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Numéro 2

janvier 2015

LE COURRIER

les socialistes
DES !DÉES Armer
dans la bataille culturelle

L’ÉDITORIAL
d’Alain Bergounioux

PENSER
LA SOCIAL-DÉMOCRATIE
 

I

l y a toujours eu un paradoxe dans le débat
intellectuel sur la social-démocratie. Sous
différentes dénominations, elle n’a que peu
été considérée comme un objet digne de pensée
à la différence des trois autre grands courants du
XXe siècle, le libéralisme, le communisme et le
fascisme. Cela tient sans aucun doute au fait que
la construction de la social-démocratie moderne
est le produit avant tout de la pratique avant de
prendre sa consistance actuelle. Elle s’est forgée
au feu de deux débats, celui de la démocratie
et du rôle de la violence dans l’histoire, tout
particulièrement, dans les années 1920, celui de
la première grande crise du capitalisme, dans
les années 1930, avec les moyens de le réguler.
L’œuvre historique de la social-démocratie
est d’avoir contribué, pas seule mais
principalement et consciemment, dans les
pays avancés, à construire un État social, avec
l’éducation généralisée, la santé et la retraite
pour tous, les assurances-chômage…. C’est
moins passionnant peut être que d’évoquer et
d’étudier les radicalités révolutionnaires. Mais
c’est l’expérience politique qui a permis de bâtir
les sociétés les plus humaines connues dans
l’histoire et dans le monde. C’est ce patrimoine
qu’il nous faut aujourd’hui préserver et adapter
quand la croissance diminue, que les ressources
sont plus rares et que les besoins croissent, face
à un capitalisme financiarisé, qui accroit les
inégalités et au défi du développement durable.
Cela mériterait, pour le moins, un investissement
intellectuel important ! La force historique de
la social-démocratie est d’avoir su unir des
principes différents dans un projet politique.
Certes les structures dans lesquelles elle a cru
n’existent plus telles quelles dans nos sociétés
plus individualistes et plus diverses. Mais, la
social-démocratie, ce n’est pas seulement
des structures, mais, tout autant, une culture
politique. Or, dans le monde, les solutions ne
viendront pas d’idéologies exclusives, mais de
régimes qui savent organiser la mixité. C’est ce
que savait déjà Aristote dans sa classification
des régimes politiques !
  
Alain Bergounioux

LE CHOIX DES MOTS COMPTE :
LE JIHAD
  
Le terme « Jihad » souvent traduit par « guerre sainte » ou
bien plus littéralement par « guerre légale » souffre depuis
la première guerre d’Irak d’une interprétation et d’une
utilisation erronée et dangereuse.
En effet, l’utilisation que nous en faisons est mauvaise dans
la mesure où elle est le résultat de sombres manipulations
opérées par les fondamentalistes religieux visant à profiter
des conflits se déroulant au sein des pays musulmans pour
endoctriner les jeunes pratiquants.
Si l’on se réfère à la tradition islamique depuis le Moyen-âge,
le Jihad n’étant pas une obligation individuelle du croyant, à
l’instar des 5 piliers de l’Islam, mais communautaire, son
déclenchement était le seul fait du chef de la communauté,
à savoir à cette époque, le Calife. On comprend donc
pourquoi Aboubacar Al-Baghdadi, s’est attribué le titre de
« Calife de l’État Islamique » puisque c’est celui-ci qui lui
permet légalement d’appeler la communauté musulmane
au « Jihad ». Nous arrivons donc à la conclusion qu’à chaque
fois que nous utilisons le terme « Jihad » pour qualifier les
opérations menées par les terroristes en Irak, en Syrie et
dans le reste du monde musulman nous donnons, sans le
vouloir, un peu plus de force à leurs actions.
L.A.

REGARDS DE SONDEURS

1 actif sur 5
travaille le dimanche en 2013

C’est ce que révèle le portrait social de la France par l’INSEE
qui analyse la place du week-end dans la vie des Français
alors que s’ouvre le débat sur le travail dominical avec le
projet de loi pour la croissance et l’activité.
On y apprend que la question du travail dominical varie
largement selon les catégories socio-professionnelles
puisque 70% des agriculteurs travaillent ce jour là contre
18% des cadres et 30% des artisans et commerçants. En
revanche, travailler le week-end n’est pas rare puisque
40% des actifs ont travaillé au moins une heure le samedi
en 2013. L’étude souligne aussi que le dimanche est une
journée consacrée à la famille, au repos et au loisir avec
une heure de sommeil et une demi-heure de télévision
supplémentaire.
En outre, le dimanche est aussi un moment de rééquilibrage
dans le partage toujours trop inégal des tâches domestiques
et du temps passé avec les enfants au sein du couple. En
effet les hommes augmentent d’environ 40% le temps passé
aux tâches domestiques (avec 2h30 au total sur le weekend) contre 10% pour les femmes (avec 3h45 au total).
Pour aller plus loin : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/
FPORSOC14g_VE7_weekend.pdf
L.P.

