BROSSARD

ISBN : 978-2-9814939-1-0

Mars 2014

Réalisation
ATELIER DE
DÉVELOPPEMENT
TERRITORIAL

L’ENCLUME

Collaborateurs

Partenaires

3

BROSSARD
Portrait du patrimoine culturel et identitaire
Cahier

Boucherville
Brossard
Longueuil
Saint-Bruno-de-Montarville
Saint-Lambert

Dans le cadre de l’Entente administrative sur le développement de la culture pour le territoire de l’agglomération de
Longueuil 2010-2011, la Conférence régionale des élus de l’agglomération de Longueuil (CRÉ), le ministère de la Culture et
des Communications (MCC) et le Forum jeunesse Longueuil en collaboration avec le Conseil montérégien de la culture et des
communications (CMCC), souhaitent identifier et valoriser, à travers une approche concertée, les éléments patrimoniaux
identitaires des cinq municipalités se trouvant sur le territoire de l’agglomération.
La première partie de ce mandat vise d’abord à colliger, bonifier et documenter l’information préalablement recueillie par
l’agglomération, les villes et leurs partenaires, entourant les éléments patrimoniaux identitaires et distinctifs du territoire.
À ce sujet, la notion élargie de patrimoine, telle que présentée dans la Loi sur le patrimoine culturel, a servi de référence.
Cet exercice a mené à l’élaboration de cinq portraits mettant en lumière les éléments distinctifs qui caractérisent les
différentes municipalités de l’agglomération. Ce cahier présente les éléments phares du patrimoine culturel et identitaire
de la Ville de Brossard. Rappelons que l’objectif n’est pas de dresser un inventaire précis ou exhaustif, mais plutôt de mettre
l’emphase sur les saillances identitaires du territoire brossardois.
La seconde partie du mandat, non incluse dans ce cahier, a pour objectif de faire l’analyse de l’ensemble du territoire
dans le but de faire ressortir les éléments patrimoniaux et identitaires communs ou jumelables des cinq municipalités
en vue d’élaborer des pistes d’action à entreprendre et devant mener à la mise en place d’une démarche de valorisation
patrimoniale applicable à l’échelle de l’agglomération.

4

TABLE DES MATIÈRES

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE................................................................................................................. 6
ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE........................................................................................... 10
ARCHÉOLOGIE..................................................................................................................................... 16
CADRE BÂTI.......................................................................................................................................... 17
PAYSAGES D’INTÉRÊT........................................................................................................................... 22
MONUMENTS ET ART PUBLIC............................................................................................................. 23
CONCLUSION....................................................................................................................................... 24
BIBLIOGRAPHIE.................................................................................................................................... 25

5

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE
N

Carte 1. Positionnement à l’échelle métropolitaine

N

Carte 2. Positionnement à l’échelle de l’agglomération

La localisation et l’accessibilité
La ville de Brossard est localisée sur la rive sud du fleuve
Saint-Laurent, au sein de l’agglomération de Longueuil,
dans la région administrative de la Montérégie. Son
territoire, d’une superficie de 45,20 km2, est limité par le
fleuve à l’ouest, par la rivière Saint-Jacques au sud et par
la ville de Saint-Lambert au nord. Vers l’est, la ville s’étend
jusqu’à la rivière Richelieu à la limite de la municipalité de
Carignan.

6

La ville de Brossard occupe une place stratégique au
sein du réseau automobile de la région métropolitaine
de Montréal. Les autoroutes 10, 15 et 30, de même que
les routes  132 et 134 (boulevard Taschereau), sillonnent
son territoire. Le pont Champlain unit, depuis 1962, la
municipalité à l’île de Montréal.
Le positionnement géographique de Brossard se définit
essentiellement par la présence du fleuve, mais également,
dans sa partie est, par un secteur agricole jouxté d’un
milieu boisé.

Parcs et espaces verts
Territoires agricoles
Secteurs voués à l’urbanisati on
N

Carte 3. Limites administrati ves de la ville de Brossard

7

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE
La géomorphologie et les milieux naturels
La rive et la plaine
Élément de développement important au Québec, le
fleuve Saint-Laurent et ses rives ont constitué un facteur de
croissance de la municipalité tout comme sa proximité avec
la métropole. Au fil des années, l’urbanisation de Brossard
s’est déployée le long du cours d’eau et vers l’intérieur des
terres, suivant la ligne de la plaine, pour se rendre jusqu’à
la frontière de l’autoroute 30 vers l’est.
L’intérêt écologique des berges du Saint-Laurent est défini
par la présence de milieux humides et de zones inondables.
L’érosion des rives y est néanmoins préoccupante. Avec
des reculs annuels allant jusqu’à trois mètres, le secteur
le long de Brossard est l’un des plus touchées du SaintLaurent. Des efforts de surveillance et de conservation ont
été définis à l’échelle de l’agglomération pour enfreindre
ces tendances.

Le territoire de Brossard est situé dans un ensemble
géologique communément appelé la plaine de Montréal.
Les shales d’Utica dominent la structure géologique. Il s’agit
d’une argile marine déposée comme dépôt sédimentaire
dans la mer de Champlain durant la période ordovicienne
moyenne (460 millions d’années A.A.)1. Cette plaine
alluviale est parmi les terres les plus fertiles du Québec.
Le milieu agricole et boisé
À l’est de l’autoroute 30, le territoire municipal de Brossard
est très faiblement urbanisé et de nature agricole. Exploité
ou encore laissé en friche, cet ensemble se transforme en
forêt périurbaine à l’est. Le bois de Brossard constitue un
milieu naturel parmi les plus riches de la Montérégie. On y
retrouve une diversité floristique et faunique et des milieux
humides d’intérêt écologique.

Fig.1 Le milieu agricole et boisé
Nous privilégions ici le terme « avant aujourd’hui » et son abréviation « A.A ». Il s’agit d’une expression fréquemment utilisée par les archéologues et géologues
pour décrire l’année où un échantillon a été daté. Parce que le « aujourd’hui » continue de changer, la pratique courante consiste à définir le point de début en
1950, moment où la méthode de datation par le carbone 14 a commencé à être utilisée, et de compter à rebours.

