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LES ANNONCES DE LA SEINE

Jeudi 12 janvier 2012 - Numéro 3 - 1,15 Euro - 93e année

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Yvon Martinet, Elizabeth Ménesguen, Christiane Féral-Schuhl et Dominique de La Garanderie

Ecole de Formation des Barreaux
Promotion Dominique de La Garanderie
Rentrée solennelle - 9 janvier 2012
RENTRÉE SOLENNELLE

Ecole de Formation des Barreaux

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10
AGENDA ......................................................................................5
DIRECT

« Soyez insatiables » par Elizabeth Ménesguen...................................
La jeunesse au cœur du Barreau par Christiane Féral-Schuhl ............
L’alter ego et le surmoi par Laurent Vallée .........................................
La boussole de l’Ethique par Dominique de La Garanderie................
Droit déontologique par Yvon Martinet...........................................

Remise du projet définitif de
la Maison de l’Histoire de France.........................................11
Ministère de la Justice et des Libertés ...............................16
Institut du Mentorat Entrepreneurial .................................18
Cour des comptes ......................................................................20

VIE DU DROIT

Congrès National des Tribunaux de Commerce ..............12

DÉCORATION

Jean-Henry Farné, Chevalier de la Légion d’Honneur ...17

CHRONIQUE

De la monnaie, des moyens et des instruments de paiement

19
ANNONCES LEGALES ...................................................22
ADJUDICATIONS................................................................31
VIE DU CHIFFRE
Etats-Généraux de la recherche comptable......................32
par François Schwerer......................................................................

a nouvelle promotion de l'Ecole de Formation
des Barreaux de Paris (EFB) a fait sa rentrée le
9 janvier 2012 au Palais des Congrès en
présence de sa marraine, Dominique de La
Garanderie. Elue première femme Bâtonnier de l'Ordre
des avocats parisiens « pour finir le 20ème siècle, après
plus de trois siècles de Bâtonniers », elle a rappelé à ses
1715 filleuls qui entrent dans la profession en ce début
de siècle « révolutionnaire » qu’ils sont les sentinelles
du droit. Leur participation à la construction du
21ème siècle est essentielle car « ce monde sera celui du
droit, un droit nouveau, à inventer, à renouveler, à
adapter, mais avant tout, un droit régulateur. »
Elizabeth Ménesguen, ancien Bâtonnier du Barreau de
Créteil, qui vient de succéder à Gérard Nicolaÿ à la
direction de la plus grande Ecole des Avocats de France,
a salué chaleureusement les élèves de cette promotion.
Pendant 18 mois, ils vont « apprendre le métier
d’avocat, un métier pas comme les autres, un métier
de “savoir-faire” mais aussi de “savoir-être” » . Ils auront
aussi le privilège de passer le CAPA dans les nouveaux
locaux d’Issy-les-Moulineaux conçus par Jean-Michel
Wilmotte, puisque l’EFB quittera la rue de Charenton
à la fin de cette année.
Cette rentrée fut aussi l’occasion pour Christiane
Féral-Schuhl de prononcer son premier discours de
Bâtonnier en exercice. Plaçant la jeunesse parmi ses

L

principales préoccupations, elle a mis en place un
observatoire des métiers permettant à ses futurs
confrères d’obtenir le plus tôt possible des informations
sur les spécialités qui ont de l’avenir et les « marchés à
conquérir et à investir ». Elle a aussi annoncé la possibilité
pour les élèves de cette session de participer aux
commissions ouvertes du Barreau de Paris, « véritables
lieux d’échanges et de réflexion en lien entre avocats, mais
aussi avec d’autres professionnels et des représentants de
la société civile, pour aborder des sujets juridiques,
professionnels et internationaux. »
Le Bâtonnier Féral-Schuhl a en outre insisté sur
l’éthique, tout comme le Vice-Bâtonnier Yvon Martinet
qui a plaidé pour la pratique d’un droit déontologique,
« un droit au-dessus des autres, qui embrasse tous les
autres puisqu’il n’est pas une simple technique ou un outil
professionnel, mais puisqu’il est un cadre de
comportement, de culture et de référence pour toute votre
vie professionnelle et personnelle ».
Laurent Vallée, Directeur des Affaires Civiles et du
Sceau qui représentait le Ministre de la Justice Michel
Mercier, a pour sa part souligné la place accordée aux
femmes, tout d’abord parmi les intervenants de cette
manifestation, mais aussi et surtout, plus largement au
sein de la profession d’avocat qui accorde « un crédit
aux femmes qu’on ne retrouve pas toujours dans d’autres
activités. »
Jean-René Tancrède

J OURNAL O FFICIEL D ’A NNONCES L ÉGALES - I NFORMATIONS G ÉNÉRALES , J UDICIAIRES ET T ECHNIQUES
bi-hebdomadaire habilité pour les départements de Paris, Yvelines, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val de Marne

12, rue Notre-Dame des Victoires - 75002 PARIS - Téléphone : 01 42 60 36 35 - Télécopie : 01 47 03 92 15
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Rentrée solennelle

LES ANNONCES DE LA SEINE

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Etablissements secondaires :
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7, place du 11 Novembre 1918, 93000 BOBIGNY
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Elizabeth Ménesguen

Directeur de la publication et de la rédaction :
Jean-René Tancrède
Comité de rédaction :
Thierry Bernard, Avocat à la Cour, Cabinet Bernards
François-Henri Briard, Avocat au Conseil d’Etat
Antoine Bullier, Professeur à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Marie-Jeanne Campana, Professeur agrégé des Universités de droit
André Damien, Membre de l’Institut
Philippe Delebecque, Professeur de droit à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Bertrand Favreau, Président de l’Institut des Droits de l’Homme des Avocats Européens,
ancien Bâtonnier de Bordeaux
Dominique de La Garanderie, Avocate à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
Brigitte Gizardin, Substitut général à la Cour d’appel
Régis de Gouttes, Premier avocat général honoraire à la Cour de cassation
Serge Guinchard, Professeur de Droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Françoise Kamara, Conseiller à la première chambre de la Cour de cassation
Maurice-Antoine Lafortune, Avocat général honoraire à la Cour de cassation
Bernard Lagarde, Avocat à la Cour, Maître de conférence à H.E.C. - Entrepreneurs
Jean Lamarque, Professeur de droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Christian Lefebvre, Président de la Chambre des Notaires de Paris
Noëlle Lenoir, Avocate à la Cour, ancienne Ministre
Philippe Malaurie, Professeur émérite à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Jean-François Pestureau, Expert-Comptable, Commissaire aux comptes
Gérard Pluyette, Conseiller doyen à la première chambre civile de la Cour de cassation
Jacqueline Socquet-Clerc Lafont, Avocate à la Cour, Présidente d’honneur de l’UNAPL
Yves Repiquet, Avocat à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
René Ricol, Ancien Président de l’IFAC
Francis Teitgen, Avocat à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
Carol Xueref, Directrice des affaires juridiques, Groupe Essilor International

« Soyez insatiables »
par Elizabeth Ménesguen

Publicité :
Légale et judiciaire :
Commerciale :

Didier Chotard
Frédéric Bonaventura

(…)

Commission paritaire : n° 0713 I 83461
I.S.S.N. : 0994-3587
Tirage : 12 556 exemplaires
Périodicité : bi-hebdomadaire
Impression : M.I.P.
3, rue de l’Atlas - 75019 PARIS

2010

Copyright 2012
Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus. Sauf dans les cas où elle est autorisée
expressément par la loi et les conventions internationales, toute reproduction, totale ou
partielle du présent numéro est interdite et constituerait une contrefaçon sanctionnée
par les articles 425 et suivants du Code Pénal.
Le journal “Les Annonces de la Seine” a été désigné comme publicateur officiel pour
la période du 1er janvier au 31 décembre 2012, par arrêtés de Messieurs les Préfets :
de Paris, du 27 décembre 2011 ; des Yvelines, du 20 décembre 2011 ; des Hauts-deSeine, du 28 décembre 2011 ; de la Seine-Saint-Denis, du 26 décembre 2011 ; du
Val-de-Marne, du 20 décembre 2011 ; de toutes annonces judiciaires et légales prescrites
par le Code Civil, les Codes de Procédure Civile et de Procédure Pénale et de Commerce
et les Lois spéciales pour la publicité et la validité des actes de procédure ou des contrats
et des décisions de justice pour les départements de Paris, des Yvelines, de la SeineSaint-Denis, du Val-de-Marne ; et des Hauts-de-Seine.
N.B. : L’administration décline toute responsabilité quant à la teneur des annonces légales.

- Tarifs hors taxes des publicités à la ligne
A) Légales :
Paris : 5,48 €
Seine-Saint-Denis : 5,43 €
Yvelines : 5,22 €
Hauts-de-Seine : 5,48 €
Val-de-Marne : 5,41 €
B) Avis divers : 9,75 €
C) Avis financiers : 10,85 €
D) Avis relatifs aux personnes :
Paris : 3,82 €
Hauts-de-Seine : 3,82 €
Seine-Saint Denis : 3,80 €
Yvelines : 5,22 €
Val-de-Marne : 3,83 €
- Vente au numéro :
1,15 €
- Abonnement annuel :
15 € simple
35 € avec suppléments culturels
95 € avec suppléments judiciaires et culturels

COMPOSITION DES ANNONCES LÉGALES
NORMES TYPOGRAPHIQUES
Surfaces consacrées aux titres, sous-titres, filets, paragraphes, alinéas

Titres : chacune des lignes constituant le titre principal de l’annonce sera composée en capitales (ou
majuscules grasses) ; elle sera l’équivalent de deux lignes de corps 6 points Didot, soit arrondi à 4,5 mm.
Les blancs d’interlignes séparant les lignes de titres n’excéderont pas l’équivalent d’une ligne de corps
6 points Didot, soit 2,256 mm.
Sous-titres : chacune des lignes constituant le sous-titre de l’annonce sera composée en bas-de-casse
(minuscules grasses) ; elle sera l’équivalent d’une ligne de corps 9 points Didot soit arrondi à 3,40 mm. Les
blancs d’interlignes séparant les différentes lignes du sous-titre seront équivalents à 4 points soit 1,50 mm.
Filets : chaque annonce est séparée de la précédente et de la suivante par un filet 1/4 gras. L’espace blanc
compris entre le filet et le début de l’annonce sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot soit
2,256 mm. Le même principe régira le blanc situé entre la dernière ligne de l’annonce et le filet séparatif.
L’ensemble du sous-titre est séparé du titre et du corps de l’annonce par des filets maigres centrés. Le
blanc placé avant et après le filet sera égal à une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm.
Paragraphes et Alinéas : le blanc séparatif nécessaire afin de marquer le début d’un paragraphe où d’un
alinéa sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm. Ces définitions typographiques
ont été calculées pour une composition effectuée en corps 6 points Didot. Dans l’éventualité où l’éditeur
retiendrait un corps supérieur, il conviendrait de respecter le rapport entre les blancs et le corps choisi.

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e vais pourtant bousculer le protocole en
espérant que vous me pardonnerez cette
audace car ce matin, c’est vous, jeunes gens,
que je veux saluer par priorité. C’est à vous
que je veux souhaiter la bienvenue. Bienvenue
dans votre Ecole, bienvenue dans la famille.
Cette journée qui commence est la vôtre. Elle
constitue la première étape d’un parcours que
je qualifierai «d’initiatique», un parcours que
nous allons accomplir ensemble.
Ensemble, ai-je dit car sachez-le, pour moi aussi,
cette journée est d’importance, pour moi aussi
c’est la rentrée.
C’est qu’en effet je succède à celui qui durant six
années a porté cette Ecole, l’a fait grandir et
reconnaître comme la plus grande Ecole des
Avocats de France : Gérard Nicolay à qui je veux
redire ici et devant vous, toute mon estime, ma
gratitude et mon amitié.
Je ne vous connais pas encore, vous ne savez
rien de moi, souffrez donc que je me présente
à vous : avocat au Barreau du Val de Marne
depuis déjà trente quatre années, membre du
Conseil de l’Ordre dans le cadre d’un quatrième
mandat en charge notamment de la formation,
Bâtonnier durant les années 2008 et 2009,
aujourd’hui membre du Bureau de la
Conférence des Bâtonniers de France et
d’Outre-Mer.
C’est par la grâce de deux Bâtonniers
d’exception, Jean Castelain et Christiane FéralSchuhl, que je vais avoir à vous guider sur la
route de l’avocature.
A partir d’aujourd’hui, cette Ecole est la vôtre.
Vous commencerez votre scolarité dans les
locaux de la rue de Charenton à la Bastille.
Mais vous aurez la chance de passer les épreuves
du CAPA en 2013 dans une toute nouvelle école
actuellement en construction à Issy-LesMoulineaux aux portes de Paris.
Comme vous le savez déjà certainement, nous
déménagerons à la fin de cette année dans un

J

immeuble ultra-moderne, un écrin de bois et
de verre, de bois à l’image des prêtoires, de verre
pour symboliser la transparence de la justice,
dessiné et conçu tout spécialement par le grand
architecte Jean-Michel Vilmotte.
Tout au long de ces dix-huit prochains mois,
vous allez apprendre le métier d’avocat, un
métier pas comme les autres, un métier de
«savoir-faire» mais aussi de «savoir-être».
Vous allez apprendre à défendre, à assister, à
conseiller, à rapprocher, à concilier ; vous allez
apprendre à gérer, à administrer, à entreprendre ;
vous allez apprendre à utiliser les nouvelles
technologies qui s’offrent à vous ; vous allez
apprendre à connaître les nouveaux métiers de
l’avocat.
Vous allez aussi vous pénétrer des valeurs qui
fondent la profession, de celles du serment que
vous prêterez après dix-huit mois  : dignité,
conscience, indépendance, probité et humanité,
ces valeurs qui guideront à jamais votre vie
professionnelle mais aussi votre vie personnelle.
Je ne vous le redirai jamais assez : la réussite de
votre formation commandera que vous en
soyez les acteurs, elle exigera de vous une totale
implication, la même que celle des hommes et
des femmes qui vous la dispenseront au cours
de ces prochains mois.
Ils sont rien moins que 600, magistrats,
universitaires et bien sûr majoritairement
avocats, enthousiastes, généreux et fiers de
partager avec vous leur expertise.
Demain vous serez à leur image : des acteurs de
justice, des régulateurs des rapports sociaux,
des tiers de confiance, en un mot vous serez des
avocats !
Lors d’une remise de prix à Stanford, Steve Jobs,
récemment disparu, termina son discours aux
lauréats qui l’écoutaient par ces mots : « Soyez
insatiables, soyez fous »
« Soyez insatiables »
C’est le vœu que je forme pour vous à l’instant
qui marque le début de votre carrière.
Et j’ajouterai : souvenez-vous toujours d’être et
de rester vous-mêmes, de faire pour les autres
et de ne renoncer jamais !

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Rentrée solennelle
La jeunesse
au cœur du Barreau

Christiane Féral-Schuhl

par Christiane Féral-Schuhl
'est avec une grande émotion que je
prends la parole aujourd'hui, 9 janvier
2012.
Car c’est aujourd’hui, pour vous, avec
vous, que je prononce mon premier discours
de Bâtonnier en exercice.
J’ai l’honneur d’ouvrir avec vous cette session de
rentrée 2012 qui est la dernière qui travaillera
encore dans les locaux de la rue de Charenton.
La nouvelle école est actuellement en cours de
construction. Elle vous accueillera à Issy-lesMoulineaux dès le 1er janvier 2013.
C’est un projet ambitieux dont le Barreau peut
être légitimement fier. Il vous donnera, comme
à ceux qui vous suivront, un espace de travail
moderne :
- adapté à nos conditions d’exercice et à
l’utilisation des nouvelles technologies
- respectueux de l’environnement
- plus facile d’accès.

incarne à elle seule la force de la réussite, avec
simplicité et générosité.
Soyez fiers d’appartenir à cette promotion, la
première à rendre hommage à un avocat issu
de ses rangs.
Madame le Bâtonnier Dominique de La
Garanderie, vous serez une marraine
d’exception, j’en suis certaine !
2. Cette journée, chers futurs confrères, restera
gravée dans votre mémoire.

C’est aujourd’hui que votre vie d’avocat
commence.
Et si d’éminents invités sont aujourd’hui présents
- de hautes personnalités, des Bâtonniers, des
membres du Conseil de l’Ordre, d’anciens
membres du Conseil de l’Ordre… - c’est pour
célébrer ce moment si important : vous faites
désormais partie d’une communauté, une
communauté qui partage non seulement un
savoir, mais aussi des valeurs et des idéaux.
Vous allez devenir avocat. Une chance !

