Edina Bozoky

J. Baschet. Les justices de l'au-delà. Les représentations de
l'enfer en France et en Italie (XIIe-XVe siècle), préface de J. Le
Goff
In: Revue de l'histoire des religions, tome 218 n°4, 2001. pp. 588-596.

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Bozoky Edina. J. Baschet. Les justices de l'au-delà. Les représentations de l'enfer en France et en Italie (XIIe-XVe siècle),
préface de J. Le Goff. In: Revue de l'histoire des religions, tome 218 n°4, 2001. pp. 588-596.
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. il a le dessein de « tenter de mesurer l'importance du thème infernal sur une durée relativement longue » (p. l'enfer est imaginé avant tout comme un moyen de vengeance contre les païens. et en effectuant une synthèse de la théologie. Rome. de l'image et de la mentalité religieuse. 1330 et s'ouvre par la présentation de la doctrine du châtiment éternel dans le christianisme.. L'un des plus grands mérites de ГА. La première partie de l'ouvrage est consacrée à la période entre ca. puis de saisir l'imaginaire de l'enfer dans son évolution. et. ГА. 15-17). Dans l'introduction. 1100 et ca. et pose la problématique de son étude : tout d'abord. de revenir à l'analyse de la fonction de la croyance à l'enfer. ГА.le retour final de toutes créa tures à Dieu . précise que l'idée du châtiment éternel est consolidée dans le Nou veau Testament (Luc 16. Hébr. apparaît le dilemme : comment concilier la miséricorde divine avec sa justice cruelle . Les justices de l'au-delà. Nicole BELAYCHE. I . À l'époque du christianisme persé cuté. Université de Rennes 2. 8 pi. 1993. puis soulevant des débats en Orient jusqu'au milieu du VIe siècle. 1-2. en analysant la mise en place du système judiciaire infernal et son développement. École française de Rome. XIV-700 p. est précisément sa volonté d'étudier le thème de l'enfer de façon globale. 24-25 . le concept d'apocatastase . Les représentations de l'enfer en France et en Italie (xif-xv* siècle). la fresque de Camposanto de Pise se situant à la charnière des images traditionnelles et des images renouvelées. souligne l'importance de l'enfer dans la religiosité médiévale.588 COMPTES RENDUS d'attitudes à l'œuvre au moment où l'Empire se christianise et qui sont donc entrés aussi dans la formation des intellectuels chrétiens. la représen tation de l'enfer connaît de profondes transformations. 3). 19-21 . permet seul d'imaginer la pléni- . Pendant la période allant des alentours de 1100 jusqu'à la fin du XVe siècle. enfin.suggéré chez Origène. 168 fig. avec la cons titution des images bien structurées correspondant à un véritable système judiciaire. 6. 19-31 . « qui place le châtiment post mortem au cœur de son système religieux ». Matth. 4. Thess. Jérôme BASCHET. Apoc. Dans la théologie des Pères de l'Eglise. L'ouvrage de Jérôme Baschet constitue un véritable monument d'érudition aussi bien pour l'histoire religieuse que pour l'histoire de l'art. Après être remonté aux croyances de l'Ancien Testament et à l'apocalyptique juive. préface de Jacques Le Goff.