1

8

TERRITOIRE ET GÉOGRAPHIE
Le profil sociodémographique
Depuis les années 1950, la ville de Brossard a multiplié sa
population par 30. Au recensement de 2011, elle comptait
79 273 habitants. Entre 2006 et 2011, le taux de croissance
de sa population était de 11,4  %, ce qui est nettement
supérieur à la moyenne provinciale de 4,7 %. La répartition
par groupes d’âge contraste fortement avec le reste du
Québec puisque les cohortes de 15 à 45 ans y sont presque
aussi nombreuses que celles de 45 ans et plus.
La diversité culturelle et la présence d’une population très
multiethnique sont des caractéristiques marquantes de la
ville de Brossard. En effet, seulement 57 % des Brossardois

se disent d’origines canadiennes et nord-américaines.2
À l’inverse, 43  % de la population provient d’une autre
origine. Parmi celles-ci, l’Asie est la plus représentée
(18,7  %), incluant les populations d’origine chinoise qui
comptent à elles seules pour plus de 12  % des résidents
provenant d’origines étrangères. Les langues maternelles
des résidents de Brossard sont également le reflet de ce
multiculturalisme. En effet, 38 % des résidents possèdent
une langue maternelle autre que le français (49,5  %) ou
l’anglais (12,5 %).

ÉVOLUTION DE LA POPULATION

PYRAMIDE DES ÂGES
85 ans et +
80 à 84 ans
75 à 79 ans
70 à 74 ans
65 à 69 ans
60 à 64 ans
55 à 59 ans
50 à 54 ans
45 à 49 ans
40 à 44 ans
35 à 39 ans
30 à 34 ans
25 à 29 ans
20 à 24 ans
15 à 19 ans
10 à 14 ans
5 à 9 ans
0 à 4 ans

90 000
80 000
70 000
60 000
50 000
40 000
30 000
20 000
10 000

2012

2010

2008

1998

1988

1978

1968

1958

0

ORIGINES

LANGUES

Origine nord-américaine (29 %)

Origine française (19 %)

Allophone (38 %)

Origine des îles britanniques (8 %)

Anglophone (13 %)

Origine asiatique (19 %)

Francophone (49 %)

Autres origines (25 %)

Sources : Statistique Canada 2006 et 2011.
La catégorie des origines canadiennes et nord-américaines désigne les recensés qui se reportent sur au moins trois (3) générations à des ancêtres français,
britanniques, américains ou à d’autres groupes provinciaux et régionaux.

2

9

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE

Création de la Paroisse
de La Prairie de la
Magdeleine

Construction
du boulevard
Taschereau

1880
1845

Inauguration du
pont Champlain

1958
1932

Arrivée du chemin de
fer sur le territoire
actuel de Brossard

Prolongement de
l’autoroute 30 jusqu’à
Brossard

1978
1962

Fondation de la
municipalité de
Brossard

2006

1981

Annexion de la
Inauguration du
municipalité de Notre- Quartier Dix-30
Dame-de-Sacré-Cœur

Les premières occupations (4500 A.A.-1611)
Bien que plusieurs recherches archéologiques aient
démontré la présence de population humaine au Québec
remontant à plus de 12000 ans A.A., il semble peu probable,
à l’exception peut-être du mont Saint-Bruno, qu’on
retrouve des vestiges de cette époque sur le territoire de
l’agglomération de Longueuil.
En fonction des connaissances actuelles et de l’avancement
de la recherche en archéologie, les premiers groupes
amérindiens font leur apparition dans la vallée du SaintLaurent il y a 4500 à 5000 ans, peut-être davantage. C’est
donc probablement à ce moment que les premières
populations font leur apparition sur le territoire actuel
de la Ville de Brossard. Ces informations sont notamment
basées à partir d’analyses de vestiges de cette période
découverts dans le Vieux-La Prairie, à la pointe du
Buisson (Beauharnois) et à l’île Sainte-Thérèse (en face de
Varennes).
Les recherches archéologiques menées sur plusieurs
années dans le parc de la Baronnie dans le Vieux-Longueuil
ont permis de trouver entre autres des artefacts iroquois

10

constitués de tessons de poterie qui témoignent de
l’occupation amérindienne depuis au moins 2400 ans, soit
depuis au moins depuis le Sylvicole inférieur (2400 A.A–
1500 A.A.).
Des documents historiques font mention de la présence
amérindienne dans le secteur de Brossard au moment des
premiers contacts. En effet, lors de son voyage en 1535
à l’intérieur du contient, qui le mènera jusqu’au village
de Hochelaga, Jacques Cartier note la présence de terres
cultivées sur le territoire actuel de la Rive-Sud de Montréal.
Il s’agit fort probablement des populations d’Iroquois du
Saint-Laurent faisant partie de la « Province » de Hochelaga.
Leur occupation et leur contrôle de ce territoire tirent
toutefois à leur fin. En effet, lors de son second voyage dans
les environs d’Hochelaga en 1611, Samuel de Champlain
ne remarque aucun lieu d’établissement permanent noté
par Cartier en 1535. Le secteur n’est pas pour autant
complètement désert. Des Amérindiens circulent sur le
territoire, sans toutefois y être établis de façon importante.

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE

Les prairies de la rive sud (1611-1635)
Samuel de Champlain remarque lors de sa visite en 1611
la présence de belles prairies sur le territoire actuel de
Brossard. On retrouve notamment dans ces prairies des
vignes, des pruniers, des cerisiers et des fraisiers.
Lors de ce voyage, Champlain décide d’emprunter la
rivière Saint-Jacques qui serpente à l’intérieur des terres
et constate ceci :

« Le septiesme jour je fus recognoistre une petite riviere
par où vont quelques fois les sauvages à la guerre, qui se va

rendre au saut de la rivière des Yroquois [Richelieu] : elle
est fort plaisante, y ayant plus de trois lieues de circuit de
prairies, & force terres, qui se peuvent labourer : elle est à
une lieue du grand saut, & lieu & demie de la place Royalle
[Pointe-à-Callière] ».
Non seulement la rivière Saint-Jacques permet de pénétrer
les terres, mais elle semble aussi être riche en poissons et
attire bon nombre d’espèces animales dont des chevreuils,
des rats musqués et des lièvres.