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

1. Je salue votre promotion, la Promotion
Dominique de La Garanderie !
Pourquoi ce choix ?
Il s’est imposé comme une évidence.
La première femme Bâtonnier du Barreau de
Paris.
La première femme Bâtonnier à entrer dans
l’histoire du Barreau de Paris.
La première à avoir affronté avec succès les
suffrages de notre profession et ainsi à avoir
défié une tradition. Elle a su insuffler une grande
modernité.
Je veux rendre hommage aujourd’hui, en votre
présence, à une grande dame, courageuse, pour
laquelle j’ai une immense admiration. Son
exemple a été décisif pour moi. Je veux qu’il le
soit pour vous car Dominique de La Garanderie

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

C

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

3

Rentrée solennelle
Devenir avocat est même une vocation  :
advocatur, de advocare «Appeler au secours»,
c’est le nom latin de l’avocat.
Un métier dont l'existence même caractérise
les démocraties. Il n’y a en effet aucun exemple
de dictature ou de régime totalitaire dans lequel
on trouve des avocats libres de leurs paroles et
des ordres d'avocats indépendants.

3.Mais en toutes circonstances, l’avocat doit
respecter la déontologie.
C’est elle qui nous distingue des autres. C’est elle
qui garantit à nos clients le respect du secret
professionnel absolu, de la confidentialité
permanente, celle qui nous rassemble et nous
unit. Ayez à cœur de la découvrir et d’en
apprendre les principes essentiels. Cette

Ecrivez, publiez, enseignez… Vous devez porter la parole du
juriste et contribuer ainsi à rendre le droit incontournable. C’est
en développant ensemble le concept du «droit au droit», aux côtés
du «droit à la santé», du «droit à l’éducation»… que nous
Christiane Féral-Schuhl
favoriserons le réflexe «avocat»

déontologie nous protège et protège nos clients.
Elle sera votre bouclier et votre arme !
Patrimoine éthique que nous partageons tous,
la déontologie nous fédère et nous unit. C’est
notre ciment. Elle fait partie de nous. C’est à
nous, avocats, d’en prendre soin, de la faire vivre.
Mais nous devons aussi la faire évoluer… car
c’est une matière en perpétuel mouvement. Il
faudra sans cesse vous adapter. Vous serez
confrontés à toutes les nouvelles problématiques liées à l’utilisation des nouvelles technologies. Tout au long de votre vie d’avocat, vous
ne pourrez jamais vivre sur vos acquis. Vous
devrez systématiquement vous poser les
bonnes questions.
Nous allons vous aider à les identifier et à les
mettre en perspective au plan professionnel
comme au plan sociétal.
Vous serez naturellement guidés, d’abord à
l’Ecole, dans cette première phase d’apprentis-

4.Un avocat doit aspirer à un idéal où dominent
les mots «liberté» et «indépendance».
Pour cela, je veux que la réalité du métier
rencontre vos rêves, vos idéaux et réponde à
vos aspirations.
Pour cela, je veux vous aider à réussir votre
entrée dans la profession.
Pour cela, je veux que vous connaissiez l’état du
marché des avocats, pour pouvoir bien vous
orienter dans les activités de notre métier.
C’est dans cet objectif que j’ai créé un
observatoire des métiers. Il permet de dresser
un état des lieux des spécialités qui ont de
l’avenir, des marchés à conquérir et à investir. Il
est alimenté par un questionnaire lancé auprès
de la dernière promotion de l’EFB, pour analyser
l’adéquation entre le cursus universitaire et le
domaine d’activité.
Je veux que ces statistiques soient rendues
publiques et faire en sorte que les jeunes soient
informés, le plus tôt possible, des filières d’avenir.
Ces statistiques sont également à votre
disposition, pour vous aider à vous orienter et
à faire les meilleurs choix dans la recherche de
votre future collaboration.
Notre Ecole vous y aidera. Elle vous fera
connaître les filières qui recrutent, les spécialités

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Ce métier, c’est aussi celui de la défense. Pas
seulement, comme on se plait à le dire, de la
veuve, de l’orphelin, de la victime, mais aussi,
celui de tous les accusés, fussent-ils coupables.
Ce métier, c’est aussi celui du conseil. Celui
auquel on s’adresse non seulement pour son
expertise, pour son expérience, mais pour sa
vision et sa stratégie. L'avocat prévient les
difficultés, montre à son client le meilleur
moyen d'atteindre son but, dans la légalité et en
minimisant ou évitant les risques.
Ce métier, c’est encore celui de «facilitateur».
L’avocat doit rechercher en permanence ce qui
rassemble et ce qui rapproche les parties, plutôt
que ce qui divise et fait litige.
Et puis, ne l’oubliez jamais ! Etre avocat, c’est être
indépendant : à tout moment de sa vie, l’avocat
peut, quoi qu'il arrive, «poser sa plaque» et
exercer son métier, même seul, sans dépendre
de quiconque, en toute liberté.

sage puis, plus tard, au contact des clients, des
confrères, des magistrats et de toute personne
que vous rencontrerez dans votre vie professionnelle.
Dans le doute, que ce soit le Bâtonnier, le ViceBâtonnier, les membres du Conseil de l’Ordre,
les services de l’Ordre, ou votre avocat référent,
vous pourrez nous saisir de toute difficulté.
Nous serons à votre disposition pour répondre
à vos interrogations et vous conseiller utilement.
En d’autres termes, n’oubliez jamais que le droit
déontologique est consubstantiel à l’exercice
professionnel des avocats, comme l’Ordre est
consubstantiel à l’activité professionnelle des
avocats. Préservons notre déontologie !

4

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Rentrée solennelle
d’avenir dans lesquelles vous pourrez vous
investir, et les nouvelles activités qui vous sont
proposées.
Il faut des généralistes bien sûr, mais il faut aussi
des spécialistes et nous avons ouvert des portes :
ayez la curiosité de les ouvrir et d’explorer les
possibilités de devenir mandataire immobilier,
agent sportif, correspondant informatique et
libertés, lobbyiste, avocat fiduciaire… Ce sont
de nouveaux métiers à investir. Si vous n’y allez
pas, d’autres professions le feront à votre place.
Intéressez-vous à l’arbitrage, à la médiation et
aux autres modes alternatifs de règlement des
litiges.
Ecrivez, publiez, enseignez… Vous devez porter
la parole du juriste et contribuer ainsi à rendre
le droit incontournable. C’est en développant
ensemble le concept du «droit au droit», aux
côtés du «droit à la santé», du «droit à
l’éducation»… que nous favoriserons le réflexe
«avocat» : faire en sorte que le citoyen vienne à
nous naturellement, le plus souvent possible,
pour mieux comprendre et mieux analyser ses
droits et ses obligations.
Cette profession a besoin de vos talents, de votre
dynamisme et de votre créativité. Donnez-vous
à fond car ce métier est exigeant et il faut y
mettre beaucoup de passion !
5. Dans votre parcours, l’étape de la collaboration est primordiale. Il faudra apprendre à
faire les bons choix et mettre à profit cette
période essentielle dans votre carrière. La collaboration doit vous permettre d’acquérir
toute l’expérience dont vous avez besoin, pour
vous familiariser avec ce qui est essentiel  : la
technique juridique, l’art de la plaidoirie et de
la négociation, les rapports avec les clients, les
magistrats, les experts, les confrères etc. sans
oublier bien sûr la déontologie.
L’Ecole va vous aider à vous préparer à cette
période de votre vie, grâce à un enseignement
pratique. Elle vous donnera également les clés
de compréhension de ce qu’est un cabinet
d’avocats, de son mode de fonctionnement, des
missions qui vous seront confiées, des attentes
de clients...
Le stage en cabinet sera un parfait terrain
d’entraînement et débouchera, pour une partie
d’entre vous, sur un contrat de collaboration.
Mais votre immersion dans le monde
professionnel commencera bien avant.
Tout d’abord à l’occasion de la période
consacrée à votre projet professionnel
individuel (PPI).
Je vous invite à être particulièrement attentif
pendant ces six mois d’initiation qui vont vous
permettre de connaître un autre milieu
professionnel, que ce soit au sein d’une
juridiction, d’une entreprise, d’une association
ou encore, à l’étranger.
Je vous invite également à découvrir les
commissions ouvertes du Barreau de Paris. Ce
sont de véritables lieux d’é changes et de
réflexion en lien entre avocats, mais aussi avec
d’autres professionnels et des représentants de
la société civile, pour aborder des sujets
juridiques, professionnels et internationaux.
Pour cela, j’ai prévu de donner la possibilité à
certains d’entre vous d’y participer, sur sélection
de dossiers.
C’est une chance pour ceux d’entre vous qui
seront retenus. C’est une expérience unique et
enrichissante. Un excellent moyen d’être en

immersion dans les matières qui vous
intéressent, au contact de vos futurs confrères
et d’élargir ainsi un réseau utile à votre insertion
professionnelle.
N’oubliez jamais que la construction d’une
carrière se fait au fil des fenêtres qui s’ouvrent
et de votre capacité à regarder, explorer, tester…
Ne boudez pas les opportunités qui s’offrent à
vous !
6. Comme la collaboration est une étape
décisive pour la réussite de votre carrière
professionnelle, je veux que vous abordiez cette
phase avec sérénité.
Dans cet objectif, j’ai demandé à la commission
«Collaboration» que nous avons créée au
Barreau de Paris - composée de collaborateurs,
de jeunes installés et aussi d’associés de cabinets
- d’élaborer une charte mettant en lumière les
principes essentiels de la collaboration. Cette
charte «Chance collaboration» est prête et sera
présentée dans les prochains jours au Conseil
de l’Ordre. Elle répertorie tout simplement les
«bons comportements» que vous êtes en droit
d’attendre des cabinets qui vous accueillent :
management - gestion des carrières - égalité des
rémunérations - aménagement des horaires
pour les jeunes parents - amélioration des
conditions de travail pour les collaboratrices
enceintes - prévention des conflits… En
adhérant à cette charte, les cabinets adressent
un message fort à vous, futurs jeunes
collaborateurs, futurs confrères : celui de leur
adhésion aux valeurs citoyennes et humaines
de la société d’aujourd’hui.
Toujours dans l’objectif de vous rassurer, vous
qui êtes confrontés, à un marché difficile, j’ai
mis en place au Barreau de Paris une assurance
inédite «l’assurance perte collaboration» avec
adhésion facultative. Pour 180 euros par an une charge entièrement déductible - chaque
collaborateur peut désormais bénéficier d’une
indemnisation permettant de faire la liaison
entre deux collaborations.
Ces deux mesures - la «Chance Collaboration»
et l’ «Assurance perte de collaboration» - entrent
en vigueur ce mois-ci. J’ai l’espérance qu’elles
seront relayées par d’autres Barreaux et tout
particulièrement ceux du ressort de l’EFB.
Je crois à la contamination positive des bonnes
idées !
7.Etre avocat, c’est être entrepreneur.
Etre entrepreneur, c’est être chef d’entreprise.
Etre chef d’entreprise, c’est parfois très lourd et
difficile. Créer son cabinet individuel, s’associer
au sein d’une équipe, ce sont des étapes parfois
même périlleuses.
Il faut savoir tant de choses : comment développer sa clientèle, comment construire une
relation de confiance avec son client, comment gérer les ressources humaines, comment tout simplement chiffrer sa prestation...
Je veux vous accompagner, en renforçant votre
formation sur les différentes étapes qu’il faut
connaître pour créer son cabinet.
Que ce soit au stade de l’Ecole ou, plus tard,
dans le cadre de votre formation continue, des
avocats et des professionnels du conseil
viendront vous transmettre leur savoir-faire
dans des ateliers pratiques fondés sur l’échange
d’expériences.
Dans cet objectif encore, nous avons aussi
entrepris, avec les avocats honoraires,

Agenda

SÉMINAIRE

Le droit pénal européen
pour les avocats de la
défense
10 et 11 février 2012
Bruxelles - Belgique
Renseignements : +49 (0)651 937 37 321
ageibel@era.int

2012-021

COLLOQUE CYCLE HISTOIRE ET
JUSTICE 2012 : LES ÉCRIVAINS EN JUSTICE

Le procès de Socrate :
mourir pour la loi
15 mars 2012
Cour de cassation - Paris 1er
Renseignements : www.courdecassation.fr
2012-022

SÉMINAIRE UIA

Gouvernance d’entreprise,
regulation et litiges connexes
du 26 février au 2 mars 2012
Whisltler Mountain - Canada
Renseignements : 01 44 88 55 66
www.uianet.org

2012-023

CONFÉRENCE PRESSE

L’essaimage : quels enjeux
et perspectives ?
16 janvier 2012
Agence pour la création d’entreprises
14, rue Delambre - Paris 14ème
Renseignements : 01 44 37 00 19
laurence.margoline@press-et-vous.fr

2012-024

CYCLE DROIT ET ÉCONOMIE
DE L’ENVIRONNEMENT

Les clauses
environnementales
dans les marchés publics
23 janvier 2012
Grand’Chambre - Cour de cassation
Renseignements : www.courdecassation.fr 2012-025

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

5

Rentrée solennelle
d’approfondir les liens intergénérationnels afin
d’encourager la transmission du savoir, du
savoir-faire et du savoir-être.
L’entrepreneuriat est un état d’esprit. Il ne faut
pas l’oublier !
8. Etre avocat aujourd’hui, c’est être avocat dans
un environnement numérique.
Vous êtes les acteurs d’un monde moderne en
pleine mutation.
Les technologies font, je le sais, déjà partie de
votre quotidien. Mais vous pouvez être encore
meilleurs et pour viser l’excellence, je veux vous
permettre d’acquérir une formation adaptée :
les recherches en ligne, les bases de données
juridiques, écrire sur le Web, utiliser à pleine
capacité les services en ligne… Savez-vous que
vous êtes la génération e-barreau ? e- barreau ?
Ce mot fait désormais partie de votre
vocabulaire. e-barreau, c’est l’outil numérique
qui vous permettra d’accéder à distance aux
informations concernant les dossiers que vous
aurez à traiter. De votre poste de travail, vous
pourrez à tout moment consulter l’état de vos
procédures, communiquer vos écritures,
échanger avec le greffe.
e-barreau, c’est aussi la garantie de notre secret
professionnel par des échanges hautement
sécurisés.
Cette solution n’est pas encore parfaite. Elle vit
ses erreurs de jeunesse et vous entendrez
certainement des critiques.
Je compte sur vous pour porter ce projet
d’avenir car c’est une chance pour notre
profession. Je veux que e-barreau devienne une

solution simple, sécurisée, harmonisée, et
compétitive.
L’enjeu est tout simplement concurrentiel : soyez
vigilant car c’est pour vous plus qu’un outil à
votre service. C’est avant tout un enjeu politique
pour toute une profession dont vous faites
désormais partie !
Mais si je vous encourage à utiliser les
technologies pour le traitement de vos dossiers,
je vous invite à la plus grande vigilance : les
technologies fragilisent les libertés individuelles
et il nous appartient, avocats, de combattre ces
risques.
Lorsque la Loi d’orientation et de
programmation pour la performance de la
sécurité intérieure (LOPPSI) 2 prévoit que
l’audition des prévenus se fera par
visioconférence, il nous appartient, nous
avocats, de refuser que la recherche de la vérité
se fasse derrière un écran glacé.
Oui à la pleine utilisation des technologies qui
permettent de réaliser des économies de temps
et d’argent. Non aux technologies qui
déshumanisent la Justice !
9. Enfin, être avocat, c’est faire partie d’un
Barreau. S’y impliquer.
Je vous encourage à faire partie des associations
et des syndicats professionnels.
Dès à présent, vous pouvez rejoindre
l’Association des élèves avocats (AEA) qui vient
de fêter sa vingtième année.
Ses actions, son dynamisme vous permettront
de participer à la vie de l’Ecole et de vous
impliquer dans les grands débats qui agitent

REPÈRES

Dominique de La Garanderie,
marraine de la Promotion 2012-2013
© Jean-René Tancrède

grâce, attentive aux autres,
souriante toujours, même dans
l’adversité parfois la plus profonde,
la plus intime.

par Laurence Parisot*
ominique a, dans ce comité,
apporté à la fois une très
grande compétence, une
excellence, mais aussi un ton, un
juste milieu, et quelque chose qui
m’a semblé particulièrement
remarquable : de la créativité.
Quand il y avait des impasses,
quand il y avait des difficultés à
faire en sorte que des points de vue
se rejoignent, Dominique a souvent
été une des premières à trouver
une idée complètement nouvelle, à
aller au-delà de ce qui était sur la
table. L’apport de Dominique de La
Garanderie au comité éthique du
MEDEF est tout à fait essentiel. Et
je n’oublie pas quand je parle de
Dominique de La Garanderie que je
parle de la première femme qui ait
jamais été Bâtonnier de l’Ordre des
Avocats au Barreau de Paris. Je
suis, rien qu’à ce titre, très très
fière d’avoir l’occasion de travailler
avec elle.

