Marius Sepet

Les prophètes du Christ. Étude sur les origines du théâtre au
Moyen Âge (troisième article).
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1868, tome 29. pp. 105-139.

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Sepet Marius. Les prophètes du Christ. Étude sur les origines du théâtre au Moyen Âge (troisième article). In: Bibliothèque de
l'école des chartes. 1868, tome 29. pp. 105-139.
doi : 10.3406/bec.1868.446117
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1868_num_29_1_446117

LES

PROPHÈTES

DU

CHRIST

ETUDE
SUR LES ORIGINES DU THEATRE AU MOYEN-AGE,
(Troisième article) i

IV.
DRAMES JUXTAPOSÉS. — LE DRAME D'ADAM.
La scène des Prophètes du Christ a été, nous l'avons dit,
maniée et remaniée de bien des façons pendant tout le moyen-âge .
C'était, il est vrai, une facilité singulière de pouvoir sans cesse
introduire dans cette scène de nouveaux prophètes et de nouvelles
prophéties. Il ne fallait pas un grand effort d'esprit pour étendre
et , par suite , transformer l'ancien drame ; il suffisait de puiser
dans les Ecritures , qui offraient en abondance des personnages
ayant eu, plus ou moins, le caractère prophétique. La Pro
cession
de l'âne nous a montré qu'on avait usé largement de
cette faculté : nous avons vu, dans ce mystère, toute une troupe
de nouveaux prophètes venir s'intercaler dans les rangs anciens
pour grossir le cortège et rendre le défilé plus pompeux. L'ordre
de ce défilé n'était pas bien exact; dans cette procession, pour
ainsi dire historique, les règles de la chronologie n'avaient
t. Voir le précédent volume de la Bibl. de l'École des Charles, p. 1 cl 210.
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guère été respectées. Ce défaut, il est vrai, datait de plus loin;
car, dans le mystère de Saint-Martial de Limoges , David vient
après Isaïe, Jérémie, Daniel et Aba cue, que régulièrement il
devrait précéder, et c'est une chose étrange que d'entendre
Nabuchodonosor prophétiser après Virgile. Mais l'auteur du trope
dramatique de Saint-Martial est excusable , car il se bornait à
mettre en vers le sermon Vos inquam, et ce serait vraiment
être trop exigeant , que d'imposer à un prédicateur qui dispose,
comme il veut, ses preuves, la rigueur de l'ordre chronologique.
Au contraire, l'auteur du drame de Rouen, à supposer même
qu'il voulût accepter, pour les prophéties qu'il empruntait au
texte de Saint-Martial, l'ordre que ce texte avait suivi, aurait pu
du moins respecter un peu plus la chronologie dans ses interca
lations. Rien, à coup sûr, ne l'obligeait à placer Aaron après
Amos et Isaïe, Balaam après Daniel et Aba cue. Le reproche
toutefois n'est pas grave. Outre que le liturgiste avait peut-être,
pour agir ainsi, des raisons qui nous échappent, on sait de reste
que l'histoire appartient au poète , comme l'argile au potier. Le
drame, chanté dans l'église à son origine, avait un caractère
lyrique qu'on ne saurait méconnaître, et nous devons, par
conséquent, lui passer quelques unes des licences que le sévère
Boileau ne refusait pas à l'ode :
Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.
Cependant, avouons-le, l'ordre chronologique satisfait mieux
l'esprit, et il semble que cet ordre, qui paraît si négligé, a pour
tant inspiré des additions autres que celles observées par nous dans
la Procession de l'âne, et qui ont enrichi de leur côté l'antique
scène des Prophètes du Christ. En effet, le défilé des prophètes
commence к Rouen par Moïse ; à Saint-Martial, il commençait par
Israel ou Jacob. En partant soit de Moïse, soit de Jacob, et en
remontant la chaîne des temps dans l'ordre chronologique , on
trouvait dans Г Ancien-Testament divers personnages qui pou
vaient
passer pour des prophètes du Christ. Je suis convaincu
que dans certains diocèses Abraham, par exemple, prit de
bonne heure la tête du défilé. Le sacrifice qu'il fut sur le point
d'accomplir en immolant son fils Isaac est, on le sait, une figure,
un présage du sacrifice du Calvaire. Abel, le premier juste
immolé, Abel, gracieux et touchant symbole du Rédempteur,

En d'autres termes. principalement dans la doctrine de l'Eglise . 1139. Les acteurs ou plutôt les officiants pouvaient . ou peut-être dès lors un court dialogue. si ce rôle n'avait dû revenir plutôt à son père Adam. dans un trope de Noël. encore une fois. et Dieu la lui avait annoncée en le chassant du Paradis.. Si Abraham a été choisi par Dieu pour devenir l'ancêtre de son peuple préféré. Ils sont tous deux les ancêtres et les précurseurs du Christ . à son origine . je crois que non-seulement Abraham. et qui aurait été elle-même amenée par celle d'Abraham. mais Abel et peutêtre avec lui Caïn. que j'emprunte au mystère de YÉpouœ. et lui-même a été nommé le second Adam : Hic est Adam qui secundus per prophetam dicitur. c'était son péché qui l'avait rendue nécessaire. Per quem scelus primi Ade a nobis diluitur. qui se doit refléter dans sa liturgie. qui l'aurait naturellement amenée . Cette idée est encore exprimée . de cantiques et de représentations . car. Adam et peut-être avec lui Eve. à leur gré . de la façon la plus explicite. ex priment bien le sentiment de la liturgie à l'égard du premier homme . destinés à célébrer la naissance du Rédempteur. Le premier pécheur était bien à sa place au milieu de prières . d'après le ms lat. dans certaines versions qui ne nous sont pas parvenues .107 méritait bien aussi de guider les prophètes . entonner l'un ou l'autre des deux tropes à la fin du drame : . partie intégrante de l'office de Noël. ont été ajou tésd'assez bonne heure. mais Adam avait été le premier élu. Du père des Hébreux au père des hommes il n'y a pas loin . et qui faisait .. ils expliquent et justifient la présence d'Adam dans un drame liturgique. en tête du défilé. L'introduction d'Abel dans la scène des Prophètes du Christ est peut-être même postérieure à celle d'Adam. dont le péché avait rendu nécessaire la naissance et la mort du Fils de Dieu. et qu'ils n'y figuraient d'abord que comme de simples prophètes dans la bouche desquels le liturgiste avait mis une prophétie. Ces deux vers. le Sauveur a tenu à honneur de se dire fils d'Abraham . comme terminant le mystère des Prophètes du Christ de Saint-Martial. cette naissance. dans un cantique qui suit immédiatement celui que nous avons rapporté. c'est que la race d'Adam était devenue infidèle к son Créateur.

Fit oommota. Adam Eva. que scelus monuit.58. et rien n'était plus dans t. f. nous l'avons dit . Gujus regni non erit terminus. mali convivio. à un titre quelconque.408 fllG * INCOANT BeNEDICAMUS. de transformer en personnages dramatiques les noms qui figuraient. Que seduxit et se. Benedicat nato deifice Ex Mariai Ex Maria natus est Dominus. sed fraus per sanctam Virginem Est adempta. Est adempta plebs diabolica. Eva quoque. Ergo plaudat voce magniflca Plebs redempta! Plebs redempta plaudat magnifiée. planxitque nimium. dans les offices d'où les drames sont sortis. Uxor Eva decepit hominem Fraude. Uxor Eva. Quand on a lu ce cantique. latin 1139. et sociuni Adam. Accurate celebremus etc. Prima mundi seducta sobole. Letabundi jubilemus. Perturbati sunt paradicole Fraude nota. . Fit commota. Alium (sic) Benedigamus. on s'étonne de moins en moins qu'Adam ait été appelé par certains liturgistes en tête de la procession des prophètes. Eva. Et gratias. Ms. C'a été . la ten dance constante du moyen-âge . Imposuit longo exilio. Fraude nota Adam condoluit.

. nos captivatos tenuit. 1. Ille quippe nobis intulit peccati maculam. novissimus Adam nobis auctor extitit gratie.iste de Spiritu sancto natus. cœpit ab homine superari. quern Deus fecerat. fratres. gratia Dei et mentem servavit. iste nos virtu tibus florere fecit. et carnem. Tune ad Evam angélus malus accessit. qui est Jésus-Christ : Primus homo de terra terrenus. Ille de limo plasmatus. Adtendite. au f° 34 du ms. per istum. Cela était d'autant plus naturel. Il est donc on ne peut plus naturel que. ccepit diabolus homini dominari. cum qua nasceremur ad supplicium. parmi les leçons de Noël [ . Super primům superbus. dignum est ut. nos fllios Dei generatio spiritualis exibuit. iste primus conscendit in coelum. Ille nos per vitia dejecit quo primus cecidit. in securidi autem hominis matre. ut vitam reddendam bominibus nunciaret. Interea. le mystère ait emprunté à son chant final le personnage d'Adam. qu'à Saint-Martial même. diem quoque dominicae Resurrectionis sollempniter audiatis. dans certains diocèses. Per ilium. recepimus ampliorem. venit ad Mariam Gabrihel. celestes effecit. ut renasceremur ad regnum. latin 743. carni abstulit omninolibidmem. et passer de Moïse ou de Jacob à Abraham. iste nos pervirtutes elevat quo primus ascendit. ideo sine peccato miserabiliter natus est Deus-Homo. ut in ea humane nature Deus unigenitus uniretur. sub secundo captivus. qui était d'ailleurs également amené par la tendance qui avait fait remonter la chaîne des temps. Primus Adam nobis auctor extitit culpe. Huitième leçon des matines. nos Jiberatos amisit. ut per earn homo. divina nobis benignitate monstratas. Primům hominem mulier corrupta mente decepit. perdidimus gratiam priorem. per istum. nous trouvons. Ille nos vitiis subdidit.409 les habitudes des liturgistes de cette époque . iste nobis cont ulit justiflcationis gratiam. per secundi hominis gratiam. fratres. per istum. qui est du XIIe siècle. a Deo separaretur. In primi hominis conjuge. nunc autem ad Mariam bonus angelusvenit. secundus homo de cœlo coelestis. terrenosprotulit. Per primi hominis culpam. Per ilium. nos fllios seculi generatio carnalis effecit. que d'emprunter à un cantique qui terminait le drame le personnage qui faisait le sujet de ce cantique. secundum hominem Virgo incorrupta virginitate concepit. nequitia diaboli seductam depravavit mentem. ut vitam nobis malignus auferret. Ille quippe primus cecidit in infernum. pour l'introduire dans le drame même. in die Nativitatis dominiccO. . Menti contulit fîrmissimam fidem. un assez long parallèle entre le premier et le second Adam .. medicinalis gratie iineas. Quoniam igifcur miserabiliter pro peccato dampnatus est homo. Venit ad Evam diabolus. Per ilium.