Les lents débuts de la colonisation de la côte Saint-Lambert (1635-1689)
En 1635, la Compagnie de la Nouvelle-France concède
à François de Lauzon la seigneurie de La  Citière qui
s’étend en largeur, de la rivière Saint-François à la rivière
Châteauguay, et en profondeur, du fleuve jusqu’à proximité
de l’océan Atlantique. Cette concession marque le début
de l’implantation de la trame seigneuriale sur la rive sud du
fleuve dans les environs du village de Ville-Marie.
En 1647, François de Lauzon cède aux Jésuites une partie
de l’immense seigneurie de La Citière afin d’encourager
leur œuvre évangélique et civilisatrice. Cette nouvelle
seigneurie, d’une profondeur de près de quatre (4) lieues,
est alors appelée La Prairie de la Magdeleine. Elle est alors
délimitée par deux lignes orientées vers le sud-est  dont
l’une, dans son prolongement, atteindrait l’extrémité sudouest de l’île Sainte-Hélène alors que l’autre aboutirait à
l’île-à-Boquet au pied des rapides de Lachine.
La signature de la paix avec les Iroquois en 1667, qui
met d’ailleurs fin à la Première Guerre franco-iroquoise
(1641-1667), permet aux Jésuites de distribuer des
terres à des colons afin qu’ils s’y établissent. Deux
noyaux de la seigneurie connaissent un développement
particulièrement rapide et important.

ce secteur, correspondant aujourd’hui au Vieux-La-Prairie,
que le domaine seigneurial est établi et que sont édifiés
l’église, le fort, le moulin et le cimetière.
Le second noyau, appelé côte Saint-Lambert, est localisé
en bordure du fleuve. Il s’étend, au nord, de la rivière SaintJacques jusqu’au chemin Lapinière (avenue Victoria), situé
à la limite de la seigneurie de Longueuil. Ce secteur est de
nos jours partagé entre les villes de Saint-Lambert et de
Brossard.
Les trente-deux concessions ayant pris place dans la partie
brossardoise de la côte Saint-Lambert ont été accordées
entre 1673 et 1690. Elles sont implantées de façon
perpendiculaire au fleuve, du nord vers le sud, en direction
du domaine seigneurial. Sur la rive du fleuve face à l’îledes-Sœurs, est prévue la mise en réserve d’une terre pour
une commune, où un moulin à vent y sera plus tard érigé.
En 1675, une chapelle en bois est construite qui accueille,
durant sa première année, tant les Amérindiens que les
Français.

Le premier noyau de peuplement se trouve autour
du bassin de la rivière Saint-Jacques, au centre de la
seigneurie. Compte tenu de sa centralité, il s’impose
rapidement comme le pivot de la concession. C’est dans

11

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
La menace iroquoise (1689-1701)
À la fin des années 1680, les Iroquois mènent à nouveau,
malgré des négociations de paix en 1667, des attaques un
peu partout le long du Saint-Laurent. En réaction aux raids,

le roi de France ordonne en 1689 la construction, au centre
de la côte Saint-Lambert, d’un fort, une palissade de pieux
en bois, afin d’assurer la protection des familles.

Les prairies cultivées et inondées (1701-1840)
La signature de la Grande Paix de Montréal en 1701,
entraîne la désuétude puis la démolition des fortifications.
En guise de commémoration de cette époque de conflits
maintenant révolue, le curé de La Prairie ordonne
l’érection en 1854 d’une croix à l’emplacement du fort.
Cette croix est restaurée en 1923. Elle sera remplacée par
une nouvelle croix vers 1940, à son tour restaurée en 1995.
Cette dernière fait toujours partie du paysage de Brossard,
à l’angle des boulevards Rome et Marie-Victorin.

à Boucherville. L’accès à l’intérieur des terres s’effectue
essentiellement par l’intermédiaire de trois axes : le
chemin Lapinière, qui rencontre le fleuve dans le secteur
Mouillepied, le chemin de la Pointe-à-Jacob, plus tard
renommé Brosseau puis des Prairies, et la rivière SaintJacques.
Bien que le terrain soit plat et en apparence fertile, la terre
de la côte Saint-Lambert est pourtant parfois glaiseuse et
difficilement cultivable, particulièrement près du fleuve.
Cela s’explique notamment par les nombreuses inondations
qu’engendre la crue des eaux printanière.

Au tournant du 18e siècle, les déplacements terrestres
dans la partie sud de la côte Saint-Lambert s’intensifient et
se font le long du fleuve, en empruntant le chemin Bordde-l’Eau (boulevard Marie-Victorin) qui relie La Prairie

Qu’est-ce qu’un tracé fondateur ?

N

Ch
n du

emi

Gr

an

Bord

Bo

ev
ar
d

La

p

de

Al

lée

e

èr

u (Boulevard

ini

a
-de-l’E

ul

Les tracés fondateurs correspondent aux premiers
chemins aménagés ayant structuré le développement
des villes au cours des premières étapes de leur
évolution. Ceux-ci épousent généralement certaines
contraintes géophysiques (cours d’eau, colline, etc.).
Dans d’autres cas, ils correspondent à des chemins
aménagés parallèlement au lotissement seigneurial,
permettant d’accéder à de nouvelles concessions à
l’intérieur des terres. L’intérêt du tracé fondateur
tient principalement à son importance historique,
à son caractère pittoresque et dans certains cas à la
concentration de bâtiments d’intérêt patrimonial le
long de son parcours.

Marie-Victorin)

e

Chemin des Prairies

Go
b

eil

Tracés fondateurs

on

M

12

Carte 4. Les tracés fondateurs

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
La municipalité de la Paroisse de La Prairie de la Magdeleine (1840-1932)
Au début des années 1840, de nombreuses municipalités
sont créées au Québec, dont celle de la Paroisse de La
Prairie de la Magdeleine, constituée en 1845. Celle-ci
englobe entre autres les concessions les Prairies, Lapinière,
Ange-Gardien, côte Sainte-Catherine et côte Saint-Lambert.
Le 21 juillet 1836 est inauguré le premier chemin de fer au
Canada. D’une longueur de 23 kilomètres, la ligne sert de
portage pour traverser la partie la plus difficile de la route
entre Montréal et New York. Elle relie La Praire à Saint-Jeansur-Richelieu. Depuis la rivière Richelieu, la marchandise
peut ensuite poursuivre son chemin en bateau à vapeur
vers le lac Champlain pour atteindre finalement la rivière
Hudson.
La construction d’une nouvelle voie ferrée est initiée en
1835 par la compagnie Champlain & St. Lawrence. Cette
compagnie est, par ailleurs, fondée en 1832 et l’un de ses
principaux actionnaires est John Molson. En 1851, la ligne
est prolongée jusqu’à Rouses Point, dans l’état de New
York, et en 1852, elle rejoint Saint-Lambert. Dès lors, le
terminus de la ligne Champlain & St. Lawrence déménage

