You are on page 1of 40

13 avril 2008 – n° 3196 – Le JDD + Version femina – 1,50 ¤

FOOTBALL

CRISE ALIMENTAIRE

OTAGES DU PONANT

Les confessions intimes de Thierry Henry
Page 19

La révolte des affamés
Pages 2 et 3

Les secrets de l’opération Thalathine

Ecpad

Page 5

www.lejdd.fr

Fillon face aux couacs
Le sondage qui plébiscite Kosciusko-Morizet Page 4

Filip Horvat/Polaris pour le JDD

Pendant que la secrétaire d’Etat à l’Ecologie participait hier à une réunion européenne à Ljubljana (Slovénie), le Premier ministre achevait sa visite officielle au Japon.

EDITORIAL par Jacques Espérandieu

LYCEES

Clooney acteur militant ,
Il est aussi réalisateur, déconneur, amateur de café et de jolies femmes. And what else ? Un citoyen qui n’hésite pas à mobiliser son énergie et sa célébrité pour venir en aide aux Africains du Darfour. Il a donc profité de la tour née de promotion en Europe de son nouveau film, Jeux de dupes (en salles le 23 avril), pour aller plaider sa cause auprès du Premier ministre anglais Gordon Brown et du chef du Parti démocrate italien, Walter Veltroni. Qui l’ont reçu longuement et assuré de leur soutien. A Paris, pas de rendez-vous, pourtant, avec Nicolas Sarkozy. « J’ai déjà eu affaire à de nombreuses reprises à Bernard Kouchner. Un homme extrêmement compétent. On a parlé de la possibilité d’obtenir des hélicoptères pour transporter les troupes de l’ONU au Darfour et créer ainsi des corridors de sécurité. Reste à obtenir le même eng a g ement des Etats-Unis. Quand Bush campagne déchaîner autant de passions. C’est la plus excitante de puis 1968. » Obama réussira-t-il ensuite, à la façon d’Ocean’s Eleven, un braquage audacieux des voix face à John McCain ? « Tout est possible. Le candidat du Parti républicain, que j’apprécie en tant qu’ami mais dont je ne partage pas les opinions politiques, a des problèmes : les plus droitiers de son parti ne l’aiment pas – pas assez religieux et pas assez radical en matière d’immigration. » Le match sera serré. Digne d’un film hollywoodien ? Georg e Clooney y a déjà pensé. Son quatrième film en tant que réalisateur évoquera une campagne présidentielle. Côté conseillers. « Pour montrer ce qu’il faut être prêt à faire pour accéder au pouvoir et les intrigues mises en place par ces spin doctors pour obtenir la victoire. » George Clooney, président ? On vote pour… Barbara Théate
JDD

Quarante et un

Réussir la mission sans jeter des dizaines de milliers de personnes dans les rues, ménager les syndicats sans irriter le patronat, garder le titre – envié ! – de M. Réforme sans (trop) agacer François Fillon, son supérieur hiérarchique dont il est désormais un concurrent quasi officiel : ce sont quelques-uns des lourds défis auxquels l’importantissime « dossier retraites » oblige le fringant ministre du Travail, Xavier Bertrand, à faire face. Loin d’être perdu d’avance, notez, son combat. Parce que les Français approuvent plutôt le passage, d’ici à 2012, à quarante et un ans de cotisations, la disposition phare de ce rendez-vous. Parce que les manifestations « pré-discussions » n’ont pas vraiment fait recette. Parce que les divisions syndicales restent fortes depuis que la CFDT a rompu le front et soutenu le projet Fillon de 2003. Parce qu’il ne s’agit pas de le renégocier mais simplement de faire un point d’étape. Les obstacles ont surgi, pourtant. Sérieux. Un climat tendu par l’accumulation de mauvaises nouvelles sur le front économique et social. La multiplication des couacs gouvernementaux. Les résultats décevants, surtout, du plan adopté en 2003. Plus de 5 milliards d’euros de déficit du régime général attendus cette année. L’échec total rencontré sur l’emploi des seniors, dont le

taux d’activité reste en France très inférieur à celui de ses voisins européens et aux objectifs communautaires. Le dossier clé. Celui qui pousse cette fois la CFDT dans le camp des contestataires. Sur le thème : l’allongement à quarante et un ans ne sert à rien tant que les entreprises font la « chasse » aux plus âgés. Et, d’ailleurs, le texte ne conditionnait-il pas tout passage à quarante et un ans à une évolution positive du taux d’emploi des seniors ? Danger qui n’a pas échappé au ministre. Le voilà donc qui louvoie. Oui, les quarante et un ans sont indispensables. Mais d’ici à… 2020. Histoire de dépassionner un peu le débat. D’autant qu’il a d’autres choses à faire avaler à ses « partenaires ». Aux syndicats, qui s’y opposent, l’attaque en piqué programmée sur le Fonds de réserve des retraites, créé sous Lionel Jospin pour subvenir aux besoins financiers après 2020 et dont les 35 milliards d’euros sont bien attirants en ces temps de disette budgétaire. Au patronat, qui n’en veut pas, l’idée de baisser les cotisations chômage et d’augmenter parallèlement les cotisations vieillesse. A tous, un éventuel durcissement des mesures attendues. Du coup, la délicate discussion pourrait ne pas s’engager cette semaine. Il est aussi prudent, Xavier Bertrand…

Pourquoi la grogne monte encore
Page 6

IRAK

Sur la route de tous les dangers
Page 12

Jeudi à Rome, George Clooney apportait son soutien au chef du Parti démocrate italien.
aura lâché les commandes. » Et que Barack Obama sera au pouvoir. Clooney y croit. « Il est l’homme du changement dont l’Amérique a besoin. Grâce à lui, des millions de jeunes sont allés s’inscrire sur les listes électorales. C’est la première fois que je vois une

3:HIKKPB=UUVZUY:?d@b@t@g@k;
France métropolitaine: 1.50 ¤/ BEL: ¤ 1.80

T 00510 - 3196 - F: 1,50 E

Rea

Pierre Olivier pour le JDD

2*/

L’événement
Le monde a faim. Et il se révolte. Hier encore, de nouveaux incidents se sont déroulés au Bangladesh pour réclamer une baisse des prix des produits alimentaires. Depuis plusieurs semaines, des émeutes éclatent partout à la surface du globe. Burkina-Faso, Sénégal, Côte d’Ivoire, Egypte… Même des pays généralement épargnés par ces crises de subsistance, comme le Maroc, ont connu des poussées de fièvre. Au total, selon la FAO (l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture), ce sont trente-sept pays qui ont été touchés par ces révoltes. Cette semaine, à Haïti, des manifestations ont fait cinq morts et des dizaines de blessés. Les prix y ont flambé en quelques jours : le sac de riz est passé de 35 à 51 dollars (32 euros). Hier, le président haïtien René Préval a annoncé qu’il allait le baisser à 43 dollars pour calmer le

13 avril 2008

La crise alimentaire
DSK : « Des conséquences terribles »

Le directeur général du Fond monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a estimé, hier, que « les conséquences seront terribles » si les prix de l’alimentation continuent à augmenter. « Des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim…, ce qui entraînera des cassures dans l’environnement économique », a-t-ils mis en garde.

Un chargement de riz à Jakarta (Indonésie), la semaine dernière. En trois ans, les cours du riz ont bondi de 300 euros à 700 euros la tonne.

« Le plus grand défi du XXIe siècle »
Philippe Chalmin, économiste et professeur à Paris-Dauphine, dirige depuis 1986 le rapport Cyclope, plongée annuelle dans les arcanes des marchés de matières premières (prochaine édition publiée le 20 mai). tio stocks sur consommation sera au plancher. Et le marché des céréales est frappé plus que les autres par ce déséquilibre entre l’offre et la demande. Tous les pays en subissent le contrecoup mais il est particulièrement douloureux dans les pays pauvres. » Cette crise nous enseigne que notre plus grand défi est alimentaire, aujourd’hui. La planète pourra-t-elle nourrir 10 milliards d’hommes en 2070 sans une révolution verte impliquant les nouvelles technologies? Je ne le pense pas. »

■ La flambée du prix des denrées alimentaires. « Pendant vingt ans, les politiques publiques des Etats ont cessé de se focaliser sur l’agriculture. On n’a pas tenu compte de la croissance démographique et économique qui fait qu’aujourd’hui la demande de denrées alimentaires explose. Chez nous, par exemple, on est passé du productivisme à une conception non nourricière de l’agriculture fondée sur le mythe du paysan jardinier. Et le discours actuel sur les cultures bio et le refus des OGM creuse ce même sillon. Résultat : on se retrouve avec des silots vides. Fin mai, notre ra-

■ Les craintes d’une contagion à l’Europe. « On nage encore en France dans le luxe alimentaire. Même lorsque la baguette prend 10 centimes, le prix du blé n’intervient que pour 10 % dans cette hausse. Ce qui coûte le plus, ce sont les services qui servent à la fabriquer. Globalement, les prix dans la zone euro sont plutôt stables alors qu’ils montent en flamme dans les économies dollar. Mais cela doit nous servir d’avertissement, au moment où nous débattons sur les OGM et où nous révisons les termes de la politique agricole commune à Bruxelles.

■ L’organisation des marchés pour régler la situation. « Il est utopique de croire qu’un marché mondial organisé apporterait la solution. Mais cela remet au goût du jour la politique agricole dans les pays en développement. Dans les années 1980 et 1990, le FMI et la Banque mondiale ont commis une grave erreur : pour régler la dette des pays du tiers-monde, ils ont imposé des plans d’ajustement structurés qui ont sacrifié leur agriculture sur l’autel du marché. Seule l’Inde s’y est opposée. Aujourd’hui, ce pays est autosuffisant. » Propos recueillis par Bruna Basini

mécontentement populaire. Dans le même temps, le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis a été renversé, après le vote par le Sénat d’une motion de censure. Partout, la même cause produit les mêmes effets : la brusque montée des cours des produits agricoles – en un an, ceux du blé et du riz ont doublé – fait flamber le prix des produits de première nécessité. « L’augmentation sur les céréales peut avoir un effet catastrophique dans les pays qui ne sont pas en autosuffisance alimentaire », a estimé cette semaine le commissaire européen à la Coopération et au Développement, Louis Michel, qui dit redouter « un vrai tsunami économique et humanitaire ». L’ONU est elle aussi préoccupée, comme le démontre une note interne, révélée hier par le journal Le Monde : « Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l’ensemble du système d’aide alimentaire soit incapable de faire face. » La question s’est aussi invitée au sommet des ministres des Finances du G7 qui se déroule ce week-end à Washington. Et Michel Barnier, le ministre français de l’Agriculture, souhaite mettre la sécurité alimentaire au centre des débats lors de la réunion avec ses homologues européens prévue demain à Bruxelles. La crise est mondiale mais, pour l’heure, elle touche surtout

les pays en voie de développement. « Les prix des produits alimentaires sont devenus tellement élevés que les plus pauvres n’y ont plus accès, explique Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra. La situation est telle que certains fournisseurs refusent de livrer des pays où ils courent le risque de voir leur marchandise pillée par la population. Autre problème : il n’y a pas de réserves disponibles. Les stocks mondiaux ont atteint leur niveau le plus bas depuis vingt-cinq ans. »

Sukarno/EPA

Des fonds spéculatifs sont aussi entrés dans la danse
La soif de consommation des pays émergents, comme la Chine et l’Inde, entretient aussi une demande qui croît plus vite que l’offre. Exemple : la consommation de viande en Chine par habitant est passée de 20 kg en 1980 à 50 kg aujourd’hui. Sachant qu’il faut 7 à 8 kg de céréales pour produire un kilo de viande, difficile de maintenir une stabilité des prix. Et dans ce marché tendu, le moindre accident enraye la machine. Comme ce fut le cas avec les mauvaises récoltes de l’année dernière liées aux conditions climatiques. La demande croissante en biocarburants – près de 100 millions de tonnes de céréales l’an passé – a perturbé un peu plus le marché. « C’est du jamais-vu. On ne comprend pas ce qui se passe et ça

Italie. Des catégories modestes basculent dans l’indigence

Le système D ne suffit plus
Rome
Correspondance C’est un reportage qui a ému l’Italie. On y voit un vieux monsieur très digne dans un supermarché. A chaque rayon, il choisit avec soin les produits les moins chers. Devant les fromages, il hésite longuement et semble renoncer. Puis il revient et, assez maladroitement, glisse un morceau de parmesan dans la poche de son manteau. Après le passage aux caisses, il est ar rêté par un vigile qui le conduit dans une petite pièce où il sera fouillé. « Depuis un an, les vols commis par les retraités ont augmenté de 40 %, explique le gérant du supermarché. Ce ne sont ni des clochards ni des kleptomanes, mais des personnes qui ne s’en sortent plus avec leur retraite. » C’est l’inflation qui a fait basculer dans l’indigence les catégories autrefois considérées comme « modestes », mais au-dessus du seuil de pauvreté. Car en raison de l’augmentation des cours des matières premières, le prix des produits de première nécessité a explosé. Ainsi, en un an, le pain a augmenté de 17 %, les pâtes de 13 %, le lait de 11 %. Et la crise touche désormais les classes moyennes. Une famille type devrait ainsi consacrer pour millions d’Italiens et la consommation en grande distribution chute après le 20 de chaque mois. Le génie transalpin du système D permet, parfois seulement, de contourner la crise. Ainsi à Naples, des dizaines de vendeurs de pain à prix réduit ont fait leur apparition aux coins des rues. Remontant la filière, les carabiniers ont découvert que la Camorra était derrière ce business et que les fours clandestins sont chauffés… en brûlant les ordures qui continuent d’encombrer la capia. Dans de nombreuses villes, les habitants s’organisent en coopératives d’achat pour se fournir directement en demi-gros auprès des producteurs. A Turin et à Milan, le riche poumon économique de la péninsule, on publie des listes de bouchers et de boulangers qui s’engagent à baisser leurs prix la quatrième semaine du mois. Chaque samedi, les marchés généraux des grandes villes sont désormais ouverts aux particuliers qui, en fin de matinée, font à moindres frais leur marché dans les stocks délaissés par la distribution. Et le gouvernement a autorisé la tenue, un samedi par mois, de marchés où les producteurs vendent directement leurs produits aux citadins. L’Italie bascule tristement de la « dolce vita » à la « low cost vita ». Dominique Dunglas

« Une menace pour la
Jacques Diouf, directeur général de la FAO (organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation), tire le signal d’alarme. Faut-il justement limiter la production de biocarburants ? Il faut en discuter. C’est un problème complexe. Il faut voir quels sont les pays qui produisent ces biocarburants. Est-ce que ce sont des pays exportateurs ou importateurs de produits alimentaires ? Existe-t-il des subventions et aides publiques pour ces productions ? Lors du sommet des chefs d’Etat sur la sécurité alimentaire mondiale à Rome, en juin prochain, il faudra étudier l’impact de ces biocarburants. La spéculation autour des produits agricoles explique-t-elle aussi cette hausse des prix ? Incontestablement, les fonds spéculatifs ont participé à cette augmentation. Ils jouent toujours sur les marchés à terme, que ce soient pour les aliments ou les métaux. Mais ils n’interviennent pas s’il n’y a pas d’opportunités. Leur intervention n’est donc pas une cause structurelle au problème. Cette crise se limite-t-elle aux pays en voie de développement ? Mais c’est le monde entier qui est touché puisqu’il y a une globalisation des échanges de produits ag ricoles. Bien sûr, comme toujours, ce sont les pays en voie de développement qui souffrent le plus. Mais je ne serais pas surpris si les réactions populaires que l’on a pu observer en Afrique ou dans les Caraïbes s’étendaient prochainement à l’Asie. Il existe déjà de

Quelle est l’ampleur de la crise alimentaire actuelle ? C’est une crise très grave, sans doute la plus grave depuis une quinzaine d’années. Selon l’index FAO, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 58 % en un an, de 131 % pour les céréales. A quoi l’attribuez-vous ? Le problème est que nous avons une conjonction de facteurs négatifs qui ont entraîné une hausse des prix. Dans plusieurs pays, les effets du changement climatique ont entraîné de mauvaises récoltes l’année dernière. Il y a eu la sécheresse en Australie mais aussi au Kazakhstan, des inondations en Asie, des ouragans en Amérique latine et un hiver exceptionnellement froid en Chine. A cela s’ajoute un épuisement des stocks. Parallèlement, il y a un accroissement de la demande dû à une augmentation de la population mondiale. Dans les pays émergents qui connaissent de forts taux de croissance, comme la Chine et l’Inde, la population consomme aussi plus de produits alimentaires. Enfin, la nouvelle demande en bioénergies a également joué. Jusqu’à présent, la production agricole était suffisante pour assurer l’alimentation humaine et animale. Désormais, des quantités importantes vont à la production des bioénergies.

AFP

« Grève des pâtes » de 24 heures en septembre pour protester contre la hausse des prix.
ses dépenses courantes 1.700 euros en plus cette année qu’en 2007. La quatrième semaine est devenue impossible à boucler pour des

En France, les associations caritatives dans le besoin

Après une visite informelle à Matignon lundi dernier, en compagnie des représentants des Restos du cœur, de la CroixRouge et des Banques alimentaires, Julien Laupretre, président national du Secours populaire, ira frapper cette semaine à la porte des patrons de la g rande distribution. La hausse du coût des produits alimentaires pénalise le travail de son association. « Les collectes que nous effectuons auprès des grandes surfaces ne suffisent pas à combler nos besoins. Nous devons acheter des produits

sur le marché, et les prix s’envolent depuis six mois », déplore Julien Laupretre. Le Secours populaire et les Restos du coeur servent plus de 70 millions de repas par an mais subissent une hausse des prix de 10 % depuis six mois. Or, les contributions de leur premier fournisseur d’aliments, l’Union européenne, marquent le pas. Le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD), auprès duquel elles se fournissent pour leurs achats, a bien accru sa dotation de 10 millions d’euros en 2008 mais le nombre d’Etats

bénéficiaires a augmenté, tandis que les cours des céréales se sont mis à flamber. « A Matignon, ils ont semblé sur pris par l’étendue de nos besoins. Nous leur avons expliqué que le nombre de demandeurs a beaucoup progressé. Parmi nos bénéficiaires, on trouve aujourd’hui des retraités, des étudiants, des enfants d’immigrés et beaucoup de travailleurs précaires », souligne le président du Secours populaire. Outre l’aide publique, les appels aux dons et aux bénévoles devraient se multiplier. B.B.

149, rue Anatole-France, 92534 Levallois-Perret Cedex. Tél. 01 41 34 60 00. Fax 01 41 34 70 76. Renseignements lecteurs 01 41 34 63 40/ 69 30. Président d’honneur Daniel Filipacchi. Directeur de la rédaction Jacques Espérandieu. Rédacteurs en chef Patrice Trapier, Guillaume Rebière, Eric Chodez.Rédacteur en chef photo Philippe Jarreau. Rédacteur en chef numérique Robert Melcher. Rédacteurs en chef adjoints Michèle Stouvenot, Richard Bellet, Gilles Delafon, Carlos Gomez, Benoit Jourdain. Chefs de service Danielle Attali (Culture), Bruna Basini (Economie), Stéphane Joby (Sport), Pierre-Laurent Mazars (Société), Florence Muracciole (Politique). PUBLICITEInterquot-JDD, 9 rue Pillet Will 75430 Paris Cedex 9. Fax 0156522333. Directrice commercialeEvelyne Laquit. Tél.0156522363. Directrice de la publicité Jaël Azoulay. www.lejdd.fr LE JOURNAL DU DIMANCHE est édité par Hachette Filipacchi Associés, SNC au capital de 78.300 ¤, locataire gérant; siège social: 149, rue Anatole-France, 92534 Levallois-Perret Cedex. Directeur de la publication Bruno Lesouef. Editeur Frédérique Bredin. Directeur délégué Philippe Khyr. Hachette Filipacchi Associés est une filiale de la société Hachette Filipacchi Médias du groupe Lagardère Active Média. Président du directoire Didier Quillot. Directeur général des publications Bruno Lesouef. Directeur généraldes rédactions Christian de Villeneuve. Imprimerie Le Monde Imprimerie S.A. 94851 Ivry-sur-Seine, La Dépêche du Midi (Toulouse), La Provence (Marseille), Ouest France (Nantes)et Faximpresse.N° de Commission paritaire 0410 C 86 368 PRINTEDINFRANCE DIFFUSIONN.M.P.P. © 2008 H.F.A. Dépôt légal à parution. Réassortiments 0141 21 85 85. Directeur des ventes : Daniel Gillon. Service des ventes : 01 41 34 74 38. AbonnementsTarif France. 6 mois: 27 ¤; 1 an: 49 ¤. Travail éxécuté JDD + Version Fémina.6 mois: 29 ¤; 1 an: 55 ¤. Tarif Etrangernous consulter. Ecrire à: JDD Service abonnement, BP 2 – 59718 Lille Cedex 9. ou Tél.: 0825 826 286 (France-0,15 ¤/min). Tél.: 0145367883. (Dom Tom/Etranger). par des ouvriers syndiqués Abonnements au journal en ligne www.lejdd.fr. Numéro ISSN0242-3065.Tirage du 6avril: 355.520 exemplaires.

13 avril 2008

L’événement

/*3

bouleverse la planète
nous rend vraiment inquiets, explique Jean-Pierre Brun, un courtier en riz basé dans le sud de la France. En ce moment, c’est la récolte du riz en Asie. A cette période, les prix redescendent habituellement. Or, là, ils restent extrêmement élevés. » Cer tains Etats exportateurs garderaient leur marchandise pour la vendre au plus haut. Devant la panique, des pays producteurs comme le Vietnam, l’Inde ou la Thaïlande ont interdit les exportations. Des fonds spéculatifs sont aussi entrés dans la danse. « La variation des prix à court terme les a beaucoup intéressés. Et désormais, ils participent à cette volatilité du marché », analyse Andrée Defois, de la revue spécialisée Stratégie grains. En Europe, où la part du budget des ménages dans l’alimentation reste mesurée, les effets de la crise ne se font pas trop sentir. « Mais dans les mois qui viennent, le panier de la ménagère française va augmenter dans des proportions importantes, prévient Jean-Pierre Brun. Car il va bien falloir répercuter la hausse actuelle des prix. Et cela se fait avec six mois de retard. » Pour l’heure, c’est la situation dans les pays en voie de développement qui inquiète. La France a envoyé cette semaine à Haïti une aide alimentaire de 800.000 euros. La FAO a débloqué 17 millions de dollars. Autant de cautères sur une jambe de bois. « Sur le long terme, il va falloir trouver des solutions qui permettent de produire plus et mieux. C’est le défi auquel doit faire face la recherche mondiale », estime Hervé Guyomard. Et il y a urgence. Chaque année, la population mondiale augmente de 80 millions d’habitants. Antoine Malo

Dacca (Bangladesh), hier. Des manifestants armés de bâtons affrontent les forces de l’ordre. Environ 20.000 travailleurs ont manifesté contre l’augmentation du prix du pain. Les heurts ont fait une cinquantaine de blessés.

paix dans le monde »
rité dans le monde. J’ose espérer qu’à l’occasion du sommet de Rome, qui est devenu un sommet d’urgence, les dirigeants internationaux prendront les mesures nécessaires pour faire baisser les prix. Sinon, il faut s’attendre à ce que les émeutes s’étendent et qu’elles se radicalisent dans les zones déjà touchées par les flambées de violence. Comment faire pour sortir de cette crise ? Il y a des mesures à prendre à très cour t ter me. D’abord, faire que ceux qui bénéficient de l’aide alimentaire, les enfants ou les habitants de pays en conflit, continuent à la recevoir. Mais, surtout, il faut s’attaquer au problème de l’offre. Il faut permettre aux agriculteurs d’accéder aux semences et aux engrais, dont les prix ont aussi fortement augmenté, pour la récolte prochaine. Sinon, nous devrons faire face à une situation e n c o re p l u s g r ave q u ’ a u jourd’hui. Il faut réfléchir à l’aide à apporter aux pays en voie de développement qui ont vu leur facture d’importation de produits alimentaires augmenter de 25 % cette année. Comment aider également les pays qui ont été obligés de supprimer les taxes et droits de douane sur les produits importés pour ne pas répercuter la hausse des prix sur les consommateurs ? Enfin, à plus long terme, il faut réfléchir aux moyens mis en œuvre pour relancer la production mondiale. Interview Antoine Malo

Egypte. La population a de plus en plus de mal à se nourrir

Le spectre des émeutes du pain
Le Caire
Correspondance Dans ce quartier du Caire, ils sont une bonne dizaine à attendre devant les grilles d’une boulangerie qui vend du pain « subventionné » : vingt galettes pour 1 livre ég yptienne (10 centimes d’euro). Certains sont là depuis plusieurs heures, debout dans la file à attendre leur tour. « On travaille de 6 heures du matin à 7 heures du soir, raconte le boulanger, les mains blanches de farine. Il y a beaucoup plus de monde qu’avant… » A ce rythme, c’est un client seulement qui va être servi. Mona est contente et fourre les galettes gonflées et encore brûlantes dans son cabas. « C’est devenu très difficile, explique-t-elle. Je vis avec 300 livres par mois [environ 35 €], la pension de mon mari décédé, et j’ai sept personnes à la maison. » Elle raconte ne s’offrir de la viande qu’une fois par semaine. Le repas quotidien se compose d’un peu de riz, de pain et de légumes. Elle hésite, puis lâche : « Parfois on ne mange que du pain, le riz, les pâtes c’est trop cher. » Selon les chif fres du Prog ramme alimentaire mondial (PAM), les dépenses de base des ménages égyptiens ont augmenté de 50 % en trois mois. Les produits alimentaires sont particulièrement touchés et la situation est critique pour les plus démunis. Près de la moitié des 76 millions d’habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour. Rien qu’au mois de mars, le taux d’inflation sur les produits d’alimentation a grimpé à 36 %. Les boulangeries subventionnées sont prises d’assaut ; des bousculades et des bagarres dans les files d’attente ont déjà causé la mort de plusieurs personnes. Le président égyptien Hosni Moubarak a ordonné la mobilisation de l’armée et l’ouverture de 500 kiosques pour distribuer du

Jacques Diouf.
nombreuses tensions dans beaucoup de pays asiatiques, y compris ceux qui exportent des produits alimentaires. Cette situation est-elle amenée à durer ? Oui, car je ne vois pas de raisons objectives de diminution des prix. Certes, il devrait y avoir une augmentation de 2,6 % de la production mondiale de blé mais ce ne sera pas suffisant pour faire face à l’accroissement de la demande. Si nous ne prenons pas les mesures appropriées, il faut donc s’attendre à de nouvelles émeutes de la faim. Et des déstabilisations politiques dans les pays touchés ? Oui, d’ailleurs nous considérons que le problème n’est plus économique mais politique et social. Au-delà même, cette crise menace la paix et la sécu-

Panoramic

Mahalla-el-Koubra, au nord du Caire, lundi dernier. Des milliers d’Egyptiens protestent contre la vie chère. Au cours de la manifestation, de violents affrontements ont éclaté avec la police.
pain supplémentaire. Les autorités semblent avoir pris la mesure de la situation explosive, mais la réponse est insuf fisante pour beaucoup d’Eg yptiens. « Si le gouvernement s’intéresse à nous, pourquoi on est là à f aire la queue ? Alors que les baltaguis qui nous tapent dessus viennent se servir quand ils veulent », siffle cette jeune fille désabusée, en faisant référence aux jeunes hommes payés et armés de bâtons par la police pour disperser manifestations ou attroupements. la vie chère. Dans la petite ville industrielle de Mahalla el-Koubra, à 100 kilomètres au nord du Caire, dans le delta du Nil, de violents affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Si elles sont parvenues à canaliser ce mécontentement populaire en procédant à de nombreuses arrestations, les autorités restent sur leurs gardes. Elles gardent en mémoire ces émeutes du pain qui avaient fait 70 morts en 1977. Le spectre d’un soulèvement populaire en ferait presque oublier les indicateurs économiques insolents, dont une croissance à 7 %, que le gouver nement met en avant pour vanter le succès des réformes libérales entamées en 2004. Cette croissance, Abdel Halim, 27 ans, n’en ressent pas vraiment les effets. Originaire de la région voisine du Fayoum, le jeune homme est diplômé en commerce mais n’a pas d’autre choix que de travailler dans le bâtiment : il se loue à 20 livres [moins de 2,50 €] la journée. Ils sont six, comme lui, à attendre, assis par terre à côté d’une station de métro, des outils dépassant de leurs sacs. « Je n’ai pas travaillé depuis quatre jours. J’ai dû emprunter de l’argent pour envoyer à ma famille : on mange des lentilles, du pain. J’ai quatre enfants, je n’ai pas de quoi leur acheter du lait ou des yaourts, se plaint-il. Cela a toujours été difficile, mais là c’est le désespoir. Si on me propose un boulot à l’étranger, je pars demain, je laisse ma famille. Je prends un bateau. C’est dangereux mais je préfère mourir en mer que de mourir ici… » Stéphanie Wenger

Jean Leymarie Jacques Espérandieu
Retrouvez chaque dimanche l’info du jour sur France Info avec le Journal du Dimanche à 7h43 et 10h49.

« Cela a toujours été difficile, mais là, c’est le désespoir »
Les prix augmentent. Et la population g ronde. Dimanche dernier, à la veille d’élections locales totalement cadenassées par le pouvoir, l’opposition a ainsi appelé à une grève générale contre

Nasser/AP/Sipa

AFP

4*/

Politique

13 avril 2008

François Fillon. En voyage au Japon, il justifie sa fermeté à l’égard de Nathalie Kosciusko-Morizet

« Il fallait marquer le coup »
Tokyo
Envoyée spéciale « Bien essayé ! » a lancé le Premier ministre hier à un journaliste qui, alors qu’il visitait l’usine de retraitement des déchets nucléaires de RokkashoMura, l’inter ro geait sur l’absence de Nathalie Kosciusko-Morizet lors de ce voyage au Japon. « Bien essayé… mais nous aurons l’occasion d’en parler à d’autres moments », ajoutait-il, un demisourire aux lèvres. Et des occasions, il y en eut. Rompant avec une habitude qui consistait jusqu’à maintenant à fuir les médias, selon le principe matignonnesque bien établi « le journaliste, c’est l’ennemi », le Premier ministre s’est, pour une fois, obligeamment prêté au jeu des questions-réponses avec la presse. Provoquant lui-même une rencontre infor melle avec les « accrédités » de ce déplacement, le chef du gouvernement est tranquillement revenu sur le coup de chauffe gouvernemental provoqué par la sortie intempestive de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie qui a violemment et publiquement dénoncé la façon dont elle estime avoir été lâchée par le chef de file des députés UMP et son ministre de tutelle. « Il y a un concours de lâcheté et d’inélégance entre Jean-François Copé, qui essaye de détourner l’attention pour masquer ses propres difficultés au sein du groupe, et Jean-Louis Borloo, qui se contente d’assurer le minimum. » Un mot de trop, un mot f atal, mais une occasion en or pour François Fillon de reprendre la main.

Sarkozy écoute Morano

François Fillon, hier, sur le pont du navire de la Marine nationale Mistral en rade dans la baie de Tokyo. Privée de voyage au Japon, Nathalie Kosciusko-Morizet était en Slovénie, hier, pour une réunion des ministres européens de l’Environnement organisée à Ljubljana.

Les Français soutiennent NKM
Une grande majorité de Français donne raison à Nathalie Kosciusko-Morizet. Selon l’étude Ifop-JDD, 78 % des sondés estiment que la secrétaire d’Etat à l’Ecologie a eu raison de défendre des « positions assez restrictives » concernant les cultures OGM (67 % des sympathisants UMP). Très peu semblent avoir apprécié le brutal rappel à l’ordre de NKM après ses propos dénonçant « la lâcheté et l’inélégance de Jean-François Copé et de Jean-Louis Borloo ». 74 % des sondés jugent que François Fillon a pris « une mauvaise décision » en l’excluant de son voyage officiel au Japon. Cette fois, les sympathisants UMP sont plus divisés : seuls 48 % y voient une mauvaise décision (46 %, une bonne).

« Elle est au fond de la crevasse »
Opération en deux temps. Premier acte. Contraindre l’impétrante à rentrer dans le rang : excuses publiques, pas de séance de questions à l’Assemblée nationale mercredi der nier, plus de voyage au Japon. NKM, qui a en outre été contrainte de battre sa coulpe devant le bureau politique de l’UMP, a bu le calice jusqu’à la lie. « Elle est au fond de la crevasse », notait perfide, hier, une de ses collègues du gouver nement qui n’a visiblement pas goûté ce qu’elle appelle « l’exercice d’autopromotion » de la flamboyante polytechnicienne, étoile montante de la Sarkozye. Maintenue à son poste ministériel et dans ses fonctions de déléguée générale adjointe de l’UMP, NKM s’est attiré les foudres de François Fillon. Vendredi soir, à Tokyo, il est revenu sur ces « dissonances gouvernementales » et a taclé plutôt vertement la rebelle. « Il y a des limites à ce qu’on peut se dire. Parler de lâcheté, c’est très fort. Il faut revenir à un mode de fonctionnement plus harmonieux. Quand c’est dur, il faut que le gouver nement soit parfaitement d’équerre. » Toutefois, François Fillon n’a

Filip Horvat/Polaris

C’est à croire que François Fillon n’était pas informé du revirement de Nicolas Sarkozy sur la carte « famille nombreuse » ! Concluant la partie officielle de son voyage au Japon, le Premier ministre se montrait hier très offensif sur la nécessité de poursuivre les réformes : « Aux premières manifestations, à la première saute d’humeur de tel ou tel groupe de pression, aux premiers mauvais résultats d’une élection locale, on change de politique. Avec le président de la République, nous sommes déterminés. Il faut démontrer qu’un gouvernement, qu’une majorité sont capables de tenir leurs engagements même quand le vent souffle un peu fort et que la mer est un peu agitée. » Le chef de l’Etat, lui, en a jugé autrement. Face aux réactions houleuses provoquées par l’annonce d’un désengagement de l’Etat du financement de la carte « famille nombreuse » SNCF il a finalement , reculé. Avant-hier, il annonçait son maintien, et demandait son élargissement aux familles monoparentales et aux familles modestes de moins de trois enfants ! La SNCF devra reverser à l’Etat des dividendes supplémentaires. Le Président a donc préféré écouter les avertissements de Nadine Morano, une des proches, récemment promue secrétaire d’Etat à la Famille. Celle-ci l’avait alerté, il y a plusieurs jours, du possible effet dévastateur de la mesure noyée dans le document sur la révision générale des politiques publiques. Sollicitant son arbitrage direct. Il l’a rendu. Mais après trois jours de cafouillage gouvernemental.

Pierre Olivier our le JDD

Vous savez que, lors du débat sur les OGM à l’Assemblée nationale, Nathalie Kosciusko-Morizet a défendu des positions assez restrictives concernant la culture des OGM. Vous, personnellement, estimez-vous qu’elle a eu raison ou qu’elle a eu tort de défendre de telles positions ?
Ensemble (%)

Sympathisants du PS (%)

Sympathisants du MoDem (%)

Sympathisants de l’UMP (%)

A la suite des propos de Nathalie Kosciusko-Morizet qui a dénoncé « la lâcheté et l’inélégance de Jean-François Copé et de Jean-Louis Borloo dans le débat sur les OGM », François Fillon a sanctionné Nathalie Kosciusko-Morizet en l’excluant de la délégation gouvernementale qui devait l’accompagner au Japon. Trouvez-vous que la décision du Premier ministre est une bonne décision ou une mauvaise décision ?
Ensemble (%)

Elle a eu raison Elle a eu tort Ne se prononcent pas

78 16 6

83 9 8

78 19 3

67 26 7
Une bonne décision Une mauvaise décision Ne se prononcent pas

Sympathisants du PS (%)

SympaSympathisants thisants du MoDem de l’UMP (%) (%)

22 74 4

12 86 2

16 83 1

46 48 6

Sondage Ifop pour le JDD, réalisé les 10 et 11 avril 2008, auprès d’un échantillon de 956 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont eu lieu par téléphone, au domicile des personnes interrogées.

pas voulu en rajouter. Tout au plus a-t-il pris soin de rappeler que « les opinions ne doivent plus s’exprimer lorsque les arbitrages sont pris. Ce qui était le cas sur l’affaire des OGM ». Pour le reste, le chef du gouver nement s’est fait le chantre de la solidarité gouvernementale. « Il n’y a pas à ouvrir en permanence le débat interne au gouvernement.

Sinon, il n’y a plus de ligne. » Il s’est également justifié de sa décision de ne pas emmener Nathalie Kosciusko-Morizet avec lui au Japon. « Si elle avait été là, on n’aurait parlé que de ça. Il fallait marquer le coup. Cette affaire n’est pas anodine. » Selon François Fillon, la décision a été prise en accord avec Nicolas Sarkozy qui, lui aussi, aurait piqué « un

coup de colère » en découvrant les propos de sa secrétaire d’Etat à l’Ecologie.

Un gouvernement « peut-être un peu trop vivant »
Mais « basta », a conclu le Premier ministre, qui a une nouvelle fois répété que « l’incident est clos ». Il ne sera pas dit qu’au Japon le Fillon est grognon. Tout

au long de ces deux jours de visite officielle qui intervient trois mois avant la venue en juillet de Nicolas Sarkozy, le Premier ministre a adopté la lotus attitude. Sourires nombreux et zénitude assumée. Escor tée d’une brochette de chefs d’entreprise, Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva – de plus en plus lookée en veste cintrée et boots noirs – en tête,

F rançois Fillon, japonophile convaincu (c’est son septième ou huitième séjour), s’est gardé de mettre de l’huile sur le feu. Interrogé sur les autres couacs gouvernementaux, il a simplement consenti à reconnaître que le gouvernement était « vivant », « peutêtre un peu trop vivant », mais a parallèlement minimisé les déclarations de Rama Yade, la jeune secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, sur le Tibet. Estimant l’affaire réglée, il a signalé au passage que « mettre des conditions comme elle l’a fait ne pouvait que crisper encore les choses ». Même souci d’apaisement sur le RSA (revenu de solidarité active) proposé par Martin Hirsch. « On est en train d’y travailler, il n’y a pas d’urgence, on prendra une décision avant l’été. » Présente lors de cette visite officielle, l’épouse galloise du Premier ministre Penelope Fillon s’est montrée très discrète, tout juste si elle a consenti à évoquer sa « fascination » pour le sumo, un sport qu’elle découvrait. En 2004, Nicolas Sarkozy s’était lui moqué de « ces combats de types obèses aux chignons gominés » Virginie Le Guay

Claude Goasguen : « Il y aura de nouveaux couacs »
Nicolas Sarkozy a finalement reculé : la carte « famille nombreuse » continuera à être financée par l’Etat, et devrait même être étendue… Si l’Assemblée avait été consultée sur les mesures d’économie, les députés auraient pu signaler que celle sur la carte « famille nombreuse » allait déclencher des controverses. Le mieux aurait été d’en discuter avant. Il faut conserver cette car te. On peut aussi l’étendre, sous réserve de l’équilibre budgétaire et de la participation de la SNCF. Après l’incident Nathalie Kosciusko-Morizet, tout est oublié ? Il reste un profond malaise. Les parlementaires s’étaient déjà sentis écartés du Grenelle de l’environnement et du rapport Attali. Depuis l’élection présidentielle, la vie politique se résume à un faceà-face entre l’Elysée et l’opinion. Or, si cela a bien fonctionné quand le Président caracolait dans les sondages, on voit aujourd’hui que ce n’est pas la bonne méthode. Le cafouillage va-t-il continuer ? Il y aura de nouveaux couacs. Car on va aborder des sujets sensibles comme l’ouverture des magasins le dimanche, le revenu de solidarité active, la loi sur le Grenelle de l’environnement, le redéploiement de l’armée, la carte hospitalière… dans un contexte budgétaire difficile. Il faut donc faire de la pédagogie, et non balancer les mesures les unes après les autres Qui est responsable de la cacophonie gouvernementale ? Les ministres ont acté que le Parlement n’avait plus de pouvoir. Ils assistent de moins en moins aux séances, ne répondent plus à nos questions et vont chercher le satisfecit auprès du Président. On ne les voit que lorsqu’ils arrivent avec des projets, en général assez mal ficelés, dont on a appris l’existence dans la presse, c’est insupportable. Puis il y a le choix de l’ouverture. Nicolas Sarkozy vante la diversité d’opinions parmi les ministres. Moi, je crois que le gouvernement ne doit pas être un microparlement. Le Premier ministre François Fillon tient-il ses troupes ? Est-ce que François Fillon est vraiment le Premier ministre ? Toute sa démarche vise justement à en devenir un vrai. C’est pour cela qu’il a fait preuve de fermeté à l’égard de KosciuskoMorizet. Les parlementaires n’ont rien contre lui, bien au contraire. Le face-à-face entre Sarkozy et l’opinion publique ne peut pas durer cinq ans, il faudra bien qu’il y ait un Premier ministre et un Parlement. Quelles solutions préconisez-vous ? Le quinquennat a déséquilibré la Ve République. Il est urgent de réformer les institutions et de rétablir la souveraineté parlementaire.Il faut limiter l’usage du 49-3 et mettre en place une vraie « coproduction législative ». Le débat sur le renforcement de nos troupes en Afghanistan était très frustrant. J’aurais aimé qu’il y ait un vote et, surtout, qu’on soit informés en amont. « NKM » aurait-elle dû démissionner ? Elle a pensé que la seule manière d’exister politiquement, c’était de faire un coup d’éclat. Certains tentent de se faire remarquer de l’Elysée par des positions iconoclastes. La prochaine fois qu’un ministre dérape, le Premier ministre devrait le mettre sur la touche. Sinon, le Parlement s’en chargera. Si José Bové n’avait pas été dans le public lors du vote sur les OGM, il y a fort à parier que la loi ne serait pas passée! Interview Marie Quenet

Claude Goasguen est député UMP de Paris.
comme un bombardement. Les députés ne veulent plus être traités comme de simples bulletins de vote. De plus, beaucoup ont le sentiment que le volontarisme de Sarkozy s’étiole.

13 avril 2008

Société

/5

Le Ponant. Heure par heure, le film des opérations qui ont permis de faire échec aux pirates

Les secrets de l’opération Thalathine

ECPAD

Vendredi, une heure après la libération de l’équipage du Ponant qui a été transféré à bord du Jean-Bart, les tireurs d’élite des commandos marines français arrêtent à la sortie de Garaad six des pirates. Ils s’apprêtaient à prendre la fuite avec leur part du butin.

ECPAD

Ils cinglent désormais vers Djibouti. Les ex-otages du Ponant embarqués à bord de la Jeanne-d’Arc devraient atteindre le « pays des Braves » demain, vers 12 heures. Un avion, parti hier matin de Paris, assurera alors leur rapatriement sur le sol français. Leur bateau, un yacht de luxe appartenant à la CMA CGM, a été arraisonné vendredi 4 avril par des pirates alors qu’il entrait dans le golfe d’Aden, au large des côtes somaliennes. Plus lent que le bâtiment militaire français, Le Ponant devrait, lui, atteindre Djibouti dans la nuit de lundi à mardi. Le voilier est barré par un nouveau capitaine de la CMA CGM, accompagné de deux ex-otages – le maître de manœuvre et un mécanicien – ainsi que de quatre militaires. Il est toujours escorté de près par le Commandant-Bouan, une frégate de la marine française. « Les otages vont bien, ils n’ont pas subi de violences. Ils ont été nour ris cor rectement, c’est même leur cuisinier qui préparait les repas », raconte Claude Vergez-Larrouget, le médecin-major de la Jeanne-d’Arc. « Notre fils a pu nous téléphoner cinq minutes ce [samedi] matin, témoigne Eve Stramba-Badiali, la mère de Timothée, 26 ans, l’officier mécanicien du bord. Il avait l’air bien, serein. Et puis on a vu qu’il avait bien fait son travail… » En allant acheter les journaux, hier matin, Eve a découvert en une du Figaro la photo de son fils barrant l’air déterminé l’un des deux Zodiac, annexes du Ponant, qui ont permis vendredi aux exotages de procéder eux-mêmes à leur évacuation jusqu’au JeanBart. Ils ont ensuite rapidement été transférés sur la Jeanne-d’Arc

qui avait installé à son bord un dispositif de réanimation et de chirurgie, si jamais les choses tournaient mal. Il n’a pas été nécessaire… Vendredi 4 avril. Le Ponant, voilier de luxe long de 88 mètres, croise au large des côtes somaliennes, direction Alexandrie. En fin de matinée, douze pirates armés de kalachnikov et de lanceroquettes, arrivés sur deux petites embarcations à l’allure inoffensive, prennent d’assaut le navire. Alertées, les autorités françaises dépêchent sur place le Commandant-Bouan, une frégate de la Task Force 150 qui croise non loin de là. A son bord, le commandant Hervé Couble ne s’éloignera plus jamais de plus de 2 km de sa cible, qui met le cap sur la province du Puntland, repaire notoire de pirates. Un premier contact entre les deux navires est pris le dimanche 6 avril au matin. Derrière la radio, le capitaine du Ponant, Patrick Marchesseau : les trente membres de l’équipage vont bien, ils sont bien traités. A ce moment-là, les pirates – qui ne donnent jamais leur nom, ni même leur prénom, et se présentent comme les « Somalian people » ou « Somalian milicians » – refusent de négocier : ils attendent leur chef qui, lui, parle anglais. Entre-temps, le capitaine du Ponant épate les militaires français par son sang-froid. « Il nous expliquait en anglais ce que voulaient les pirates, que l’on s’éloigne, par exemple, puis, entre deux phrases, il glissait rapidement, en français : “ils sont nerveux” ou au contraire, “ils sont tranquilles aujourd’hui” », explique le commandant Couble. La nuit, l’équipage est regroupé

dans une salle de réception. Le jour, dans un premier temps, les captifs sont obligés de patienter sur le pont supérieur, en plein cagnard. Puis, à force de protestations, le capitaine obtiendra que les otages descendent à l’étage en dessous, sur un autre pont, mieux abrité. De leur côté, les pirates semblent apprécier leur séjour à bord. Le premier soir, ils dévalisent le bar du Ponant… Les militaires français s’inquiéteront pendant toute la semaine de l’effet de l’alcool sur des esprits déjà échauffés. Une nuit, l’un des malfrats disparaît. Certains pensent qu’il est tombé à l’eau, ivre mort. « Ou peut-être a-t-il rejoint la côte », suggère une source informée.

Un PC de crise est installé à Marseille
Une fois ancrés au large de Garaad, un villa g e du sud du Puntland, à 850 km au nord de Mogadiscio, les pirates mettent le bateau à sac et filent revendre leurs trouvailles à ter re. Pendant toute la semaine, des villageois, et non une ONG comme cela a pu être dit, apportent eau et poissons sur Le Ponant. Les pirates font de fréquents allersretours à ter re. Un « vaisseau mère » croise également au large, pensent les militaires ; mais ils ne parviendront pas à le localiser. « Les bateaux des pirates et ceux des pêcheurs se ressemblent tous », constate l’amiral Gérard Valin, commandant à bord du Var, de la zone maritime de l’océan Indien. Dimanche 6 avril. L’armateur prend contact avec les preneurs d’otages vers 21 heures. Un PC de crise est installé à Marseille dans l’ancien centre CMA CGM, un bâtiment blanc à deux pas du siège actuel. C’est Rodolphe Saadé, fils de l’armateur et directeur général de la CMA CGM, qui mène ces négociations en anglais, par radio, parlant avec les pirates plusieurs fois par jour. Il est conseillé par des experts du GIGN dépêchés dans la

Jacques Espérandieu

Michel Dumoret

Chaque dimanche, sur i > Télé, retrouvez i > Politique, la revue de l’actualité politique du week-end à 20h45, 22h45, 23h15, 23h45, 00h15, 00h45…

cité phocéenne. La négociation ne porte pas tant sur le montant de la rançon que sur le sort des preneurs d’otages. Ceux-ci sont particulièrement préoccupés par les conditions de l’échange : ils se demandent comment ils vont sortir de là alors que des navires de guerre français croisent dans la zone. Il y a aussi les clans rivaux qui lorgnent sur leur butin, et dont ils se méfient. Véronique, la femme de Rodolphe, responsable des croisières au sein de l’entreprise familiale, se charge pour sa part des contacts avec les f amilles de l’équipa g e. Le père, Jacques Saadé, proche de Nicolas Sarkozy, le rencontre régulièrement à Paris. Il accepte immédiatement de payer une rançon, tandis que le Président n’en aime guère l’idée. Au fil des jours, la force française se déploie autour du navire de croisière. Le CommandantBouan est rejoint par la frégate Jean-Bart, le pétrolier-ravitailleur Var, le navire-école Jeanned’Arc qui s’est dérouté d’un tour du monde, mais aussi six hélicoptères ainsi que des commandos marines parachutés en mer. Parmi eux, l’amiral Marin Gillier, en charge de l’opération tactique. Mercredi 9 avril. Les négociations sont sur le point d’aboutir. L’armateur et les pirates semblent trouver un accord. « Une première tentative de libération a été envisa gée le jeudi, révèle Hervé Couble. Mais les preneurs d’otages n’ont pas arrêté de changer d’avis. » Le lendemain, Nicolas Sarkozy, qui avait promis aux familles de reprendre les choses en main à partir du jeudi si la situation ne se débloquait pas, ordonne à la cellule de crise interministérielle de chapeauter désormais l’opération. Le gouvernement somalien donne son feu vert. Les Saadé ne rompent pas pour autant le contact avec les ravisseurs. Les discussions s’accélèrent. Et les pirates, qui sont désor mais dix-huit – sept sont montés à bord –, deviennent de plus en plus nerveux. « Ils nous

répétaient sans cesse de ne pas nous approcher et, à la jumelle, on pouvait les voir, armés, encercler les otages », poursuit Hervé Couble. Vendredi 11 avril. L’échange peut enfin avoir lieu : les militaires déclenchent l’opération « Thalathine » (trente, en somali, comme le nombre d’otages). Le rendez-vous est prévu sur l’eau. T rois pirates d’un côté, trois membres du GIGN de l’autre. Dans leurs mains, une rançon qui serait, selon nos infor mations, proche de 2,5 millions de dollars. Très rapidement, les otages, restés à bord du Ponant avec quelques ravisseurs, sont libérés. Le capitaine Marchesseau est le dernier à quitter le bateau. « Pour aller plus vite, nous lui avons demandé de sauter à l’eau », précise l’amiral Marin Gillier.

Les pirates sont plaqués au sol
Les otages sont sauvés. La deuxième phase de l’opération peut commencer. Grâce à l’avion de surveillance Atlantique 2 qui patrouille à 10 km de là, les militaires français ne quittent pas les bandits des yeux. Ils repèrent certains d’entre eux dans Garaad. « Nous ne sommes pas tout de suite intervenus pour ne pas faire de blessés parmi les civils », indique l’amiral Gillier. Un gros 4X4 est détecté, qui quitte le village à vive allure. Le même qui a servi une heure plus tôt à récupérer la rançon. « C’est là que nous avons lancé l’embuscade », poursuit Gillier. Tout va très vite. Un com-

mando marine à bord d’un hélicoptère tire sur le moteur du 4x4, qui s’ar rête net. « Les pirates n’ont pas compris ce qui se passait. Ils n’avaient pas vu l’hélico », sourit l’amiral. Les six hommes rechignent à se rendre. Premier tir de sommation. L’hélico se pose, trois militaires descendent à terre. Une ou deux rafales sont tirées en l’air. Les pirates sont plaqués au sol. Les mains ligotées dans le dos, ils sont embarqués dans l’hélico et transférés sur le Jean-Bart. Ils seront interrogés par les gendarmes français et probablement jugés en France. Une première. Dans leur véhicule, les Français saisissent des kalachnikov (des AK-47 et AK-74), mais aussi une partie de la rançon, un tiers selon nos infor mations. Par mi les pirates, le passager avant de la voiture est légèrement blessé à un mollet. « Il a pris un éclat du moteur, il a depuis été opéré et va très bien », assure Marin Gillier, confirmant au passage que « personne n’a été tué durant l’opération ». De son côté, le gouvernement de transition de Mogadiscio a appelé « les autres nations » à se joindre au combat contre les pirates au large de la Somalie. « Si chaque gouvernement mène des opérations comme celle des F rançais, je crois qu’on ne verra plus jamais de pirates dans les eaux somaliennes », a estimé son porte-parole, Abdi Haj Gobdon. Elsa Guiol et Soazig Quéméner (avec Guylaine Idoux)

Parlons-en
Doit-on liquider Mai-68 ?
Aujourd’hui sur La Chaîne parlementaire-Assemblée nationale débat animé par Florence Muracciole (JDD) et Frédéric Haziza (LCP-AN) entre Claude Goasguen, député UMP de Paris, à l’époque président de la Corpo de Droit, Alain Krivine, porte-parole de la LCR, l’un des protagonistes des événements de 1968 et Alain Geismar, l’un des trois leaders de 1968 qui vient de publier Mon mai 1968 aux Editions Perrin. Diffusion aujourd’hui à 8 h 30, 16 h 30 et 22 h 30, mardi à 9 heures.

