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LES ANNONCES DE LA SEINE

Lundi 28 janvier 2013 - Numéro 7 - 1,15 Euro - 94e année

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Conférence
des Bâtonniers
Assemblée générale
25 janvier 2013

Jean-Luc Forget

VIE DU DROIT

Conférence des Bâtonniers
Défendre et garantir par Jean-Luc Forget............................................

Haut Conseil des Professions du Droit

2

13
14

La complémentarité des professions du droit par Didier Le Prado..
Sécurité juridique par Christian Vigouroux ......................................

Ministère de la Justice

22
AGENDA ......................................................................................5
RENTRÉE SOLENNELLE

Améliorer l’efficacité de la Justice commerciale .............................

Cour d’Appel de Grenoble

Adapter la réponse pénale au contexte de l’infraction
par Paul Michel ....................................................................................
Rationaliser le recours au juge
par Gérard Meignié ..........................................................................

8
10

VŒUX

Ministre de la Culture et de la Communication ..............16
Premier Ministre .........................................................................19
Ministre de la Justice................................................................32

VIE DES CABINETS D’AVOCATS

Vatier & Associés........................................................................21

AU FIL DES PAGES...........................................................22
ANNONCES LEGALES ...................................................23
DIRECT

Ecole Nationale de la Magistrature

Devenir magistrat - concours 2013..................................................

32

endredi dernier, la Conférence des
Bâtonniers de France et d’Outre-Mer,
réunie en Assemblée Générale
statutaire, recevait Madame Christiane
Taubira, Garde des Sceaux ainsi que les plus hautes
personnalités de la famille judiciaire. Ce fut
l’occasion pour le Président Jean-Luc Forget, qui a
pris ses fonctions en janvier 2012, de rappeler que
la Conférence des Bâtonniers incarnait l’expression
de la solidarité des ordres d’avocats et de faire le
point sur les réformes en cours.
La gouvernance, le secret professionnel, les
barèmes d’honoraires, l’action de groupe, le
démarchage, la discipline, l’accès à la profession,
l’accès au droit, l’acte d’avocat, la déontologie, la
garde-à-vue, la communication électronique avec
les juridictions d’appel et la défense de l’exercice
du droit sont autant de sujets que la Conférence
des Bâtonniers a débattus et portés afin de favoriser
les évolutions dont la France a tant besoin pour
réconcilier les Français avec leur justice.
La Ministre de la Justice Christiane Taubira, en
femme politique avisée, a répondu, avec un art
dont elle a le secret, aux différents sujets évoqués

V

par Jean-Luc Forget, sa prestation fut saluée avec
enthousiasme par l’assemblée des participants.
En écho au message de considération et de respect
qu’elle exprime à l’égard de la profession d’avocat
et n’oubliant pas ce que la démocratie doit aux
avocats, elle a cité Aimé Césaire :
« Et la voix prononce que l'Europe nous a pendant
des siècles gavés de mensonges et gonflés de
pestilences,
car il n'est point vrai que l'œuvre de l'homme est finie
que nous n'avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l'œuvre de l'homme vient seulement de
commencer
et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction
immobilisée aux coins de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté,
de l'intelligence et de la force »
puis a conclu sa remarquable intervention en
haranguant les avocats « vous êtes le monde ».

Jean-René Tancrède

J OURNAL O FFICIEL D ’A NNONCES L ÉGALES - I NFORMATIONS G ÉNÉRALES , J UDICIAIRES ET T ECHNIQUES
bi-hebdomadaire habilité pour les départements de Paris, Yvelines, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val de Marne

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Vie du droit

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Comité de rédaction :

Thierry Bernard, Avocat à la Cour, Cabinet Bernards
François-Henri Briard, Avocat au Conseil d’Etat
Antoine Bullier, Professeur à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Marie-Jeanne Campana, Professeur agrégé des Universités de droit
André Damien, Membre de l’Institut
Philippe Delebecque, Professeur de droit à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Bertrand Favreau, Président de l’Institut des Droits de l’Homme des Avocats Européens,
ancien Bâtonnier de Bordeaux
Dominique de La Garanderie, Avocate à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
Brigitte Gizardin, Substitut général à la Cour d’appel
Régis de Gouttes, Premier avocat général honoraire à la Cour de cassation
Serge Guinchard, Professeur de Droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Françoise Kamara, Conseiller à la première chambre de la Cour de cassation
Maurice-Antoine Lafortune, Avocat général honoraire à la Cour de cassation
Bernard Lagarde, Avocat à la Cour, Maître de conférence à H.E.C. - Entrepreneurs
Jean Lamarque, Professeur de droit à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Christian Lefebvre, Président Honoraire de la Chambre des Notaires de Paris
Dominique Lencou, Président d’Honneur du Conseil National des Compagnies
d’Experts de Justice
Noëlle Lenoir, Avocate à la Cour, ancienne Ministre
Philippe Malaurie, Professeur émérite à l’Université Paris II Panthéon-Assas
Jean-François Pestureau, Expert-Comptable, Commissaire aux comptes
Gérard Pluyette, Conseiller doyen à la première chambre civile de la Cour de cassation
Jacqueline Socquet-Clerc Lafont, Avocate à la Cour, Présidente d’honneur de l’UNAPL
Yves Repiquet, Avocat à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
René Ricol, Ancien Président de l’IFAC
Francis Teitgen, Avocat à la Cour, ancien Bâtonnier de Paris
Carol Xueref, Directrice des affaires juridiques, Groupe Essilor International
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Légale et judiciaire :
Commerciale :

Défendre et garantir
par Jean-Luc Forget

Didier Chotard
Frédéric Bonaventura

Commission paritaire : n° 0713 I 83461
I.S.S.N. : 0994-3587
Tirage : 12 788 exemplaires
Périodicité : bi-hebdomadaire
Impression : M.I.P.
3, rue de l’Atlas - 75019 PARIS

2012

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expressément par la loi et les conventions internationales, toute reproduction, totale ou
partielle du présent numéro est interdite et constituerait une contrefaçon sanctionnée
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Le journal “Les Annonces de la Seine” a été désigné comme publicateur officiel pour
la période du 1er janvier au 31 décembre 2013, par arrêtés de Messieurs les Préfets :
de Paris, du 27 décembre 2012 ; des Yvelines, du 31 décembre 2012 ; des Hauts-deSeine, du 31 décembre 2012 ; de la Seine-Saint-Denis, du 27 décembre 2012 ; du
Val-de-Marne, du 27 décembre 2012 ; de toutes annonces judiciaires et légales prescrites
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A) Légales :
Paris : 5,48 €
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Yvelines : 5,23 €
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B) Avis divers : 9,75 €
C) Avis financiers : 10,85 €
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Yvelines : 5,23 €
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- Vente au numéro :
1,15 €
- Abonnement annuel :
15 € simple
35 € avec suppléments culturels
95 € avec suppléments judiciaires et culturels
COMPOSITION DES ANNONCES LÉGALES
NORMES TYPOGRAPHIQUES
Surfaces consacrées aux titres, sous-titres, filets, paragraphes, alinéas

Titres : chacune des lignes constituant le titre principal de l’annonce sera composée en capitales (ou
majuscules grasses) ; elle sera l’équivalent de deux lignes de corps 6 points Didot, soit arrondi à 4,5 mm.
Les blancs d’interlignes séparant les lignes de titres n’excéderont pas l’équivalent d’une ligne de corps
6 points Didot, soit 2,256 mm.
Sous-titres : chacune des lignes constituant le sous-titre de l’annonce sera composée en bas-de-casse
(minuscules grasses) ; elle sera l’équivalent d’une ligne de corps 9 points Didot soit arrondi à 3,40 mm. Les
blancs d’interlignes séparant les différentes lignes du sous-titre seront équivalents à 4 points soit 1,50 mm.
Filets : chaque annonce est séparée de la précédente et de la suivante par un filet 1/4 gras. L’espace blanc
compris entre le filet et le début de l’annonce sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot soit
2,256 mm. Le même principe régira le blanc situé entre la dernière ligne de l’annonce et le filet séparatif.
L’ensemble du sous-titre est séparé du titre et du corps de l’annonce par des filets maigres centrés. Le
blanc placé avant et après le filet sera égal à une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm.
Paragraphes et Alinéas : le blanc séparatif nécessaire afin de marquer le début d’un paragraphe où d’un
alinéa sera l’équivalent d’une ligne de corps 6 points Didot, soit 2,256 mm. Ces définitions typographiques
ont été calculées pour une composition effectuée en corps 6 points Didot. Dans l’éventualité où l’éditeur
retiendrait un corps supérieur, il conviendrait de respecter le rapport entre les blancs et le corps choisi.