de La Prairie à Saint-Lambert, et la municipalité devient
donc le nouveau point de chute de marchandises.
En 1880, les trains de la Compagnie de Jonction de
Montréal et Champlain commencent à circuler entre
Saint-Isidore, près de Châteauguay, et Brosseau Station
(situé sur le territoire actuel de Brossard). Une gare est
aménagée à la jonction du chemin des Prairies et de la
ligne de chemin de fer qui mène à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Elle devient ensuite le point névralgique pour ce hameau
où s’installent progressivement un bureau de poste, une
église et quelques maisons.
En 1913, à l’initiative de Georges-Aimé Simard, résident
influent de Saint-Lambert, le chemin King Edward VII
(boulevard Marie-Victorin) est implanté dans la partie
sud de la ville de Saint-Lambert jusqu’à celle de La Prairie.
Le chemin est longtemps demeuré le seul véritable lien
vers le secteur de Brossard, en bordure duquel se sont
installés des fermes, puis quelques chalets au tournant des
années 1940.

L’arrivée de l’automobile (1932-1958)
En 1932, la construction du boulevard Taschereau permet
de relier Longueuil à La Prairie dans la continuité du pont
Jacques-Cartier. Ce nouvel axe routier contribue sans
contredit à l’expansion de la ville de Brossard.
À partir des années  1919, un secteur, compris entre les
rues Agnès, Baillargeon, Lapinière et Grande Allée, est
planifié selon une trame orthogonale. L’orientation du
tracé des rues du secteur reprend les anciennes divisions
parallèles des terres agricoles situées entre le chemin de
la Côte Noire (boulevard Grande-Allée) et Lapinière. Le
secteur, qui ne connaîtra un développement qu’à partir
des années  1930, est érigé en municipalité, nommée
Notre-Dame-du-Sacré-Cœur en 1950. Il constitue l’un des
premiers lotissements résidentiels planifiés de Brossard,
qui, à l’époque, est principalement habitée par des ouvriers
à revenus modestes.

À côté de la municipalité Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, sis
le quartier Saint-Alphonse qui se déploie entre les rues
Agnès, Adam et Allard, Lapinière et Grande Allée. Ce
quartier s’apparente à la municipalité voisine tant par son
type de développement que par la population qui l’habite.
À partir de 1940, mais surtout au cours des années 1950,
un nouveau quartier se développe dans le secteur situé
à l’intersection du chemin des Prairies et du chemin
King Edward VII (boulevard Marie-Victorin). Le quartier
Brosseau est localisé à l’ouest du secteur historiquement
nommé Brosseau Station, où se trouvait jadis la gare du
même nom. Les rues Robert, Richelieu, Riel et Roger sont
d’abord aménagées selon une trame orthogonale, puis de
petits bungalows sont construits. Il s’agit du second plus
vieux lotissement résidentiel planifié de Brossard.

13

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
Une nouvelle ville : Brossard (1958-1978)
À la suite de plusieurs initiatives citoyennes, la municipalité
de Brossard est érigée en 1958 sur la partie est de la
Municipalité de la Paroisse de La Prairie de la Madeleine.
À l’époque, on y recense 3400 habitants. Dès 1958, la
ville nouvellement formée entreprend un processus de
planification rationnelle de son territoire. Elle opte pour
un découpage en quartiers, dont l’appellation de chacun
débute par une lettre distincte de l’alphabet, et revoit
en conséquence le nom des quartiers existants. Ainsi, le
quartier Brosseau se voit scindé en trois et devient les
secteurs, O, R et S.
Entre 1958 et 1962, la ville de Brossard se dote
d’infrastructures d’aqueduc et d’égout, ce qui attire des
intérêts nationaux et étrangers à venir s’y établir. Une fois
en place, la compagnie européenne Aster Corporation
inc. achète à Brossard l’équivalent de 5 km2 de terrain. La
compagnie construit d’abord des maisons unifamiliales, dont
les premières sont situées dans le secteur M. L’entreprise

Fig. 2. Bénédiction des premiers travaux d’aqueduc et d’égout, 1959
Source : Collection Brossardana en images ;
Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

érige ensuite quelques immeubles à logements et vend à
profit une partie de ses terrains à d’autres entrepreneurs.
À la manière des banlieues nord-américaines de l’aprèsguerre, les tracés de rues résidentielles sont sinueux et
ponctués de croissants et de cul-de-sac.

Fig. 3. Brossard en développement, vers 1960
Source : Collection Brossardana en images ; Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

14

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
En 1955, les autorités annoncent la construction d’un
nouveau pont qui unira Montréal à la Rive-Sud. Inauguré
en 1962, le pont Champlain est directement connecté
à l’autoroute  10 des Cantons-de-l’Est et à la route  132.
Brossard est désormais très bien positionnée au sein
du réseau routier métropolitain. La ville devient alors un
secteur de choix pour de nombreuses personnes travaillant
à Montréal désireuses de s’établir en banlieue.

La construction du pont Champlain a un impact immédiat
sur la ville de Brossard. La population passe de 3788 en 1961
à 23 421 en 1971. L’ouverture du pont et l’aménagement
de ses accès ont cependant entrainé le réaménagement
et la détérioration des berges comme la démolition de
plusieurs maisons historiques.

Événement historique
Brossard ou Forgetville ?

Plusieurs noms ont été envisagés pour la ville de
Brossard avant la consécration officielle, dont
celui de Forgetville, en l’honneur du feu Mgr
Anastase Forget, premier évêque du diocèse
de St-Jean. La proposition de ce nom a suscité
passablement de discussions compte tenu de
la consonance anglaise du terme « forget » qui
semblait, selon plusieurs, prédestiner la ville à
l’oubli. Il semble même que le premier ministre
du Québec de l’époque, Maurice Duplessis,
soit allé jusqu’à imposer son propre choix. Le
nom Brossard souligne la présence d’une des
plus vieilles familles du comté de La Prairie
et de l’un de ses membres, Georges-Henri
Brossard, maire de la Municipalité de La Prairie
de 1944 à 1957.

