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KASEY MICHAELS

Le passé ennemi
1.
— Signez ici... et ici, murmura Lorraine Nealy en désignant du doigt le bas des documents
soigneusement tapés qu'elle venait de poser sur le bureau de son patron.
Les petites flèches de papier jaune qu'elle avait apposées aux mêmes endroits étaient déjà
suffisamment explicites, mais Harrison Coltons ne dit rien. Il avait compris, depuis longtemps,
qu'interrompre Lorraine au milieu de son travail la faisait invariablement recommencer à la case
départ. Il avait presque fini de signer les contrats, et n'avait nulle envie de reprendre depuis le début.
— Lorraine, dit-il enfin, tandis que son assistante personnelle — qui tenait fermement à ne pas être
assimilée à une simple « secrétaire » — récupérait les contrats, que deviendrais-je sans vous ?
— Vous vous étioleriez peu à peu, et vous finiriez par dépérir, répondit Lorraine de ce ton midictatorial, mi- taquin dont elle usait avec son patron. Votre entreprise tomberait en ruine et, croyezmoi, je ne voudrais pas être là pour voir ça, monsieur !
Agée d'une cinquantaine d'années, Lorraine travaillait pour Coltons Media Holdings depuis trente
ans. Au fil du temps, elle s'était convaincue que l'entreprise tournait exclusivement grâce à ses bons
et loyaux services. Elle avait été l'assistante personnelle de Frank Coltons jusqu'au jour où celui-ci
avait passé les rênes à son plus jeune fils, Harrison. A présent, elle dirigeait CMH « par le
truchement de Harrison », comme elle se plaisait à le dire à quiconque le lui demandait - ou même
sans qu'il fût nécessaire de le lui demander.
Harrison répondit par un sourire complice, se leva et saisit sa veste bleu marine posée sur le dossier
de son fauteuil.
— Parfait ! CMH étant en d'aussi bonnes mains, je peux donc partir tôt, aujourd'hui. A moins que
vous n'ayez encore besoin de ma superbe signature ?
— Non, tout est réglé ! Mais votre col est mal mis, ajouta-t-elle sans transition.
Harrison s'empressa aussitôt de redresser le col de sa veste, puis il resserra machinalement le nœud
de sa cravate à rayures bleues et bordeaux. Malgré ses trente et un ans, il n'avait pas encore adopté

l'habitude, à présent en vigueur chez CMH, de venir sans cravate le vendredi. En revanche, il avait
volontiers souscrit à la possibilité offerte à chacun de travailler chez soi le dernier jour de la
semaine. Il n'était venu que pour signer divers contrats, et il souhaitait à présent entamer son weekend au plus tôt. Il lissa de la main ses cheveux noirs comme du jais, avant que Lorraine n'eût le
temps de le comparer à un hérisson, et attrapa sa serviette.
— Je peux m'en aller maintenant, Lorraine ? S’enquit-il tout en se dirigeant vers la porte.
— Eh bien..., commença Lorraine.
Surpris, Harrison s'arrêta et la regarda d'un air interrogateur.
— Non, ce n'est rien, poursuivit-elle. Je vais renvoyer cette dame. Vous n'avez qu'à sortir par le
couloir.
— Une dame ? Qui donc ?
Intrigué malgré lui, il lança un regard vers la porte fermée qui menait au bureau de Lorraine et au
hall d'accueil.
Lorraine serra les contrats contre elle et roula ses yeux bleu pâle.
— Une dame qui attend dans mon bureau depuis une heure déjà, et qui ne comprend pas qu'elle
perd son temps. Vous voyez le genre.
— Un rendez-vous ? Non. Je ne donne jamais aucun rendez-vous le vendredi après-midi. Et elle
n'est pas partie ? Attention, Lorraine, vous êtes en train de perdre toute votre autorité ! D'ordinaire,
le monde tremble lorsque vous dites non. C'est en tout cas l'effet que vous me faites..., ajouta-t-il
d'un ton provocateur.
— Je lui ai dit que vous la recevriez peut-être, avoua Lorraine, si doucement que Harrison dut
s'approcher d'un pas afin d'entendre ses paroles.
— Peut-être ? Vous avez dit peut-être ? répéta Harrison sincèrement impressionné. Lorraine, vous
ne dites jamais « peut-être » ! Je vous ai déjà entendue dire « oui », « non » ou « jamais de la vie »,
mais jamais « peut-être » ! Que veut cette dame ? Est-ce qu'elle milite pour la protection des
caniches abandonnés et a touché votre unique point faible ?
— Les caniches sont rarement abandonnés, monsieur Coltons, répondit-elle, piquée au vif. Ce sont
des créatures parfaitement adorables et elles trouvent toujours un foyer d'accueil.
— Surtout chez vous, poursuivit Harrison malicieusement. Combien en avez-vous déjà ? J'ai perdu
le compte... Dix ?
— Six. Et ils attendent tous sagement à la maison que je rentre les nourrir. Aussi, si vous avez fini
de parler pour ne rien dire, veuillez disparaître immédiatement pour que je puisse retourner dans
mon bureau et dire, sans mentir, à cette Mme Hamilton que vous avez fini votre journée.
— Une minute, Lorraine ! Vous avez dit « Hamilton » ? Annette Hamilton ? Non, c'est impossible...
Elle s'appelle Annette O'Meara, maintenant.
Lorraine jeta un coup d'œil à la petite note qu'elle sortit de sa poche :
— Non, pas Annette. Il s'agit d'une Mlle Savannah Hamilton. Je vais lui dire que vous êtes parti.
Voulez- vous que je lui donne un rendez-vous pour le mois prochain ?
Plutôt qu'un rendez-vous pour le mois suivant, Lorraine serait bien avisée de réserver à Mlle
Savannah Hamilton une place à bord de la prochaine navette spatiale à destination de la planète
Mars. Et, dans la foulée, d'expédier également Sam et Annette dans l'espace intersidéral. Ce serait
parfait !
Il se frotta la mâchoire et revint déposer sa serviette sur son bureau.
— Que veut-elle ?
— Ce qu'elles veulent toutes. Un emploi. Elles pensent toutes pouvoir forcer la porte des
ressources humaines, raconter leur « baby blues » en long, en large et en travers, voir leur nom
s'étaler sur un best-seller six mois plus tard et remporter le prix Pulitzer le lendemain. Ne vous
inquiétez pas, je vais me débarrasser d'elle comme j'aurais dû le faire il y a une heure.
— Pourquoi ne l'avez-vous pas fait, alors ? S’étonna Harrison.
Lorraine haussa ses frêles épaules.
— Vous avez sans doute raison. Elle a un air de chien battu. Elle est sur son trente et un et semble
perdue. A vrai dire, elle semblait bien plus embarrassée d'être ici que je ne l'étais de la voir debout

devant mon bureau. Je me suis dit que, peut-être, elle ne cherchait pas un travail... Je crois qu'elle
espère autre chose. J'ai essayé de lui faire préciser l'objet de sa venue, mais elle a répondu que
c'était personnel, et je n'ai rien pu en tirer d'autre. Pensez que même mes cookies maison au beurre
de cacahuète ne l'ont pas amadouée !
— Pas croyable ! Ironisa Harrison. Si elle n'avoue pas sous la menace des cookies au beurre de
cacahuète, alors, la situation est désespérée ! Aucun instrument de torture n'est plus redoutable que
vos cookies !
Il adopta un ton léger pour que Lorraine ne pût rien deviner des sentiments qui l'agitaient, puis,
ayant ôté sa veste, il passa derrière son bureau.
— Je m'étonne que vous n'ayez pas appelé les agents de sécurité pour qu'ils jettent dehors cette
demoiselle Hamilton !
— Moi aussi, répondit Lorraine, la main posée sur la poignée de la porte. Mais je suppose qu'il n'y
a rien à craindre. Vous avez l'air vraiment surpris de sa visite. Il est évident que les problèmes
existentiels de Mlle Savannah Hamilton n'ont rien à voir avec la mise en route d'un petit Coltons. Et
puis, je sais que vous êtes un bon garçon. Du moins, en général... Cela dit, que décidez-vous ? Vous
voulez la voir ?
Harrison s'assit dans le fauteuil derrière le bureau. Il ne prêta aucune attention à la première partie
du discours de Lorraine, car il la connaissait trop bien pour répondre à ses insinuations.
— Faites-la entrer, s'il vous plaît, et ce sera tout pour aujourd'hui. Et inutile de vous inquiéter, j'ai
pris trois leçons de karaté avec Jason lorsque nous étions enfants. Je saurai me défendre si elle passe
à l'attaque !
— Votre père n'a jamais été aussi sarcastique que vous l'êtes, jeune homme. Il ne se serait jamais
permis une telle plaisanterie... et il ne se serait jamais moqué de mes cookies.
— Tout juste, chère Lorraine. Et c'est pour cela que vous m'adorez. Vous êtes inquiète pour moi et
je suis probablement fou, car j'en redemande !
Il s'interrompit. N'était-il pas en train de tout faire pour que Lorraine restât à lui parler, au lieu de la
laisser sortir au plus vite pour qu'elle cédât la place à Savannah Hamilton ?
— Laissez-moi cinq minutes et vous pourrez la faire entrer.
Il avait besoin de quelques instants pour se souvenir de la jeune femme et pour calmer la colère qui
bouillait dans ses veines chaque fois qu'il entendait prononcer le nom des Hamilton. Il lui fallait un
peu de temps pour se rappeler que six années s'étaient écoulées, qu'il n'était plus un jeune homme
naïf, et qu'il pouvait affronter ce que Savannah venait lui dire sans s'enflammer, ni laisser se rouvrir
les blessures qu'il espérait désormais refermées.
Six années... C'était long, sans l'être suffisamment, puisqu'il se souvenait de chaque détail avec une
incroyable précision.
Il soupira. Quel idiot il avait été, à cette époque ! Une fois ses diplômes en poche, il avait voulu
conquérir le monde, à sa façon et avec ses propres moyens. Il avait pour ambition de s'élever sans
l'aide de quiconque, pas même des siens. Aussi avait-il refusé l'offre de son père qui lui proposait de
travailler dans l'entreprise familiale. Et il avait réussi. Il n'avait rejoint CMH qu'après avoir fait ses
preuves. Tout lui avait réussi... à l'exception de sa rencontre avec les Hamilton.
C'était une erreur de parcours aussi bien professionnelle que sentimentale, et donc doublement
douloureuse. Harrison se prit la tête dans les mains et se laissa envahir par les souvenirs quelques
instants.
Quels grands espoirs il nourrissait, lorsqu'il était entré dans l'entreprise de Sam Hamilton ! Après
avoir rencontré Annette, la fille aînée de Sam, et en être tombé amoureux, il avait cru vivre un conte
de fées.
C'est à ce moment qu'il aurait dû se méfier...
Sam Hamilton l'avait accueilli comme un fils, avait béni les fiançailles et commencé à préparer un
fastueux mariage mondain. Jusque-là, rien à dire. Harrison appréciait l'affabilité de Sam, il aimait la
belle Annette aux cheveux bruns, et il s'était entiché de Savannah, sa jeune sœur sérieuse et pleine
de gravité.
Harrison sourit à l'évocation de Savannah. C'était une adolescente vraiment adorable. Elle était, en

un sens, la petite sœur qu'il n'avait jamais eue. Il avait été touché par cette enfant qui avait perdu sa
mère très jeune et dont le père ne cachait pas sa préférence pour sa sœur aînée. Sam répétait à qui
voulait l'entendre qu'Annette avait hérité de la beauté, et Savannah de l'intelligence, et il était
homme à penser que l'intelligence d'une femme ne valait rien à côté de la beauté.
Quel âge avait donc la jeune Savannah à cette époque ? Dix-sept ans ? Oui, à peu près. Elle était
pensionnaire dans une école privée, et Harrison lui avait souvent rendu visite. Elle s'ennuyait loin de
chez elle, et l'école se trouvait sur la route de Prosperino où habitaient ses parents. A chacune de ses
visites, il lui apportait ce dont elle avait besoin, et l'avait même aidée dans l'un de ses projets
scolaires.
Comment s'était donc terminé ce projet ? Avait-elle obtenu une bonne note ? Il ne le lui
demanderait pas. Tout ça, c'était de la vieille histoire. Son emploi dans la compagnie des Hamilton
et ses fiançailles avec Annette appartenaient aussi au passé.
— Espèce d'ordure ! grommela Harrison entre ses dents, en pensant à Sam Hamilton et à ce jour où
il lui avait demandé de passer dans son bureau, pour une petite conversation entre hommes. Une
petite conversation ? Tu parles !
Sam lui avait alors présenté un contrat de mariage qu'il avait fait rédiger. L'une des clauses stipulait
que Sam recevrait une participation financière dans CMH. Comme si Harrison allait demander à
son père d'accepter un tel marchandage !
Fou de rage, il avait alors quitté le bureau de Sam, et attrapé Annette par la main pour l'entraîner à
l'extérieur. Là, il lui avait expliqué la situation. Accepterait-elle de s'enfuir avec lui ? Ils pouvaient
partir en voiture sur-le-champ, rejoindre Reno avant la tombée de la nuit et se marier le lendemain
matin.
— Quel idiot ! marmonna Harrison tout en saisissant son stylo et en le lançant à l'autre bout de la
pièce.
Annette avait refusé tout net de s'enfuir avec lui. S'il ne signait pas cet engagement prénuptial, lui
avait-elle dit, elle refusait également de l'épouser. Elle n'avait même pas cherché à lui mentir, à se
cacher derrière un prétendu amour. Non. Elle avait seulement répondu que cette union représentait
un avantage financier pour son père et un avantage social pour elle-même. Et que si Harrison ne
voulait pas le comprendre, et qu'il ne se décidait pas à accepter un emploi digne de ce nom chez
CMH, il pouvait dire adieu à toute perspective d'avenir.
Et voilà maintenant qu'une Hamilton prétendait vouloir mettre les pieds dans son bureau ! Elle
allait être bien reçue !
Harrison réfléchit. Il ne s'agissait pas d'Annette, en l'occurrence, mais de Savannah. Celle-ci ne lui
avait jamais fait de mal. La jeune fille était, à cette époque, aussi fragile et innocente qu'il avait été
stupide et crédule. Ce n'était pas sa faute si son père était un horrible manipulateur et sa sœur une
aventurière sans scrupule.
Harrison se pencha en avant et appuya sur le bouton de l'Interphone.
— Lorraine ? Faites entrer Mlle Hamilton, s'il vous plaît. Vous pourrez partir, ensuite.
Il se leva alors et, sans prendre la peine d'enfiler sa veste, il s'avança de quelques pas afin
d'accueillir Savannah. C'était le moins qu'il pouvait faire.
La porte s'ouvrit. Lorraine parut, s'adossa contre la porte et annonça :
— Mlle Savannah Hamilton désire vous voir, monsieur. Je vais partir, à présent. Ne faites rien que
vous pourriez regretter.
— Merci, Lorraine, répondit Harrison légèrement agacé.
Quel âge devrait-il donc atteindre, combien de diplômes lui faudrait-il obtenir, et combien de
preuves devrait-il donner pour que Lorraine acceptât de le traiter comme un adulte ?
Mais Savannah Hamilton venait d'entrer, et il n'eut plus le loisir de laisser vagabonder ses pensées.
Elle n'avait absolument pas changé. Grande et élancée, elle devait toujours dépasser sa sœur d'une
bonne tête. Ses cheveux blonds avaient les mêmes reflets d'or pâle qui contrastaient terriblement
avec la chevelure noire d'Annette. Un chignon torsadé remplaçait la queue-de- cheval dont il se
souvenait.
Il reconnut le corps mince, les longues jambes fuselées, la taille fine et les épaules à peine trop

— Mais non. à part toi. Elle était aussi incroyablement nerveuse. il n'éprouvait rien. songea-t-il. comment va-t-elle ? Il vit les joues de Savannah s'empourprer légèrement et prendre une couleur bien plus naturelle que celle de son fard à joues. Elle était jolie ainsi. Des yeux qui se portèrent furtivement à plusieurs reprises sur Harrison avant de se concentrer sur les dessins du tapis persan. Il fut cependant surpris de constater qu'il l'avait fait sans effort. tu réussis bien. de lui trouver des excuses. Il était urgent de changer de sujet. Ça alors ! Cela fait bien longtemps que je n'avais plus entendu ce prénom. Pourquoi donc ? Etait-il si impressionnant que ça ? Elle acquiesça de la tête. au moins. de l'autre côté de la table basse. elle s'en souvenait également car toutes les taches de rousseur qui parsemaient autrefois son nez et ses joues avaient à présent disparu. très jolie. ... Elle a rompu ses fiançailles avec toi parce qu'elle avait rencontré Robert. Savannah. les gens ne s'attendent pas à rencontrer Harrison Ford ! Il prit place dans le fauteuil en face d'elle. — Allons. Harry. Harry. et.. — Annette a entamé une procédure de divorce la semaine passée. — Je crois qu'elle regrette ce qui s'est passé. elle montrait toujours autant d'indulgence à son égard.. Harrison se rappela cette habitude qu'avait Savannah d'essayer toujours de justifier sa sœur. j'imagine. — Bonjour. Quelle agréable surprise ! Relevant la tête. disons. Je ne devrais pas t'appeler Harry. Je. Il redoutait en effet que Savannah ne se braque et ne s'enfuie sans expliquer les raisons de sa visite. elle le regarda droit dans les yeux et sourit enfin. Harrison la conduisit rapidement vers les quelques fauteuils qui servaient aux réunions informelles et l'invita à prendre place. le fard à joues et l'ombre à paupières. Elle ressemblait à Savannah essayant d'imiter Annette. et son sourire s'effaça aussitôt. manifestement. ne t'excuse pas. Tu as toujours été une très brillante élève. Elle sembla tout à coup se rappeler qu'elle était là pour une chose importante. Au fond de lui. — Vraiment ? Navré de l'apprendre. lorsque je suis invité quelque part.. que deviens-tu ? — Eh bien.. je viens d'obtenir mon diplôme. et ils reflétaient toujours la même expression empreinte d'étonnement et de nervosité. Fatigué de ne pas saisir son regard plus de trois secondes. Il avait répondu d'un ton neutre. De toute évidence. Savannah. Sa peau était blanche et crémeuse. Les yeux étaient d'un bleu aussi intense que le ciel de Californie.chose en commun. mais elle ne ressemblait pas à Savannah. — Dis-moi. et que les bénéfices n'avaient cessé de croître. — Et ta famille. — Harry ! répéta Harrison. Robert O'Meara n'est pas vraiment. répondit-elle de cette voix légèrement voilée qui l'avait toujours séduit. — C'est vrai ? Elle leva de nouveau furtivement la tête. — Toi aussi.larges... Savannah ! Ne va surtout pas croire ce que racontent les journaux. dit-elle avec difficulté tout en tordant ses mains sur ses genoux. — Je suis désolée.. elle guettait sa réaction. Le journaliste te décrivait comme un homme d'affaires plein de génie. dit-il tandis qu'elle gardait le silence.. mais elle savait dès le départ que c'était une erreur. Elle le faisait déjà six ans auparavant. Il se rappela l'exposé qu'elle avait préparé sur les méfaits du soleil. — Cela m'étonnerait. C'est alors qu'il remarqua le rouge à lèvres. Personne ne m'a jamais appelé ainsi. Une discussion sur l'état de ses finances avec un membre de la famille Hamilton ! C'était inimaginable. J'aime ce prénom et.. — Avec mention.. J'ai lu dans les journaux que ton père t'avait confié la direction de l'entreprise. apparemment. reprit-elle. Visiblement. Je crois qu'Annette et lui n'avaient pas grand. mettant volontairement une certaine distance entre eux.

