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BOUCHERVILLE

ISBN : 978-2-9814939-0-3

Mars 2014

Réalisation
ATELIER DE
DÉVELOPPEMENT
TERRITORIAL

L’ENCLUME

Collaborateurs

Partenaires

3

BOUCHERVILLE
Portrait du patrimoine culturel et identitaire
Cahier

Boucherville
Brossard
Longueuil
Saint-Bruno-de-Montarville
Saint-Lambert

Dans le cadre de l’Entente administrative sur le développement de la culture pour le territoire de l’agglomération de
Longueuil 2010-2011, la Conférence régionale des élus de l’agglomération de Longueuil (CRÉ), le ministère de la Culture et
des Communications (MCC) et le Forum jeunesse Longueuil en collaboration avec le Conseil montérégien de la culture et des
communications (CMCC), souhaitent identifier et valoriser, à travers une approche concertée, les éléments patrimoniaux
identitaires des cinq municipalités se trouvant sur le territoire de l’agglomération.
La première partie de ce mandat vise d’abord à colliger, bonifier et documenter l’information préalablement recueillie par
l’agglomération, les villes et leurs partenaires, entourant les éléments patrimoniaux identitaires et distinctifs du territoire.
À ce sujet, la notion élargie de patrimoine, telle que présentée dans la Loi sur le patrimoine culturel, a servi de référence.
Cet exercice a mené à l’élaboration de cinq portraits mettant en lumière les éléments distinctifs qui caractérisent les
différentes municipalités de l’agglomération. Ce cahier présente les éléments phares du patrimoine culturel et identitaire
de la Ville de Boucherville. Rappelons que l’objectif n’est pas de dresser un inventaire précis ou exhaustif, mais plutôt de
mettre l’emphase sur les saillances identitaires du territoire bouchervillois.
La seconde partie du mandat, non incluse dans ce cahier, a pour objectif de faire l’analyse de l’ensemble du territoire
dans le but de faire ressortir les éléments patrimoniaux et identitaires communs ou jumelables des cinq municipalités
en vue d’élaborer des pistes d’action à entreprendre et devant mener à la mise en place d’une démarche de valorisation
patrimoniale applicable à l’échelle de l’agglomération.

4

TABLE DES MATIÈRES

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE................................................................................................................. 6
ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE..........................................................................................................11
ARCHÉOLOGIE....................................................................................................................................................19
CADRE BÂTI......................................................................................................................................................... 20
PAYSAGES D’INTÉRÊT..........................................................................................................................................26
MONUMENTS ET ART PUBLIC............................................................................................................................28
CONCLUSION......................................................................................................................................................30
BIBLIOGRAPHIE...................................................................................................................................................31

5

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE
N

N

Carte 1. Positionnement à l’échelle métropolitaine

La localisation et l’accessibilité

La géomorphologie et les milieux naturels

La Ville de Boucherville est localisée au sud-ouest du
Québec, en bordure du fleuve Saint-Laurent, au sein
de l’agglomération de Longueuil dans la région de la
Montérégie. Le territoire de la municipalité, totalisant
70,81  km2, est majoritairement situé sur la rive sud du
fleuve, à l’exception d’un chapelet d’îles qui baigne dans
ses eaux.

Boucherville se trouve dans l’ensemble géographique de
la plaine de Montréal. Sa structure géologique provient
d’un dépôt sédimentaire (shales d’Utica) dans la mer de
Champlain il y a environ 460 millions d’années, soit durant
la période ordovicienne moyenne. Quatre éléments
géographiques dominent le territoire  : le fleuve SaintLaurent, les îles de Boucherville, la rive du fleuve et
l’arrière-pays.

Étroitement liée au développement du réseau routier,
l’évolution de la municipalité a été influencée par la
construction du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine,
de la route 132, ainsi que des autoroutes 20, 25 et 30 qui
ceinturent le territoire de la municipalité au sud et à l’est.
À l’échelle municipale, les axes structurants sont le
boulevard Marie-Victorin et le boulevard de Mortagne,
tous deux parallèles au fleuve. Quant au boulevard De
Montarville, il assure la liaison entre la rive du Saint-Laurent
et l’arrière-pays, le Vieux-Boucherville et le nouveau centreville, centré autour du marché public Lionel-Daunais et
du Centre multifonctionnel Francine-Gadbois. Encore
aujourd’hui, la ville est traversée par une ligne ferroviaire
affectée au transport de marchandises reliant Longueuil
et Sorel, et ce malgré que la gare de Boucherville ait été
démolie au début des années 1960.

6

Carte 2. Positionnement à l’échelle de l’agglomération

Le fleuve Saint-Laurent
Le fleuve Saint-Laurent constitue un élément
incontournable du paysage bouchervillois. Formé à la suite
de la remontée du Bouclier canadien et du retrait de la mer
de Champlain, ce fleuve est parmi les plus imposants en
Amérique du Nord. Son bassin de drainage comprend près
de 25 % des réserves mondiales en eau douce.
Les propriétés physiques du cours d’eau (courant,
profondeur, salinité, marée) varient d’amont en aval et
façonnent de multiples visages. Les milieux humides qui
bordent le fleuve représentent des joyaux écologiques et
de biodiversité. L’écosystème riverain est toutefois fragilisé
par l’urbanisation, l’industrialisation et l’agriculture.
Dans le secteur de Boucherville, le Saint-Laurent est
particulièrement calme, l’eau y est douce et les variations
de marées sont très peu significatives. Peu profond, le
fleuve se fraye un chemin à travers de nombreux chenaux
entre les îles.

Parcs et espaces verts
Territoires agricoles
Secteurs voués à l’urbanisati on
N

Carte 3. Limites administrati ves de la Ville de Boucherville

7

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE
Les îles de Boucherville
Les îles de Boucherville font partie de l’archipel
d’Hochelaga qui compte plus de 200 îles. Le sous-ensemble
de Boucherville est composé d’une douzaine d’îles. La
formation de celles-ci est le résultat d’une accumulation
d’argile marine laissée après le retrait de la mer de
Champlain et façonnée par le fleuve pendant plus de 7 000
ans. Les propriétés du sol des îles ont été bonifiées par des
apports de limon argileux et de sable limoneux de même
que par une fine couche d’humus.

L’archipel de Boucherville était uniquement accessible par
voie d’eau jusqu’à la construction du pont-tunnel LouisHippolyte-La Fontaine. En raison de la qualité du sol, les
îles ont historiquement été un lieu de culture agricole où
l’on y cultivait du maïs et la culture fourragère. À travers
le temps, plusieurs de ces îles ont néanmoins résisté aux
pressions d’un développement urbain intensif jusqu’à
leur transformation en parc national en 1984. Bien
qu’aujourd’hui le territoire du parc jouisse d’un statut de
protection, l’exploitation d’un terrain de golf y est toujours
permise. À l’extérieur des limites du parc, les îles accueillent
également un hôtel ainsi qu’un centre d’épuration des
eaux usées.

La faune et la flore présentes sur et autour des îles
renferment un bon nombre de particularités écologiques
faisant l’objet de mesures de conservation. Leur paysage
rassemble à la fois une végétation associée aux prairies, aux
marais et aux rivages, ainsi que quelques espaces boisés.
Îles de Boucherville

Superficie (ha)

1.

Île Charron

2.

Île Sainte-Margueritte

3.

Île Saint-Jean

4.

Île à Pinard (île Picard)

62

5.

Île de la Commune

192

6.

Île Grosbois

245

7.

Grandes Battures Tailhandier

105

8.

Île Montbrun

4,5

9.

Île Lafontaine

18,3

10.

Île à Bleury

0,7

11.

Île Dufault

43,4

12.

Île Verte

15,6

243
25,6

7.
12.

1. et 2.

3.

8.

9.

11.

10.

4.
5.

6.

Carte 4. Les îles de Boucherville

8

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE
Les rives du Saint-Laurent

L’arrière-pays

Les rives du fleuve Saint-Laurent constituent un axe de
développement socio-économique important. Ces zones
de contact entre le fleuve et la terre ferme jouent un rôle
de premier plan dans la structure du développement du
territoire. L’implantation des foyers de peuplement sur
les rives ne fait pas exception à Boucherville. Ce noyau
villageois dense contraste avec  l’occupation spatiale plus
contemporaine, dite de banlieue, du reste de la ville.
D’anciennes maisons de villégiature font face au fleuve
et témoignent de l’attractivité panoramique et paysagère
qu’exercent les rives depuis des siècles.

