Mill - Bentham avait raison de considérer les peines et plaisirs des animaux

John Stuart Mill,
"Whewell on Moral Philosophy" [1852], in Robson (éd.),
The Collected Works of John Stuart Mill, Vol. X,
London, Routledge and Kegan Paul, 1985, p.186-187.

25/12/09 03:19

Oeuvres complètes de Mill.

Repris dans Tom Regan et Peter Singer, Animal Rights
and Human Obligations, Prentice Hall, 1976.
Traduction Estiva Reus ( modifiée* par le
webmaster)

Bentham avait raison...

Whewell on Moral
Philosophy est la
réponse de Bentham
aux critiques de
Whewell (Lectures on
Moral Philosophy in
England, 1852)
sur son principe
d'utilité.

Le Dr. Whewell met une dernière touche à sa réfutation
supposée du principe de Bentham par ce qu’il croit être
une éclatante démonstration par l’absurde. Il se peut que
le lecteur doive essayer une centaine d’hypothèses avant
de deviner en quoi elle consiste. Moi-même, je ne suis
pas encore revenu de l’étonnement qu’elle m’inspire,
non à propos de Bentham, mais à propos du Dr
Whewell. Voyez, dit-il, à quelles conséquences mène
votre principe du plus grand bonheur ! Bentham soutient
qu’il est autant de notre devoir de prendre en
considération les plaisirs et peines des autres animaux
que ceux des humains. Je ne peux résister à l’envie de
citer cet admirable passage de Bentham que le Dr.
Whewell cite lui-même, avec la conviction, désarmante
de naïveté, que tout le monde considérera qu’il s’agit
du comble de l’absurdité :
Dans les religions hindoue et musulmane, les intérêts
du reste de la création animale semblent avoir reçu
quelque attention. Pourquoi ces intérêts n’ont-ils pas
été pris en considération universellement, autant que
ceux des être humains, en tenant compte des
différences en matière de sensibilité ? Parce que les
lois en vigueur résultent de la peur mutuelle ; un
sentiment que les animaux moins rationnels n’ont pas
eu les mêmes moyen de faire valoir que l’homme.
Pourquoi [les intérêts du reste de la création animale]
ne devraient-ils pas [compter*]? On ne peut en
donner aucune raison. Les Français ont déjà découvert
que la noirceur de la peau n’est en rien une raison
pour qu’un être humain soit abandonné sans recours
au caprice d’un bourreau. On reconnaîtra peut-être un
jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau, ou
la façon dont se termine le sacrum sont des raisons
tout aussi insuffisantes pour abandonner un être
sensible au même sort. Et quel autre critère devrait
tracer la ligne infranchissable ? Est-ce la faculté de
raisonner, ou peut-être celle de discourir ? Mais un
cheval ou un chien adulte sont des animaux
incomparablement plus rationnels et aussi plus
causants qu’un enfant d’un jour, d’une semaine, ou
même d’un mois. Mais s’ils ne l’étaient pas, qu’est-ce
que cela changerait ? La question n’est pas : peuventil raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuventils souffrir ? ” (Bentham cité par Whewell, Lectures,
page 224)

Cette noble anticipation, en 1780, d’un progrès moral
dont une première étape s’est concrétisée dans les lois
entrées en vigueur presque cinquante ans plus tard contre
la cruauté envers les animaux, est, aux yeux du Dr.
Whewell, la preuve définitive que la morale du bonheur
http://bibliodroitsanimaux.site.voila.fr/milldefensebentham.html

Dr. Whewell puts the last hand to his supposed
refutation of Bentham's principle, by what he
thinks a crushing reductio ad absurdum. The
reader might make a hundred guesses before
discovering what this is. We have not yet got
over our astonishment, not at Bentham, but at Dr.
Whewell. See, he says, to what consequences
your greatest-happiness principle leads! Bentham
says that it is as much a moral duty to regard the
pleasures and pains of other animals as those of
human beings. regard the pleasures and pains of
other animals as those of human beings. We
cannot resist quoting the admirable passage
which Dr. Whewell cites from Bentham, with the
most ha'if persuasion that everybody will regard
it as reaching the last pitch of paradoxical
absurdity.
Under the Gentoo and Mahometan religion
the interests of the rest of the animal
kingdom seem to have met with some
attention. Why have they not, universally,
with as much as those of human creatures,
allowance made for the difference in point of
sensibility? Because the laws that are, have
been the work of mutual fear; a sentiment
which the less rational animals have not had
the same means as man has of turning to
account. Why ought they not? No reason
can be given. The day may come when the
rest of the animal creation may acquire those
rights which never could have been
withholden from them but by the hand of
tyranny. It may come one day to be
recognised that the number of the legs, the
viUosity of the skin, or the termination of
the os sacrum, are reasons insufficient for
abandoning a sensitive being to the caprice
of a tormentor. What else is it that should
trace the insuperable line? Is it the faculty of
reason, or perhaps the faculty of discourse?
But a full-grown horse or dog is beyond
comparison a more rational, as well as a
more convcrsable animal, than an infant of a
day, a week, or even a month old. But
suppose the case were otherwise, what
would it avail? The question is not, can they
reason? nor, can they speak? but, can they
suffer?*