Au fait. il ressentait un besoin incontrôlable d'aller vers elle.. Il se dirigea vers le bar et remplit deux verres d'eau. — Mais il ne va pas bien ? Elle secoua de nouveau la tête — Savannah ! On ne va pas y passer la journée ! Tu es venue me parler de Sam. Je lui ai rendu sa parole et j'ai cédé ma place.. et il se sentait irrité que Savannah remuât ainsi tous les souvenirs qu'il avait soigneusement enterrés. l'envie de savoir le poussa à demander : — C'est donc ce qu'on t'a dit ? Qu'Annette avait rencontré O'Meara. Savannah fixait Harrison. Personne ne sait que je suis ici. — Je ferais mieux de partir. — Mais si. Manifestement. les yeux grands ouverts d'étonnement. Elle s'obstinait à ne pas lever les yeux vers lui.. En gros. Comment Annette pouvait-elle espérer construire quelque chose avec lui ? Il a l'âge d'être son père. C'est lui qui t'envoie ? Elle releva soudain la tête.— C'est le moins que l'on puisse dire ! s'exclama Harrison. Quelque chose n'allait pas. s'empara de son sac et se leva. tu ne m'en empêcheras pas ? — Marché conclu ! Devait-il lui dire que son mascara avait coulé et qu'elle ressemblait à un raton laveur aux cheveux blonds ? Il préféra se taire. Elle posa son verre.. En réalité. — Non. Robert O'Meara doit friser la soixantaine. ce devoir sur lequel nous avions travaillé ensemble. Il l'observa. Savannah n'était pas très sûre d'elle. de lui dire que tout allait bien se passer.. Il la laissa faire trois pas et ordonna : — Assieds-toi. Seulement cherché quelques documents sur le sujet. Il fallait en finir. j'ai toujours cru. D'accord ? — D'accord ! Harrison s'efforça de conserver un ton neutre. puis elle se leva et fit quelques pas. Elle revint s'asseoir et reposa son sac. Tout de suite. — Je n'essaie pas de me défiler. Le laisserait. — Et ton père ? Comment se porte Sam ? Elle se mordit la lèvre et tourna le dos à Harrison.elle seulement la prendre dans ses bras ? Et pouvait-il enlacer une Hamilton sans se . — Et je pourrai choisir la pizza aux pepperoni. Il se reprit rapidement. Néanmoins. — Savannah. j'ai eu un A. il n'est pas malade. Sa gorge était sèche. Elle respira profondément et lui adressa un sourire rempli de larmes. et qu'elle avait préféré me rendre sa bague de fiançailles en me demandant de lui pardonner ? — Pourquoi ? Ça ne s'est pas passé comme ça ? Pourtant.. — Vas-tu finir par m'expliquer ton problème.. mais je ne peux pas tout te dire en restant assise. Tu veux bien ? Elle joua nerveusement avec le fermoir de son sac. — Non ! Bien sûr que non. et il était inutile de lui dire que ses efforts de maquillage n'avaient pas résisté à ses larmes. Savannah. surpris. Je te remercie de ton aide. Harry. je ne suis pas sûre de savoir pourquoi je suis venue. ou est-ce que je vais être obligé de t'emmener manger une pizza ? Ces quelques mots l'apaisèrent aussitôt.. — Dis-moi pourquoi tu es ici. c'est à peu près ça. — Je n'ai pas fait grand-chose. Harry. Il regretta ses paroles immédiatement et leva les mains en signe d'apaisement. tu as eu une bonne note ? — Oui. Il ne sait pas que je suis ici. Moi-même. alors parlons-en. Au revoir. Quelque chose n'allait pas du tout. de l'enlacer. Je regrette seulement de ne pas m'être arrêté à ton école pour te dire au revoir. Mais je comprends que j'ai fait une erreur. Il ne voulait pas poursuivre cette conversation. qu'il n'y avait aucun problème. J'ai été contente de te revoir. Ils lui rappelaient toutes les fois où il était venu la chercher à l'école et lui avait permis d'échapper au menu de la cantine. l'ouvrant et le refermant plusieurs fois de suite. qu'y a-t-il ? Sam est malade ? Elle secoua la tête négativement.

. Harry. Mais Harrison ne voulait pas en entendre davantage ! Pourtant. dis-moi tout. si tu veux mon avis. et qu'il était en redressement fiscal tant pour son entreprise que pour ses revenus personnels. Il devait aussi donner des actions.. Même s'il avait compris. — Rien. le passant d'une main à l'autre. Harrison dut faire un effort pour ne pas demander à Savannah si un autre verre d'eau ne l'aiderait pas à avaler l'amas de mensonges de sa sœur. mais il avait également des hordes de créanciers aux basques.. Harry ? Il espérait avoir tort. tu comprends ? — Tu ne peux pas savoir à quel point ! répondit Harrison en dissimulant avec peine le ton amer de sa voix. Mais Robert. dit-elle presque pour elle-même. de sa propre entreprise. enfin. — Les avocats de papa et de Robert ont réussi pendant des années à éviter les procès en justice en gardant le silence sur ces affaires. C'est la faute de Robert. Mais à quoi bon ? Savannah n'avait pas besoin d'entendre dire que son père était une ordure et que sa sœur s'était tout simplement prostituée. Elle recommença à se frotter les mains nerveusement. O..mettre dans une situation impossible ? — Vas-y quand tu veux. que je sache ! Savannah reposa le presse-papiers et retourna s'asseoir face à Harrison. je ne sais pas trop. — Ah bon ? Et en quoi le mari d'Annette serait-il responsable ? Il ne travaillait pas avec ton père. ce bon vieux Robert n'était pas seulement fauché comme les blés. Il ne pourrait jamais écouter un tel discours. bien entendu. — En fait. Sincèrement. — Voilà. je comprends. — En bref. De toute façon. Mais selon Annette. en prenant de l'âge. sinon je risque de craquer avant d'arriver au . oublie ça. ou quelque chose comme ça. C'est bien ça ? Savannah approuva. il décida de lui donner sa chance : — Allons Savannah. Et alors ? Que s'est-il passé ensuite ? — Robert a oublié de préciser à papa qu'il était lourdement endetté.. — Savannah. Soudain. par hasard ? — Préparer le terrain ? Qu'est-ce que tu veux dire. Ça ne ressemble pas beaucoup à une épouse dévouée. à ce qu'avait dit Savannah — et ce qu'elle n'avait pas dit — qu'elle ignorait complètement pourquoi les fiançailles avaient été rompues. c'est faux. — Papa est au bout du rouleau. arguant que celle-ci avait fait une erreur. Savannah. — Et par conséquent Annette a engagé une procédure de divorce. — Je t'en prie. bien entendu. En fait. L'envie d'aller surfer sur Internet pour connaître l'ampleur exacte des difficultés de Sam le saisit en même temps qu'il se demandait comment intervenir pour pousser davantage cette entreprise vers la faillite. — Je ne sais pas comment j'ai pu imaginer que ce serait facile. Une sorte de cadeau de mariage.. Oui.. que cette nouvelle faisait secrètement exulter. Elle se pencha pour prendre son verre et but de longues gorgées. Savannah jouait avec un presse-papiers. Elle arrêta de faire les cent pas et lui sourit. Robert avait promis d'investir une importante somme d'argent dans l'entreprise de papa. Il l'a trompée. Savannah. tu peux m'interrompre quand tu veux.. Je veux t'aider. tu ne serais pas venue préparer le terrain pour Annette. Je suppose que je deviens paranoïaque. je veux dire qu'elle est vraiment mal en point. les deux entreprises sont à l'agonie. Je vais tout te dire le plus vite possible. Et je te promets que je ne t'interromprai pas. — Je suis désolé. — Oh ! répondit Savannah sans comprendre. Elle me l'a dit.K. un doute l'envahit. je suis sûre que tu ne pourras pas t'en empêcher. Elle ne peut pas lui pardonner et je la comprends. — Non. qu'elle l'aimait et qu'elle voulait le récupérer . Il espérait que Savannah n'était pas venue le convaincre de revoir Annette. mais maintenant. dit-elle en se remettant à marcher..lui et son argent. répondit avec politesse Harrison. L'entreprise de papa traverse une mauvaise passe. Annette pense qu'il est de son devoir de préserver son mariage.

C'est pour ça que je suis ici. Maintenant. Elle regarda Harrison. Il alla vers le bar et se versa un verre de scotch. — Et donc.. l'homme d'affaires à qui tout réussit. je sais.. Dis non. je suis encore sous le coup. — Continue.. Harry. — Tu te sens bien ? Elle but une gorgée et fit la grimace. j'ai une dette envers lui.l'a toujours su. Je l'ai lu dans cet article dont je t'ai parlé. — C'est impossible. Tu le connais ? Harrison retint son souffle. Harrison la regarda longuement. Voilà. corrigea Savannah à voix basse.. et il te cède une partie de son entreprise... puis se concentra de nouveau sur le verre qu'il tenait à la main. Savannah ! Les parents ne peuvent pas dire à leurs enfants qu'ils ont une dette envers eux ! Pas les parents dignes de ce nom. Et tu aurais une participation dans l'entreprise de papa. Papa m'a assurée que James était le seul à pouvoir nous sauver de la ruine si j'acceptais de l'épouser. Mais je ne peux pas épouser James Vaughn. il m'a avoué quelque chose que j'avais toujours ignoré et que j'aurais préféré ne jamais savoir. — Je sais que je n'ai aucun droit de te demander ça. n'est-ce pas ? — Je ne veux pas. — Je ne suis pas sûre. Savannah ! Tu n'es plus une enfant. — Je sais que je te demande beaucoup. répondit Savannah en saisissant son sac une fois de plus et en se levant.. Il avait besoin de boire quelque chose de fort. Je sais que tu achètes encore des sociétés. Harry. je le sais sincèrement. J'en ai conscience. Juste avant de mourir. Il se versa de nouveau un doigt d'alcool. Je m'étais souvent demandé pourquoi Annette et moi nous nous ressemblions si peu. — Ce type a déjà été marié six fois. Il versa rapidement du scotch dans un verre. ma mère a avoué l'avoir trompé. — Au diable Sam Hamilton ! s'écria Harrison. en tout cas ! — Ce n'est pas mon père. pour l'amour de Dieu ! Ton père ne devrait même pas le laisser t'approcher ! — Cinq fois.bout.. — Alors dis non. Papa a décidé que je devais épouser James Vaughn. La semaine dernière. — Quoi ? Répète-moi ça ! Tu as une dette envers lui ? Et pourquoi. Je sais que James aura 40 % de parts de marché quand. c'est bien toi... tu veux dire à Sam d'aller se faire voir.. avant de partir. Annette est bien sa fille. Elle ferma les yeux et poursuivit : — Il me l'a dit la semaine dernière. Papa . papa dit que c'est mon devoir de faire un mariage d'argent. le mit dans les mains de Savannah et l'emmena s'asseoir. Harry... — Tu ne vas pas accepter. Si quelqu'un peut redresser l'affaire de papa et la rendre rentable. à présent.je veux dire Sam .. s'il te plaît ? Parce qu'il t'a payé tes études ? Donné un toit ? Je t'en prie. Tu aides papa à s'en sortir. J'ai. et son expression reflétait la détermination et la terreur qui l'agitaient. Et nous n'aurions pas besoin de nous marier... et va-t'en ! Et si. Papa. Pourquoi est-ce que tu lui devrais quelque chose ? Pour t'avoir révélé toutes ces. Comment avait-il pu croire un seul instant que Sam Hamilton ne pouvait pas tomber plus bas dans son estime ? — Jimmy Vaughn ? répéta-t-il en essayant d'imaginer cet individu vantard et grassouillet au bras de Savannah.. Harry. au cas où je l'épouserais. Ce ne serait pas une obligation. Savannah. Mais nous pourrions considérer cela comme un prêt. . Il n'est pas mon vrai père. Harry. tu penses devoir quelque chose à Sam. Harry.. L'idée qu'un personnage pareil pût s'emparer de l'évidente candeur de la jeune fille le rendit presque malade. Ma mère est morte lorsque j'avais cinq ans. Harrison avait l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans l'estomac. Je veux dire. A vrai dire. tu as ma bénédiction. mais pas moi. Je ne veux pas. Beaucoup trop. C'était écrit dans l'article ! Elle se tut brusquement et cessa d'agiter les mains sur ses genoux. tu comprends ? Seulement une transaction. avoua-t-elle dans un souffle. Je le sais.

— Non. allons donc manger une pizza. Harry.. Dans cette lettre. d'ailleurs. — A quelque chose malheur est bon. cela. Harry. qu'il avait découverte dans les affaires de ma mère. Harrison hocha la tête en signe d'approbation. Mais j'ai longtemps été le vilain petit canard de la famille. Cette image me plaît. reprit-elle. certainement pas. Savannah. Je sais que lorsque quelqu'un apporte de l'argent frais dans une entreprise et la sauve de la faillite. En un sens. Je ne suis pas dupe des erreurs d'Annette non plus.— Il disait la vérité. il suffisait de la regarder quelques secondes pour s'en apercevoir. n'est-ce pas. — Autrement dit. Elle but une autre gorgée de scotch. Harry. Savannah ? Il lui tendit la main pour l'aider à se lever. je pourrais effacer un peu le mal que ma mère lui a fait. Mais je ne peux pas partir comme ça. Et seule une ordure comme Sam Hamilton pouvait l'anéantir délibérément en révélant ce terrible secret qu'il avait gardé pendant tant d'années ! Seul un individu de son espèce était capable de garder un tel secret et de le révéler au moment où il avait besoin de se servir de Savannah. murmura Harrison avant de s'imposer le silence. sans aucun regret. — Est-ce que tu peux m'aider. Il m'a même montré une lettre de mon vrai père. et il a été tué dans un accident d'avion avant ma naissance.. Il avait sérieusement besoin de faire le vide dans son esprit avant de pouvoir lui répondre. — Tu vois. Mais il ne lui était pas venu à l'esprit qu'aujourd'hui encore elle pouvait le voir dans le rôle du preux chevalier.. J'aime mon père mais je ne suis pas dupe de ses défauts.. Je déteste papa de m'avoir demandé une telle chose. cela s'appelle un chevalier blanc. Tu l'as toujours été. ce qu'il avait toujours soupçonné : l'adolescente l'aimait en secret. même si je sens que je lui dois quelque chose. je l'ai bien compris. Savannah était désespérée. je ne suis pas une vraie Hamilton. mais je ne peux pas me résoudre à épouser James Vaughn. Mais ensuite. — J'ai beaucoup pensé à tout cela depuis la semaine dernière. mais j'ai l'impression que si je pouvais aider papa à sauver son entreprise. et tu es le seul chevalier blanc que je connaisse. . J'ai trouvé beaucoup de réponses à mes questions depuis la semaine passée. qu'est-ce que tu deviens ? — Ensuite ? Comment ça ? — Est-ce que tu vas gentiment attendre la prochaine fois que Sam aura besoin d'être sauvé ? — La prochaine fois ? Tu crois donc qu'il y aura une prochaine fois ? Elle secoua la tête. Je sais que cela n'a pas de sens. je sais pourquoi. bien que je ne tienne pas à dire du mal d'elle. il annonçait son retour d'Espagne trois semaines plus tard. surtout devant toi. Tu n'épouses pas Vaughn. Je vais poursuivre ma route. comme idée. jusqu'à cet instant. — Viens. autrefois. Mais. Mon père était colonel de l'armée de l'air.. Elle hésita une seconde avant d'oser un sourire timide. C'était plutôt inconfortable. — Laisse-moi réfléchir.. et maintenant. Ma mère et lui devaient alors s'enfuir ensemble. il faut reconnaître que je leur suis redevable. interrompit Harrison. tu es une grande fille. — Que se passe-t-il si j'aide Sam ? demanda enfin Harrison. Harry ? demanda-t-elle alors qu'il gardait le silence. Il avait oublié. Une idée prenait forme dans son esprit et il avait besoin d'un peu de temps pour la laisser mûrir.

Je transporte aussi l'évier de la cuisine et diverses autres choses indispensables. plus femme. Pourquoi Harry ne lui avait-il pas dit que son mascara avait coulé ? Elle était méconnaissable et paraissait épuisée. elle retrouva la Savannah Hamilton qu'elle avait toujours connue. — « Résiste à l'eau ». Elle n'avait plus d'autre choix que de démaquiller également son œil droit. Je croyais que vous aviez pleuré. Une femme d'âge mûr entra dans la pièce exiguë et Savannah s'écarta pour la laisser approcher du lavabo. tandis qu'elle essuyait son visage ruisselant avec des serviettes en papier. — Je ne sais pas pourquoi. tant mieux. — A vous de jouer. mais le fard à paupières aussi.. Savannah regardait avec effarement son reflet dans le miroir. Elle ferma le robinet et se sécha les mains avec la serviette que Savannah lui tendit. Que Harry acceptât de l'aider ou pas.. se dit-elle tout en fourrageant dans son sac à la recherche de son rouge à lèvres. Elle avait cru qu'elle aurait alors davantage confiance en elle. comme dirait mon mari ! Cela permet de faire face à toutes les catastrophes. Cela avait pourtant semblé une si bonne idée ! En chemin. Et puis. elle ne s'attendait pas à ce qu'un regard suffît pour que Harry lui déclarât : « Savannah. Et d'ailleurs. maintenant. Elle versa quelques gouttes d'huile sur un mouchoir et le tendit à Savannah. — Eh bien. merci. Et voilà ! C'était plus de cent dollars de maquillage et de mise en beauté qui disparaissaient au fond des égouts. vous pouvez me croire ! Savannah la regarda s'en aller. dit l'inconnue tout en se savonnant les mains. se dit-elle. Aucun d'entre eux n'en vaut vraiment la peine. et même trop efficace ! Non seulement le mascara disparut. même dans ses rêves les plus fous. elle avait également souhaité se dissimuler derrière le maquillage.. et je suis dingue de toi. Oh. L'effet fut immédiat. En un instant. elle avait retourné son sac. Sa détresse était-elle si flagrante ? — Oui. et sortait triomphalement une petite bouteille ainsi qu'un paquet de mouchoirs. j'ai la solution à tous tes problèmes.. Lorsqu'elle se regarda de nouveau.. ajouta-t-elle en se dirigeant vers la porte. ..2 Debout dans les toilettes du Sal's Pizza Parlor. disait la pub ! Mon œil ! grommela-t-elle tandis qu'elle mouillait une serviette en papier pour essuyer les traces de Rimmel. mais je n'ai encore jamais entendu parler du mascara imperméable aux larmes. peut-être même celui qui défie les tornades. il n'était plus temps de rêver. Et pour être tout à fait honnête. Marions-nous sans attendre ! » Elle n'avait pas songé un seul instant que cela pût se produire. Je vais bien. — Merci. l'homme qui vous a fait verser ces larmes n'en vaut pas la peine. et puis j'en ai assez ! Elle ouvrit les robinets et s'empara de la savonnette. mais c'est encore pire ! dit-elle à son reflet. d'une taille impressionnante. Je connais le mascara qui résiste à l'eau. — J'ai un petit flacon d'huile pour bébé dans mon sac. ce qu'elle s'empressa de faire. Bien sûr. Tu es magnifique. avant de se pencher de nouveau vers le miroir pour essuyer son œil gauche. s'était laissé maquiller par une esthéticienne et avait acheté quelques produits. elle n'avait réussi qu'à se rendre parfaitement ridicule. quel qu'il soit. tu es là. Elle avait voulu paraître plus adulte. Est-ce que vous vous sentez bien ? Savannah eut un mouvement de recul involontaire. En fin de compte. celui qui ne laisse pas de traces. la seule touche de maquillage qu'elle portait ordinairement. avant de revoir Harry. une chose était sûre : il allait lancer un avis de recherche si elle ne sortait pas d'ici immédiatement. elle s'était arrêtée dans un grand magasin.

Mais. — C'est dommage pour ton amie. — Elle ne sait pas nager ! Non. Elle était allée chez le coiffeur en prévision de la soirée. et elle ne voulait pas qu'un seul de ses cheveux risque de bouger. Tout y est. Il la regarda s'approcher et se leva à demi. Savannah. Depuis combien de temps ressentait-elle cette passion dévorante pour Harrison Coltons ? Etait-ce depuis ce jour où. Savannah sourit à ce souvenir. Je pensais seulement au premier jour où je t'ai vu. Tu as bel et bien grandi. et l'avoir pour nous toutes seules.. Tu marches avec moi ? » Si les deux adolescentes étaient restées sur la réserve... à rien.. toi et moi. elle l'avait vu pour la première fois au bord de la piscine. venue passer le week-end à la maison. l'année dernière. et tu n'aurais jamais rien su. rappela-t-il. de retour de pension. elle retourna dans la salle de restaurant. J'ai commandé la pizza royale : moitié nature. s'estimant aussi prête qu'elle pouvait l'être. moitié pepperoni. je crois que je ne l'ai jamais vue dans la piscine. tu sais. Ça te convient ? — C'est parfait... c'est sur son épaule que je serais allée pleurer. Tu m'as jetée dans la piscine. et son sourire aurait pu damner des anges. d'abîmer sa coiffure et de gâcher son maquillage.. Ses yeux.. répondit-elle en revenant soudain à la réalité. ton amie.. Mais je suis content que tu sois venue me voir. Elle sait nager. Les souvenirs l'envahissaient peu à peu. au fait. n'est-ce pas ? Tous les trois. Elle hocha la tête. deux assiettes et des serviettes en papier. Nous nous sommes quand même bien amusés. tu te rappelles ? Comment s'appelait ton amie ? — Elizabeth Bloomfield. Son amie Elizabeth. ressemblaient à deux émeraudes précieuses.. je suis même sûre du contraire. Mais je ne crois pas que tout aille au mieux pour elle. peu de temps après que Savannah eut compris qu'elle venait de tomber follement amoureuse. mais elle a horreur d'être mouillée. — Merveilleux ! Voilà la Savannah que je connais et que j'adore. Elle serait bien surprise d'apprendre que tu te souviens d'elle ! Elle s'est mariée en sortant de l'université. but une gorgée et se détendit légèrement. Il était si grand et si extraordinairement bien bâti ! Ses cheveux noirs brillaient au sortir de l'eau. maintenant que j'y repense. d'un vert profond. Un souvenir pourtant amer. était restée bouche bée avant de déclarer en riant : « Si on se débrouille bien. en ce moment. Oh. Annette ne nous a d'ailleurs pas rejoints. riant à une plaisanterie qu'Annette . même les taches de rousseur ! S’exclama-t-il en souriant. La voix de Harry la tira de ses pensées : — Tu souris ? A quoi penses-tu ? — Euh. puisque Annette et Harry avaient annoncé officiellement leurs fiançailles le soir même. . elles n'avaient pas moins donné libre cours à leur imagination débordante. Et moi qui croyais avoir grandi ! Harry resta interdit quelques secondes : — Non.. je plaisante. Savannah. on doit pouvoir enfermer ta sœur à double tour dans la douche. le temps qu'elle vînt s'attabler en face de lui. venait de lancer ? Oui. En fait.Elle s'accorda encore quelques secondes pour glisser derrière l'oreille une mèche de cheveux rebelle et vérifier l'aspect de sa tenue. ce jour-là. sans aucun doute.. rassure-toi.. — Veux-tu dire par là que j'ai l'air d'avoir dix-sept ans ? Tu es démoralisant. Savannah ! Il se recula pour permettre à la serveuse de déposer sur leur table la pizza. Puis.. Sinon. Et tu étais déjà presque totalement mouillée. nous avons passé l'après-midi à essayer de nous faire boire la tasse. Savannah.. Ce n'est pas comme moi : je n'ai pas besoin d'une piscine pour gâcher le mien ! — Tu es tellement mieux ainsi.. — Seulement après t'avoir regardée passer vingt minutes à essayer d'entrer dans l'eau. Euh. Harry était installé à une table de bois à côté de la baie vitrée.... Une amie était avec toi.