D

6

par Christine Lagarde**
e qu’elle apporte comme
marraine de votre promotion,
c’est évidemment son exigence, sa
qualité, cette espèce de grâce
intérieure qu’elle porte, qu’elle
partage, qui rayonne autour d’elle,
et puis cette ténacité dont elle sait
faire preuve lorsqu’elle exerce son
métier, lorsqu’elle plaide,
lorsqu’elle reçoit des clients,
lorsqu’elle examine un dossier. Elle
est un exemple, elle est une
inspiration. Elle est aussi une oreille
attentive et je suis sûre que certains
ou certaines d’entre vous auront à
cœur parfois de solliciter un conseil,
d’attendre un regard, un soutien,
un contact. Ne vous précipitez pas
tous, quand on est marraine d’une
promotion, on est bien sollicitée,
mais sachez le faire à bon escient,
elle saura toujours vous répondre,
j’en suis certaine. Que lui souhaiter
à Dominique ? De rester ce qu’elle
est : droite et forte, habitée par la

C

* Laurence Parisot est élue à la
présidence du MEDEF (5 juillet
2005) et réélue le 1er juillet 2010
pour un second mandant de trois
ans à 93,85%. Elle est la première
femme et la première dirigeante de
PME à accéder à ce poste. A la
demande de Laurence Parisot,
Dominique de La Garanderie est
membre du Comité d’Ethique
entrepreneuriale du Mouvement
des Entreprises de France (MEDEF)
depuis 2002.
** Christine Lagarde est ancien
avocat au Barreau de Paris (Baker &
McKenzie), ministre délégué du
Commerce extérieur de 2005 à
2007, ministre de l’Economie de
2007 à 2011, directrice du FMI
(Fonds Monétaire International)
depuis le 5 juillet 2011. Elle est la
première femme à occuper cette
fonction.
Source : « Dominique de La
Garanderie, marraine de la
promotion 2012-2013 de l’E.F.B. ».
Réalisation : Jacques Mestre.
Monteur : Gérard Lezergue. Son :
Yves Pignon. Moon Shadow
production. EFB janvier 2012.

notre profession et qui concernent chacun
d’entre nous.
10.Et être avocat, c’est aussi être un acteur de la
société civile.
C’est prendre part à l’innovation sociale, en
menant des actions qui peuvent être solidaires
et désintéressées.
Je vous invite à ne jamais oublier de regarder
autour de vous, chaque jour, ce que vous pouvez
faire pour les autres.
Dans le respect de votre serment, je vous invite
à rejoindre les avocats qui se mobilisent au
quotidien pour des actions bénévoles de toute
nature, professionnelles ou non, individuelles
ou associatives. Ils s’inscrivent dans un
mouvement qui reflète l’é volution de notre
société  : le souhait de s’engager de façon
citoyenne et solidaire en dispensant des services
à ceux qui en ont besoin.
Je vous invite à devenir citoyen du monde de
demain, pour donner dans la mesure de vos
moyens, de votre temps et de vos talents ce que
vous pouvez aux autres :
C’est le cœur des avocats.
C’est le cœur de la profession d’avocat.
C’est l’honneur de la profession.
Je vous invite à changer le regard que porte la
société sur notre profession et sur la justice afin
que l’image de l’avocat s’améliore dans l’esprit
du public, qu’elle ne soit jamais celle d’une
profession qui ne cherche qu’à s’enrichir avant
de servir les intérêts des clients.
Nos invités de tout à l’heure nous diront
comment nous pouvons atteindre cet objectif
et ce qu’ils attendent de vous, avocats de demain.
11.Parce qu’être avocat, c’est aussi s’intéresser
au monde, à d’autres cultures, je veux davantage
encore ouvrir l’EFB sur l’international.
Je veux vous former à des cultures de droit
étranger par les échanges avec les autres écoles
d’avocats du monde.
Je veux que vous ayez le «réflexe européen».
Chaque dossier doit être examiné sous l’angle
du droit européen. Vous devez vérifier les textes
européens, la jurisprudence européenne… C’est
plus qu’un devoir, c’est une obligation.
Je veux que vous soyez des avocats du monde
d’aujourd’hui, fiers de votre formation.
Je veux que vous soyez fiers d’appartenir à cette
grande école  : l’Ecole de Formation des
Barreaux.
La jeunesse au cœur du Barreau, voici ma
principale préoccupation,
Je veux que vous soyez notre force vive de
demain, celle qui nous ouvre l’esprit et nous
permet d’aller de l’avant.
Ensemble, aujourd’hui avec vous, je veux
construire le Barreau de demain, où vous avez
toute votre place : un barreau ouvert, impliqué
et solidaire.
Le Barreau de demain voulu par Dominique de
la Garanderie qui, de manière prémonitoire, a
initié la plupart des chantiers qui constituent
aujourd’hui la riche matière de nos marchés
émergents.
Le Barreau de demain que je vous invite, à
l’instar de votre marraine, à continuer à inventer,
comme on invente l’avenir qui n’est un mystère
que pour ceux qui ne savent pas imaginer.
(…)

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Rentrée solennelle

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Laurent Vallée

L’alter ego et le surmoi
par Laurent Vallée
(…)
vous tous, élèves de l’Ecole de
formation du barreau, je dois en effet
dire une chose : la profession que
vous avez choisi d’embrasser est
exceptionnelle, également, en ce qu’elle accorde
une place, une représentation et un crédit aux
femmes qu’on ne retrouve pas toujours dans
d’autres activités.
Habituellement, en effet, dans ce type de circonstances et dans d’autres professions, la
population des intervenants est, malheureusement, trop souvent exclusivement masculine.
Que les élèves hommes ne quittent pas la salle
pour autant, ou ne s’inquiète pas, vous allez
comme moi surmonter votre embarras et,
surtout, vous ne vous êtes pas trompés.
La profession dans laquelle vous entrez, tous,
est en effet noble, utile et passionnante.
Elle se transforme, aussi, et à cet égard la
Chancellerie tente d’accompagner et de
favoriser son évolution pour qu’elle soit, le plus
possible, en harmonie avec les exigences d’un
système juridique moderne.
Sur la période récente, le rôle de l’avocat a ainsi
été renforcé, par la création de nouveaux outils,
l’élargissement de son périmètre d’intervention
et la modernisation des conditions d’exercice
de son activité.
Création de nouveaux outils, c’est l’introduction
dans notre système juridique de l’acte
contresigné par avocat, créé par la loi du 28 mars
2011 de modernisation des professions
judiciaires ou juridiques et certaines professions
réglementées. Cet acte à la force probante
renforcée consacre le rôle de l’avocat dans la
rédaction d’actes sous seing privé et tire les

A

conséquences de la sécurité que procure
l’intervention de ce professionnel du droit qu’est
l’avocat.
Un autre nouvel instrument juridique, très
attendu de votre profession, est la procédure
participative, créée par la loi du 22 décembre
2010 relative à l’exécution des décisions de
justice. La création de cette convention de
négociation assistée par avocat, inspirée du droit
collaboratif nord-américain, doit permettre de
régler des litiges en amont, sans qu’il soit
nécessaire de saisir une juridiction et, en cas
d’échec, d’éclaircir, avant la saisine du juge, les
motifs de la contestation. Cette réforme attend,
pour être pleinement effective, un décret
d’application qui sera examiné demain par la

professions d’avoué près les cours d’appel et
d’avocat : vous serez ainsi parmi les premiers à
être pleinement, et dès le début de votre
carrière, des avocats à la cour.
Les conditions d’exercice de la profession
d’avocat ont aussi été nettement rénovées. Une
double ouverture doit, sur ce point, être
particulièrement mise en valeur.
L’une, vers l’Union européenne, dès lors que la
loi du 28 mars 2011 a offert aux avocats
européens exerçant à l’étranger la possibilité
d’être associés de cabinets français. Cette mesure
a été conçue pour faciliter l’exportation des
cabinets français vers d’autres Etats membres
de l’Union, par l’association d’avocats exerçant
dans ces Etats.
L’autre ouverture est en direction de professions
voisines et amies. La même loi du 28 mars 2011
a ainsi permis aux avocats, notaires, huissiers
de justice, commissaires-priseurs judiciaires,
experts-comptables, commissaires aux comptes
et conseils en propriété industrielle de créer des
sociétés de participations pluri-professionnelles.
Le développement d’une véritable inter
professionnalité capitalistique est aujourd’hui
nécessaire pour créer des synergies entre ces
différentes professions amenées à travailler,
ensemble et de manière complémentaire, pour
un public commun. Cette réforme répond aussi
bien à l’intérêt des professionnels qu’à celui des
justiciables : elle permettra de leur rendre un
meilleur service et sera facteur de croissance.
Ce renforcement du rôle de l’avocat
s’accompagne d’une exigence, celle de la
compétence.
Sachez-le, et vous ne devez pas le regretter, votre
formation ne s’achèvera pas à l’issue de votre
scolarité à l’EFB lorsque, Certificat d’aptitude à
la profession d’avocat (CAPA) en poche, vous
vous installerez, à titre indépendant ou comme
collaborateur.
Vous serez en effet soumis à l’exigence
d’accomplir une formation continue, mise en
place par la loi du 11 février 2004 portant
réforme du statut de certaines professions
judiciaires ou juridiques et des experts
judiciaires. La profession d’avocat a été
innovante et précurseur en la matière. Sur son

La complexité d’un système juridique doit être inversement
corrélée à la qualité de ses avocats : lorsque sa loi est simple, claire
et aisée d’application, une société a moins besoin d’encourager
Laurent Vallée
ses membres les plus talentueux à devenir avocats.

section de l’intérieur du Conseil d’Etat et pourra
ainsi être publié d’ici la fin du mois.
L’élargissement du périmètre d’intervention de
l’avocat s’est traduit, quant à lui, sur la période
récente, par l’ouverture aux avocats de l’activité
fiduciaire, antérieurement réservée aux banques
et aux assurances et de l’activité d’agent sportif.
L’actualité la plus immédiate confirme cette
extension du rôle de l’avocat : depuis le 1er janvier
est, vous le savez, effective la fusion des

exemple, l’obligation de formation continue a
ainsi été généralisée aux autres professions
juridiques et judiciaires, avec le vote de la loi du
22 décembre 2010.
Le législateur de 2004 avait confié un réel
pouvoir normatif au Conseil national des
barreaux, lequel s’est traduit dans sa décision
du 11 février 2005 qui a déterminé les modalités
concrètes de mise en œuvre de la formation
continue. Une nouvelle et très récente décision

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

7

Rentrée solennelle
en date du 24 novembre 2011 est venue parfaire
le dispositif qui, bientôt, vous sera applicable,
en tirant les conséquences des premières années
d’application de l’obligation de formation. Je
tenais ce matin à en saluer la qualité de cette
décision.
Vos compétences acquises, vous pourrez
prétendre à une mention de spécialisation, dont
le régime vient lui aussi d’être modernisé par la
loi du 28 mars 2011 et ses textes d’application.
Les modalités d’examen des connaissances,
l’exigence de formation continue comme
l’intitulé des mentions ont été rénovés. Tout est
désormais prêt pour que le nombre de mentions
de spécialisation soit, bientôt, nettement accru.
Chacun et chacune d’entre vous y contribuera
certainement dans les années qui viennent.
Ce tableau très rapide des nombreuses réformes
accomplies ces deux dernières années est
seulement destiné à rappeler combien le
Gouvernement estime nécessaire de disposer
en France d’une profession d’avocat forte,
compétente et évolutive.
La complexité d’un système juridique doit être
inversement corrélée à la qualité de ses avocats :
lorsque sa loi est simple, claire et aisée
d’application, une société a moins besoin
d’encourager ses membres les plus talentueux
à devenir avocats. Mais nos lois ne sont pas
toujours simples, pas toujours claires, et c’est

pourquoi nous avons besoin de vos talents pour
que notre système juridique fonctionne.
Votre tâche, sachez-le, ne s’arrêtera toutefois
pas à la compréhension d’un système juridique :
vous serez appelés à aplanir des difficultés, à
diminuer des anxiétés, à corriger des erreurs, à
prendre en charge, parfois, le fardeau qui pèse
sur d’autres. Vous aurez aussi à sauvegarder ce
qui est juste, à prendre garde à ce que l’Etat
demeure responsable, à protéger les droits
individuels et, très simplement, à aider les gens.
Les attributs d’un grand avocat sont nombreux :
penser rapidement, dominer sa matière,
disposer de la capacité d’utiliser le droit de
manière créative et intelligente dans l’intérêt de
ses clients … Mais c’est sans doute l’humanité
et la proximité qu’il accorde à la relation avec
son client qui donnent la véritable mesure de
son excellence. Parce que les gens viendront
vous voir dans des moments délicats, difficiles
ou de détresse : vous assisterez des personnes
gardées à vue, mises en examen, des parents qui
veulent conserver la garde de leur enfant, des
demandeurs d’asile, des entreprises en difficulté,
ou des grands groupes pour négocier
d’importants contrats.
Vous défendrez et vous conseillerez. Les gens
viendront vous demander conseil sur ce qu’ils
peuvent faire et sur ce qu’ils ne peuvent pas faire.
Un conseil qu’ils ne peuvent obtenir de

personne d’autre. Un conseil qu’ils recherchent
parfois au moment même où ils révèlent leurs
pires intentions ou actions, parce que notre
système juridique est conçu pour que ces limites
soient explorées avec un avocat. Votre regard
sera recherché, vos interlocuteurs vous
demanderont de leur répondre oui, ce que vous
envisagez est légal, ce que vous avez fait était
possible. Il vous faudra savoir dire oui, et savoir
comment le dire, car on ne se satisfait pas d’un
avocat qui se borne à identifier les risques pour,
toujours, dire non, mais il vous faudra aussi,
parfois, faire prévaloir votre conscience et votre
déontologie.
Quiconque a représenté les intérêts d’une
personne en tant qu’avocat a expérimenté ce
sentiment d’identification avec son client, cette
identification dépourvue de réserve qui peut
rendre meilleur. Mais il vous faudra, aussi, savoir
conserver la lucidité et le recul nécessaire à
l’accomplissement de votre activité.
Savoir épouser les intérêts d’un autre et les
défendre sans hésiter, tout en conservant la
capacité d’écouter sa propre conscience : au fond
un avocat doit savoir être à la fois l’alter ego et
le surmoi d’un autre. Ne vous y trompez pas, la
tâche n’est pas facile. Mais, si vous l’aimez, elle
est digne et belle, et vous allez commencer à
l’apprendre maintenant.
(…)

La boussole de l’Ethique

qu’elle est la marque même de votre
appartenance à la profession d’avocat.
Celle qui vous impose d’exercer en toute liberté
sous la seule dépendance de votre Éthique.
Le droit et la justice, cœur de l’équilibre de la
société, seront entre vos mains d’experts et
vous devez trouver votre place exacte, un pôle
de résistance aux attractions de différentes
sollicitations.
Il en est ainsi de l’indépendance d’esprit et de
pensée où droit et justice ne peuvent être
déviés de leurs fonctions par une force qui
leur serait opposée en raison de dépendances
économiques ou autres.
Soyez des esprits libres !
Pour la construction du XXIème siècle, votre
participation est essentielle.
Vous êtes avocats en prise directe avec la société
et le droit est la pierre angulaire de cette
construction pour une société à la recherche
d’elle-même à l’aube de l’économie du quaternaire.
Ce début de siècle est révolutionnaire :
- Au-delà du développement des nouvelles
technologies et du bouleversement des moyens
de communication, donc désormais, des modes
d’expression…, c'est la révolution numérique.
- Au-delà de la mondialisation des échanges et
des révolutions des peuples, le choc de
l’expression de libertés et de l’affirmation des
conformismes.
- Au-delà des conséquences de libéralisation
et des attentes économiques, sociales et environnementales, l’indignation des jeunes générations.
- Au-delà de la dérégulation, du métissage des
systèmes juridiques, du foisonnement des
normes ISO, des recommandations, à tous les
niveaux, internationales, nationales, par
branches d’activité.
- Au-delà même des organismes indépendants,
dont font partie les agences de notation, la

question du contrôle et de la sanction des règles
de droit est au cœur des attentes.
En un mot, cette révolution du XXIème siècle,
qui pourrait être systémique, met en cause nos
repères.
Actuellement, personne ne sait quelles seront
les conséquences de ces bouleversements.
Quel nouveau monde  ? Quel événement
pourra faire prendre conscience de l’urgence
de la réorganisation.
Une certitude : ce monde sera celui du droit, un
droit nouveau, à inventer, à renouveler, à adapter,
mais avant tout, un droit régulateur de votre
société. Vous arrivez dans ce monde-là avec
pour boussole l’Éthique, pour socle les Droits
Fondamentaux.
Droits humains, défense des libertés, droits
économiques et sociaux, soyez intransigeants.
Deux de vos promotions ont eu pour parrains
les Présidents du Conseil constitutionnel. La
constitution, ce socle auquel vous serez d’autant
plus attaché que les questions prioritaires de
constitutionnalité relèvent désormais de votre
initiative.
Vous êtes les sentinelles du droit, confrontant
aussi bien la loi fiscale que la garde à vue à nos
principes fondamentaux, et vous devrez agir.
Vous êtes les gardiens des libertés.
L’éthique de votre conviction vous fera choisir
l’assistance et la défense de vos clients, - que ce
soit une entreprise ou un travailleur immigré , dans leur seul intérêt et dans l’exigence de la
vérité et du respect du droit.
L’éthique de votre conviction vous confrontera
à la réalité. L’éthique relayée par la déontologie
et complétée par votre compétence vous
permettra de les défendre tous mais aussi, avec
l’éthique de la responsabilité :
Responsabilité à l’égard de la société dont vous
êtes des acteurs au double titre de citoyens et
d’avocats,

par Dominique de La Garanderie
(…)
ous êtes tous arrivés ici et maintenant avec vos années d’études, vos
diplômes, vos espoirs et vos ambitions. Par vocation, par hasard ou
même pour une transition. Une promotion,
dans l’unité et la diversité, cela m’autorise, ce
matin, à évoquer ce qui doit nous unir. Ce lien
qui se crée aujourd’hui entre nous, entre chacun de vous et moi, entre vous tous, m’autorise
à vous délivrer à cœur ouvert quelques messages.
Vous aurez une vie exceptionnelle, une vie
d’avocat.
Certes, confrontés au quotidien aux
préoccupations, aux angoisses, aux projets de
vos clients, vous aurez le sentiment de sacrifier
beaucoup de votre temps, c'est-à-dire, des
moments qui vous appartiennent en propre.
Mais à la fin de votre mission, à l’aboutissement
du projet au résultat judiciaire, confrontez votre
propre sentiment du travail bien fait à la
reconnaissance du client. Vous constaterez
combien ce métier est gratifiant !
C’est cet engagement pour l’autre, ce rapport
privilégié, et momentané, qui vous portera.
Vous découvrirez que vos clients attendent plus
de vous qu’une réponse technique, votre activité
relève aussi des sciences humaines.
Il n’y a pas de petit et de gros dossier, il y a
toujours une dimension humaine d’envergure.
L’humain… nous voici au cœur de l’interdépendance des êtres, marque profonde de la
nature humaine, vous la confronterez à votre
indépendance.
Cette indépendance statutaire dont vous seront
définis les contours déontologiques, sachez