Ont collaboré à ce numéro : Lounes Adjroud, Mathieu Guibard, Léa Martinovic, Ludovic Péran et Adrien Rogissart

POING DE VUE
RÉFORMER L’ÉVALUATION
DES ÉLÈVES :
UNE RÉFORME
POUR L’ÉGALITÉ ?

L

e Conseil supérieur des programmes a
récemment agité un chiffon rouge récurrent dans les débats sur l’éducation : la suppression des notes et la création d’un nouveau type d’évaluation. Vraie
réforme très attendue pour certains, démagogie galvaudée pour les autres, le débat
reste ouvert et tendu dans le monde éducatif.
En finir avec les notes : la question est posée
chaque fois que la réduction des inégalités à
l’école est abordée, chaque fois que des mesures fortes sont envisagées. La note sur dix,
puis sur vingt, remonte à Jules Ferry (18791880), qui l’introduit d’abord au lycée puis à
l’ensemble du système éducatif, baccalauréat
et certificat d’études compris. Ce sont alors les
républicains modérés qui, par souci d’équité,
établissent des notes censées être plus objectives que le jugement d’enseignants, qui sont
bien souvent à l’époque des hommes d’église
qui réservent leur enseignement à un public
bourgeois. Avant, en France, les notes n’existaient pas et l’évaluation orale seule comptait :
les juges du baccalauréat, crée en 1808, attribuaient des couleurs aux aspirants diplômés
(rouge pour ceux qui réussissaient, noir pour
ceux qui échouaient). En Mai 68, une grande
réflexion sur les notes avait été lancée et les
professeurs, étudiants et fonctionnaires de
l’Education nationale1 avaient conclu : « les excès de l’individualisme doivent être supprimés en
renonçant au principe du classement des élèves,
en développant les travaux de groupe, en essayant
de substituer à la note traditionnelle une apprécia-

tion qualitative et une indication de niveau (lettres
A,B,C,D,E) ». De 1969 à 1971, les notes sont
abandonnées sur décision d’Edgar Faure, le ministre de l’Education nationale de l’époque, qui a
retenu la leçon de Mai 68. Mais devant l’hostilité de la droite, le Président Georges Pompidou,
qui méprisait cette réforme, rétablit la notation.
Depuis, le débat a finalement assez peu changé. Pour certains, la note permet de nuancer
les productions des élèves, d’apporter une
évaluation claire et très vite compréhensible.
Pour ces professeurs, la note est le moyen
le plus simple d’évaluation pour passer dans
la classe supérieure, avec les savoirs nécessaires. La formation des enseignants introduit
la notation et leur apprend à établir un barème
sur vingt. Pour les professeurs, les notes sont
donc un indicateur en temps réel du savoir
des élèves. Les supprimer serait donc cacher
la vérité aux élèves sur l’état de leur connaissance et, leur aptitude à avancer dans le cursus scolaire. La compétition pourrait également
avoir du bon en stimulant les élèves, les bons
élèves entrainant les plus faibles à se dépasser.
Pour les autres, c’est un carcan, une hantise pour les plus fragiles des élèves qui redoutent la note et une machine à reproduire
les inégalités. L’important n’est pas la note
en soi mais plutôt d’expliquer plus à l’élève
ce qu’il maîtrise ou non. C’est expliquer l’évaluation en détail, à l’élève mais aussi aux parents, en rendant la démarche plus lisible.
Pour de nombreux sociologues, comme Pierre
Merle, la note crée une hiérarchie indépassable
entre les meilleurs élèves et les plus faibles
élèves. Ainsi, un élève catalogué «  faible  »
aura des capacités d’apprentissage, d’écoute,
de concentration généralement moindres. Il
sera scolairement pénalisé sur le long terme.
De nouvelles méthodes d’évaluation, inspirées
par d’autres pays européens, pourraient être appliquées en primaire et au collège dès la rentrée

En avril 68, un grand colloque sur la rénovation et la réforme de l’Ecole se tient à Amiens. Les conclusions seront reprises par
les étudiants en mai 68, et Edgar Faure finira par suivre les conseils issus de ce colloque qui réunit le monde éducatif dans son
ensemble.