Je suis tout particulièrement frappé du rapport qui existe entre cette leçon et le trope que je viens de rapporter. leurs compagnons naturels. Eve et Caïn. comprises dans le grand drame des Prophètes du Christ. parce qu'il nous montre. il est probable que la tendance par nous signalée . qui avait lieu. Ces petites scènes allèrent se développant de jour en jour. et lorsqu'elles furent arrivées à un point de croissance tel. où nous trouvons ce frappant parallèle. et aussi à propos des deux drames de Daniel. dans un texte liturgique bien antérieur à tous nos drames . qui pouvait se suffire à elle-même. je ferai une observation. Ce serait une curieuse étude . A ce propos. auxquels on a emprunté un grand nombre des leçons de l'office. dut éga lement avoir ici son cours . qui sont ou qui ont été en usage dans la liturgie. que l'une et l'autre consti tuaient une action complète. durent être. quand le rôle d'Adam et celui d'Abel commencèrent à se développer. qui aurait également fortement contribué à faire admettre Adam en tête du défilé des prophètes du Christ . que celle qui consisterait à chercher l'origine de plusieurs des cantiques. des pères et des docteurs de l'Eglise. ne soit. A un moment donné. mais aussi dans les ouvrages . à propos des scènes de Nabuchodonosor et de Balaam dans la Procession de l'âne . soit que ceux-ci n'y soient entrés que plus tard. il a dû exister un drame d'Adam et Eve et un drame d'Abel et Caïn. non-seulement dans les Ecritures . l'autre d'Abel et Caïn. et introduit à ce titre dans l'office de Noël. Deux petites scènes. elles durent se séparer du cadre commun. et exercer son influence sur^ ces nouvelles prophéties. à un moment donné. dès le principe. pour vivre de leur vie propre. mais j'ai dû rapporter ce fragment. Une fois Adam et Abel introduits dans le drame . même non dialogues. authentiques ou apocryphes. dans ce même office canonial du jour de Noël . et être représentée indépendamment de l'ancien drame. Adam considéré comme un prophète du Christ. l'une d'Adam et Eve. mais une telle étude sortirait absolument du cadre de ce travail. on le sait. dans certaines versions que nous ne possédons plus . et je ne serais nullement étonné que ce trope eût été tiré de cette leçon même. passablement fatigante. et placés en tête de la procession des prophètes . à la longue. tout a fait analogues à ces .Je ne nie pas que cette série d'antithèses. soit qu'ils y eussent amené avec eux. qui rappelle assez bien la prose de tel poète de nos jours.

Cette expulsion se faisait en grande pompe et avait le caractère. jusque dans ses moindres détails. et le premier d'entre eux. Dans certains diocèses. faisait cette exécution : les pénitents . quand les portes s'étaient refermées sur eux. ordonnait à ses ministres de les chasser de l'église. Le mercredi des Cendres. Adamus Halberstadiensis. si fréquent dans la liturgie. et les avoir arrosés d'eau bénite. qui probablement s'in troduisit quand les pénitences publiques furent tombées en désuétude. dit-on. puis de ces deux drames. Il prenait place alors sur un banc de pierre que. on le chassait de l'église avec un cérémonial peu diff érent sans doute de celui que je viens de rapporter. Ce jour qui est. à une curieuse coutume. ont pu contribuer à la création de ces deux scènes . en chantant le répons : In sudore vultus tui. quelque vagabond sans doute. la liturgie s'était efforcée d'accuser fortement ce souvenir. Deux faits particuliers de la liturgie. la crosse à la main . et là. qu'il est utile de signaler. Un malheureux pécheur. Cette cérémonie donna lieu dans une ville d'Allemagne. d'une représentation figurée. l'on montrait encore au siècle dernier. on entonnait cet autre répons . Ce n'est pas . et avec lui tous ses compagnons.ш deux drames de Daniel. Il fut l'Adam ď Halberstadt. et expulsait pour un temps du sanctuaire les pécheurs qu'elle avait condamnés a cette expiation humiliante. il y a peu de temps. faisait pénitence au nom de toute la ville. à'Abel et Gain. de l'ex primer sous une forme dramatique. c'était l'évêque lui-même qui. L'évêque. à Halberstadt. contrit et humilié. chassés de l'église. représentant plus spécialement Adam. L'une de ces circonstances se rapporte à l'office du mercredi des Gendres. L'Eglise inau gurait ce jour-lk la pénitence publique. le premier du carême. comme on sait. après avoir imposé les cendres aux pénitents. chassés du Paradis. se tenant par la main. que nous avons longuement examinés. également destiné à bien marquer le caractère symbolique de la cérémonie : Ecce Adam. et. fut chargé du rôle de bouc émissaire. à' Adam et Eve. pieds nus . Les pénitents. formaient une longue file. était marqué au moyen-âge par une triste cérémonie. quasi unus. rappelaient la mémoire de nos premiers parents. couvert d'un cilice. était saisi par l'évêque. d'une cérémonie symbolique. Le clergé les conduisait processionnellement jusqu'aux portes. puis. qui l'expulsait.

l'histoire d'Abel et de Caïn. eccles. III. On avait là. une tendance à tirer parti de cet élément dramatique. et les jours qui suivent. il lui fallait parcourir. on n'avait qu'à puiser dans ces leçons. je veux dire à l'office de la Septuagésime. pour accroître les drames nouveaux. sans autre nourriture que celle qui lui était abandonnée par la compassion des habitants. en ce jour. la pénitence et la rédemption. pour que les esprits des fidèles en demeurassent comme préoccupés . durant le Carême. que ces éléments figurassent déjà dans la liturgie. et rappelait d'une façon suffisamment dramatique le malheur du premier homme . comme ces leçons étaient déclamées pendant l'office . du Sauveur ? Il n'est donc pas sans vraisemblance de supposer que le rite célébré par l'Eglise le mercredi des Cendres a contribué à la naissance du drame à' Adam et aux progrès qu'il accomplit peu à peu au sein de l'office de Noël. si l'on 1. une partie des leçons de l'office canonial est empruntée aux débuts de la Genèse . et où il figurait entre les prophètes du Christ. au mercredi des Cendres. où Adam avait déjà été introduit. pieds nus. qu'on méditait. la liturgie leur donnait déjà . Je ne prétends pas dire qu'on ne les aurait pas su trouver dans la Genèse . trouvait une place naturelle dans l'office de Noël. se rapporte à un office antérieur dans le cours de l'année liturgique à celui du mercredi des Cendres. . L'autre fait. dont il me reste à parler. la chute d'Adam et d'Eve. la charité des fidèles le dédommageait de ses souffrances l. De antiq. Ce rite de l'expulsion des pénitents était assez frappant. qui tendaient à se développer au sein de l'ancien drame des Prophètes du Christ .H2 tout. la chute du premier Adam et la naissance du second Adam . rit. tous les éléments nécessaires. Voyez Martène. et le bréviaire raconte ainsi aux fidèles la création du monde. Transporter à Noël l'élément dramatique contenu dans l'office du premier jour du carême. Le dimanche de la Septuagésime. et pour qui s'est rendu compte du caractère intime de ce théâtre primitif. le jeudi saint. et qu'il se produisît. Or ce drame nouveau.. Enfin. les rues et les carrefours. n'était-ce pas le meilleur moyen de joindre ensemble ces deux idées. celle de l'homme. il recevait l'absolution solennelle et. mais . ce n'est pas une chose de médiocre importance . dans divers diocèses. t.