V

8

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Rentrée solennelle

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Dominique de La Garanderie

Responsabilité à l’égard de la collectivité des
avocats qui sont les garants de ces libertés et de
la démocratie. N'oubliez jamais ! Quand un
avocat s'explique publiquement, il engage la
profession.
Responsabilité à l’égard des juges. «Le bon avocat
fait le bon juge» déclarait le Président Dray, alors
qu’il n’était pas encore Président de la Cour de
Cassation, parce que l’avocat participe à la
construction de la décision de justice avec
loyauté.
L'éthique impose une vigilance permanente.
Ce que je vous dis aujourd’hui au titre de
l’essentiel, je l’ai découvert au fils du temps, et
intégré.
L’attente des clients qui ont tant besoin de
s’exprimer et d’être rassurés et que vous devez
guider avec le seul éclairage de la compétence

distribution dont j’avais rencontré le Président
un peu par hasard à l’occasion d’une précédente
et ponctuelle affaire, m’avait interrogée. C’était
pour moi, inutile de vous dire, un client
important et même pourquoi pas fondateur
d’un cabinet ! Après que je lui aie expliqué que
les faits rendaient possible l’annulation de la
désignation, celui-ci de l’autre côté de mon
bureau, me regardant bien dans les yeux, posa
ses mains à plat, se pencha vers moi et me dit :
«d’homme à homme, nous allons la gagner cette
affaire !!». Eh bien, sur le moment, j’ai eu le
sentiment qu’il exprimait ainsi une profonde
confiance.
J’ai constaté aussi combien le travail approfondi
et présenté correctement aux magistrats était
apprécié (que l’on gagne ou que l’on perde).
Donc travaillez beaucoup, ayez le courage de

Le droit et la justice, coeur de l’équilibre de la société, seront
entre vos mains d’experts et vous devez trouver votre place exacte,
un pôle de résistance aux attractions de différentes sollicitations.
Dominique de La Garanderie
Soyez des esprits libres !

et de la loyauté. Vous leur devez une étude
sérieuse, un diagnostic, une explication sans
réticence.
Une anecdote : j’étais toute jeune avocate, déjà
spécialisée en droit social, (et je vous parle d’un
temps où les lois Auroux venaient de naître).
La désignation d’un délégué syndical dans une
entreprise avait fait grand bruit et terrorisait
certains employeurs. Une grande société de

ses convictions, avec le respect de chaque
interlocuteur.
C’est peut-être aussi pour ces raisons que j’ai été
élue Bâtonnier, première femme pour finir le
XXème siècle, après plus de trois siècles de
Bâtonniers.
J’ai aujourd’hui l’immense bonheur, je suis oh
combien heureuse que Christiane Féral-Schuhl

soit Bâtonnier et j'ai l’honneur d’être votre marraine
dans la succession de Simone Veil et Christine
Lagarde. C’est en gardant en permanence la
boussole de l’Éthique que je me suis aventurée sur
des terres nouvelles, où il y a encore tant à
progresser et vous aurez tant d'activités.
- l’accès au droit, tous ont droit au droit, seuls
ceux qui connaissent leurs droits peuvent
respecter les droits des autres,
- la médiation, outil de pacification, à laquelle
il m’est apparu indispensable que les avocats
soient formés tant pour accompagner leurs
clients que pour agir comme médiateurs,
- le droit et l’économie, ayant pressenti dès la fin
du XXème siècle et avant l’affaire Enron, suivie
des subprimes et des crises subséquentes, que
l’ordre pouvait être inversé et que le droit
précéderait l’économie, c'est en route.
- la promotion du droit civil après avoir constaté
que le système civiliste était beaucoup plus
répandu dans le monde que la common law, qui
s’était emparée du droit des affaires.
- Or, le droit est attaché à notre culture et notre
influence, c’est ce que déclarait ici-même le
Président Abou Diouf à la promotion de l’EFB
qui porte son nom.
Consciente que le «droit mou» (soft law) prenait
aussi une importance en Europe et dans notre
pays, je me suis attachée alors aux règles de
gouvernance des entreprises considérant que
l’Éthique des affaires et la vie des entreprises,
tissu économique de notre pays, ont besoin de
l’analyse juridique et du soutien du droit.
Il en est de même de l'environnement et de la
responsabilité sociétale des entreprises dont
Grenelle II révèle désormais l’importance.
Ces territoires porteurs de nouveaux
développements doivent être entre des mains
expertes et guidées dans l’intérêt commun.
Vous découvrirez ce que représente l’Éthique
pour traiter toutes les questions auxquelles vous
serez confrontés quotidiennement.

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

9

Rentrée solennelle
Alors allez-y ! Soyez dignes.
Dignes de votre rôle, important pour la société
qui se construit,
Dignes de notre tradition.
Dignes de construire le XXIème siècle dans le
droit, la justice et la vérité.
Si vous avez besoin de questionner, d’en parler
et d’y réfléchir, marraine de la promotion, je suis
là !! Pour vous aider, vous mettre sur cette route
tous les jours différente, pour vous dire que tout

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Yvon Martinet

Droit déontologique
par Yvon Martinet
ans 18 mois, vous rejoindrez le
barreau, notre Barreau,
Dans 18 mois, vous revêtirez la robe
d’avocat,
Cette robe vous protègera, vous honorera mais,
davantage encore, vous engagera,
Cette robe, que vous la portiez ou non au
quotidien, que vous soyez demain conseil ou
plaidant, que vous lui trouviez du sens ou non,
cette robe vous portera à être au Monde avec
une différence, une histoire, un état d’être qui
vous engagera au-delà de vous-même,
Cette robe vous permettra de sentir ce petit
supplément d’âme qui vous amènera à cette
certitude de porter une exigence plus grande
que vous-même,
Qui fait de vous une partie d’un tout cohérent
et extrêmement homogène au-delà de
l’apparence,
Un membre d’un barreau organisé, aux
traditions multi-séculaire et à la modernité
chevillée à l’âme,
Un avocat membre du barreau de Paris,
Un des plus grands Barreaux au Monde
protecteur des droits fondamentaux partout
dans le monde, tout en étant acteur d’une des
plus belles places économiques et financières
au Monde.
Cet honneur, cette protection, cet engagement,
cette différence porte un nom : déontologie,
notre déontologie,
je dis «notre» car vous êtes mes futurs confrères,
je dis «notre» parce que j’ai foi en vous,

D

10

est à entreprendre et même à inventer, mais
vous gagnerez du temps en intégrant les acquis
et en bénéficiant de l’expérience.
Le privilège de la profession d’avocat est d’avoir
intégré et décliné l’Éthique, mais de si longue
date que nous avons, peut-être, oublié de dire
que nous étions prêts.
Les avocats sont prêts. Prêts à aborder toutes
les innovations. Prêts à prendre le chemin des
nouveaux métiers. Prêts à assumer ces
responsabilités qui elles aussi ont la perspective

d’un monde globalisé, mais aux droits humains
universels. Prêts à servir parce que notre Éthique
est le fondement même de toutes nos actions.
Prêts à apporter à ce monde l’Éthique dont il a
besoin.
Partagez ces convictions, allez de l’avant, osez,
imposez-vous dans ces domaines. Vous avez 18
mois pour vous y préparer.Votre marraine sera
fière de vous et nous serons dignes les uns des
autres.
(…)

je dis «notre» parce que nous avons déjà cela
en commun, et que nous le partageons par
évidence, elèves, aujourd’hui conscients de cette
vertu, vertu dans le sens capacité à faire du bien,
faire du bien à l’autre, faire du bien aux autres,
vous êtes les porteurs de demain de cette
déontologie.
Plus exigeante que n’importe quelle déontologie
d’aucune autre profession règlementée,
Plus structurée que n’importe quelle autre
charte ou Code éthique d’aucune autre
institution dans le monde,
Plus rassembleuse que n’importe quel discours
sur l’unité d’une profession autour de nos
différents métiers,
Je veux aujourd’hui vous parler d’elle, vous dire
le respect que je lui porte,
Vous donner, peut être, l’envie de partager ce
respect et ce goût pour la cultiver chaque jour,
dans chaque circonstance, comme l’un de vos
reflexes, l’une de vos références immédiates,
fondamentales et pourquoi pas votre meilleure
spécialité.
Nous devons être en effet, chaque jour, dans
chacun de nos actes, attentifs à la déontologie,
à la comprendre, à la respecter, à la vivre
intensément.
Nous devons être, pour nous mêmes, et pour
les autres, avocats ou non, les meilleurs
déontologues du quotidien,
Quelles que soient nos activités ou pratiques,
déontologie du conseil ou du contentieux,

mais puisqu’il est un cadre de comportement,
de culture et de référence pour toute votre vie
professionnelle et personnelle.
Vous allez découvrir à l’Ecole que la déontologie
est partout, dans chaque métier, dans chaque
moment de votre vie et qu’elle se décline ensuite
par cette alliance de vos connaissances, de vos
réflexes et du sens du Très Grand Bon Sens.
Le TGBS est à la déontologie ce que le
syllogisme est au raisonnement juridique : il est
consubstantiel à la matière, il est ce qui vous
différencie des autres.
Mais il ne suffira pas toujours !!
Vous aurez besoin de partager avec votre avocat
référent lors de votre prestation de serment que
vous pourrez contacter bien évidemment tout
au long de votre carrière,
Avec votre avocat référent d’arrondissement
désigné par le bâtonnier de l’Ordre
Et, plus simplement, en vous adressant à la
permanence déontologique quotidienne de
votre Ordre, soit par téléphone soit par message
électronique, en sollicitant un avis préventif
avant chaque situation.
Et puis vous aurez la Bible, l’ouvrage de référence
parmi tous les ouvrages en matière de
déontologie, le Damien/Ader.
Henri Ader, mon Bâtonnier de Conférence du
stage, Bâtonnier de l’Ordre en 1990 et 1991, le
plus grand déontologue que le Barreau de Paris
n’ai jamais eu, Henri Ader, dont je suis si fier
d’être l’ami et le disciple sur ces questions(…).

Vous allez découvrir à l’Ecole que la déontologie est partout,
dans chaque métier, dans chaque moment de votre vie et qu’elle
se décline ensuite par cette alliance de vos connaissances, de vos
Yvon Martinet
réflexes et du sens du Très Grand Bon Sens.

déontologie d’opérations financières complexes
ou des relations humaines confrontées au droit
de la famille, des étrangers, du pénal, de la santé
ou de l’environnement.
Je vous invite à pratiquer le droit déontologique,
comme on pratique à l’université le droit des
obligations, de la responsabilité ou des contrats
publics,
A savoir donc un droit au dessus des autres, qui
embrasse tous les autres puisqu’il n’est pas une
simple technique ou un outil professionnel,

Et vous le verrez, vous aurez la plupart du temps
des questions qui tourneront autour des quatre
grands thèmes identifiés par le Bâtonnier Ader
comme fondamentaux  : le conflit d’intérêt,
l’indépendance, le respect du secret
professionnel, la compétence et la prudence.
Ces quatre grands thèmes, sur lesquels la
pratique des avocats de Paris est reconnue
depuis des siècles, sont ceux de la société en
mutation accélérée du fait de la crise
systémique, économique, sociale et

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Rentrée solennelle
philosophique dans laquelle nous vivons.
Plus les avocats seront irréprochables et experts
de ces questions, plus leur déontologie pourra
servir de référence aux femmes et hommes de
ce pays, qui cherchent justement des repères,
des référents et des alliés.
Référence et barrière contre l’Argent fou qui
dévore tout, barrière contre l’idole mercantile
qui veut marchandiser chaque espace de notre
corps et de notre pensée, barrière contre le
conflit d’intérêt permanent et généralisé qui
nous fait chavirer.
Le conflit d’intérêt

Un exemple, celui du conflit d’intérêt entre la
banque d’affaires et la banque de dépôt, qui était
impossible aux Etats Unis jusqu’à 1998, année
où le verrou saute et où, sous l’impulsion de Ian
Paulson, futur patron de la Réserve Fédérale,
l’administration Clinton permis aux banques
d’affaires (telle la banque Lehman Brothers) de
se marier ou s’adosser aux grandes banques de
dépôt comme Bank of America, City Bank…
Moins de dix ans après, en septembre 2008, la
toxicité des placements des produits inventés
par la banque d’investissement inocule au
système tout entier une maladie effrayante, dont
il ne s’est toujours pas remis, avec l’argent des
retraités, des salariés, des locataires, des petits
propriétaires, avec l’argent des autres.
Le respect de cette valeur d’absence de tout
conflit d’intérêt constitue au barreau, mais on
le voit bien, dans la société en général, un
nécessaire pré-requis de bon fonctionnement
démocratique.

L’indépendance

Un exemple, celui de l’affaire Enron, qui partit
là-encore des Etats-Unis, embrasera la planète
et amènera en 2003 la mort du plus grand
réseau intégré, celui d’Arthur Andersen,
coupable de ne pas avoir exercé son obligation
d’indépendance comme réviseur comptable ou
conseil juridique ou autres services face au
grand compte qu’était pour ce réseau la société
géante Enron.
L’indépendance est là encore l’expression
d’une valeur supérieure dans une société
démocratique et, de nouveau, la déontologie
des avocats rejoint les valeurs fondamentales
pré-requis du bon fonctionnement de toute
société humaine.
Le respect du secret professionnel

Un exemple, celui de la lutte contre le blanchiment. Le GAFI et la plupart des grands Etats
de la planète ont fait de la lutte contre le blanchiment une de leur priorité. Cette lutte, les
avocats y contribuent, mais pas de n’importe
qu’elle manière  : en Europe, la transposition
des 2ème et 3ème Directives ont permis la règlementation d’une exception Avocat à l’exception des professions juridiques :
Vous, Avocats de demain, vous ne mettrez pas
en œuvre directement votre obligation de
prudence et de déclaration de soupçon en la
matière, mais seulement à travers le filtre de
votre Bâtonnier et sur la base de recommandations émises pour vous permettre de respecter votre obligation au secret professionnel
absolu, dans chaque situation,

Secret professionnel dont le respect est aussi
l’un des attributs fondamentaux, pré-requis de
toute démocratie réelle.
La compétence et la prudence

Un exemple, celui des primes d’assurance du
Barreau de Paris dont le nombre d’avocats a
doublé en 20 ans et dont la sinistralité a baissé
concomitamment.
Pourquoi  ?  La compétence, la formation
continue (20 heures par an a minima
obligatoire) et la prudence dans le choix des
dossiers et les matières traitées  : il y a des
spécialistes de toutes les matières juridiques à
Paris, un avocat moins spécialiste ou généraliste
peut les consulter et il sera respecté par son
client d’autant plus en l’invitant à cette démarche
vers les spécialistes, lorsque ce sera nécessaire.
La compétence, source de la confiance du public
dans la profession d’avocat, la prudence, sœur de
l’indépendance technique et intellectuelle, qui fait
de l’avocat son meilleur juge, juge de ses limites,
de ses doutes et de ses difficultés que l’Ecole où
vous entrez va vous aider à cultiver et identifier.
Voici en quelques exemples et quelques repères,
votre travail essentiel de demain, faire de la
déontologie, du droit déontologique votre
principal moteur et votre meilleur allié pour
durer dans un monde compliqué, pour
comprendre ce monde bouleversé, pour vivre
pleinement ce rêve éveillé d’être avocat, d’être
cet avocat de valeurs et d’une histoire plus
grande que nous-mêmes et qui nous appartient.
2012-020

Direct

Remise du projet définitif de
la Maison de l’Histoire de France
e 13 janvier 2011, Frédéric Mitterrand,
ministre de la Culture et de la
Communication, installait le Comité
d’orientation scientifique de la Maison
de l’histoire de France, en lui demandant
d’élaborer le projet de cette nouvelle institution,
«  établissement culturel qui a vocation à
présenter au plus large public, sous des formes
variées et évolutives, le rapport que les Français
et tous ceux qui vivent en France - en métropole
comme outre-mer  - ont entretenu et
entretiennent avec l’histoire, mais aussi avec les
mémoires, les patrimoines et les cultures ».
Après un semestre de travail, le Comité a rendu,
le 16 juin 2011, un « avant-projet », qu’il a voulu
soumettre à une large concertation. Cette
concertation s’est faite par le biais d’une mise
en ligne sur le site de la Maison de l’histoire de
France (www.maison-histoire.fr), par une
diffusion nominative auprès d’un large
échantillon (1 500 personnes) de personnalités
qualifiées du monde culturel et scientifique, et

L

par l’organisation d’une quinzaine de rencontres
régionales et professionnelles.
Le Comité d’orientation scientifique a ainsi
recueilli les avis et les suggestions, dont il s’est
nourri pour rédiger le texte du projet définitif
de la Maison de l’histoire de France, remis ce
jour par Jean-Pierre Rioux, président du Comité,
à Frédéric Mitterrand.
Ce projet préconise la mise en place d’une
Maison de l’histoire de France numérique à la
hauteur des enjeux historiographiques et technologiques du XXIème siècle ; l’ouverture d’une
galerie des temps, permanente et évolutive,
qui raconte l’histoire de France des origines à
nos jours ; l’organisation régulière d’expositions
temporaires de questions d’histoire  ; des propositions de grands thèmes et sujets d’histoire
de France, traités dans l’ensemble du réseau de
la Maison ; une valorisation permanente de la
recherche historique ; la mise en œuvre de partenariats régionaux, nationaux et internationaux ; un accueil de tous les publics.