Du fleuve vers l’intérieur des terres, la densité
d’urbanisation s’affaiblit graduellement alors que la
vocation agricole s’intensifie. La zone agricole compte pour
50,5 % du territoire de Boucherville. Certaines parties de
cette zone sont toujours cultivées tandis que d’autres sont
laissées en friche.

L’intérêt écologique pour les rives du Saint-Laurent
s’explique par la richesse de leurs milieux naturels, qui
comptent notamment des marécages et des zones
inondables. L’érosion des rives et les conséquences qui en
résultent sont toutefois très préoccupantes, notamment
dans le secteur du lac Saint-Pierre, situé à environ 100
kilomètres en aval, où le recul annuel peut atteindre
jusqu’à trois mètres.

Vers le nord-est, la rue De Montbrun constitue la limite
entre l’urbanisation et la campagne où la trame périurbaine
fait place aux rangs agricoles. Le chemin d’Anjou, le
rang Lustucru ou encore le chemin du Général-Vanier
correspondent aux principaux chemins d’accès des terrains
agricoles, situés dans une plaine riche en terres alluviales.
Une importante couche d’argile marine recouvre cette
plaine, dont l’épaisseur varie entre 6 à 50 mètres. Deux
petites rivières, La Sabrevois et la rivière aux Pins,
s’écoulent en parallèle au fleuve avant de se déverser dans
celui-ci. On retrouve également à l’intérieur des terres, des
espaces d’intérêt écologique, dont des zones agricoles en
friche, des îlots boisés et des milieux humides le long des
cours d’eau.

Fig. 1. Les rives du fleuve Saint-Laurent

9

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE
Le profil sociodémographique
La population totale de Boucherville était de 40  753 en
2011. Ayant multiplié sa population par 10 entre 1950 et
1990, la croissance démographique a cependant ralenti
depuis les dernières décennies. Entre 2006 et 2011, le
taux de croissance de la population a été de 4,3  %, se
rapprochant ainsi de la moyenne provinciale de 4,7  %.
La distribution de la population par groupes d’âge est
semblable à celle du Québec avec une surreprésentation
des 45 à 60 ans.

Concernant la diversité culturelle et ethnique de
Boucherville, 95 % de la population déclare avoir des origines
canadiennes et nord-américaines.1 Cette homogénéité
s’observe aussi du côté linguistique puisque 92,4  %
des Bouchervillois déclarent être de langue maternelle
française. Les langues maternelles non officielles comptent
seulement pour 4,2  % au recensement de 2011. Parmi
ces langues non-officielles, l’italien (19,2  %), l’espagnol
(18,2 %) et l’arabe (15,0 %) dominent.

PYRAMIDE DES ÂGES

ÉVOLUTION DE LA POPULATION
40 000

85 ans et +
80 à 84 ans
75 à 79 ans
70 à 74 ans
65 à 69 ans
60 à 64 ans
55 à 59 ans
50 à 54 ans
45 à 49 ans
40 à 44 ans
35 à 39 ans
30 à 34 ans
25 à 29 ans
20 à 24 ans
15 à 19 ans
10 à 14 ans
5 à 9 ans
0 à 4 ans

35 000
30 000
25 000
20 000
15 000
10 000
5 000

2011

2006

2001

1996

1991

1986

1981

1971

1961

1951

1941

1931

1921

1911

1901

0

LANGUES

Francophone (93 %)

Allophone (4 %)

Anglophone (2 %)
Sources : Statistique Canada 2006 et 2011.

1
La catégorie des origines canadiennes et nord-américaines désigne les recensés qui se reportent sur au moins trois (3) générations à des ancêtres français,
britanniques, américains ou à d’autres groupes provinciaux et régionaux.

10

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
Concession de la seigneurie des
Îles-Percées à Pierre Boucher

Incendie majeur ravageant
plus de la moitié du village

Décès de Pierre Boucher

Arrivée du chemin
de fer à Boucherville

1962-1967

1854

1695
1664

1717

Massacre de
Boucherville

Création du
Parc national
des Îlesde-Boucherville

1843

1885

Abolition de la tenure
seigneuriale

1984

Construction du Pont
Tunnel L.H.-La Fontaine

Les premières occupations (4500 A.A.-1667) 2
Bien que plusieurs recherches archéologiques aient
démontré la présence de population humaine au Québec
remontant à plus de 12000 ans (A.A.), il semble peu
probable, à l’exception peut-être du mont Saint-Bruno,
qu’on retrouve des vestiges de cette époque sur le
territoire de l’agglomération de Longueuil. En fonction des
connaissances actuelles et de l’avancement de la recherche
archéologique, les premiers groupes autochtones font
leur apparition dans la vallée du Saint-Laurent il y a 4500
à 5000 ans peut-être davantage. C’est donc sensiblement
à ce moment que les premières populations ont fait leur
apparition sur le territoire de l’actuelle Ville de Boucherville.
Ces informations sont notamment basées à partir
d’analyses de vestiges de cette période découverts dans le
Vieux-La Prairie, à la pointe du Buisson (Beauharnois) et à
l’île Sainte-Thérèse (en face de Varennes).
Les îles de Boucherville et l’occupation amérindienne
Les recherches archéologiques récentes faites sur les
Îles de Boucherville ont permis de mettre en évidence
plusieurs sites préhistoriques attribués aux périodes du
Sylvicole moyen tardif (1500 A.A.-1000 A.A.) et du Sylvicole
supérieur (1000  A.A.-400 A.A.). Les sites fouillés, pour
la plupart de faible dimension et situés à proximité des
chenaux sur les îles Saint-Jean, de la Commune et Grosbois,
ont confirmé l’occupation autochtone et euro-québécoise
presque ininterrompue depuis plus de 2 000 ans.

Parmi la vingtaine de matériaux lithiques découverts,
bons nombre sont exotiques au Québec et proviennent
du Vermont, du Maine, du lac Champlain et du Labrador.
Il n’est guerre surprenant de trouver des matériaux de ces
provenances en raison de la position centrale des îles de
Boucherville dans la vallée du Saint-Laurent. Le fleuve,
qui constituait à l’époque un axe majeur de circulation,
permettait aux occupants des îles d’être partie prenante
d’un vaste réseau d’échange et d’acquisition de matières
premières.
D’autres recherches archéologiques ont démontré qu’à
partir des années 800 A.A., des regroupements amérindiens
s’installent de façon de plus en plus permanente dans
la vallée du Saint-Laurent entre Québec et Montréal. Ils
installent habituellement leur village, constitué de plusieurs
maisons longues, sur un plateau, pour bien observer les
déplacements et pour se prévenir des inondations. Notons
également que la proximité d’un cours d’eau est essentielle
pour l’alimentation, le transport et l’agriculture.
Les fouilles effectuées sur les îles de Boucherville ont
également révélé une trentaine de vestiges structuraux
qui confirment l’établissement structuré des occupants. Il
semble que les Iroquois du Saint-Laurent aient utilisé ce site
comme lieu de campement saisonnier pour l’exploitation
des ressources animales et végétales variées, abondantes
dans cet univers de chenaux, de frayères et de forêts.

2
Nous privilégions ici le terme « avant aujourd’hui » et son abréviation « A.A ». Il s’agit d’une expression fréquemment utilisée par les archéologues et géologues
pour décrire l’année où un échantillon a été daté. Parce que le « aujourd’hui » continue de changer, la pratique courante consiste à définir le point de début en
1950, moment où la méthode de datation par le carbone 14 a commencé à être utilisée, et de compter à rebours.

11

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
Les premières concessions et la naissance du bourg de Boucherville (1667-1717)
En 1664, le gouverneur Lauzon cède à Pierre Boucher
(1662-1717), sieur de Grosbois et gouverneur des TroisRivières, le fief des îles Percées qui fait 114 arpents de front
sur le fleuve Saint-Laurent par deux lieues de profondeur.
La seigneurie inclut aussi les îles Grosbois, de la Commune,
à Pinard et Sainte-Marguerite. Il s’agit de la troisième
seigneurie concédée sur la rive sud de Montréal après
celles de La Prairie-de-la-Magdeleine en 1647 et Longueuil
en 1657, autrefois toutes regroupées dans la seigneurie de
la Citière, concédée en 1635. Ce n’est toutefois qu’en 1667
que Pierre Boucher démissionne de son poste et s’établit
dans sa seigneurie qu’il renomme Boucherville. Plusieurs
colons de Trois-Rivières optent pour le suivre.