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Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

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Jean-Luc Forget

encontrer la représentation des
Avocats tient d'un parcours spécifique
qui témoigne de la diversité et donc des
richesses qui caractérisent notre
profession.
Madame la Garde des Sceaux, vous avez déjà
débattu avec les Avocats et leur institution
représentative lors de l'Assemblée Générale du
Conseil National des Barreaux le 25 octobre
dernier. Vous avez rencontré mes confrères du
Barreau de Paris à l’occasion de leur Rentrée
solennelle le 7 décembre dernier. Vous nous
faites aujourd'hui l'honneur de clôturer ce
parcours en venant à la rencontre des
160 bâtonniers qui dirigent les Barreaux des
régions de France, de métropole et d'Outre-mer.
J'ai lu que les ministres étaient invités à aller à
la « rencontre du terrain ». Vous y êtes.
Ce moment vous permet de retrouver les
responsables des ordres; ces hommes et ces
femmes qui, en tout lieu, à tout instant, assurent
avec abnégation, dévouement et compétence
la présence des Ordres indépendants.
Ces Ordres qui, eux-mêmes, garantissent à la
Justice de notre pays et à la démocratie la
présence de ces professionnels indépendants
qui ont prêté serment d'assurer avec dignité,
conscience, indépendance, probité et humanité,
l'assistance, le conseil et la défense de tous.
Madame la Garde des Sceaux, je veux
témoigner auprès des Bâtonniers de France de
l'estime, de la considération, du respect que vous
exprimez à l'égard de notre profession : Vous
savez ce que la démocratie, ce que les citoyens,
ce que les hommes et les femmes doivent à
l'Avocat.
Je souhaite vous remercier pour ces rencontres
fréquentes que vous initiez avec notre
profession et qui témoignent d’une réelle
volonté de concertation.

R

Il me semble que les Avocats partagent avec
vous un certain nombre de principes et de
valeurs qui identifient votre action :
Nous partageons cette certitude selon laquelle
la surpopulation pénale est source de récidive
et donc de délinquance.
Nous mesurons les efforts considérables que
notre pays doit réaliser afin que les lieux de
détention du pays de la Déclaration des droits
de l'homme et du citoyen assurent la dignité des
hommes et des femmes détenues.
Nous approuvons les orientations de votre
circulaire pénale du 19 septembre dernier en
constatant chaque jour qu’une circulaire n’a pas
valeur normative.
Alors, vous pouvez parfois - et vous le faites
toujours avec un sourire voire avec
humour - feindre d'ironiser en constatant nos
diversités et parfois même nos différences.
En réalité, ce « triumvirat » - car nous n'accédons
tout de même pas à la Trinité que le Président
du Conseil National des Barreaux évoque
parfois - doit être considéré comme une utile
et nécessaire organisation complémentaire dès
lors que nos propos d'un jour s'effacent pour
assumer et présenter les propositions décidées
par la profession.
Nous ne sacrifierons pas à une organisation
concentrée, monolithique, unique car notre
histoire, notre culture, nos fonctions et donc
notre identité s'opposent à une telle perspective.
Mesdames et Messieurs les Bâtonniers, ce ne
sont peut-être pas nos institutions qui nous
posent le plus de difficultés. C'est peut-être notre
manière de les utiliser qui peut donner
l'impression de quelques dispersions.
Par delà les paroles de chacun d’entre nous qui
viennent toujours à s'envoler, les décisions de
nos institutions nous engagent.

Décret du 30 avril 2012
Parmi ces décisions, celle votée à une très large
majorité par le Conseil National des Barreaux
le 17 novembre 2012, délibération aux termes
de laquelle la représentation nationale des
Avocats a signifié aux pouvoir publics son
opposition à cette « passerelle » qui assure un
accès dérogatoire à notre profession au bénéfice
des hommes et des femmes politiques de ce
pays.
Nous avons pu discuter et contester, les uns et
les autres à notre manière, cette perspective
mais la décision collective de la profession est
claire. Elle rejoint d'ailleurs celle que vous avez
toujours exprimée : l'abrogation de l'article 971 du décret qui permet aux personnes
« justifiant de huit ans au moins d'exercice de
responsabilités publiques les faisant directement
participer à l'élaboration de la loi  », notion
quelque peu subjective toujours susceptible de
discussions et donc d’interprétations, d'intégrer
notre profession sans même bénéficier d'une
formation et d'un examen portant sur notre
déontologie, c'est-à-dire sur ce qui fonde
l'identité de notre profession.
Nous sommes donc tous d'accord pour que cet
article 97-1 ajouté par le décret du 3 avril dernier
soit abrogé.

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Vie du droit

Mais aujourd'hui, parce que le Président de la
République alors candidat l'a promis, et parce
que la profession unanime vous le demande, il
vous appartient d’abroger purement et
simplement l'article 97-1 du décret en ramenant
l'accès à la profession d'Avocat aux dispositions
en vigueur il y a moins d'un an.
La démocratie est assurée lorsque l'avocat est
fort. Elle est renforcée par une représentation
forte de cette profession. Alors, les Avocats
débattent. Ils débattent déjà et toujours de leur
organisation, de ce qu'ils ont, eux aussi, appelé
leur « gouvernance ».
Nous débattons souvent d'une curieuse
manière : en énonçant les termes du débat,
chacun énonce sa conclusion et donc sa
certitude, parfois d'un mot en forme de slogan,
à contenu souvent variable…
En réalité, ce que nous sommes commande
notre organisation  : une institution
représentative forte parce qu'appuyée sur des
Ordres locaux forts.
Et si, au lieu de passer notre temps à énoncer
doctement des révolutions de salons, souvent
parisiens, nous tentions déjà de faire mieux au
quotidien, voire de faire bien, avec ce qui existe ?
L’unité ne se proclame pas. Elle se construit au
quotidien. Et parfois même, moins elle se
proclame, plus elle se construit.

Le Conseil National des Barreaux est, parce qu'il
a été conçu pour cela et comme cela,
l'expression des diversités des exercices et des
missions de l'Avocat. Tous les Avocats doivent
s’y retrouver. Il a le devoir de les rassembler pour
les représenter auprès des pouvoirs publics.
Les Ordres, les 161 Ordres de France, assurent,
confortent, protègent, défendent au quotidien,
en tous lieux, l'indépendance des Avocats. Les
Avocats mesurent quotidiennement ce qu’ils
font car ils ont aussi le devoir d'imaginer et de
proposer à nos confrères des services adaptés.
Notre avenir, notre avenir immédiat, celui qui
ne nécessite pas ou peu de modifications, réside
bien dans cette complémentarité entre notre
institution nationale et les ordres locaux. Le
Conseil National et les ordres y trouvent intérêt,
force, efficacité et donc utilité.