Nous allons être en retard ! Savannah se mit à rire. il incarnait l'homme d'affaires dans toute sa puissance. Costume trois pièces sur mesure. chaussures cousues main. n'est-ce pas ? Tu as peut-être aussi vérifié ce que j'ai dit pour être sûr que je ne racontais pas d'histoires ? — Je n'ai pas douté un seul instant de ce que tu m'as dit. J'ai toujours pensé que tu étais mieux au naturel. — Je suppose que cela répond à ma question.. Une ombre étrange assombrit le visage de Harry. — Eh bien ? Qu'est-ce que tu as appris ? Il était question de papa. ouvrit son téléphone et s'éloigna. ma chère. J'aurai au moins essayé ! conclut-elle sur un ton de résignation. parlant et écoutant tour à tour. Savannah. Je ne peux pas dire que je t'en veuille. Je reconnais bien le style de Sam Hamilton. Harrison Coltons était bien différent du Harry Coltons qu'elle avait connu. Celui-là vaut peut-être le coup. partagé des pizzas. tu as trouvé quelque chose ? « Des informations ? Quelles informations ? » S’interrogea Savannah en regardant Harrison faire les cent pas sur le trottoir. Je vous souhaite tous mes vœux de bonheur. — Continue sans moi.— Crois-moi. Il s'empara d'une part de pizza et mordit dedans à pleines dents. Tu dois encore en vouloir à Annette d'avoir rompu vos fiançailles. comme elle l'avait toujours fait. Tout en surveillant du coin de l'œil les faits et gestes de Harrison. ce jeune homme avec qui elle avait joué au badminton et au water-polo. regagna le restaurant et se glissa à sa place. — J'adorerais lui rendre la pareille d'ici la semaine prochaine. répondit-elle. J'ai téléphoné à un ami pour avoir des informations. J'ai eu une mauvaise idée en venant ici. je sais pourquoi : nous n'avons pas les mêmes gènes. Elle s'adressa ensuite à son mari qui marchait sur ses talons : — En route. elle ne pouvait s'empêcher de jeter un coup d'œil furtif dans sa direction toutes les trois secondes.. Maintenant. — Et moi. je suis bien placé pour savoir que tu disais la vérité. Elle ajouta rapidement : . il referma son portable d'un geste vif. Entre nous soit dit. Je vais répondre dehors. Elle l'entendit demander à son correspondant : — Alors. Savannah avala une première part de pizza. Savannah ! Vraiment charmante ! — Et c'est pour ça que tu ne veux pas t'en mêler. D'un hochement de tête. répliqua Savannah en prenant une fine lamelle de poivron entre deux doigts. je suis sérieux. Bill ! Finis donc cette part de pizza et dépêche-toi. le téléphone portable de Harry sonna. Harry ? Il lui prit la main par-dessus la table et la serra. puis une seconde. cligna des yeux et déclara : — J'ai fait une erreur. et j'attendais qu'il me rappelle. je me suis toujours demandé pourquoi je n'étais pas aussi menue et aussi sophistiquée que ma sœur. A cet instant précis. Crois-moi. à vrai dire. ni que ça m'étonne. Il s'adossa de nouveau contre sa chaise et elle aperçut le tic nerveux qui agitait sa mâchoire. bien qu'elle s'efforçât de ne pas regarder Harry. en commençant par les poivrons. à qui elle avait même confié ses rêves naïfs d'adolescente. Il se leva. Elle se détendit un peu. Je ne t'en veux pas. Sam n'a pas l'habitude de lésiner sur les moyens et il ne t'a vraiment pas épargnée. il semble qu'Annette ait décidé de prendre le large avant que la situation n'empire. cette dernière désigna Harry. La vie est décidément pleine de surprises. et elle reconnut la femme qui l'avait aidée dans les toilettes. n'est-ce pas ? Tu ne comptes pas investir dans son entreprise. — Je te plains. avant de l'avaler avec gourmandise. n'est-ce pas ? Tu t'es renseigné sur lui. Enfin. attitude droite et autoritaire. mais. Le bruit court que son futur ex-mari va être inculpé pour fraude fiscale la semaine prochaine. reprit-il tandis qu'elle lui faisait une grimace. Quelqu'un s'arrêta à côté de sa table. Au même moment. Je sais combien tu l'aimais. sincèrement. n'est-ce pas. et Savannah fut soudain effrayée. Savannah sourit faiblement. C'est une charmante famille que la tienne. ni l'aider à s'en sortir.

entre nous. c'était perdu d'avance..— Harry. où tu avais trois hôtels. tu ne crois pas que tu ferais mieux de te préparer sérieusement à l'épreuve d'actualités qui t'attend. je vais être obligé de te faire payer cinq cents chaque fois que tu parleras de ta sœur.. Ça n'aurait jamais marché. le regarda prendre place à son côté. je suis désolée.. Excuse-moi. Elle dut faire un effort pour dissimuler le plaisir qu'elle ressentait à être ainsi enlacée. pour l'instant. Tu veux dire : les problèmes de papa. En fait. je peux dire qu'elle a fait le bon choix.. Harry. — Harry ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu as la même tête que ce jour où mon pion est arrivé sur Boardwalk.. Elle commença également à croire qu'elle avait commis la . Tu as probablement raison. si facilement. Mais au fait. Et puis. les déposa sur la table.. répondit Savannah en le regardant intensément. s'interrompit-elle. — Tu viens encore de le faire ! constata Harry tandis qu'ils reprenaient le chemin de son bureau. Savannah s'assit. dans un petit parc situé à proximité. Ce qui veut dire que le gouvernement fédéral ne s'intéresse pas encore à lui. Heureusement. Est-ce que c'est en rapport avec ce coup de fil que tu as reçu ? La tenant toujours par la taille. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis le temps. Je n'en veux vraiment pas à Annette. je dois avoir l'air que j'avais lorsque je t'ai ruinée au Monopoly. interrompit Savannah. et je crois que nous sommes sur le bon chemin.. de toute façon. comme si les six années de séparation s'effaçaient d'un seul coup. Les meilleurs hommes d'affaires en ont un. Mais que veux-tu. c'est très joli. si ce n'est en récupérant une pièce de cinq cents chaque fois que j'en ai l'occasion ? — Harry ! Tu te moques de moi ! — Moi ? Je me moque de toi ? Rappelle-moi donc la dernière fois où je me suis moqué de toi. il va falloir que j'y pense. Mais je sais que tu mens.. C'est une sacrée pagaille. oui. Elle devina à cet instant que le Harry qu'elle avait connu six ans auparavant et l'homme assis à côté d'elle étaient deux personnes distinctes.. Je n'aurais pas dû dire cela. — Laisse-la comme ça. il ne peut pas tout avoir ! — J'aimerais que tu arrêtes de sourire pour m'annoncer tout ça. Harry ? Est-ce que je ne connais pas toute l'histoire ? Est-ce que je devrais en savoir plus que ce qu'on a bien voulu me dire ? Harry sortit deux billets de son portefeuille. Elle leva les yeux vers lui et écarta cette mèche de cheveux qui tombait sans cesse devant ses yeux. Harry la conduisit à un banc de bois. — Ne t'inquiète pas. Une pagaille de premier ordre. et se demanda pourquoi elle ne pouvait se défaire de l'impression que sa vie entière allait basculer dans les jours à venir. au lieu de t'appesantir sur un événement vieux de six ans ? — « L'épreuve d'actualités » ? Je ne comprends pas. tout va bien. — Dis-moi. et certainement par hasard. quand je regarde en arrière et que je repense à tout ce qui s'est passé. — C'est très généreux de ta part. — Dis-moi où. Harrison s'adossa à sa chaise et la regarda calmement. où allons-nous ? Est-ce qu'il ne fallait pas tourner à gauche au carrefour précédent ? — Si l'on retournait à mon bureau. l'entreprise de Sam et celle d'O'Meara sont restées indépendantes. Mais je t'emmène ailleurs. Il s'approcha doucement et glissa son bras autour de sa taille. Excuse-moi de te rappeler toujours le souvenir d'Annette. à ce qu'on m'a assuré. — La dernière fois ? Et si je te rappelais plutôt comment ? Laisse-moi compter toutes tes taquineries. Dans l'immédiat. soit dit en passant. A partir de maintenant. James Vaughn et ce que je dois décider à leur sujet ? C'est vrai. Il sourit à ce souvenir et joua avec la mèche de cheveux qu'elle essayait une fois de plus de glisser derrière l'oreille. — Il ne manquait plus que ça ! Est-ce que je suis dans ta ligne de mire ? — Indirectement. je me concentre sur l'entreprise de Sam. En fait. se leva et tendit la main à Savannah. Pourquoi. même... Mon instinct de tueur se réveille en moi. toi l'éternelle élève studieuse. ce sont à peu près les seuls à ne pas le poursuivre.. Comment crois-tu que je sois devenu un génie en affaires.

— Non. Une participation de 51 %. et qu'il comprenne que James Vaughn ne peut pas faire ce que je peux faire pour lui. — L'argent de Robert O'Meara. il ne l'est pas moralement. Je sais que c'était prévu avec James Vaughn. il a vu trop grand. C'est notre Sam tout craché. incapable de soutenir son regard plus longtemps. cela : un gentleman dans l'âme ! Savannah détourna les yeux. jusqu'à ce qu'on gagne ! Il prononça ces derniers mots sur un ton presque hargneux. toi ? Est-ce vraiment nécessaire ? — Ça l'est si je veux que Sam ouvre les yeux. Il faut que je tente ma chance. Je suis bien placé pour le savoir. et je te regarde te sacrifier ? — Tu sais que je ne veux pas épouser James Vaughn. Harry. Quant à Vaughn. l'enlaça de nouveau et l'entraîna dans la rue. c'est l'assurance d'une source d'argent inépuisable ! Bon. Je parie qu'il a inclus tes frais de scolarité dans les dépenses de l'entreprise. Sam n'acceptera jamais que tu sois majoritaire ! — Je parie qu'il sera d'accord. un vrai paradis sur terre. était une entreprise florissante. C'était avant que je ne comprenne le « problème » de Sam Hamilton. que Sam voulait vendre ! Il a seulement besoin d'un apport massif d'argent.. Savannah. car je m'étais renseigné avant d'y travailler. Mais comme tant d'autres dirigeants. Je vends une fille par ici. — Réfléchis. Quel problème ? — En un mot : il n'en a jamais assez.plus grosse sottise de sa vie en venant lui demander de l'aide. ma chère Savannah.. Je suppose que Sam se fiche de ce détail. Et il faudra bien qu'il s'y fasse ! — Mais. Je règle toutes les dettes de Sam en échange d'une participation dans son entreprise. Je pense que nous avons terminé. Laisse-moi t'expliquer : Sam possédait une entreprise prospère. je fais du chantage à la seconde. Quand on ne réussit pas une fois.. car Hamilton Inc. et Harry n'eut d'autre choix que de s'arrêter aussi. — Mais l'entreprise est encore fiable. poursuivit Savannah. un revenu confortable. De l'argent qu'il croyait être dans les poches de quelqu'un d'autre.. il a voulu se développer à outrance.. trop rapidement. A mon avis. De nouveau. — 51 % ? Savannah s'arrêta net. Il tablait sur l'argent de son gendre. — Harry. C'est ça ? Il a compté sur l'argent de Robert ? — Exactement. ça vaut encore le coup d'investir dans cette entreprise. De toute façon. Mais t'épouser. Une entreprise peut avoir recours à un investisseur une fois. surtout lorsqu'il apprendra que je t'ai enlevée ! Il pourra dire adieu aux projets qu'il avait formés avec James Vaughn. mais tu ne veux pas m'épouser ! S’offusqua Savannah. Ces documents détaillent l'idée que j'ai eue pour être le « chevalier blanc » de tes rêves. De plus.. Je voulais un chevalier blanc certes. Est-ce que j'annule mon offre ? Je me retire. Et je n'ai pas terminé mon explication : mon service financier est en train de rédiger des documents qui seront présentés à Sam dès lundi matin. s'il est solide financièrement. — Désolé. et il a compté sur de l'argent qui n'était pas encore entre ses mains. s'excusa-t-il en arrêtant de sourire. Savannah était médusée. — Je ne saisis pas. mais pas quelqu'un pour me conduire à l'autel ! — Tu préfères donc que je dise à mes avocats de tout arrêter ? demanda-t-il en lui faisant subitement face et en posant les mains sur ses épaules. Harry se leva à son tour. deux à la rigueur. Mais avoir un gendre riche sous la main.. — La racheter ? Mais je n'ai jamais dit que papa. ce sera moi ou rien.. il faut recommencer et recommencer encore. mais je ne suis certainement pas venue aujourd'hui pour te supplier de m'épouser et de me sauver. Le mari d'Annette ressemblait davantage à une source tarie. — Et d'un riche époux pour la jeune femme qu'il a élevée comme sa propre fille. Et une fois que nous serons mariés. et le secteur d'activité est stable.. — J'aimerais retourner à ma voiture à présent. c'est vraiment dommage. est-ce que tu te rends compte ? reprit-elle. reprit-il. avec un peu de chance. Je sais que ce n'est pas drôle pour toi. pas tout à fait. d'accord. Elle se leva lentement et regarda vaguement au loin. Vaughn n'aura plus la moindre intention d'aider . Ça vaut même le coup de la racheter. Savannah vit le visage de Harry s'assombrir. Harry. au-delà de Harry..

et qu'il fût resté le même. les poings serrés. lui rappela-t-elle. Lequel « représentant » l'avait emmenée clandestinement manger sa première pizza à l'extérieur du campus. mais je vais te le dire quand même. Elle eut le sentiment qu'il agissait comme si elle lui appartenait déjà. — Mademoiselle ? Vous montez. Savannah baissa les yeux. Elle aurait voulu marcher sans s'arrêter jusqu'aux limites de la ville. — Je n'ai pas envie de rire ! s'écria-t-elle en se libérant de son étreinte et en partant droit devant elle. — Le gros lot ? Tu me traites de « gros lot » ? C'est l'entreprise. rétorqua Savannah avant de tourner les talons. Savannah leva les yeux et s'aperçut qu'ils se trouvaient devant l'hôtel de ville de Prosperino. Savannah. — Tu n'as aucun droit sur moi. au passage.. — Tant pis pour toi. Car nous sommes arrivés.. C'était étrange.. — Vas-y sans moi. Il était manifestement amusé au plus haut point.. Harry ! — Tu t'es toujours sous-estimée. — Oh ! Mon Dieu ! Sa voix n'était plus qu'un murmure. tu étais perdante sur les deux tableaux. muni d'une fausse lettre de Sam l'autorisant à « quitter l'école sous l'autorité de mon représentant accrédité ». — Savannah.. Nullement impressionné. tu n'as jamais été vraiment capable de te voir telle que tu étais. oui ou non ? demanda un homme d'un certain âge dans le fond de l'ascenseur. Harrison la laissa s'éloigner de quelques pas puis cria. glissa son bras autour de sa taille.qu'il l'était six ans auparavant. Savannah se tourna pour affronter Harry qui. en même temps. elle ne s'était pas attendue à ce qu'il eût vécu dans une bulle. Ses paroles l'affectaient et. Il avait l'air aussi innocent que ce jour où il avait débarqué à la pension. Je ne sais pas pourquoi. Savannah. reprit-il en la forçant à s'arrêter. Il courut derrière elle. tu ne veux toujours pas savoir où nous allons ? demanda Harry alors qu'ils tournaient au coin de la rue.. Maud. au point de tout oublier. Publication des bans : troisième étage. Ils s'arrêtèrent devant le plan et Harry annonça : — J'ai trouvé. comme elle l'avait fait. Il trouvait toujours très malin de dire qu'Annette avait hérité de la beauté et toi de l'intelligence. Jusqu'à cet instant. je le sais bien. était devenu un homme bien plus intense . debout devant l'ascenseur. Crois-moi. jusqu'à quel point Annette était responsable de cette métamorphose. mais je crois qu'on . mais pour une fille aussi intelligente. C'est la faute de Sam. suffisamment fort pour que quelques têtes se tournent : — Savannah Hamilton ! Tu dois m'épouser ! Pense au bébé ! Savannah entendit une dame âgée s'offusquer auprès de son amie : « Oh. le gros lot. Et à l'entendre. — Ça m'est égal.. malgré ses sourires et sa désinvolture. maintenait la porte ouverte. répondit-elle en levant le menton.c'est le mot qui lui vint à l'esprit . — Qui te dit que je suis encore vierge ? Pour la première fois depuis qu'elle avait franchi le seuil de son bureau. elle n'avait pas mesuré à quel point Harry. Tu as une formidable personnalité. Il prit sa main. Ne sois pas ridicule. et la conduisit dans la fraîcheur de l'intérieur du bâtiment aux murs de marbre. la faisaient se sentir étrangement bien. Elle le laissa faire malgré tout. James Vaughn doit rêver toutes les nuits d'avoir bientôt une belle jeune vierge dans son lit. Marcher des kilomètres. Savannah entendit Harrison éclater d'un rire sonore. Elle se demanda. Tu l'as toujours été. la rattrapa. Mais tu es adorable.Sam lorsque le gros lot aura disparu. Ce n'est pas que je sois pressé d'aller rejoindre mon jury. Le pays part à vau-l'eau ! » Les joues enflammées de colère. mon Dieu ! Je te l'ai toujours dit. Harry la mettait mal à l'aise.. Bien sûr.

mais tu ne sais pas où aller. — Bien sûr. ondulant de droite à gauche tandis qu'elle marchait et courait devant lui. Il vit ses grands yeux bleus briller de larmes toutes prêtes à couler.. il suffit de laisser l'Interphone branché. — Décide-toi. Plus rien du tout. — Si vous voulez mon avis. Harrison sourit. je suis désolé. Il la rattrapa au coin de la rue. cette fois-ci.. — Cinq minutes.. Je t'offre la possibilité de changer de vie.. longeait la joue et s'arrondissait autour du menton. Vous ne vous . Au revoir. intervint l'homme dans l'ascenseur. Elle marcha à son côté. — J'espère que ce sera un meurtre. — Vous voilà ! lança joyeusement Lorraine assise derrière son bureau. — Je ne vaux pas plus cher que Sam. Savannah. Est-ce que tu veux bien m'écouter ? A moins que tu ne préfères me ficher ce coup de pied d'abord et m'écouter ensuite ? Elle releva la tête et le regarda avec une certaine curiosité. et elle en avait plus qu'assez de se voir dicter ses moindres actes en permanence.. elle se retourna et s'enfuit en courant. Il dut admettre qu'il l'avait regardée s'enfuir avec plaisir. je ne t'en voudrai pas. merci ! Sur ces mots. — Je vais bien. Et c'est en silence qu'ils empruntèrent l'ascenseur. Je vous souhaite un bon procès. Les assassins reviennent toujours sur les lieux du crime. — En effet ! reconnut Harrison en relâchant la porte.. oui. Il faut que je te dise la vérité. — Tu veux savoir quelque chose ? reprit-elle. il avait complètement occulté les récentes épreuves de Savannah. ma petite ? ajouta Lorraine en regardant Savannah. répondit Savannah en fusillant Harrison du regard. C'est mieux que de rester à la maison à regarder la télé. Harrison comprit que. et si tu veux m'envoyer un coup de pied dans les tibias et me planter là. Il s'aperçut qu'il adorait la façon dont elle suivait l'ovale du visage.n'apprécierait pas que je sois en retard. Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. Tu veux partir de chez toi. ne pouvait décemment pas lui échapper. petit ! La vie devient un enfer. jeune homme. Elle reconnaissait là le Harry de ses souvenirs. Harry. — Nous n'avons plus rien à nous dire. remercia son interlocuteur pour ses conseils puis se précipita à la poursuite de Savannah qui. Je crois que je n'aime pas du tout être un pion que l'on déplace à sa guise ! Que ce soit Sam ou toi. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot.. à l'ombre d'un immeuble. qui remuait ses sourcils et grimaçait encore. traversèrent les couloirs et entrèrent dans les locaux de la direction. mais ma réponse est : non. Ne prenez jamais votre retraite. — Lorraine ? Vous écoutez aux portes ? demanda Harrison en la regardant fixement. Je t'accorde cinq minutes ! — Parfait ! Mais pas ici. perchée sur ses talons exagérément hauts. — Du temps de votre père. dit-il rapidement. merci. — Tu te trompes. la saisit par le bras et la conduisit à l'écart. Et en plus.. Elle comprenait à cet instant que personne ne l'avait jamais laissée faire ce qu'elle voulait. celui dont elle était tombée raide amoureuse avec toute l'intensité de ses dix-sept ans. répondit Savannah en lançant un regard furieux à Harry. ou à écouter ma femme me répéter de sortir les poubelles. — Savannah. Je te remercie pour tout. impatient de mettre en œuvre ses plans d'action et aveuglé par ses anciennes blessures. — Excusez-moi. Il sortit sa clé pour entrer dans le bâtiment.. Savannah. vous venez de vous faire moucher comme un débutant. Maintenant. Harry. Mais d'abord. demanda-t-il. tiens-tu vraiment à garder le nom de Hamilton ? — Mon nom ne m'a pas encore porté préjudice ! répondit-elle en essayant de gagner du temps. La mèche de cheveux rebelle s'était libérée une fois de plus. Vous vous sentez bien. beaucoup plus discrètement. monsieur. Harry. Il avait admiré le mouvement de ses hanches. s'écartant d'un pas lorsqu'il essaya de glisser sa main autour de sa taille. retournons plutôt à mon bureau.. Je vous attendais ! — Vraiment ? répondit Harrison en souhaitant la voir partir sur-le-champ pour un voyage tous frais payés en Mongolie Centrale. écoute ce que j'ai à te dire.