un drame d'Abraham. l'épopée dramatique du Moyen-Age. pour le drame d'Adam et Eve. qui a été comme le moule de tant ď œuvres nouvelles. ces leçons de la Septuagèsime . le drame à' Adam et Eve. et où se rencontrèrent aussi . Gaston Paris et Léon Gautier. transporté tout entier aux fêtes de Noël. éga lement issus des Prophètes du Christ . Je n'ai pas besoin de m' expliquer davantage. sans doute . les antiques Cantilènes et. se séparèrent l'un et l'autre des Prophètes du Christ . et par les mêmes procédés. et qui leur conservait un caractère liturgique. nos savants confrères . et comme le premier germe de ces drames existait déjà dans l'office de Noël. ainsi que les répons qui les accom pagnaient. en leur donnant l'aspect de deux récitations dramatiques. Dieu merci. dans divers diocèses. joués séparément. qui bientôt . et pourtant logique. tous indépendants l'un de l'autre. d'une part. pour vivre de leur vie propre . plusieurs autres drames . et la place qu'ils occupaient. si ce nom ne devait paraître trop ambitieux. exactement au même point où nous avons trouvé naguère les deux drames de Daniel. ces poëmes eux-mêmes dans l'unité des grandes gestes. dans l'unité des poëmes chevaleresques. une sorte de publicité dramatique. MM.413 me passe cette expression. comp rises dans une action principale. et qui peut-être. sans doute . a le plus contribué à la formation de ce que j'oserais appeler. plus tard. destinés à célébrer les fêtes de Noël. qui excitait les esprits à transformer complètement ces récits en drames . présente une frappante analogie avec celui qui a consisté à grouper. mais que nous ne possédons plus. et. celui à! Abel et Caïn. nous voyons se produire un phénomène singulier. et pour le drame à! Abel et Caïn . Ici commence un curieux mouvement. un drame de Jacob. leur offrirent un cadre naturel. Nous voici donc arrivés. de deux offices extraordinaires . Ce mouvement en effet. En outre. ayant atteint une dimension incompatible avec leur caractère d'actions secondaires. nous ont. par exemple. rendu assez familière cette marche vers une . parmi les offices dramat iques. reliés seulement ensemble par le souvenir de leur origine . on y transportait peu à peu tous ces récits qui . un drame de Moïse. de tous ceux que nous avons étudiés . furent des offices extérieurs. si j'ose le dire . d'autre part. quand. y prenaient vie et couleur au sein du vieux drame.

L'idée qu'on poursuivait était celle-ci : représenter toutes les scènes ou. tel que nous le présente le manuscrit de Tours. 32 et 332-3. avait été brisé . les drames issus directement ou indirectement de l'ancienne scène des Prophètes du Christ. on comprendra que la transformation d'une idée en l'autre se soit accomplie par degrés. . qui fait le sujet du sermon Vos inquam. qui. l Pour le théâtre. comme les péripéties d'un drame immense. en sa qualité de source commune et de premier principe. voy. pp. et ait passé par des phases variées presque à l'infini. ne pouvant plus les maintenir au sein du drame primitif. puis grossi chacun de ces petits drames. — Bëd. soit avec cette scène elle-même. a donc consisté à combiner de diverses façons. 28e année. s'étant trouvé trop étroit . venant redire leurs prophéties. Mais cela ne se fit point tout d'un coup. Le grand travail qui se fit pour cette partie du cycle dramatique. il y eut des combinaisons diverses. des tâtonnements. tel que nous le devons à la courageuse initiative de M. V. on chercha à créer un cadre nouveau . dont le point de départ était la chute de l'homme. Le cadre ancien . qui l'a publié en 1854.Ш unité systématique. soit entre eux. et le dénoûment. mais incomparablement plus étroite. et permettait toujours de rattacher à une même idée. c'est-à-dire à l'office de Noël. plus large . qui embrassait les temps antérieurs à la nais sance du Sauveur. si l'on songe qu'on était parti de l'idée . Mais on sait aussi que cette théorie a été ici même fortement contestée. on tendait sans cesse à développer. la naissance du Rédempteur. on se résolut à les en séparer. les scènes principales de l'Ancien Testamerit. au fond semblable . à accroître les éléments pre miers : c'est pourquoi l'on avait introduit de nouveaux person nagesdans la procession des prophètes. suivant les temps et suivant les lieux. Mais. c'est-à-dire de l'évocation pure et simple de plusieurs prophètes. et de nature à comprendre tous ces drames dans la vaste unité d'une action gigantesque. et rendre ainsi témoi gnage au Verbe incarné . à la 1. une fois isolés . si l'on veut. du moins. puis transformé certains rôles en de petites scenes. jusqu'à ce que. servait de point de repère. pour les augmenter encore : c'est pourquoi . comme pour l'épopée. Luzarche. demeurée dans la liturgie tandis que ce travail s'accomplissait. et le texte à'Adain. on s'occupa de les réunir. est le résultat d'un de ces tâtonnements.

sont replacés l'un à côté de l'autre. plus de temps que n'en comp ortaient ces matines ou ces vêpres extraordinaires. de la chute d'Adam et du meurtre d'Abel à la nais sance du Sauveur. la scène d'Adam et Eve. l'antique scène des Prophètes du Christ était demeurée dans la liturgie . tout l'Ancien Testament. tint la place des drames subséquents. 2° Leurs rôles s'amplifient et se transforment en deux petites scènes analogues aux scènes de Nabuchodonosor et de Balaam dans la Procession de l'âne. il s'agissait de constituer un drame d'une longueur déterminée. suivant les diocèses. nés ou à naître. se séparent du tronc commun. les scènes éparses de l'Ancien Testament qui. et l'on juxtaposa. soumise elle-même. sans atteindre cependant à des dimensions telles qu'il fallût. c'est-à-dire comprises dans l'ancien drame des Prophètes du Christ. 4° Enfin ces deux drames. pour le moment. et forment deux drames distincts. sans presque les coudre ensemble. et l'on obtient ainsi notre version de . à toutes sortes de variations et de remanie ments . Ainsi donc notre version de Y Adam est le résultat de quatre opérations parfaitement distinctes. par une série de prophéties.naissance du Sauveur. et qu'il faut classer dans l'ordre suivant : 1° Adam et Abel sont introduits dans la scène des Prophètes du Christ. plus étendu que ceux qu'on avait représentés jusqu'alors. qui se sont développés encore. et analogues aux deux drames de Daniel. pour le représenter. 3° Ces petites scènes . la scène à' Abel et Ca'in . à notre version de Y Adam. ayant grandi outre mesure . Mais bornons-nous. Que fit-on? On usa d'un procédé des plus simples et qui ne demandait certainement pas un grand effort d'esprit : on se contenta de rapprocher l'une de l'autre les deux scènes dont on désirait faire un seul drame. enfin on y joignit l'antique défilé des Prophètes du Christ qui. traversant pour ainsi dire. tendaient à se grouper en un drame unique. joués sépa rément. par un mouvement pour ainsi dire spontané. et conduisit. et un drame à' Abel et Cain : d'autre part. On avait donc un drame à' Adam et Eve. on leur adjoint la scène des Prophètes du Christ. destinées à prendre place parmi les réjouissances qui marquaient la période des fêtes de Noël.

Seth. et par Noé. C'est cependant ce qu'a fait l'au teur de notre Adam et. aïeul de Noé. l'au- . Le drame d'Adam . du genre humain. indépendamment des deux autres actes.Мб Y Adam. le troisième enfin est tout entier rempli par le défilé des prophètes. Yoici sur quelle raison . dans la Genèse. pour en expliquer l'origine. je le demande. bien que ce mot n'ait point été admis dans le vocabulaire dramatique du moyenâge. Le premier acte se compose de l'histoire d'Adam et d'Eve . appeler des actes. empruntée à notre texte même . M. lieu. Quelle peut être. que Dieu leur accorde un troisième enfant. par sa double issue.ont nous eu disons également que l'acte une existence à' Adam et indépendante. fut la cause ou le prétexte du premier meurtre commis sur la terre. se divise en trois parties parfaitement distinctes. C'est là un récit que tout le monde au moyen-âge savait par cœur. au besoin. en premier lieu. dans son drame. qu'on pourrait. c'est seulement après qu'Adam et Eve ont été entraînés dans l'enfer parles démons. Personne n'ignore que. Adam et Eve conti nuent à vivre longtemps encore après le meurtre d'Abel et la fuite de Caïn . Luzarche. à' Abel En second et Caïn. qui est l'une des ébauches du mystère du Vieux Testament. immolé par son frère. à juxtaposer deux drames distincts. et que c'est même pour tenir la place de leur fils bien-aimé. l'acte avant que l'on songeât à les placer cote à côte . Le drame de Saint-Martial de Limoges et celui de Rouen ont rendu. de l'histoire d'Abel et de Caïn. et il était bien certainement impossible de donner le change aux spectateurs . cette assertion incontestable. pour mieux dire. Voyons maintenant si cette version . où l'on n'avait nul besoin de faire mention d'Abel et de Caïn . à les rapprocher pour former un drame unique. justifiera le système que nous venons de présenter. la raison de cette anomalie? Dans notre système. nous pouvons affirmer sans crainte que cette scène des Propriétés du Christ existait par elle-même . Eve. telle que nous la possé dons. comme l'a très-bien expliqué son éditeur. l'ex plication est bien simple : on s'est borné à réunir ou. le second. par avance. que paraissent sur la scène Abel et Caïn . Or. en faisant mourir Adam et Eve avant qu'éclatât la jalousie de Caïn. nous prétendons appuyer notre hypothèse. pour offrir à Dieu ce sacrifice qui. l'un à' Adam et Eve.