Il ne serait pas raisonnable d'imaginer des
logiques de substitution issues d’une culture de
la défiance alors même que notre logique est
celle de la complémentarité et donc de la
confiance. Les ordres ne doivent pas, ne peuvent
pas se substituer à l'institution nationale. Celleci ne doit pas, ne peut pas, se substituer aux
ordres.
Ne jugeons pas trop les Ordres. Aidons-les. Ils
peuvent encore faire mieux. Ils peuvent se
regrouper pour mieux faire. Leurs responsables
doivent se former.
Les ordres sont présents en tous lieux. Ils
répondent présents à tout instant. Ils font. Bien
sûr, ils peuvent se tromper - et l'erreur n'est pas
fonction de l'importance numérique d'un
Barreau - mais ils réalisent.
Au quotidien, ils bénéficient de la Conférence
des Bâtonniers pour mieux assumer leurs
missions. Elle est leur lieu de solidarité,
d'entraide, de partage, de confraternité, qui
permet à ces ordres de faire mieux, de se
tromper moins, d’é voluer, d’imaginer, de
proposer pour être à la fois dans la proximité,
dans l’autorité, mais aussi de participer aux
évolutions et de les accompagner.
C'est parce que les 161  ordres assurent au
quotidien la protection et le contrôle de l'Avocat
que notre profession peut être fière de son
indépendance et qu'elle peut défendre avec
assurance une régulation professionnelle qui
seule garantit l'indépendance de chaque Avocat.
Ce sont les Ordres qui affirment avec réactivité
et efficacité nos valeurs et qui assurent la
cohérence des décisions déontologiques prises
sur la base des règles édictées par la loi, le décret
et les règles énoncées par le Conseil National
des Barreaux.
Ce sont les ordres qui assurent la maîtrise du
Tableau et qui régulent l'accès à la profession au
regard de textes qui s'imposent à tous.
Dans ces missions, ils doivent être aidés - et
accepter d'être aidés - pour que la décision de
l'un ne vienne pas affaiblir la cohésion et la force
de toute une profession.
Ce sont les ordres qui collectivement mettent
en place des services, et bien souvent des
structures de solidarité au bénéfice de nos
confrères, au bénéfice de tous nos confrères :
- C’est ainsi qu’à la fin du premier semestre de
l’année 2012, la Conférence des Bâtonniers a
mis en place et proposé aux Bâtonniers, avec
l’aide de la Société de Courtage des Barreaux
(SCB), une « garantie perte de collaboration »
au bénéfice des Avocats collaborateurs inscrits
dans les Barreaux de province. Aujourd’hui tous
les Avocats de France peuvent bénéficier de
cette garantie souscrite soit individuellement,
soit collectivement par l'intermédiaire de leur
Barreau.
- C’est ainsi qu’en ce début d’année 2013, nous
confortons La Prévoyance des Avocats (LPA)
qui assure à nos confrères la solidarité qui leur
est due lorsqu'ils se trouvent confrontés aux
difficultés de la vie, mais qui leur propose
également des garanties supplémentaires dont
la « chance-maternité » n’est qu’un exemple.
Grâce à l'imagination des ordres, grâce à cette
solidarité assumée, les Avocats de France
bénéficient de garanties identiques dans leurs
principes et adaptées à la diversité de leurs
situations.

REPÈRES

Elections
du nouveau
Président

Marc Bollet
a Conférence des
Bâtonniers réunie en
assemblée générale
statutaire, a procédé à
l’élection de de son
futur Président.

L

Marc Bollet, ancien
Bâtonnier de Marseille,
a été élu avec 17.965
voix sur 28.248 votants
et succèdera au 1er
Janvier 2014 au
Président Jean-Luc
Forget, ancien
bâtonnier de Toulouse,
qui préside la

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Mais nous attendons depuis trop de mois une
abrogation effective, la situation actuelle
permettant à quelques impétrants qui viennent
à profiter d'un temps qu’ils savent compter - et
donc d'un effet d'aubaine - pour solliciter leur
inscription à notre profession dans des
conditions dont nous considérons ensemble
qu'elles ne sont pas acceptables.
Alors ensuite, nous pouvons être en désaccord !
Certes, vous pourriez imaginer une nouvelle
disposition ajoutant à l'article 98-1 et certains
pourraient même vous applaudir en se
rappelant la délibération de notre institution
représentative sous d'autres temps politiques.

Conférence des
Bâtonniers depuis
Janvier 2012.
Associé à une société
civile professionnelle
d’avocats, Marc Bollet a
été Bâtonnier de
Marseille en 2007 et en
2008.
Rappelons que la
Conférence des
Bâtonniers a pour
mission de fédérer
l’ensemble des
Barreaux de France, à
l’exception du Barreau
de Paris.

Les ordres font. Quel que soit le nombre
d'Avocats qu'ils rassemblent, ils sont confrontés
aux mêmes enjeux et aux mêmes
problématiques. Ils réalisent. Ils construisent.
En cette année 2013, ils construiront encore :
- Madame le Bâtonnier du Barreau de Paris,
vous m'avez interpellé précisément lors de la
Rentrée de votre Barreau. Je vous réponds
devant les Bâtonniers des provinces de France
rassemblés : En cette année 2013 nous allons
développer ensemble la centrale de
référencement que vous avez mise en place à
Paris au début de l'année 2012.
Les 161  Ordres de France peuvent être à
l'initiative d'une centrale de référencement
national au bénéfice de tous les Avocats. En tout
cas, nous allons apprécier ensemble, dans les
semaines qui viennent, si ce développement qui
viendrait conforter «  Praeferentia  » et qui
assurerait sa pérennité au bénéfice de tous nos
confrères, est possible.

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

3

Vie du droit
semaine du 7 au 11 octobre - semaine que vous
avez, Madame le Bâtonnier, déjà réservée avec
la municipalité de Paris - une communication
professionnelle en assurant la promotion du
Conseil au bénéfice des citoyens en relation avec
les collectivités locales et notamment avec les
municipalités.

Christiane Taubira

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Ce ne sera pas seulement « l'Avocat dans la
cité » et la capitale, ce sera l'Avocat dans toutes
les régions et villes de France.
Les ordres sont à l'initiative dans l'intérêt de nos
confrères. Ils ont la légitimité de la confiance.
Ils sont considérés pour ce qu’ils sont et
appréciés pour ce qu’ils font.
Ils se doivent d’attirer aujourd’hui l’attention de
l’Etat sur des difficultés auxquelles il doit être
remédié sans délai car, à défaut, l'indispensable
relation de confiance qui doit exister entre les
Avocats et l'Etat pourrait s'en trouver affectée :

Garde à vue

L'acte d’Avocat
- Il y a bientôt deux ans, par l'effet de la Loi du
28 mars 2011, l'acte d'Avocat est devenu réalité
dans notre pays.
Nous devons, nous avons la responsabilité
d'assurer la conservation de l'acte d'Avocat, de
cet acte sécurisé au bénéfice de nos clients, de
cet acte qui ne peut que se développer dès lors
que nos confrères se l’approprient.
Je vous propose Madame le Bâtonnier, sous le
regard bienveillant et peut être soulagé du
Président du Conseil National des Barreaux,
que les ordres mettent en place un processus et
un site de conservation de l'acte d'Avocat, en

partenariat avec les structures techniques
compétentes de notre profession et déjà avec
l’Union Nationale des Carpa (UNCA) mais
aussi avec la SCB, pour que soit assurée, dans
les semaines, dans les mois qui viennent, avant
l'été 2013, la sécurité de la conservation de cet
acte.

