Memoire sur la saisie des sommes d'argent entre les mains des banques

I

LES OPINIONS EMISES DANS CE MEMOIRE SONT PROPRES À SON AUTEUR

II DEDICACES

-A mon père M. MBIANDJA Joseph

-A ma mère PAMI Julienne

-A Mon oncle M NJAMFA Roger

-A NYADJAM Alain Péguy

-A NJANTOU Raoul

- A NYA Symphorien Borel

-A KUIGOUA Aurélie -A KUIGOUA Ebeauni -A toute ma famille

-A la famille DIFFO

-A mes amis

III

REMERCIEMENTS

Que tous ceux qui de près ou de loin ont contribué à l’élaboration de ce travail trouvent ici l’expression de ma profonde gratitude. Nous voulons remercier particulièrement : -Le Professeur Jean-Marie TCHAKOUA qui a accepté de diriger ce travail avec attention. -Mme DIFFO Justine pour son assistance tant morale que documentaire. -M. TIMTCHUENG Moïse, enseignant à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’université de Dschang, pour ses multiples conseils. -Tout le personnel de l’Institut de Formation et de Coopération pour le Développement (IFCD) pour leur soutien. -Tout le personnel de la Direction des Affaires Juridiques et des Contrats de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale pour leurs conseils pratiques et leur disponibilité. -Mon grand frère NYA Symphorien et sa femme qui ont su créer les conditions idoines pour la réalisation de ce travail -Mes amis KITIO TSAGUE Steve, KEUFACK Hugues, DOGMO Alain, FONKUI Fernand, BELMBOCK Hubert, AZEUFACK Gatien, AZEUFACK Gaston, PANGOP Gatien, FANSI Paul, KOUAM Siméon Patrick pour leur assistance morale.

IV

TABLE DES ABREVIATIONS
Art. : Article AU : Acte Uniforme Bull. Civ. : bulletin civil CA : Cour d’Appel. CS : Cour Suprême CPCC : Code de Procédure Civile et Commerciale CCJA : Cour Commune de Justice et d’Arbitrage. C. civ. : Code Civil Cass. : Cour de cassation D: Dalloz DP : Dalloz Périodique Edt. : Éditions Gaz. Pal. : Gazette du palais JCP : Jurisclasseur périodique OHADA : Organisation pour l’Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique PSRVE : procédure simplifiée de recouvrement et voies d’exécution PUA : Presses Universitaires d’Afrique RCD : Revue Camerounaise de Droit RJCCA : Recueil Jurisprudentiel de la Cour Commune D’arbitrage d’Abidjan RDB : Revue de droit Bancaire RCDIP : Revue critique de droit international privé RGDP : Revue Générale de Droit Public RJCCA : Revue de jurisprudence de la cour commune de justice et d’arbitrage D’Abidjan RTD com. : Revue Trimestrielle de Droit Commerciale s. : Suivant Somm. : Sommaire

V

RESUME La législation antérieure soumettait les sommes d’argent entre les mains des banques à la procédure de saisie arrêt. Elle était critiquée pour sa lourdeur ; le législateur communautaire intégrant ces critiques a alors prévu deux types de procédures qui pourraient être utilisées par les créanciers afin de sécuriser leur investissement ; ils pouvaient utiliser alors soit la saisie conservatoire des comptes, soit la saisie attribution des comptes. Ces saisies recèlent plusieurs particularités qui fondent leurs spécificités.

Elles sont particulières car mises en œuvre

sur des biens incorporels qui sont

matérialisés par un simple jeu d’écritures sur un compte. Elles le sont également parce que celles-ci se dénouent chez une personne qui est tiers à l’opération cause de la procédure. Il convient de préciser que sur cette personne pèsent des obligations qui lui font rompre le secret des affaires qui entourent sa profession. Toutes ces particularités font de cette procédure l’une des plus difficiles à opérer pourtant tel n’était pas l’objectif du législateur. Il était donc nécessaire de faire une analyse des particularités de cette voie d’exécution qui devrait être la procédure d’exécution par excellence car déjudiciarisée.

VI

ABSTRACT

The former legislation subjected the money in the hands of the banks to the common procedure of seizure. It was criticized for its heaviness so the OHADA legislation integrating these criticisms then envisaged two types of procedures, which could be used by the creditors in order to make safe their investment. They could then use either the garnishment of the accounts or the seizure attribution of the accounts. Those procedures are particular for many reasons: They put in place procedure on intangible goods that are materialized by an entry on an account. But also because that are untied at a person who is not a parties to the operation which causes the procedure. Especially that on this person weighs obligations, which make him break the professional secret, which surrounds its profession. All these characteristics make this procedure however one of most difficult to operate unless the effort of the legislator to make it simple. From there it was necessary to make an analysis of the characteristics of this way of execution, which is one of the most used in the economic sector. Those particularities can be found in the procedure to be used or in the contestation, which can be elevated because of the procedure

V SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE

TITRE 1 : LES REGLES SPECIFIQUES A LA MISE EN ŒUVRE DE LA SAISIE DES SOMMES D’ARGENT ENTRE LES MAINS DES BANQUES

CHAPITRE 1 : LES SPECIFICITES LIEES A LA NATURE TRIANGULAIRE DE L’OPERATION.

CHAPITRE2 : LES SPECIFICITES LIEES A LA NATURE DES BIENS SAISIS

TITRE 2 :

LE CONTENTIEUX SPECIFIQUE A LA SAISIE DES SOMMES

D’ARGENT ENTRE LES MAINS DES BANQUES

CHAPITRE1 :

LES CONTESTATIONS PORTANT SUR LE SOLDE SAISIS

CHAPITRE 2 : LE CONTENTIEUX PORTANT SUR LE COMPORTEMENT DES ACTEURS DE LA SAISIE CONCLUSION GENERALE

Introduction

Le droit des voies d’exécution constituait jusqu’à une époque récente, « un îlot archaïque»1 dans les systèmes juridiques de la plupart des Etats parties au traité OHADA (Organisation pour l’Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique)2. Au Cameroun en particulier, il demeurait soumis, dans les provinces d’expression et d’inspiration juridique française, à une législation bicentenaire découlant pour l’essentiel du livre IV du code de procédure civile et commerciale de 1806 applicable au Cameroun depuis l’arrêté du 16 décembre 1954 portant codification et réglementant la procédure en matière civile et commerciale devant les tribunaux français du Cameroun. Dans les provinces du Nord-ouest et du Sud-ouest de tradition juridique anglo-saxonne, il y avait lieu de se reporter aux dispositions du <<sheriffs and civil process ordinance>> applicable en vertu des articles 70(1) et 86 (1) du <<magistrates court ordinance>> de 1948 et 73(1) du <<magistrate Court’s Law>> de 1955. A ces textes limités du colonisateur et qui constituaient la base des voies d’exécution, il faut ajouter deux textes du Cameroun indépendant, notamment la loi n°89/020 du 29 décembre 1989 fixant certaines dispositions relatives à l’exécution des décisions de justice modifiée par la loi n° 97/018 du 07 août 1997 et la loi n° 89/019 du 29 décembre 1989 modifiant et complétant l’ordonnance n° 72/04 du 26 août 1972 portant organisation judiciaire
1

DZUENKEU (A) : L’OHADA et la reforme des procédures civiles d’exécution en droit africain : l’exemple du Cameroun revue juridis avril mai juin 2002 p113 2 Pour des informations complètes sur l’institution, voir POUGOUE (P, G) Présentation générale et procédure en droit OHADA PUA, 1998

de l’Etat. Ces lois que nous avions héritées de la colonisation pour la plupart étaient déjà dépassées et avaient fait l’objet de reforme chez nos inspirateurs3. Cette obsolescence des textes rebutait les opérateurs économiques et n’encourageait pas le crédit ; or le but premier des voies d’exécution est de mettre à leur disposition des moyens leur permettant de rentrer en possession de leur investissement rapidement en cas de crise de confiance avec son partenaire économique. C’est dans le but de doter les Etats membres d’un droit moderne qu’est né l’OHADA. Le souci premier du législateur fut de doter les Etats parties d’un droit des affaires harmonisé, simple, moderne et adapté à l’Afrique. Mais la sécurité juridique était loin d’être atteinte si le législateur OHADA s’en était tenu à une reforme du droit matériel. En effet, comme le précisent les Pr. ANOUKAHA F. et TJOUEN A. D. quelques réfléchies soient les règles adoptées, leur valeur et leur efficacité dépendent en dernière analyse de la souplesse ou alors de rigidité des dispositions permettant leur mise en oeuvre4. Les procédures civiles d’exécution ne pouvaient dès lors échapper au vaste chantier de réforme du droit des affaires entrepris par les Etats parties au traité OHADA. Le législateur a concrétisé cela par l’entré en vigueur de l’Acte Uniforme portant voies d’exécution. En effet il ne servirait à rien d’assurer une bonne administration de la justice si les décisions rendues ne pouvaient être exécutées car « l’exécution participe désormais de la sécurité juridique »5 . Il était donc du devoir des Etats d’assurer aux justiciables des voies et moyens leur

permettant de voir leurs droits accéder à la vie.

3

Voir dans ce sens la loi n° 91-650 du 9 juillet 1991portant réforme des procédures civiles d’exécution et son décret d’application du 31 juillet 1992 4 Les auteurs parlaient alors de la nécessaire efficacité des textes dans ce domaine V. ANOUKAHA (F) et TJOUEN (A. D) Les procédures simplifiées de recouvrement des créances et voies d’exécution en OHADA PUA 1999, p .3 5 POUGOUE (P, G) et KOLLOKO (F, T) la saisie attribution dans l’espace OHADA

Si dans l’ensemble, la loi nouvelle reprend dans ses grandes lignes des dispositions déjà connues6, ces points de stabilités ne sauraient nous berner car le droit OHADA opère une profonde réforme du droit des voies d’exécution dans les Etats parties ; le droit matériel ne trouvant vie que dans les règles procédurales7. Le législateur communautaire a réorganisé les saisies tant mobilières qu’immobilières reprenant là la distinction opérée par le code de Procédure Civile et Commerciale. Si du point de vue procédural, il n’existe en matière immobilière qu’un seul type de saisie, en matière mobilière, et en raison de la variété des catégories de biens, il a été organisé plusieurs types de saisies, que l’on peut classer selon qu’elles sont diligentées à des fins simplement conservatoires ou à des fins d’exécutions. A cette classification, l’on peut ajouter une autre qui distingue selon qu’il s’agit de biens meubles corporels ou alors de biens meubles incorporels. C’est dans ce domaine que le législateur OHADA a accompli une avancée particulière, notamment dans le domaine bancaire où il était désormais crucial d’élaborer des règles spécifiques et précises concernant la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques d’où notre sujet la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques. Cette réforme était nécessaire car à l’évolution sociale le droit se devait de répondre. En effet, les conditions sociales et économiques ont beaucoup évoluées ; la consistance des patrimoines n’est plus la même qu’à l’époque de la codification napoléonienne, du moins pour ce qui en reste8. Au porte-monnaie classique se sont ajoutés les porte-monnaie

électroniques. La monnaie scripturale a pris le pas sur la monnaie fiduciaire jugée très lourde et source de tracasserie de tout genre. Ainsi l’argent qualifié de « nerf de la guerre » dans certains milieux est ici plus qu’ailleurs visé. L’argent en compte est liquide et permet au créancier une fois qu’il l’aura recouvré de couvrir rapidement des dépenses. L’usage des
6

L’A.U. ne vient pas supprimer la législation antérieure dans toutes ses dispositions mais la modifie pour la rendre plus adapté aux besoins des opérateurs économiques. 7 ANOUKAHA (F) et TJOUEN (A. D) op. Cit. p.3 8 Il faut noter que ces textes font de plus en plus l’objet de reforme. Le législateur camerounais dotant le Cameroun progressivement de texte de loi nouveau

comptes bancaires est, on peut le dire, généralisé dans le milieu des affaires de la plupart des Etats parties au traité OHADA. Il est alors naturel pour un particulier d’avoir un ou plusieurs comptes en banques. L’argent est dans les Etats parties devenu monnaie scripturale, du moins pour ce qui est des opérateurs économiques9. Il convient de relever ici que les deux fonctions de la monnaie, à savoir, paiement et épargne sont concentrées dans les comptes entre les mains des banques. Les comptes en banque reçoivent l’argent destiné au paiement, d’où il est distribué soit au travers des chèques soient par le biais des cartes de crédit. Les comptes sont également le réceptacle fréquent de la seconde fonction de la monnaie : la thésaurisation. Il est donc clair que c’est « entre les mains des banques qu’il faut aller chercher l’argent des débiteurs rétifs >>10. Il était donc urgent d’organiser des procédures simples, rapides et efficaces afin d’aider les créanciers à recouvrer l’argent qui était versé dans les comptes de leur débiteur en banque. Ainsi, le législateur communautaire a procédé à un réaménagement de la saisie des avoirs bancaires en droit OHADA rompant ici avec la législation antérieure qui soumettait ces biens à une seule procédure : la saisie arrêt11. Il faut noter que le code de procédure civile et commerciale n’avait pas pris le soin d’édicter une procédure particulière pour les saisies entre les mains des banques des sommes d’argent déposés sur les comptes de leurs clients. Ce n’est que de manière incidente qu’à son article 310, il faisait allusion aux comptes en banque. Ainsi, sous l’empire de ce texte, l’adaptation des règles de saisie-arrêt aux particularités des comptes bancaires était essentiellement l’œuvre de la jurisprudence aidée par la doctrine12.

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Il convient tout de même de relever que si l’on a noté une percé des banques sur la sous région, le taux de bancarisation demeure très faible 10 MOULY (C), Les saisies des comptes bancaires, Les petites affiches, 26 mai 1993. 11 Elle comportait alors deux procédures très lentes et gênantes notamment lorsque le débiteur était muni d’un titre exécutoire 12 FONKOU (J, A) L’article 161 de l’acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement des voies d’exécution Mémoire DEA droit communautaire Université de Dschang, juillet 2001,p.50

Avec la législation OHADA, apparaissent des règles spécifiques aux comptes bancaires13 . Il a pour cela prévu deux procédures de saisies pour les comptes bancaires l’une conservatoire, l’autre attributive. La saisie des sommes d’argent entre les mains des banques est toute opération de saisie pouvant affecter l’<<élément d’actif correspondant pour une personne à une somme d’argent que lui doit une personne avec laquelle elle est en compte à l’issue d’une ou plusieurs opérations et que celle –ci, ici le banquier, conserve entre ses mains comme sommes à valoir dans les règlements d’une opération ultérieure >>.14 Cette définition demeure imprécise car la saisie des comptes bancaires se décline en deux variantes. Dont l’une est conservatoire et l’autre attributive Ainsi, il faudrait plutôt entendre par saisie des comptes bancaires : soit l’opération de saisie qui permet au créancier non encore titulaire d’un titre exécutoire15, s’il justifie des circonstances de nature à en menacer le recouvrement, de faire mettre sous main de justice les avoirs bancaires de son débiteur afin de se les faire attribuer ultérieurement une fois munis d’un titre exécutoire : il s’agit alors de la saisie conservatoire des avoirs bancaires ; soit la saisie qui permet au titulaire d’un titre exécutoire de saisir et de se faire attribuer à concurrence de sa créance, le solde du compte bancaire de son débiteur directement chez son banquier et se la faire attribuer16 : c’est la saisie attribution. Dans l’ensemble, la procédure des saisies conservatoires des comptes bancaires est plus proche de
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Il convient de remarquer alors que si la saisie attribution de droit commun a pour objet les créances de sommes d’argents, la saisie des avoirs bancaires porte sur les comptes bancaires plus précisément sur les soldes de comptes bancaires. 14 CORNU (G) vocabulaire juridique 4 Edt PUF, P.99 15 Décision de justice ou acte judiciaire comportant la formule exécutoire. Le titre revêtu de la formule exécutoire qui permet au créancier qui en dispose de saisir les biens de son débiteur. Constituent des titres exécutoires : - Les décisions de justice ayant force exécutoire (force de chose jugée) ; - Les actes notariés revêtus de la formule exécutoire ; - Les extrais de procès – verbaux de conciliation signés par le juge et les parties ; - Les jugements étrangers et les sentences arbitrales revêtus de l’exequatur ;

- Le titre délivré par l’huissier en cas de non – paiement d’un chèque. 16 Article 154 de l’AU. Pour une définition dans ce sens V. BITSAMANA (H, A) Dictionnaire de droit OHADA trouvé sur www.ohada.com rubrique doctrine

celle de la saisie attribution que de celle de la saisie conservatoire de droit commun17 . Le législateur a procédé ici à une unification des règles y relatives, car ces deux procédures portent sur des biens particuliers et il était nécessaire de tenir compte des particularités bancaires dans l’aménagement de la procédure. De cette distinction, l’on perçoit que le législateur a voulu rendre cette procédure de saisie des comptes simple, rapide et dépouillée de tout formalisme excessif18. Un formalisme qui la rendait difficile à exécuter pour les non initiés par le passé. Eu égard à la nouveauté de cette procédure dans l’espace OHADA et à la spécificité de celle ci, il était important que l’on procède à une analyse de cette procédure dont le particularisme ne cesse alors de s’affirmer en pratique. La saisie des comptes bancaires est une opération triangulaire ; elle s’opère entre trois parties : le créancier, le banquier tiers saisi et le débiteur. Le créancier qui selon le type de procédure engagée doit être muni d’un titre exécutoire ou non. Le débiteur qui doit devoir de l’argent. Le tiers saisi qui est un établissement bancaire ou financier 19 et la personne entre les mains de laquelle est effectuée la saisie des biens du débiteur. Elle doit, d’une part avoir la qualité de tiers à l’égard du saisi20, d’autre part, elle doit être débitrice envers lui. La saisie des sommes d’argent entre les mains des banques porte sur des créances de sommes d’argent. Ainsi l’on distingue : la créance cause de la saisie qui doit remplir les conditions de certitude, de liquidité et d’exigibilité21 ; la créance objet de la saisie qui doit encore se trouver dans le patrimoine du débiteur qui est celle sur laquelle porte effectivement la saisie. La procédure, que la saisie soit conservatoire ou attributive commence toujours par
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L’AU prévoit que les dispositions de l’Article 161 et suivant sont applicables en matière de saisie conservatoire des créances voir pour cela l’article 74 de l’AU. 18 BEBOHI EBONGO (S) la saisie attribution dans la jurisprudence de l’espace OHADA mémoire de DEA droit privé 2001-2002, université de Yaoundé –II SOA 19 Pour une définition voir le décret n°90/1469 du 9 novembre1990 portant définition des établissements de crédit in Juridis infos n°5 Janv-Fev-Mars 1991 20 Ce qui suppose l’existence d’un pouvoir autonome et l’absence d’un lien de subordination 21 CCJA Arrêt n°.32 du 04 novembre 2004 affaire Société EBURNEA contre Compagnie d'Assurances les Tisserins SATCA.

un exploit d’huissier

signifié au banquier tiers saisi, sur qui pèse, à compter de cette

signification, l’obligation de déclarer au créancier saisissant <<l’étendue de ses obligations à l’égard du débiteur >>.22 Il faut dire que les articles 161 à 163 de l’Acte uniforme sur les procédures simplifiées de recouvrement et les voies d’exécution (AU sur les PSRVE) qui constituent le droit commun de la saisie des comptes bancaires est un aménagement des règles de la saisie attribution des créances aux comptes bancaires. C’est ce qui en fait la spécificité, spécificité sur laquelle nous mettrons l’accent au cours de notre travail. Les autres aspects de la procédure ayant déjà eu à faire l’objet d’études. Des premières études qui ont été faites sur cette procédure23, il ressort que la saisie des avoirs bancaires24 suscite encore beaucoup d’interrogations de la part des acteurs de la vie judiciaire pour ce qui est du contentieux25 et des acteurs de la vie économique pour ce qui est de la pratique. Cette saisie nouvelle allie les spécificités de la pratique bancaire avec les méthodes des voies d’exécution dans un domaine où le silence est la règle. Cet état de chose le sentiment de flou qui entoure cette procédure. D’où il était intéressant de s’interroger sur les spécificités de la saisie des comptes bancaires. S’interroger sur leur impact sur la procédure de saisie des comptes bancaires. Nous nous attellerons dans le cadre de notre travail à faire ressortir les spécificités de la saisie des comptes bancaires tant au niveau de la mise en œuvre qu’au niveau du contentieux auquel elle peut conduire. Spécificité s’entendant des aspects procéduraux qui la singularise des aux autres saisies pouvant être mise en œuvre sur des biens meubles. En effet
22

Article 156 de l’AU

23

Voir les mémoires de BEBOHI EBONGO (S) : la saisie attribution dans la jurisprudence de l’espace OHADA mémoire DEA droit privé 2001-2002 ; DZUENKEU (A) le contentieux des saisies mobilières au Cameroun depuis la reforme OHADA mémoire DEA droit privé, mai 2001 ; de BILONG BILONG (l) Le contentieux de l’exécution au Cameroun selon l’acte uniforme OHADA relatif aux voies d’exécution mémoire de DEA droit privé 2002-2003 tous soutenues à l’université de Yaoundé II- SOA. 24 Il convient de relever que ces études étaient consacrées uniquement à la saisie attribution. 25 DZUENKEU (A) op. Cit. L’auteur relève à ce sujet que suite à des écarts entre la législation et la pratique se développe un contentieux parasite ce qui est contraire aux prescriptions du législateur qui voulait d’une saisie dejudiciarisée.

elle est spécifique car il s’agit de biens incorporels et surtout de biens incorporels détenus par un tiers chez qui se déroulera toute la procédure contrairement à la saisie mobilière de droit commun; mais également parce qu’elle a donné naissance à un contentieux spécifique tributaire de ces particularités et qui mérite donc qu’on y prête attention. Nous organiserons notre travail autour de deux grandes idées. A savoir :

TITRE1 : Les règles spécifiques à la mise en œuvre de la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques.