li tre дИ Abel et Cain. mais à intervertir un peu l'ordre des événements. Cette seconde explication aurait l'avantage de rattacher à la même cause les deux anomalies que nous avons signalées. En effet Caïn et Abel. qui ne semble pas pouvoir aussi facilement s'expliquer. conservé par inadvertance. pen dant le sommeil d'Adam. ne devaient paraître qu'après la disparition d'Adam et Eve. cette anomalie n'est peut-être qu'un souvenir. l'autorisait suffisamment à faire paraître Eve à côté d'Adam. d'après la Genèse. ces deux prophètes devaient s'avancer simultanément. nous trouvons cette phrase : « Creavit Deus hominem ad imaginem suam : ad imaginem Dei creavit illum. masculum et feminam creavit eos. et qui étaient appelés tout d'abord par le lecteur. dans la Procession de l'âne. qui n'est lui-même qu'un récit dialogué des événements postérieurs. Mais dans le récit de la création de l'homme que comprenait cette leçon . qui avait déjà annoncé aux spectateurs la création delà femme. où Adam et Eve n'étaient que les premiers des prophètes du Christ. le préchantre . Notre auteur nous présente Adam et Eve avant l'introduction de l'homme dans le Paradis terrestre. évoqués à l'origine en qualité de seconds prophètes du Christ ou. En outre. des anciennes versions. comme nous avons vu apparaître ensemble. Eve a été créée par Dieu dans ce jardin même. П est vrai que nous trouvons dans notre drame une anomalie du même genre. si l'on veut. » Notre auteur aura pu croire que cette phrase. au premier abord. ses deux gardes et ses trois victimes. ou les clercs qui tenaient sa place. Or. . et à se dispenser de revenir une seconde fois sur la naissance d'Eve. ceux qui ouvraient le défilé. avant l'introduction de l'homme dans le Paradis lui-restre . premiers prophètes. c'est-à-dire non point à dé mentir le chapitre II de la Genèse . Cette différence entre notre texte et le récit de la Bible est d'autant plus singulière. pour la représenter dans tous ses détails. Nabuchodonosor. Cette leçon s'arrêtait évidemment après le récit de la création de l'homme . où l'on n'avait nul besoin de faire intervenir Adam et Eve. Dans la plupart de ces versions. c'est-à-dire au point où commence notre drame. pour servir de second argument contre les Juifs . c'est-à-dire après que le premier argument avait été épuisé. auquel lui-même fait allusion dès le début de son drame. que le drame à' Adam est précisément précédé d'une leçon tirée de la Genèse.

en nous montrant qu'Abraham a effectivement figuré en tête de la procession des prophètes. un frappant argument d'analogie. comme l'étaient autrefois les prophéties qui leur ont donné naissance. car. le drame à' Adam et Eve . même jusqu'à l'excès. à un moment donné . cum processerit. antérieure dans notre drame au crime de Cam. honeste veniant.448 Aussi concevons-nous un moyen de repousser la preuve que nous tirons de la mort d'Adam et d'Eve . En ce cas. ou le défilé des prophètes. le drame à' Abel et Caïn. quelle présomption nous fournit-il. convenio . c'est lui qui ouvre le défilé servant d'épilogue aux scènes . sans que ce développement ait amené une rupture. d'Abel et Caïn. du moins. sans plus s'occuper d'Adam. le drame d'Adam et Eve. et. convenio. nous pouvons encore lui opposer un argument plus direct. Legatur in choro : Vos. Notre texte justifie donc bien l'existence indépendante qu'eu rent. dans notre version. les deux premiers actes de notre drame seraient demeurés distincts. Mais. puisque. s'il en était ainsi. et prophecias suas aperte et distincte pronuncient. se sont développées. et vocat eum per nomen prophète . nous l'avons prouvé . au sein de l'antique scène des Prophètes du Christ. о Judei. et non point seulement quand on l'avait terminée. l'invocation Vos. dans notre texte. Cette rubrique indique bien que. sicut eis convenit. aurait été pro noncée avant que l'on commençât la représentation de ces deux drames. ne font point partie intégrante de la Procession des prophètes . outre que ce système aurait contre lui le puissant argument d'analogie que nous pouvons tirer de nos deux drames de Daniel. le jour où leur développement a été excessif . comme jadis on passait à la prophétie d'Abel. Mais quelle preuve ou. Le premier acte terminé. inquam. Ce serait de soutenir que les deux scènes d'Adam et Eve. se sont séparés de l'ancien cadre . le drame à' Abel et Caïn. sans plus s'occuper d'Adam et d'Eve. c'est-à-dire emprunté à la rubrique qui précède le troisième acte. en ce qui concerne l'introduction primitive d'Adam et à4 Abel dans la procession des prophètes? Il nous offre une forte présomption. inquam. qui avait achevé la sienne. on serait passé naturellement au second. tiré de notre texte même. Voici cette rubrique sur laquelle nous aurons à revenir à divers points de vue : Tune erunt párati prophète in loco secreto singuli. lesquels.

Le drame de Rouen. Abraham ne figurait ni dans le sermon Vos inquam. récitant une prophétie. En effet. un court dialogue. et surtout le parallèle primus homo de terra terrenus qui prouve que la présence d'Adam dans la liturgie de Noël remonte à une date fort éloignée. et qu'ils n'y furent d'abord que de simples prophètes. dans le sermon. que l'intr oduction de ce personnage dans la procession des prophètes semble antérieure à notre texte. et notre système atteindra. à celles que nous avons précédemment formulées : . la conclusion que nous tirons de l'examen auquel nous venons de nous livrer. puis Adam. dans la scène des Prophètes. l'autre avec Caïn. Or il est facile de démontrer que cette tendance est antérieure à notre version. Or. je pense. s' étant exercée de très-bonne heure. dans la scène des Prophètes du Christ. Par conséquent. puis Abraham. et par suite Abel. résultant d'une tendance antérieure à remonter la chaîne des temps dans l'ordre chronologique. Nous rattachons. avant que l'on songeât à faire d'Adam et d'Abel le sujet de drames très-développés. dans la plus ancienne version que nous possédions de la scène des Prophètes du Christ. ne remonte pas non plus au-delà de Moïse. d'admettre que cette tendance. La présence d'Abraham dans notre texte . en ces termes. Nous voyons donc apparaître. et qu'il y figurait dès lors à titre de précurseur. à une certaine époque. l'un avec Eve.d'Adam et Eve. Adam et Abel ont été introduits. et Jacob est seulement nommé dans la prophétie d'Isaïe. par suite de cette tendance chronologique que nous avons signalée. en cela seulement plus voisin du sermon que le texte de Saint-Martial. ou c'est un fait plus général. de deux choses l'une : ou l'introduction de ce nouveau prophète est un fait particulier à notre version. Le texte de Saint-Martial place au contraire Israël en tête du défilé. et cette circonstance . ou peut-être engageant dès lors. ni dans celui de Rouen. d'Abel et Caïn. un certain degré de pro babilité. Joignez à cela le trope Prima mundi seducta sobole. sont de fortes présomptions en faveur de notre théorie. de prophète du Christ. qui consiste à soutenir que. Il nous semble donc tout к fait conforme aux règles de la logique. a amené Israël. cette tendance à remonter la chaîne des temps dans l'ordre chronologique. le plus ancien prophète est Moïse. ni dans le mystère de St-Martial. dont Adam fait le sujet.

que ce dialogue n'était pas en vers. à constater que cette version n'était autre chose que la leçon du jour de Noël. en avaient été séparés comme le drame de Daniel. en outre. issus directement ou indirectement de l'ancienne scène des Prophètes du Christ. telle que nous . Cet examen ne peut manquer de nous fournir quelques renseignements utiles. о Judei. anté rieure au texte de Saint. soit avec cette scène elle-même. c'està-dire de la partie de ce sermon que l'on avait conservée.l'offre la version publiée par M. qu'on a opéré la transformation pro gressive.Martial . toutes les prophéties sont para- .120 4° Le drame d'ka&m. l'autre tf Abel et Caïn. lu intégralement mais lu à plusieurs voix. Maintenant. pour aujourd'hui. l'un cT Adam et Eve. C'est en combinant ainsi les drames. Nous pouvons.à peu de chose près. n'est autre chose que la réunion à l'ancienne scène des Prophètes du Christ de deux drames. mais variée suivant les temps et les lieux. attribué à saint Augustin. a l'aide de cette rubrique. puisque la scène des Prophètes du Christ fait le sujet principal de ces études. et la version en vers du texte de Saint -Martial. coNVENio. Dans ce texte. du mystère des Prophètes du Christ en mystère du Vieux Testament. Bornons-nous. laissons pour un moment de côté les deux premières parties de notre drame et. comme dans le texte de Saint-Martial. qui. que nous avons reproduit au début de ce travail. avons. Luzarche. nous faire une idée de ce qu'était cette version primitive. Au surplus. dont on avait simplement éliminé ce qui ne se pouvait réduire en dialogue. Cette version en prose a été une transition naturelle entre le sermon lui-même. la rubrique « Legatur in choro : Vos. Luzarche. iNQUAM.nous dit. » nous prouve jusqu'à l'évidence que la scène des Prophètes du Christ est bien une transformation du sermon. du texte même du sermon. soit entre eux. tel qu'il a été publié par M. nous essaierons peut-être un jour la complète reconstitut ion. En premier lieu. examinons cette scène. après s'y être développés. dont. des traces évidentes de cette version primitive en prose latine sont demeurées dans le texte publié par M. Luz arche. et qu'il se compos ait.