1

2

POING DE VUE
2016, et sont déjà expérimentées par certains
enseignants. Si le ministère de l’Education nationale évoque une évaluation « bienveillante »,
il n’est absolument pas question, en supprimant les notes, de supprimer toute évaluation.
Il existe de nombreuses possibilités pour évaluer plus intelligemment les élèves, notamment
au collège, moment de décrochage pour de
nombreux élèves, qui voient toutes leurs difficultés ressortir dans les différentes matières.
Parmi celles-ci, l’évaluation par compétences
avec des couleurs, déjà utilisée dans de noubreuses écoles primaires, qui serait étendue
au collège. Pour un devoir d’histoire, l’élève n’a
plus une seule note pour un devoir global, mais
plusieurs selon différentes compétences  : la
connaissance chronologique des événements,
l’argumentation, la problématisation. Cette
méthode a le mérite de montrer à l’élève les
points précis qu’il doit travailler et améliorer
pour progresser. Comme l’explique de nombreux professeurs, une évaluation qui détaille
l’acquisition de chaque compétence peut aussi aider les élèves à améliorer certains points
dans une copie correcte. Cette méthode permet
aussi d’éviter le mécanisme des moyennes et
classement, qui pousse parfois certains élèves
à se désintéresser des matières plus littéraires
ou artistiques, jugées moins fondamentales.
Aujourd’hui, la scolarisation est obligatoire
jusqu’à seize ans : les élèves de troisième
doivent maîtriser des connaissances et des
compétences leur permettant de s’insérer dans
la société et d’avoir des choix. Il faut réformer
notre système scolaire, source de reproduction
d’inégalités, qui décourage les élèves fragiles.
Pourtant, les élites ont souvent le réflexe de défendre ce système qui leur a permis de réussir et
qui est le garant de la réussite de leurs enfants.
Alors que chaque année en France, plus de
120 000 jeunes quittent le système scolaire sans
diplôme et que ce chiffre atteint des records
dans les quartiers moins favorisés, il est urgent
de prendre des mesures pour favoriser l’égalité
réelle à l’école. La réforme de l’évaluation peutêtre la première pierre à poser, avant celles des
réformes des programmes et de la formation
des enseignants.
L.M.
3

LIRE ET RELIRE
LIRE :
EDWY PLENEL, POUR LES MUSULMANS

D

ans son dernier ouvrage « Pour les musulmans », le fondateur et rédacteur en chef de
Mediapart, Edwy Plenel, prononce un plaidoyer éthique et politique en faveur, non pas des
seuls musulmans, mais bien de toutes les minorités. L’éditorialiste revendique l’héritage d’Emile
Zola. En 1896, l’écrivain, après avoir pris parti
pour le capitaine Dreyfus, injustement emprisonné, s’engage à nouveau, cette fois-ci plus largement, en rédigeant « Pour les juifs », où il écrit :
« La République est envahie par les réactionnaires
de tous genres, ils l’adorent d’un brusque et terrible
amour, ils l’embrassent pour mieux l’étouffer. »
« Du sort des musulmans dépend le nôtre » rappelle Edwy Plenel. Son propos est d’abord celui
d’un homme indigné par les déclarations d’Alain
Finkelkraut, qui, « un matin de juin 2014 », sur
une radio de grande écoute, regrettait le « problème de l’Islam en France », le « souci de civilisation » que pose la deuxième religion de France.
Edwy Plenel livre une argumentation en règle
contre les théoriciens du « grand remplacement »,
qui gagnent des points dans la bataille culturelle.
Les idéologues et promoteurs de l’extrême droite
sont partout : Eric Zemmour a laissé suggérer
une déportation des musulmans de France; plus
insidieusement Michel Houellebecq s’est lancé
dans la politique fiction pour mettre en scène une
France en proie à une guerre civile après l’élection
d’un président musulman. C’est bien le développement des discours de stigmatisation, d’essentialisation et de discrimination venue d’en haut,
des élites, contre lesquels s’élève Edwy Plenel.
Il dénonce « le refrain qui met la France en guerre
contre une religion, l’acclimatant au préjugé, l’accoutumant à l’indifférence, bref l’habituant au pire ».
Il souligne le processus de légitimation de la discrimination, de la mise en respectabilité de l’amalgame, notamment la responsabilité des médias
et de certaines personnalités politiques dans la
construction d’une « 5e colonne », d’un « ennemi
intérieur ». Edwy Plenel rappelle ce qui rassemble
la droite réactionnaire et l’extrême droite aujourd’hui : la nostalgie de l’époque coloniale, dont
les étapes ont permis la construction des hiérarchies raciales que le nazisme a porté aux extrêmes,
filiation rappelée en 2012 par Serge Letchimy à

Claude Guéant à la suite d’Hannah Arendt et d’Aimé Césaire. Le ministre de l’Intérieur d’alors avait
déclaré : « non, toutes les civilisations ne se valent
pas » devant un parterre d’étudiants de droite.
Edwy Plenel enjoint ses lecteurs à ne pas s’oublier, à ne pas céder aux discours de séparation
et de choc des civilisations, particulièrement ceux
engagés dans la défense d’une laïcité qui sépare
plutôt qu’elle ne rassemble, qui stigmatise plutôt
qu’elle ne protège, à rebours des héritages révolutionnaire, républicain et socialiste. Ni Robespierre, ni Jaurès ne niaient le fait religieux ; Marx
voyait dans « l’opium du peuple » un réceptacle de
la souffrance sociale et pas un stupéfiant ; de nos
jours, il n’est pas rare de croiser un socialiste passé par la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) ou la
Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC). Pour Edwy
Plenel, il n’y a pas de doutes : « le sort fait aux minorités dit l’état moral d’une société » et jamais les
actes commis au nom d’une religion dévoyée ne
doivent justifier stigmatisations et discriminations.
La question musulmane, c’est la question française en somme, et une question européenne.
L’Europe aujourd’hui, qui est « oublieuse d’ellemême, de la diversité qui l’a façonnée. […] La reconnaissance de l’Islam européen, c’est la fidélité
au meilleur de l’héritage européen ». Aujourd’hui,
il nous faut donc « penser contre nous-mêmes »,
renoncer à l’universalisme abstrait, assimilateur,
fondé sur un rapport du fort au faible pour embrasser un universalisme réconcilié avec le particulier. Comment faire barrage ? En opposant à
une pensée de la séparation et de la hiérarchie
les principes de relation et d’empathie, « capacité à prendre en compte le point de vue de l’autre :
[car] c’est le pluriel qui fait de nous des Français ».
Ce sont là des analyses importantes dans les
débats actuels. Affronter notre capacité de
« vivre-ensemble » suppose cependant des prises
de conscience réciproques de ce qui fonde une
société démocratique. La laïcité est une garantie
pour les libertés individuelles et collectives. Cela
mérite un débat majeur.
A.R.