COMPTES RENDUS 589 tude de la miséricorde de Dieu. la matérialité et l'immédiateté. les techniques de supplice sont développées . la Vision du moine d'Eymsham et la Vision de Turchill. admet également qu'une âme puisse souffrir d'un feu corporel. On observe une tendance à la disparition du concept de dilation. 1231-1236) pense qu'une réalité corporelle peut agir sur l'âme et que le feu matériel peut produire des « impressions spirituelles » sur l'âme. Dans la littérature morale. Thomas d'Aquin. mais il subsiste une confusion relative des lieux. qui offrent une « recomposition des lieux de l'au-delà » : le Purgat oirede saint Patrick.Victor). Mais avec saint Augustin. dans le même temps qu'apparaît le principe de dilation : le décalage entre la mort d'un individu et le Jugement. en privilégiant le thème du Jugement dernier. dans la région de Londres. La nature du châtiment de l'âme avant le Jugement dernier suscite également des réflexions chez les théologiens . examine de plus près. les lieux de châtiments sont clairement dif férenciés . mais croit que le châtiment véritable sera accompli seulement lorsque l'âme et le corps des damn ésseront réunis. prônant l'union nécessaire de l'âme et du corps. Mais c'est sans doute la littérature des Visions qui enrichit et renouvelle le plus la façon dont l'enfer est imaginée. les peines de l'âme ne peuvent être que de nature psychologique. pré sente les descriptions de l'enfer dans les Visions. c'est le modèle de neuf peines infernales qui connaît le plus de succès aux xne-xiiP siècles et est utilisé notamment par les prédicateurs. Dans la période médiévale que ГА. surtout dans ses ver sions courtes (à partir du IXe siècle). puis dans ses adaptations vernaculaires (à partir du xme siècle). avec le par- . Trois caractéristiques principales définissent les tourments d'enfer dans la littérature spiri tuelle de l'époque : l'éternité. Guillaume d'Auvergne {De universo. Ce sont trois grandes Visions rédigées au tournant des xue-xnT siècles. si selon YElucidarium d'Honorius Augustodunensis et la Scala coeli. l'A. subissent des épreuves spécifiques . qui n'apparaît véritablement qu'au IXe siècle et s'affirme surtout à partir du XIe. Dans ces écrits. en apparence corporelles. dont la source majeure est l'apocryphe Apocalypse de Paul dans lequel la différen ciation des peines a commencé à être élaborée. l'éternité et la matérialité du châtiment s'imposent. avec l'affirmation de l'accès immédiat des âmes des grands pécheurs à l'enfer (notamment chez Hugues de Saint. et la partie inférieure de l'enfer n'est pas décrite. Dans le chapitre II. les âmes. la réflexion porte principalement sur le sort des âmes avant le Jugement dernier. Trois caractéristiques de ces représentations doivent être rele vées : leur dimension intemporelle qui exalte la gloire divine . leur dimension parousiaque ainsi que leur aspect judiciaire. Le chapitre III entame l'analyse des représentations de l'enfer par l'image. apparaît également l'adaptation de la peine au péché .

cor respondant probablement à la classification des principales peines. On réserve une place périphérique à l'enfer. l'A.est basée sur quelques « images fondatrices » vers 1100. En conclusion de cette partie. la figuration de l'enfer comme lieu spéci fique. met en relief le caractère temporel du Jugement. provenant de Santa Maria in Campo Marzio (Rome). lieu des châtiments éter nels . Enfin. la peinture dans les manuscrits confirme une relative marginalisation de l'enfer. c'est le type des théophanies glorieuses qui domine. sur la représentation de l'enfer supérieur. L'A. se demande si la concentration des œuvres les plus frap pantes à la fin du xie siècle et durant les premières décennies du xne . — À l'époque gothique. celui des justes et celui des damnés. Dans l'iconographie française. proche de l'iconographie byzantine du Jugement dernier. pendant la période romane. Le Jugement produit la diver gence des deux cortèges. l'aspect suppliciant (le rejet des pécheurs. car l'image détaillée de l'enfer et le principe judiciaire y apparaît de façon pré coce. on peut découvrir une véritable « figuration de l'envers de la trifonctionnalité ». considère que l'enfer de Conques marque une véritable rupture dans l'histoire des représentations théophaniques. L'iconographie italienne . au revers de la façade . le Christ-Juge devient plus humain et montre ses plaies ainsi que les instruments de sa Passion qui forment un lien entre sa Pre mière Venue et sa Seconde Parousie. également de la fin du XIe siècle. comprend.590 COMPTES RENDUS tage de l'humanité. de surcroît. figurent déjà des inscriptions désignant les péchés punis. ce qui montre que l'enfer s'inscrit ici dans une perspective moralisante . le lieu infernal) est réduit. En revanche. et la présence de Satan assis. d'où peut-être la minimalisation des peines infernales. L'image de l'enfer à Paris et à Amiens est particulièrement déve loppée. il est représenté le plus souvent par la gueule de Léviathan. Cependant le célèbre tympan de Sainte-Foy de Conques (dont la datation varie entre le premier et le troisième quart du XIIe siècle) constitue une exception. En même temps. la fresque de Sanť Angelo in Formis. où les damnés sont caractérisés par leur statut social. l'aspect judiciaire gagne du terrain et acquiert une homogénéité au XIIIe siècle. L'A. six cases rectangulaires. qui évite la « dénonciation virulente des péchés et l'exposé dramatique des punitions ». mais pas encore aux catégories des fautes punies. Sur le panneau de la Pinacothèque vaticane. en revanche. avec l'image de la Majesté du Christ.présente essentiellement à l'intérieur des églises. La mosaïque de Torcello (fin du XIe siècle). contient trois éléments qui deviendront les constantes de l'iconographie italienne à la suite : la représentation des cortèges des élus et des damnés fondée sur l'opposition accueil/rejet . dans la représentation du lieu infernal. notam mentavec la possibilité d'identifier plusieurs péchés capitaux à tra vers les punitions des fautes .