TITRE 2 : Le contentieux spécifique à la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques

TITRE I LES REGLES SPECIFIQUES A LA MISE EN ŒUVRE DE LA SAISIE DES SOMMES D’ARGENT ENTRE LES MAINS DES BANQUES

La saisie des comptes bancaires, comme nous l’avons déjà relevé plus haut, était sous l’empire de la législation antérieure soumise à la procédure de saisie arrêt et aux dispositions particulières liées aux opérations de banques élaborées par la jurisprudence. Le législateur a tenu compte de ces particularités dont les jalons ont été posés par la jurisprudence dans son travail de reforme du droit des voies d’exécution. Ces particularités sont de deux ordres : l’une a trait à la présence dans la procédure d’une troisième personne en la qualité de banque

tiers saisi chez qui va se dérouler toute la procédure avec toutes les obligations qui en découlent; la seconde a trait au domaine de la saisie même qui est particulière des lors qu’il s’agit de la saisie des comptes bancaires. Afin de percevoir l’originalité de cette procédure, il faudrait que l’on examine tour à tour les particularités liées à la nature triangulaire de l’opération (CHAPITRE 1) et ensuite que l’on procède à un examen des spécificités découlant de la nature des biens saisis (CHAPITRE 2)

CHAPITRE 1
LES PARTICULARITÉS LIEES A LA NATURE TRIANGULAIRE DE L’OPERATION

Les voies d’exécutions sont des procédures ayant pour objectif principal d’imposer l’exécution d’un jugement ou d’un engagement. De manière générale, elles sont initiées par le créancier à l’encontre de son débiteur récalcitrant et peuvent alors porter sur n’importe lequel des éléments de son patrimoine,26 quel que soit l’endroit où il se trouve. Il peut arriver que certains éléments du patrimoine du débiteur ne soit plus en sa possession sans être toutefois sorti de sont patrimoine ; alors le litige qui concernait le débiteur et son créancier à
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Les articles 2092et 2093 du c.civ. Précisent en effet que le patrimoine du débiteur sert de gage général à ses créanciers.

l’origine devient celui de trois personnes. Tel est le cas dans la procédure de saisie des sommes d’argent entre les mains des banques. Le tiers est ici la banque chez qui les clients viennent ouvrir des comptes. La procédure de saisie initiée par le créancier dans le but de rentrer en possession de ces biens du débiteur est alors modifiée dans son schéma classique. Si à l’origine seul le débiteur et son créancier étaient les acteurs à la procédure tel n’est plus le cas ici. D’où la nécessité d’examiner les spécificités liées à la nature triangulaire de l’opération. Ces spécificités ont trait aux obligations qui pèsent sur le tiers saisi27 et qui sont liées au rôle crucial que lui fait jouer le législateur dans le cadre de cette voie d’exécution. Il convient de distinguer pour ce faire les obligations du tiers au déclenchement de la saisie et qui se résument en une obligation de coopération (SECTION 1) et celles qui pèsent sur lui une fois la saisie pratiquée qui constitue le devoir de règlement du banquier dans la procédure. (SECTION2)

SECTION 1 : LE DEVOIR DE COOPERATION DU BANQUIER TIERS SAISI

Dans le cadre de la saisie des comptes bancaires,

il pèse sur le banquier au

déclenchement de la saisie des obligations qui découlent principalement de l’article 156 de l’AU. Il doit <<déclarer au créancier l’étendue de ses obligations à l’égard du débiteur ainsi que les modalités qui pourraient les affecter et s’il y’a lieu les cessions de créance, délégation ou saisies antérieures Iil doit communiquer copie des pièces justificatives>>.28 Il

27

En effet ce sont les mêmes obligations qui pèsent sur les autres protagonistes dans le cadre de la saisie attribution de droit commun qui sont reprises ici.
28

L’article 156 de l’AU reprend ici des dispositions du droit antérieurement applicable (CPCC).

découle de cet article que le législateur met à la charge du banquier deux catégories d’obligations : une obligation de déclaration (PARAGRAPHE 1) et une obligation de communication des pièces justificatives (PARAGRAPHE 2).Tout ceci laisse penser que c’est une véritable délation institutionnelle qui est désormais mise à la charge du banquier dont la profession est pourtant entourée du secret des affaires.29

PARAGRAPHE 1 : L’INSTITUTION D’UNE OBLIGATION DE DECLARATION ROMPANT LE SECRET BANCAIRE

Instrument de préservation des droits des créanciers, certaines mesures d’exécution forcées telle la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques remettent fondamentalement en cause le secret des affaires30. Si la question s’était posée de savoir si le banquier pouvait invoquer le secret bancaire pour empêcher l’efficacité de ces mesures d’exécutions, l’AU répond à la question par la négative en son article 156 alinéa 1 qui dispose que : <<Le banquier comme tout tiers saisi est tenu de déclarer au créancier l’étendue de ses obligations à l’égard du débiteur, ainsi que les modalités qui pourraient les affecter>>. Ainsi la banque n’est pas fondée à opposer le secret professionnel à la demande du créancier tendant à connaître la nature et <<la position>> des comptes ouverts dans <<ses livres au nom du débiteur>>.31 Une fois cette question résolue, il faudrait analyser cette obligation de déclaration pesant sur le banquier, tant en ce qui concerne la déclaration de l’ensemble des comptes ouverts au nom du débiteur dans ses livres (A) que l’obligation qui

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NGO (N) Le secret des affaires dans les pays de l’espace OHADA et en France. Thèse doctorat d’Etat, Université d’Evry, Paris 2005, p.307n°453. 30 NGO (N) op. cit. p.307 31 Paris, 11 janvier 1985.gaz.pal.1985 .287. Lyon, 16 juin 1994, banque et droit .1994, n°38, p.32, note GUILLOT (J-L).

lui est faite de déclarer toutes les modalités qui affecteraient ce compte au jour de la saisie. (B)

A- LA DECLARATION DES COMPTES DETENUS POUR LE COMPTE DU DEBITEUR : Une fois l’acte de saisie servi par l’huissier instrumentaire, le banquier doit procéder à l’énumération des comptes ouverts au nom du débiteur dans ses livres.32 Cette déclaration, on aurait pu le penser, ne porte pas seulement sur le compte dont le créancier aurait connaissance et pour lequel il pratique la saisie mais sur tous les comptes détenus par le banquier pour le compte du débiteur. Le banquier sera ainsi tenu d’indiquer, le solde des divers comptes ouverts par le débiteur saisi, s’il existe une convention de fusion de compte ou de

compensation et de préciser si la saisie porte sur un compte joint ainsi que les noms et adresses des titulaires.33 Seulement, il convient de s’interroger sur la portée d’une telle déclaration car l’AU met à la charge du banquier une déclaration sur <<le champ>> l’huissier de l’étendue de ses obligations à l’égard du débiteur. Dans la pratique, cette déclaration n’est pas aisée, notamment lorsque l’acte de saisie n’est pas servi à l’agence de la banque qui gère le compte en question. Et lorsque tel est le cas, les banques ayant plusieurs succursales sur l’étendu du territoire, celles-ci ne sauraient sur-lechamp, déterminer avec exactitude l’ensemble des comptes détenu pour le compte du
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à

débiteur et encore moins savoir si ce dernier a ouvert un compte dans une autre succursale. Beaucoup objecteront alors que la jurisprudence des GARES PRINCIPALES35 permettrait a

32 33

C.A. Caen, 21 février 1995 ; Gaz. Pal. , 25 –29 août 1995, p.5 comm. EDU Dusquez, BRDA.95, 21, P.13. C.A. Lyon, 3 dec.1997, D, Affaires 1998, p.155, obs. J. F. CREDOT ; JCP G 1999, IV, 1438; RGDP 1998, 524, obs. PUTMAN (E). 34 Article 156 de l’AU sur les Procédures Simplifiées de Recouvrement et des Voies d’exécution (PSRVE). 35 Cette jurisprudence récuse totalement pour les personnes morales le principe de l’unicité du domicile Civ. 4 mars 1857 ; DP 1857, 1,124

priori de résoudre la question mais elle ne résout le problème que d’un point de vue théorique. Du point de vue pratique, elle se heurte à deux obstacles importants : Un obstacle technique et financier tout d’abord : les immenses progrès qu’autorisent les progrès techniques sont contrariés par la science elle-même, mais et surtout par celle du coût des investissements considérables que supposent les installations nécessaires à la détermination de l’ensemble des comptes tenus pour le compte du débiteur. A l’heure actuelle, les banques sont peu enclines à investir dans des secteurs ne leur rapportant pas directement de l’argent. Un obstacle juridique ensuite. En effet, parmi les conséquences de la théorie de l’identité de la personne morale, on relève celle relative à son domicile36. C’est le siège social de la société, c’est-à-dire le lieu de son principal établissement, qui constitue le domicile de celle-ci permettant par-là de déterminer en cas de litige le tribunal territorialement compétent. Toutefois, la jurisprudence a été amenée à consacrer la théorie des gares principales dans l’intérêt du demandeur. Seulement, cette même jurisprudence y a apporté quelques tempéraments. Ainsi, il faut tout d’abord, que l’établissement concerné ait un pouvoir ou une autonomie suffisante et soit dirigé par un préposé disposant des pouvoirs nécessaires37. Il faut également que le litige soit né à l’occasion, soit d’une affaire traitée par la succursale, soit d’une faute dommageable commise dans l’aire géographique de son activité 38. Ainsi il serait judicieux de n’admettre la saisie que dans les succursales ayant un rapport direct avec le débiteur ou alors à défaut elle devra être pratiquée au siège social de la banque. La déclaration sur-le-champ aurait alors une portée plus vraisemblable car elle sera faite par l’établissement
36 37

DELLECI (J. M) la saisie attribution son application aux opérations de banque : 2 Edt, p.224. Cass.soc.10 février 1991, Bull. civ, V.n°99 p.81 ; TGI paris 18.07.1980, gazette du palais 1981 somm.p.197 ; TGI Nantes 20.01.1983, revue banque 1983, notes Martin L.M.
38

TGI de la Seine.29 avril 1966, D.S. 1966, 2, p.752 où les juges avaient décidé que le fait qu’existe dans le ressort de n’importe quel tribunal un établissement quelconque de la société ne suffit pas à justifier l’adversaire de cette dernière à saisir arbitrairement cette juridiction

opérant pour le compte du débiteur (il s’agit alors de l’hypothèse où la saisie est pratiquée à l’agence où le débiteur a effectivement ouvert un compte) ou du siège social de la banque. Telle est déjà la solution retenue en France et il serait judicieux de la reprendre ici dans le silence de l’acte uniforme. Cette solution viendrait alors rendre plus efficiente cette procédure que la doctrine n’a pas manquée de qualifier de clé de voûte des voies d’exécution. Sur le plan international, il demeure également une question non tranchée par l’acte uniforme celle de savoir si une saisie signifiée au siège social de la banque est de nature à avoir des répercussions sur les comptes du débiteur tenu par une filiale ou une succursale étrangère La solution lorsque les comptes sont tenus par une filiale étrangère de la banque est, compte tenu de la neutralité de la filiale par rapport à la société mère, l’absence d’une obligation de déclaration. La filiale est une personne morale distincte de la maison mère, ne saurait être concernée par une saisie signifiée à cette dernière39.
Par contre lorsque c’est une succursale étrangère de la banque, celle –ci n’est pas distincte de la maison mère. Il se pose alors deux questions : l’une de savoir si une fois que la procédure est engagée en vertu d’un titre exécutoire dans l’un des pays membres, elle peut être poursuivie dans un autre sans qu’il soit nécessaire de demander l’exequatur ? Certainement que tel sera le cas car il en va de la crédibilité des procédures OHADA. L’autre interrogation est celle de savoir si une saisie pratiquée selon le droit OHADA peut trouver application dans un pays non-membre où se trouve l’un des comptes du débiteur. Dans le silence de la loi et en l’absence de position de la part de notre jurisprudence, nous nous inspirerons de celle de la Cour de Cassation française qui face à une telle demande avait relevé <<qu’en dehors de la voie de l’exequatur une telle demande n’était pas

40 recevable sans porter atteinte au principe de l’indépendance et la souveraineté respective des Etats >> . Seulement cette solution

39

Sur la position contraire voir arrêt cour de cassation 2 ch. Civ. ,30 janvier 2002 où les juges ont déclaré<<Mais attendu que c'est sans excéder ses pouvoirs ni violer le principe de la territorialité des procédures d'exécution que la cour d'appel a retenu que la banque, tiers saisi, devait déclarer l'ensemble des sommes dues au débiteur dès lors que celles-ci sont dues par la personne morale elle-même, peu important la localisation en France ou à l'étranger des succursales, elles-mêmes non constituées en sociétés distinctes, dans lesquelles les comptes sont tenus>>
40

Cass. Civ. 12 mai 1931, D.P.1933, 1, P.60 note de E.SILZ. Voir également dans le même sens Cass.civ.1, 4 mai 1976 RCDIP 1977 jurisprudences, p.352 note D Mayer. En l’espèce la cour a considéré qu’un tribunal français ne pouvait paralyser les actes d’exécution exercée sur le territoire d’un Etat étranger avec l’autorisation des juridictions compétente de l’Etat concerné.

ne vaut qu’au niveau de la poursuite de l’exécution et ne saurait jouer au moment du recouvrement effectif Ainsi le banquier

est tenu de déclarer même les comptes tenus par les succursales même à l’étranger

41 .

Une fois la déclaration de l’étendue de ses obligations à l’égard du débiteur effectuée, il reste au banquier de préciser quelles modalités affectent les soldes des comptes énumérés.

B- DECLARATION DES MODALITES AFFECTANT LE SOLDE DES COMPTES DU DEBITEUR Une fois que le banquier aura déterminé avec exactitude quels sont les comptes ouverts au nom débiteur dans son

établissement, il lui restera à établir leur solde

42 et à déclarer les modalités qui affectent ces comptes à l’huissier instrumentaire.

Le législateur communautaire a été très précis sur la question en énumérant ces modalités. Elles sont de diverses natures. Il s’agit notamment des cessions de créances, des délégations ou de toute saisie antérieure qui aurait été opérée sur les comptes du débiteur. Ainsi il y a cession de créance lorsque le débiteur avait cédé sa créance à l’égard du banquier à un autre de ses créanciers. Le créancier poursuivant ne pourra plus la faire saisir car celle-ci n’est plus dans le patrimoine de son débiteur qui

par l’acte de cession en transfère la propriété

43

. Il y a délégation lorsque le débiteur aurait été invité par l’un de ses créanciers à

payer par le truchement de son compte une de ses dettes. Le banquier est également tenu de préciser à l’huissier instrumentaire l’existence de saisies antérieures et également de préciser le montant pour lequel elles ont été pratiquées. C’est une obligation classique qui prend une importance particulière, car un effet attributif est attaché à la saisie pratiquée sur les comptes bancaires.

Le législateur met également à la charge du banquier de déclarer le solde exact du ou des comptes du débiteur

44

. Le banquier

fera alors une présentation séparée du solde de chacun des comptes dans le cas où le débiteur aurait plusieurs comptes. Une modalité sur laquelle il faudrait apporter des précisions : c’est celle de savoir si les conventions de compensation de compte

jouent de plein droit en droit OHADA

45

. En effet lorsque deux comptes viennent en compensation, leur solde est toujours

déterminé cumulativement sur la base des informations tirées des deux comptes. Il est certain que la présentation de leur solde se fera cumulativement eu égard à la force exécutoire des conventions. A défaut, la banque pourrait se retrouver avec un découvert
41 42

Cass.Com.30 mai1985, RCDIP 1986, jurisprudence, note Henri BATIFFOL.p.329. V.infra Chapitre 2.

43 44

Voir code civil article 1689 et s. Article 161 de l’AU PSRCVE <<L’établissement est tenu de déclarer la nature du ou des comptes du débiteur ainsi que leur solde au jour de la saisie. >>. 45 Cette solution était déjà appliquée à l’époque de la saisie arrêt par la jurisprudence et a été confirmé en France par la cour de cassation Cass.2.civ., 5 juillet 2000,Bull. civ. II, n°113 ; D.2000, IRp.239, obs. DERRUPE ; PERROT et THERY, Saisie attribution ; la situation du tiers saisi(les arrêts du 5 juillet 2000), D.2001, p.715, n°5.

sur un compte qui était pourtant en compensation avec un autre au terme d’une procédure de saisie notamment si celle–ci couvre tous les fonds du compte créditeur. Dans tous les cas, la présentation séparée du solde de chacun des comptes ne reflétera pas la réalité. Il est certain que dans une telle hypothèse, le banquier cherchera toujours d’abord à se faire payer et fera jouer la compensation. Ceci pourrait être une cause de litige et nous pensons que le législateur pour éviter cet état de chose se devrait de reprendre la position ancienne où tel était déjà le cas. Une fois ces déclarations faites, le créancier peut désormais poursuivre l’exécution. Afin de permettre au créancier d’être rassuré au sujet des déclarations qui lui sont faites. Le législateur a également mis à la charge du banquier ; l’obligation de fournir au créancier les pièces justificatives de ses déclarations.

PARAGRAPHE 2 : L’INSTITUTION D’UNE OBLIGATION DE COMMUNICATION DES PIECES JUSTIFICATIVES Les établissements de crédits et les fonctionnaires sont tenus au secret professionnel aussi ils n’ont pas le droit de communiquer pièces ou documents concernant leur client ou les usagers de leur service. Ce secret qui pèse sur le banquier tombe toutefois lorsqu’il s’agit d’une saisie des comptes bancaires. L’article 156 de l’AU institue une obligation pour le tiers saisi : de <<communiquer copie des pièces justificatives…sur-lechamp>>. Le législateur a institué pareille obligation de communication des pièces justificatives sur place, pour deux raisons : d’une part, c’est dans le but d’éviter une éventuelle collusion frauduleuse entre le débiteur et son banquier car la déclaration à elle seule ne suffirait pas à rassurer le créancier sur la véracité des informations qui lui ont été données par le banquier. On le sait il existe une véritable confiance entre les banquiers et leur clientèle celle-ci n’allant que là où elle sent que leurs économies jouissent d’une parfaite sécurité ; d’autre part, c’est dans le but d’éviter toute manipulation des articles figurant au compte Cette obligation de communication prend alors plusieurs formes. Il a été ainsi jugé qu’une banque devrait <<communiquer

46 pièces justificatives d’une convention de compte courant>> entre elle et son client. Cette communication vient (comme le
précisait la Cour d’appel de Montpellier dans une espèce) <<conforter et étayer et permettre de vérifier la sincérité et l’exactitude

de la déclaration du tiers saisi >>.

47

Tout comme nous l’avons relevé pour ce qui est de l’obligation de déclaration de l’étendu de ses obligations à l’égard de son client, le tiers saisi peut être confronté à des problèmes de même ordre lors de l’exécution de son obligation de communication des pièces. Il peut se trouver dans l’impossibilité de donner des pièces justificatives de sa déclaration sur-le-champ surtout qu’il s’agit de compte et non des créances entre simples particuliers où les créances sont généralement matérialisées par des titres ou reconnaissances de dette qui peuvent facilement être présentés. Dans cette hypothèse, il s’agit surtout de pièces comptables qui peuvent en cas de pluralité de comptes être disséminés sur toute l’étendue du territoire et dans cette hypothèse il est alors difficile de rassembler sur place des éléments de preuve de ce que l’on avance. Dans ces conditions il aurait été plus juste de ne

46

C.A. de Lyon, 20 janvier 1999, SA ERNOVAL c/ Lyonnaise des banques, registre n° 97/03162, inédit citée par S. GUINCHARD et T. MOUSSA, droit et pratique des voies d’exécution, Dalloz 2004-2005, p.640.
47

C.A. de Montpellier, 10 janvier 2000, revue droit bancaire et financier 2000, p.179, obs. J-M DELLICI.

mettre cette obligation de communication sur place qu’à la charge que des particuliers et permettre aux banques de bénéficier

du répit de <<cinq jours >> qui leur est accordé lorsque la dénonciation n’est pas faite à personne

48

. L’on nous objectera

certainement de faire abstraction du fait que ces banques pourraient effectuer des achats ou des améliorations dans la gestion de leur clientèle, ce qui permettrait d’éviter des déclarations erronées source d’un contentieux dont ces institutions voudraient bien se passer et faciliter ainsi la procédure mais dans ce cas cet argument ne vaudra pas. Il va s’en dire que ces obligations de renseignement sont très importantes dans la mesure où elles influencent directement la poursuite de la procédure engagée. Celle-ci s’arrêterait si le tiers saisi venait, par exemple, à se déclarer non-détenteur de sommes pour le compte du débiteur saisi. Comme le déclarait Maître Roland SOULARD, <<l’obligation faite au tiers saisi de fournir sur-le-champ à l’huissier de justice les renseignements nécessaires prévus à l’article 44 de la loi de juillet 1991, soit l’étendue de ses obligations vis-à-vis de son client ainsi que les actes qui pourraient les affecter ne nécessite pas la fourniture, par le tiers saisi, d’un relevé de compte et de la copie de ses actes. Le renseignement verbal, indiqué dans un acte authentique, doit suffire à lui-même. Il suffit que le tiers saisi ‘’communique ‘’ les pièces justificatives, c’est-à-dire qu’il laisse à l’huissier de justice la possibilité d’en prendre

connaissance>>.

49

En effet, cette solution devrait entre reprise par le législateur OHADA. Au travers de cette obligation de déclaration ce dernier n’entend pas mettre à la charge du tiers saisi la déclaration de la nature des opérations qui ont affecté le compte depuis son ouverture mais en donner la situation au moment où l’on procède à la saisie ainsi que les derniers mouvements de fonds sortants ou entrant en compte. Cette information pourrait donc tenir en une simple déclaration revêtant par exemple le cachet de la banque dont émane les renseignements ou encore en une simple déclaration qui pourrait alors être consigné par l’huissier instrumentaire. Ce dernier en sa qualité d’officier public dressera alors un acte authentique. D’ailleurs l’AU prévoit la possibilité

de dénonciation verbale de la saisie au débiteur

50

pourquoi ne peut–il pas en être le cas en matière de déclaration du solde qui

on le sait est d’ailleurs provisoire

51 .

Une fois que le banquier a satisfait à ces obligations qui sont à sa charge la procédure enclenchée ; il demeure astreint à un certain nombre d’obligations qui lui sont imposées par le législateur communautaire après la saisie. Ces obligations se résument en une obligation de règlement qui pèse sur le banquier.

48

Voir dans ce sens l’article 156 de l’AU <<ces communications et déclarations doivent être faites sur-lechamp…. ou, au plus tard, dans les cinq jours si l’acte n’est pas signifié à personne. >>. 49 LANDZE (R. D) Le concours du tiers saisi dans la saisie attribution de l’OHADA article trouvé sur www.ohada.com, rubrique doctrine. 50 V. l’article 157 de l’AU 51 Ce solde est susceptible d’être influencé par des opérations non encore enregistrées au jour de la saisie.

SECTION 2 : LE DEVOIR DE REGLEMENT DU BANQUIER APRES LA SAISIE
Une fois la saisie déclenchée, l’on ne saurait dire que le rôle du banquier dans cette procédure comme tout tiers saisi s’achève : son rôle se poursuit au travers du devoir de règlement qui pèse encore sur lui. En effet si pareille procédure a été entamée, c’est afin de voir ces fonds dont étaient encore propriétaire le débiteur récalcitrant passer dans le patrimoine de son créancier. Ce devoir de règlement passe par l’obligation pour le banquier de conserver les fonds qui sont mis à sa disposition (PARAGRAPHE 1) d’une part, et, d’autre part par une obligation pour ce dernier de payer les fonds dès le dénouement de la procédure (PARAGRAPHE2)

PARAGRAPHE 1 : L’OBLIGATION DE CONSERVATION DES FONDS RENDUS INDISPONIBLES L’obligation de conservation ressort de l’AU qui énonce en son article 154 alinéa 2 que << les sommes saisies sont rendues indisponibles par l’acte de saisie>>. Ces fonds sont bien entendu conservés par le banquier; en effet même si la possibilité a été offerte aux autres tiers saisis de déposer ces fonds chez un séquestre, dans la pratique bancaire tel n’est pas le cas car le tiers saisi est de part sa nature la personne la mieux indiquée pour conserver ces fonds, sauf cas particulier52 . Cet argent est certainement plus en sécurité chez ce dernier. Ceci se justifie par la présomption de sécurité des transactions dont jouissent les établissements bancaires. Ainsi, le banquier est donc tenu de bloquer les fonds saisis (A) mais il est également comptable de ces sommes envers le créancier. (B)

52

Voir dans ce sens l’article 166 de l’AU qui dispose qu’ << en cas de contestation, toute partie peut demander à la juridiction compétente, sur requête, la désignation d’un séquestre, à qui on versera les sommes saisies >>.