Communication
- Les Ordres font. Ils doivent donc faire savoir.
Ils doivent communiquer.
Le Bureau de la Conférence a décidé de
proposer aux Barreaux de développer sur un
temps déterminé, et pourquoi pas pendant la

REPÈRES

Anciens Présidents
de la Conférence des Bâtonniers
Bâtonnier Hommais Rouen - 1902
Bâtonnier Cain Angers - 1904
Bâtonnier Laisne des Hayes Caen - 1906
Bâtonnier Huet Orléans - 1908
Bâtonnier Tavernier Lyon - 1909
Bâtonnier Martin Rouen - 1911
Bâtonnier Semery Angers - 1920
Bâtonnier Benard Caen - 1923
Bâtonnier Simon Versailles - 1924
Bâtonnier Lemaitre Gap - 1932
Bâtonnier Sejourne Orléans - 1935
Bâtonnier Allaert Douai - 1938
Bâtonnier Gazan Rouen - 1945
Bâtonnier Guinaudeau Nantes - 1948
Bâtonnier Manche Versailles - 1951
Bâtonnier Molierac Bordeaux - 1954
Bâtonnier Blachere Marseille - 1958
Bâtonnier Chevalier Grenoble - 1959
Bâtonnier Bufquin Douai - 1961-62
Bâtonnier Lenoble Dijon - 1963-64
Bâtonnier Leroux Nantes - 1965-66
Bâtonnier Dubois Douai - 1967-68

4

Bâtonnier Marty Toulouse - 1969-1970
Bâtonnier Jacques Montouchet Evreux - 1971-1972
Bâtonnier Michel Dubosc Le Havre - 1973-1974
Bâtonnier Jean Rozier Bordeaux - 1975-1976
Bâtonnier Gérard Savreux Amiens - 1977-1978
Bâtonnier André Damien Versailles - 1979-1980
Bâtonnier Albert Viala Toulouse - 1981
Bâtonnier Serge Davy Caen - 1982-1983
Bâtonnier Jacques Wuilque Bobigny - 1984-1985
Bâtonnier Marcel Rouxel Bordeaux - 1986-1987
Bâtonnier Roger Malinconi Marseille - 1988-1989
Bâtonnier Bedel de Buzareingues Montpellier - 1990-1991
Bâtonnier François Vignancour Clermont-Ferrand - 1992-1993
Bâtonnier Huguette Andre-Coret Essonne - 1994-1995
Bâtonnier Christophe Ricour Hauts-de-Seine - 1996-1997
Bâtonnier Gérard Christol Montpellier - 1998-1999
Bâtonnier Michel Benichou Grenoble - 2000-2001
Bâtonnier Bernard Chambel Bonneville - 2002-2003
Bâtonnier Thierry Wickers Bordeaux - 2004-2005
Bâtonnier Frank Natali Essonne - 2006-2007
Bâtonnier Pascal Eydoux Grenoble - 2008-2009
Bâtonnier Alain Pouchelon Carcassonne - 2010-2011

- Ce sont bien les ordres qui ont organisé et
assuré la mobilisation du jour au lendemain, la
nuit du 14 au 15 avril 2011, de tous les Avocats
de France pour qu'immédiatement chaque
personne gardée à vue, en tout lieu, en tout
instant, puisse bénéficier de l'assistance d'un
avocat.
Ce sont bien les Ordres qui ont mis en place
sans délai des dispositifs assurant cette présence,
dispositifs adaptés à la mesure des territoires et
aux difficultés rencontrées, témoignant ainsi
d'une réactivité et d'une imagination, sources
d'une réelle richesse au bénéfice de la Justice et
des citoyens.
L'Etat s'était engagé à les aider et à financer, dans
le cadre d'une enveloppe budgétaire limitée, les
frais générés par cette sujétion supplémentaire.
C'est dans cette confiance en la parole de l'Etat
que les ordres ont réalisé.
A la fin du premier semestre de l’année 2012,
c'est à vos services, Madame la Garde des
Sceaux, qu'est revenue la triste charge
d'annoncer aux Barreaux qu'aucune subvention
ne pourrait leur être versée au titre de
l'année  2011, année de nos engagements
communs et des réalisations de la profession,
invoquant soudainement un principe d'annuité
budgétaire qui porte en lui-même ses limites
dès lors que nombre de ces subventions avaient
été sollicitées dès 2011.
La parole de l'Etat a un sens pour les Avocats.
Ce n'est pas la parole des Gouvernements qui
se succèdent. C'est la parole d'un Etat qui se
respecte et dont les engagements à l'égard d'une
profession doivent être honorés.
A défaut, les Avocats qui se rappellent leur
serment pour se mobiliser généreusement et
déjà en faveur des plus démunis ou des plus
faibles, s'interrogeront sur le sens de leurs
engagements multiples au service d'un Etat qui
ne les respecterait donc pas.
-  Les Ordres et les Bâtonniers assurent au
quotidien la défense et la promotion des
nouveaux modes de communication et de la
dématérialisation.
Certaines règles de procédure civile, reprises
dans le cadre des décrets dits « Magendie » ne

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Vie du droit
sont pas compatibles avec la pratique et la
dématérialisation aujourd'hui totale de nos
échanges devant les Cours d’appel.
La Conférence des Bâtonniers a proposé il y a
quelques semaines, et a donc transmis au CNB,
une indispensable et urgente demande de
modification du Code de Procédure Civile afin
d'adapter notre procédure d'appel au regard de
notre pratique et de la dématérialisation en
appréciant les limites que les techniques nous
imposent.

Sécurité des échanges
Mais aujourd’hui, du fait d’interprétations
divergentes de nos textes et de l’incohérence de
certaines règles, nous n’assurons plus la parfaite
sécurité des échanges, sécurité garante de la
défense des droits.
Les Avocats assurent la défense des intérêts de
leurs clients. Ils ne peuvent accepter des
dispositifs qui donnent déjà matière à discussion
ou à divergences d'appréciation avant le procès
dont ils ont la charge. Nous n'avons pas à plaider
ou à discuter pour défendre un système. Nous
devons défendre grâce à un système
indiscutable.
Depuis le 1er janvier 2013, la communication
électronique avec la juridiction d'appel est
obligatoire aux termes de l’article 930-1 du code
de procédure civile. Mais l'insécurité existe
toujours pour les procès en cours où la
communication électronique entre les parties
est seulement possible et soumise à
l’acceptation de l’adversaire au procès.
A ces diverses interprétations s’ajoutent encore
les incertitudes techniques et procédurales qui
pèsent sur les conditions de communication
des pièces.
Alors, du fait de l’imprécision des textes, nous
éprouvons le besoin de signer des conventions,
dont on peut discuter la valeur juridique,
conventions qui viennent ajouter à la confusion,
dès lors qu’elles déclinent ou interprètent
différemment les règlements ou arrêtés selon
les différentes juridictions et ressorts
géographiques.