qui est en vers. Cer taines de ces additions. que ce prophète récite dans le mystère de Saint-Martial. sont peut-être même antérieurs aux versions en vers. Les prophètes qui figurent dans notre texte sont scène des sa pièce. d'Abacuc et de Nabuchodonosor sont absolument les mêmes dans les deux textes. de Daniel. comme ces dernières. L'auteur du drame d'Adam. 2° Dans certains diocèses. toutes les autres sont en prose. les autres à des prophètes qui n'y figu raient point. tel que nous l'avons reproduit. sont différentes. quoique également en prose. Des observations qui précèdent nous tirons très-naturel lement deux conséquences : 1° II a bien réellement existé une version des Prophètes du Christ en prose latine. 9 . Parmi ces prophéties en prose latine. elle a reçu des additions et subi des changements. excepté la prophétie latine ď Aaron. mais ces paraphrases se réfèrent à de courtes prophéties latines. et dans celui de Rouen. les unes appartiennent à des prophètes qui figuraient déjà dans le sermon Vos inquam. cette version en prose a per sisté à côté des versions en vers. Quant à Isaïe.phrasées en vers français. celles de David et de Jérémie. qui a servi à composer la prophétie en vers latins. en vers dans notre texte : Hic est virga gignens flórem Qui salutis dat odorem. Hujus virge dulcis fructus Nostre mortis terget luctus. nous trouvons que celles de Moïse. Au contraire. pour composer la Prophètes du Christ dont il a fait l'épilogue de a donc puisé à des sources diverses et mélangé sions différentes. La prophétie latine d'Aaron est. si nous rapportons les premières à celles qui y répondent dans le sermon. Or. certains de ces changements. C'est la version primitive. comme des sermons à leurs textes. avons-nous dit. dans notre texte il prononce deux prophéties dont l'une est absolument la même que celle du sermon. Après avoir écarté naturellement ces dernières. des ver Abraham. tandis que l'autre est le type en prose. où toutes les prophéties étaient les mêmes que celles du sermon.

formait déjà à cette époque un mor ceau à part. qui n'est évidemment que la paraphrase des anciens vers attribués à la Sibylle. que nous avons vus figurer non-seulement dans le sermon. comme nous l'avons vu. la Sibylle n'est pas complètement absente. dont elle est la conclusion naturelle. mais sa prophétie y figure sous la forme d'un dit. et cependant finit par se rendre : Tune exurget quidam de SINAGOGA. l'introduction d'Israël dans la Procession des Prophètes a été proba blement un acheminement à l'introduction d'Abraham. cette prophétie du juge ment dernier faisait partie intégrante du sermon et du drame qui en est sorti. en outre. Salomon. . sous sa nouvelle forme. comme nous l'avons dit. Ce personnage ne paraît pas. David. Aaron. dispute avec lui. se levant tout à coup. sire Ysaïe. il renferme. Daniel. un dialogue avec un Juif qui. de remettre quelques vers sur leurs pieds. Nous ne retrouvons pas non plus dans cette liste Elisabeth. Le manuscrit publié par M. saint Jean-Baptiste. suivant les temps et suivant les lieux. mais encore dans le texte de Saint-Martial et dans celui de Bouen. analogue à tant d'autres dits. Toutefois. tel que nous le trouvons dans notre épilogue. Luzarclie est extrêmement défectueux-.ш Moïse. Il ne nous reste plus à signaler qu'une très curieuse particularité qui se réfère au rôle d'Isaïe. il est vrai. Ce dit. Jérêmie. Est--ço fable . Isaïe et Nabuchodonosor. j'ai essayé de corriger quelques fautes. à la scène des Pro phètes du Christ. Ce sont là encore des indices des nombreux remaniements que la scène des Prophètes du Christ a subis. contredit le prophète. dans notre épilogue. Virgile et la Sibylle. Balaam. disputants cum YSAIA et dicet ei : (1) Or me respon. Ce rôle ne se borne pas en effet à une simple prophétie. est-ço prophécie Que est iço que tu as dit? 1. et l'auteur du drame ÏÏAdam l'a rattachée. L'absence d'Israël qui figurait dans le drame de Saint-Martial est d'autant plus remarquable que. Abacuc. Mais originai rement. ou se rmon en vers sur les Quinze signes du Jugement.

Tu as le mal de félonie Dont ne garrasjà en ta vie. . Tu me semblés viel redoté. ainz est tut voir. Or me gardez en ceste main Tune ostendet ei manum suam Si j'ai le cors malade ou sain. E tu cornent? ISAIAS. Tu ses bien garder al miror. Ço ne sonjai. JUDEUS. Par I)eu vertu. tu le sonjas. Tu as le sens trestot trublé : Tu me semblés viel e méur. Go n'est pas fable. ainz l'ai véu. Go que ai dit est prophécie. Or le nus fais donches veer. JUDEUS. Est-ço à certes ou à gas? ISAIAS. Oïl. JUDEUS. En livre escrite? ISAIAS. de vie. ISAIAS.ш Truvas-le tu? Où est escrit? Tu as dormi. JUDEUS. ISAIAS. Oïl. d'errur. Malades sui-jo? ISAIAS. JUDEUS.

Quant garrai? ISAIAS. sont toujours fondées sur quelque texte. James. et les réponses de ces prophètes. Or comence ta devinaille. ISAIAS. JUDEUS. Nos te tendrons puis por no maistre. n'en iert pas faille. fourni l'ébauche d'un dialogue. et leurs inventions. et de dissiper leur aveuglement : à mesure qu'il rapporte les prophéties qui doivent les confondre. lues par des voix différentes. avaient . dans le sermon même . Or ici . parce que c'étaient ces interpellations et ces réponses qui. ce furent naturellement les interpella tions adressées aux divers prophètes. lors même qu'elles paraissent les plus étranges. un caprice poétique de l'auteur du drame à4 Adam. Les poètes du moyen-âge ont rarement de ces caprices. qui peut seul en donner la clef. les interpelle . Si ço est ou verge ou baston. Ço que jo di. C'est ce que j'ai appelé la partie dialectique du sermon Vos inquam. et immédiatement les réfute. comme on pourrait le croire au premier abord. Cette dispute assez originale n'est pas. On sait que l'auteur de ce sermon s'efforce de convaincre les Juifs. ISAIAS. Or nus redi ta vision. il s'adresse directement à eux . . suppose les objections qu'ils lui peuvent faire. Or escutez la grant merveille. E ceste generacion Escuterat puis ta leçon. Quand ce sermon se transforma en drame . E de sa flor que porra nestře.ш JUDEUS.. JUDEUS. qui constituèrent ce drame. à nul jor. le texte n'est pas bien difficile à découvrir. car c'est tout simplement le sermon Vos inquam..

mais on retrouve une trace de la partie dialec tiquedans l'interpellation adressée aux Juifs : O Judei. cette réflexion . sinon une dispute. en somme. à retrouver dans le drame les principales idées et les principaux personnages de la liturgie.i 25 Dans le texte de Saint-Martial. puisque. et cette fois sous la forme même qu'elle revêtait dans le sermon. au sujet de la naissance du Messie dont les Juifs contestent l'avènement.. et déjà dans la Procession de l'âne de Rouen. Il est certain de plus (je crois l'avoir démontré) que le drame. qui faisait le fonds du sermon Vos inquam. so as une forme plus populaire et plus frappante. en général. la partie dialec tiquedu sermon ne se convertit point en dialogue. Mais effectiv ement on l'y retrouve . n'eût pas été introduite dans le mystère des Prophètes du Christ. et souvent même les idées et les personnages accessoires. sous la forme d'une . engagée par l'auteur du sermon avec la Synagogue. la dispute avec les Juifs. Il faut donc s'attendre. Dans le mystère de la Nativité de Munich. Cependant il est certain que cette discussion véhémente. cette dispute est très-ingé nieusement reproduite sous la forme d'un débat qui s'engage entre Isaïe et un Juif. n'amènent aucune réponse des Juifs . cette partie dialoguée du sermon a seule subsisté . n'est autre chose que la liturgie même. Dans l'épilogue de notre drame à1 Adam. l'évocation des prophètes n'est qu'un argument employé par le pseudo. et dans cette réflexion qui termine le drame et précède le chant du Benedicamus : O Judea Incredula Cur adhuc manes inverecunda? Mais cette interpellation . nous la retrouverons encore. nous avons vu que les évocateurs engageaient avec les Juifs.Augustin dans cette discussion.. aucune dispute ne s'engage . issu de cette leçon. Il y aurait donc lieu de s'étonner. et qu'elle fait même l'objet principal de la leçon du jour de Noël. Verbum Dei. qu'à un moment quelconque. à son origine. au moins un court dialogue. avait dans la liturgie une grande importance.