À l’arrivée des colons, le paysage de ce secteur est caractérisé
par le fleuve Saint-Laurent, qui coule lentement entre les
différentes îles, et par la plaine, tantôt marécageuse tantôt
boisée, sillonnée par deux cours d’eau, plus tard appelés
rivières aux Pins et Sabrevois.
Comme dans tout régime seigneurial, le seigneur possède
ses propres terres sur lesquelles il exerce sa juridiction et
qu’on désigne sous le terme de domaine. Dans la seigneurie
de Boucherville, le domaine est localisé au centre comme
c’est le cas habituellement.

Personnage historique

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Fig. 2. Pierre Boucher (1622-1717)

Source : Bibliothèque et archives nationales du Québec

12

BOURG

Fils de Gaspard Boucher, menuisier, et de Nicole Lomer,
Pierre Boucher arrive vers 1634 en Nouvelle-France à l’âge
de 13 ans en compagnie de ses parents, son frère et ses
sœurs. Jeune, il séjourne d’abord de 1637 à 1641 en Huronie
auprès des Jésuites et profite de cette occasion pour
apprendre et maitriser le dialecte des populations locales.
Peu après, le gouverneur Huault de Montmagny l’embauche
comme soldat, mais surtout comme interprète auprès des
tribus amérindiennes. À l’été  1642, il accomplit un fait
d’armes lors d’un combat contre les Iroquois à l’embouchure
du Richelieu. Deux ans plus tard, il est nommé interprète
officiel et commis au fort de Trois-Rivières. Dès lors, Pierre
Boucher gagne en responsabilités en participant activement
aux négociations de 1645 avec les Amérindiens. En 1651, il
est promu capitaine du bourg et, deux ans plus tard, assure
héroïquement la défense du poste de Trois-Rivières pendant
un siège de neuf jours mené par plusieurs centaines
d’Iroquois. Lorsque le gouverneur Jean de Lauzon a vent de
cette victoire inespérée, il le nomme aussitôt commandant
du fort et peu de temps après gouverneur. En 1657, il est élu
conseiller du roi à Québec, mais abandonne ses fonctions
officielles pour se retirer sur ses terres de l’arrière-fief
Sainte-Marie. Il est désigné juge royal en 1663, puis, quatre
ans plus tard, il abandonne son poste de gouverneur de
Trois-Rivières et s’établit sur la seigneurie des Îles-Percées
qui lui avait été concédée trois années auparavant.

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15 ARPENTS

Fig. 3. Localisation du Domaine seigneurial

Adapté d’un plan original de la Commission des T.G, 1867

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
L’établissement de la seigneurie de Pierre Boucher
Dès 1667, Pierre Boucher concède verbalement des
terrains le long du fleuve et le déboisement de la seigneurie
est aussitôt entrepris. Rapidement, le besoin des premiers
habitants de posséder une église se fait sentir. Grâce au don
d’un terrain par Pierre Boucher et à l’aide des censitaires
(colons), une chapelle en bois, située à l’emplacement
actuel de l’église, est érigée en 1670. Huit années plus tard,
François de Laval, premier évêque de la Nouvelle-France,
fonde la paroisse de Sainte-Famille, une des plus anciennes
du Québec.
En 1673, Pierre Boucher cède le tiers de sa seigneurie à sa
fille Marie et à son gendre René de Gaultier de Varennes.
Bien qu’à l’ouest de la seigneurie de Boucherville, les
terres cédées, nommées fief du Tremblay, relèvent de
la seigneurie de Varennes tout comme les îles Dufort
(Charron) et Lamoureux (Sainte-Marguerite), situées en
face du fief.
Vers 1673, Pierre Boucher concède officiellement les
trente-huit premières concessions le long du fleuve,
dont plusieurs avaient déjà été concédées verbalement
depuis 1667 et défrichées afin d’être utiles à l’agriculture
et à l’élevage. Ces concessions sont divisées en bandes
parallèles, profondes d’environ 20 à 126 arpents et larges
de 2 à 5 arpents. Ce type d’implantation permet d’allouer
efficacement aux premiers colons une portion d’arrièrepays et de côte. Les concessions sont disposées en angle
d’environ 50 o par rapport au fleuve afin de respecter
un alignement parallèle aux limites de la seigneurie.
Les premiers habitants s’implantent selon le mode des
rangs en érigeant leurs immeubles le long du chemin à
l’extrémité ouest donnant sur le fleuve. L’accès au fleuve
est avantageux pour les habitants pour plusieurs raisons,
notamment parce qu’il permet une proximité avec la
principale voie de circulation de la colonie de l’époque.

l’ouest et par le domaine seigneurial à l’est. La trame du
bourg est perpendiculaire à la rive, ce qui engendre une
trame urbaine singulière en rupture avec l’orientation
des concessions limitrophes. En somme, deux types
d’implantations se côtoient au cœur de la seigneurie ;
le rang et le bourg. Le premier type est peu dense et les
bâtiments qui s’y trouvent sont généralement implantés
perpendiculairement par rapport au rang de part et d’autre
du bourg. Le second type d’implantation est, quant à lui,
marqué par une densité plus forte et par des bâtiments
parallèles au rang.
Les nouvelles concessions engendrent un accroissement
de la population, qui comprend déjà un maître armurier
et serrurier, un tailleur, un cordonnier, un charpentier, un
tisserand. En 1681, la seigneurie de Boucherville compte
179 habitants. Sensiblement au même moment, Pierre
Boucher, qui a l’obligation de mettre à la disposition des
censitaires une commune, accorde la permission aux
habitants de faire paître leur bétail sur les îles à Pinard et
de la Commune. Cette autorisation marque le début de
l’occupation de ces îles par les colons français.

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Le développement du bourg et l’arrivée des colons
français
Traditionnellement, le renflement du premier rang
combiné à l’érection d’une église et la concentration
d’occupations professionnelles marque l’émergence du
village et plus tardivement de la ville. Or, dans la seigneurie
de Boucherville, le bourg se développe simultanément
au développement des rangs agricoles. Dès 1674, vingt
et une concessions sont accordées pour bâtir le bourg.
Entouré d’une palissade en bois, il est comprimé au sud
et au nord par les premières concessions, par le fleuve à

Fig. 4. La trame urbaine parallèle au fleuve Saint-Laurent
Adapté d’un croquis tiré de BUREAU, Pierre, Renée CÔTÉ et Claude MICHAUD (1979)

13

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
Les conflits entre colons français et iroquois

La fin d’une ère : le décès de Pierre Boucher

Dans les années suivantes, des efforts sont faits pour
consolider le noyau villageois notamment par la
construction du premier presbytère en 1686, d’un moulin
banal en 1687 suivis en 1689 d’un moulin à vent et d’un
moulin à farine. À cette époque, en raison des attaques
répétées des Iroquois qui ont lieu un peu partout le long
du Saint-Laurent, les habitants se réfugient régulièrement
à l’intérieur des palissades en bois qui entourent le bourg.
Malgré cela, plusieurs familles sont tuées en pleine nuit lors
du massacre de Boucherville le 12 août 1695, deuxième
événement le plus sanglant de la Seconde Guerre francoiroquoise (1687-1701) après celui de Lachine en 1689.

En 1712, à la demande de Mgr Jean-Baptiste de La Croix de
Chevrières de Saint-Vallier, évêque de Québec, on procède
au remplacement de la chapelle de bois de 1670 par une
église en pierre. L’année 1717 marque la fin d’une époque
à Boucherville en raison du décès de Pierre Boucher,
fondateur de la seigneurie. Son fils, Pierre Boucher de
Boucherville (1653-1740) prend alors la relève, et ce,
jusqu’à son décès en 1740.