Le texte de ce projet sera rendu public et diffusé
dans les tous prochains jours.
Alors que l’Etablissement public « Maison de
l’histoire de la France » a été créé le 1er janvier
2012, sur le site des hôtels de Rohan et Soubise,
et qu’une présidente, Maryvonne de Saint
Pulgent, a été nommée à sa tête, Frédéric
Mitterrand, ministre de la Culture et de la
Communication, se félicite de la remise de ce
projet, qui constitue la feuille de route
indispensable à la bonne avancée et au
développement de la Maison. Il rend également
hommage à la mémoire d’Anthony Rowley,
membre du Comité d’orientation scientifique,
brutalement décédé le 26 octobre dernier.

Source : Communiqué du ministère de la Culture et de la Communication
du 10 janvier 2012.

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

2012-026

11

Vie du droit

Congrès National
des Tribunaux de Commerce
Nantes - 1 / 3 décembre 2011

D.R.

Le Congrès National des Tribunaux de Commerce s’e st tenu à Nantes les  1, 2 et 3 décembre 2011. Il a été organisé
remarquablement par Philippe Thibault, Président du Tribunal de Commerce de Nantes et l’ensemble des juges nantais.
La très grande qualité du rapport national « Secret des affaires - confidentialité des procédures » présenté par Edith Deboudé,
Présidente de Chambre honoraire au Tribunal de Commerce de Nanterre, a été particulièrement appréciée.
Jean-Bertrand Drummen, Président de la Conférence générale des juges consulaires de France s’est exprimé devant une grande
assemblée de juges en présence de Véronique Malbec, Directrice des services judiciaires représentant le Garde des Sceaux.
Jean-René Tancrède

Un riche passé
par Philippe Thibault
(…)
antes métropole, chef-lieu de la
région des Pays de la Loire, 6ème ville
de France, nécessite, pour vous
éclairer, de vous raconter combien
fut longue et difficile l’émergence de cette cité,
comment à la faveur de l’Union de la Bretagne
à la France et malgré des turpitudes, elle délaissa
son apparence médiévale et vit son destin se
construire et se développer.

N
Histoire

Aux premiers siècles de notre ère, les Namnètes,
ancien peuple gaulois, s’établirent dans cette
ville de la Basse Loire qui fût, à l’époque
ceinturée de remparts. Située entre l’océan
Atlantique, la Loire et ses affluents, Nantes, tout

12

d’abord insérée dans la Bretagne, vit l’installation
des vikings et, après la défaite des guerres
nordiques, la Maison d’Anjou aidée des
Plantagenêt, en prit le contrôle.
Du XIème au XIIIème siècle l’accroissement continu
de la population entraîna de nombreux conflits
entre différents intervenants, jusqu’à ce que,
Anne de Bretagne, fille de François II, duc de
Bretagne, épouse du roi de France, apporta en
dot la Bretagne à la France en 1532.
Quelques dates marquantes  : une lettre de
François II portait création en 1560 de notre
mairie, le 13 avril 1598 Henri IV signait l’édit
de Nantes, point d’orgues d’une politique de
réconciliation religieuse faisant droit à la liberté
pour tous. 1815, le général nantais Cambronne
prononça à Waterloo un mot qui allait le rendre
célèbre. Enfin Charles IX, roi de France par un
édit en date de 1564 et dont vous voyez le
parchemin original va créer une instance de
représentation des négociants nantais, ancêtre
de notre Tribunal de commerce.

Economie

Dès cette époque, Nantes, carrefour du
commerce maritime européen côtoyait
malheureusement toujours conflits, révoltes et
combats, pour autant le moteur de l’économie
n’a de cesse d’assurer un développement créant
ainsi richesses et emplois.
Si l’on devait, sans rentrer dans trop de détails,
retenir quelques points forts, nous évoquerons
l’industrie, l’agroalimentaire, le transport,
l’enseignement, la santé et la culture.
Dès l’invention du métal, on vit alors apparaître
les Ferblantiers, artisans de production
métallurgique évoluant ensuite vers des forges
qui fabriquèrent armes, monnaies, balcons
finement forgés, locomotives et toute l’industrie
navale dont un des fleurons fut André
Dubigeon, premier d’une famille de cinq
générations d’industriels qui produisit, cargos,
sous-marins, paquebots dont le plus mythique
fut le paquebot France construit à Saint-Nazaire.
Aujourd’hui, Airbus avec ses deux sites Saint-

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Vie du droit
tramway, qui abandonné en 1957 sera remis sur
rail il y a 20 ans.
Compte tenu de l’essor des activités commerciales et industrielles, il a fallu transporter les
produits et c’est alors que se sont créées puis
développées de nombreuses entreprises qui
circulent désormais sur toute l’Europe.
Nantes a également su s’adapter aux mutations
en devenant un grand centre de services
incluant les banques, les assurances et les
services aux entreprises.

de santé, la filière santé fait l’objet d’une attention
toute particulière.
L’ophtalmogie, la cancérologie, les transplantations, thérapie génique accompagnés d’une
exceptionnelle concentration de moyens,
voilà quelques exemples de techniques reconnues internationalement.
En matière de recherche médicale, citons trois
grands thèmes : l’immuno-transplantation avec
le Centre européen de Greffe rénale, la création
de l’Institut du Thorax et celui des Maladies de
l’appareil digestif.

Philippe
Thibault
Nazaire et Nantes est le point d’évolution ultime
de cette compétence métallurgique aujourd’hui
diversifiée ainsi qu’à une échelle moindre mais
tout aussi complexe les machines de l’île qui vous
transportent dans l’imaginaire, véritable carrousel
du monde marin, sauront vous persuader qu’existe
ici un savoir-faire hérité d’un lointain passé.
L’alimentaire trouve ses sources dans les
produits de la pêche, les cultures, la vigne,
l’élevage de provenance locale et d’importations
pour beaucoup nées de l’ouverture sur le grand
large. Ils donneront à Nantes un poids national
que les manufactures de conserves telles
Saupiquet, Cassegrain et les biscuiteries comme
Lefèvre Utile et la Biscuiterie Nantaise
amplifieront. La culture bio tient aujourd’hui la
première place en France, le maraîchage talonne
le leader Perpignan, la mâche qui assure 60 %
de la production européenne.
La proximité de la mer, la situation de la Loire
et de ses affluents faisaient de Nantes un axe
important des échanges, au départ des
bateaux plats permettaient d’acheminer des
marchandises tout le long de la Loire, plus
long fleuve de France, puis le cabotage côtier
avec des embarcations légères a joué un rôle
complémentaire, mais très vite l’aspiration de
la haute mer a entraîné le commerce vers d’autres continents.
Il faut savoir qu’au milieu du XVIIème siècle plus
de 2 000 bâtiments fréquentaient la ville chaque
année ce qui, à l’époque, situait Nantes parmi
les principaux ports français.
Si la navigation fluviale l’a longtemps emporté
sur le roulage, au tournant du XVIIIème siècle
les routes de mieux en mieux entretenues
permettaient régionalement de meilleures
communications. Au XIXème siècle le nantais
Stanislas Baudry invente le transport en
commun, sorte de bus traîné par des chevaux,
qui localement donnera naissance plus tard au

Santé

Détenteur d’hôpitaux et de cliniques équipées
depuis la mise en place de l’Agence régionale

Culture artistique

La culture a transformé la manière de vivre des
nantais, de nombreux monuments ont été créés
ou rénovés, Musée des Beaux-Arts, Musée
Dobrée, Musée Jules Verne, la Maison de la
Culture, le Mémorial, de nombreuses
manifestations ont maintenu ou acquis leurs
lettres de marque, comme le Carnaval, Royal
de luxe, les rendez-vous de l’Erdre, le Festival
des trois continents, la folle journée qui en
janvier 2011 a rassemblé 285 concerts et 1800
artistes le temps d’un week-end. René Martin,
son fondateur, sera d’ailleurs heureux de se
présenter devant vous lors du dîner de gala.
Par son histoire portuaire et fluviomaritime,
Nantes porte un très riche passé botanique et
cela confère un cadre de vie sympathique. En
1726, Louis XV ordonnait, en effet, aux
capitaines de navires de rapporter des végétaux
d’Outre-mer et c’est ainsi que naquirent des
apothicaires renommés. Camélia et magnolia
demeurent les symboles de cette tradition.
L’île de Nantes avec ses 300 hectares permet en
plein centre de construire un nouveau cadre de
vie.
Cette ville libérée le 12 août 1944 s’est épanouie
au point que le poète André Breton
disait  : « peut-être avec Paris, Nantes est la seule
ville de France où j’ai l’impression qu’il peut
m’arriver quelque chose qui vaille la peine. »
Aujourd’hui, la ville affiche sa modernité, on
voit clairement une vraie adaptation à la
nouvelle donne économique avec Airbus,
secteur alimentaire en développement, santé à
la pointe, diversification, dynamisme en création
(6 363 entreprises en 2010) il faut savoir protéger
cet ensemble. (…)

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

D.R.

D.R.

Enseignement

Enfin même si Nantes, comme cela vient d’être
relaté, a souvent été à l’épreuve de la tourmente,
lors de l’époque industrielle la religion et
l’enseignement se sont juxtaposés pour
accompagner un capitalisme entreprenant.
L’église a joué un rôle pour favoriser l’essor
intellectuel de la Ville, en 1460, par exemple,
après cinquante ans de démarches l’Université
naît créée par le pape Pie II.
Après avoir vécu une interruption au profit de
Rennes, l’Université de Nantes a été recréée, il
y a cinquante ans et 45 000 étudiants se forment
dans toutes les disciplines.
L’enseignement poursuit sa dynamique avec
entre autres, de nombreux instituts de
recherche et de technologie sur la mer, les
matériaux et les investissements d’avenir
comme l’Institut de Recherche Technologique
qui porte le nom de Jules Verne qui a vécu si
longtemps à Nantes et la vingtaine d’é coles
supérieures.
Citons, parmi les plus importantes, Audencia,
Ecole centrale, les Mines, Ecole vétérinaire,
Ecole des Techniques agricoles, Enitia,Design,
Marine marchande, Ecole d’architecture, Ecole
du Bois, Sciences com, Beaux-Arts, Facultés de
Droit, lettres, sciences, médecine, pharmacie,
dans lesquels étudient 10 % d’étrangers. Bientôt
un lycée international.
S’agissant de la stratégie à mener et des
applications, Il faut noter qu’une démarche
progressive de rapprochement entre les
entreprises et la recherche s’accélère.

13

Vie du droit

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Jean-Bertrand
Drummen

Servir le droit
par Jean-Bertrand Drummen
(…)
a création des tribunaux de commerce
qui remonte au 16ème siècle avec
l’ordonnance de Michel de l’Hospital
Chancelier du Roi Charles IX, la
traversée des siècles et des périodes les plus
troublées de l’histoire de notre pays, l’apport
jurisprudentiel constant et aujourd’hui les
nouvelles missions de prévention aux confins
du droit et de l’économie ou de conciliation qui
leur sont confiées marquent l’ancrage de
l’institution consulaire dans la grande famille
judiciaire.
C’est un honneur, c’est une exigence. Et les
devoirs de la justice, source d’é quilibre et de
mesure dans un monde en crise qui a perdu ses
repères, ont une nouvelle dimension.
Servir le droit et son idéal de justice est un
honneur comme l’est celui de servir la
collectivité.
Nous mesurons notre responsabilité et notre
privilège. C’est tout le sens de notre engagement
bénévole.
La réflexion personnelle qui accompagne la
prestation de serment lui donne au-delà du
texte lapidaire sa signification profonde.
L’introspection y a sa place. La dignité du juge
est concernée.
Servir le droit est exigeant.
Le devoir de compétence s’impose. Il accompagne nécessairement la légitimité que
confère l’élection. Les expériences professionnelles multiples, la connaissance de l’entreprise, de son économie font du juge du commerce sa spécificité.
Mais aujourd’hui le droit s’est complexifié et la
culture juridique est indispensable. Elle est
excellemment dispensée ensemble par l’Ecole
Nationale de la Magistrature et l’institution
consulaire. L’engagement moral des juges de
suivre les formations initiales et continues qui
leur sont proposées doit être salué.

L

14

Les travaux des commissions de la Conférence
générale apportent l’approfondissement
nécessaire des questions qui sont au cœur des
préoccupations des juges et le nouveau site de
la Conférence qui sera présenté aujourd’hui leur
permet un échange sur tous les sujets d’actualité.
Enfin la qualité des délibérés reste le moment
privilégié de confrontation des points de vue et
de progrès.
Une éthique sans faille et le respect des règles
déontologiques qui la servent sont prioritaires.
L’indispensable confiance du justiciable envers
le juge y puise sa source.
Le recueil des obligations déontologiques des
magistrats, publié par le Conseil Supérieur de
la Magistrature en juin 2010, rejoint en tous
points notre vision telle qu’elle était déjà
exprimée dans les règles de déontologie
publiées par la Conférence en mai 2008. Il est
un guide. Nous savons, comme l’indique sa
présentation, que ce recueil de règles par
essences évolutives n’est pas figé et qu’il énonce
des principes généraux liés à de grandes valeurs
fondamentales. Des textes existent, un balisage
supplémentaire pourrait s’avérer utile. Mais c’est
avant tout leur esprit qui doit s’imposer et, en
ce domaine le scrupule excessif sera toujours
préférable à la prise de risque. Le juge consulaire
sait qu’il est particulièrement exposé  ; son
activité de juge le lui rappelle régulièrement. Il
sait que ce n’est pas seulement l’impartialité dont
on est soi-même comptable qui est à prendre
en considération mais également celle qui sera
perçue. Sa culture est ainsi forgée.
L’institution consulaire a des devoirs

Au 21ème siècle, au sein des mutations et de la
crise vécue, la valorisation de notre droit ne
peut que retenir l’attention.
Notre droit codifié a de grands mérites, il assure
la sécurité juridique et répond au besoin de
prévisibilité. Mais il est en concurrence sévère
avec les systèmes de common law notamment
au regard de l’organisation des relations
économiques entre les hommes qui est de notre
compétence.
Afin de réagir au classement des différents types
de droit des affaires par la Banque mondiale
publié dans son rapport Doing business
reposant sur des indicateurs très partiels et peutêtre partiaux défavorables à notre droit, les
conseillers du commerce extérieur de la France
ont proposé des indicateurs plus complets, plus
objectifs. Les critères retenus sont le coût des

procédures judiciaires, le taux d’infirmation en
appel des décisions de première instance et la
qualité et l’intégrité des tribunaux. Le juge du
commerce, on le voit, est ici directement
concerné. Rendre une justice de qualité sert les
justiciables mais sert aussi notre pays. Tant il est
vrai que pour les investisseurs évaluer le climat
des affaires qui fondera leur décision d’investir
conduit à évaluer le type de droit qui les régit.
L’ouverture à l’extérieur et à l’international

L’action du juge consulaire ne se déploie pas
seulement dans l’enceinte du tribunal.
L’ouverture à l’international est un devoir et il
nous appartient d’y assurer notre rayonnement.
Qu’il me soit permis à cet égard de dire toute
notre amitié à Rainer Sedelmayer qui a répondu
à notre invitation.
Le droit des entreprises en difficulté a fait ses
preuves et mérite d’être connu au-delà de nos
frontières.
Le règlement européen relatif aux procédures
d’insolvabilité n°1346/2000 et l’évaluation qui
en sera faite par la Commission de Bruxelles au
plus tard le 1er juin 2012 en est une occasion. Au
cours de l’audience que Monsieur le garde des
Sceaux m’avait fait l’honneur de m’accorder au
mois de mars dernier, je lui avais annoncé
qu’une réflexion était engagée au sein de la
Conférence générale et que dans l’esprit qui
nous anime, celui d’être constructif, nous lui
ferions tenir nos observations et propositions.
C’est chose faite et notre rapport tenant compte
de l’audition de plusieurs personnalités lui a été
remis à la mi-octobre. Il a bien voulu exprimer
ses remerciements à la Conférence, nous y
sommes sensibles. Parmi les propositions
formulées, l’une d’elles a trait à la notion de
coopération au sein des procédures et fait
référence au Réseau européen de la concurrence
existant entre les autorités administratives
indépendantes à la satisfaction générale pour
suggérer qu’un réseau semblable soit mis en
place entre les juridictions compétentes pour
traiter des difficultés des entreprises.
Le droit européen des procédures collectives
n’existe pas, il se construit et à cet égard nous
savons combien les initiatives des praticiens
sont utiles car elles peuvent surmonter certains
obstacles politiques. Elles sont un puissant
moteur de la construction d’un droit unifié au
sein de l’Union européenne que la Cour de
Luxembourg peut consacrer. Nos propositions
ont l’ambition de répondre à cet objectif.