4

LIRE ET RELIRE
LIRE :
MICHAEL J. SANDEL, CE QUE L’ARGENT NE SAURAIT
ACHETER : LES LIMITES MORALES DU MARCHÉ

A

lors que les citoyens ressentent toujours
les effets de la crise de 2008, Michael
Sandel questionne le capitalisme dans
son nouveau livre. « What money can’t buy ? » (Ce
que l’argent ne saurait acheter, Seuil, 2014) se
demande le philosophe américain. Y a-t-il des
limites morales au marché néolibéral ? Depuis
les années quatre-vingt et la grande dérégulation, l’économie tend à s’affranchir de toute
contrainte et à corrompre les relations sociales.
Le néocapitalisme, hors de toute régulation,
menace aujourd’hui des domaines comme la
justice, l’amitié, le sport ou l’éducation.

Comment donner le goût de la lecture ? En donnant de l’argent à chaque livre lu. Comment
ne plus attendre dans les queues des services
publics, concerts ou magasins ? En rétribuant
un sans-abri qui attend à votre place. Comment
pouvoir avoir l’air sympathique ? En achetant de
faux amis sur facebook pour élargir son carnet
d’adresse. Comment compenser son émission
de CO2 lors de l’achat d’un billet d’avion très
coûteux ? En faisant un don pour un champ éolien en Mongolie. Comment ne plus attendre
chez le médecin ? En payant 15 000 dollars pour
l’accès privé et illimité à un médecin. Ce sont
là quelques exemples qu’utilise l’auteur pour
montrer l’emprise symptomatique de la logique
capitaliste dans notre vie.

Les économistes néolibéraux, tel Milton Friedman, avancent des arguments pour justifier
cette logique du marché : ces échanges, librement consentis et moralement neutres, améliorent la vie quotidienne. Sandel y voit pourtant
deux objections. D’une part, quand les relations sociales deviennent marchandes, les plus
riches sont privilégiés : ce sont eux qui en bénéficient au détriment des plus pauvres, qui sont
forcés de vendre ce qu’ils possèdent encore
- un organe, leur enfant - pour vivre. Le libre
consentement est donc largement sujet à caution. D’autre part, l’ « effet de commercialisation
», c’est-à-dire lorsque les valeurs marchandes
corrompent les valeurs non marchandes, devient une réalité : nos motivations finales sont
alors complètement différentes et les hommes
n’ont pour but unique que l’argent.
Alors que l’économique prend le dessus dans le
discours politique qui se libéralise, la hiérarchie
des valeurs doit être réintroduite dans le débat
public. Car tout n’est pas à vendre.
L.M.

Sandel fait écho à la critique de Marx sur le capitalisme et la marchandisation du monde, qui
détruit les relations humaines au profit des relations purement marchandes. Si l’argent s’approprie ces domaines, c’est sans se soucier du
bien-être de la société mais privilégiant toujours les individualités et installant une relation
personnelle unique de vendeur et acheteur. Le
professeur d’Harvard montre que l’argent affecte toutes nos logiques de solidarité.

5

LIRE ET RELIRE
LIRE :
JACQUES JULLIARD ET JEAN-CLAUDE MICHÉA,
La Gauche et le Peuple