La grande paix et le développement du village (1717-1857)
Dès 1673, le bourg est desservi par le chemin du Roy
(boulevard Marie-Victorin) et les rues Notre-Dame et
Saint-Pierre (rue Louis-Hippolyte La Fontaine Nord). Au
début du 18e siècle, s’ajoutent les rues Saint-René (rue
Pierre-Boucher), Saint-Charles, Saint-Jean (rue De Granpré)
et Saint-Louis (rue De Grosbois), toutes encore présentes
aujourd’hui. Celles-ci forment, avec les rues SainteMarguerite, Saint-Christophe et Saint-Joseph (rue De La
Perrière), ouvertes plus tard au 18e siècle, le vieux village
de Boucherville.
La paix signée avec les Amérindiens en 1701 a grandement
facilité et accéléré l’exploitation agricole de l’intérieur des
terres. La montée d’En Haut (boulevard De Montarville)
et la montée d’En Bas (rue De Montbrun) permettent
d’accéder, par l’intermédiaire du chemin du Roy, aux
nouvelles concessions, alors que les rangs de Mortagne et
Lustucru traversent perpendiculairement le territoire de
celles-ci.
En 1724, le bourg compte 60 lots, dont 43 sont construits
sur une superficie de 12 arpents. Les premiers édifices
érigés à l’extérieur du bourg, le long du chemin du Roy,
sont d’abord des bâtiments de ferme. Vers le milieu du 18e
siècle, et ce jusqu’à la fin du siècle suivant, les notables
s’y établissent notamment en raison de l’environnement
dégagé et verdoyant. Par exemple, en 1735, Charles
de Sabrevois (1697-1771), bailleur de l’arrière-fief de
Sabrevois, y construit sa propriété nommée château
Sabrevois, renommé plus tard la Villa La Broquerie par
les Jésuites qui l’occuperont comme maison de retraite.
Quelques années plus tard, en 1741, François-Pierre
Boucher, petit-fils de Pierre Boucher et depuis peu nouveau
14

seigneur de Boucherville, choisit d’y construire son manoir
qui remplace le premier manoir seigneurial. Dans plusieurs
cas, les bâtiments de fermes seront transformés en
résidence.
En 1801-1802, une nouvelle église est construite. Elle est
érigée sur l’emplacement de l’église de 1712 selon les
plans du curé de la paroisse Pierre Conefroy (1752-1816).
En 1815, le village compte près de 100 maisons en plus
d’une église, d’une chapelle, d’un presbytère, d’un petit
couvent et d’une école de garçons.
Le bateau à vapeur et l’héritage industriel des Molson
En 1809, John Molson, brasseur et homme d’affaires
prospère de Montréal, se lance dans la construction
de bateaux à vapeur afin de doter son entreprise d’un
système de transport efficace pour contrôler davantage la
distribution de ses produits. Dans le cadre de ces activités,
il acquiert au début du 19e siècle l’île Sainte-Marguerite.
C’est là que sa flotte de navires gagne, l’automne venu, ses
quartiers d’hiver. Molson y fait également un élevage de
moutons suffisamment important pour que les ventes de
viande et de laine apparaissent aux comptes de l’entreprise.
En raison de l’évolution technologique rapide dans le
domaine des transports, les bateaux à vapeur deviennent
rapidement désuets. L’île Sainte-Marguerite, rebaptisée île
Molson, devient avec le temps un important cimetière de
bateaux à vapeur. D’ailleurs, des fouilles archéologiques
subaquatiques menées entre 1984 et 1993 ont permis de
révéler le bateau P.S. Lady Sherbrooke, quatrième bateau à
vapeur construit par John Molson.

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE

er

N

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stu

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Tracés fondateurs

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on
vil
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Qu’est-ce qu’un tracé fondateur ?

Les tracés fondateurs correspondent aux premiers chemins
aménagés ayant structuré le développement des villes au
cours des premières étapes de leur évolution. Ceux-ci épousent
généralement certaines contraintes géophysiques (cours
d’eau, colline, etc.). Dans d’autres cas, ils correspondent à des
chemins aménagés parallèlement au lotissement seigneurial,
permettant d’accéder à de nouvelles concessions à l’intérieur
des terres. L’intérêt du tracé fondateur tient principalement
à son importance historique, à son caractère pittoresque et
dans certains cas à la concentration de bâtiments d’intérêt
patrimonial le long de son parcours.

Carte 5. Les tracés fondateurs

15

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
La fin du régime seigneurial et la création de la municipalité
En 1843, un incendie détruit presque la moitié de village.
L’église est presque entièrement démolie, seule une partie
de sa façade est conservée. Au lendemain de l’incendie, la
priorité est d’abord accordée à l’église. Plusieurs villageois
se mobilisent afin d’en ériger rapidement une nouvelle à
l’emplacement de l’ancienne.

En 1845, la municipalité de la paroisse de Sainte-Famille
de Boucherville est constituée. Perçue comme un obstacle
à l’économie et à l’industrialisation, la tenure seigneuriale
est abolie en 1854 par le gouvernement. Trois ans plus
tard, Pierre-Amable Boucher de Boucherville (1780-1857),
dernier seigneur de Boucherville, décède et la paroisse
est divisée en deux municipalités : celle du village et de la
paroisse. Ces trois événements marquent définitivement la
fin d’une époque.
92

Chemi
n de fe
r de la R

ive-Sud

147

37

93

91

117
118

Rue St-Joseph (De La Perrière)

35

43

41
37
42
44

34
43
33

51

50

Rue St-Christophe
88
83

84

85

89

86
87

Rue Ste-Marguerite
81

79
77

80

75

76

78

81

119

94

121
120

95

98

99

102

96

97

100

101

115

114

Rue St-Jean (De Granpré)

40

Rue St-Louis (De Grosbois)

39

Rue St-Pierre (L-H La Fontaine Nord)

116

124
122

123

126
125

121

120

130

127

Rue St-Charles

54

66

67

32

103

104

146

145

131

63
65

N

90

Rue St-René (Pierre Boucher)

38
36

132

149

113

150

56
135
57

Rue Nore-Dam

64

134

133

e

74

31

106

60

112

136

111

137

138

140

141

68
73

58

30

139
107

69

105

143

144

69

Rue Ste-Famille (boul. Marie-Victorin)
28

69

60

61

Incendié

62

70

71

108

109

110

Propagation de l’incendie en raison
d’un fort vent d’ouest

142

Fig. 5. Incendie de 1843

Adapté d’un croquis produit par la Société historique et culturelle du Marigot

Événement historique
L’incendie de 1843

Peu après 17 heures le 10 juin 1843, le bateau à vapeur Saint-Louis s’approche du quai situé au bout de la rue Saint-Jean (rue De
Granpré). Le bateau accoste, laisse descendre les passagers, décharge la marchandise et s’apprête à repartir vers Varennes. Afin de
lutter contre les forts vents qui repoussent constamment le bateau vers la rive, on surchauffe la chaudière afin d’obtenir davantage
de vapeur. Soudain, des étincelles émanent de la cheminée et embrasent le toit desséché d’une grange en raison du manque de
précipitations. Aussitôt, des tisons se propagent sur d’autres bâtiments. Des habitants tentent tant bien que mal de sauver leurs
meubles et effets personnels, alors que d’autres aident le curé à sortir de l’église, des autels et vases sacrés. Malgré ces efforts,
c’est plus de 55 maisons, 92 bâtiments et un certain nombre d’édicules tels que des laiteries qui sont une perte totale ou fortement
endommagés.
16

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
Intégration progressive à l’économie de la métropole (1857-1930)
Boucherville comme lieu de villégiature

Les congrégations religieuses

L’arrivée du chemin de fer à Boucherville en 1885, peu après
l’inauguration en 1882 de la ligne Montréal-Sorel du Grand
Tronc, marque une nouvelle étape dans le développement
de la municipalité. Une gare est construite l’année suivante
sur la rue Saint-René (rue Pierre-Boucher). La présence
du train combinée à l’efficacité du service de bateaux
à vapeur, notamment le bateau Hochelaga (renommée
Boucherville en 1902) et le Terrebonne, améliore l’accès
à Boucherville et contribue à son développement comme
lieu de villégiature prisé par la bourgeoisie montréalaise.
De grandes fêtes très courues sont organisées le long de la
rive où se trouvent plusieurs kiosques et un club nautique.

La présence des communautés religieuses à Boucherville
remonte à 1703 alors que les Sœurs de la Congrégation
de Notre-Dame inaugurent une école pour filles sur la rue
Notre-Dame. Cette dernière brûle toutefois, comme bon
nombre d’autres bâtiments, lors de l’incendie de 1843. Puis,
en 1856, les Clercs de Saint-Viateur ouvrent à leur tour une
institution d’enseignement, cette fois destinée aux garçons.