Fig. 4. Le premier Hôtel de Ville, 1962
Source : Collection Brossardana en images ; Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

Événement historique
Construction du pont Champlain
En raison de l’augmentation importante de la circulation automobile entre l’île de Montréal et la Rive-Sud, le 17 août 1955,
l’honorable George Marler, alors ministre fédéral des Transports, annonce la construction d’un quatrième lien routier entre les
deux rives, à la hauteur de l’Île-des-Sœurs. Dès lors, le Conseil des ports nationaux retient les services du Dr P.L. Pratley à titre
d’ingénieur-conseil du projet et des procédures d’expropriation des terres sont entreprises.

Construit au coût de 35 millions de dollars, le pont, possédant six voies et mesurant plus de 3400 mètres entre ses deux culées,
est inauguré sans cérémonie le 28 juin 1962. Avec plus de 57 millions de passages par année, il est souvent cité comme le pont le
plus achalandé au Canada.

Fig. 5. Construction du pont Champlain
Source : Collection Brossardana en images ; Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

15

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
En 1962, le boulevard Taschereau est élargi pour devenir
une artère à circulation rapide de six voies, ce qui permet
d’accroître significativement son achalandage. Les années
qui suivent sont marquées par l’apparition de nombreux

garages, motels, restaurants et magasins en tout genre.
À ce nouveau panorama commercial s’ajoute en 1975 le
Mail Champlain à l’angle des boulevards Taschereau et
Lapinière.

Personnage historique
Qui est Georges-Henri Brossard ?

Fils de Henri Brossard et de Justina Perrier, Georges-Henri Brossard est né le 11 mars 1902 dans une maison jadis située sur le
chemin Lapinière, près de l’actuelle autoroute 10. Digne représentant de la famille Brossard, qui habite la paroisse de La Prairie
depuis plusieurs générations, il est d’abord cultivateur sur les terres familiales le long du chemin de Lapinière, puis exerce les
métiers d’agent agricole, de garagiste et d’entrepreneur. Il devient maire de la Municipalité de la Paroisse de La Prairie de la
Magdeleine en 1944 et occupe ce poste jusqu’à 1958, année à laquelle il fonde la ville de Brossard. Il devient le premier maire de
la nouvelle municipalité et le demeure jusqu’en 1967.

16

Fig. 6. Georges-Henri Brossard lors de la présentation
du plan d’urbanisme, 1959

Fig. 7. Georges-Henri Brossard (1902-1988)
à la sortie des élections de 1961

Source : Collection Brossardana en images ;
Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

Source : Collection Brossardana en images ;
Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

ÉVOLUTION HISTORIQUE DU TERRITOIRE
Une ville diversifiée (1978-2013)
Vers la fin des années 1970, Brossard connaît d’importants
changements tant administratifs que sociodémographiques.
D’abord, la ville voit en 1978 son territoire s’agrandir, pour
atteindre sa taille définitive, en annexant la municipalité de
Notre-Dame-de-Sacré-Cœur.

n’est ni d’origine anglaise ni d’origine française. Cette vague
d’immigration, qui se poursuit encore aujourd’hui à un
rythme moins important, a beaucoup enrichi le paysage
culturel, commercial et linguistique de la ville, ce qui la
distingue d’ailleurs de ses voisines de la Rive-Sud.

Durant la même période, la municipalité devient
également un lieu important d’immigration. Compte tenu
de son lien privilégié, par le pont Champlain, avec le centreville de Montréal et le Chinatown, Brossard accueille
plusieurs communautés immigrantes d’origine asiatique.
Présentement, plus de 12  % de la population de la ville
est d’origine chinoise et environ le tiers de sa population

En 1981, alors que la population est de 52 000 personnes,
l’autoroute 30, qui relie Sorel à Saint-Hubert, est prolongée
jusqu’à Brossard. La jonction de l’autoroute 30 et 10 sera, au
courant des années 2000, le théâtre d’un développement
immobilier mixte, nommé Dix-30, qui connaît depuis son
inauguration un franc succès.

Fig. 8. Vue aérienne, 1992
Source : Collection Brossardana en images ; Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

17

ARCHÉOLOGIE
Les sites archéologiques
On retrouve trois sites archéologiques sur le territoire
de la ville de Brossard parmi les vingt-cinq que compte
l’agglomération de Longueuil. Un de trois sites (BiFi-2)
contient une composante amérindienne préhistorique
alors que les deux autres (BiFi-8 et BiFi-9) ont une
composante euro-québécoise de périodes historiques
différentes (1608-1759 ; 1800-1899 ; 1900-1950). Les
fouilles effectuées sur le site BiFi-9 ont notamment permis
de révéler plusieurs bâtiments de ferme et de vestiges
annexes (puits, puisards, etc.). Le site BiFi-8 semble quant
à lui maintenant entièrement détruit en raison de sa
localisation dans l’emprise de l’autoroute 30.
D’autres secteurs de Brossard pourraient faire l’objet d’une
évaluation de leur potentiel archéologique historique.

C’est le cas notamment des voies de circulation anciennes,
dont le chemin des Prairies, et du site présumé de l’ancien
fort Saint-Lambert.
Le secteur à la confluence de la rivière Saint-Jacques et
du fleuve Saint-Laurent constitue quant à lui un secteur
à fort potentiel archéologique préhistorique. Il s’agissait
d’un lieu privilégié de campements pour les Amérindiens
qui souhaitaient rejoindre la rivière Richelieu. D’ailleurs des
vestiges de campements saisonniers (foyers, empreintes
de pieux de campements, artéfacts) datant du Sylvicole
moyen (1500 A.A – 1000 A.A) et supérieur (1000 A.A. – 16e
siècle ap. J.-C.) ont été relevés sur le site archéologique BiFi7 situé à proximité dans le Vieux La Prairie.

