ANTONA se traduit par une visite au maire qui en rend compte au Préfet le 26 : «Scalonu et ANTONA Paul sont venus me trouver ; ils ne veulent pas faire la paix si deux individus du makis parents des FRANCESCHI ne sont sortis de Corse dans des pays plus éloignés que la Sardaigne et l'Italie. » Les deux individus en question sont Joseph Antoine FRANCESCHI, fils de Ribugliu, et Dominique FRANCESCHI dit Pulvareddu assassins présumés de Dominique CANAVAGGIO qui tiennent toujours le maquis. Dès le lendemain 27 septembre, en écho, Jean Marie LANFRANCHI (médecin et beau-frère de Ribugliu) écrit au Préfet pour lui faire part de la «défiance des FRANCESCHI du nommé ANTONA Antoine dit Scalonu» Le jour suivant, le Préfet reçoit une lettre rassurante de l'instituteur qui l'assure que « les habitants l'attendent comme le Messie. » et qui ajoute que si, au cours de l'audience qu'il leur a accordée le lundi précédent, Scalonu et consorts lui ont fait quelque objection au sujet des élections municipales, cette objection n'empêchera pas le traité de paix. Les négociations sont maintenant sur le point d'aboutir et le Préfet adresse ses instructions au Lieutenant de Gendarmerie pour organiser la cérémonie de signature du traité de paix dont la date avait été initialement fixée au 26 septembre ; il envisage à cette cérémonie la présence de la Gendarmerie, des voltigeurs corses, du Procureur du Roi et enfin de un ou deux ecclésiastiques qui porteront la parole lors de la cérémonie religieuse. Il prévoit en outre que le texte du traité de paix sera dressé par un notaire. Le Préfet a fait préparer un acte par Venture PIOVANACCI, notaire public et royal à la résidence de la commune de GrossetoPrugna, et il a exigé des garanties. Il aurait voulu tout d'abord que trois ou six hommes de chaque parti se portent personnellement garants du respect de la paix, mais cette exigence avait été abandonnée au profit d'une formule qui faisait d'un certain nombre de
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maires des environs les cautions du traité. Il veut de plus que le texte de l'accord soit signé par toutes les personnes du village concernées, mais les habitants étant dispersés entre la montagne et la plage, il a demandé au maire de se borner à recueillir les signatures des personnes présentes, et de faire signer les absents plus tard ; toutefois après avoir fait signer les personnes présentes au village, le maire est aussitôt parti pour la plage afin de recueillir les autres signatures et demander aux habitants qui s'y trouvaient de se rendre à Frasseto le 4 octobre, nouvelle date fixée pour la cérémonie. Certains habitants ayant souhaité que le texte fasse référence au partage des biens communaux, le Préfet fait connaître son accord, mais il accepte plus tard que cette mention soit supprimée «si elle doit déplaire à certaines personnes» sans les désigner nommément. Le Préfet fait également inclure la demande des ANTONA d'éloigner de Corse les deux FRANCESCHI qui tiennent le maquis. Tous les obstacles ont été levés, et les habitants de Frasseto peuvent remercier le Préfet, et surtout le maire Jean Baptiste STEFANI et l'instituteur Paul LEONARDI pour l'obstination avec laquelle ils ont œuvré pour ramener la paix dans leur village. La signature du traité de paix a finalement lieu le 4 octobre 1847. On trouvera le texte complet du contrat établi par Maître PIOVANACCI en annexe N°III. La cérémonie s'est déroulée en présence de Messieurs FRESNAU, Préfet de la Corse, Officier de la Légion d'Honneur, PAOLI, procureur du Roi à Ajaccio, TORESI, curé du canton de Santa Maria Siché, NUNZI, curé de Frasseto, PIETRIN, Lieutenant de Gendarmerie à Santa Maria Siché, Pompée COLONNA d'ISTRIA, propriétaire à Bicchisano, François Antoine ORNANO, maire de Santa Maria Siché, Pierre PRUNETTI, maire de Campo, Pierre Augustin GROSSETI, maire de Grosseto-Prugna, Antoine GIOGANTI, maire de Cardo, Antoine COLONNA BOZZI, maire d'Albitreccia, Jean Baptiste FOATA, maire d'Azilone et Toussaint FOATA, curé de Quasquara. Les signataires, pour lesquels les maires présents se portent caution, jurent devant Dieu «de concourir de tous leurs efforts, même de leur dévouement, au rétablissement durable dans leur pays de la paix et de la concorde. »
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La demande qu'avaient formulée les ANTONA est satisfaite, et «les FRANCESCHI s'engagent particulièrement à livrer entre les mains de la justice ou à faire embarquer leurs deux parents nommés FRANCESCHI Dominique dit Pulvareddu et FRANCESCHI Joseph Antoine qui sont sous mandat d'amener, lorsqu’une occasion favorable se présentera de mettre à exécution l'une de ces deux mesures. » Suivent pour ceux qui prennent ces engagements quarante deux signatures, dix croix faites par les personnes qui ne savent pas signer, puis les signatures des six maires caution, celles de cinq ecclésiastiques et de FOATA professeur au séminaire, enfin celles des autorités présentes à la cérémonie dont le Procureur du Roi et le Préfet de la Corse. On peut observer que des deux acquittés du procès de juillet seul Pierre Paul SANVITI a mis sa signature. Le texte du traité a donné la possibilité aux deux FRANCESCHI qui tiennent le maquis de s'expatrier, mais on n'y trouve pas la condition que ce soit dans un pays plus lointain que la Sardaigne ou l'Italie. Il convenait maintenant que les deux partis respectent les engagements qui avaient été pris, et cela était bien entendu dans les intentions de tous, même si le passé n'a pas été oublié.

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La fin de Jean Félix BIANCHI
Le vingtième mort Seulement, un événement d'une extrême gravité, une semaine à peine après la signature du traité de paix et un an jour pour jour après l'expédition du Carponu, est venu assombrir les perspectives ouvertes par la réconciliation : un assassinat a été perpétré à Ajaccio sur la personne de Jean Félix BIANCHI. Il a déjà été beaucoup question de ce personnage qui était un allié objectif et puissant des bandits ANTONA, à la fois leur protecteur et leur protégé. Le rapport de Gendarmerie du 11 octobre 1847 situe vers 6 heures 1/2 du soir son assassinat commis à l'aide d'un coup d'arme à feu qui lui a traversé le corps au moment où il venait de quitter son magasin. L'obscurité de la nuit a permis à l'assassin de prendre la fuite sans être reconnu, malgré la présence de bon nombre d'individus sur la place. Le rapport ajoute que la famille de la victime porte ses soupçons sur les nommés Jean Baptiste FRANCESCHI dit Ribugliu et FRANCESCHI dit Pulvareddu. Suivent des observations du chef de légion : «le malheureux BIANCHI a été victime de la confiance que lui donnait la paix qui vient d'être faite à Frasseto. » Le Commissaire de Police d'Ajaccio fait de l'événement une relation très colorée au Préfet qu'il paraît intéressant de reproduire dans sa totalité91 : «Monsieur le Préfet, Etant dans mon devoir de vous tenir au jour de tout ce qui se passe dans ce pays, je m'empresse, relativement à l'assassinat de Monsieur BIANCHI Félix, commis hier onze octobre vers les six heures et demi du soir, vous en rendre compte. Et voilà comme. Le nommé BIANCHI Félix, dès qu'il montait du coté de la Calata pour se rendre chez lui, tandis qu'il est arrivé près de la porte a été attaqué par un individu, lequel sans dire un mot, l'a déchargé un coup de pistolet dans la poitrine, qui est tombé mort par terre. L'assassin de M BIANCHI s'étant posté du coté des échoppes au marché, et le voyant de retour pour se rendre chez lui, s'est mis à sa
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suite jusqu'au lieu fatale de sa porte, où il a exécuté son infâme projet, et après son exécution, a dirigé ses pas du coté du dit marché et de la Marine. Les agens de police, tous les trois ensemble, en descendant dans la rue du marché vis-à-vis la maison POZZO DI BORGO, pour se rendre dans la place du marché, ont entendu l'étonnement d'un coup de pistolet et des cris; et vers lesquels ont dirigé ses pas; mais à son arrivée, l'assassin étant parti sans savoir de quel coté il s'était dirigé. Ce matin, Monsieur le Préfet, ensemble à mes agens, auxquels j'avais donné des ordres de prendre des renseignements sur cette affaire, CASALONGA, mon agens de police, sur lequel j'ai beaucoup d'estime, d'après les renseignements qu'il a pu recuglir, il m'a fait la déclaration suivant. Que les assassins de M BIANCHI étaient deux, qu'un s'était posté au cadre de la maison CAMPIGLIA, et du magasin LANZI, et après le coup s'est dirigé vers la rue FESCH, et ensuite est monté par la rue Neuf pour se rendre sur le cours NAPOLEON, et l'autre qui était posté du coté du marché, après son projet achevé, est passé du coté du dit marché, et par la marine, où il a rencontré plusieurs revendeurs de châtaignes, que l'on crié l'assassin, l'assassin, et lui en tenant toujours sa main dans sa bonette, sans rien dire, au grand pas, est passé par la marine; de plus ont remarqué que sa taille était un peu petite, mais bien formé, qu'il avait une veste de drap corse, un pantalon d'été presque blanche, et une casquette. Aussi d'autres renseignements, vingt minutes environ après événement, un individu d'une taille plutôt petit que grand, mais bien construit et formé abillé d'une veste de drap corse, un pantalon d'été presque blanche et d'une casquette s'est approché de quelqu'un, toujours avec sa main dans sa bonette, et lui a dit si BIANCHI Félix était mort du coup qu'il avait reçu, mais l'individu l'a répondu que ne savait rien de tout cela, mais un moment après, est arrivé un paysan lequel a affirmé que BIANCHI était mort, et alors ensemble ils sont partis. Voilà Monsieur le Préfet, d'après aussi les soupsons de la Dame veuve BIANCHI, jetés sur un certain Ribugliu, homme à craindre, et qu'il se trouvait ici avec beaucoup de ses paisans de Frasseto, abillé de la même manière que je viens de vous dire, je suis presque
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convenu que l'assassin de BIANCHI est celui désigné Ribugliu.» On peut retenir de ces comptes rendus officiels qu'il n'est question que d'un seul assassin qui était peut-être accompagné d'un complice se tenant à distance et qu'aux dires du Commissaire de Police les soupçons de la veuve et de la famille BIANCHI se sont aussitôt portés sur Ribugliu, soupçons qui pour lui se transforment en quasi-certitude. On verra que ces éléments, saisis à chaud, ne seront pas ceux sur lesquels sera fondée l'accusation. Si BIANCHI a été assassiné par des gens de Frasseto comme le laissent supposer les premiers rapports, il est le vingtième mort de l'inimitié. Naturellement, l'événement fait grand bruit à Ajaccio qui est une petite ville où BIANCHI est bien connu et fait en quelque sorte partie des notables. Dès que la nouvelle est parvenue à Frasseto et dans le canton, l'assassinat de BIANCHI suscite un grand intérêt mais aussi les plus grandes inquiétudes, même si certains ne dissimulent pas leur satisfaction ; la question que chacun se pose est de savoir si la vendetta n'allait pas reprendre et si les fusils que l'on venait de ranger n'allaient pas aussitôt ressortir. On s'intéressait justement à Félix BIANCHI, car on admettait mal qu’il se soit emparé des terres d’Agnone à la suite du procès qui l'avait opposé à la commune et dont il était sorti vainqueur. Le nouveau maire avait en effet fait part le 3 mai 1847 au préfet d’une délibération du conseil municipal l’autorisant à se pourvoir en requête civile devant la Cour Royale de Bastia sur l’arrêt du 5 mai 1846 favorable à BIANCHI pour les motifs que l’ n’a pas été signifié et que la commune n’a pas été défendue, l’ancien maire ayant fait conclure d’être mis hors de cause. Le Préfet dans sa réponse du 13 septembre 1847 l’invite à renoncer à toute action au sujet d’Agnone en l’absence de nouveau titre. Le maire avait pourtant fait part au Préfet le 24 août de l’existence d’un acte de bail à ferme datant de 1824 où BIANCHI est fermier de la commune de Frasseto. Ces interventions ont précédé de peu l’assassinat de BIANCHI. Mais à Frasseto, les intermédiaires entre les deux partis interviennent aussitôt et à peine une semaine après le drame, le 18 octobre, les ANTONA et les FRANCESCHI par une lettre conjointe adressée au Préfet de la Corse, comportant 17 signatures légalisées
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par le maire (suspendu depuis le 24 août) Jean Baptiste STEFANI, l'assurent que les habitants de Frasseto n'ont pris aucune part au meurtre de Jean Félix BIANCHI et lui rappellent «le jour mémorable du 4 courant. » On trouve parmi les signataires Pascal FRANCESCHI qui sera l’un des inculpés du meurtre ; par contre Antoine ANTONA dit Scalonu n'a pas signé la lettre sans qu'on puisse en tirer de conclusions, car il n'était peut être pas présent à Frasseto à cette date. Quels étaient les sentiments des ANTONA sur ce meurtre qui était survenu un an jour pour jour après l'embuscade du Carponu dans laquelle trois des leurs avaient succombé ? L'anniversaire est certes douloureux pour eux, mais il l'est aussi pour les FRANCESCHI qui avaient perdu deux hommes. Etaient-ils redevables envers BIANCHI à qui les bandits avaient rendu plus de services qu'ils n'en avaient reçu de lui ? BIANCHI ne leur devait-il pas le domaine qu'il s'était approprié sous leur redoutable protection sans qu'eux-mêmes aient pu en profiter ? Si les meurtres sanglants et barbares de janvier 1846 avaient été commis, n'était-ce pas pour venger l'assassinat de son neveu Dominique CANAVAGGIO ? Il y avait aussi ces dénonciations par BIANCHI aux autorités judiciaires du faux acte d'état civil et de l'embuscade du Carponu qui n'étaient guère dans la tradition et que l'on avait du mal à approuver. Alors s'il y avait maintenant des comptes à régler avec Ribugliu, Pulvareddu ou avec d'autres, le futur gendre et les parents de BIANCHI n'avaient qu'à s'en charger. Peut-être les ANTONA, qui ne sont pas de ceux qui renient leurs amis et leurs alliés, mais qui aspirent maintenant profondément à la paix, ont-ils tenu ce raisonnement. Auraient-ils signé cette lettre qui affirme, avec une certaine désinvolture «quant à la mort de BIANCHI, les habitants de Frasseto n'y ont pris aucune part» s'ils avaient eu la certitude que l'assassinat avait été commis par les FRANCESCHI ? On peut vraiment se demander si ces derniers en étaient bien les auteurs, car ils n'étaient pas les seuls ennemis de BIANCHI. Pour terminer leur lettre au Préfet, les ANTONA et FRANCESCHI lui offrent de se présenter personnellement devant lui si des doutes s'élèvent encore dans son esprit sur leur bonne foi et leur innocence ; ils rajoutent qu'ils espèrent et attendent avec