Annette était une complice volontaire. c'est toi qui as annulé le mariage. — Exactement. Dix secondes plus tard. Ce n'est pas Annette. monsieur Coltons. C'est donc cela ? Sam voulait que ton père investisse dans Hamilton Inc. Il voulait non seulement notre participation financière dans son entreprise mais.. Je regrette ce que j'ai dit. Mais pour cela. j'espérais seulement que vous reviendriez tout me raconter. — . parce que je pouvais venir en aide à son père et lui offrir l'existence qu'elle méritait. Mais je suis un peu stressé. — C'est une terreur et une mégère. Harrison fit le tour du bureau et déposa un baiser sur la joue de Lorraine. nous devons remonter six ans en arrière. La seule différence étant que. — Je ne comprends pas. ce qui ne va pas être très agréable pour moi.. Une sorte de « cadeau » pour le remercier de me donner sa fille en mariage... pas vrai ? Le sourire de Lorraine s'effaça aussitôt — Jamais je n'oserais. Elle s'installa dans son fauteuil et étendit les mains. et puis. — Hé ! protesta-t-elle avant que Harrison ait eu le temps de proférer un mot. une part de CMH..... .. comment dire ? Quelque chose de vulnérable. tu n'avais pas d'argent. — Je le sais. — Ainsi. Ou plutôt. Il faut remonter dans le temps pour que tu saches que c'est la seconde fois que Sam a recours à. ou quelque chose dans le genre. Je ne sais pas ce que l'entreprise deviendrait sans elle ! Il versa deux verres de soda. — Elle est très gentille. si. Oubliez ma question. mais ton père en avait. Quand je lui ai dit d'aller au diable. contrairement à toi.. — Ne faites pas de mal à cette jeune fille. ? — Mieux que ça. Harry. et ils allèrent s'asseoir dans les fauteuils qu'ils occupaient précédemment. avant de baisser les bras. accepta Harrison. répliqua Harry en la regardant attentivement. reprit-il. Vous êtes toujours au courant de tout ce qui se passe ici. Et cela n'a rien à voir avec le fait qu'Annette soit tombée amoureuse de Robert. dit Savannah en s'adressant à Harrison pour la première fois depuis dix bonnes minutes... Et c'est pour cette raison que je ne peux pas vous renvoyer : vous iriez tout raconter à mes concurrents. — De toute la vérité ? demanda Savannah. — Toute la vérité et rien que la vérité. — Continue. Oh.. conclut Savannah. es-tu en train de me dire qu'Annette avait accepté de t'épouser parce que papa espérait que tu l'aiderais à se sortir de certains problèmes financiers ? Mais. entra dans son bureau et alla directement débrancher la prise de l'Interphone. Savannah. Son regard fit le tour du magnifique bureau. Mademoiselle aurait pu être une terroriste... — Toi. Alors. c'était insensé ! Tu travaillais pour lui... c'est l'heure de vérité. Son visage était si pâle qu'il aurait pu compter les taches de rousseur sur ses joues et son nez. avec les bureaux qui se vident dès midi ? A dire vrai. Elle a quelque chose. ce genre de méthode. la porte du bureau claquait derrière Lorraine. dit rapidement Savannah avant de froncer les yeux. j'ai une question plus importante à vous poser : allez-vous lui dire la vérité sur ce qui s'est passé voilà six ans ? — Comment êtes-vous au courant de ce qui s'est passé à cette époque ? s'écria Harrison.. Savannah. Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais vous abandonner..K..êtes jamais aperçu de rien. Annette m'a assené le coup de grâce : si je refusais. pour le moment.. tu n'avais pas d'argent. est-ce que vous allez renflouer cette entreprise et sauver cette pauvre fille ? Mais avant toute chose. — O. Je crois que tu vas démêler l'écheveau toute seule. acheva Lorraine en s'emparant de son sac à main et d'un de ses éternels romans policiers Harrison approuva de la tête.. Elle acceptait ce mariage seulement parce que j'étais riche. elle ne m'épousait pas. en tendit un à Savannah. en plus. Lorraine. C'est pourquoi je me suis vite cachée dans le cagibi lorsque j'ai entendu que vous alliez sortir. qu'importe.

Je reviens au premier choix de papa : toi.. tu m'exhibes devant Annette. tu restes à la merci de Sam qui est déterminé à te piéger pour te faire payer la trahison de ta mère. Sauf qu'il n'acceptera jamais. mais en plus. Ce serait tout bénéfice pour toi. me voilà en train de te raconter la même histoire.. Harrison la regarda. Nous serons tous les deux gagnants. se leva et marcha jusqu'à la baie vitrée. rien de plus. à présent. Il vit sur son expression toute la vulnérabilité que Lorraine y avait perçue et approuva d'un signe de tête. Comment a-telle pu être aussi cruelle ? Et si stupide ! Est-ce qu'elle n'avait pas compris sa chance de t'avoir ? Mais ça n'a plus aucune importance. Ça me va. Il n'acceptera jamais si tu demandes 51 %. alors. la plus raisonnable que nous nous soyons posée jusque-là. ce serait strictement un mariage de convenance. répondit Savannah en se massant le cou. Je mentirais si je disais que la vengeance ne me motive pas. il n'aurait pas un seul droit sur CMH ou sur mes intérêts. n'est-ce pas. Harry ? Quoi qu'il arrive. à un détail près : c'est que je ne suis pas d'accord pour participer à cette escroquerie. c'est une bonne question.— Comme tu as dû être blessé et déçu ! Tu l'aimais. Au bout de deux ans. il n'acceptera jamais. est-ce que cela te paraît convenable ? Je me serai vengé. — Combien de temps ? — Combien de temps nous resterions mariés ? C'est ce que tu veux savoir ? — A mon avis.. s'il s'agit seulement d'injecter une immense somme d'argent dans une entreprise pour la remettre sur pied. Pourtant. Harry. — Un accord commercial. — Non... il lui faudrait faire contre mauvaise fortune bon cœur ! A moins qu'Annette ne reparte à la chasse aux hommes d'affaires ! Elle s'entend bien avec James ? — Comme chien et chat.. Sinon. est-ce que je n'ai aucune envie de me réjouir ? demanda Savannah en se dirigeant vers la porte. non seulement je contrôlerais son entreprise. — Et six ans plus tard.. De plus. . Savannah posa son verre sur la table. S'il acceptait. tu auras échappé à l'emprise de Sam. et si tu es sérieux quand tu parles de m'épouser. sauf que je change de mari. Je veux dire : si tu crois qu'un mariage d'argent est envisageable. — Quelle ironie.. en effet. d'accord. si tu veux. comme j'aurais épousé son dernier atout.. Et bien entendu. Deux ans. Tu as beaucoup moins à gagner si tu cherches seulement une façon d'échapper à Sam et de commencer une nouvelle vie. Nous allons même déterminer un laps de temps. poursuivit-elle. — Tu crois que je serai gagnante.. sans compter le reste. Mais sache que je ne proposerai rien à Sam si nous n'allons pas jusqu'au bout. dit Savannah en relevant le menton. Elle se tourna vers Harry.. Harry ? Tu te venges de papa. manifestement perdue dans ses pensées. Un accord commercial. n'est-ce pas. il aura sa source de financement inépuisable. papa sera sorti d'affaire. Et moi ? Qu'est-ce que j'ai à gagner ? — Tu aurais beaucoup à gagner si tu ressemblais à ta sœur. tu retrouveras ta liberté et tu n'auras plus à te soucier de Sam. Et toi. pour toi comme pour moi. Je sais que tu l'aimais. Harry ? Pourquoi. et James Vaughn reste une menace. Viens. nous ferions mieux de retourner à la mairie avant qu'elle ne ferme pour le week-end.. le résultat sera le même.

après lui avoir bien recommandé de ne pas souffler mot au sujet de leur mariage civil. sans aucun doute. Et c'est pour cette raison qu'il ne pouvait plus reculer. Il lui avait également fait promettre de venir le rejoindre le dimanche soir. il croyait avoir eu une excellente idée.. des yeux d'un bleu magnifique. Il admirait son intelligence. il était facilement flatté par l'évidente admiration d'une jeune fille. La seule pensée que James Vaughn pût approcher Savannah. Trop parfait. sans nul doute. au juste ? Dans quoi s'étaient-ils embarqués ? Harrison n'en avait pas la moindre idée. Qui.. Il y avait tant de raisons valables qui justifiaient la nécessité d'empêcher à tout prix le sacrifice de la jeune fille ! Harrison essayait de ne pas envisager l'idée nauséeuse que Vaughn pût la posséder. Il savait seulement qu'il commençait à avoir de sérieux doutes au sujet de cette « union ». Il le devait même. très belle. Car il était bien conscient qu'il utilisait Savannah pour les besoins de sa vengeance contre Sam Hamilton. Tout. dans un premier temps.. peut-être. des cheveux noirs comme l'ébène. Il n'avait rien remarqué. Comment qualifier ce dernier ? Une ordure. l'obligeant en quelque sorte à partager la « trahison » de sa mère... il ne voyait pas celle qu'elle était devenue. Harrison se prit alors à penser à Annette.être n'avait-il voulu rien remarquer ? Trop occupé à se rappeler la jeune fille qu'elle était six ans auparavant. N'avait-il pas été aveuglé par sa beauté au point d'ignorer les imperfections qu'elle cachait? Annette . Qu'est-ce qui commencerait. jeune et naïf. En fait. allait être une semaine chargée. et il aurait alors accepté n'importe quelle condition. Annette était belle. Bien sûr. il n'y avait décidément pas d'autre mot. à ce moment-là. il était fou de ses sourires un peu timides. Pour sa part. était parfait. celui qui la caresserait et lui ferait découvrir l'un après l'autre les plaisirs de l'amour.. il adorait la surprendre chaque fois qu'elle le regardait à la dérobée.. car son besoin de vengeance dépassait son code d'honneur personnel. Et jeune. il avait toujours apprécié la jeune femme. . avec ses valises.. Ce dernier ne pouvait pas être celui qui embrasserait Savannah. elle lui avait plu dès la première seconde de leur première rencontre.. de notoriété publique. Il l'aimait comme une sœur. Elle avait une peau laiteuse. même. prévu le lundi matin. Mais Lorraine avait vu juste : Savannah Hamilton était vulnérable. était un coureur de jupons. Vaughn. Savannah serait brisée par le mode de vie de cet individu. Une magnifique jeune femme.. Mais six années s'étaient écoulées depuis cette époque où. probablement. Il avait alors vingt-cinq ans et elle à peine dix-sept. Sur le moment. Ma La veille au soir. lui serrait la gorge. Harrison se rendit à son bureau afin de préparer ce qui. C'est là que tout commencerait réellement. belle. de quelque façon que ce fût. car il était fiancé et amoureux de la sœur de Savannah.. C'était le genre de divagation qu'il ne s'était pas autorisée depuis longtemps. Sam avait à ce point culpabilisé Savannah. qui n'avait d'union que le nom. Un survivant de ce fichu vieux temps où les pères ne voyaient dans leurs filles qu'une marchandise monnayable à bon prix. ne l'aimait pas. désirable. il pouvait prendre cette adoration à la légère. dès l'instant où Sam Hamilton aurait découvert qu'on lui avait bel et bien coupé l'herbe sous le pied. il avait renvoyé Savannah chez « son père ». Une jeune femme. qu'il réussirait. à la marier à un triste sire de la trempe de Vaughn. songea-t-il en faisant les cent pas dans son bureau.3 Le lendemain matin. en elle. il pouvait encore annuler la cérémonie. chez lui. En outre. Peut.. Et pardessus tout. elle.

Qu'est-ce que tu deviens ? La dernière fois que tu m'as appelé sur cette ligne.. . Il l'imaginait confortablement installée sur l'une de ses méridiennes. la voix de Sybil Coltons lui parvenait parfaitement claire. mais avant même qu'il n'ait eu le temps de décrocher. avant de revenir immédiatement au bavardage de Sybil. parmi les quelques personnes qui avaient son numéro personnel. — Coltons à l'appareil. On ne t'a jamais dit que les dames d'un certain âge ne faisaient pas de blagues téléphoniques ? Surtout quand l'appel vient de l'autre côté de l'Atlantique ?" Malgré la distance. — J'aurai tout le temps de me reposer quand je ne serai plus de ce monde. — Non. Il comprenait à présent qu'il avait construit un rêve autour d'Annette. elle le rappelait à son côté chaque fois qu'il s'éloignait de quelques pas. que tu es tombée et que tu t'es cassé la hanche ? — Mon chéri. c'était pour me demander si j'avais le prince Albert dans une bouteille et si je pouvais le relâcher. Il posait la même question chaque fois qu'ils se parlaient. personne ne me l'a dit ! Et depuis quand suis-je une dame d'un « certain âge » ? Je suis vieille. sa ligne privée se mit à sonner et il lança un juron. Possessive. Mon Dieu.. et sa grand-mère trouvait toujours une réponse différente. Harrison sourit. Quelque chose me tracasse et je voulais t'en parler. — Tant mieux. en tout cas ! répliqua Sybil. Mais Savannah n'avait alors que dix-sept ans. C'est bien la seule chose dont je sois sûre à mon sujet. Soudain. d'infections cutanées purulentes ou de toute autre maladie qui passionne les médecins de nos jours. Harrison ! Quel accueil ! — Grand-mère ? Harrison se laissa tomber dans son fauteuil. aujourd'hui. — Comment va ton arthrite ? — Toujours tapie dans l'ombre. Savannah. à qui crois-tu donc parler ? A une vieille femme qui ne tient plus debout ? Certainement pas à moi. Il l'avait considérée comme une fragile princesse de conte de fées et l'avait traitée comme telle. Harrison. Est-ce que par hasard mon fils ne t'exploiterait pas un peu. Il se dirigea vers le téléphone posé sur son bureau. à présent. mais je ne me laisse pas impressionner. Harrison entendit qu'elle tirait sur une cigarette. aboya-t-il en se demandant qui. lui dit-il. laissant sa beauté éclipser toute autre qualité telles que la bonté et l'amour. Ce serait cruel. Il était tout à fait détendu. Et de toute façon. Frank et Shirley sont encore en vacances. Il jeta un coup d'œil à la pendulette posée sur son bureau. qui vivait à Paris. s'était toujours montrée gentille et affectueuse. Il comprenait qu'il ne pouvait pas agir de la sorte envers Savannah. Peu de choses lui plaisaient autant qu'un appel de sa grandmère. comme pour mieux s'en convaincre. Ton frère devient sourd dès qu'il n'est pas question de vésicule biliaire. à son bureau. — « Coltons à l'appareil » ! Répéta une voix enjouée. quant à elle. Annette n'était qu'un rêve. je n'arrivais pas à dormir. Toute la famille se prêtait d'ailleurs gentiment à ce jeu. Il devait renoncer. grand-mère ? Je croyais que tu te couchais tôt pour être fraîche et dispose le lendemain. Purement et simplement. — Elle n'a plus dix-sept ans. à jouer au badminton ou à dîner ailleurs que dans les meilleurs restaurants. tandis qu'un sourire hésitant se dessinait sur son visage. Personne ne prend plus de vacances que mon Frank. Harrison. dit Harrison à haute voix. Elle refusait toute invitation à se baigner. Harrison ? Je parie qu'il te fait trimer à longueur de journée ! — Je dors ici ! Ironisa Harrison. répliqua-t-elle. elle acceptait volontiers de s'asseoir à même le sol pour jouer aux cartes ou au Monopoly. Elle était heureuse de vivre. Tu es sûre que tu vas bien. grand-mère ? Pourquoi appelais-tu Jason ? Tu ne te sens pas bien ? Ne me dis pas que tu es allée danser. son fume-cigarette en ivoire entre deux doigts et un verre de Martini à côté d'elle. et beaucoup trop injuste. sa décision fut prise. — Est-ce que tu ne devrais pas dormir depuis longtemps. pouvait chercher à le joindre un samedi après-midi. et elle n'était jamais fâchée d'être jetée dans la piscine ! Savannah était réelle. C'est gentil de me le demander.se bornait à prendre la pose et à paraître jolie.

. peut-être est-il temps que tu me dises ce qui te tracasse ? — Traduction instantanée : n'insiste pas. C'est interdit ? — Tu appelles seulement pour savoir comment je vais ? interrogea Harrison. — Oh. trouvez si attirants ! — On se calme. Il se baissa pour prendre une bouteille d'eau dans le petit réfrigérateur astucieusement dissimulé au bout de son bureau. le téléphone coincé sous le menton. le nabab des médias. Mais il préféra se taire. Exemple parfait de l'homme qui a bâti sa réussite tout seul. Harrison ? Que deviens-tu ? Combien d'entreprises as-tu rachetées récemment ? Combien de belles jeunes filles ont succombé à tes charmes ? Tu sais.. Tu pourrais tout de même te débrouiller pour leur faire plaisir ! — Traduction instantanée : pourquoi ne trouves-tu pas une gentille jeune femme. — O. Mieux valait ne pas courir de risque inutile. J'adorerais t'écouter décrire toutes les façons dont tu souhaites transformer Sam Hamilton en pâtée pour chien. une importante société de transport et des actions dans plusieurs autres entreprises. coupa Harrison. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je ne puisse pas demander de tes nouvelles.. S’inquiéta Harrison. J'ai peut-être effectivement une raison de t'appeler. Harrison ? Bon. commença-t-il en estimant qu'il pouvait s'en sortir avec un mensonge.. Frank et Shirley sont impatients de devenir grands-parents. la quasi-centenaire à six mille kilomètres de distance.. j'aimerais tordre le cou de cette fille et de son maudit père ! Crois-moi. c'était Joe Coltons que Harrison . Joe n'était pas à proprement parler un propriétaire de ranch. — Grand-mère. plus rien ne pouvait réellement mettre sa vie en danger. grand-mère. ça ira pour cette fois. Si Frank. Sa grand-mère était bien trop fine pour ne pas sentir anguille sous roche. Il savait que sa grand-mère serait bien capable de se ruiner en communications téléphoniques pour faire savoir à ses parents.... mon Dieu ! Un scoop ! J'ai un scoop. en revanche.K. il y eut une légère hésitation. j'espère mourir sans plus jamais entendre prononcer le nom des Hamilton. des puits de pétrole. Sauf pour apprendre que cet escroc et son aventurière de fille ont enfin payé pour tout le mal qu'ils ont fait ! « Décidément. Lui. les hommes riches. et rappelait. ne l'épouses-tu pas et ne fondes-tu pas une famille ? Grand-mère. aujourd'hui encore. D'autant qu'il faut vraiment que je te parle de quelque chose. As-tu reçu l'invitation de Meredith pour le soixantième anniversaire de Joe ? Harrison réfléchit rapidement en entendant sa grand.. son frère et trois douzaines de ses meilleures amies que le jeune Harrison avait enfin été « ferré » et que ce n'était pas trop tôt ! — Je pense me marier. qu'elle allait bientôt entendre le nom des Hamilton. qu'à quatre-vingt-huit ans. avait toujours été un citadin — si tant est que Prosperino méritât l'appellation de « ville » —. dites-moi qui vous êtes et ce que vous avez fait de ma vraie grand-mère ! Le rire rauque de Sybil fit sourire Harrison. Pourquoi ? Harrison ! Tu vas te marier ! Oh.. Il se demanda alors comment réagirait sa grand-mère s'il lui annonçait.Harrison entendit qu'elle tirait une fois de plus sur l'une de ses éternelles cigarettes.. mais. à quiconque essayait de la convaincre d'arrêter. il possédait des terrains miniers. n'est-ce pas. Harrison ? Par pitié. ma chère grand-mère. avait préféré habiter dans un ranch immense à l'écart de la ville. son cousin Joe. — Le passé te fait encore peur ? Si tu savais à quel point. le père de Harrison. chère madame. ». reprit-il pour désamorcer l'enthousiasme de la vieille dame. dis-moi que ce n'est pas l'un de ces top models anorexiques que vous. Elle appelait cela « vivre dangereusement ».. j'attends un important appel téléphonique et c'est pourquoi je suis au bureau en ce moment. qui regrettait déjà d'en avoir trop dit. et moi. Alors. cette conversation ne prend pas un bon tour. Rien de plus pour l'instant. tu ne deviendrais pas extralucide. mon garçon. C'est ce que tu essaies de me dire.. par hasard ? — Extralucide ? S’exclama-t-elle. j'ai appris quelque chose qu'il ne sait pas ! Qui est-ce.mère parler de son oncle Joe. A l'autre bout de la ligne.. Il prit le presse-papiers que Savannah tenait la veille et le fit jouer entre ses doigts. — Est-ce que je ne peux pas téléphoner à mes petits-fils juste pour savoir comment ils vont ? reprit-elle. très bien ! dit-elle alors. sans détour. n'est-ce pas ? Ah ! Frank va être blême. En fait.