Ainsi, à l’heure actuelle le dispositif de
communication électronique en application
devant nos Cours d’appel, loin de simplifier,
vient ajouter, alourdir et soumettre à
interprétation des règles qui sont alors pour
nous, sources de responsabilité civile, et pour
la Justice, sources de responsabilité.
Notre profession peut s'enorgueillir d'être un
des moteurs de la Justice dématérialisée. Il est
donc des responsabilités conjointes du CNB et
de l’Etat, d'adapter sans délai nos règles pour
assurer à nos confrères, à tous nos confrères,
une communication dématérialisée à valeur
procédurale d’une fiabilité absolue en ayant à
l'esprit que la dématérialisation est au service
de nos règles de procédure civile et non l'inverse.
Mais il est aussi de notre responsabilité de vous
interroger sur les conditions dans lesquelles a
pu être pris un arrêté, le 24 décembre dernier,
qui permet aux seuls huissiers, récemment
dotés de leur propre réseau privé virtuel, de
communiquer de façon dématérialisée avec les
juridictions d'instance alors même que cette
communication n'est pas accessible aux Avocats
qui disposent pourtant depuis maintenant près
de 6 ans de leur propre réseau privé virtuel.
Comment pouvons-nous imaginer que la
communication électronique vienne instaurer
des disparités d'accès à une juridiction entre les
professionnels du droit ? Il n'est nul besoin de
nouveaux réseaux, de nouvelles structures
intermédiaires  -  lesquelles ne peuvent que
générer des coûts supplémentaires supportés
par les justiciables - pour permettre aux Avocats
de poursuivre directement leur travail avec les
juridictions et avec toutes les juridictions.
-  Cette révolution numérique que nous
accompagnons ne peut pas conduire les
auxiliaires de Justice que sont les Avocats à
devenir ces simples « petites poucettes » qui,
selon Michel SERRES, figureraient la société
future.
Etre Avocat, c’est bien sûr être juriste. Etre juriste
cela peut s’exprimer sur le papier, au gré des flux
informatiques, devant des écrans, sans se
regarder, sans même se rencontrer, sans se parler.
Mais être Avocat c’est défendre par le droit mais
aussi par la présence, par le regard, par la

Agenda

AFJE AUVERGNE

« Le droit, le juriste et la
civilisation post industrielle »
Conférence le 12 février 2013
Chez Babymoov
Parc Industriel des Gravanches
16, rue Jacqueline Auriol
63000 CLERMONT FERRAND
Renseignements : 04 96 10 02 40
marseille@barthelemy-avocats.com

2013-066

REVUE BANQUE

Quel avenir pour la
bancassurance à la française
Conférence le 19 février 2013
Salons Hoche
9, avenue Hoche - 75008 PARIS
Renseignements : Magali Marchal
01 48 00 54 04 - marchal@revue-banque.fr
2013-067

REVUE CONCURRENCES

Demain la concurrence
4ème conférence internationale
le 22 février 2013
Assemblée Nationale
101, rue de l’Université - 75007 PARIS
Renseignements :
webmaster@concurrences.com

2013-068

CENTRE DE RECHERCHE
JURIDIQUE POTHIER

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

La place du droit pénal
en droit du travail
Colloque le 5 mars 2013
Université d’Orléans
UFR Droit, Economie, Gestion
Amphithéâtre Revigny
rue de Blois
45000 ORLEANS LA SOURCE
Renseignements : Laurence Sallé
laurence.salle@univ-orleans.fr

2013-069

CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX
ET CONSEIL NATIONAL DES COMPAGNIES
D’EXPERTS JUDICIARES

Le coût véritable de l’expertise
Colloque le 22 mars 2013
Maison du Barreau
2/4, rue de Harlay - 75001 PARIS
Renseignements : cncej@cncej.org

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

2013-070

5

Vie du droit
rencontre, par la parole; C’est pouvoir exprimer
devant un Juge, non seulement ce que le droit
imposera peut-être, mais ce qu’une situation et
des hommes et des femmes veulent dire et
parfois crier. Nous ne sommes pas là pour crier ;
nous sommes d’ailleurs là pour éviter les cris,
mais nous devons alors pouvoir parler.
Désormais trop souvent, en trop de lieux de
Justice, on souhaite éviter, contourner et parfois
nier la parole de l’avocat… et demain nos écrits
ne seraient plus libres puisqu'il peut nous être
proposé (imposé ?) de structurer, de normaliser
et surtout de concentrer nos écritures.
Renoncer à la parole et écrire comme les Juges
l'entendent, ce ne serait plus assister et défendre.
L’oralité porte l’humanité dans le débat
judiciaire. L’humanité fait partie de notre
serment. Cette humanité, c'est aussi ce que notre
Justice a reçu en héritage du siècle des lumières.
Les Bâtonniers sont là pour faire respecter la
parole des Avocats  ; ils en ont le souci et
l’exigence. Ce souci et cette exigence doivent
être partagés par tous les partenaires de Justice
et donc par les Magistrats.

Procédure disciplinaire
Madame la Ministre, vous avez reçu ou vous
recevrez dans quelques jours les propositions
de la profession s'agissant de la nécessaire
réforme de notre procédure disciplinaire,
conséquence de huit années de pratique et de
développement de notre discipline.
Mais encore, il y a quelques semaines, la
Conférence vous interrogeait sur les conditions
dans lesquelles l'Etat pouvait envisager ce que
notre profession ne peut pas imaginer  : de
nouveaux exercices de notre métier confondus
avec des professions incompatibles.
La Conférence des Bâtonniers participe à ces
débats et abonde le travail du Conseil National
des Barreaux. Les Barreaux doivent user de la
légitimité démocratique que les Avocats leur

confèrent et de la légitimité de ceux qui réalisent
pour renforcer l'institution représentative de
leur profession, du Conseil National des
Barreaux qui nous rassemble
Nous délibérons, nous proposons mais nous
devons veiller à ce que l'Etat accompagne nos
réflexions et délibérations. Il est aujourd'hui
indispensable que l'Etat les prenne en
considération, décide et que le ministère de la
Justice défende dans les arbitrages de l'Etat, les
propositions d'une profession qui participe de
l'Etat de droit.

Trois « chantiers » nouveaux
Les Ordres nvestissent l'institution
représentative nationale pour la renforcer. Les
Ordres travaillent, réfléchissent, imaginent,
proposent.
Ils souhaitent qu'en  2013, leur institution
nationale ouvre - et referme - trois « chantiers »
nouveaux, autant de réflexions et de propositions :
- La réforme de l'accès au droit : parce qu'il ne
nous appartient plus d'en parler mais de faire,
de changer radicalement un système qui n'en
est plus un et dans lequel Etat et profession se
déconsidèrent.
- La réforme de l'accès à notre profession : parce
qu'il nous appartient de signifier clairement et
fièrement ce que nous sommes pour nous
refuser à ouvrir notre profession à ceux qui
veulent se servir de nos valeurs sans les servir.
- La défense de ce que nous appelons notre
« périmètre », mais qui est en réalité la défense
de l'exercice du droit dans l'intérêt des
justiciables : parce que le marché du droit n'est
plus convoité aujourd'hui par des professions
règlementées qui sont nos partenaires mais par
des braconniers usant de méthodes indignes et
de publicités inconséquentes dans une société
de droit.
La Conférence sera de ces débats que le CNB
doit initier et porter.
La Conférence des Bâtonniers s'était engagée,
il y a un an, à favoriser des évolutions que les
Ordres peuvent et doivent aujourd'hui porter.