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confiance de sa main bienfaisante le partage des biens communaux. Notons tout de suite la référence au partage des biens communaux qui redevient, maintenant que la paix a été retrouvée, le problème prioritaire pour la population. Que penser aussi, de Jean Baptiste STEFANI, maire suspendu quelques mois plus tôt, qui légalise des signatures et appose le sceau de la mairie au bas de la sienne. A-t-il été réinstallé à son poste ? Le Préfet est impressionné par la détermination qu'ont montré les ANTONA et les FRANCESCHI pour le respect des engagements qu'ils avaient souscrits ; il a répondu à leur lettre le 11 novembre, une fois que la fièvre provoquée par l'assassinat de BIANCHI était quelque peu retombée. Il est heureux d'apprendre que les habitants de Frasseto y sont étrangers, et il ne doute pas qu'ils ne soient des gens d'honneur et qu'ils ne tiennent les serments qu'ils ont faits en présence de Dieu et des premiers magistrats de l'île. «Vous possédez enfin cette paix tant désirée depuis vingt ans, leur dit-il, maintenez la précieusement, c'est alors que je pourrai dire que le plus beau jour de ma vie a été celui où j'ai pu contribuer à écarter tout ressentiment de vos cœurs..... Quant au partage de vos biens communs, je regrette d'être obligé de m'absenter prochainement de la Corse pendant deux mois. Cependant je m'en occuperai avant mon départ, mais je ne pourrai y mettre la dernière main qu'à mon retour. Rappelez-vous toujours la dernière recommandation que je vous ai faite en vous quittant. Si vous traitez vos affaires entre vous, je ne doute pas que la paix ne soit maintenue, parce que je suis convaincu que vous la désirez tous et que vous avez un égal intérêt à la conserver ; mais craignez l'intervention des étrangers dans votre commune, c'est le seul danger réel que vous ayez à redouter. » Le Préfet a bien compris le grand souci des habitants au sujet du partage des biens communaux, mais il y a aussi cette dernière phrase sur les étrangers qui fait référence au rôle néfaste que certains ont pu jouer. Et dans le contexte de l'époque on ne voit guère que BIANCHI à qui il a pu être fait allusion. Une question qui reste sans réponse est celle de savoir pourquoi ce même BIANCHI n'a pas apposé sa signature au bas du
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traité de paix. Il était cependant concerné à plusieurs titres par l'inimitié : tout d'abord l'assassinat de son neveu et les représailles sanglantes exercées par ses amis ANTONA ; en deuxième lieu ses procès contre la commune et contre Ribugliu ; et enfin ses dénonciations du faux acte d'état civil et de la tragédie du Carponu. A-t-il considéré qu'il allait de soi que tout serait oublié après la paix par les FRANCESCHI et par les parents de ceux qu'il avait fait condamner aux assises quelques mois plus tôt et que sa présence et sa signature étaient inutiles ? A-t-il été oublié par les ANTONA ou écarté délibérément par les FRANCESCHI ou simplement a-t-on considéré que la paix se faisait entre les seuls gens de Frasseto comme le prouveraient toutes les signatures apposées au bas de l'acte ? Quelle qu'en soit la raison, BIANCHI a payé de sa vie la confiance qu'il a faite à la paix de Frasseto si les assassins sont réellement ceux que l'on trouvera sur le banc des accusés. Le rapport de Gendarmerie au Préfet nous apprend que depuis la paix de Frasseto, BIANCHI vaquait à ses affaires avec une certaine confiance et qu'il avait passé une partie de la journée fatale dans sa cave de la rue Macello. Cependant, on dira par la suite que sa femme Livie et sa fille étaient plus méfiantes et l'avaient supplié de ne pas sortir acheter son cigare, mais il n'en tint pas compte. La police et la Gendarmerie se sont mises à la recherche du ou des assassins, mais sans résultat ; il est probable que Ribugliu sur qui s'étaient immédiatement portés les soupçons a pu faire la preuve de son innocence. Quant à Pulvareddu, lui aussi montré du doigt, il est toujours au maquis. L'assassinat de Jean Félix BIANCHI avait été jugé suffisamment important pour que le Préfet ait cru devoir en informer le Ministre de l'Intérieur. Cette lettre, comme celle du commissaire, faisait part des soupçons sur des habitants de Frasseto et ne parlait que d'un seul assassin qui avait pu s'échapper à la faveur de la nuit. Et le Préfet avait sans doute la crainte, comme beaucoup d'autres, que ce crime ne rende caduc le traité de paix qui venait à peine d'être signé. La dame BIANCHI a pleuré son mari avec ses deux filles. Les trois femmes ont eu le réconfort de la présence de Don Jacques PERETTI le jeune fiancé de Catherine, l'aînée ; le mariage sera un peu retardé à la suite du drame qui vient de se produire.
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Il est bon de présenter Don Jacques PERETTI qui fera parler de lui à plusieurs reprises à Ajaccio. Ce jeune homme dont on dira qu'il est assez distingué et qu'il a reçu une éducation, est originaire de Levie où il est né en 1827. Il se marie à Ajaccio le 5 juillet 1848 avec Marie Catherine BIANCHI qui a 21 ans et qui est la fille de feu Félix BIANCHI ; au moment de son mariage il occupe les fonctions de surnuméraire à la recette municipale d'Ajaccio et son père est juge de paix du canton de Levie. Don Jacques est ambitieux, autoritaire et même, comme on le verra, agressif et violent. Après l'assassinat de BIANCHI qui avait suivi celui du neveu, Dominique CANAVAGGIO, sur lequel BIANCHI avait fondé des espoirs pour sa succession, Don Jacques PERETTI pouvait estimer que la voie était ouverte pour prendre la direction des affaires de la famille ; c'était cependant sans compter sur la veuve BIANCHI qui ne manquait ni de caractère ni de personnalité et continuait la gestion du patrimoine avec une procuration qu'elle avait sollicitée et obtenue pour sa fille mineure Xavière. Mais il fallait bien trouver des arrangements, car l'aînée, Catherine, et son époux avaient eux aussi leur mot à dire. La famille BIANCHI est très procédurière et engage de nombreux procès. D'une part avec de mauvais payeurs contre lesquels elle obtient gain de cause, peut-être avec le soutien du beaufrère de la veuve BIANCHI, Antoine TAVERA, qui préside le tribunal de commerce. D'autre part avec les communes de Frasseto et Quasquara et des particuliers de ces communautés au sujet de la propriété de certains biens dont la propriété est contestée. Puis vient le jour où la jeune Marie Xavière deuxième fille de Félix BIANCHI est sollicitée en mariage par Paul GALLONI d'ISTRIA, un jeune homme de bonne famille originaire d'Olmeto. Le mariage est célébré en septembre 1851 à Ajaccio ; Paul dont le père est absent car il réside à Livourne d'où il a envoyé une procuration, a comme témoins son oncle Jérôme GALLONI rentier et son cousin Joseph GALLONI Lieutenant au 1er léger ; les témoins de Marie Xavière sont son beau-frère Don Jacques PERETTI et Laurent LANZI, commerçant renommé sur la place d'Ajaccio dont l'épouse, Marie Angèle PIETRINI, est originaire de Frasseto. Le jeune couple vient lui aussi s'installer sous le toit de la
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dame BIANCHI ; mais il se trouve que Don Jacques PERETTI a pris une certaine autorité dans cette maison et qu'il continue de l'exercer au grand déplaisir du nouveau marié qui ne parvient pas à prendre sur sa femme l'ascendant que justifie son état d'époux. Il s'est aussi, paraît-il, plaint auprès de son épouse de la fâcheuse influence que les conseils de sa mère exercent sur elle, ce qui provoque de vives altercations entre les nouveaux mariés. Mais Paul GALLONI en vient très rapidement à ne plus pouvoir supporter cette situation, et à la suite d'une nouvelle scène, le 30 décembre 1851, deux mois à peine après le mariage, il fait savoir qu'il a l'intention d'emmener son épouse avec lui à Olmeto pour y résider. Il fait aussi connaître son désir de procéder à la liquidation de la succession de feu son beaupère Jean Félix BIANCHI, succession de laquelle on ne préoccupe guère. Cette prétention entraîne, comme on l'imagine de fortes récriminations surtout de la part de la veuve BIANCHI soutenue par son autre gendre, et il s'ensuit une très vive discussion au cours de laquelle des propos très regrettables sont échangés entre les deux gendres. Mais la dispute s'apaise, et les deux beaux-frères, comme cela était convenu, s'en vont ensemble au spectacle que l'on donne à Ajaccio. Paul GALLONI n'a cependant pas oublié son projet de départ pour Olmeto et a même obtenu entre temps l'agrément de sa femme si bien que le couple se lève très tôt le lendemain pour aller prendre la diligence ; mais Don Jacques PERETTI ayant entendu les préparatifs, se lève à son tour, les rejoint et les prie de renoncer au voyage. Rien n'y fait et GALLONI confirmant son départ ajoute même qu'il reviendra prochainement pour régler ses comptes. Sur ces mots le ton monte entre les deux hommes qui ont alors une altercation très violente. PERETTI rentre chez lui pendant que le couple GALLONI se dirige vers la diligence et là, le mari sans doute satisfait de l'autorité qu'il a marquée sur sa femme, décide de renoncer au départ et le couple revient vers le domicile. C'est lorsqu'ils sont à quelques pas de la porte que surgit PERETTI à qui la femme GALLONI s'empresse de dire qu'ils ne partent plus, mais PERETTI plaçant le canon du fusil qu'il tient à la main sur la poitrine de GALLONI fait feu en lui lançant : «Tiens, c'est pour toi, attrape. » GALLONI est transporté dans un magasin proche où on lui
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donne les premiers soins. Quant à PERETTI, il trouve refuge chez des voisins d'où quelques heures plus tard il adresse une lettre au Commissaire de Police contenant ces mots : «Monsieur le commissaire de Police, Dans un mouvement de colère, j'ai perdu la raison et j'ai commis une atrocité que je vous expie à l'instant, en me rendant entre les mains de la justice, pour subir toutes ses rigueurs et conséquences. » Après cet aveu, il est arrêté et inculpé ; les faits paraissent assez clairs et huit témoins ont été entendus lors de l'instruction. Le procès lui-même est appelé à la session du deuxième trimestre 1852 des assises de la Corse et débute le 21 avril. La sentence qui tombe surprend un peu l'assistance : PERETTI est déclaré non coupable par le jury et acquitté. Ce verdict a été expliqué par le changement du système de défense de l'accusé qui a prétendu à l'audience que la blessure qu'il a causée à son beau-frère n'était qu'un accident qui était survenu par maladresse, par imprudence, mais sans en avoir l'intention. Sa lettre s'explique par l'état d'accablement dans lequel il se trouvait après l'événement dont il était responsable. Le Président dans son rapport a laissé entendre que le jury avait pu être influencé par l'arrivée au tribunal de l'accusé entouré d'un nombreux cortège de parents et d'amis et aussi par son appartenance à une famille riche et puissante. Le verdict n'empêche toutefois pas le Conseil de préfecture de révoquer, le 19 juillet 1852 Don Jacques PERETTI de ses fonctions de receveur municipal de la ville d'Ajaccio. On ne sait si les deux couples continuent à cohabiter sous le toit de la veuve BIANCHI, mais GALLONI devait rester handicapé à la suite de sa blessure, ayant perdu l'usage du bras droit. Ceci ne l'empêchera pas de s'occuper par la suite d'une partie des terres qu'exploitait Félix BIANCHI même si cette activité n'est pas sans lui causer des soucis, car les difficultés avec les communes de Frasseto et Quasquara ne sont pas terminées. Après son procès, PERETTI a vu l'érection en commune sous la dénomination de Coti-Chiavari de portions des territoires des communes de Frasseto, Quasquara, Campo et Zevaco et c'est sur cette nouvelle commune que se trouvent maintenant la plupart des
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terres possédées ou revendiquées par feu le Sieur BIANCHI. Et il y aura aussi la création sur le territoire de la nouvelle commune du pénitencier de Chiavari qui conduira à nouveau PERETTI au tribunal, cette fois se plaignant que des bêtes du pénitencier sont venues paître sur ses terres et y ont causé de gros dégâts pour lesquels il demande réparation. Il cite donc M CHRISTAND, le Directeur des pénitenciers de Corse devant le juge de paix de Santa Maria Siché à l'effet d'être dédommagé. L'affaire vient le 17 mai 1855, mais les terres en question étant justement en litige entre l'administration communale et les héritiers de BIANCHI, pour cette raison M CHRISTAND plaide l'incompétence du tribunal et le juge n'ose pas cette fois trancher en faveur du gendre de BIANCHI. Il s'ensuit devant le juge de paix entre les deux acteurs du procès, une très vive discussion que le juge a du mal à apaiser, mais au cours de laquelle M CHRISTAND aurait déclaré qu'avant d'être fonctionnaire il est homme et qu'il saurait se faire respecter. Ce qui est reçu par Don Jacques PERETTI comme un défi. L'affaire n'en reste pas là, car de retour à Ajaccio, Don Jacques PERETTI envoie le surlendemain 19 mai, M de CESARI auprès de M CHRISTAND pour lui demander raison de ce qui s'était passé devant le juge de paix et qu'il ait en conséquence à désigner ses témoins. Après le refus de M CHRISTAND, PERETTI l'aborde à Ajaccio sur le Cours Napoléon et lui demande les raisons pour lesquelles il ne voulait pas se battre avec lui. La réponse fut qu'il ne se battait pas avec toutes sortes de personnes. Sur ce, PERETTI porte sur la tête de M CHRISTAND un coup de canne qui fait s'envoler son chapeau, et lorsque celui-ci se baisse pour le ramasser, il reçoit deux nouveaux coups de canne sur le dos. Ces violences entraînent un procès devant le tribunal correctionnel d'Ajaccio qui condamne PERETTI à quatre mois de prison92. Paul GALLONI ne reste pas lui non plus inactif ; il demande et obtient qu'une battue au sanglier ait lieu sur les terres de l'Agnone territoire de Coti-Chiavari, et l'arrêté du Conseil de préfecture du 2 mai 1854 qui organise la battue, reconnaît même que ces terres lui appartiennent. Cela voudrait-il dire que les biens de feu Félix BIANCHI ont été partagés entre ses enfants ?