Pour faire place aux villégiateurs, certaines maisons
ancestrales sont modifiées et transformées pour satisfaire
les goûts et besoins des nouveaux occupants. Les maisons
Quintal-Quesnel, Gauthier dit Saint-Germain-Decelles, La
Chaumière et Léveillée ou Desmarteau en sont de bons
exemples. Dans d’autres cas, des villas sont construites au
tournant du 20e siècle spécifiquement pour la villégiature.
C’est le cas des villas de Thomas Gauthier, d’Arthur et
Raoul Gauthier (située aujourd’hui sur le boulevard MarieVictorin), et de celle d’Octave Laurence (située sur le lot de
l’ancienne résidence de Louis Lacoste).

Les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame s’installent
d’abord dans une maison appartenant à l’évêque de
Montréal, Mgr Bourget (1799-1885), située au coin des
rues Sainte-Famille et Saint-Joseph (rue De La Perrière),
pour ensuite emménager à partir de 1859 dans le collège
récemment construit, puis dans le nouveau couvent en
1890. Elles occuperont, par ailleurs, ce dernier bâtiment
jusqu’en 1972. Les Clercs de Saint-Viateur vont quant
à eux ériger un nouveau collège en 1899 situé sur la rue
Saint-Sacrement, toujours présent dans le cœur du VieuxBoucherville.
Lieu historique
Le parc King-Edward

Personnage historique
Qui est Louis Lacoste ?

Fig. 6. Louis Lacoste (1798-1878)

Source : Bibliothèque et Archives Canada,

Acc. No. 1984-81-48 — Alberte G. Bourassa, Carmel
Watson, Jeanne & Pierre G. Décarie

Fils de Louis Lacoste et de Josette Dubois, Louis Lacoste est
un notaire et un homme politique né à Boucherville en 1798.
Entre 1834 et 1838, il siège comme député à l’Assemblée du
Bas-Canada dans la division électorale de Chambly. En 1837,
il est emprisonné pendant quelques mois en raison de ses
positions politiques favorables au mouvement des Patriotes.
Après être retourné à sa profession de notaire, il devient
député à nouveau en 1843 et sera élu deux autres fois par
la suite. En 1856, il devient le premier maire du village de
Boucherville, poste qu’il occupera durant 20 ans. En 1824, il
fait l’achat d’une maison, située au coin du chemin du Roy
(Marie-Victorin) et de la rue Sainte-Famille (Pierre-Boucher),
qui aurait appartenu à la famille Boucher. Celle-ci est
toutefois démolie à la fin du 19e siècle. Nommé sénateur en
1867, il siège à la Chambre haute jusqu’à son décès en 1878.

Fig. 7. Parc King-Edward (vers 1910)

Source : Musée MCCord, MP-1994.9.55

Au début du 20e siècle, l’île Grosbois devient le site du parc
d’amusement King-Edward. L’été, les visiteurs s’y déplacent
par bateau pour les pistes de course de chevaux, les manèges
et les cirques. L’hiver venu, des ponts de glace permettent
d’accéder à l’île qui attire par ses courses et ses randonnées
en carriole. À la même époque, le vicomte de Lesseps,
diplomate et entrepreneur français et fils du promoteur et
réalisateur du canal de Suez, choisit l’île Grosbois pour y
construire et y réparer des avions faits de toile. Le célèbre
Louis Blériot, pionnier de l’aviation, serait même venu
y faire des essais. À la suite d’un accident provoqué par
l’effondrement d’un quai, le parc d’amusement ferme ses
portes en 1928. Les manèges auraient alors été déménagés
dans le parc Belmont à Montréal.
17

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
D’un village agricole à une banlieue moderne (1930-2013)
Au début du 20e siècle, le paysage demeure essentiellement
agricole. Entre 1900 et 1950, la population du village
augmente peu. Seulement 2 000 personnes s’ajoutent à la
population durant cette période pour atteindre un total de
3 030 habitants en 1951.
Au moment où les terres agricoles commencent à subir de
fortes spéculations, le village est constitué en municipalité
en 1957. Boucherville amorce alors un nouveau départ. On
observe l’apparition de nouveaux développements urbains
de type pavillonnaire avec des rues sinueuses ou en boucle.
En 1962, le tronçon de l’autoroute 20 reliant Boucherville et
Rivière-du-Loup est inauguré. À la différence de Longueuil,
de Saint-Lambert et de Brossard, cette section ne limite
pas l’accès à la rive du Saint-Laurent puisque le tracé de la
route passe à l’intérieur des terres.
Entre 1962 et 1967, on assiste à la construction du ponttunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, véritable prouesse
du génie québécois. Cette nouvelle infrastructure
entraîne notamment l’ouverture d’un parc industriel au

sud de l’autoroute  20. Elle contribue également à une
transformation importante des îles, particulièrement
l’île Charron, en raison des travaux de remblayage.
Face au conflit opposant des promoteurs immobiliers
et des groupes de protection du patrimoine naturel, le
gouvernement fait l’acquisition des cinq îles entre 1973 et
1976. En 1979, le conseil de ville approuve l’aménagement
d’un parc qui deviendra officiellement le Parc national des
Îles-de-Boucherville en 1984.
Durant les décennies  1980, 1990 et 2000, Boucherville
connaît une évolution marquée par un étalement urbain
considérable. Les développements résidentiels, souvent
lotis sur des rues en cul-de-sac, font leur apparition tandis
que d’imposants complexes commerciaux, à proximité
des boulevards et des autoroutes, génèrent de plus en
plus de circulation automobile. Une nouvelle centralité
aux accents modernes et durables est aussi aménagée
autour du marché public Lionel-Daunais et du Centre
multifonctionnel Francine-Gadbois.

Fig. 8. Pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine

Source : Archives de la Ville de Montréal (VM94-B121-002)

18

ARCHÉOLOGIE
Un patrimoine archéologique très riche
On retrouve treize sites archéologiques dans la Ville de
Boucherville sur les vingt-six que compte l’agglomération
de Longueuil. Sept des treize sites ont une composante
amérindienne préhistorique, trois ont une composante
euro-québécoise de périodes historiques différentes
(1608-1759 ; 1760-1799 ; 1800-1899 ; 1900-1950) et deux
sites possèdent les deux composantes (BjFi-7 et BjFi-13).
Dix des treize sites archéologiques sont situés sur les Îles
de Boucherville. Parmi les fouilles effectuées sur les îles
(Grosbois, Saint-Jean, de la Commune), neuf d’entre elles
ont permis de conclure que les îles ont été fréquentées par
différents groupes amérindiens à partir du Sylvicole moyen
ancien (2 400 A.A.–1 000 A.A.) jusqu’au Sylvicole supérieur
(1 000 A.A.-16e siècle ap. J-C.). La richesse, la quantité et le
niveau de protection de sites font des Îles de Boucherville
un secteur d’intérêt archéologique particulièrement
important en ce qui a trait à la composante préhistorique.
Les fouilles effectuées sur le site BjFi-7 ont aussi permis

de confirmer son intérêt archéologique historique. On
retrouve en effet sur le site les vestiges de la maison
Boucher-de-Grosbois construite au tournant du 17e et 18e
siècles sur l’île Grosbois et incendiée en 1947. Les fouilles
menées sur le site BjFi-4, localisé à l’entrée du canal entre
les îles Molson et Charron, ont mené quant à elles à la
découverte du quatrième bateau à vapeur construit par
John Molson : le P.S. Lady Sherbrooke.
Les deux autres sites sont localisés sur la rive sud du fleuve.
L’un deux, nommé Parc historique La Broquerie (BjFi-3), a
permis d’approfondir nos connaissances sur le site et les
bâtiments du manoir de Charles de Sabrevois.
D’autres secteurs de Boucherville pourraient faire
l’objet d’une évaluation plus approfondie du potentiel
archéologique. C’est le cas notamment de certains anciens
rangs agricoles, tels que le chemin du Général-Vanier, le
rang Lustucru et le chemin d’Anjou.
N

Site archéologique

BjFi-12

BjFi-14

BjFi-15

BjFi-9

BjFi-7

BjFi-8

BjFi-20

BjFi-6

BjFi-10

BjFi-19

BjFi-3

BjFi-13

BjFi-4

Carte 6. Les sites archéologiques de Boucherville

19

CADRE BÂTI
Un cadre bâti diversifié
L’évolution de l’occupation du territoire de la Ville de
Boucherville a mené à une diversification intéressante
des unités et des typologies architecturales. On y retrouve
notamment des bâtiments résidentiels typiques d’un
noyau villageois du 18e siècle, des bâtiments agricoles et
leurs dépendances, des résidences plus cossues issues de
l’époque de la villégiature, des résidences à l’architecture
moderne associées au développement de type banlieue,
de même que des bâtiments institutionnels du 19e siècle
bien conservés.