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

La considération pour une profession doit déjà
s’exprimer ; mais elle doit surtout se réaliser.
Nous savons, Madame la Garde des Sceaux,
que vous avez à coeur de faire en sorte que les
engagements de l’Etat soient respectés, que les
outils mis à la disposition des justiciables et des
Avocats soient d'une fiabilité absolue et que la
parole des Avocats soit attendue, écoutée, peutêtre entendue, en tout cas respectée.
Monsieur le Président du Conseil National des
Barreaux, vous vous êtes facilement habitué à
ce que la parole des Ordres soit entendue dans
l'institution nationale. Vous avez suscité les
débats et accepté nos réflexions, nos discussions,
nos propositions. Le Conseil National des
Barreaux est chargé de porter les délibérations
de la profession auprès des pouvoirs publics.
Et déjà nos propositions relatives à la protection
mais aussi au renforcement d'un secret
professionnel trop discuté alors qu'il est
indiscutable. Il en va ici de l'essence même de
nos fonctions et missions.
Nous savons que ce secret que nous devons à nos
clients qui font de nous leurs confidents, est un
absolu qui peut se confronter à d'autres absolus.
La Cour Européenne des Droits de l'Homme a

rappelé encore récemment les exigences de ce
principe qui ne peut nourrir exception que
confronté à d'autres principes absolus et selon des
modalités spécifiques dans lesquelles les ordres
et les Bâtonniers assurent un rôle actif.
Mais nous avons aussi délibéré sur l'exigence de
clarté et de lisibilité de nos prestations pour nos
clients. Nous nous opposons à des barèmes
incompatibles avec les missions que nous
assumons mais nous devons développer, la
convention d'honoraire, non pas parce qu'elle
devient obligatoire dans quelque domaine, mais
parce qu’elle nous assure la confiance de nos
clients.
Nous avons fait connaître nos propositions
s'agissant du démarchage et de la nécessaire
adaptation de nos règles, mais encore nos
exigences s'agissant de l'action de groupe à
laquelle notre profession adhère à la condition
qu'elle ne soit pas organisée dans la défiance,
pour nous contourner et donc pour contourner
le conseil, la défense et la responsabilité que
nous devons aux citoyens justiciables.
J'évoque notre responsabilité et donc notre
formation. Ici encore, le Conseil National des
Barreaux a transmis des propositions portant
prémices d'une évolution de notre formation
professionnelle.

6

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Vie du droit

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

notre identité, avec nos compétences, avec
notre indépendance, sous le regard exclusif de
notre Bâtonnier.
C'est l'Avocat en mission, à disposition, dans
l’entreprise ; c'est l'exercice de notre profession
en tous lieux. Il nous faut accompagner cette
évolution car à défaut des pratiques
incompatibles avec nos valeurs se
développeront sans contrôle.
La Conférence proposera les conditions dans
lesquelles les Avocats peuvent mettre toutes
leurs compétences valorisées par leur
indépendance au bénéfice des entreprises.
N'imaginons donc pas des fusions impossibles.
Construisons dans l'entreprise, pour
l'entreprise les complémentarités nécessaires,
voulues par l'entreprise à défaut d'être
défendues par quelques salariés de ces
entreprises.
4 - Enfin, les Ordres doivent se projeter dans l'avenir
avec confiance en saisissant les chances
européennes.

A mi-mandat, je peux, grâce au travail des uns
et des autres, grâce au travail des membres du
Bureau de la Conférence des Bâtonniers, dresser
quelques perspectives qui seront autant de
propositions précises lorsqu'elles seront
rassemblées, développées et débattues devant
les Bâtonniers et les Membres des Conseils de
l'Ordre réunis à l'automne 2013 dans le cadre
des « Etats généraux des ordres ».
1 - les Ordres accompagnent les Avocats dans les
révolutions techniques qui sont autant de
révolutions culturelles car la dématérialisation n’est
pas une évolution : elle est un nouveau monde.

Nous réfléchissons aux conséquences de la
dématérialisation sur l'ensemble de nos activités
judiciaires mais aussi de conseil, et serons en
mesure de formuler des propositions de nature
à éviter les fractures professionnelles que la
dématérialisation peut générer.
Il nous faut tout de même déterminer l'équilibre
entre le « tout numérique » et la conservation
de méthodes de travail plus traditionnelles.
Nous imaginons déjà le monde qui pourrait se
profiler si nous ne veillons pas à ce que l'homme
demeure maître des révolutions technologiques
qu'il développe.
La Justice ne peut pas être un exercice
exclusivement
dématérialisé.
La
dématérialisation est un moyen et n'est pas une
fin autour de laquelle se rangeraient nos règles
et nos valeurs.
Les hommes et les femmes que nous défendons
exigent mieux que des machines. L'Avocat n'est
pas un pilote derrière un écran : il est devant
des hommes et des femmes qu'il accompagne
dans un monde qui peut les oublier.
2 - Les Ordres assurent au quotidien l'organisation
et la défense des avocats qui assument, qui
choisissent de défendre des plus défavorisés.

Dans ce cadre, la prestation de l'Avocat doit être
considérée pour ce qu'elle est. Nous entendons
formuler nos propositions. Et pour cela, nous
devons déjà savoir combien «  vaut  » notre
prestation, combien nos entreprises coûtent - et
aujourd'hui nous coûtent  -  lorsqu'il s'agit
d'assurer la défense des plus défavorisés.
Et nous aurons alors capacité à nous défendre
lorsque l'Etat envisagera de mettre à notre
charge, dans des conditions financières

insupportables pour toute activité libérale, des
sujétions nouvelles.
Nous savons que le système d'accès au droit est
non seulement à bout de souffle, mais qu'il ne
répond plus à un véritable accès au droit pour
tous. Nous constatons tous les jours que ce
système est obsolète et qu'il n'est pas organisé
comme il pourrait, comme il devrait l'être dans
un pays développé, moderne, qui se targue d’être
solidaire.
Nous pourrions imaginer devenir partenaire et
non simple prestataire, acteurs et non
spectateurs, d’un système d'accès au droit
intégrant d’autres partenaires, toutes les
professions du droit, mais encore les assureurs
de protection juridique, partenaires d’un
système totalement repensé dans ses critères et
dans ses structures pour être considéré.
Une réforme de l'accès au droit ne peut se limiter
à quelques UV glanés tous les 10 ans ou même
à quelques taxes supplémentaires ô combien
indispensables lorsque l’on mesure que l’Etat
verse chaque année, au titre de l'aide juridique
une somme inférieure au prix d’un avion, certes
d'un Airbus A 380, mais d’un seul avion quand
même !
En tout cas, s’agissant de l’accès au droit, les
Avocats ne peuvent plus être les victimes
collatérales de la défaillance de l'Etat.
3 - les Ordres doivent projeter les exercices
professionnels des Avocats dans tous les secteurs de
la vie sociale et économique.

Nous avons une identité, des valeurs et des
compétences au service de nos multiples
exercices, au profit de l'ensemble des acteurs
économiques et sociaux.
Notre profession doit encore faciliter l'exercice
de nos confrères dans l'intérêt et au bénéfice des
structures économiques de notre pays.
Parce que nous sommes Avocats, nous ne
pouvons pas être salariés de l'entreprise. Parce
que les juristes de l'entreprise sont
indispensables à l'entreprise parce qu'ils ne sont
pas Avocats, ils ne peuvent accéder à notre
profession sans répondre aux exigences de
l'article 98-1.
Nous, Avocats, devons prendre notre place,
toute notre place aux côtés et dans les
entreprises, avec ce que nous sommes, avec

L'Europe défend notre secret professionnel, la
confidentialité de nos échanges, notre présence
tout au long de l’enquête pénale, le rôle actif du
Bâtonnier.
Parce qu'ils déclineront en tous lieux les critères
européens, les Ordres locaux seront ces
structures organisées, modernes, transparentes,
dignes de la confiance de tous ; c'est cela le défi
de l'autorégulation qui seule assure
l'indépendance d'une profession.
Il nous appartient donc d'apprécier, nos
procédures, nos exigences, le fonctionnement
de nos institutions, le fonctionnement de nos
Ordres à l'aune du critère de la proportionnalité
européenne.
Ainsi nous répondrons efficacement à ceux qui,
en Europe, prônent avec inconséquence la
dérégulation ; avec inconséquence parce que
l’Ordre n’a rien de virtuel pour les Avocats et les
citoyens : Il est au service des Avocats. Il est la
protection des citoyens.