Toute tentative pour freiner Sybil n'aurait pour seul effet que de prolonger l'attente. Une sacrée fête en perspective.K. sans quoi son entreprise ne tarderait pas à être placée en redressement judiciaire. Tu sais. Mais il serait très étonnant que je m'amuse. — Allons.ce qui lui avait permis d'accéder à la direction de CMH. Harrison. — Et alors.. Il appréciait la compagnie de son oncle. Mais je savais que je pouvais compter sur toi. l'année dernière. Ou. lui aussi. Il décida de ne pas la décevoir. son attention fut attirée par la mise en route du télécopieur.. il l'avait été. Impatient d'analyser cette page et toutes les autres que déversait la machine.moi. Je le sens. Crois. Harrison se rendait souvent au ranch. avait failli coûter la vie à Meredith et à Emily. Il en avait besoin rapidement. il y a quelque chose de bizarre là-dessous.. grand-mère ! Peut-être veut-il quelque chose de plus mondain ? — Joe ? C'est impossible. qu'y a-t-il.. Tu me vois arriver en robe de bal au ranch des Coltons ? Ce serait complètement déplacé ! Pourquoi Joe accepte-t-il tout ça sans rien dire ? Je ne comprends pas ! — C'est son soixantième anniversaire. Excuse-moi. ce n'est pas trop tôt ! Ton père pense que je perds la tête. grand-mère ? Tu n'as rien à te mettre ? Difficile à croire. presque dix ans auparavant. non ? Soudain. manifestement pour que son petit-fils remarquât le ton mystérieux et plein de sous-entendus de sa voix. Harrison ! S’offusqua Sybil. la petite qui était avec elle dans l'accident. mais s'il l'avait fait. et cela fait un moment que ça dure.. Et ça ne ressemblait pas à Meredith. Le ranch des Coltons était un foyer heureux.. il n'était pas le seul à penser ainsi. plutôt. — O. ironisa Harrison en parlant du nez comme s'il sentait. reprit Harrison avec une ironie désabusée. — Crois-tu vraiment. De toute évidence. je suis un vrai prince. grand-mère. remarqua-t-il.. Sam Hamilton avait besoin d'une très forte somme d'argent. à propos d'Emily ? Elle est guérie. de ses cousins et des enfants que Meredith et Joe avaient adoptés ou accueillaient temporairement avec beaucoup d'amour. grand-mère. Harrison. qu'il voulût l'entendre ou non. Harrison ? demanda Sybil. de nombreux chiffres seraient apparus en rouge. — Arrêtes tes bêtises. J'écoute ce que tu as à me dire. Quel est le problème. quand on sait que les couturiers parisiens déroulent le tapis rouge chaque fois que tu viens voir leurs nouvelles collections ! — Voyons.. tu sais. j'ai bien reçu l'invitation. — Harrison ? Tu es toujours là ? — Comment ? Oh. l'un de leurs enfants adoptifs. J'essayais de me souvenir. Il tira deux nouvelles feuilles du fax et y jeta un coup d'œil rapide. il y a Emily.. en effet. Il prit la première page et reconnut immédiatement le rapport qu'il avait demandé sur l'état des finances de Sam Hamilton. il voulait couper court à cette communication téléphonique. Ça ne ressemble pas à Joe. tu te souviens ? Meredith m'a traitée comme une invitée ! Moi ! Elle ne m'avait jamais traitée comme une invitée. Harrison n'avait jamais compris comment cet accident avait pu transformer sa tante à ce point. ce qu'avait flairé sa grand-mère.. grand-mère. Et. Il connaissait bien son aïeule et savait qu'elle lui donnerait son point de vue sur la question.. tu as toute mon attention ! — Enfin. et encore moins comme une invitée indésirable ! Et puis. James Vaughn se contrefichait . L'appareil n'imprimait pas en couleur. Harrison ! J'étais là. à ce que je vois. apparemment ! Est-ce que tu viendras ? — Je ne manquerais ça pour rien au monde. jusqu'à Paris. maintenant. à en juger par le ton que sa grand-mère adoptait chaque fois qu'elle prononçait le nom de cette dernière. Des feuilles de papier commençaient à s'imprimer. — Normal. As-tu une idée de ce que signifie cette histoire de smoking et de robes longues ? Meredith a toujours détesté ce qu'elle appelait le « tralala ». — Ah ! Toujours optimiste.. Puis elle attendit.. jusqu'à cet incroyable accident de voiture qui.. Oui.avait pris comme modèle pour mener sa carrière professionnelle . Adolescent.

Tu as entendu. tout simplement parce que cette histoire n'a pas de sens. à présent.. C'est impossible. Cela fait beaucoup de tragédies. et je suis sûre qu'il y a quelque chose de sérieux. — Que j'aille au ranch ? Grand-mère.. Plus distante. à ce que j'ai entendu dire. n'oublie pas.. Vaughn désirait Savannah.. en effet. et de la douleur qu'elle a éprouvée lorsque Emily a été blessée. Est-ce que ça ne t'est jamais venu à l'esprit qu'elle pouvait se sentir responsable de l'accident et des blessures d'Emily ? Il est possible qu'elle ne veuille plus d'autres enfants à cause de ce sentiment de culpabilité. j'ai une affaire importante à régler. je suis désolé. Harrison ? Deux Meredith ! Harrison approuva. Mais je crois que je vais te dire au revoir. un éléphant rose et un clown sortir d'un chapeau ! — Oh. N'oublie pas. S'il te plaît.. Deux Meredith : l'une douce et souriante. et toi aussi. aurais-tu la bonté de m'expliquer pourquoi Meredith n'est plus Meredith ? Puisque tu joues les esprits forts ! — Je ne peux pas l'expliquer. Il se souvient peut-être encore de moi. Moi aussi. — C'est à cause d'une fille.. elle reprit le cours de son histoire. Allons. moins concernée par la vie quotidienne du ranch. je suppose. grand-mère.. Elle était fortement commotionnée. je ne peux pas ! J'ai. Ce garçon travaille trop.. parce que de toute évidence tu joues les idiots et tu n'as aucune envie de m'écouter ! Je vais téléphoner à ton frère Jason. j'ai entendu cette histoire. Cela dit. N'oublie pas l'épreuve. Je suis surpris qu'elle n'ait pas vu six Meredith. mon chéri. Harrison. Et Sam agissait sans arrière-pensées. — Dans ce cas. mais il était certain de valoir mieux qu'un James Vaughn ! — J'ai toujours dit que tu étais mon prince. Et je sais qu'elle ne veut plus accueillir d'autres enfants. un de ces jours. elle est un peu différente. voilà que sa grand-mère l'entraînait dans une autre direction ! — L'épreuve du collier des Coltons. Harrison resta interdit. Emily n'était qu'une enfant. grand-mère. Harrison jeta les documents sur son bureau et jura en silence. — Sacrée grand-mère ! J'ai vraiment hâte de te revoir. j'aimerais que tu ailles au ranch et que tu juges par toi-même. maintenant. pour une seule femme. répondit Sybil. n'est-ce pas ? demanda Sybil. Sans transition. Il finit par le reposer et saisit le paquet de feuilles qui l'attendait.. Fichues compagnies téléphoniques ! Bonne nuit..certainement de cette entreprise qui prenait l'eau de toutes parts. grand-mère. jusqu'à présent ! répondit Sybil. — Emily avait perdu conscience dans cet accident... Harrison. * ** . avec la mentalité de proxénète qui l'avait toujours caractérisé. arrachant au passage un tressaillement à Harrison. et lorsqu'elle a recouvré ses esprits. Il n'était peut-être pas un « prince »... — Je sais. — Peut-être. autant que de sa première paire de chaussettes. elle a déclaré avoir vu deux Meredith penchées sur elle. Harrison ! Le bijou ne s'est jamais trompé.. dont le ton s'adoucit légèrement. le combiné à la main. et il faut que je dirige CMH. — L'épreuve ? Quelle épreuve ? S'il avait cru que ce coup de téléphone touchait à sa fin.. papa est absent ces jours-ci. Et je ne comprends pas pourquoi tu me gardes aussi longtemps au bout du fil ! Ces appels coûtent une fortune. allons ! Tu as fait une ou deux allusions. que Joe et Meredith ont déjà perdu Michael dans un accident de voiture. va voir si j'ai raison ou pas de m'inquiéter. Vraiment ? Harrison comprit qu'il l'avait vexée. Mais je maintiens qu'il y a quelque chose d'étrange dans cette histoire. et elle venait juste de perdre connaissance.. D'accord.. La jeune et innocente Savannah. l'autre dure et malveillante. Seule la tonalité lui répondait. mon chéri.

N'importe quel homme pouvait être poursuivi en justice et jeté en prison pour avoir renié ses engagements quelques heures avant la bénédiction nuptiale. les coffres plutôt vides de la famille. Etait-ce la superstition entourant le collier qui l'avait tant fait hésiter ? Avait-il pressenti ce qui allait se passer ? En effet. les pierres semblaient perdre leur magnificence. il avait vu avec horreur les saphirs s'éteindre et perdre leur vie. lorsqu'elles agrémentaient la gorge de la personne prédestinée. Il évoluait dans le monde des affaires. avait ensuite été transmise au fils aîné de chaque génération. bien peu reluisant. Placées autour du cou de la mauvaise personne. d'une manière ou d'une autre. il la connaissait par cœur. Ils semblaient presque insignifiants. mais d'un romantisme tout à fait charmant. les magnifiques saphirs avaient le pouvoir d'approuver ou de désavouer les futures épouses Coltons. William avait échappé à ce destin. se souvenait Harrison. dont la famille d'origine roturière était néanmoins très fortunée. Pourtant. Elle était ainsi parvenue jusqu'à William Coltons. Les pierres avaient béni cette union. ne croyait pas un mot de cette histoire à dormir debout. L'histoire prétendait qu'à l'origine. Elle n'aurait pu choisir un plus mauvais moment ! La légende de ce collier. comme tous les autres Coltons. les saphirs scintiller de mille éclats. symboles de bonheur pour les futurs époux. Harrison ne put réprimer un soupir. En outre. n'ont réussi à remplir la vie d'un homme. William cherchait-il seulement un prétexte pour rompre ses engagements ? En tout cas. Il avait de nouveau présenté le collier et avait pu voir. une provocation en duel pouvait s'ensuivre. Même la loi l'admettait. troisième comte de Redbridge. les saphirs prenaient un éclat merveilleux et les diamants brillaient de tous leurs feux. si la promise avait des frères. enchâssés au milieu de diamants. Cette lourde rivière de saphirs magnifiques. Elles paraissaient alors désespérément ternes.Le samedi. Pourquoi avait-il tant tardé à le lui offrir ? Personne ne le savait. en début de soirée. il avait immédiatement annulé la cérémonie de mariage. cependant. mais il ne pouvait choisir plus mauvais moment. ce bon vieux Willie avait apporté à sa promise le légendaire collier de saphirs et de diamants. mais une haine farouche s'était installée entre les deux familles.. Pire encore. contraint de renflouer. d'autant qu'il avait entre-temps rencontré son véritable amour. La ruine . sans le moindre éclat. « A ne plus savoir que faire de sa richesse ». et lorsque Katherine avait placé le collier autour de son cou. A cette époque. Il n'appréciait guère les points communs qu'il décelait entre les ancêtres Coltons et Sam Hamilton. car deux fiancés étaient considérés comme légalement mariés avant même l'échange religieux des vœux. Harrison. et la mort pouvait être l'issue fatale. William menait alors grand train. naturellement. une cannette de soda dans une main et un collier de saphirs dans l'autre. C'était la faute de sa grand-mère. William s'était embarqué pour le Nouveau Monde avec la femme qu'il aimait. assis devant un match de base-ball. pour ne pas dire le destin. mais il s'agissait toujours du même jeu social. Dans l'immédiat. La veille de son mariage avec Katherine. Il l'avait entendue maintes et maintes fois au cours des années. Mais William y croyait. apparemment. même s'il s'en était fallu de peu. selon la légende. cette fois. Au contraire. il regardait le collier comme si l'objet allait prendre vie d'un instant à l'autre et le mordre. Il n'était plus en sécurité en Angleterre. Harrison avait peine à croire qu'il était bien chez lui. William puis ses descendants avaient bâti et perdu plusieurs fortunes. à elles seules. Fatigué de son pays natal et de la haine que lui vouaient désormais les Bloomfield. le bijou avait été offert au comte de Redbridge par la reine Elisabeth Ier en personne. William avait réussi à s'en sortir. et l'avait toujours considérée comme hautement fantaisiste. un autre âge. avait tranché. qui lui avait rappelé inopinément l'existence de ce bijou. Le collier. il s'était fiancé à Katherine Bloomfield. C'était une autre époque. une telle volte-face était inadmissible.. mais jamais les affaires. et c'est ainsi que cette branche de la famille Coltons était partie s'installer de l'autre côté de l'Atlantique. Au fil du temps. disait Sybil Coltons ! Harrison but une longue gorgée de soda.

tu ne me connais pas ! Reste où tu es. l'enferma dans le tiroir de la table et l'oublia sans plus tarder. Sam a tout raconté à Annette. ? demanda Harrison.. maintenant ! Le téléphone sonna alors. je viens te chercher. avait entendu parler de la mise aux enchères du fameux collier et l'avait rapporté parmi les siens. et.. — Et te voilà ! grommela Harrison sarcastique. — Jusqu'à quel point ne l'a-t-elle pas bien pris ? demanda-t-il d'un ton légèrement persifleur.. destinés aux futures épouses de ses deux fils. Il pouvait désormais dire adieu au plan qu'il avait élaboré ! — Et alors. Vraiment. — Ne t'inquiète pas.. Sam fêtait la vente de l'enfant qu'il avait élevée comme la sienne ! Si Harrison s'était senti l'étoffe d'un prince quelques instants auparavant. aller la chercher.avait contraint le dernier propriétaire du collier à le vendre.. Ils sont partis s'amuser. — Elle a dit des choses assez désagréables. Harrison ne put s'empêcher de sourire. ça ne va pas aussi bien que ça. — Mais papa a fini par te retrouver. Et ensuite. et elle m'a traitée de bâtarde ingrate.. Les paroles de la jeune fille venaient de balayer ses dernières hésitations.. acheva Harrison en fermant les yeux.. Reste où tu es... reprit-il. Je crois que j'ai même dit quelque chose comme : « Ah oui ? Eh bien laisse-moi te dire quelque chose ! » Je sais que je n'aurais pas dû. n'est-ce pas ? dit Harrison en tenant le collier devant ses yeux et en le regardant fixement. heureux comme un enfant à l'idée d'avoir sauvé le trésor familial.. Mais il en avait entendu suffisamment... Tout va bien.. Il lui a dit qu'il n'était pas mon père. Est-ce que tout va bien ? Il est tard. et Harrison laissa le répondeur se déclencher. Et Sam ? Est-ce qu'il est au courant ? — Pas encore. à propos de lundi.. Stupide et enfantin. — Je devine ce qui s'est passé. — Si tu crois que je vais te laisser seule avec Annette. Annette m'en veut également. Elle est venue me provoquer. Harry. Et maintenant. Elle a fait irruption dans ma chambre en me disant qu'elle savait. car ils n'ont pas dit dans quel hôtel ils étaient descendus.. Il l'avait fait monter en deux petits ras du cou. Harry ! Elle a dit que c'était une dévergondée. Il lui fallut faire un effort immense pour ne pas sauter dans sa voiture. elle ne l'a pas bien pris. C'était aussi sa mère. Elle aussi prétend que c'est mon devoir d'épouser James.. ... Harrison se répéta mentalement les paroles de Savannah : Il passe le week-end à Las Vegas avec James. Je suis bien avancé. dit-il. puisqu'elle est morte quand j'avais cinq ans. Sa colère s'enflamma aussitôt.K. car il sentait que ce devait être un euphémisme. elle connaissait notre mère mieux que moi. que s'est-il passé ? — C'était stupide de ma part. qui avait senti l'hésitation de Savannah. sur moi et sur ma mère.. Il se précipita sur le combiné lorsqu'il entendit la voix de Savannah. ce soir. Je sais que tu m'as dit de me taire. sur toi.. Il avait promis de ne rien révéler. Il passe le week-end à Las Vegas avec James. le père de Harrison. Il replaça le collier dans son écrin de velours. Harry. Harry. Il avait la certitude. Ne bouge pas.. qu'il avait raison d'entraîner Savannah dans ce pseudo-mariage. — O. tout en finissant son soda.... après maintes tergiversations. Oh. J'avais prévu de ne rien dire. au milieu de cette famille de dégénérés. — Et.. et pourtant il l'a fait. je le reconnais... — Mais tu lui as dit. Elle hésita un long moment. — Savannah ? dit-il rapidement. Frank. Annette est plus grande. C'était terrible. Savannah marqua une pause avant de poursuivre : — Euh.. Il ne rentrera pas avant demain soir. l'arracher à cette maison et l'éloigner de cette famille indigne.. Nous ne pouvons pas les joindre. je ne voulais pas.. avant qu'elle n'ait eu le temps de raccrocher. — En fait. Sam Hamilton n'avait rien d'un être humain. — Ce n'est pas nécessaire. Harry.

— Ça t'a fait du bien. dit-elle en esquissant un sourire tremblant. . Il essayait. Harry. — Harry. — Je me suis sentie vraiment bien ! ajouta-t-elle.. à la Savannah de ses souvenirs.. Elle ne ressemblait pas.. que Harrison comprit à quel point il était heureux de la voir. elle se tourna vers lui. la baissa doucement et tourna son menton vers la lumière. — J'arrive tout de suite. les « déchets » dont elle n'a pas voulu. il paraît. Harrison prit la main droite de Savannah. Ses cheveux n'étaient pas attachés. raccrocha le combiné et se précipita au-dehors. il retourna dans son bureau. Savannah. l'invita à s'asseoir et se dirigea vers la cuisine pour mettre la bouilloire à chauffer. après avoir entendu ça. qui avaient dû être provoquées par l'une des nombreuses bagues d'Annette. Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu n'as pas peur de moi. il attendit impatiemment que la bouilloire se mît à siffler. — Oui. se regardèrent et repartirent dans un rire sans fin. tout de même ? Tu ne serais pas ici. Une bonne tasse de thé. Il lui prit la main. — Viens. la tête baissée. — Ah oui ? Vraiment ? dit Harrison en mettant deux cuillerées de sucre dans la tasse de Savannah.. Harry.. Il la conduisit alors dans son bureau. ainsi qu'une légère coupure. et ne portaient plus aucune trace de larmes. Je n'ai pas peur de toi.. Je crois qu'elle va avoir un sacré bleu. le sucrier et un petit pot de lait. puis prépara un plateau avec deux tasses. Elle était vêtue d'un vieux jean délavé et d'un pull noir. Elle lui tournait le dos. de se contrôler. de lui rendre la monnaie de sa pièce ? — Tu ne peux pas savoir à quel point ! répondit Savannah dont le sourire éclairait à présent le visage. en cet instant. Savannah hocha la tête avant de se couvrir de nouveau le visage avec la main. je suis devant chez toi. elle resta figée un long moment.Elle l'interrompit. je voulais seulement être sûre que tu étais chez toi et que tu ne dormais pas. c'est tout. Et elle a ajouté que j'allais récupérer « les restes ». et bois ça tant que c'est chaud. Ils posèrent la tête sur les coussins du canapé.. La tenant toujours serrée contre lui. — Non. Enfin. J'appelle avec mon portable. Ils recouvraient ses épaules et dissimulaient son visage. Il découvrit l'ecchymose sur sa joue. Elle ressemblait à la Savannah de la veille : incroyablement féminine. Malgré son invite. et Harrison prit le temps de l'observer. si tu avais peur. Elle fit une grimace et ils se mirent à rire. Elle plaça sa main sur sa joue avant de se tourner vers lui. — C'est elle qui t'a fait ça ? demanda-t-il entre ses dents. Elle eut un mouvement de recul lorsqu'il tendit la main pour lui écarter les cheveux du visage. belle et mystérieuse. — Savannah.. heureux qu'elle fût venue vers lui. J'ai seulement eu un petit accident. Mais avant que tu croies que je ne sais pas me défendre et que je ne suis qu'une petite idiote. Ses yeux étaient secs.. et il remarqua la rougeur et le gonflement autour de ses articulations. Debout à côté du fourneau. Viens t'asseoir. — Elle m'a aussi traitée de tous les noms. tant bien que mal. près de l'œil. Elle paraissait nerveuse et hésita avant de venir s'asseoir sur le canapé. je ne voulais pas te déranger. dans ma voiture. Il est minuit.. Je. réchauffer le cœur et calmer les nerfs. sentant les tremblements de son corps.. Ce ne fut qu'au moment où Savannah sortit de sa voiture et qu'il la prit dans ses bras pour la réconforter. sache que je lui ai fichu un bon coup de poing. C'est ce que sa mère lui avait toujours servi lorsqu'il se sentait désorienté. Ensuite. Son corps longiligne et élancé restait gracieux même lorsqu'elle se tenait immobile. Savannah se tenait debout devant la cheminée. Il coupa le téléphone.. il la fit entrer dans la maison. jurant qu'il n'y avait rien de mieux qu'un thé chaud et sucré pour oublier le froid. le regard fuyant.

et Sam disparaissait dès qu'elle revenait à la maison.. n'avait été qu'une source de déceptions. qu'ils perdent l'entreprise et tout ce pour quoi il avait tant travaillé. Sam. mais peut-être n'avait-elle pas pleuré suffisamment. en revanche. elle avait éclaté en sanglots. à l'époque. Au cours des journées qui avaient suivi. elle grimpait aux arbres. Elle marchait sur une corde raide depuis que son père. Annette la traitait avec mépris.. lorsqu'elle se souvenait que Sam l'avait toujours traitée différemment d'Annette ? Tout au long des années. Harrison était entré dans sa vie. Pour couronner le tout... s'écorchait les genoux et collectionnait les insectes qu'elle rapportait dans la maison. quand elle eut dix-sept ans.4 Savannah s'éveilla lentement. et comment. Sans doute était-ce la tension accumulée. Quelle enfant gentille et obéissante. depuis que Sam lui avait révélé l'infidélité de sa mère et avait vanté sa noble décision de l'élever comme sa propre fille. son père avait toujours la première place dans son cœur ! Savannah. Sam n'avait eu de cesse de lui répéter qu'elle devait se décider si elle ne voulait pas qu'ils finissent tous à la rue. Sa sensibilité était à fleur de peau. Il lui avait jeté au visage qu'elle lui était redevable. Ou bien était-ce l'ordre d'épouser James Vaughn qui avait séché ses larmes et l'avait placée dans cet état de quasitorpeur qui l'avait paralysée pendant des jours ? Elle était incapable de le dire. Et elle le leur devait ! Savannah repoussa la couette. Elle grimaça de douleur lorsqu'elle s'appuya sur sa joue meurtrie. comme deux enfants qui ont joué un bon tour à des adultes. Roulant de nouveau sur le dos. s'étira sous la couette et roula sur le côté pour se blottir au creux de l'oreiller. Une semaine après cet éclat. Elle se rappela d'abord qu'elle avait bien ri. quand elle daignait remarquer sa présence. d'où elle ne sortait que pour les week-ends et les vacances. elle n'avait jamais plus été invitée. elle n'était même pas jolie ! Elle ne faisait jamais aucun effort. Elle avait supporté trop de choses en très peu de temps. L'avenir d'Annette dépendait d'elle. Véritable garçon manqué. lors des dîners d'affaires. que ce fût pour paraître avenante ou pour seconder Annette dans son rôle de maîtresse de maison. Ensuite. le directeur d'une entreprise qui procédait à un abattage systématique des arbres dans le nord-ouest du pays. pour des raisons écologiques. Peut-être n'avait-elle pas évacué toute la tension qui la torturait intérieurement. D'ailleurs. elle cligna plusieurs fois des yeux tandis que les événements de la veille lui revenaient peu à peu à la mémoire.. Harrison et elle avaient même ri aux éclats. Ils avaient ri exagérément. même après son mariage. quelle petite fille adorable et attentionnée elle était. disait-il. se souvint-elle en fermant les yeux. Il comptait sur elle.. après qu'elle eut violemment critiqué. se leva et se dirigea vers la salle de bains tout en laissant ses pensées suivre leur cours. Il avait fait preuve de . pas son père. presque bêtement. Sam avait fustigé son insolence. non. Devait-elle réellement quelque chose à Sam et Annette ? Quand avait-elle commencé à en douter ? Etait-ce pendant ses crises de larmes. comme pour oublier. il n'avait peut-être pas tout à fait tort. Ensuite. une insolence qui ne servait même pas ses intérêts ! En y réfléchissant bien. qui les avait fait réagir ainsi. Sam l'avait expédiée en pension. elle avait entendu répéter combien Annette était belle et raffinée. et qu'il était temps pour elle de songer à payer ses dettes. étant donné que Savannah n'avait que quatorze ans. Cet éloignement de la maison avait clairement signifié à Savannah que son père ne tenait plus à la voir. Elle se souvenait avoir pleuré en l'écoutant.