REPÈRES

Conférence générale
des Juges Consulaires de France
Jean-Bertrand Drummen réélu président
'Assemblée générale de la
Conférence Générale des Juges
Consulaires de France a clôturé les
travaux du Congrès National des
Tribunaux de Commerce qui s’est
tenu à Nantes les 1er et 2 décembre
2011. Suite à ces élections, JeanBertrand Drummen, docteur en
droit, président honoraire du
Tribunal de Commerce de Nanterre

L

a sollicité un second mandat de
président de la Conférence générale
lors du Conseil du 15 décembre et a
été réélu pour les années 20122013.
Nous adressons nos chaleureuses
félicitations au Président Drummen
et lui souhaitons plein succès pour
ce second mandat à la tête de la
Conférence Générale qui a été créée

il y a plus d’un siècle, et représente
les 3 100 juges consulaires
bénévoles de France auprès des
pouvoirs publics, des autorités
politiques, judiciaires et
économiques.
Nul doute que son action s’inscrira
dans la continuité et assurera le
rayonnement de l’institution
consulaire.

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Vie du droit
L’impact des nouvelles technologies sur l’activité
des tribunaux de commerce est d’importance.
La dématérialisation des actes de procédure, le
portail du juge réalisé par les greffiers pour partie
déjà en place dans une trentaine de tribunaux,
le nouveau site de la Conférence générale sont
autant de points clés déjà opérationnels ou en
voie de réalisation.
La création ex nihilo de quatre tribunaux de
commerce à Annecy, Thonon-les-Bains,
Mende et Guéret qui reprendront l’activité
commerciale assurée par les tribunaux de
grande instance est une lourde responsabilité.
La motivation des nouveaux présidents de ces
nouvelles juridictions, celle des juges, l’appui
de l’environnement judiciaire et économique
local, les efforts de formation prodigués par
l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) et
les juges consulaires formateurs, l’accompagnement mis en place permettront à ces tribunaux d’être en ordre de marche à la rentrée
2012.
Le Livre blanc des greffiers des tribunaux de
commerce et les trente propositions qu’il
comporte retiennent notre attention. Nous les
examinons avec intérêt et rencontrerons à ce
sujet dans les prochains jours le président du
Conseil national des greffiers. «  La justice
commerciale, œuvre commune » peut trouver
ici application.

Des initiatives seront prises par la Conférence.
Ainsi nous savons combien la prévention des
difficultés des entreprises autour du tribunal
de commerce qui en est le pivot s’est révélée
positive, les juges consulaires ont inculqué la
culture de l’anticipation et leur disponibilité,
leur réactivité et leur compétence ont permis
de sauvegarder bon nombre d’entreprises.
Cependant lorsque celles-ci ont surmonté
leurs difficultés, le chef d’entreprise se retrouve
seul et le risque de rechute peut exister, d’autant plus qu’il se heurtera à un environnement
réglementaire défavorable et à des comportements qui ne faciliteront pas ses besoins de
financement. C’est la «convalescence» de l’entreprise qu’il faut assurer. Nous y travaillons
avec le Conseil National des administrateurs et
mandataires judiciaires et saisirons le moment
venu la Chancellerie d’un projet abouti.
Les aspects budgétaires concernant nos
tribunaux ne nous laissent pas indifférents.
Certains besoins ne sont pas satisfaits. La
documentation, les équipements informatiques,
les frais de formation sont souvent pris en
charge par les juges eux-mêmes. Le bénévolat
auquel nous sommes très attachés ne doit
cependant pas coûter au juge. La réflexion sur
ce sujet sera poursuivie et sans nul doute
aboutira comme le sera la garantie fonctionnelle
du juge pour l’instant assurée par une compagnie

privée aux frais de la Conférence. Au-delà du
simple coût, c’est la dimension psychologique,
aux yeux des juges, d’une prise en charge par
l’Etat qui a sa plus grande importance.
Sur ces questions, je sais votre écoute attentive,
nous sommes confiants et optimistes si même
nous n’ignorons pas non plus les contraintes de
la période que nous vivons.
Les congrès annuels des tribunaux de commerce, qui font suite aux congrès régionaux,
sont un moment fort de l’institution consulaire. Les juges de France s’y retrouvent, approfondissent leurs connaissances, partagent leurs
expériences et traitent d’un sujet d’intérêt
général après que les congrès régionaux l’aient
eux-mêmes étudié. Celui de cette année qui
nous sera présenté ce matin «secret des affaires
- confidentialité des procédures» est à la
confluence de deux exigences légitimes et
contradictoires qui placent le juge dans une
situation souvent délicate. Elle requiert, de sa
part, prudence et discernement. A l’époque de
l’intelligence économique mais aussi de la
recherche agressive de l’information et de la
nécessaire défense du patrimoine informationnel de l’entreprise, son intérêt intellectuel
va de pair avec des préoccupations concrètes
réelles. Le travail considérable des rapporteurs
régionaux et de la rapporteure nationale
mérite notre admiration.

Secret des affaires,
Confidentialité des
procédures

- d’un côté la protection de la confidentialité,
propre au secret des affaires,
- d’un autre côté, assurer la transparence de
l’information financière pour une saine
concurrence basée sur la loyauté des échanges,
et, dans le domaine judiciaire, assurer à tout
justiciable le caractère équitable de son procès.
Le juge du commerce se trouve ainsi garant de
la loyauté dans les relations commerciales et du
respect de la confidentialité dans les domaines
fixés par la loi. Il en mesure les enjeux et les effets
dans les différentes missions qui sont les siennes.

de contentieux post acquisition, de conflits
entre une société et ses dirigeants ou anciens
dirigeants, de relations fabriquant / distributeur
ou industriel / agent.
Le développement des échanges par supports
dématérialisés, les réseaux sociaux, la multiplication du nombre de destinataires des messages, le système des copies cachées, ont accru
de façon exponentielle le nombre de personnes dépositaires d’une information. Les
échanges consentis ou piratés, lors de déplacements, dans les lieux publics, salons, conférences, multiplient également la transmission
d’informations réelles ou virtuelles.
Quelle place reste-t-il alors pour le secret des
affaires, dès lors que la transmission des
informations confidentielles d’une entreprise à
une multitude de tiers est aussi aisée ?
La justice commerciale n’est pas épargnée par
la curiosité des médias. Cet intérêt peut se
manifester à l’occasion de procédures collectives
aux enjeux sociaux importants, ou pour des
litiges entre associés et dirigeants disposant
d’une certaine notoriété.
La question se pose alors de la frontière du droit
au secret entre les intérêts de la justice, des
médias, et du justiciable. Pour la première, le
respect du secret de certaines procédures est
imposé par la loi, pour les médias, le secret des
sources d’informations doit être respecté, tandis
que pour le justiciable personne physique le
respect de sa vie privée doit être préservé,
comme doit l’être le secret des affaires pour la
personne morale. Il y a quelques mois, le rapport
annuel de la Cour de cassation était présenté
sur le thème : « Le droit de savoir ». Ce rapport
relevait que : « distillées auparavant au comptegouttes, les informations sont aujourd’hui
versées à flots dans une société où la
transparence est portée au pinacle ».
Un certain nombre d’affaires ont défrayé la
chronique au cours de ces derniers mois sur le

par Edith Deboudé
l n’existe pas aujourd’hui de définition du
secret des affaires. La confidentialité, définie
comme le fait de s’assurer que l’information
n’est seulement accessible qu’à ceux dont
l’accès est autorisé (Organisation Internationale
de Normalisation) s’applique au secret des
affaires.
Il n’existe pas non plus de législation dédiée
permettant de protéger les informations
relevant du secret des affaires, hormis certaines
dispositions particulières du code de la
propriété intellectuelle, du code monétaire et
financier, du code pénal réprimant la révélation
d’un secret professionnel par une personne qui
en est dépositaire, ou du code du travail
couvrant le secret de fabrique.
Certains qualifient le secret des affaires de
« notion protéiforme », dont la protection relève
de la difficile mise en balance de droits
économiques et d’un impératif de justice. (1)
Dans une économie mondialisée et numérisée,
les biens immatériels - inventions, œuvres de
l’esprit, brevets, informations brutes ou élaborées...
- prennent une place croissante dans la création
de valeur et le développement des entreprises.
Le secret des affaires constitue un actif incorporel essentiel du patrimoine de l’entreprise
qui représente, le plus souvent, un avantage
concurrentiel décisif. Les entreprises n’en
prennent parfois conscience que tardivement,
lorsqu’elles sont victimes de tentatives de captation de la part de concurrents.
Le législateur est intervenu pour fixer des règles
tentant d’équilibrer les intérêts en présence :

I

Les enjeux

De l’ultra confidentialité à l’ultra transparence :
la loi nous conduit à devoir respecter l’une et
l’autre, selon les domaines, les procédures, les
interlocuteurs.
L’évolution des exigences de l’opinion publique
vis-à-vis de la justice en général, et de la justice
commerciale en particulier, suit cette ligne qui
conduit parfois à des situations totalement
contradictoires.
La valeur financière d’une entreprise ou d’une
activité commerciale dépend non seulement
de ses actifs corporels (stocks et matériel
d’exploitation), mais également d’actifs
immatériels (informations de nature sociale,
financière, commerciale, techniques, ...), qu’il
est essentiel de protéger juridiquement.
Chacun a pu le constater, la nature des affaires
dont sont saisis nos tribunaux a évolué au cours
de ces dernières années. Si leur nombre est en
relative diminution – notamment du fait du
développement de l’arbitrage et des modes
alternatifs de règlement des conflits – l’enjeu
stratégique des contentieux s’est accru. Ceuxci sont devenus plus agressifs, mettant en jeu
des intérêts plus importants. Le nombre
d’affaires dans lesquelles le secret des affaires
est invoqué directement ou indirectement va
croissant, qu’il s’agisse de concurrence déloyale,

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

15

D.R.

Vie du droit

Edith Deboudé
thème de détournements ou de pillages de
« secrets d’affaires ». Les premiers émois passés,
il s’est souvent avéré que les informations
qualifiées de secrets d’affaires n’avaient fait l’objet
d’aucune mesure de protection adéquate.
C’est dans un tel contexte que certaines autorités
et des parlementaires ont estimé nécessaire de
protéger davantage le secret des affaires pour
renforcer nos entreprises.
Secret des affaires dans les procédures commerciales

Comme toute procédure judiciaire, les
procédures commerciales sont soumises aux

grands principes du procès équitable et de la
loyauté des débats. La prise en compte du secret
des affaires y est particulièrement limitée.
L'organisation d'un débat contradictoire dans
les procédures judiciaires impose la
communication entre les parties de preuves qui
peuvent parfois relever du secret des affaires.
Dans cette hypothèse, il appartient au juge
d’opérer une délicate conciliation entre la
préservation des intérêts légitimes du justiciable
- demandeur ou défendeur -, et le respect des
règles du procès équitable, fondées sur la loyauté
et le caractère contradictoire des preuves
produites.
La protection du secret des affaires dans les
procédures fondées sur l’article 145 du code de
procédure civile représente une lourde
responsabilité pour le juge ayant à ordonner une
telle mesure.
Dans le domaine des procédures de prévention
des difficultés des entreprises, la confidentialité
est strictement organisée par les textes, tandis
qu’en matière de procédures collectives où la
transparence est la règle, certains effets négatifs
de cette règle pour le redressement des
entreprises seront soulignés.
Les modes alternatifs de règlements des conflits,
domaine privilégié du respect de la
confidentialité, connaissent un nouveau
développement dans les procédures
contentieuses, encouragé par des textes récents.
Le caractère rigoureusement confidentiel de
ces procédures en constitue l’un des principaux
attraits.
En matière de pratiques anticoncurrentielles,
les règles communautaires ont érigé au rang
de principe général la protection du secret des
affaires et des informations confidentielles.
Des dispositifs efficaces de préservation des
informations relevant du secret des affaires
sont appliqués dans les procédures relevant de
l’Autorité de la concurrence. Les tribunaux qui
ont à connaître des procédures anticoncurrentielles doivent concilier ces principes avec
celui du respect du contradictoire. (…)

Eléments de conclusion

Le secret des affaires constitue un enjeu économique majeur, créateur de valeur. Les
grandes nations, les institutions internationales l’ont intégré dans leur droit. Les institutions européennes lui font une place en
matière de procédures anticoncurrentielles.
Notre législation nationale quant à elle réserve
la primauté à la transparence, expression du
principe de loyauté.
Or, certains opérateurs et certaines nations
émergentes ont su exploiter les failles d’une
législation nationale imparfaite. Nous pensons
au développement extraordinaire de l’économie
chinoise, qui s’est construite au cours de ces
dernières décennies sur une « certaine »
conception de l’innovation, faisant fi du secret
des affaires mal protégé.
Tout au long de ce rapport, nous avons suggéré
des voies de réflexion ou des recommandations,
permettant d’améliorer la situation et la
compétitivité de nos entreprises, aux différents
stades de leur activité, ainsi que dans leurs
obligations légales ou lors des procédures dont
nous avons à connaître.
Souhaitons que ces réflexions soient comprises
et partagées par ceux qui ont en charge les
fonctions législatives et administratives de notre
pays.
Si tel est le cas, le juge consulaire, bénévole au
service de la justice des entreprises et des
commerçants depuis l’origine de notre
institution, créée sous l’impulsion de Michel de
l’Hospital, sera fier d’y avoir contribué.

Note :
1- « Secret des affaires et acquisitions des preuves à travers l’arrêt
Laffitte v. Bridgeston », Jean-Eric Brin, Université Paris X Nanterre.

Source : Edith Deboudé, Introduction du Rapport au Congrès National
des Tribunaux de Commerce, Nantes, le 2 décembre 2011.

2012-027

Direct

Ministère de la Justice et des Libertés
Petit panorama des grandes évolutions au 1er janvier 2012
Début de l'expérimentation des citoyens
assesseurs

A partir du 1er janvier 2012, dans certains tribunaux, les citoyens pourront être appelés à
juger des délits graves d'atteinte aux personnes
et à rendre des décisions de libération conditionnelle.

16

Fusion de la profession d'avoué et d'avocat

Au 1er janvier 2012, la profession d’avoués près
la cour d’appel est fusionnée avec les professions
d’avocats.
Ouverture de nouveaux bureaux d'aide aux victimes

Diminution du nombre de jurés en cour
d'assises

Au 1er janvier 2012, il y aura 12 nouveaux
bureaux d'aide aux victimes chargés de
renseigner, d'orienter et d'accompagner les
victimes d'infractions pénales.

Afin d’augmenter le nombre de sessions
d’assises, et par voie de conséquence de
diminuer les délais de jugement, le nombre des
jurés composant le jury de la cour d’assises est
réduit à 6 jurés en 1er ressort et 9 en appel. Par
ailleurs, les arrêts des cours d’assises seront
motivés.