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Le procès des présumés assassins de BIANCHI Revenons maintenant à l'instruction relative à l'assassinat de BIANCHI : sa veuve préparait sa vengeance. D'après le commentateur des débats du procès, l'instruction de l'affaire ne commence vraiment que le 25 octobre 1847 lorsque la dame BIANCHI dit qu'elle connaît l'assassin, mais que jusque là, le moment n'était pas encore venu de le désigner93. Elle avait probablement fait appel aux anciennes relations de son mari à Frasseto qui l'avaient tenue informée des faits et gestes de ceux sur lesquels elle portait ses soupçons et maintenant ses accusations. Car ceux-ci, s'ils avaient été coupables ou menacés d'arrestation auraient pris des dispositions pour ne pas être saisis par les forces de l'ordre, mais comme il ne s'était rien passé depuis près d'un mois après le meurtre, ils auraient relâché leur méfiance et seraient revenus à leur domicile. Le 10 novembre 1847 au soir, elle s'en va trouver le Procureur du Roi à Ajaccio et lui remet les noms de quatre individus de Frasseto qu'elle désigne comme étant les meurtriers de son mari et elle demande que des mandats d'arrestation soient établis à leur encontre. Pour confirmer ses dires, elle donne les noms des personnes qui sont en mesure de témoigner pour prouver leur culpabilité. Elle assure que si elle a ainsi tardé pour faire cette démarche après avoir déclaré n'avoir rien vu, c'est pour que les assassins se sentent en confiance et ne rejoignent pas le maquis. La Gazette des Tribunaux qui rendra compte des débats du procès, assure qu'elle se charge ellemême de faire mettre les mandats à exécution. En tous cas, dès le lendemain 11 novembre, sur cette simple dénonciation, la Brigade d'Ajaccio arrête Jean Jérôme POGGI, Padoue Antoine MURZI et Marc MILIANI sous mandat de justice comme prévenus de l'assassinat commis à Ajaccio le 11 octobre sur la personne de Félix BIANCHI, négociant. Le quatrième prévenu, Pascal FRANCESCHI, sera arrêté le 25 décembre 1847 par la brigade de Santa Maria Siché. Tous les quatre se retrouveront à la prison d'Ajaccio et y feront même un séjour à l'hôpital militaire du 12 au 17 février 1848. Ils seront conduits à la prison de Bastia le 10 avril 1848 pour leur procès.
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Le juge d'instruction entend les témoins, et tout d'abord la dame BIANCHI, qui assure avoir vu et reconnu les quatre accusés à la lumière de l'éclair produit par l'amorce et parmi eux Jean Jérôme POGGI qui tenait le pistolet ; cependant, elle ne pourra identifier Pascal FRANCESCHI que l'on n'a pas encore arrêté, et elle dira même plus tard qu'elle a des doutes à son sujet. Elle donne aussi les motifs de l'assassinat : Marc MILIANI, à peine âgé de 16 ans est le fils de Joseph - organisateur de l'expédition du Carponu - et le frère de Pascal condamnés le premier à cinq années de réclusion, le deuxième à deux années de prison par la Cour d'assises de la Corse ; MURZI, neveu germain du même Joseph MILIANI et parent des FRANCESCHI qui était intervenu dans les négociations de paix est aussi le frère de Jean qui a participé à l'expédition du Carponu et qui a été condamné à deux ans de prison en même temps que les MILIANI. Pascal FRANCESCHI et Jean Jérôme POGGI sont le premier le fils, le deuxième le gendre d'Ange François FRANCESCHI assassiné par les bandits ANTONA le 24 septembre 1839, assassinat à l'occasion duquel Pascal avait lui-même été blessé. Elle énumère ainsi les personnes qui avaient des raisons d'être les ennemis de feu son mari. On peut y rajouter Ribugliu, sans doute le plus acharné et le plus redoutable, ainsi que Pulvareddu, qui, bien que soupçonnés dès le crime, ont probablement de solides alibis. La première à témoigner est Marie Joséphine ALEANI, employée des BIANCHI, qui est entendue le 7 décembre 1847 ; elle affirme avoir vu passer devant la boutique quatre hommes qu'elle avait qualifiés de Frassitani (habitants de Frasseto) et avait même mis BIANCHI en garde en raison de l'air sinistre avec lequel ils l'avaient regardé. Elle avait reconnu en prison, après quelque hésitation, trois de ces individus avec lesquels elle avait été confrontée, le quatrième n'avait pas encore à cette date été mis en état d'arrestation. Faustine ALEANI, mère de Marie Joséphine, témoigne avoir reçu de sa fille la version des événements et témoigne dans le même sens. Il y a une voisine comme troisième témoin, Marie Françoise FOLACCI, revendeuse de profession. Lors de sa déposition elle affirme avoir vu fuir à pas accéléré après l'explosion devant la porte où elle se tenait une lumière à la main, deux hommes qui portaient l'un une barbe noire très épaisse et l'autre une barbe rousse moins
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touffue ; elle reconnaît ensuite dans la prison deux des accusés du meurtre, Jean Jérôme POGGI et Antoine Padoue MURZI comme étant ceux qui s'éloignaient du lieu du meurtre. Le quatrième témoin est un nommé SAVELLI, ancien gendarme, porteur de contraintes à Santa Maria Siché. Il affirme s'être trouvé à Ajaccio le jour du meurtre et y avoir rencontré vers les cinq heures du soir sur la place publique de la ville les quatre accusés qu'il connaissait. Il témoigne avoir vu POGGI et MURZI à Ajaccio avant le meurtre, puis avoir entendu quelques instants plus tard le bruit de l'explosion. Deux autres témoins sont entendus ; l'un, François MATTEI, affirme avoir rencontré à Ajaccio le jour de l'événement les quatre accusés dont l'un disait : «Si non lo pigliamo questa sera non lo pigliamo piu» (Si nous ne prenons pas ce soir nous ne le prendrons plus) puis qu'ayant fait quelques pas, il a entendu la détonation et vu les accusés s'éloigner calmement. L'autre, Marie Antoinette PIROS, assure avoir rencontré deux paysans et entendu l'un d'eux, porteur d'un fusil, dire les mêmes paroles à son compagnon ; et lorsqu'elle a entendu le coup de feu elle s'est dit : ils ont fait le coup. Face à ces témoignages très accusateurs, même s'ils ne sont pas très concordants, les accusés et leurs défenseurs vont devoir préparer la parade. Parmi les quatre hommes arrêtés, il y en deux qui sont dans une situation plus fâcheuse que les deux autres car ils figurent dans tous les témoignages, et la dame FOLACCI a même reconnu la couleur de leur barbe à la lumière de la lanterne sous laquelle ils seraient venus imprudemment s'exposer. Il s'agit de POGGI qui aurait tiré le coup de pistolet et de MURZI qui l'accompagnait ; mais justement, ceux-là assurent qu'ils n'étaient pas à Ajaccio le jour de l'assassinat, et qu'ils n'y sont arrivés que le lendemain et les témoignages qu'ils produisent sont là pour le confirmer. Le sieur COTI, expert public, affirme que le 11 octobre il se trouvait à la Crucciata en compagnie de POGGI qui avait fait appel à lui pour expertiser une vigne qu'il devait donner en dot à sa sœur ; plusieurs habitants de Frasseto et le voltigeur corse MARTINI qui était de passage affirment avoir passé la nuit en compagnie de POGGI. Quant à MURZI, plusieurs agents de la force publique l'ont vu à Coti vers
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les neuf heures du matin, mais plus dans la journée. Enfin deux marins déclarent avoir embarqué sur leur bateau POGGI et MURZI le 12 octobre lendemain du meurtre et les avoir débarqués à Ajaccio dans le courant de l'après midi. POGGI produira en outre un mémoire pour sa défense dans lequel il fait état d'un vêtement que la fille ALEANI a reçu de la Dame BIANCHI et qui serait le prix payé pour son témoignage. Quant aux deux autres accusés, Pascal FRANCESCHI et Marc MILIANI, ils ne contestent pas s'être trouvés à Ajaccio le 11 octobre ; le premier était au moment du meurtre avec sa famille dans une maison qu'ils avaient louée depuis quelque temps à Ajaccio ; le deuxième procédait à un achat de sel dans un magasin lorsque a retenti l'explosion. Le procès s'est déroulé en trois temps. Il a été inscrit pour la première fois au deuxième trimestre 1848 et renvoyé à la session du trimestre suivant pour un supplément d'information. C'est alors que se produisit la rétractation de la femme FOLACCI. L'affaire revint aux assises au mois de septembre 1848 ; les débats se sont étalés sur quatre jours et s'achevèrent sur l'arrestation de cinq témoins : Marie Joséphine et Faustine fille et mère ALEANI, Marie Françoise FOLACCI, François Antoine d'ORNANO, ex-maire de Santa Maria Siché apparenté aux Maréchaux du même nom et signataire du traité de paix de Frasseto, ainsi qu'un certain Augustin MANICCIA. Les trois premières étaient revenues sur les dépositions qu'elles avaient faites au cours de l'instruction et François Antoine d'ORNANO était accusé d'avoir faussement affirmé qu'un témoin à charge ne se trouvait pas à Ajaccio le jour du meurtre et n'avait donc pu y voir les accusés. Quant au dernier, il a été relaxé par la suite par la chambre d'accusation. Les procédures comportant l'affaire de la rétractation des témoins et du faux témoignage de d'ORNANO qui y a été joint puis celle de l'assassinat proprement dit sont finalement portées à la session du 2ème trimestre 1849. L'affaire des faux témoignages est évoquée en premier. On entend tout d'abord Marie Joséphine ALEANI dire qu'au moment de sa déposition en novembre 1847, elle avait suivi les conseils de Livie BIANCHI, veuve de la victime, dont elle était alors
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la servante et qui lui fit remettre une robe neuve par son beau-frère marchand à Ajaccio. Livie BIANCHI assure qu'elle n'a donné aucun vêtement, mais que cette jeune fille qui devait se rendre à Bastia pour y témoigner l'avait priée de lui faire obtenir un crédit chez son beaufrère, ce que confirme la main courante de ce commerçant à la date du 26 avril 1848. On fait aussi observer que le don de ce vêtement était mentionné dans un mémoire de l'accusé POGGI de décembre 1847, ce qui prouverait, dira l'accusation, que l'on préparait déjà une rétractation de ce témoin. Faustine ALEANI mère de Marie Joséphine n'apporte rien de plus que sa fille dont elle avait reçu les confidences ; elle assure que Madame BIANCHI avait obligé sa fille à dire qu'elle avait reconnu les assassins. La mère ALEANI aurait été la femme d'un bandit surnommé Hanibali exécuté quelques mois plus tôt sur la place publique de Bastia. C'est une malheureuse qui ne vit que d'aumônes. Marie Françoise FOLACCI témoigne qu'elle avait fait un dépôt de 400 francs auprès de Jean Félix BIANCHI sans reçu et que sa veuve avait exigé d'elle, avant de lui restituer son dépôt, qu'elle reconnaisse lors de sa déposition POGGI et MURZI comme les assassins de son mari lors de sa déposition. Ce qu'elle fit. Or on démontre aux débats que la restitution avait en réalité précédé sa déposition et on assure d'autre part que la Dame FOLACCI avait reçu des visiteurs mystérieux qui auraient exigé d'elle sa rétractation selon des confidences faites à des voisines. D'ORNANO quant à lui n'avait pas déposé lors de l'instruction, mais avait été cité par la défense à la session du 2ème trimestre 1848 au cours de laquelle il avait contredit les déclarations de deux autres témoins qui assuraient avoir vu POGGI et MURZI à Ajaccio le 11 octobre. L'un de ceux-ci un ancien gendarme du nom de SAVELLI avait maintenu ses déclarations malgré les menaces dont il aurait été l'objet. D'ORNANO habite Santa Maria Siché comme SAVELLI ainsi que Madeleine ORSINI et Pierre GRIMALDI qui apportent leurs témoignages. Madeleine ORSINI déclare être partie de Santa Maria Siché le 12 octobre au matin en compagnie de SAVELLI et qu'arrivés à Ajaccio, ils ont rencontré GRIMALDI qui en sortait. D'ORNANO assure que SAVELLI était parti de Santa Maria Siché le 12 octobre