Elle les porta ensuite sur la table. il avait été contrarié. Ce dernier avait ri lorsqu'elle lui avait raconté la scène. — Tu as bien dormi ? demanda-t-il. A vrai dire. au début. Elle chercha une autre serviette pour sécher ses cheveux. Harry l'avait serrée contre lui. songea-t-elle amèrement. elle l'avait provoquée. et qu'elle pourrait ensuite se coucher et se reposer. il l'avait écoutée. surtout. Il lui avait rendu visite à l'école. lui avait-il assuré. puis il l'avait laissée seule. Elle dormait sous le même toit que Harry.gentillesse à son égard. mais il n'avait guère tardé à s'esclaffer. elle allait l'épouser. elle regrettait néanmoins de s'être laissé entraîner dans cet échange d'injures et de coups. elle n'avait toujours aucune idée précise de ce qui l'attendait. La rougeur avait disparu. Elle pleurait l'enfance insouciante qu'elle n'avait pas eue et tous les problèmes qu'elle devait affronter à présent. Tout irait bien mieux le lendemain. Qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Annette était entrée dans sa chambre. à ce moment. Harry l'avait prise dans ses bras pour la consoler. mais il lui suffit de voir l'expression de Savannah pour comprendre qu'il avait peut-être péché par excès d'optimisme. sa passion adolescente pour Harry ne s'était jamais éteinte. Et toi ? . jusqu'au moment où elle avait été submergée par une véritable déferlante de chagrin. Tous deux avaient été la proie d'un grand accès d'hilarité. A quel moment. mais Savannah avait la satisfaction de se dire qu'elle lui avait rendu la pareille ! Si elle ressentait une certaine fierté. Voilà donc où elle en était. au cours de cette horrible semaine. Elle avait essayé de refuser. et elle était désormais étrangère à sa famille. il avait essayé de la réconforter et avait fini par la porter dans sa chambre. Elle pleurait sa mère qui lui manquait et ce père qu'elle n'avait jamais connu. mais pour de mauvaises raisons. Harrison avait commencé à préparer le petit déjeuner quand il avait entendu couler la douche dans la chambre d'amis. — Oui. mais Harry n'avait pas été dupe. harcelée. la fierté de s'être défendue sans faillir. merci. si toutefois elle pouvait encore qualifier Sam et Annette du nom de « famille ». Il lui avait dit qu'il allait chercher ses bagages dans sa voiture. il était hors de question qu'elle l'épouse. Il espéra que cette heureuse coïncidence était annonciatrice de la journée qui allait suivre. et s'était épanouie en un amour profond . Les élancements de la coupure près de son œil avaient cessé. J'ai bien dormi. Annette lui avait envoyé un coup retentissant. Harry. tandis qu'elle versait deux tasses de café fumant et odorant. ses pensées avaient-elles réussi à occulter la terrible nouvelle qu'elle venait d'apprendre et l'avenir que Sam avait prévu pour elle. malgré ses larmes et une nuit de sommeil. De toute façon. Elle pleurait pour tous les chagrins de sa vie. à vrai dire ? Ce qui comptait. et elle se pencha vers le miroir pour examiner sa joue. et Savannah avait fini par répondre avec la seule arme qu'elle possédait : Harry. lui avait apporté des dossiers de presse sur l'environnement. en sortant de la douche et en s'enveloppant dans une grande serviette-éponge. l'avait aidée pour un projet de fin d'année et l'avait régulièrement emmenée manger des pizzas. Il avait posé la valise sur le lit. Alors. et il était en train de servir les œufs brouillés et le bacon au moment où Savannah entra dans la cuisine. ce mariage pouvait-il encore avoir lieu. pour se tourner vers Harry. avait embrassé Savannah sur la joue pour lui souhaiter une bonne nuit de repos. s'assit et s'empara de sa fourchette. l'avait ouverte. le seul à s'être jamais préoccupé d'elle ? Quelle importance. il avait nagé et discuté avec elle et. Bien sûr. prétextant qu'elle préférait aller à l'hôtel. Elle avait senti son menton trembler de façon incontrôlable. tandis qu'elle gémissait comme un bébé. deuxièmement. c'est qu'elle était venue le voir sur un coup de tête et qu'elle était sur le point de l'épouser. A l'aube de ce nouveau jour. seules persistaient la tuméfaction et une douleur assez vive. Oui. à présent. elle n'était certaine que de deux choses : premièrement. puisqu'elle n'avait pas su se taire et avait tout révélé à Annette ? L'évocation de sa sœur la ramena à leur dispute.

elle demanda : — L'ouvrir ? Qu'est-ce que c'est ? Une pochette-surprise nouvelle version ? — Quelque chose dans le genre. Debout depuis 6 heures du matin. sur certains points ! Ensuite. inclina la tête et. Il se rendait compte qu'il était en train de bavarder par peur du moindre instant de silence. Harry.Il préféra mentir.. de vraies pierres ? demanda-t-elle en caressant. contourner ses conclusions. — Vas-y. j'ai réussi à préparer un semblant de pizza au micro-ondes ! Mais. je ne prends que le petit déjeuner ici. mais j'ai suivi un cours d'économie domestique à l'école. je n'avais jamais le droit de mettre les pieds dans la cuisine. proposa-t-il en rinçant rapidement la vaisselle.. il comprenait bien que s'il se laissait aller ainsi. soit tu apprends à cuisiner.. L'ironie de sa remarque n'était pas de bon augure. Savannah ne verrait en lui. Il revint avec deux tasses de café.. » — Harry. je ne me suis jamais lancée dans la préparation de quelque chose d'aussi bon. le saphir qui ornait le centre du collier. Elle fit ce qu'il lui demandait et ouvrit doucement l'écrin. Raconte-moi une histoire incroyable. Ouvre-la. et la convaincre que ce mariage. conclut-elle en attaquant les galettes de pommes de terre dorées à la poêle. — Tu veux que je te raconte une histoire incroyable ? Elle le regarda et soupira avant de débarrasser la table à son tour. Tu vois la boîte en velours bleu ? Prends-la. il ne l'avait pas fait. Savannah. et ouvre-la. — Ça. celui qui se trouve à côté de toi.. de l'extrémité du doigt. j'ai habité un petit appartement. et il supposait que Savannah était déjà parvenue aux mêmes conclusions. il avait cherché les arguments pour surmonter ses objections. s'il se taisait. Bien sûr. — Pas mal... S'il entrait et proposait de la réconforter. Harry ! Dis-moi que ce ne sont pas des vraies. S'il lui offrait davantage que ses consolations. Harrison s'inquiéta. Il attrapa la main de Savannah et la conduisit dans son bureau avant de retourner dans la cuisine. pour une pochette-surprise. et à juste titre. grimpait l'escalier et frappait à la porte de Savannah. qu'ils avaient accepté ensemble. En outre. — Ouvre le tiroir.. j'ai seulement appris à choisir un traiteur de qualité ! Les écoles privées sont vraiment à côté de la plaque. J'ai préféré cette dernière solution.. — Tu te débrouilles bien en cuisine ! constata Savannah tout en mangeant. Il redoutait. non ? — Ce sont. sa bouche s'arrondit en un « oh » silencieux. quand j'étais à la fac. qu'un homme essayant de profiter de la situation. Ma mère m'avait suggéré d'employer une gouvernante. mais en fin de compte.. — D'accord. Soit tu apprends à aimer les repas surgelés. Ça ne me paraissait pas très utile. et là. c'est un secret de la vie de célibataire. Il l'interrompit immédiatement en saisissant la première banalité qui lui traversait l'esprit.. . mais il n'y aura pas de mariage. Mon Dieu. En même temps. J'espérais devenir un cordon-bleu. Il était presque sûr qu'elle lui en parlerait avant même la fin du petit déjeuner. et que je n'ai rien entendu d'extraordinaire au cours des derniers jours ! — Laissons tout ça pour l'instant. Savannah regarda la boîte. il avait veillé jusqu'à 3 heures du matin. A la maison. mais la plupart du temps. Harrison termina ses pommes de terre et déposa son assiette dans l'évier. Il y avait un autre problème. Il était trop bien élevé pour agir de la sorte. que Savannah n'annonçât brusquement : « Merci beaucoup.. restait une option envisageable. faisant les cent pas dans son bureau et se demandant dans quel enfer il tomberait s'il cédait à son désir. s'efforçant de prendre un ton enjoué. Comment peux-tu laisser un tel bijou dans le tiroir d'une table ? N'importe qui pourrait le trouver et le voler ! — Tu es tentée ? lança-t-il d'un ton taquin. commença-t-elle. — Comme une souche ! En réalité. Dieu sait que je suis en manque..

Et c'est pour cette raison que je t'ai tout dit. Rien n'a changé. et c'est pour cette raison qu'elle m'a parlé du collier et de toute l'histoire. en l'occurrence.. s'il te plaît. Je maintiens mon offre. tu connais la situation de Sam et tu sais qu'il a désespérément besoin d'un investisseur. Elle soupira. maintenant. En quelque sorte. Harrison s'assit et commença à tapoter son genou de sa main. car d'après ce que je sais maintenant. tu sais.. jusqu'à ce que ma grand-mère m'en reparle hier. — Non.. Sam ne pourra pas la refuser. Tu n'as plus le bénéfice de la surprise. Mais je ne l'ai pas vraiment dit. j'avais complètement oublié l'existence de ce collier. parce que. — Je ne te le reproche pas. riposta Harrison. Toi. Annette m'a remis les idées à l'endroit. Tu le sais aussi bien que moi. j'étais désespérée. ma grand-mère vit à Paris. Toi non plus. de toute façon. jamais. En fait.. d'avoir lâché un loup dans la bergerie.Elle lui répondit par un pied de nez. le sujet le plus opportun en ces circonstances ! Mais il en avait déjà trop dit et ne pouvait plus reculer.. Tu vas pouvoir prendre le contrôle de l'entreprise de Sam et t'emparer de son dernier atout. se leva et regarda Harrison.... à proprement parler. il n'y a pas de raison. La situation dans laquelle je me trouve à présent t'offre une occasion de te venger telle que tu n'en auras jamais d'autre.. — Peu importe l'expression. bien sûr. Tu veux entendre mon histoire ? C'est au sujet de ce collier. Mais tout ça n'est plus nécessaire maintenant. Assieds-toi. bien sûr. Maintenant qu'il avait attiré son attention et qu'il l'avait distraite de ce qu'elle voulait lui dire. dès ce soir. Savannah replia les jambes sous elle pour se lover dans le fauteuil.. Au moins. — Harry. J'étais perdue et blessée. Puis il s'aperçut de ce geste nerveux et s'arrêta aussitôt. Je n'aime pas te regarder faire les cent pas. Mais. — Est-ce que tu renonces à tout ? La petite scène d'Annette. . vendredi. Annette est au courant. je me suis coupé. que James Vaughn se retire de la course d'ici demain. Fascinée. Aussi. écoute-moi. C'est pour cela que je l'ai sorti du coffre-fort. Ne t'inquiète pas. Il dut se résoudre à raconter la légende et à attendre la réaction de Savannah. En fait.. Evoquer les épouses Coltons n'était pas. Sam saura ce que tu prépares avant même que tes avocats ne lui présentent les documents. A supposer. — D'être passée à table. Ce qui me ramène à mon point de départ. si tu as peur d'avoir vendu la mèche. Tu peux encore te venger. — Au contraire. Il poursuivit : — Oui. bien qu'il sût que cela ne servait à rien. je ne vais pas dire le contraire. — Annette ? Non.. la nuit dernière. Moi. Harrison termina son café et se leva. J'étais persuadée que je devais aider Sam à se sortir de cette situation dont il est seul responsable. maintenant. tu ne m'as rien caché. elle n'était pas en face de moi pour me faire ses remarques. Quand je suis venue te voir à ton bureau. Harry.. tu as toujours été honnête. Harry. je lui ai presque dit que nous allions nous marier. — Alors ? reprit-il.. puis elle fit signe qu'elle était tout ouïe. continua Savannah en poursuivant la litanie de clichés. — Je te répète que ça n'a aucune importance. — Est-ce qu'Annette a essayé le collier ? Que s'est-il passé ? La prédiction s'est-elle réalisée ? Elle tenait toujours l'écrin mais avait cessé de caresser les joyaux. Harrison se rendit compte qu'il venait de se fourvoyer dans une nouvelle galère. Sam et Annette ont essayé de te piéger de la même façon qu'ils tentent de me piéger avec James Vaughn. tu ne me dois rien. Tu ne me reproches rien. Elle ne tarda pas à venir. elle garda l'écrin dans les mains mais n'osa pas retirer le collier de son lit de satin. et Sam le sera aussi. Ni le rachat ni le mariage. quand ils auront tous compris que l'ingrate Savannah a pris la poudre d'escampette. Savannah lui jeta un rapide regard interrogateur. Je le suis encore.. t'a donc fait enfin comprendre qu'elle et son père pouvaient aussi bien se débrouiller seuls ? J'ai raison ? — Oui.. tout a changé. — Harry. Je sais que je ne leur dois rien. soupira Savannah en fermant l'écrin et en le posant sur la table.

— Comme tu veux. Lorsqu'elle rentra. La colère se mêla à l'amertume. Dis oui. je ne veux pas que Sam puisse t'atteindre. J'ai raison. tu sais. il posa les mains sur ses épaules. — Absolument génial ! Renchérit-il. tout en souriant de son propre enfantillage : — Bonsoir. Harry : ils m'ont a-do-rée ! En toute modestie. chéri ! Je suis rentrée ! Dix secondes plus tard. c'est fini. Enfin il eut un large sourire. — Tu as l'air plutôt gaie. Sam ne pouvait pas y toucher.. Et notre licence de mariage. Elle baissa les yeux un instant. — Reste ici jusqu'à ce que tu aies quelque chose. Il espérait au moins avoir réussi à dissimuler son désarroi. Mais ça y est. S'il te plaît. vous avez devant vous une salariée à plein temps.elle lança joyeusement.. approuva Harrison. Désespéré quelques instants auparavant. Il tenait le journal du soir à la main. c'est formidable ! Il posa sa cannette. je dois te le dire tout de suite. mon cher. Harry. Ta journée a été meilleure que celle d'hier ? — Meilleure que celle d'hier. Cela devrait laisser assez de temps à Sam pour comprendre. Savannah frissonna et se détourna. reprit Savannah en s'écartant d'un pas. Savannah. tu es d'accord ? reprit-elle. j'ai décroché mon premier emploi ! . s'avança vers elle. j'espère avoir trouvé un emploi et un appartement à Prosperino. ce soir ! S’exclama-t-il en ouvrant le réfrigérateur et en sortant deux cannettes de soda. C'est un travail de débutante.comme elle avait vu la voiture d'Harrison garée dans l'allée . Elle lui prit une cannette des mains. Quant à moi. et les mots jaillirent malgré lui : — C'est tout ce que tu trouves à dire ? Tu n'as plus besoin de moi ! Alors. quand ils auront ouvert leurs nouveaux bureaux. — Où vas-tu aller ? demanda-t-il.. — Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse ! dit-elle en s'écartant d'un pas et en défroissant la veste de son tailleur. Je commence dans deux semaines. j'avais un second entretien chez Boggs.. Harrison entrait dans la cuisine. j'ai une formation. Ça me permettra de voir venir pendant un temps. Deux au grand maximum.. ce soir-là. et tu le sais très bien. il élaborait déjà d'autres plans. d'ici là. Savannah ! Se reprenant. Savannah. avec une chemise de golf blanche et un pantalon kaki. — Savannah. Je vais trouver un travail. bien sûr. — Tu pourras toujours l'encadrer et l'intituler : « A la grâce de Dieu ». C'est décidé. Mais dans sa tête. acquiesça Harrison. — Très drôle. tu me dis un grand merci pour tout et tu disparais ! s'exclama Harrison en se levant à son tour. la serra dans ses bras et la souleva de terre. Bon.— Alors.. Et puis. et à toi. — Où ? Je ne sais pas. Savannah passa directement par la cuisine. — Tu sais qu'aujourd'hui. Et puis. Elle attendait sa réaction et le regardait attentivement. Puis elle la retira et la posa sur le dossier d'une chaise. s'entendit-il répondre. et il vit que ses yeux brillaient de larmes. — Une semaine.. Elle jeta sa serviette flambant neuve sur la table et . Harrison se figea quelques secondes. je te remercie beaucoup pour tout ce que tu as fait et tout ce que tu m'as offert. il s'efforçait à présent de réprimer l'exultation qui couvait en lui. puis le regarda de nouveau et hocha la tête sans dire un mot. La maison est grande. je te remercie. qu'est-ce qu'on en fait ? Il avait conscience de paraître ridicule. Il était vêtu de façon décontractée. Elle le regarda.. assez pour te venger. Ma mère m'a laissé un peu d'argent. — Parfait. l'ouvrit d'un coup sec et but une longue gorgée. meilleure que toutes les autres journées de cette semaine et de la semaine passée réunies ! Aujourd'hui.