Les mineurs de plus de 16 ans poursuivis pour
des délits punis d’au mois trois ans
d’emprisonnement et commis en récidive
seront jugés non plus par le tribunal pour enfant
mais par le tribunal correctionnel pour mineurs

Nouveau tribunal pour juger les mineurs

composé d’un juge des enfants, président, et de
deux juges assesseurs.
Création de la Cour d'appel de Cayenne

Afin de renforcer la présence judiciaire en
Guyane, le ministère a décidé de recréer une
cour d'appel à Cayenne.
Suppression du tribunal aux armées de Paris

Le Tribunal aux armées de Paris (TAAP) est
supprimé et ses attributions sont transférées au
pôle spécialisé en matière militaire du tribunal
de grande instance de Paris. Le pôle sera
dorénavant seul compétent en matière
d’infractions commises par ou à l’encontre de
militaires français en temps de paix et hors du
territoire de la République.
2012-028

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

Décoration

Jean-Henry Farné
Chevalier de la Légion d’Honneur

Jean-Henry Farné
e 7 décembre 2011, Jean-Henry Farné,
ancien Bâtonnier du Barreau de
Toulouse, Président de la Conférence
Régionale des Barreaux du Sud-Ouest,
a reçu en la Maison de son Barreau les insignes
de Chevalier de la Légion d’Honneur de Gérard
Christol, ancien Bâtonnier du Barreau de
Montpellier, ancien Président de la Conférence
des Bâtonniers en présence d’une foule de
personnalités notamment de Monsieur le
Premier Président de la Cour d’Appel de
Toulouse Dominique Vonau, Patrice Davost,
Procureur Général, Jean-Luc Forget Président
élu de la Conférence des Bâtonniers, du
Bâtonnier désigné de l’Ordre Patrick Douchez,
de magistrats de la Cour, des anciens Bâtonniers
des Barreaux de France.
Le Bâtonnier Pascal Saint Geniest, en ouvrant
la cérémonie, leur rendit hommage et les
remercia de leur présence. En une allocution
riche de souvenirs, du présent, en la cité du
rugby, dont le Président du club Maître
Bouscatel est un ancien Bâtonnier, il nous conta
avec grâce, esprit, sa première rencontre avec
Jean-Henry Farné. Son expérience du sport, sa
qualification. Il concilie son amour du rugby à
celle de l’exercice professionnel d’un avocat
brillant, compétent, toujours d’humeur égale,
inspirant la joie de vivre, la sympathie,
partageant avec Alphonse Allais : « Les gens qui
ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux ».
Considérant que la gravité est le privilège des
sots, aimant comme Montaigne « une sagesse
civile gaie » qu’il a l’art de nous faire partager,
fuyant les airs d’austérité.

L

A l’issue de la brillante introduction du
Bâtonnier avant celle de l’officiant, le Président
Wickers qui tenait par sa présence partager la
joie de Jean-Henry Farné, fut invité à prendre
la parole.
En une improvisation «  non préparée en
sportif », il nous fit partager avec bonheur ses
rencontres avec Jean-Henry Farné, sous le signe
de la «  bonne humeur  », n’excluant ni son
sérieux, ni sa compétence.
Il revenait à Gérard Christol d’officier et de
conclure. Le géant du verbe, dont l’accent du
Tarn accompagne son discours, héritier des plus
illustres ténors du Barreau, nous a éblouis
comme il l’a fait à l’occasion de sa plaidoirie dans
l’affaire récente de Bissonnet et du vicomte. La
personnalité du récipiendaire, lui permit de
donner le meilleur de son talent. Il nous a
charmés, émus, en brossant le portrait du
récipiendaire, sa joie de vivre, sa séduction
naturelle, son humour décapant. Jean-Henry
Farné aime la vie, les amis, le sport, le rugby, sa
profession, sa famille. Il y réussit grâce à ses
vertus cardinales servies par une vive
intelligence. La place qu’il occupe dans sa
profession en témoigne.
Ancien Bâtonnier de son Barreau, il fut un
brillant Vice-Président de la Conférence des
Bâtonniers.
A son issue, il fut porté à la présidence de la
Conférence Régionale des Barreaux du SudOuest où il succéda au regretté Paul Masse, la
plus importante, et de loin, des conférences
régionales où il n’y laissera que des regrets.
Gérard Christol nous a merveilleusement fait

le portrait de ce monstre sacré qui a su
conquérir le cœur, l’estime, l’adoration, de tous
ceux qui ont le privilège, le bonheur, de le
connaître.
Nous lui renouvelons nos félicitations en y
associant son épouse, elle-même avocat au
Barreau de Toulouse « sans laquelle, cher JeanHenry, ni votre gloire, n’auraient été les mêmes »
comme l’a fort bien dit le Bâtonnier Pascal SaintGeniest.
A. Coriolis

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

2012-034

D.R.

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Toulouse - 7 décembre 2011

17

Direct

Institut du Mentorat Entrepreneurial
Le monde économique en question : vers une nouvelle génération d’entrepreneurs

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Paris - 30 novembre 2011

’Institut du Mentorat Entrepreneurial
fête sa 5ème promotion et acte son
déploiement en régions avec la création
de l’Association Française des Instituts
du Mentorat Entrepreneurial (AFIME)
La croissance des PME à fort potentiel
représente un enjeu économique majeur. Il est
indispensable de contribuer à faire émerger le
plus grand nombre d’ETI dans les régions
françaises, afin de renforcer leur présence dans
la compétition internationale.
Malgré le contexte de crise économique
actuel, et avec plus de 30 % de croissance globale effective pour les PME accompagnées
(+ 40% en effectifs), l’Institut du mentorat
entrepreneurial (IME) créé par la Chambre de
commerce et d’industrie de Paris en 2007, est
désormais reconnu par les différents acteurs
économiques comme un dispositif particulièrement performant.

L

Un déploiement géographique avec la création de
l’AFIME

Au regard du nombre d’emplois créés grâce à
l’IME, le ministère de l’Economie, des Finances
et de l’Industrie a souhaité que le mentorat

18

entrepreneurial soit déployé en régions dès cette
année, en apportant son concours à la création
de l’AFIME.
Dans ce contexte, la chambre de commerce et
d’industrie de Paris, la chambre de commerce
et d’industrie Région Nord-Pas-de-Calais, la
chambre de commerce et d’industrie de NantesSainte-Nazaire, ont décidé, avec le cabinet Ernst
& Young, de créer l’AFIME permettant de
déployer concrètement l’IME en régions.
Cette démarche s’explique par leur intérêt
commun que la CCI de Paris, la CCI de RégionNord-Pas-de-Calais, la CCI de Nantes
Saint-Nazaire, portent au développement
des   PME-PMI  créatrices de valeur et
génératrices d’emploi d’une part, leur
implication dans tous les projets d’appui aux
entreprises d’autre part.
L’adhésion à l’AFIME permettra aux CCI de
bénéficier d’un programme structuré et
homogène, sous la marque «Institut du
mentorat entrepreneurial».

des Petites et Moyennes Entreprises, soutient
activement cette initiative, et a signé ainsi la
Convention Cadre entre le ministère et
l’AFIME, mercredi 30 novembre 2011 lors de
la grande soirée annuelle de l’IME, dévoilant la
5ème promotion.
La promotion 2011 : 25 binômes d’entrepreneurs au
service de la croissance

Le principe de l’IME vise à accélérer et sécuriser
la croissance des PME, en mettant leurs
dirigeants, mentorés, en relation avec des
entrepreneurs chevronnés, mentors, ayant à
leur actif une réussite entrepreneuriale majeure.
Composée de 25 binômes, la promotion 2011
accueille 13 nouveaux mentors. Par ailleurs,
12 mentors accompagnent cette année un
deuxième, voire un troisième mentoré. Les
mentorés bénéficient durant 12 à 18 mois de
rendez-vous mensuels avec leur mentor, du suivi
régulier de l’IME, et d’ateliers portant sur des
thématiques de croissance.

Frédéric Lefèbvre, secrétaire d’Etat auprès du
ministre de l’Economie, des Finances et de
l’Industrie, chargé du commerce, de l’artisanat,

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

2012-030

Chronique

De la monnaie, des moyens
et des instruments de paiement
par François Schwerer*

epuis les écrits d’Aristote, la monnaie
était considérée comme une valeur
abstraite, nomisma, définie par la loi.
Que cette monnaie fut ou non
matérialisée dans un support était second.
Quand le pouvoir libératoire d’une pièce de
monnaie était inférieur à la valeur du métal dont
elle était faite, elle disparaissait de la circulation
au profit d’une pièce de moins grande valeur.
La première était thésaurisée ou fondue. Cette
vision a été la conception commune chaque fois
que le pouvoir politique a été fort. Mais, les
gouvernements, en lutte perpétuelle contre le
faux-monnayage, ont toujours essayé de mettre
en circulation des pièces de bon aloi, c’est-à-dire
dont la valeur intrinsèque - de marché - était
aussi proche que possible de la valeur nominale.
Du coup, certains économistes ont préféré
mettre en avant, dans la monnaie, sa valeur
d’échange et ont dès lors voulu la considérer
comme une marchandise quelconque. Pour
eux, l’Etat ne décide pas la valeur de la monnaie,
il ne fait que la constater. Cette marchandise
possède cependant quelques qualités
particulières : elle est facile à diviser, elle se
conserve facilement, elle circule sans usure
excessive, elle est demandée par tout le monde.

D

Dans cette conception «métalliste» de la
monnaie, il n’y a aucune hiérarchie entre les
divers instruments d’é change qui sont en
concurrence les uns avec les autres et sont donc
demandés par tous les agents économiques.
Leur valeur découle de l’utilité que les agents
économiques lui donnent.
Depuis à peine un siècle, la monnaie n’est plus
incorporée dans un métal qui lui donne sa
valeur, mais dans des morceaux de papier sur
lesquels sont inscrits la valeur nominale qui leur
est donnée et plus récemment dans des
écritures sur des comptes. Jusqu’en 1971,
directement ou indirectement, les agents
économiques étaient censés pouvoir à tout
moment échanger ces « reconnaissances de
dettes  » contre des espèces métalliques
correspondant à la valeur qui y étaient inscrites.
Le 15 août 1971, le Président Nixon, en
détachant le dollar de l’or, a fait triompher la
thèse nominaliste. Plus récemment, lorsque le
Chancelier Kohl a décidé, pour faciliter
l’unification de l’Allemagne, d’imposer l’échange
d’un Deutschemark contre un Ost mark pour
les particuliers (et contre deux Ost marks pour
les professionnels), il a poussé le nominalisme
à l’extrême.
Mais, le pouvoir des Etats a aussi ses limites et
si les peuples n’adhèrent pas à la valeur qui est
donnée à la monnaie par l’autorité politique ils
cherchent à s’en débarrasser. Dès lors, si la valeur
nominale d’une monnaie est bien première, sa
valeur marchande ne peut pas être ignorée.

Mais les réactions des populations au regard de
la valeur marchande de l’instrument d’échange
varient d’une région à l’autre ; en fonction de la
puissance de l’Etat ainsi que des aspirations des
peuples. Aujourd’hui, alors qu’une pièce de
cinquante cents a une valeur intrinsèque
supérieure à celle d’un billet de dix dollars, on
ne voit pas pour autant les Américains
thésauriser les pièces. En Europe, les pièces en
cuivre de un, deux ou cinq centimes valent
largement plus que leur valeur faciale  ; les
peuples européens ne réagissent pas de la même
façon  : en France, ces pièces continuent à
circuler pour leur valeur faciale ; dans les pays
de l’Europe du Nord, les gouvernements les ont
supprimées et ont exigé d’arrondir les prix au
décime ; en Belgique, les pièces sont censées
circuler, mais il est difficile de les trouver car
elles sont notamment recherchées par les
plombiers et les électriciens, gros utilisateurs
de cuivre.
On ne constate pas un tel phénomène lorsque
l’on utilise de la monnaie scripturale, qu’elle
circule sur support papier (à l’aide d’un chèque)
ou de façon électronique (virement, carte…)
car le support n’a en soi aucune valeur pour son
utilisateur. Tout paiement est alors effectué avec
une monnaie nominale pure et non avec une
marchandise. Mais si la monnaie scripturale
n’est absolument pas marchandise, elle peut être
service dans la mesure où on peut coupler à son
rôle intrinsèque de monnaie des services
connexes  liés à la traçabilité des «valeurs
reconstituables».
La monnaie et la circulation monétaire sont
naturellement des responsabilités inhérentes à
la fonction régalienne. La monnaie sert bien sûr
à payer l’impôt, mais elle est aussi le lien social
fondamental, le « crédit sur tout autre »(1). Toute
personne qui est privée d’accéder à la monnaie,
sous quelque forme qu’elle se présente, est par
le fait même objet d’exclusion. C’est pourquoi,
notamment en France, les Pouvoirs publics
veillent à ce que toute la population puisse avoir
accès à toute forme de monnaie, pas
simplement fiduciaire, mais aussi scripturale.
Quoi qu’il en soit, loin de constituer des
«activités de production, de distribution et de
services» au sens de l’article L. 410-1 du Code
de commerce, les opérations de paiement ont
toutes les caractéristiques qui les rattachent à
des obligations d’intérêt général : obligation des
banques de fournir ce service et de participer
toutes au mécanisme de compensation,
nécessité de la coopération interbancaire,
surveillance par les Pouvoirs publics… Ce ne
sont donc des «activités économiques» au sens
du Code de commerce, et la monnaie n’est donc
pas, à proprement parler, un bien économique
comme les autres. Ceci est d’autant plus vrai
que la monnaie est devenue un bien complexe

qui a donné lieu à un éclatement entre, d’un
côté, le moyen de paiement proprement dit et,
de l’autre, un instrument de paiement(2). Et, si
un moyen de paiement peut être utilisé seul
(monnaie fiduciaire), un instrument n’est rien
sans le moyen qu’il véhicule (monnaie
scripturale).
Par nature, un paiement n’est que la contrepartie
générale à toute opération de marché. Pour
qu’une telle opération soit possible aisément, il
faut que sa contrepartie générale échappe aux
caractéristiques fondamentales du simple
transfert de marchandises  ; s’il en était
autrement, le marché ne serait plus le lieu où
l’on échangerait des marchandises contre un
équivalent général, universellement accepté,
mais celui où l’on ferait du troc. Or, si la monnaie
est ravalée au rang de simple marchandise(3),
avec quoi l’évaluera-t-on ?
De plus, dans la mesure où les banques n’ont
aucun choix dans leur réalisation, ce seul fait
suffirait à montrer que cette circulation ne
constitue pas en soi des opérations de marché.
Si le paiement peut être analysé comme un acte
juridique du débiteur et du créancier ou un acte
juridique unilatéral du débiteur qui paye associé
à un acte juridique unilatéral du créancier qui
renonce à toute contestation ultérieure, la
rencontre des banques pour exécuter l’acte de
paiement ne constitue qu’un fait juridique(4) ;
cette rencontre n’est que l’exécution d’une
obligation de faire, la conséquence de l’acte luimême. Dans la réalisation de ce fait juridique,
les banques n’ont même pas le choix de
l’instrument ; c’est le débiteur qui choisit le
moyen ou l’instrument de paiement dans le
respect des règles d’ordre public qui régissent
la circulation monétaire et de la volonté du
créancier qui peut refuser l’usage de tel ou tel
des instruments autorisés.
Mais, il y a plus car, comme on l’a vu, la monnaie
circule essentiellement aujourd’hui à travers des
moyens de paiement qui sont eux-mêmes mis
en mouvement par des instruments variés,
indépendants les uns des autres et en partie
substituables entre eux.
Si la monnaie se rattache à la notion de bien
économique, c’est parce qu’elle est utile, qu’elle
correspond à un besoin et qu’elle «est soumise
au principe économique fondamental de la
rareté et du coût»(5). Mais la monnaie est
désormais un bien complexe composé d’un
moyen et d’un instrument. Si la notion de bien
économique s’attache au bien complexe, elle
n’est pas obligatoirement applicable à chacune
de ses composantes. Ainsi, un instrument de
paiement tel que le chèque n’est pas
économiquement «rare» puisque n’importe qui
peut en créer un sur n’importe quel support,
sans contrainte technique particulière et, en
France, il n’a en vertu de la loi, aucun coût pour