ECPAD

6/

Société
plusieurs services, longuement consulté la comptabilité de l’organisation patronale et copié le contenu de plusieurs disques durs. Après un tri minutieux effectué sur place, les enquêteurs ont en outre emporté une dizaine de cartons de scellés. L’exploitation de ces différents documents devrait prendre plusieurs jours. L’UIMM est le principal contributeur financier du Medef, ce qui explique l’intérêt du juge et des policiers. Mais ils cherchent surtout des traces de l’utilisation des 19 millions d’euros en espèces retirés des comptes de l’UIMM entre 2000 et 2007. Ainsi, les actions de « lobbying » patronal, évoquées par Denis GautierSauva gnac (DGS), ex-président de l’UIMM. D’autres pistes sont envisagées, comme le financement de petits syndicats antigrève, d’organisations étudiantes marquées à droite (JDD du 17 février), voire de parlementaires. ris. Le juge d’instruction Roger Le Loire a ensuite été désigné au mois de décembre. Le Medef affirme « collaborer pleinement » avec la justice, précisant que « les fédérations professionnelles et les organisations territoriales étaient des adhérents et non des filiales », et qu’il n’avait donc pas de pouvoir de contrôle « ni sur leur gouver nance ni sur leur comptabilité ». Ce n’est pas l’avis de l’inspecteur du travail et militant socialiste Gérard Filoche, qui vient de publier Les Caisses noires du patronat (éditions Jean-Claude Gawsewitch). Même « dans l’hypothèse où l’on aurait caché cette situation qui existait depuis si longtemps

13 avril 2008

UIMM. La perquisition au siège du patronat visait à trouver trace des 19 millions d’euros

L’enquête passe par le Medef
La perquisition effectuée jeudi au siège du Medef dans l’affaire de la caisse noire du patronat était beaucoup plus poussée que ce qui a été annoncé : il ne s’agissait pas uniquement de vérifier si Laurence Parisot avait été mise au courant avant l’été de ces pratiques illicites par Daniel Dewavrin, comme l’assure cet ancien président de l’UIMM (la branche industrie et métallurgie de l’organisation patronale). Selon des sources concordantes, le juge d’instruction Roger Le Loire et les policiers de la brigade financière s’intéressaient, en fait, aux liens financiers entre le Medef e t l’UIMM. Lors de cette perquisition qui a duré plus de huit heures, ils ont visité

Polémique sur le pouvoir de contrôle de l’organisation
« Cette perquisition aurait dû être effectuée beaucoup plus tôt », lâche un des spécialistes du dossier, sous-entendant que le Medef a eu tout le temps de « faire le ménage ». Le scandale de la caisse noire de l’UIMM a d’abord fait l’objet d’une enquête préliminaire, ouverte au mois de septembre par le parquet de Pa-

à Mme Parisot, en dépit des statuts, comment a-t-elle fait pour ne pas voir quelque chose d’aussi gros ? » demande Gérard Filoche. De son côté, la nouvelle équipe qui a pris la tête de l’UIMM semble vouloir rompre avec le passé. L’ancien bras droit de DGS, Dominique de Calan, qui demandait une indemnité de départ de 1,6 million d’euros brut, vient d’être mis en préretraite, et l’UIMM lui a seulement accordé une compensation mensuelle jusqu’à ses 65 ans. Enfin, des discussions serrées se poursuivent quant à l’indemnité de départ de DGS, que l’UIMM veut revoir à la baisse. Michel Deléan

Education. On parle de 20.000 suppressions de postes pour la rentrée 2009
C’est re par ti pour un tour ! Nouvelle journée de manifestation des lycéens après-demain, la septième en trois semaines. Deux zones sur trois étant en vacances, la par ticipation risque d’être cette fois cantonnée à l’Ile-deFrance, où les congés de Pâques ne débuteront que vendredi. Mais il serait aventureux de miser sur une baisse de la mobilisation. Cette semaine, entre mardi et jeudi, le nombre de manifestants a doublé, passant à 30.000 dans les rues de Paris. Et, de source policière, le nombre de lycées bloqués est passé à Paris et toute proche banlieue de vingt à trente. En province, des cortèges ont défilé dans des villes où rien ne s’était produit jusque-là. Peu à peu, les syndicats d’enseignants entrent à leur tour dans la danse. Nouvel appel à la grève mardi dans le secondaire mais aussi, et c’est une nouveauté, dans le primaire. « Nous protestons contre les réformes de la carte scolaire et des programmes, les dotations en postes insuffisantes, mais aussi contre cette logique budgétaire qui nous fait craindre le pire pour le primaire pour les années à venir », explique le secrétaire général du Snuipp (majoritaire) Gilles Moindrot. Quant aux étudiants, ils restent pour le moment discrets. Mais les Renseignements généraux ont repéré la tenue de premières AG ces jours-ci à Paris, à Tolbiac et au centre universitaire de Clignancourt, une annexe de la Sorbonne. Les deux rendez-vous organisés vendredi entre Xavier Darcos et les deux syndicats de lycéens, la Fidl et l’UNL, n’ont pas permis de débloquer la situation. Certes, un dialogue a été engagé et des avancées pourraient survenir, notamment sur la réforme du bac professionnel. Mais, persuadé qu’on peut f aire mieux avec moins de moyens « si leur répartition est meilleure », précise son cabinet, le ministre de l’Education nationale a campé sur ses positions concernant les postes à supprimer. D’autant que la rue de

Le ton monte entre Darcos et les syndicats

Banderole anti-Ch’tis : l’équipe reconstituée
Moins de deux semaines après le déploiement de la banderole « anti-Ch’tis » lors de la finale de la Coupe de la Ligue au Stade de France, la moitié de l’« équipe » de supporters parisiens qui en serait responsable a été reconstituée par la police. Au total, six jeunes gens, les trois der niers vendredi, ont été mis en examen pour « provocation à la haine ou la violence lors d’une manifestation sportive ». Sans attendre le résultat des analyses ADN, les enquêteurs de la BRDP (brigade de répression de la délinquance contre les personnes), aiguillés par leurs collègues des renseignements généraux, sont remontés jusqu’aux auteurs présumés. Ils se sont appuyés sur le registre des entrées du Parc des Princes (la banderole a été confectionnée et stockée la veille du match dans le local des Boulogne Boys), sur les données fournies par la billetterie du Stade de France (les places sont nominatives), ainsi que sur une empreinte digitale relevée sur un morceau de ruban adhésif ayant servi à fixer la banderole sur la bâche officielle des Boulogne Boys. L’essentiel des acteurs appartiendraient à la Milice Paris, un petit groupe de supporters indépendants, ou à l’association des Boulogne Boys, dans le collimateur des pouvoirs publics. Les onze morceaux de la banderole haineuse ont été introduits très simplement dans le stade, glissés sous des vêtements ou encore por tés comme une écharpe. Sa confection a été, semble-t-il, accompagnée d’une forte consommation de bière. S. J.

Mélanie Frey pour le JDD

Manifestation de lycéens jeudi à Paris, entre le jardin du Luxembourg et le métro Saint-François-Xavier.
Grenelle parie sur une extinction en douceur du mouvement, comme celui des étudiants l’automne der nier. « Je n’ai pas de postes à distribuer même si je le voulais », dit Xavier Darcos. Pas question donc de revenir sur les 11.200 postes en moins en septembre prochain. Qui plus est, quand les syndicats annoncent pour se ptembre 2009 non plus 11.200 mais 20.000 suppressions de postes, le ministère n’est guère rassurant : « Les arrêtés budgétaires seront pris à l’automne ; pour l’instant, personne ne peut donner de chiffres. Mais si le système peut être amélioré tout en soulageant le contribuable… » Du coup, l’UNL, qui se tourne désormais vers le Premier ministre, et la Fidl appellent à la poursuite du mouvement. Syndicats de lycéens et ministre se reverront mercredi. Xavier Darcos, qui va multiplier les interventions médiatiques (BFMTV ce soir, LCI demain) recevra aussi, chacun à leur tour, ces syndicats d’enseignants qu’il accuse de « pousser les lycéens devant eux » et de ne pas « prendre leurs responsabilités ». En clair : les profs envoient les lycéens défiler à leur place afin de ne pas avoir à prendre une journée sans solde pour manifester. Pas sûr que ce genre de sous-entendus apaise un climat de plus en plus tendu pour un ministre certes très apprécié du président de la République, mais affaibli par sa récente défaite aux municipales. Alexandre Duyck

TELEX
Chirac est sorti de l’hôpital
■ L’ancien président Jacques Chirac a regagné son domicile sur les quais de Seine, hier en début d’après midi, après avoir été hospitalisé jeudi soir à la PitiéSalpêtrière pour l’implantation d’un pace-maker. Cette intervention « bénigne », « prévue depuis quelques jours suite à un examen de routine », a eu lieu avant-hier, et s’est « parfaitement déroulée » selon un communiqué.

Les proviseurs agressés témoignent
C’était mardi matin, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Une vingtaine de jeunes parviennent à pénétrer dans le lycée Alfred-Costes. La direction obtient qu’ils retournent derrière les grilles. « C’est là qu’une fille à qui je demandais de se calmer m’a craché au visage puis m’a giflé, sans que j’aie le temps de réagir », raconte le proviseur Bruno Sochan. Une heure plus tard, coup de fil de la police, prévenant que 200 jeunes fondent de nouveau sur son lycée. Le portillon ne résiste pas, un CPE reçoit un coup de poing au visage, puis les jeunes se calment. « Ils voulaient que nos élèves les rejoignent pour manifester, reprend Bruno Sochan. Je leur ai dit qu’ils en avaient reçu l’autorisation pour l’après-midi seulement, mais ils ne me croyaient pas. Trois d’entre eux ont été autorisés à rencontrer quelques-uns de nos lycéens, qui leur ont confirmé qu’ils resteraient en cours le matin. Alors ils sont repartis. » De source policière, on insiste sur la distinction entre défilés de lycéens et agissements des casseurs en banlieue. Les premiers n’ont pour le moment donné lieu qu’à d’infimes débordements : jeudi, à Paris, malgré la forte mobilisation (lire ci-dessous), seules neuf personnes ont été placées en garde à vue. Toutes ont été remises en liberté depuis. Mais à l’inverse, en banlieue, les services de police redoutent des violences comparables à celles survenues en marge du mouvement anti-CPE de 2006. Notamment aux abords des lycées. Avant-hier, trois jeunes soupçonnés d’avoir enfoncé la grille du lycée Blaise-Pascal de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) ont été placés en garde à vue. La semaine dernière, la proviseure du lycée Charles-de-Gaulle de Rosny-sous-Bois a été agressée. A Créteil (Val-de-Marne), trois élèves de Léon-Blum ont été légèrement blessés à la suite de l’intrusion, là aussi, d’éléments extérieurs au lycée. Autre exemple lundi matin à l’entrée d’un lycée de l’est de la Seine-Saint-Denis. Près de 150 jeunes gens se présentent devant les grilles. Lesquelles ne résistent pas longtemps. Les quelques adultes placés derrière ne peuvent rien faire. Les bureaux de l’administration sont situés au rez-de-chaussée. Tous sont fermés, sauf un, celui de la proviseure adjointe. « La scène a duré dix minutes, raconte-t-elle. Mon bureau a été saccagé. Puis ils sont ressortis dans le couloir où ils ont brisé la vitrine contenant les coupes remportées par nos élèves, qu’ils ont volées ou brisées. Ils ont ensuite détruit une exposition d’art plastique affichée sur des panneaux, puis sont montés dans les étages. » Mais les salles de classe y sont toutes fermées à clé et aucun élève n’est blessé. A l’inverse, la proviseure adjointe est projetée au sol et piétinée. Une jeune CPE reçoit un coup de pied dans les côtes. Toutes deux ont été hospitalisées et n’ont pas encore repris le travail. Les nombreux gestes de soutien de ses propres élèves ont réconforté la proviseure adjointe, tout comme Bruno Sochan à Bobigny Malgré les vio. lences, tous deux veulent poursuivre leur travail en banlieue, « là où les élèves ont le plus besoin de nous, là où notre mission est la plus passionnante », assure Bruno Sochan. A.Du.

Bugaled Breizh : les juges croient au sous-marin
■ Les deux juges d’instruction chargés du naufrage du Bugaled Breizh confirment, dans une note écrite, que l’hypothèse « la plus sérieuse » est celle d’un sous-marin qui se serait pris dans ses filets. Cinq marins avaient trouvé la mort dans ce naufrage mystérieux, en janvier 2004. La procureure de Quimper, elle, n’exclut pas d’autres causes accidentelles.

Pêcheurs en colère
■ Une cinquantaine de marinspêcheurs qui occupaient depuis vendredi les locaux des Affaires maritimes de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) ont été évacués hier. Ils sont cependant demeurés devant le bâtiment autour de pneus en feu. Les protestataires contestent la réduction de leurs quotas de pêche.

13 avril 2008

8/

Société

13 avril 2008

Mystère. Un jeune homme de bonne famille assassiné de deux balles de 9 mm

Un « contrat » à Chamalières
Pascal Chareyron/La Montagne

Il aurait dû fêter son anniversaire demain. Mais, le 2 avril der nier, deux balles de 9 mm l’ont figé dans sa trentième année. Conseiller en recrutement, Olivier Ar naud a été exécuté comme un voyou à Chamalières (Puy-deDôme), où il sera inhumé mercredi prochain. Surnommé le « Neuilly-sur-Seine » de Clermont-Ferrand, l’ancien fief du président Valéry Giscard d’Estaing a longtemps eu les honneurs de la rubrique politique. Mais deux détonations l’ont ravalé au rang d’une cité de banlieue ou d’un trottoir marseillais. « C’est un genre d’affaire auquel l’Auvergne n’est pas habituée », concède Michel Valet, le procureur clermontois. Avec ses villas cossues et ses arbres en fleurs, la rue de l’Ecorchade, la mal nommée, ne fleure pas le coupe-gorge. C’est pourtant ici, près des hôtels surannés de la station thermale de Royat, que ce jeune père a été retrouvé, affalé sur son volant. Logé provisoirement dans la maison d’un ami, il partait travailler dans son agence d’intérim vers 8 h 05 lorsqu’un homme casqué a surgi. Il a ouvert la portière et tiré à deux reprises dans le dos et le visage du jeune homme. Après avoir enfourché une moto de grosse cylindrée, l’inconnu a ralenti près de la Clio rouge de sa victime, avant de mettre les gaz. « Je suis prêt à toutes les hypothèses, je suis prêt à tout découvrir sur Olivier, mais je serais surpris d’apprendre que c’était un caïd local. » Digne et calme, en dépit de r umeurs rappor tées par la presse locale, le docteur Henri Arnaud, 60 ans, ne comprend pas qui a pu mettre

en scène un tel règlement de comptes. « Mon fils roulait dans une voiture pourrie, je l’aidais à payer son essence. S’il faisait des affaires, en tout cas elles ne rapportaient pas », tente d’ironiser le médecin, membre du Lions Club local et expert judiciaire. Issu d’une bonne famille clermontoise, Olivier Ar naud n’a jamais eu maille à partir avec la justice. « Il n’était pas connu défavorablement des services de police », confirme le procureur. Titulaire d’un BTS commercial, le jeune homme avait tâté de l’informatique et de l’immobilier avant de trouver sa voie dans le recrutement. « Il était en passe de décrocher un CDI. Sa directrice m’a dit que ses collègues étaient très choqués par sa mort », ajoute Henri Arnaud. Séparé de sa compagne, Olivier Arnaud chérissait son garçon de 20 mois et cherchait un appartement à acheter où il pourrait le recevoir.

Les techniciens de la police scientifique sur les lieux du crime (photo de gauche). Olivier Arnaud (ci-dessus) a été exécuté par un tueur à moto dans une rue cossue de la paisible ville auvergnate.
genre de chose, s’étonne Henri Arnaud, demain matin il y aura des millions de morts… » Les enquêteurs se penchent également sur une agression sauvage dont le Chamalièrois avait été victime dans la soirée du samedi 2 mars 2002. Alors qu’il se trouvait dans une discothèque clermontoise, il était intervenu pour éloigner deux militaires et un vigile qui tour naient lourdement autour de sa compagne. Comme le couple avait ensuite tenté de s’esquiver en douce, le trio l’avait agressé devant l’établissement. Tandis que son amie était frappée, Olivier Arnaud était, lui, gravement blessé de huit coups de couteau dont deux frôlaient le cœur et la carotide. « C’était Orange mécanique, se souvient Charles Fribourg, son avocat. Olivier était pourtant quelqu’un de doux et de gentil. » En janvier 2003, les juges de Clermont-Fer rand relevaient que cette « agression gratuite avait été commise avec sauvagerie » et que « cette violence quasi homicide traduisait un mépris total de l’intégrité d’autrui ». Condamnés tous les trois en appel à sept ans de prison, les coupables ont été libérés en 2006. « A la fin de l’année 2007, ils n’avaient pas encore fini de rembourser les 30.000 € de dommages et intérêts à leur victime », remarque un connaisseur de l’affaire. Selon nos infor mations, deux d’entre eux ont été récemment été placés en garde à vue et ont fourni des alibis solides. Des vérifications ont permis d’établir que le troisième, originaire d’un département d’outre-mer, n’était pas venu en métropole. Pour l’instant, rien n’a permis aux enquêteurs d’impliquer le trio dans l’assassinat d’Olivier Arnaud. Mais l’hypothèse du recrutement d’un tueur à gages ne peut être totalement exclue. « Ces gens-là se seraient quand même doutés qu’on penserait tout de suite à eux, non ? questionne Henri Arnaud, incrédule. Mais bon, ce n’est pas notre monde… et ce n’était pas le monde d’Olivier. » Troublé, l’ami de la victime se demande pourquoi le sort s’est acharné sur lui : « Peut-on croiser une telle violence deux fois dans sa vie ? » demande-t-il. Henri Arnaud, lui, n’attend de connaître la vérité que de la bouche même de la juge d’instruction. « Car ma hantise, conclut-il, c’est que mon petit-fils ne sache jamais pourquoi son père est mort. » Jean-Pierre Vergès

« C’était un beau gosse, qui pouvait susciter des jalousies. »
Golfeur et skieur émérite, ce garçon grand et frêle pratiquait aussi la boxe thaïe et la moto, qui le passionnait. « Comme beaucoup d’entre nous, il aimait bien faire la fête, complète un de ses amis, agent immobilier. C’était un beau gosse, qui avait du succès et qui pouvait susciter des jalousies. » Chargé de l’enquête, le service régional de police judiciaire (SRPJ) de Clermont-Ferrand passe désormais au peigne fin les relations de ce séducteur qui n’avait jamais fait état de menaces. « Si on tue pour ce

Défi. Sans grands moyens, un Angevin traverse le Grand Nord sur les pas de Nicolas Vanier

Ma balade au Canada
C’est l’histoire d’un homme qui a décidé de changer de vie et qui s’est mis en tête de parcourir le Grand Nord canadien, d’ouest en est, d’un océan à l’autre, à pied et en solitaire, en moins de trois cents jours. Pas franchement du jour au lendemain, mais avec les moyens du bord, peu d’argent et un minimum de matériel. Il y a une semaine, après neuf mois de marche, l’aventure a bien failli s’arrêter net. Dans le parc du Caribou, au fin fond de la province de Manitoba, à court de vivres, bloqué par une épaisse toison d’arbres et de violentes tornades de neige, Fabien Docet, l’apprenti aventurier, a finalement dû lancer un appel de détresse, blotti dans sa tente. « J’aurais peut-être pu passer, mais il aurait fallu que j’abandonne mes quatre chiens de traîneau. Et ça, ce n’était pas possible », raconte ce Français de 46 ans, père de quatre enfants, réfugié depuis à Churchill, au bord de la baie d’Hudson. Secouru par un hélicoptère de la gendarmerie royale du Canada (GRC), il n’a pas pour autant renoncé. Il s’apprête à reprendre la route d’ici quelques jours. En attendant de boucler son parcours de 7.000 kilomètres, de Whitehorse (Yukon) à Québec, le Français reprend des forces dans la capitale des ours blancs, où des religieux l’ont accueilli dans leur presbytère. Ses doigts couverts d’engelures – « Ici, on m’appelle White Finger » – retrouvent leur forme et leur couleur normales ; ses yeux brûlés par le soleil – il a dû avancer sans lunettes pour mieux détecter les plaques de glace cassantes – vont mieux. « Je me suis fait piéger en empruntant un itinéraire erroné que m’avait conseillé un vieux
Image Forum

Parti depuis juillet 2007 avec peu d’argent et un minimum de matériel, Fabien espère bien boucler son périple de 7.000 km.
bien il leur manque pour tenir le coup et finir l’aventure (« entre 5.000 et 6.000 € », pense-t-elle) : elle aimerait tenir grâce aux dons de particuliers qui envoient 10, 20 ou 30 €, grâce aux amis qui ont formé « une cordée », grâce aux Canadiens qui accueillent souvent Fabien gratuitement. « C’est difficile », murmure-t-elle. En attendant, son mari traverse des villes fantômes, des lacs gelés et d’immenses forêts boréales, par des températures avoisinant les – 50 °C. Il s’est fabriqué un attelage de fortune ave c d e u x l u g e s d ’ e n f a n t , a acheté des chiens de traîneau 20 dollars chacun. « L’un d’entre eux, Cash, a été écrasé par un pick-up », raconte Fabien Docet. II téléphone quand il peut ou donne des nouvelles par mail. Il tient un jour nal de bord qu’il compte bien publier, et rêve de créer à son retour un programme d’expéditions pour des jeunes en difficulté. Plusieurs fois, il a cru devoir renoncer. Il devrait déjà être arrivé à destination. Mais il a été bloqué trois mois à Fort Smith. « L’hiver n’arrivait pas et le sol n’était pas assez gelé pour avancer. » Aujourd’hui, pour rejoindre le sud du pays, il doit modifier l’itinéraire prévu : « La banquise a commencé à fondre. » Il espère arriver à Québec pour le 400e anniversaire de la fondation de la ville. Si tout va bien. Elsa Guiol

chasseur de caribous, dans cette région sauvage où il n’y a pas âme qui vive, plus de pistes ni de chemins », raconte-t-il. Fabien Docet a fini par installer son bivouac dans un cul-de-sac, entre deux lacs gelés, tandis que montaient les cris des loups. Puis il a téléphoné à Léonie, sa compagne qui l’attend depuis juillet dernier en pays d’Anjou. « Mon téléphone satellite ne marche pas très bien et les batteries étaient quasiment à plat à cause du froid. Par chance, j’ai fini par capter un signal. » Dans leur maison de SaintPhilbert-du-Peuple (Maine-etLoire), Léonie n’a pas eu le temps de s’inquiéter. « Il a fallu faire vite pour prévenir les secours », se souvient-elle. C’est elle qui, à défaut d’une véritable organisation, coordonne l’opération, envoie à Fabien ses sachets de nourriture lyophilisée, achemine du matériel dans chaque région qu’il traverse, met à jour son blog… « Au départ, il n’était pas du tout

prévu que je m’occupe de tout ça, souffle-t-elle. Mais la plupart des sponsors que Fabien avait dégotés n’ont pas tenu leurs promesses. » Elle ajoute : « Il est parti dans des conditions exécrables. » Sur son chemin, Fabien Docet n’a rencontré au départ que des gens qui lui disaient qu’il était fou, qu’il n’y arriverait jamais.

Fabien se met à faire du sport, vingt heures par semaine
Avant le Grand Nord, Fabien Docet était architecte d’intérieur. Léonie aussi. Une vie confortable en Maine-et-Loire, avec leurs enfants. Puis un jour, à l’aube de la quarantaine, le futur aventurier éprouve le besoin de changer de vie. A l’époque, il fume, ne fait pas d’exercice. « Il n’était pas dans son bon chemin, résume Léonie. On a fait en sorte que ce changement puisse se faire. » Ils abandonnent leur vie tranquille, l’un comme l’autre. Fabien se met à faire du sport, vingt heures par semaine, des arts martiaux

surtout, trouve des boulots de vendeur en CDD sur la côte Atlantique pour gagner un peu d’argent. Et il marche. Tout le temps. Première grande balade : le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Puis il enchaîne le nord de la France, Rome, Gibraltar et y prend goût. Il dévore les livres de Nicolas Vanier, visionne ses films. Le patron de La Belle-Iloise, la conserverie de poissons où il travaille, lui promet de le sponsoriser s’il organise une grosse expédition. L’idée du Grand Nord fait son chemin, jusqu’à l’été 2007. « Depuis le jour où j’ai commencé à marcher, j’ai su que je ferais un gros truc », confie-t-il en évoquant le besoin de liberté, l’appel des grands espaces. Outre l’aide du concepteur du « Carrix », ce petit engin qui lui permet de transporter son matériel, de La Belle-Iloise, son employeur, et de MX3, son fournisseur d’aliments, il n’a pratiquement pas un sou en poche. Léonie voudrait ne pas avoir à dire com-

DR

Société
Dernières gardes à Cordouan

/9

Sacerdoce. Le seul phare de pleine mer encore habité en France va être automatisé

Le Verdon-sur-Mer
Envoyée spéciale Entre l’homme et le phare, la rencontre a eu lieu en 1973. Lorsqu’il a posé pour la première fois son barda sur le plateau rocheux qui entoure l’obélisque, le taiseux aux yeux couleur de mer a tout de suite su qu’il avait fait le bon choix. Là, au pied du mastodonte, Serge s’est d’abord senti tout petit, puis il a compris que Cordouan était son destin. Qu’il allait payer de sa personne et de sa vie de famille pour cette merveille d’architecture située à 7 kilomètres de la côte. Bien sûr, il savait tous les sacrifices auxquels il s’engageait en donnant la moitié de ses années à Cordouan. Car il y a quelque chose d’héroïque à passer jusqu’à deux semaines d’affilée seul dans une tour en pleine mer, aux prises – Serge dit « en prise » – avec les éléments. Le vent, allié lorsqu’il balaie le visage de ses embruns salés, ennemi lorsqu’il tempête et malmène l’immense bâtisse. La mer, alliée quand elle berce le sommeil de son doux ressac, ennemie lorsqu’elle déploie ses vagues acérées contre la pierre. A 57 ans, Serge Andron, l’un des derniers gardiens du dernier

phare de pleine mer, craint que son sacerdoce ne connaisse une fin brutale. L’homme va laisser la place à la machine : les cinq postes de gardiens doivent disparaître d’ici au début de 2009. Avec un coût de fonctionnement de 350.000 € par an, le phare, dont l’utilité est de plus en plus limitée aux seuls plaisanciers, n’est plus rentable aux yeux du ministère de l’Equipement. Deux pistes sont envisagées : le remplacement des gardiens par des techniciens qui viendraient veiller au bon fonctionnement de la lanter ne ; ou l’af fectation à Cordouan d’un « conservateur de musée » chargé d’accueillir les 20.000 visiteurs qu’attire le phare à la belle saison. « Avec une boutique de souvenirs façon MontSaint-Michel à la place de notre pièce à vivre… », se désole Serge.

La présence humaine est question d’équilibre
Depuis cette nouvelle-couperet, le doyen des vigies déprime, et les quatre autres tremblent. Car l’automate est déjà là. Ce concurrent qui gère l’allumage de la lanterne sans que l’homme n’intervienne. « Oui, mais l’automate est bête. Qui le sauve lorsqu’une panne survient ? La main de l’homme », soupire Serge

du haut de la galerie du phare, à 68 mètres au-dessus du niveau de la mer. Pour lui, la présence humaine est question d’équilibre. D’har monie. « L’homme entretient, colmate, répare quand la nature dispose, érode, détruit. » Il confie son appréhension du retour définitif à la terre. « J’ai passé quinze ans de ma vie avec le phare, c’est plus qu’avec ma femme, on va bien voir… » Les g ardiens de Cordouan ont pourtant l’habitude de vivre dans l’incertitude. En 1981, l’administration des Phares et Balises de France souhaitait déjà cesser l’exploitation de Cordouan et mettre l’édifice en vente aux enchères. Tollé chez les amoureux du monument : pêcheurs, plaisanciers, élus et habitants des communes de Royan (Charente-Maritime) au Verdon-sur-Mer (Gironde) criaient à l’unisson : « Il faut sauver Cordouan ! » JeanMarie Calbet était le responsable au Verdon des Phares et Balises, il se souvient de cette époque crève-cœur. « Je devais faire appliquer la décision du ministère des Transports dont nous dépendions. Mais, au fond, cela me faisait mal de laisser filer ce bijou du patrimoine. » Les premières pierres du phare ont été posées au haut Moyen Age par les Mau-

Jean-Paul Eymond (à gauche) et Serge Andron, du haut de la galerie du phare de Cordouan.
res de Cordoue, qui avaient installé dans l’embouchure de la Gironde un comptoir commercial. Des ajouts ont été apportés sous Louis XIV et Louis XVI. Ce « Versailles de la mer » a été classé monument historique en 1862, la même année que Notre-Dame de Paris. la côte et j’écoutais mes parents et grands-parents parler de la vie des gardiens du phare. A l’époque, ils passaient quarante-deux jours à la tour sans revenir au bercail. Pour moi, ils étaient des héros. Alors oui, à mon tour, je me suis pris pour un héros lorsque j’ai gravi pour la première fois les 301 marches de Cordouan. » A peine débarqué au phare, Jean-Paul entame un tour du propriétaire. Il veut tout montrer de sa deuxième maison. Les chambres en boiseries où les patins sont obligatoires, la cuisine tapissée de photos témoignant du quotidien des gardiens. Il y a Serge enlaçant un Cordouan miniature et Jean-Paul, dans la brume, s’apprêtant à passer son dernier réveillon de Noël au phare. « Le patron est venu avec saumon fumé et foie gras. » Comme une récompense pour toutes ces années de solitude. Ces nuits de tempête, comme en 1999, où tout le phare tremble et que « l’on a l’impression qu’il va sombrer ». Ou d’orage violent, comme en janvier der nier, quand la foudre s’est abattue sur la pierre séculaire de Cordouan. « Je n’avais jamais entendu un bruit aussi effrayant ! » Pour tuer la solitude et se tenir éveillé tard le soir, Jean-Paul lit, regarde la télé, fabrique des poupées de chiffon, sa passion après le phare. Il ne se prive jamais, à marée basse, d’une partie de pêche à pied. Crabes, huîtres, oursins : la grève offre ses trésors. Et dévoile parfois des surprises, comme ce bébé phoque soigné par Jean-Paul et Serge en garde alternée. Ce que Jean-Paul aime par-dessus tout ? S’asseoir à la belle saison au pied du phare, équipé de jumelles, pour scruter les plages bondées : « Quand je vois tous ces gens au loin, je me dis que je suis dans le vrai. » Adeline Fleury Reportage photo Frank Perrogon pour le JDD

« Quarante-deux jours à la tour sans revenir au bercail »
En 1982, l’association de sauvegarde du phare de Cordouan – dont Jean-Marie Calbet prendra la tête dix-se pt ans plus tard, comme pour apaiser sa conscience – obtient finalement un sursis de vingt ans. « C’était un soulagement, j’allais pouvoir continuer à vivre dans ce livre ouvert sur le passé », résume Serge dans le bateau qui le ramène à terre après une semaine à Cordouan. C’est Jean-Paul Eymond, gardien depuis 1977, qui a pris la relève pour deux semaines. « Enfant, dit-il, je voyais Cordouan de

10/

Etranger

13 avril 2008

Italie. Le milliardaire, favori des élections législatives, pourrait gouverner avec la gauche

Berlusconi rêve d’un troisième sacre

Alessandro Di Meo/Reuters

Le leader de centre-droit, Silvio Berlusconi, et son adversaire de centre-gauche, Walter Veltroni (ci-dessous), se sont répondu par caméra interposée lors de leur passage, vendredi, dans l’émission Matrix sur Canale 5.
Walter Veltroni est un idéaliste, un rêveur et il ne s’en cache pas. La semaine dernière, le jour du 40 e anniversaire de la mort de Martin Luther King, le président du Parti démocrate a repris la célébrissime formule du pasteur assassiné, en anglais mais avec un accent italien à couper au couteau : « I hav e a dream », a-t-il lancé devant la foule de ses supporters. Son rêve ? Une Italie plus juste et retrouvée, entre un Nord prospère et un Sud souvent miséreux ; une Italie disposant d’un système de santé digne d’un grand pays moder ne ; une Italie débarrassée de la mafia sicilienne, de la ‘Ndrangheta calabraise et de la Camorra napolitaine. Et sur tout, une Italie épargnée d’un troisième retour au pouvoir de Silvio Berlusconi, 71 ans, déjà vainqueur des élections en 1996 et 2001 et favori du scr utin qui se déroulera aujourd’hui et demain dans la péninsule. Plus de 450 artistes, musiciens, écrivains, cinéastes et acteurs ont signé une pétition de soutien à Walter Veltroni. Parmi eux, Roberto Benigni, Bernardo Bertolucci, Giuseppe Tornatore, Valeria Bruni Tedeschi… Nanni Moretti a publié avant-hier une tribune en une du quotidien La Repubblica intitulée « Ne rendons pas le pays à Berlusconi ». end. » Pendant son dernier meeting électoral, vendredi soir à Rome, Veltroni a galvanisé plusieurs dizaines de milliers de partisans, appelant son pays à « tourner la page et à re g arder vers l’avenir. » Silvio Berlusconi, président du Peuple de la liberté, a de son côté utilisé les dernières heures de la campagne pour séduire les indécis. En 2006, avant d’être battu d’extrême justesse par Romano Prodi, il promettait d’abolir la taxe foncière sur la résidence principale. Engagement renouvelé cette année au milieu d’une multitude d’autres, dont la suppression de la vignette automobile, annoncée vendredi. En apparence, il n’a pas vieilli mais, en décembre 2006, il s’est fait poser un stimulateur cardiaque et a eu deux malaises lors de récentes réunions publiques. Devancé en 2007 par le PDG des confiseries Ferrero (rochers chocolatés et Nutella), « il Cavaliere » n’est plus l’homme le plus riche d’Italie mais il demeure richissime et prompt à promettre à tout bout de champs, pourvu que les indécis votent pour lui. Prompt aussi à déraper. Quand Francesco Totti, le capitaine emblématique de l’AS Roma, qualifié par Pelé en 2006 de « meilleur footballeur du monde » dit soutenir Veltroni, Berlusconi dit de lui qu’il « n’est pas bien dans sa tête », avant de s’excuser platement. A une jeune femme qui lui demandait sur un plateau de télévision ce qu’il préconisait pour la sortir de la précarité, il a répondu : « Vous devriez épouser un fils Berlusconi ou quelqu’un dans ce genre. Avec votre sourire, ça ne devrait pas être trop difficile! » Malgré ces sorties de route, le président du Peuple de la liberté devrait l’emporter à la Chambre des députés demain soir. Mais les regards seront surtout braqués sur le Sénat où la prime au vainqueur est assignée sur une base régionale et non nationale. Dans quelques régions, les petites formations risquent, en cas de bons résultats de leur part, de semer la zizanie. Dans un tel cas de « pareggio » (match nul), la Chambre pourrait basculer à droite et le Sénat à gauche, privant le pays d’une majorité. Habituée à la constitution d’invraisemblables coalitions hétéroclites, l’Italie marchera-telle sur les traces de l’Allemagne, en cédant à son tour aux charmes de la grande coalition ? De nombreux observateurs la réclament, arguant que fragilités politiques et économiques sont liées. Veltroni, défenseur d’un vrai système bipartite comme la France, l’Espagne ou la Grande-Bretagne, y est favorable. Berlusconi n’y est plus totalement opposé. Début de réponse demain soir. Alexandre Duyck

30 % des électeurs indécis et un taux de participation incertain
Mais les choses se présentent mal pour Veltroni et ses partisans. Jusqu’à l’interdiction de la parution des sondages il y a deux semaines, l’ex-maire de Rome, qui a démissionné de son mandat pour prendre la tête du centre-gauche, était donné systématiquement perdant. L’avance de Berlusconi était même confortable, entre 5 et

8 points à chaque fois. Mais deux indicateurs peuvent contredire les sondages : le nombre important d’indécis (30 % des électeurs il y avait encore quelques jours) et la participation. « Si celle-ci est forte, nous avons toutes nos chances, assure-t-on au siège du Parti démocrate. A l’inverse, si l’abstention est élevée, nous perdrons l’élection puisque nous savons que les supporters de Berlusconi, eux, iront en masse voter ce week-

Zimbabwe. Les pays voisins se sont réunis hier pour résoudre la crise politique

Alberto Pizzoli/AFP

Gilles Delafon

Mugabe, seul contre tous
« Il n’y a pas de crise au Zimbabwe. » Le président sud-africain Thabo Mbeki a tenté hier de sauver les apparences après un entretien à Harare avec son homologue zimbabwéen, Robert Mugabe. Quelques heures plus tard, le sucesseur de Nelson Mandela s’envolait pourtant pour Lusaka, la capitale de la Zambie voisine, où s’ouvrait un sommet extraordinaire réunissant les quatorze dirigeants des pays de l’Afrique australe (SADC). Objectif de la réunion : tenter de résoudre la crise zimbabwéenne. Au nom de la solidarité régionale, les dirigeants africains avaient pourtant toujours évité de s’immiscer dans les affaires intérieures de l’ex-Rhodésie. Et ce malg ré la crise politico-économique dans laquelle sombre le pays depuis huit ans, avec plus de 100.000 % d’inflation. Cette fois, il y a urgence. Car deux semaines après l’élection présidentielle qui a opposé Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, à son rival Morgan Tsvangirai, le résultat du scrutin n’est toujours pas connu. Et la tension monte jour après jour. Vendredi soir, les rassemblements politiques ont été interdits à Harare, la capitale, où la police anti-émeute était déployée à certains carrefours. Parallèlement, l’opposition a appelé à une grève

Siphiwe Sibeko/Reuters

Le président sud-africain, Thabo Mbeki, à son arrivée, hier, à Lusaka en Zambie. Il vient participer au sommet extraordinaire réunissant les quatorze Etats d’Afrique australe.

Proche-Orient : Go Jimmy go ! ,

L’ex-président américain Jimmy Carter s’est depuis longtemps fait son idée sur le conflit israélo-palestinien. Avec constance, il dénonce « l’apartheid » auquel sont soumises la Cisjordanie et la bande de Gaza. Et voilà qu’à 84 ans, au cours d’une tournée prévue cette semaine au ProcheOrient, il veut passer par la Syrie pour parler au chef en exil des islamistes palestiniens du Hamas. Washington a tout fait pour le dissuader de rencontrer le leader de ce mouvement terroriste. Ce n’est pas servir la paix, a même expliqué un porte-parole du Département d’Etat. Le problème c’est que, précisément, la paix, Carter connaît : il est Prix Nobel. Le Proche-Orient lui doit les accords de Camp David, signés en 1978 entre Israël et l’Egypte. En 2002, Carter était déjà allé rencontrer Fidel Castro à Cuba, il veut donc cette fois parler au Hamas au pouvoir à Gaza. Un mouvement boycotté aussi bien par les Américains que par les Européens en raison de son recours à la violence aveugle des kamikazes. La méthode Carter est-elle la bonne ? Son initiative souligne en tout cas l’immobilisme de la communauté internationale, au moment où les affrontements font quotidiennement des morts à Gaza. La réunion d’Annapolis, fin 2007 aux Etats-Unis, et la conférence des donateurs de Paris, qui a suivi, n’ont rien donné. Pour une raison simple, elles n’étaient sous- tendues par aucune réelle volonté politique. Les Nations unies relèvent ainsi dans un rapport que la levée récente de quelques barrages par l’armée israélienne en Cisjordanie, conformément aux accords passés, n’a en rien amélioré le quotidien des Palestiniens. Jimmy Carter, lui, se déplacera au Proche-Orient avec Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU. Au nom des « Sages », un groupe réunissant d’anciens dirigeants, créé en 2007 par Nelson Mandela. Ces vétérans ne devraient pas avoir grand mal à démontrer qu’à la différence de leurs successeurs, ils restent animés par un certain sens de l’équité.

générale à partir de mardi. Rejetant la validité du sommet, Mugabe a refusé de se rendre à Lusaka. « Il n’y a aucun besoin de régionaliser la crise au Zimbabwe », a ainsi déclaré son ministre de la Justice. Tsvangirai, le chef de l’opposition, a lui répondu à l’invitation qu’il lui a été faite et s’il n’était pas convié aux discussions entre chefs d’Etat, il a tout de même pu y défendre sa cause. Le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), qui a déjà revendiqué sa victoire à la présidentielle et refuse de livrer un deuxième

tour, souhaite le retrait de son adversaire pour que « la démocratie prévale au Zimbabwe. » Une demande qui vient se mêler aux exhortations internationales. Vendredi, le Premier ministre britannique Gordon Brown a déclaré que la patience de la communauté internationale « s’amenuisait » à l’égard du régime du président zimbabwéen. De son côté, George Bush a appelé les autorités électorales à publier les résultats de l’élection présidentielle du 29 mars « dès que possible ». Antoine Malo

13 avril 2008

Etranger

/11

Etats-Unis. La visite du dalaï-lama ravive la polémique autour des JO

Le boycott, invité surprise de la campagne
New York
Correspondance Coïncidences ou hasard heureux du calendrier, c’est un jour seulement après le passage controversé de la torche olympique à San Francisco, que le dalaïlama a entamé jeudi une visite de neuf jours aux Etats-Unis. Ces deux événements ont précipité le débat sur le boycott de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin, désormais au cœur de la campagne électorale. Hillary Clinton la première a estimé que le président George Bush ne devait pas se rendre à Pékin. Le candidat républicain John McCain lui a emboîté le pas en déclarant que s’il « était président, il n’irait pas à Pékin ». Seul Barack Obama, le sénateur de l’Illinois, s’est montré plus précautionneux, estimant que la question se posera à une date ulté-

Hu Jintao parle enfin

Marcus Donner/Reuters

rieure, plus proche de l’ouverture des Jeux. Contrairement à ses opposants, il a élargi la question du boycott au rôle que joue la Chine au Darfour : « Si les Chinois ne prennent pas des mesures pour aider à stopper le génocide au Dar-

Pour la première fois depuis le début de la crise tibétaine, le président chinois Hu Jintao s’est exprimé hier sur la question. « Notre conflit avec la clique du dalaï-lama n’est pas un problème ethnique, ni un problème religieux, ni un problème des droits de l’homme. Il s’agit soit de sauvegarder notre souveraineté nationale, soit de laisser éclater la patrie », a déclaré le numéro un chinois pour qui « la porte du dialogue avec le dalaï-lama est toujours ouverte » à condition qu’il abandonne « ses activités séparatistes ».

four et pour respecter la dignité, la sécurité et les droits du peuple tibétain, alors le président doit boycotter la cérémonie d’ouverture. » Cette position plus attentiste d’Obama n’étonne pas David Johnson, directeur de Strategic Vision et consultant républicain. « Elle est en droite ligne avec son école de pensée, qui privilégie le dialogue et non la confrontation. » L’intervention des candidats à la Maison-Blanche, en tout cas, ne surprend pas. « La défense des droits de l’homme au Tibet est une cause populaire aux Etats-Unis due en partie à l’engagement de célébrités, comme l’acteur Richard Gere », analyse James Carter, professeur d’histoire chinoise à l’université Saint-Joseph de Philadelphie. Selon un récent sondage Zogby, 70 % des Américains estiment que les Jeux n’auraient pas dû être attribués à la Chine en raison de la violation des droits de

Le dalaï-lama, hier, à Seattle, en compagnie du musicien Dave Matthews.
l’homme, un avis partagé aussi bien par les républicains que les démocrates. « En défendant le boycott, John McCain asseoit son rôle de franc-tireur dans le parti tout en s’alliant les voix modérées: il a été le premier républicain à réclamer la fermeture de la prison de Guantanamo, rappelle David Johnson. En même temps, il amadoue la droite conservatrice qui considère toujours la Chine comme un ennemi des Etats-Unis. » A l’heure où l’empire du Milieu est de surcroît accusé de favoriser la délocalisation d’entreprises américaines et d’exporter des produits peu sûrs (jouets au plomb, dentifrice et aliments pour chiens contaminés, etc.), un coup de semonce ne froissera pas l’électeur de base. Quant à George Bush, il continue à assurer qu’il se rendra aux JO. « Jai soulevé la question de la liberté religieuse, du Darfour, de la Birmanie et du dalaï-lama avant les Jeux, et je la soulèverai pendant les Jeux et après les Jeux », at-il déclaré vendredi. Depuis peu, la Maison-Blanche laisse planer le doute sur la présence du président américain à la cérémonie d’ouverture. Les défections qui se multiplient à l’étranger pourraient bien finir par l’influencer. Cette semaine, c’est le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon qui a indiqué cette semaine qu’il n’y assisterait probablement pas. Maria-Pia Mascaro

Proche-Orient. L’incursion israélienne à Gaza a pris fin hier

Olmert joue des muscles
Jérusalem
Correspondance L’armée israélienne s’est retirée hier à l’aube de la bande de Gaza. La veille, Tsahal avait mené une incursion qui a coûté la vie à sept Palestiniens dont un enfant de 10 ans. Auparavant, deux gardes israéliens avaient trouvé la mort durant une opération de commando palestinien contre un terminal reliant Israël et la bande de Gaza. Très remonté, Ehoud Olmert a joué des muscles. « Je vous promets que notre réplique sera telle que le Hamas ne sera plus en mesure de nous agresser », a lancé le Premier ministre israélien. Mais respecter un tel engagement a un prix. Pour avoir une chance de « casser » le Hamas, l’ar mée israélienne devrait en effet réoccuper la bande de Gaza évacuée totalement il y a près de trois ans. Depuis des mois, les militaires se sont entraînés à un tel scénario. Tout est prêt. Il ne manque plus que le feu vert du gouvernement. Jusqu’à présent, Ehoud Olmert hésite à se lancer dans une telle aventure. Une offensive terrestre de grande envergure dans la bande de Gaza, où la densité de la population est une des plus fortes au monde, ne manquerait pas de provoquer de lourdes pertes parmi les soldats et les civils palestiniens. Sur le front politique non plus les conditions ne sont pas réunies. Une attaque de Gaza contraindrait Mahmoud Abbas, le président palestinien et chef du Fatah, le mouvement rival du Hamas, à suspendre les négociations en cours sur un accord de paix, faute de quoi il serait accusé de « collaborer » avec Israël. Plus grave encore : cette crise saboterait les plans de George Bush qui veut à tout prix achever son der nier mandat sur un succès diplomatique « historique ». Or, Ehoud Olmert peut difficilement infliger une déception à celui qui est considéré comme le président le plus pro-israélien qu’aient connu les Etats-Unis. George Bush est l’invité vedette des célébrations le mois prochain du 60e anniversaire d’Israël. En guise de cadeau d’adieu, le Premier ministre israélien espère signer avec Mahmoud Abbas dans les prochaines semaines un protocole d’accord sur la création d’un Etat palestinien. Le Hamas compte toutefois jouer les trouble-fêtes. Il suffirait qu’une des roquettes tirées quotidiennement de la bande de Gaza fasse des victimes civiles dans une ville du sud d’Israël pour que le Premier ministre soit obligé de laisser la parole aux militaires… Christian Brunel

TELEX
Chine-Taiwan : rencontre historique
■ Le président chinois Hu Jintao a rencontré hier le vice-président taiwanais Vincent Siew, à l’occasion d’une réunion économique régionale sur l’île de Hainan. C’est la première fois depuis 1949 qu’un contact est noué au plus haut niveau.
les troubles qui avaient suivi l’élection présidentielle avaient f ait 1.500 mor ts et plus de 300.000 déplacés.

Attentat en Iran
■ Huit personnes ont été tuées et une cinquantaine blessées, hier dans un attentat contre une mosquée à Shiraz, dans le sud du pays. Les autorités craignaient que le bilan ne s’alourdisse.

Les femmes de Zapatero
■ Après avoir prêté serment hier, le socialiste José Luis Zapatero a présenté son nouveau gouvernement composé de neuf femmes et de huit hommes. Pour la première fois dans la péninsule ibérique, une femme, Carme Chacon, devient ministre de la Défense.

Barroso : oui pour la Turquie
■ Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a affirmé que l’Union européenne était déterminée à engager des négociations avec la Turquie en vue de son adhésion et a exhorté Ankara à accélérer les réformes.

Accord politique au Kenya
■ Le président kenyan Kibaki et le chef de l’opposition sont parvenus hier à un accord sur la composition d’un gouvernement de coalition qui sera dévoilé aujourd’hui. En décembre dernier,

La flamme en Afrique
■ La flamme olympique est arrivée hier soir à Dar es-Salaam, en Tanzanie, unique étape africaine de son périple mouvementé à travers le monde.