D

ans La Gauche et le Peuple (Flammarion,
novembre 2014), l’historien Jacques Julliard et le philosophe Jean-Claude Michéa
déploient tout le potentiel dialectique de l’échange
épistolaire pour identifier les raisons de la rupture
actuelle, notamment depuis 2002, entre la gauche
et le peuple et tenter d’y apporter des réponses.
Pour Michéa, le point de départ de cette réflexion
est ce qu’il estime être le paradoxe des démocraties modernes : « le peuple n’y est plus considéré comme la solution. Il est devenu le problème ».
Les deux auteurs voient dans les difficultés de la
gauche à répondre au développement du capitalisme financier mondialisé et de son corollaire, une
société toujours plus libérale et individualiste, la
cause principale de sa déconnexion avec le peuple.
L’atomisation de la société et la destruction des
solidarités au profit de la logique contractuelle
plongent les couches populaires, émiettées face à
un pouvoir financier abstrait, et non plus, comme
autrefois, unies contre une grande bourgeoisie
dominante et visible, dans un profond désarroi.
Paradoxalement, alors que c’est aujourd’hui que la
crise du capitalisme est la plus visible, la gauche
qui incarnait la critique de ce système, s’est majoritairement convertie au libéralisme. Plutôt que
de répondre aux déstabilisations des couches populaires, elle a du même coup cessé de porter «
les grands récits fédérateurs » qui permettaient de
tracer un avenir commun. La gauche se contenterait aujourd’hui de la seule défense des droits de
l’homme, compatible avec le capitalisme libéral.
Pour Julliard, « la question sociale cède discrètement
la place à la double question sociétalo-ethnique que
pose l’immigration » et la gauche serait partie à la
recherche d’un « peuple de remplacement », plus
conforme à sa « nouvelle doxa, comme si elle était
incapable de nourrir deux idées à la fois » (la question sociale et celle des discriminations). Conséquence directe de ce phénomène, les classes
populaires, et notamment celles qui sont reléguées dans des territoires déclassés, ruraux et
périurbains, moins visibles que les banlieues des

grandes villes, se sentent abandonnées par la
gauche. Dans cette « conjoncture populiste », elles
s’unissent dans une « majorité de refus » et constituent une « ressource électorale » rendue disponible par la gauche au profit du Front national.
Pour renouer le lien entre la gauche et le peuple,
Julliard et Michéa proposent de revenir aux fondamentaux du socialisme et principalement à une
critique constructive du capitalisme. Cette critique
doit s’articuler autour de trois idées. Premièrement, la logique d’accumulation infinie du capital
va inéluctablement, comme l’a analysé Marx et,
d’une certaine manière plus récemment Piketty,
rencontrer ses propres limites : malgré « l’élargissement continuel de la sphère du marché » et
le développement du crédit, la concentration
croissante des richesses dans un petit nombre
de mains aboutit à l’assèchement de la demande
solvable. La crise des subprimes en a donné un
premier aperçu. Deuxièmement, la production et
la consommation se heurteront bientôt à l’épuisement des ressources écologiques. Enfin, en accordant une place démesurée à l’argent (à la « valeur
d’échange »), l’économie financière déshumanise
les peuples et se heurte ainsi à une limite morale.
Les deux auteurs plaident pour un renouvellement
du socialisme sur une base morale (et non moralisante). Il s’agit de transformer la « révolte morale »
spontanée des couches populaires face aux excès
du capitalisme en un mouvement politique profond.
Plutôt que de faire table rase, ils recommandent de
prendre appui sur ce qu’Orwell appelait la « common decency », c’est-à-dire les comportements
non-marchands, inspirés par la logique du don
(« donner, recevoir et rendre » - voir Alain Caillé dans
le Courrier des idées n°1), encore très présents
dans les relations de voisinage ou d’amitié. Autrement dit, faire primer la confiance sur le calcul et le
contrat. Ni se passer du peuple, ni le changer. Reste
– et cela n’est pas rien – à terminer les politiques
concrètes à mener…
M.G.
6

LIRE ET RELIRE
RELIRE :
MARCEL GAUCHET,
« LES MAUVAISES SURPRISES D’UNE OUBLIÉE :
LA LUTTE DES CLASSES »

L

La polémique qui a entouré la présence de
Marcel Gauchet aux rencontres de Blois
l’automne dernier ne doit pas faire oublier
la justesse de ses analyses et l’actualité de sa
pensée pour la gauche. Dans un article paru
dans la revue Le Débat en 1990 et dans lequel
il sera le premier à forger la notion de « fracture sociale », le philosophe analyse la montée
du FN comme la conséquence d’un certain oubli
par les partis de gouvernement, notamment à
gauche, des antagonismes sociaux et de la demande de protection qui est au fondement du
contrat social. Gauchet développe l’idée d’une
« cécité militante » selon laquelle la gauche ne
reconnaîtrait plus « son » peuple : « Un mur s’est
dressé entre les élites et les populations, entre
une France officielle, avouable, qui se pique de ses
nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé
dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses
difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur ». Ce
phénomène conduit les couches populaires à se
sentir « privées de représentation et dépourvues
de prise sur la décision politique » et à générer
un sentiment « anti-establishment » sur lequel
prospère le FN. Plutôt qu’un vote protestataire,
le vote populiste reposerait sur une demande
de démocratie et de souveraineté frustrée.

Relire Marcel Gauchet invite à se souvenir que
« la suprême fonction politique est de donner
à la collectivité le sentiment d’une prise sur son
destin » et que c’est par ce moyen qu’il pourra
être mis un terme au développement des populismes.
M.G.