Fig. 9. Maison dite Louis-Hippolyte-La Fontaine

L’étude effectuée par Bergeron Gagnon (2012) offre
un portrait détaillé des bâtiments résidentiels d’intérêt
patrimonial et témoigne, de ce fait, de toute la richesse
architecturale présente sur le territoire. Que ce soient
pour ses bâtiments de style d’esprit français (1730-1840),
québécois (1840-1890), néoclassique (1830-1890),
vernaculaire (1830-1950), victorien (1890-1915), à la
mansarde (1890-1920), Four Squares (1890-1960), à toit
plat (1900-1960), Boomtown (1895-1930), Arts and Crafts
(1900-1950), bungalow ancien, ou moderne (1950-1960),
force est d’admettre que Boucherville se distingue par la
profondeur historique, la qualité de la conservation et la
diversité stylistique de son cadre bâti.

Fig. 10. Manoir François-Pierre-Boucher De Boucherville

Le style d’esprit français

Le style d’esprit français se caractérise par un plan plutôt rectangulaire possédant un toit à deux versants dont l’inclinaison est assez
accentuée. La structure est généralement faite en pierre ou en pièce sur pièce et les ouvertures sont souvent réparties de façon
asymétrique. De manière générale, les matériaux de revêtement, tels que le bois et le crépi, sont utilisés pour les murs extérieurs et la
tôle en plaque ou la tôle canadienne pour la toiture.
Le style québécois

Le style québécois se distingue par son plan rectangulaire et sa
toiture à deux versants généralement courbée. Contrairement
au style d’esprit français, la répartition des ouvertures est plutôt
symétrique et l’on y remarque fréquemment la présence de
lucarnes. Les matériaux de revêtement extérieur traditionnel sont
la planche à feuillure, le bardeau de bois, la planche à clin, la tôle
embossée ou la planche unie verticale.

Fig. 11. Maison Robert-Reeves

20

CADRE BÂTI

Fig. 12. Maison Quintal-Quesnel

Fig. 13. Maison de style vernaculaire

Le style néoclassique

Le style vernaculaire

On reconnaît le style néoclassique à son plan rectangulaire, son
toit à deux versants droits et son fronton. On y remarque l’absence
de lucarnes et la localisation des souches de cheminées aux
extrémités du toit. La pierre et la brique sont traditionnellement
employées comme matériaux de revêtement extérieur et la tôle
à baguettes, la tôle pincée ou la tôle en plaque comme matériaux
de recouvrement pour le toit.

Le style vernaculaire se caractérise principalement par son toit
à deux versants, son plan plutôt rectangulaire ou en « L », ainsi
que par ses 1,5 ou 2,5 niveaux d’occupation. Son implantation
est parfois perpendiculaire à la rue et ses ouvertures sont
généralement réparties de façon symétrique. Le bois et la brique
sont généralement utilisés comme matériaux de revêtement
extérieur, tandis que la tôle pincée ou la tôle canadienne servent
de revêtement pour le toit.

Fig. 14. Maison de style victorien

Fig. 15. Maison Faubert-Aubertin

Le style victorien

Le style à la mansarde

Le style victorien se démarque par une abondance d’éléments
décoratifs de même que par la combinaison d’influences de
plusieurs styles architecturaux. Bien que son plan soit plutôt
rectangulaire, on y retrouve souvent quelques saillies ou volumes
annexes venant complexifier sa forme. De fait, les formes de
toits sont assez variées. Les ouvertures, quant à elles, sont
généralement disposées asymétriquement. Le bois et la brique
constituent généralement les matériaux de recouvrement
extérieur et la tôle en plaque, la tôle canadienne, le bardeau de
bois ou l’ardoise recouvrent la toiture.

Le style à la mansarde fait essentiellement référence à la forme du
toit du bâtiment qui est composé d’un terrasson et d’un brisis sur
deux ou quatre côtés. Le plan du bâtiment est plutôt rectangulaire
et la répartition des ouvertures est généralement symétrique. Le
bois et la brique sont généralement utilisés comme matériaux de
revêtement extérieur, tandis que la tôle en plaque, pincée ou à la
canadienne est employée pour le recouvrement du toit. Notons
également la présence fréquente de lucarnes au brisis.

21

CADRE BÂTI

Fig. 16. Maison de style Arts and Craft

Fig. 17. Maison de style Foursquare

Le style Arts and Crafts

Le style Four Square

Le style Arts and Crafts se distingue principalement par son
toit à deux versants avec croupe aux extrémités. Le plan du
bâtiment est plutôt rectangulaire et les ouvertures sont disposées
symétriquement. Les bardeaux d’amiante, et le bois recouvrent
l’extérieur du bâtiment tandis que la tôle pincée ou en plaque
couvre la toiture. Autre trait distinctif, les lucarnes interrompent
l’avant-toit.

On reconnaît le style Foursquares par son plan carré (ou
presque) et son toit généralement plat ou à quatre versants. La
répartition des ouvertures est plutôt symétrique. Le bois et la
brique sont employés comme matériaux de revêtement extérieur
tandis que la tôle en plaque, pincée ou canadienne recouvre
traditionnellement le toit.

Fig. 18. Maison de style Boomtown

22

Fig. 19. Maison nouvelle

Le style Boomtown

Le style bungalow moderne

Le style Boomtown se caractérise principalement par son plan
rectangulaire, sa disposition perpendiculaire à la rue, la présence
d’un mur parapet implanté en façade et son toit plat ou à deux
versants droits. Souvent utilisé comme bâtiment commercial, il
comprend parfois une vitrine ou un front en façade. L’extérieur
du bâtiment est habituellement constitué de bois ou de bardeaux
d’amiante.

Le style bungalow moderne se démarque par un plan rectangulaire
sur un seul niveau, par un toit à deux ou quatre versants à angle
très faible ou encore par un toit plat. Son implantation est
isolée sur un lot généralement grand et éloigné de la rue. Sa
fenestration est plutôt généreuse. Dans plusieurs cas, un espace
de stationnement est aménagé (parfois même recouvert) le long
de l’une des façades latérales. Les matériaux de recouvrement
des murs extérieurs sont multiples  : bois, brique, pierre de
recouvrement, stucco, aluminium, tôle, etc.

CADRE BÂTI
Un noyau institutionnel datant du 19e siècle

N

La «  Place de l’église  » est composée de trois bâtiments
institutionnels d’intérêt, soit l’église Sainte-Famille, l’ancien
couvent de la Congrégation de Notre-Dame et l’ancien
presbytère Sainte-Famille, devenu le centre Mgr-Poissant.
La composition et l’architecture de grande qualité de ce
lieu en font un exemple unique de ce que pouvait être un
noyau institutionnel en Nouvelle-France.

Fig. 20. Église Sainte-Famille

L’église Sainte-Famille

STE-VIRGINIE

ST-CHARLES

ST-LOUIS

DE LA CHAPELLE

ST-JOSEPH

STE-MARGUERITE

ST-JEAN

Construite en 1801, l’église Sainte-Famille est la proie des
flammes lors du grand incendie de 1843. Malgré une démolition
partielle, on réussit tout de même à conserver sa façade d’origine
lors de la reconstruction. Outre son architecture néoclassique
intéressante, l’église renferme également un décor tout à fait
exceptionnel retraçant plus de 125 ans d’influence artistique en
matière d’ornementation des églises du Québec.

NOTRE-DAME

Fig. 21. Ancien couvent de la Congrégation de Notre-Dame
STE-FAMILLE

Fig. 22. Secteur du noyau institutionnel en 1909

Adapté du plan d’assurance-incendie de 1909 par C.E. GOAD,
Bibliothèque et archives nationales du Québec

Ancien couvent de la Congrégation de Notre-Dame

Bien qu’il ne jouisse pas d’un statut particulier de protection,
l’ancien couvent se retrouve néanmoins dans l’aire de protection
de l’église Sainte-Famille. Son intégrité architecturale et son style
Second Empire en font l’un des éléments importants du VieuxBoucherville, contribuant ainsi à affirmer la prestance du noyau
institutionnel.
23

CADRE BÂTI
Les sites d’intérêt et les bâtiments classés
N

2.
1.