12/

Pleine page

13 avril 2008

Sur la route de la mort

Kirkouk-Bagdad. Plus de 200 km en plein désert irakien. Check-points innombrables, soldats américains prêts à dégainer, milices d’Al-Qaida… Ce voyage au bout de l’angoisse, le docteur Ala le fait régulièrement. Notre reporter l’a accompagné. Récit
Bagdad
Envoyée spéciale pas trop propres et un départ rapide et contraint. Il a aussi deux téléphones portables et un ordinateur. Et ses cigarettes, qu’il fume sans interruption. D’ordinaire, le trajet de Kirkouk à Bagdad dure entre quatre et cinq heures. Mais on peut mettre jusqu’à neuf heures pour achever ce voyage ou passer six à se pt heures à un check-point, sans trop savoir pourquoi. Entre ces deux villes, il y a bon nombre de fortins et de casemates et, au total, une dizaine de check-points, tenus d’abord par les Kurdes, puis par les forces irakiennes. Certains ne sont que des points de passage, comme celui à la sortie de Kirkouk ; d’autres portent la marque de cette guerre vieille de cinq ans. Le docteur a enlevé ses deux bagues. La turquoise qu’il porte à l’annulaire droit, ce qui signifie qu’il est chiite, et l’autre à l’ambre foncé, à l’annulaire gauche et qui indique qu’il est sunnite. Il a également, en cas de malheur, trois cartes d’identité : chiite, sunnite et chrétienne, et trois emplois. Nous partons le lendemain de l’anniversaire de la chute de Saddam Hussein. Ce jour-là, le 9 avril 2003, le docteur affichait son idendevant Saddam, s’excuse-t-il. J’ai Ce sont les hommes de l’armée un rêve : revenir en 2003, battre du Mahdi, la branche militaire de les Américains et marcher de la milice de Moqtada Al-Sadr, le nouveau la tête haute. Le peuple mollah qui défie l’Amérique. Le irakien est dans sa grande moitié docteur se crispe. Le téléphone stupide et ignorant, mais il se ré- sonne, c’est sa femme, encore. veillera bientôt. » Justifie-t-il Comme si elle savait à quel moainsi sa lâcheté, sa fuite et son ment précisément son mari tracourage à emprunter cette route verse des zones dangereuses. malgré tout ? Il reste une trentaine de kiloLa terre se montre plus géné- mètres avant Bagdad. Et la voilà, reuse. Il y a quelques cultures. à gauche, son ancienne base miliDes tomates pour la plupar t, taire de Khaled. Il la re g arde mais à usa g e personnel. Sa s’éloigner, visiblement ému. Et femme vient de lui envoyer un c’est comme un déclic. Il se souSMS : « Sois prudent. » Nous ve- vient de ses frères d’armes, des nons d’atteindre Heb Heb, totale- chiites, qu’il a aidés et dont il n’a ment contrôlé par Al-Qaida. Sa plus de nouvelles. De cet autre femme a-t-elle senti le danger ? A ami, qu’il a caché plusieurs jours quelques kilomètres, il y a un dans sa clinique et qui, lui, a retrès gros check-point tenu par les fait sa vie, à l’étranger. Le docteur forces irakiennes. L’année der- sort son Palm : « Vous voulez voir nière, des hommes d’Al-Qaida des photos, ceux de mes deux filsont ar rivés sur le coup des les, ma clinique, ma maison à cinq heures du matin, armés de Bagdad, mon cabinet médical ? » silencieux. Ils ont tué tous les Elles défilent, ces images d’un gardes à bout portant puis sont homme en perdition, Lumière, entrés dans la casemate et ont dé- 5 ans, et Paradis, 7 ans, ses capité tous ceux qui s’y trou- deux amours, son repas qu’il prévaient. Lui aussi a été arrêté une pare seul à Bagdad, sa vie, celle fois par Al-Qaida. « Une erreur, d’un homme brisé. Et de cet autre j’étais parti de Bagdad à cinq heu- rêve, de fuite et d’amour. Une res du soir, la pire des heures. » Il belle étrangère qui viendrait le n’a dû la vie sauve qu’à un sauver. « J’ai le droit, je suis muconcours de circonstances qu’il n’a toujours pas compris Un très gros check-point tenu par aujourd’hui. les forces irakiennes. L’année dernière, Khales. T rès des hommes d’Al-Qaida ont tué tous les dangereux. Les mai- gardes à bout portant avant de décapiter sons en bord de les soldats restés dans la casemate. route portent toutes des traces de combats violents. Le docteur peut sulman, je peux prendre une audire quelle part est chiite, quelle tre femme », souffle-t-il. Cette autre est sunnite. A l’entrée du étrangère inaccessible et à lavilla g e, une curiosité qui en- quelle cet homme de sciences traîne un sourire sur le visage de s’accroche de manière quasi pace vieux fauve fatigué : un monu- thologique, on sent qu’elle le fait ment en pierre avec le portrait de tenir debout dans ce chaos et Saddam, en Bédouin, kef fieh cette tragédie irakienne. Elle est blanc. « Il est criblé de balles ce qui le relie à la réalité et ce qui mais il n’a pas été démoli, allez l’en éloigne. Elle est tour à tour sa savoir. » « Les sunnites et les chii- folie et sa survie. tes ici, ils ne se tuent pas entre Le voyage s’achève. Encore eux, souligne le docteur Ala, ils une fois. Sain et sauf. Une prière ne visent que les Américains. » discrète pour remercier Allah. Et Ce n’est pas comme à Hussai- voilà le docteur sur le bord du trotneya. Là, nous sommes en terri- toir, en attente d’un taxi qui l’emtoire chiite. Le ciel est bas, l’at- mènera à l’abri, chez lui, enterré mosphère lugubre et macabre. entre quatre murs, dans une soliDes drapeaux noirs et verts ont tude vacharde. Vivant, vraiment? été plantés de chaque côté de la Karen Lajon route, à espaces réguliers. Trois Reportage photo voitures ordinaires surgissent. Warzer Jaff/Polaris pour le JDD

Il n’aime pas ce voyage. Bagdad, Kirkouk et vice versa. Non, décidément, il déteste cette route de 225 km qui va du nord de l’Irak, le Kurdistan jusqu’à la capitale irakienne. Trop de voitures, trop de temps perdu, trop de souvenirs, de peur, trop de démons qui le poussent à fumer jusqu’à l’asphyxie. Cette route l’encombre, le torture, le grandit et le diminue. Il n’en tire aucune gloire, ne mesure pas quelle dimension elle lui donne à chaque trajet. Au contraire, pour lui, elle n’est que le reflet de son existence misérable, le miroir d’un destin qui a pris un sale tournant, il y a cinq ans, le symbole d’un itinéraire sur lequel il n’a, de puis longtemps, plus aucune prise. Il y a deux ans, la femme du docteur Ala-Fahiem-Al-Ubaiday, terrifiée par les combats et la violence qui règnent à Bagdad, exige d’aller, avec leurs trois enfants, se réfugier chez sa mère, au Kurdistan. Le docteur sunnite finit par céder. Ainsi commence son calvaire. Et, depuis deux ans, ce héros ordinaire partage son temps entre son cabinet médical à Ba gdad et Kirkouk. Un axe routier vi- Il était hier chirurgien et tal et mortel que les Oc- commandant de la garde de Saddam cidentaux ont cessé Hussein. Il vit aujourd’hui le d’empr unter de puis quotidien tourmenté d’un médecin de longtemps et que les Bagdad devant prendre des risques Irakiens utilisent par pour aller voir sa famille à Kirkouk. obligation économique, militaire ou familiale. A notre première rencontre, il tité d’origine. Il était le docteur arrive, fier dans son costume bleu Ala, spécialiste en chirurgie carnuit et rasé de près. Il a revêtu ses dio-vasculaire, à l’hôpital d’Alhabits de séducteur. Il a rasé sa Khadhimya, et commandant de la moustache deux mois après la garde républicaine de Saddam. Et chute de Saddam, sur les conseils l’heure était à la fuite pour ce d’une dame, dit-il. D’ordinaire, le baasiste. Lorsqu’il quitta l’hôpidocteur, 38 ans, voyage seul, au tal, il portait des vêtements civils volant de sa voiture. Le jour où et accompagnait un malade qui nous partons, il fait une excep- devait être transporté dans un aution et prend un chauffeur et un tre établissement. Les Amérigarde. Le départ est prévu à 7 heu- cains venaient d’entrer dans la res du matin. Lorsqu’il arrive, il a ville, la statue de Saddam était délaissé tomber le costume des boulonnée. « A ce stade-là, on grands jours et enfilé une che- n’en était pas aux violences secmise, bleue, encore, qui fait res- taires mais aux pillages. J’étais sortir ses yeux de la même cou- un des derniers dans le bâtiment leur. Ce voyageur du hasard em- quand on est venu me dire qu’une porte deux sacs en plastique dans bande de voleurs avait investi les lesquels on devine des affaires lieux. Je suis monté avec le ma-

Le docteur Ala-Fahiem-Al-Ubaiday, jeudi dernier à Kirkouk, quelques minutes avant son départ vers Bagdad, où il travaille.
lade dans l’ambulance, en me faisant passer pour quelqu’un de sa famille. » Sirènes hurlantes, le véhicule sort en trombe et lâche le docteur, en plein centre-ville, dans la rue Palestine. « J’ai su tout de suite que ce n’était que le début de la fin, la fin de mon pays, la fin de l’homme irakien. » Dooze, un village kurde sans histoire. Pourtant, le docteur est à l’affût du moindre incident. Ses yeux balaient le paysage. Il n’est plus le docteur Ala, il est redevenu le commandant de la garde républicaine de Saddam, un soldat en alerte. Tout au long du trajet, on verra des carcasses calcinées. Difficile de savoir à quoi elles correspondent. Ce camion-citerne, en revanche, qui gît sur le bas-côté gauche, a une histoire. Le chauffeur reconnaît le véhicule d’un collègue. « Il s’appelait Hassan Hadi. Il était de Bassora et avait trois enfants. Le camion est là depuis quelques semaines. » De quoi est-il mort ? « Dieu seul le sait, souffle le chauffeur. Ici on roule et on meurt. » Pendant ce temps, le paysage défile, plat, rocailleux et aride comme les âmes. Le docteur marmonne, les environs ne lui plaisent pas. « S’il y a la moindre attaque, nous sommes trop à découvert, pas moyen de se cacher. » Et il fume. Un convoi roule devant nous. Il y a un panneau suspendu à un grand bâton et sur lequel on peut lire « Danger stay back » (danger, ne pas s’approcher). Le convoi transpor te des « T Wall », des murs de protection. Il y en a partout à Bagdad. Le pire, ce sont les convois américains. Ils roulent à deux à l’heure, on ne peut ni les approcher ni les dépasser. Ils s o n t l a t e r re u r d e s I r a k i e n s. « Soit ils vous tirent dessus, explique le docteur, soit ils sont attaqués. Mais ils sont toujours synonymes de mort. » Nous en sommes au cinquième check-point et nous roulons depuis une heure. Nous approchons Odham, un village réputé pour sa dangerosité. Le docteur Ala quadrille du re g a rd l e s a l e n t o u r s. S u r l a droite, un groupe de maisons, en torchis. En face, de l’autre côté de la route, un seul habitat. Les réflexes de l’ancien baasiste reviennent à vitesse grand V « C’est . u n e s o r t e d e ch e ck - p o i n t q u i avertit le village en face, explique le docteur Ala. Avant, on savait toujours où les terroristes (kurdes) allaient se cacher. Aujourd’hui, la tactique et les cachettes sont les mêmes. Seuls les terroristes changent de casquettes ! » Pas dupe, le docteur poursuit. « Les sunnites volent, les chiites aussi et, en prime, ils vous tuent. Al-Qaida, eux, ils font ce qu’ils veulent, mais ils vous tuent toujours. » Le danger appelle les souvenirs. Août 1990, Saddam Hussein envahit le Koweït. « L’ar mée n’était pas d’accord mais on pliait

13 avril 2008

Chroniques
WOLINSKI

/13

Michèle Stouvenot

NKM ? CQFD !

Les « gamines » du gouvernement ! Insupportables ! Toujours à l’ouvrir ! Les politiques ne leur demandent pourtant pas grandchose, juste « Sois belle et taistoi ! » C’est pourtant simple. Les anciennes au moins respectaient la règle. Les benjamines, aujourd’hui, ne savent plus se tenir. Elles regimbent. Elles ruent dans les brancards. Elles contestent. Certaines vont même jusqu’à dire ce qu’elles pensent. En privé, c’est déjà navrant, en public, intolérable. François Fillon a heureusement sévi. Il était temps de punir ces insolentes. Les députés UMP n’en pouvaient plus. On a même entendu l’un d’eux, au bord de la crise de très Neuilly, quand NKM – toujours numéro 3 du groupe UMP et, comme l’a judicieusement rappelé un bougon, « chouchoute de Nicolas Sarkozy » – a rejoint la meute. Lui flanquer à elle et autres ministresses une bonne fessée? « C’est tout ce qu’elles méritent », clament les plus vieux, que leurs mains démangent. Tentant mais risqué. La fessée étant aujourd’hui considérée comme un sévice à relent sexuel, le pro-fesseur est désormais passible de prison. Elle n’est d’ailleurs plus guère pratiquée que dans les établissements spécialisés et chez la comtesse de Ségur. François Fillon a beau ressembler au général Dourakine, on le voit mal donner une taloche sur les fondamentaux de NKM. Ni sur ceux de Fadela Amara. Déjà qu’elle ne votera pas pour Nicolas Sarkozy en 2012 et qu’elle trouve « dégueu » les tests ADN sur les immigrés! Un député UMP en est d’ailleurs convenu: « Elle travaille sous les ordres de Christine Boutin, inutile d’en rajouter. » Encore moins sur ceux de Rama Yade. Une secrétaire d’Etat aux droits de l’homme qui ose bouder Kadhafi – un colonel qui nous achète des avions! – serait tout à fait capable de lui en retourner une! Aussi sec! François Fillon s’est contenté d’exiger de Nathalie qu’elle présente des excuses publiques. Elle est aussi privée du voyage au Japon. Le hochet qui récompense les ministres en fleurs, comme les cerisiers. NKM qui avait affronté, seule, avec courage, les lobbies agricoles, est allée à Canossa. La robe de bure sous le tailleur Chanel. C’est la corde au cou que la bourgeoise décalée a présenté ses excuses à Copé et à Borloo. En compensation, elle aura la permission d’aller en Slovénie. La carotte des ânes du Buridan. Une punition humiliante, aussi puérile, à dire le vrai, que l’envoyer au coin. Une méthode scolaire plus guère pratiquée que par les instits pré-Mai-68 et Ségolène Royal. Coupable d’avoir proféré une plaisanterie vaseuse sur François Hollande, la candidate aux présidentielles avait expédié Arnaud Montebourg, le moutard du PS, au piquet ! Les seuls qui finalement

Lui flanquer une fessée ? « C’est tout ce qu’elle mérite », bougonne un député UMP que sa main démangeait.
nerfs – le député UMP est du genre chatouilleux – s’écrier : « Y en a marre du casting des jolies gueules gouvernementales ! » Ils ont réclamé, gémissant « Allô, maman bobo », la démission de Nathalie Kosciusko-Morizet. La plus mal élevée. La secrétaire d’Etat à l’Ecologie a embrassé José Bové. Sur les deux joues. Un « baiser de Judas » peu convenable. Chargée du dossier OGM, une patate chaude génétiquement non modifiée, sinon par un amendement réclamé par un politique de gauche, la gourgandine se plaint aujourd’hui de n’avoir pas été soutenue. « J’en ai marre, a-t-elle déclaré au Monde, d’être confrontée à cette bande de lâches. » Précisant, la mèche sortant du chignon : « JeanFrançois Copé essaie de détourner l’attention pour masquer ses propres difficultés et Jean-Louis Borloo se contente d’assurer le service minimum. » C’est vrai ! Est-ce une raison suffisante, on vous le demande, pour se livrer à une attaque aussi basse ? Jean-François Copé et JeanLouis Borloo, il faut le reconnaître, ont été très bien. « Blessés » mais dignes. « L’incident est clos ! » a déclaré le premier, avec un sourire que de mauvais esprits ont qualifié de « goguenard ». Même les pros ont leurs faiblesses. « Nous nous entendons à merveille ! » a certifié le second. Jean-Louis Borloo ronfle et sent de la chaussette, comme nous l’a révélé récemment Rachida Dati, mais il a au moins le sens de l’humour. Peu rancunier, il a d’ailleurs envoyé un bouquet de fleurs à la ministre de la Justice qui l’avait balancé. Un comportement d’autant plus admirable que l’assertion de Rachida Dati était non seulement déplaisante, mais injustifiée. A Bali, pour montrer les dégâts causés par les malpropres sur les coraux et prouver qu’il sait se mouiller, le ministre de l’Environnement n’avait pas hésité à plonger dans le bain. En caleçon ! A la stupeur générale et sous les saillies en particulier de Nathalie Kosciusko-Morizet dont on ne sait pas si elle se moquait de sa brasse coulée ou de son caleçon à fleurs. La virer ? Délicat ! Son coup de fouet a rendu célèbre la rebelle, qu’on appelle désormais NKM. Les initiales étant au politique ce qu’est le baba au rhum, c’est dire si elle a gagné du galon. MAM sent la nounou mollassonne, mais NKM, c’est comme DSK, ça claque. Ça fait peur ! Patrick Devedjian luimême, qui avait pourtant traité Anne-Marie Comparini de « salope » – il ne savait pas qu’il était filmé, c’est du moins ce qu’il a pitoyablement prétendu –, affichait un sourire ultrabrite

FRANC-PARLER

Pour la flamme, c’était mission impossible
Secrétaire général du Syndicat général de police Force ouvrière (SGP FO)

Par Nicolas Comte
Ce que l’on a demandé à nos collègues, lundi, lors du passage de la flamme olympique à Paris, relevait d’une mission impossible. L’ambiguïté était totale. La manifestation devait être festive et en même temps ultrasécurisée. Le maintien de l’ordre, les policiers parisiens savent le faire. Bloquer ou disperser des manifestants, ils en ont l’habitude. Ce qui n’était pas habituel, c’est de devoir « traverser » un cordon de manifestants pour laisser passer la flamme olympique. C’est pour cette raison que l’on a vu des dizaines de personnes se faire « expulser » manu militari du parcours. Les forces de l’ordre devaient en effet faire face à deux sortes de manifestants : des gens qui protestaient pacifiquement et d’autres, beaucoup plus agressifs, qui essayaient d’éteindre la flamme ou de s’en saisir. Mais la responsabilité principale du mauvais déroulement des opérations revient aux Chinois. Je veux bien croire que des considérations diplomatiques ont pesé très lourd et dépassé la seule gestion policière de la préfecture de police. Mais force est de constater que ce sont les Chinois qui ont choisi le parcours et dirigé la manœuvre. Et que la collaboration avec la préfecture n’a pas été excellente. Or, on ne peut pas gérer ce type d’événement si l’on n’a pas une maîtrise complète des opérations. Nos collègues n’ont pas eu le sentiment d’« obéir à Pékin » – ils n’étaient pas en contact direct avec les Chinois – mais cela a

« A côté des policiers chinois, les flics français en rollers n’étaient que des pignoufs à roulettes. »
savent mater les rebelles, ce sont les Chinois. Rien de tel pour réduire en cendres les velléités incendiaires que les saigneurs des anneaux. Lors de la traversée de Paris de la flamme olympique, le spectacle de ces petits hommes en bleu mi-Schtroumpfs, et sous leurs lunettes noires de mafieux de l’empire du Milieu, mi-Matrix, courant comme des dératés, épouvantait l’individu le plus zen. Ils ont même réussi une performance JO. Gravir la face Nord de David Douillet. C’est avec une rare sauvagerie qu’un petit bleu riant jaune s’est jeté sur notre Obélix, avec la détermination d’un montagnard s’attaquant au Kilimandjaro ou d’Astérix mettant KO un Romain. La méthode est certes efficace. La flamme éteinte a fini le trajet en bus, un moyen de transport qui n’a rien d’amoureux, et David, puni, sonné, humilié, le flambeau en berne, mais lui très remonté, sur les plateaux de télévision. Le badge « Pour un monde meilleur », accroché à sa veste, comme une fan à George Clooney ou un tic à Nicolas Sarkozy « A . côté des flics chinois, les policiers français en rollers n’étaient que des pignoufs à roulettes », ont ricané les Américains. Les lâches ! De quoi leur envoyer NKM et son martinet. En punition.

été très mal vécu parce qu’ils avaient tout de même l’impression de recevoir des instructions de représentants d’une autorité étrangère, même si celles-ci passaient par le filtre de la hiérarchie. Je n’irai pas jusqu’à parler d’un abandon de souveraineté, mais il y a eu un empiétement certain des autorités chinoises. Et, comme tout le monde, nous avons aussi été stupéfiés par l’attitude des hommes en bleu du service de sécurité chinois qui assuraient la protection rapprochée de la flamme. Il était clair qu’ils agissaient de manière totalement autonome et brutale (rappelons-nous l’épisode avec David Douillet), sans aucun souci des conséquences que leurs décisions pouvaient avoir sur le travail de nos collègues. Les policiers français ont dû s’adapter en permanence à des décisions chinoises. Il est normal et logique, par exemple lors de la visite de chefs d’Etat de pays sensibles – je pense au président américain, au Premier ministre israélien, etc. –, que les autorités de

ces pays aient des exigences importantes en matière de sécurité, mais tout est cadré longtemps à l’avance entre professionnels et non pas improvisé comme avec la flamme. Que ce qui s’est passé nous serve de leçon : l’ordre public doit être entièrement géré et organisé par les autorités françaises. La question des droits de l’homme au Tibet et l’opportunité d’organiser les JO à Pékin relèvent de la responsabilité des autorités politiques et sportives. J’ai, comme tous les citoyens, une opinion, mais je ne suis pas là pour l’exprimer. Protéger la flamme olympique ne constitue pas une mission déshonorante pour un fonctionnaire de police. On nous reproche d’avoir fait du zèle en saisissant des drapeaux tibétains ? Je n’ai pas connaissance d’instructions données en ce sens. Peut-être cela s’explique-t-il parce qu’au fur et à mesure de la progression difficile du cortège, ponctuée de nombreuses tentatives d’intrusion, l’attention des collègues s’est concentrée sur les plus actifs des opposants, souvent porteurs de drapeaux… J’ai plutôt le sentiment que les policiers ont, malgré des conditions difficiles et le manque de coordination dans la chaîne de commandement en raison de l’improvisation chinoise, bien fait leur travail. Il n’y a pas eu de blessés. La flamme, malgré un parcours « sportif », est arrivée à bon port. Et les gens qui voulaient manifester ont pu se faire entendre.

INDISCRETS
Pas d’honneurs pour Benamou et Martinon
■ Le visiteur qui entre à l’Elysée par la grande porte du faubourg Saint-Honoré, en passant par la loge pour le contrôle de ses papiers, peut lire, inscrit noir sur blanc, que MM. GeorgesMarc Benamou (qui a toujours son bureau à l’Elysée) et David Martinon (qui, lui, l’a libéré) sont interdits d’entrée principale. A l’Elysée, la disgrâce se signale au vu et au su de tous.
paraît en difficulté, elle le défend auprès du Président en l’incitant à être indulgent. Rachida Dati s’est ainsi faite l’avocate des deux Christine, Lagarde et Albanel, des deux Hervé, Morin et Novelli, et plus récemment de Nathalie Kosciusko-Morizet. nier, bon pied bon œil à 94 ans, vient de publier Je ne suis pas né en Mai-68, chez Tallandier.

Image Forum

Les absences de Borloo
■ Président du Parti radical, Jean-Louis Borloo a invité il y a quelques jours à son ministère tous les présidents de fédération de son parti. Une centaine de personnes sont venues de toute la France pour écouter la voix de leur maître mais le ministre de l’Environnement leur a fait faux bond et c’est Laurent Hénard, député de Meurthe-et-Moselle et l’un des responsables du Parti radical, qui l’a remplacé au ministère. Borloo n’avait même pas écrit un mot d’excuses.

Mai-68 côté flics
■ La préfecture de police de Paris va elle aussi célébrer Mai-68. Début mai doit paraître un numéro spécial de son magazine Liaisons, exceptionnellement mis en vente pour le grand public (9,50 ¤), riche de nombreuses photos et témoignages, du gardien de la paix au préfet de police Maurice Grimaud. Ce der-

Balladur ne veut pas être immortel
■ Malgré la forte pression qu’il subit depuis plusieurs jours de la part de nombreux académiciens – Maurice Druon, JeanMarie Rouart, Hélène Carrère d’Encausse –, Edouard Balladur ne souhaite pas faire son entrée à l’Académie française : « Je n’ai pas cette vanité-là », objecte-t-il. Pourtant, après la disparition de l’ancien Premier ministre Pierre Messmer, les sages de la Coupole auraient bien aimé compter parmi eux l’ancien chef de gouvernement. D’autant, argumentent-ils, qu’Edouard Balladur écrit au moins un livre par an.

DR

Rachida en bonne copine
■ La garde des Sceaux, dont la réputation n’est pas toujours des meilleures, s’est fait remarquer ces derniers temps par sa bonne camaraderie. Dès qu’un ministre

Angot tout près du Seuil
■ C’est le premier coup de théâtre de la rentrée littéraire 2008 : la romancière Christine Angot publiera, fin août, Le Marché des amants, son nouveau roman. Rendez-vous (Flammarion) avait créé la polémique et partagé la critique en septembre 2006. Qu’en sera-t-il du Marché des amants ? On peut parier d’ores et déjà sur un accueil passionnel. On parle d’un roman surprenant sur les hommes, les frontières du visible et de l’invisible, le racisme à la française. Reste la question : chez qui ? Christine Angot devrait, selon toute probabilité, quitter Flammarion pour le Seuil, où elle rejoindrait l’éditeur Bernard Comment. Elle partagerait ainsi la rentrée littéraire du Seuil avec Chasseur de lions d’Olivier Rolin et Face au jour de l’Américain Thomas Pynchon.

Souloy Frederic/Gamma

14/

13 avril 2008

ECONOMIE

Distribution. Bazin et Arnault mettent la pression sur Carrefour Page 16

Mondialisation. Du Maroc jusqu’au Proche-Orient, consommation et exportations ont le vent en poupe…

Agostino Pacciani

Une ouvrière agricole dans un vignoble près de Tunis. En Tunisie, la consommation atteint près de 50 millions de bouteilles par an.

Le renouveau des vins arabes
Meknès (Maroc)
Envoyé spécial Un vent anormalement chaud balaie la grande plaine viticole au sud-ouest de Meknès en cette fin du mois de mars. « La nature a un mois d’avance », estime Moha Omari, responsable de production du domaine El Baraka. Six cents hectares – pas moins – de merlot, carignan, cabernet, syrah, grenache défilent à perte de vue… Des cépages français, ces fameux cépages tout-terrain, ont essaimé jusqu’ici. Les employés de la filiale marocaine de Castel Frères, première multinationale française viticole, angoissent devant les caprices de la nature comme en Bordelais ou en Languedoc… Grand échalas de 38 ans, Paul D’Herbès est chargé de la vinification. Lui aussi s’inquiète de cette chaleur étouffante. Il ne vinifie pas que des vins de consommation courante, comme les domaines de Sahari ou le fameux Boulaouane, en vente dans les hypermarchés de l’Hexagone. Il prépare une cuvée issue d’une sélection de ses meilleures parcelles. « Ce sera le premier grand cru marocain. Il est riche en caber net et nous le testons en fûts de chêne depuis deux ans dans le but de le commercialiser d’ici à 2009 sur une base de 20.000 bouteilles », explique-t-il. Mais que viennent faire les hommes de Castel au pays des ryads ? Le groupe y possède déjà 1.500 hectares de vignes et a investi 30 millions d’euros pour faire sortir de terre une chaîne d’embouteillage aux standards européens (7.000 bouteilles à l’heure) et un chais de vinification. « Il y a ici deux marchés très dynamiques : une forte demande à l’exportation et une demande intérieure soutenue », explique Franck Crouzet, directeur marketing et communication. gligeable de la production locale. Celle-ci fournit 2 % de la consommation française, soit plus que tous les vins du Nouveau Monde réunis. Avec le choix stratégique du Royaume d’aller vers un tourisme de masse – 10 millions de touristes d’ici à 2012 –, la consommation devrait continuer à croître comme en Tunisie. Là-bas, les touristes et expatriés engloutissent une cinquantaine de millions de bouteilles par an. Le vignoble d’Etat a été mis en concession. Premier acteur en Tunisie, Les Vignerons de Carthage visent 20 millions de bouteilles pour couvrir les besoins du marché intérieur et 2 millions pour l’exportation, « notamment vers la France », précise Belgacem D’Khili, son directeur. Castel – encore lui – cultive 250 hectares de vigne sous l’appellation Coteaux de la Medjerda. Maroc et Tunisie ne sont pas des exceptions. Tous les pays arabes se convertissent au vin. Un retour aux sources, puisqu’en réalité la vigne prospérait partout en Méditerranée voilà plusieurs millénaires. « Il y a un nouvel intérêt pour le vin dans ces pays, qui doit beaucoup à la croissance des échanges dans la région », estime l’œnologue international Denis Dubourdieu. Lui-même est consultant pour un de ses anciens condisciples à la faculté de Montpellier, André Hadji-Thomas, un chrétien orthodoxe à l’origine d’un projet à capitaux coptes et libanais en Egypte : « Les jardins du Nil ». La production locale atteint 10 millions de bouteilles et a doublé pour répondre à la curiosité des touristes. Avec du moût (jus de raisin fermenté) acheté en Espagne ou en Sicile, la société d’André Hadji-Thomas vinifie une petite cuvée près d’Al Guna, en mer Rouge. Une oliveraie a aussi été transformée en vignoble près du Caire. Le petit verdot (autre cépage bordelais) y donne d’excellents résultats.

Malgré l’islam, la consommation locale est en forte hausse
Première surprise, les Marocains boivent beaucoup de vin : 45 millions de bouteilles par an, en progression de 7 % sur 2007. C’est considérable pour une population de 34 millions d’habitants alors qu’une large partie refuse encore cette boisson pour des motifs religieux. « Le vin est couramment consommé à la maison, il n’y a pas d’interdit absolu, la seule condition c’est d’être discret », décrypte un des cadres des Celliers de Meknès (groupe Zniber). S’y ajoutent des vins de contrebande venus d’Espagne. Ils alimentent principalement le marché des petits vins. L’Europe, enfin, absorbe une part non né-

La croissance des échanges a dopé le marché du vin
Le phénomène se re produit dans toute la zone. Selon un calcul effectué par l’AFP, 80.000 hectares de vigne sont aujourd’hui consacrés au vin dans sept pays arabes : Maroc, Tunisie, Algérie, Egypte, Liban, Jordanie et Syrie. Ce parc produit 1,3 million d’hectolitres, l’équivalent de 150 millions de bouteilles, soit la production de la Bourgogne. Des concurrents redoutables pour un grand pays déjà producteur, la Turquie. Ainsi que pour l’Etat d’Israël, déjà connu pour ses cuvées amples et généreuses (250 caves, 60 millions de cols produits). Difficile, toutefois, d’évacuer les questions religieuses et géopolitiques. Les en-

trepreneurs chrétiens sont souvent seuls à l’origine de ces projets. En Jordanie, deux compagnies de cette confession produisent du vin qui est exporté en Irak et, discrètement, dans les monarchies arabes du Golfe. Au Liban, les projets s’accélèrent: « Nous sommes désormais une vingtaine de producteurs », explique Sandro Saadé, dont la célèbre famille s’est lancée dans le vin avec le domaine de Marca dans la vallée de la Bekaa, et en Syrie (voir ci-dessous). Au pays des Cèdres, les leaders s’appellent Kefraya, Ksara ou Musar. Ils commencent à être reconnus dans les concours internationaux. En Algérie, le grand vignoble, autrefois numéro quatre mondial, reste moribond. Le groupe Castel a été approché pour le relancer. Mais les groupes islamistes armés restent trop menaçants. Ce n’est pas le cas ailleurs dans le monde arabe. Ni les Frères musulmans ni les organisations islamistes maghrébines ne sont parvenus à faire interdire la consommation de vin. Le fisc, en revanche, ne badine pas partout. Ainsi, en Turquie, il faut acquitter 8,7 ¤ de taxes contre 1 à 3 ¤ en Europe – hors TVA – pour s’offrir du vin de table. Mais indéniablement, plus que le thé ou la vodka, le vin s’impose comme la boisson de la mondialisation. Benoist Simmat

Les Saadé, de la mer à la vigne
Dans quelques mois, le rêve de Johnny Saadé deviendra tangible. Il prendra la for me d’une bouteille de vin appelée Bargylus. L’homme d’affaires libano-syrien est davantage connu en France pour le conflit qui l’oppose depuis des lustres à son frère Jacques, le roi du transport maritime, aux commandes de CMA-CGM. Avec Bargylus, Johnny et ses fils, Karim, 34 ans, et Sandro, 31 ans, comptent revenir sur la scène internationale. Leur première cuvée sera mise en vente en Syrie et au Liban, mais aussi en Amérique, en Angleterre, en Asie, et bien entendu en France. Chaque bouteille de ce premier vin… syrien coûtera entre 20 € et 30 €. Installé à Beyro u t h , Jo h n ny S a a d é ava i t d ’ ab o rd pensé s’offrir un château à Bordeaux avant de se lancer dans le pari fou de « faire du vin » sur la terre de ses ancêtres. Une gageure. Expropriée dans les années soixante, au moment des grandes nationalisations syriennes, la famille Saadé a peiné à constituer son vignoble. « Nous avons dû racheter une multitude de petites parcelles et l’autorisation de produire du vin est remontée jusqu’en Conseil des ministres », raconte Sandro Saadé. Leurs vignes sont plantées à 900 mètres d’altitude sur le mont Bargylus (aujourd’hui appelé Jebel Al-Ansariyé), au nord-ouest du pays. A l’endroit même où étaient produits les « vins de Damas » dont parlaient les philosophes au temps de la Bible. « Avec un kilo de raisin par pied, nous avons obtenu une cuvée haut de gamme, c’est le bon moment car le goût pour le vin gagne la région devant toutes les autres boissons », se félicite Sandro Saadé. Cherchant à profiter de la mondialisation, les deux frères ont planté leurs premiers merlot, syrah et cabernet-sauvignon en 2003. Leur vinification a eu lieu en 2006. Pour mettre toutes les chances de leur côté, ils ont fait appel au consultant international Stéphane Derenoncourt, un wine-maker travaillant aussi bien pour des viticulteurs bordelais que pour des stars comme Francis Ford Coppola. Résultat : un premier essai d’une intensité honnête et d’une richesse typique de la région. Les frères Saadé vinifient aussi un bargylus blanc à partir de sauvignon et de chardonnay Selon Derenoncourt, la . qualité des sols de cette montagne prouve qu’on peut y faire du vin comme au bon vieux temps de l’Antiquité. B.S.

Bernard Bisson

Dégustation de vins dans les salons de l’hôtel George-V à Paris, pour Karim (à gauche) et Sandro Saadé.

13 avril 2008

Economie

/15

Economies. Le gouvernement peaufine sa réforme de la santé et des retraites

Cure de rigueur pour la Sécu
Des centaines de manifestants ont déposé hier aprèsmidi des boîtes vides de médicaments devant les préfectures de Toulouse et de Strasbourg et devant le ministère de la Santé à Paris pour protester contre les franchises médicales instaurées le 1 er janvier (50 centimes par boîte de médicaments et par acte paramédical, et 2 € par transport sanitaire, dans la limite de 50 € par an). Au-delà de cette ponction jugée « injuste », le Collectif national contre les franchises médicales redoute une « privatisation masquée » du système de santé. Les patients ont de quoi s’inquiéter. Après s’être attaqué au budget de l’Etat, le gouver nement veut mettre la Sécu au régime. L’objectif : économiser 5 milliards d’euros dès l’an prochain. Selon nos informations, une première séance de travail doit réunir cette semaine les min i s t re s Ro s e ly n e B a ch e l o t (Santé), Eric Woerth (Budget) et Xavier Bertrand (Travail), en présence de re présentants de l’Elysée et de Matignon. « Les premiers arbitrages seront rendus en juin, dans le cadre de la préparation du projet de loi de financement de la sécurité sociale », indique-t-on à Bercy. Eric Woerth a déjà livré quelques pistes. Le gouver nement souhaite réduire les dépenses « sur le médicament », ce qui pourrait se traduire par le déremboursement de nouvelles molécules ou un moindre remboursement des médicaments pris en charge à 100 % pour les patients en af fection de longue durée. Mais les mesures les plus sensibles concerneront « la manière de rembourser un certain nombre de soins ». En clair, il s’agirait de créer de nouvelles franchises médicales ou de faire basculer le remboursement de certaines dépenses (l’optique, par exemple) de la Sécu vers les mutuelles. Une philosophie assumée par Nicolas Sarkozy, qui veut re-

Verdict imminent pour les usines d’Airbus
Les salariés des six usines de fuselage mises en vente par Airbu s e t s a m a i s o n m è re E A D S (dont Méaulte et Saint-NazaireVille en France) vont enfin être fixés sur leur sort. Baptisé Zéphyr, ce plan de cession a viré au casse-tête avec l’échec fin mars de la cession des trois sites allemands. Selon nos infor mat i o n s, l e s c o m i t é s e x é c u t i f s d’EADS et d’Airbus vont se réunir respectivement demain et mardi pour décider des suites à donner au projet. Les syndicats français seront infor més le même jour lors d’un comité d’entreprise à Toulouse. De source proche du dossier, l’avionneur va devoir, faute de r e p r e n e u r s, c o n s e r ve r l e contrôle majoritaire des usines situées outre-Rhin. Elles pourraient même rester dans une filiale à 100 % d’EADS, comme le réclame le puissant syndicat IG Metall. Du coup, Airbus doit décider s’il cède comme prévu 60 % des deux usines françaises au groupe toulousain Latécoère.

Raymond Delalande/JDD

Intérêt financier et risques de conflit social Devant le ministère de la Santé, hier, à Paris.
des maternités et des blocs chirurgicaux des petits hôpitaux, qui seraient reconvertis en maisons de santé. De quoi effrayer les élus locaux, qui s’inquiètent déjà de la restructuration prochaine des bases militaires et des services de l’Etat en province. Reste la nouvelle étape de la réforme des retraites. Elle doit faire passer la durée de cotisation de 40 à 41 ans. Les mesures complémentaires devaient être détaillées « mi-avril », par Xavier Bertrand, aux partenaires sociaux. Mais, de sources concordantes, le ministre a décidé de repousser ces rencontres à la semaine du 21 avril. « Il y a un problème d’arbitrage. Vu le contexte d’économies, je crains que Xavier Bertrand ait moins de marge de manœuvre que prévu pour accorder des concessions », indique Jean-Christophe Le Duigou, de la CGT. Selon un autre syndicaliste, le gouvernement aimerait aussi laisser passer la grogne lycéenne et la manifestation contre la réfor me des retraites organisée jeudi par FO. L’entourage de Xavier Bertrand nie, toutefois, tout report de calendrier et assure que la d at e n’ e s t p a s e n c o re f i x é e à cause de « problèmes d’agenda ». Selon l’AFP, le ministre va proposer de nouvelles mesures pour développer l’emploi des seniors, et confirmer la promesse de revaloriser le minimum vieillesse et des pensions de réversion. Côté financement, la ponction des excédents de l’assurance-chômage serait toujours à l’ordre du jour. Reste à savoir si le gouvern e m e n t va p i o ch e r d a n s l e s 31,4 milliards d’euros du fonds de réserve des retraites, comme le redoutent les syndicats. Yann Philippin Le PDG d’EADS, Louis Gallois, a promis que les cessions seraient faites de la même manière et au même rythme. Mais les syndicats redoutent qu’il ne revienne sur ses engagements. FO et la CGC ont demandé jeudi à Louis Gallois de garantir « l’équité ». « Si les sites français sont vendus et que ça ne se f a i t p a s e n A l l e m a g n e, n o t re crainte est que les charges de t r av a i l aillent du côté allemand », a expliqué Frédéric Home z, secrétaire général de FO Métallurgie. Les craintes sont d’autant plus g randes que Latécoère a déjà annoncé la création d’une usine au Maghreb dans la foulée du rachat de Méaulte et SaintNazaire-Ville, alors qu’aucun effort de délocalisation n’est prévu outre-Rhin. Airbus devra donc arbitrer entre son intérêt financier, les exigences de Latécoère – qui veut rester majoritaire – et les risques de conflit social. A tit r e d ’ ave r t i s s e m e n t , p l u s d e mille personnes ont manifesté mercredi à Saint-Nazaire à l’appel de cinq syndicats contre la vente des usines. Y.P .

définir « la barrière entre solidarité et assurance ». « C’est scandaleux. On ne résoudra pas les problèmes de l’assurance-maladie en transférant tout au privé ! » s’indigne Danièle Kar niewicz, responsable de la protection sociale à la CGC. Sur le front de l’hôpital, Nicolas Sarkozy va annoncer jeudi les mesures qu’il retiendra du rapport remis par le sénateur UMP Gérard Larcher, cette semaine. Le chef de l’Etat s’est déjà déclaré favorable au regroupement des établissements publics. Il s’agit d’accélérer la fer meture

La Chine achètera-t-elle la France ?
L’empire du Milieu s’éveille de plus en plus. Après avoir beaucoup produit à bas coût pour la planète, la Chine veut investir ses milliards de dollars d’excédents commerciaux loin de ses côtes. Les embardées du milliardaire hongkongais Li Ka-Shing dans Marionnaud en 2005 ont laissé place aux appétits des fameux fonds souverains chinois. Le plus connu d’entre eux s’appelle CIC (pour China Investment Corporation). Il a reçu de l’Etat plus de 200 milliards de dollars avec un simple mot d’ord re : « g o g l o b a l » . I nve s t i r à l’étranger vite et bien. Mais c’est le China State Administration Foreign Exchange, un autre fonds, avec plus de 1.650 milliards de dollars de réserves de devises sous gestion, qui s’est invité le 4 avril chez Total. Il détiendrait une participation de 1,6 % de la major française. Bon connaisseur de la Chine, Jean-Pierre Raffarin a enfilé sa casquette de président de la Fondation pour la prospective et l’innovation et agité ses réseaux dans le but d’accélérer l’arrivée de ces fonds en France. Résultat : malgré les tensions autour des JO de Pékin, une conférence sur le thème de « La Chine investisseur ». Elle se tient demain au Sénat en présence de représentants du CIC, du Fonds national de sécurité sociale chinois et de la Bank of China. Histoire de mieux se connaître et de nouer le dialogue avec des financiers encore auréolés de mystère. « Nous savons que la zone euro les attire de plus en plus et qu’ils présentent un profil d’investisseur de type anglo-saxon, avec un objectif d’allocation d’actifs diversifié et la recher-

Travail. Des formalités réduites pour créer son entreprise individuelle

Le gouvernement encourage le « second boulot »
Les libéraux en rêvaient, Nicolas Sarkozy le fera. Le gouvernement va créer un nouveau statut d’entrepreneur individuel ultrasimplifié. Inscrit dans le projet de loi de modernisation de l’économie qui doit être examiné en Conseil des ministres à la fin du mois, ce dispositif vise les travailleurs indépendants qui tentent de lancer leur affaire mais surtout les personnes qui veulent ou doivent exercer un job d’appoint. « Une petite révolution », a commenté Nicolas Sarko zy auprès des ministres de Bercy. Défendu depuis longtemps par le secrétaire d’Etat aux PME, Hervé Novelli, ce statut concernera tous les actifs. Les salariés, notamment ceux à temps partiel, les étudiants qui font déjà des « petits boulots », ainsi que les retraités, le cumul avec le versement d’une pension étant autorisé. « On applique le principe de travailler plus pour gagner plus », dit-on au secrétariat d’Etat. Les fonctionnaires seront aussi incités à exercer une double activité en s’affiliant au régime, à condition que les gains de leur second job ne dépassent pas la moitié de leur traitement. Une dérogation de plus à l’interdiction faite aux agents publics d’exercer leurs talents ailleurs. « Je pense aussi aux jeunes de banlieue », souligne Hervé Novelli. De même, certains business montés sur le site internet Ebay seraient ainsi « légalisés ». Côté formalités, une simple déclaration à l’Urssaf (la Sécu) sur papier libre devrait suffire, promet-on à Bercy. Les taxes seraient, elles aussi, simplifiées. Elles seraient plafonnées à 23 % pour les activités de service et à 13 % pour le commerce, soit une petite diminution par rapport au régime le plus f avorable qui existe aujourd’hui (respectivement 14 % et 24,6 % de charges sociales). Mais, une fois ces prélèvements effectués, les recettes seraient exemptées de TVA, de CSG et de l’impôt sur le revenu.

CONFIDENTIEL
Zaleski inquiète Pinault chez Vinci
■ La montée du milliardaire Romain Zaleski (via sa holding Carlo Tassara) dans le capital de Vinci – il a franchi le seuil des 3 % – préoccuperait le magnat François Pinault (fondateur de PPR) qui détient, lui, une participation de 4,98 % (via la Financière Pinault). Les deux hommes se sont découverts au sein d’ArcelorMittal, mais la polémique autour de l’usine de Gandrange a éloigné Zaleski de Lakshmi Mittal, patron d’Arcelor et ami de Pinault. Selon certaines sources, l’entrepreneur breton « se fait un film » depuis jeudi dernier. Il redoute notamment l’arrivée chez Vinci, aux côtés de Romain Zaleski, du groupe de pression, les Avernes. Ce dernier s’est montré très remuant chez Arcelor et Sagem.

SHZQ

Siège de la China State Administration Foreign Exchange à Pékin.
che de tickets plutôt minoritaires », caractérise Xavier Marin, président du fonds d’investissement Fondations Capital et coorg a n i s at e u r d e c e t t e j o u r n é e. Jusqu’ici, les investisseurs chinois ont placé plus d’un milliard de dollars dans les entreprises françaises avec le rachat des télévisions Thomson en 2003, d’Adisseo (ex-filiale de Rhodia) en 2006 et des activités silicone de Rhodia la même année. Une misère à l’aune de leurs capacités financières. la chimie et les technologies de l’information », détaille Ma She, ministre conseiller aux affaires économiques auprès de l’ambassade de Chine. L’attractivité du site France ne fait pas de doute malgré quelques « faiblesses » hexagonales : « les for malités administratives relatives à l’obtention des cartes de séjour et de commerçant et la non-reconnaissance des per mis de conduire chinois », cite Ma She. Sans oublier le besoin de mieux comprendre le droit social, le contexte syndical et les normes environnementales. Le dernier achat chinois français n’a, en tout cas, pas échappé aux médias du monde entier. Il s’agit de la photo en tenue d’Eve de Carla Bruni adjugée pour 91.000 doll a r s p a r C h r i s t i e ’s p o u r l e compte d’un collectionneur chinois. Plus de trente fois sa valeur estimée. Bruna Basini

Dissuader les salariés de quitter leur entreprise
Cette taxation est capée à 76.300 € annuels de ventes pour les activités commerciales et à 27.000 € pour les services. Selon les calculs de Bercy, cette dernière somme correspond à environ 800 € net par mois de revenu d’appoint, une fois les frais et la taxe déduits. Ces plafonds, relativement bas, visent à dissuader les salariés de quitter leur entreprise pour devenir des prestataires indépendants et payer moins d’impôts et de cotisations sociales. Ce risque était une crainte des hauts fonctionnaires des Affaires sociales, opposés au projet. Selon Hervé Novelli, ce statut devrait séduire « plusieurs dizaines de milliers » de Français. Il devrait entrer en vigueur en 2009. N.P .

Les touristes boudent Pékin
■ Selon le Centre d’études des tour-opérateurs (Ceto), les réservations de séjours en Chine étaient en baisse de 38 % en février der nier par rapport à février 2007. La Maison de la Chine, voyagiste spécialisé sur cette destination, observe même une chute des commandes de 50 % ces trois dernières semain e s. Ju s q u ’ à r é c e m m e n t , l a Chine était prisée des Français. Mais les Jeux olympiques, qui p r ovo q u e n t u n e f l a m b é e d e s prix hôteliers, ne sont pas propices aux villégiatures en groupe. Et les événements au Tibet compliquent l’équation.

L’attractivité du site France ne fait pas de doute
Pour l’avenir, certaines sources évoquent entre 3 et 5 milliards de dollars en France pour le seul CIC qui prévoit de placer 70 milliards de dollars à l’étranger. « Les secteurs qui nous intéressent par rapport à la France sont le commerce, le tourisme, le transport maritime et aérien,

16/

Marchés
Mardi, l’assemblée générale de Carrefour promet d’être historique. Deux gros actionnaires, Bernard Arnault, patron de LVMH, à travers sa structure Groupe Arnault, et Sébastien Bazin, président du fonds d’investissement Colony ont donné le ton vendredi dernier. Ils ont , augmenté leur participation de 9,1 % à 10,7 % chez Carrefour, via leur société commune Blue Capital. Dans la foulée, ils exigent la nomination d’un troisième représentant au sein du conseil de surveillance du géant mondial de la distribution. Sébastien Bazin et Nicolas Bazire, bras droit de Bernard Arnault, en sont déjà membres. Ils ont obtenu ces deux postes il y a un an avec l’entrée surprise de leur société au capital de l’enseigne. Blue Capital révélera l’identité de son candidat au conseil de surveillance qui se réunira juste après l’assemblée générale. Il ou elle devrait être coopté(e) dans les semaines à venir. « Ce nouveau membre est issu du monde industriel, précise Sébastien Bazin au JDD. C’est une personnalité française expérimentée et ouverte sur l’international. » Les deux actionnaires veulent être « moteur » chez Carrefour. « Par cette opération, ils exercent une pression psychologique sur le management et les autres actionnaires à quelques jours de l’AG », commente un analyste parisien. De fait, les deux financiers profitent de la fin du pacte d’actionnaires qui liait la famille Halley , fondatrice de Carrefour. Jusqu’à présent, les Halley campaient en actionnaires de référence. Après l’assemblée générale, la douzaine d’héri-

13 avril 2008

LE CHIFFRE
La grogne organisée des salariés roumains de Dacia, filiale de Renault, se chiffre en millions d’euros. 13 pour être précis. Soit le coût d’une grève qui a duré près de trois semaines et a abouti à une majoration de salaire de 28 %. Les ouvriers des chaînes de montage de la Logan gagnent désormais un salaire brut moyen de 354 euros par mois. Sept fois moins, encore, que leurs homologues français. Mais nettement plus que les autres ouvriers roumains de l’industrie, selon la direction de Renault. Dès demain l’usine de Pitesti, située au sud du pays, tournera à plein régime. Le plan de production 2008 de 320 000 Logan devrait être respecté. Mais les fondamentaux pour Renault sont en train de changer. La compétitivité de son site n’est pas compromise, mais elle est écornée. Et socialement, la grève de Pitesti marque peut-être la fin du modèle roumain pour des délocalisateurs comme le constructeur français. B.B.

13 millions

Distribution. Bernard Arnault et Sébastien Bazin détiennent 10,7 % de l’enseigne

Blue Capital met Carrefour sous pression
foncière baptisée Carrefour Property A sa tête, . Blue Capital a placé en février dernier un homme de confiance : Pascal Duhamel de la banque Morgan Stanley Mais la crise boursière . modifie la donne. Jeudi, José Luis Duran a annoncé que le groupe reportait l’introduction en Bourse de Carrefour Property à l’an prochain. Cette opération devait rapporter 3 milliards d’euros. D’ici là, Blue Capital appliquera son plan B: attirer dès cette année des investisseurs institutionnels (assureurs, fonds de pension…) dans sa filiale immobilière. De fait, malgré les incertitudes liées au projet de loi sur l’urbanisme commercial en France et sur l’évolution de la consommation, la foncière devrait attirer les financiers. Autre incertitude au sein de Carrefour: la vente des hard discount Ed et Dia, des actifs évalués à environ 4 milliards d’euros. Blue Capital semble défendre cette option, alors que José Luis Duran l’a exclue récemment. A l’avenir, Blue Capital ne s’interdit pas de monter à nouveau dans Carrefour. Mais les deux partenaires n’ont pas la même marge de manœuvre. Bernard Arnault sait prendre son temps. Ce milliardaire l’a prouvé durant le long sauvetage de son enseigne de beauté Sephora. Il n’est pas certain que le fonds Colony ait la même latitude ou philosophie. D’ordinaire, les fonds d’investissement se donnent cinq ans pour valoriser leur mise. Depuis janvier, le cours du distributeur tricolore a cédé 13,92 %. Marie Nicot

Patrick Othoniel/JDD

LA BOURSE

Bernard Arnault et Sébastien Bazin.
tiers qui détient 13 % du capital pourra conserver ou céder ses titres. Mais quelle que soit leur décision, ils resteront à l’avenir en marge du pouvoir. Deux représentants de la famille Halley (Bernard Bontoux et Pierre-Jean Brénugat) vont quitter le conseil de surveillance composé de onze membres. Seul Robert Halley présidera cette entité jusqu’en 2009. Et le duo Bazin-Bazire s’engouffrera dans la brèche. Objectif : vendre les murs des centres commerciaux pour récolter de l’argent nécessaire à l’expansion de l’enseigne. La valorisation de l’immobilier est la spécialité de Sébastien Bazin, qui l’applique chez Accor depuis 2005. Seul hic, cette stratégie n’est pas dans la tradition des enseignes de distribution. Diplomate, le patron de Carrefour, José Luis Duran, a créé une

LES VALEURS

LES INDICATEURS

Sichov/Sipa

13 avril 2008

Tendances

/17

Style. Du cachemire branché à la botte molle, Zadig & Voltaire se tricote un succès planétaire

Un conte “filosophique”
Deux petits mois pour que son ma g asin-amiral ait perdu son air « trop neuf » et que la fête commence ! Thierry Gillier, le fondateur de Zadig & Voltaire, veut que cela « pulse » jeudi, pour l’inauguration de la boutique parisienne de la rue du Vieux-Colombier. Aux platines, Louis Bertignac, aux murs les drôles de poupées de la plasticienne Françoise Petrovich et dans les lieux, sur 500 m², le toutParis de la mode, des médias et des arts et une noria de « people » mordus de ses pulls en cachemire à messages très rock & roll, de ses tee-shirts tunisiens, de ses besaces en cuir gras et de ses toutes nouvelles bottes molles à semelles violettes. Le vestiaire de la marque préférée des bobos est typé. Le style plairait sans doute à Voltaire et à Bret Easton Ellis. Il a inspiré les chanteurs Renaud et Marc Lavoine et les écrivains Marc Levy et Frédéric Beigbeder. Il est à la fois sobre et luxueux, décontracté et chic, pertinent et… impertinent. Du snobisme soft. Capable de séduire la ménagerie humaine de 7 à 77 ans, au féminin comme au masculin. Evidemment, Thierry Gillier s’en réjouit : « On a remplacé beaucoup de monde sous les sapins de Noël. » Fils de filateurs, Gillier grandit à T royes dans la maille. Lorsqu’il lance Zadig en 1997, il n’en est pas à son galop d’essai. Dans les années 1980, il a créé avec son frère Arnaud une marque à leur nom. Rebelote une décennie plus tard avec, cette fois, Amélie, son épouse. Aujourd’hui, il incarne la griffe en solo mais n’a pas changé son credo d’entrepreneur. « Pas de défilés, pas d’égéries, pas d’acheteurs, du bouche-à-oreille pour se faire connaître, une création et une diffusion intégrées. Et rien que des produits à notre main », résume-t-il. La méthode bouscule les règles du métier mais elle est redoutable d’efficacité. Une success story française qui en fait la plus en vue et la plus convoitée des

Eric Dessons/JDD

Thierry Gillier inaugure jeudi en grande pompe sa nouvelle boutique de la rue du Vieux-Colombier à Paris.

marques émergentes sur le créneau du luxe accessible. Depuis cinq ans, la PME, qui vient de fixer son nouveau QG rue SaintRoch, dans le quartier de la mode, grossit à vue d’œil : 500 employés,

un peu de pub tout de même – pour institutionnaliser la griffe devenue mondiale – et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires contre 25 millions il y a quatre ans. Côté distribution, Zadig &

Voltaire compte désormais une centaine de boutiques à son nom (hors corners dans quelques magasins multimarques). A elle seule, la France, son premier marché, en aligne une trentaine. Mais 2008

sera résolument l’année du grand large. Le contenu des magasins s’est aussi étoffé. Jadis confiné à la maille – version cachemire –, il développe aujourd’hui toutes les pièces fortes du dressing : maroquinerie, lingerie, chaussures, montres, bijoux et un parfum avant la fin de l’année. L’œil à tout, Gillier choisit ses sites de production (plus de 70 dans le monde), l’emplacement de ses boutiques – « un premier choix discret qui suit notre clientèle » –, les codes visuels des vitrines et réfléchit au prochain coup, « une acquisition dans les accessoires sous peu. Tout doit être Zadig. C’est une marque qui a son vocabulaire et a noué un lien affectif fort avec ses clients », théorise son fondateur. C’est aussi un label référent qu’il défend bec et ongles. En février 2007, Zadig a assigné la chaîne américaine Gap devant la justice française pour contrefaçon et concurrence déloyale. La gamme des tunisiens de Gap à 29 € ressemblait à s’y méprendre au best-seller du vestiaire Zadig vendu à plus de 100.000 exemplaires par an. L’affaire n’est pas encore liquidée et vient s’ajouter à une quinzaine d’autres dossiers qui fâchent. Mais Gillier en convient, les imitations sont aussi une for me d’hommage. Bruna Basini

Sport. Un marché de plus d’un milliard d’euros pour une version pro de la course à pied

DR

Supernova de chez Adidas au rayon hommes.

Le running double le jogging
Ils étaient près de 30.000 dimanche dernier sur la ligne de départ du 32 e marathon de Paris. Quarantedeux kilomètres de course sur bitume et, pour la plupar t des par ticipants, l’aboutissement d’années d’efforts. Tous se réclament de la tribu du running, qui est au jogging ce que les poulets fermiers sont aux volailles de batterie. Selon une étude LH2 réalisée pour Adidas, en 2007, la participation à un marathon demeure le premier rêve sportif des Français. Cet engouement se retrouve dans les chiffres. Toutes dépenses confondues, le marché du running pèse un bon milliard d’euros en France. Les chaussures représentent le premier poste de dépense. Il s’en est vendu pour près de 180 millions d’euros l’an dernier. Un chiffre en hausse de 12,5 % par rapport à 2006. Et c’est compter sans une centaine de millions consacrés à l’achat de shorts, tshirts, polaires, lunettes, montres chronos digitales ou encore compléments alimentaires et boissons énergétiques. Des tour-opérateurs sont aussi entrés dans la course : Planet Tours propose des forfaits pour les athlètes et leurs conjoints. Beaucoup de runners prolongent désormais leur séjour pour découvrir la ville de leurs exploits. Jogging Magazine, le mensuel culte des runners français (45.000 exemplaires) depuis vingt-cinq ans, vient de s’enrichir d’une rubrique centrée sur les marathons étrangers. Histoire de se préparer à l’arrivée en kiosque, ce mois-ci, de l’édition française du cultissime Runner’s World américain. « Le runner est un homme ou une femme qui se met ou se remet progressivement et méthodiquement à la course

Pour femmes, la Response, signée Adidas.