A- L’OBLIGATION DE BLOQUER LES FONDS SAISIS Cette obligation n’est pas expressément édictée par l’AU. Elle découle de la nature même de la saisie53 Aux termes de l’article 154 de l’AU, <<l’acte de saisie emporte, à concurrence des sommes pour lesquelles elle est pratiquée ainsi que tous ses accessoires, mais pour ce montant seulement, attribution immédiate au profit du saisissant de la créance saisi, disponible entre les mains du tiers. Ces sommes saisies sont rendues indisponibles par l’acte de saisie…>>. De cette disposition l’on perçoit que les fonds saisis sont rendus indisponibles et il est judicieux, dans l’éventualité de l’intervention de circonstances de nature à remettre les parties en l’état, de confier la garde de ces fonds au tiers saisi. Ceci se comprend car il faut que la période de quinze jours selon qu’il n’y ait pas d’effets de commerce à escompter ou un mois selon qu’il y ait des effets de commerce à escompter soit expirée ou qu’intervienne une décision de la juridiction compétente tranchant les éventuelles contestations de manière définitive. Ainsi, ni le tiers ni le débiteur ne peuvent avoir accès à ces fonds en dehors de ces délais stricts fixés par la loi. D’ailleurs l’AU fait du tiers saisi un gardien des fonds saisis envers le créancier54 .

B- LE TIERS SAISI EST COMPTABLE DES FONDS SAISIS Le tiers saisi est tenu de conserver les sommes saisies dont il est également comptable envers le créancier en cas de distraction de ces fonds. Cette obligation est ferme chez le législateur OHADA qui le réaffirme en son article 154 alinéa 3. << cet acte (saisie) rend le
53

LANDZE (R, D) le concours du tiers saisi dans la saisie attribution de l’OHADA op. cit.

54

Voir dans ce sens l’article 157 alinéa 4 qui dispose à cet effet que l’acte de saisie doit contenir à peine de nullité la mention selon laquelle <<le tiers saisi est personnellement tenu envers le créancier saisissant et …il lui est fait défense de disposer des sommes saisies dans la limite de ce qu’il doit au débiteur>>.

tiers personnellement débiteur des causes de la saisie >>. Si sous l’empire de l’ancienne saisie arrêt, un tel paiement était inopposable au créancier, désormais la solution est différente. L’acte de saisie rend le tiers saisi débiteur du créancier saisissant en lieu et place de son client débiteur saisi.55 Dans tous les cas, si le banquier se libère des fonds56 avant la fin de la période prescrite, ce paiement n’est pas libératoire. La CCJA s’est prononcé sur la question dans un arrêt
57

où l’auguste chambre précise clairement que le tiers saisi est tenu de

conserver les fonds et qu’en se déchargeant de tout ou partie, il viole les textes. En l’espèce, la banque Of Africa Côte d’Ivoire avait déclaré détenir pour le compte de la société GEO BETON un compte dont le solde s’élevait à 20.000.000 F. Mais au moment de payer, elle ne lui a versé qu’une partie du montant qu’elle avait déclaré détenir pour le compte de la société GEO BETON. Par ailleurs, l’acte uniforme en son article 168 prévoit qu’<<en cas de refus de paiement par le tiers saisi des sommes qu’il a reconnu devoir ou dont il a été jugé débiteur, la contestation est portée devant la juridiction compétente qui peut délivrer un titre exécutoire contre le tiers saisi. >>. Autrement dit, sa responsabilité sera engagée en cas de désaccord ultérieur. Tel fut d’ailleurs le cas dans la décision précitée. Une fois que la procédure se sera achevée, le banquier est tenu de payer les fonds à la personne appropriée.

PARAGRAPHE 2 : L’OBLIGATON DE PAIEMENT DU BANQUIER EN CAS DE SAISIE DES COMPTES BANCAIRES Si le paiement ne peut intervenir dans le cadre de la saisie conservatoire des comptes bancaires qu’elle vise avant tout à sécuriser le recouvrement futur, le paiement marque la fin de la procédure de saisie attribution des comptes bancaires et permet au créancier de goutter
55 56

THERY (P) et PERROT (R): procedures civiles d’ éxecution Dalloz 2000. Entre les mains de l’une des parties. 57 CCJA, arrêt n°004/2002 du 10 janvier 2002.Banque of Africa Cote d’Ivoire c/ Banque de l’habitat Cote d’Ivoire in juridis périodique n°54 Avril-Mai-Juin 2003 p.115.

aux fruits de l’action qu’il a entreprise. Cette obligation de paiement des fonds au terme de la saisie qui pèse sur le banquier découle de l’obligation de conserver les fonds saisis qui pèse sur ce dernier. Le paiement intervient dans plusieurs hypothèses (A) qu’il convient d’analyser avant de voir comment s’opère effectivement la libération des fonds saisis. (B)

A-LES HYPOTHESES DONNANT LIEU A PAIEMENT Nous l’avons vu le banquier est tenu de ne pas se libérer des fonds saisis à peine de devoir payer deux fois. Une fois à son client, une autre fois au créancier de son client envers qui il est comptable des fonds saisis58 . Il ne doit se libérer aux termes de l’AU qu’au dénouement de la procédure. Le législateur a déterminé les circonstances dans lesquelles il peut libérer les fonds. On distingue alors selon que la procédure s’est achevée sans contestation (1) et selon que la procédure a donné lieu à contestation (2) 1-LE PAIEMENT IMMEDIAT EN L’ABSENCE DE CONTESTATION Le paiement sans contestation intervient dans les conditions établies par l’article 164 de l’AU sur les PSRVE qui dispose avec une certaine élégance que les <<tiers saisis procèdent au paiement sur présentation d’un certificat du greffe attestant qu’aucune contestation n’a été formée dans le mois suivant la dénonciation de la saisie >> ou alors <<si le débiteur a déclaré par écrit ne pas contester la saisie>>. Ainsi, d’une part le paiement n’intervient que s’il est produit acte du greffe attestant l’absence de contestation dans le délai minimum d’un mois suivant la dénonciation de la saisie au débiteur. En l’absence d’un tel certificat, le refus de se libérer des sommes saisis ne peut engager la responsabilité du banquier. Dans un arrêt n° 015/2004 du 29 avril 2004,affaire société ENERGIE DU MALI dite EDM-SA C/ JEAN DRISS KOITA59, la haute juridiction communautaire cassant un arrêt de la cour d’appel de Bamako précise << qu’en accordant
58 59

Le paiement fait la première fois ne sera pas libérateur. Article 1239 du code civil. RJCCA n°3, JANVIER JUIN 2004, p.112

.

aux banques, tiers saisis, de payer les sommes qu’elles ont reconnu devoir, alors que les parties saisissantes n’avaient présenté ni un certificat du greffe attestant qu’aucune

contestation n’avait été formée dans le délai d’un mois… tel qu’exigé par l’article 164 de l’AU, la cour d’appel de Bamako a violé par refus d’application, ledit article et son arrêt encourent cassation>> cette décision vient alors confirmer la force obligatoire de l’article 164 de l’AU. Il aurait également été à notre avis pertinent de préciser que ce délai court dès la dénonciation60 de la saisie au débiteur saisi et non à la banque. Dans la seconde hypothèse, le paiement est facilité par le débiteur qui donne par écrit son accord pour le paiement au créancier. Le paiement dans cette hypothèse intervient un peu plus tôt avant l’expiration du délai prévu pour l’élévation de contestation. Tel n’est

généralement pas le cas, le monde des affaires regorge de débiteurs de mauvaise foi qui ne consentent que très difficilement à payer leurs dettes. Mais il peut également arriver que le débiteur juge abusive la saisie qui est pratiqué sur son compte et qu’il saisisse le juge de l’urgence statuant comme juge de l’exécution61. 2- LE PAIEMENT DIFFERE EN CAS DE CONTESTATION

60

Il faut préciser que la dénonciation c’est le fait de porter à la connaissance d’une personne un acte juridictionnel voir dans ce sens CORNU (G) vocabulaire juridique et qu’une simple énonciation du terme dénonciation peut être porteuse de confusion en effet, la saisie est dénoncée à deux personne le banquier et le débiteur 61 Nous adoptons ici la position de la doctrine majoritaire pour laquelle << le juge de l’article 49 est le juge de l’urgence statuant comme juge de l’exécution ce qui justifierait sa capacité à statuer au fond>> (voir dans ce sens ANA MBO la nouvelle juridiction présidentielle dans l’espace OHADA: l’endroit et l’envers d’une reforme multiforme RCDA n°3 avril juin 2000 pp.9 et s. dans le même sens les professeurs MODI KOKO BEBEY IN l’identification de la juridiction compétente de l’article 49 de l’AUPSRVE ,séminaire international sur le recouvrement des créances GICAM Douala,5-6 octobre 2004 ET JOSEPH ISSA SAYEGH in quelques aspects techniques de l’intégration juridique : l’exemple des actes uniformes de l’OHADA trouvé sur Internet( page d’accueil du site d’UNIDROIT) pour la tendance contraire voir les professeurs TJOUEN A. D. dans son ouvrage paru aux éditions PUA : les procédures simplifiées de recouvrement des créances et voies d’exécution en OHADA et POUGOUE P. G. et Me TEPI KOLLOKO dans leur toute récente publication. Une tendance minoritaire est menée par DZUENKEU Alexis, Les nouvelles règles de compétence juridictionnelle en matière de saisie mobilières: regards sur l’article 49 de l’AU OHADA sur les procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution Annales de la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Dschang, tome 6,2002,p.47 ; Henry TCHANTCHOU : le contentieux de l’exécution et de saisie dans le nouveau droit OHADA, juridis périodique n°46 pp.98 et s. et Maurice SOH les saisies des avoirs bancaires, mémoire auditeur de justice, ENAM, Yaoundé juillet 1999.

La saisie attribution est une opération triangulaire où se trouve impliqué des intérêts multiples et divers qui peuvent donner lieu à contestation. Les contestations peuvent ainsi provenir aussi bien du débiteur que du tiers saisi ou alors du créancier saisissant. Elles émanent surtout dans ce cas du débiteur car c’est sur des éléments de son patrimoine que porte la saisie. Le paiement est alors différé à la date du règlement des contestations L’article 164 de l’AU dispose alors que le paiement des sommes saisis ne peut s’opérer dans cette hypothèse que << sur présentation de la décision exécutoire de la juridiction rejetant la contestation>>. Dans ce cas, le débiteur fait usage des voies de recours que lui reconnaît la loi afin de protéger son patrimoine d’une atteinte injustifiée. En présence de contestation l’attribution sera maintenue mais le paiement sera différé au jour où toutes les contestations auront été réglées. Il peut arriver que le juge fasse droit à la demande du débiteur et lorsque tel est le cas la procédure se poursuivra par la libération des fonds qui faisaient l’objet d’une indisponibilité entre les mains de la personne appropriée. Ce sera alors selon le cas soit le débiteur si la procédure est exagérée ou alors le créancier si l’action était fondée tout au moins en partie. B- LA LIBERATION DES FONDS SAISIS. Le paiement s’opère contre quittance entre les mains du créancier saisissant ou de son mandataire justifiant d’un pouvoir spécial qui doit en informer immédiatement son mandataire. Ce paiement vaut libération à hauteur de la créance cause de la saisie sur la créance objet de la saisie. La question s’est posée de savoir si le paiement effectué entre les mains de l’huissier instrumentaire ne justifiant pas d’un mandat spécial de la part du créancier saisissant62était valable. Dans une espèce la cour d’appel d’Abidjan à la suite du tribunal d’instance répond par la positive en déclarant que l’<< huissier de justice, de par son statut, n’a pas besoin de statut spécial pour percevoir le montant des condamnations dès lors qu’il
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C.A. Abidjan arrêt n°248 du 7 mars 2003 Epoux KOMENAN C/ BICICI, décision trouvée sur www.ohada.com , rubrique jurisprudence.

est porteur de la grosse de la décision. Il est donc manifeste que les dispositions de l’article165 de l’AU concernent les personnes autre que les huissiers de justice >>.63. Cette solution pourrait comme le pense par ailleurs les Pr. P.G. POUGOUE et Me F. T. KOLLOKO être appliquée aux avocats, sous réserve d’une objection du client autrement. Ce paiement éteint à concurrence des sommes versées l’obligation du débiteur envers son créancier. En cas de pluralité de comptes. Il est effectué en prélevant en priorité les fonds disponibles à vue, à moins que le débiteur ne prescrive le paiement d’une autre manière. 65 .L’acte uniforme précise en son article 39 que le débiteur ne peut forcer le créancier à recevoir un paiement partiel même s’il s’agit d’une dette divisible. Ainsi le banquier ne se libérera que contre quittance et pour toute la somme qu’il a affirmé détenir pour le compte du débiteur sans aucune autre formalité qui pourrait en différer le paiement ou le rendre difficile. Plus complexe est l’hypothèse où le banquier veut obliger le créancier à percevoir les fonds par fractions. Le texte est très clair sur la question et autorise ce dernier à refuser tout paiement par fractions s’il le désire sauf autorisation du juge. En cas de paiement partiel, le créancier peut se voir condamné au paiement des causes de la saisie conformément à l’AU66. Il convient à présent le droit commun présenté d’apporter des précisions sur un cas spécifique : celui où le compte qui fait l’objet de saisie est alimenté de manière périodique. Dans cette hypothèse, le tiers saisi se libère (bien entendu sur présentation du certificat de non-contestation pour ce qui est du premier versement la présentation valant pour les autres
64

qui peut en décider

63

Tel fut également le cas dans l’espèce CCJA arrêt n°007/2002 du 21 mars 2002 Compagnie Camerounaise d’Assurances et de Réassurances dite CCAR C/Ayants droit WOROKOTANG MBATANG Pius- Ayants

droit MUCHING David. Op.cit
64 65

POUGOUE (P, G) et. KOLLOKO (F, T) La saisie attribution des créances OHADA.PUA 2005 p.45. Ces dispositions reprennent le principe de l’affectation prioritaire des comptes à vue pour assurer le paiement de la créance cause de la saisie. . 66 CCJA, Arrêt n°004/2002 du 10 janvier 2002. Banque of Africa Cote d’Ivoire c/ Banque de l’habitat Côte d’Ivoire in juridis périodique n°54 Avril-Mai-Juin 2003 p.115.

fois) au fur et à mesure des échéances entre les mains du créancier saisissant ou de son mandataire qui lui en donne chaque fois quittance et en informe le débiteur. Les dispositions ci-dessus ont en droit français donné lieu à une demande d’avis de la part de la Cour de Cassation à propos des effets de la saisie des comptes alimentés par des créances à exécution successive en cas de survenance d’un jugement d’ouverture de redressement ou de liquidation judiciaire. Selon la haute cour, << une saisie attribution des créances à exécution successive pratiquée à l’encontre de deux époux communs en biens et co-débiteur solidaire, antérieurement à la mise en liquidation judiciaire de l’un d’eux sur les loyers d’un immeuble dépendant de la communauté poursuit ses effets sur les loyers échus après le jugement de liquidation>>.67 Ceci vient en effet conforter le caractère attributif reconnu à la saisie attribution des comptes bancaires. Ceci nous amène à nous interroger sur la question de savoir si la solution est la même en cas de saisie conservatoire de compte ? Certainement que tel sera le cas, dans la mesure où car l’effet attributif est également attaché à la saisie conservatoire, surtout si le créancier pense à la convertir en saisie attribution.

67

Cass.civ.16 décembre 1994.JCP1995, Ed. E. II, n°686, p. 98, com. Raymond MARTIN

CONCLUSION CHAPITRE 1

Nous avons vu que la particularité liée à la nature triangulaire de l’opération est l’édiction d’obligations pesant sur le tiers saisi. Ces obligations diffèrent selon que l’on se situe au déclenchement ou au dénouement de la procédure. Au déclenchement il s’agit des obligations de déclaration et de communication. Au dénouement de l’obligation de règlement qui pèse sur le banquier tiers saisi. Ces obligations ne constituent pas les seules spécificités de la procédure. Elles ont également trait à la nature particulière des biens concernés.

CHAPITRE 2 LES SPÉCIFICITÉS LIEES A LA NATURE DES BIENS SAISIS

Lorsque la saisie porte sur des biens meubles corporels, celle-ci est simplifiée car les biens concernés par la saisie sont facilement identifiables. Tel n’est pas le cas dans la saisie des comptes bancaires où les biens sont matérialisés par <<un simple jeu d’écritures>> ce qui en complique le suivi. Le législateur en son article 161 sur la saisie attribution organise toute la procédure applicable en matière de saisie des comptes. Ce texte, suivant les pistes élaborées par la jurisprudence, organise une procédure particulière liée à la nature des biens objet de la saisie. En effet la dynamique du compte bancaire, qui est d’enregistrer des opérations créditrices ou débitrices de manière successives, en rend la saisie difficile. Ces opérations n’étant pas enregistrées en temps réel, cette situation en perturbe le suivi. Ils appellent donc un régime spécial (SECTION 2) Il est nécessaire avant

d’analyser ce régime de revenir sur les comptes et éléments susceptibles d’être saisis (SECTION1)

SECTION 1 : LES COMPTES ET ELEMENTS SUSCEPTIBLES D’ETRE SAISIS.
En matière de saisie des comptes bancaires, les procédures d’exécution de l’acte uniforme sont plus orientées vers la monnaie scripturale et plus particulièrement vers son moyen d’expression qui est le compte. Il convient donc de déterminer les comptes visés par l’article 161 de l’AU (PARAGRAPHE 1) avant de voir les éléments de ces comptes susceptibles de faire l’objet de saisie (PARAGRAPHE 2)

PARAGRAPHE 1 : LES COMPTES VISES PAR L’ARTICLE 161 DE L’AU SUR LES PSRVE Les comptes visés par l’article 161 de l’AU sont tous les comptes de sommes d’argent que le banquier détient pour le compte du débiteur. Cet article dispose que <<L’établissement est tenu de déclarer la nature du ou des comptes du débiteur ainsi que leur solde >>. En droit bancaire, l’on distingue plusieurs types de compte que l’on peut regrouper en compte de dépôt ou en compte courant. Cette saisie concerne tous les comptes enregistrant des espèces

domiciliées dans une banque ou un établissement assimilé.68 Nous ne nous aventurerons pas à dresser une liste exhaustive des comptes de dépôt car l’imagination est grande chez les financiers pour attirer l’épargne par des formules sans cesse renouvelées.69 L’AU précise qu’il s’agit de tous les comptes de sommes d’argent, dans la réalité il existe des comptes qui ne peuvent faire l’objet de saisie. Certains de ces comptes ne peuvent faire l’objet de saisie parce qu’ils font déjà l’objet de saisie et de ce fait sont sortis du patrimoine du débiteur. D’autres par contre ne peuvent être saisis car ils ne sont pas tenus directement par l’établissement bancaire, c’est le cas des comptes détenus par les filiales et les succursales à l’étranger70 ; d’autres encore ne le seront pas eu égard à leur nature: c’est le cas des ouvertures de crédits qui ne peuvent faire l’objet de saisie. La question de leur saisissabilité a soulevé des débats en doctrine et en jurisprudence car bien que l’ouverture de crédit donne naissance, au profit de son bénéficiaire, à une créance contre le banquier ; une partie de la doctrine et la jurisprudence sont hostiles à une telle saisie 71. Néanmoins, nous pensons que ceux-ci devraient être saisissables du moins lorsque la créance cause de la saisie est née au cours de l’opération justifiant l’ouverture de crédit. Tel pourrait être le cas d’un fournisseur qui fera saisir ces fonds s’il n’est pas payé lorsque l’ouverture de crédit garantie par exemple la construction d’un immeuble. La Cour criminelle, percevant d’ailleurs la possibilité pour le débiteur d’user de manière frauduleuse cette protection en laissant le débiteur dans une situation indésirable,
72

en a décidé la saisissabilité, ceci malgré la position

contraire de la doctrine. En effet cette insaisissabilité couvre le bénéficiaire qui peut paralyser

68

Voir loi n°85/02 du 31 août 1985 relative à l’exercice de l’activité des établissements de crédit in Journal Officiel De la République du Cameroun n°17 du 15 septembre 1985, tome2, p.3179 et le décret n°90/1469 du 9 novembre 1990 portant définition des établissements de crédit juridis-infos n°5, janv-fev-mars; p.25. 69 Pour une énumération des comptes saisissables C.A. Paris, 27 juin 1996, motifs, juris-data n°024109.
70 71

Cass.Com.30 mai1985, RCDIP 1986, jurisprudence, notes Henri BATIFFOL.p.329. Paris 16 nov.1983, Banque 1985.525, note RIVES-LANGES; D.1985, IR 339. 72 Bull. Crim. n°194; RTD civ. 1985, p.220 obs. R. Perrot; Banque 1984, p.1202 obs. RIVES-LANGES.

toute mesure d’exécution tout en continuant à utiliser l’ouverture de crédit au profit d’autres créanciers. Il convient de revenir tout de même sur la saisie de certains comptes présentant des particularités. Ce sont les comptes courants (A), les comptes à termes (B), les comptes de garantie (C). A- LA SAISISABILITE DU COMPTE COURANT : Le compte courant peut se définir comme la convention par laquelle <<deux personnes qui sont périodiquement créancières et débitrices réciproques font figurer leurs créances et dettes en articles de compte indivisible, seul le solde étant du après la clôture>>73. Au contraire du compte de dépôt où les remises sont unilatérales, le compte courant a vocation à enregistrer des remises réciproques entre le client et le banquier. Il s’établit par conséquent une relation de compte bilatéral dont le solde n’est en principe destiné à être dégagé que par la balance des articles du compte à la clôture de celui-ci. C’est ce qui explique l’indivisibilité du compte courant.74 Cette indivisibilité a longtemps fait obstacle à la saisissabilité du compte avant la clôture75. Ainsi la jurisprudence a longtemps estimé que <<< les opérations d’un compte courant, se succédant les unes aux autres jusqu’au règlement définitif, forment un tout indivisible qu’il n’est pas permis de décomposer ni de scinder : tant que le compte reste ouvert, il n’y a ni créance, ni dette mais seulement des articles de crédit et de débit et c’est par la balance finale que se détermine le solde à la charge de l’un ou de l’autre des cocontractants et par conséquent les qualités de créancier et de débiteur, jusque là en suspens>>.76 .

73

GUILLIEN (R) et VINCENT (J) ; Lexique des termes juridiques, p.125 13 Edt. Dalloz 2001.