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

19

Chronique
son tireur. Dans son ouvrage d’é conomie
politique, Raymond Barre continuait sa
présentation en se référant à l’analyse de Ludwig
Von Mises pour expliquer que la monnaie n’est
pas un bien économique banal. «Elle est un bien
d’échange. La monnaie n’est pas en effet un bien
de consommation  : celui-ci a pour fin de
satisfaire définitivement un besoin et, par là
même, de disparaître. En revanche, la monnaie
reste de manière durable dans la
consommation». La monnaie ne sert pas à la
satisfaction réelle mais à la «satisfaction
circulatoire», comme le voulait W. Röpke. De
ce point de vue, les instruments de paiement
ne sont rien sans le moyen dont ils déclenchent
la circulation. Ils ne le font pas de façon
homogène : si un chèque n’est que d’un seul
usage, une carte peut à l’inverse être utilisée
pour de multiples paiements. Quant aux
virements et aux prélèvements, s’ils ne sont aussi
que d’un seul usage, ils peuvent cependant être
mobilisés globalement par un seul acte de
volonté préalable lors de la mise en place d’une
chaîne de prélèvements ou d’un «ordre de
virement permanent».
«La monnaie n’est pas (…) un bien de
production ; elle n’est pas capable de réaliser des
transformations physiques, qui donnent
naissance à des biens de consommation »(6). La
monnaie n’est utile que dans le cadre d’une
économie d’échange ; elle est alors la condition
du fonctionnement de cette économie
d’échange. La monnaie n’est pas l’objet de
l’échange mais la contrepartie de tout échange.
Sans bien à échanger, la monnaie n’a aucune
utilité et l’instrument de paiement, quant à lui,
n’a même plus d’existence. Il est inconcevable.
Si la monnaie n’a d’utilité que dans le cadre d’une
économie d’échange, l’instrument de paiement
n’a d’utilité que pour un agent économique qui
dispose déjà d’un moyen de paiement.
L’instrument de paiement ne permet pas, en soi,
à un agent économique d’acquérir quoi que ce
soit mais uniquement de faire circuler un moyen
de paiement. Sans moyen de paiement le bien
dans lequel s’incorpore l’instrument de paiement
n’en conserve que l’apparence mais n’en a pas la

substance. Il en résulte que ce bien dans lequel
s’incorpore l’instrument de paiement n’a d’utilité
qu’à hauteur des moyens détenus par l’agent
économique qui veut l’utiliser. Son utilité est
subordonnée ; elle lui est extérieure.
L’utilité de la monnaie est de donner accès à
l’indéterminé. L’instrument de paiement permet
d’affecter ce droit indéterminé à une opération
déterminée. Cette affectation qui n’intéresse
qu’une seule personne - même si elle agit sous
la contrainte de l’acceptation de l’instrument
par le créancier - n’est donc pas en soi un acte
économique ; ce n’est qu’un acte juridique. Il
n’est donc pas étonnant de penser qu’elle ne peut
pas être appréhendée dans le cadre d’une
fonction d’offre ou de demande indépendante
à l’instar de n’importe quel bien économique.
Autre spécificité : la monnaie n’a d’utilité qu’au
sein d’une communauté déterminée. Alors
qu’un bien économique est normalement apte
à satisfaire - plus ou moins - un besoin de
n’importe quelle personne sous n’importe quelle
latitude et à n’importe quelle époque, une
monnaie n’a de valeur qu’au sein d’une
communauté restreinte vivant à une époque
déterminée. Un verre d’eau ou de jus de fruit
peut étancher la soif de n’importe quel individu,
en n’importe quel lieu, à n’importe quel moment.
Un chèque en euro n’aurait pas permis à un
Indien d’Amérique vivant au XVIIIème siècle
d’acquérir la moindre parcelle de terre !
Alors que la qualité première d’un bien de
consommation est son aptitude intrinsèque à
satisfaire un besoin déterminé, la qualité
première d’un bien monétaire est de se
conserver sans altération et d’être divisible à
l’infini de façon à pouvoir servir à tous. Dans le
bien monétaire d’aujourd’hui, la qualité de
conservation est inhérente au moyen tandis que
l’instrument est ce qui le rend divisible.
Un bien économique donné n’est utile qu’à un
seul agent, celui qui le consomme - que cette
consommation soit une consommation intermédiaire ou une consommation finale - alors
qu’un bien monétaire n’a d’utilité que pour
deux personnes simultanément - l’acquéreur

et le vendeur - et son utilisation ne le fait pas
disparaître, bien au contraire. Le vendeur qui
le reçoit ne le reçoit que pour pouvoir le réutiliser ultérieurement. La jouissance d’un bien
économique est toujours une consommation
individuelle - même quand elle a lieu en
groupe - alors que la monnaie n’a aucune utilité individuelle  ; elle n’a d’utilité que dans la
relation, dans l’échange. Le fait que le XXème
siècle ait été celui de la dématérialisation de la
monnaie, de son détachement de toute marchandise extérieure, de son éclatement entre
un moyen et un instrument ou encore de sa
circulation électronique ne change rien à ces
caractéristiques profondes.
* François Schwerer est Directeur juridique
Notes :
1 - C.H. Filippi, «L’Argent sans maître», Descartes & Cie, 2009, p. 23.
2 - Pour le professeur Didier R. Martin, «le moyen de paiement sert, par
hypothèse, à consommer le paiement, donc à éteindre effectivement
l’obligation du débiteur ; ainsi doit-il être défini comme toute chose
dont la remise par le débiteur au créancier libère, instantanément et à
due concurrence, le premier. La carte, comme le chèque, n’a que la
fonction instrumentale d’un vecteur, d’un mécanisme, bref d’un
instrument de paiement. (…) Ce qui vaut à l’instrument de paiement
de se laisser reconnaître dans cette définition : un outil dont la seule
manipulation enclenche le processus de délivrance au créancier, par
débit d’un compte de dépôt monétaire du porteur, de la somme
désignée par celui-ci» (La Vie Judiciaire du 6 mars 1992 et Revue Dalloz
du mois de juin 1992). Cette définition rejoint la description de M.
Andries et C. Martin : «Tout moyen de paiement [au sens large] se
caractérise par la combinaison d’un instrument (sur support papier ou
informatisé), qui permet de produire un ordre de paiement (…) et d’un
dispositif technique et organisationnel, qui permet le traitement de cet
ordre» (Banque de France - Revue de stabilité financière, n° 5, novembre
2004, p. 92).
3 - Si la monnaie était une marchandise, elle obéirait aux mêmes règles
de droit que les autres biens, ne pourrait pas être créée ex-nihilo
uniquement par une simple volonté politique et nul ne serait obligée
de l’accepter dans le cadre d’un échange marchand. Elle aurait une
valeur exprimée en quantité d’un autre bien !
4 - Si l’avant-projet de réforme du Code civil en France a prévu un nouvel
article 1101-1 qui définit l’acte juridique comme un « acte de volonté
destiné à produire des effets de droit », la première rédaction de cet
avant-projet définissait le fait juridique comme «un événement autre
qu’un acte juridique, auquel la loi attache un effet de droit» (cf. Rapport
à Monsieur Pascal Clément, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice,
22 septembre 2005).
5 - R. Barre, « Economie politique », Thémis, PUF, 8ème éd., 1978, p.
323.
6 - R. Barre, « Economie politique », Thémis, PUF, 8ème éd., 1978, p.
324.
2012-031

Direct

Cour des comptes
Premier référé « public » du Premier Président - Paris, 11 janvier 2012 
n application du Code des juridictions
financières (article R. 135-1), le Premier
président de la Cour des comptes
adresse des «  référés  » au Premier
ministre ou aux ministres concernés, pour leur
faire connaître les observations et
recommandations formulées par la Cour sur la
gestion des services de l’Etat et des autres
organismes publics, y compris les institutions
de sécurité sociale.
A l’issue du délai de deux mois dont disposent les
destinataires pour répondre, ces référés, accompagnés des réponses qui leur sont apportées,
sont transmis aux commissions des finances et,
dans leur domaine de compétence, aux commissions des affaires sociales de l’Assemblée

E

20

nationale et du Sénat (article L.  143-5).
Conformément à la mission d’information des
citoyens que l’article  47-2 de la Constitution
assigne à la Cour des comptes et aux nouvelles
dispositions introduites dans le Code des juridictions financières (article L. 142-1) par la loi
du 13 décembre 2011, qui lui permettent, sans
autre réserve que le respect des secrets protégés par la loi, de rendre publiques toutes ses
observations et ses recommandations, le
Premier président a décidé de rendre désormais publics les « référés ».
Comme le veut le principe de. contradiction
appliqué systématiquement par la Cour, chaque
référé sera publié avec les réponses reçues des
destinataires du référé.

Aujourd’hui, pour la première fois, la Cour des
comptes rend donc public un « référé » de son
Premier président.
Ce référé concerne l’Agence Nationale pour
l’Amélioration des Conditions de Travail
(ANACT) et ses relations avec le réseau des
Associations Régionales pour l’Amélioration
des Conditions de Travail (ARACT). Il est
accompagné de la réponse reçue du ministre
du travail, de l’emploi et de la santé. L’ensemble
est disponible sur le site Internet de la Cour à
l’adresse suivante :
www.ccomptes.fr/fr/CC/ Theme-287.html
Source : Communiqué de la Cour des comptes du 11 janvier 2012.

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

2012-032

Au fil des pages

Le Printemps d’Aderfi
par Romuald Olb Ait Fetta

«  Depuis toujours, nous agaçons (nous les
Kabyles) les hommes politiques de la grande
capitale (Alger) avec nos revendications
culturelles archaïques. Ils disent de nous que nous
sommes un peuple passéiste et retardataire, que
nous devrions descendre de nos montagnes et
accepter la marche inéluctable du progrès et de
l’arabisation.»
et ouvrage est le troisième de
Romuald Olb Ait Fetta, il répond aux
politiques d’Alger. L’on on appréciera
la légèreté de la plume, son élégance,
sa précision. Sous le couvert d’un roman, en
connaisseur du peuple Berbère, de sa fierté, de
sa culture, de son refus de disparaître sous le
coup de l’arabisation, il nous parle de la ferveur
de ce peuple de bergers, de ces montagnards
dont la religion est la montagne du Djurdjura.
Il nous en conte l’histoire d’une famille kabyle,
berbère depuis des lustres, en une trame
historique. Son héros Aderfi, est un ancien
supplétif de l’armée française, «  je suis un
vieillard qui a pris fait et cause pour l’Algérie
française. Tout cela est tellement loin. » Ce vieux
Kabyle, ce vieux harki décrit leur malheur avec
émotion, l’abandon dont ils furent victimes « nous sommes, dit-il, les oubliés de l’Histoire.
Nous étions 60.000 pauvres et plus personne
ne se souvient de nous. » Notre religion était la
montagne, notre refuge, Paris ! De père en fils,
nous avons fait allégeance à la France. Après
avoir retracé le drame des harkis, l’abandon de
la France le19 mars 1962, leur retour en Algérie,
imposé par une note de monsieur Messmer du
25 mai 1962, leur massacre à leur arrivée, en

C

dépit des accords d’Evian, il entre dans l’histoire
de cette famille. Le frère de ce vieillard harki
est rentré en France où, pour s’intégrer, il a
changé de nom. Il s’est appelé William
d’Urseau. Pour vivre, il a exercé divers petits
boulots, ce qui lui a permis de faire des études
de droit, de devenir magistrat.
L’auteur est âgé de 39 ans. Il est magistrat d’un
tribunal de la périphérie parisienne.
Il nous en conte les tâches au quotidien, celle
d’un magistrat affecté à la juridiction du
surendettement, lassé d’occuper cette
fonction, selon la volonté de son président.
A sa centième audience, on le félicite, mais
il craque…C’est le début de sa descente aux
enfers, de son drame conjugal… de son repli sur
lui même. Il a deux enfants, un fils Antoine, et
une fille, Louise. L’oncle Aderfi ayant appris les
malheurs de son frère décide de retrouver son
neveu pour l’inviter à revenir à la terre de ses
ancêtres, d’y retrouver la culture et la sérénité
de ses montagnes. Bien qu’il s’était juré de ne
pas revenir en France, il prend le bateau,
découvre Marseille. Il croit se trouver à Alger.
A la recherche de ce neveu, il rencontre des
coreligionnaires, il espère leur faire partager ses
nostalgies, mais il constate qu’ils ont oublié cette
page de leur histoire. Après avoir retrouvé son
neveu, dont le père magistrat est devenu fou, il
parvint à le convaincre de retourner sur la terre
berbère de ses ancêtres, village de 3000 âmes et
de 5000 brebis. Il abandonne son cabinet
d’avocat sans regret, pour retrouver son village
où après la mort de son oncle Aderfi, il est
accueilli par l’ami de son oncle, pauvre mais
cultivé…

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LES ANNONCES DE LA SEINE

Ce roman sur un fond historique nous captive
dès les premières pages.
Il se lit d’un trait, sans la moindre lassitude,
passionnant de la première à la dernière page
agrémenté par les dons d’écriture de l’auteur.
L’association des avocats et des juristes Berbères
de France (ajbf.juristes@yahoo.fr) organise une
conférence-débat autour de cet ouvrage le lundi
23 janvier 2012 à 20 heures à la Maison du
Barreau, 2 rue de Harlay 75001 Paris.
A. Coriolis
Ecritures Berbères Romuald Olb Ait Fetta
Editions l’Harmattan
5/7 rue de l’École Polytechnique - 75005 PARIS
Prix : 15.50 €
2012-033

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Annonces judiciaires et légales

Adjudications
SEINE-SAINT-DENIS
93

Vente aux enchères publiques
au Palais de Justice de Bobigny
173, avenue Paul Vaillant-Couturier
Le mardi 14 février 2012 à 13 heures 30

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Parc de la Noue, boulevard du Président Kennedy
rue du Parc et rue du docteur Schweitzer
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- à Maître Patrice LEOPOLD - Avocat - 67, boulevard Alsace Lorraine 93110
ROSNY-SOUS-BOIS - Téléphone : 01 48 95 22 63
- à la SCP LEOPOLD - COUTURIER & ASSOCIÉS - Avocats
31, rue dʼAmsterdam - 75008 PARIS - Téléphone : 01 47 66 59 89
- au Greffe du Tribunal de Grande Instance de Bobigny et au Cabinet
de lʼavocat poursuivant (www.ferrari.fr) où le cahier des conditions de vente est
déposé.
Sur les lieux pour visiter en sʼadressant à lʼavocat poursuivant.
00368

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

31

Vie du chiffre

Etats-Généraux de la recherche comptable
2ème édition - Paris, 16 décembre 2011

La 2ème édition des Etats généraux de la recherche comptable s’est tenue à la Maison de l’Amérique Latine, le 16 décembre
dernier. Cet évènement a été l’occasion pour Jérôme Haas, président de l’Autorité des Normes Comptables (ANC), de réaffirmer
son engagement dans une politique de recherche ambitieuse et sans précédent. Il s’agit de permettre au monde universitaire
français, trop peu sollicité jusqu’ici dans le processus de normalisation, de mieux participer au débat global sur les normes,
et ainsi de fonder les positions de l’ANC sur des concepts validés par une recherche comptable reconnue.
Jean-René Tancrède
e rendez-vous, qui a rassemblé
l’ensemble des acteurs de la recherche,
avait 3 grands objectifs :

C

Il existe une forte «demande» de recherche en
comptabilité, ce qui rend nécessaire de stimuler
«l’offre», ont témoigné les représentants des
entreprises (Association Française des
Entreprises Privées (AFEP), Mouvement des
entreprises de France (MEDEF), MiddleNext),
des professions comptables (Ordre des expertscomptables, Compagnie nationale des
commissaires aux comptes (CNCC) et des
universitaires. Les lauréats des récents appels à
projets ont été présentés, en présence de René
Ricol, commissaire général à l'investissement.
Ces lauréats, issus de nombreuses universités
françaises et de quelques universités étrangères,
mobilisent une cinquantaine de chercheurs.
Bien qu’il soit trop tôt pour établir un bilan, mais
sans toutefois attendre, l’ANC a engagé un
dialogue fructueux sur ses pratiques, d’où
émergeront des innovations utiles aux
chercheurs et aux entreprises.
Ainsi que l’a souligné René Ricol dans un
discours très remarqué, les choix en matière de
normalisation comptable reflètent des choix de
société.

Marie-Anne Frison-Roche
et Jérôme Haas
jacents aux normes IFRS, trop complexes et
trop financières, et de décentraliser les
procédures de normalisation pour aller vers une
normalisation globale mieux équilibrée. De
nombreuses propositions pratiques en
découlent, notamment  de ne pas adopter
certains projets récents (sur la comptabilisation
des locations et des revenus) et d’en améliorer
d’autres (sur les instruments financiers et les
contrats d’assurance).
3 - Débattre du sujet le plus important à l'ordre du
jour de la normalisation comptable à l'échelle
globale : la représentation dans les comptes de la
«performance» des entreprises

2 - Présenter les principaux travaux de l’ANC au cours
de l’année écoulée

La toute récente lettre de réponse de l'ANC à la
consultation de l'International Accounting
Standards Boards (IASB) sur son programme
de travail synthétise la position française : elle
recommande de clarifier les concepts sous-

32

Ce sujet, en apparence théorique, constitue
l’enjeu central pour la qualité des normes
comptables. Les travaux de toutes les parties
prenantes en Europe et au-delà convergent : il
y a besoin de revoir les concepts sous-jacents
aux IFRS au regard des fondamentaux de la
comptabilité, notamment à la lumière de la crise.
La première discussion structurée sur le thème

de la performance s’est ainsi tenue à Paris avec
la participation d'acteurs divers représentant
des points de vue et des nationalités variés, dont
des membres des Boards de l’IASB et du
Financial Accounting Standards Boards (FASB).
Dans une première table ronde, les universitaires ont souligné les dangers créés par des
normes trop conceptuelles, introduisant trop
d’incertitudes dans les résultats en cherchant à
prédire l’avenir alors que la comptabilité doit
refléter le passé.
Dans une seconde table ronde, les praticiens
ont affirmé leur besoin de normes reflétant la
réalité économique, faute de quoi ils doivent
utiliser d’autres conventions que les normes
IFRS pour communiquer. Les normalisateurs
internationaux ont fait valoir qu’il pouvait
exister différents points de vue. Le président de
l’ANC a conclu qu’il fallait d’urgence structurer
le débat.
Le rendez-vous est déjà pris pour les 3èmes EtatsGénéraux, le 14 décembre 2012.

Les Annonces de la Seine - jeudi 12 janvier 2012 - numéro 3

2012-029

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

1 - Illustrer le déploiement de la politique
de recherche de l'ANC