Site archéologique
N

BiFi-2

BiFi-8

BiFi-9

Carte 5. Les sites archéologiques de Brossard

18

CADRE BÂTI
Le développement du territoire de la ville de Brossard
se manifeste plus tardivement que celui des autres
municipalités de l’agglomération. Dès le 18e et le 19e siècle,
certaines installations pionnières font cependant leur
apparition le long de l’axe du boulevard Marie-Victorin
actuel et du chemin des Prairies. Le territoire demeurera
cependant essentiellement agricole jusqu’au tournant des

années 1960, à l’exception de deux petits hameaux datant
de la première moitié du 20e siècle, soit celui de Brosseau
Station et Notre-Dame-du-Sacré-Coeur. Aujourd’hui, il
est toujours possible de distinguer ces deux secteurs par
rapport aux quartiers avoisinants en raison de leurs trames
orthogonales contrastant avec la trame sinueuse des
banlieues plus contemporaines.

Bâtiments résidentiels
Étant donné que le développement de la municipalité s’est
principalement effectué à compter des années  1960, la
diversité typologique du cadre bâti résidentiel brossardois
est relativement limitée. On y retrouve deux maisons de
style d’esprit français, datant de l’occupation pionnière
agricole, quelques petits cottages du milieu du 20e siècle,
associés à une villégiature qui, somme toute est demeurée
modeste, ainsi qu’une grande quantité de bungalows
modernes issus des banlieues des années 1970 à 2000.
Fig. 10. Maison Sénécal

Le style d’esprit français
Le style d’esprit français se caractérise par un plan plutôt
rectangulaire possédant un toit à deux versants dont l’inclinaison
est assez accentuée. La structure est généralement faite en pierre ou
en pièce sur pièce et les ouvertures sont souvent réparties de façon
asymétrique. De manière générale, les matériaux de revêtement, tels
que le bois et le crépi, sont utilisés pour les murs extérieurs et la tôle
en plaque ou la tôle canadienne pour la toiture.

Fig. 11. Bungalow moderne

Fig. 9. Maison du Secteur Notre-Dame-du-Sacré-Cœur

Maisons de villégiature modestes

Le style bungalow moderne

Ces petites maisons sont d’anciens cottages datant du milieu du 20e
siècle. Difficilement associables à un style architectural, elles sont
généralement construites avec des moyens modestes, leurs gabarits
sont de petite taille et leurs toits et leurs matériaux de recouvrements
sont très variés. Ces bâtiments se démarquent aussi par le nombre
important de modifications qu’ont subies leurs structures, leurs
ouvertures et leurs matériaux de recouvrement.

Le style bungalow moderne se démarque par un plan rectangulaire
sur un seul niveau, par un toit à deux ou quatre versants à angle
très faible ou encore par un toit plat. Son implantation est isolée sur
un lot généralement grand et éloigné de la rue. Sa fenestration est
plutôt généreuse. Dans plusieurs cas, un espace de stationnement
est aménagé (parfois même recouvert) le long de l’une des façades
latérales. Les matériaux de recouvrement des murs extérieurs sont
multiples : bois, brique, pierre de recouvrement, stucco, aluminium,
tôle, etc.

19

CADRE BÂTI
La banlieue moderne
Brossard s’est inscrite dans l’imaginaire collectif québécois
comme l’archétype de la banlieue moderne. L’implantation
pavillonnaire, les tracés sinueux, les culs-de-sac, les
emprises routières de grande dimension, un lotissement
généreux, l’articulation des quartiers autour de petits
parcs locaux, la ségrégation des usages et l’architecture de
type bungalow split-level sont autant d’éléments qui ont
contribué à définir une partie de l’identité de la ville.

La banlieue de Brossard au cinéma

Fait anecdotique, le cinéaste Claude Fournier choisit
Brossard comme lieu de tournage de son célèbre film « Deux
femmes en or », une comédie de mœurs racontant l’histoire
de deux femmes au foyer au tournant des années  1970.
Véritable célébration et mise en scène de la banlieue, le film
va même jusqu’à présenter la remise d’un prix honorant les
propriétaires de la « maison de banlieue de l’année ». Les
maisons ayant servi au tournage de ce film sont toujours
présentes aujourd’hui et correspondent aux premières
maisons construites dans le secteur de Asterville en 1959,
premier quartier de type banlieue développé à Brossard
(aujourd’hui le secteur « M »).

Fig.13. Les maisons du film « Deux femmes en or »
Fig. 12. Bungalows modernes dans le secteur des « M »

Le style bungalow moderne éclectique
Le style bungalow moderne éclectique emprunte la majorité de son style architectural au bungalow moderne plus traditionnel. Cela dit, il
se démarque généralement par son gabarit très volumineux et son emprunt à plusieurs références architecturales néoclassiques. Idéalisant
les formes architecturales européennes, on y retrouve plusieurs clins d’œil dans les matériaux de recouvrement, le rythme des ouvertures et
l’ornementation.

Fig. 14. Bungalow moderne d’inspiration néoclassique italien

20

CADRE BÂTI
Bâtiments institutionnels
Les bâtiments religieux de la ville de Brossard ne se
distinguent pas par leur qualité architecturale, mais plutôt
par leur diversité. En raison de l’arrivée de plusieurs
communautés immigrantes au cours des dernières
décennies, Brossard compte sur son territoire une
importante diversité culturelle. On y retrouve plusieurs
églises catholiques ou de confession chrétienne (anglicane,
évangélique, etc.), un temple bouddhiste (Chùa LiênHoa) ainsi qu’une mosquée (AlQuba). Ces deux derniers
bâtiments possèdent une architecture distinctive et
participent à la définition du paysage multiculturel de la
municipalité.
Fig. 16. Église Notre-Dame-de-Bonsecours

Fig. 15. Mosquée AlQuba

Fig. 17. Église Saint-Joseph of Nazareth

Fig. 18. Temple bouddhiste Chùa Liên-Hoa

21

CADRE BÂTI
Bâtiments commerciaux et artères commerciales
Le modèle de développement urbain promu par la ville
banlieue a été développé dans un contexte où l’automobile
était au centre des préoccupations et des réflexions
urbanistiques. Ce mode de développement a notamment
engendré une séparation des usages à l’intérieur de la
ville. Les quartiers et les noyaux villageois d’autrefois,
où se côtoyaient en mode rapproché les commerces
et les résidences, ont fait place à la création d’artères et
de boulevards monofonctionnels, presque entièrement
dédiés aux commerces.
Le boulevard Taschereau, reconnu pour son emprise
considérable et ses nombreux commerces, est l’exemple
typique d’une artère commerciale conçue et aménagée
de façon à attirer et à accommoder les automobilistes.