74 75

PUTMAN (E) : Droit des affaires, Tome 4 : Moyens de paiement et de crédit, PUF.1995n°155. Cass. Civ. ; 23 janvier 1922 D. 1925, 5, 1923 citée par POUGOUE P. G. et TEPI. K F. op. cit. 76 Cass. Civ. I 20 avril 1983 Gaz. Pal.1983 n°272.

Cette indivisibilité du compte courant implique l’impossibilité d’en extraire un article, malgré que la logique qui la sous-tend, était susceptible de générer des abus en tant qu’elle conduisait à son insaisissabilité au cours du fonctionnement. En effet, le débiteur pouvait après la saisie, vider son compte de manière à ne lui laisser qu’un solde nul à la clôture. Une atténuation a été portée à la rigueur de l’indivisibilité du compte courant à travers la notion de solde provisoire. On a ainsi estimé qu’à un moment donné du fonctionnement de ce compte, il était possible de ressortir sa situation provisoire afin de déterminer qui du banquier ou du client est à ce moment le créancier de l’autre. Ce solde provisoire ne devant avoir qu’une existence comptable sans conséquences juridiques77 ; Seul le solde définitif devant constituer une créance avec les prérogatives que cela implique pour son titulaire. Dans la même logique, la chambre commerciale de la cour de cassation française a dans un arrêt de principe rendu le 13 novembre 1973 admis qu’un compte courant pouvait être saisi à tout moment de son fonctionnement sans attendre la clôture du compte pour en déterminer le solde exigible. Pour déterminer l’assiette de la saisie, la haute juridiction invite les juges du fond << à rechercher les disponibilités du compte au jour de la saisie>>78 C’est donc à juste titre que les dispositions de l’article 161 doivent être applicables au solde provisoire d’un compte courant. L’équité qui est à la base de cette solution aurait dû amener le législateur communautaire à l’admettre de façon expresse. Il aurait suivi le bon exemple du code de commerce allemand et du code civil italien qui admettent la saisie du compte courant au cours de son fonctionnement79. Le législateur reste également muet sur la question de la saisissabilité des comptes à terme. B LA SAISISABILITE DES COMPTES A TERME

77 78

PUTMAN(E) op. cit. n°181. Gaz. Pal.1974, I, 154 obs. BLANCHER ; RTD.com 1974, 130, obs. CABRILLAC et RIVES LANGE.voir également RIVES LANGE (J. L.) : La saisissabilité du compte courant. D.1974. Chron. 101. 79 JUGLART (M., De) et IPPOLITO (B) : Traité de droit commercial, tome 7 : Banques et Bourses. 3 Edt. par Lucien M. MARTIN. Montchrestien, 1991, n°193.

Les comptes à terme comme les comptes courants rentrent dans le champ d’application de l’article 161 de l’AU. L’on se pose la question de savoir si ce terme qui affecte la créance du débiteur saisi sur le banquier est opposable au créancier saisissant. La réponse semble positive au regard de l’article 156 alinéa 1 qui invite le tiers saisi à déclarer l’ensemble des modalités qui affectent ses obligations à l’égard du débiteur. Cette solution est reprise par la majorité de la doctrine qui pense que le placement à terme est un choix que l’on ne peut modifier sans enfreindre gravement le droit de propriété que la protection des créanciers ne saurait justifier.80 Cette saisissabilité nous semble cependant opportune parce que plus juste et plus équitable. En effet, l’opposabilité du terme des comptes au saisissant viendrait porter un coup à l’équilibre recherché par la législation OHADA sur les voies d’exécution entre les intérêts des créanciers et ceux du débiteur. En clair, l’attente de l’échéance du terme pourra causer au créancier saisissant un préjudice économique ; sa créance (dont le débiteur peut avoir besoin dans la réalisation d’un investissement ponctuel) étant immobilisée par le terme qui fait obstacle à son recouvrement. A l’opposé, la rémunération du compte continue à grossir l’actif du débiteur dont la gestion des affaires ne souffre point de son indélicatesse A notre sens, une créance qui pressente les caractères de certitude lorsqu’il est indélicat ou tout simplement rétif, doit en perdre le bénéfice pour ne pas permettre au créancier d’en souffrir. Ceci rendrait l’application de l’article 161 aux comptes à terme moins difficile qu’aux comptes de garantie. C -LES PARTICULARITES DU COMPTE DE GARANTIE ET SA SAISISABILITE Le compte de garantie peut se définir comme un compte bloqué dont le solde, créditeur pour le client, est affecté en garantie du paiement du solde d’un autre compte solde

80

MOULLY (C) Les saisies des comptes bancaires, Les petites affiches, 26 mai 1993 n°19.

par hypothèse, créditeur pour le banquier81 Il peut également s’analyser comme un gage sur des espèces82 dans la mesure où le banquier transfert les fonds du client sur un compte spécial bloqué. On peut également y voir un nantissement des créances dans la mesure où ce qui est donné en garantie est un solde créditeur du client, c’est-à-dire une créance sur le banquier lui-même. Mais les banquiers préfèrent souvent recourir à une convention de compensation qui, lorsqu’elle n’intervient pas en période suspecte, permet au banquier de compenser à tout moment le solde créditeur d’un compte du client avec le solde d’un autre. Mais plus astucieux encore sont ceux des banquiers qui font recours à la lettre de fusion ou d’unité de compte qui permet aux parties de n’avoir en fait, juridiquement, qu’un seul compte ; celui-ci devant comporter, d’un point de vue comptable, des rubriques des <<sous comptes>>. Dès lors, non seulement les soldes des sous comptes vont se compenser entre eux, mais la sûreté garantissant l’un des sous-comptes garantit aussi l’autre83. La question qui se pose alors en matière de saisie est de savoir si un seul de ces comptes peut faire l’objet de saisie sans tenir compte du solde de l’autre compte. La doctrine répond par la négative.84Certes, la saisie attribution rend indisponible l’ensemble des comptes du débiteur et l’article 161 alinéa 1 invite le banquier par ailleurs à déclarer tous les soldes ainsi que les modalités qui peuvent les affecter ; il est clair que le législateur OHADA a entendu par-là également que le banquier se devrait de dire si le compte fait l’objet de convention où s’il sert de garantie à un autre. Par ailleurs, l’article 154 al.2 pose clairement le principe selon lequel le créancier n’est tenu que << dans la limite de son obligation>>. Ainsi

81 82

PUTMAN (E) Droit des affaires : moyens de paiement et de crédit tome 4, PUF, 1995.n°155. CABRILLAC (M) : Les sûretés conventionnelles sur l’argent, Mélanges DERUPPE, n°333. 83 RIVES-LANGES et RAYNAUD (C) : Droit bancaire, précis Dalloz 5 Edt. , n°186.
84

MARTIN (L, M), cité par PUTMAN (E) : op. cit.

le banquier ne sera tenu à l’égard du débiteur qu’à hauteur du solde du compte de garantie tel q’il est stipulé dans leur convention. Seul celui-ci peut alors faire l’objet de saisie. Une fois ces précisions concernant les comptes spécifiques pouvant faire l’objet de saisie déterminée, il est intéressant de préciser que plus que sur des comptes, la saisie porte en priorité sur le solde des comptes. Il convient donc de déterminer quels éléments de ces comptes sont saisissables.

PARAGRAPHE 2 : LES ELEMENTS SAISISSABLES Quels sont les éléments saisissables d’un compte ? C’est selon l’article 161 alinéa 1 de l’AU, le solde disponible au jour de la saisie. C’est la raison pour laquelle il a institué une obligation pour le banquier de préciser l’étendue de ses obligations à l’égard du débiteur en précisant aussi le solde de son compte au jour de la saisie. En principe tous les soldes créditeurs sont saisissables seulement les comptes sont devenus du moins pour ceux qui en disposent le passage obligé de tous leurs revenus. Là se pose le problème des créances insaisissables versées en compte. En raison de la fongibilité de l’argent, dès son entrée en compte, la créance devrait perdre sa nature et partant son caractère insaisissable. Dans le souci d’équilibre entre les intérêts du créancier et les besoins du débiteur, le législateur a tout de même prévu des dérogations, des aménagements à la procédure.85 Ainsi il consacre en son article 52 l’insaisissabilité des créances insaisissables versées sur un compte86. L’on peut donc dire que par principe le solde du compte est saisissable (A) mais il est des éléments de ce dernier qui de par leur nature, ne peuvent faire l’objet de saisie eu égard à leur caractère humanitaire (B) et sont directement mis à la disposition du débiteur. A- LE SOLDE DU COMPTE EST SAISISSABLE
85 86

Cass. Com., 9 octobre 2001, Dalloz, n°39 p.3191 obs. Xavier DELPECH. Article 52 AU <<les créances insaisissables dont le montant est versé sur un compte demeurent insaisissables.

La saisie porte sur tous les comptes du débiteur nous dit le législateur mais cette énonciation pourrait être interprétée autrement ; car la saisie ne porte effectivement que sur le solde de ceux –ci dont les comptes sont l’expression visible. Le solde du compte seul fera effectivement l’objet de saisie c’est-à-dire le résultat du compte au jour de la saisie. Ainsi si une convention de garantie existe entre deux comptes, le solde sera le résultat de la différence entre par exemple le solde débiteur du compte A et le solde créditeur du compte B.L a saisie ne portera alors que sur ce résultat là car le fonctionnement du compte en soi n’est pas affecté. L’article 161, impose au banquier de déclarer les soldes sans distinguer selon qu’ils sont créditeurs ou débiteurs. Le législateur confirme là une solution de la cour de cassation 87 qui reste largement ignorée dans la pratique, le banquier ne communiquant généralement pas le solde du compte lorsqu’il celui-ci est débiteur. Il convient également de préciser que le solde concerné ici est le solde du ou de chacun des comptes du débiteur au jour de la saisie. Ce solde peut comprendre en son sein des éléments qui de part leur caractère humanitaire ne sauraient faire l’objet de saisie. B -LES ELEMENTS SAISISSABLES DU COMPTE Comme nous l’avons fait remarquer plus haut, le solde du compte ou des comptes du débiteur est saisissable. Ceci n’est valable que dans son principe ; en effet, désormais par le compte transite la majeure partie des revenues des débiteurs. Il est donc essentiel de leur assurer un minimum pour leur survie en laissant à la disposition du débiteur une fraction de ce solde qui lui permettra de survivre. Ces sommes sont dites insaisissables car elles sont considérées comme primordiales à la survie du débiteur. Le législateur communautaire dans son œuvre en a tenu compte. Rompant ici avec l’idée selon laquelle la fongibilité faisait perdre aux créances insaisissables une fois qu’elles sont entrées en compte leur nature particulière88. Celui-ci en son article 52 précise qu’elles conservent leurs particularités. Sinon
87

Com., 6 mai 1981 : D .1982, 33, note M. VASSEUR. ASSI-ESSO (A, M) et NDIAW (D) Recouvrement des créances Bruylant Juriscope 2002 p.166 n°355.

88

cette protection perdrait sa raison d’être dès leurs entrés en compte. Deux catégories de biens sont protégés dans le cadre de la saisie des comptes bancaires : les sommes provenant de créances insaisissables et versées au compte (1) qui appartiennent en propre au débiteur et les gains et salaires de l’époux commun en biens (2). 1-LE SORT DES SOMMES PROVENANT DES CREANCES INSAISISSABLES Le législateur OHADA reste muet sur la question de leur détermination. Il laisse le soin à chaque Etat partie de déterminer quelle créance est insaisissable ou pas89. Il s’agit ici de comptes alimentés par les salaires, les pensions de retraite, les sommes payées à titre d’allocations familiales90 , de toutes sommes ayant un caractère alimentaire ou provenant de créances insaisissables. Pour ces montants le débiteur peut demander la mise à disposition immédiate à hauteur de ces créances insaisissables, déduction faite des opérations en cours depuis le dernier versement. La question s’est posée de savoir si cette insaisissabilité n’était pas limitée dans le temps. Nous pensons que non ; en effet comme le précise le Pr. Philipe SIMLER91 parlant de la procédure en droit français, <<cette mise à disposition est limitée au dernier versement>>
92

.Cette solution est d’ailleurs conforme à l’article 53 de l’AU qui traite de la mise à

disposition des fonds provenant des gains et salaires d’un époux commun en biens versés au compte. 2-L’INSAISISSABILITE PARTIELLE DES GAINS ET SALAIRES D’UN EPOUX COMMUN EN BIENS.
89

Article 52 de l’AU << les créances insaisissables dont le montant est versé sur un compte demeurent insaisissables>>. 90 TGI de Lyon, 15 mars 1989, Gazette du palais, 19 septembre 1989, p.16 dans le même sens Cass. Civ.2, 28 mars 1994 ; Gazette du palais, 25-29 aout1995 p.18 somm. Michel VERON qui cite à ce titre : le minimum inter–professionnel, les bourses d’étudiant et les prestations compensatoires. 91 SIMLER (P) : De quelques lacunes du dispositif législatif relativement à la saisissabilité des revenus des époux en régime de communauté Droit et Actualité. Etudes offertes à J. BEGUIN Edt. Lexisnexis, p 692.
92

Article D 45 de la loi du 9 juillet 1991.

Généralement, les ménages ont tendance à n’ouvrir qu’un seul compte vers lequel est orienté l’ensemble des revenues du ménage. Lors de la saisie de ce compte, les créanciers ne distinguent pas toujours parmi les fonds en compte ceux du conjoint. La procédure est orientée vers les revenus du débiteur et non vers ceux du conjoint qui n’est pas partie à l’opération donnant lieu à la saisie. Ceci est une violation de ses droits. Le législateur du code civil avait déjà perçu la nécessité de protéger les gains et salaires de l’époux. En effet, l’article 1414 dispose que <<les gains et salaire d’un époux ne peuvent être saisi par le créancier de son conjoint que si l’obligation a été contractée pour l’intérêt du ménage ou l’éducation des enfants>>, Il s’agit là d’une sorte de protection autour des biens du conjoint commun en biens. Cette solution était la bienvenue en Afrique où l’homme conserve contrairement aux normes de la Convention sur l’Elimination de toues les Formes de

Discriminations à l’Egard des Femmes (CEDEF) la puissance maritale et gère de main de fer les biens de la famille Le législateur OHADA, percevant la nécessité de protéger ces gains et salaires, a prévu en son article 53 un mécanisme permettant au conjoint de récupérer une part des biens qui sont saisis à l’occasion de la procédure. Il dispose à cet effet que <<lorsqu’un compte même joint, alimenté par les gains et salaires d’un époux commun en biens, fait l’objet d’une mesure d’exécution forcée ou d’une saisie conservatoire pour le paiement ou la garantie du paiement d’une créance née du chef du conjoint, il est laissé immédiatement à la disposition de l’époux commun en biens une somme équivalent, à son choix, au montant des gains et salaires versés au cour du mois précédant la saisie ou au montant moyen mensuel des gains et salaires versés dans les douze- mois précédents la saisie>>. Si l’on reproche à cette solution son manque de fondement raisonnable car elle expose le créancier aux abus du débiteur dont le conjoint dira qu’il n’a pas encore utilisé son salaire versé sur le compte alors

qu ‘il l’a déjà fait. Il convient de remarquer que celle ci vient apporter un peu de justice dans un domaine où les droits des conjoints notamment féminins sont souvent lésés. A notre avis, cette solution est salutaire mais appelle quelques réflexions. En effet cette limitation de la saisie à une fraction au choix du conjoint n’est pas à notre sens complète car, il est nécessaire de préciser qu’une grande partie de ses revenues feront l’objet de saisie. Il faudrait comme le propose le Pr. SIMLER de ramener le montant mis à la disposition du conjoint à l’équivalent de trois mois de salaires93car ce sont ses économies à lui qui sont ainsi mis à la disposition du créancier de son époux. Une fois les biens saisissables déterminés, il est nécessaire de procéder à un examen de règles qui organisent le fonctionnement des fonds frappés de saisie.

SECTION 2 : LE REGIME JURIDIQUE DES BIENS SAISIS

Une fois la saisie pratiquée, les biens tombent sous un régime tout autre que celui auquel ils étaient soumis. Le législateur uniforme organise ce régime en son article 154. Cet article dispose que ces fonds sont frappés d’une indisponibilité (PARAGRAPHE 1) et font également l’objet d’une attribution immédiate au profit du créancier (PARAGRAPHE 2)

PARAGRAPHE 1 : L’INDISPONIBILITE DES AVOIRS SAISIS Le Pr. Jean Marie DELLICI dans un article paru aux petites affiches parle de la mise en<< indisponibilité>> comme une des obligations qui pèse sur indisponibilité entraîne une immobilisation du solde le banquier. Cette

du compte quelle que soit la

disproportion entre le montant de solde et celui de la créance cause de la saisie. La saisie

93

SIMLER (P) « De quelques lacunes du dispositif législatif relativement à la saisissabilité des revenues des époux en régime de communauté ». Droit et actualité. Etudes offertes à J.BEGUIN p.689 et s.

opérée auprès des établissements bancaires englobe donc tous les comptes libellés en argent. L’acte de saisie entraîne une indisponibilité du solde du compte du debiteur (A) ; cette indisponibilité peut être perturbée par le dénouement des opérations en cours. (B)

A-

L’INSTITUTION D’UNE INDISPONIBILITE TOTALE

Contrairement au principe qui voudrait que l’acte de saisie rende « les sommes saisies indisponibles» mais seulement pour le montant pour lequel elle est pratiquée ainsi que tous ces accessoires, en matière de saisie des sommes d’argent entre les mains des banques, l’indisponibilité concerne tout le solde des comptes du débiteur. L’article 161 précise les modalités et la durée de l’indisponibilité. L’article 161 détermine un délai de liquidation dont la durée varie de 15 jours à 1 mois suivant la signification de la saisie, période pendant laquelle les sommes en compte son rendues indisponibles afin de permettre la liquidation des opérations en cours et la détermination du solde exact du compte. L’on pourrait penser que la saisie, portant sur le solde d’un compte bancaire, ne s’exerçait que sur la fraction du solde nécessaire au règlement du montant de la saisie, et qu’elle laissait disponible les sommes excédant ce montant. Les partisans français de cette interprétation, se fondaient alors sur l’idée que l’avant dernier alinéa de l’article 47 de la loi du 9 juillet 1991 semblait opérer une distinction entre le solde saisi attribué et les sommes non frappées de la saisie. Ce serait risquer de laisser les fonds non frappés sans contrôle et faire courir un risque élevé au créancier de voir les fonds saisis disparaître puisqu’ils peuvent être affectés par les opérations en cours sur le compte. Si en droit français des débats doctrinaux ont animé la scène juridique sur la question de la portée de l’indisponibilité, la législation OHADA a tranché et a clairement posé le principe de l’indisponibilité des fonds saisis c’est-à-dire du solde du ou des comptes. Dans une formulation indirecte il précise que « le solde saisi n’est

affecté par ces éventuelles opérations de débit et de crédit que dans la mesure ou leur résultat négatif cumulé est négatif et supérieur aux sommes non frappées par la saisie au jour de leur règlement » Le seul reproche que l’on pourrait faire au législateur est celui de la durée de l’indisponibilité. En effet le compte est généralement la pierre angulaire du fonctionnement des « cellules économiques ». A notre avis, ce délai est très long et défavorable aux opérations économiques où l’instantanéité s’est érigée en règle dans l’exécution des opérations. Nous proposons que ce délai soit ramené à 15 jours sans soucis de mimétisme comme en droit français. Certains objecteront que ce délai ne passe à 30 jours que s’il y a des effets de commerce à escompter mais on peut le ramener à 15 jours sans porter atteinte à la garantie qui couvre les effets de commerce. Dans tous les cas, cette indisponibilité est justifiée car des opérations en cour pourraient venir modifier le solde saisi soit positivement soit négativement. B- LE DENOUEMENT DES OPERATIONS EN COURS LA DÉCLARATION FAITE PAR LE BANQUIER AU MOMENT DE LA SAISIE N’EST PAS, IL CONVIENT DE LE RAPPELER, DÉFINITIVES. EN EFFET, FAITE SUR-LE-CHAMP, ELLES NE SAURAIENT REFLÉTER, COMME NOUS LE FAISIONS DÉJÀ REMARQUER, L’ÉTAT RÉEL DU COMPTE AU MOMENT DE LA SAISIE. CE SOLDE PEUT ÊTRE SUPÉRIEURE COMME INFÉRIEURE AU MONTANT RÉEL DU SOLDE DU COMPTE AU JOUR DE LA SAISIE. C’EST D’AILLEURS POUR CETTE RAISON QUE LES BANQUES SONT TENU DE DÉCLARER LE SOLDE DU COMPTE MÊME S’IL EST DÉBITEUR. IL POURRAIT AU TERME DES OPÉRATIONS DE LIQUIDATION REDEVENIR CRÉDITEUR. CECI JUSTIFIE LE FAIT POUR LE LÉGISLATEUR DE PRÉVOIR DES DISPOSITIONS PARTICULIÈRES AFIN DE FAIRE VÉRIFIER QUE LE SOLDE PROVISOIRE DÉCLARÉ EST BIEN RÉEL. A CET EFFET, L’ARTICLE 161

ORGANISE LA PÉRIODE ET DÉTERMINE LES OPÉRATIONS DONT IL FAUT TENIR COMPTE. L’ARTICLE 161 DÉTERMINE ÉGALEMENT DANS QUELLES CONDITIONS LE SOLDE SAISI PEUT ÊTRE MODIFIÉ. A CET EFFET IL PRÉVOIT QU’IL PEUT Y AVOIR DES OPÉRATIONS CRÉDITRICES OU DÉBITRICES À CONDITION QU’ELLES AIENT ÉTÉ RÉALISÉES ANTÉRIEUREMENT À LA SAISIE. IL

CONVIENT DONC DE LES EXAMINER ET DE VOIR COMMENT ELLES SONT IMPUTÉES SUR LE SOLDE SAISI.

1) LES OPÉRATIONS EN COURS POUVANT AFFECTER L’ASSIETTE DE LA SAISIE. IL PEUT S’AGIR SELON LE CAS D’OPÉRATIONS CRÉDITRICES (A) OU ALORS D’OPÉRATIONS VENANT AU DÉBIT DU SOLDE SAISI (B). A- LES OPÉRATIONS CRÉDITRICES IL S’AGIT DES REMISES FAITES ANTÉRIEUREMENT, EN VUE DE LEUR ENCAISSEMENT, DE CHÈQUES OU D’EFFETS DE COMMERCE, NON ENCORE PORTÉES AU COMPTE. LA DATE EST DONC L’ÉLÉMENT DÉTERMINANT DU RÉGIME DE CELLES-CI. ANTÉRIEURE À LA SAISIE, LA REMISE EST UNE OPÉRATION EN COUR AFFECTANT L’ASSIETTE DE LA SAISIE À L’AVANTAGE DU SAISISSANT. POSTÉRIEURE À LA SAISIE, LA REMISE EST DISPONIBLE AU COMPTE DU CLIENT ALORS IL S’AGIT « D’ARGENT FRAIS ».CES FONDS NE RENTRENT PAS ALORS DANS L’ASSIETTE DE LA SAISIE ET LE CRÉANCIER NE SAURAIT AVOIR DES PRÉTENTIONS SUR CES SOMMES À MOINS POUR LUI EN CAS D’INSUFFISANCE DES FONDS SAISIS AU TERME DE LA PROCÉDURE DE PROCÉDER À NOUVEAU À UNE AUTRE SAISIE. CES FONDS PEUVENT PAR AILLEURS FAIRE L’OBJET DE RETRAIT.