DR

dans le but de s’aligner un jour au départ d’une épreuve », précise Br uno Lacroix, le rédacteur en chef de Jogging Magazine. Internet a compté pour beaucoup dans le succès de cette discipline. A partir des années 1990, au fur et à mesure que la Toile proposait des méthodes d’entraînement validées par des « meneurs d’allure » reconnus, ses adeptes ont crû de manière exponentielle. Et les marques se sont alignées : avec des chaussures toujours plus confortables et des vêtements techniques. Nike et Apple proposent même une chaussure avec iPod intégré où le rythme de la musique varie avec la cadence du coureur ! Autre carton chez les runners : la réédition de vintages remis au dernier cri technique, comme la Cortez, la première paire de sneakers de la marque au Swoosh. Et pour exister sur un sport très prisé par les annonceurs, les géants du sport recentrent leur sponsoring autour des services au coureur, comme l’explique Olivier Heck, directeur marketing chez Adidas. Faute de pouvoir parrainer toutes les épreuves du circuit, la marque aux trois bandes finance des « petits plus », comme des espaces de garde d’enfants au départ des courses, et surtout des séances de massage à l’arrivée. Vincent Bussière

18/

Hier à Vincennes
1. Prix Beaumanoir

Courses Hot Spot, un favori logique
LONGCHAMP - 2e course - Prix du Palais Garnier (Handicap divisé - première épreuve - 4 ans - Réf. : +19,5 - Grande piste - 50.000 ¤ - 1.600 m)
N° TIERCÉ

13 avril 2008

SOLUTIONS DES JEUX Bridge
♠ AD10 ♥ V92 ♦ 6543 ♣ 1072 ♠ RV63 ♥ A6 ♦ V872 ♣ V54
N O S E

1. (4) Passion D'ariane 4 (Bezier M.) G. 5.70, P. 1.70 - 2. (5) Precieux Perrine 5 (Larue R. Ch.)P. 1.30 - 3. (8) Perle Speed 8 (Raffin E.)P. 1.80 - 4. (6) Plenty Pocket 6 (Masschaele Ph.) - 5. (3) Prisca De Janeiro 3 (Abrivard M.) Non partant : 2 Temps : 3'21"98 - 3'23"16 3'24"02 Couple (4 - 5) G. 9.30 Pl. 3.10 (4 - 8) Pl. 4.10 (5 - 8) Pl. 3.00

CHEVAUX

SEXE AGE

JOCKEYS

N° POIDS CORDE

GAINS

PROPRIÉTAIRES

ENTRAINEURS

PERFORMANCES

NOS ÉTOILES

1 SLICKLY ROYAL 2 CANONGATE (GB) 3 PSY CHIC 4 CELTIE ROD (IRE) 5 KYBER PASS 6 BLEUE DOLOISE 7 FINIKAS (GB) 8 QUICK BERE 9 CADRAN 10 OR VIOLET 11 UNIROSSA 12 HOT SPOT 13 FOUNDOUK (IRE) 14 SANJA 15 NELSON CRACK 16 DJAROUN 17 SURTSEY

M4 M4 H4 M4 H4 F4 M4 M4 M4 M4 F4 H4 H4 F4 F4 M4 F4

S. Pasquier O. Peslier D. Boeuf G. Benoist Cp. Lemaire C. Soumillon M. Guyon

61

4

99.390 ¤ 43.160 ¤ 75.000 ¤ 13.000 ¤ 67.325 ¤ 41.020 ¤ 63.780 ¤ 97.590 ¤ 68.440 ¤ 31.850 ¤ 36.870 ¤ 39.110 ¤ 14.900 ¤ 33.810 ¤ 24.645 ¤ 9.810 ¤ 48.740 ¤

P. Demercastel . Bland C. Dubuquoi Hr. Troedsson M. Ohana C. Hennel de B. L. Haegel P. Treyve B. Giraudon C. Motschmann F. Head

P. Demercastel
R. Gibson Rob. Collet

8p 2p 1p 7p 4p (07) 0p 1p (07) 0p 9p 1p 1p 4p 5p (06) 1p 1p 5p 3p 2p 6p (07) 5p 1p 6p (07) 0p 0p Deb (07) 0p 6p 1p 0p 2p 4p 3p 2p (07) 0p 0p 3p 5p 6p (06) 1p (07) 0p 6p 2p 5p 2p 8p 6p 4p 1p 6p (07) 1p 0p 0p 3p 2p 0p 0p (07) 3p 1p 0p
6p (07) 0p 1p 3p 2p 4p 4p

★ ★ ★

2. Prix de Chelles

1. (1) Reve Des Cabournes 1 (Bazire J. M.) G. 3.80, P. 2.50 - 2. (9) Ribelinos 9 (Piton B.)P. 2.50 - 3. (8) Ricou Du Niel 8 (Boutin Ph.)P. 4.20 - 4. (10) Roc Angevin 10 (Dreux Y.) - 5. (3) Ripoux Fab 3 (Jarry V.) Tous Couru Temps : 3'28"08 - 3'28"54 - 3'28"58 Couple (1 - 9) G. 21.00 Pl. 7.10 (1 - 8) Pl. 15.30 (9 - 8) Pl. 13.90

60.5 14 59.5 13 59.5 9

P. Brandt
T. Lallie

3. Prix de la Lorraine

57.5 12 57.5 11 56 17

♠ 98754 ♥ 43 ♦ ARD ♣ ARD

♠ 2 ♥ RD10875 ♦ 109 ♣ 9862

1. (12) Michka 12 (Levesque P.) G. 11.10, P. 3.70 - 2. (8) Nevaio Des Bordes 8 (Lecellier P.)P. 5.00 - 3. (6) Occitane 6 (Bazire J. M.)P. 3.50 - 4. (4) Licencie Du Vif 4 (Sionneau H.) - 5. (16) Marini Du Mont 16 (Bekaert D.) Tous Couru Temps : 2'30"88 - 2'31"01 - 2'31"01

A. Bonin
S. Wattel C. Lerner D. Prod'homme

★★

I. Mendizabal 55.5 15 Y. Lerner R. Thomas A. Cardine Alxi. Badel D. Bonilla J. Victoire O. Trigodet A. Crastus S. Ruis 55 55 54.5 54 54 53.5 53.5 10 3 8 6 1 2 7

H. Comelli Pauget M. Pimbonnet

TIERCE : 12 - 8 - 6
(pour 1 ¤) Ordre : 499.20 ¤ – Désordre : 74.40 ¤

★ ★★ ★★★ ★ ★★★ ★

Ec. Chalhoub S.A.L. P. Van De Poele

QUARTE+ : 12 - 8 - 6 - 4
(pour 1,30 ¤) Ordre : 1 701,96 ¤ Désordre : 83,72 ¤ Bonus : 20,93 ¤

5p 0p 5p 0p (07) 4p 6p 6p

M. Bollack-badel
F. Head

3p 7p (07) 0p 4p 5p 6p 2p
1p (07) 0p 0p 5p 7p (06) 3p

QUINTE+ : 12 - 8 - 6 - 4 - 16
(pour 2 ¤) Ordre : 79 644,60 ¤ Désordre : 682,60 ¤ Bonus 4/5 : 10,50 ¤ Bonus 4 : 21,00 ¤ Bonus 3 : 7,00 ¤ Numéro + : 0384 ¤ 2 sur 4 (pour 3 ¤) : 13,80 ¤
Multi : 12 - 8 - 6 - 4 (pour 3 ¤) en 4 : 315,00 ¤ – en 5 : 63,00 ¤ en 6 : 21,00 ¤ – en 7 : 9,00 ¤

M. Scemama/Mme D. Ricard A. Royer Dupre
Mme C. Terrenegre-L./J. Pouts Jl. Laval
E. Lellouche M. Hovelacque

9p (07) 9p 9p 7p 0p 4p 6p
4p 1p 1p (07) 5p 2p 2p 8p 7p 0p (07) 7p 2p 4p 7p 3p 0p 6p 2p 0p 0p 0p 0p (07)

53.5 16 53 5

E. Lellouche

V. Dissaux

Le Prono JDD
12 – HOT SPOT 15 – NELSON CRACK 10 – OR VIOLET 6 – BLEUE DOLOISE 9 – CADRAN 3 – PSY CHIC 13 – FOUNDOUK 2 – CANONGATE
Troisième du Prix de Picardie, la course référence disputée le 25 mars à Compiègne, sans avoir toutes ses aises dans la phase finale, Hot Spot peut l’emporter cette fois avec un parcours plus limpide. Il devra se méfier en priorité de Nelson Cr ack. Meilleure que jamais, cette fille de Chichicaste-

4. Prix d'Auxerre

1. (13) Quickly Time 13 (Bazire J. M.) G. 3.70, P. 1.80 - 2. (12) Queensland 12 (Dubois J. Ph.)P. 2.10 - 2. (16) Quassia Du Bon Air 16 (Marie B.)P. 3.10 - 4. (15) Quorange 15 (Levesque P.) - 5. (5) Quitus Du Seuil 5 (Hue M.) Tous Couru Temps : 3'22"63 - 3'23"06 - 3'23"06 Couple (13 - 12) G. 3.90 Pl. 3.80 (13 - 16) G. 9.30 Pl. 8.00 (12 - 16) Pl. 7.90

5. Prix Hémine

1. (7) Replay Oaks 7 (Fournigault E.) G. 2.00, P. 1.40 2. (5) Rocky Des Brouets 5 (Masschaele Ph.)P. 1.70 - 3. (9) Romance Du Ruel 9 (Raffin E.)P. 1.40 - 4. (8) Reve Des Vallees 8 (Abrivard M.) - 5. (1) Redemption Song 1 (David L. M.) Tous Couru Temps : 2'41"44 - 2'41"50 2'42"01 Couple (7 - 5) G. 10.40 Pl. 4.10 (7 - 9) Pl. 3.30 (5 - 9) Pl. 3.70

6. Prix de Château-Gaillard

1. (15) Nil 15 (Abrivard M.) G. 4.30, P. 1.70 - 2. (11) Liosco Atout 11 (Raffin O.)P. 4.40 - 3. (13) Lovebite 13 (Svensson Cl.)P. 1.80 - 4. (1) Night Turgot 1 (Marie B.) 5. (5) Garantido 5 (Martens Ch.) Tous Couru Temps : 3'18"82 - 3'19"10 - 3'19"57 Couple (15 - 11) G. 32.70 Pl. 9.50 (15 - 13) Pl. 4.40 (11 - 13) Pl. 20.60

7. Prix de Langres

1. (1) Nenuphar 1 (Levesque Melle C.) G. 2.60, P. 1.40 - 2. (9) Lucky Blue 9 (Mary Melle M. Ch.)P. 1.60 - 3. (4) Kifill De Moitot 4 (Picot F.)P. 1.60 - 4. (11) Max Galbe 11 (Leclercq Melle C.) - 5. (3) Milou Bonheur 3 (Christopher Corbineau) Tous Couru Temps : 3'33"36 3'33"62 - 3'33"93 Couple (1 - 9) G. 6.10 Pl. 3.00 (1 - 4) Pl. 3.20 (9 - 4) Pl. 3.50

LES CONFRÈRES Europe 1 Nice Matin La Provence Paris Turf Week-End
12 12 8 1 7 4 13 6 13 3 11

3 15 6 12

8. Prix Henri Levesque

1. (7) Pim Quick 7 (Lenoir M.) G. 3.00, P. 1.70 - 2. (4) Pole Position 4 (Dubois J. Ph.)P. 2.40 - 3. (11) Perlando 11 (Verbeeck J.)P. 3.60 - 4. (6) Paradis Cordiere 6 (Labigne J. L.) - 5. (14) Pearl Queen 14 (Duvaldestin Th.) Non partant : 8 Temps : 2'39"06 - 2'39"30 - 2'39"51 Couple (7 - 4) G. 12.00 Pl. 4.80 (7 - 11) Pl. 9.00 (4 - 11) Pl. 15.50

12 15 12

6 14 16

6 13 10 15

9. Prix de Jonzac

Ouest France 6 12 15 3 13

nango a très bien tenu sa partie dans un Quinté + face à ses aînés il y a un mois. Aujourd’hui, elle s’annonce redoutable dans ce lot de quatre ans. Or Violet est un poulain gris qui devrait trouver sa voie à ce niveau de compétition. Régulier l’an passé, il a les moyens de jouer les premiers rôles d’autant qu’il apprécie le terrain lourd. Bleue Dol o i s e vient de se classer deuxième dans une course à conditions bien composée. Troisième d’une épreuve similaire l’an dernier sur ce tracé, l’élève d’Alain Bonin est confiée pour la première fois à Christophe Soumillon. Un bon comportement de sa part est attendu. En vue ces derniers temps sur la piste, en sable fibré, deauvillaise, Cadran a montré l’an passé qu’il s’adaptait à tout type de revêtement. Jugé sur son dernier parcours, il détient une chance évidente. Remonté de neuf livres sur l’échelle des valeurs suite à sa récente victoire à ce niveau, Psy Chic dépend d’un entraînement en pleine réussite. Bon finisseur, il garde son mot à dire malgré le poids. Foundouk vient d’ouvrir son palmarès lors de sa première sortie de l’année à Lyon-Parilly. Sur sa lancée, ce sujet bien né

L’info turf
210 – OR VIOLET
Entraîné l’an dernier par David Smaga, ce représentant de l’écurie Chalhoub ne compte qu’une fausse note depuis ses débuts, en dix sorties. Ce fils de Kendor apprécie le terrain lourd et il retrouve Psy Chic (qu’il a devancé l’an dernier à Amiens en portant deux kilos de plus que lui) dans des conditions de poids favorables. Bien placé dans les stalles de départ, ce bon finisseur prend part à son premier Quinté + avec une chance indéniable. Un bon pari.

Tour de vis

peut monter de catégorie avec bonheur. Canongate n’a pas été revu depuis plus de sept mois mais il revient sur une piste qui lui a réussi l’an dernier en terrain profond et dans cette catégorie. Il peut imiter son partenaire d’entraînement Meshugah, qui s’est illustré dans un gros handicap il y a peu dans les mêmes conditions, en prenant une part active à l’arrivée. Jean-Baptiste Ruiz

1. (12) Quena Josselyn 12 (Le Beller T.) G. 29.20, P. 7.40 - 2. (5) Quidia Du Chatelet 5 (Levesque P.)P. 4.90 3. (10) Qualie Picarde 10 (Verva P. Y.)P. 9.50 - 4. (4) Quelle Brune 4 (Baudron L.) - 5. (3) Qurla Montaval 3 (Cimarosti P.) Tous Couru Temps : 2'36"50 - 2'36"74 2'36"76 Couple (12 - 5) G. 124.70 Pl. 28.50 (12 - 10) Pl. 75.10 (5 - 10) Pl. 49.30

Les autres courses à Longchamp
1. Prix de Ferrieres
(Plat - 34.000 ¤ - 2.200 m) Notre choix : 2 Trois Rois, 3 Democrate, 5 Baikonour.

à Reims
1. Prix www.hippodromedereims.com 2. Prix Du Stade De Reims
(Attelé - 22.000 ¤ - 2.600 m) Notre choix : 9 Repeat Love, 11 Rambling Rose, 5 Reggio, 7 Riselda Du Gribout, 6 Rominko. (Monté - 23.000 ¤ - 2.000 m) Notre choix : 8 Osiris D'angis, 3 Ophelia D'arc, 12 Obisolo, 11 Or Du Chatelet, 5 Karl.

Prix de Fontainebleau
(Plat - 80.000 ¤ - 1.600 m) Notre choix : 1 Tamayuz, 7 Blue Chagall, 6 Arcadia's Angle, 2 Hello Morning.

Hier à Le Croisé-Laroche
1. Prix Sagace
1. (8) Be My Risk 8 (Lerner Y.) G. 5.20, P. 2.10 - 2. (2) Sindajan 2 (Soumillon C.)P. 1.70 - 3. (10) Little Fighter 10 (Carvalho Jp.)P. 3.80 - 4. (1) Head Of Defence 1 (Pasquier S.) - 5. (7) Alto Douro 7 (Jarnet T.) Non partant : 4 Distance : 3 L 1/2 - 3 L Couple (8 - 2) G. 7.60 Pl. 2.80 (8 - 10) Pl. 5.00 (2 - 10) Pl. 6.40

2. Prix du Palais Garnier
(Plat - 50.000 ¤ - 1.600 m) Voir le tableau du Quinté

6. Sg Private Banking Prix la Force
(Plat - 80.000 ¤ - 2.000 m) Notre choix : 2 Watar, 3 High Rock, 1 Putney Bridge, 5 Achill Island.

3. Prix Lord Seymour
(Plat - 52.000 ¤ - 2.400 m) (Notre choix : 9 It's Gino, 10 Winter Dream, 11 Zibimix, 1 Cristobal, 5 Noble Prince.

3. Prix De L'hebdo Du Vendredi

7. Prix de Croissy
(Plat - 34.000 ¤ - 2.200 m) Notre choix : 2 She Hates Me, 5 Dee Flawless, 4 Sharp Acting.

2. Prix All Along

4. Sg Private Banking Prix de la Grotte
(Plat - 80.000 ¤ - 1.600 m) Notre choix : 2 Zarkava, 1 Conference Call, 3 Gipson Dessert, 6 Lessing.

(Attelé - 19.000 ¤ - 2.600 m) Notre choix : 9 Ode A La Pluie, 8 One Step Beyond, 4 Onoumea, 10 Origan De Vrie, 11 Oakland De Faverol.

4. Grand Prix Du Champagne Palmer 5. Prix Stadedereimstv.com

1. (1) Louve Orientale 1 (Jarnet T.) G. 6.80, P. 2.10 - 2. (12) Mer De Sable 12 (Pasquier S.)P. 3.20 - 3. (4) First Legend 4 (Soumillon C.)P. 1.50 - 4. (11) Genoveva 11 (Boeuf D.) - 5. (9) Autunoise 9 (Victoire J.) Tous Couru Distance : 1 L 1/2 - 2 L Couple (1 - 12) G. 33.50 Pl. 10.70 (1 - 4) Pl. 4.80 (12 - 4) Pl. 6.40

8. Prix de l'opera Bastille
(Plat - 24.000 ¤ - 1.600 m) Notre choix : 7 Dana Spring, 19 Samala, 8 Diamond Square, 10 Spring Is Here, 6 Fil D'or.

(Attelé - 33.000 ¤ - 2.600 m) Notre choix : 6 Ufo Kievitshof, 9 Lilas Rose, 4 Napoleon De Bussy, 12 Nuit Irisee, 5 Ostar D'oliverie. (Attelé - 22.000 ¤ - 2.600 m) Notre choix : 12 Quick Darling, 8 Quiqui Gaillard, 9 Quota De Tillard, 11 Quel Gwen, 6 Quel Gede.

5. Sg Private Banking -

3. Prix de la Madeleine

1. (11) Lorenzo Lotto 11 (Breux D.) G. 6.70, P. 2.10 - 2. (8) Pennekar 8 (Soumillon C.)P. 1.80 - 3. (4) Global Champion 4 (Carvalho J.-P.)P. 1.80 - 3. (12) Lava Rock 12 (Guyon M.)P. 2.10 - 5. (7) Comohio 7 (Victoire J.) Non partant : 10 Distance : 1 L 1/2 - NEZDEAD HEAT Couple (11 - 8) G. 22.30 Pl. 7.80 (11 - 4) Pl. 5.70 (8 - 4) Pl. 5.60 (11 - 12) Pl. 6.70 (8 - 12) Pl. 6.30

08 92 02 03 24
L’audiotel hippique du JDD
Retrouvez, tous les jours de la semaine, sur notre service Audiotel (0,34 €/min), les pronostics détaillés et expliqués du Quinté + ; les informations de dernière minute de nos journalistes en direct des champs de course ; les cotes, les résultats et les rapports de toutes les courses PMU, en temps réel. L’audiotel du Journal du Dimanche est une mine de renseignements pour gagner aux courses !

6. Prix Du Magazine Rouge & Blanc

(Attelé - 22.000 ¤ - 2.600 m) Notre choix : 12 Quita Du Noyer, 13 Quintina, 6 Quorinne De Bailly, 14 Qualie Du Tremblay, 3 Quantarelle.

7. Prix Www.stadedereims.com

4. Handicap de Printemps

1. (4) Ocean Of Peace 4 (Piccone T.) G. 13.80, P. 4.40 - 2. (13) Blonde Des Aigles 13 (Sautjeau M.)P. 4.30 - 3. (9) Bereft 9 (Auge J.)P. 3.60 - 4. (11) Gentle Rebuke 11 (Jarnet T.) - 5. (10) Silver Gilt 10 (Thomas R.) Tous Couru Distance : 2 L - 1/2 L Couple (4 - 13) G. 99.20 Pl. 31.00 (4 - 9) Pl. 18.10 (13 - 9) Pl. 18.90

(Attelé - 21.000 ¤ - 2.600 m) Notre choix : 14 Perle Du Futur, 5 Pollux Des Forets, 12 Paflosa Gede, 8 Pensee Mika, 1 Perfecto Du Klau.

8. Prix Du Stade Auguste Delaune

(Attelé - 6.000 ¤ - 2.575 m) Notre choix : 14 New Des Coevrons, 8 Mabilis, 3 Nil De Fontaine, 15 Onto, 10 Milo Du Bois Morin.

5. Prix d'Amiens

1. (9) Blow The Lot 9 (Mlle Hagenbach S.) G. 10.20, P. 2.70 - 2. (6) Albany Hall 6 (Mlle Beel C.)P. 2.40 - 3. (11) Muthabaie 11 (Mlle Pacault As.)P. 1.80 - 4. (7) Los Cantos 7 (Mlle Boisgontier P.) - 5. (1) Quick Prinz Poldi 1 (Mlle Scandella M.) Non partant : 13 Distance : 1/2 L - CTE TETE Couple (9 - 6) G. 19.10 Pl. 6.70 (9 - 11) Pl. 8.10 (6 - 11) Pl. 6.20

25.000 chevaux de course (15.500 trotteurs, 9.500 galopeurs) ont été l’objet d’un prélèvement biologique en 2007. 99,4 % des courses organisées en France sont ainsi contrôlées, des analyses étant également réalisées, à l’improviste, sur des chevaux au repos ou à l’entraînement. La Fédération nationale des sociétés de courses consacre près de dix millions d’euros par an à la lutte contre le doping. A titre de comparaison, cette même somme est dépensée, chaque année, pour tous les autres sports. C’est dire si les sociétés de courses se donnent, aujourd’hui, les moyens d’organiser des compétitions « propres ». C’est une question de crédibilité et de morale, puisqu’il est joué plus de 8 milliards d’euros par an sur les courses françaises, mais aussi de sélection, afin de ne pas maquiller de manière artificielle les performances. 40 cas ont été déclarés positifs, soit une proportion de 0,2 %. Ce pourcentage n’a jamais été aussi faible. La raison en est bien simple : les contrôles sont de plus en plus nombreux, les entraîneurs de mieux en mieux informés sur les risques qu’ils prennent et les « affaires » sorties, au fur et à mesure des positivités enregistrées. C’est ainsi, que pour la deuxième fois en trois ans, le Cheval Français vient de disqualifier l’un de ses participants au Prix d’Amérique, en l’occurrence Prodigious, arrivé à la cinquième place. Son entraîneur Jean-Philippe Dubois, dont deux autres chevaux ont été testés positifs au même moment, s’est retrouvé mis à l’amende de plus de 12.000 € et l’objet d’une mise à pied de trois mois. Initialement prévue avec sursis, cette peine s’est transformée en « ferme ». Pour la première fois, en effet, une commission supérieure a déjugé – sous la pression de la vox populi ? – ses collègues de première instance, estimant que la concomitance de trois cas positifs nécessitait plus de fermeté et une sanction exemplaire. Voilà les tricheurs ou inconscients prévenus : on ne joue pas avec le feu. François Hallopé

Votre premier problème a été de savoir si vous auriez dû contrer ou non le contrat final de quatre piques. A moins que vos adversaires soient bien connus pour leurs excentricités, notre réponse sera résolument négative. Vos adversaires sont allés volontairement jusqu’au niveau de quatre piques. Certes, ils vont trouver des atouts mal répartis et sans doute mal placés, mais qu' y a-t-il à gagner par votre contre ? Inscrire 100 au lieu de 50 ? la belle affaire! En revanche, il y a un risque de voir ce contre vous faire payer un lourd tribut : mettre en garde le déclarant contre la situation des atouts et lui permettre de trouver une ligne de jeu gagnante en conséquence. La vue du mort est, pour vous, une grande désillusion ; vous vous attendiez à réaliser deux levées d’atouts avec votre roi et votre valet, bien au chaud, or la présence des honneurs à pique est une déception. Sans doute, Sud aurait-il mieux fait de contrer d’appel deux cœurs que de nommer sa couleur cinquième anémique. Une chose est sûre, la main de Sud possède tous les honneurs mineurs manquants. Votre camp vient d’encaisser les deux premières levées et votre partenaire a mis le déclarant en surcoupe, parfait : vous réalisez la levée du valet et… vous venez de réduire à zéro vos chances de battre le contrat ! Le déclarant prendra votre retour et fera deux fois l’impasse au roi de pique. En fait, vous aviez deux tactiques bien meilleures : ne pas surcouper, Sud pensera, sans doute, que vous protégez un roi de pique quatrième et jouera pique pour la dame. Pas si mal, toutefois, si vous avez affaire à un bon technicien, il reviendra en main et jouera atout vers le dix du mort qui pourra être joué sans risque, car s’il perd le valet second en Est, votre roi succombera au tour suivant sous l’as. Soyez plus diabolique ! Surcoupe z le neuf de pique du ROI ! A moins d’être devin, Sud jouera, ensuite, as et dame de pique, escomptant que votre main possédait, initialement, trois piques au roi etdonc, que le valet était second en Est. jeanpaulmeyer1@hotmail.com

Sudoku

Mots fléchés
G A V P I A T B R I C R E R A F T E U S E C H O P I N D R A N C Y G O N N I I N E M E T R S U N T U R I K A E X E U R E X E N E N O N N T P R E H I C P O C R A B H O S E I S S S E E S V D E R E C O L Z I Q U E U E F I E R O N N N T B I F S N I F E C A M I E R S L O I T E R R E S T E M E S S A P A C O L A A B U S I F E W E A I E

C A V A E T H Z O O I S O S A M E S S

6. Prix Serge Charles

1. (8) Midsou 8 (Thomas R.) G. 4.90, P. 2.00 - 2. (4) Classified 4 (Bureller E.)P. 3.00 - 3. (7) Paging The King 7 (Mongil W.)P. 2.20 - 4. (14) Folthir 14 (Bonilla D.) - 5. (6) Happy Love 6 (Boeuf D.) Non partant : 15 Distance : 3/4 L - 3/4 L Couple (8 - 4) G. 19.70 Pl. 6.90 (8 7) Pl. 4.50 (4 - 7) Pl. 10.40

7. Prix Rent A Car

1. (10) World's Mission 10 (Bonilla D.) G. 36.10, P. 7.90 - 2. (12) Grap De Mai 12 (Lefebvre F.)P. 2.20 - 3. (6) Lips Lion 6 (Auge J.)P. 2.20 - 4. (11) Ross Geller 11 (Clijmans K.) - 5. (2) Anawood 2 (Piccone T.) Non partant : 5 Distance : CTE TETE - NEZ Couple (10 - 12) G. 133.60 Pl. 32.00 (10 - 6) Pl. 21.40 (12 - 6) Pl. 5.20

8. Prix Léon Tacquet

1. (8) Taita's Sun 8 (Thomas R.) G. 20.30, P. 6.70 - 2. (6) Gordion 6 (Bonilla D.)P. 11.30 - 3. (15) Page's Prince 15 (Masure G.)P. 6.80 - 4. (2) Eclair Passion 2 (Soumillon C.) - 5. (4) Zamic 4 (Sautjeau M.) Tous Couru Distance : TETE - 1 L Couple (8 - 6) G. 225.70 Pl. 65.60 (8 - 15) Pl. 68.70 (6 - 15) Pl. 104.00

13 avril 2009

SPORT
Barcelone
Interview « Henry est le symbole de la déchéance du Barça », a écrit le journal El Pais jeudi, au lendemain de la qualification poussive contre Schalke (1-0) pour les demi-finales de la Ligue des champions. Depuis son arrivée en Catalogne, le Français est fortement contesté par la presse locale. Qui lui reproche des statistiques en deçà de son passé à Arsenal (14 buts, 10 passes décisives tout de même) et des déclarations plaintives sur son positionnement à g auche de l’attaque blaugrana. Le 9 mars, remplacé contre Villarreal, il avait quitté hâtivement le Camp Nou. Robert Pirès avait lâché : « Je mentirais si je disais que Henry est bien à Barcelone ». T rois jours plus tard, l’avant-centre des Bleus convoquait la presse pour une mise au point : l’absence de sa fille lui pèse. Loin d’atténuer les critiques, ses déclarations ont amplifié le malaise à son égard. Aux journalistes venus l’interroger, jeudi, en marge du lancement de la nouvelle campagne de son équipementier Reebok, la consigne a été donnée de ne poser aucune question sur sa vie privée. Ni sur un possible transfert en fin de saison. Regrettez-vous d’avoir ouvert la brèche aux critiques en parlant de votre vie privée… (Il coupe) Je n’ai pas ouvert la brèche, il faut que ce soit clair. On a ouvert la brèche pour moi. On connaît Robert, il aime bien parler, il a voulu être gentil. Il a tenu des propos qui ont été déformés. Je suis donc sorti pour clarifier une histoire qui a été encore déformée. J’ai juste dit que, pour un père (divorcé) qui ne voit pas sa fille assez souvent, c’est difficile d’être heureux. Je n’ai rien dit d’extraordinaire. Ma fille me manque, c’est grave ? Un père ne peut pas dire ça ? Mais ça a fait couler beaucoup d’encre, on a parlé de dépression. C’est n’importe quoi ! Les gens aiment lire entre les lignes. Je ne peux rien dire qui ne soit interprété. J’ai fait une sortie médiatique pour que cessent les commentaires disant que je n’étais pas content à Barcelone. Je ne regrette pas ces déclarations. Arsenal a été éliminé par Liverpool. Cela aurait été différent avec vous ? Non, je ne pense pas. Je ne tiens pas spécialement à défendre Arsenal mais il y a un penalty donné à Liverpool et un autre oublié sur Hleb. Tout le monde l’a vu. La différence entre Liverpool et Arsenal était mince, elle s’est faite sur ces deux décisions. Pour le reste, je vous rappelle qu’on disait qu’Arsenal était meilleur

Eric Dessons/JDD

/*19
Natation. Attention, phénomène ! Page 22

Thierry Henry. L’attaquant du Barça et des Bleus ironise sur les commentaires à son égard

« Les gens retournent leur veste »
Thierry Henry veut faire taire les critiques à Barcelone.
menté à Londres aussi. Pour le reste, les Jeux n’appartiennent à personne. Souvent, les gens aiment s’approprier le sport pour faire passer des messages politiques. Il faut penser à ce que les Jeux peuvent apporter aux gens. Je ne parle pas de l’aspect politique, ce n’est pas mon domaine. Mais tout le monde a le droit d’avoir les Jeux, de la même façon que la Coupe du monde de foot doit aller en Afrique. Le sport doit rester un jeu. Ce n’est pas parce que les JO ont été attribués à la Chine qu’il faut commencer à regarder en dessous. J’ai eu la chance d’aller à Pékin

« Ma fille me manque, c’est grave ? Un père ne peut pas dire ça ? Et on a parlé de dépression. C’est n’importe quoi ! »
l’été dernier. Si vous aviez vu les enfants, leur bonheur d’accueillir les JO. Doivent-ils souffrir à cause de la politique ? Faut-il salir ce bonheur ? Vous avez lutté contre le racisme à travers la campagne « Stand up speak up ». Pourriez-vous vous engager pour les droits de l’homme ? Pourquoi pas ? Les droits de l’homme, c’est plus qu’important. Je pourrais sans doute m’impliquer davantage politiquement, mais je n’ai pas toujours les éléments pour le faire. Il faut savoir exactement ce qui se passe. Lorsqu’on n’a qu’un son de cloche, c’est compliqué. Je ne parle pas seulement de la Chine, mais d’une manière générale. Manchester United sera votre adversaire en demi-finale. N’est-ce pas trop difficile pour le Barça actuel ? Ça ne va pas être facile mais il n’y a pas un seul match facile en Ligue des champions. Cela n’a pas été simple pour eux contre l’AS Rome même s’ils se sont créés des occasions. Si De Rossi met son penalty à Old Trafford, ça peut être un tout autre match. Ils sont passés. Nous aussi, doucement mais sûrement. Ou sûrement et doucement ! Manchester peut nous convenir vue sa manière de jouer. Son collectif peut se trouver parfois coupé en deux sur les phases offensives. C’est une équipe qui sort souvent, un peu comme nous. Avec deux équipes qui jouent au ballon, ça peut faire un beau match. Comprendriez-vous que Raymond Domenech annonce une liste élargie pour l’Euro ? Ce sera dur pour ceux qui devront partir. J’ai connu cette situation en 1998 : beaucoup de g ens pensaient que je serais par mi les six exclus par Aimé Jacquet. Je m’en rappellerai toujours. Avec tous les joueurs qui étaient sur la sellette, on n’était pas bien. C’était comme l’attente du résultat d’un examen, mais en pire ! Der rière, c’était quand même la Coupe du monde. En revanche, c’est peut-être une bonne solution pour le coach. Je me mets à sa place : en cas de blessure, il aura les joueurs sous la main, il saura qui a fait quoi pendant la préparation, il n’aura pas à aller chercher un remplaçant en vacances. Mais en tant que joueur, je reconnais que c’est dur. Que pensez-vous de l’accueil très mouvementé de la flamme olympique à Paris ? Je n’ai pas vu les images. Je sais que le relais a été mouveVotre ami Tony Parker va entamer les play-offs NBA. Les Celtics, leaders à l’Est, peuvent-ils être champions ? Les équipes de l’Ouest auront laissé beaucoup de plumes dans la saison régulière. Je n’ai jamais vu la Conférence Ouest aussi serrée. Regardez Denver et Golden State, l’un des deux, avec 60 % de victoires, va terminer neuvième, sorti des play-offs ! Alors qu’il serait troisième ou quatrième à l’Est. Ceci dit, quand les Boston Celtics sont venus au Texas, ils ont battu successivement San Antonio, Houston et Dallas. Ce n’était plus arrivé depuis leur der nier titre (en 1986). Mais je vois encore San Antonio gagner cette année. Et pas seulement à cause de Tony, que j’ai au téléphone tous les jours, mais parce que les Spurs parviennent toujours à élever leur niveau de jeu en play-offs. Mickaël Caron

sans moi en début de saison. Je sais que les joueurs n’ont pas dit ça, parce que je les ai tous les jours au téléphone, mais je l’ai lu. Certains ont transformé leurs paroles pour induire que c’était mieux depuis mon départ. Aujourd’hui, j’entends l’inverse. Ça me f ait bien rire… C’est fou comme les gens retournent leur veste. Il faut arrêter de parler, en bien ou en mal, des joueurs qui ne sont plus là. J’espère que les gens ont bien conscience de leurs commentaires à six mois d’intervalle: quand Arsenal avait cinq points d’avance sur Manchester en championnat, c’était la meilleure équipe du monde. Adebayor a réussi une saison extraordinaire mais aujourd’hui, dès qu’il rate un but, il se f ait tuer. Je trouve qu’Arsenal fait une bonne saison. J’espère qu’ils pourront g a gner à Manchester (aujourd’hui, 17 heures) pour garder une chance de gagner le titre.

Albir/Sipa Press

Quand Ben Arfa dribble Oscar Wilde
Il a très vite été médiatisé par le prisme d’une série sur la préformation (« A la Clairefontaine » sur Canal +) et d’un transfert très précoce à Lyon (150.000 euros à 15 ans). Hatem Ben Arfa, 21 ans, est pourtant une énigme. Qui est ce gaucher surdoué qui éclôt cette saison avec l’OL et l’équipe de France ? C’est ce qu’a voulu savoir le journaliste Alex Dell, qui a partagé l’intimité du joueur pendant un mois et demi pour un documentaire diffusé ce soir sur M6*. On y voit Hatem chez lui, cité des Aviateurs à Châtenay-Malabry (92). Ses parents y habitent depuis vingt ans et n’ont jamais voulu déménager malgré les propositions de leur désormais fortuné fiston. « Je suis bien ici. Re garde-moi ça, c’est beau. Même dans le 16e, c’est pas comme ça ! », s’extasie Kamel, son père, ancien international tunisien en se baladant dans les alTony Comiti Productions

DR

lées de ce quartier tranquille. Son fils semble avoir gardé un peu de cette simplicité. Il préfère rouler avec la berline de l’OL que d’investir dans un bolide… Hatem Ben Arfa a longtemps été catalogué comme un joueur individualiste, tête à claques et instable. Sa carrière patinait. Il y a un an, il a décidé de se reprendre en main. En faisant le point sur sa situation, il s’est aussi ouvert au monde. L’été dernier, la lecture de l’autobiog raphie d’Abd Al Malik lui a par exemple donné envie de rencontrer le rappeur. Ils se voient régulièrement. Les deux hommes parlent football mais aussi

religion, tous deux se reconnaissant dans un islam modéré. « Hatem attache de l’importance au spirituel. On n’est pas dans la caricature du footballeur », glisse l’artiste, de passage dans l’appartement classieux du milieu offensif lyonnais. Dans sa bibliothèque, on se surprend à découvrir du très cérébral : Nietzsche, Kant… Ou L’âme humaine d’Oscar Wilde. Qu’a-t-il retenu de ces lectures pointues ? Réponse fébrile : « En gros, qu’on est un parmi la multitude. C’est ça l’âme humaine. J’aime bien, ça t’enrichit. » Curieux, soucieux de se mettre au niveau, il mûrit. Mais reste fragile, à l’image de

son altercation avec son coéquipier Sébastien Squillaci le mois dernier. Il semblerait aussi que l’OL ne lui voue pas la même admiration qu’à Karim Benzema. Son contrat, qui court jusqu’en 2010, n’a pas encore été prolongé. Selon nos informations, il envisage désormais sérieusement son avenir loin du Rhône. Arsène Wenger aimerait le faire venir à Arsenal. Dimanche dernier à Marseille, il a aussi tapé dans l’œil de l’émissaire du Real Madrid. Hier, il n’était pourtant pas titulaire. Solen Cherrier * 66 minutes, 17h40

20*/

Football
LYON - RENNES 1-1
Cris (16e) pour Lyon Mbia (92e) pour Rennes
PTS J G N P BP BC Diff. Dom. Ext. Série

13 avril 2008

Ligue 1/33e journée
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 Lyon Bordeaux Marseille Nancy Saint-Etienne Le Mans Lille Lorient Rennes Valenciennes Nice Caen Sochaux Monaco Auxerre Toulouse Paris SG Lens Strasbourg Metz 68 61 55 55 47 47 46 46 45 44 44 43 42 40 40 38 35 35 35 19 33 32 33 33 33 33 33 33 33 33 32 32 33 33 33 33 32 33 33 33 21 18 15 14 13 13 10 11 12 12 10 11 10 11 11 8 8 8 9 4 5 7 10 13 8 8 16 13 9 8 14 10 12 7 7 14 11 11 8 7 7 7 8 6 12 12 7 9 12 13 8 11 11 15 15 11 13 14 16 22 66 56 49 37 40 39 36 28 36 39 27 35 30 33 29 30 28 35 29 23 33 34 35 24 33 42 27 31 39 32 24 43 35 41 43 34 35 43 39 58 33 22 14 13 7 -3 9 -3 -3 7 3 -8 -5 -8 -14 -4 -7 -8 -10 -35 41/14 34/16 28/13 25/7 25/4 20/14 24/15 17/11 21/18 31/10 17/11 26/17 11/18 17/21 17/14 11/12 16/18 21/18 17/14 13/28 25/19 22/18 20/23 13/16 15/29 19/28 12/12 11/20 15/21 8/22 10/13 9/26 19/17 16/20 12/29 19/22 12/17 14/25 12/25 10/30 GGGPN PGPGG NPGGG NGPGP NGGGN NNNPG GGPNG NGPNG NGGPN NGPPG NGPPN NPGNG NGGGN PPPGP NPGPP NNGNG PNPGP NPNPP PPPPP PPPNP

MONACO - TOULOUSE 0-2
Batlles (4e), Elmander (47e)
( 0 - 1 ) . Te m p s d o u x . 4 . 0 0 0 s p e c t a t e u r s . A r b i t r e : M. Layec. Avertissements : Modesto (90 e) à Monaco ; Mathieu (74e) à Toulouse. Monaco n’a décidément pas bon teint cette semaine. Batlles plus Zidane que jamais : reprise de volée puis coast-to-coast et passe dec’ pour Elmander. Façon PSG, Ricardo exhibe ses sud-am’ de pacotille. En tribune princière, Albert s’enfonce sur son trône. Avec cinq petits points d’avance sur la zone rouge, ses joueurs risquent de bientôt le rejoindre au fond du trou. Monaco: Roma (cap) - Modesto, Sambou, Monsoreau, Cufré Almiron, Perez (Leko 81e), Martin (Gonzalez 61e), Fabio Santos (Meriem 57e) - Gakpe, Bakar . Toulouse: Douchez - Ebondo, Fofana, Ilunga, Mathieu Dieuze - Sirieix (Sissoko 73 e), Batlles (Capoue 83 e), Emana (cap), Mansaré - Elmander (Gignac 80e).

(1-0). Beau temps. 39.900 spectateurs. Arbitre : M. Duhamel. Avertissements : Echiejile (44e), Lemoine (93e) à Rennes. Mbia joue un bien mauvais tour aux Lyonnais : un an après la mimique borderline de Baros, le Camerounais se venge en égalisant dans les arrêts de jeu. S’il y a une ouverture pour Bordeaux, c’est maintenant. L’OL marque le pas. « On a relancé le championnat, tranche même l’entraîneur Alain Perrin. A partir du moment où l’on n’est pas capable de gagner à domicile, on s’est mis à la faute. Cela montre que nous ne sommes pas intouchables. Il va falloir batailler pour récupérer ces points perdus. A 1-0, nous avons manqué d’humilité. Nous avons ronronné. » Guy Lacombe nuance le coup de sang de son homologue: « On les a bien pris. On n’avait rien à perdre. De toute façon, les Lyonnais seront champions quand même. » Lyon : Coupet - Réveillère, Cris, Boumsong, Grosso - Govou, Bodmer, Källström, Juninho (cap) (Crosas 83 e), Benzema Fred (Ben Arfa 64e). Rennes : Luzi - Danzé, Hansson, Dembélé, Echiejile - Briand, Lemoine, Mbia, Sorlin (cap) (Pagis 70e), Thomert (Moreira 78e) -Wiltord (Ekoko 70e).

LE MANS - AUXERRE 3-0
Samassa (27e), Le Tallec (60e), Sessègnon (72e)
(1-0). 12.339 spectateurs. Arbitre : M. Coué. Avertissements : Samassa (45e) au Mans ; Pedretti (78e) à l’AJA. Open bar sur le Chablis à Léon-Bollé : après deux mois de disette, les mecs MUC signent une victoire éclatante. Un énorme Sessègnon à la baguette. Le Mans: Pelé - Calvé, Geder Bouhours, Baal - Yebda, Roma, ric (cap) - Le Tallec (Coutadeur 69 e ), Sessègnon, Matsui (Douillard 83e) - Maïga (Samassa 25e). Auxerre: Riou - Popov, Thomas, Traoré, Grichting, Jaurès Pedretti (cap), Chafni (Kahlenberg 46e) - Jelen (Quercia 71e), Oliech (Lejeune 60e) - Niculae.
Jean-Christophe Verhaegen/AFP

LILLE - NANCY 2-1
Bastos (15e sp), Mirallas (40e) pour Lille ; Andre Luiz Silva (45e) pour Nancy
(2-1). Temps venteux. 13.000 spectateurs. Arbitre : M. Lamarre. Avertissements : Dumont (86 e), Mavuba (90e) au LOSC ; Biancalani (14e), Andre Luiz Silva (22e), Curbelo (58e) à l’ASNL. Exclusion : Frau (89e). Pablo lâche sa rancœur contre le cameraman, mais sa colère vient d’ailleurs. L’ASNL a foiré sa première période. Résultat : 2-0 au bout de 40 minutes. Malgré une réduction bienheureuse, le coach nancéien change toutes ses cartes à la pause. En vain. Lucide, Puygrenier tempère : « On n’a pas de pression à avoir. On va se rattraper le prochain match. Il faudra compter sur nous. On ne lâche rien, il reste du temps. » Lille: Sylva - Béria, Rami, Franquart, Tafforeau (cap) - Lichtsteiner (Makoun 68e), Cabaye (Dumont 85e), Mavuba, Obraniak, Bastos - Mirallas (Frau 74e). Nancy: Bracigliano (cap) - Chrétien, Andre Luiz Silva, Puygrenier, Biancalani (Bérenguer 46 e ) - Dia (Curbelo 46 e ), Nguemo, B. Gavanon (Sauget 46e), Malonga - Zerka, Fortuné.

VALENCIENNES - STRASBOURG 2-0
Savidan (26e, 42e)
(2-0). Beau temps. 14.276 spectateurs. Arbitre : M. Cotrel. Avertissement : Renteria (44e) à Strasbourg. Savidan du bonheur fait le malheur de Strasbourg, qui file vers la L2. Largesses défensives de Paisley et Ducrocq, anciens du PSG qui en profite pour sortir la tête de l’eau. Pour les Alsaciens, c’est le grand plongeon. Valenciennes : Grondin - Mater, Ouaddou (cap), Chelle, Ducourtioux - Belmadi (Sebo 17e), Sanchez, Doumeng, Roudet Savidan, Pujol (Jeovanio 73e). Strasbourg : Cassard - Szelesi, Ducrocq, Paisley, Dos Santos Lacour, Rodrigo, Bah (Fanchone 60e) - Renteria, Gameiro (Alvaro Santos 76e), Mouloungui (Mulenga 81e).

Djibril Cissé et Samir Nasri, les deux buteurs du succès marseillais.

LORIENT - LENS 1-0
Saïfi (85e)
(0-0). Temps pluvieux. 10.000 spectateurs. Arbitre: M. Chapron. Avertissements: Jouffre (34e) à Lorient; Belhadj (20e), Hilton (67e) à Lens. Leçon de kick and rush sauce merlu. Audard pour le gros dégagement qui tache. Belhadj pour la déviation malheureuse de la tête. Et Saïfi (12 buts tout de même) pour la demi-volée en glissade. En tribune, Gervais torture sa cigarette : Lens glisse dans la zone rouge. Pas faute d’occases, mais le JPP’s crew n’est pas ver ni. Analyse de Laurenti : « Si on joue comme ça, je ne suis pas inquiet mais il faut mettre les occasions au fond. Il va falloir se relever, maintenant ! » Lorient: Audard - Jallet, Marchal (cap), Ciani, Morel - Hautcoeur (Cantareil 86e), Mansouri, Abriel, Jouffre (Ewolo 61e) Marin (Robert 62e), Saïfi. Lens: Runje - Laurenti, Coulibaly, Hilton (cap), Ramos (Monterrubio 67e) - Kovacevic, Keita (Mangane 76e) - Monnet-Paquet, Carrière (Boukari 88e), Belhadj - Dindane.

L’OM sur le podium
METZ - MARSEILLE 1-2
Barbosa (3e) pour Metz Cissé (14e), Nasri (57e) pour Marseille
(1-1). Temps frais. 25.685 spectateurs. Arbitre : M. Malige. Avertissements : N’Diaye (78e), Barbosa (87e) à Metz. Pour un petit but de plus au goal-average, l’OM boute Nancy du podium. Pour la première fois de la saison puisque les Lorrains étaient virtuellement qualifiés pour la Ligue des champions depuis la 1re journée… A cinq matches de la fin, et malgré une prestation moyenne de ses ouailles, Eric Gerets commence à croire à l’Europe. « Nous nous sommes compliqués la tâche nous-même en livrant un match fort moyen, analyse le Belge dans un sourire pincé. Les joueurs le savent, le reconnaissent. La joie est donc grande de n’avoir ni perdu ni concédé le nul. Quand on n’est pas bons dans le jeu, il faut se satisfaire d’un travail physique ». Dans la grisaille, Nasri a donné le « la ». Il a martyrisé la défense messine avant d’inscrire joliment le second but de l’OM. Une classe folle qui lui a valu une ovation inédite en déplacement. « Ça fait chaud au cœur. Le déroulement a été délicat mais l’essentiel est là », savoure le minot. « Il était temps que Nasri marque un beau goal, important. C’est dommage qu’il n’ait pas inscrit le deuxième », explique un Gerets tatillon. Qui a parfaitement géré sa mi-temps. « On a parlé un peu du résultat de Nancy à Lille (1-2) mais le coach nous a demandé de ne pas trop y penser », dit Nasri. Privés de Givet, Cheyrou et Valbuena, les Marseillais ont tout de même géré leur deuxième mi-temps. Ils grimpent sur le podium pour la première fois de la saison. Comme l’année dernière avec Albert Emon, l’OM dépasse ses rivaux sur les dernières haies. Gerets a la frite mais reste prudent : « Nous sommes devant Nancy au goal-average mais Nancy est encore là et Saint-Etienne regarde dans l’ombre ». Petite pause. Début de sourire au coin des lèvres. « Bon, j’avoue que c’est fantastique de se retrouver à la troisième place », concède celui qui a repris le collier alors que l’équipe était relégable (19e). Une position inconfortable dont le FC Metz n’espère plus s’affranchir : les Lorrains sont officiellement relégués en L2. M.C. Metz : Marichez (cap) - C. Gueye, Vivian, Bassong, Cubilier — François (N’Diaye 71 e) — Pjanic, Agouazi, Barbosa, Bessat (Gygax 58e) - B. Gueye (Gestede 59e). Marseille : Mandanda — Bonnart, Cana (cap), Rodriguez, Taiwo — Mbami, Zenden — Akalé (Grandin 76e), Nasri (Oruma 89e), Niang (Kaboré 79e) — Cissé.

BORDEAUX - CAEN
Stade Chaban-Delmas, 18h, Canal+ Sport
C’est toujours la même rengaine. Bordeaux espère revenir sur l’OL mais surveille surtout l’OM et Nancy dans le rétro. Le titre ? « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », analyse Laurent Blanc dans une subtile langue de bois. « Ça ne sert à rien de se martyriser l’esprit », ajoute l’entraîneur au curedent. A vrai dire, la venue de Caen intéresse surtout pour le sort qui sera réservé à Franck Jurietti. Après la raclée de l’aller (5-0), le défenseur bordelais avait allumé des Caennais « chambreurs ». « Ils se sont pris pour des Maradona mais on les attendra au retour », avait-il lancé, l’œil sombre. « Quand on en prend cinq, d’ordinaire, on se tait », peste encore le défenseur caennais Jérémy Sorbon. « Le mauvais climat de l’aller, pour moi, se résume à un seul joueur », rappelle Nicolas Florentin. Petit prono : victoire de Bordeaux, quelques taquets pour Jurietti et tout le monde sera quitte.

SOCHAUX - SAINT-ETIENNE 1-1
Grax (68e) pour Sochaux Ilan (12e) pour Saint-Etienne
(0-1). Temps agréable. 19.921 spectateurs. Arbitre : M. Thual. Avertissement : Sall (73e) à Saint-Etienne. Saint-Etienne a ouvert le score, Sochaux a égalisé, les deux équipes n’ont rien lâché et voilà un score de parité qui ne dérange personne. Sochaux : Richert - Pichot, Bréchet (cap), Perquis, Jokic -Dalmat, Ndaw, Maurice-Belay, Isabey (Traoré 67e) - Erding (Birsa 86e), Pancrate (Grax 67e). Saint-Etienne : Viviani - Varrault, Sall, Tavlaridis, Dabo (Tiéné 59e) - Matuidi, Landrin - Perrin (cap), Dernis (Gomis 62e puis Feindouno 92e), Guarin - Ilan.

Meilleurs buteurs
17 buts: Benzema (Lyon). 15 buts: Niang (Marseille). 13 buts: Cissé +1 (Marseille); Gomis (Saint-Etienne). 12 buts : Cavenaghi (Bordeaux); De Melo (Le Mans) ; Saïfi +1 (Lorient); Savidan +2 (Valenciennes). 11 buts: Niculae (Auxerre); Bellion, Wendel (Bordeaux) ; Elmander +1 (Toulouse). 10 buts: Koné (Nice) .

34e journée
Samedi 19 avril : Lens-Sochaux (17h10, Canal+); AuxerreMetz ; Caen-Paris SG ; Nancy-Le Mans ; Nice-Monaco ; Rennes-Valenciennes ; Saint-Etienne-Lorient ; Strasbourg-Lyon (20h). Dimanche 20 avril : Toulouse-Bordeaux (18h, Canal+ Sport) ; Marseille-Lille (20h55, Canal+).

National 33e journée Championnats étrangers
Villemomble-Louhans-Cuiseaux .0-1 Vannes-Paris FC . . . . . . . . . . . . . .0-0 Rodez-Pau . . . . . . . . . . . . . . . . . . .1-2 Beauvais-Cannes . . . . . . . . . . . . .1-1 Cherbourg-Entente SSG . . . . . . . .1-1 Nîmes-Arles . . . . . . . . . . . . . . . . . .2-1 Vendredi Créteil-Calais . . . . . . . . . . . . . . . . .0-1 Istres-Romorantin . . . . . . . . . . . . .1-2 Laval-Martigues . . . . . . . . . . . . . .2-2 Tours-Sète . . . . . . . . . . . . . . . . . . .3-0 Classement: 1. Vannes 64 pts; 2. Tours 59; 3. Laval 54; 4. Nîmes 53; 5. Sète 51; 6. Cherbourg 51; 7. Paris FC 50; 8. Istres 48; 9. Entente SSG 44; 10. Beauvais 43; 11. Arles 42; 12. Rodez 42; 13. Créteil 38; 14. Cannes 38; 15. Calais 37; 16. Louhans-Cuiseaux 35; 17. Villemomble 34; 18. Romorantin 34; 19. Martigues 33; 20. Pau 32.