Dans l'enfer.COMPTES RENDUS 591 ne doit pas être liée au contexte de la réforme grégorienne (p. 1330. et se concentre sur la gueule d'enfer ou de Léviathan qui. et l'image du Jugement dernier est axée surtout sur la scène du partage. 205). l'A. constitue le « mode de représentation presque unique de la représentation de l'enfer ». En revanche. sur le mur du cimet ière voisin du Duomo. présente les fresques du Camposanto de Pise. Le chapitre V. mais concernent les définitions des rapports entre le monde humain et le monde divin. et sa représentation établit un lien fort entre l'instant de la séparation de l'humanité (temporalité humaine) et l'éternité de l'au-delà (transcendance divine). consacre la partie la plus importante de son enquête : une période dense qui. Tout d'abord. à côté des peines . où. on observe une « éclipse du Jugement ». Cette peinture réalise la rupture avec Г « ancienne » iconographie. se divise en deux temps. La première partie de l'ouvrage se clôt par un chapitre qui exa mine les contextes iconographiques autres que le Jugement dernier. met en relief les caractéristiques principales de l'iconographie italienne (annoncées dès Sanť Angelo in Formis) : la convergence des élus et la divergence des damnés. notam mentdans les manuscrits de la Bible moralisée. L'enfer apparaît comme un lieu bien spécifique. Le modèle italien du Jugement s'affirme entre les années 1250 et ca. c'est-à-dire une compression sensible de l'aspect judiciaire de l'iconographie jus qu'au milieu du хше siècle. on peut distinguer la diversité des supplices. dont la monstruosité est de plus en plus soulignée. À travers des œuvres essentielles comme la mosaïque du Baptistère San Giovanni de Florence ou les peintures de Giotto dans la chapelle Scrovegni à Padoue. C'està cette période. Pendant cette période jusqu'aux années 1330. élément principal de la séparation de l'humanité comme déjà auparavant. une divergence entre l'iconographie française et italienne se dessine nettement : si en Italie le Christ est plutôt Juge et Roi. il s'agit du « triomphe du supplice » dans la représentation de l'enfer. exécutées par Buonamico Buffalmacco. mais avec une différence notable : l'image du lieu paradisiaque disparaît. et l'enfer est représenté « dans un rapport de symétrie formelle avec le cortège des élus. en France le Christ est surtout Juge. allant du milieu du xine siècle à la fin du Moyen Âge. La deuxième partie de l'ouvrage s'attache à l'analyse et au contexte de la profonde mutation de l'iconographie qui s'accomplit à partir des années 1330 surtout en Italie. sans qu'il soit possible d'identifier les péchés punis. en réunissant tous les éléments consti tutifs de la « nouvelle ». du point de vue du développement de l'iconographie. sans doute le meilleur de tout l'ouvrage. et d'opposition structurale avec le Christ ». Les raisons de cette divergence ne sont pas évidentes. dominé par la figure de Satan. que ГА.