EN EFFET, IL S’ÉCOULE TOUJOURS UN TEMPS ENTRE LE DÉPÔT À LA CAISSE D’UN CHÈQUE ET L’INSCRIPTION DE LA VALEUR ÉQUIVALENTE SUR LE COMPTE DU DÉBITEUR. TRÈS SOUVENT LES OPÉRATIONS EN COURS AFFECTERONT NÉGATIVEMENT LE SOLDE DU COMPTE ON PARLE ALORS D’OPÉRATIONS DÉBITRICES. B- LES OPÉRATIONS DÉBITRICES L’ARTICLE 161 ALINÉAS 2 ÉNUMÈRE LES OPÉRATIONS SUIVANTES COMME VENANT AU DÉBIT DU COMPTE. -L’IMPUTATION DES <<CHÈQUES REMIS À L’ENCAISSEMENT OU PORTÉ AU CRÉDIT DU COMPTE ANTÉRIEUREMENT À LA SAISIE ET REVENUS

IMPAYÉS ».IL S’AGIT ICI DES CHÈQUES QU’A REÇU LE DÉBITEUR ET QU’IL A DÉPOSÉ À L’ENCAISSEMENT DANS SA BANQUE ET QUI SONT REVENUS IMPAYÉS. DÈS LORS QUE LES CHÈQUES SONT DÉPOSÉS À L’ENCAISSEMENT CHEZ LE BANQUIER PAR LE DÉBITEUR, IL Y A UNE AUGMENTATION DU SOLDE DU COMPTE PROPORTIONNELLE À LEUR MONTANT IL EST DONC NORMAL QUE CE MONTANT SOIT DÉDUIT DU MONTANT DU SOLDE AU JOUR DE LA SAISIE SI CELUI REVIENT IMPAYÉ. A DÉFAUT, IL GONFLERA LES RÉSULTATS DU COMPTE POURTANT IL N’Y AURA PAS LA PROVISION

ÉQUIVALENTE. -<<LES RETRAITS PAR BILLETTERIE EFFECTUÉS ANTÉRIEUREMENT À LA SAISIE ET LES PAIEMENTS PAR CARTE, DÈS LORS QUE LEURS BÉNÉFICIAIRES ONT ÉTÉ EFFECTIVEMENT CRÉDITÉS ANTÉRIEUREMENT À LA SAISIE>>. IL EST CLAIR QUE CEUX-CI DEVRAIENT ÊTRE DÉDUIT DU COMPTE CAR CES FONDS N’EXISTENT PLUS DANS LE PATRIMOINE DU DÉBITEUR. LES RETRAITS PEUVENT DÉSORMAIS ÊTRE FAIT À TOUT MOMENT PAR LE

DÉBITEUR AU MOYEN DES CARTES DE CRÉDITS. LEUR IMPUTATION SUR LE SOLDE PEUT ÊTRE DIFFÉRÉE. IL EST DONC NORMAL QUE CEUX-CI VIENNENT EN DIMINUTION DU SOLDE SAISI. -<<LES EFFETS DE COMMERCE QUI REMIS À L’ESCOMPTE ET NON PAYÉS À LEUR PRÉSENTATION OU LEURS ÉCHÉANCES>>. LORSQUE LA REMISE DE L’EFFET DE COMMERCE EST ANTÉRIEURE À LA SAISIE, CELUI-CI PEUT ÊTRE CONTRE-PASSÉ DANS LE DÉLAI D’UN MOIS À COMPTER DE LA SAISIE. IL CONVIENT À PRÉSENT CES ÉLÉMENTS RÉPERTORIÉS, DE VOIR COMMENT SONT IMPUTÉES CES OPÉRATIONS SUR LE COMPTE. 2- L’IMPUTATION DES RÉSULTATS DE LA LIQUIDATION SUR LE COMPTE SAISI CETTE IMPUTATION, LORSQU’ELLE ÉMANE DES OPÉRATIONS DE CRÉDIT NE POSE AUCUN PROBLÈME CAR ELLE VIENT EN AUGMENTATION DU SOLDE DU COMPTE. TEL N’EST PAS LE CAS LORS QU’ILS DÉCOULENT D’OPÉRATIONS DÉBITRICES. LA QUESTION S’EST ALORS POSÉ EN

DOCTRINE DE SAVOIR SUR QUELS FONDS DEVAIENT S’IMPUTER LES OPÉRATIONS DÉBITRICES. EST –CE SUR LES FONDS EN COMPTE AU JOUR DE LA SAISIE OU ALORS SUR LES FONDS EN COMPTE AU JOUR DE LEUR LIQUIDATION QUE DOIVENT S’IMPUTER CES OPÉRATIONS ? SELON LE PR. CHRISTIAN MOULLY94, L’IMPUTATION DES RÉSULTATS DES OPÉRATIONS EN COUR NE PEUT ÊTRE FAITE QUE SUR DES SOMMES SAISIS – ATTRIBUÉS ET JAMAIS SUR « L’ARGENT FRAIS », PROVENANT DES REMISES POSTÉRIEURES À LA SAISIE. CETTE THÈSE QUI NE CADRE PAS AVEC LA LOGIQUE DU DROIT BANCAIRE N’A PAS ÉTÉ RETENUE PAR LE LÉGISLATEUR COMMUNAUTAIRE. L’ARTICLE 161 DE L’AU DISPOSE À CET
94

MOULLY (C) : les saisies des comptes bancaires, les petites affiches, 26 mai 1993, n°73 ; voir également du même auteur Procédure d’exécution civiles et droit bancaire RTD civ. 1993 n° spécial la reforme des procédures civiles d’exécution sous la direction de Roger Perrot.

EFFET QUE : « LE SOLDE SAISI N’EST AFFECTÉE PAS CES ÉVENTUELLES OPÉRATIONS DE DÉBIT ET DE CRÉDIT, QUE DANS LA MESURE OU LEURS RÉSULTATS PUBLIÉS EST NÉGATIF ET SUPÉRIEUR AUX SOMMES NON

FRAPPÉES PAR LA SAISIE, AU JOUR DE LEUR RÈGLEMENT ». COMMENTANT L’ACTE UNIFORME, LE PR. ANNE-MARIE ASSI ESSO 95 ÉCRIVAIT ALORS QUE LORSQUE LE RÉSULTAT CUMULÉ « DES OPÉRATIONS EN COURS », SE TRADUIT PAR UN DÉBIT, CELUI-CI DEVRA ÊTRE IMPUTÉ PAR PRÉFÉRENCE SUR LA PARTIE DES SOMMES QUI, DANS LE SOLDE AU JOUR DE LA SAISIE, EXCÉDAIENT LE MONTANT DE LA CRÉANCE CAUSE DE LA SAISIE. CECI JUSTIFIERAIT À SON AVIS L’OBLIGATION QUI EST FAITE À LA BANQUE DE FOURNIR PAR LETTRE RECOMMANDÉE AVEC AVIS DE RÉCEPTION OU TOUT MOYEN LAISSANT TRACE ÉCRITE ADRESSÉE AU CRÉANCIER, AU PLUS TARD HUIT JOUR APRÈS LE DÉLAI DE CONTRE PASSATION UN RELEVÉ DEPUIS LE JOUR DE LA SAISIE INCLUSIVEMENT. L’ON PERÇOIT DE CES DEUX THÈSES QUE LA NOTION D’ « ARGENT FRAIS » NE FAIT PAS ENCORE L’UNANIMITÉ EN DOCTRINE. L’ON PEUT DIRE QUE L’<<ARGENT FRAIS>> DANS LA PROCÉDURE DE SAISIE DES SOMMES D’ARGENT ENTRE LES MAINS DES BANQUES C’EST << L’ARGENT

PROVENANT DES REMISES POSTÉRIEURES À LA SAISIE>>. DIRE ALORS QUE LES OPÉRATIONS EN COURS S’IMPUTENT D’ABORD SUR LE SOLDE SAISI ET NON SUR CES FONDS EST LOIN D’ASSURER AU CRÉANCIER DE RECOUVRER SA CRÉANCE OR TEL EST L’OBJECTIF AVOUÉ DU LÉGISLATEUR. IL EST DONC PRÉFÉRABLE, AFIN D’ACCORDER UN MINIMUM DE SÉCURITÉ AUX CRÉANCIERS DE PERMETTRE QUE LE SOLDE DÉBITEUR DES OPÉRATIONS EN COUR SOIT REPORTÉ D’ABORD SUR CET << ARGENT FRAIS >>ET QU’EN
95

ASSI-ESSO (A, M) et NDIAW (D) recouvrement des créances Bruylant Juriscope 2002.

CAS D’INSUFFISANCE

SEULEMENT L’ON

REPORTE LE RESTE SUR LES

FONDS SAISIS. EN EFFET IL EST POSSIBLE QU’AU JOUR OU LA SAISIE SOIT PRATIQUÉE LE COMPTE SOIT CRÉDITEUR ET QUI SUITE À LA

LIQUIDATION DES OPÉRATIONS EN COUR IL DEVIENNE DÉBITEUR. POURTANT, LORSQUE LE LENDEMAIN DE LA SAISIE LE COMPTE SAISI EST CRÉDITÉ, CES FONDS NE PEUVENT PAS ÊTRE UTILISÉS POUR SATISFAIRE LE CRÉANCIER SAISISSANT CAR CET ARGENT N’ÉTAIT PAS ENCORE EN COMPTE AU JOUR DE LA SAISIE. EST-IL DONC JUSTE DE LAISSER LE CRÉANCIER SANS RESSOURCE PENDANT QUE SUR LE COMPTE DE SON DÉBITEUR IL Y’A DE L’ARGENT FRAIS. DE MÊME COMMENT ADMETTRE QUE SEUL LE SOLDE DÉBITEUR DES OPÉRATIONS EN COURS SOIT

IMPUTABLE SUR LE SOLDE SAISI ET QUE LORSQU’IL EST CRÉDITEUR QU’IL NE PUISSE PAS BÉNÉFICIER AU CRÉANCIER NOTAMMENT LORSQUE LE SOLDE AU JOUR DE LA SAISIE ÉTAIT INFÉRIEUR AU MONTANT DE LA

CRÉANCE CAUSE DE LA SAISIE. LÀ SONT DES INTERROGATIONS SUR LESQUELS ONT PENSE QUE LE LÉGISLATEUR DEVRAIT PLANCHER. SI LE DÉBITEUR EST, AU JOUR DE LA PÉRIODE PRÉVU POUR LA LIQUIDATION DES OPÉRATIONS EN COURS, CRÉDITEUR DANS LES LIVRES DU BANQUIER, LA DÉCLARATION DÉFINITIVE EMPORTE CANTONNEMENT DE LA SOMME OBJET DE LA SAISIE DANS LA LIMITE DISPONIBLE ENTRE LES MAINS DU TIERS. L’AUTRE EFFET ATTACHÉ À CETTE SAISIE SOMME TOUTE PARTICULIÈRE EST L’EFFET ATTRIBUTIF. PARAGRAPHE 2 : L’ATTRIBUTION IMMEDIATE DES FONDS SAISIS Dès que la saisie est signifiée, elle entraîne aux termes de l’article 154 alinéa 1 <<attribution immédiate au profit du saisissant de la créance saisie disponible entre les

mains du tiers>>. Il ne faut cependant pas se méprendre sur le sens de l’expression <<attribution immédiate >>. Il est judicieux de revenir d’abord sur cette expression qui a fait couler beaucoup d’encre tant en doctrine qu’en jurisprudence (A). Ce qui est nécessaire si l’on veut comprendre la raison d’être de son impact qu’est l’inefficacité du concours de saisie dans cette hypothèse (B) A- précision autour de la notion d’<<attribution immédiate >> Dans l’ancienne saisie arrêt, le créancier n’acquérait de droit exclusif sur la créance qu’avec la signification d’un jugement de validité. Ce qui permettait à d’autres créanciers de saisir à leur tour la créance et de venir en concours avec le premier saisissant sur celle-ci. Avec les nouvelles règles de procédure, le créancier premier saisissant bénéficie désormais d’un droit exclusif sur la créance. Se pose alors la question de savoir si le créancier saisissant en devient propriétaire dès la signification ? Le mécanisme de l’attribution immédiate dont parle le législateur peut être trompeur car si on parle d’attribution immédiate il s’agit en fait d’une fiction juridique (1) car le créancier n’exerce qu’une propriété conditionnelle sur le solde saisie (2). 1-L’attribution immédiate une fiction juridique L’affectation au saisissant est opérée par deux techniques différentes selon la procédure initiée. Dans la saisie conservatoire, le privilège et le droit de rétention du créancier gagiste transfèrent au créancier la valeur du solde. Dans la saisie attribution, la propriété du solde (monnaie scripturale) lui est transmise dès la signification de la saisie. Même si le législateur rejoignant la doctrine française96 parle de transmission ou attribution immédiate, il faudrait tout de même nuancer cette affirmation. La créance ne rentre pas directement dans le patrimoine du créancier. Elle n’est sortie que virtuellement du patrimoine du débiteur en vue de la préserver des velléités des créanciers qui pourraient
96

Dans ce sens voir : DONNIER (M), voies d’exécution et procédure de distribution, Litec, 1996, n°846 ; Miguet, Jurisclasseur Procédure civile, Fascicule 2250, n°82 et s PERROT et THERY, option cité n°361.

éventuellement chercher à la saisir. Le créancier n’aura la propriété de ces fonds qu’une fois qu’ils lui seront payés par le tiers saisi. Maurice SOH
97

analysant ce mécanisme particulier à

la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques conclut que <<la somme saisie attribuée serait dans une situation de flottaison d’appartenance entre l’acte de saisie et l ‘expiration du délai imparti pour contester, car, extraite du patrimoine du débiteur, elle n’est pas encore effectivement entrée dans le patrimoine du créancier, le paiement étant différé et le banquier étant demeuré le gardien>> C’est cette doctrine qui devrait faire l’unanimité car s’il s’agissait d’une réelle attribution celle-ci ne saurait faire l’objet d’une quelconque remise en cause par les éventuelles

opérations en cours car la propriété que le créancier a sur la créance saisie est conditionnelle. 2- La créance attribuée : une propriété conditionnelle pour le créancier. L’article 154 de l’AU dispose que « l’acte de saisi emporte…attribution immédiate au profit de saisissant de la créance saisi ». Il pose là l’idée selon laquelle dès que la saisie est pratiquée la propriété de la créance objet de la saisie est transférée. Seulement, à l’analyse, il ne s’agit pas d’un transfert instantané. La propriété est conditionnée car le créancier doit attendre que le délai prescrit pour la liquidation des opérations en cour soit passé
98

.Le

législateur précise bien que ce délai peut varier de 15 jours à un mois selon qu’il y ait ou non des effets de commerce à escompter. Le créancier doit attendre un mois depuis la signification de la saisie au débiteur pour dire qu’il est désormais le propriétaire de la créance de son débiteur chez le banquier tiers saisi. Cette attribution ne joue également pas de plein droit lorsque la créance objet de la saisie est à échéance périodique car comme le précisait le Pr. Paul ANCEL, <<les principes généraux du droit des obligations amènent à faire une distinction, quant au moment de l’effet
97 98

SOH (M) les saisies des avoirs bancaires, mémoire d’auditeur de justice, ENAM Yaoundé, juillet 1999, p.33. Pour le créancier ayant pratiqué une saisie conservatoire, il se doit de la transformer en saisie attribution dans le délai d’un mois.

attributif, entre les différentes créances >>.99 En effet la créance à exécution successive se régénère à chaque échéance or la saisie ne peut être opérée que sur un bien présent dans le patrimoine du débiteur; tel n’est pas le cas pour les créances à échéances périodiques non encore échues. Cet effet <<attributif essentiel et instantané>>100qui permet au créancier d’être à l’abris de tout concours avec les créanciers privilégiés a été confirmé par la CCJA dans l’affaire Dame KHOURI Marie c/ SGBCI où statuant, elle décide que <<l’effet attributif immédiat de la saisie attribution entraînant transfert instantané de la créance saisie disponible dans le patrimoine du saisissant, le juge de l’exécution ne peut pas suspendre les effets de ladite saisie–attribution en accordant des délais de paiement>>101. Se basant également sur cet effet, la haute juridiction a déclaré que la saisie simultanée de plusieurs comptes d’un débiteur n’est pas permise si les fonds déposés sur les premiers comptes saisis constituent un solde suffisant102 pour désintéresser le créancier. Si l’attribution est une des innovations du législateur sur la question, plus originale est celle relative à l’inefficacité du concours entre créanciers dans ce cas.

B- l’inefficacité du concours en cas de pluralité de saisie La règle de l’attribution immédiate de la créance du débiteur au profit de son créancier à hauteur de la créance disponible combinée à l ‘article 155 alinéa 2 de l’AU qui prévoit que << la signification ultérieure d’autre saisie ou de toute autre mesure de prélèvement, même émanant de créanciers privilégiés ne remettent pas en cause cette attribution>> institut un véritable <<super privilège >>au profit du créancier premier saisissant. En effet aucun autre
99

ANCEL (P), note sous cass. civ. 2,10 juillet 1996 ; D.1996, p.625 et s. spécialement p.628. ETOUNDI (O, F) : La pratique de la saisie attribution à la lumière de la jurisprudence de la CCJA de l’OHADA. Edition Numerix, Mars 2006, p.50. 101 Décision citée par Felix Onana ETOUNDI op. cit, p.50.
100 102

Arrêt n° 27/2004 du 15 juillet 2004, affaire Mobil Oil C/Les Centaures Routiers, Compagnie Ivoirienne d’Electricité dite CIE&SCB décision trouvé sur www.juriscope.org.

créancier ne peut prétendre à des droits sur le solde une fois que celui-ci est saisi. Ce qui lui évite l’un des principaux incidents des saisies mobilières : le concours de saisie. Comme le précise le Pr. Anne Marie ASSI-ESSO il n’y aura concours que sur la fraction de la créance non attribuée entre les créanciers ultérieurs. Seulement des interrogations subsistent selon que l’on est dans une hypothèse de pluralité de saisies réalisées toutes par des particuliers (1) et selon que l’on n’a à faire à une procédure de saisie et un acte administratif (2) 1-En cas de concours de saisie entre particuliers L’on peut dire qu’à travers l’article 155 alinéa 2 de l’AU, le législateur a résolu la question mais il ne pose que des principes qu’il faut appliquer. La seule hypothèse de concours qui a été maintenu dans la matière est celle des créanciers ayant signifié simultanément leurs actes au cours de la même journée. Les divers actes de saisie <<sont réputés faits simultanément>> et là si les sommes saisies disponibles ne permettent pas de les désintéresser, ceux-ci seront payés au marc le franc c’est-à-dire au pro-rata. D’après l’acte uniforme, le créancier premier saisissant ne peut pas être inquiété s’il a procédé à une saisie attribution. Mais alors si c’est une saisie conservatoire jouira-t-il des mêmes privilèges face aux autres créanciers ? Une lecture de l’acte uniforme nous laisse croire que tel sera également le cas; l’article 57 dispose clairement que <<lorsque la saisie porte sur une créance ayant pour objet une somme d’argent …elle confère au saisissant un droit de gage>>, le même article dispose que les dispositions de l’article 161 sont applicables en la matière. Toute chose qui porte à croire que le créancier saisissant même conservatoirement bénéfice d’un privilège sur le solde saisie à hauteur de la créance cause de la saisie. Quel sera dès lors le sort du particulier qui rencontre l’administration dans son opération ? 2-En cas de concours entre un avis à tiers détenteur et une saisie des comptes

Il peut arriver qu’alors qu’un créancier signifie un acte de saisie le même jour soit émis un avis à tiers détenteur par l’administration. L’avis à tiers détenteur primera-t-il sur la procédure civile engagée ? Il faudrait procéder à une définition de l’avis à tiers détenteur avant de voir les solutions envisageables. L’avis à tiers détenteur est aux termes de l’article L71 du livre deuxième du code général des impôts103 un acte par lequel <<les dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir au redevable d’impôts, de pénalités et de frais accessoires dont le recouvrement est garanti par le privilège du trésor sont tenus, sur demande qui leur en est faite sous forme d’avis à tiers détenteur… à concurrence des impositions dues par les redevables>>. L’article L72 lui confère un effet attributif tout comme la saisie des comptes bancaires. Cette définition faites, il convient de rechercher la procédure qui primera entre les deux dans la mesure où l’article L82 prévoit que le <<privilège du trésor porte sur tous les biens … et prime sur les autres privilèges mobiliers généraux ou spéciaux>>. Face au silence du texte, l’on peut s’inspirer de la doctrine 104 qui a pris position pour une interprétation proche de celle de la CCJA.105La cour déclare alors qu ‘il y a une disparition de la prévalence de l’avis à tiers détenteur sur le privilège du premier saisissant. Ceci se comprend car comme le précise l’AU, l’acte de saisie entraîne une attribution au profit du créancier saisissant de la créance de son débiteur chez le tiers saisi. En effet même si c’est une sortie fictive du patrimoine du débiteur, cette créance sort effectivement du patrimoine du débiteur et ne saurait donc plus faire l’objet de prétention de la part du trésor et en cas de signification faite le même jour, ils viennent en concours et se partageront les fonds au marc le franc comme de simple particulier.

103 104

Loi n°2002/03 du 19 avril 2002 portant code général des impôts de la république du Cameroun. SOH (M), mémoire précité p.103, MABINGO (E) le privilège du trésor accordé à la société. de recouvrement des créances du Cameroun (SRC), mémoire, ENAM, Yaoundé 1998. 105 Avis n° 001/2001/EP du 30 avril2001, RJCCA n° spécial, janvier 2003, p.74.

Saisi sur la question par une demande d’avis sur le point de savoir quel est le sort des procédures fiscales contentieuses par rapport à l’effet abrogatoire des dispositions 336 de l’A.U sur les P.S.R.V.E106, la CCJA émit l’avis suivant<<le droit fiscal ne fait pas partir à ce jour des matières rentrant dans le domaine du droit des affaires harmonisé tel que défini par l’article 2 du traité OHADA. Toutefois, si les procédures fiscales postérieures à la date d’entrée en vigueur de l’acte uniforme concerné mettent en œuvre des mesures conservatoires, mesures d’exécution forcée et procédures de recouvrement déterminées par ledit acte uniforme, ces procédures fiscales doivent se conformer aux dispositions de celuici>>. Tirant une conclusion de la réflexion du juge communautaire à travers cet avis Félix Onana ETOUNDI et Jean Michel MBOCK disent que l’on pourrait parler d’une sorte de banalisation ou de relativisation des effets de l’avis à tiers détenteur107. Au total il est clair que si l’avis à tiers détenteur est signifié simultanément ou après une saisie attribution ; il est traité au même titre qu’une autre saisie attribution ceci malgré que l’avis à tiers détenteur soit doté de l’effet attributif.