This noble anticipation, in 1780, of the better
morality of which a first dawn has been seen in
the laws enacted nearly fifty years afterwards
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que d’estimer que les plaisirs et peines des autres méritent considération en proportion exacte de la similitude entre ces autres et nous-mêmes. 223-225) « Pour la plupart des gens » dans les États esclavagistes des États-Unis. They too felt themselves "bound" by a "tie of brotherhood" to the white men and to the nobility.] This then is Dr. are only duties to ourselves and our like. Rien n’est plus naturel aux êtres humains.site. We are to be humane to them. to hear it asserted that the greatest pleasure or pain of a hundred serfs ought not to give way to the smallest of a nobleman. . Je suis parfaitement disposé à mettre en jeu l'intégralité de toute cette question1 sur ce seul point*. http://bibliodroitsanimaux.Bentham avait raison de considérer les peines et plaisirs des animaux est absurde ! Les plaisirs des animaux sont des éléments d’un ordre très différents des plaisirs humains. We are bound to men by the universal tie of humanity. more universal. p. Whewell's noble and disinterested ideal of virtue. than to estimate the pleasures and pains of others as deserving of regard exactly in proportion to their likeness to ourselves. Et si un sentiment sur des sujets moraux est bon [moralement]* <is right> parce qu’il est naturel.Mill . Nous sommes tenus de nous efforcer d’accroître les plaisirs des hommes. according to him. c'est-à-dire encore du "principe du plus grand bonheur". et non pas parce que nous ressentons tout comme eux des plaisirs animaux (…) La morale* qui ne dépend que de l’accroissement du plaisir ferait qu’il serait de notre devoir d’accroître le plaisir des cochons ou des oies plutôt que celui des hommes. les chiens et les porcs. (Lectures. Nous n’avons pas un tel lien avec les animaux." let the morality of the principle of utility be for ever condemned. . of human brotherhood. not only because they are pleasures.. and hogs. ni. Nothing is more natural to human beings. Supposons qu’une pratique cause plus de souffrance aux animaux qu’elle ne procure de plaisir à l’homme. . il aurait été intolérable il y a cinq cent ans d’entendre affirmer qu’un plaisir – ou une peine – plus grand de cent serfs ne doit pas céder la place au plaisir plus petit d’un noble. Whewell the slavemasters and the nobles were right. que nous puissions devoir sacrifier le bonheur des hommes du moment que de cette manière nous produisons un surplus de plaisir pour les chats. It would have been intolerable five centuries ago "to most persons" among the feudal nobility. Page 2 sur 3 .voila.html 25/12/09 03:19 the laws enacted nearly fifty years afterwards against cruelty to animals. mais parce que ce sont des plaisirs humains. Les devoirs. And if a feeling on moral subjects is right because it is natural. 1. their feeling was justifiable. ne sont que des devoirs envers nous-mêmes et nos semblables. According to the standard of Dr.) Ce n’est pas seulement une doctrine cousue de fil blanc. leur sentiment est justifiable. dans ce cas au moins. mais pour la plupart des gens une doctrine intolérable. 223-5) It is "to most persons" in the Slave States of America not a tolerable doctrine that we may sacrifice any portion of the happiness of white men for the sake of a greater amount of happiness to black men. and his opinion on the rights of animals shows that in this case at least he is consistent. plus universel. [Lectures. and felt no such tie to the negroes and serfs. nor. Selon le critère du Dr. (pp. but because they are human pleasures. but to most persons not a tolerable doctrine. that we may sacrifice the happiness of men provided we can in that way produce an overplus of pleasure to cats. Whewell. il est cohérent. dans la mesure exacte où ils se dépouillent de l’égoïsme. (Lectures. et son opinion sur les droits des animaux montre que. is in Dr. selon lui. Whewell. les hommes ne répondent pas d’une seule voix « immoral ». . These superstitions of selfishness had the characteristics by which Dr. We are perfectly willing to stake the whole question on this one issue.fr/milldefensebentham. if we were sure that the pleasures we could give them were greater than the pleasures of men. not because we and they alike feel animal pleasures. dogs. because we are human. Duties. Whewell recognizes his moral rules. de la fraternité humaine. alors que la moralité du principe d’utilité soit condamnée à jamais. 223. up to a certain point in cultivation. 223) Voilà donc l’idéal de vertu noble et désintéressé du Dr.. Nous sommes liés aux humains par le lien universel de l’humanité. Nous devons nous comporter humainement envers eux parce que nous sommes humains. exactly in proportion as human beings raise their heads out of the slough of selfishness. is that practice moral or immoral? And if.. would make it our duty to increase the pleasure of pigs or of geese rather than that of men. les propriétaires d’esclaves et les nobles ont raison. It is not only not an obvious. Whewell's eyes the finishing proof that the morality of happiness is absurd! The pleasures of animals are elements of a very different order from the pleasures of man. Ces superstitions de l’égoïsme présentent les caractéristiques d’après lesquelles Whewell reconnaît ses règles morales . ce n’est pas une doctrine tolérable que celle qui demande de sacrifier une quelconque portion du bonheur des Blancs pour obtenir quantité plus grande de bonheur pour les Noirs. c'est-à-dire du "principe de Bentham". Granted that any practice causes more pain to animals than it gives pleasure to man. non seulement parce que ce sont des plaisirs. et n’éprouvent pas un tel lien envers les Noirs et les serfs. « Pour la plupart des gens » de la noblesse féodale. Il s'agit certainement de la question touchant à la moralité du principe d’utilité. si nous étions sûrs que les plaisirs que nous pourrions leur donner sont plus grands que les plaisirs des hommes (. We have no such tie to animals.. they do not with one voice answer "immoral. We are bound to endeavour to augment the pleasures of men. jusqu’à un certain degré de culture. p. cette pratique est-elle morale ou immorale ? Si. pp. The morality which depends upon the increase of pleasure alone. Ils se sentent « liés » par un « lien de fraternité » aux hommes blancs et à la noblesse.

X.Bentham avait raison de considérer les peines et plaisirs des animaux 25/12/09 03:19 grand bonheur". * ‘ Whewell on Moral Philosophy. vol. 185-187.voila.Mill . http://bibliodroitsanimaux.html Page 3 sur 3 . pp.site. ’ in Collected Works.fr/milldefensebentham.