. il fallait que j'en . ils s'étaient séparés pour rejoindre leur chambre. déclara Harrison sur un ton grandiloquent. il revient au galop. et elle s'était sentie triste. j'ai oublié de te dire : le contrat a été signé ce matin. — Tu l'as vu ? Ne put-elle s'empêcher de demander.. — Tu as réussi. répondit-elle en serrant ses mains puis en s'écartant de lui. dis-moi tout. et le monde te tend les bras. ni à l'intention qu'avait Harry de racheter Hamilton Inc. depuis son plus jeune âge. Tu crois que tu seras capable de faire face au côté romantique de ton travail ? — Espèce d'idiot ! C'est un travail important. tu le sais. Le secteur est vital. attirer son attention ! — Je suppose que je devais m'y attendre. Elle avait peur que le sortilège n'agît. Pourtant. elle avait tant souhaité. répondit Harrison en se penchant pour l'embrasser sur la joue. il n'y a pas grand-chose à dire. à moins que tu ne veuilles un autre exposé sur l'environnement. l'entreprise s'appellerait Coltons-Hamilton Inc.. au cours de son existence. il ne sait peut-être pas que je suis ici ? — Si. Pendant presque deux semaines. mais comme je le tenais à ma merci. je vais te raconter ce qui s'est passé. tu as un emploi. Il n'a pas parlé de toi. même. Tu as une nouvelle vie. Il l'embrassait souvent sur la joue. chaque soir. mais jamais de façon équivoque. ils avaient vécu sous le même toit. reprit-elle. C'était une réunion d'avocats. elle avait bien trop peur pour y céder. lorsque Sam a compris qu'après la restructuration. Il la touchait aussi beaucoup. Elle se demanda pourquoi cela lui faisait si mal. Si la tentation était toujours présente... Jamais elle n'avait sorti le collier de son écrin. la carence en eaux propres et tout le reste ? — Non.. La nouvelle la frappa de plein fouet et elle s'écroula presque sur une chaise. répondit-il en se dirigeant dans le couloir. — Harry ? Si nous sortions dîner pour fêter ça ? Je t'invite. Savannah se sentait à l'aise avec Harry comme elle ne l'avait encore jamais été avec quiconque au cours de son existence. ils avaient abordé de nombreux sujets. Ses jambes ne la portaient plus. Savannah. Insatisfaite. après avoir monté l'escalier ensemble et s'être souhaité une bonne nuit. jamais elle ne l'avait essayé. — Je sais. Vas-y. Ce n'était pas tellement délicat de ma part. Elle avait tant espéré.. frustrée ? Plus d'une fois.. Chassez le naturel. à 10 heures.. Il a parlé de moi ? Harry la regarda et secoua lentement la tête. il y a eu quelques paroles désagréables. regardé des vidéos. mais ils n'avaient jamais fait allusion à Sam ou Annette. Mais. Il faut que tu tires un trait définitif sur le passé. Nous avons signé des papiers et avons parlé affaires la plupart du temps.— Mlle Savannah Hamilton part à l'assaut de la gestion des eaux polluées. Tu as devant toi le nouvel actionnaire majoritaire de Hamilton Inc. Ça aussi. Oserait-elle dire même. elle resurgissait. — Nous fêtons ton nouveau travail.. Elle se sentait malheureuse. Mais après. — Au fait. il s'arrêta et se retourna. Puis. comme elle ne l'avait jamais été. dit-elle dans un souffle. elle était redescendue à pas de loup dans le bureau. avait ouvert l'écrin et avait regardé les diamants et les saphirs briller de mille éclats. merci ! Je m'en passerai. tout à coup. Bien sûr. promets-moi de tout oublier. Je suis désolé. — Oh. maintenant. Au cours de leurs conversations des derniers jours. avaient partagé leurs repas. Savannah avait presque réussi à oublier cette histoire mais voilà que. — Si tu veux. — Non. Mais il est possible que je fasse appel à toi pour écrire un article ou deux.. satisfaire Sam. — En fait. Il prit ses mains dans les siennes.. c'est moi qui t'invite. après s'être assurée que Harrison dormait profondément. joué aux cartes et passé de longues soirées à discuter de tout et de rien dans le bureau. tu sais. répondit Harrison en prenant une chaise et en s'asseyant en face d'elle. il le sait.

Ça . j'ai haï Sam. mais profondément. Je l'ai fait pour ton enfance perdue. — Non. ce sera comme tu voudras. Mais je crois qu'elle va finir par voir les choses en face.. ma motivation était celle-là. mets quelque chose de simple.. Je vais prendre une douche et je. Savannah. Ou. — Ta sœur ne comprend pas très vite. depuis plusieurs années. et elle n'avait pas réussi à s'en débarrasser en si peu de temps.. Parfois. — Non. je ne veux plus en parler maintenant. agressif ? — Non. peut-être pas. tu as attendu ton heure et tu as frappé en utilisant toutes les armes dont tu disposais.. et je ne veux pas paraître trop arrogant. tu sais. D'accord pour une pizza. — Veux-tu que je le fasse maintenant ? — Je. Je suppose que ça doit l'intéresser. Savannah appuya sa main contre sa bouche et secoua doucement la tête en le regardant fixement. et pour la façon dont ils ont voulu t'utiliser avec James Vaughn. — Prends ton temps. Je l’ai voulu. Tu tiens vraiment à sortir dîner ? — Non. Annette avait toujours obtenu ce qu'elle voulait. je préférerais faire livrer une pizza. Savannah.. C'est leur fierté que tu voulais atteindre. — Tu lui en veux vraiment ! D'ici combien de temps comptes-tu racheter le reste de l'entreprise ? C'est bien ce que tu prévois. parce qu'ils l'avaient mérité en se conduisant comme ils l'ont fait. Tu appelles. prête à sortir en courant de la pièce. pas avant d'en avoir parlé à l'heureuse élue. Il caressa les bras de Savannah et la regarda de ses yeux verts qui paraissaient soudain si graves. Je n'ai pas fait cela pour me venger du passé. cela fait six longues années que tu patientes. Savannah. — Je ne suis pas sûr de ce que j'avance. d'accord ? Harry s'appuya contre le réfrigérateur et approuva. je. — Elle a réussi ? Savannah recula d'un pas. Après tout. L'horloge égrena six coups et Savannah recula précipitamment. que j'étais très flatté mais que j'avais d'autres projets. commença-t-il en la prenant dans ses bras. — Vraiment ? demanda Savannah en s'efforçant d'adopter un ton neutre. — Eh bien ! Ça a dû lui faire de l'effet. sauf que tu ne t'attaques pas à leur argent. — Nous n'aurons jamais une table si nous ne réservons pas maintenant. pour leur manque de générosité à ton égard.. mais. au fond de moi-même. Mais ce n'est pas pour cette raison que je suis allé jusqu'au bout. répondit Harrison en la regardant intensément. Tu le lui as dit ? — Non. j'ai eu envie de le voir humilié. — Annette était là ? répéta Savannah sans se rendre compte qu'elle avait levé machinalement sa main pour effleurer sa joue. Et Annette était là aussi. J'ai agi ainsi parce qu'ils t'ont fait pleurer. au début. Et c'est ce que j'ai fait. mais je crois bien qu'elle était venue pour me séduire... Harry. tu les blesses en retour. Maintenant. Je l'ai fait. A vrai dire. tu te trompes. Je n'ai jamais voulu ça. peut-être. je ne dirai pas le contraire. C'est vrai. Elle se leva. transpercée par une profonde douleur. Savannah humidifia ses lèvres et baissa les yeux. C'était une réaction ancrée en elle. c'est vrai. murmura-t-elle enfin en baissant la main. Ils t'ont fait du mal. — Je lui ai dit. non ? Anéantir Sam et le nom des Hamilton du même coup ? — Tu me trouves trop.... mais les paroles de Harrison l'arrêtèrent net.. si. — Elle voulait connaître le nom de l'heureuse élue.. parce qu'ils ont atteint la tienne. et je monte me changer. Elle reprit son souffle. comment as-tu pu faire ça ? Pour moi ? Je ne voulais pas ça.profite un peu. l'un autant que l'autre. Harry. — Tu ne veux pas savoir ce que Sam a dit à ton sujet ? Car il a dit quelques petites choses... Pourquoi ? Harry se leva et sourit en marchant vers elle. — Qu'est-ce que tu lui as dit ? demanda Savannah en voyant l'expression de Harry passer de l'amusement à un sérieux inattendu..

grâce à son argent et à son expérience. Il ne l'avait pas épargnée. Certains étaient même devenus des amis proches. Mais ils avaient également passé beaucoup de choses sous silence. Il était Harrison Coltons. Il croyait.. Deux semaines. elle dut s'appuyer à la rambarde pour reprendre son souffle. Il lui avait montré qu'il n'était plus le jeune homme de naguère. Il l'aimait de tout son cœur.un cœur qui pardonnait . il l'aimait. La plupart des personnes avec lesquelles il avait travaillé pendant huit mois. Non seulement il était allé trop vite. aurait été qu'il fût parvenu à la mauvaise conclusion : Savannah l'appréciait. . Ils avaient vécu sous le même toit pendant presque deux semaines. et qu'il avait fait ce qui était le mieux pour Hamilton Inc. elle commençait tout juste à déployer ses ailes. et il avait l'habitude de telles transactions. et il nourrissait de grands espoirs.et il savait qu'elle éprouvait encore un certain attachement envers Sam et sa sœur. Que pouvait-il attendre d'autre ? Elle éprouvait de la gratitude et peut-être aussi un peu de peur. les yeux écarquillés par le pourboire qu'il venait de recevoir. Mais ce n'était pas une raison pour brûler les étapes. à présent. Savannah venait à peine de sortir de sa chrysalide.. Elle avait réussi à s'arracher à une vie familiale néfaste. éteignit les deux lampes et alluma des bougies. de vivre ici avec lui ? De l'aimer ? Le mot gratitude lui vint à l'esprit. elle lui était reconnaissante. Mais il était un homme d'affaires. Quant au maudit collier. Parvenue en haut de l'escalier. en faisaient toujours partie. Deux semaines pendant lesquelles ils avaient renoué une vieille amitié et avaient appris à mieux se connaître. Il l'entendit descendre l'escalier et alla à sa rencontre. allait repartir d'un bon pied et pouvoir se développer. Tous avaient été heureux d'entendre la nouvelle. mais elle ne l’aimait pas. six ans auparavant. mais il s'était avancé beaucoup trop loin. elle venait de décrocher son premier emploi. elle aussi s'y habituerait. Certes. Harry retourna dans le bureau où il avait déjà apporté assiettes. Avec le temps. l'homme d'affaires renommé. mais parce que Sam Hamilton avait blessé Savannah. C'est ce qu'elle ressentait à son égard. Il avait mis une bouteille de vin à décanter et deux verres refroidissaient dans le congélateur. Il lui restait à vivre l'avenir qui s'ouvrait à elle. Mille cinq cents employés allaient ainsi conserver leur emploi. mais Savannah avait bon cœur . anxieux comme un enfant. il espérait même qu'avec le temps. Autant laisser Savannah caresser un requin ! « Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'elle accepte que tu diriges sa vie ! se dit-il au moment où la sonnette de la porte d'entrée retentissait. Et ce n'est pas non plus ce que tu veux. Il fit le tour de la pièce. » Le livreur de pizza repartit quelques instants plus tard. Deux semaines pendant lesquelles il avait réglé un vieux conflit. A présent. Le décor était planté. et parfois impitoyable. Deux semaines pendant lesquelles il avait compris que l'attirance et l'amour étaient deux choses bien différentes. La seule chose qui pouvait aller de travers. lorsqu'il les avait réunis dans la cafétéria pour annoncer la transaction. Il dut admettre que répéter les paroles d'Annette à Savannah n'avait pas été très élégant de sa part. Il se demanda néanmoins si Savannah pourrait s'y habituer. Croyait-il vraiment qu'elle accepterait de l'épouser. L'entreprise.ira. elle comprendrait que ses raisons d'agir importaient peu. il reposait toujours dans le tiroir. qui avait apprivoisé une adolescente solitaire. Un homme d'affaires aux méthodes sans concessions. Tout était prêt. Deux semaines pendant lesquelles il s'était rendu compte qu'il était attiré par Savannah. et pour de moins bonnes. mais il pensait que renouer des liens avec l'un ou l'autre serait une erreur. serviettes et saladier. où il avait l'intention de le laisser au moins pendant les dix années qui suivraient leur mariage. non pas pour lui-même. Harrison reconnaissait qu'il avait agi pour de bonnes raisons.. comme il l'avait cru au début.. Il avait encore le temps de monter boucler une valise et de réserver deux places pour le vol du lendemain à destination de Reno.

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Après avoir jeté son tailleur sur le lit. une fois encore. Le sourire qu'il lui adressa la troubla infiniment. — Hors de question ! Je suis intransigeant sur le choix de mes pizzas. elle avait choisi pour seul maquillage une touche de rouge à lèvres et vaporisé pour finir un peu d'Obsession sur sa poitrine. Elizabeth Bloomfield. Je serais curieuse de savoir si ce sont ses lointains ancêtres qui ont donné tant de fil à retordre aux tiens. et elle va le rendre fou avec tous ses soupçons.5 Savannah traversa le corridor du rez-de-chaussée comme si elle marchait dans un rêve. maintenant. elle préférait encore parler de la pluie et du beau temps ! — C'est une longue histoire qui concerne une autre branche de ma famille. je vais chercher les verres. Tellement bien que lorsqu'elle avait jeté un dernier coup d'œil dans le miroir. Je suis prêt à parier qu'elle va téléphoner à Jason. — Comment sais-tu que je ne l'ai pas encore fait ? interrogea Harry. discuter et se séparer avant de regagner leurs chambres respectives ? Elle regarda à la dérobée en direction du tiroir où reposait l'écrin.. Tu sais. c'est à ... tous les deux ? demanda-t-elle en acceptant l'assiette qu'il lui tendait. Harry. Mais lui. avant d'enfiler un short en velours rose pâle et un pull assorti. On devrait peut-être essayer autre chose ? Champignons. Pourtant. Cette histoire. Les cheveux réunis en une queue-de-cheval. qui vit ici en Californie. Ça te va ? — Parle-moi de ta famille. répondit-elle en se détendant un peu. si les soupçons de la grand-mère de Harry concernaient le mariage supposé de son petit-fils. Elle a une idée fixe. un de ces quatre matins. — Ma grand-mère a encore téléphoné aujourd'hui. — Des soupçons ? A quel propos ? demanda Savannah. quel qu'en fût le sujet. Elle ne savait si elle retardait l'inévitable ou si elle avait peur qu'il n'y eût rien à éviter. Moitié nature. Tu as faim ? — Je meurs de faim ! Harry ouvrit le carton et elle découvrit une immense pizza. répondit-il. Attends-moi. Espérant se donner une contenance. alla chercher l'écrin. bacon. de toute façon. partager leur dîner. Je le rangerai après le repas. elle n'avait pas reconnu l'adolescente incertaine qu'elle avait été naguère. mets ce collier à l'abri. anchois.. annonça Harry en servant le vin. je ne le connais pas vraiment. — Tu as raison. un conte de fées dont tous les signes annonçaient une fin heureuse. Tu es sûre de vouloir connaître tous les mystères de la famille Coltons ? — Sûre et certaine.. elle s'était douchée rapidement. Un rêve merveilleux. réfléchit-elle rapidement. s'il te plaît. Il posa son assiette. elle déclara : — Est-ce qu'il est encore question du collier ? Franchement. — Tu es resplendissante ! lui lança Harry tandis qu'elle entrait dans le bureau et s'asseyait au bout du sofa recouvert d'un tissu écossais vert et bleu. L'esprit un peu confus. Mais. reprit-il. puis massée avec une lotion corporelle. Tu ne peux pas savoir comme j'ai hâte de raconter cette histoire à mon amie Elizabeth. mais en ce moment. puis elle se demanda si elle allait réussir à ne pas s'étrangler. sur ses affaires et ses œuvres de bienfaisance. — Tu ne trouves pas que l'on commence à s'encroûter. elle mordit rapidement dans sa pizza. heureuse d'engager la conversation. Elle reste parfois des semaines sans donner aucune nouvelle. Elle le suivit des yeux lorsqu'il quitta la pièce. et elle sentit son cœur battre plus fort quand elle le vit revenir. Harry et elle allaient-ils seulement. elle n'arrête pas d'appeler. l'ouvrit et le posa sur la table où le bijou s'offrit à leurs yeux. Savannah déplaça aussitôt le carton de la pizza pour que le couvercle le cachât à sa vue. tu devrais vraiment remettre ce bijou dans le coffre-fort.. La famille de mon oncle. moitié pepperoni. J'ai lu des articles sur un certain Joe Coltons.

Quoi qu'il en soit. qu'à une certaine époque. les yeux plissés. l'une des filles de mon oncle et de ma tante. Et j'aime déjà Lorraine. La gamine était certainement en état de choc. Savannah. En fait. — Tout ça m'a l'air un peu embrouillé. En fait. — Est-ce qu'ils t'ont demandé pourquoi Annette et toi aviez rompu vos fiançailles ? demanda Savannah. C'est un type bien. presque sûre de connaître la réponse. prévoit une fête grandiose pour le soixantième anniversaire de son mari. Harry lui sourit. mais je n'y vais plus. ma grand-mère a près de quatre-vingt-dix ans. Savannah reposa son assiette et s'essuya les doigts sur une serviette. Mais le sourire de Harry s'effaça.mère. il n'y a que Jason et moi. la dernière qu'ils allaient passer sous le même toit ? — Quoi qu'il en soit. Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main au sujet de l'assassinat des Kennedy..peur de cette nuit. elle boit. — Tu as dit que ton frère possédait le même collier parce que ton père avait fait diviser le premier bijou. je téléphone pour avoir de leurs nouvelles. Elle fume. Lorsqu'elle est revenue à elle. Avait-il peur de la même chose qu'elle . orchestre et tutti quanti ! — Qu'y a-t-il de si étonnant à ça ? — Rien. reprit-il.. il a toujours été pour moi un ami plus qu'un oncle. Visiblement. Il y a des années. Maintenant. Et franchement. elle n'arrivait pas à fixer son attention sur Joe Coltons. Elle m'a répondu de m'occuper de mes affaires. et surtout de celles qu'on n'a jamais élucidées. — Oui. . Il faut dire qu'elle raffole des énigmes. mais à mon avis. l'autre méchante et sournoise. Sachant ce qu'il dissimulait.propos de lui ? Joe Coltons ? — Oui. d'ailleurs. grand-mère n'arrête pas de téléphoner parce que Meredith. la femme de Joe. — Ne lui dis jamais ça ! répondit Harry en feignant d'être horrifié. de Lincoln ou de Martin Luther King ! Je dois reconnaître que je suis d'accord avec elle sur certains points. avec les enfants qu'ils ont adoptés et ceux qu'ils accueillent provisoirement. je dois avouer qu'ils sont si nombreux dans cette maison. chaque fois que j'allais au ranch. il s'agit de mon oncle Joe. Vraiment bien. mais cela a frappé les esprits. il y avait un peu trop de bruit et de bonne humeur à mon goût.. elle ne se gêne pas pour jurer s'il le faut. Elle voulait qu'il continuât à parler. et ensuite j'ai commencé à travailler. cela n'a rien d'étonnant. Les deux veinards ! Quoi qu'il en soit. Je lui ai suggéré de prendre un amant pour se changer les idées.. elle te parlera certainement d'Emily. Tenue de soirée de rigueur. Les yeux de Savannah s'arrêtèrent sur le carton de la pizza. J'ai très envie de te la présenter. cela fait longtemps que je ne suis pas allé au ranch des Coltons. et il la regarda quelques instants. Elle y réussit très bien. D'abord. Est-ce que Joe Coltons en a un aussi ? — Non. Savannah avait peine à en croire ses oreilles ! Harry souhaitait qu'elle rencontre sa grand-mère ! Elle sentit une bouffée d'espoir monter en elle. Elle interrompit Harrison. la petite a déclaré avoir vu deux Meredith : l'une gentille et souriante. bien sûr. il y a eu mes études. et son esprit est aussi vif qu'à vingt ans. tous deux avaient peur de quelque chose. Et puis. Elle chérit l'idée qu'elle peut semer la panique dans le cœur de nous autres. Ainsi. et elle avait l'impression que lui aussi avait besoin de poursuivre cette conversation à bâtons rompus. je me retrouvais assis à table à côté d'une charmante jeune femme. et a ajouté que rien ne me disait qu'elle n'en avait pas déjà un ! — C'est incroyable ! J'adorerais rencontrer ta grand. il n'y a aucun mystère au ranch des Coltons. C'est sûrement pour cette raison que je ne vois pas très bien où grand-mère veut en venir avec ses supputations. — Tu sais. Et après ça. simples mortels. Savannah. si tu ne t'appelles pas Sybil Coltons ! Je crois que ma grand-mère partage la passion de Lorraine pour les romans à énigme. Savannah termina son verre de vin et le tendit à Harry pour qu'il le remplît de nouveau. — Ne crois quand même pas tout ce qu'elle dit. Meredith et Emily ont été victimes d'un grave accident de voiture. car il faut bien dire que Meredith n'a pas toujours été très nette depuis l'accident. elle a pas mal de temps pour réfléchir.