CONCLUSION CHAPITRE 2
Tout au long de ce chapitre consacré aux particularités de la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques liées aux biens, l’on s’est rendu compte que ces particularités ont trait tantôt aux biens visés tantôt au régime de ces biens, une fois que ceux –ci sont saisis. Nous avons pu constater un manque de précision de la part du législateur dans son énonciation des comptes concernés mais également qu’au niveau du régime des biens concernés des précisions sont nécessaires afin d’éclairer les justiciables sur certains points que nous n’avons pas manqués de soulever.

106 107

Avis précité ONANA (F, E) et MBOCK(J, M), Cinq ans de jurisprudence commentée de la CCJA de l’OHADA 19992004,Presse de l’AMA, Yaoundé, 1 ère édition, p.204

CONCLUSION DU TITRE I

Au terme du premier mouvement de notre analyse, nous avons pu constater combien la saisie des sommes d’argent auprès des banques tel qu’organisées par le législateur OHADA regorge de particularités. Ces particularités constituent des innovations qui organisent une mini législation sur la saisie entre les mains des banques. Elles ont traient à l’institution d’obligations pesant sur le tiers saisi ; mais également à la nature particulière des biens qui font l’objet de cette procédure. Ces particularités ne s’arrêtent pas à la mise en œuvre de la saisie elles s’étendent également au niveau du contentieux qu’elle peut générer.

TITRE 2 LE CONTENTIEUX SPECIFIQUE A LA SAISIE DES SOMMES D’ARGENT ENTRE LES MAINS DES BANQUES

La saisie des comptes bancaires qu’elle soit conservatoire ou attributive donne souvent lieu à contentieux. En effet, ces sommes peuvent être le fruit de longues années d’économie ou alors tout simplement le revenue du débiteur. Ce dernier a donc tout intérêt à ce que tout se déroule dans les normes. Le créancier quant à lui veut veiller sur les éléments de l’actif de son

débiteur surtout quant on sait la complicité qui règne entre le banquier et ses clients. Le banquier quant à lui doit veiller à ce que les opérations se déroulent bien surtout que pèse sur lui des obligations qualifiées d’exorbitantes surtout qu’en contrepartie la procédure ne leur permet pas toujours de réaliser des profits. Elle peut d’ailleurs déboucher sur une perte de clientèle. Il est donc nécessaire d’examiner le contentieux lié au comportement des parties au procès notamment celui du créancier et celui du banquier qui sont ici l’originalité (Chapitre1). Eu égard à la spécificité des biens sur lesquels porte la saisie, il est intéressant de s’attarder sur le contentieux particulier à ces biens (Chapitre2).

CHAPITRE 1

LES CONTESTATIONS PORTANT SUR LES SOMMES SAISIES

Une fois la saisie opérée, les fonds sont rendus indisponibles. Le créancier peut alors attendre que s’écoule le délai prévu pour opérer des contestations avant de rentrer en possession des fonds saisis. Dans la pratique, tel n’est malheureusement pas toujours le cas. En effet les fonds saisis sont en général l’ensemble et les seules ressources du débiteur. Ce dernier va tout faire pour les préserver d’une quelconque atteinte. A l’opposé, le créancier voudra préserver ces fonds qu’il considère déjà comme les siens eu égard à l’effet attributif que lui reconnaît l’AU. L’existence de ces intérêts divergents dans la procédure aboutit en

général à un contentieux qui peut naître à n’importe quelle étape de la procédure et peut être mis en œuvre par n’importe laquelle des parties à la procédure. L’AU enferme cette contestation dans le délai d’un mois suivant la signification de la saisie au débiteur. En général, les contestations porteront sur l’assiette de la saisie (SECTION 2) ou seront liées à l’origine des fonds qui sont ici frappés par la saisie. (SECTION 1).

SECTION 1 : LES CONTESTATIONS PORTANT SUR L’ORIGINE DES FONDS SAISIS

Le compte bancaire est pour leur titulaire ce qu’une caisse est pour un magasin de commerce. C’est par le compte que passe la plupart des revenus de leur titulaire. Cet état de chose est de nature à en perturber la saisie, surtout que parmi ces sommes il y’en a qui sont frappées d’une insaisissabilité qui peut être soit totale soit partielle. En jurisprudence la saisie des comptes sur lesquels sont versés les salaires a donné lieu à un contentieux spécifique. (PARAGRAPHE 1) A coté de ce contentieux spécifique il est d’autres contentieux qui pourraient naître de l’origine des fonds frappés par la saisie. (PARAGRAPHE 2)

PARAGRAPHE 1 : LES FONDS PROVENANT DES SALAIRES

Une fois la saisie est signifiée au tiers saisi, ses effets peuvent s’étendre sur l’ensemble du compte ou des comptes du débiteur. Sur ces comptes, il peut se trouver que seraient virés les salaires du débiteur. Ceux-ci rentreront alors dans l’assiette de la saisie. C’est ce qui donne généralement lieu à contentieux, car les salaires font l’objet d’un régime de protection et ne peuvent, aux termes de l’article 174 de l’AU108, faire l’objet de saisie qu’après une tentative de conciliation devant la juridiction compétente du domicile du débiteur conformément à la procédure de saisie des rémunérations. Cette situation a donné lieu en jurisprudence à la consécration des comptes dits de virement bancaire dont les juges camerounais notamment ont eu à consacrer l’insaisissabilité (A) suivant un raisonnement dénué de tout fondement. (B) A- LE REJET EN JURISPRUDENCE DE LA SAISISSABILITE DES COMPTES DITS DE <<VIREMENT BANCAIRE>>

La saisie des comptes bancaires vers lesquels sont virés les salaires de leurs titulaires peut –elle emporter saisie des rémunérations et être par conséquent subordonnée au respect du principe de conciliation préalable tel que l’organise l’article 174 de l’AU ? Telle était la question posée aux juges nationaux dans trois espèces où ceux-ci ont fait face à des prétentions où les demandeurs prétendaient que les comptes saisis par leurs adversaires étaient en réalité les comptes vers lesquels étaient virés leurs salaires.109 A la lecture de celles-ci, on perçoit qu’il n’est pas du tout aisé de faire une distinction entre ces deux procédures
108

Article 174 AU <<la saisie des sommes dues à titre de rémunérations, quel qu’en soit le montant, à toutes les personnes salariées ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs, ne peut être pratiquée qu’après une tentative de conciliation devant la juridiction compétente du domicile du débiteur>>.
109

Ordonnance de référé n°218 du 16 décembre 1999 affaire Dame TAGNY née KAMDEM FOTSO Alice c/NGNINTEDEM Bavoua Joseph – BICEC ; ordonnance de référé n°489 /c du 23 Mars 2000 Affaire NJIKE Gilbert c/ NJIKE Betoni Sylvie et BICEC, ordonnance de référé n° 403/C du 02 mars 2000 Affaire NEMBA Gabriel c/ BAYEMI marie madeleine.

notamment lorsque les fonds sont virés sur le compte par l’employeur.110 De ces décisions, il ressort qu’il y a saisie déguisée des salaires lorsque le débiteur apporte la preuve du dépôt sur ledit compte de son salaire111alors qu’en l’absence d’une telle preuve, on ne saurait confondre la saisie des sommes d’argent entre les mains d’une banque et la saisie des rémunérations112. Les juges dans ces espèces consacraient ainsi un type de comptes qui n’existait pas

jusqu’alors : les comptes dits de virement de salaires. Ceci avec pour corollaire la subordination de toute saisie sur ces biens au préalable de la conciliation qui est alors un préalable obligatoire au sens de l’article 174 de l’AU. A notre avis un tel raisonnement est sans fondement raisonnable. B-L’INSAISISSABILITE DES COMPTES DITS DE <<VIREMENT DE SALAIRES>> UNE SOLUTION SANS FONDEMENT A notre avis, si le souci des juges est louable parce que conforme à l’idée selon laquelle les salaires doivent faire l’objet de protection, le contexte des décisions le justifiait car comme l’affirme Me IPANDA, il <<s’agit de renforcer judiciairement la protection légale du salaire en mettant à l’abri des saisies ordinaires, en quelques mains que ce soit, les rémunérations du travail>>.113 Seulement une telle décision est incohérente car, d’un point de vue bancaire et juridique, elle présente des incompatibilités. La première incohérence concerne la fongibilité des sommes versées sur le compte bancaire. L’économie de ce principe est d’éviter toute classification à l’intérieur du compte en
110

Ainsi contrairement à ce qu’affirme BEBOHI EBONGO Sylvie dans son mémoire( la saisie attribution dans la jurisprudence de l’espace OHADA) le juge de l’espèce ne dit nullement que la saisie d’un compte alimenté par les salaires est possible car pratiquée entre les mains du banquier et non de l ‘employeur mais au contraire on pourrait déduire de son considérant que << la saisie attribution querellée, pratiquée sur un compte bancaire dont le demandeur ne prouve du reste pas qu’il est alimenté par son salaire, est une mesure d’exécution forcée complètement distincte de la saisie des rémunérations du travail et qui n’est soumise à aucune tentative de conciliation préalable>>. Si le débiteur réussissait à prouver que ce compte qui fait l’objet de saisie était alimenté par son salaire, son compte aurait certainement échappé à la saisie attribution. 111 Ordonnance de référé n° 218 du 16 décembre 1999 affaire Dame TAGNY née KAMDEM FOTSO Alice c/NGNINTEDEM BAVOUA Joseph – BICEC. 112 Ordonnance de référé n°489 /C du 23 Mars 2000 Affaire NJIKE Gilbert c/ NJIKE Betoni Sylvie et BICEC, ordonnance de référé n° 403/C du 02 mars 2000 Affaire NEMBA Gabriel c/ BAYEMI marie madeleine.
113

Maître IPANDA note sous décisions du TPI précitée, Revue Camerounaise de Droit N° 2 2000 p.41 et s.

fonction de l’origine des remises114. En effet, une fois que les sommes sont versées sur le compte, elles perdent leur individualité et ne sauraient plus faire l’objet d’individualisation. On ne peut donc, une fois la créance enregistrée au crédit du compte continuer à croire que celle-ci conserve ses caractères primitifs par exemple une insaisissabilité. La jurisprudence française qui s’est déjà prononcée sur la question a décidé par application du principe de la fongibilité que les salaires versés par l’employeur dans un compte de dépôt ouvert par le salarié, perdent dès leur entrée en compte le caractère d’insaisissabilité dont ils jouissaient avant leur entrée en compte.115 En effet la protection accordée par le législateur ne couvre les salaires que lorsque ceux ci se trouvent entre les mains de l’employeur ; or dans le compte, ces fonds ne sont plus entre les mains de l’employeur et peuvent dès lors faire l’objet d’une saisie conservatoire ou d’une saisie attribution.116 La deuxième incohérence est le fait que les juges donnent naissance ici à une catégorie de comptes jusqu’alors inconnue. Le droit bancaire classique ignore en effet ce type de compte. Ce qui a pour grand désavantage d’introduire en voies d’exécution une catégorie que le législateur n’avait pas prévue dans la classification des saisies. Non seulement elle rend impossible une saisie conservatoire de ces fonds mais également elle rend la saisie attribution subsidiaire à la saisie des rémunérations car celles-ci seront exercées sous condition résolutoire.117 D’un point de vue juridique, il y a comme un oubli de la part des juges car le contrat qui lie le débiteur à son banquier est loin d’être un contrat de travail et est dénué de tout rapport de subordination. De même, dès que ces fonds entrent en compte, ils cessent d’être des salaires pour devenir des économies et sont administrés par le banquier.
114

GAVALDA (C) et STOUFFLET (J), Droit de la banque édition PUF 1974 ; voir également Rives Langes (J, L) La saisissabilité du compte courant Dalloz 1974 chronique p.101. 115 TGI de Lilles, 04 décembre 1961 Banque 1962, p. 855.obs. Marin ; paris, 4 décembre 1971, Gazette du palais 1972, I. , P.400.
116 117

Ordonnance de référé n°489 /c du 23 Mars 2000 Affaire NJIKE Gilbert c/ NJIKE BETONI Sylvie et BICEC. Me IPANDA op.cit.

L’on peut dire que même si en jurisprudence les comptes sur lesquels sont virés les salaires font l’objet d’une protection. A l’analyse, la saisie des comptes sur lesquels sont virés les salaires est possible. Les créanciers des salariés peuvent donc les faire saisir.118Les salaires ne sont pas les seules sommes qui, versées sur les comptes en banque, en compliquent la saisie.

PARAGRAPHE 2 : INSAISISSABLES

LES

FONDS

PROVENANT

D’AUTRES

CREANCES

Le développement du recours aux banques a fait apparaître les limites de l’insaisissabilité : en effet le paiement, qui éteint la créance, fait disparaître l’insaisissabilité qui y était attachée. Cette situation n’avait guère d’inconvénient lorsque ces créances étaient payées directement chez le débiteur. Mais tel n’est plus le cas maintenant ? Du moins pour ceux qui sont titulaires de comptes bancaires. Juridiquement paralysé avant le paiement, le créancier ne pouvait guère espérer appréhender ensuite les fonds versés à son débiteur. Cette situation a changé avec l’importance accrue des banques dans la vie juridique des personnes ayant ouvert des comptes chez elles. Ces sommes payées sont alors déposées chez le banquier et enregistrées en compte, ce qui ouvre la voie à la saisie et un créancier pouvait sans gêne procéder à une saisie. Le législateur communautaire, cernant la nécessité de protéger ces fonds, énonce en son article 52 que << les créances insaisissables dont le montant est versé sur un compte, demeurent insaisissables. >>. Le législateur permet alors au débiteur de saisir le juge afin de voir ces fonds mis à sa disposition. Seulement il est mis à la charge du débiteur l’obligation de justifier l’origine des fonds dont il déclare l’insaisissabilité. A cette condition, s’ajoute le fait qu’il soit obligé de demander la mise à disponibilité avant que le créancier ne demande le
118

Pour des précisions sur la question voir SOH (M ) L a situation des créanciers du salarié dans les procédures d’exécution de l’OHADA ou le difficile équilibre entre les intérêts en présence, Juridis Périodique n°49 janvier -février- mars 2002 p.104.

paiement au tiers saisi. Il est également nécessaire de préciser que lorsque ces créances sont versées à échéances périodiques, il y aura report de l’insaisissabilité à chaque fois que ces fonds seront versés en compte. La question qui se pose est celle de savoir si la protection couvre toutes les sommes insaisissables une fois qu’elles sont entrées en compte ou alors si cette protection disparaît après un certain laps de temps. L’on peut penser, en s’inspirant du cas des salaires du conjoint commun en biens, que cette protection ne portera que sur le dernier versement effectué sur le compte du débiteur. L’on pense que si cette protection couvre toutes ces sommes découlant de créances insaisissables sans limite, ce serait léser les intérêts du créancier. Celles-ci peuvent, au bout d’un certain temps, devenir des économies et il serait injuste de ne pas permettre au créancier de les saisir. Il en résulte que si législateur a bien fait de prévoir une protection pour les sommes insaisissables versées sur le compte, cette protection gagnerait en crédibilité si celui-ci essayait de les limiter sinon il les viderait de leur substance.

SECTION2 :

LES

CONTESTATIONS

PORTANT

SUR

L’ASSIETTE DE LA SAISIE

Des contestations peuvent en général s’élever concernant le montant pour lequel est pratiquée la saisie. Il est très tentant pour un créancier de se faire payer plus qu’il ne lui est dû par son débiteur. Le législateur a prévu afin d’éviter une injustice des hypothèses de contestation. Ces contestations peuvent porter soit sur toute l’assiette de la saisie, soit sur une partie de celle-ci. Il faudrait déjà rappeler que lorsque la contestation porte sur toute l’assiette de la saisie, l’on a recours aux règles posées par les articles 54 et 91 de l’AU.119 Mais en

119

Ces articles déterminent avec précision les critères que doit remplir une créance pour que soit poursuivie une procédure d’exécution à l’encontre du débiteur. (Liquide, certaine et exigible).

général, la contestation portera sur une fraction de la créance cause de la saisie (PARAGRAPHE 1) ou alors dans un cas spécifique aux saisies des comptes bancaires sur le paiement des intérêts et des accessoires de la créance cause de la saisie (PARAGRAPHE 2)

PARAGRAPHE 1 : LES CONTESTATIONS PORTANT SUR UNE PARTIE DE LA CREANCE CAUSE DE LA SAISIE Ces types de contestations sont en général élevées par le débiteur qui trouve non fondée une partie de la créance pour laquelle on procède à une saisie de ses avoirs. Le législateur a prévu que lorsque la contestation porte sur une partie de la créance120le juge peut autoriser que la saisie prenne effet pour la partie non contestée de la créance (A) mais soumet l’exécution pour ce qui est de la partie contestée à des préalables. (B) Cette solution est largement reprise par la jurisprudence.121 A – LA PRISE D’EFFET DE LA SAISIE POUR LA PARTIE NON-CONTESTEE DE LA SAISIE. Il peut arriver que le débiteur conteste le bien fondé d’une partie de la créance sur la base de laquelle est pratiquée la saisie sur ses comptes. Cette contestation peut intervenir soit parce qu’il a déjà payé pour cette fraction, soit parce que celle-ci n’est pas fondée dans son principe.122 La question qui se pose est celle de savoir si cette contestation paralyse la saisie qui a déjà été pratiquée, même pour la partie de la créance non contestée ? Ce serait injustifié car ce serait exposer le créancier ingénieux qui a eu l’idée de faire saisir les biens de son débiteur à un retour des autres créanciers de son débiteur créanciers ameutés par la procédure engagée
120

Article 171 AU sur les PSRVE << la juridiction compétente donne effet à la saisie pour la fraction non contesté de la dette. >>. 121 Les dispositions de l’acte uniforme sur la question sont écris sans ambiguïté et ne sauraient donner lieu à interprétation. 122 ONANA (E, F) la pratique de la saisie attribution des créances à la lumière de la jurisprudence de la CCJA de l’OHADA p.65.

par lui. Prenant cela en compte, le législateur communautaire a prévu en son article 171 que << la juridiction compétente donne effet à la saisie pour la fraction non contestée de la dette. Sa décision est exécutoire sur minute>>.123 Ainsi le juge autorisera-t-il que l’on poursuive la saisie pour la partie non contestée de la créance. Tel fut le cas dans l’arrêt de la CCJA n°007/2002 du 21 mars 2002 affaire Compagnie Camerounaise d’Assurance et de

Réassurance dite CCAR C / Ayants droits WOROKOTANG MBATANG Puis 124 où les juges ont annulés une saisie pratiquée en violation de l’article 157 alinéa 3 de l’AU en partie et partant la confirmait pour ce qui était de l’autre fraction. La solution est tout autre lorsqu’il s’agit de la partie contestée de la créance cause de la saisie. B- LA POSSIBLE EXECUTION PROVISOIRE DE LA PARTIE CONTESTEE DE LA SAISIE Dès lors que le débiteur conteste une partie de la créance cause de la saisie, la situation diffère de celle décrite plus haut. Le législateur a prévu que lorsque tel est le cas, <<l’exécution peut se poursuivre mais à condition que ni le montant de la créance du saisissant ni la dette du tiers saisi ne soient sérieusement contestable >>125 l est tout de même important de remarquer que si le texte est clair sur la question, en jurisprudence, l’exécution provisoire est généralement refusée.126 Ainsi dans l’espèce ayants droits WOROKOTANG et Autres, la haute juridiction annule le procès verbal de la saisie attribution <<pratiquée en partie sur des sommes non prévues par l’arrêt de condamnation ayant servi de base à la saisie et ne contenant pas le décompte distinct des sommes réclamées et le principal, frais et intérêts échus en violation de l'art 154 de l’AU >>. On pourrait trouver des justificatifs à cette solution des juges. En général les créanciers saisissants ne fournissent pas de garantie
123 124

Article 171 de l’AU sur les PSRVE. Op. cit.

125 126

Article 171 de l’AU sur les PSRVE. CCJA arrêt n°007/2002 du 21 mars 2002 affaire Compagnie Camerounaise d’Assurance et de Réassurances dite CCAR C / Ayants droits WOROKOTANG MBATANG et Autres, op.cit.

suffisante pour une restitution des fonds sur lesquels on leur a accordé une exécution provisoire. L’on peut dire que lorsque la créance cause de la saisie fait l’objet de contestation, l’exécution se poursuivra ; ce qui à notre sens est une solution innovante car elle évite au créancier de devoir recommencer une autre procédure avec les risques que cela comporte ; et l’exécution provisoire est en général refusée pour ce qui est de la quotité contestée par le débiteur notamment lorsque les conditions fixées par l’AU sur les PSRVE ne sont pas respectées. PARAGRAPHE 2 : CONTESTATION PORTANT SUR LES ACCESSOIRES DE LA CREANCE CAUSE DE LA SAISIE L’article 154 de l’AU dispose clairement que l’acte de saisie <<emporte attribution à concurrence des sommes pour lesquelles elle est pratiquée ainsi que ses accessoires, mais pour ce montant seulement …>>. A l’analyse, il ressort de la première branche de cet article que le montant global est constitué du principal et des accessoires de ce principal. En général, le paiement du principal ne pose pas de problème car c’est la source de l’exécution forcée. Le sort des accessoires de la créance cause de la saisie font l’objet d’une controverse quant à leur détermination. (A) D’où le recours aux juridictions pour l’élaboration des principes de détermination. (B) des accessoires. A – LA CONTROVERSE AUTOUR DE LA DETERMINATION DES ACCESSOIRES DE LA CREANCE CAUSE DE LA SAISIE Une créance est toujours constituée d’un principal et de ses accessoires. Ainsi lorsque l’on procède à la saisie de ce principal les accessoires subissent le même sort.127 Au sens du législateur communautaire, les accessoires du principal sont les intérêts qui continuent de courir et les frais de procédure. Les intérêts constitués sont ceux qui continuent de courir dans la limite du mois qui suit la signification de la saisie. Les frais de procédure sont les
127

On dit alors que l’accessoire suit le principal.

dépenses faites par le créancier en vue de la réalisation de la saisie. En pratique des problèmes surviennent au moment de déterminer quels accessoires entrent dans le montant global de la saisie. Il s’agit des intérêts qui continuent de courir jusqu’au paiement effectif128qui est censé intervenir dans le délai d’un mois si tout se passe bien, des honoraires des huissiers et de tous les autres frais de procédure que justifie la saisie. La question des honoraires a été réglée par le législateur communautaire à travers l’article 47 de l’AU129. Leur paiement s’impute en général sur le montant global ; les honoraires sont des accessoires qui aux termes de l’acte uniforme entre dans le montant global pour lequel la saisie est pratiquée. La question des intérêts à échoir a également fait l’objet de réglementation. Ils n’entrent dans le montant global que s’ils sont effectivement à la charge du débiteur.130 Ils sont limités dans leur calcul car, seuls ceux qui sont à échoir dans le délai d’un mois suivant la saisie feront l’objet d’une prise en compte. Malgré cette précision du législateur, en pratique, on rencontre sur la question des interrogations de divers ordres : la première a trait aux intérêts qui seront dû au-delà de la période légale d’un mois prévue par le législateur en effet les renvoies devenus récurrents des dossiers pendants devant le juge de l’exécution au ministère public pour ses réquisitions induisent en effet des prolongements de procédure plus ou moins longs131. Une autre interrogation est celle de l’anatocisme des intérêts générés. En effet si l’article 1154 du code civil impose qu’ils soient demandés aux juges, ceux-ci à notre avis ne seront pas nécessairement productifs d’intérêts après le premier paiement .Comme le précise

128

Me Douala MOUTOME Quelques aspects relatifs au tiers saisi actes du séminaire international sur le recouvrement simplifié des créances et des voies d’exécution GICAM, Douala, 5-6 octobre 2004. 129 <<Les frais d’exécution forcée sont à la charge du débiteur …>> Article47 AU sur les PSRVE. 130 Tel était le cas dans l’espèce de la CCJA arrêt n°007/2002 du 21 mars 2002 affaire Compagnie Camerounaise d’Assurance et de Réassurances dite CCAR C / Ayants droits WOROKOTANG MBATANG, décision trouvée sur www.juriscope.org. 131 Me Douala MOUTOME op. cit.