Ligue 2
57; 4. CS Bruges 53; 5. GB Anvers 48; 6. Westerlo 44; 7. La Gantoise 44; 8. Zulte 42; 9. Charleroi 42; 10. RC Genk 38; 11. FC Malines 36; 12. Lokeren 35; 13. Roulers 34; 14. Mouscron 33; 15. Dender 30; 16. Mons 30; 17. SaintTrond 23; 18. FC Brussels 18. Barcelone 45; 8. Athletic Bilbao 43; 9. Almeria 42; 10. Majorque 41; 11. Betis Séville 41; 12. Getafe 40; 13. Deportivo La Corogne 40; 14. Valence CF 39; 15. Valladolid 38; 16. Osasuna 37; 17. Huelva 37; 18. Real Saragosse 33; 19. Murcie 29; 20. Levante 19.

32e journée
PTS J Diff.

Allemagne
28e journée
Nuremberg-Wolfsburg . .1-0, arrêté Werder Brême-Schalke 04 . . . . .5-1 Bochum-Berlin . . . . . . . . . . . . . . .1-1 Cottbus-Bielefeld . . . . . . . . . . . . .1-0 Hanovre-Francfort . . . . . . . . . . . .2-1 Karlsruhe-Rostock . . . . . . . . . . . .1-2 Hambourg-Duisbourg . . . . . . . . .0-1 Aujourd’hui: Bayer LeverkusenStuttgart; Bayern Munich-Dortmund Classement: 1. Bayern Munich 57 pts; 2. Werder Brême 50; 3. Schalke 04 48; 4. Hambourg 47; 5. Stuttgart 45; 6. Bayer Leverkusen 44; 7. Wolfsburg 43; 8. Francfort 42; 9. Karlsruhe 38; 10. Hanovre 38; 11. Bochum 34; 12. Dortmund 34; 13. Berlin 33; 14. Cottbus 29; 15. Rostock 27; 16. Duisbourg 25; 17. Bielefeld 25; 18. Nuremberg 23.

Reading-Fulham . . . . . . . . . . . . . .0-2 Portsmouth-Newcastle . . . . . . . .0-0 Aujourd’hui: Liverpool-Blackburn; Manchester United-Arsenal. Demain: Chelsea-Wigan. Classement: 1. Manchester United 77 pts; 2. Chelsea 74; 3. Arsenal 71; 4. Liverpool 63; 5. Everton 61; 6. Portsmouth 57; 7. Aston Villa 55; 8. Manchester City 52; 9. Blackburn 51; 10. West Ham 44; 11. Tottenham 41; 12. Newcastle 39; 13. Middlesbrough 36; 14. Sunderland 36; 15. Wigan 34; 16. Reading 32; 17. Birmingham 31; 18. Bolton 29; 19. Fulham 27; 20. Derby County 11.

Ecosse
Coupe (1/2 finales)
Queen South (D2)-Aberdeen . . .4-3 Dimanche 20 avril: St Johnstone (D2)-Glasgow Rangers ou Partick (D2)

Italie
33e journée
Palerme-Catane . . . . . . . . . . . . . .1-0 Juventus-AC Milan . . . . . . . . . . .3-2 Auourd’hui: Reggina-Sampdoria Gênes; Livourne-Cagliari;UdineseAS Rome; Lazio Rome-Sienne; Genoa-Torino; Naples-Atalanta Bergame; Empoli-Parme; Inter MilanFiorentina. Classement: 1. Inter Milan 72 pts; 2. AS Rome 68; 3. Juventus 61; 4. Fiorentina 56; 5. AC Milan 52; 6. Sampdoria Gênes 52; 7. Udinese 51; 8. Genoa 42; 9. Palerme 42; 10. Atalanta Bergame 41; 11. Naples 40; 12. Lazio Rome 39; 13. Sienne 37; 14. Torino 34; 15. Catane 32; 16. Parme 30; 17. Livourne 29; 18. Empoli 29; 19. Cagliari 29; 20. Reggina 27.

Jeudi : Montpellier-Bastia 2-1. Vendredi : Niort-Clermont 1-0 ; Angers-Châteauroux 3-0 ; Boulogne/Mer-Libourne/St-Seurin 1-0 ; Dijon-Grenoble 0-0 ; Sedan-Brest 2-0 ; Troyes-Gueugnon 2-2 ; AC Ajaccio-Nantes 2-1 ; Amiens-Reims 1-0 ; Guingamp-Le Havre 1-1.

Espagne
32e journée
Valence-Santander . . . . . . . . . . .1-2 Recreativo Huelva-Barcelone . .2-2 Aujourd’hui: Valladolid-Atletico Madrid; Almeria-Villarreal; Betis Séville-Levante; Getafe-Saragosse; Espanyol Barcelone-Osasuna; La Corogne-Athletic Bilbao; Real Madrid-Murcie; Majorque-FC Séville. Classement: 1. Real Madrid 66 pts; 2. FC Barcelone 60; 3. Villarreal 59; 4. Atletico Madrid 53; 5. Santander 53; 6. FC Séville 48; 7. Espanyol

33e journée
Lundi 14 avril : Nantes-Boulogne/Mer (20h30, Eurospor t). Mardi 15 avril : Brest-Montpellier ; Clermont-Guingamp ; GrenobleNior t ; Gueugnon- Anger s ; Libourne/Saint-Seurin-AC Ajaccio ; Reims-Châteauroux (20h). Mardi 22 avril : Bastia-Amiens ; DijonTroyes (20h, Numéricable) ; Le Havre-Sedan (20h30, Numéricable).

Belgique
30e journée
Lokeren-Standard de Liège . . . . .0-0 Saint-Trond-Westerlo . . . . . . . . .0-2 Charleroi-RC Genk . . . . . . . . . . . .3-1 Mouscron-Zulte Waregem . . . . .0-2 FC Malines-La Gantoise . . . . . . .1-0 FC Dender-FC Brussels . . . . . . . .1-1 Mons-Roulers . . . . . . . . . . . . . . . .1-1 Aujourd’hui: Anderlecht-GB Anvers; FC Bruges-Cercle Bruges. Classement: 1. Standard de Liège 68 pts; 2. Anderlecht 58; 3. FC Bruges

Angleterre
34e journée
Tottenham-Middlesbrough . . . . .1-1 Derby County-Aston Villa . . . . . .0-6 Birmingham-Everton . . . . . . . . . .1-1 Sunderland-Manchester City . .1-2 Bolton-West Ham . . . . . . . . . . . . .1-0

1 Le Havre 69 2 Nantes 63 3 Troyes 54 4 Grenoble 52 5 Clermont Foot 48 6 Sedan 47 7 Montpellier 46 8 Angers 46 9 Bastia 45 10 AC Ajaccio 43 - Brest 43 12 Guingamp 42 13 Boulogne-Mer 39 14 Amiens 37 15 Châteauroux 37 16 Reims 37 17 Niort 34 18 Dijon 34 19 Libourne 30 20Gueugnon 17

32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32 32

29 22 9 11 8 4 7 3 6 -6 -6 1 -10 -4 -7 -9 -11 -16 -11 -20

13 avril 2008

Football

/21

Coupe de France. Avant la venue du PSG, le capitaine Sébastien Le Paih raconte le quotidien des amateurs de Carquefou

« On prend ça comme un jeu »
En Coupe, quand un inconnu vous offre des pleurs, on le remercie. Et quand il récidive, on le glorifie. A Carquefou, banlieue nantaise soudain recouver te de ver t et de blanc, on n’en finit plus de se délecter des facéties des footeux locaux, en fond de cale en CFA 2 mais tombeurs successifs des pros de Gueugnon, Nancy et Marseille. Passeur décisif contre l’OM, leur capitaine Sébastien Le Paih a tenu pour le JDD son journal de bord. Jusqu’au nouveau défi des quarts de finale, face au PSG mercredi (21 h, France 3), récit de trois semaines en apesanteur. j’en avais déjà pris 130, et donc déboursé environ 3.000 euros. Cette fois, pas fou, j’ai demandé à ce que quelques chèques me parviennent au préalable. On annonce déjà un match à guichets fer més. C’est beau de se dire que des gens se battent pour venir nous voir. »

La dernière chance d’Arsenal
Cinq jours après son élimination par Liverpool en Ligue des champions, Arsenal dispute « le match de la saison » à Old Trafford (17 heures, Canal+). Après avoir compté jusqu’à cinq points d’avance en février, les Gunners sont relégués à six points de Manchester United et risquent de voir un exercice enthousiasmant se transformer en nouvelle saison blanche. « Si on ne gagne pas, on n’a aucune chance », tranche le technicien français. Arsène Wenger joue gros. Arsenal n’a gagné aucun titre de puis trois ans. Alors, malgré le beau jeu distillé, les critiques sur sa politique sportive fleurissent. « Etre champion serait le plus gros exploit de ma carrière parce que nous nageons à contre-courant. Mais j’ai l’intime conviction que cette équipe peut le faire, explique l’Alsacien. Nous avons travaillé très dur toute la saison et tout ce travail peut être récompensé. » Arsenal n’a remporté que deux de ses onze derniers matches. Et doit composer sans Sagna ni Flamini.

Lundi 7 avril Armand en visite
« Mes enfants Jules, 3 ans, et Léa, 6 ans, étrennent à l’école leur toute nouvelle écharpe, siglée Carquefou-PSG, qui remplace celle de l’OM, fièrement arborée jusqu’ici. Les maîtresses et les parents d’élèves ont toujours un petit mot pour moi. Le soir à l’entraînement, petite visite de Sylvain Armand, qui passe de temps en temps quand il est dans le coin. Un type hyper simple, tout le monde le connaît ici. »

Mercredi 19 mars OM, la nuit la plus courte
« Je ne peux même pas pousser le cri de la victoire avec les gars. Juste eu le temps d’échanger mon maillot avec Kaboré et d’aller chercher mes enfants pour le tour d’honneur que la presse me tombe dessus. Elle me monopolise trois quarts d’heure. On quitte le stade à minuit. Direction le Bistrot Moules, ma cantine. Bar bondé, euphorie générale. Je rentre à 7 heures du mat. Mais la journée commence vite : une heure plus tard, premiers coups de fil de journalistes. Et puis ça n’arrête pas. Messagerie saturée. Ma femme aussi, le soir à table, sature un peu… Plus de 70 textos me parviennent, notamment des anciens partenaires comme Nicolas Savinaud ou Steve Savidan. »

Mercredi 9 avril Songer au coiffeur
« Dans le bus qui nous ramène d’Avranches, on est tous un peu déçus. Encore une fois, on ne prend pas de but, mais on n’en marque pas non plus, malgré trois occases nettes. Pendant que certains jouent au poker, je regarde les clichés de la rencontre sur l’ordinateur de l’un des photographes qui fait le voyage avec nous. Visiblement, il est temps que j’aille chez le coiffeur. Il y aura du monde devant la télé dans une semaine, il faudra se montrer sous son meilleur jour. »

TELEX
Accord entre Ronaldinho et Milan
■ Ronaldinho et le Milan AC, c’est une affaire qui roule. Roberto Assis, frère et agent de la star, assure avoir trouvé « un accord ». « Quand le transfert serat-il finalisé ? Vous allez devoir être patients », a-t-il précisé à la Gazzetta dello Sport. Salaire annuel évoqué : 8 M€ jusqu’en 2012. Milan et le Barça n’ont cependant pas encore discuté. Le club lombard ne serait disposé à dépenser que 16 M€ alors que les Catalans réclameraient 30 M€. Adriano Galliani, l’administrateur-délégué, doit se rendre cette semaine à Barcelone. L’Inter et Manchester City restent à l’affût. Les chances de revoir Ronnie sous le maillot blaugrana sont minces : blessé aux adducteurs, il est out au moins six semaines.

Que ce soit au siège du club de Carquefou ou dans le relationnel avec ses clients, Sébastien Le Paih ne peut évidemment échapper à l’effervescence qui entoure la venue du PSG. Bernard Bisson pour le JDD

Dimanche 23 mars La chance au tirage
« Je ne suis pas du tout serein. Aucune envie de sortir par la petite porte à Sedan ou Amiens. Je veux trop regoûter à La Beaujoire. Avec quelques joueurs, on suit le tirage chez Alban Joinel, le gardien. Une caméra de Stade 2 est là aussi. Paris, c’est le top, un grand soulagement. Je repense alors à ce que j’avais dit dans la chambre d’hôtel, la veille du 8e, à mon coéquipier Baptiste Lafleuriel, dont le meilleur ami est Sylvain Armand. “T’imagines, on sort Marseille demain, ensuite on prend le PSG et tu retrouves Sylvain”. »

Vendredi 11 avril Paris dans le viseur
« Désormais, le PSG est dans toutes les têtes, et pour les bonnes raisons. La question des primes de match, par exemple, n’a pas été posée, pas plus que lors des tours précédents d’ailleurs. La règle au club veut que les joueurs touchent 1.500 euros en cas d’accession aux 32es et, franchement, on n’imaginait pas une seconde dépasser ce stade. Donc on ne sait pas du tout combien on va gagner en définitive. A l’entraînement, le coach n’entre pas encore dans les détails du match. Mais on a lu qu’il avait supervisé Paris, même son équipe de CFA. J’ai une relation particulière avec Denis. On a le même âge (33 ans), on était au collège ensemble. Je sais qu’il nous donnera des arguments pour embêter le PSG, voire pour créer un nouveau tremblement de terre. Cela dit, on va déjà essayer de ne pas prendre une banane. Mais on prend ça comme un jeu. Et on a encore envie de jouer un peu. » Recueilli par Damien Burnier

après cinq jours off. Le coach (Denis Renaud) provoque une petite réunion. Son mot d’ordre : faire les efforts pour se remettre dans le bain et ne pas se disperser. »

Lundi 24 mars Comme un lundi…
« Je reprends concrètement le boulot. Depuis deux ans, je suis commercial pour trois marques de textile, dont celle de Christian Karembeu, que j’ai côtoyé au centre de formation de Nantes. Difficile de passer inaperçu, pas mal de clients me félicitent. En espérant que tout cela ait une influence sur mes chiffres de vente… Retour aussi à l’entraînement,

Mercredi 26 mars Bonjour, c’est Michel Drucker
« En accord avec son discours, le coach n’a pas souhaité que l’équipe se déplace à Paris pour répondre à l’invitation de Michel Drucker, qui nous veut pour l’enregistrement de son émission. On s’entraîne trois soirs par semaine et la séance du mercredi est la plus importante. Un duplex est tout de même organisé au club. En tant que capitaine, je suis amené à m’exprimer. Assez stres-

sant de s’adresser à une caméra avec juste un retour son. Hyper timide, Idrissa N’Doye, le buteur contre Marseille, est complètement paniqué à l’idée de parler au micro. Il se cache presque et tremble comme une feuille. »

aussi que ça peut être un piège. Après avoir sorti Gueugnon et Nancy il y avait eu un phénomène , de décompression. C’est en ce sens que, en tant que cadre, j’ai pris la parole dans le vestiaire. 0-0 au final : satisfaisant. »

Samedi 29 mars Tapis rouge
« Reprise du championnat, à Locminé. Pour la première fois, un car de supporteurs est affrété. Accueil chaleureux sur place. Le speaker nous présente au millier de spectateurs comme “les tombeurs de l’OM” et nos adversaires nous dressent une haie d’honneur à la sortie du tunnel. C’est agréable et touchant, mais on se dit

Samedi 5 avril Billets, s’il vous plaît
« C’est le retour dans notre stade Moulin Boisseau. On reçoit Changé. La ferveur est palpable, tout le club est à bloc. Match tactique, fermé. Aucun but marqué: on est toujours au bord de la DH. La semaine a été un peu plus calme. J’en ai profité pour passer une commande de 150 places pour le quart de finale. Avant Marseille,

Doublé pour Cristiano Ronaldo ?
■ Cristiano Ronaldo fait figure de favori par mi les six prétendants au titre de joueur de l’année en Angleterre. Outre l’attaquant de Manchester United sont nommés Fernando Torres (Liverpool), Fabregas, Adebayor (Arsenal), Gerrard (Liverpool) et James (Portsmouh). Le Portugais a déjà reçu cette distinction la saison dernière.

Paris. Comment le PSG s’est encore trompé dans son mercato brésilien

Histoire d’un fiasco
PSG - NICE
Parc des Princes, 20h55, Canal+
Il y a longtemps que les drapeaux brésiliens ne flottent plus dans les virages du Parc. Les arrivées de Williamis Souza et Everton Santos au mercato, qui ont rejoint leur compatriote Ceara, n’ont pas vraiment relancé la mode. Le premier, sans aucune expérience européenne, enchaîne les performances médiocres et se retrouve remplaçant. Le second aussi, mais en CFA. Débarqués dans un contexte il est vrai très difficile, ils n’ont pas réussi à compenser les départs de Frau et de Gallardo, c’est dire. Au lieu de se renforcer, le PSG s’est affaibli. Coût de l’opération : six millions d’euros pour la doublette. A Sao Paulo où il a passé cinq saisons, Souza, 28 ans, a juste laissé l’image d’un joueur de devoir. « Je l’ai suivi une fois, il a les qualités pour jouer dans un 43-3, comme Tiago à Lyon, estime Marcelo, l’œil plus en réussite de Lyon au Brésil. Je ne le pense pas capable d’éliminer l’arrière gauche mais dans l’axe, il peut réussir. » Seulement, Paul Le Guen cherchait un joueur de couloir droit et, aujourd’hui, c’est Chantôme et Mendy qui s’y collent. Quant à Everton, 21 ans, il n’a jamais fait d’étincelles aux Corinthians, où sa fin d’année a été perturbée par une blessure. Le Guen n’a pas augmenté son temps de jeu : il ne l’a utilisé que 73 minutes… Sa faiblesse interpelle. Un prêt est déjà envisagé. Le fiasco inspire déjà le groupe

Souza, arrivé en janvier, se retrouve remplaçant.
parisien. Everton, qui a eu la maladresse d’évoquer « un style de jeu » à la Robinho lors de sa présentation officielle, aurait été rebaptisé « Robignaud » par des coéquipiers moqueurs. Autre succès du vestiaire : une parodie de Julien Courbet dans « Sans Aucun Doute » passant un coup de téléphone à « Monsieur Alain C. » [Alain Cayzac, président du PSG] pour dénoncer l’arnaque !

Ce n’est pas le premier échec de la filière brésilienne du PSG. Si elle a eu du succès (Leonardo, Valdo, Raï, Ricardo, Ronaldinho), elle a aussi accouché d’Adailton, Geraldao, Reinaldo, Vampeta… Pour Marcelo, le club de la capitale est victime du contexte : « Les prix ont énormément augmenté et Paris n’a plus les moyens de Canal + », pour espérer recruter des internationaux, même en devenir. Les dernières pépites – Breno au Bayern, Pato à Milan et Willian Borges à Donetsk – ont coûté de 12 à 20 M€. Cela relève du fantasme pour le PSG dont le budget de recrutement a baissé en même temps que sa cote. « Son image se détériore, confir me José Fuentes, l’agent de Juninho. Personne ne comprend comment le PSG peut tomber si bas et s’intéresser à des garçons comme Souza et Everton. Lui, je ne sais pas s’il arrivera à jouer en L1 un jour. Et des Souza, il y en a à la pelle en F rance. 4 M€ pour un joueur aussi commun, c’est inadmissible ! Celui qui l’a vendu mérite une statue. » L’agent Franck Henouda a été mandaté par Paris pour ficeler le dossier. Souza, 28 ans, avait été

proposé à Saint-Etienne pour 1,5 million de dollars début janvier. Alors ? Alors, il y a « le contexte », se défend Alain Roche, responsable du recrutement : Paris avait un accord avec le Caennais Gouffran depuis septembre et s’est fait planter à l’ouverture du mercato ; Fred était trop gourmand ; la Juve ne voulait pas prêter Tiago ; le CSKA Moscou pinaillait pour Krasic. Les deux Brésiliens n’étaient pas les premiers choix, mais l’insistance du PSG dans les dernières heures du mercato a fait grimper les prix. Souza et Everton étaient suivis, comme d’autres auriverde, de puis le mois de se ptembre. Mais ils n’ont pas été « supervisés plus de cinquante fois », contrairement à ce qu’a assuré Alain Cayzac. Alain Roche s’est déplacé deux fois, Eric Pécout une. Pour le reste, ils ont été observés sur DVD. Valdo, sollicité « à titre amical », a donné des signaux positifs. « Les avis converg eaient », assure Roche. Convaincu ou pas, Paul Le Guen, réputé pour refuser tous les joueurs qu’on lui propose, a cette fois donné son accord… Mickaël Caron et Solen Cherrier

Schalke vise Gerets
■ Schalke 04 aurait décidé de se séparer de son entraîneur Mirko Slomka à la fin de la saison. Selon Bild, Eric Gerets fait partie des trois noms évoqués pour lui succéder. Le Belge a encore un an de contrat à l’OM et semble plus prêt de prolonger que de partir.

Panoramic

Le Mexique ambitieux
■ Le président de la Fédération mexicaine assure que José Mourinho et Marcelo Lippi sont en tête de sa liste pour succéder à Hugo Sanchez, limogé du poste de sélectionneur. Autre cible annoncée : Luiz Felipe Scolari.

Matthäus en Israël
■ Lothar Matthäus va entraîner le club de D1 israélienne du Maccabi Netanya à partir de cet été, rapporte Bild. L’ancien international allemand a signé un contrat de deux ans.

N’Zogbia sur le départ
■ Charles N’Zogbia, le défenseur français de Newcastle, a obtenu l’autorisation de quitter le club à la fin de la saison. L’international espoir a très peu joué depuis l’arrivée au club de Kevin Keegan.

22/

Sport

Natation. Prodige de 14 ans, Sharon est tiraillée entre la France et les Pays-Bas

C’est la nouvelle Manaudou
Narbonne
Envoyé spécial Elle le dit et le répète de sa petite voix volontaire où pointe encore un léger accent : « Je veux être française. Ça fait la moitié de ma vie que je suis ici. » Sharon Van Rouwendaal est née aux Pays-Bas il y a quatorze ans et demi. Elle en avait à peine huit quand ses parents ont décidé de venir s’installer avec leurs trois enfants près de Périgueux, en 2001. Denise, 20 ans, est repartie pour ses études. Nicky, 19 ans, va la rejoindre en septembre. Sharon, la dernière, a d’autres projets. Elle veut être championne olympique. « Elle le répète depuis qu’elle est toute petite, raconte sa mère, Ada. Mon mari pense qu’elle y parviendra un jour, moi je l’espère. Vous croyez que c’est possible ? » Le petit monde de la natation tricolore le croît assurément tant l’attitude et les chronos de l’adolescente sont prometteurs. Alors qu’elle n’est encore que minime, son meilleur temps sur 1.500 m (16’37’’47 en février) représente la meilleure performance française de l’année, la neuvième mondiale chez les grandes. « Et c’était seulement la troisième fois qu’elle nageait cette distance », sourit Alexis Pannier, son entraîneur depuis un an à Braud-et-Saint-Louis, une petite commune de l’estuaire de la Gironde. « C’est une future grande, annonce Philippe Lucas, l’ancien mentor de l’icône Manaudou. Sur ses temps, c’est beaucoup plus fort que Laure au même âge. Elle est moins athlétique (1,67 m contre 1,78 pour Manaudou à l’époque) mais elle a commencé à travailler plus tôt sur demi-fond et n’a pas peur de bosser. » L’année dernière, Arena lui a fait signer un premier contrat évolutif, basé sur une dotation en équipement, des petites primes de déplacement et une aide à la scolarité (des cours de 4 e par correspondance). Comme en 2001 à la jeune Manaudou, d’ailleurs née elle aussi d’une mère hollandaise… La championne olympique ne s’en rappelle certainement pas mais elles ont partagé une série du 100 m dos, en 2006 à Bordeaux. « J’avais 12 ans, c’est la première que je la voyais. Je me suis dit “Waouw, qu’est-ce qu’elle va vite !” » raconte Sharon, qui comble à son tour les écarts à grande vitesse. La comparaison ne s’arrête pas là. Comme son aînée, elle dissimule derrière un visage encore

Sharon Van Rouwendaal et son entraîneur Alexis Pannier sont actuellement en stage à Narbonne pour préparer les championnats de France, dans dix jours à Dunkerque.
poupon un caractère bien trempé. « C’est une compétitrice dans l’âme, qui déteste perdre, même au tarot », raconte Alexis Pannier. Elle a eu aussi l’occasion de s’entraîner plusieurs fois avec Philippe Lucas lors de stages du groupe Pannier à Canet. « C’est un peu comme Alex. C’est peutêtre même moins dur… », note-telle en toute innocence. L’année dernière, elle a mis fin à ses incursions gagnantes sur les cross longs et les triathlons d’Aquitaine, où elle a laissé là aussi quelques records de précocité au passage. Aujourd’hui, l’hyper active, qui « n’aime pas faire la sieste parce que c’est une perte de temps », se contente d’enquiller ses 16 ou 17 kilomètres quotidiens dans l’eau. Et elle dit : « J’aime bien beaucoup nager » ou « la natation, c’est mon métier ». cohérent avec ce qu’on entend sur l’immigration choisie », regrette Alexis Pannier. D’abord indifférents aux lointains résultats de leur bébé nageur expatrié, les Néerlandais sont désormais attentifs à sa progression. Sous l’œil bienveillant de Pannier : « On n’a pas su la garder. Mais on ne doit pas pour autant bloquer sa carrière. » Lors des derniers Championnats d’Europe à Eindhoven, il a rencontré Jaco Verhaeven, entraîneur du grand Pieter Van Den Hoogenband et head coach d’une natation sur tout réputée pour ses sprinteurs. Pas mécontent de trouver une nageuse de demifond, Verheaven a promis de la sélectionner pour les Jeux de Pékin si elle réalise les minima sur 800 m (8’35’’98), le 1.500 m n’étant pas au prog ramme olympique chez les dames. Soit dix secondes à gagner sur son meilleur temps sur la distance. Le pari, a priori osé, paraît jouable pour une fille aux limites inconnues et qui nag eait encore 8’54’’ il y a cinq mois. Elle le tentera lors des championnats de France, du 20 au 27 avril à Dunkerque. Ensuite, elle devra participer aux championnats néerlandais en juin. Ses premiers au pays. Elle s’inquiète un peu. « J’ai jamais fait de compét en Hollande. Enfin, je me rappelle plus. » De son pays de naissance, elle ne sait « plus grand-chose, sauf que c’est plat et qu’il y a aussi la Star Ac’». Sa mère la décrit toutefois comme « une vraie fille de Hollande, franche, qui dit toujours ce qu’elle pense ». Vrai qu’elle est directe Sharon, qui illustre son dilemme identitaire à sa manière : « Si je dois choisir entre Pieter Van Den Hoogenband et Alain Bernard, je prends Alain. Il est plus jeune. » Elle rêvait de rejoindre un jour la nouvelle star du sprint en équipe de France. C’est finalement le double champion olympique néerlandais qu’elle pourrait très bientôt côtoyer. Avec un bonnet orange sur la tête. Stéphane Joby

À Pékin avec les Pays-Bas ?
D’où l’agitation administrative du milieu pour tenter d’obtenir la naturalisation du petit phénomène. Un dossier a été déposé en fin d’année dernière à la préfecture de Dordogne et la Fédération française a cherché l’appui du secrétariat d’Etat aux Sports. En vain. C’était méconnaître les articles du Code civil, rappelés par le cabinet de Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale : « On ne peut légalement pas naturaliser une personne avant sa majorité. Mais Mademoiselle Van Rouwendaal pour ra faire une demande à partir de ses 16 ans, en septembre 2009 ». D’ici là, malgré ses marques d’attachement répétées à son pays d’accueil, le petit prodige aura peutêtre été rattrapé par ses origines. « Ce serait dommage pour la F r a n c e c a r S h a ro n e s t u n e grande championne en herbe capable de faire résonner un jour la Marseillaise. Ce n’est pas très

La combinaison miracle validée

La Fédération internationale de natation (Fina) a validé hier la nouvelle combinaison Speedo LZR Racer, qui suscite la polémique en raison de son influence supposée sur les performances des nageurs. « Toutes les combinaisons approuvées jusqu’ici sont en adéquation avec les spécifications requises », précise un communiqué la Fina, qui statuait à la demande d’Arena. L’équipementier italien reproche à son concurrent l’utilisation dans ses tissus d’un élément en polyuréthane qui favorise la flottaison, principe théoriquement banni par la Fina. Depuis sa sortie en février, la combinaison Speedo a accompagné 18 des 19 records du monde battus en g rand bassin, le der nier échouant à Arena.

TELEX
Le revers de la médaille
■ JO. Les athlètes qui avaient levé un poing ganté de noir aux Jeux de 1968 conseillent aux athlètes qui seront à Pékin de « suivre leur coeur » tout en les mettant en garde contre les sacrifices que l’engagement politique implique. « Je suis devenu honni en un jour », explique au Times Tommie Smith. Il évoque le décès de sa mère, victime d’une crise cardiaque après avoir reçu par courrier du fumier et des rats morts. John Carlos, lui, raconte le suicide de son épouse qui ne supportait plus d’être rejetée.

Côte cassée pour Bettini
■ CYCLISME. L’Italien Paolo Bettini (Quickstep) souffre d’une fracture d’une côte après sa chute sur le Tour du Pays Basque. Le double champion du monde ne sait pas encore s’il sera en mesure de disputer l’Amstel Gold Race, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège.

Comme on se retrouve…
■ BASKET. Dans le match pour la troisième place de l’Euroligue dames, Bourges et son entraîneur Pierre Vincent affrontent aujourd’hui l’Ekaterinbourg de Laurent Buffard, longtemps coach de Valenciennes avant de passer chez les Russes.

Le rugby au contrôle
■ RUGBY. Douze joueurs du Top 14 ont subi un contrôle inopiné, hier à Perpignan. A l’issue du match Perpignan-Castres (20-18), six joueurs de chaque équipe se sont soumis à un prélèvement d’urine, de sang et de cheveu, diligenté par l’Agence française de lutte contre le dopage.

Ullrich se rachète
■ CYCLISME. L’Allemand Jan Ullrich, accusé de dopage sanguin, va débourser un million d’euros pour l’abandon d’une procédure de la justice allemande, rapporte sur son site internet l’hebdomadaire allemand Focus. L’accord avec la justice, prévu par l’article 153a du code pénal allemand, pourrait être officialisé demain. Ullrich ne pourra alors plus être considéré coupable.

Le BO fait le beau
■ RUGBY. Biarritz n’a pas raté le rendezvous du Pays Basque en dominant largement son voisin Bayonne (20-0) et en empochant sur le fil son premier bonus offensif de la saison. Le BO reste toujours en course pour les play-offs et revient même à deux points de Perpignan.

Eric Dessons/JDD

13 avril 2008

Sport
RESULTATS
Basket
Pro A (25e journée)

/*23

Coupe Davis. La paire Clément-Llodra apporte un premier point à la France

Toujours en vie
L’espoir était minime, mais il a toujours le mérite d’exister. Hier soir, la doublette Clément-Llodra a maintenu les troupes françaises à flot en se jouant des frères Bryan (6-7 [7-9], 7-5, 6-3, 6-4), une seule fois dominés en Coupe Davis jusqu’ici (mais jamais à domicile) en quinze apparitions. Reste que le courant reste contraire avant l’emballage dominical. Un ballottage d’autant plus défavorable que c’est un certain Andy Roddick, couvert d’un épais vernis de sérénité, qui va se présenter d’entrée avec la ferme intention de contrecarrer tout vent de révolte, services gagnants à l’appui. Malgré sa cruelle défaite vendredi, Paul-Henri Mathieu devrait conserver la confiance de Forget et incarner ce challenger. S i , a u b o u t d u c o m p t e, a u terme du quatrième ou du cinquième match, c’est tête basse que les Français devaient quitter Winston-Salem, ils savent aussi que les critiques, malgré la récurrence éventuelle des élim i n at i o n s – c e s e r a i t l a q u a trième de rang au stade des quarts de finale –, ne seraient pas des plus véhémentes. On aurait en effet grand peine à juger une telle sortie de route comme la plus infamante de ces dernières années. Difficile en effet de faire l’impasse sur le contexte, on ne peut plus défavorable. Aller défier les tenants chez eux, guidés par un Roddick incandescent ces derniers temps n’était déjà pas simple. Alors le faire sans ses deux titulaires supposés de simple confinait à la gageure, quand bien même Tsonga et Gasquet, forfaits de dernière minute, s’avançaient à WinstonS a l e m d a n s u n e c o n j o n c t u re maussade.

Nancy-Le Mans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .84-62 Paris-Levallois-Orléans . . . . . . . . . . . . . .66-62 Dijon-Hyères-Toulon . . . . . . . . . . . . . . . .97-86 Vichy-Roanne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .72-65 Clermont-Le Havre . . . . . . . . . . . . . . . . .78-86 Cholet-Lyon-Villeurbanne . . . . . . . . . . . .77-86 Strasbourg-Gravelines . . . . . . . . . . . . . .76-72 Chalon-sur-Saône-Pau-Orthez . . . . . . .78-68 Classement: 1. Le Mans 45 pts; 2. LyonVilleurbanne 42; 3. Nancy 42; 4. Roanne 41; 5. Le Havre 40; 6. Vichy 40; 7. Cholet 38; 8. Hyères-Toulon 37; 9. Strasbourg 37 ...

Pro B (29e journée)
Nantes-Boulazac . . . . . . . . . . . . . . . . . . .70-79 Aix-Maurienne-Limoges . . . . . . . . . . . . .58-48 Rouen-Brest . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .84-78 Nanterre-Le Portel . . . . . . . . . . . . . . . . .75-70 Châlons-Champagne-Saint-Quentin . .74-79 Bourg-en-Bresse-Besançon . . . . . . . . .96-76 Saint-Vallier-Poitiers . . . . . . . . . . . . . . . .78-74 Quimper-Evreux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71-69 Classement: 1. Bourg-Bresse 50 pts; 2. Rouen 49; 3. Limoges 47; 4. Nanterre 47; 5. Poitiers 47; 6. Aix-Maurienne 45 ...

NBA
Philadelphie-Indiana 76-85; ChicagoCleveland 100-95; Toronto-New Jersey 11385; New York-Atlanta 104-116; BostonMilwaukee 102-86; Orlando-Minnesota 101102; Houston-Phoenix 101-90; MiamiMemphis 91-96; San Antonio-Seattle 95-74; Detroit-Washington 102-74; SacramentoPortland 103-86; LA Lakers-Nouvelle Orléans 107-104.

Handball
Division 1 (23e journée)
Istres-St-Raphaël . . . . . . . . . . . . . . . . . .36-31 Toulouse-Nîmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .28-31 Pontault-Combault-Sélestat . . . . . . . . . .29-32 Villefranche-Tremblay-France . . . . . . . .34-36 Créteil-Montpellier . . . . . . . . . . . . . . . . .25-36 Ivry-Paris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .26-26 Dunkerque-Chambéry . . . . . . . . . . . . . . .25-28 Classement: 1. Montpellier 43 pts; 2. Chambéry 39; 3. Ivry 33; 4. Nîmes 27; 5. Dunkerque 27; 6. Tremblay-France 26 ...

Moto
GP du Portugal (grille de départ)
Gabriel Bouys/AFP MotoGP: 1. Lorenzo (Esp/Yamaha-M) 1'35''175; 2. Pedrosa (Esp/Honda-M) à 0''233; 3. Rossi (Ita/Yamaha-B) 0''484; …; 8. De Puniet (Fra/Honda-M) 1''508 ...

Rugby
Top 14 (17e journée)
Dax-Stade Français . . . . . . . . . . . . . . . . . .9-13 Perpignan-Castres . . . . . . . . . . . . . . . . .20-18 Biarritz-Bayonne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .20-0 Montpellier-Brive . . . . . . . . . . . . . . . . . . .20-14 Albi-Stade Toulousain . . . . . . . . . . . . . . .13-20 Montauban-Auch . . . . . . . . . . . . . . . . . .30-19 Clermont-Bourgoin . . . . . . . . . . . . . . . . . .36-7 Classement: 1. Clermont 67 pts; 2. Stade Toulousain 66; 3. Stade Français 53; 4. Perpignan 48; 5. Biarritz 47; 6. Castres 42; 7. Montauban 40; 8. Montpellier 38; 9. Bourgoin 35; 10. Bayonne 33; 11. Brive 32; 12. Albi 26; 13. Dax 22; 14. Auch 14.

Llodra et Clément survoltés par leur victoire en quatre sets sur les frères Bryan, n°1 mondiaux du double.
soudainement en transe. Pas de quoi, cela dit, exonérer PHM de tout fléchissement, ni évacuer le spectre des fins de partie galvaudées. Le double, lui, ne souffrait pas de maux d’absence. Traditionnel point fort du g roupe France, il mettait aux prises son binôme le plus rôdé à l’inamovible fratrie Bryan, en quête d’une revanche après avoir été privée d’un nouveau sacre à Wimbledon l’été der nier. Les Améric a i n s n’ o n t p a s e u c e p l a i s i r. Malgré une entame un rien plus consistante, ils ont vu resurgir un Llodra imprenable sur son service, mais aussi un Clément enfin incisif, particulièrement dans le troisième set. Le jour et la nuit en tout cas par rapport au tour précédent en Roumanie, où l’Aixois avait traîné sa peine face à une paire plus limitée. Dans un match longtemps chiche en occasions de break, les Français ont fini par mieux négocier les points importants pour refroidir de plus en plus l’immense LJM Coliseum. Au point de boucler la partie aux confins de l’euphorie. Et de pousser Forget, à chaud, vers une emphase un brin vindicative : « C’est du bonheur. L’amitié de Mika et Arnaud fait qu’ils sont capables de se transcender dans des matches serrés comme celuici. J’ai vu un tennis exceptionnel de leur part, alors je ne veux plus entendre parler d’un manque de sérénité les concernant, comme cela a pu être dit. On ne gagne pas Wimbledon par hasard, j’étais donc persuadé qu’ils pouvaient nous remettre en selle. » L’équilibre reste tout de même instable. Damien Burnier

Tsonga Jr claque la porte

« L’amitié de Mika et Arnaud les transcende »
Et puis il y a le contenu à proprement parler. Si chaque volet du duel plaçait les ouailles de Forget dans une situation d’outsiders, aucun n’a tourné à la démonstration. Même Llodra, pour sa première titularisation en simple vendredi, s’est montré à la hauteur, n’of frant jamais à Roddick le plaisir de la décontraction. Quant à Mathieu, il tenait Blake à bout de bras, jusqu’à ce que le n°8 mondial, confronté à deux balles de match, n’entre

Si le genou de Jo-Wilfried était la préoccupation principale de la famille Tsonga cette semaine, c’est bien le petit frère qui a posé souci récemment. Apprenti basketteur, Enzo Tsonga (1,94 m) a violemment claqué la porte du Centre fédéral, à l’Insep. « Une surprise totale » pour Lucien Legrand, directeur d’une structure qui a notamment vu passer Tony Parker et Boris Diaw. Et pourtant… Décevant en Nationale 1 aux yeux du coach Philippe Ory – « c’était le shooteur attitré de l’équipe, or il n’a pas mis un tir de l’année » –, Tsonga avait fini par incommoder le staff par son attitude, peu de temps après que les projecteurs se soient tournés vers lui, ricochet de la médiatisation de son frère, finaliste à l’Open d’Australie en janvier. « On a retrouvé Enzo un peu transformé. Il n’acceptait plus certaines choses et a outrepassé les règles », assure Philippe Ory Pour ces man. quements à la discipline, une sanction, sous forme de suspension, lui a été imposée. Tsonga ne l’a pas acceptée, d’où le clash. « On avait un mur en face de nous. Mais ce n’est pas un gamin de 17 ans qui va nous dicter notre façon de faire », poursuit Ory En mars, une réu. nion de conciliation à Paris, à laquelle assistait la maman Evelyne, a échoué. Le départ était inéluctable et la destination toute trouvée : Le Mans, club avec lequel le joueur est sous convention et qu’il devait retrouver cet été. De même que le Lycée Sud de la ville, qui va l’aider à préparer le bac. Vendredi, Enzo disputait à Nancy son 2e match avec les Espoirs manceaux. D.B.

Pro D2 (23e journée)
Blagnac-Béziers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9-26 Narbonne-Mont-de-Marsan . . . . . . . . .20-47 Bordeaux-Tarbes . . . . . . . . . . . . . . . . . . .28-13 Lyon OU-Oyonnax . . . . . . . . . . . . . . . . . .32-22 Limoges-Toulon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .14-37 Agen-Aurillac . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9-3 Pau-La Rochelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .18-13 Aujourd'hui: Grenoble-Racing-Métro. Classement: 1. Toulon 82 pts; 2. Mont-Marsan 75; 3. Racing-Métro 70; 4. Béziers 69; 5. La Rochelle 64; 6. Agen 58; 7. Lyon OU 57 ...

Tennis
Coupe Davis (1/4 de finale)
Russie-République tchèque . . . . . . . . . . . .2-1 Davydenko/Andreev (Rus) b. Stepanek /Vizner (Rtc) 3-6, 6-3, 7-5, 6-4 Argentine-Suède . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .2-1 Nalbandian/Canas (Arg) b. Björkman /Lindstedt (Sue) 7-5, 6-4, 6-4. Allemagne-Espagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . 0-3 Verdasco/Lopez (Esp) b. Kohlschreiber /Petzschner (All) 6-7 (3/7), 7-6 (7/1), 6-4, 2-6, 12-10.

Amelia Island, WTA (1/2 finales)

Cibulkova (Svq) b. Cornet (Fra) 6-2, 2-6, 6-4; Sharapova (Rus) b. Davenport (EU) forfait.

« Cette fois sera la bonne »
Le plus frenchie des cyclistes américains ne désespère pas de s’imposer au vélodrome de Roubaix. Marié à une Dijonnaise, George Hincapie, 34 ans, a terminé six fois dans les dix premiers sur les pavés du Nord. Deuxième en 2005, derrière Tom Boonen, le coureur yankee domicilié à Greenville (Caroline du sud), sera aujourd’hui pour la douzième fois au départ de Compiègne. L’ancien lieutenant de Lance Armstrong chez US Postal et Discovery a rejoint cette saison la for mation High Road (ex T-Mobile). D’où vient votre penchant pour une classique peu prisée des Américains ? Pour moi, c’est la course la plus dure, la plus belle et la plus chargée d’histoire. Quand j’étais un tout jeune coureur, je voulais absolument la disputer. Les seules courses retransmises chez nous étaient Paris-Roubaix et le Tour de France. Je n’avais que 21 ans à ma première participation, en 1994. Il pleuvait, il faisait froid. Seuls 48 coureurs ont terminé dans les délais. J’ai fait 31 e. J’ai vraiment adoré. C’est devenu un virus. Depuis, je rêve de gagner un jour. Ce n’est pas frustrant de tourner autour sans jamais s’imposer ? Yeah ! Je sais. J’espère que je vais réaliser ce vœu. Mais quoiqu’il arrive, je ferai encore une saison. Après, je verrai… Je suis content de ma carrière. Mais c’est vrai que ne pas gagner ParisRoubaix me laisserait un sentiment d’inachevé. Je n’ai pas envie d’avoir de regret. Votre dernière participation, en 2006, s’est achevée sur une chute et une fracture du coude. Je ne veux plus y penser. Des mésaventures, j’en ai eues. Il se passe toujours quelque chose sur cette course. Mais cette chute reste sans aucun doute mon pire souvenir. La course devrait se disputer sous la pluie… La pluie ne me fait pas peur. Je sais que je peux assurer dans des conditions dégueulasses. Certains coureurs viennent sans envie et ont vraiment la trouille. Le matin, au réveil, quand ils voient qu’il pleut, ils ont déjà abandonné intérieurement. D’autres aiment les conditions dures. Ce sont ceux qu’on retrouvera devant. Même quand il ne pleut pas, il faut aimer manger la poussière. En 2004, vous avez demandé votre femme en mariage juste après la course… En fait, je n’avais pas le diamant sur moi… Ce n’était pas prémédité. Après la course, Mélanie est venue me retrouver à Paris, où notre histoire a commencé (elle était hôtesse sur les podiums du Tour). On est allé à Notre-Dame et c’est vraiment là que je lui ai demandé si elle voulait m’épouser. C’était un moment spécial pour moi, juste après une course vraiment difficile. C’était le bon endroit et le bon moment. Jonathan Vaughters, manager de Slipstream, a dit : « Si George était un salaud, il aurait peut-être gagné Paris-Roubaix. » Ouais… Mais jusqu’ici, je suis ravi de ce que j’ai et de ce que je suis. Ce qui serait encore mieux, c’est que je gagne Paris-Roubaix en restant le même. Après dix ans dans la même équipe, comment avez-vous vécu votre transfert ? C’était dur au départ. Parce que j’aime mon petit confort. Mais je suis très heureux. C’est une équipe bourrée de jeunes talents, les meilleurs. Je suis content de contribuer à leur apprentissage et soucieux de leur parler. C’est vraiment amusant de traîner avec ces jeunes gars. Interview Christel De Taddeo

Vincent Curutchet/DPPI

George Hincapie. L’Américain veut enfin gagner Paris-Roubaix

Roberto Bettini/Uma

Lucie Décosse.

Lucie de fer
Lucie Décosse (-63 kg) a écrasé toutes ses adversaires par ippon pour remporter son troisième titre européen à Lisbonne hier. En finale, il lui a fallu moins d’une minute pour battre l’Allemande Claudia Malzahn. Et décrocher une première médaille d’or pour la F rance. A moins de quatre mois des Jeux olympiques de Pékin, la championne du monde 2005 a montré qu’elle était la patronne, corrigeant au passage la Britannique Sarah Clark qui l’avait battue en finale de l’Euro 2006. « Je sais que je suis très attendue et que tout le monde a envie de me massacrer, rigole Lucie. Mais quand j’arrive sur le tapis, elles ont peur. Je fais un peu le caïd. » Mal en point, Gévrise Emane (- 70 kg) a perdu son titre mais pris le bronze (-70 kg) en battant la Russe Yulia Kuzina en match de classement pour la troisième place. « J’ai encore appris et surtout je n’ai pas baissé les bras », s’est rassurée la championne du monde. Daniel Fer nandes (-73 kg), lui, n’ira pas aux Jeux. Le vicechampion du monde 2003 n’a pas décroché le quota olympique. A 35 ans, il met un terme à sa carrière. Battu en quarts de finale par le Géorgien David Kevkhishvili, puis immobilisé contre l’Italien Marco Maddaloni en repêchage, il a demandé l’arrêt de son combat alors qu’il lui restait une chance infime. « Ça s’arrête ici, soupire-t-il. Mon contrat, c’était d’arriver en finale. Je ne l’ai pas rempli. »

Le tirage au sort a placé la voiture de l’équipe High Road en 24e position… Un gros handicap en cas de dépannage.
C’est une course vraiment difficile à gagner. Mais si j’ai terminé aussi souvent dans les dix premiers, cela signifie que je suis capable de m’imposer. Voilà comment je vois les choses. L’année dernière, j’étais blessé et je n’avais pas pu venir. Là, je suis super-motivé. Cette fois sera la bonne, avec un peu de chance évidemment. D’autant qu’en 2005, vous vous donniez trois ans pour gagner. On y est…

24/

Météo/Jeux

13 avril 2007

Le midi méditerranéen et une grande partie des Alpes sont assurés de conserver du soleil toute la journée. Ailleurs, soleil matinal mais nuages, pluie, orages, grésil et neige s’étendront à l’ensemble des régions. Vent violent sur les deux tiers nord. Cet après-midi : 12° à Rennes, Paris, Lille et Limoges, mais 18° à Marseille. Demain : frais partout sous de nombreuses averses et des orages en Provence et en Corse. Neige à par-

tir de 1.000 m sur les Pyrénées et à partir de 700 m sur les Vosges, les Alpes et le Massif central. Températures de 3 à 6°. Mardi : encore plus frais. Beau et vent fort dans le Midi. Retour des éclaircies dans l’Ouest, mais averses ailleurs. Mercredi et jeudi : soleil mercredi, mais retour des nuages et des averses jeudi. Températures en hausse. Vendredi et samedi : douceur générale, mais pluies fréquentes. Thierry Fréret
1 12 14 20 24 27 30 33 37 38 41 45 49 53 56 61 57 58 62 54 59 63 46 50 42 47 51 48 52 55 60 34 39 43 44 31 21 25 28 29 32 35 40 36 15 22 23 26 16 17 18 2 3 4 5 6 7 8 13 19 9 10 11

L’HOMMAGE À MAX
Nom . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adresse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...................................................................................................................................................................................................
Note. – 43. Indésirable le plus souvent au théâtre. – 45. Féliciter un auteur après un four. – 48. Vous ne le verrez jamais dans une laiterie. – 49. D’abord jeté. – 50. Généralement en avance. – 52. On peut lui mettre le grappin dessus. – 53. C’est donc qu’il a de l’autorité. – 54. A reçu un coup d’éventail du poète. – 55. A un écho moins italien pour les Piémontais. – 56. Pronom. – 57. Appartient à la chorale. – 59. Désigne plus précisément Phébus. – 61. En cercle de futures décapitées. – 62. Descend des croisés. – 63. Conjonction. VERTICALEMENT. – 1. On prend garde à leur intérêt. – 2. Quelques encouragements peuvent y suffire. – 3. D’un auxiliaire. – 4. Permet de faire l’économie d’une chambre. – 5. Offrit sans le savoir un support à notre télévision. – 6. Direction. – 7. Il faut qu’il soit bien fort pour nous frapper. – 8. Dépasse facilement le premier. – 9. Naissent dans l’ombre. – 10. Quelques radios le font grandir. – 11. Quelle certitude a-t-on de la revoir ? – 13. On peut l’atteindre sans faire le moindre effort. – 17. C’est à l’usage qu’il a cessé d’être parmi les rouges. – 18. Font un paquet d’une grande légèreté. – 19. Exige une certaine majesté quand il s’agit d’un siège. – 21. C’est pour le faire qu’Henri IV fut contraint de s’abaisser. – 23. Son état n’a pas de frontières bien limitées. – 25. Peu importante chez les chiens. – 29. N’est vraiment pas dans le coup. – 31. Nina Mikhailovna Zaretchnaia. – 36. Fraise. – 38. Joue un grand rôle dans le problème de la circulation. – 42. Cours élémentaire. – 43. N’est pas toujours d’origine administrative. – 44. Il n’en est point pour un serviteur attentif. – 45. Son style est remarquable de concision. – 46. Article. – 47. On y comptait de nombreuses lesbiennes. – 49. Son visage est mieux perceptible que sa gueule. – 51. Pronom. – 54. Note. – 58. Annonce la répétition. – 59. Compris dans le régime. – 60. Et c’est le contraire.

Grille n° 953 (avril 1980)
HORIZONTALEMENT. – 1. Chômeur qui aspire à la première place. – 9. Base de bien des excès. – 12. Oreiller propice à un sommeil quelque peu amollissant. – 13. Procède de la couronne. – 14. Plus net, c’est un ouvrage sans intérêt. – 15. Retint longtemps un mystérieux marin. – 1 6 . Exig e un prompt rétablissement. – 20. Virtuose du recrutement ambulant. – 22. D’une façon ou d’une autre, propre à être remarqué. – 24. S’empara du roi Lear. – 26. Permet de remonter aux sources. – 27. Parmi les patrons. – 28. Atteint par un mal à la mode. – 30. Tampon il a ses tampons. – 31. Fit une salade. – 32. Vachement connue. – 33. Adverbe. – 34. On le soigne quand il est grippé. – 35. Leur croissance est régulière, en un certain sens. – 37. Elevé chez Niarchos. – 39. On pourrait lui reprocher son hermétisme. – 40. Il en faut pour avoir le pot. – 41. Meurt dans les glaces. – 42.
I N A U T H E N T I C I T E D R E S S E M U O R U L L I E N O E U T R A N A R R E I V I C O T I U L E T A T G A L E A P B A H E A L E O T P R O H A N I L D U A L I Q U E T T U L O R E U R R N I S R E T E E T E U U T L R E T E S S E N O B A N T A S I E T E S S I S O T U E T T E O N N U S E S S O B L I E S E I T T E S U L U B E T E T U S F A E R I D A R A H A N N A S P C A T A L U R E

Les mots croisés de Max Favalelli font l’objet d’un concours permanent entre tous nos lecteurs. Parmi les auteurs de solutions exactes, dix tirés au sort le jeudi recevront un exemplaire du Petit Larousse 2008. Les solutions doivent parvenir par la poste avant jeudi prochain au JDD (mots croisés), 151, rue AnatoleFrance, 92534 LevalloisPerret Cedex.