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au matin quelques instants avant lui et qu'ils s'étaient donné rendezvous à Ajaccio. Etant à cheval il rejoignit SAVELLI qui était à pied et le devança après avoir causé avec lui. Cependant Madeleine ORSINI affirme n'avoir pas vu d'ORNANO alors qu'elle n'a pas quitté SAVELLI de tout le trajet. Pierre GRIMALDI confirme les dires de François Antoine d'ORNANO, mais son témoignage va être mis en doute par l'accusation car il avait été précédemment condamné pour dénonciation calomnieuse ; l'affaire était ancienne : il avait en effet écrit au Ministre de la Guerre le 27 mars 1832 pour dénoncer le comportement du lieutenant de Gendarmerie Jean Brice SIMONI de la résidence de Santa Maria Siché qui aurait ordonné le 15 août 1831 de faire feu sur un conscrit d'Occana, et d'avoir insulté le maire de cette commune, ce qui poussa les habitants à se révolter contre la Gendarmerie. Le Lieutenant SIMONI avait demandé 3.000 francs pour réparation et à titre de dommages et intérêts pour cette dénonciation qu'il estimait calomnieuse. GRIMALDI avait été condamné à un mois de prison, 100 francs d'amende et aux dépens de 94,85 francs. Deux autres témoins déclarent avoir vu SAVELLI dans la matinée du 12 octobre à Ajaccio : le premier GUIGLIELMI qui quittait cette ville le 12 octobre entre 7 et 8 heures du matin ce qui excluait que SAVELLI soit parti de Santa Maria Siché à l'aube, car il lui aurait fallu de l'ordre de sept heures pour parcourir le trajet à pied ; le deuxième Vincent d'ORNANO assure l'avoir vu dans la matinée. Alors qui croire dans tous ces témoignages contradictoires ? Le jury déclare coupables avec circonstances atténuantes Marie Joséphine ALEANI et Marie Françoise FOLACCI qui sont condamnées à quatre années d'emprisonnement. Faustine ALEANI et d'ORNANO sont acquittés. En réalité le jury a du revenir sur ses décisions initiales : les trois femmes qui viennent les premières dans l'ordre des questions sont reconnues coupables puis d'ORNANO est acquitté à cinq voix contre sept. Ces décisions - la condamnation des trois femmes et l'acquittement de d'ORNANO - paraissent cependant inconvenantes et le jury décide de délibérer à nouveau pour savoir qui de la mère ou de la fille ALEANI bénéficierait de l'acquittement
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et opte pour la mère. On a aussi soupçonné la famille d'ORNANO, qui a donné deux Maréchaux à la France, de s'être mise à l'œuvre pour éviter la condamnation de l'un des siens. Le procès des assassins présumés du sieur BIANCHI a lieu immédiatement après celui des faux témoignages. Il y avait quatre accusés : Jean Jérôme POGGI qui aurait tenu l'arme, Padoue Antoine MURZI qui aurait été à ses cotés, Marc MILIANI et Pascal FRANCESCHI qui auraient été vus avec les deux premiers avant le meurtre. Les deux derniers cités reconnaissent avoir été présents à Ajaccio le 11 octobre jour du crime, par contre POGGI et MURZI le contestent et disposent de témoignages à l'appui de leurs assertions. On a d'abord rappelé toutes les circonstances du meurtre. Le Président dans son rapport explique par les mœurs corses les raisons pour lesquelles la dame BIANCHI ne désigna les coupables qu'un mois après le crime : si elle les avait aussitôt désignés, ils auraient pris la campagne ; il fallait leur donner une sécurité qui les perdit. Presque toute une audience est nécessaire pour l'interrogatoire des accusés qui répondent, selon la Gazette des Tribunaux avec assurance et facilité aux questions qui leur sont posées. Livie BIANCHI est ensuite appelée à la barre ; elle a des manières distinguées et s'exprime avec assurance. Un vif débat s'engage entre elle et les accusés, et elle n'hésite pas à imposer silence aux défenseurs lorsqu'ils interviennent. Elle réaffirme avoir vu les quatre accusés au moment où POGGI a commis son forfait. Elle s'attire alors cette observation de l'un des accusés : «Ce n'est pas une femme, c'est un démon sous les traits d'un ange. » Puis viennent les femmes ALEANI et FOLACCI qui renouvellent leurs accusations contre la femme BIANCHI, ce qui provoque chez cette dernière une très vive réaction à laquelle il est répondu tout aussi vivement. On entend aussi de nombreux témoins, certains pour dire que les accusés étaient bien à Ajaccio le jour du meurtre, d'autres pour affirmer qu'ils n'y étaient pas. Car des quatre hommes qui avaient été arrêtés, les deux qui sont accusés de l'assassinat nient s'être trouvés à
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Ajaccio le jour du meurtre, alors que les deux autres le reconnaissent. POGGI et MURZI soutiennent qu'ils se trouvaient le soir du crime le premier à Coti, le deuxième à Crucciata et qu'ils n'étaient allés à Ajaccio que le lendemain ; ces alibis étaient confirmés par des habitants de Frasseto et par des marins qui seraient arrivés à Ajaccio le lendemain du crime avec à leur bord POGGI et MURZI. FRANCESCHI et MILIANI se seraient trouvés à Ajaccio depuis plusieurs jours, le premier avec sa famille dans une maison qu'ils avaient louée, le deuxième achetait du sel au moment de la déflagration. Des témoins qui connaissaient les accusés POGGI et MURZI ont affirmé les avoir vu à Ajaccio le 11 octobre 1847 jour du meurtre. Et d'autres témoins affirment que ceux qui portent ces affirmations ne se trouvaient pas eux-mêmes à Ajaccio ce jour là et qu'ils ne pouvaient donc y avoir vu les accusés ; parmi cette deuxième série de témoins se trouve François Antoine d'ORNANO, acquitté quelques jours plus tôt de l'accusation de faux témoignage. Appelé à témoigner à nouveau, SAVELLI, témoin à charge, se présente cette fois dans un état d'ébriété avancé. Le président après l'avoir sermonné veut le renvoyer au lendemain, alors que la défense insiste pour l'entendre tout de même, car, dit-elle, in vino veritas. Mais SAVELLI bredouille et n'est pas en état de se faire comprendre. Il revient le lendemain pour confirmer son premier témoignage qui va être fortement contesté. Les autres témoins GUIGLIELMI, GRIMALDI, Madeleine ORSINI, Vincent d'ORNANO reprennent les relations qu'ils ont faites au procès des faux témoins quelques jours auparavant. Un nouveau témoin fait son apparition : il s'agit de Paul BIANCHI, frère de la victime, qui est venu affirmer que le jour du crime, étant à la recherche d'un cheval, il avait vu les quatre accusés qui se dirigeaient vers Ajaccio. A la question de savoir pourquoi, étant le frère, son témoignage vient si tard, il répond qu'il pensait que les autres témoignages étaient suffisants. En faveur de POGGI, un voltigeur corse et un beau-frère d'un de ses oncles affirment qu'il était au hameau de Crucciata le 11 octobre pour expertiser une vigne ; Pascal FRANCESCHI, par maladresse, avait déclaré à l'instruction que son beau-frère POGGI se trouvait à Ajaccio le 11, mais se rétracta aussitôt qu'il s'aperçut que
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c'était le jour de l'assassinat. Il avait aussi déclaré que POGGI ne s'était pas rendu à Crucciata parce qu'il connaissait la vigne à expertiser, mais rétracta également cette déclaration. Plusieurs témoins de Frasseto ainsi que le voltigeur MARTINI affirment qu'ils ont passé la nuit du 11 octobre en sa compagnie. Deux marins d'Ajaccio assurent avoir pris à leur bord POGGI et MURZI le 12 au matin et qu'ils sont arrivés à Ajaccio dans l'après midi. MURZI certifie qu'il était au hameau de Coti le 11 et que de nombreux témoins dont des gendarmes l'avaient certainement vu. D'après l'accusation, il se trouva des témoins pour dire qu'ils l'avaient effectivement vu au matin, mais pas dans la journée et il y aurait eu des tentatives auprès de quelques personnes pour leur faire dire qu'elles avaient vu MURZI dans la soirée, ce qui l'aurait sauvé, car il faut de 5 à 6 heures pour aller de Coti à Ajaccio. On évoque ensuite les démêlés de BIANCHI avec la commune et les paysans de Frasseto, la protection que lui accordait Fiacconu, la fin des bandits ANTONA et enfin la paix obtenue par le Préfet. Les quatre accusés sont acquittés et s'il estime que c'était justice pour FRANCESCHI et MILIANI, pour les deux autres, le Conseiller LACOUR qui présidait les assises trouve le jugement éminemment regrettable. «Le faux témoignage débordait, et de tous côtés, comme la frayeur se révélait dans celles des dépositions qui n'étaient pas entièrement fausses. Quoiqu'il en soit, le verdict du jury a été rendu par cinq voix seulement. Il faut en trouver la cause dans le patronage qui a couvert les accusés jusque dans l'audience, dans le voisinage même des élections qui ont fait surgir des protections intéressées. » Ces décisions sont en contradiction avec les condamnations prononcées quelques jours plus tôt à l'encontre de Marie Joséphine ALEANI et Marie Françoise FOLACCI, mais cohérentes avec l'acquittement de François Antoine ORNANO. Pour le Président il y a là un enseignement pour tout le pays : «les faux témoins peuvent être frappés par la justice, alors que les assassins lui échappent. » Quel échec pour la veuve BIANCHI. Mais les accusés étaient-ils vraiment les coupables comme l'affirmaient le Procureur général et le Président ? La question mérite
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d'être posée, car on peut être d'accord avec le Président sur un point au moins, c'est que «le faux témoignage débordait de tous les côtés. » On pourrait même se demander s'il y avait un des acteurs de ce drame qui n'avait pas menti. A commencer par la principale intéressée, Livie BIANCHI, qui - comme le rapportent les premiers éléments recueillis par la Gendarmerie et le commissaire de police d'Ajaccio - fait état au moment du drame de la responsabilité de Ribugliu et même de Pulvareddu ; mais sans doute ces deux personnages avaient-ils pu être mis hors de cause, et n'étaient peut-être même pas au courant de ce qui se tramait contre leur ennemi. Puis la dame BIANCHI accuse Jean Jérôme POGGI, qu'elle aurait vu à la lumière d'une lanterne le pistolet à la main accompagné de Padoue Antoine MURZI et elle apporte à l'appui de ses accusations les témoignages de la fille ALEANI, de sa mère et de la dame FOLACCI. Les trois femmes affirmeront ensuite qu'elles avaient été subornées par la dame BIANCHI, les deux premières pour un vêtement offert à la fille, la troisième comme condition de restitution d'un dépôt d'argent qu'elle avait fait entre les mains de BIANCHI ; toutes trois avaient menti au moins une fois. En ce qui concerne la dame FOLACCI, son premier témoignage paraît plutôt invraisemblable : il est assez surprenant d'entendre dire que les deux assassins, leur forfait accompli, sont passés sous la lumière qu'elle tenait à la main, comme s'ils tenaient à se faire reconnaître. Et si cette version est mensongère, alors il y aurait eu subornation de témoin de la part de la dame BIANCHI. De tous les autres témoignages principaux faits par François Antoine d'ORNANO, SAVELLI, GRIMALDI, Madeleine ORSINI, certains auraient pu être dignes de foi - un ancien maire et un ancien gendarme - il n'y en a pas deux qui soient cohérents entre eux et la vérité est difficile à saisir. POGGI et MURZI avaient eux-mêmes trouvé des témoins pour affirmer qu'ils ne pouvaient pas être à Ajaccio le jour du crime, et comme FRANCESCHI et MILIANI n'étaient pas présents sur le lieu du crime, il n'y avait plus tellement d'éléments contre les deux principaux prévenus en dehors des accusations de la dame BIANCHI. On peut se reposer la question de savoir si les habitants de Frasseto n'étaient pas réellement étrangers à cette affaire comme l'ont affirmé les ANTONA et les FRANCESCHI dans leur lettre au Préfet.