L’architecture des commerces qui s’y sont installés, de
type « big-box », est accompagnée d’un nouveau langage
symbolique et iconographique se traduisant par un
affichage surdimensionné permettant aux automobilistes
d’apercevoir les commerces de loin, et ce malgré leur
vitesse de déplacement.
Cette artère qui traverse également les villes de Longueuil
et de Brossard ne suscite aucun intérêt patrimonial réel.
Néanmoins, force est d’admettre qu’elle incarne à elle
seule plusieurs symboles d’un modèle de développement
typique d’une vision aménagiste menée par un idéal que l’on
associe au « rêve américain ». En circulant sur le boulevard,
on peut y observer une typologie commerciale variée,
associée aux différentes époques de son développement.

Fig. 19. Architecture de type big-box

Le style big-box
Très rarement vu comme une architecture de valeur, le style big-box fait toutefois référence à une mutation profonde des habitudes de vie et
de consommation qui influencent notre quotidien. Axés sur le déplacement automobile, ces aménagements se caractérisent par une structure
large à toit plat, détachée et sur un étage. L’immeuble est situé en retrait de l’axe de circulation pour offrir un nombre considérable de cases de
stationnements aux clients potentiels et ainsi faciliter un accès plus direct en automobile.

22

CADRE BÂTI
Les sites d’intérêt et les bâtiments classés
N

6.

5.
4.

3.

1.

4.
2.

Carte 6. Les sites d’intérêts et bâti ments classés
Site et bâtiment

Statut

Construction

1. Maison Sénécal

Classement

2. Maison Banlier (Maison Deschamps)

Classement + aire de protection

entre 1800 et 1850

3. 4240 chemin des Prairies

n/a

19e siècle (estimé)

4. Chemin des prairies et montée Gobeil

n/a

n/a

5. Secteur Brosseau Station

n/a

Milieu du 20e siècle

6. Secteur des « M »

1799

Années 1960
23

PAYSAGES D’INTÉRÊT
Le paysage agricole
Situées dans la partie sud ouest du territoire de la ville de
Brossard, les terres agricoles représentent plus de 34  %
de sa superficie totale. Les champs, les boisés et quelques
bâtiments de ferme proposent un paysage champêtre

authentique à quelques centaines de mètres seulement
du quartier Dix-30. Ce paysage rural est principalement
perceptible et appréciable depuis le chemin des Prairies, le
boulevard Grande-Allée et la montée Gobeil.

Fig. 20. Paysage agricole

La rivière Saint-Jacques et le parc régional
Cette rivière, jadis utilisée par les Iroquois afin d’accéder
à la rivière Richelieu par l’intérieur des terres, coule à
l’extrémité sud-ouest du territoire de la Ville de Brossard.
Toujours accessible en canot ou en kayak, elle offre
aujourd’hui un panorama permettant d’apprécier un des
rares espaces naturels du secteur. Ce paysage riche en

biodiversité permet d’observer une faune et une flore
insoupçonnées, situées à quelques centaines de mètres
seulement du milieu urbanisé de Brossard. Son intérêt
écologique est tel, qu’un parc régional a été créé autour
afin d’en assurer sa protection et sa mise en valeur.

Fig. 21. Rivière Saint-Jacques et le parc régional
Qu’est-ce qu’un paysage d’intérêt ?

Le paysage est produit par une appréciation de ce qui est vu à travers un ensemble de filtres qui relèvent de notre culture
d’appartenance, de notre éducation, de notre formation professionnelle, de notre sensibilité esthétique, etc. En somme, un paysage
d’intérêt correspond à un territoire reconnu par une collectivité pour ses caractéristiques paysagères remarquables résultant de
l’interrelation de facteurs naturels et humains, méritant d’être mis en valeur en raison de son intérêt historique ou naturel et sa valeur
emblématique ou identitaire. Rappelons également qu’un paysage est toujours apprécié à partir d’un point de vue ou d’un parcours,
et que la préservation de l’intégrité de ceux-ci est inhérente à la mise en valeur des paysages jugés d’intérêt.

24

MONUMENTS ET ART PUBLIC
Les monuments et l’art public
L’art public est étroitement lié à l’histoire de Brossard.
En effet, fait plutôt rare pour l’époque, l’inauguration
de l’hôtel de ville en juillet 1962 a été accompagnée du
dévoilement d’une sculpture d’Armand Vaillancourt. À
travers sa jeune histoire, la municipalité a maintenu une
relation particulière avec l’expression artistique et a su
acquérir une collection d’œuvres d’art enviable.

La politique d’acquisition et de gestion des œuvres d’art
a pour mission de développer la collection municipale
selon deux volets. Le premier volet, dit historique, cherche
à acquérir des œuvres d’artistes des grands courants et
mouvements artistiques. Le deuxième favorise plutôt
la collection d’œuvres à exposer dans le cadre de la
programmation culturelle locale.
Brossard-Ville : hommage à la classe ouvrière – Armand Vaillancourt

L’œuvre : d’une hauteur de 2,3 mètres et composée de pièces d’acier
soudées, cette sculpture fait référence à l’industrialisation, au temps
et à la vie quotidienne. Elle se compose d’une roue de locomotive,
d’une pelle mécanique et d’autres objets représentatifs du monde
ouvrier.
L’artiste : reconnu comme l’un des artistes clés de la sculpture moderne
au Québec, Armand Vaillancourt a créé des œuvres monumentales
importantes au Canada, aux États-Unis et en Amérique latine. Son
travail est marqué par un engagement humaniste et une volonté de
rébellion contre les injustices sociales et politiques.

Fig. 22. Brossard-ville : hommage à la classe ouvrière

Hibou IV – Jean-Paul Riopelle

L’œuvre  : imprimée à Paris, cette lithographie originale fait partie
d’une série de dix représentations de cet animal majestueux, symbole
de la sagesse. Cette œuvre est exposée dans le hall de la mairie de
Brossard.
L’artiste  : sculpteur, graveur et peintre, Riopelle est l’un des
ambassadeurs de la scène artistique québécoise moderne à
l’étranger ; son œuvre est exposée dans les plus grands musées du
monde. En 1981, il reçoit le prix Paul-Émile Borduas, la plus haute
distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le
domaine des arts visuels.