LES GAGNANTS DE LA GRILLE N° 952

Recevront un exemplaire du Petit Larousse 2008

BRIDGE Jean-Paul Meyer
jeanpaulmeyer1@hotmail.com

MOTS FLÉCHÉS

SUDOKU

E

Deux événements internationaux cette année : les championnats d’Europe, à Pau (juin), et les championnats du monde à Pékin (oct.). En attendant que les turbulences électorales chez les uns et politiques chez les autres s’apaisent, la France a choisi ses quatre équipes. En open, à Pau, Marc Bompis – J.-C. Quantin, Pierre Zimmerman – Franck Multon et Alain Levy – Hervé Mouiel nous représenteront ; à Pékin, les quatre premiers seront associés à Albert Faigenbaum et Dominique Pilon Côté féminin Bénédicte Cronier – Sylvie Willard, Danielle Gaviard – Catherine d’Ovidio et Véronique Bessis – Joanna Névé seront favorites pour l’Europe. Après le forfait des meilleures, l’équipe pour la Chine semble bien fragile: Sophie Dauvergne – Babeth Hugon, Anne-Fred Levy– Blandine de Hérédia et Pascale Thuilliez – Dominique Jeannin-Naltet

T

FAIT NOTE PLEUVOIR UNE FORME À DISTANCE DE PRÉVIENS SÉANCE DU SUD

AE

E

RECETTES EN LIVRE VILLE DE BASE

E

GUIDE FAMILLE DE GRENOUILLES

A

PLUS DENSES EN SUBSTANCE

E

DES LARMES ET DES REGRETS

AE

TRANCHE DE ROSBIF FILS D’IVROGNE

A

E

PRISES DE BOISSON BOISSON

E

E

PALLIATIF AU RÉPÉTITIF TOUT EN ESPÈCES

A
CONDAMNÉ POUR FAUX PEUPLÉE D’ISARIENS

T

A
NON ENCADRÉS SIGLE COLONIALISTE

GROS OS SUIT UN IMPAIR

A

E

POUR EMBALLER MALAXÉ... ET DÉSAXÉ

E

E

E

A
POSSESSIF

CIRCONSCRIVANT LE TREMBLEMENT ALLOCUTION MINISTÉRIELLE

A
AGENT DE LA FIÈVRE VERTE

E

T

A
APPUIE LA DEMANDE

ŒUF SOUS UN BŒUF

A
BALLE EXPLOSIVE

E

Solutions en page 18

A

A

E

T

À LONDRES ELLE SOUS LES FEUX, ET LUI DANS L’OMBRE LE SEUL INCORRUPTIBLE DU LIBAN

T

T

Est, votre partenaire, a ouvert d’un deux cœurs faible. Sud est intervenu à deux piques, Nord a soutenu courageusement à trois piques. Et Sud a déclaré quatre piques. La qualité et la longueur de vos atouts en Ouest vous étonnent et vous ravissent. Vous avez une première décision à prendre: passer ou contrer. De quel côté la raison vous faitelle balancer ? Vous entamez de l’as de cœur et rejouez cœur pour le dix d’Est qui joue le roi de cœur. Sud coupe du huit. Comment pouve z-vous influencer le destin de la donne?

COMPLÈTEMENT NASE GROUPE À FEDERER S’OCCUPE DES PEAUX OU DES ORIPEAUX

A A A A
GARE DE DÉPART POUR ALLER SIMPLE

PLAIDÈRENT LA RELAXE MORCEAU DE PURE TISSU ET SIMPLE

E

EN CHARGE DU BALLON ROND À CHARGE

E

E

S

T

Camille Poloniato (Ay-surMoselle), Pierre Vicard (Bonne), Jacques Texier (Toulouse), Nina Roghi (Saint-Georges-d’Orques), Jean Rouelle (Saint-Ger mainles-Corbeil), Jean Cathalo (Chavillé), Michèle Martinez (SaintOuen), Gisèle Lessard (Paris), Marie Mar maille (Paris), Léa Renault (Paris).

Venir en aide au destin
♠ AD10 ♥ V92 ♦ 6543 ♣ 1072 ♠ RV63 ♥ A6 ♦ V872 ♣ V54
N O E

T

L’APPARTEMENT DU 7E

FEMME ICI D’UN BORD...

E

...ET LÀ D’UN AUTRE

E

À SON ACTIF MAINTES TOUCHES ET UNE LONGUE LIAISON

Y

Albert Varennes albert.varennes@hotmail.fr
CONTREEXTRACOMMU-NAU- POIDS TAIRES AU PAYS DIRECTION DU SUMO

E

E

E

POUR BOIRE EN SUISSE

U A

VÉTÉRAN VOULANT JOUER LES CADETS

E

LAVER, PLUS AU LABO QU’AU LAVABO

E

MOUVEMENT DE FOULE UN VENT À RENVERSER DES CHAPEAUX

Y

BELLE PLANTE EXOTIQUE

A A A

DANS LES CHAMPS

E

E

BEAUCOUP TROP

E

MÉSON DE FAMILLE SUJETS À REJET

E

A

ADAMITE MILITANT SORTIE CONJOINTE BIEN ENTOURÉE

AE

DIGRAMME DI-CHROME

E

GHANÉENS OU TOGOLAIS

E

BISOU SONORE

E

FAIT DANS LA DOULEUR

E

13 avril 2008

25/
Lacombe Brigitte

CULTURE
Et pan, dans la gueule à Duchamp ! Un coup pour son urinoir érigé en œuvre d’art. Et comme ce n’est pas assez, on lui fait dévaler des marches en piqué. En slip, s’il vous plaît. Féroce hommage à son plus célèbre tableau abstrait, Nu descendant l’escalier. Pour finir, on lui offre des funérailles militaires, en recouvrant son cercueil du drapeau américain. Avec le très officiel Andy Warhol en guise d’invité d’honneur. En 1965, les peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati s’y mettaient à trois pour fantasmer la mort du « maître de l’art vivant et à venir » en huit tableaux aux couleurs glacées, déclinés comme des vignettes de bande dessinée. Baptisée Vivre ou laisser mourir, l’œuvre emprunte son titre à la série des James Bond sortie à la même époque. De quoi réussir au final un cocktail explosif en son temps, mêlant peinture figurative, cinéma, BD, roman policier, contestation, dérision, humour grinçant. Bref, la plupart des ingrédients de la figuration narrative, ce courant de peinture officialisé en 1964 à l’occasion d’une exposition au musée d’Art moderne de la ville de Paris auquel le Grand Palais rendra hommage dès mercredi, à travers une tonique rétrospective. Une première. Aucune institution française d’envergure ou internationale ne s’était encore penchée sur ce mouvement, considéré comme l’un des plus contestataires de la seconde moitié du XX e siècle. Alors, Jean-Paul Ameline et Bénédicte Ajac, les commissaires, ont fait en sorte que ça détonne. Et rassemblé plus d’une centaine de toiles, des objets et des films réalisés entre 1960 et 1972 par Valerio Adami, Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo, René Bertholo, Henri Cueco, Erró, Gérard Fromanger, Peter Klasen, Jacques Monory, Bernard Rancillac ou Télémaque, les g rands noms de la figuration narrative. Chaque salle, saturée d’une couleur vive, articulée autour d’un thème, fait la part belle à un peintre. Jacques Monory a les honneurs de l’espace dédié à « la peinture comme un roman noir » dans une atmosphère de polar aux tons bleu nuit. Les toiles de Rancillac éclatent sur des murs rouge-sang consacrés à la « figuration politique ». L’occasion de se replonger au cœur des sixties. Car, c’est d’abord son époque qu’a cherché à traduire chacun de ces artistes. Nés entre 1935 et 1940, ils viennent de province (Cueco, Fromanger), d’Allemagne (Klasen), d’Italie (Valerio Adami), d’Haïti (Télémaque). Fuyant pour certains la dictature de leur pays (l’Espagnol Arroyo), ils ont choisi de s’installer à Paris. La France d’alors, austère et cadenassée, embourbée dans la guer re d’Algérie, est totalement décontenancée face à l’irruption d’un nouveau mode de vie. A commencer par la société de consommation, vantée à longueur d’affiches. Il y a aussi cette musique yé-yé adorée des ados. Et cette Nouvelle Vague cinématographique, pratiquement érigée en art de vivre. Du côté des arts plastiques, pas de quoi se réjouir. Manessier, Bazaine ou Hartung, les maîtres d’une abstraction lyrique à bout de souffle, tiennent le haut du pavé. Sans se rendre compte que la Ville lumière, jadis capitale des arts, a passé l’arme à gauche au profit de New York. Le Lion d’or attribué à Rauschenberg, lors de la biennale de Venise de 1964, a sonné le glas de la suprématie parisienne. Certes, il y a bien la clique des Nouveaux Réalistes, parmi lesquels César, Arman ou Niki de Saint Phalle. Mais eux s’intéressent à l’objet. Alors, que faire pour sortir la peinture

Shine a light. Les Stones dans l’objectif de Scorsese Page 26

Génération 1968. Ils ont dénoncé la société à travers des tableaux explosifs

Des casseurs au Grand Palais
Henri Cueco dans son atelier de Montmagny, fin mars, avec une lithographie inspirée d’une toile qui représente une manif des années 1970. Erró, l’Islandais, la semaine dernière dans son atelier parisien. Avec ce Père Noël rocker et la référence à Picasso, on retrouve une partie de son large champ d’exploration picturale. Jacques Monory, vendredi au Grand Palais, devant Meurtre, une huile sur toile de1968 avec des miroirs brisés par des impacts de balles.

Fin mars, le peintre espagnol Eduardo Arroyo chez lui à Paris.

Bernard Rancillac dans son atelier de Malakoff en février dernier. On reconnaît, sur ces toiles des années 2000, Joséphine Baker et Hedy Lamarr.

Peter Klasen, vendredi dernier au Grand Palais, devant sa toile Le Bon magique, une huile et acrylique de 1965.

Reportage photo Carlos Muñoz Yagüe/In Visu
de sa léthargie? « Tout casser ! » crient nos peintres de concert. « Les peintres de la figuration narrative souhaitaient faire tomber les valeurs en cours et sortir la peinture de son espace sacré en l’ouvrant à d’autres moyens d’expression, pour traduire et raconter le monde dans lequel ils vivent », expliquent Jean-Paul Ameline et Bénédicte Ajac. Pour ce faire, tous les moyens sont bons. A l’image des pop artistes américains – leurs contemporains –, ils empruntent à la pub et à la bande dessinée leur iconographie. L’Islandais Erró réunit dans son tableau Big Fox (1962-1963) des personnages de comics américains passés à la Moulinette de Picasso, dont il se moque allégrement. Idem pour Télémaque, dont certaines toiles tiennent du journal intime, renvoyant par exemple à sa négritude. Telle Banania n° 3, où l’on retrouve le personnage de la célèbre publicité. Par ses cadrages décalés, ses univers glacés où errent des personnages solitaires, Jacques Monory est plus proche du polar américain. Mais c’est surtout la politique qui est l’affaire de ces hommes-là (on ne compte aucune artiste femme dans le mouvement). Car le monde bouillonne en cette période de décolonisation, de lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, de dictature aussi. De tout cela, les peintres veulent témoigner. Tel Rancillac dont le tableau, Enfin silhouette affinée jusqu’à la taille, figure une séance de torture pendant la guerre du Vietnam. Il y a aussi cette scène de fait divers en hommage à Ben Barka, enlevé et assassiné dans ces années-là. Gilles Aillaud, lui, peint des animaux en cage, comme métaphore de l’enfermement. Là où les pop artistes américains se contentent de constater ce qui se passe, les tenants de la figuration narrative interprètent, contestent, la folie du monde qui les entoure. Non sans un humour grinçant, d’ailleurs. Tel Cueco qui fait dormir dans un même lit de pavés gris Marx, Freud et Mao (1969-1970), les figures tutélaires de Mai-68, ici recouverts d’un drap couleur sang. Car toutes ces toiles bruissent de l’esprit de ce joli mois de mai qu’elles annoncent plusieurs années à l’avance. Les styles des uns et des autres, différents au début, se rapprochent au fil du temps. « Plusieurs peintres passent de la peinture à l’huile à l’acrylique pour obtenir une peinture plus sèche, plus mate, plus proche de la photo, perçue comme une concurrente. La plupart d’entre eux optent enfin pour de larges aplats de couleur. » De quoi sortir la peinture de l’impasse dans laquelle elle s’était fourrée, redonner des lettres de noblesse à la figuration. Et ouvrir la voie aux peintres d’aujourd’hui. Yasmine Youssi Figuration narrative, Paris 1960-1972. Galeries nationales du Grand Palais, entrée Clemenceau, 3, avenue du GénéralEisenhower Paris (8e). Tél. : 01 44 13 17 17. , Ouvert tlj sauf le mardi. Nocturne le mercredi jusqu’à 22 h. Du 16 avril au 13 juillet. Eduardo Arroyo, correspondances. Galerie Louis Carré, 10, avenue de Messine, Paris (8e). Tél. : 01 45 62 57 07. ■ Lire. Catalogue expo, coédition RMN/Centre Pompidou, 358 p., 49 €. La Figuration narrative de Jean-Louis Pradel, éditions Hazan, 208 p., 29 €. La Figuration narrative, hors-série Découvertes Gallimard, 8,40 €. ■ Voir. Quand l’art prend le pouvoir, un film de François Lévy-Kuentz, DVD RMN, 24 €. Diffusion sur Arte le 19 avril à 18 h.

Des artistes maudits ?

Les peintres de la figuration narrative n’ont jamais connu le succès critique ou commercial auquel ils auraient pu prétendre. Conspués par leurs contemporains (Pierre Restany parlait d’un art « baveux et bavard »), boudés par les marchands, ils ont commencé à s’imposer sur le marché à la fin des années 1960. « Avant d’être rattrapés par la crise du pétrole », raconte Patrick Bongers, le directeur de la galerie Louis Carré. « L’euphorie des années 1980 a surtout célébré la génération suivante et, lorsqu’on a recommencé à reparler d’eux, il a fallu faire face à la crise des années 1990. » Les choses commencent à changer aujourd’hui. « La médiatisation du marché de l’art fait qu’ils réapparaissent sur le devant de la scène. » En un an et demi, leurs prix ont explosé. Une œuvre d’Erró s’est récemment vendue 860 000 € lors d’une vente aux enchères chez Christie’s. « Elle avait été négociée 400 000 francs (autour de 60 000 €), il y a une dizaine d’années », précise le galeriste. Y.Y.

26/

Culture

13 avril 2008

Scène. Le cinéaste filme le groupe mythique en concert, entre jubilation et léger ennui

Scorsese infiltre les Stones
Shine a Light ★★
De Martin Scorsese, avec les Rolling Stones, Buddy Guy, Cristina Aguilera, Jack White. 2 h 05. Sortie mercredi. A croire que l’électricité attire l’électricité : les Rolling Stones ont régulièrement leur place dans les films de Scorsese. Que ce soit dans Les Affranchis, Casino ou, récemment, Les Infiltrés, l’intensité musicale du groupe colle à merveille avec les récits les plus violents ou agités du cinéaste américain. Dans Shine a Light, la donne est autre. Le réalisateur de Mean Streets ne s’est pas contenté d’illustrer ses images avec la musique du tandem Jagger-Richards. Il avait envie de saisir le groupe sur le vif, sur scène, à New York. Cela donne deux heures et un peu plus de fureur et de musiq u e, s o u r c e d e p l a i s i r, m a i s source aussi d’ennui passager, car, si les concerts filmés faisaient à coup sûr des films potables, ça se saurait. En dépit de quoi Shine a Light of fre quelques moments de bonheur pur, qui doivent autant à l’œil du cinéaste qu’aux doigts de Keith Richards glissant sur le manche de sa Telecaster. Le guitariste en chef des Rolling Stones est sans doute la première vedette du film, n’en déplaise à Mick Jagger, sautillant, tonique, omniprésent, mais sans faille apparente. Richards a un look de pirate, le charisme d’un chaman, mais surtout la difficulté de mon g rand-père à reprendre son souffle lorsque le show se ter mine et que, genou e n t e r re, i l s e m bl e p e s e r u n e tonne au moment de devoir se relever pour regagner les coulisses… C’est sans doute le seul instant où Scorsese, prenant les Stones par surprise, nous raconte

ACTUELLEMENT EN SALLES
Lady Jane ★★★
De Robert Guédiguian, avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan. 1 h 42. ■ Après le kidnapping de son
fils, une ex-truande fait appel à ses anciens complices. Un épisode d’une grande violence, un propos désabusé, une pertinente réflexion sur la vengeance font de ce film un polar aussi glacial que percutant. La bande à Guédiguian version crépuscule. J.-L.B

Les Randonneurs à Saint-Tropez ▼
De et avec Philippe Harel, Karin Viard, Benoît Poelvoorde. 1 h 45. ■ Dix ans plus tard, les mêmes à
Saint-Tropez s’adonnent principalement à une visite touristique des lieux. C’est dire le suspense qui vous attend. Sans scénario à défendre (Karin Viard est bien la seule qui y mette du cœur), on se demande ce que les acteurs sont allés faire dans cette galère. D.A.

Pénélope ★★
De Mark Palansky avec Christina Ricci, James McAvoy. 1 h 42. ■ Pour briser une malédiction,
Pénélope, affublée d’un groin à la place du nez, doit trouver un fiancé d’extraction noble. Les prétendants s’enfuient à sa vue, à l ’ exc e p t i o n d ’ u n s e u l . M a i s c’est un mécréant motivé par l’argent. Christina Ricci défend avec charme et émotion cette fable romantico-comique qui, audelà de la légèreté, dénonce notre société du paraître. B.T.

Brigitte Lacombe

Le réalisateur Martin Scorsese entouré par les Stones (Charlie Watts, Keith Richards, Mick Jagger et Ron Wood).
une histoire : celle d’un quarteron de Mephistos se débattant avec leur immortalité supposée, à 65 ans passés. La première demi-heure du film est irrésistible. On y assiste aux préparatifs du film que Martin Scorsese s’est fixé de faire. Le réalisateur s’y met en scène et nous rappelle Woody Allen à force d’agitation comique. Le groupe tarde à le prévenir des tubes qu’ils joueront, ce qui retarde et complique sa préparation… Ses idées de mise en scène sont invariablement mises à mal p a r l ’ e n t o u r a g e d e s S t o n e s, comme cette lubie de vouloir immobiliser le chanteur quelques secondes devant un spot géant pour un gros plan. « Ça risque d’être très dangereux », prévient quelqu’un. Même Scorsese en convient : « C’est pas faux. We can’t burn Mick Jagger ! » (« on ne peut pas cramer Jagger ! ») Au final, Scorsese réussit ce que Godard avait raté en 1969 : laisser le g roupe se mettre en scène et, même, à le faire jouer juste. Keith Richards en tête, piètre chanteur d’habitude, mais inspiré comme jamais le temps d’un You Got the Silver impressionnant. Scorsese n’en a pas fini avec la musique. Il travaille maintenant à un doc sur Marley et à un autre sur les Beatles, vus à travers George Harrison. Carlos Gomez

Les Seigneurs de la mer ★★
De Rob Stewart. 1 h 30. ■ Au terme de ce documentaire
écolo eng agé, un constat s’impose : il faut sauver les requins ! Rob Stewart, le Michael Moore des fonds sous-marins, réussit sans mal à faire passer son message, images chocs à l’appui. S.B.

Mongol ★★
De Sergei Bodrov, avec Tadanobu Asano et Honglei Sun. 2 h 04. ■ Les années de jeunesse du lé-

John et Yoko. Un docu Je t’aime, moi non plus captivant ravive l’image de l’idole en symbole du pacifisme Ploy ★ Ratanaruang, avec Lalita Panyopas et Pornwut De Pen-ek

ÇA SORT AUSSI MERCREDI

Peace and Lennon !
Les USA contre John Lennon ★★★
Documentaire de David Leaf et John Scheinfeld. 1 h 39. Bien sûr, les blasés et les experts n’y verront qu’un festival de choses bien connues. Mais les autres ? Lennon, héros et martyr pop devant l’Eternel, reste un sujet grand public, qu’on s’intéresse ou pas à la musique. Malgré une for me classique et plutôt télé, avec des images d’époque et tout un chapelet d’interviews en plan fixe – tous bienveillants à l’égard de Yoko Ono, partie prenante – le documentaire de Leaf et Scheinfeld apporte malgré tout un très beau lot d’archives inédites. Bien vivant (avec une trentaine d’extraits de chansons à sa bandeson) et captivant, voici un film pour le moins revigorant dans une époque où la flamme de la paix et le souvenir de 1968 en dérangent plus d’un.

Sarasin. 1 h 47. Wit et Dang, un couple de Thaïlandais émigrés aux Etats-Unis, arrivent à l’hôtel à Bangkok pour assister à des funérailles. Dans la chambre d’à côté, un homme et une femme font l’amour que Dang et Wit ne font plus… Ce drame intimiste, parsemé de rêves érotiques, capte immédiatement l’attention par son atmosphère à la fois envoûtante et inquiétante. La réflexion sur l’usure du couple s’avère pertinente grâce à la composition de l’actrice principale. Dommage que certaines situations soient si répétitives. S.B.

dans la directe lignée de contes initiatiques comme Le Monde de Narnia et Le Secret de Terabithia, où des enfants en difficulté se réfugient dans des univers nés de leur imagination. Un honnête divertissement, mais qui ne se démarque pas du lot. S.B.

gendaire Gengis Khan qui, pour créer son empire, s’opposa à son meilleur ami. Malg ré ses ressorts attendus (les frères ennemis), cette fresque historique ne souffre d’aucun temps mort. S.B.

On passe…

L’Ile de Nim ★★
De Jennifer Flackett et Mark Levin, avec Jodie Foster et Gerard Butler. 1 h 40. ■ Nim, 8 ans, vit avec son père
sur une île déserte. Parti en expédition au large, ce der nier tarde à rentrer… Rencontre improbable entre Robinson Crusoé et A la poursuite du diamant vert, cette comédie d’aventures se révèle plutôt rafraîchissante. S.B.

Ventre mou
Whatever Lola Wants ★
De Nabil Ayouch avec Laura Ramsey, Carmen Lebbos. Sortie mercredi. 1 h 55. Pour gagner sa vie, Lola envoie valser les enveloppes dans les boîtes à lettres. Mais c’est son joli corps que la jeune femme rêve de faire danser en tant que professionnelle. Partie au Caire retrouver son petit ami, elle décide de devenir la nouvelle Shéhérazade de la danse du ventre. Pour cela, elle doit convaincre l’ancienne star de la spécialité, qui a renfilé ses voiles depuis qu’elle vit recluse, de lui donner des cours. Tout commence comme une comédie romantique sympathique, à défaut d’être originale. Puis le film tourne à la leçon de danse répétitive et sans véritable enjeu. Malgré ses formes généreuses, l’élève occidentale n’a pas les qualités ni la sensualité d’une bonne danseuse orientale. Reste le mystère et le charme distillés par son prof, la belle Carmen Lebbos. B.T.

Young Yakuza ★
De Jean-Pierre Limosin. 1 h 39. ■ Ce documentaire brosse le portrait d’un chef de clan yakuza, qui prend sous son aile une jeune recrue. Si cette immersion dans l ’ u n i ve r s s e c r e t d e l a m a f i a japonaise fascine forcément, on reste frustré par la règle de départ : ne pas parler d’activités illégales. S.B.

DR

Nathalie Baye et Edouard Baer.

Passe-passe ★
De Tonie Marshall, avec Nathalie Baye, Edouard Baer. 1 h 33. Un prestidigitateur au chômage, dont la maman est victime de la maladie d’Alzheimer, croise la route, à bord d’une voiture volée à son beau-frère, d’une grande bourgeoise, maîtresse d’un ministre à qui elle a « emprunté » quelques milliers d’euros. Un peu chargé, le résumé ? Pas plus que le film de Tonie Marshall qui ouvre une dizaine de pistes sans aller jusqu’au bout du propos. Très vite, Passe-passe part dans tous les sens, sans que le spectateur puisse s’accrocher à une quelconque branche. Ça se voudrait sympathique, c’est simplement foutraque. Il ne suffit pas d’ajouter une multitude de rôles et péripéties pour faire avancer l’action. Se débattant avec des personnages qui leur filent entre les doigts, Nathalie Baye et Edouard Baer, souvent filmés en voiture, en rajoutent dans le charme léger, mais rien n’y fait. Le flacon est plutôt bien dessiné mais le parfum qu’il contient volatil. En fait, c’est tout le film qui se révèle un tour de passe-passe. J-P L .

DR

Yoko Ono et John Lennon à Londres dans les années 1970.
sa poche des affiches ironiques clamant « The war is over » (la guerre est finie) dans toutes les grandes villes d’Occident. Si seulement cela avait été vrai. Si seulement les Stones ou Madonna pouvaient nous faire un tel cadeau sans nous presser pour autant de les applaudir dans des concerts toujours plus chers… Ce doc rappelle ainsi l’une des périodes les plus chargées de sens dans le parcours de Lennon. On découvre notamment comment le FBI tenta de faire expulser ce citoyen britannique un peu trop bruyant, assez arrogant pour ouvrir le dialogue avec les terreurs de l’époque qu’étaient Angela Davis et Bobby Seale. Ou encore pour défendre le poète John Sinclair, jeté en prison pour avoir vendu deux petits joints… Le 23 avril, un film de fiction (chapitre 27) s’intéressera à Mark David Chapman, l’homme qui mit fin définitivement au rêve de paix de l’artiste anglais. Alexis Campion

The Eye ▼
De David Moreau et Xavier Palud, avec Jessica Alba et Alessandro Nivola. 1 h 37. ■ Une aveugle subit une double
greffe de cornée et se met à avoir d’étranges visions. Ce remake américain d’un classique de l’épouvante asiatique manque d’envergure et de personnalité. Une erreur de parcours pour les réalisateurs français du brillant Ils. S.B.

Décennie décisive
Les USA contre John Lennon ? Bien sûr, on pourra n’y voir qu’une suite de motifs, slogans et paroles ravivant le culte et la rengaine Give Peace a Chance. Sauf que la décennie racontée, 19661976, est celle des horreurs du Vietnam, de la vie et de la mort du « flower power » et du parti Black Panther, de la résistance aux violences décidées et perpétrées par Johnson et Nixon. C’est aussi la décennie décisive au cours de laquelle Lennon s’affranchit progressivement des Beatles et fait de sa passion pour Yoko Ono une œuvre d’art politique et comique en soi. N’est-ce pas justement cette période qui mérite les honneurs et se trouve être cruciale dans le destin de l’auteur d’Imagine, alors fervent militant de la paix ? Idéaliste martelant en solo Love, Power to the People, Revolution et I Don’t Want to Be a Soldier, Lennon a aussi payé de

Un conte pour enfants
Les Chroniques de Spiderwick ★
De Mark Waters, avec Freddie Highmore, David Strathairn et Nick Nolte. 1 h 36. Tout juste divorcée, une mère s’installe avec sa fille et ses jumeaux, Jared et Simon, dans le manoir délabré de son grand-oncle, qui fut un éminent naturaliste. Jared ne tarde pas à s’apercevoir que des créatures invisibles les guettent du dehors. Il met la main sur un étrange grimoire légué par son aïeul… Accessible à partir de 6 ans, ce film d’aventures s’inscrit

Maxi Papa ▼
D’Andy Fickman, avec The Rock et Kyra Sedgwick. 1 h 50. ■ Une star du football américain
à l’ego surdimensionné apprend q u ’ i l e s t p è r e … Au - d e s s u s d e 10 ans, s’abstenir ! Cette comédie au premier degré aligne les gags lourdauds et dérape sans vergogne dans le ridicule. Un grand moment de solitude pour The Rock. S.B.

Starmag
La seule émission quotidienne de cinéma présentée par Sophie Soulignac avec Mazarine Pingeot, Thierry Chèze, Eric Naulleau, Jacques Chancel, Patrick Fabre, Richard Gaitet et le concours de Carlos Gomez (le JDD), tous les jours à 19 h 30, en clair sur TPS Star. Production : Troisième Œil. Lundi : Karl Zéro pour la sortie de son DVD Starko. Mardi : Jean-Paul Rouve pour le film Sans arme, ni haine, ni violence. Mercredi : Edouard Baer pour le film Passe-passe. Jeudi : Philippe Manœuvre pour le documentaire Shine a light (doc sur les Stones). Vendredi : George Clooney pour le film Jeux de dupes.

▼ C’est tout vu ★ A vous de voir ★★ On peut voir ★★★ Bien vu ★★★★ Les yeux fermés

13 avril 2008

Culture

/27

Jean-Paul Rouve. Il incarne le cerveau du casse du siècle et signe son premier film

Spaggiari, la grande évasion
Il a commencé par jouer les flics – trois ans chez Julie Lescaut – avant de tourner voyou. Pour son premier film comme réalisateur, Jean-Paul Rouve a décidé de prendre les traits d’un de nos plus célèbres gangsters : Alber t Spaggiari, l’auteur du casse de Nice en juillet 1976. En passant par les égouts, il avait réussi à s’introduire dans la salle des coffres de la Société générale. Butin : près de 5 milliards d’anciens francs ! Provocateur, il laisse sur une large feuille de papier la fameuse phrase « ni arme, ni violence et sans haine » qui fera florès dans des milliers d’articles. Le titre du long-métrage est, lui, sensiblement différent : Sans arme, ni haine, ni violence. Tout le propos de Rouve est contenu dans ce subtil décalage. Son film n’est pas une biographie appliquée avec, en guise de point d’orgue un audacieux cambriolage façon Mission : Impossible, mais un regard acéré, drolatique et pathétique sur un homme en cavale, histrion de sa propre gloire. « J’éprouve de l’intérêt pour Spaggiari, précise l’ex-membre des Robins des Bois, mais admiration ou fascination serait excessif. Il y a quatre ans, je regardais un document à la télévision où l’on assistait à une rencontre entre Ronald Biggs, l’auteur du hold-up du train Glasgow-Londres en 1963, et Albert Spaggiari. Celui-ci a une perruque synthétique afro, une grosse moustache, une chemise à fleurs, s’exprimant dans un anglais improbable. Biggs le regarde, incrédule, l’air de se dire : “Qu’est-ce que c’est que ce guignol ?” Ce gars avait fait un casse incroyable et on se serait cru dans un sketch de Collaro. Il voulait hurler à la face du monde entier qu’il était Spaggiari et il était obligé de se cacher. Pour exister, il en était réduit à envoyer ses vœux à Paris Match ou à écrire au président Giscard d’Estaing. C’est ce paradoxe qui m’a intéressé. » Face au jour naliste (Gilles Lellouche) venu le rencontrer, Jean-Paul Rouve compose un Spaggiari hâbleur, qui donne ses rendez-vous dans des hôtels de luxe. Inquiète, suspicieuse, sa compagne (Alice Taglioni) essaie de le protéger, tant de la police française, toujours à ses trousses, que de ses propres foucades.

L’homme est fantasque. Sympathique au premier abord, il peut se révéler moins reluisant à d’autres moments : raciste, colonial i s t e. E t t o u j o u r s c e g o û t d e l’épate, une certaine manière d’exhiber son argent en guise de carte de visite.

« J’ai toujours des pensées un peu sombres »
« Je ne voulais surtout pas me laisser emporter par un jugement vis-à-vis de lui, qu’il soit positif ou négatif. » Hasard que l e ch o i x d e c e p e r s o n n a g e ? « J’aime bien me déguiser comme Spaggiari mais je ne pense pas que ce soit un élément suffisant. J’aurais aussi pu faire un film sur mon enfance, cela n’aurait intéressé que ma mère… Une fois le film terminé et monté, je me suis rendu compte à quel point il était personnel. Il y a de l’humour dans Sans ar me… mais aussi une vision de l’homme désenchantée que je partage. J’ai toujours des pensées un peu sombres qui peuvent virer à la mélancolie. » Sans arme, ni haine, ni violence ne s’est pas monté facilement. « Si j’avais réalisé une g rosse comédie, c’est sûr que j’aurais trouvé de l’argent plus rapidement. De même pour Gilles Lellouche, certaines chaînes de télévision ne le trouvaient pas suf fisamment “bankable”, un terme que je trouve débile. J’ai fini par appeler ma productrice : “On fera le film avec moins d’argent s’il le faut, mais on va se battre. Laissons aux réalisateurs le choix des comédiens.” » A 41 ans et en dix ans de carrière, Jean-Paul Rouve peut s’honorer d’un beau parcours. Collabo visqueux (Monsieur Batignole), séducteur impitoyable (Un petit jeu sans conséquence), irrésistible directeur de colonie de vacances (Nos jours heureux) : il est à chaque fois impeccable et son passage à la réalisation plutôt réussi. Sa référence absolue ? Blow up, d’Antonioni. « Je sais, il y a de la marge, dit-il en riant. Mais mon objectif, c’est durer. J’ai besoin d’un métier comme un artisan. Plus tu vieillis, meilleur tu deviens. » Jean-Pierre Lacomme

Sans arme, ni haine, ni violence ★★
De et avec Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Alice Taglioni. 1h28. Sortie mercredi. ■ Un homme menotté pénètre
dans le cabinet d’un juge d’instruction. Une minute plus tard, il s’enfuit en passant par la fenêtre. Albert Spaggiari vient de se faire la belle. Pour sa première réalisation, Jean-Paul Rouve a choisi de s’intéresser au voyou en cavale. Un point de vue qu’il exploite avec intelligence, acuité et drôlerie. Son Spaggiari est un hâbleur sympathique, mais quelques ombres apparaissent vite dans cette photo idyllique. Sans verser dans le por trait à décharg e, Rouve montre aussi l’aspect moins reluisant du personnage, qui pouvait se révéler raciste. La caméra fluide et élégante ne prend jamais le pas sur l’intrigue servie par un Rouve tour à tour extraverti et touchant, Gilles Lellouche, parfait en journaliste obstiné, et Alice Taglioni dure et émouvante en compagne protectrice. De l’évasion dans tous les sens du terme. J.-P .L.

Jean-Paul Rouve a choisi de faire de la vie de Spaggiari, qu’il interprète, une histoire très personnelle avec « de l’humour mais aussi une vision désenchantée de l’homme ».

Polar. Stéphanie Duvivier plante sa caméra dans l’antre d’un commissariat de province

Une femme flic d’aujourd’hui
Un roman policier ★★★
De Stéphanie Duvivier, avec Marie-Laure Descoureaux, Abdelhafid Metalsi, Hiam Abbass, Olivier Marchal. 1 h 37. Marseille, la nuit. Des flics, une banlieue gentiment orientalisée, des petits trafics comme partout. Le décor pourrait être celui d’une série sans relief avec ses bons, ses méchants et ses poncifs réglant leurs comptes sans surprendre. Sauf que… Un roman policier est un vrai polar d’auteur, qui gagne à être découvert en salle et, qui dès les premières scènes, saisit par sa profondeur, sa qualité d’image, sa bande de personnages hauts en couleur pris dans un scénario riche en rebondissements. Un roman en effet, mais d’un réalisme maîtrisé. L’histoire est celle d’Emilie (fascinante Marie-Laure Descoureaux), lieutenant-chef qui tient ses hommes à la ba guette jusqu’au jour où Jamil, jeune stagiaire même pas diplômé (épatant Abdelhafid Metalsi), s’en vient dynamiter les usages. Plutôt beau gosse, Jamil commet d’emblée, sans le savoir, deux « erreurs » de taille : il tape dans l’œil de sa nouvelle patronne et, parlant l’arabe dialectal, se met à l’écoute d’une mamie marocaine.
primés dans de nombreux festivals : Le Mariage en papier (en 2000, avec Cécile de France) et Hymne à la gazelle (en 2003, avec Marie-Laure Descoureaux, nommé aux César 2005). Dans ces deux premiers films, la cinéaste avait déjà posé un univers autour du désir et de la double appartenance franco-arabe, combinant avec tact la rigueur et une certaine fantaisie. Le long-métrage contient d’ailleurs une scène mémorable où l’on surprend des « bleus » se lâchant au son d’une mélopée arabe dans un café des faubourgs de Marseille… Associant aussi les genres et les registres, Un roman policier a été un défi permanent. « J’ai énormément douté et pas toujours été confortée dans mon projet. Dès le départ, il portait une certaine dose d’inconscience, sans doute inhérente à tout premier film. On a tendance à vouloir y mettre toutes ses “meilleures” idées ! Au moment des aides à la réécriture, on m’a malmenée et estimée prétentieuse de ne pas me situer soit du côté auteur soit du côté grand spectacle. » Elle reprendra finalement confiance en rencontrant Olivier Marchal, par hasard, lors d’un dîner de « Césarisables ». Fin connaisseur de la police, fort de ses succès, l’auteur de 36 Quai des Orfèvres et de MR 73 est d’emblée surpris par la vraisemblance du script alors que Stéphanie Duvivier est étrangère au « milieu ». Son soutien devient alors une force, emmenant la réalisatrice vers Marseille, où réside le chef opérateur Denis Rouden, fidèle de Marchal. Largement de quoi sauver la mise et remettre à leur place ceux qui ne voulaient pas croire en son improbable « roman », tourné avec un budget d’un million d’euros, équivalent à celui de L’Esquive. Alexis Campion

« On m’a estimée prétentieuse »
« Ces lieux concentrent beaucoup de nostalgie, dit Stéphanie Duvivier. Je les fréquente moi-même avec plaisir. On y parle du pays, on se surprend à danser sur des tubes improbables, on y retrouve la joie orientale. » Sa double culture est une force dont la réalisatrice apprend à canaliser l’énergie et restituer la beauté sur écran. « J’entends souvent mes amis marocains de France dire qu’ils sont “entre” deux cultures. Mais en disant “avec” deux cultures, on respire déjà un peu mieux, non ? Et j’ai besoin des deux pour raconter une histoire. »

Jamil (Abdelhafid Metalsi), jeune stagiaire face à Emilie (Marie-Laure Descoureaux), lieutenant-chef qui tient ses hommes à la baguette.
Du haut de sa tour, la vieille Hajja (« la pieuse ») rechigne à parler le français et se dit témoin d’un vaste trafic de drogue. Tout le monde s’en fout sauf Jamil. L’inavouable désir aidant, Emilie finit par tendre l’oreille et concéder quelques vérifications, ouvrant ainsi la porte à tous les dérapages possibles… Action ! Derrière la caméra, Stéphanie Duvivier, 34 ans, Française native du Maroc, et bilingue, porte elle-même un parcours inattendu, fort de deux courts-métrages

Prod

Prod

28/

Culture
rature qui apporte du divertissement tout en restant fidèle à des valeurs et qui ne s’apparente pas à un devoir d’école les séduisait. Puis vous avez reçu le manuscrit de J.K. Rowling… Je n’avais aucun a priori, j’ignorais que mes confrères l’avaient décliné. Je n’ai pas rechigné sur la longueur, j’ai jaugé la capacité à capter l’attention. Je l’ai acheté une bouchée de pain, 2.000 £, pour publication immédiate. Je me souviens de ma rencontre avec Jo, elle était vraiment nerveuse ! On devait déjeuner ensemble. Alors que je ne pensais qu’à passer la commande, elle est entrée dans le vif du sujet en me demandant mon avis sur les suites. Elle m’a exposé le plan des sept tomes qu’elle comptait rédiger. Elle avait une confiance inébranlable. Je m’inquiétais car j’avais devant moi une jeune mère, sans aucun soutien. Même quand un livre pour enfants a du succès, on ne gagne pas des mille et des cents. Je lui ai conseillé de se prendre un petit boulot pour arrondir ses fins de mois. Avez-vous retravaillé la copie ? Je n’étais pas fan du titre, mais elle a eu le dernier mot. Je ne comprenais rien aux règles du Quidditch, mais là encore j’ai abdiqué. Je suis fier de l’effet qu’a eu Harry Potter sur les enfants : les inciter à veut surtout pas devenir une célébrité. Ce qui l’intéresse, c’est écrire. Elle se concentre sur le personnage de Harry, ses amis, son univers. C’est quelqu’un de sérieux, qui s’attache au moindre détail. Jo vit un conte de fées. Déjà sept best-sellers ! Contrairement aux apparences, on ne s’improvise pas écrivain pour la jeunesse en un claquement de doigts. Vous êtes-vous enrichi ? Pas particulièrement, à mon grand regret ! Mais j’ai fondé mon propre label en 2000, Chicken House, après la publication du volume 2 de Harry Potter. Jo était triste de me voir partir, mais elle m’a encouragé à prendre mon indépendance. Le septième volet sera-t-il bel et bien le dernier ? Il ne faut jamais dire jamais. Jo va peut-être composer une sorte de glossaire consacré à son héros, qui sait… Mais c’est bien que les choses aient une fin. Vous assurez à présent la promotion de Tunnels, l’histoire d’un jeune garçon de 14 ans qui part à la recherche de son père, disparu alors qu’il creusait une galerie… Quand j’étais petit, je lisais Jules Verne, je voulais devenir archéologue. J’étais persuadé que j’allais trouver des momies dans mon jardin ! Mon acharne-

13 avril 2008

Barry Cunningham. L’éditeur de J.K. Rowling sort un nouveau best-seller déjà promis au cinéma

« Je suis fier de l’effet Harry Potter »
« S’il n’y avait pas eu Barry Cunningham, Harry Potter languirait toujours dans mon tiroir sous l’escalier. » Aujourd’hui, la fortune de la romancière J.K. Rowling a franchi le cap du milliard de dollars, faisant d’elle la femme la plus fortunée d’Angleterre, devant la reine Elisabeth II. Au bar de l’hôtel Raphael à Paris, Barry Cunningham, l’éditeur, sourit. Il a raison : tel Midas, tout ce qu’il touche se transforme en or. Avec une modestie qui l’honore, il raconte en chuchotant la genèse de Harry Potter, et parle de Tunnels, son nouveau coup de cœur. ment à mettre à sac la pelouse rendait ma mère complètement folle. J’ai quand même exhumé des fragments de poterie et des ossements ! Le monde souterrain fascine : c’est là qu’on enterre nos morts, qu’on déniche les fossiles de civilisations anciennes, des trésors. Roderick Gordon et Brian Williams, les auteurs, ont sympathisé à l’université. Ils ont d’abord financé leur propre édition. Les 500 copies se sont écoulées rapidement. Quand j’ai finalement réussi à m’en procurer une, ce qui n’a pas été une mince affaire, le coup de foudre a été immédiat. Résultat : 38 pays distribuent Tunnels, 200.000 exemplaires vendus en Grande-Bretagne, un demi-million aux Etats-Unis. La relève de Harry Potter semble ici assurée… Tout le monde veut s’emparer de sa couronne. Les droits de Tunnels ont été achetés par Hollywood. Le projet est conçu comme une trilogie : la suite, Deeper, sort en mai dans les librairies anglaises. Je viens de découvrir un autre talent majeur, peut-être la prochaine J.K. Rowling. Son roman s’appelle The Rivers et elle, Emily Diamond. Un nom pareil, ça ne s’invente pas. Interview Stéphanie Belpêche Tunnels, de Roderick Gordon et Brian Williams, Michel Lafon, 440 p., 15 €.

Comment vous définiriez-vous ? Comme une sage-femme ! J’aide des livres pour enfants à naître. Mon père est décédé très tôt. Ma sœur m’a affirmé que si j’apprenais à lire, je pourrais m’échapper. Je l’ai écoutée. J’ai passé beaucoup de temps à la bibliothèque, où je me suis enflammé pour Bilbo le Hobbit de Tolkien. J’ai fait mes études à Cambridge, puis j’ai débuté au service marketing chez Penguin Books. Là, j’ai travaillé avec Roald Dahl, qui m’a appris la différence entre les histoires qu’aiment les enfants et celles que les parents leur imposent. Bloomsbury, qui démarrait une collection, m’a sollicité. Ma vision d’une litté-

Barry Cunningham.
la lecture et ainsi à délaisser les jeux vidéo ! Mais jamais je n’aurais pu prédire que les adultes suivraient, partageraient le même plaisir. Pourquoi J.K. Rowling ne donne-t-elle pas d’interviews ? Pour laisser parler son œuvre. Elle ne

Mélanie Frey pour le JDD

Parution. Suite des inédits de Ferré qui chante Baudelaire

Fleurs de maquettes
Mathieu Ferré en convient, Les Fleurs du mal (suite et fin), paru cette semaine sur son label monégasque La Mémoire et la mer, est techniquement loin d’être parfait. « Cela n’aurait pas été publié en l’état du vivant de mon père. » Faut-il le re g retter ? Non. Léo Fer ré a dispar u voilà bientôt quinze ans. A défaut de l’imaginer aujourd’hui en patriarche de 92 ans, on ne peut qu’être saisi de découvrir ses interprétations inédites, toutes magnifiquement habitées, piano solo, d’une vingtaine de poèmes de Baudelaire. A l’exception de L’Examen de minuit et de Je te donne ces vers, déjà parus en version symphonique sur l’album On n’est pas sérieux quand on a 17 ans (1987), ce sont donc des poèmes qui, pour la première fois, révèlent leur saveur distillée aux bons soins de cet autre « plongeur de l’émotion ».

Léo Ferré dans les années 1970.
vivante, intense, brute, vraie. Extraites de trois séances d’enregistrement réalisées l’été 1976 dans la maison de l’artiste en Toscane, ces ultimes parutions complètent ainsi la série consacrée à Baudelaire, deux premiers disques étant parus du vivant de l’artiste, l’un en 1957 chez Odéon, l’autre en 1967 chez Barclay, pour le centenaire de la mort du poète. Mathieu Ferré, par ailleurs vigneron de profession, assume sa mission : « Je ne fais pas ça pour gagner de l’argent, mais pour toucher les gens et répandre son esprit, bien vivant lui, ça oui ! C’est pour ça que je me sens toujours heureux d’entendre des chanteurs le faire vivre, que ce soit Lavilliers, Jean-Louis Murat, Cali, Bashung ou Noir Désir, chacun à leur manière. Ce n’est jamais de trop car j’ai parfois le sentiment qu’on évacue un peu vite la mémoire de l’auteur des Anarchistes en 1966. Quand on revoit les images de son concert à Bobino en 1969, on sent clairement l’esprit de 1968 dans la salle, tout avec lui… » Alexis Campion Ferré Baudelaire, Les Fleurs du mal (suite et fin). Actuellement en réédition: « Léo Ferré, Baudelaire, Les Fleurs du mal 1957 », éditions La mémoire et la mer .

« Répandre son esprit »
Il faut l’entendre donner son rythme et sa verve tout élancée à L’Ame du vin, à La Fontaine de sang, au Madrigal triste, ou encore à l’étourdissant L’Héautontimorouménos… « Ne suis-je pas un faux accord/Dans la divine symphonie/Grâce à la vorace Ironie/Qui me secoue et qui me mord ? » Et goûter de cette sensation troublante, renforcée par une acoustique incertaine, de surprendre l’artiste dans l’intimité d’une répétition solaire et solitaire – ou presque, puisque joliment parasitée, ici ou là, par les gazouillis de ses enfants alors en bas âge, Mathieu, Marie-Cécile, Manuela. Une inter prétation sans doute moins chic et rock que celle de Jean-Louis Murat sur l’album Charles et Léo paru l’an dernier, mais nettement plus

Bourges fait le printemps
Le Printemps de Bourges 2008 comptait bien faire parler de lui avec la venue de l’inénarrable Pete Doherty. Mission réussie : le rocker rebelle, incarcéré depuis mardi dernier à Londres, hante les colonnes de la presse ! Ceux qui auront fait le voyage pour l’applaudir mercredi ne seront pas déçus pour autant. Le duo franco-finlandais The Do, initialement prévu dans une (trop) petite salle, remplacera Doherty au côté des Anglais de Deportivo et The Kooks. Autres points forts de l’affiche 2008, une soirée reggae autour de Tiken Jah Fakoly (avec Groundation et Israel Vibration), de la rage et du rap avec Sefyu et Sinik, du piment électro avec Justice et The Qemists, et le renouveau de la chanson avec Claire Diterzi, Cali, Daniel Darc, Daphné, Camille, Christophe Willem, Renan Luce, Thomas Dutronc, Catherine Ringer, etc. Une affiche riche et qui se doit de lever le voile sur d’ultimes sensations, par exemple la toute jeune Soko, Bordelaise pas encore signée mais forte de plus de 2 millions de connexions sur MySpace, l’Australienne Phoebe Killdeer, fille de Tom Waits et de Nick Cave, auteur d’un rock brut et bruitiste envoûtant, ou encore la folkeuse délurée Constance Verluca. Al.C. Printemps de Bourges. Du 15 au 20 avril. 02 48 27 28 29.

Hubert Groo

13 avril 2008

Lire
Bernard Pivot
de l’académie Goncourt
tantôt, tel « un espion dormant ». Comment surveiller l’autre, l’empêcher de se biturer ? Régime de la communauté de biens réduite aux aguets. Ces envies fulgurantes de boire. Surtout dans une maison d’été silencieuse. « Que voit-elle dans l’ivresse que j’ignore ? » La jalousie fugace de celui qui ne boit pas ou plus. « Il est plus exaspéré qu’attendri », fait-il dire de lui à Reine qui évoque ses chutes pendant que lui les compte et constate qu’il est de moins en moins capable de retenir ou de relever le corps de sa femme en vrac. Burgonde-Nourissier a découvert avec surprise que l’eau-de-feu procure à Reine, à la conversation d’ordinaire banale, un vocabulaire vif et tranchant, avec des tournures à son égard blessantes. Les mots, c’est son domaine. Alors, il réplique. Il s’applique. « J’enroule, déroule, volutes, balancements. » Mais elle n’est déjà plus en mesure d’apprécier. Ainsi, même dans les scènes de ménage, dans la guerre de positions, il ne lâche pas, lui, l’écrivain, la ligne de crête. Question de métier et d’honneur. La richesse de vocabulaire de François Nourissier, on s’y est habitué depuis longtemps. Pouvait-il, en donnant l’impression d’une facilité que dément son corps à la ramasse, faire

/29

De l’alcool et de l’encre

Elle se cachait pour boire et lui se cachait pour écrire le livre dans lequel il racontait qu’elle buvait. Elle : les bouteilles planquées sorties à la hâte, quelques rasades au goulot, le bouchon vite remis, les lèvres essuyées d’un revers de main. Lui : la porte fermée, le dossier rouvert, quelques notes, quelques phrases, des pages écrites en douce. Elle, Reine, au scotch attachée (et à tant d’autres alcools) ; lui, Burgonde, à la littérature lié, pour qui l’ivrognerie de sa femme n’est pas un sujet comme les autres, mais quand même un sujet. Pas à l’eau de rose, on en convient. Apre comme un vieux marc calciné. Tordboyaux et tord le cœur. D’ailleurs le livre s’intitule Eau-de-feu. Plus violente, l’eau-de-feu, plus concentrée, bien plus tragique que l’hypocrite eau-de-vie. Quelle vie ? Eau-de-mort ! Eau de feue Reine… François Nourissier n’aurait jamais publié ce livre du vivant de sa femme. Il a laissé vieillir le manuscrit. Sans crainte : c’est de la fine et c’est du raide. Comment l’alcool s’est-il glissé, puis imposé dans un couple uni et stable depuis si longtemps et qui a vécu tant de belles histoires qu’il est, comme on dit, sans histoire ? Voire. L’accumulation des années, les routines bourgeoises, l’ennui, le bonheur réversible et usé, la paix fragile, le décalage des ambitions et des regrets… Beaucoup de vieux couples pourraient faire le même constat morose, et pourtant l’un ou l’autre (ou s’appauvrir. » Parce qu’il n’était plus le même homme, infirmités et dégradations de son corps ayant réduit ses forces d’intervention. Parce que le encore mieux ? On se dit, parfois, un peu méchamment – quand il digresse sur les coups d’œil du peintre et de l’écrivain comparés, sur la manière dont les filles remuent leur cul à la télé, sur la solitude cauchemardesque du conducteur sur l’autoroute –, qu’il légitime par un surcroît de liberté et d’audace dans son écriture les casse-pattes que lichetronne sa moitié. Ici ou là, il donne même l’impression de s’enivrer de mots. Ne serait-ce que parce que le livre est constitué de courts chapitres qui sont comme de petits verres qu’on s’envoie d’un coup, d’un seul, derrière la cravate. C’est bon et ça fait très mal. Eau-de-feu, de François Nourissier , Gallimard, 190 p., 15,90 €. PS : Jacques Chessex publie en même temps, phrase de Heidegger Le simple , préserve l’énigme (Gallimard, 9 €.), petit livre dans lequel il relate quelques souvenirs avec des écrivains, principalement avec François Nourissier dont il est l’ami depuis 1960. Il évoque une lecture à haute voix du manuscrit d’Eau-de-feu dans l’appartement même des Nourissier quelque temps après la , mort de Cécile-Tototte MuhlsteinNourissier au milieu de ses tableaux et , dessins qui représentent des corps suppliciés. Glaçant.

Elle s’abîme dans l’ivresse grisante puis suicidaire. Il raconte et interroge l’ivrognerie de sa femme. Eau-de-feu, de François Nourissier est âpre comme un vieux marc calciné. Tord-boyaux et tord le cœur
l’un et l’autre) ne devient pas sur le tard un soûlographe. Alors ? Cette lente et effarante autodestruction reste une énigme. François Nourissier veut cependant la déchiffrer. Avec quelle patience et quelle rage il s’interroge, il questionne les faits et les mots, il convoque les souvenirs. Il gratte, il pioche, il retourne, il se torture. Pas de pathétique ni de compassion, ce n’est pas le genre. Mais une recherche douloureuse et opiniâtre de sa responsabilité. Qu’il a d’abord niée. Puis qu’il a peu à peu établie. « J’avais laissé Reine relâchement de Reine est une réplique au sien, sa fuite dans l’alcool une réponse à la sienne dans l’écriture. Parce qu’il avait montré lui aussi quelques complaisances mondaines envers l’eau-de-feu. Mais ce n’était qu’un jeu. Comment passe-t-on de l’ivresse grisante à l’ivresse suicidaire ? Du jeu à la mort ? L’ennemi serait un amant, on pourrait lui parler, le menacer, le tuer. Mais l’alcool ? Partout et nulle part. Arrogant et caché. Tantôt, tel un Ecossais, un Russe ou un rouquin français, sous de pimpantes étiquettes ;

Classiques. Huit personnalités racontent le livre dont elles ne se séparent jamais

Indispensable poche

‘‘

On peut les griffonner, les corner, les emporter partout avec soi. Le JDD a demandé à huit personnalités : de quel livre de poche ne pourriez-vous pas vous séparer ?