Conclusion
Vous l’avez peut-être compris, la Conférence ne
s’inscrit pas dans les morosités ambiantes.
Elle défend cette institution nationale forte,
abondée par les réflexions des organisations
syndicales et professionnelles, mais aussi par les
propositions issues de l’expérience et de
l'imagination des Ordres.
Elle défend, parce qu’elle en a la responsabilité,
des Ordres locaux forts car adéquats. Elle
défend leur présence en tous lieux, à tout
moment. Elle garantit, elle s’assure de leurs
capacités à imaginer, à réaliser et en définitive
à évoluer et à faire évoluer notre profession.
Elle entend que nos institutions soient assurées
de la confiance et de la parole d’un Etat capable
de porter nos propositions et parfois nos
exigences.
Ne disposons-nous pas là de toutes les
structures et de toutes les qualités pour réaliser,
pour être efficaces, pour être utiles ?
Nous avons la capacité de construire. Nous
avons la responsabilité de réaliser. Nous ne
serions pas responsables devant nos confrères
à toujours imaginer le futur sans assumer le
présent.
2013-065

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

7

Rentrée solennelle

Cour d’Appel de Grenoble
7 janvier 2013

Gérard Meignié Premier Président et Paul Michel Procureur Général accueillaient leurs invités ce lundi 7 janvier 2013 pour
l’Audience Solennelle de Rentrée de la Cour d’Appel de Grenoble au premier rang desquels les autorités locales des mondes
du droit, du chiffre et de la haute administration. Après avoir retracé l’activité pénale de la cour grenobloise, le Procureur
Général a évoqué « la nouvelle architecture » des rapports entre la Garde des Sceaux, les Procureurs Généraux et les
Procureurs de la République, ce qui représente « une évolution majeure » pour le Ministère Public et l’institution judiciaire ;
pour conclure il a formulé le vœu que « la justice puisse voir ses effectifs et ses moyens progresser à la hauteur des ses missions ».
Quant au Premier Président, il a déclaré que la mission du juge « dans un contexte de réduction des moyens » devait être
« déclinée dans un environnement davantage déjudiciarisé » afin de rationnaliser le recours au juge tout en satisfaisant aux
exigences du procès équitable.
Jean-René Tancrède

Adapter la réponse
pénale au contexte de
l’infraction
par Paul Michel
u terme de presque 11 mois passés
au sein de la Cour d’Appel de
Grenoble depuis mon installation en
février 2012, je souhaite vous livrer,
quelques observations et réflexions sur le
fonctionnement du service public de la justice.
Je voudrais tout d’abord saluer l’engagement de
tous les Magistrats et fonctionnaires des greffes
de cette cour que j’ai pu mesurer jour après jour
depuis ma prise de fonctions.
En dépit des difficultés rencontrées
spécialement dans les greffes où 10 % des postes
ne sont pas pourvus, ils parviennent grâce à
leurs efforts à faire fonctionner les juridictions
et les services de la Cour dans les meilleures
conditions possibles pour les justiciables.
Fort heureusement, les décisions d’affectations
prochaines de plusieurs greffiers issus de l’Ecole
Nationale des Greffes ainsi que de nouveaux
adjoints administratifs, qui ont été prises par la
Chancellerie, permettront de réduire le déficit
chronique qu’enregistre notre ressort, alors que
la présence de fonctionnaires compétents et
dévoués est plus que jamais nécessaire à l’oeuvre
de justice.
Sous l’effet de la crise économique et financière,
la gestion à laquelle concourent de façon
importante les greffiers en chef et personnels
de greffe est devenue sensible dans tous les
Ministères, y compris dans le nôtre, même si
son budget pour l’année  2013 est en
augmentation de 4,3 %, tant est impérieuse la
nécessité de faire des économies tout en
améliorant, si faire se peut, la qualité du service
rendu.
La réforme importante, qui avait été opérée à
la fin de l’année  2011 avec la création des

A

8

Budgets Opérationnels de Programme (BOP)
interrégionaux articulés avec les unités
opérationnelles de taille régionale, a été
remaniée à la suite des élections présidentielles.
Madame La Garde des Sceaux, Ministre de la
Justice a décidé que seules les dépenses
inéluctables relèveraient des BOP tandis que
les dépenses non obligatoires continueraient à
être arbitrées par les Unités Opérationnelles.
En outre, le maintien des 17 pôles CHORUS et
en particulier de celui de Grenoble qui gère au
plan comptable et budgétaire les dépenses des
juridictions des ressorts des Cours d’Appel de
Grenoble et de Chambéry, devrait permettre la
préservation des postes de cadres nécessaires
au fonctionnement efficace de cette structure
au sein du service administratif régional (SAR).
Je voudrais à cette occasion rendre hommage
à la grande qualité du directeur du SAR,
Monsieur Leboulleux qui doit nous quitter en
mars prochain pour prendre un poste en
avancement de responsable du même service
à la Cour d’Appel d’Aix en Provence.
J’ai particulièrement apprécié sa compétence
technique sûre ainsi que son efficacité et sa
loyauté en tant que chef de ce service
stratégique pour le fonctionnement de la Cour
et des juridictions.
La dotation au titre des frais de justice pour
l’année 2012 qui avait été diminuée de près de
la moitié par rapport au montant des dépenses
de l’année 2011, a nécessité des ajustements à
la suite du déblocage de fonds de réserve par
l’administration centrale qui a permis d’effectuer
le règlement de nos créanciers, spécialement
les experts, huissiers, laboratoires de police, jurés
et témoins ayant comparu devant les Cours
d’Assises.
La recherche des preuves scientifiques telles
que celles qui contribuent à l’identification
d’individus au moyen de l’ADN, les
investigations téléphoniques et informatiques
ainsi que, les expertises médicales et
psychiatriques indispensables à la connaissance

de la personnalité des auteurs d’infractions et à
la détermination des préjudices représentent
des coûts très lourds pour un budget contraint.
La maîtrise des frais de justice pénale est dès
lors un impératif. Mais celui-ci doit être
cependant concilié avec la manifestation de la
vérité qui reste l’exigence primordiale de toute
enquête, notamment dans les affaires les plus
importantes.
A cet égard, l’année 2012 aura été marquée dans
le ressort de notre Cour par un accroissement
significatif des faits de violences graves,
spécialement dans le domaine criminel.
Ainsi une attaque à main armée a été commise
au mois d’août dernier dans une bijouterie place
Notre Dame à Grenoble par des malfaiteurs qui
ont tiré à l’arme de guerre sur les policiers
intervenant sur les lieux.
De même, la rixe entre deux groupes
antagonistes au cours de laquelle deux jeunes
hommes Kévin Noubissi et Sofiane Tadbrit ont
trouvé la mort le 29 septembre 2012 dans le
quartier des Granges à Echirolles, a suscité une
émotion considérable dans l’opinion, compte
tenu des circonstances du crime et notamment
de la disproportion entre le déchaînement de
violence d’une grande intensité et le mobile
apparent qui semble se résumer à un simple
regard.
A la suite d’une enquête très bien conduite par
les fonctionnaires de la Sûreté Départementale
de l’Isère, une information judiciaire a été
ouverte du chef d’assassinat et confiée à deux
Juges d’instruction grenoblois. 10 personnes ont
été mises en examen et sont toujours placées
en détention provisoire dans le cadre de cette
affaire dont l’instruction se poursuit.
Je rappelle que pour deux affaires le Président
de la République est venu à Grenoble rencontrer
les victimes ou leurs familles.
Le triple meurtre d’une mère et de ses deux
enfants en bas âge commis en novembre à
Vienne, par un individu déjà condamné pour
des violences sur la personne de celle-ci, qui
s’est enfui dans son pays d’origine, illustre de

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Rentrée solennelle
de Madame la Garde des Sceaux en date du
19 septembre 2012, implique la nécessité de
prendre en compte les éléments de fait, le
contexte de l’infraction et la personnalité du mis
en cause.
En outre, les éléments statistiques de l’année
écoulée témoignent d’une intense activité de la
Cour d’Appel en matière pénale.

D.R.