8.
6.

3.

5.
7.

4.
10.
9.

11.

Bâti ment protégé (citati on ou classement)
Site du patrimoine du Vieux-Boucherville

Carte 7. Localisati on des bâti ments et sites protégés

24

CADRE BÂTI
Site et bâtiment

Statut

Construction

1. Église Sainte-Famille

Classement + aire de protection

1801

2. Maison Gauthier dit Saint-Germain-Decelles

Classement

3. Maison La Chaumière

Classement + aire de protection

1742

4. Maison Louis-Hippolyte-La Fontaine

Classement + aire de protection

1766

5. Maison Quintal-Quesnel

Classement + aire de protection

1710

6. Manoir François-Pierre-Boucher De Boucherville

Classement + aire de protection

1741

7. Vestiges de La Broquerie

Classement

1736

8. Vieux-Boucherville

Citation à titre de site du patrimoine

9. Maison Bachand-Larivière

Citation à titre d’immeuble patrimonial

1750 (estimée)

10. Maison Robert dite Chaput

Citation à titre d’immeuble patrimonial

1760 (estimée)

11. Maison d’Alençon

Citation à titre d’immeuble patrimonial

1807 (estimée)

1787 (estimée)

n/a

25

PAYSAGES D’INTÉRÊT
Qu’est-ce qu’un paysage d’intérêt ?
Le paysage est produit par une appréciation de ce qui est vu à travers un ensemble de filtres qui relèvent de notre culture
d’appartenance, de notre éducation, de notre formation professionnelle, de notre sensibilité esthétique, etc. En somme, un
paysage d’intérêt correspond à un territoire reconnu par une collectivité pour ses caractéristiques paysagères remarquables
résultant de l’interrelation de facteurs naturels et humains, méritant d’être mis en valeur en raison de son intérêt historique ou
naturel et sa valeur emblématique ou identitaire. Rappelons également qu’un paysage est toujours apprécié à partir d’un point de
vue ou d’un parcours, et que la préservation de l’intégrité de ceux-ci est inhérente à la mise en valeur des paysages jugés d’intérêt.

Fig. 23. Le fleuve Saint-Laurent et les îles de Boucherville

Fig. 24. L’ambiance dans le Vieux-Boucherville

Fig. 25. Le paysage agricole de Boucherville

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PAYSAGES D’INTÉRÊT
Le fleuve Saint-Laurent et les îles de Boucherville
À travers le temps, Boucherville a su conserver son lien privilégié avec le fleuve. Véritable paysage emblématique chargé
d’histoire, le Saint-Laurent représente beaucoup plus qu’un simple élément hydrographique. Le rôle structurant qu’il a joué
dans l’histoire québécoise de l’établissement humain en fait un élément incontournable.
À Boucherville, les points de vue sur le fleuve sont nombreux et intéressants. La piste cyclable et le boulevard MarieVictorin permettent d’apprécier le fleuve et ses paysages au rythme des percées visuelles taillées au travers de la végétation
abondante. En plus d’être un paysage visuel d’intérêt, plusieurs y voient également un « paysage olfactif et auditif » très
précieux.
Depuis les rives de la ville, on peut observer à l’horizon l’archipel des îles de Boucherville. Ces îles, pour la majorité
constituée en parc national, renferment à elles seules un potentiel paysager naturel et humanisé immense dont les efforts
de valorisation remontent jusqu’au 19e siècle. En raison de son statut de parc, cet espace jouit déjà d’une certaine forme
de protection de ses éléments distinctifs.
Par ailleurs, notons qu’une partie de l’île Grosbois est depuis longtemps occupée par des activités agricoles, plus précisément
par la culture du maïs. Les développements projetés du Parc national des Îles-de-Boucherville pourraient par conséquent
entrer en conflit avec cet usage, qui fait maintenant partie intégrante du paysage insulaire.

Le paysage villageois du Vieux-Boucherville
Le paysage qu’offre le Vieux-Boucherville est le résultat d’une combinaison de plusieurs éléments distinctifs. On y retrouve
le noyau institutionnel (l’église, le presbytère, le couvent et l’école) qui occupe une position centrale dans le village et offre
une impression de 19e siècle. Le tissu urbain dense se caractérise par des bâtiments implantés près de la rue et sur de petits
lots, offrant ainsi une sensation d’encadrement et d’intimité propre aux noyaux villageois de l’époque.
La diversité architecturale des bâtiments témoigne de près de 300 ans d’occupation du territoire. À ce cadre bâti centenaire,
s’ajoute une végétation mature qui borde les rues et enrichit la qualité du paysage. Les plus observateurs remarqueront
que la trame de rue du Vieux-Boucherville, perpendiculaire au fleuve, se distingue de celles des quartiers avoisinants. Cette
proximité avec le Saint-Laurent contribue à la définition paysagère du secteur.
En plus des éléments qui caractérisent ce secteur, il est également important de considérer les points de vue qui permettent
d’apprécier le Vieux-Boucherville. Les approches depuis l’ouest par le boulevard Marie-Victorin ou depuis le sud par la
rue De Montbrun ou la rue Pierre-Boucher, permettent, entre autres, de constater le changement d’orientation de la
trame urbaine ; un indice important annonçant l’entrée dans ce secteur. Le changement progressif du cadre bâti, allant du
résidentiel vers une mixité commerciale et jusqu’au noyau institutionnel, participe à faire découvrir et apprécier le secteur.
Soulignons finalement l’importance de ce paysage qui peut être apprécié depuis l’île de la Commune ou encore depuis le
traversier qui fait la liaison entre la ville et le Parc national des Îles-de-Boucherville plusieurs fois par jour en saison estivale.

Le paysage agricole
Encore bien présentes sur le territoire bouchervillois, les activités agricoles participent à la diversité enviable des paysages
qu’il est possible d’apprécier dans la municipalité. Cette zone agricole, ayant subi plusieurs rétrécissements au profit du
développement immobilier résiste malgré tout et offre une ceinture entourant les limites du développement urbain au
nord, à l’est et au sud-est. Bien que certains secteurs soient inexploités et en friche, ces espaces correspondent à près de
52 % du territoire.
La plaine agricole de Boucherville offre un panorama d’une très grande authenticité. Le chemin d’Anjou, le rang Lustucru et
le chemin du Général-Vanier sont les principaux parcours qui permettent d’apprécier ces paysages campagnards, où il est
possible d’admirer les terres cultivées et les bâtiments de fermes. Notons également l’apport intéressant de l’alignement
des arbres en bordure de route à l’encadrement des percées visuelles qui contraste fortement avec les grandes étendues
agricoles adjacentes.
27

MONUMENTS ET ART PUBLIC
Les monuments et l’art public
La Ville de Boucherville possède une importante collection
de monuments et d’art public dont on peut observer la
richesse dans les différents espaces publics intérieurs ou
extérieurs, tels les parcs ou les galeries municipales. Les
interventions au niveau de l’art public et des monuments
sont régies par deux politiques municipales. La politique
culturelle de la ville a pour objectif d’exercer un leadership
en matière de développement culturel et de renforcement
identitaire, en plus de mettre à la disposition des
citoyens et des visiteurs une offre culturelle variée. La
politique municipale d’acquisition d’œuvres d’art favorise,
parallèlement aux orientations énumérées dans la politique
culturelle, le soutien aux créateurs et à la production locale.
Les monuments, excluant ici les édifices, se différencient de
l’art public par leur connotation historique. Ils permettent
de rappeler un événement ou une personne ayant

une valeur historique et culturelle. La riche histoire de
Boucherville s’illustre notamment à travers le monument
aux fondateurs, ou encore la copie conforme de la statue
de Louis Hippolyte La Fontaine, dont l’original est installé
devant l’hôtel du Parlement à Québec.
L’art public est perçu comme un levier et un outil important
de développement culturel. L’emplacement des œuvres est
stratégique et la municipalité choisit soigneusement cellesci en vue de se démarquer et d’enrichir la qualité de vie et
le tissu urbain. À l’heure actuelle, Boucherville compte une
bonne douzaine d’œuvres d’art public extérieures. De plus,
la collection municipale dispose d’une collection d’œuvres
d’art intérieur très vastes. Elle comprend notamment
plusieurs œuvres d’artistes locaux, tels que des tableaux
peints, des impressions et des statues.