“Le courage contre l’injustice”

Bruno Le Maire

“Ma poche de revolver”

François Bégaudeau

Moi, j’ai toujours le Journal de Gombrowicz dans ma poche de revolver. Si je rencontre un écrivain, je dégaine : « Les écrivains n’ignorent rien des qualités qui font un écrivain “authentique”, “profond”, aussi s’empressent-ils de remplir tous ces postulats […], sachant parfaitement que ce n’est pas leur “profondeur sublime” qui les pousse à écrire, mais que bien au contraire ils creusent ces “profondeurs” afin de devenir ces écrivains. » En général ça rebute à souhait. Avant-hier, je vois arriver un type qui n’était pas un écrivain, il n’en avait pas la gueule. Je lis quand même le passage, histoire qu’on se marre. On se marre en effet, et là je me rends compte que le type c’est… Gombrowicz lui-même ! Avanthier ! Comment est-ce possible ? Auteur de Fin de l’histoire, Verticales.

Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras : l’histoire d’une mère à qui les agents du cadastre colonial ont vendu une concession inexploitable, parce que régulièrement recouverte par les marées de juillet. Tandis que son fils chasse et que sa fille vit une aventure avec un Chinois, elle construit son barrage. Epuisée, lasse, elle est une figure du courage contre l’injustice. Elle ne pourra rien contre les assauts de la mer de Chine. Pourtant dans la moiteur de la plaine de Kam, elle donne ses ordres de construction et s’efforce de convaincre les fonctionnaires qui veulent lui retirer la concession. Tout le roman témoigne de l’inlassable volonté humaine de commencer quelque chose au lieu de céder au renoncement. Député de l’Eure, auteur de Des hommes d’Etat, Grasset.

“Réfléchir et sourire”

Pierre Moscovici

“Un roman sur l’inquiétude”

Geneviève Brisac

“Gagnée de haute lutte”

Photo JDD

Franny et Zooey. D’abord il y a l’exergue. Salinger y décrit son état d’esprit: celui dans lequel Mathieu Salinger, son fils de 1 an, insistait pour qu’un ami venu déjeuner avec lui acceptât un haricot refroidi. Ce haricot froid, offert avec amour et abjection, est de très loin mon livre préféré. Une jeune fille mystique refuse un sandwich au poulet, un jeune homme lit dans une baignoire une lettre de quinze pages vieille de plusieurs années. Leur mère fume nerveusement, les mains dans les vastes poches de son kimono. Presque tout le livre se passe dans une salle de bains. C’est l’histoire d’amour et de deuil la plus profonde et la plus légère du monde. Un roman sur l’inquiétude, Emily Dickinson, la pudeur, le cinéma contemporain, la famille, le métier d’acteur, et la lutte bien légitime que toute personne un tant soit peu honnête entend mener contre les ravages de l’ego en art. Auteur de 52 ou la seconde vie, l’Olivier .

Le livre de poche dont je ne peux me séparer est, bien sûr, un de mes préférés, celui que je consulte le plus régulièrement, celui qui me fait à la fois réfléchir et sourire. Il s’agit du roman du trop méconnu Italo Svevo, La Conscience de Zeno, l’histoire d’un semi-oisif triestin qui, avancé dans l’âge, entreprend sur le tard une psychanalyse et revisite, avec indulgence et sévérité, ses faiblesses : les cigarettes, le mariage, les femmes en général, le travail, l’amitié. J’aime la distance, l’ironie et la douceur de l’auteur, je me régale des nuances du personnage. Comme lui, j’aimerais penser que je m’améliore avec le temps qui passe. J’ai lu ce livre cinq fois peut-être, je le recommande à ceux que j’apprécie, je ne le quitte pas. Député PS du Doubs, auteur du Liquidateur, Hachette.

“Une incorruptible lucidité”

Daniel Pennac

Isabelle Carré

Arbres d’hiver, de Sylvia Plath, des poèmes qui ont chacun leur mécanisme propre, comme des petites montres de collection. Elle dit que son « affaire, ce sont les gens dans le temps ». Des gens avec lesquels elle partage la nécessité de « fabriquer d’autres mondes que celui-ci pour y vivre ». Car il y a « dans ma tête des bataillons d’impasses ». Elle cherche alors sa liberté et, dans ce combat, des routes finissent par s’ouvrir devant elle. Sylvia Plath a le sentiment, parfois désespéré, de ne faire que chercher, de ne trouver qu’approximativement, alors qu’elle nous livre des pépites. C’est une écriture gagnée de haute lutte, qui essaie

de trouver un point d’équilibre entre un monde intérieur plein d’images et de rêves, et la réalité qui la blesse. Actrice.

“Ce serait un vide, une douleur”

Annie Ernaux

Je ne pourrais pas me séparer du journal intime de Pavese, Le Métier de vivre, un Folio en deux tomes, avec des couvertures ocre verdâtre, très datées. Ce serait un vide, une douleur. Il me semble que quelque chose, mystérieusement, s’en irait de moi, de ma vie. Peutêtre parce que, cet été-là où je l’ai lu, l’été 1986, celui qui a suivi le décès de ma mère, je m’y suis intensément projetée, dans mes interrogations sur l’écri-

ture, l’impossibilité de l’amour et l’inanité de la réussite sociale, littéraire. Toutes les phrases que j’ai soulignées constituent, au fond, une sorte de journal personnel à l’intérieur du Journal de Pavese. Paradoxalement, ce texte d’une lucidité tragique, où le suicide comme projet est inscrit tôt dans les pages, m’a aidée à vivre. Auteur des Années, Gallimard.

“Une sagesse non religieuse”

Luc Ferry

Aucune hésitation, c’est L’Odyss é e ! D ’ a b o r d p a r c e q u e l e vo y a g e d ’ U l y s s e e s t m a g n i f i q u e, d ’ u n e r i chesse de significations inépuisable. Ensuite parce qu’il renfer me une le-

çon de vie à nulle autre pareille, comme on le voit dans l’épisode qui le retient prisonnier sur l’île Calypso. La nymphe est sublime. Folle amoureuse d’Ulysse, elle ne cesse de faire l’amour avec lui. Prête à tout pour le garder, elle lui offre même l’immortalité et la jeunesse éternelle. Pourtant, Ulysse la quitte et rejoint Ithaque, son lieu naturel où il retrouve sa famille. Preuve qu’une vie de mortel réussie peut être supérieure à une vie d’immortel ratée, en l’occurrence délocalisée. Acceptation de l’aventure et de la mor t, sagesse non religieuse : irremplaçable pour notre temps ! Auteur de Familles je vous aime, XO éditions.

Vie et Destin, de Vassili Grossman, qui est à mes yeux le grand roman de la tragédie soviétique. Son personnage principal, le professeur Strum, précipité en enfer par son incorruptible lucidité, est un de mes héros littéraires. La lettre que sa mère lui écrit avant d’aller mourir dans un camp d’extermination fait partie de ces pages qu’on n’oublie jamais. J’ai le projet de relire, d’une traite, La Guerre et la Paix, Les Possédés, Le Docteur Jivago, Le Maître et Marguerite, Vie et Destin pour avoir la vision complète que donnèrent ces romanciers de la naissance du sentiment révolutionnaire, de la révolution ellemême, de la société qu’elle engendra et dont Tchekhov, mort treize ans avant octobre 1917, avait prévu les excès et la glaciation. Auteur de Chagrin d’école, Gallimard. Propos recueillis par Marie-Laure Delorme

30/

Médias

13 avril 2008

Radio. Le patron de France Info et le directeur général de Fun Radio et RTL 2 confrontent leur univers

Amoureux des bonnes ondes
Mercredi, ils seront fixés. Alors que Médiamétrie publiera les der nières audiences r adiophoniques, Patrick Roger, directeur de France Info, et Jérôme Fouqueray, directeur général de Fun Radio et de RTL2 confient leurs sentiments sur les résultats à venir, mais aussi sur le passage au numérique. Un défi pour la radio d’information comme pour les radios musicales. beaucoup bossé sur ce positionnement unique. Qui est votre auditeur type ? JF : Pour Fun Radio, il s’agit d’une auditrice de 25-30 ans, pas forcément parisienne. Celui de RTL 2 est plutôt un cadre de 45 ans. Quel est votre grand défi pour les mois à venir ? PR : Faire savoir que France Info n’est plus la radio lancinante et répétitive que certains auditeurs avaient quittée. Plus globalement, la question posée aujourd’hui est celle du média global, les habitudes d’écoute sont en train de changer. Ça ne nous fait pas peur : la marque Guetta sont comptabilisés dans les quotas d’internationaux… C’est une absurdité et, au nom du rayonnement de la culture française, nous continuons à demander un assouplissement. Le lancement de la radio numérique est pour la fin de l’année. Qu’est-ce que ça vous inspire ? JF : Le numérique va rendre la radio plus attrayante et moder ne. Dans un monde totalement numérisé, ce média ne peut rester éternellement à la traîne. Cela va également permettre à tout le monde d’avoir la même couverture, ce qui n’est pas du tout le cas actuellement. Le leader des radios musicales, dont je ne prononce pas le nom [NRJ] a surtout construit sa domination grâce aux zones où personne d’autre n’est présent, la radio numérique va rebattre ces cartes truquées. PR : Radio France dans son ensemble a des projets, notamment celui d’un autre canal d’information. Forcément progressif car il nécessite l’achat d’un nouveau transistor, le passage au numérique va apporter un grand confort d’écoute, multiplier le nombre de chaînes et permettre de faire passer de l’image sur tous les types de supports. En ce qui concerne France Info, difficile à capter en dehors des grandes agglomérations, ça va nous permettre d’être écoutés sur tout le territoire. La suppression de la pub dans l’audiovisuel public, bonne ou mauvaise nouvelle ? P R : Pour France Info, si cela se confirme, il y aura un peu moins de pub dans les tranches les plus écoutées (deux minutes par demi-heure actuellement). Au total, Radio France récolte 40 millions d’euros par an, le gouvernement s’est engagé à les compenser à l’euro près. Interview Jonathan Bouchet-Petersen

Christophe Abramovitz

Raymond Delalande/JDD

Qu’attendez-vous des résultats d’audience pour la période de janvier à mars ? Patrick Roger : Une consolidation de notre remontée. La station déclinait, nous avons redressé la barre. Nous allons toutefois être pénalisés par nos résultats en février, car nos auditeurs partent plus en vacances que les autres. Or, au ski, on nous capte mal ! Jérôme Fouqueray : Nous attendons à nouveau de bons scores, en particulier pour Fun Radio, repositionnée avec succès comme la radio des musiques festives. RTL2 reste la référence pop-rock et le pôle musical de RTL le seul où toutes les stations affichent une croissance chaque année. Qu’est-ce qui a le plus changé depuis votre arrivée aux commandes ? P R : De puis la der nière rentrée, France Info ne donne plus le sentiment de radoter, de ronronner, d’être austère. C’est aujourd’hui une station qui dialogue autour de l’infor mation avec une chaleur sans doute nouvelle. JF : Fun Radio surfe en ce moment sur le courant musical le plus porteur, le dancefloor, et constitue aujourd’hui un sérieux challenger du leader (NRJ). Avec une image bien définie de radio positive, celle de la fête. Nous avons

Berling dans la peau de Badinter
Jusqu’à la fin du mois, France 2 met en boîte le prometteur Un long chemin. Il s’agit de celui parcouru par Robert Badinter de 1971 à 1981, jusqu’à l’abolition de la peine de mort en France. Un combat que l’avocat a entamé après avoir perdu le procès dans lequel il défendait Bontemps et Buffet, tous deux guillotinés. C’est l’acteur de plus en plus engagé Charles Berling qui campe l’ancien ministre de la Justice dans cette fiction de deux fois 90 minutes réalisée par Jean-Daniel Verhaeghe. Berling ne cache pas son admiration pour le personnage historique qu’il inter prète. L’ancien ministre de François Mitterrand représente à ses yeux une « large part du magnifique héritage que sa génération va nous laisser ». « Plus qu’un homme politique, c’est un immense penseur et un sage », confie-t-il. Gérard Depardieu sera également au générique de cette fiction prometteuse, dans le rôle de l’avocat Henry Tor rès, qui fut le « maître » de Badinter. Grande première, Jean-Daniel Verhaeghe a pu installer sa caméra dans la cour de l’Elysée, le temps d’une scène de cette adaptation de deux livres de Badinter (L’Abolition et L’Exécution). J. B.-P .

Patrick Roger et Jérôme Fouqueray.
France Info attire déjà 2,5 millions d’internautes par mois! JF : Nous allons continuer à nouer des partenariats entre Fun Radio et de grands artistes qui incarnent la station, comme Bob Sinclar, David Guetta ou Kylie Minogue. Nous avons aussi un problème à régler avec le quota de 35 % de « musique d’expression française », car des artistes français comme Martin Solveig et David

Etienne Chatiliez. Il est mardi l’invité du Club des directeurs artistiques qui fête ses 40 ans

« HEC a fait beaucoup de mal à la pub »
Son prochain film, Agathe Cléry, est attendu en salle début décembre. Valérie Lemercier y tiendra le rôle-titre, « celui d’une Blanche raciste qui devient noire », résume Etienne Chatiliez, en plein montage cette semaine à Boulogne. Une masse de travail qui n’empêchera pas le réalisateur, ex-fils de pub devenu poids lourd du cinéma, de venir remettre un prix, mardi, à la soirée annuelle du Club des directeurs artistiques. Une grande famille, fédérée par Bertrand Suchet (DDB Paris), qui souffle 40 bougies cette année et s’ouvre de plus en plus aux nouvelles générations. « Si on a pensé que j’étais assez digne pour remettre un prix dans cette soirée, c’est que je n’ai pas complètement raté mes années pub, sourit celui qui a signé des campagnes mythiques pour Eram, Lustucru ou Citroën. Le Club des DA, c’est le mètre étalon de la profession. J’apprécie aussi la dimension patrimoniale de de mal à la pub. Aujourd’hui, à force de vouloir plaire au plus grand monde, on finit par ne plus plaire, car tout se ressemble et manque de relief. » Le réalisateur n’a pas de mots assez durs pour qualifier « ces mecs gagas du marketing à la Procter & Gamble », dont le poids grandissant et « la vision ultracommerciale » ont fini d’« aseptiser » la plupart des campagnes proposées aujourd’hui. Pas abonné à Internet, on ne lui reprochera pas d’occulter du coup les nombreux spots décalés qui pullulent sur le Web. Son premier long-métrage, La vie est un long fleuve tranquille, est sorti il y a tout juste vingt ans. Sa filmographie en compte six au total, dont beaucoup de grands succès populaires. Le cinéma, une suite logique dans l’itinéraire de ce « raconteur d’histoires » : « C’est déjà ce que je faisais dans la pub et j’avais envie de le faire en plus grand, j’ai eu cette chance. » Jonathan Bouchet-Petersen

Sipa

Etienne Chatiliez.
cette institution, dont les catalogues annuels sont d’excellents témoignages de la production de chaque époque. » Entré dans la pub « presque par hasard, à une époque post-68 où bosser dans ce milieu n’avait rien de branché », Etienne Chatiliez l’a vu évoluer. Et dériver: « HEC a fait beaucoup

Le Monde en grève demain
Après la crise de gouvernance, la grève. Et historique : à une très large majorité, les salariés du groupe Le Monde ont décidé de cesser le travail demain. Le quotidien daté de mardi ne sortira pas en kiosque. En ligne de mire de ce mouvement de protestation, que la CGT maison prévoit « dur » et que la direction a déclaré « regretter », l’annonce cette semaine de la suppression de 130 emplois dans le vaisseau amiral, dont environ 90 journalistes. Le quart de la rédaction se retrouve ainsi sur la sellette et certains départs seront contraints. « C’est une amputation grave et inacceptable, qui risque de remettre en cause la qualité même du travail que nous faisons chaque jour », déplore une journaliste du quotidien. Des cessions de titres de magazines « déficitaires ou non stratégiques » sont également prévues et 170 emplois supplémentaires menacés. Ce n’est pas peu dire que le plan annoncé a été reçu comme un coup de massue. Car si le principe d’un allègement des effectifs était acquis, alors que le déficit 2007 a dépassé 15 millions d’euros et que la dette cumulée du groupe sur dix ans atteint 150 millions, c’est son ampleur qui a choqué. « Notre réaction est à la hauteur de notre consternation », explique un journaliste du service France. Président du directoire du Monde, directement visé par ses troupes, Eric Fottorino a cette semaine « refusé toute concession » et assuré que son plan sera appliqué de manière « efficace et équitable ». Les mesures drastiques qu’il prévoit sont censées ramener le quotidien et ses suppléments à l’équilibre d’ici à 2010. Les salariés du Monde se réuniront demain à 10 heures en assemblée générale, tandis que les syndicats de journalistes appellent à un rassemblement à 11 h 30 devant les locaux du quotidien. La direction devrait s’exprimer bientôt devant les salariés. La confrontation s’annonce houleuse. J. B.-P .

Jean Nainchrick/Septembre Productions

13 avril 2008

Télévision
Le titre est explicite. Sous les bombes* se déroule au Liban, durant le dernier épisode en date – juillet 2006 – de l’interminable guerre débutée en 1975. Les bombardements n’ont rien à voir avec des effets spéciaux mais sont tout à fait véritables. En colère, désespéré de voir son pays une nouvelle fois s’enfoncer dans la destruction, le cinéaste libanais Philippe Aractingi a inventé dans l’urgence un genre nouveau. Avec deux comédiens, il a enregistré, dès le 12 juillet 2006, les premières scènes de son film encore à écrire. Tournée à chaud, la fiction s’est chargée d’une émotion particulière, imbibée de toutes les tensions. A tel point que ce réquisitoire implacable contre la guerre et subtilement filmé a déjà recueilli, en l’espace d’un an, onze prix dans les festivals de cinéma. Il doit beaucoup aux deux acteurs, extraordinaires de conviction. La magnifique Nada Abou Farhat incarne une mère à la recherche de son jeune fils. Travaillant à l’étranger, elle l’a envoyé chez sa sœur au Sud-Liban, par suite devenu l’épicentre du conflit. Sans nouvelles, elle se précipite dès que possible au pays. Mais il lui faut trouver un taxi qui accepte de la conduire dans cette zone de guerre. Georges Khabbaz interprète ce chauffeur. Le road-movie sur les traces de l’enfant disparu au milieu d’une région dévastée établit un terrible état des lieux. Les psychologies des deux personnages n’en sont pas pour autant sacrifiées. Leurs relations, leurs désirs, leurs espoirs sont eux aussi adroitement évoqués et en font un vrai film. « Si cette fiction a pu s’imposer

/31

En tournage. Pas de secrets entre nous, la nouvelle saga quotidienne de M6

Tragédie. Une fiction relate le dernier conflit libanais

Amis pour la vie?
Ils s’appellent Mathieu, Audrey, Slimane, Sharon, Enzo et Irina. Ces colocataires sont les protagonistes de la nouvelle série quotidienne de M6, Pas de secrets entre nous. L’histoire ? Six copains d’une vingtaine d’années débutent dans la vie. Les loyers parisiens étant au-dessus de leurs moyens, ils décident de cohabiter. En plus d’un logement aux Abbesses, ils vont partager leurs joies et leurs peines, mais aussi les corvées : linge sale qui traîne, vaisselle qui s’entasse… Au générique, que des inconnus, hormis Marie Fugain, la voisine d’en face. Un projet très ambitieux pour la chaîne, qui a donné le coup d’envoi il y a trois semaines du tournage des 80 épisodes de 22 minutes prévus. « Vingt-cinq sont déjà dans la boîte », assure Michel Hassan, un des réalisateurs. Pourtant, aucune date de diffusion n’est encore entérinée. A Saint-Ouen, sur les 2.000 m² de plateaux, une quarantaine de techniciens s’activent. Il ne faut pas casser le rythme : ici, on consacre seulement deux jours à un épisode. La reconstitution impressionne par son réalisme. D’un côté et de l’autre du palier, les deux appartements se font face, une configuration qui rappelle celle de Friends. « On n’y a pas du tout pensé, affirme Rose Brandford Griffith, directrice de la fiction de M6. Pas de secrets entre nous n’a pas l’écriture d’une sitcom. » Aucun détail n’a échappé aux accessoiristes, qui ont même rempli les frigos! « Comme il s’agit d’un prog ramme récur rent, il était hors de question que les décors fassent carton-pâte. » Un bistrot typique des grands boulevards, une boîte de nuit avec boule à facettes et barre de strip-tease, on atterrit subitement dans les
Renaud Corlouer/M6

La guerre en temps réel
très vite au réalisateur, c’est qu’en fait, dans la réalité, elle se produisait souvent. Bien des parents ont été séparés de leurs enfants par les bombardements », explique Hervé Chabalier, directeur de l’agence Capa et producteur du film. Ancien grand reporter au Liban, dont il a couvert les conflits entre 1975 et 1985, il revendique « une profonde affection pour le pays et sa population. Ici, on approche d’une

couloirs d’un hôpital où l’un des héros, Mathieu, fait son internat. Chaque personnage possède une part de mystère, une face cachée révélée au fur et à mesure des aventures. Mais rien à voir, selon Rose Brandford Griffith, avec l’émission de télé-réalité estivale de TF1 Secret Story. « On pose juste une question toute simple : connaît-on vraiment nos proches ? » La série – « un énor me pari » – par ticipe « à asseoir l’image de chaîne généraliste » de

M6. Elle trouvera sa place dans « la case de l’avant-soirée qui cible les 11-24 ans mais qui s’étale aux 40-45 ans ». Une tranche qui a permis à Plus belle la vie de rencontrer le succès sur France 3. « En moyenne 5,5 millions de téléspectateurs, forcément, ça donne des idées », analyse Michel Hassan. Après Cinq Sœurs sur France 2, ce sera bientôt au tour de TF1 de lancer sa fiction française, Seconde Chance. Stéphanie Belpêche

Nada Abou Farhat incarne une mère à la recherche de son fils.
fiction réaliste à un degré jamais atteint ». Il a fourni à Philippe Aractingi les moyens de continuer son tournage. « Mes comédiens improvisaient au jour le jour, en interaction avec les vrais acteurs du drame… La réalité était infiniment plus dramatique que n’importe quelle tragédie que j’aurais pu inventer. » Le cinéaste s’est toutefois abstenu de tout montrer, en particulier, les morts. « Nous en avons trop vu, explique-t-il. C’est pour eux que j’ai fait ce film. Pour témoigner de la souffrance des innocents. » Sans esprit partisan, juste pour dénoncer, encore et encore, la terrible réalité de la guerre. Jean-Luc Bertet * Sous les bombes, Arte, samedi à 22 h 30.

Mai-68, trois docs version scolaire et classé X
Certes, Le fond de l’air est rouge* en 68, comme le titre le fameux montage documentaire de Chris Marker. Arte diffuse mardi la version de 1993, ramenée à 3 heures par l’auteur, de sa remarquable chronique politique des années 1967 à 1977. L’insoumission était multiforme. A l’école Vitruve, à Paris, les enseignants ont expérimenté une pédagogie sans notes où les enfants étaient respectés à l’égal des adultes. En mai, fais ce qu’il te plaît * revient sur le vécu d’anciens élèves de l’année 1974. Ils évoquent la liberté d’expression qui règne dans la classe et l’étonnement et la souffrance de rejoindre en secondaire l’enseignement traditionnel. Mais dit Cyrille, « ne faut-il pas apprendre la liberté sous prétexte que dans la société on ne l’a pas ? ». On aurait juste aimé savoir si aujourd’hui devenus parents, ils voudraient un Vitruve pour leurs enfants. Jouissez sans entraves * raconte comment s’est inauguré en 1970, à Amsterdam, le Wet Dream Festival de films érotiques et transgressifs. De 300 à 400 personnes issues de la contreculture s’y précipitent et se retrouvent même l’année suivante sur un bateau pour une nuit orgiaque. « Nous voulions libérer l’énergie sexuelle pour rendre le monde meilleur », explique un des organisateurs. Des bêtises ? s’interroge le journaliste Guy Sitbon qui en était : « C’était bien ces bêtises, c’était gai. Vous y reviendrez…, à votre manière. » Jean-Luc Bertet * Thema sur Arte, Faut-il interdire d’interdire ? Mardi, 21 heures.

10.55 Téléfoot. 12.05 Attention à la marche ! 13.00 Journal. 13.25 Walker, Texas Ranger. 14.15 Las Vegas. 15.05 Dernier recours. 15.55 Close to Home. 16.45 New York, unité spéciale. 17.35 Vidéo gag. 18.35 Que du bonheur ! 18.40 Sept à huit. 19.45 Cocktail de filles. 20.00 Journal.

8.30 Les chemins de la foi. 12.05 France 2 Foot. 13.00 Journal. 13.25 Nouvelle adresse. 13.30 Paris - Roubaix. 17.40 Presto. 17.45 Stade 2. 18.45 A fleur d’eau. 18.50 N’oubliez pas les paroles. 19.50 Samantha. 20.00 Jour nal. 20.40 Comble de rêve. 20.45 D’art d’art.

11.35 La vie d’ici. 12.00 Le 12/13. 1 2 . 5 0 30 millions d’amis. 1 3 . 2 5 Louis la Brocante. 1 5 . 1 0 Siska. 17.10 Le combat des titans. 17.55 Questions pour un super champion. 18.45 On s’y met quand ? 18.50 Le 19/20. 20.10 Tout le sport. 20.15 A fleur d’eau. 20.20 Toowamix.

1 3 . 4 5 La semaine des Guignols. 1 4 . 2 0 Groupe d’action discrète. 14.30 La grande course. 14.55 Les nouveaux explorateurs. 16.00 Côté coulisses. 16.50 Avant-match. 17.00 Manchester United - Arsenal. 19.00 Les Simpson. 1 9 . 2 5 Ça Car toon. 20.25 Le grand match.

13.15 Revu et corrigé. 14.45 Studio 5. 14.55 Star portrait. 15.50 Les derniers jours d’une icône. 16.45 Pékin 2008 doubles jeux. 17.45 Ripostes. 19.00 Karajan dirige la Symphonie pastorale de Beethoven. 19.45 Arte info. 20.00 Karambolage. 20.15 Arts du mythe.

9.30 M6 Kid. 11.35 Turbo. 12.20 Caméra café. 13.20 John Doe. En quête d’identité. (A 14.10) Œil pour œil. (A 15.00) Hypnose. 16.10 Secrets d’actualité. 17.40 66 Minutes. 18.50 D & CO. 19.50 Six’/Météo. 20.05 E = M6. Catch up TV bluetooth, box… bluffez , vos enfants ! 20.40 Sport 6.

20.50

Meurs un autre jour ***

20.55

Speed 2 : cap sur le danger *

20.55

Inspecteur Barnaby

20.55

Paris-SG - Nice

20.45

Croc-Blanc ***

20.50
Capital

Pierce Brosnan et Halle Berry
Film américain de Lee Tamahori (2002). Le sujet. Après avoir été aux mains d’une organisation criminelle, James Bond, libéré, recherchant la taupe qui l’a trahi. L’agent des services secrets britanniques découvre alors, qu’elle détient une ar me destructrice qui menace la planète. Avec Pierce Brosnan, Halle Berry, Rick Yune. Opinion JDD. L’agent 007 prend un coup de jouvence avec un épisode plein d’humour et d’action où Pierce Brosnan parvient à égaler la référence, Sean Connery. 23.10 Esprits criminels. Doses mortelles. (A 23.55) Requiem. (A 0.45) Soif de sang. 1.40 L’actualité du cinéma.

Sandra Bullock et Jason Patric
Film américain de Jan De Bont (1997). Le sujet. Annie et son fiancé, Alex, font une croisière dans les Caraïbes. Un passager du nom de Geiger ne tarde pas à prendre le contrôle du paquebot pour rançonner les passagers. Avec Sandra Bullock, Jason Patric, Willem Dafoe. Opinion JDD. Une suite à Speed ne s’imposait pas. Celle-ci s’avère convenue et ne parvient guère à retrouver le rythme et le suspense qui avaient fait le succès du premier opus. Seules quelques scènes tiennent le spectateur en haleine. 23.00 Dimanche 2 cinéma : l’actu. 23.25 La vie est à nous ! 1.00 Journal de la nuit. 1.20 68. Doc de Patrick Rotman.

John Nettles
Téléfilm britannique de Sarah Hellings (2006). Quatre enter rements et un mariage. La féministe Mildred Danvers est retrouvée morte peu après son retour à Broughton, son village natal. Aussitôt, le révérend Gant, connu pour sa misogynie, est lui tué par balles. La guerre des sexes qui avait troublé la bourgade 60 ans auparavant reprend-elle ? L’assassin fait-il partie des féministes ou des misogynes ? L’inspecteur Barnaby aura une nouvelle fois fort à faire. Avec John Nettles, Laura Howard, Barry Jackson. 22.40 Soir 3. 23.10 La vie comme un roman. 1.05 L’homme de nulle part ***. Film français de Pier re Chenal (1936).

Pedro Miguel Pauleta (PSG)
Fo o t b a l l . Championnat de France de Ligue 1, 33e journée. En direct du Parc des Princes. A cinq journées de la fin, et après le revers face à Nancy (1-0) la semaine dernière, les trois points sont impératifs aux Parisiens pour s’éloigner de la zone de relég ation. Paul Le Guen pour ra compter sur Pauleta (malgré une petite frayeur jeudi à l’entraînement) et sur le retour de Yepes. De son côté, après le match nul (0-0) face à Sochaux, l’entraîneur des Aiglons, Frédéric Antonetti, pourra compter sur tout l’effectif niçois. 22.50 L’équipe du dimanche. 0.00 Golf. 1.00 Les Tudors.

Ethan Hawke
Film américain de Randal Kleiser (1991). Le sujet. Le jeune Jack Conroy participe à la ruée vers l’or en Alaska. Il va être sauvé de l’attaque d’un ours par un jeune loup adopté par des Indiens et baptisé Croc-Blanc. Avec Klaus Maria Brandauer, Ethan Hawke, Seymour Cassel. Opinion JDD. Les somptueux paysa ges, l’âpreté de la vie, l’étrange complicité entre le loup et l’homme… Rien ne manque dans cette remarquable adaptation du roman de Jack London. 22.30 Plus près des loups. 23.10 Jack London. L’enfant rebelle du rêve californien. 0.00 Voyage en cybernétique.

Le grand théâtre national de Pékin
Magazine présenté par Guy Lagache. Thème. Loin de la crise, ils tentent leur chance au bout du monde. Premiers jobs : un nouve a u p a r a d i s a u b o u t d u monde. 2,3 millions de Français travaillent à l’étranger. Dubaï, Shanghai, Moscou : ils veulent tous des architectes français ! Nouvel, récemment primé meilleur architecte au monde, Wilmote, Mimram, Charpentier ou Andreu… Arabie saoudite : le roi de la lingerie au pays du voile. Les Saoudiennes sont très friandes de dessous fins. 22.50 Enquête exclusive. Métro : une ville sous la ville. 0.20 100 % Foot.

SELECTION : CABLE, SATELLITE ET TNT
Cinéma
20.40 Voici le temps des assassins *** de Julien Duvivier (1955) avec Jean Gabin. Direct 8 20.45 Un chien dans un jeu de quilles ** de Bernard Guillou (1982) avec Pierre Richard. W9 20.45 Beaumarchais l’insolent *** d’Edouard Molinaro (1996), avec Fabrice Luchini. Ciné Cinéma Famiz 20.45 Son alibi ** de Bruce Beresford (1989) avec Tom Selleck. Ciné Cinéma Star 20.45 Le piège ** de John Huston (1973) avec James Mason. Ciné Cinéma Culte 20.45 Judex *** de Georges Franju (1963) avec Channing Pollock. Ciné Cinéma Classic 20.45 Que les gros salaires lèvent le doigt *** de Denys Granier-Deferre (1982) avec Daniel Auteuil. NRJ 20.45 Les disparues ** de Ron Howard (2003), avec Tommy Lee Jones. Téva 20.50 L’évadé d’Alcatraz ** de Don Siegel (1979) avec Clint Eastwood. Paris Première 20.50 L’aile ou la cuisse * de Claude Zidi (1976) avec Louis de Funès. La une 20.55 Trainspotting ** de Danny Boyle (1996) avec Ewan MCGregor. TCM 22.15 Cabaret *** de Bob Fosse (1972) avec Liza Minnelli. TPS Star 20.50 Voyage en France. Voyage

Musique
20.00 Spéciale Jennifer. Fun TV 20.30 Le retour d’Ulysse dans sa patrie. Mezzo

Séries
21.00 Les experts. TSR1 23.25 Dead like me. France 4

Sport Documents
20.50 Origine océan. Ushuaïa 19.45 Tennis. Coupe Davis. Sport + 20.45 A1 grand prix. Eurosport

Patrick Baz/Arte

13 avril 2008

Mégalithes. Deux archéologues sont sur le point d’éclaircir le mystère du site préhistorique anglais

Le secret révélé de Stonehenge
De Merlin aux extraterrestres

Geoff Wainwright, à gauche, président de la Société des antiquaires de Londres, et son compère et ancien élève, Timothy Darvill, professeur d’archéologie à l’université de Bournemouth. Les deux chercheurs ont entrepris, sur le site de Stonehenge, les premières fouilles depuis 1964 afin d’étayer leur théorie révolutionnaire.

Stonehenge
Envoyée spéciale Geoff Wainwright consulte sans arrêt sa montre, tel le lapin pressé d’Alice au pays des merveilles. « Oh non, pas encore des jour nalistes, nous n’avons plus le temps, plus le temps, plus le temps », répète-t-il. En ce jeudi après-midi, le président de la vénérable Société des antiquaires de Londres sait que, dès le lendemain, la porte des mystères de Stonehenge se refermera devant son solide nez de Gallois. « C’est pour ça que ce soir, nous allons fouiller jusqu’à ce que les ténèbres s’abattent sur la plaine de Salisbury », souffle le septuagénaire d’une voix volontairement gutturale, avant de partir d’un grand rire qui contamine son acolyte : Timothy Darvill, 50 ans, son ancien élève, considéré aujourd’hui comme le spécialiste du site, à genoux dans la terre à l’ombre d’un mégalithe. Large barbe blanche et sourire sarcastique contre teint buriné et silhouette athlétique, les deux compères sont très plausibles dans leur rôle respectif de Sean Connery et d’Indiana-Harrison Ford-Jones. Leur Graal mériterait d’ailleurs une superproduction hollywoodienne. Les deux archéologues cherchent à révéler un secret qui a donné lieu à d’innombrables spéculations, peut-être la plus grande question que l’archéologie se soit jamais posée. Annoncer enfin, plus de quatre mille ans après son érection, à quoi pouvait bien servir le monument le plus célèbre d’Angleter re après la reine : Stonehenge, littéralement l’« enclos de pierre ». Geoff Wainwright et Timothy Darvill reconnaissent avoir reçu « un énorme cadeau » des mains d’English Heritage, l’organisme de protection et de promotion du patrimoine historique anglais. L’autorisation, alors qu’aucune pelle n’est passée par là depuis près d’un demi-siècle, de mener

une campagne de fouilles de deux semaines au pied de la plus importante structure néolithique d’Europe. Les représentations du site, tel qu’il se laissait voir lors de son achèvement et avant que l’outrage des siècles ne ruine une partie de l’édifice, ont fait le tour du monde: un ensemble de structures circulaires concentriques érigées entre 2800 et 1100 avant JésusChrist, dont la plus connue était composée d’une soixantaine de pierres levées surmontées d’autant de linteaux, dépassant parfois les 50 tonnes. Mais ce ne sont pas ces mégalithes-ci qui ont attiré nos deux archéologues au cœur de cette plaine du comté du Wiltshire, au sud-est de l’Angleterre. Ils sont venus étudier les restes du « premier cercle » édifié sur le site. Ils pensent que ce sont ces « petites » pierres (de la taille d’un homme tout de même) qui possèdent la clé de Stonehenge. Ces blocs bleutés, de la dolorite en fait, ont été convoyés – on le sait depuis les années 1920 – depuis les Preseli Hills, au sud du

pays de Galles, à 400 km de là. Un travail de titan que des hommes modernes ont déjà tenté, en vain, de réitérer, et qui a cristallisé pendant longtemps l’attention des chercheurs. « Ils se demandaient comment ces pierres étaient arrivées là, mais ce n’était pas la bonne question, soupire Geoff Wainwright. Cette réflexion, il faut la laisser aux ingénieurs. Nous, nous nous sommes plutôt demandé pourquoi. Si des hommes de l’époque ont fait venir ces pierres de si loin, c’est qu’ils devaient certainement avoir une très bonne raison. » Dans quel but, alors, des centaines de forçats du néolithique auraientils uni leurs efforts? Les deux amis ont déjà une théorie, particulièrement révolutionnaire et, bien sûr, contestée. Ils l’ont présentée pour la première fois en 2006, lors d’une conférence à Londres. Elle a été élaborée après de longs travaux de recherche dans les Preseli Hills et ils espèrent la conforter avec les résultats de ces fouilles. Pour eux,

l’« enclos de pierre » était un site de guérison miraculeuse. Rien de moins que le Lourdes ou le SaintJacques-de-Compostelle du néolithique. « Les gens venaient là pour se sentir bien, estime Geof f Wainwright. Dans les Preseli Hills, les pierres étaient situées près de sources et c’est pour cela qu’elles ont été choisies et déplacées. »

De nombreux squelettes présentent des traumatismes
Des recherches dans les environs du monument ont conforté leur idée : « On a trouvé enterrés par là une étonnante concentration de squelettes présentant des traumatismes, explique Timothy Darvill. C’était un lieu de pèlerinage pour les gens qui venaient se faire soigner. » Les malades voyageaient donc parfois de très loin jusqu’à Stonehenge pour s’approcher de ces pierres aux vertus magiques, tout comme les centaines de milliers de pèlerins qui viennent aujourd’hui boire à la source l’eau de la grotte de Massabielle. Jeudi, avant-dernier jour des

Les fragments de pierre, extraits des différentes zones de fouilles, ont été soigneusement triés et étiquetés. Quand aux matières organiques elles séchent dans de petits sacs avant d’être datées au carbone 14.

fouilles, sur ce chantier battu par les vents et scruté en permanence par deux caméras de la BBC, les deux archéologues semblaient en tout cas avoir été touchés par une forme de grâce. Ni la fatigue de Timothy Darvill, inlassablement fourré dans une tranchée aux dimensions modestes (à peine 2 mètres sur 3), ni la laryngite de son aîné ne pouvaient avoir raison de leur excitation de collégiens. Sur le bord de l’excavation, Wainwright, qui dit travailler « avec la lourde main de l’histoire pesant sur son épaule », surveille l’avancée des travaux, très agité: « Et regarde là, il y a quelque chose », trépigne-t-il à l’intention de son cadet, désignant une pierre du doigt. « Je suis le cerveau et lui la technique », souffle-t-il en aparté, avant d’aller lui-même secouer le tamis géant installé en retrait. En deux semaines, les deux hommes et l’équipe d’une dizaine de personnes, qui trient leurs découvertes dans un mobil-home transformé en laboratoire à l’extérieur du site, ont trouvé ce qu’ils étaient venus chercher: de multiples fragments taillés de pierres bleues. La preuve, selon Darvill, « que des hommes venaient ici et prenaient un morceau de pierre comme talisman ». Ils ont aussi déniché de quoi constituer un inventaire à la Prévert : les reliefs d’un pique-nique victorien avec des morceaux de pipes, de verres et de la porcelaine bleue et blanche, des silex, un fragment de gobelet en poterie datant de l’érection des pierres, une pièce romaine, mais aussi des matières organiques, comme des cornes de cervidés, qui seront datées au carbone 14. On pourra ainsi savoir exactement quand les pier res bleues ont été érigées. Pour connaître les résultats complets de ces recherches, il faudra patienter encore six mois. Soazig Quéméner Reportage photo Patrick Othoniel/JDD

C’était au deuxième jour des fouilles. Des druides en tenue traditionnelle étaient ve nu s b é n i r l e ch a n t i e r. S o u s l’œil amusé de Timothy Darvill et de Geoff Wainwright, l’un d’entre eux se lance dans une hallucinante imprécation : « Esprits, acceptez ces fouilles ! Ce n’est pas une violation, mais un honneur ! » S’ensuit une petite cérémonie. Puis, « comme lorsqu’on prend quelque chose, il f aut donner quelque chose, ajoute l’officiant s’adressant toujours aux esprits, n o u s a l l o n s vo u s o f f r i r n o t r e chant ». Une jeune femme déguisée en fée Viviane entame alors une courte mélopée. Le cortège disparaît ensuite der rière les pierres. Depuis des siècles, des hommes se sont projetés dans le mystère de Stoneheng e. Le premier texte mentionnant le site est l’œuvre du XIIe siècle de Geoffroy de Monmouth, un des auteurs du cycle arthurien. Stonehenge est, selon lui, une création du druide Merlin, qui, par magie, en a fait venir les pierres depuis l’Irlande. Il aurait ensuite utilisé les « forces vitales » de l’endroit pour faire apparaître le dragon. Nous savons à présent que Stoneheng e était achevé bien avant l’arrivée des druides dans les îles Britanniques. Une autre inter prétation veut que le site soit un gigantesque calendrier. Le monument permet en effet l’observation d’événements astronomiques comme les solstices d’hiver et d’été. De quoi permettre une agriculture plus efficace, mais aussi marquer les importantes fêtes religieuses ou sociales. D’autres devinent dans ces immenses pierres dressées les contours d’un temple. Ainsi, William Stukeley, l’un des pionniers de l’archéologie au XVIIIe siècle, a été emporté par la spiritualité du monument. « Quand vous entrez dans l’édifice, et que vous tournez vos yeux de toutes parts, vous êtes pris dans une rêverie extatique que personne ne peut décrire », confiait-il à son journal en 1720. Plus récemment, une étude menée par Michael Pearson, un professeur de l’université de Sheffield, a conclu qu’il s’agissait d’un monument aux morts et que « la permanence des ancêtres était matérialisée dans la pierre ». Dans les années 1970, certains n’ont pas hésité à avancer qu’il s’agissait d’une piste d’atterrissage pour extraterrestres. Une explication que plus grand monde ne soutient aujourd’hui. Reste qu’en proposant une nouvelle théorie confor tée par de nombreuses preuves, Timothy Darvill et Geoff Wainwright savent qu’ils risquent d’en perturber plus d’un. « Nous aimons les mystères, assurent-ils. Mais, parfois, il faut savoir accepter la vérité. » S.Q.

Dimanche 13 avril 2008 n° 3196

Maxime Bruno/Canal +

S-Kart

QUE FAIRE Testez le karting Page 39

Paris - Ile-de-France

ARCHITECTURE Une villa design dans un atelier d’artiste Page 38

www.lejdd.fr

Roger Karoutchi. Le secrétaire d’Etat, candidat UMP aux régionales, définit son Grand Paris

Brisa Roché, du métro à la scène
Fausse chanteuse de jazz mais authentique folkeuse et fille de hippies, Brisa Roché, 32 ans, a grandi dans les montagnes au nord de San Francisco. Une enfance au grand air et plutôt solitaire, dont l’esprit libre et poétique marque aujourd’hui la plupart de ses chansons. Si c’est à Paris qu’elle a choisi de s’installer et de sortir son premier opus (The Chase, 2005), c’est dans son village natal qu’elle est allée composer les chansons lumineuses de Takes, son deuxième album sorti en novembre dernier, signé cette fois sur le label Discograph. Un retour aux sources qui a, sans aucun doute, stimulé la brune artiste aux faux airs de sorcière bien-aimée avec son nez pointu et ses yeux en amande. « En musique, je ne suis spécialiste de rien et c’est juste du plaisir », prévient-elle, comme pour s’excuser de ne pas être une virtuose de la trempe de Björk, qu’on prendrait volontiers pour sa sœur… C’est donc à Arcata, en Californie, qu’elle a retrouvé ses « vraies racines musicales ». Une influence clairement « baba hippie » mais dont Brisa Roché précise qu’elle est aussi « très anglaise, marquée par le spirit des Beatles, de Bowie, de T. Rex et des Stones… ». La belle brune n’en reste pas moins parisienne de cœur, s’exprimant, entre chacune de ses chansons, dans un français impeccable. C’est d’ailleurs dans les couloirs du métro parisien qu’elle a fait ses premières armes, avec sa guitare, à l’âge de 18 ans. « Je gagnais assez bien ma vie mais c’était dur. Des gens se bouchent les oreilles, il faut demander l’argent, ce n’est pas franchement la fête ! » Alexis Campion Le 15 avril au Bataclan, 19 h 30.

« Ne pas faire exploser l’Ilede-France »
Vous organisez une réunion de travail sur le Grand Paris demain soir. Qu’en attendez-vous ? J’ai voulu réunir les élus [de droite] du cœur de l’agglomération : maires, conseillers généraux, régionaux, parlementaires de Paris et des trois départements de la petite couronne. J’ai aussi invité les parlementaires de la grande couronne. Parce qu’on n’a aucune chance d’avancer sur le Grand Paris si la Seine-et-Marne, les Yvelines, le Val-d’Oise et l’Essonne se sentent marginalisés. Je suis obsédé par la nécessité de ne pas faire exploser la région Ile-deFrance. Avant de parler de gouver nance – de quoi nous entraîner dans une guerre picrocholine qui durerait des années –, nous devons définir, ensemble, les projets prioritaires que nous voulons confier au futur Grand Paris : attractivité économique, gestes architecturaux, création d’un grand campus universitaire, d’un grand pôle d’af f aires à l’est de la région… Les Franciliens se fichent éperdument des structures. Ils veulent des transports de qualité et moins chers, des lo g ements moins coûteux, un cadre de vie dif férent, moins de délocalisations, plus d’emplois… Le rapport que le sénateur Philippe Dallier (UMP) a rendu cette semaine préconise de fusionner les quatre départements centraux (75, 92, 93 et 94) pour plus d’efficacité… L’idée de mon ami Philippe Dallier est séduisante a priori… mais elle apporterait plus de problèmes que de solutions. Un département unique au cœur de l’agglo concentrerait 6 millions d’habitants et 75 % du PIB d’Ile-deFrance. Une domination qui signerait la mort de la région [11,5 millions d’âmes]. Il ne s’agit pas de regrouper les puissants et les riches au centre et d’exclure les autres. D’ailleurs, les quatre départements en question ne veulent pas entendre parler de fusion. La volonté de mettre en commun les richesses de l’agglomération parisienne ne se heurte-t-elle pas à la frilosité des Hauts-de-Seine, plus riche département de France et fief de Nicolas Sarkozy ? Et la frilosité de Paris ? Bertrand Delanoë est assez flou quand il parle de mutualiser les ressources fiscales : il cite la taxe professionnelle, oubliant habilement les droits de mutation sur les ventes d’appartements. En 2007, Paris a récupéré 900 millions d’euros de droits de mutation ! Personnellement, je ne prône pas une fiscalité unique. Je préfère imaginer un financement des opérations – transports, logements, grands gestes architecturaux… – à proportion de la richesse de chacun. La nomination de Christian Blanc (NC) comme secrétaire d’Etat chargé du Développement de la région capitale n’a pas toujours été bien accueillie, notamment par Jean-Paul Huchon… Bertrand Delanoë ou Claude Bartolone [président PS du conseil général de Seine-Saint-Denis] ont dit qu’ils étaient immédiatement disponibles pour discuter avec lui. Ceux qui ont protesté font preuve de repli sur soi. Je dis à Jean-Paul Huchon : arrêtez de vous arc-bouter sur l’institution régionale parce que vous en êtes le président ! Reconnaissez que des choses ne fonctionnent pas ! Et je dis à Bertrand Delanoë : ne croyez pas que vous allez créer un Grand Paris qui ne soit qu’un moyen pour la ville de régler ses problèmes d’intendance, d’évacuer la question des logements sociaux, des tours, des déchetteries ou des centres de retraitement des eaux usées. Le Grand Paris ne doit pas être l’imperium parisien mais une structure à l’équilibre respectant tout le monde. Pourquoi vous impliquez-vous tant, personnellement, sur le dossier du Grand Paris ? Chacun sait que je serai candidat aux élections régionales de 2010. Et j’af fir me qu’on vit moins bien en Ile-de-France qu’il y a vingt ans. Notre région capitale est de moins en moins c ap i t a l e e t d e p l u s e n p l u s r é gion de province, par rapport à L o n d r e s, F r a n c f o r t o u B a r c e l o n e. S i o n n e f a i t r i e n , o n v a encore avoir un débat régional surréaliste, déconnecté des réal i t é s e t d e s g e n s. L’ a f f a i r e d u Grand Paris ne fera gagner personne aux élections régionales, pas plus moi qu’un autre. Parce que ça dépasse les clivages, ça divise à gauche comme à droite. Les vrais débats pour les gens concernent les transports, le logement, l’emploi, la sécurité… Je ferai des propositions concrètes pour tous. Que pensez-vous de la volonté de Nicolas Sarkozy d’organiser des primaires pour désigner les chefs de file dans les régions ? Je s u i s m e m b re d e l a c o m mission nationale d’investiture de l’UMP. Je pour rais par ticiper à m’auto-attribuer l’investit u r e ave c l e c o n c o u r s d e m e s amis. Pourtant, je suis très d e m a n d e u r d ’ u n vo t e d e s 90.000 adhérents franciliens de l’UMP. Cela valorisera le candidat, mobilisera les adhérents et donnera une identité à cette campagne. Ces primaires pourr a i e n t avo i r l i e u d é b u t 2 0 0 9 , soit un peu plus d’un an avant les élections. Interview Bertrand Gréco

Insolite. Spectaculaire vente aux enchères cette semaine

Ours des cavernes ou tricératops ?
Les curiosités sont de retour. Après le succès de la vente d’un cabinet de curiosités, l’année dernière, qui avait totalisé plus d’un million d’euros de gains et établi douze records du monde, Christie’s réitère mercredi prochain avec, cette fois, un véritable « musée éphémère d’histoire naturelle ». Constituée en majorité de pièces provenant de collections privées, la vente ressemble à un voyage à travers les siècles, remontant parfois à 450 millions d’années avant notre ère. Les acheteurs pourront s’offrir des fossiles anciens comme des végétaux contemporains, en fonction de leur portefeuille. Parmi les squelettes de vertébrés, les fossiles, les minéraux et même des météorites, le clou de la vente sera certainement le volet consacré aux dinosaures et la dispersion des collections de trois grands esthètes. Vedette incontestée : la mise aux enchères du squelette de tricératops (entre 65 et 67 millions d’années avant notre ère), un grand dinosaure quadrupède de 7,50 mètres de long à collerette osseuse et portant trois corne,s sur la tête, sur le front et sur le nez. Son futur acquéreur aura même l’opportunité de le baptiser, puisqu’il n’a pas de nom, à moins qu’il ne lui préfère un œuf de titanosaure minéralisé en agate ou une dent de reptile marin plésiosaure en opale vieille de 110 millions d’années avant notre ère ! Un tigre, ou plutôt son crâne à dents de sabre, estimé à 35.000-45.000 €, fera également partie des lots, ainsi qu’un crâne de mammouth avec ses défenses et un bel ours qui vécut dans les montagnes de l’Oural ou de Roumanie à l’ère quater naire. De la taille d’un grand grizzli actuel, cet ours des cavernes s’affiche debout, la gueule ouverte dotée d’impressionnantes canines, pattes avant tendues dans l’espace, comme prêt à bondir. De quoi impressionner les cambrioleurs ! Charlotte Langrand Exposition (entrée libre) auj., de 15 h à 18 h, lun, mar de 10 h à 18 h et mer de 10 h à 12 h. . ., Le 16 avril, vente à 15 h, 9, avenue de Matignon (8e). Rens. : www.christies.com

A droite, l’ours des cavernes, ci-dessous, le triceratops.

Claude Gassian

DR

Olivier Panier Des Touches/Dolce Vita pour le JDD

MON DIMANCHE Par Louise Bourgoin Page 34

34/

Société
L’Imprimerie nationale, dans sa composante industrielle, traverse une crise. Et les gardiens de son patrimoine, animateurs de l’atelier d’art – 16 hommes et femmes hautement qualifiés – sont, du coup, inquiets pour leur avenir. Depuis deux ans et demi, ils ont quitté le bâtiment parisien en briques orangées, rue de la Convention (15e). Les voilà désormais installés dans un entrepôt d’Ivry-sur-Seine, près de la voie ferrée. Plus de belle statue de Gutenberg dans la cour parisienne. En lieu et place, un bâtiment fonctionnel gris souris. A l’entrée, cependant, le portrait de Claude Garamont, fameux graveur de lettres de la Renaissance. « Nous sommes au travail, nous poursuivons contre vents et marées la tradition du livre de bibliophilie », insiste Christian Jourdain, le directeur de l’atelier, qui fut lithographe à la Fondation Maeght. Année, un beau livre du poète Philippe Jaccottet, illustré d’eaux-fortes de Claude Garache, vient tout juste de sortir. Et trois autres livres sont en préparation. Depuis quatre ans, une trentaine de livres illustrés ont été fabriqués, tirés à 80 ou 100 exemplaires. Des livres exce ptionnels, aussi précieux que des objets d’art. Des classiques – La Fontaine, Hölderlin, Homère –, mais aussi des poètes ou des écrivains contemporains : Yves Bonnefoy, Michel Butor, Jean-Pierre Faye. Du travail, de la créativité mais une fêlure : ce départ de la rue de la Convention et l’arrivée à Ivry…

13 avril 2008

MON DIMANCHE

Patrimoine. L’atelier d’art de l’Imprimerie nationale, est installé à Ivry-sur-Seine depuis deux ans et demi

Quel avenir pour ce trésor?