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La vie reprend son cours
Nous pouvons maintenant regagner Frasseto après la signature du traité de paix et l'assassinat de BIANCHI car il se passe toujours quelque chose dans ce village. Cette fois la mauvaise nouvelle provient de Nîmes : le décès le 24 janvier 1848 de Charles LANFRANCHI qui purgeait la peine de deux ans d'emprisonnement à laquelle il avait été condamné 6 mois plus tôt pour avoir participé à la rébellion et à l'assassinat des bandits ANTONA. Il laisse une veuve, mais n'avait pas d'enfants. Cependant il faut maintenant se rendre à nouveau à la Cour d'Assises de Bastia où va se dérouler le procès de Joseph Antoine FRANCESCHI accusé du meurtre de Dominique CANAVAGGIO. Les débats sont suivis avec un grand intérêt et même une certaine inquiétude à Frasseto. On apprend qu'à l'audience de mars 1848, le procès est renvoyé et qu'Antoine MARIANI, appelé comme témoin, est accusé de faux témoignage et arrêté. A l'audience de juin, Antoine MARIANI est condamné à trois années d'emprisonnement pour son faux témoignage et le procès est à nouveau renvoyé à la demande de la défense ; on apprendra enfin la condamnation de Joseph Antoine. Lors de son procès, Joseph Antoine FRANCESCHI a nié être l'auteur du meurtre de Dominique CANAVAGGIO, et en a attribué la responsabilité à Pulvareddu qui se serait trouvé en état de légitime défense, ce qui peut laisser supposer qu'il savait ce dernier hors d'atteinte de la justice et on a vu aussi que le jury n'a pas cru à la version de Joseph Antoine mais a admis des circonstances atténuantes et l'a condamné à vingt années de travaux forcés. Il sera embarqué le 3 novembre 1848. Les FRANCESCHI avaient sans doute escompté, compte tenu des malheurs qui s'étaient abattus sur eux depuis quinze ans et de l'acquittement général au procès du faux acte d'état civil et surtout, grâce au revirement du témoin, que Joseph Antoine serait acquitté. S'ils avaient imaginé un instant une sentence aussi lourde, il ne fait pas de doute qu'ils auraient pris les dispositions qui convenaient pour
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le faire embarquer et assurer son avenir. Quant à Pulvareddu, après ce verdict, il continue à se garder des gendarmes, et on le trouve toujours sur la liste des contumax ; il n'a pas été jugé pour le meurtre de CANAVAGGIO, mais a été condamné à vingt années de travaux forcés pour avoir été témoin lors de la déclaration du faux acte de décès de Xavier FRANCESCHI. Puis sur un état du 9 avril 1853, on trouve, en face de son nom des annotations au crayon : «70 ans, en pays étranger»94 ; l'état établi par la Gendarmerie des contumax présumés morts ou passés à l'étranger mentionne pour Pulvareddu : «on le dit à l'étranger», mais il ne figure pas sur un état de la même date des contumax réfugiés en Sardaigne. On peut tout de même penser qu'avec l'aide de son fils Joseph qui a été maire de Frasseto quelques années plus tôt, Pulvareddu a effectivement quitté la Corse, et qu'en raison de son age, il n'y reviendra plus. Il aurait ainsi respecté l'engagement de s'exiler ; à moins que ce ne soit une fausse rumeur que l'on a fait circuler jusqu'aux autorités, car à son âge, Pulvareddu n'était plus un danger pour personne. Le maire de Frasseto est à cette date le médecin Jean Marie LANFRANCHI, beau-frère de Ribugliu, qui avait été nommé un an plus tôt. La commune est calme, car les contumax qui s'y trouvent encore ne demandent rien à la population et n'ont comme seul souci que de se préserver des forces de l'ordre. Ils ne sont d'ailleurs plus guère nombreux après l'arrestation de Joseph Antoine FRANCESCHI, le fils de Ribugliu à la fin 1847. Il reste Pulvareddu bien sûr, mais il ne demande que la tranquillité pour ses vieux jours ; son fils Joseph Marie FRANCESCHI va être nommé maire de Frasseto au début de l'année 1848 et va se marier à Ajaccio en 1850 avec le consentement de son père rédigé devant notaire. Il y a aussi Jean Marie MARIANI qui a été condamné à mort par contumace le 23 septembre 1843 pour sa tentative d’assassinat le 28 octobre 1838 sur la personne de Jean Baptiste ANTONA ; d'après les états fournis par la Préfecture son lieu de retraite est inconnu67. On apprend alors qu'un assassinat a été commis sur le territoire de la commune de Frasseto ; on a en effet découvert le matin du 15 mai 1848, au lieu dit Sapariccia, le cadavre de Paul PICCHETTI, portant la trace d'un coup de fusil. Cet homme a été tué
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alors qu'il se rendait dans la nuit du 14 au 15 chez Antoine ANTONA dit Scalonu. Les soupçons se sont immédiatement portés sur Adam et Jules POGGI, père et fils, car un procès, dont Paul PICCHETTI était sorti vainqueur, l'avait opposé à un frère d'Adam POGGI au sujet d'un immeuble dont ils se disputaient la jouissance. Une prime de 400 francs avait même été promise en novembre 1852 pour la personne qui faciliterait l'arrestation d'Adam POGGI, qualifié toutefois de peu dangereux. On a déjà parlé des POGGI apparentés à une famille de Frasseto ; le père et le fils avaient été condamnés tous deux en 1840 à 5 ans de travaux forcés pour vol. La procédure judiciaire relative au meurtre de Paul PICCHETTI avait traîné en longueur, car il n'y avait pas eu de témoins du crime et les preuves faisaient défaut. Mais on arrêta tout de même le 12 février 1853 Adam POGGI, le père, qui fut traduit aux assises de la Corse du deuxième trimestre 1853. Il fut déclaré non coupable et acquitté. Le fils, Jules, se constitua alors prisonnier en octobre 1853 et comparut aux assises du 1er trimestre 1854 ; le 28 février, il fut lui aussi déclaré non coupable et acquitté. Il n'est pas sûr que ce nouveau crime soit indépendant de l'inimitié de Frasseto, car on constate que certains des protagonistes ont des liens avec un des deux anciens clans : Paul PICCHETTI était probablement un parent de Fiacconu dont la mère portait le même nom de famille, et Antoine ANTONA, dit Scalonu, chez qui il se rendait était non seulement le frère de deux des bandits détruits en octobre 1846, mais aussi l'un des plus fidèles soutiens de Fiacconu. Alors, n'aurait-on pas profité de la neutralisation des bandits ANTONA pour régler ses comptes ? Les POGGI allaient continuer à faire parler d'eux : ils sont les uns après les autres condamnés pour le délit de rupture de ban. Thomas, un autre fils d'Adam à 20 jours d'emprisonnement en 1853, Adam à 20 jours puis à 6 jours en 1854, Jules enfin à 2 mois, puis à 10 jours en 1854 et 1856. De Nîmes une autre mauvaise nouvelle arrive : le décès le 5 juin 1849 de Jean MURZI à un mois de l'expiration de la peine qu’il purge. Il avait été, comme Charles LANFRANCHI décédé un an plus tôt à même prison, condamné à deux ans d'emprisonnement. Il laisse une fillette de trois ans qu'il a à peine connue. Si on attribue les deux
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décès de Nîmes à l'inimitié de Frasseto, alors le total des victimes atteint le nombre de 22 dans lequel est aussi compté Félix BIANCHI. On profite tout de même à Frasseto de la tranquillité retrouvée, et quelques-unes des familles qui avaient quitté le village y sont revenues sans cependant combler le net déficit qui se constate du coté des FRANCESCHI. Les recensements de 1818, 1836 et 1851 rendent compte de ce phénomène. La population totale qui avait chuté de 634 en 1818 à 596 en 1836 était remontée à 667 en 1851, quatre ans après le traité de paix, et l'effectif des FRANCESCHI après s'être maintenu à 103 tombe à 100 tandis que celui des ANTONA s'accroît de 146 à 149 puis à 177. Ceci dénote une modification sensible des composantes de la population qui s'explique partiellement par le nombre des morts FRANCESCHI (sept) dans l'inimitié, mais encore plus par une émigration sans retour de nombreuses personnes de ce groupe soit au motif de l'inimitié soit pour d'autres raisons. Nous avons vu que l'instituteur LEONARDI avait pris une participation active et efficace dans la recherche de la paix. Ses efforts incessants pour parvenir à ramener la tranquillité dans son village lui ont valu les compliments du Préfet, ce qu'il a fort apprécié. Cependant les tractations qu'il avait menées l'avaient conduit à effectuer de nombreux voyages entre Frasseto et la plage qui sont distants d'une quarantaine de kilomètres. Sa femme, originaire d'Ajaccio, étant alors enceinte, il n'avait pas voulu la laisser seule et l'avait chaque fois emmenée avec lui, ce qui l'avait beaucoup fatiguée, si bien que l'enfant qu'elle a eu n'a pas survécu. De plus ses longues absences répétées l'avaient obligé à interrompre son service d'instituteur pendant quinze jours et lorsqu'il a voulu reprendre ses cours, il ne s'est plus présenté d'élèves, et s'est retrouvé sans activité, et par conséquent sans ressources. Il fait alors une démarche auprès du Préfet pour obtenir son appui afin que le maire de Frasseto le présente une nouvelle fois au Conseil supérieur afin d'obtenir une place d'instituteur. Mais sa femme dont l'état de faiblesse est extrême, ne peut plus le suivre à Frasseto, et il se sent contraint de ne point y aller. Aussi écrit-il à nouveau au Préfet pour lui exposer sa situation, l'informer qu'il n'est plus dans ses intentions d'être instituteur à Frasseto et sollicite un poste à la Préfecture quels que soient ses
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appointements89. Paul LEONARDI allait avoir un garçon prénommé Etienne l'année suivante, mais malheureusement sa femme décéda peu de temps après et il se retrouva seul pour élever son fils. Il ne reste pas cependant inactif et quelques années plus tard il va obtenir à l'adjudication le fermage des biens de la commune situés sur le territoire de la toute nouvelle commune de Coti-Chiavari. Mais des difficultés surgissent aussitôt avec le conseil municipal de cette dernière qui revendique une part des dits biens communaux. C'est le début d'une longue série d'affrontements et de procès entre la commune de Frasseto et celle de Coti-Chiavari et l'entêtement des deux parties a été tel au cours des décennies, que le litige n'est toujours pas réglé aujourd'hui. L'affaire n'est pas sans importance quand on sait qu'il s'agit de quelques 500 hectares de terres sur la cote sud du golfe d'Ajaccio. On commence aussi à parler à Frasseto des élections municipales qui vont avoir lieu le 31 juillet 1848 et on s'interroge sur l'issue de la consultation en souhaitant avec passion la victoire de son propre camp. Mais les esprits ne vont vraiment commencer à s'échauffer qu'à partir du début du mois de juillet, au moment où presque toute la communauté se retrouve au village. Quand le jour des élections arrive, le maire, Joseph FRANCESCHI, prononce l'ouverture du scrutin. L'ambiance est tendue dès cet instant, des regards puis des mots sont échangés, des accusations sont lancées et le ton monte rapidement. A tel point que le maire, qui craint des troubles graves, décide du renvoi du scrutin à une date ultérieure. C'est alors qu'une bousculade se produit et qu'un conseiller municipal sortant s'empare avec l'aide de ses amis de la présidence du bureau de vote et décide que les opérations se poursuivront normalement. Mais, naturellement, une partie seulement des électeurs y participe. Un procès verbal constatant les résultats et une lettre du maire qui en conteste la validité en exposant les incidents survenus, sont adressés à la préfecture. Considérant que les faits qui se sont produits sont de nature à vicier entièrement les élections municipales de la commune, le Conseil de Préfecture arrête, le 8 août 1848, que ces élections sont annulées et charge le maire de notifier cette décision aux conseillers
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municipaux qui viennent d'être élus. Les électeurs seront à nouveau appelés aux urnes et cette fois la présence de la Gendarmerie dissuadera les contestataires de renouveler leurs actions de force. Frasseto ne connaîtra pas cependant le calme, car le partage des biens communaux est revenu sur le devant de la scène. Après le jugement de la Cour d'Aix du 13 août 1844 qui avait débouté les communes, l'affaire avait semblé sommeiller, même si elle avait été rappelée lors de l'établissement du traité de paix, mais on a vu que le Préfet avait renoncé à en faire mention dans le texte ; on se préoccupe sérieusement de faire intervenir les experts qui seront chargés de délimiter les terres qui reviennent aux particuliers. Il y a cependant des difficultés : d'une part les maires ne font pas preuve d'un grand empressement et il s'est passé près d'un quart de siècle depuis les instances des particuliers et des questions se posent sur l'interprétation de certains des termes du jugement du tribunal de première instance d'Ajaccio qui, rappelons le, date du 30 janvier 1827. Ce dernier attribuait en effet aux particuliers les terres qu'ils avaient défrichées ; mais pour savoir ce que recouvre exactement ce qualificatif, il a fallu avoir recours à nouveau à ce même tribunal. Les particuliers estiment pour leur part que les terres défrichées sont celles qui ont été mises en culture en coupant les maquis qui les recouvrent sans extraire du sol les racines, tandis que du coté opposé on prétend qu'il ne s'agit que des terres cultivées, mais dont on a aussi extrait les racines. Le Tribunal, lors de son audience du 30 novembre 1848, ordonne que les experts en procédant aux opérations prescrites par le premier jugement, désigneraient comme terres défrichées celles dont on aura extrait les racines, car ce sont celles-là qui ont été attribuées aux particuliers, à l'encontre de celles qui n'auraient point subi cette amélioration ou qui seraient en friches, qui ont été reconnues appartenir aux communes. On pourrait penser qu'en cette fin de l'année 1848, le village de Frasseto va connaître le calme après la grande inimitié et les procès qui sont sur le point de s'achever. Il est vrai que les procès ont été retardés et qu'on est toujours dans l'incertitude au sujet des assassins présumés de BIANCHI et du coté FRANCESCHI on craint un jugement qui soit dans la ligne de celui qui a condamné Joseph