Du reste. Or. et elle sentit ses forces l'abandonner. Il est quand même étrange que Meredith n'ait rien demandé à propos de l'arthrite de grand-mère.Savannah serra ses bras contre elle. lesquels ont transformé. Savannah s'aperçut qu'elle se tordait nerveusement les mains.. si toutefois nous arrivons à l'arracher à son service hospitalier... il repoussa la table tasse. Sa tête lui paraissait incroyablement légère. comme si un vent froid avait envahi la pièce. Dix. « fête de famille » rimait avec barbecue. je crois que j'ai été amoureux de toi dès l'instant où tu es entrée dans mon bureau et que tu as de nouveau fait partie de ma vie. Ton visage ... je préférerais arriver avec Mme Savannah Coltons plutôt qu'avec Mlle Savannah Hamilton. Elle avait été grièvement blessée. un accident de toute évidence causé par des extraterrestres voleurs de corps. Cela m'étonne que ni ta grand-mère ni toi n'ayez envisagé cette possibilité.. Et si ce premier instant n'avait pas suffi à me convaincre de mon amour. ainsi que Jason. Meredith et Joe ont toujours préféré la simplicité et le naturel.. c'est vrai. sous les yeux d'Emily. cela suffit à ma grand-mère pour affirmer que Meredith n'est plus Meredith. tu es sûr. et que grand-mère a pour règle de ne jamais parler de sa santé avec un médecin ! Savannah se mit à rire. — Uniquement si tu acceptes de m'accompagner. à peu près. cette charmante maîtresse de maison inoffensive en un monstre organisateur de soirées ! C'est la seule explication. — Cette histoire me fiche la frousse. — Tu vas aller à cette fête ? demanda-t-elle.. Harry fit la grimace. Savannah frissonna de la tête aux pieds. Meredith n'est plus la même depuis ce jour. Pour Meredith. Et. comme il y en a tant en Californie. et Meredith ne lui a pas demandé de nouvelles de son arthrite ! Savannah leva un sourcil et le regarda longuement avant de demander : — Eh bien. puis elle secoua la tête et termina son verre de vin. Grandmère m'a dit qu'elle faisait encore des cauchemars à propos de l'accident. — Je n'y avais vraiment pas pensé. Tout cela parce qu'il est médecin. Harry ! Tout colle parfaitement ! Meredith a dû se cogner la tête dans l'accident. Mais puisque tu en parles. Du pied. enfants pieds nus et adultes qui chantent joyeusement en chœur. Harry ? Il s'approcha doucement d'elle et elle sentit la chaleur de son corps l'envelopper. Elle comprit qu'elle avait peut-être bu trop rapidement. et en dépit du niveau de vie qui pourrait être le leur. — Tu veux. douze ans. Ses tremblements s'apaisèrent tandis qu'elle plongeait son regard dans ses yeux verts émeraude et y découvrait une douceur merveilleuse. Quel âge avait Emily. Mes parents seront également là. si je me souviens bien. La grimace de Harry répondit à sa question. à cette époque ? — Je ne sais pas exactement. j'y ai cru totalement lorsque je t'ai vue venir vers moi à la pizzéria. malgré tout l'argent dont ils disposent. toujours selon ma grand-mère. — Tu m'aimes ? Tu. — Pourquoi ? — Parce que. tu tiens vraiment à débarquer au ranch en compagnie d'une Hamilton ? Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée. quoi ! Bref. Le seul qui ne soit pas capable d'entamer une conversation avec elle en lui posant une question sur son arthrite. — Je vois que je ne pourrais pas te laisser seule avec ma grand-mère. Savannah. elle m'a encore téléphoné aujourd'hui pour me donner une nouvelle preuve de ce qu'elle avançait ! — Ah bon ! Quoi donc ? — Elle a téléphoné à Meredith pour accepter son invitation. Le grand tralala. Pour la simple raison que je t'aime à la folie et que je te demande de m'épouser. robes de soirée. et elle s'arrêta immédiatement.. c'est Jason. — Savannah. manifestement : cartons d'invitation. Cette immense fête est pour elle une nouvelle preuve de la métamorphose de Meredith. — Tu as dit que tu voulais rencontrer ma grand-mère. Et ce qu'il déclara ensuite combla toutes ses attentes. la fête en question sera tout ce qu'il y a de plus mondain.. poursuivit-il.

Tout ce qu'elle savait. Avec des gestes désordonnés. Il l'embrassa de façon câline. Ivre d'un plaisir qu'elle découvrait avec émerveillement. jusqu'à ce que leurs bouches se rejoignent. il gagna sa chambre. et sa langue l'envahit. c'est que Harry la serrait contre son cœur. — Tu dis ça à toutes les filles que tu connais. Harry souleva Savannah dans ses bras et se mit à gravir l'escalier. je n'ai pas terminé. Il l'embrassa. Elle l'attira suffisamment près pour que plus rien ne pût les séparer : ni le passé. d'abord. Savannah ? Est-ce que tu me crois ? Tu me crois. Nouant ses mains derrière son cou. une femme ardemment aimée d'un homme. Elle essaya de protester. La soirée était avancée et la chambre baignait dans les lueurs du soleil couchant. Seul comptait désormais l'instant présent.. Alors. Ils scellaient une promesse. accordée au rythme de son corps puissant. Ne faire plus qu'un. Comme il l'avait fait deux semaines auparavant. elle l'attira vers elle. la plus simple et la plus naturelle que je connaisse. ni Annette ni Sam. Pour toujours. lui ouvrir son cœur et son âme. qu'elle glisse ses bras autour de lui. où elle était et comment elle était arrivée là. Savannah. il l'emmena avec lui. jusqu'au moment où son esprit flotta dans le vide. sans un mot. Du temps pour que tu oublies ce que Sam avait dit sur toi. Elle découvrit alors son visage au-dessus du sien. Ai-je attendu assez longtemps. l'éveillant à des sensations qu'elle n'avait jamais ressenties auparavant. Je t'aime. Il bougeait avec elle.. jusqu'à ce que leurs souffles s'unissent.. enfin. Elle dut faire un effort pour répondre à sa demande. et c'est avec passion qu'elle s'abandonna. avant de te dire ce que j'éprouve pour toi. Savannah. elle finit par ne plus savoir qui elle était.. et la douleur qu'elle ressentit lorsqu'il la pénétra la transperça si rapidement qu'elle en eut à peine conscience. légèrement... ils s'étaient dévêtus. Et ta queue-de-cheval est excitante à en mourir ! Le vin. non ? — Ne m'interromps pas. Elle se serra alors contre lui. Il glissa sa main derrière sa nuque et l'attira doucement vers lui. Elles lui faisaient découvrir le bonheur d'être une femme. qu'elle lui réponde par un sourire. souffla-t-elle contre ses lèvres. elle en était sûre. il bougeait en elle.. murmura au creux de son oreille les mots qu'elle attendait avec une telle ferveur.. Il la prit dans ses bras et la dévora des yeux... Tu es la femme la plus totalement merveilleuse et la plus totalement généreuse. Il attendait. Je voulais te laisser du temps. l'embrassa. glissa ses mains le long de son dos et embrassa son cou et ses épaules. . Avec ses mains. d'abord doucement. tu es la femme la plus honnête. qu'il la caressait et qu'il l'aimait. — Regarde-moi. leurs corps disaient bien plus que les mots. promit-il. Pour toujours. Harry ! Je te crois parce que moi aussi.. Harry. Il attendait qu'elle réponde « oui » à la question qu'il ne lui avait pas encore posée. murmura Harry. Les paroles de Harry. et Savannah perçut le contraste entre la fraîcheur des draps et la chaleur du corps de Harry pressé contre le sien. mon amour. puis ardemment. — Je crois que je mérite une médaille pour les deux semaines qui viennent de s'écouler. Alors il pressa sa bouche contre la sienne. Et à toutes les questions qu'il allait lui poser. elle laissa s'exprimer son désir. — Pour toujours. je t'aime ! Je crois que je t'ai toujours aimé. Harry l'aimait. se donner complètement à lui et puiser en lui.. et il les caressa tendrement. — Pour toujours. le faisant vibrer. Elle voulait se fondre en lui. Ses mains parcouraient son corps. La promesse de l'éternité. Il la regardait avec un tel émerveillement qu'elle eut la conviction inébranlable qu'elle pouvait lui rendre son regard.. Harry était en train de lui faire l'amour. puis avec ses lèvres.. Savannah ne savait pas ce qui l'enivrait le plus. puis avec passion. quand je dis que je t'aime ? — Bien sûr. Et elle lui rendait son amour avec la même intensité.. Elle n'éprouvait aucune crainte.débarrassé de tout artifice resplendissait exactement comme à présent. Du temps. du temps pour que tu comprennes que j'attendais davantage de toi qu'une ridicule occasion de me venger. Ses seins frémirent. Parvenu sur le palier.

. Ils avaient pris la décision de se marier. Harrison. N'était-il pas prêt à lui offrir la lune.. — « Madame Coltons » ? Je crois que je vais m'y habituer. riant au contact de la chaleur de son corps. Il arracha les draps et posa la main sur son sein.. et. Il n'eut même pas le temps de réagir et de claquer la porte sur son beau visage . — Savannah. — Tu as intérêt. Madame Coltons.. Il se dirigea vers le hall et sourit en entendant couler la douche au premier étage. il est l'heure. Une heure plus tard. que je m'habille. Harrison se trouvait dans la cuisine. Mais ils n'utiliseraient pas la licence de mariage entachée de mauvais prétextes qu'ils avaient demandée deux semaines auparavant. Sans plus tarder. comment as-tu pu me laisser dormir ? Elle le martelait gentiment de coups de poing en répétant qu'elle n'avait rien à se mettre pour un mariage.Harrison s'éveilla lentement.. Il inclina la tête. et tu n'auras plus à te soucier de ce que tu dois porter. il regarda Annette Hamilton-O'Meara s'avancer dans le hall. — Oui ? demanda-t-il sans regarder qui se trouvait sur le pas de la porte. Son esprit s'éclaircit et il comprit que la lumière filtrait à travers les rideaux. Il grimaça. jeta un coup d'œil à son réveil posé à côté du lit et eut peine à croire qu'il n'était que 8 heures du matin. Mais ils voulaient. et peut-être même une autre cérémonie de mariage. De son pouce. embrassa sa chevelure d'un blond cendré puis son front. Elle soupira légèrement. Les draps dévoilèrent sa poitrine dénudée et il appuya sa tête entre ses seins. Ils se rendraient d'abord à Reno. Puis il prit quelques vêtements et se dirigea vers la douche. Comme il l'aimait ! Ils avaient parlé la moitié de la nuit. La famille de Harrison insisterait certainement pour organiser une immense réception. ils avaient besoin d'être mariés sans plus tarder. Elle se tourna sur le dos et lui sourit. Ses valises étaient prêtes depuis la veille. — Je vais être courageux. je crois. tu n'es pas irrésistible. Il était en train de laver la vaisselle lorsque la sonnette de la porte d'entrée retentit.. je vais t'empêcher de sortir de ce lit avant une bonne semaine. et si Savannah n'avait pas le temps de préparer les siennes. parce que tu risques d'entendre souvent ce nom au cours des cinquante prochaines années Il faudrait que tu te lèves et que tu prennes ta douche Nous devons aller à l'aéroport pour prendre notre avion et officialiser tout ça. — Tu es en train de me dire que je suis irrésistible. La voix le ramena brusquement à la réalité. il excita le mamelon. — Quelle. tout lui revint à la mémoire.. je vais apprendre à vivre avec cette malédiction. D'avance.. il lui achèterait tout ce dont elle avait besoin à Reno. si elle le demandait ? Les cheveux encore mouillés après la douche il se pencha sur le lit et fit glisser son doigt le long de la joue de Savannah. Harry et Savannah étaient d'accord. c'est ça ? Je crois que ça me plaît. et avaient fait l'amour pendant l'autre moitié. — Si tu continues à gigoter comme ça. C'est plutôt que je suis insatiable. ma valise n'est pas faite ! Harry. L'instant d'après. Une malédiction. les yeux bleus de Savannah s'ouvrirent et le dévisagèrent. Le bruit s'arrêta au moment où il ouvrit. sourit du fond de ses rêves et resserra son étreinte autour de sa taille. — Non. Il avait réservé deux places sur le vol de midi à destination de Reno ! Comment avait-il pu l’oublier ? Il s'écarta doucement de Savannah.. Interdit. — Bonjour. soudain. déposa un autre baiser sur ses lèvres pulpeuses.. Mes cheveux doivent être horribles. Tu es d'accord ? La réponse qu'elle lui donna était dépourvue d'ambiguïté. 8 heures du matin ! Ils s'étaient endormis l'un contre l'autre et n'avaient pas bougé. Harrison cligna des yeux. quelle heure est-il ? demanda-t-elle en se tournant vers le réveil. Son esprit et son cœur se trouvaient au premier étage. Savannah dormait blottie contre son épaule. Bon sang ! Déjà 8 h 30 ! Tu n'aurais pas pu me réveiller plus tôt ? Il faut que je prenne ma douche.

S'il te plaît. va-t'en le plus loin possible d'ici ! Je ne veux pas que Savannah te voie. liés. — Tu sais. Harrison ? Tu l'as utilisée pour découvrir les difficultés de l'entreprise de papa. en revanche. de la jeter dehors sans autre forme de procès et de refermer la porte. comment va ton œil ? Très seyant. attirante. mais tu es adulte.. Elle pivota sur ses talons hauts et le toisa. elle jeta son sac sur le canapé et regarda avec dégoût les restes de leur dîner. — Nous avons quelques affaires à régler. Savannah se tenait à la porte. les yeux plissés. mais je ne le croyais pas. Elle regardait sa sœur. A peine avait-il prononcé ces mots qu'il mesurait l'erreur qu'il venait de commettre. Annette. Elle appartenait à cette catégorie de femmes qui s'habillent avec recherche et s'imposent par une certaine prestance.. ton hématome ! Il jeta le carton dans la poubelle. — Il me semble que tous les deux. Elle s'assit sur le canapé et croisa les jambes. c'est minable ! Cela ne te suffit pas d'attaquer papa comme tu l'as fait ? Il fallait qu'en plus tu séduises ce garçon manqué ! Tu me dois des excuses. Annette était plus petite que Savannah. celle-ci n'était que superficielle. dit-il en marchant vers le bureau pour finir de débarrasser la table. il y a six ans. était belle moralement et physiquement.souriant. Tu n'es pas quelqu'un de bien. et les saphirs des Coltons entouraient le cou de la jeune femme. A présent. c'est vraiment que tu ne me connais pas. elle se tenait debout devant le miroir accroché au-dessus de la cheminée. Oh ! Harrison. Il comprit que si Annette possédait une certaine beauté. L'ayant suivi dans le bureau. Harrison détailla Annette pendant un long moment. un seul de ses regards aurait suffi pour que le jeune Harrison perdît tous ses moyens. à ses remarques horriblement insultantes. et tu la tiens à l'écart de la famille pour que nous ne puissions pas lui parler et lui expliquer ce que tu trames. — Je ne partirai pas avant d'avoir vu ma sœur. car tu la manipules. Sam est peut-être responsable de ça. voyons ! Si tu croyais me rendre jalouse. Il attrapa le carton de la pizza et l'emporta dans la cuisine. Annette. reprit. vous étiez. tu me fais peur. il était rongé d'envie de botter ses fesses rebondies.. qui tu étais vraiment. — Il faut que je la mette en garde contre toi. tu as raison. à présent. Il ne voulait pas que Savannah apprît qu'elle était là. je te dois quelque chose. elle est ici ? Papa me l'avait dit.elle. Savannah ? Tu ne peux pas sérieusement la trouver. ordonna Harrison. mais ce ne sont pas des excuses. Et il ne voulait pas non plus que Savannah fût soumise à la langue de vipère d'Annette. aussi. hier ? Tu as dit que ma sœur et toi. peut-être ? Les deux ? — Tu ferais mieux de partir. L'écrin de velours caché par le carton de la pizza était à présent ouvert sur la table basse. visiblement décidée à ne pas bouger d'un millimètre. Annette. Tu ne pouvais pas m'avoir. Annette. il me semble. Je te dois tous mes remerciements pour m'avoir montré. Harry ! Je tremble ! répondit Annette. et aujourd'hui encore. lança-t-il à brûle-pourpoint. — Va-t'en. à la recherche de quelque ressemblance avec Savannah. Autrefois. Lorsqu'il revint.. — Oh. répliqua Harrison. plus ronde. Son épaisse chevelure noire était relevée en une coiffure simple. — Au fait. Harrison. Il se sentait sur le point de l'attraper par le bras et de la jeter dehors. et décida qu'Annette suivrait le même chemin si elle n'avait pas disparu lorsqu'il retournerait dans le bureau. Harrison ? Les vestiges d'un petit repas de fête célébrant l'humiliation de mon père ? Une scène de séduction. et cela ne dépend plus que de toi. Savannah. — Qu'est-ce que c'est. c'est écœurant.. Harrison. sarcastique. le visage si pâle que Harrison . — Crois-tu vraiment m'avoir convaincue. Pire encore. et tu as donc choisi de coucher avec ma doublure ? C'est plus qu'écœurant. vous avez bien réussi à lui expliquer les choses. son maquillage était parfait et ses yeux bleus brillaient de perfidie contenue. dit-il en désignant du doigt la porte restée ouverte.. Franchement. dit-elle en traversant le hall d'entrée et en jetant un coup d'œil autour d'elle. N'est-ce pas. — Alors.

tu ne trouves pas ? ajouta Harrison en faisant un pas vers Savannah tandis qu'elle reculait de nouveau. Il tenait les deux extrémités du collier et s'avançait vers Savannah une fois de plus. Et je parie que ce collier va être fier de se retrouver autour de ton cou. sans attendre autre chose en échange. Mais puisque tu y . toi ? — Harry. Harry. car ce sont des faux. — Je veux que tu portes ce collier. comme si elle s'était maquillée dans l'obscurité. avant d'expirer lentement. Ensuite. bien au contraire. d'un blanc si crémeux d'ordinaire. Avec dédain. suggéra Harrison en haussant les épaules. Tu y crois. — Tu paries gros. — Tu sais. je suis désolée pour toi : tu as perdu. Annette dégrafa le ras du cou. Pleine de suffisance. Ensuite. Savannah lui fit face. le prévint Savannah avant de hausser les épaules. nous allons manquer notre avion. Annette. tu l'as séduite avec de vulgaires cailloux ! C'est à mourir de rire. Savannah prit alors une profonde inspiration. Harrison. Ses paroles claquèrent comme un coup de fouet. Il alla droit vers elle. — Il m'a appartenu avant toi. Le teint d'Annette. n'est-ce pas.. Elle ne quittait pas des yeux le collier qu'il agitait devant elle. répondit Harrison en montrant le collier. elle s'arrêta devant Savannah. en faisant claquer méchamment ses talons sur le parquet. — Bientôt. ma chérie. soudain effrayée : — Non. et son fard. ça ne gâche pas ma journée. sur elle. Courageusement. auparavant. Avec une moue de mépris. persista Savannah. jetait une teinte verdâtre. sous les rosiers. paraissaient sombres. — Tu as peur. comme si elle jetait quelque rebut. mais ce n'est plus le cas maintenant. — Je. Librement. Harry.redouta de la voir s'évanouir. les saphirs. En tout cas. Son regard évita Harry. Ce qu'on retire des gens est égal à ce qu'on leur donne. Personne n'a de titre de possession sur personne. les yeux brillants d'amour. — Harry ? reprit-elle. Curieux ! Dieu sait pourtant que je ne crois pas à cette vieille légende. laissa dédaigneusement tomber le bijou dans la main de Harrison en passant devant lui. Tu as peur de ces pierres.. et je lui ai donné le mien. Pourtant. Les rayons du soleil qui traversaient la baie vitrée accrochaient si bien les joyaux qu'ils scintillaient de tous leurs feux. Harrison regarda Annette. Harrison ? Tu as offert de la pacotille à Savannah. elle sera bientôt partie.. pas moi ! Ce collier me fait peur ! — Les pierres avaient l'air terrible. je vois que les comploteurs sont réunis. Annette fit face au jeune couple. Harry m'a donné son amour. censé dissimuler le bleu autour de son œil. mais pas tout de suite. J'ai tout entendu. je suis descendue plusieurs fois la nuit quand tu dormais pour le regarder. — Ne t'inquiète pas. sans entraves. tu n'es pas drôle ! Je crois que j'ai eu de la chance. Elle recula. Savannah. Elle passa sa langue sur ses lèvres. — Il ne t'a jamais appartenu. Et si le collier faisait le même effet sur moi que sur Annette ? Que ferionsnous ? — Nous pourrons toujours l'enterrer dans le jardin. une fois de plus. elle quitta la maison. Harrison inclina la tête et regarda s'éloigner Annette dont l'apparence mondaine venait de craquer. J'ai appelé la fourrière.. presque noirs. Puis elle regarda Harrison. Cette légende me semblait totalement rocambolesque. elle déclara : — Bien. Les pierres ne l'avantageaient pas du tout. ramassa son sac à main et. passa son bras autour de sa taille et l'attira contre lui. Je ne l'ai jamais essayé. paraissait terreux. — Eh bien ! C'était passionnant. elle se dressa sur la pointe des pieds et embrassa Harrison à pleine bouche. constata Harry avec surprise. je commence à me demander s'il est si absurde de croire en cette histoire. Savannah. On y va. n'oublie pas. maintenant ? demanda-t-elle. toujours si lumineux dans leur écrin de velours. dont la couleur des yeux aurait dû être avantagée par le collier de saphirs et de diamants. et je crois bien que tu perdras toujours.

— Tu ne peux pas savoir combien je t'aime. il la conduisit devant le miroir.tiens. Il s'aperçut qu'elle avait fermé les yeux. Je n'avais pas besoin de cette légende pour savoir que tu étais la femme qu'il me fallait. son regard était subjugué par les saphirs. Et elle vit que lui aussi était subjugué. Elle vit combien elle était jolie. ni pour comprendre que je suis le plus heureux des hommes ! — Tout est bien qui finit bien ! Soupira Savannah en riant. — Je t'aime. les mains posées sur ses épaules. d'un bleu si pur et si profond qu'ils captaient toute la lumière. dit Harrison en la faisant pivoter dans ses bras pour l'étreindre passionnément. Elle vit alors ce qu'Harrison voyait. encore plus jolie que le collier qui avait attendu si longtemps pour briller de tous ses feux. les yeux toujours clos. Elle glissa ses bras autour de son cou et l'attira vers elle. Puis il lui passa résolument le collier autour du cou et. et il fut ému en la voyant se mordre les lèvres tandis qu'elle puisait en elle le courage d'ouvrir les yeux. Harrison Coltons ! . Absolument magnifique ! Savannah tourna la tête vers lui. Mais. vas-y. puis elle les ouvrit lentement et regarda vers le miroir. — Magnifique ! S’exclama-t-il. future madame Coltons. Elle vit l'amour dans ses yeux.. Savannah. Pour ma part. se demandant s'il ne faisait pas une erreur : Savannah semblait en effet attacher de l'importance à cette légende.. je me suis posé suffisamment de questions. Elle lui tourna le dos et souleva ses cheveux. plus important encore. Harrison hésita une seconde. Elle vit ses mains posées délicatement sur ses épaules.

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