Louise Bourgoin « La musique à fond… Je fais le ménage »
En un an, elle a réalisé son r ê ve. C e t t e Re n n a i s e d e 27 ans est passée d’une colocation rue de la Goutte-d’Or (18e) à la rue Saint-Paul (4 e). Bon, pas dans un immeuble au cachet suranné du Marais, mais rue SaintPaul tout de même. Paris ou une évidence pour Louise Bourgoin. « J’ai toujours voulu vivre ici. Quand je faisais les Beaux-Arts à Re n n e s, j e ve n a i s t o u s l e s quinze jours voir des expos dans la capitale. » Paris ou la ville de tous les possibles. Avec une préférence marquée pour le Marais. « J’ai fait un détour par Barbès et la Goutte d’Or, mais maintenant je suis dans le quartier de mes rêves. » Consciente de sa chance, Louise Bourgoin s’éclate dans la vie. Elle pimente la présentation de la météo dans le Grand Journal de Michel Denisot sur Canal + à coups de sketches décalés, et elle commence à pointer le bout de son minois coquin au cinéma : en août, elle sera à l’affiche de La Jeune Fille de Monaco d’Anne Fontaine. nes, à jouer au ping-pong avec sa meilleure amie Claire, dans un square caché entre les immeubles. De frénétiques par ties ! Avant de s’attabler devant une cervelle d’agneau concoctée par sa mère. « Ce n’est pas de la blague, elle pensait que cela rendait les enfants plus intelligents ! » Pour varier les plaisirs, Louise se rendait à Vannes, che z ses grands-parents paternels, pour des après-midi belote. « Je me souviens également que je peignais de petits soldats de plomb avec mon père. Il nous racontait des histoires avec des petits soldats dans des villages reconstitués en maquette. » Et côté maternel, c’était campagne, meules de foin et apprentissage de la vie. Il faut dire que les g rands-parents étaient fermiers. « Il y avait un grand abri en bois que l’on appelait la loge, où l’on fabriquait des maisons en bottes de paille. Ou alors nous allions baigner nos pieds dans le petit ruisseau en bas du champ. » Ce qui n’était pas sans risque. « On avait peur de se faire courser par les vaches, donc on courait et on se prenait des coups de jus sur la clôture électrique. J’étais toute petite, mais j’en garde un souvenir intact. » Autre souvenir : « Je traumatisais les poules, c’est honteux. Ma grand-mère me disait qu’elles n’allaient plus pondre à cause de moi ! » Aujourd’hui, si le temps des petits soldats et des parties de cartes est révolu, les dimanches après-midi de Louise sont souvent consacrés aux échecs entre amis. Louise la chineuse aimerait aussi se mettre aux brocantes parisiennes. « Il faut absolument que je m’achète le catalogue des brocantes à Paris, on le trouve dans les bureaux de tabac. Je veux initier mon copain. » La jeune femme sort peu lorsqu’elle passe ses dimanches dans la capitale. « J’aime bien rester chez moi en culotte et en chaussettes. Ou écouter de la musique à fond en faisant le ménage. En ce moment, j’écoute du Elliott Smith, des musiques kitsch des années 1970 comme Ann Sorel, L’Amour à plusieurs, ou plus dansant et récent, Sexuality de Sébastien Tellier et les BB Brunes. Le reste de la semaine, j’ai peu de temps pour écouter de la musique. » Parfois, même si c’est plutôt le samedi, la miss cuisine. En matière culinaire, Louise Bourgoin a ses spécialités. « Je fais tout le temps la même chose mais je me débrouille bien. » Au menu : taboulé avec pignons, tomates, menthe fraîche et, sa touche personnelle, des graines de quinoa, suivi de briwats avec agneau haché, coriandre et deux œufs. Sans oublier l’opération délicat e qu’elle maîtrise à la perfection : le pliage des feuilles de brick ! « C’est pas très breton tout ça. » Adeline Fleury

Maxime Bruno/Canal +

Elargir la clientèle des livres d’art à toute l’Europe
« Nous en avons profité pour réorganiser tout le patrimoine. Les 500.000 pièces du cabinet des poinçons sont soigneusement rangées et réper toriées dans une chambre forte climatisée », explique Nelly Gable, elle-même graveur de poinçons. C’est à partir de ces pièces – en cuivre, en bois, en acier – que l’on fabrique les caractères typographiques en plomb. Toutes les langues de tous les continents sont représentées : hiéroglyphes égyptiens, 12 styles de caractères arabes et 224.000 idéogrammes chinois. « Nos visiteurs venus de Chine sont admiratifs. Ils ne possèdent pas un tel patrimoine », ajoute-t-elle. Des Chinois subjugués par le monument de Joseph de Guignes, Dictionnaire chinois, français, latin, fabriqué par l’Imprimerie impériale en 1813, et

Adresses
■ Restaurant : Le Vin des Pyrénées, 25, rue Beautreillis (4e). « Il paraît que Jim Morrison le fréquentait à la fin de sa vie. Ce n’est pas pour cela que j’y vais, mais pour les noix de Saint-Jacques. Le cuisinier est un ancien du Fouquet’s. » ■ Cinéma : Le MK2 Bastille, 4, bd de Beaumarchais (11e). « Je suis aussi bien Elia Kazan que Larry Clark. » ■ Exposition : « J’ai la chance d’habiter à deux pas de la Maison européenne de la photo, 5-7, rue de Fourcy (4e). De même pour le musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné (4e), que je connais par cœur. »

dont l’Imprimerie nationale possède les caractères. Du travail teinté d’angoisse : quel sera le devenir de cette collection ? Tout le monde se pose la question : « Nous attendons – et il ne vient pas – un geste de notre tutelle, le ministère des Finances. Celui de la Culture va-t-il nous récupérer ? » Face aux incertitudes, les seize gardiens du temple typographique ont décidé de parier sur l’avenir. Poursuivre le travail sur le livre d’art, bien sûr, en décalage avec la société survoltée… « Il faut un temps infini pour produire ces livres : quinze, parfois vingt rendez-vous entre éditeur, typographes, artiste, poète », souligne Régine Gourmel, fabricante. L’administration fait valoir que l’actuel chiffre d’affaires couvre le quart des frais de personnel. Les professionnels répliquent qu’ils transmettent des savoir-faire précieux. Les solutions existent. Elargir la clientèle des livres d’art à toute l’Europe – actuellement amateurs et éditeurs sont plus souvent suisses, italiens, espagnols – et aux mondes arabe et asiatique : l’Imprimerie nationale (IN) parle 150 langues. Autre piste : participer à des expositions. Par exemple, à l’automne prochain, l’IN va montrer ses poinçons lors d’une exposition à l’Institut du monde arabe consacrée à Bonaparte en Egypte, dont l’équipe de savants a rapporté la matière du livre des li-

Typographe avec ses casses de caractères à Ivry. L’Imprimerie nationale possède une collection unique de caractères dans 150 langues. A gauche, poinçons et outils de graveur.
vres : les 20 volumes de la Description de l’Egypte. Dernière idée, celle des produits dérivés, tels ces marque-pages fabriqués avec le patrimoine de l’Imprimerie. Une première série intitulée « Les Buis du régent » est sortie, faite à partir de la collection des 80.000 caractères chinois gravés sur buis constituée par Philippe d’Orléans. Douze marque-pages, décorés de sept signes chinois en noir et en rouge, avec leur traduction, sur beau papier. Une série est en préparation en arabe et en ancien égyptien. Dans tous les esprits : la nécessité de créer un musée vivant de l’imprimerie, situé à Paris pour que le public, les écrivains, les artistes, les typographes, les éditeurs internationaux puissent se rencontrer. Et des débouchés pour le livre d’art, il en existe, pour peu qu’on puisse le constituer en secteur du luxe exportateur avec l’intervention de mécènes. Mais il y a une urgence : la transmission des savoirs. L’IN cherche à former un compositeur typographe orientaliste. L’actuel titulaire, Joël Rupaire, est un homme rare : « Je compose 64 alphabets en arabe, hébreu, chinois, japonais, phénicien, hiéroglyphes », glisse-t-il. Les 42.722 idéogrammes chinois regroupés en 214 clés constituent son ordinaire typographique. Un homme d’autant plus rare qu’il fait partie de la dernière promotion de huit professionnels formés par l’IN de 1966 à 1970. Or, l’institution peine à trouver un candidat pour prendre la suite. C’est là le pire danger pour l’Imprimerie nationale : l’oubli des savoir-faire. L’oubli tout court. Hervé Guénot Reportage photo Beata Komand/JDD

Insertion. Des jeunes de banlieue intégrent l’univers du luxe

De la cité aux palaces parisiens
Dans deux mois, vingt jeunes de 18 à 26 ans aujourd’hui sans emploi, la plupart habitants de la Seine-Saint-Denis, vont faire leur entrée dans deux grands hôtels parisiens, avenue Montaigne et rue de Rivoli. Pour y travailler : room-service, service en salle, commis de bar ou de cuisine… A l’initiative de ce projet, Stéphane Sciortino, directeur de la formation des hôtels Plaza Athénée et Meurice. « Il y a un an, j’ai rencontré un garçon qui végétait dans sa banlieue, explique-t-il, il ne connaissait pas le milieu de la restauration. Je l’ai présenté à Antoine Lair, chef de service du petit déjeuner au Plaza Athénée. Aujourd’hui, il est chef de rang. » Stéphane Sciortino a voulu donner une autre dimension à cette expérience en l’ouvrant au plus grand nombre. Et à ceux qui n’ont pas toujours des opportunités. Le nom de cette opération : « Palacité » ou comment intégrer un palace en quatre mois… L’idée est venue d’un constat simple : d’un côté, les métiers de la restauration peinent à recruter leur personnel. De l’autre, le département de la Seine-Saint-Denis, le plus touché par le chômage en Ile-de-France, regorge de jeunes qui cherchent un emploi. Avec le soutien de M. Delahaye, directeur des opérations de la siens. Ce qui équivaut à une semaine de stage dans un palace tous les mois. Une expérience pilote. « J’ai voulu tout tenter, explique Wissan Benm Mioun, 22 ans, d’Epinay-sur-Seine, j’ai mis pour la première fois les pieds dans un palace. J’avais vraiment peur de ne pas être pris. » Pour se donner du courage, Wissan a passé les entretiens avec neuf copains. Trois ont été pris. A 21 ans, Ange Oulaï avait un peu d’expérience dans la restauration, mais pas dans un palace. « Tout était si beau, se souvient-il, j’avais le trac. » Début février, les 20 sélectionnés ont commencé leur formation théorique et pratique. « Sans véritable problème d’intégration », soulignent les nouveaux venus, même si les stagiaires découvrent un univers exigeant. Rigoureux. A leur programme, des cours de culture générale, de luxe et de « savoir être ». Dans deux mois, ces nouveaux travailleurs passeront un examen final. Chacun aura dix minutes pour se présenter au directeur général ainsi qu’aux différents chefs de service. Ils seront jugés sur leur façon de parler, leur attitude, leur gestuelle. A la clé : un CDD de six mois ou un CDI « pour les meilleurs ». Avec un espoir : que l’opération soit répétée chaque année. Aurélie Chaigneau

Le dimanche matin, lorsqu’elle ne s’octroie pas une grasse matinée – « parfois jusqu’à 14 heures, sans avoir fait la fête la veille, j’ai un vrai sommeil d’adolescente » –, Louise Bourgoin feuillette des scénarios dans son lit. « C’est agréable, je ne conçois pas cela comme un travail pénible. » Très parisienne, cette Bretonne ne renie cependant pas ses origines. Un week-end sur deux, Louise retourne au pays pour un rituel : les brocantes dans le Morbihan en compagnie de son père, prof de philo. « On en fait trois par dimanche. Je ne me meuble qu’en brocantes, et je trouve pas mal de vêtements vintage à des prix défiant toute concurrence. C’est souvent dans de grandes salles de sport avec une centaine d’exposants. » La Bretagne où, adolescente, elle passait ses dimanches à Ren-

Ces jeunes en formation suivent un stage d’une semaine par mois dans un palace. Ici, au Plaza Athénée.
Dorchester Collection, et du conseil régional d’Ile-de-France qui accepte de financer la formation des futurs stagiaires grâce au plan « passerelle emploi entreprises » – à hauteur de 45.000 € –, Stéphane Sciortino décide de donner leur chance à de jeunes adultes, certes non qualifiés mais ultramotivés. Septembre 2007. Un appel d’offres national est lancé par le conseil régional d’Ile-de-France afin de trouver des murs pour les cours théoriques. Dans le même temps, les équipes de l’hôtel Plaza Athénée organisent une journée de présentation et une première sélection des jeunes de la SeineSaint-Denis et du 18e arrondissement. Sur 200 candidats au départ, 45 sont retenus. Puis 20. Tous suivent actuellement une formation de 560 heures à l’Afci, l’Ag ence de for mation et de conseil en insertion, dont 140 heures se déroulent de façon concrète dans les deux grands hôtels pari-

JDD Paris-Ile-de-France dirigé par Robert Melcher

Eric Dessons/JDD

13 avril 2008

Actualité
800 créations nettes (soit 1.600 embauches). « Aujourd’hui, il est clair que nous avons des difficultés de recrutement, explique Christophe Najdovski, même si la ville ouvrait des centaines de recrutement, on ne trouverait pas le personnel correspondant à ces offres ! Nous allons étudier objectivement quel est le nombre de personnes affectées auprès des enfants, voir où les besoins sont les plus criants. » La Caisse nationale d’allocations f amiliales confir me la « crise aiguë » du recrutement. « On manque de personnel parce qu’il n’y a pas assez de places en formation, parce que les métiers sont différents et les formations pas coordonnées », précise JeanLouis Deroussen, président du conseil d’administration. Cela devrait empirer si rien n’est fait : sur le plan national, 80.000 assistantes mater nelles (les « nounous » agréées) partiront à la retraite d’ici 2015, ce qui devrait renforcer la demande pour les établissements collectifs. A Paris, Bertrand Delanoë a promis 4.500 nouvelles places de crèche lors de son second mandat. Marie-Anne Kleiber

/35

Petite enfance. Mille embauches annoncées pour 2008 à Paris mais grève jeudi

Crèches sous tension
Avoir une place en crèche. C’est le rêve de nombreux parents parisiens, inscrits par milliers sur des listes d’attente. Face à cette forte demande, le maire de Paris Bertrand Delanoë affirme avoir créé 5.800 nouvelles places lors de son premier mandat. A-t-il « mis la charrue avant les bœufs, en construisant sans avoir le personnel » comme le dénonce une directrice de crèche du 10e ? Le 20 mars, des centaines d’employés des établissements d’accueil de la petite enfance ont f ait g rève pour dénoncer des manques d’effectifs. Ils ont récidivé lundi. Et hier, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, plusieurs centaines d’auxiliaires de puériculture, éducatrices de jeunes enfants, directrices, manifestaient pour réclamer deux postes supplémentaires par crèche, soit 800 créations dans la capitale. Une nouvelle jour née de grève est annoncée pour jeudi. Depuis plusieurs jours, certains établissements ouvrent également leurs portes une heure plus tard le matin « pour ne pas trop pénaliser les parents », selon la CFDT. Les syndicats, regroupés en intersyndicale, et la mairie sont d’accord sur un point : la situation est tendue dans les crèches. « Les équipes ne sont pas au complet, lorsqu’une auxiliaire part en congé mater nité (ce qui est courant compte tenu de leur âge), elle n’est pas remplacée. Idem en cas de maladie. Alors, on bricole pour assurer la sécurité des enfants, on fait des heures sup’ non payées, on ne prend que vingt minutes à la pause déjeuner. Mais au bout d’un moment, les salariées s’épuisent, estime Crystel Caristan, secrétaire de la CFDT petite enfance à Paris. Il y a eu les ouvertures d’établissements avec une mauvaise anticipation des besoins en personnel. »

Une crise aiguë du recrutement
« Les nouvelles crèches bénéficient de recrutements à part et ne pénalisent pas les structures actuelles », répond Christophe Najdovski, l’adjoint (Ver ts) chargé de la petite enfance. Pour les 430 établissements existants, la mairie a annoncé un plan de recrutement de 1.000 agents en 2008. Mais plus de 800 personnes partent chaque année. Au final, sur les 1.000 embauches, 172 seulement correspondent à de nouveaux postes. Insuffisant pour les syndicats, qui demandent

Le cortège s’est rendu hier rue de Provence (9e) où avait éclaté, il y a trois ans, un incendie meurtrier, le premier d’une série de sinistres dans des logements insalubres, qui avaient fait 52 morts en 2005.

Ils n’ont pas oublié l’incendie de l’hôtel Paris-Opéra
Une marche recueillie, malgré l’émotion. Hier, les survivants de l’incendie de l’hôtel Paris-Opéra sont retournés sur les lieux du drame. Le 15 avril 2005, le feu détruisait cet hôtel meublé tuant 25 personnes dont onze enfants. Rue de Provence (9e), la façade noircie est toujours murée. Trois ans après la tragédie, les familles, souvent d’origine africaine, font le bilan. La majorité des sans-papiers ont reçu une car te de séjour de dix ans. Tous ont été relogés. Restent la terrible douleur d’avoir perdu des proches, des enfants, et les séquelles physiques. Un père a eu le dos grièvement brûlé pour avoir essayé de protéger sa famille, un petit garçon, orphelin depuis, a perdu l’usage de sa main. Une femme est toujours hospitalisée à Villejuif, gravement handicapée après s’être jetée par la fenêtre. Sur le plan judiciaire, une jeune femme a été mise en examen pour homicides et blessures involontaires ; petite amie du veilleur de nuit, elle aurait déclenché le feu accidentellement. Mais « les familles qui dénoncent l’insalubrité dans laquelle elles vivaient attendent le rapport d’expertise, qui devait leur être communiqué… fin mars », explique Yann Le Bras, avocat de cinq familles. Ce rapport permettra de savoir « si l’hôtel était bien classé par la préfecture dans la bonne catégorie » (cela dépend du nombre de personnes accueillies), car des règles de sécurité découlent du classement. « L’expertise peut déboucher sur une chaîne de responsabilités indirectes », précise l’avocat. « Dans certaines chambres, il y avait trois épaisseurs de moquette. » Adama Koné, président de l’association des victimes de l’incendie de l’hôtel Paris-Opéra, qui a perdu son épouse et son bébé, attend un procès qu’il voudrait exemplaire. « Pour qu’on ne loge plus jamais des familles dans des hôtels comme ça. » M.-A.K.

TELEX
Bagarre meurtrière à Milly-la-Forêt
■ Une rixe entre deux bandes s'est soldée par la mor t d'un jeune homme de 19 ans, vendredi soir, dans le centre-ville de Milly-la-Forêt (91). La victime aurait reçu un coup de couteau à la poitrine. Plus d'une dizaine de personnes ont été placées en garde à vue par la gendarmerie.

Les bidonvilles du périph’ sont vides
■ Les trois cents Roms qui habitaient dans quatre campements au bord du périph’ à la Porte d’Aubervilliers sont partis : plusieurs dizaines se sont installés sur d’autres friches en bordure de Paris, d’autres ont accepté de retourner en Roumanie. Hier, une soixantaine de personnes qui restaient

sur place ont été hébergées dans des hôtels par la mairie de Paris.

Rencontre avec des écrivains
■Dernier jour, aujourd’hui, du festival « Auteurs sans frontières », à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris avec entre autres, Nicolas Fargues, Brina Svit et Christophe Ono-dit-Biot. Rens.: www.culturesfrance.com

Patrick Othoniel/JDD

36/

Guide

13 avril 2008

Théâtre. Ulysse et Pénélope, héros du Lucernaire

CRITIQUES
Tournant autour de Galilée ★★

L’odyssée d’Irina Brook
De la bouche d’Irina Brook sortent des rêves et des méfiances. Son fantasme absolu : « Révéler avec humour la fragilité humaine grâce au théâtre avec des comédiens de bonne humeur dotés d’une transparence d’âme et d’une absurdité touchante. » Sa crainte : « L’excellence individuelle, aussi remarquable soit-elle, c’est triste. » Alors, en toute logique, de simple comédienne et « fille de Peter Brook » elle s’est transformée en joyeuse meneuse de troupe, rassembleuse, porteuse de rêve, montreuse d’ours, mère courage… bref, en metteur en scène. Forte de cette nouvelle casquette, elle a parcouru les villes et les théâtres du monde. En France, elle a obtenu deux Molières pour une mise en scène qui fit date : Une bête sur la lune, de Richard Kalinoski nommé cinq fois. Dès lors, la machine s’est emballée. Irina est contrainte de remplir son agenda deux ans à l’avance. Fatiguée, elle dit stop. « Le théâtre prenait ma vie, alors que le théâtre c’est la vie. » Elle arrête la course et les contrats. Le temps passe. Un jour, lasse de la pause et du repos, le virus l’a rattrapée en travaillant à une adaptation de Shakespeare : Le Songe d’une nuit d’été. Fini le cauchemar. Elle décide de reprendre son travail, mais autrement. Calmement. Aujourd’hui, heureuse « qui comme Ulysse a fait un long voyage », elle met en scène Une Odyssée d’Homère au Lucernaire.

Odéon, Ateliers Berthier, angle de la rue Suarès et du bd Berthier, 17e. 01 44 85 40 40. Jusqu'au 18 avril. ■ Pour tourner autour de Galilée, Jean-François Peyret, qui sait si bien mettre la science en scène, fait appel à Brecht, à Virginia, la fille de Galilée, enfermée dans un couvent, au Pape et à quelques autres, Montaigne, Lucrèce… des danseuses expérimentant la chute des corps, et enfin une truie, dans un espace où Nicky Rieti dispose des sphères, un cube transparent, une peinture de Toscane, des constellations scintillantes. Si tout n’est pas d’une évidente clarté dans ce spectacle très affûté et truffé de références, il réussit l’équilibre entre abstraction et humanité grâce aussi à l’interprétation audacieuse de Jeanne Balibar et à la figure épicurienne d’Olivier Perrier. Annie Chénieux

Bonheur ?
Raymond Delalande/JDD

Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, 6e. 01 44 39 87 00. Jusqu'au 27 avril. ■ Qu’est-ce que le bonheur ? A
partir d’un texte d’Emmanuel Darley, la question a été posée aux comédiens qui ont improvisé sur ce thème, avant d’apostropher à leur tour les spectateurs. Des définitions et tentatives de chacun, il ressort un spect a c l e i n a b o u t i e t i n é g a l ave c quelques étincelles comme la danse d’un derviche tourneur – qui plus tard deviendra carpe, l’étonnant Shahrokh Moshkin Ghalam –, les débordements de Catherine Hie g el et quelques moments inspirés d’Andrés Lima, le metteur en scène espagnol qui finit par donner un ton au spectacle. A.C.

Irina Brook, entourée de ses comédiens, avec de gauche à droite Tony Mpoujda, Hovnatan Avedikian, Renato Giuliani et Ysmahane Yaqini.
jumbés et de tambourins. Chez nous, Hermès erre à trottinette avec des ailes dans le dos, les sirènes chantent le blues et Circée pratique la danse du ventre. » Mais l’une des scènes préférées d’Irina reste celle « où les prétendants de Pénélope se multiplient, tous plus horribles et plus odieux, sous les noms de Bifidus, Iribus ou Mythomanus. On pousse le ridicule si loin que le public réclamerait bien cinquante mecs de plus dans la file d’attente ». A la sortie de la pièce, sur les trottoirs, le public rejoue les scènes comme on cherche à se souvenir d’une bonne blague pour la raconter plus tard. « Quand ils voient notre spectacle, ils décollent. Difficile ensuite de les faire revenir sur les trottoirs gris de la capitale. » Si Irina Brook sait si bien mener son public en bateau et en voyage, c’est qu’elle est demeurée longtemps dans le pays des songes. « Je me suis lancée dans le théâtre pour des raisons purement utopiques. Etre tombée dans la marmite grâce au travail de mon père n’a jamais été une douche froide. Dès l’enfance, j’ai rêvé beaucoup. » Aujourd’hui réconciliée avec son idéal, elle aime faire la cuisine pour tous et voir ses enfants courir des coulisses à la scène entre deux réflexions. Son plus grand luxe : aimer et travailler avec les siens. Comme Ariane Mnouchkine, qui d’ailleurs l’avait invitée à diriger un temps sa troupe du Théâtre du Soleil. Mais plus que tout, Irina Brook a voulu s’offrir la possibilité de suivre les acteurs sur le long terme. « Pour le plaisir d’abord, et pour avoir accès à cette lenteur dans le travail qui crée des miracles dans l’art. Moi, le côté: je t’aime le long d’une tournée et je te laisse, c’est pas mon truc. » Si le public comme la profession sont séduits par ses propositions, c’est que la joie brute et pure du sentiment amoureux habite chacun de ses spectacles. Rien de didactique dans ses pièces. Elle le dit : « On peut devenir idiot par amour. Quoi de plus beau que de recevoir des fleurs sur les yeux, en devenir aveugle. C’est drôle, poétique, mais très effrayant. C’est théâtral, parce que c’est la vie dans ce qu’elle a de plus fou. Psychologiquement, ça me fascine. » Delphine de Malherbe Une Odyssée d’après Homère, adaptation Irina Brook et JeanClaude Carrière, théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre-Damedes-Champs, Paris (6e). Tél.: 01 45 44 57 34.

Hermès erre à trottinette avec des ailes dans le dos
Un parcours qui ressemble au sien. Un texte comme un conte qui résume l’errance de l’être humain sur cette terre via le filtre des mille mésaventures d’Ulysse, un personnage qu’elle a rendu plus subtil et rusé, que fort et guerrier. « Avec une bande de jeunes comédiens délurés, dit-elle, on a réalisé un vrai travail collectif au son de

R e t r o u ve z to u t e s n o s c ri t i q u e s sur notre site lejdd.fr

▼ C’est tout vu ★ A vous de voir ★★ On peut voir ★★★ Bien vu ★★★★ Les yeux fermés

Incontournable. La BNF expose 220 lithographies d’Honoré Daumier

Le Michel-Ange de la caricature
On a l’impression d’avoir tout dit, tout écrit sur Honoré Daumier (1808-1879). Et pourtant. Le plaisir de se replonger dans son œuvre prolifique reste intact. Atemporel tout en étant farouchement ancré dans une époque, n’est-ce pas la marque du génie ? Puisque cette année célèbre le bicentenaire de sa naissance, la Bibliothèque nationale Richelieu sort le grand jeu : une sélection de 220 pièces parmi les 4.000 conservées au département des estampes et de la photographie. Uniquement des lithographies, le mode d’expression privilégié de l’artiste, qui croque avec verve et ironie les travers de la société. « Daumier opte pour des partis pris esthétiques novateurs, crée un langage pictural et anticipe, vingt ans plus tôt, l’impressionnisme, explique Valérie SueurHermel, commissaire de l’exposition. Il possède un œil extraordinaire qui capte tout. Dessinateur pour la presse, il travaille vite, sur sept, huit pierres lithographiques à la fois, car c’est la contrainte de son métier et… son gagne-pain. Il signe pas moins de 3.500 caricatures politiques ou d’études de mœurs pour Le Charivari, auquel il collabore pendant quarante ans dans l’urgence du quotidien. Peu, voire pas du tout d’esquisses préparatoires. Son trait est enlevé, précis. Il maîtrise parfaitement la technique, explore toutes les ressources du noir et blanc: cadrages soignés, effets de clair-obscur, de miséreux dont quelques élus, proches du trône, profitent ». La composition est aussitôt condamnée pour « incitation à la haine et au mépris du gouvernement du roi ; offenses à la personne du roi ». Daumier passe par la case prison à Sainte-Pélagie. « Il lutte pour ses convictions républicaines. Engagé, il se met toujours du côté des opprimés. Son rédacteur en chef, le polémiste Philipon, le soutient. Jamais il ne le censure sur les sujets, mais plutôt sur des choix trop avant-gardistes à son goût. » Né à Marseille, Daumier, bon vivant, sait s’entourer (Baudelaire, Corot, Nadar). « Ce tempérament méridional transparaît dans son œuvre. Jamais méchant, il n’est pas du genre à s’acharner sur ses victimes et sait s’arrêter à temps. » Dans les années 1860, il se sent menacé par la photographie, à tort puisqu’il exercera son art une décennie de plus. Jusqu’au moment où il perdra, ironie du sort, l’outil indispensable à son exercice: la vue. Stéphanie Belpêche Daumier. BNF site Richelieu, galerie Mazarine, 58, rue de Richelieu, Paris (2e). Du mardi au samedi de 10 h à 19 h, dimanche à partir de 12 h. Tél. : 01 53 79 49 49. Catalogue sous la direction de Valérie Sueur-Hermel, BNF , 192 p., 36 €. Jusqu’au 8 juin. Voir : Les Héritiers de Daumier, BNF site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, Paris (13e). Jusqu’au 4 mai.

BNF

Des lithographies refusées par la censure de l’époque.
contre-jour, de crayonnage et de grattage. Ces épreuves sur blanc – et non sur papier journal – sont d’une telle qualité g raphique qu’on dirait des tableaux. » Le mouvement des corps, les expressions des visages, sans oublier l’humour caustique forcent l’admiration. Incontournable, son Louis-Philippe en Gargantua (1831), montre le souverain « dévorant les écus arrachés au peuple

Photographie. Rétrospective Valérie Belin

En corps et toujours
Une rétrospective présentée au Musée de la photographie à Amsterdam, puis à la Maison européenne de la photographie (MEP), à Lausanne ensuite. De nouveaux galeristes (Jérôme et Emmanuelle de Noirmont). Une belle monographie (Steidl) : 2008 s’annonce comme une année faste pour Valérie Belin. Il était temps ! Car cette artiste – incontestablement l’une des plus grandes plasticiennes françaises – n’est toujours pas reconnue à sa juste valeur. Pourtant, ses tirages gigantesques, imposants, envoûtants, accessibles à tous, réalisés par séries au cours des dix dernières années, en noir et blanc puis en couleurs, irradient une force d’une rare intensité. Et posent la question de l’identité. « Il y a dans mes photos une interrogation sur ce qui constitue une personne », reconnaît-elle. Valérie Belin est venue aux hommes par les objets. En témoigne cette série des débuts consacrée aux miroirs vénitiens. Immortalisés sur fond noir, ils ne reflètent personne si ce n’est eux-mêmes. Jusqu’à l’infini. Jusqu’à l’absurde. Et cette mise en abyme du vide s’impose comme une incroyable métaphore de l’absence. Il est aussi question d’absence dans ses portraits de mariées marocaines engoncées dans des tenues d’apparat rigides et carcérales qui engloutissent leur corps jusqu’à les faire disparaître. La thématique du corps s’impose d’ailleurs de plus en plus à la plasticienne. Elle scrute les visages de transsexuels, sculpte ceux de femmes noires avec la lumière, s’approche d’eux au plus près des sosies de Michael Jackson dans des cadrages précis, rigoureux, ne laissant rien au hasard. Les apprentis modèles et les mannequins en Celluloïd, véritables réceptacles des fantasmes d’autrui, la fascinent. Sous son objectif, tous se transforment en chimère. En avatar de jeux vidéo. Car Valérie Belin a fini par dématérialiser leur corps au fil des années et des séries. Et plus encore depuis 2006, date à laquelle elle commence à utiliser la couleur. Il n’y a rien de documentaire dans cet extraordinaire travail plastique. Mais il y est néanmoins question d’incommunicabilité, de clonage, de chirurgie esthétique. D’un monde de plus en plus virtuel. Le nôtre. Yasmine Youssi Valérie Belin, Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, Paris (4e). 01 44 78 75 00. Ouvert du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h. Jusqu’au 8 juin. A lire : Valérie Belin, Steidl, 312 p., 45 €.

13 avril 2008

Tendance
La mer dans mon pot de crème

/37

Beauté. De nombreux cosmétiques tirent leurs propriétés de plantes et minéraux marins

Qu’elles puisent dans la mer Morte, les lagons de Polynésie ou les rives de Bretagne, les crèmes « marines » prennent de la profondeur. Longtemps réservées aux soins des instituts de thalassothérapie, elles sont passées par les mains de scientifiques chevronnés qui connaissent mieux la matière minérale. « Au début du siècle, on ne retirait que l’iode de la mer, explique Christine Bodeau, ingénieur en biotechnologies et créatrice de la marque Science et Mer. Aujourd’hui, la science a évolué et nous allons plus loin dans nos recherches. » Tout l’enjeu de la cosmétique marine est d’injecter dans une crème un peu des bienfaits de la mer, où se sont développées les premières formes de vie. Il faut donc disséquer les végétaux marins qui renferment la matière minérale (sels, oligoéléments) et organique (protéines, lipides…). « Cette matière est trop diluée dans l’eau pour être utilisée, mais on la retrouve en très forte concentration dans les algues, roches et autres plantes de bords de mer. »

Sous forme de crème, les algues donnent un coup de fouet aux cellules de la peau.
pour se défendre de la déshydratation lors de la marée (Che z Science et Mer, Fondant hydrafermeté à 27,70 €, Enveloppement Sérénité Marine à 28,70 €, Cristaux de mer exfoliants à 26,50 €). Selon certaines marques, la mer aurait même des effets « miraculeux ». Née des recherches sur les remèdes aux cicatrices survenues à la suite d’un grave accident, menées par le docteur Max Huber, physicien en aérospatiale, la Crème de la Mer est plébiscitée par les stars de la planète. Elle mélange, par un procédé de biofermentation, des algues et d’autres ingrédients (huiles essentielles, magnésium…) qui lui ont donné la réputation de « soin culte », réservé aux privilégiés (125 € les 30 ml, Crème régénération intense). Nombreux sont donc les laboratoires qui plong ent dans le grand bleu pour satisfaire leurs clientes. Khiel’s et sa g amme « Cryste Marine » exploite les

vertus de cette plante rare que l’on trouve sur les rochers du littoral méditer ranéen, connue pour son action sur le renouvellement cellulaire (crème, 53 €, contour des yeux, 43 €). Galénic s’est penché sur les propriétés antiâge des algues bleues du fond des océans, vieilles de 35 millions d’années, qui ont survécu grâce à leurs capacités d’adaptation en milieu très hostile (soin de nuit raffermissant Biophycée, 31,05 €, sérum antirides, 36,90 €). Anne Sémonin, elle, utilise les vertus réparatrices de la mer pour un masque multiaction, enrichi en oligoéléments marins et en sels minéraux (masque minéral, 39 €). Un concept qu’elle décline à l’envi dans son spa de l’hôtel Bristol où l’on peut s’offrir un « Enveloppement détoxifiant à la Spiruline », une variété d’algues (95 €) ou un soin du dos antistress à la boue marine autochauffante (75 €). L’espace Payot prodigue des soins de « ressource minérale » à base de cristaux marins et de pierres précieuses (gommage, enveloppement : 80 €, massage 100 €).

La cosmétique marine apporte un peu des bienfaits de la mer.
Morte, par exemple, regorge de minéraux longtemps utilisés à des fins médicales et cosmétiques. On dit que Cléopâtre et la reine de Saba profitaient de leurs effets relaxants et curatifs. Sa boue aurait des vertus purifiantes et raffermissantes. D’où l’existence de lignes cosmétiques qui lui sont entièrement consacrées, comme Dead Sea Premier et son Complexe Hydratant (50 €, 60 ml) constitué d’une crème et d’une barre minérale g rasse, ou Natural Sea Beauty (au Club des créateurs de beauté), qui propose un masque et un gommage à la boue purifiante (16,50 €). Enfin, Carita s’est tour né vers les eaux turquoises de Raiatea en Polynésie, près de BoraBora, pour exploiter son eau riche en calcium et en magnésium. Née d’un volcan, l’eau du lagon est séparée du grand large par un récif de corail et se régénère continuellement avec la remontée en surface des eaux profondes de l’océan. On la retrouve dans des soins préventifs antiâge (qui sont également prodigués à l’institut de beauté Carita) baptisés « Idéal Hydratation » avec une g elée (31,80 €), un sérum (56 €), une crème (72 €), un bain (37,50 €). Ou les lagons à la maison… Charlotte Langrand

Soin à la boue marine autochauffante
Transformées en crème, les algues donnent un coup de fouet aux cellules de la peau grâce à leurs propriétés reminéralisantes et émollientes. Mais aussi grâce à l’osmolite, véritable régénérant, produit par les algues

Mer Morte et lagon bleu de Polynésie
Enfin, d’autres explorent les mers plus lointaines. « Chaque mer a sa propre salinité, température, clarté…, poursuit Christine Bodeau, de Science et Mer. L’endroit où elle se trouve détermine ses propriétés et apporte des bienfaits différents. » La mer

A TABLE AVEC...

Un grand chef nous révèle ses restaurants préférés... à moins de 35 ¤

Jérôme Banctel, chef deux étoiles du Senderens

« J’aime être surpris »
Il rêvait d’une carrière de sportif. Mais, à 14 ans, Jérôme Banctel entre à l’école hôtelière. L’adolescent n’est pourtant pas gourmand… Il suit alors son meilleur copain. A la maison, ses parents qui travaillent dans le milieu hospitalier, ne cuisinent pas. Tous les quinze jours cependant, la famille Banctel aime s’attabler chez la grand-mère. On y dévore « des poulets rôtis délicieux », se rappelle le chef du Senderens, dans le 8e. A cette époque, le gamin préfère les desserts et met la main à la pâte côté gâteaux. « Sans grande conviction ! » s’amuse-t-il, lui dont le palais est aujourd’hui encore tourné vers le sucre. « Je préférais les manger. » C’est chez Michel Kéréver que Jérôme Banctel découvre vraiment « sa » gour mandise. Il apprend le plaisir de faire plaisir. Dans son Sud, Jo Rostang lui enseigne les produits de la Méditerranée. A l’Auberge de la Taupinière, le jeune apprenti se penche sur les saveurs bretonnes avant de rejoindre l’équipe du JulesVerne à Paris et celle du Crillon sous la direction de Christian Constant. A 25 ans, Jérôme prend place dans les cuisines du triple étoilé Michelin Bernard Pacaud, à L’Ambroisie. « J’aime ce chef de produit, de simplicité, de choses bien faites », commente-t-il. Le talentueux Christophe Felder est à cette époque à la pâtisserie. Jérôme Banctel prend l’habitude de se lever tôt… pour piquer quelques gâteaux. Huit ans plus tard, il est sous-chef, et quitte son maître pour un autre. « Tu sais gérer 30 couverts, lui explique Alain Ducasse, aujourd’hui, il faut savoir en servir au moins 100. » Jérôme Banctel trouve une place au Senderens. Du volume, il y en a ; 200 couverts. Et le restaurant deux étoiles est ouver t tous les jours. Un rythme de sportif. Auprès du grand Alain Senderens, Jérôme Banctel découvre le vin. Pour chaque nectar, le chef doit trouver l’accord parfait ensuite ; il est proposé à table. Il part d’un plat classique avant de le transformer. « Dans la cuisine d’Alain Senderens, on trouve toujours quelque chose de différent, une originalité, un détail », explique-t-il. Mariés à la carte, morue des îles Féroé en brandade et pousses de salades (36 €) accompagnée d’un mercurey 2004 – Château de Chamirey (11 €). Canard croisé, betterave en croûte de sel, jus de betterave en wasabi (39 €) et son Energie V, VDT du domaine Viret (8 €). Dans les restaurants de son cœur, Jérôme Banctel veut « être surpris et bien manger ». En fin de service, il « apprécie une petite discussion avec le chef pour parler de sa cuisine ». A 36 ans et deux étoiles au-dessus de sa toque, il avoue avoir « tout mis dans [sa] passion ». Il ne voulait pas partir en vacances, il n’a pas profité de « l’extérieur ». « Là où je suis le plus à l’aise, avoue-t-il, c’est devant mes fourneaux. » Aurélie Chaigneau Senderens, 9, place de la Madeleine, 8 e. Rens. : 01 42 65 22 90. Ouvert 7 j/7. Service voiturier . Menus entre 90 € et 150 €. A la carte, env. 120 € (verres de vin compris).

DR

Jérôme Banctel

Le Versance : « Une cuisine travaillée »
Point de décor bistrotier dans ce restaurant. Des murs gris perle, des tables nappées. Un service gastronomique pour une assiette qui ne l’est pas moins. « Ce lieu se veut “gastro” mais tourné vers les influences du monde entier, explique Jérôme Banctel, ça me donne des idées. » Au Versance, on prend votre manteau, on vous demande si vous voulez patienter dans le « salon » ou monter directement à votre table. Jolie salle. A midi, deux menus à 32 € et 38 €. A la carte, les prix grimpent. Goûtons donc, nous parlerons après. Royale d’asperge et croquant au lard, perle de hareng, velouté d’asperges tièdes (18 €). C’est onctueux. Frais au cœur et chaud autour. Un pavé de cabillaud en croûte d’algues, oursin, crème de coco et épinards (32 €). Intéressant. Ris de veau pané à la noisette et son jus, ragoût de légumes au gingembre (33 €). Tian d’agneau aux deux cuissons, polenta aux herbes, chou cuit fondant, purée de betterave aux figues et jus de viande (27 €). Cuissons respectées. Du goût. De l’élégance. « La cuisine est travaillée avec toujours des saveurs intéressantes », commente le chef. Plutôt qu’un repas sur le pouce, on préférera s’installer ici pour une jolie occasion. En tête-à-tête. A.C. Le Versance, 16, rue Feydeau, 2e. Rens. : 01 45 08 00 08. Parking Bourse. Fermé samedi midi, dimanche et lundi. Menus midi : 32 € et 38 €. A la carte, env. 80 €.

Le Bélisaire : « Intéressant et pas cher »
Le Bélisaire ? Mais on connaît ! La dernière fois, c’était l’été indien et nous étions installés en terrasse. Changement de température. Changement de saison. Accueil sympathique et souriant d’un moustachu, le responsable des lieux. Un décor simplement charmant. « C’est un bistrot traditionnel », commente Jérôme Banctel. A l’heure du déjeuner, les tables de la première salle se remplissent au compte-gouttes. L’ a u t re re s t e v i d e. L e s p r i x ? C’est pain bénit. Un menu à 22 € qui vous entraîne de l’entrée au desser t : duo d’oursins de homard en surprise du Bélisaire pas complètement froid, pas complètement chaud ; risotto au foie g ras de canard, fines herbes, sauce bordelaise, raviole de jeunes poireaux et homard, crème de langoustines. Une paupiette de volaille façon basquaise cuisinée en cocotte. Un saumon rôti sur la peau, chou confit à l’ancienne, crème de langoustines. Le Bélisaire, 2, rue Marmontel, 15e. Rens. : 01 48 28 62 24. Parking de la Mairie (10 mn). Fermé samedi midi et dimanche. Menu midi : 22 € (3 plats hors boisson). Menu soir : 32 € (3 plats hors boisson).

Beata Komand pour le JDD

Un bistrot plein de charme, dans le 15e où Patrice Tellier (debout à droite) reçoit avec générosité.
« Intéressant et pas cher », souligne le cuisinier du Senderens. Une gentille assiette toute simple. Bistrotière qui fait des efforts. A la sortie, Matthieu Garrel, le chef, sort de ses cuisines pour vous saluer. Un serrage de main. Une blague. Et le sourire du moustachu juste der rière. Bienveillant. A.C.

■ Précision. Dans l’article sur les brunchs à Paris, paru dans le numéro du Journal du dimanche du 2 mars 2008, le numéro de téléphone du restaurant « Breakfast in America » est le 01 42 72 40 21.

DR

38/

Week-end

13 avril 2008

PASSION PIERRE

Villa. Un galeriste a restauré l’ancien lieu de création du sculpteur André Bloc à Meudon

Un atelier d’artiste très « fifties »
Dans cette maison de Meudon, discrète côté rue, il se dégage de belles ondes. Ce quelque chose de stimulant propre aux ateliers d’artiste. Alexis Lahellec, fondateur des boutiques Why aujourd’hui galeriste spécia, lisé dans le mobilier des années 1950 à prix abordables*, a succombé au charme de l’ancien lieu de création du sculpteur et architecte André Bloc. Le nouveau propriétaire a relevé le pari de le faire revivre, sans le trahir. « Je suis citadin. J’habitais un grand loft dans le 1er, à deux pas de ma galerie. Je ne rêvais pas de vivre à la campagne. Mais j’ai vite compris qu’il ne s’agissait pas d’une villa ordinaire. Le coup de foudre l’a emporté. Restaurer ce lieu pour lui redonner son cachet d’origine était une idée très excitante », explique ce féru de design et d’architecture. A Meudon, cette maison de 200 m², ouverte sur un jardin de 3.000 m² en pente, classée monument historique, a été dessinée par André Bloc et Claude Parent, puis a été restaurée dans les années 1980. « Avec du parquet en pin, un esprit japonisant à l’étage, le vitrail caché, elle avait perdu de son authenticité. Le grand salon avait été cloisonné. Mon objectif : essayer de retrouver l’esprit des années 1950 des lieux. Je me suis plongé dans des livres et me suis inspiré de photos. L’architecture et cette période en particulier me passionnent. Plutôt que de rajouter, j’ai enlevé des choses. J’ai voulu une maison sobre. Même

Alexis Lahellec, propriétaire des lieux, a dégagé le vitrail qui était occulté. La pièce principale mêle avec harmonie des objets dans le style de la maison.
La déco des années 1950 est en harmonie avec le style de la maison, même si elle laisse la part belle au mélange. Le lieu est un écrin pour la collection de mobilier d’Alexis Lahellec. Ici, une chaise longue noire de Bruno Mathsson, un bureau hollandais des années 1950 de Cordemeyer, les chaises 7 de Jacobsen. Plus loin, les canapés Togo des années 1970 créés par Michel Ducaroy et toujours édités par Ligne Roset, des lampes veilleuses Vallauris en céramique des années 1960, « des sculptures moder nes de Rober t Aupetit que j’expose dans ma galerie et une collection de masques africains de Sierra Leone, qui veillent sur la maison ». « La maison n’a pas besoin de fioritures. Je voulais qu’elle soit épurée pour laisser parler au maximum les lieux. Ce sont les volumes qui font le décor, les meubles sont simplement posés. » D’ailleurs, ici, presque tout est à vendre et bouge beaucoup. « Je ne suis pas non plus attaché à cette maison. Je déménage souvent. Ce qui m’amuse ? Restaurer. Tant qu’il y a des travaux à faire, je reste. » Amélie Neiss Reportage photo Olivier Panier des Touches pour le JDD *www.alexislahellec.com

Les statues d’André Bloc agrémentent toujours les 3.000 m2 de jardin luxuriant qui entourent cette maison cubique des années 1950.
s’il ne s’agissait pas de gros œuvre, six mois ont tout de même été nécessaires à sa réhabilitation. » Cette Cube House, maison cube, typique de l’architecture des années 1950, se compose de rectangles et de carrés posés les uns sur les autres, lui conférant un aspect symétrique et strict. A l’intérieur, les murs sont au contraire tout en courbes, apportant de la douceur : dans la partie arrondie de la chambre se cachent d’immenses penderies. Le salon sur deux niveaux est circulaire. La maison, très lumineuse, s’ouvre sur le jardin. Cherchez bien… il n’y a aucune ouverture sur la rue, à part une minuscule meurtrière. Seul le vitrail est une proposition de l’intérieur vers l’extérieur. Le mur de façade, totalement aveugle, ne laisse apparaître que la texture de sa pierre. A contrario, dans le salon, qui donne sur le jardin, l’intérieur et l’extérieur se confondent grâce à de grandes baies vitrées et à une verrière métallique. L’ancien atelier s’ouvre sur le jardin à la végétation luxuriante, d’où émergent plusieurs statues en bronze et en marbre d’André Bloc, à la forme organique, à mi-chemin entre l’architecture et la sculpture. L’artiste travaillait là, et vivait dans la villa voisine, qui abrite dans son parc une « tour habitacle » en brique, haute de 30 m, et qui a aussi été réhabilitée par des galeristes passionnés.

Une sculpture rouge de Calder comme porte d’entrée
Le vitrail, la pièce majeure de la maison, était caché derrière une bibliothèque. Aujourd’hui, sa beauté est soulignée par des touches de rouge qu’Alexis Lahellec s’est attaché à renforcer : chemi-

née, escalier, colonnes extérieures, « conduits de chauffage, qui ressemblent à des totems ». Dès l’entrée, la porte d’entrée rouge, œuvre de Calder, « une vraie sculpture », donne le ton. Le salon a été décloisonné, créant une immense pièce à vivre, avec en prolongement une cuisine tout en Inox. Partout, un sol en béton lissé, puis vitrifié, qui crée de beaux reflets. L’étage est consacré à l’espace nuit, avec trois chambres. L’une d’elles, très grande, donne sur une terrasse, l’autre, petite et monacale, s’ouvre sur le jardin g râce à une grande baie vitrée et offre « une vue, qui ressemble à s’y méprendre à un tableau ».

TELEX
Libérez les bonnes vibrations
■ Laurence Dujardin est « consultante en Feng Shui occidental », une déclinaison simplifiée de cet art ancestral chinois qui consiste à « harmoniser l’énergie d’un lieu » afin de favoriser le bienêtre, la santé et la prospérité de ses occupants. Elle vient de sortir un livre sur le sujet: Créez ou aménagez votre maison Feng Shui (Le Courrier du Livre, 192 p., 22 €). Pour ceux qui souhaitent « équilibrer le yin et le yang », « libérer les bonnes vibrations » ou « faciliter le circulation de l’énergie » de leur demeure.

13 avril 2008

Week-end

/39

A DECOUVRIR

Sélection. Nos adresses pour piloter un (petit) bolide

Karting, la sensation au tournant
Crépitement des moteurs, g rincement strident des pneus lors des freinages… L’ambiance cacophonique qui se dégage d’une piste de karting s’apparente, en plus modeste, à l’atmosphère stimulante d’un grand prix. Pour vivre la sensation de conduire un (petit) bolide, plusieurs établissements proposent volants et circuits en Ile-deFrance. A la porte de la Chapelle, l’établissement S-Kart ouvre ses portes de midi à 20 heures. Complexe pharaonique situé au pied du périphérique, l’établissement invite ses visiteurs à se dépasser sur une immense piste modulable (de 350 à 700 mètres). Si le temps le permet, vous pourrez rouler en conditions extérieures, la piste disposant d’un système de toit ouvrant. Sur ce site, l’initiation des novices est f acilitée par une équipe de moniteurs qui accompagnent les nouveaux pilotes. Une assistance qui peut se révéler précieuse pour s’adapter à certaines spécificités du circuit. Notamment ses multiples dénivelés ! Après avoir enchaîné les tours de piste, vous pourrez faire une pause au restaurant situé à proximité de l’établissement (avec terrasse). Un bar est aussi ouvert. D’autres activités – pour les plus jeunes, par exemple – sont proposées : minigolf, basket un contre un, baby-foot, ring de boxe et flipper.
S-Kart

Sur la piste modulable du complexe de la porte de la Chapelle à Saint-Denis (93), jeunes et moins jeunes (comme les joueurs du PSG venus à une soirée), peuvent s’initier ou s’aguerrir à la conduite de vitesse.
de toboggans ou bien en bondissant sur des trampolines. L’ultime escale : à Maurepas (78), chez B-Kart, qui est l’un des seuls circuits en région parisienne où l’on peut faire des courses de karting. Comme dans une véritable compétition automobile, une vingtaine de stands écuries sont placés sur la piste. Vous pouvez aussi profiter d’un espace d’accueil de 1.500 m² qui comprend un bar animé, trois espaces de jeu et un vestiaire. Maintenant, sache z que vous êtes attendu au tournant… Yannick Sado

Des normes de sécurité draconiennes
D’autres établissements vous offrent l’opportunité de vous défouler au volant d’un kart. A une dizaine de minutes en RER de la capitale, à Vitry-sur-Seine (94), voici le site Fun Kart. En descendant à la station « Les Ardoines », dirigez-vous vers un bâti-

Pratique
■ S-Kart, 56-58, av. du Président-Wilson, La Plaine-Saint-Denis (93), M° Porte-de-la-Chapelle. Ouvert auj. de 14 h à 20 h. Tarifs : 25 € la session de 10 min pour les adultes et 17 € pour les enfants. Rens. : 01 49 46 93 93. ■ Fun Kart, 118-122, rue Geoffroy à Vitry-sur-Seine (94), RER C arrêt « les Ardoines ». Ouvert auj. de 14 h à 20 h. Tarifs : 17 € pour une session de 10 min pour les adultes ; 13 € pour les enfants. Rens. : 01 46 82 32 00. ■ B-Kart, Z.A. Pariwest, Maurepas (78), en train depuis Montparnasse, arrêt gare de Coignières. Ouvert auj. de 10 h à 20 h. Tarifs : 23 € la session de 10 min pour les adultes et 13 € pour les enfants ou 59 € par pilote pour 15 min d’essai et 45 min de course. Rens. : 01 30 05 31 31 ou www.bkart.fr.

ment imposant de couleur jaune. Fun Kart n’a pas la même envergure que le site S-Kart, avec une piste de 450 mètres, mais l’accueil réservé aux clients est excellent. Vous êtes pris en charge par Pierre qui vous expliquera, entre autres, les règles de sécurité élémentaires à respecter au volant d’un kart. Il faut revêtir impérativement une cagoule de pilotage ainsi qu’un casque, ne jamais accélérer au maximum dans les lignes droites, éviter d’actionner en même temps les pédales d’accélération et de frein. Des recommandations essentielles pour éviter les sorties de piste ! Rassurez-vous, cependant : selon Pierre, « les normes de sécurité sont draconiennes. Nous prenons toutes les précautions pour g arantir la sécurité des par ticipants avec l’aména g ement d’une double rangée de pneus des deux côtés de la piste afin d’amortir les chocs qui peuvent éventuellement survenir ». Initiative sympa : le créneau de 14 h à 16 h est réservé aux enfants. Les mineurs se ver ront confier des modèles de kart atteignant au maximum les 40 km/h, soit 20 km/h de moins que les modèles pilotés par les adultes. Si votre enfant a moins de 7 ans, il n’est pas en âge de

c o n d u i re u n k a r t , m a i s vo u s pour re z l’installer dans l’immense salle de jeux située à côté du circuit. Il s’agit de la « Fun

académie », un endroit où vos enfants peuvent s’amuser au volant de karts de dimension réduite, en s’élançant à l’intérieur

13 avril 2008