mène une enquête dans la littérature : si les références à Y Enfer de Dante sont évidentes. Satan est deux fois plus grand que le Christ ! Afin de retrouver les sources d'inspiration de la fresque. ainsi que dans les Sommes de confession. À la fin du XVe siècle. Le chapitre VI poursuit l'enquête sur l'iconographie italienne après le Camposanto. dans le Piémont et la Ligurie. eau). un lieu » ).592 COMPTES RENDUS traditionnelles (au moyen des éléments : feu. mais avec les détails de l'enfer. bien qu'ils révèlent la tendance à développer le thème de l'enfer. Parallèlement à cela. ou bien dans la chapelle Bolognini à San Petronio de Bologne. on trouve une formulation équivalente notamment dans la prédication de Gior dano da Pisa. où l'enfer et le Juge ment sont entourés par deux autres scènes : la Thébaïde (scènes de la vie des premiers ermites égyptiens. vers 1410. C'est dans le milieu dominicain qu'il faut chercher l'inspiration générale de ces peintures. 343). 349) . les châtiments infernaux deviennent les « justes pei nes des attitudes coupables ». d'autre part. Ainsi la fresque de Camposanto reflète une « influence dominicaine pour la mise en place d'un ordre et d'une classification dans la pratique de la pédagogie morale » (p. des objets de torture. le thème du Jugement perd de son importance. la peinture dans la chapelle Strozzi à Santa Maria Novella de Florence au milieu du xive siècle suit de près Dante. l'A. dont la préoccupation est essentiellement morale.). Cette juxtaposition des thèmes de la mort. une composition originale apparaît. les deux thèmes sont d'ailleurs juxtaposés. mais chaque lieu correspond à un péché particulier ( « un péché capital. de nouveaux changements ont lieu : d'une part. D'autres textes religieux de l'époque. mais aussi dans des traités de Domenico Cavalca et de Bartolomeo di San Concordio. de même qu'il y a l'utilisation des instruments. les catégories de châtiment se multiplient. Le bilan de l'A. les variantes sont notables (par exemple. de la pénitence. elle suggère aux fidèles quels péchés ils doivent avouer (p. Non seulement l'enfer est divisé en lieux spécifiques. en raison de la grande diversité des commanditaires (le plus souvent. avec la domination de la figure de Satan : au Camposanto. l'enfer acquiert une place presque égale à celle de la scène du Jugement . du Jugement et de l'enfer incite les fidèles avant tout à pratiquer la pénitence . elle incite à la confession. dont l'exemple sert à exalter la vertu de pénitence) et le Triomphe de la Mort. sur les enfers italiens. de riches familles urbaines) et des ordres religieux ayant pu influencer . Si la représentation compartimentée de l'enfer se diffuse en Toscane dès le milieu du хше siècle. etc. avec l'enfer sous le paradis. surgissent les sup plices par la privation ou par l'angoisse. ne produisent pas non plus le modèle de cette peinture. Et c'est là le point crucial de la transformation de l'iconographie : comme dans la justice pénale. Dante ne constitue pas la source principale de la peinture.

et y existe-t-il le même décalage entre la France et l'Italie ? En premier lieu. après 1481). : l'image de l'enfer ne peut pas être expliquée à partir des textes . n'apporte pas une explication globale novatrice pour la compréhension des changements iconographiques par ailleurs si finement décelés. dans le Dicto dell'inferno.COMPTES RENDUS 593 les artistes. mais c'est seulement chez Dante que « pour la pre mière fois. peu de discours. visions ou pièces de théâtre inspi rent directement les artistes (ou/et leurs commanditaires). malgré la diversité des discours. Dans la littérature morale. Cependant la mise en scène conserve la gueule comme la représentation principale de l'enfer. En ce qui concerne la littérature des révélations sur l'au-delà. il faut attendre jusqu'à la fin du xve siècle pour qu'une partie du jeu se déroule entièrement dans l'enfer {Jutgamen general provenç al. les peines de l'Autre Monde sont énumérées. poèmes. les solutions antérieures domin ent. Et c'est là l'un des premiers éléments de bilan de ГА. afin d'obtenir la réponse aux questions : y a-t-il le même développement du thème infernal dans les écrits que dans l'iconographie. ГА. Pour compléter l'enquête. l'enfer est soumis à une visibilité complète et à une stricte ordonnance ». et que la gueule d'enfer reste l'élément dominant des représentations infernales. ou encore. on trouve une représentation détaillée du Jugement (Laudario de Péruse) . Cepen dantles textes permettent de mieux comprendre le véritable objet des représentations plastiques . ГА. contenu dans le recueil d'une confrérie de L'Aquila. effectivement. La rupture se manifeste sur la fresque de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi. de 1493). L'iconographie française de la même période est présentée au chapitre VIL Dans l'art monumental. dès le deuxième quart du xive siècle. l'enfer reçoit une représentation aussi détaillée qu'en Italie. Visions de Georges de Hongrie) et dont les inscriptions sont identiques avec celles du Calendrier des Bergers (éd. celles-ci incitent les fidèles à identi- . examine « l'enfer en scène » dans les laudes dramatiques italiennes dans lesquelles. La voie d'enfer et de paradis de Jean de La Motte (ca. Quant aux Mystères fran çais. en effet. bien que le thème de l'enfer ne connaisse pas de déve loppement très important. deux œuvres françaises du milieu du XIVe siècle. 1340) et Le pèlerinage de l'âme de Guillaume de Diguleville (1355-1358) font preuve d'une certaine rigueur dans la descrip tion des peines. le thème infernal est relativisé et équilibré par l'évocation des moyens de salut. Dans cette peinture. Le chapitre VIII constitue un retour vers la littérature. dont les sources li ttéraires sont clairement identifiables (Vision de Lazare. la composition « italienne » apparaît dans les années 1430. à l'exception de la fresque de Digne (Notre-Dame-du-Bourg) vers 1470 où l'enfer se rapproche fortement du modèle italien. a sondé la production de l'enluminure française où.