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Antoine FRANCESCHI pour l'assassinat de Dominique CANAVAGGIO neveu du même BIANCHI. On sera finalement rassuré. Il faut pourtant bien constater qu’à Frasseto les familles anciennement ennemies, sans cependant s'affronter, s'ignorent ; la réconciliation sera longue et il faudra attendre de nombreuses années pour voir s'unir dans le mariage des couples des deux clans, car il n'y a pas eu dans le traité de paix de conditions imposant ces unions comme cela a pu se pratiquer et même s'imposer pour d'autres inimitiés. En tous cas, les armes ont été rangées. On a vu que BIANCHI ne manquait pas d'ennemis à Frasseto en dehors de Ribugliu qui était sans doute le plus acharné et sur qui s'étaient immédiatement portés les premiers soupçons après son assassinat ; mais il avait aussi des ennemis en dehors de Frasseto, car il avait intenté de nombreux procès à de mauvais payeurs qui avaient fait des achats dans son magasin et tardaient à régler leurs dettes. A ce propos, la dame BIANCHI au décès de son mari a pris en main la direction du commerce et constate que des achats qui avaient été faits à crédit du vivant de son époux n'ont pas été réglés par les clients qui espèrent peut-être que les comptes ne sont pas bien tenus, mais ils se trompent. La dame BIANCHI les assignera en justice et obtiendra l'autorisation de plaider au nom de sa fille mineure. On verra ainsi défiler au tribunal de commerce d'Ajaccio, Jean MURZI, de Frasseto, propriétaire à Coti, Joseph MAGLIOLI dit Fajone de Quasquara et Joseph SUSINI dit Borgomanu propriétaire de Frasseto qui sont tous condamnés au paiement de leur dette, aux intérêts de retard et aux dépens. Il reste un sujet sur lequel on peut maintenant se pencher, c’est celui de la fréquentation des prisons d’Ajaccio et de Bastia par les hommes de Frasseto au cours de la période 1834-1848, soit en raison de l’inimitié ou de la dévastation des domaines ou pour d’autres motifs. En incluant les hommes qui y sont rattachés par les liens matrimoniaux ainsi que le jeune Charles Jérôme COTONI meurtrier de son cousin et dont les deux sœurs ont épousé les fils de l’ex-moine, on en compte au total 58 différents qui y ont séjourné. Certains ont été appréhendés par la Gendarmerie ou les voltigeurs, d’autres – ceux qui ont été condamnés pour le délit de dévastation –
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se sont présentés spontanément de mars à juillet 1846 pour accomplir leur peine. Cet effectif de 58 hommes, sur une période de 14 ans, est impressionnant et représente près de la moitié de la population adulte du village. Les hommes incarcérés, à leur arrivée à la prison, sont généralement vêtus d’une veste et d’un pantalon de drap corse, d’un gilet de velours, d’un bonnet corse et d’une paire de brodequins. Ils remettent ces vêtements et reçoivent en échange une tenue de prisonnier constituée d’un bonnet de laine, de souliers et de chemises de toile, d’une veste et d’un pantalon qui sont de toile écrue l’été et de droguet l’hiver. Leur nourriture, qui a été réglementée en 1819, consiste en une ration de 750 grammes de pain cuit et rassis de 24 heures comportant ¾ de froment et ¼ de seigle ou orge bluté à 12/100èmes d’extraction de son et une portion d’un litre de soupe substantielle95. Nous sommes arrivés à la mi-1849 et les grands procès dans lesquels habitants de la commune sont impliqués sont terminés. On va pouvoir revenir à cet éternel problème du partage des biens communaux qui n'est toujours pas réglé, ni même en voie de règlement, car les experts n'ont pas encore déposé de conclusions. Du coté du financement des dépenses à venir, la commune est autorisée le 28 juin 1849 par le Conseil de préfecture à vendre aux enchères publiques sur une mise à prix de 3.000 francs, 4.000 chênes verts dans le bois communal de Carrapone situé à la plage. Le produit de cette vente sera affecté aux frais que vont entraîner les mesures à prendre pour l'exécution des dispositions judiciaires intervenues au sujet des terres communales de Coti et Chiavari. D'autre part pour éponger le passif, le Préfet inscrit d'office le 24 novembre 1849 sur le budget de la commune la somme de 1100 francs qu'il convient de rembourser à M GROSSETI, pharmacien à Ajaccio, qui l'a payée à M ROUX avoué près la Cour d'appel d'Aix. Tout cela est très bien, mais ne fait pas avancer le partage des biens communaux, et la population manifeste à nouveau sa grogne. Mais un autre gros problème a surgi : des biens de l'église ont été usurpés par des habitants du village. Le maire Jean Baptiste STEFANI en avait fait part au Préfet dès le 25 mai 1847 en citant les coupables et en demandant au Préfet l'autorisation pour le trésorier de
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les poursuivre, ce qui avait été accordé le 9 juin. Les parcelles en cause sont la propriété de la fabrique de Frasseto par décret de Monseigneur Biabien Justinien, évêque d'Ajaccio, en date du 21 août 1622, et par divers legs pieux inscrits sur le livre de l'église96. A la suite d'une nouvelle demande du 11 septembre 1849 faite par le nouveau maire qui est maintenant Joseph FRANCESCHI, le Préfet donne dès le 13 l'autorisation de réunir le conseil de fabrique pour réprimer les usurpateurs. C’est un nouveau procès qui commence. Les populations des villages de Campo, Frasseto, Quasquara et Zevaco commencent aussi à s'inquiéter des motifs réels de la création par décision du Conseil de préfecture du 17 juillet 1849 d'une commission syndicale de 10 membres dans les hameaux de Coti et Chiavari pour donner son avis sur le projet et les conditions de séparation de ce hameau de leurs communes. Le prétexte est qu'il n'y a pas de continuité territoriale entre le hameau de Coti et ces communes. C'est effectivement une grande enclave d'environ 10.000 hectares, séparée des chefs lieux de commune par les communes de Zigliara, Albitreccia et Cognocoli, et les règlements du cadastre dont on fait état opportunément prescrivent formellement la suppression des enclaves. On l'apprendra rapidement : il ne s'agit pas cette fois d'installer dans la nouvelle commune des familles françaises ou grecques, mais un pénitencier agricole qui s'étendra sur une grande partie des terres dépendant auparavant des communes de Frasseto et Quasquara englobant même Graticella qui a donné lieu à l'affaire du carré de papier. L'avis des communes concernées et des juges de paix des cantons de Santa Maria Siché et de Zicavo est sollicité, mais on n'en tiendra guère compte. Et le 19 avril 1851 le Conseil de préfecture estime qu'il y a lieu de distraire des communes de Campo, Frasseto, Quasquara et Zevaco les enclaves connues sous le nom de Coti et Chiavari et de les ériger en commune distincte sous la dénomination de Coti-Chiavari et d'agréger la nouvelle commune au canton de Santa Maria Siché avec lequel elle confine. Il faudra un an au corps législatif pour adopter le 18 mai 1852, après un rapport du député Séverin ABBATUCCI, le projet de loi portant création de la commune de Coti-Chiavari qui s'étendra sur
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près de 10.000 hectares provenant pour 537 de Campo, pour 3241 de Frasseto, pour 4046 de Quasquara et pour 1921 de Zevaco. Le député rappelle qu'«exposés à toutes les horreurs de la piraterie, les populations du littoral de la Corse furent obligées, pour se soustraire aux attaques incessantes des barbares, dans un temps bien éloigné du notre, de se réfugier sur le sommet des montagnes, et de vivre au milieu des forêts où elles finirent par se créer des habitudes. Depuis, et seulement après que la Corse fut devenue partie intégrante de la France, les populations ont osé demander au sol fertile du littoral des ressources que le terrain ingrat des montagnes leur refuse. ». Ce temps bien éloigné se situe dans les années 1570 au cours desquelles se produisirent de nombreuses incursions turques qui s'achevèrent par la destruction du village de Coti. Le texte de la loi précise que «les dispositions qui précèdent auront lieu sans préjudice des droits d'usage et autres qui pourraient être respectivement acquis. » Avec la création de Coti-Chiavari un nouveau et interminable contentieux vient de s'ouvrir, car la commune de Frasseto, propriétaire de nombreuses terres sur le territoire de la nouvelle commune entend bien le rester. La première escarmouche va se produire après l'adjudication par Paul LEONARDI du fermage d'une partie de ces biens que la nouvelle commune conteste aussitôt. La procédure entre les deux communes ne fait que commencer et on attend toujours aujourd'hui un règlement. Il y a de plus un malaise à la suite du mariage à Ajaccio du nouveau maire Joseph FRANCESCHI, fils de Pulvareddu. Une partie du conseil municipal lui reproche, par ses trop longues absences, de négliger les affaires de la commune alors que les difficultés qu'elle connaît, principalement pour le partage des biens communaux, exigent sa présence et la plus grande vigilance. Pour résumer, on lui tient rigueur de consacrer plus de temps à sa jeune épouse qui est ajaccienne qu’à la commune dont il est le maire. Il prétend quant à lui que sa présence à Ajaccio est précisément justifiée par le problème de l’expertise qui nécessite des contacts constants avec l'administration et les experts qui sont chargés de délimiter les biens à partager. Il finira cependant par démissionner pour laisser la place à Jean Marie LANFRANCHI qui sera nommé le 11 mars 1852. Pour terminer sur les perspectives qui s'offrent à la région,
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voici ce qu'en pense le journaliste G. MARCHI dans un article intitulé «De la décolonisation de la Corse» paru dans le Journal de la Corse du 25 janvier 1853 : «...........Il faut donc attirer en Corse les continentaux et faire en sorte de les y établir d'une manière convenable pour eux et profitable pour nous. Par quel moyen pourra-t-on obtenir ce résultat ? par la colonisation. Quels sont les éléments de colonisation que nous avons ? Nous l'avons déjà dit : faire un essai en achetant les 5.000 hectares de terres communales de La Costa, situées dans le golfe d'Ajaccio. » «...........La possession des autres terres (de La Costa) a été jusqu'ici et est encore une source de malheurs et de querelles interminables entre les communes limitrophes qui la revendiquent et les habitants qui en jouissent. Ces querelles ont engendré des inimitiés envenimées et porté la misère et la désolation dans les familles. Il n'y a pas eu seulement des procès civils qui ont occupé le tribunal d'Ajaccio, les Cours de Bastia, d'Aix et la Cour de cassation, mais il y a eu aussi des procès correctionnels et criminels, qui ont en quelque sorte dépeuplé des hameaux entiers. Cette question de possession traînée depuis trente ans de tribunaux en tribunaux, a été rendue plus difficile à résoudre aujourd'hui que jamais. Il s'agit principalement de reconnaître quelles sont celles de ces terres qui, avant 1824, avaient été défrichées, mises en culture et closes ; quelles sont les maisons qui avant la même époque étaient bâties ? En attendant que des experts aient été nommés, et déjà tous ceux que le tribunal a désignés jusqu'ici ont refusé cette périlleuse mission, on défriche, on cultive, on clôt, on bâtit, afin de faire valoir une longue possession ou d'obtenir une forte indemnité. On conçoit quelles difficultés la solution de cette question de possession présente, et à quels autres motifs de querelles et de procès elle peut encore donner lieu, le projet que nous présentons pourrait seul amener les parties à un arrangement amiable. » Toutes ces difficultés se présentent à la commune au moment de la création du pénitencier agricole de Chiavari dont le grand intérêt sera de procurer de nombreux emplois dans le canton et dont l'activité s'exercera pendant une cinquantaine d'années. Les procédures judiciaires ne se réduiront pourtant pas au
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cours des années qui vont suivre. D'août 1851 à juillet 1855 le maire de Frasseto sera autorisé cinq fois à plaider par le Conseil de préfecture soit contre des particuliers, soit contre la nouvelle commune de Coti-Chiavari qui est maintenant la seule avec laquelle il subsiste des litiges.

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Présentation personnages
Antoine ANTONA dit Scalonu

des

principaux

Né le 15/2/1813, décédé après 1883. Un des principaux soutiens des bandits qui gardent le maquis : ses frères Nicolas et Pascal et ses cousins issus de germains Sébastien et Joseph dit Fiacconu ANTONA. Arrêté le 23 Août 1846 sur mandat de justice et conduit à Ajaccio, est absent du village lors de destruction des quatre bandits. Libéré, est à nouveau arrêté début 1847 et condamné à 6 mois de prison plus les frais 105,10 francs pour avoir tué des animaux appartenant à Joseph POGGI de QUASQUARA qui se trouvaient dans son enclos. A participé aux dernières négociations pour l’élaboration du traité de paix. Joseph Antoine ANTONA dit Fiacconu, bandit Né en 1806 environ, décédé le 12 octobre 1846. Enlève à deux reprises, en 1831, Marie Françoise FRANCESCHI dite Cicchetta. Prend le maquis avec son frère après avoir assassiné Antoine MARIANI en 1832. Est responsable de nombreux assassinats et autres exactions. S’exile en Sardaigne. En 1844 une prime de 600 francs est offerte pour sa capture ou sa destruction. La prime est portée à 2000 francs en 1846. Est tué le 12 octobre 1846 par des habitants de Frasseto. Le lendemain de sa mort, son épouse (ou compagne), donne naissance à un fils qui sera prénommé Joseph. Sébastien ANTONA, bandit

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Né en 1805 environ, décédé le 14 octobre 1846. Fils aîné d’une famille de cinq enfants dont le bandit Joseph Antoine dit Fiacconu et trois sœurs. A pris le maquis avec son frère après l’assassinat d’Antoine MARIANI en 1832. Soupçonné d’avoir participé à l’assassinat d’Ange François FRANCESCHI en 1835. Se réfugie en Sardaigne où il fonde une famille. Est présent à Grosseto (Corse-du-Sud) avec ses trois sœurs lors d’une vente chez le notaire en septembre 1843. Est tué lors d’une embuscade tendue par les voltigeurs corses le 14 octobre 1846. Jean Félix BIANCHI dit Feliciolu Né en 1799, décédé le 11 octobre 1847. Originaire de la commune voisine de Campo. Son prénom courant est Félix. Est maréchal ferrant à 19 ans, s’installe à Ajaccio vers 1822 où il est tailleur d’habits à son mariage, puis commerçant. Fait partie des notables d’Ajaccio. Est l’allié des bandits ANTONA. Dénonciateur d’un faux acte d’État civil et de la thèse des gendarmes sur la destruction des bandits ANTONA. Vainqueur de nombreux procès dont un contre la commune de Frasseto. Est assassiné le 11 octobre 1847 à Ajaccio. Ses présumés assassins sont acquittés. Dominique FRANCESCHI dit Pulvareddu Né en 1787 décédé après 1852. Elu conseiller municipal, est révoqué en 1825 pour refus d’assister aux délibérations. Est accusé en 1831 puis en 1843 par les maires d’avoir usurpé des terres. Participe au meurtre de Dominique CANAVAGGIO en 1845. Prend le maquis.