Fig. 23. Hibou IV

Source : ville de Brossard

25

CONCLUSION
Plus récente ville de l’agglomération de Longueuil, la ville
de Brossard possède une occupation du territoire plus
ancienne que ce qu’elle peut laisser présager à première
vue. Autrefois intégrée à la seigneurie de La Prairie de la
Magdeleine, sa vocation a été essentiellement agricole
jusqu’au milieu du 20e siècle. Possédant un patrimoine
naturel intéressant, la ville de Brossard est souvent
associée dans l’imaginaire québécois au développement
des banlieues modernes avec ses motels et ses bungalows.

Peuplée par une population de plus en plus diversifiée sur
les plans ethnoculturels, religieux et linguistiques, Brossard
est une ville en effervescence qui attire de plus en plus de
visiteurs du Grand Montréal en raison de son importante
offre commerciale et culturelle.

Fig. 24. Rue Rimouski, 1992

26

Source : Collection Brossardana en images ; Bibliothèque de Brossard Georgette-Lepage.

BIBLIOGRAPHIE
Articles et monographies
ATELIER B.R.I.C (2005). Étude de caractérisation du patrimoine de la ville de Longueuil, Ville de Longueuil, 129 p.
BLANCHARD, Raoul (1939). Études canadiennes: I. La plaine de Montréal dans Revue de géographie alpine, vol. 27, n°27-2 (3e série),
1939. p.247-432.
BLANCHARD, Raoul (1960). Le Canada Français : Province de Québec, Librairie Arthème Fayard, Montréal. 304 p.
FILION, Mario et al (2001). Histoire du Richelieu-Yamaska-Rive Sud, Coll. Les régions du Québec, n° 13, Institut québécois de recherche
sur la culture, Sainte-Foy, 506 p.
LACROIX, Yvon-André et Claire SÉGUIN (1984). Brossard de 1958 à 1983 : la création et l’évolution d’une banlieue, Éditions Marquis,
Montmagny, 201 p.
PRATT, Michel (2009). Brossard, 1958-2008 : un pont entre hier et demain, Éditions Histoire Québec, Montréal, 212 p.
PRATT, Michel (2001). Atlas historique : Boucherville, Brossard, Greenfield Park, LeMoyne, Longueuil, Saint-Bruno-de-Montarville, SaintHubert, Saint-Lambert, Société historique et culturelle de Marigot, Longueuil, 159 p.
Société d’histoire de Longueuil (2012). Le parc de la baronnie et les environs immédiats. Carrefour des ancêtres. Berceau de Longueuil.
23 p.
VILLE DE BROSSARD (2009). Répertoire des œuvres de la Ville, Brossard, 4 p.
VILLE DE LONGUEUIL (2007). Plan de gestion du Patrimoine – Caractérisation des secteurs patrimoniaux, Direction de la planification des
équipements supralocaux, 88 p.

Ressources internet
Commission de toponymie du Québec : http://www.toponymie.gouv.qc.ca
Dictionnaire biographique du Canada en ligne : http://www.biographi.ca
Les ponts Jacques-Cartier et Champlain incorporée : http://pjcci.ca
Statistique Canada : http://www.statcan.gc.ca
Répertoire du patrimoine culturel : http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca
Ville de Brossard : http://www.ville.brossard.qc.ca

Document audiovisuel
Deux femmes en or (1970). Directeur : Claude Fournier, Auteurs : Claude Fournier et Marie-Josée Raymond. Produit par Drance Film et
Les Films Claude Fournier Ltée. 106 minutes.

27

TABLE DES FIGURES
Fig. 1 Le milieu agricole et boisé..................................................................................................................................................................................................8
Fig. 2. Bénédiction des premiers travaux d’aqueduc et d’égout, 1959......................................................................................................................................14
Fig. 3. Brossard en développement, vers 1960..........................................................................................................................................................................14
Fig. 4. Le premier Hôtel de Ville, 1962.......................................................................................................................................................................................15
Fig. 5. Construction du pont Champlain.....................................................................................................................................................................................15
Fig. 6. Georges-Henri Brossard lors de la présentation du plan d’urbanisme, 1959.................................................................................................................16
Fig. 7. Georges-Henri Brossard (1902-1988) à la sortie des élections de 1961........................................................................................................................16
Fig. 8. Vue aérienne, 1992..........................................................................................................................................................................................................17
Fig. 9. Maison du Secteur Notre-Dame-du-Sacré-Cœur............................................................................................................................................................19
Fig. 10. Maison Sénécal..............................................................................................................................................................................................................19
Fig. 11. Bungalow moderne........................................................................................................................................................................................................19
Fig. 12. Bungalows modernes dans le secteur des « M »..........................................................................................................................................................20
Fig. 13. Les maisons du film « Deux femmes en or ».................................................................................................................................................................20
Fig. 14. Bungalow moderne d’inspiration néo classique italien................................................................................................................................................20
Fig. 15. Mosquée AlQuba...........................................................................................................................................................................................................21
Fig. 16. Église Notre-Dame-de-Bonsecours................................................................................................................................................................................21
Fig. 17. Église Saint-Joseph of Nazareth.....................................................................................................................................................................................21
Fig. 18. Temple bouddhiste Chùa Liên-Hoa................................................................................................................................................................................21
Fig. 19. Architecture de type big-box.........................................................................................................................................................................................22
Fig. 20. Paysage agricole.............................................................................................................................................................................................................24
Fig. 21. Rivière Saint-Jacques et le parc régional.......................................................................................................................................................................24
Fig. 22. Brossard-ville : hommage à la classe ouvrière..............................................................................................................................................................25
Fig. 23. Hibou IV..........................................................................................................................................................................................................................25
Fig. 24. Rue Rimouski, 1992........................................................................................................................................................................................................26

Carte 1. Positionnement à l’échelle métropolitaine....................................................................................................................................................................6
Carte 2. Positionnement à l’échelle de l’agglomération..............................................................................................................................................................6
Carte 3. Limites administratives de la Ville de Brossard..............................................................................................................................................................7
Carte 4. Les tracés fondateurs....................................................................................................................................................................................................12
Carte 5. Les sites archéologiques de Brossard...........................................................................................................................................................................18
Carte 6. Les sites d’intérêt et bâtiments classés........................................................................................................................................................................23

28

29

ATELIER DE
DÉVELOPPEMENT
TERRITORIAL

L’ENCLUME

30