signalant des ouvertures pour la recherche future. Il est beaucoup plus intéressant de constater que la justice terrestre cherche parfois sa légitimation par son « modèle » infernal . Quel ques analogies frappantes peuvent être décelées. Qu'est-ce qui ressort de ce panorama ? Entre une confiance totale en la rédemption et une angoisse profonde de l'enfer. De cette façon. Il y a aussi les âmes des défunts arrachées au dernier instant du pouvoir des démons. D'un autre côté. Dans la chapitre IX.. faute de documents. com pare les châtiments de l'enfer. sans parler des hérétiques. l'enfer ne fait pas toujours peur : les clercs se plai gnent de l'attitude des fidèles qui s'imaginent que l'enfer n'est qu'une fausse menace. à éviter ainsi qu'à effectuer un examen de conscience efficace. Les deux derniers chapitres approfondissent l'approche du thème infernal. il existe un certain nombre de textes et d'images qui montrent que les âmes peuvent être sauvées de l'enfer. les représentations du Juge ment dernier figurent comme fond dans les cours de justice commun ales. ce qui est bien pire. par exemple. certains chrétiens ne se considèrent pas comme pécheurs. le Christ libère chaque année ceux pour qui les prières des clercs se sont avérées efficaces (une croyance qui rappelle étrangement la fonction des prières pour les âmes du purgatoire. toutes sortes de comportements sont possibles. notam mentdes Cathares. bien sûr. De nugis curialium : l'enfer comparé à la cour royale). les images de l'enfer compartimenté et des catégories de châ timents servent avant tout à mémoriser les fautes. qui ont une conception tout autre du salut (salut final de tous les hommes).. mais la comparai son doit s'arrêter là : les mêmes supplices ne sont pas appliqués aux mêmes fautes dans les deux systèmes judiciaires. la réalité des peines terrestres. à la fois bouclant l'enquête mais aussi. selon la Visio Anselli (première moitié du XIe siècle). soit par une image carnavalesque (Raoul de Houdenc.594 COMPTES RENDUS fier les péchés. Mais si. Et. Premièrement. ou même les âmes sorties de l'enfer pour pouvoir se confesser grâce à l'intervention de la Vierge.Une tentative de lecture psychanalytique permet de dire à l'A.). Songe d'enfer) ou sat irique de l'enfer (Gautier Map. la croyance aux châtiments infernaux constituait « une des conditions nécessaires de son pouvoir symbolique ». qu'à partir du XIVe siècle. même si elles s'y trouvent déjà. et l'éventail des supplices infernaux est plus large. ГА. la peur de l'enfer est parfois minimisée soit par l'apologie des plaisirs terrestres. Par exemple. en . que l'enfer peut être considéré comme un compromis « qui combine la réalisation de la pulsion et la défense contre son caractère menaçant ». Le chapitre X offre une réflexion sur la portée et les limites de la peur de l'enfer. un moyen pour les maintenir dans le droit chemin . pour l'Église officielle. et ensuite à les confesser pour éviter l'enfer. ou encore. ce qui n'est possible.