7

PROSPECTIVE
POLITIQUES DES JEUX VIDÉOS

I

l n’y a pas que des jeux de tirs sur Playstation ! Le député de Paris et Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe
Cambadélis, a créé un petit événement dans le
monde des jeux vidéo lorsqu’il a comparé le jeu
politique à un jeu de tir sur la célèbre console
japonaise, dont la première version est sortie en
1994 et compte désormais quatre générations.
Le constructeur, Sony, adepte des coups marketings et relayé par la presse, s’est empressé
de nuancer sur Twitter : « jouer en équipe, rêver,
voyager et... descendre quelques «personnages».
C’est ça l’expérience «PS» ! »…
Jean-Luc Mélenchon a de son côté subi les
foudres de la communauté des joueurs (« gamers ») pour avoir critiqué la représentation du
peuple de Paris, de Robespierre et de Louis XVI
donnée dans le nouveau jeu de l’éditeur Ubisoft,
Assassin’s Creed Unity, où le joueur incarne un
assassin en guerre contre une organisation secrète en pleine période révolutionnaire. Sous la
pression, sans pour autant retirer ses critiques,
il a dû reconnaître que « le jeu vidéo est un art à
part entière ». Antoine de Caunes, présentateur
de télévision, a lui présenté des excuses publiques en direct à la communauté des joueurs,
pour avoir ostensiblement méprisé dans son
émission le fait de regarder une partie vidéoludique en streaming comme on regarderait un
match de football à la télévision. Une vaste campagne de dénigrement contre lui (le « bashing »)
et une pétition de 75 000 signatures l’obligèrent
à battre sa coulpe. La cible de son erreur, Twitch, un site de diffusion de parties de jeux vidéo
en streaming, grâce auquel 32 millions de personnes ont regardé la finale 2013 de League of
Legends, un jeu de combat tactique en équipe
massivement multijoueur…
Ces trois épisodes – mineurs il est vrai – qui ont
ponctué l’actualité récente témoigne de l’émergence définitive des jeux vidéo dans la culture
médiatique, après celle dans la culture commune de la société française. Accusé de tous les

maux - les jeux vidéo, par exemple, « rendent dépendants », « désocialisent », « rendent violents »,
voire « favorisent le passage à l’acte » - ils représentent aujourd’hui une industrie culturelle incontournable. Passage en revue des problématiques politiques posées par les jeux vidéo.
MAUVAISE RÉPUTATION… SUCCÈS GLOBAL
Souffrant encore d’une mauvaise réputation –
sentiment partagé par les joueurs eux-mêmes
– les jeux vidéo sont pourtant pratiqués par de
très nombreux publics. Tout le monde joue. Sur
tous les supports : console de salon et portables,
smartphones, téléviseurs, tablettes, navigateurs
internet. Il y aurait entre 25 et 30 millions de
joueurs réguliers en France. Le stéréotype de
l’adolescent enfermé dans sa chambre, « otaku »
au Japon, dépendant de sa console, quasi sociopathe, n’a plus de sens. Les seniors et les
femmes font désormais partie des publics habituels du jeu vidéo. La console se pratique en
famille, devant des jeux de danse ou de chant,
et même sur les bancs de l’Assemblée avec la
réactualisation de jeux de société comme le
Scrabble, sur tablette tactile.
Aujourd’hui, la distance se creuse entre la perception des élites, particulièrement des responsables politiques et des journalistes, et une
réalité économique implacable. L’industrie du
jeu vidéo a rapporté en France en 2012 un peu
moins de 3 milliards d’euros, soit deux fois plus
que le cinéma (1,3 milliards) et cinq fois plus que
la production musicale (617 millions d’euros).
A l’échelle de la planète, les grands éditeurs
avancent un chiffre de 52 milliards d’euros cumulés sur la même année. Les ventes de films
et de disques s’effondrent, la croissance des
recettes des jeux vidéo croît chaque année. Les
jeux vidéo ont supplanté le cinéma – l’art majeur du XXe siècle, lui-même dénoncé dans les
années 30 par le romancier Georges Duhamel
comme « passe-temps d’illettrés » - en tant que
produit culturel phare.
8

PROSPECTIVE
Ce succès global et la diffusion de la pratique des
jeux vidéo à de très larges publics n’échappent
plus à personne. David Cage, créateur reconnu
de jeux vidéo, fondateur d’un studio de production
expérimental français, Quantic Dream, a reçu la
Légion d’honneur le 13 mars 2014. Le gouvernement a prolongé le Crédit d’impôt Recherche
(CIR), une décision validée en décembre 2014
par la Commission Européenne, pour six années
supplémentaires, ciblant spécifiquement les industries du jeu vidéo. Des parlementaires investissent le sujet et font des propositions pour soutenir ce secteur. Les différents ministres chargé
du numérique depuis 2012 ont pris des positions
fortes en la matière, soutenant la filière de l’enseignement supérieure à l’édition.
AUTOUR DU JEU, DES ENJEUX POLITIQUES
La pratique des jeux vidéo rassemble une communauté, sollicitée par les producteurs et les
éditeurs de jeux vidéo eux-mêmes afin d’améliorer leurs productions à travers les forums en
ligne et les réseaux sociaux. Certains groupes de
joueurs sont même capables de peser suffisamment pour apporter des modifications majeures
– en imposant leurs propres modifications (le
« hacking ») ou, à travers des requêtes aux producteurs, en faisant modifier la fin d’un jeu jugée insatisfaisante par exemple. La communauté des joueurs est un des premiers groupes de
consommateurs qui a entretenu un lien direct
avec les producteurs sur les sites web et les réseaux sociaux.
Les exemples de personnalités publiques prises
pour cible par la communauté des joueurs, cités
plus haut, permettent une première conclusion :
la communauté des joueurs est aujourd’hui capable de se mobiliser pour fermement influer
sur des personnalités. Mais peut-on parler d’une
dimension politique ? Elle a ses lieux d’échanges
et ses modes de sociabilité en ligne, dont la provocation est un ressort important. Elle peut s’indigner, protester, en somme, peser. Autour de la
pratique des jeux vidéo s’élaborent des discours
qui engagent des rapports de force. Cette liberté
de ton et de forme laisse des espaces pour le développement de discours extrémistes.