mais enfin un office.ш discussion entre Augustin. revenons maintenant к l'ensemble de notre drame et. les vies et les passions des saints *. extérieur sans doute. considéré dans les rapports qu'il conservait avec la liturgie. et enfin. Chapitre de lectionibus et responsorm. il est utile d'expliquer ici. et recherché par quels procédés on a joint ces parties pour former un tout. Martène. extraordi naire. et de quelle façon il était représenté. . en le définissant en ces termes : Un office extraordinaire. naturellement. Pour me faire mieux comprendre. Ouvrage cité. d'Abel et de Caïn. et les Juifs contre qui ce sermon était dirigé. un certain nombre de textes 1. le prenant tel qu'il est. Je crois donner une idée exacte du drame d'Adam. en lanque vulgaire. et ces lectures ont été une partie intégrante des divins offices. l'auteur supposé du sermon Vos inquam. on admit également à cet honneur les ouvrages des pères. entrecoupée de répons. sous cer taines réserves. qui comprend l'histoire d'Adam et d'Eve. et qui a reçu pour prologue la leçon In principio creavit Beus. Aux saintes Écritures on adjoignit. Dès les premiers temps de l'Eglise. Luzarche. les écrits des apôtres. Je dis que le drame à1 Adam est un office. au moins sommairement. En effet. dramatique. Il est même assez probable qu'à une certaine époque dont il est difficile de préciser les limites. racontant la création du monde. ce drame n'est autre chose qu'une longue leçon. dès l'origine. ceux des docteurs les plus recommandables. les saintes Ecritures ont été lues à haute voix dans les assemblées des fidèles. à le considérer au seul point de vue liturgique. demandons-nous quels rapports il conser vaitavec la liturgie. dans la version publiée par M. et. plus tard. et enfin l'usage que Ton en fait dans l'office cano nial. Après avoir examiné les parties qui le composent. ce qu'on entend par une leçon et par un répons dans la langue liturgique. extérieur. pour épilogue. comprenant le défilé des Prophètes du Christ. Puis. la leçon Vos inquam. faisant partie des réjouissances destinées à célébrer pieuse ment les fêtes de Noël. le rapport où sont entre eux leçons et répons.

en effet. cantus antiphonus. comme l. Chaque leçon est en effet. Cet office comprend toujours en effet une série. à qui on les avait peut-être un peu légèrement attribués. qui y sont joints. mais qui manquaient d'une complète authenticité. . par exemple . soit de trois. illustres dans l'Église. ne sont autre chose que des extraits ou fragments des divers ouvrages que nous venons d'énumérer. Tel le sermon de Symbolo. une sorte de petit poème. sauf en certains cas la dernière. Mais plus tard le répons prit une signification propre. qui sont lus à haute voix et sur un ton particulier pendant les offices. Les leçons. J'entends simplement par là que ces textes. qui était ensuite repris et répété par le chœur tout entier. L'office où les leçons et les répons .apocryphes s'introduisirent dans certaines liturgies '. qui fut de bonne heure en usage dans la liturgie. mis sous le nom de saint Augustin. conformes d'ailleurs à la foi et aux mœurs chrétiennes. Le répons. quels qu'ils fussent. jouent le plus grand rôle. N'ayant point de valeur par luimême. qui fut chanté pendant les offices. comme chaque psaume est suivi d'une antienne. Le répons se rattache à la leçon par un lien très-étroit. Il est remarquable que la liturgie romaine se soit montrée beaucoup plus sévère que les autres à l'endroit des textes douteux. et d'où l'on avait extrait la leçon Vos inquam. généralement suivie d'un répons. géné ralement en prose. le chant réciproque. ubi supra. dont chacune. pieuses sans doute. en latin liturgique responsorium. pour le chant des psaumes. Je dis apocryphes. J'entends aussi que ces textes. semble n'avoir été primitivement qu'un qualificatif du mot cantus : cantus responsorius. Ce répons dont le texte. Une seule voix chantait d'abord chaque verset. il devint un substantif et désigna un court morceau. est certainement l'office de Matines. dans la liturgie. ce mot représentait seulement un mode particulier de chant. mais il faut s'entendre sur le sens de ce mot. est accompagnée de son répons. et dont le mode de chant semble résulter d'une combinaison très-ingénieuse de l'ancien cantus responsorius avec un autre mode. pouvaient ren fermer des interprétations ou des légendes. soit de neuf leçons. Martène. étaient souvent mis sous le nom d'auteurs. ori gine de Y antienne.

un fait historique . et factus est homo in animam viventem. c'est-à-dire l'histoire d'Adam et d'Eve. à telle ou telle fête de l'année. puisque c'est à cet office qu'a été visibl ementemprunté le cadre liturgique. est toujours dans un rapport frappant avec la fête. ý. In principio creavit Deus cœlum et terram. la cinquième et la sixième leçons sont tirées du livre de Y Enchiridion de saint Augustin. y. In principio creavit Deus cœlum et terram.m celui de la leçon. c'est-à-dire avec l'anniversaire que l'on célèbre. Et inspiravit. et posuit eum in paradiso volûptatis* ut operaretur et custodiret illum. ý. en faisant succéder le chant varié du chœur à la mélopée un peu monotone du lecteur. et Spiritus Dei ferebatur super aquas: *et vidit Deus cuncta quœ fecerat. d'Abel et de Caïn. Les matines du dimanche de la Septuagésime comprennent neuf leçons. Igitur perfecti sunt cœJi et terra et omnis ornatus eorum. et erant valde bona. Prenons pour exemple l'office du dimanche de la Septuagésime et des jours suivants . et inspiravit in faciem ejus spiraculum vito. La quatrième. Ad imaginem. et plasmavit in ea homi nem. Elle est suivie du répons : 4l. La quatrième est suivie du répons : iy. . Et inspiravit. La troisième raconte le cinquième jour de la Création et une partie du sixième. une moralité . semble destiné à jeter de la variété dans les exercices de la liturgie . Tulit Dominus hominem. que la liturgie veut plus particulièrement rappeler à leur mémoire. où l'on a renfermé les deux premiers actes de notre drame . La première raconte les deux premiers jours de la Création . Formavit igitur Deus hominem de Jimo terne. Et vidit. In principio creavit Deus cœlum et terram. et est suivie du répons : ni. La seconde raconte le troisième et le quatrième jour de la Création et est suivie du répons : vj. et fecit in ea hominem' ad imaginera et similitudinem suam. Gloria patri. Les trois premières sont extraites du chapitre premier de la Genèse. et en même temps à graver dans l'esprit des fidèles un dogme . Formavit Dominus hominem de limo terra* et inspiravit in faciem ejus spiraculum vita?.

La sixième est suivie du répons : v}. quam tulerat Dominus de Adam. Fecit quoque Dominus Deus Adae tunicam pelliceam. Dixit Dominus Deus : Non est bonum homimem esse solum. la huitième et la neuvième leçons sont extraites de l'homélie 19 du pape saint Grégoire sur les Evangiles. Immisit Dominus soporem in Adam. Les matines du lundi de la Septuagésime comprennent trois leçons. La septième leçon est suivie du répons : ni. et adduxit eam ad Adam. *Faciamus ei adjutorium simile sibi. Et aediflcavit. Nescio. Gumque obdormisset. et dixit : Videte.щ. f. lignum etiam vitse in medio paradisi. Produxitque Dominus Deus de hurao omne lignum pulchrum visu et ad vescendum suave. et tulit unam de costis ejus * et œdificavit costam. in mulierem. sciens bonum et malum : * Videte ne forte sumat de ligno vita? et vivat in aeternum. Et vocavit. quia de viro sumpta est. La septième. dixit vero Deus: Faciamus. La huitième est suivie du répons : ql. ý. Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est. f. Domine numquid custos fratris mei sum ego? Et dixit ad eum : Quid fecisti?* Ecce vox sanguinis fratris tui Abel clamât ad me de terra. et induit eum. Gloria patri. quse aperuit os suum. in quo posuit hominem quem formaverat. Ecce vox. extraites du chapitre premier et du chapitre II . Ut operaretur. Maledictus eris super terram. * in quo posuit hominem quem formaverat. f. et replevit carnem pro ea. La neuvième est suivie du répons : ц1. Ubi est Abel frater tuus? dixit Dominus ad Gain. La cinquième est suivie du répons : 4(. et suscepit sanguinem fratris tui de manu tua. Ecce vox. Plantaverat autem Dominus Deus paradisum voluptatis a principio. ut videret quid vocaret eam : *et vocavit nomen ejus Virago. Gloria patri. In quo posuit. Plantaverat autem Dominus Deus paradisum voluptatis a principio. tulit unam de costis ejus. jr. Adae vero non inveniebatur adjutor similis sibi.

Quia audisti vocem uxoris tuœ. extraites du chapitre II de la Genèse. Elle est suivie du même répons que la quatrième du dimanche : ri. . Vocem tuam audivi in paradiso et timui eo quod nudus essem. Les matines du mardi de la Septuagésime comprennent trois leçons. In sudore vultus tui vesceris pane tuo. Formavit Dominus hominem etc. *sed spinas et tribulos germinabit tibi. Et abscondi me. La troisième leçon décrit le paradis terrestre. *et abscondi me. Immisit Dominus soporem etc.Ш de la Genèse. Elle est suivie du répons : ri. La seconde leçon rapporte le repos du septième jour et présente le résumé de la Création tout entière. Domine. et comedisti de ligno. Elle est suivie du même répons que la cinquième du dimanche : Ri. Elle est suivie du même répons que la sixième du dimanche. La pre mière rapporte l'introduction de l'homme dans le Paradis terrestre et la défense qui lui fut faite par Dieu. f. c'est-à-dire la fin du sixième jour. maledicta terra in opere tuo. dixit Dominus ad Adam : cum operatus fueris terram. clamavit et dixit: Adam ubi es? Audivi. vocem tuam. Tulit Dominus hominem etc. Sed spinas. ex quo ргжceperam tibi ne comederes. Dum deambularet Dominus in paradiso ad auram post meridiem. Dixit Dominus Deus etc. rI. La seconde nous représente Adam imposant un nom à chacun des animaux. Elle est suivie du même répons que la troisième leçon du dimanche : Щ. Elle est suivie du répons : r/. f. non dabit fructus suos. La troisième rapporte le sommeil d'Adam et la création de la femme. La première leçon raconte la création de l'homme.