Me MOUTOME dans son intervention, appliquée à des montants dérisoires, cette question peut paraître sans importance. Mais en tenant compte des principes et des cas où on est en présence de montant plus élevé, elle peut présenter un intérêt certain.132 Une autre interrogation porte sur les accessoires qui doivent entrer dans le montant global de la saisie. Le législateur ne les ayant pas déterminé. Tel était le cas dans l’espèce Compagnie Camerounaise d’Assurance et de Réassurances dite CCAR C / Ayants droits WOROKOTANG MBATANG et Autres 133objet de l’arrêt de la CCJA n°007/2002 du 21 mars 2002. En l’espèce, les juges étaient saisis d’une contestation qui portait sur les intérêts à payer découlant du principal ; la CCAR a contesté ladite saisie non sur le principe des frais réclamés en principal pour lesquels elle avait d’ailleurs fait une offre de paiement mais sur des éléments qui ne devraient pas rentrer dans le solde saisi. Ses contestations portaient sur une somme (13.700.000 francs CFA) qui avait été considérée par les saisissants comme un accessoire devant rentrer dans le montant global à saisir. Or pour la CCAR, cette somme constituait des intérêts qui incombait selon l’article 268 du code CIMA à l’assureur du véhicule à bord duquel les victimes avaient pris place. La CCAR pensait donc que conformément aux articles 154 al.1 et 157 al 2(3) de l’AU sur les PSRVE, les intérêts à considérer comme accessoires devaient être ceux découlant de l’arrêt de condamnation du 02 juin 1998 et non ceux résultant d’une quelconque offre d’indemnité. Ce qui à leur sens constituait une surévaluation du montant global résultant d’une confusion des accessoires. B -LA NECESSAIRE DETERMINATION DES ACCESSOIRES DU MONTANT GLOBAL À SAISIR Le législateur communautaire seul est à blâmer sur la question de la détermination des accessoires car il aurait dû les déterminer. La jurisprudence qui aurait dû le suppléer ne l’a pas fait. En effet, le juge communautaire avait eu là l’occasion de déterminer ce que l’on peut
132 133

Les intérêts d’un milliard sont d’une telle consistance qu’il serait intéressant de savoir si on peut les recouvrer. Op. cit.

entendre par accessoire de la créance cause de la saisie. Malheureusement comme le précise BEBOHI EBONGO Sylvie, <<la cour n’a vraiment pas pu dire ce qu’il faut entendre par accessoires du montant global à saisir>>.134 Néanmoins, il est une certitude. Les accessoires sont des sommes qui sont liées au principal et qui, bien que distinctes du principal, en dépendent, ou sont générés par lui.135 Il s’agira alors de tous les frais que la saisie engendrera. Ceci bien entendu hors mis les dépenses effectuées par le débiteur non muni de titre exécutoire. Tel qui est généralement le cas136 lorsque le créancier procède à une saisie conservatoire des comptes bancaire de son débiteur.

CONCLUSION CHAPITRE 1

En conclusion, l’on peut dire que les éléments qui composent la créance cause de la saisie n’ont pas été bien déterminés par le législateur. Ce qui justifie le contentieux y relatif qui ne cesse de se développer tant pour ce qui est de la nature des créances cause de la saisie que pour ce qui est des éléments qui doivent entrer dans le montant global de la saisie. Le contentieux peut également résulter des parties qui, eu égard à leur comportement, peuvent voir leur responsabilité établie et des sanctions prises à leur encontre.

134 135

BEBOHI EBONGO Sylvie la saisie attribution dans la jurisprudence de l’espace OHADA p.58. Voir pour une définition dans ce sens CORNU (G) vocabulaire juridique. 136 Article 47 de l’AU sur le PSRVE.

CHAPITRE 2 LE CONTENTIEUX PORTANT SUR LE COMPORTEMENT DES ACTEURS DE LA SAISIE

La saisie des comptes bancaires, parce qu’elle porte sur des sommes d’argent, donne généralement lieu à contentieux. Ce contentieux est tributaire du comportement des acteurs de la saisie. Plus qu’un contentieux, ce sont des difficultés d’exécution qu’il s’agit. Le législateur

a mis à la charge des parties des obligations qui lorsqu’elles ne sont pas respectées, compliquent la poursuite de l’exécution. Si dans le cadre de la saisie, le contentieux est lié au premier chef au comportement du débiteur, la spécificité ici est le fait que le comportement des autres acteurs que sont le créancier et le tiers saisi est également susceptible d’entraîner des difficultés d’exécution. Il est donc intéressant d’examiner comment le comportement du créancier saisissant peut donner lieu à des difficultés d’exécution (SECTION 1) et de s’intéresser ensuite aux conséquences dommageables que pourrait avoir le comportement fautif du tiers saisi. (SECTION 2) Nous analyserons bien entendue les éléments constitutifs de la faute et la sanction qui lui est attachée.

SECTION 1 : LES DIFFICULTES D’EXECUTION LIEES AU COMPORTEMENT DU CREANCIER SAISISSANT
Le comportement du créancier est susceptible d’entraîner des difficultés d’exécution. Tel est le fait pour ce dernier d’être inactif ou négligent une fois qu’il a engagé la procédure (PARAGRAPHE 1) ce qui est sanctionné par une perte de droit conformément à l’article 61 de l’acte uniforme sur les PSRVE (PARAGRAPHE 2) PARAGRAPHE1 : LA DISCONTINUATION FAUTIVE DE SAISIE Une fois que le débiteur a déclenché la procédure, il est tenu de la poursuivre jusqu’à son terme sinon il perdrait alors les droits acquis dans le patrimoine de son débiteur. Son

inaction est appréciée différemment selon que l’on se situe dans le cadre d’une saisie conservatoire (A) et selon que l’on se situe dans le cadre d’une saisie attribution (B). A-L’INACTION DU CREANCIER DANS LA SAISIE CONSERVATOIRE DES COMPTES BANCAIRES L’inactivité du créancier peut s’apprécier dans le cadre de la saisie conservatoire des comptes bancaires de deux points de vue : D’une part, lorsque ce dernier une fois l’autorisation du juge obtenue, ne procède pas à la saisie137dans les délais prescrits par l’acte uniforme. Cette attitude du créancier est sanctionnée par l’article 60 qui dispose à cet effet que : <<l’autorisation de la juridiction compétente est caduque si la saisie conservatoire n’a pas été pratiquée dans un délai de trois mois à compter de la décision autorisant la saisie>>. Ce délai est institué car les créanciers véreux pourraient en user afin d’exercer une pression psychologique sur le débiteur et le pousser à poser des actes qui lui seraient préjudiciables. D’autre part, lorsque ce dernier ne transforme pas sa saisie conservatoire en saisie attribution. Dès lors que le créancier a procédé à une saisie conservatoire sur les comptes de son débiteur, ces comptes sont bloqués et sont rendues indisponibles.138 Ce dernier est alors tenu d’introduire une procédure de conversion en saisie attribution, ou d’accomplir les formalités nécessaires à l’obtention d’un titre exécutoire139. Car la conversion en saisie attribution est conditionnée à l’obtention d’un titre exécutoire et que la plupart du temps, les créanciers qui procèdent à la saisie conservatoire n’en ont pas, ce délai est constamment largement dépassé par les créanciers inactifs ou ignorants. Ce qui peut donner lieu à des contestations
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rendant ainsi l’exécution difficile. C’est le cas bien souvent lorsque les

Bien entendu, il s’agit ici alors exceptionnellement du créancier non muni d’un titre exécutoire.

138 139

Article 154 alinéa 2 de l’AU sur les PSRVE. Article 61 de l’AU sur les PSRVE <<si ce n’est dans les cas où la saisie conservatoire a été pratiquée avec un titre exécutoire, le créancier doit, dans le mois qui suit ladite saisie, à peine de caducité, introduire une procédure ou accomplir les formalités, nécessaire à l’obtention d’un titre exécutoire>>.

créanciers inactifs veulent procéder à la conversion de leur saisie conservatoire déjà caduque en saisie attribution. L’inaction est alors caractérisée ici par le fait pour le créancier de ne pas avoir été assez diligent dans la transformation de sa saisie conservatoire en saisie attribution. Cette solution est somme toute logique, car le créancier ne saurait bloquer les fonds de son débiteur de manière fantaisiste. Ces fonds constituant en général l’essentiel des revenus des débiteurs qu’ils soient des opérateurs économiques ou pas. Le manque de diligence n’est pas caractérisé de la même manière lorsqu’il s’agit de la saisie attribution. B- L’INACTION DU CREANCIER DANS LA SAISIE ATTRIBUTION Une fois qu’il a procédé à la saisie des comptes bancaires de son débiteur, le créancier doit prendre toutes les mesures pour se faire payer par le tiers saisi. Ainsi en cas de nonpaiement résultant du manque d’initiative de la part du créancier, tel peut être par exemple le cas d’une banque qui se reconnaît détentrice de fonds pour le compte du débiteur et qui un an plus tard tombe en faillite. Dans notre exemple le tiers saisi a bel et bien reconnu détenir des fonds pour le compte du débiteur et les a déjà fait sortir du patrimoine de ce dernier et a bloqué les fonds. Le créancier qui n’a pas été prompt à se faire payer doit être sanctionné. Il est donc anormal de lui faire bénéficier de l’avantage d’avoir deux débiteurs d’une part son débiteur sur qui pèse la créance cause de la saisie et le tiers saisie qui est le détenteur de la créance objet de la saisie. En effet l’article154 alinéa 4 précise que l’acte de saisie rend le tiers personnellement débiteur des causes de la saisie dans la limite de son obligation, ce qui fait qu’en procédant à la saisie il y a eu libération à concurrence des fonds saisie libération du débiteur. Le tiers saisi en payant se libère par rapport au débiteur et libère le débiteur par rapport à son créancier. Cette attitude du créancier fait l’objet en jurisprudence d’une sanction stricte. PARAGRAPHE 2 : SANCTION DE L’INACTION DU CREANCIER

Conscient du fait que pareille attitude de la part d’un créancier est susceptible de nuire à la santé financière du débiteur, le législateur a prévu une sanction : la perte de ses droits à l’égard du débiteur à hauteur de la créance entre les mains du tiers saisi (A); il est également intéressant de préciser que dans le cadre de la non-utilisation de l’autorisation du juge dans les délais prescrits par l’AU sur les PSRVE, celle-ci devient caduque. Mais à l’analyse de la jurisprudence, cette solution mérite d’être appliquée au cas par cas (B)

A – LA PERTE DE SES DROITS A L’EGARD DU DEBITEUR A HAUTEUR DE LA CREANCE ENTRE LES MAINS DU TIERS SAISI Dans l’hypothèse où le créancier saisissant n’a pas été payé par le tiers saisi, et où la saisie ne produit pas son plein effet, il conserve ses droits contre le débiteur. Si ce défaut n’est pas imputable à sa négligence. Si tel est le cas, <<il perd ses droits à concurrence des sommes dues par le tiers saisi>> ; c’est à dire qu‘il ne pourra poursuivre le débiteur que pour ce qui reste de sa créance.
140

Un arrêt de la deuxième chambre de la cour de cassation

du 21 octobre 2004 l’illustre bien141. En l’espèce, une banque avait saisi attribué les loyers dus à une société immobilière. Cette banque n’obtint pas paiement au bout de plusieurs mois et saisit le juge. La société immobilière arguât alors que si la banque n’avait pas eu gain de cause, c’est parce que celle –ci avait été négligente. La cour de cassation française, cassant la décision d’appel qui avait mal qualifié la négligence donnant lieu à l’absence de paiement, décidait à cet effet que << d’avril à novembre 2000, (le créancier n’avait avisé la SCI débitrice ni des paiements effectués au fur et à mesure des échéances, ni des défauts de paiement et qu’il n’avait entrepris aucune initiative pour mettre en œuvre une action contre les tiers saisis(…) que la négligence du créancier saisissant était caractérisée >>.142 Il
140 141

COUCHEZ (G). , voies d’exécution, A. Collin, 7 Edt, 2003, n°271, p.138. Cass.2 civ.21 octobre 2004, RTD civ. 20005, p.189, obs. Perrot R. CASS 2. civ. Décision précitée.

142

convient donc de relever143que cette conception de la négligence du créancier est beaucoup plus exigeante que celle des juges du fond, dans la mesure où ce qui est attendu du créancier ce n’est pas d’avoir laissé échapper le paiement à une époque où le tiers saisi était encore solvable, c’est, et même avant le défaut de paiement du tiers saisi soit avéré, de prendre toutes les <<initiatives >> pour l’éviter, ce qui va du simple rappel à la mise en demeure et si nécessaire à l’<<action>> que lui reconnaît l’article 64 du décret de 1992144 ; ce qui à notre avis est équilibré car avant de chercher à faire renaître la créance qui était censée éteinte, le créancier doit avoir déjà épuisé toutes les voies et moyens qui lui auraient permis de se faire payer145. Certainement que cette solution sera adoptée par le juge communautaire. Il convient tout de même de préciser que si telle solution est adoptée, elle ne doit pas être systématisée car en pratique la donne est différente.

B -UNE SOLUTION A APPLIQUER AU CAS PAR CAS La solution gagne peut être à être appliquée; mais doit-on sacrifier sur l’autel de l’efficacité des procédures et la célérité dans les affaires, les intérêts d’un créancier face à un débiteur qui pourrait user de tous les avantages que la loi lui reconnaît pour empêcher à son créancier inexpérimenté de parvenir à ses fins ? Il serait alors très préjudiciable au créancier qui est bloqué par les lenteurs judiciaires de se retrouver dans une pareille situation, d’autant plus que dans l’espèce précitée, l’on avait déjà remarqué que la décision était d’une rigueur exagérée. On pourrait penser que l’inactivité ne devrait pas s’entendre du fait pour le créancier de n’avoir pas multiplié les requêtes en paiement chez le tiers saisi car tel n’est pas à notre avis le but de la procédure. Nous pensons donc que l’on devrait ramener cette obligation de diligence à la charge du créancier, au fait pour ce dernier de
143

Voir dans ce sens le Lamy droit de l’exécution forcée saisie attribution droit commun étude 405 -180 Lamy SA –Novembre 2005 vol.1. 144 Cet article correspond en droit uniforme à l’article 168 de l’AU sur les PSRVE. 145 PERROT (R), procedures, 2005, n°37, p.12.

n’avoir pas réagi promptement dès lors que les fonds étaient bloqués afin de se faire payer ou alors que ce dernier n’ait pas procédé aux formalités de conversion de la saisie conservatoire en saisie attribution une fois qu’il a entamé la procédure d’obtention du titre exécutoire. L’on peut dire que le créancier à chaque fois qu’il aura engagé une procédure de saisie des comptes de son débiteur devrait de se montrer très expéditif dans la mise en œuvre des droits qu’il tire de la procédure; sinon cela pourrait les faire disparaître. Le comportement du débiteur n’est pas le seul à influencer la procédure de saisie des comptes. Il y a aussi et surtout le comportement du tiers saisi qui au delà des difficultés d’exécution que posent celui du débiteur aboutit en général à un contentieux.

SECTION 2 : LE CONTENTIEUX LIE AU COMPORTEMENT FAUTIF DU TIERS SAISI

Le législateur communautaire met à la charge du tiers saisi plusieurs obligations. Si pour certains d’entre eux ces obligations sont simplifiées, 146elles sont des plus contraignantes pour le banquier tiers saisi. Ainsi aux termes de l’acte uniforme, le tiers saisi ne saurait faire obstacle à la procédure de saisit 147 mais en plus, le tiers saisi est tenu d’apporter son concours lorsqu’il est requis et on le sait dans le cadre de la saisie des comptes bancaires le législateur lui impose deux principales obligations une de déclaration et une autre de communication. Leur non-respect constitue des attitudes fautives du tiers saisi (PARAGRAPHE 1) auxquelles le législateur a associé des sanctions très précises (PARAGRAPHE 2) PARAGRAPHE 1 : LES ATTITUDES FAUTIVES DU TIERS SAISI
146 147

Voir dans ce sens LANDZE (R, D) op.cit. Article 38 de l’AU sur les PSRVE <<les tiers ne peuvent faire obstacle aux procédures en vue de l’exécution ou de la conservation des créances... >>.

Le tiers saisi peut voir son comportement qualifié de fautif dans deux hypothèses. Il pèse sur lui des obligations positives ou négatives : tel est le cas de manière générale lorsque ce dernier fait obstacle à la poursuite de l’exécution (A) et de manière spécifique à la saisie des comptes bancaires le non-respect des obligations que lui impose le législateur (B)

A- LA RUPTURE DE SON OBLIGATION D’ABSTENTION Le tiers apparaît de manière classique comme un troisième personnage dans la saisie des comptes bancaires. L’acte uniforme en son article 38 pose clairement que ce dernier ne saurait faire obstacle à la saisie, qu’elle soit conservatoire ou attributive. Cet article 38 de l’AU prévoit que le tiers saisi est tenu d’une obligation d’abstention148. Constitue donc une attitude fautive le fait pour le débiteur de s’opposer à ce que la saisie se poursuive

paisiblement ou suive son court normal. Ainsi, pourront être considérés comme des actes d’obstruction le fait pour le tiers saisi de ne pas laisser accès à ses locaux aux huissiers de justice ou à tout autre agent d’exécution ou encore le fait pour le tiers saisi de ne pas se montrer coopérant. De même, le fait pour le débiteur de manipuler le solde du compte saisi constitue également un frein à l’exécution ; car en le faisant, le tiers saisi est susceptible de freiner la poursuite de la procédure.149 Tel était le cas dans l’espèce de la CCJA en date du 10 janvier 2002, Banque of Africa Côte d’Ivoire dite BOA contre la Banque de l’Habitat cote d’ivoire dite BCHI où lors de la signification du procès verbal de la saisie- attribution, avait déclaré détenir pour le compte de la société GEOBETON un compte courant débiteur de 302085 CFA et un compte à terme créditeur de 20.000.000 de francs. Mais au moment du paiement la BOA n’avait finalement versé à la BHCI que 2.697.915 francs déclarant que ces sommes constituaient le solde
148 149

du compte de la société GEOBETON << après avoir passé les

ASSI ESSO (A-M) et NDIAW (D) op. cit. P.49. Voir article de LANDZE (R, D) op.cit. P.2.

écritures des opérations en cours au jour de la saisie>>. Ce qui n’est pas faux, mais alors comment savoir s’il n’y a pas eu manipulation des fonds par le tiers saisi. Constitue également des obstructions le fait pour le débiteur d’exercer un contrôle sur les documents qui lui sont remis par le créancier saisissant. En effet, le législateur ne dit pas si le tiers a un pouvoir de contrôle poussé sur les documents ou alors si ce dernier n’a qu’à se conformer à une régularité formelle.150 . A coté de cette obligation, le législateur l’astreint au respect d’obligations diverses.

B- LE NON-RESPECT DES OBLIGATIONS POSEES PAR L’ARTICLE 156 DE L’AU Si le droit antérieur imposait au débiteur des obligations plus nombreuses 151, le législateur communautaire lui a simplifié la tâche et ramène ces obligations au nombre de deux : l’une concerne l’obligation de renseignement du tiers saisi et l’autre la conservation des fonds saisis dont il est comptable152. Le tiers saisi est donc tenu d’indiquer à l’huissier instrumentaire le solde des comptes du débiteur qu’il détient pour le compte du débiteur. Il est par ailleurs tenu de lui faire cette déclaration sur place et lui communiquer des pièces justificatives. Mais également constitue le non-respectt de ses obligations le fait pour le tiers saisi de se libérer des fonds alors que ceux –ci font déjà l’objet de saisie. Ces abstentions de la part du tiers saisi constituent à n’en point douter des causes de sanctions telles qu’elles sont prévues par le législateur communautaire.

150

Ceci se comprendrait d’ailleurs car sur ces derniers pèsent des obligations contractuelles concernant ces sommes qui lui sont remisent par le débiteur et il serait malheureux de devoir payer alors que cela aurait ou être évité s’il avait été un tout peu plus diligent. 151 Dans la saisie arrêt, le tiers saisi était tenu d’une obligation de renseignement à deux stades : lors de la signification de l’exploit de saisie arrêt et lors de l’assignation en déclaration affirmative. Droit et pratique des voies d’exécution sous la direction de GUINCHARD (S) et MOUSSA (T) Dalloz 2004 p.639 n°821.40. 152 Sur la question voir chapitre 1.