INFILTRATION DES MILITANTS D’EXTRÊME
DROITE
La communauté des « gamers » se rassemble
sur des forums en ligne et des sites qui leur
permettent d’échanger sur leurs jeux préférés
et sur de nombreux autres sujets, notamment
sur les forums en ligne du site jeuxvideo.com.
Depuis quelques années, certaines parties du
forum relaient des discours politiques, issus
de la vulgate soralienne, frontiste, voire tout
simplement réactionnaire et conservatrice. Les
e-militants d’extrême-droite investissent ces
espaces d’échanges en ligne pour échanger,
recruter et « troller », c’est-à-dire perturber,
voire saboter les échanges en ligne pour instiller
leurs idées. C’est un phénomène nouveau, totalement à l’écart des circuits classiques de diffusion des discours politiques. Dans cet espace de
discussion, fondé sur la pratique commune des
jeux vidéo, les forces de gauche sont absentes
ou atones. Mais ces espaces laissent aussi une
place à des discours critiques.
LE SEXISME CHEZ LES JOUEURS
La communauté des joueurs peut parfois relayer
des discours directement sexistes. L’autre mal
qui frappe des fractions importantes de la communauté de gamers est en effet le sexisme. Le
secteur de la production et de l’édition des jeux
vidéo est extrêmement masculin et a pendant
très longtemps réalisé des jeux par des hommes
pour des hommes. De nombreuses femmes qui
travaillent dans l’industrie du jeu vidéo subissent
fréquemment des railleries, des insultes, voire
des agressions, même dans des rassemblements professionnels et s’en plaignent ouvertement.
Plus grave, depuis quelques années, des franges
d’amateurs, composé de jeunes hommes procédant à une pratique très active des jeux vidéo – qu’ils considèrent comme leur pré carré,
pour beaucoup, des « hardcore gamers » – et font
violemment savoir ce qu’ils pensent des nouveaux publics des jeux vidéo, particulièrement
des femmes. Le dénigrement systématique,
les insultes, les menaces sont le lot courant
des jeunes femmes – joueuses ou pas – qui défendent un discours féministe ou construisent
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PROSPECTIVE
un discours critique sur la mise en scène des
personnages féminins dans certains jeux sur
ces forums. C’est donc bien la démocratisation
de la pratique des jeux vidéo contre laquelle ils
s’élèvent. Une blogueuse, du nom de May_Lard
a fait émerger le sujet en 2013. Elle évoque le «
tribalisme de la geekosphère, (« geekosphère » :
de « geek », amateur de jeux vidéo et de la pop
culture correspondante NDLR) qui s’applique à
exclure méthodiquement quiconque n’est pas un
jeune cis-homme blanc hétérosexuel vaguement
cynique ». La publication de son article a entrainé des milliers de réactions. Les insultes ont plu,
les menaces également face aux éléments accablants qu’elle apportait pour étayer son propos.
Ainsi, la communauté des joueurs, bien qu’elle
puisse revendiquer un discours, n’est pas une
communauté homogène mais bien une communauté traversée de rapports de force et de
violences dont les fondements sont politiques,
reposant par exemple ici sur l’affirmation revendiquée de l’inégalité entres les femmes et
les hommes. Le public des jeux vidéo traditionnels – faits par des hommes pour les hommes
– défendant violemment une pratique culturelle
qu’il estime être sa chasse gardée. Autour de la
pratique des jeux vidéo émerge donc une problématique politique, l’égalité tout court et particulièrement l’égalité femmes-hommes.
LA POLITIQUE DANS LES JEUX VIDÉO
Mais les jeux vidéo, en tant que produits culturels, portent également des idéologies. Le cas
d’Assassin’s Creed Unity, très critiqué par J.-L.
Mélenchon, on l’a vu, pour la vision historique
qu’il donne à voir, est particulièrement intéressant puisqu’il met en scène Paris en 1789, le berceau même de la modernité politique française.
Louis XVI apparaît un peu dépassé mais sympathique, Robespierre se présente lui comme
le membre de la société secrète que combat le
joueur en tant que héros, à savoir manipulateur,
sanguinaire et diaboliquement retors. Le jeu
n’est pas neutre. Les scénaristes du jeu ont opéré des choix, mis en scène certains acteurs historiques plutôt que d’autres, et dont les personnalités orientent également la lecture historique
des événements relatés dans le jeu. Un produit
culturel porte des valeurs, des visions du monde,