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A choisi de s’exiler après la signature du traité de paix de Frasseto. Condamné par défaut en 1852 à 20 ans de travaux forcés pour avoir été témoin à la déclaration d’un faux acte de décès. Jean Baptiste FRANCESCHI dit Ribugliu Né en 1796. Se marie à 18 ans. Décédé en 1854. Conseiller municipal en 1825. Est un des chefs du parti des FRANCESCHI. Condamné le 4/7/1845 pour avoir, avec ses fils et d’autres, saccagé des terres cultivées par Félix BIANCHI. Arrêté le 5/7/1845 avec son fils Xavier pour la fabrication d’un faux acte de décès. Acquitté à Bastia le 15/5/1846. Condamné à 6 jours de prison pour avoir outragé le Maréchal des Logis de Coti le 25/12/1853. Joseph Marie FRANCESCHI dit père Jean François Né le 14/11/1746, décédé après 1803. Vêture de clerc le 10/25/1766. Est au couvent des Franciscains d'Ajaccio où il déclare le 25 août 1791 vouloir abandonner la vie commune. Reçoit une pension trimestrielle de 175 francs. Il deviendra dans le canton l'un des chefs de la rébellion contre les Français et sera membre du Conseil général de la Corse présidé par PAOLI. Le 24/12/1800 est à la tête des insurgés du canton d'Ornano. Demande et obtient l’amnistie le 27/5/1803. Marie Françoise FRANCESCHI dite Cicchetta Née le 9 mars 1810 décédée en 1905 environ. Son enlèvement en 1831 -avec ou sans son consentement- par Joseph Antoine ANTONA dit Fiacconu a été à l’origine d’une longue et sanglante inimitié entre les familles ANTONA et FRANCESCHI. S’est mariée en 1838 et a créé une grande famille. Sa famille a été particulièrement éprouvée pendant l’inimitié de 1832-1846.
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Pierre-Joseph FRANCESCHI ex-père Jean Baptiste Baptisé à Frasseto le 25 janvier 1766 décédé en 1833. Vêture du jeune dévot Pierre-Joseph de Frasseto le 24 mai 1775 ; accepté comme clerc par François Antoine GROSSETO le 19 octobre 1785. Le 22/8/1786 est admis par le père Nicolas d'Azilone à la solennelle profession de la religion catholique. Le 25/8/1791 il déclare au couvent d'Ornano vouloir abandonner la vie commune et se retirer dans le district d'Ajaccio. Il reçoit en 1792 une pension trimestrielle de 175 francs. Participe aux combats des Paolistes contre les républicains au cours de l’année 1793. Participe aux combats contre les républicains en 1797 ; lui et ses amis connaissent la défaite à Eccica Suarella selon les républicains qui proclament leur victoire le 12 octobre 1797. Elu agent (maire) de Frasseto le 27 avril 1798 est suspendu le 1er novembre 1799. Epouse Marie Madeleine PIERLOVISI vers 1803 et aura trois enfants. Fait partie des sept propriétaires de Frasseto au recensement de 1818. Le 10/11/1830 est nommé maire de Frasseto. L’enlèvement de sa nièce Cicchetta en août 1831 alors qu’il est encore maire déclenchera une longue inimitié au cours de laquelle son gendre et ses deux fils seront tués. Jean François MARIANI dit Macconu Né le 27 octobre 1778, fils du notaire. Décédé en 1868. Epouse le 12 juin 1809 Marie Anne FRANCESCHI de qui il aura une fille Marie Xavière le 10 septembre 1817 dont le mari, Dominique CANAVAGGIO du village voisin de Campo, trouvera la mort en 1845 dans l’inimitié de Frasseto. Dominique CANAVAGGIO est le neveu germain de Jean Félix BIANCHI. Fait partie des sept propriétaires de Frasseto au recensement de 1818. Hérite des biens de Xavier Antoine MARIANI, frère célibataire de
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son père. Épouse en 1849 Marie GIOVONI, âgée de 17 ans et originaire du village voisin d’Azilone et de près de 50 ans sa cadette. Deux filles survivent de cette union : Marie Xavière qui épousera Louis SUSINI officier d’Académie et maire de Frasseto ; Livie qui épousera Joseph ANTONA, géomètre et maire de Coti-Chiavari. Est le trisaïeul de celui qui sera pendant un demi siècle le chanteur de charme le plus populaire de France.

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Renvois
Abréviations : AN= Archives Nationales ADCS= Archives départementales de la Corse-du-Sud ADHC= Archives départementales de la Haute Corse SHAT= Service Historique de l'Armée de terre [1] Pierre ANTONETTI SAMPIERO Soldat du Roi et rebelle corse [2] Antoine Marie GRAZIANI et José STROMBONI: Les feux de la Saint Laurent [3] Loi du 23 mars 1843 [4] AN Q 1 298/1B [5] ADCS Plan terrier [6] SHAT I 86 [7] AN F 1 c V Corse/2 [8] ADCS 3 U 1/8 [9] ADCS 3 U 1/10 [10] ADCS 3 U 1/11 [11] ADCS 1 C 106 [12] ADCS 1 C 61 [13] AN Q 1 297/1 [14] ADCS 3 H 114 [15] CASANOVA-ROVERE La Révolution française en Corse p 85. [16] AN F 1 Q 1 297/2 [17] ADCS 1 C 104 [18] ADCS 1 C 108 [19] AN F 7 3667/1 [20] SHAT MR 1099 [21] ADCS Q1 298/1 [22] ADCS 3 L 2/50 [23] ADCS 1 C 516 [24] ADCS 3 E 812 [25] ADCS 5 K 4 [26] ADCS 3 E 2641
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[27] ADCS SHAT I 84 [28] ADCS 3 U 1/48 [29] ADCS 14 J 8 [30] ADCS 4 K 20 [31] AN F 1c Corse/6 [32] ADCS 3 E 2373 [33] ADCS 2 Q 25 [34] SHAT I 955 [35] AN F 3 II Corse/1 [36] AN F 3 II Corse/4 [37] Voeu de Coti Chiavari [38] AN F 7 3963 [39] ADCS 2 O 119/1 [40] AN F 3 II Corse/6 [41] AN F9 II Corse/2 [42] ADCS 5 K 9 [43] ADCS 4 M 85 [44] ADCS 4 M 166 [45] ADCS 2 O 119/4 [46] ADCS 2 M 118 [47] ADCS 4 M 125 [48] ADCS 4 K 29 [49] ADCS 4 K 9 [50] ADCS 1 Q 87 [51] AN AF II/1 [52] SHAT I 84 [53] Zicavu Una mimoria par dumani, page 205. [54] SHAT MR 431 [55] ADCS 1 Q 24 [56] ADCS 3L 1/1 [57] ADCS 3 L 1/17 [58] ADCS 4 L 68 [59] SHAT I 85 [60] ADCS 1 M 247 [61] AN F7 5929 [62] ADCS 4 M 114 [63] ADCS 1 R 111
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[64] ADCS 3 M 115 [65] Gazette des Tribunaux 18/7/1847 [66] ADCS 1 R 366 [67] Gazette des Tribunaux 18/1/1835 [68] AN F 9 170 [69] ADCS 3 U 1/114 [70] ADCS 4 M 126 [71] AN F 7 3966 [72] ADCS 4 M 127 [73] AN F 7 12241 [74] ADCS 3 E 2617 [75] ADCS 4 M 128 [76] ADCS 2 Y 1/5 [77] AN F 3 II Corse/5 [78] ADCS 9 J 153 [79] Ch FINIDORI Corsica Maritima [80] ADCS 5 K 11/2 [81] ADHC 2 U 40 [82] AN BB 20 170/2 [83] ADCS 4 U 8/2 [84] AN BB 20 134 [85] ADCS 4 M 129 [86] ADCS 3 U 1/116 [87] VERSINI Vieilles affaires et procès oubliés [88] SHAT Xf 222 [89] ADCS 1 M 258 [90] ADCS 4 K 41 [91] ADCS 4 M 131 [92] ADCS 3 U 1/116 [93] AN BB 20 146 [94] ADCS 4 M 137 [95] ADCS 4 K 8 [96] ADCS 5 V 44

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Bibliographie
Joseph ANTONA Chiavari du 4 mars 1919 Pierre ANTONETTI corse 1498-1567 J.T (L Col) BIANCAMARIA ses souffrances. CASANOVA-ROVERE CASANOVA-ROVERE française. Charles FINIDORI Paul Mathieu DE LA FOATA della pieva d'Ornano Dom Jean Baptiste GAI GRAZIANI-STROMBONI, Jean GUERRINI-GRAZIANI bandits d'honneur Pierre Paul PERETTI René SEDILLOT Xavier VERSINI Xavier VERSINI Xavier VERSINI temps de Mérimée. Stephen WILSON dix-neuvième siècle Contributions Vœu du Conseil municipal de CotiSAMPIERO Soldat du Roi et rebelle La Corse dans sa gloire, ses luttes et La Révolution française en Corse. Peuple corse, révolutions et nation Corsica maritima Poesie Giocose in lingua vernacola La tragique histoire des corses. Les feux de la Saint Laurent. La guerre des contumaces ou les Campo, Corse. La grande aventure des Corses Un siècle de banditisme en Corse. Vieilles affaires et procès oubliés. La vie quotidienne en Corse au Vendetta et banditisme en Corse au Zicavu. Una mimoria par dumani. ***

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ANNEXES
Annexe I Cahier de doléances de Frasseto aux États Généraux de 1789 Traduction du cahier de doléances de Frasseto Aujourd'hui, vingt (trente1) avril 1789 à Frasseto. Assemblée de la communauté de Frasseto, piève d'Ornano, province d'Ajaccio. L'Assemblée présente ses doléances, c'est-à-dire les demandes à formuler par messieurs les députés désignés dans le procès verbal, ainsi qu'il suit : 1- (Elle précise) que la communauté de Frasseto se trouve sur un terrain de montagne stérile, infécond et improductif par nature : en effet il est impropre à la culture des blés, si ce n'est tous les trente ou quarante ans2, tant il est couvert de maquis, de pierres et de rocs. 2- (Elle Ajoute) que, pour ce qui est nécessaire à la vie, aussi bien des personnes que de leur cheptel, elle retirait leur subsistance de tous les vivres et fruits des terres du littoral (et, par-dessus tout, des biens maritimes ci désignés) qui aujourd'hui lui ont été enlevés par les Illustres Seigneurs suivants : Comte de ROSSI dans le comté de l'Isolella et du Rupione ; Comte Démétrios de COMNENE dans le comté de Chiavari et de Pozzaccio ; Seigneur FLORI, dans le comté de la Castagna. Ces biens étaient constitués : Par deux grands enclos dignes de considération, des vignes, des prés, des potagers, des jardins, des olivettes, des maisons et autres habitations de branchages, des arbres tuteurs de ceps de vigne ; De plus, par quelques terres planes libérées des eaux des marais et étangs qui les rendaient impropres à la culture ; de surcroît, par des forges, des moulins, le tout édifié sur le dit territoire par les habitants
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comme en existent encore, pour preuves, quelques vignes de la dite communauté. 3- Il faut croire que de tels comtés ont été concédés à ces mêmes Comtes sur la base de requêtes entachées de dissimulations et extorqués par surprise à la munificence de notre grand monarque régnant, avec obligation pour les comtes de les rendre encore plus productifs, en édifiant, améliorant et construisant des maisons d'habitation. Au lieu de cela, ils ont détruit et jeté à terre tout ce qui avait été édifié pour l'utilité et la subsistance du dit peuple. Bien mieux ces mêmes comtes ont astreint les habitants, sur les dites terres drainées, au paiement de la moitié du droit au bail fermier, au paiement du quart de ce droit sur les autres terres, et cela aux dires d'experts de leur confiance choisis par eux-mêmes. De plus ils leur font payer deux francs l'an pour chacune de leurs bêtes de somme, vingt sous par tête de trait, dix sous pour chaque truie et deux sous par tête de brebis et de chèvre, et tout cela en préjudice des dîmes dues aux curés et sans déduction, de même, du vingtième dû à sa majesté. 4- Au rebours de la compassion et de la charité (attendues) des susdits habitants, les dits comtes ont coupé des arbres porteurs de ceps au nombre de 72 dans le comté de ROSSI, et ont de plus, dans les dits comtés interdit aux habitants de pouvoir faire des échalas, (de ramasser) du bois, (d'extraire) des souches de bruyère, de chasser volatiles et autres gibiers ; de même ont été coupés dans l'autre comté de COMNENE des arbres porteurs de vigne jusqu'au nombre d'environ 90 dont les raisins restauraient et désaltéraient les pauvres habitants. 5- Ainsi amputée la communauté de Frasseto par la suppression des biens susdits, (ses habitants) furent contraints de se retirer sur le territoire de Coti avec l'espoir d'en jouir selon la juste propriété, à l'usage paisible assuré de temps immémoriaux par eux et par leurs ancêtres. Mais même cela leur est contesté par les Domaines du Roi : sur ce territoire, ils payent encore les mêmes aggravations (de charges) que dans les susdits comtés, au sujet de quoi se poursuit le procès devant le Conseil Supérieur de Bastia afin qu'il redevienne libre sans aucune
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aggravation de charges. Aujourd'hui existent, sur le territoire de Coti, l'église sous l'invocation de Saint Jean-Baptiste, ensemble 72 sites de maisons. Nombre d'entre elles ont été refaites avec l'espoir d'y cohabiter et s'y domicilier, ce pour quoi les habitants auront édifié et constitué moulins, enclos, prés, potagers, jardins, fontaines, fours à chaux, arbres tuteurs de ceps de vigne, figuiers, poiriers, et toute autre espèce d'arbres fruitiers. En conséquence, la dite communauté se retrouvant dans des misères extrêmes, avec pour seul appui la bonté de Sa Majesté, (lui demande) de la libérer d'un tel surcroît de charges. 6- Notre communauté demande la diminution du prix du sel et la déduction du montant des droits de douane sur les marchandises qui s'achètent chez les marchands, avec l'enchérissement des marchandises que viennent à payer dès lors les peuples aux dits marchands, et que cela se pratique aussi sur le fer et l'acier. Que soit faite la déduction des semences de grain sur (l'assiette) de l'impôt du vingtième et que cette déduction soit pratiquée de même sur (l'assiette) des dîmes. (1) Surcharge. Les assemblées se tenaient le dimanche, ce qui est le cas du 20 avril. Les doléances peuvent avoir été votées ce jour là, et le cahier avoir reçu les signatures le mercredi 30, après mise au propre. (2) Assolement trentenaire par brûlis ? De plus, elle désire ardemment qu'en cas de vacance d'office par décès ou par d'autres accidents, soient installés et investis les sujets aptes de la dite nation corse. Elle demande que dans chaque juridiction soient formés des magasins bien pourvus de grains, seigles et orges pour l'entretien et l'alimentation nécessaire des populations et des pauvres dans les années de rareté, de pénuries et de ces disettes qui peuvent se produire, moyennant leur symbolique participation financière et... 7- ...que soit mis sur pied le Collège ou le séminaire, fondé dans la cité d'Ajaccio par monseigneur Frère Pierre SPINOLA, d'heureuse