Fig. 26. Parc Vincent-d’Indy
Source : Ville de Boucherville

Parc Vincent-D’Indy — Jacek Jarnuszkiewicz
L’œuvre : inspiré de la forme d’une feuille d’arbre, ce parc met en valeur une architecture paysagère axée sur l’eau et le relief du terrain
et intègre le Centre multifonctionnel Francine-Gadbois de la municipalité. De par sa nature et sa fonction, cette œuvre se distingue de
l’art public traditionnel et agit comme milieu vécu et milieu de vie.
L’artiste : sculpteur et paysagiste montréalais, Jacek Jarnuszkiewicz a réalisé des œuvres d’art public exposées partout au Québec.
28

MONUMENTS ET ART PUBLIC

Fig. 27. La Vision

Source : Ville de Boucherville

La vision — Carole Beauvais
L’œuvre : situé sur le mur extérieur du Club d’aviron de Boucherville, aux abords du fleuve, cet assemblage de tuiles de céramique
peintes illustre l’énergie et la fluidité de l’aviron dans son environnement. Les couleurs vives et répétées de la murale témoignent par
ailleurs de la rythmique de ce sport.
L’artiste : originaire de Val-d’Or, Carole Beauvais vit et travaille aujourd’hui à Boucherville. Reconnues internationalement, ses toiles sont
exposées dans plusieurs métropoles, dont New York, Los Angeles et Montréal.

Fig. 28. Monuments aux fondateurs
Source : Ville de Boucherville

Monuments aux fondateurs
Ces monuments érigés en l’honneur de Pierre Boucher et de son épouse Jeanne Crevier, sont localisés face à l’église, dans le parc
Joseph-Laramée en bordure du fleuve Saint-Laurent. L’ensemble se décline en deux stèles de pierre commémoratives et en une plaque
de bronze, sur laquelle sont inscrits les noms de leurs quinze enfants.
29

CONCLUSION
Avec plus de 300 ans d’histoire, Boucherville cumule
un patrimoine riche et diversifié. Ayant conservé un lien
privilégié avec le fleuve et ses îles, la ville profite aujourd’hui
d’un cadre paysager tout à fait enviable. De plus, elle se
distingue notamment par la conservation de son héritage
datant de l’époque de la Nouvelle-France. D’ailleurs, l’ancien
noyau villageois exceptionnel du Vieux-Boucherville fait
désormais l’objet d’un circuit d’interprétation et de mise
en valeur, une initiative menée par la municipalité, en
collaboration avec la Société d’histoire des Îles-Percées
et la Société du Patrimoine de Boucherville. Soulignons
également les nombreuses traces laissées par l’époque
de la villégiature où plusieurs résidences de notables ont
été érigées en bordure du fleuve et en périphérie du vieux
bourg.

Visiblement tournée vers l’avenir, Boucherville accueille
sur son territoire plusieurs nouveaux développements, à
l’intérieur de ses terres. La municipalité profite aujourd’hui
de l’émergence de sa nouvelle centralité pour mousser le
volet culturel de son développement, en y proposant une
intégration intéressante d’œuvres d’art public.

Fig. 29. Maison Daigneau

30

Source : Ville de Boucherville

BIBLIOGRAPHIE
Articles et monographies
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surveillance archéologique, Ville de Boucherville, 42 p.
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p.
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BERGERON GAGNON INC. (2012). Boucherville — Codification des bâtiments d’intérêt patrimonial, Ville de Boucherville, 158 p.
BLANCHARD, Raoul (1939). Études canadiennes: I. La plaine de Montréal dans Revue de géographie alpine, vol. 27, n° 27-2 (3e
série), 1939. p.247-432.
BLANCHARD, Raoul (1960). Le Canada français : Province de Québec, Librairie Arthème Fayard, Montréal. 304 p.
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patrimoine, no. 13, Ministère des Affaires culturelles, Québec, 287 p.
FILION, Mario et al (2001). Histoire du Richelieu-Yamaska-Rive Sud, Coll. Les régions du Québec, n ° 13, Institut québécois de
recherche sur la culture, Sainte-Foy, 506 p.
LEPAGE, Michel (1976). Utilisation des îles de Boucherville par les oiseaux migrateurs, Rapport technique n° 06. Ministère du
Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, Province de Québec, 46 p.
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cœur du grand fleuve, Gouvernement du Québec, 29 p.
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Longueuil. 23 p.
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SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DES ÎLES-PERCÉES, Lustucru, numéros 1-11
VILLE DE BOUCHERVILLE (2011). Circuit patrimonial de Boucherville, Boucherville, 25 p.
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Ressources internet
Association des archéologues du Québec : http://www.archeologie.qc.ca
Dictionnaire biographique du Canada en ligne : http://www.biographi.ca
SÉPAQ : http://www.sepaq.com
Statistique Canada : http://www.statcan.gc.ca
Répertoire du patrimoine culturel : http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca
Ville de Boucherville : http://www.ville.boucherville.qc.ca
31

TABLE DES FIGURES
Fig. 1. Les rives du fleuve Saint-Laurent.......................................................................................................................................................................................9
Fig. 2. Pierre Boucher (1622-1717)............................................................................................................................................................................................12
Fig. 3. Localisation du domaine seigneurial...............................................................................................................................................................................12
Fig. 4. La trame urbaine parallèle au fleuve Saint-Laurent........................................................................................................................................................13
Fig. 5. Incendie de 1843..............................................................................................................................................................................................................16
Fig. 6. Louis Lacoste (1798-1878)...............................................................................................................................................................................................17
Fig. 7. Parc King-Edward (vers 1910)..........................................................................................................................................................................................17
Fig. 8. Pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine........................................................................................................................................................................18
Fig. 9. Maison Louis-Hippolyte-La Fontaine...............................................................................................................................................................................20
Fig. 10. Manoir François-Pierre Boucher De Boucherville.........................................................................................................................................................20
Fig. 11. Maison Robert-Reeves...................................................................................................................................................................................................20
Fig. 12. Maison Quintal-Quesnel................................................................................................................................................................................................21
Fig. 13. Maison de style vernaculaire.........................................................................................................................................................................................21
Fig. 14. Maison de style victorien...............................................................................................................................................................................................21
Fig. 15. Maison Faubert-Aubertin...............................................................................................................................................................................................21
Fig. 16. Maison de style Arts and Craft.......................................................................................................................................................................................22
Fig. 17. Maison de style Foursquare...........................................................................................................................................................................................22
Fig. 18. Maison de style Boomtown...........................................................................................................................................................................................22
Fig. 19. Maison nouvelle.............................................................................................................................................................................................................22
Fig. 20. Église Sainte-Famille.......................................................................................................................................................................................................23
Fig. 21. Ancien couvent de la Congrégation de Notre-Dame....................................................................................................................................................23
Fig. 22. Secteur du noyau institutionnel en 1909......................................................................................................................................................................23
Fig. 23. Le fleuve Saint-Laurent et les îles de Boucherville........................................................................................................................................................26
Fig. 24. L’ambiance dans le Vieux-Boucherville..........................................................................................................................................................................26
Fig. 25. Le paysage agricole de Boucherville..............................................................................................................................................................................26
Fig. 26. Parc Vincent-D’Indy........................................................................................................................................................................................................28
Fig. 27. La Vision.........................................................................................................................................................................................................................29
Fig. 28. Monuments aux fondateurs..........................................................................................................................................................................................29
Fig. 29. Maison Daigneau...........................................................................................................................................................................................................30

Carte 1. Positionnement à l’échelle métropolitaine....................................................................................................................................................................6
Carte 2. Positionnement à l’échelle de l’agglomération..............................................................................................................................................................6
Carte 3. Limites administratives de la Ville de Boucherville........................................................................................................................................................7
Carte 4. Les îles de Boucherville...................................................................................................................................................................................................8
Carte 5. Les tracés fondateurs....................................................................................................................................................................................................15
Carte 6. Les sites archéologiques de Boucherville.....................................................................................................................................................................19
Carte 7. Localisation des bâtiments et sites protégés................................................................................................................................................................24

32

33

ATELIER DE
DÉVELOPPEMENT
TERRITORIAL

L’ENCLUME

34