L'A. les représentations du Christ-juge des tympans gothiques français dont le modèle est diffusé à partir des centres du pouvoir royal. la prédication. Si le livre de Jérôme Baschet est une très belle réussite d'étude iconographique. avec le tour d'horizon complet de l'enfer. il aurait été utile de ment ionner . est passé à côté du Purgatoire. ne réalise pas entièrement la mise en perspective historique et religieuse de la problématique générale que Jacques Le Goff. la représentation de l'enfer devait surtout faire agir les fidèles. l'A. En annexe. tire de ses investigations par ailleurs presque exhaustives. aurait pu évoquer au moins brièvement les fléaux et catastrophes du XIVe siècle qui ont certain ement modifié les attitudes devant la mort. des lieux et les manuscrits enluminés mentionnés dans l'ouvrage figurent en index. par son ampleur et son ambition.même superficiellement . l'historien peut éprouver quelques frustrations. Pour la compréhension globale de la mutation des représentations infernales. notamment en ce qui concerne les conclusions que ГА. comme dans toute entreprise de cette envergure. De même. correspondent probablement à la généralisation de la justice du Roi. les différen ces entre les images infernales en Italie et en France ne reflètent-elles pas les divergences de la situation politique et sociale des deux pays ? Par exemple. Il aurait été important d'insister également sur le rôle de Latran IV (1215) pour l'obligation annuelle de la confession. l'A.. joint 22 fiches de descriptions des représentations de l'enfer en Italie. Malgré ses connaissances encyclopédiques englobant la théologie. mais la qualité des clichés laisse parfois à désirer. Cependant. regroupées à la fin de l'ouvrage ne sont pas commodes à consulter tout en lisant le texte. le problème des commanditaires et du public. dans sa préface. les écrits visionnaires du Moyen Âge. . puis sa propagation à travers les statuts synodaux. d'autant plus que les planches de reproductions. Les illustrations sont abondantes. certaines descriptions d'images sont particulièr ement longues. confréries . de prendre un recul face à la richesse et à la diversité de sa documentation . au-delà de toute peur.. obligeant les fidèles à un examen de conscience détaillé. l'A. ordres mendiants. La conclusion générale reprend les grandes lignes des bilans déjà esquissés et insiste sur l'ambivalence et la complexité du développe ment de la représentation de l'enfer. ne peut que susciter l'admiration.ainsi que les change mentsmajeurs survenus dans l'encadrement des fidèles par l'Église. la littérature. Les noms de personnes.COMPTES RENDUS 595 légitimant sa fonction essentielle comme détentrice des moyens du salut. Un tel travail.les circonstances de la réalisation des œuvres. on ressent dans certains chapitres la difficulté de l'A. et d'évoquer les grandes lignes de la naissance des mouvements rel igieux . En ce qui concerne le rapport entre l'art et la politique.hérésies. esquisse si magistralement.

à tel point que le responsable de la publication a jugé bon de mettre le mot « laïque » entre parenthèses ! Il s'exprime d'ailleurs avec beaucoup de prudence à ce propos dans son introduction quand il décrit les divers courants du judaïsme contemporain comme « laïques ou en tout cas détachés de la tradition stricte ». d'une certaine manière.fut un combat de Titans. mais là encore. ce qui n'est pas tout à fait la même chose. pour lesquels il avait d'ailleurs la plus grande considération . Aux origines religieuses du judaïsme laïque. Université EdinadeBozoky. Gershom Scholem a mené un long combat contre le rabbinat. La définition de ce judaïsme laïque fait problème. d'avoir imposé au judaïsme un carcan qui a restreint sa liberté d'expression.il entendait par là les talmudistes et les maîtres de la Halakhah. Ce combat contre les « rabbins » . quelques rappels plus insistants de l'émergence du Purgatoire auraient mieux situé la place de l'enfer. La constitution d'un code de la pratique et. 316 p. Poitiers. L'œuvre de Gershom Scholem n'a rien perdu de son pouvoir de séduction depuis son décès survenu en 1982. dont l'issue com mence seulement à se dessiner sous nos regards. Paris. Gershom SCHOLEM. 2000. Il souhaitait l'avènement d'un judaïsme pluraliste . De la mystique aux lumières. Le choix et le regroupement de ces études ne sont pas dus au hasard. l'a très normalement limitée en délégitimant tout ce qui lui avait semblé aberrant. dont certains n'avaient jamais été traduits et d'autres n'étaient accessibles que dans des revues.596 COMPTES RENDUS Tout à fait consciemment. non sans raison. et plus particulièrement contre Maïmonide. textes réunis et présentés par Maurice Kriegel. on s'est également proposé de remonter à la source du judaïsme « laïque » et de rendre publique la légitimation que les travaux de Scholem lui ont offerte. et il lui a reproché. («Essais Judaïsme » ). Outre le souhait d'assurer une plus grande diffusion des écrits les plus importants d'un des plus éminents maîtres des études juives du siècle qui vient de prendre fin. mais plutôt son exclusivité. Mais ces remarques critiques ne doivent rien enlever aux grands mérites de l'ouvrage qui restera certain ement la référence scientifique en matière infernale pendant très long temps. Scholem ne contest ait aucunement la légitimité du judaïsme orthodoxe. Calmann-Lévy. de la foi du judaïsme. Il faut donc se féliciter de la parution en français d'un important choix de ses articles. on s'en doute.