In principio creavit Deus etc. devenus l'un pasteur. EÛe est suivie du même répons que la septième du dimanche : v}. Ecce Adam quasi unus etc. Elle est suivie du même répons que la troisième du dimanche et la troisième du lundi : 4l. offrirent à Dieu. telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui . Plantaverat autem Dominus Deus.\ 31 Les matines du mercredi de la Septuagésime comprennent trois leçons. La pre mière rapporte la tentation de nos premiers parents et leur chute. c'est-à-dire à la liturgie officielle de l'Eglise. de la femme et de l'homme. Nous avons emprunté la disposition de ces leçons et de ces répons au bréviaire romain. etc. Elle est suivie du même répons que la huitième du dimanche : iy. La seconde rapporte la honte d'Adam et d'Eve et les met en présence de Dieu. extraites du chapitre IV de la Genèse. etc. Elle est suivie du même répons que la seconde du dimanche : *}. extraites du chapitre III de la Genèse. La seconde raconte le crime de Caïn et la malédiction que le Seigneur lança sur sa tête. La troisième rapporte la défense que fit Dieu de tuer Caïn et la fuite du meurtrier. Enfin les matines du jeudi de la Septuagésime comprennent trois leçons. La pre mière rapporte la naissance de Gain et d'Abel et le double sacrifice que les deux frères. Elle est suivie du même répons que la première du dimanche : ц!. l'autre laboureur. Ubi est Ábel etc. Elle est suivie du même répons que la neuvième du dimanche : 41. Formavit Dominus hominem. In principio creavit Deus etc. La troisième rapporte la malédiction du serpent.

Au début du drame : Incipiat lectio : In principio creavit Deus cœlum et terram. In sudore VULTUS TUI.. q*. accompagnées de répons. après la huitième leçon du dimanche de la Septuagésime.. puisque par tout. ..432 dans l'immense majorité des diocèses du monde catholique... a bien réellement fourni le cadre liturgique de notre drame . ce que la rubrique appelle . For ma vit igitur Dominus. Y Ordo represent ationis Ade : en d'autres termes. cependant la disposition de ces leçons et des répons qui les accompagnent.... de citer les rubriques suivantes. que le drame étant encore aux yeux de tous un office. avec une parfaite justesse. In quacunque. pour que cette démonstration soit complète .. Praecepitque ei Dominus dicens : Ex omni ligno paradisi comede. Dum ambularet. fol.. bien qu'au fond l'unité existât. Dixit Dominus au Adam. Au moment où Dieu va défendre à Adam de goûter le fruit de l'arbre de la science : Chorus cantet : r. Au moyen-âge. morte morieris. Il nous est maintenant facile de démontrer que cette série de leçons. ce semble.De ligno quod est in medio paradisi ne comedas. qui accompagnent le texte de Y Adam. Nous trouvons même dans un bréviaire du XIIe siècle 1. A l'usage de Saint-Martial de Limoges. Ms latin 743. Il suffit . Après que Dieu a introduit Adam et Eve dans le Paradis : Chorus cantet : r. 1. de ligno autem scientie boni et mali ne comedas. notre auteur a dû emprunter la forme de son drame aux Ordinaires de son temps et de sa province. Dixit Dominus ad Adam . qui compose en grande partie l'office de matines . f. Tulit ergo Dominus hominem. *in quacunque die comederis ex eo. l'office de la Septuagésime et des jours suivants admettait des leçons tirées de la Genèse et aussi des leçons extraites de commentaires sur les faits rapportés dans la Genèse. Qua finiia chorus cantet : r.. variait suivant les dio cèses. Au moment de l'expulsion : Chorus cantet : r. 110 vers. Après le péché : Tune incipiat chorus : r. un répons qui a disparu du bréviaire romain et que nous rapportons ici parce qu'il figure dans notre drame.

commencé et terminé par une leçon. il comprend encore. étant accompagné de six répons . des antiennes. les oraisons. ď Abel et de Caïn . Ô JUDEI. l'auteur du drame d'Adam s'est borné à une série de leçons et de répons. l'une et l'autre certainement empruntés aux matines de la Septuagésime. despsau mes. soit une forme. Ainsi l'office ordinaire de matines ne se compose pas seulement de leçons et de répons. que dès que nous trouvons des répons accompagnant un récit . Avant le défilé des prophètes : Legatur in choro : Vos. Il a très-probablement composé la leçon In principio creanit . CONVENIO. Il a laissé les psau mes. Ubi est Abel FRATER TUUS. Dans son office extraordinaire. et affec tant lui-même la forme d'une leçon. Le récit dialogué de l'histoire d'Adam et d'Eve . imité de l'office ordinaire de matines. à la liturgie ordinaire. est donc bien une leçon dramatique imitée de la leçon liturgique. autant que possible. Ecce Adam quasi UNUS. qui sont retracés dans cette pièce .. celui de Noël et celui de la Septuagésime. est donc bien encore un office. certainement empruntés aux matines de la Septu agésime.. il a rapproché dans un office extraordinaire. L'auteur de cet office a donc eu le droit d'interpréter. font l'objet des leçons de ces mêmes matines. il leur a donné. dans la liturgie ordi naire. nous devons en conclure que l'auteur a voulu donner à ce récit la forme de la leçon liturgique. soit une disposition. et il est certain aussi que les événements. certainement empruntée aux matines de Noël. des oraisons. c'est un office dramatique et extraordinaire. soit une dimension toutes particulières. Par exemple. et en effet il a usé très-largement de cette liberté.ш Après l'expulsion : Chorus incipiet : r. INQUAM. Après le crime de Caïn : Chorus cantabit : r. Le drame à' Adam. qui séparent trèsnettement encore cet office extraordinaire de l'office ordinaire. et en ayant. appartiennent à deux offices très-distincts. Seulement. d'étendre les règles liturgiques dans une très-large mesure . et se termine par une leçon. Ces leçons mêmes et ces répons. par exemple. conservé la forme. Or le répons se rattache à la leçon par un lien si étroit. Ainsi notre drame commence par une leçon suivie d'un répons. les antiennes. des leçons qui. Le texte de ce drame est accompagné de six répons . qui se célébrait aux fêtes de Noël.

accompagnés de six répons. imité de l'office ordinaire de matines. l'histoire à' Abel et Cain. et qu'un autre principe a présidé à la distribution des répons dont le rôle. cette forme antique et précise d'une leçon. leçon et répons sont. forment la partie principale de notre représentation. mais ces répons prennent en même temps un caractère analogue au rôle antique du chœur dans la tragédie grecque : le chœur ecclésiastique suit. L'histoire d'Adam et Eve. Cette leçon. avait évidemment pour objet de mettre les spectateurs au courant des événements antérieurs au début du drame. et cinq de ces répons seraient placés dans les intervalles qui sépareraient ces leçons. deux termes étroitement liés). en effet. ces deux drames naguère encore indépendants. dans la liturgie dramatique et extraordinaire. Dans la liturgie ordinaire en effet. Les répons qu'à tel ou tel moment du drame entonne le chœur ecclésiastique. sont destinés à rap peler aux spectateurs qu'ils assistent à un office.ш de plusieurs des leçons de la Septuagésime . ce qu'une tendance naturelle devait les porter à oublier. et il n'en fournit guères un moins grand nombre dans plusieurs bréviaires du moyen -âge que j'ai consultés. six répons suppo seraient nécessairement six leçons distinctes. maintenant replacés côte à côte. Or ce récit fait la matière de douze leçons dans le bréviaire romain . y compris la création de l'homme. Je n'ai pas besoin d'insister sur la forme toute particulière que prend ici la leçon Vos inquam. où il voulait enfermer son œuvre entière. et qui. ils conservent au drame l'aspect général d'une leçon liturgique (car. qu'il a réunies ensemble. telle qu'il l'a composée en mélangeant des versions différentes. n'est plus tout à fait le même que dans la liturgie ordinaire. nous offrent une extension très-remarquable des règles de la liturgie ordi naire. dans la liturgie. tel qu'on le dit de nos jours. je le répète. afin que le cadre. fût plus nettement tracé . et que la représentation apparût bien comme un office extraordinaire. c'est-à-dire de leur retracer le» six jours de la Création . pour ainsi . puisque j'ai déjà expliqué comment cette leçon s'était transformée en drame : seulement on peut sup poser que l'auteur de notre drame a voulu donner â la scène des Prophètes du Christ. Il est certain qu'ici il n'y a point de tels inter valles.

