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Les politiques commerciales stratégiques

La nouvelle théorie a également développé une analyse originale de la politique commerciale,


qui n'a été défendue que pendant une durée assez brève. La théorie traditionnelle montre,
lorsque la concurrence est parfaite, que le libre-échange est optimal ; la nouvelle théorie,
reposant sur une analyse en termes de concurrence imparfaite, développe au contraire des
justifications fortes à une intervention publique par le biais de politiques industrielle ou
commerciale.

C'est un article de James Brander et Barbara Spencer qui marque la naissance de la nouvelle
théorie du protectionnisme(15). Les auteurs envisagent le cas particulier d'une firme
domestique qui entre en concurrence de Cournot avec une firme étrangère sur un marché tiers
où il n'existe pas de producteur autochtone. Les firmes ont des dépenses de R&D qui
conduisent à une diminution de leurs coûts de production ; ces dépenses peuvent être
subventionnées par les pouvoirs publics du pays domestique. Cette politique industrielle
permet d'abaisser le coût de production de la firme en dessous de celui de sa rivale et donc de
modifier l'équilibre atteint sur le marché tiers. Le niveau optimal de subvention est celui qui
permet de passer d'un équilibre de Cournot (sans intervention publique) à un équilibre de
Stackelberg où la firme domestique est leader, ce qui accroît son profit. Cette situation est
décrite comme l'" extraction d'une partie des rentes d'oligopole de la firme étrangère "(16).

Dans le prolongement de ces résultats, de nombreux travaux vont s'intéresser à la description


de cas où l'intervention des pouvoirs publics, au moyen d'une politique commerciale ou d'une
politique industrielle peut conduire à améliorer la situation d'une firme nationale, ou à lui
permettre d'entrer sur un marché dans lequel, sans intervention publique, elle ne pourrait
obtenir un profit positif. De telles formalisations sont apparues comme pertinentes pour
décrire, par exemple, le cas de l'industrie aéronautique avec la rivalité entre Airbus et Boeing.
Cependant, les premiers enthousiasmes à l'égard de cette approche vont rapidement être
tempérés ; d'une part, les résultats obtenus ne sont pas robustes : la modification des
hypothèses de comportement des firmes remet en cause les modalités de l'intervention
publique. D'autre part, les tentatives pour chiffrer les gains résultant d'une politique activiste
ont conduit à relativiser son intérêt. Krugman, dans un article célèbre paru en 1993, considère,
tous comptes faits, que le libre-échange demeure la politique optimale(17).

Ainsi, les apports de la nouvelle théorie, s'ils sont indéniables sur le plan conceptuel, parce
qu'ils permettent de raisonner sur des cas généraux et non plus limites, n'ont pas encore fait
l'objet de vérifications empiriques probantes. De ce point de vue, la faiblesse de la nouvelle
théorie renvoie à celle de la théorie traditionnelle.

Source :Les cahiers français, n° 299 , Auteur : Michel Rainelli (LATAPSES-IDEFI CNRS et
Université de Nice Sophia-Antipolis) .