des représentations particulières. Les jeux vidéo
n’échappent pas à la règle en tant que produit
culturel. Dans le cas d’Assassin’s Creed, la dimension révisionniste est bien présente.
Grand Theft Auto, littéralement « vol qualifié de
voiture », est un jeu extrêmement critiqué pour
son ultra-violence. En l’espèce, le joueur – qui
peut endosser successivement l’identité d’un
psychopathe, d’un braqueur repenti et dépensier, d’un noir américain issu des ghettos - a une
totale liberté d’action dans une immense ville,
dispose de caches, de maisons, d’armes, de véhicules divers et doit faire son chemin au sein du
syndicat du crime local, dans des villes qui ressemblent trait pour trait à Los Angeles ou New
York. Pour progresser, il faut voler, kidnapper,
tuer. Les actions nécessaires sont moralement
répréhensibles et criminelles. Mais l’univers
du jeu, pour un joueur averti, est truffé de détails – graphiques, chez les personnages, dans
les dialogues – dont la portée critique révèle en
creux la vacuité du rêve américain d’une part, la
violence intrinsèque du modèle libéral poussé à
son paroxysme et l’absurdité du consumérisme,
d’autre part.
Jouer à un jeu d’action, mettant en scène des
opérations militaires sur un théâtre d’opération,
au hasard, moyen-oriental ou chinois, implique
une vision du monde américaine, virile, militariste. America’s Army, un jeu développé par l’Armée américaine, sorti en 2002, a pour objectif
explicite de véhiculer le point de vue de l’armée
des États-Unis et de recruter directement de
nouveaux soldats. C’est un outil de communication – de propagande ? - au service d’un point de
vue politique.
LES JEUX VIDÉO POUR LA POLITIQUE
Mais les jeux vidéo et la politique ne se rencontrent pas uniquement dans des jeux guerriers destinés à relayer des messages de propagande. Des organisations ou des États utilisent
directement la production et la pratique des jeux
vidéo afin de construire une stratégie diplomatique. C’est le cas notamment du Japon.
Dans le cadre du développement de sa diplomatie culturelle, le « soft power », le Japon a en ef10

PROSPECTIVE
fet établi une doctrine, le Cool Japan, se fondant
directement sur la culture populaire japonaise,
dont les jeux vidéo sont un élément à part entière. A partir du début des années 2000, l’État
japonais s’est rendu compte du succès de ses
produits culturels populaires dans le monde.
Des chercheurs et journalistes américains n’hésitent plus à cette époque à qualifier le Japon de
« superpuissance culturelle » pour conceptualiser l’irruption massive de la culture japonaise
dans le paysage culturelle global, à travers les
mangas et les licences à succès de l’industrie vidéoludique nipponne.

massive des jeux vidéo dans la vie quotidienne
de tous les Français avec notre excellence culturelle, est et sera un élément clé du rayonnement
de notre pays.
A.R.

Le meilleur exemple du virage pris par la diplomatie japonaise est celui de la promotion du jeu
Pokemon, dont les différentes versions se sont
vendues à des centaines de millions d’exemplaires. Pokemon ? Ce jeu mettant en scène
des petits monstres aux pouvoirs magiques est
en effet devenu un modèle de marketing global aux yeux de l’État japonais, et son succès a
entrainé des politiques de rapprochement avec
les producteurs et les distributeurs de jeux vidéo. L’État coordonne et accompagne désormais
les producteurs de jeux vidéo, mais également
l’ensemble de l’industrie du contenu culturel lié
au jeu (manga, dessins animés, produits dérivés), dont les productions sont exportés partout
dans le monde. Le jeu lui-même propose peu
d’aspérités culturelles, ses différents éléments
sont difficilement rattachables à une culture
nationale. Mais l’État japonais va patiemment
construire l’association entre ce jeu et la marque
« Japon ». Pour la diplomatie japonaise, Pokemon
allie réussite économique et performance diplomatique : le jeu prône en effet la diversité des
cultures et des expériences possibles, l’équilibre
entre l’humanité et la nature, et se structure à
travers des idéaux d’harmonie et de coexistence.
Le jeu relaie des valeurs revendiquées par la diplomatie culturelle japonaise, qui en fait donc
un instrument à la fois politico-diplomatique et
culturel au service d’une doctrine diplomatique,
le Cool Japan.
La France forme des centaines de futurs professionnels de l’industrie du jeu vidéo par an,
reconnus dans le monde entier. Dans le sillage
de la French Tech, l’alliance de la révolution
des loisirs numériques que constitue l’irruption
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