que prennent les chants du chœur ecclésiastique. A chaque fois que Dieu. Né dans le chœur. C'est ainsi. . je pense. étant la maison du Seigneur. que nous voyons. et le voilà qui construit ses échafauds et étale ses décors hors de l'église. au milieu des cérémonies de la liturgie. ou tout au moins sur une place attenante à l'un des côtés de l'église. qui y est lié. marque plus fortement les grandes lignes du plan divin : Adtendite y fratres . En sa qualité d'office. la représentation de la chute de l'homme et de son expulsion du paradis amène nécessaire ment le répons In sudore vultus tui et le répons Ubi est Abel est nécessairement réservé pour le moment où Dieu va interpeller Caïn. fait plus vivement sentir aux spectateurs l'action de la Providence. dans le bréviaire romain. medicinalis gratiœ Une as . Mais notre drame n'est pas seulement un office extraord inaire. par exemple. maintenant la nef ne lui suffit plus. divina nobis benignitate monstr at as. citant les textes sacrés dans la langue liturgique. il rentre dans cette église qui. exigeait que le sens de chacun de ces répons fût dans un rapport étroit avec le point où en était arrivée l'action. soit aussi étroit. dans les répons. Dans notre drame. notre drame n'ose pas encore s'éloigner bien loin du sanctuaire. au contraire. Dans la liturgie ordi naire. et à chacune de ses péripéties. une différence trèssensible entre la liturgie ordinaire et la liturgie dramatique et extraordinaire. le répons Ubi est Abel suivre le récit de la malédiction de l'homme après sa chute. Ce caractère nouveau .4 35 dire. il suffit que tous les deux soient en rapport avec l'esprit général de l'office du jour. on peut même dire qu'il n'en est pas encore entièrement sorti. il n'est nullement besoin que ce rapport entre le sens de la leçon et celui du répons. c'est un office extérieur. sur le parvis. la voix de l'Eglise qui. C'est là. tandis que le récit du crime de Caïn est suivi du répons In principio creavit Deus. le théâtre n'a pas tardé à envahir la nef. qu'a été représenté le drame iïAdam. ayant achevé une partie de son rôle. C'est en effet ce qui a lieu dans notre drame. le drame pas à pas. au moment où la voix de l'Eglise devait se faire entendre. il fait entendre. doit quitter la scène. C'est en effet sur le parvis.

un office en langue vulgaire. et par là-même plus accessible aux populations illettrées . et que les dérogations qu'on se permît d'assez bonne heure. où il s'est établi. qui s'étaient insensiblement développés au sein des rites anciens . sous une forme plus frappante . dans d'autres drames. se dirigeait vers le parvis. Mais. il l'a accompagné jusqu'à la porte. . et strict ementobligatoires. comp ris entre l'extrémité de la nef et la grande porte occident ale. notre drame est. figure naturellement le ciel. à l'égard de la langue employée dans les offices . les langues humaines sont nécessairement assujetties. pour principal objet. comme toutes celles qui présidaient aux cérémonies religieuses. par des raisons qu'une longue expérience a suffisam ment justifiées . Office extraordinaire. c'est-à-dire d'ex primer. a interdit. dans le cours du temps et par des causes diverses . Ces rites 1. cette règle. de l'espace vide. si inflexible qu'elle fût dans la liturgie ordinaire. au gré des révolutions incessantes aux quelles . ainsi que les grands événements de l'histoire religieuse. de plus . dès lors qu'il ne s'agit plus que d'offices supplémentaires. Ce chœur a suivi le drame qui. avait . d'avoir son effet dans la liturgie dramatique et extraordinaire. et où est très-proba blementgroupé le chœur ecclésiastique. s'applique qu'au drame d'Adani. chargé de réciter les leçons et de chanter les répons. de laisser flotter les textes . pour ainsi dire. qui se constitua à côté de la liturgie canonique . il s'est arrêté et s'est fait. l'inflexible règle posée par l'Eglise qui. les vérités de la foi . se peuvent très-facilement justifier. On sait quelle est. le chœur ecclésiastique n'ait pas quitté l'église à son tour. mais là. par suite de modifications successives. car rien ne prouve que.un chancel extraordinaire. sur lesquels s'appuient le dogme et la morale du Christianisme. en effet .ш dormis Dei. et son caractère spécial. de lui servir de commentaire. cette règle n'avait plus la même raison d'être. Cela ne. Il est certain que dans ces rites d'un nouveau genre. de la liturgie extérieure *. antiques et consacrés. fixant à jamais sa liturgie dans le cercle restreint d'un petit nombre d'idiomes. Cette liturgie nouvelle. ce qui achève de bien marquer sa nature . s'éloignant du chancel. pour prendre part à la célébration de l'office extraordinaire. dont elle fait usage dans le service divin . office extérieur. cessa peu à peu.

et si la langue liturgique n'a pas encore complètement disparu. la liturgie extraordinaire ne s'exprimait qu'en latin. en langue vulgaire. enfin les courtes prophéties latines qui précèdent les prophéties en français . n'en eurent cependant pas moins. une forme dramatique plus ancienne. comme la liturgie ordinaire. par leur destination et la forme dramatique qu'ils revêtirent. extérieur. dès le principe. comme partout. représente cependant. à coup sûr. c'est elle qui. qu'une farciture. les répons qm accompa gnent la représentation de l'histoire d'Adam et d'Eve. Elle ne fut d'abord qu'une farciture. qu'au moyen-âge. on ne se rappelait. bien qu'ils aient certainement été к l'origine une œuvre cléricale . Le drame d'Adam. de quelle popularité jouissait. nous retrouvons cette marche progress ive et logique qui . pour obtenir ou conserver la faveur du peuple. 40 . par interpo lation. L'introduction graduée de la langue vulgaire dans des rites de cette espèce . la liturgie ordinaire elle-même. C'est ce que nous avons remarqué dans le drame de Daniel qui. et si l'on ne savait. d'autre part. à son tour. La langue vulgaire s'introduisit dans le drame. le latin n'était pas encore une langue absolument morte. à côté du drame en langue vulgaire . si Ton ne s'efforçait de le rendre plus complètement intelligible au grand nombre. que le texte dont il est l'interprétation. a conduit l'esprit humain de l'office au drame. d'une part. un caractère tout populaire. la leçon Vos inquam . office extraordinaire. pour ainsi dire. s'explique et se justifie tout naturellement par cette destination . et par ce caractère même. comme le drame s'était lui-même introduit dans la liturgie.Ш extraordinaires. du culte au théâtre. sont des vestiges de l'ancienne langue du drame . pendant plusieurs siècles. Ici donc. et qu'il eût per sisté. à cette époque. Il y aurait même lieu de s'étonner que le drame en langue latine eût joui de la popularité dont nous l'avons vu en possession. par une série de transitions admirablement nuancées. Un commentaire ne servirait de rien. Dans notre drame. d'Abel et de Caïn . était destiné à célébrer pieusement les fêtes de Noël. si. n'est plus. La leçon In principio creavit. et Tune des conditions requises. peut-être contem porain du drame à' Adam. demeurés dans la nouvelle : derniers débris et frap pants souvenirs d'une période primitive où. est certainement de parler sa langue. la farciture est devenue le texte même .

et en étudiant les diverses parties dont elle a été formée. L'Angleterre qui. ne comprend guères que des psaumes et des cantiques. dans ce qu'elle nomme le Christmas. mais il n'en faudrait point conclure qu'il devait être nécessairement représenté dans la matinée. entre toutes les nations. sous forme de chants dialogues . La repré sentation n'avait pas nécessairement lieu le jour même de Noël. est demeurée. les plaisirs variés des grandes vacances. c'est à Noël que se termine l'année scolaire : Eton ouvre alors ses portes au flot turbulent de ses écoliers. malgré la Réforme. et qu'on pouvait lui attribuer. garder l'aspect d'un office . La forme que notre drame a revêtue est empruntée à l'office de matines. et si l'on pouvait facilement y ajouter (comme on le fit au sein même de la liturgie ordinaire) des repré sentations dramatiques . et du défilé des prophètes . fidèle aux antiques coutumes de ce culte populaire qui. et qui se prolongeaient. с est-à-dire le placer. pendant plusieurs semaines. et sont ainsi demeurés en un point. du crime de Caïn . il n'au rait pas été aussi facile de trouver. Si la forme qu'il a revêtue est plus particulièrement empruntée à l'office de matines. à volonté. qui vont goûter dans leurs familles le repos . nous offre. soit dans la matinée.m Ce point est suffisamment établi par ce que nous avons dit ci-dessus . en expliquant les origines de cette fable scénique . proba blement sans en avoir conscience. L'office de vêpres . ni s'en soucier beaucoup. que ramenait tous les ans l'anniversaire de la naissance du Sauveur. qui satisfît tout ensemble à ces deux conditions : en premier lieu . encore moins qu'il était lié à la célébration des matines canoniques. soit dans l'après-midi. les derniers représentants de la liturgie extraordinaire du moyenâge. comme une de ces réjouissances . soit de vêpres extraordi naires. le cadre d'une représentation extérieure. soit de matines. auquel on pouvait très-facilement adapter une action dramatique. c'est que cet office comprend une série de leçons et de répons qui fournissait un cadre excellent . un faible débris de ces pieuses joies de nos aïeux. et . Je crois bien qu'on le représentait tout à fait en dehors des offices ordinaires. Nous avons conclu de ce fait qu'il conservait un rapport très-frappant avec la liturgie. la qualité. nous l'avons dit. accompagnait le culte officiel. au moyen-âge. On donnait au peuple le spectacle de la chute d'Adam et d'Eve. dans cet office . au contraire . Chez nos voisins .

à l'influence de cette liturgie qui lui avait donné naissance. cet office extérieur. indique seulement combien le théâtre était encore fortement soumis. en général.i 39 en second lieu. Marius Sepet. (La suite à un prochain numéro) . Mais d'ailleurs . s'était déjà singulièrement élargi. puisque le poète n'a pas cru pouvoir construire son drame sur un plan meilleur que celui que la liturgie ordi naire lui offrait dans un office déterminé. . le cercle étroit où le théâtre était d'abord enfermé par les règles liturgiques . offrir aux spectateurs le développement d'une action. car au point où nous en sommes arrivés. La forme que l'auteur du drame ďAdam a adoptée. je le répète. visiblement imité de l'office ordinaire de matines. pouvait aussi bien servir de vêpres extraordi naires.