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mémoire, pour l'éducation de vingt quatre élèves pour toute la susdite juridiction, (sachant que) y a été affecté le revenu, non seulement suffisant, mais de plus surabondant, pour l'entretien du nombre d'élèves précité. 8- L'ignorance s'accroissant, tant dans le clergé, que dans le domaine laïc, par défaut de maîtres pour les instruire et les rendre aptes pour occuper et satisfaire aux emplois auxquels ils pourraient accéder, ainsi que pour l'intérêt des personnes misérables, l'unique moyen (pour y remédier) serait que dans les maisons de Mineurs Observants se trouvent trois enseignants pour la première, deuxième et troisième classe, lesdits religieux étant entretenus par les bienfaiteurs et habitants du ressort de la dite maison monastique. 9- Que dans notre île de Corse soient érigées deux universités, une pour l'Au-delà, et l'autre pour l'En deçà des monts, pour éviter des dépenses excédant leurs possibilités à ceux qui se rendent en diverses parties de la terre ferme à l'effet de pouvoir arriver à obtenir les lauriers conformes au mérite de leurs capacités. 10- Que les évêques respectifs de chaque diocèse puissent dispenser sur tels empêchements les pauvres peuples, spécialement les miséreux, qui portent le poids insupportable des dispenses de tiers à tiers, de quart à quart3, comme le peuvent les évêques du royaume de France. (Que s'y ajoute) la jouissance de tous les privilèges, faveurs et grâces dont jouit l'église Gallicane. 11- L'assemblée du tiers-état demande instamment que soit reconnus la force morale et le courage de ceux qui servent dans la milice, qu'ils puissent être promus aux plus hauts grades sur un pied d'égalité avec les nobles, puisque a été relevée l'injustice manifeste et présente de ne les promouvoir qu'aux derniers grades des plus infimes fonctions de sergents, alors que leur expérience, courage et prouesses méritaient les premiers honneurs, honneurs dont ils ont été frustrés. 12- On ne voit jamais de jugement définitif, sinon avec un délai long de plusieurs années. De sorte que celui qui perd reste dépouillé et que le vainqueur met en gage sa chemise. Cette situation est due aux avocats, lesquels marquent4 sans fin, et à qui il faudrait demander fermement, non seulement un tarif congru, mais encore fixer un terme pour arrêter le total. Ce serait là un très grand soulagement
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pour les pauvres dans l'obligation de plaider contre riches et puissants. 13- Outre cela, pour la plus grande commodité des habitants nationaux Corses, ils désirent vivement, mieux ils attendent, que leur soit accordée la grâce (de l'installation) de fabriques de toutes sortes, c'est-à-dire de linge, de toiles de diverses sortes, de terres cuites, de verres et de cristaux, et chaque autre espèce de (produits) qui se fabriquent dans le royaume de France. 14- Finalement la dite communauté se retrouvant dans une misère extrême avec pour seul appui et ferme espoir la bonté innée de Sa Majesté, demande à être admise à la paisible possession des susnommés comtés. De plus elle demande la liberté, en tant que communauté misérable, d'accéder à l'habitat dans le village de Coti, où se retrouvent d'ailleurs à présent quelques familles. Cela serait l'unique remède pour soulager cette misérable communauté, puisque maintenant où ils sont cantonnés en montagne, il n'est, en effet, plus possible aux habitants de s'alimenter. Aussi, si une telle demande venait à ne pas leur être accordée, seraient-ils contraints d'aller mendiant partout où ils pourraient se procurer de quoi vivre. (3) Au mariage entre cousins (4) Ajoutent au relevé de leurs honoraires. Annexe II Composition des dots Acte de mariage du 9/10/1844 (ADCS 3 E 2553) Dot de 1134 francs : 1 bœuf, 2 vaches, 1 taureau 422 francs 4 ruches, 3 pourceaux, 15 brebis 158 75 mètres de toile corse, 32,5 mètres de drap corse 159 Diverses marchandises 58,10 Manufacture des dites marchandises 10,60 3 moutons 23 En numéraire 304,30
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*** Acte de mariage du 12/10/1844 (ADCS 3 E 2553) Dot de 891 francs 1/2 paternelle et 1/2 maternelle : 2 bœufs 200 francs 1 taureau 60 1 vache 90 20 chèvres, 7 brebis 147,50 5 porcs 60 46,25 mètres de toile corse 57,50 15 mètres de drap corse 32 6 ruches 74 1 caisse en bois 24 Habillement de l'épouse 73,50 Numéraire 72,50 Annexe III Traité de paix du 4 octobre 1847 Ce aujourd'hui quatre d'octobre mille huit cent quarante sept, dans la commune de Frasseto, devant nous, Venture PIOVANACCI, notaire public et royal à la résidence de la commune de GrossetoPrugna, avec droit d'exercice dans le ressort de la justice de paix du canton de Santa Maria Siché, arrondissement d'Ajaccio, département de la Corse, en présence des Messieurs FRESNAU, Préfet de la Corse, Officier de la Légion d'Honneur, PAOLI, procureur du Roi d'Ajaccio, TORRESI, curé du canton de Santa Maria Siché, NUNZI, curé de Frasseto, STEFANI Jean Baptiste, Maire de Frasseto, PIETRIN, Lieutenant de Gendarmerie à Santa Maria Siché, COLONNA d'ISTRIA Pompée, propriétaire à Bicchisano, ORNANO François Antoine, maire de Santa Maria Siché, PRUNETTI Pierre, maire de Campo, GROSSETI Pierre Augustin, maire de GrossetoPrugna, GIOGANTI Antoine, maire de Cardo, COLONNA BOZZI Antoine, maire d'Albitreccia, FOATA Jean Baptiste, maire d'Azilone et FOATA Toussaint, curé de Quasquara, sont comparu les habitants de Frasseto soussignés; ceux qui ne savent pas signer ont fait une croix et le maire et un témoin ont signé pour eux lesquels ont déclaré que
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Voulant mettre un terme aux longues et cruelles inimitiés qui ont désolé leur pays et qui le désolent encore, ils prennent l'engagement solennel, devant Dieu et devant les personnes susnommées ici présentes, d'oublier tous leurs ressentiments, de sacrifier leurs animosités personnelles à la tranquillité de leur commune et au repos de leurs familles. Ils se promettent réciproquement et sans aucune réserve de se respecter dans leurs personnes et dans leurs propriétés, de vivre entre eux dans la meilleure intelligence et de concourir de tous leurs efforts, même de leur dévouement, au rétablissement durable dans leur pays de la paix et de la concorde ; déclarent dans leur âme et conscience et du plus profond de leur cœur que la présente réconciliation est sincère et véritable et demandent que Dieu qui les voit et les entend, punisse lui-même ceux qui viendraient à manquer à leurs serments. Les FRANCESCHI s'engagent spécialement à livrer entre les mains de la justice ou à faire embarquer leurs deux parents FRANCESCHI, Dominique dit Pulvareddu et FRANCESCHI, Joseph Antoine, qui sont sous mandat d'amener, lorsqu'une occasion favorable se présentera de mettre à exécution l'une de ces deux mesures. Les soussignés se donnent réciproquement pour garants des présentes conventions l'honneur de leur parole et la Sainteté de leurs serments, et en outre pour caution ils offrent ORNANO François-Antoine, maire de Santa Maria Siché, PRUNETTI Pierre, maire de Campo, GROSSETI Pierre-Augustin, maire de Grosseto-Prugna, GIOGANTI Antoine, maire de Cardo, COLONNA BOZZI Antoine, maire d'Albitreccia, et FOATA Jean Baptiste, maire d'Azilone lesquels répondent personnellement de la sincérité de la présente réconciliation. Dont acte lu. Fait à Frasseto le quatre octobre mille huit cent quarante sept. Suivent : - pour les habitants de Frasseto 42 signatures et 10 croix pour ceux qui ne savent pas signer. - pour les maires 6 signatures - pour les ecclésiastiques les signatures de 2 curés et 3 desservants - puis les signatures de PIETRIN lieutenant de Gendarmerie, de COLONNA d'ISTRIA propriétaire à Bicchisano, de PAOLI
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procureur du Roi, de FOATA Prof. d. Sém (non cité parmi les personnalités présentes et qui pourrait être Paul Mathieu de la FOATA futur évêque d'Ajaccio) et enfin du Préfet. (Copie de l'original ci-après)

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Annexe IV Le message du recteur NUNZI ( baptêmes de l'année 1846)

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PRÉFACE......................................................................................................5 Avant-propos.................................................................................................9 La communauté de Frasseto......................................................................11 Frasseto aujourd’hui................................................................................11 L’ancienne communauté de Frasseto.......................................................14 L’évolution du village...............................................................................17 La lutte pour les terres de montagne.........................................................21 Disputes avec les voisins pour les terres d’Arusula.................................21 Visées de l'État sur les terres d'Arusula...................................................25 Les luttes pour les terres de la plage.........................................................27 Le territoire de Chiavari et l’eau empoisonnée........................................27 L’attribution de concessions.....................................................................30 Le territoire de Coti..................................................................................31 Le saccage des concessions......................................................................36 Cupabia et la dispute avec la famille ORNANO......................................40 Litiges sur les biens intercommunaux......................................................46 Les biens communaux.................................................................................49 Des disputes entre eux..............................................................................49 Partage et fermage des biens communaux...............................................50 Le procès pour les biens communaux.......................................................52 L’arrêt de la Cour de Bastia.....................................................................57 Les fermiers des biens communaux en difficulté......................................63 Premier partage de biens communaux.....................................................65 Le pourvoi en cassation............................................................................68 Les arrêts de la Cour de cassation et de la Cour d’Aix...........................70 La gestion communale................................................................................78 Pierre-Joseph, ex-moine.............................................................................84 Un nouveau maire à Frasseto..................................................................84 Le passé de Pierre-Joseph........................................................................85 Le combat avec les paolistes....................................................................88 Le départ de l’inimitié..............................................................................101 L’enlèvement de Cicchetta......................................................................101 La récidive..............................................................................................105 La première victime................................................................................107 Crimes et délits..........................................................................................113 Un enfant meurtrier................................................................................113 Nouvelles victimes de l’inimitié..............................................................116 La fin d'une bande de douze bandits......................................................135 Une femme courageuse...........................................................................137 L'affaire de Quasquara ou du carré de papier......................................142 L’escalade..................................................................................................164 288

Jean Félix BIANCHI et les terres d’Agnone..........................................164 Le saccage des terres usurpées..............................................................169 Le faux acte de décès..............................................................................173 L’assassinat de Dominique CANAVAGGIO...........................................177 Le procès de Joseph Antoine FRANCESCHI.........................................182 La vengeance sauvage............................................................................186 La détermination des autorités contre les bandits..................................190 La fin des bandits......................................................................................195 L'embuscade du Carponu.......................................................................195 La destruction des autres bandits...........................................................200 L’effervescence.......................................................................................202 Les récompenses.....................................................................................207 La recherche de la paix..........................................................................211 Joseph MILIANI et consorts aux assises................................................217 La paix....................................................................................................222 La fin de Jean Félix BIANCHI................................................................230 Le vingtième mort...................................................................................230 Le procès des présumés assassins de BIANCHI.....................................240 La vie reprend son cours..........................................................................252 Présentation des principaux personnages...............................................264 Renvois.......................................................................................................270 Bibliographie.............................................................................................274 ANNEXES.................................................................................................276 Annexe I Cahier de doléances de Frasseto aux États Généraux de 1789 ................................................................................................................276 Annexe II Composition des dots.............................................................280 Annexe III Traité de paix du 4 octobre 1847..........................................281 Annexe IV Le message du recteur NUNZI ( baptêmes de l'année 1846)287

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