PARAGRAPHE 2 : LES CONSEQUENCES ATTACHEES A LA FAUTE DU TIERS SAISI La sanction du tiers saisi dépendra, selon qu’il s’agit d’une condamnation aux causes de la saisi ou alors que la juridiction le condamne à payer des dommages intérêts aux créanciers à qui il aura certainement causé des dommages. (A) Mais à la lecture des textes qui gouvernent la procédure, on se rend bien compte que ces solutions sont inopérantes envers certains tiers saisis. (B)

A- LA SANCTION DU COMPORTEMENT FAUTIF DU TIERS SAISI Ces sanctions visent à contraindre le tiers saisi à s’exécuter. Elles sont pour la plupart prévues par le législateur communautaire. D’autres résultent tout simplement de la pratique judiciaire.153 Il s’agit de la condamnation aux causes de la saisie (1) qui s’accompagne du prononcé d’astreinte (2) afin de pousser le tiers saisi à s’exécuter. 1- LA CONDAMNATION AU PAIEMENT DES CAUSES DE LA SAISIE ET AUX DOMMAGES ET INTERETS L’acte uniforme pose en son article 156 le principe des sanctions. Il dispose à cet effet que <<… toute déclaration inexacte, incomplète ou tardive expose le tiers saisi à être condamné au paiement des causes de la saisie, sans préjudice d’une condamnation au paiement de dommages intérêts. Ce texte ne pose cependant aucune sanction en cas de noncommunication des pièces, alors que cette obligation vient compléter et crédibiliser les informations données par le tiers saisi. Généralement c’est le non-respect de son obligation de déclaration qui est sanctionné chez le tiers saisi. C’est la sanction qui intervient en cas de mauvaise foi du tiers saisi dans l’exécution de son obligation d’information. Par exemple, une déclaration

153

BEBOHI (E, S) La saisie attribution dans la jurisprudence de l’espace OHADA p.60 mémoire précité.

mensongère ou inexacte.154 Ceci nous amène à nous interroger sur la portée de cette condamnation que les juridictions ne manquent pas d’appliquer155. En droit français la condamnation porte sur toute la créance cause de la saisie. Ainsi la condamnation entraîne paiement par le tiers saisi, << à la demande du créancier des sommes dues à ce dernier>> 156 et non pas seulement des <<causes de la saisie dans la limite des sommes dont le tiers saisi est redevable envers le débiteur>>157. Nous pensons et telle est la position adoptée par les juridictions communautaire158 que cette solution française est très sévère et qu’il faudrait que l’on limite la sanction à hauteur de la créance entre les mains du tiers saisi 159. Ainsi dans une espèce, la Standard Chartered Bank avait refusé de faire des déclarations et communication des pièces justificatives requises conformément à l’article 156 alinéa 1 de l’acte uniforme sur les voies d’exécution. La cour d’appel condamna celle-ci solidairement avec le débiteur au paiement des causes de la saisie. Ceci est à saluer car le juge répond ici à un besoin exprimé par les justiciables face à la mauvaise foi des tiers saisis qui se croyaient à l’abri des foudres de la justice. Une question demeure celle de savoir quelle sanction appliquer en cas de refus de communiquer les pièces comme cela est prévu à l’article 156 alinéa 2.Il ne ressort nul part de l’AU qu’une sanction peut être prise à l’encontre du tiers saisi en cas de manquement à cette obligation. Dès lors on peut penser que le législateur a entendu laisser la liberté au tiers de fournir ou non les documents qui pourraient éventuellement être demandé par le créancier
154

Une circulaire du ministère de la justice au Cameroun précisait que lorsqu’il est prouvé que le tiers saisi a fait une déclaration mensongère (par exemple pour dire qu’il ne détient aucune somme appartenant au débiteur saisi alors que c’est tout le contraire), il doit être condamné au paiement des causes der la saisie, sans autre forme de procès. 155 CCJA 19 juin 2003 Affaire SOCOM c/Société Générale des Banques au Cameroun et BEAC décision trouvée sur le site www.juriscope.org . 156 TGI de Cherbourg, Jex, 8 déc. 1993, D.1994, 291, note R. Martin ; cit. .1994, P.687, obs. Perrot ; Rev.huissiers1994, 1425. 157 TGI Lyon, Jex, 7 déc.1993, JCP E 1994, PAN .673. 158 TPI de Douala, ordonnance de référé n° 225 du 29 décembre 2000 affaire société des Hospices du Cameroun en liquidation contre Standard Chartered Bank. 159 CCJA arrêt n° 1 du 08 janvier 2004, Affaire SGBC c/ Hollywood Hôtel.

saisissant. Les juridictions nationales font application de la même sanction qu’en cas de nondéclaration ou de déclaration inexacte160 . En droit français la non-communication ne peut donner lieu qu’au paiement de dommages et intérêts. Ainsi, la cour de cassation française a censuré une décision d’une cour d’appel qui a jugé que le défaut de fourniture des pièces justificatives, sans motifs légitimes, entraîne condamnation du tiers saisi au paiement des sommes dues au créancier.161 Mais que le manquement à l’obligation de fournir les pièces justificatives ne peut donner lieu qu’au paiement, s’il y a lieu, de dommages –intérêts.162 Nous pensons que telle devrait également être la solution à retenir par les juges communautaires. En cas de réticence de la part du tiers saisi, le juge peut assortir sa décision d’astreinte.

2- LE PRONONCE DE L’ASTREINTE L’astreinte est un procédé destiné à obtenir l’exécution d’une décision de justice. C’est une mesure de contrainte utilisée de manière fréquente par les juges afin de contraindre le tiers saisi à s’exécute. Elle consiste pour le juge, à condamner une personne à une somme d’argent à raison de tant par jour (ou semaine ou mois) de retard163 . Selon BEBOHI EBONGO Sylvie, ont constate que les astreintes <<sont prononcées en l’absence de toute résistance et elles accompagnent de plus en plus les ordonnances de saisie attribution pour briser les velléités d’inexécution surtout envers les banques >>.164 On peut citer à titre d’illustration l’espèce Société des Hospices du Cameroun contre Standard Chartered Bank où le juge face à la réticence de la banque à s’exécuter a accompagné sa
160

TPI de Douala, ordonnance de référé n° 225 du 29 décembre 2000 affaire société des Hospices du Cameroun en liquidation contre Standard Chartered Bank précité où la banque avait refusé de faire des déclarations et communications des pièces justificatives requises conformément à l’article 156 alinéa 1 de l’AU sur les PSRVE. 161 C.A. Montpellier, 10 janv.2000, RD Bancaire et financier 2000, p.179, obs. DELLICI (J, M). 162 Cass. 2 civ. ,20 déc. 2001, Bull. civ. II, n°205 ; RD Bancaire et Financier 2002, n°67, obs. DELLICI (J, M) ; JCP G 2002, IV, 1214. 163 GUILIN (R) et Vincent (J) Lexique des termes juridiques 13 Edt. 2001 p.53. 164 BEBOHI (E, S) La saisie attribution dans la jurisprudence de l’espace OHADA p.65 mémoire précité

décision d’une astreinte <<200.000 F par jour de retard à compter de sa signification>> 165 . Tel était également le cas dans l’espèce SGBC c/Hollywood Hôtel où les juges communautaires ont déclaré inutile le prononcé d’une astreinte alors que le tiers avait déjà accepté de se libérer des fonds. On constate de plus en plus que les astreintes sont prononcées de manière exagérée au point où leur montant en cas d’inexécution peuvent concurrencer voir dépasser le montant pour lequel la saisie est pratiquée. Tel était déjà le cas dans l’espèce Sech Hollywood Hôtel contre la succession Paul SOPPO PRISO où l’astreinte avait été prononcée à un des taux les plus élevés dans la jurisprudence (614.000.000 F CFA), tout cela pour sanctionner le refus de restituer un chèque de cinq millions de francs. D’avis avec Me IPANDA, nous pensons qu’il serait intéressant et souhaitable que le législateur freine << la hardiesse des décisions prises par nos tribunaux et cours en matière d’astreinte pour que ce domaine très sensible ne dépende plus de la longueur des pieds des magistrats selon la juste expression du professeur Malaurie>>.166 Même si ces solutions sont très efficaces, elles sont inopérantes face à certain tiers saisi. B –UNE SOLUTION INOPERANTE ENVERS LA BANQUE CENTRALE Ces solutions sont inopérantes lorsque l’on se trouve en face d’une banque centrale notamment lorsque celle-ci fait l’objet de condamnation aux causes de la saisie. L’AU luimême précise en son article 30 que << l’exécution forcée et les mesures conservatoires ne sont pas applicables aux personnes qui bénéficient d’une immunité d ‘exécution>>. Tel est le cas des banques centrales. Non seulement il est impossible de procéder à une saisie conservatoire sur des comptes qu’elles détiennent pour le compte des débiteurs mais
165

TPI de Douala, ordonnance de référé n° 225 du 29 décembre 2000 affaire société des Hospices du Cameroun en liquidation contre Standard Chartered Bank précité. 166 Me IPANDA, obs. sur les arrêts de la C.A. du littoral ,arrêt n° 118 /Ref du 27 sept 1999 Célestin BALENG Maah contre Hollywood Hôtel ;n° 16/Ref du 25 oct.1999 Célestin BALENG Maah contre Hollywood Hôtel ; citées par BEBOHI EBONGO op. cit.

également on ne peut la condamner aux causes de la saisie car elle jouit de l’immunité d’exécution. Les banques de second ordre sont tenues d’ouvrir des comptes à la banque centrale. Ce qui fait que celle-ci se retrouve constamment dans la qualité de tiers saisi. Lorsqu’elles sont tiers saisis notamment lorsque l’on procède directement à une saisie sur les comptes de ces banques auprès de celles-ci, les banques centrales ne respectent pas toujours les règles prescrites par le législateur communautaire et font très souvent l’objet de condamnation aux causes de la saisie. Seulement, les banques centrales ne sauraient en vertu de la législation communautaire elle-même
167

faire l’objet de condamnation ou de saisie de toute forme. Elle

prévoit en son article 30 alinéa 2 que l’exécution forcée et les mesures conservatoires ne sont pas applicables aux personnes qui bénéficient d’une immunité d’exécution. L’immunité d’exécution est une faveur exceptionnelle de la loi en vertu de laquelle certains débiteurs ne peuvent faire l’objet d’une exécution forcée. Il convient de préciser qu’elle se distingue de l’insaisissabilité qui est le caractère de ce qui ne peut faire l’objet de saisie. L’immunité empêche le déclenchement de toute procédure d’exécution forcée à l’encontre du débiteur, alors que l’insaisissabilité, empêche seulement le créancier d’aller jusqu’au bout de son entreprise.168 Si l’immunité est une mesure particulière aux saisies en général, elle prend un rôle particulier dans le cadre de la saisie des comptes d’argent notamment lorsque s ‘agit d’une banque centrale que l’on condamne aux causes de la saisie. En vertu de son statut par exemple la BEAC ne saurait pour ainsi dire être condamnée au paiement des causes de la saisie efficacement car s’il est possible de saisir les avoirs des banques de second ordre lorsqu’elles sont réticentes à s’exécuter tel ne sera pas le cas des banques centrales qui excipent souvent leur immunité de juridiction. Cette condamnation lorsqu’elle intervient n’aboutira certainement pas au paiement à moins que la banque elle-même y consente. Celle167 168

Article 30 précitée. SOH (M), insaisissabilité et immunités d’exécution dans la législation OHADA ou le passe droit de ne pas payer ses dettes, Juridis périodique n°5, juillet – août- septembre 2002, p.89 et s.

ci excipera ses accords de siège afin de ne pas souffrir de devoir exécuter de sanction. Nous pensons donc qu’il serait intéressant que le législateur intervienne afin de remettre de l’ordre dans ce domaine où on le sait des sommes énormes sont en jeu. Nous pouvons dire que si en vue de préserver le secteur bancaire, les banques centrales sont amenées à protéger les banques envers lesquelles des voies d’exécution sont dirigées, celle ci ne saurait engager sa responsabilité même si elle bénéficie d’une immunité d’exécution ; sinon elle conforterait les banques secondaires dans l’idée selon laquelle les avoirs qu’elles déposent à la banque centrale bénéficient également des immunités or tel n’est pas le cas. Cette immunité ne préservant que les biens et avoirs de la banque elle-même.

CONCLUSION CHAPITRE 2

Au terme de ce chapitre nous nous sommes rendu compte que lors de la saisie le comportement des acteurs à la procédure peut donner lieu à sanction selon qu’il exécute conformément à la législation les obligations à leur charge ou pas. Seulement nous pensons qu’il serait intéressant que le législateur interviennent à nouveau pour ce qui est de l’astreinte qui nous l’avons fait remarquer, est mal utilisée par la jurisprudence.

CONCLUSION GENERALE

Au terme de notre étude sur la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques, il apparaît que cette saisie est spécifique à plus d’un titre. Cette spécificité se ressent tant au niveau de la mise en œuvre que du contentieux. Au niveau de la mise en œuvre, l’on a perçu des particularités de deux ordres qui tranchent avec les autres types de saisies. La première particularité est l’éventail de responsabilités qui sont mises à la charge du tiers saisi alors que par définition, il est étranger à la procédure. A l‘analyse, les obligations qui sont mises à la charge du banquier le pousse à rompre l’obligation de réserve qui entoure la profession qu’il exerce. Ce qui fait dire à certains que le législateur communautaire a institué là une véritable délation officielle en matière de saisie bancaire. Il serait d’ailleurs à notre avis judicieux de la part du législateur de recadrer cette obligation qui ne manque pas de donner lieu à des dérives auxquelles le législateur ne s’attendait pas. La deuxième particularité est celle qui porte sur les biens qui sont visés par la procédure de saisie. Ceux ci sont des biens meubles mais ils sont incorporels et sont matérialisés par un simple jeu d’écriture chez le banquier. Cet état de chose est de nature à en rendre la saisie difficile et l’impossibilité de les percevoir entraîne des risques de

manipulation frauduleuse. Problème auquel l’acte uniforme n’a pas manqué d’apporter des solutions. Ainsi, le législateur, vu le rôle accru que jouent les comptes en banque dans la vie des personnes qui en ont, a –t-il pris le soin de déterminer quels biens peuvent faire l’objet de saisie. Seulement il faudrait que ce dernier suppléé par la haute juridiction communautaire apporte des précisions sur la saisissabilité de certains biens tel les ouvertures de crédits.

L’autre volet spécifique à cette forme de saisie se retrouve au niveau du contentieux né à l’occasion de la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques. Ces particularités sont liées soit aux biens soit au comportement des acteurs à la procédure. Pour ce qui est des biens, le contentieux est lié à l’origine des fonds saisis, porte sur les fonds saisis eux-mêmes. Pour ce qui est de l’origine des fonds saisis, l’on peut relever que les comptes reçoivent plusieurs types de biens ayant une importance particulière dans la vie du débiteur tel son salaire. Cet état de chose a donné naissance en jurisprudence communautaire à un type nouveau de compte, les comptes dits de virements de salaires qui ne sauraient à leur avis faire l’objet de saisie. A notre avis tel ne doit pas être la solution, car ce serait restreindre le domaine de la saisie des comptes bancaires. Pour ce qui est du comportement des acteurs à la procédure, nous avons vu que leur comportement peut également donner lieu à contentieux selon qu’ils respectent ou non les obligations mises à leur charge par le législateur communautaire. Le non-respect de ces obligations donne lieu en jurisprudence à une application stricte des sanctions légales voire à un usage abusif au niveau du prononcé des astreintes en jurisprudence. L’on se rend bien compte des avancées dans l’organisation de la procédure de saisie des comptes d’argent entre les mains des banques. Mais comme toute œuvre humaine, nous pensons qu’il y a encore des choses sur lesquelles le législateur devrait revenir et y apporter des précisions afin de rendre à la saisie des comptes d’argent entre les mains des banques l’efficacité recherchée. En pratique, celle ci demeure complexe d’où le contentieux parasite qui se développe autour de cette procédure.

ANNEXES

----- Ordonnance de référé n°29 du 25 janvier 2002 ,TPI de Bafoussam, Affaire CAMTEL c/ FOKAM KAMGA Frank, BICEC, NDJIONDJIOP Christine, KAPPI Charlotte.

-----Ordonnance de référé n°57 du 5 avril 2002, TPI de Bafoussam. Société Générale de Banque au Cameroun c/ banque des Etats de l’Afrique Centrale et succession YEMTSA Moussa.

-----CCJA, Arrêt n°004 : 2002 du 10 janvier 2002.Banque of Africa Côte d’Ivoire dite BOA c/ Banque de l’Habitat de Cote d’Ivoire dite BHCI.

BIBLIOGRAPHIE
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INDEX ALPHABETIQUE

A
Accessoires: 60, 62, 65 60, 62, 65 Attribution : 45, 46, 47, 53, 82 Astreinte : 77 Avis à tiers détenteur : 48, 49, 51

B
Banque centrale : 78 Blocage :21

C
Concours de saisie : 45, 48, 49 Compte courant : 31, 32 Compte à terme : 33 Compte joint : 12 Compte de garantie :34 Créances: 37, 38 Condamnation (aux causes de la saisie) : 75, 76, 78 Contre passation : 43

E
Execution provisoire: 61, 62

I
Indivisibilité : 31 Insaisissable : 57, 58, 59 Indisponibilité :40, 54 Intérêts : 60, 62 Imputation :43, 44

L
Liquidation : 40, 41

P
Paiement : 22, 23, 25, 26, 46 Provisoire ( solde) : 57, 58, 59

R
Reforme (des voies d’exécutions) : p.2, 3, 9

S
Saisie : -Conservatoire : 2, 49, 53 -attribution : 2, 53, 82 Saisissabilité :31 ,33, 34, 56 Solde :35, 36, 42, 43 Signification:54

T
Titre (exécutoire) : 5

TABLE DES MATIERES DEDICACES…………………………………………………………………………...II REMERCIEMENTS…………………………………………………………………...III SOMMAIRE…………………………………………………………………………...IV RESUME…………………………………………………………………………….….V ABSTRACT …………………………………………………………………………....VI INTRODUCTION GENERALE…………………………………………………………1 TITRE I : Les règles spécifiques à la mise en œuvre de la saisie des avoirs bancaires …9 CHAPITRE 1 : Les particularités liées à la nature triangulaire de l’opération…………10 SECTION 1 : Le devoir de coopération du banquier tiers saisi…………………………11 PARAGRAPHE 1 : L’institution d’une obligation déclaration rompant le secret bancaire11 A-la déclaration des comptes tenus pour le compte du débiteur…………………….. ….12 B-la déclaration des modalités affectant le solde des comptes du débiteur……………….15 PARAGRAPHE 2 : L’institution d’une obligation de communication des pièces justificatives……………………………………………………………………………….17 SECTION 2 : Le devoir de règlement du banquier après la saisie………………………. 20 PARAGRAPHE 1 : L’obligation de conservation des fonds rendus indisponibles…………20 A- L’obligation de bloquer les fonds saisis…………………………………………………21 B- Le tiers saisi est comptable des fonds saisis………………………………………… …21 PARAGRAPHE 2 : L’obligation de paiement du banquier en cas de saisie des comptes bancaires………………………………………………………………………………. …..22 A- L es hypothèses donnant lieu à paiement……………………………………………. …23 1- Le paiement immédiat en l’absence de contestation…………………………………….23

2- Le paiement différé en cas de contestation………………………………………………24 C- La libération des fonds saisis……………………………………………………25 Conclusion chapitre1………………………………………………………………..28 CHAPITRE 2 : Les spécificités liées à la nature des biens saisis…………………………...29 SECTION1 : Les comptes et éléments susceptibles d’être saisi……………………….……30 PARAGRAPHE1 : Les comptes visés par la loi……………………………………….…….30 A- La saisissabilité du compte courant……………………………………………………….31 B- La saisissabilité des comptes à terme……………………………………………………..33 C-les particularités du compte de garantie…………………………………………………...34 PARAGRAPHE2 : Les éléments saisissables………………………………………….…….35 A- Tout le solde du compte est saisissable……………………………………………….…..36 B- Les éléments saisissables du compte……………………………………………………...36 1- Le sort des sommes provenant des créances insaisissables……………………………….37 2-L’insaisissabilité partielle des gains et salaires d’un époux commun en biens…………….38 SECTION 2 : Le régime juridique des biens saisis…………………………………………39 PARAGRAPHE 1 : L’indisponibilité des avoirs saisis………………………………..….…40 A- L’institution d’une indisponibilité totale…………………………………………….……40 B- Le dénouement des opérations en cour…………………………………………………...41 1-les opérations en cours………………………………………………………………….….42 a- Les opérations créditrices…………………………………………………………………42 b-Les opérations débitrices……………………………………………………………….….43 2-L’imputation des résultats de la liquidation sur le compte saisi……………………………43 PARAGRAPHE 2 :L’attribution immédiate des fonds saisis………………………………..45 A- Le sens de la notion <<d’attribution immédiate>>…………………………………….45 1-L’attribution immédiate une fiction juridique…………………………………………….46

2- La créance attribuée : une propriété conditionnelle pour le créancier……………………46 B- L’inefficacité du concours en cas de pluralité de saisies…………………………………48 1-En cas de concours de saisie entre particuliers………………………………………….48 2- En cas de concours entre un avis à tiers détenteur et une saisie des comptes bancaires49 Conclusion chapitre2…………………………………………………………………….51

CONCLUSION TITRE………………………………………………………… ………52
TITRE II : Le contentieux spécifique à la saisie des sommes d’argent entre les mains des banques …………………………………………………………………………………..54 CHAPITRE 1 : LES CONTESTATIONS PORTANT SUR LES SOMMES SAISIS…….54 SECTION 1 : Les contestations portant sur l’origine des fonds saisis…………………...55 PARAGRAPHE 1 : Les fonds provenant des salaires ……………………………………55 A- Le rejet en jurisprudence de la saisissabilité des comptes dits de <<virements de salaires >>………………………………………………………………………………………………56 B- L’insaisissabilité des comptes dits de <<virement de salaires >> une solution sans fondement…………………………………………………………………………………….…57 PARAGRAPHE 2 : Les fonds saisis provenant d’autres créances insaisissables ………….58 SECTION 2 : LES CONTESTATIONS PORTANT SUR UNE PARTIE DE L’ASSIETTE DE LA SAISIE………………………………………………………………………………60 PARAGRAPHE 1 : La contestation portant sur une partie de la créance…………………...60 A – La prise d’effet immédiat de la saisie pour la fraction non contestée de la créance….…61 B- La possible exécution provisoire pour la tranche contestée………………………………61 PARAGRAPHE 2 : Contestation portant sur les intérêts et accessoires de la créance cause de la saisie……………………………………………………………………………………….62 A – La controverse autour de la détermination des accessoires de la créance cause de la saisie………………………………………………………………………………………….63

B – La nécessaire détermination des accessoires du montant global…………………………65

Conclusion chapitre1…………………………………………………………… ………….66
CHAPITRE 2 : LE CONTENTIEUX PORTANT SUR LE COMPORTEMENT DES ACTEURS DE LA SAISIE…………………………………………………………………67 SECTION 1 : LES DIFFICULTÉS D’EXECUTION LIEES AU COMPORTEMENT DU CREANCIER SAISISSANT……………………………………….………………………68 PARAGRAPHE 1 : La discontinuation fautive de la saisie………………………………..68 A- L’inaction du créancier dans la saisie conservatoire des comptes bancaires……………68 B- L’inaction du créancier dans la saisie attribution……………………………………….69 PARAGRAPHE 2 : Sanction de l’inaction du créancier………………………………….70 A- La perte de ses droits à l’égard du débiteur à hauteur de la créance entre les mains du Tiers saisi……………………………………………………………………………………70 B- Une solution à appliquer au cas par cas………………………………………………….71 SECTION 2 : LE COMPORTEMENT FAUTIF DU TIERS SAISI……………………….72 PARAGRAPHE 1 Les attitudes fautives du tiers saisi ……………………………………..73 A- La rupture de son obligation d’abstention………………………………………..……...73 B-L e non-respect des obligations posées par l’article 156 de l’AU………………………….74 PARAGRAPHE 2 : Les conséquences attachées à la faute du tiers saisi ………………….75 A- La sanction du comportement fautif du tiers saisi…………………………………………75 1- La condamnation aux causes de la saisie et aux dommages intérêts………………… …………………………………………………………..75 2- Le prononcé de l’astreinte………………………………………………………...77 B- Une solution inopérante envers la banque centrale………………………………………..78
Conclusion chapitre2……………………………………………………………...80

CONCLUSION GENERALE……………………………….81

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