Paul Michel

manière dramatique l’escalade qui peut se
produire dans le domaine des violences
familiales.
Je précise que les parquets s’efforcent d’apporter
des réponses fortes à ces infractions,
essentiellement par l’exercice de poursuites,
dans le cadre d’une politique pénale menée en
lien avec les associations de lutte contre les
violences faites aux femmes et les déléguées
départementales aux droits des femmes.
La banalisation de la violence contre les forces
de l’ordre et la détermination de certains auteurs
de faits criminels sont à nouveau apparues à
l’occasion d’un vol à main armée perpétré dans
un débit de tabacs de Saint Paul les Romans
dans la Drôme le 24 décembre 2012, où l’un des
malfaiteurs n’a pas hésité à faire feu en direction
des forces de l’ordre au cours de la poursuite qui
a finalement abouti à l’interpellation de ces
individus et à leur mise en examen par le Juge
d’instruction de Valence.
Les vols avec arme visant les commerces,
spécialement de bijouterie, ainsi que les vols à
l’arraché, en particulier de colliers en or, commis
sur la voie publique souvent au préjudice de
femmes, se sont également multipliés en 2012
dans les 3 départements du ressort.
Cette situation d’expansion de la violence,
qu’elle soit crapuleuse, gratuite ou dirigée contre
les forces de l’ordre, correspond à une tendance
nationale enregistrée par le Ministre de
l’Intérieur qui indiquait lors d’une conférence
de presse récente que l’augmentation des
atteintes aux personnes était de 5 % pour les
11 premiers mois de l’année 2012.
Pour autant, des initiatives nouvelles ont été
prises pour enrayer cette spirale de la violence
et de la délinquance.
En 2013 les parquets participeront avec les
autorités préfectorales, les directions
départementales de la sécurité publiques de
l’Isère et de la Drôme, et les Maires à l’animation

des deux nouvelles zones de sécurité prioritaires
(ZSP) qui viennent d’être créées l’une sur le
territoire des communes de Grenoble et
Echirolles et l’autre à Valence, afin de réduire
les phénomènes de violence qui se conjuguent
avec le problème majeur du développement
endémique des trafics de stupéfiants et de
l’é conomie souterraine dans les quartiers
sensibles.
J’espère que ces dispositifs, qui entraîneront une
mobilisation accrue des parquets, permettront
d’obtenir un renforcement de leurs effectifs.
Je peux affirmer que d’une manière générale
l’institution judiciaire est en parfait ordre de
marche dans la lutte contre la criminalité et la
délinquance sur toute l’étendue du ressort.
Le taux de réponses pénales apportées aux
infractions par les parquets est en effet élevé
puisqu’il se situe entre 88 % et 96 % et atteint
même  99 % pour le Tribunal de Grande
Instance de GAP.
La diversification des réponses est par ailleurs
très développée.
Afin de ne pas saturer les audiences
correctionnelles les procureurs de la République
ont largement recours aux alternatives aux
poursuites, mises en oeuvre pour la plupart par
les délégués du procureur et en particulier aux
mesures de composition pénale ou de stages de
citoyenneté ou de sensibilisation aux dangers
de l’usage de stupéfiants, ainsi qu’aux procédures
de poursuites simplifiées telles que la
comparution sur reconnaissance de culpabilité
ou les ordonnances pénales.
Les comparutions immédiates et convocations
par Officier de Police Judiciaire sont utilisées à
bon escient et sans dogmatisme.
Les choix en la matière sont opérés par les
Magistrats du parquet conformément au
premier principe directeur de l’individualisation
des décisions prises à toutes les étapes du
processus pénal.
La mise en oeuvre de ce principe préconisée
par l’importante circulaire de politique pénale

Si le contentieux de la chambre des appels
correctionnels est assez stable, dans la mesure
où le nombre d’arrêts rendus atteint
1 092 décisions pour 1 120 affaires nouvelles
enregistrées, les indicateurs concernant les
autres formations statuant en matière pénale
sont en hausse sensible.
La chambre de l’instruction a rendu
774 décisions soit 100 arrêts de plus en 2012
par rapport à  2011, ce qui s’explique par
l’accroissement sensible en nombre et en gravité
des affaires de violence que j’é voquais
précédemment.
Plus forte encore est la hausse des décisions
rendues par la chambre de l’application des
peines statuant sur l’appel des décisions du
Tribunal et du Juge de l’application des peines,
qui a rendu en  2012, 547  arrêts contre  381
l’année précédente.
Les décisions en matière de libération
conditionnelle, semi-liberté et la politique
d’aménagement des peines égales ou inférieures
à deux ans qui a été voulue par le législateur
pour limiter la surpopulation carcérale
contribuent à alimenter ce contentieux dont la
montée en puissance au cours des dernières
années est 10 significative.
Des dispositions sont également prises afin que
des convocations devant le Juge de l’application
des peines et le service pénitentiaire d’insertion
et de probation soient délivrées dès le stade de
l’audience correctionnelle afin que les mesures
de contrôle et de probation en milieu ouvert
des condamnés soient mises en oeuvre le plus
tôt possible afin d’éviter la récidive.
La seule baisse d’activité enregistrée au niveau
de la Cour d’Appel concerne la Cour d’Assises
de l’Isère du fait du renvoi d’une affaire lourde
que cette juridiction avait été contrainte
d’effectuer et qui a fait perdre inutilement
10 jours d’audience.
49 arrêts ont été rendus en 2012 au lieu de
65  en  2011, ce qui nécessitera un effort
supplémentaire en  2013 pour respecter les
délais initiaux d’audiencement sans qu’il soit
nécessaire de procéder à des prolongations de
détention.
Les Cours d’Assises de la Drôme et des Hautes
Alpes ont fonctionné dans d’excellentes
conditions et évacué un nombre important de
dossiers.
Avant de clore le chapitre non exhaustif de
l’activité pénale, je souhaite signaler la mise en
place accompagnée par les crédits de la
politique associative gérés par la Cour d’Appel,
de bureaux d’aide aux victimes (BAV) dans les
Tribunaux de Grande Instance de Vienne et de
Grenoble et bientôt, nous l’espérons, à Valence,
Gap et Bourgoin-Jallieu.
Ainsi l’objectif fixé par Madame La Garde des
Sceaux comme une priorité forte de politique
pénale, à savoir que chaque TGI soit doté d’une
structure de ce type, devrait être atteint au cours
du premier semestre.

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

9

Rentrée solennelle
Chaque Parquet a organisé à ma demande la
présence des représentants des Associations
d’aide aux victimes dans le cadre de toutes les
procédures rapides spécialement lors des
audiences de comparution immédiates et
requiert en outre de façon systématique leur
intervention immédiate aux côtés de toutes les
victimes de faits criminels ou de leurs proches,
afin que leur soit proposée une assistance
effective et rapide.
Je n’é voquerai que très brièvement enfin, la
nouvelle architecture des rapports entre la
Garde des Sceaux, les Procureurs Généraux et
les Procureurs de la République, qui représente
une évolution majeure pour le Ministère Public
et l’institution judiciaire.
Avant même que cette réforme ne soit
consacrée par un texte législatif à venir, depuis
son entrée en fonction, la Garde des Sceaux ne
donne plus aux Parquets que des directives
générales de politique pénale et a renoncé à
exercer son pouvoir de délivrer des instructions
dans les affaires individuelles, renforçant ainsi
la garantie d’impartialité du Ministère public.
Contrairement à la période des années 1997
à 2002 où cette doctrine était déjà en vigueur
mais était limitée au domaine pénal, la Ministre
de la Justice a décidé qu’elle devait être étendue
aux procédures civiles et commerciales.
Afin d’éviter un déficit d’information qui aurait
pu en résulter en ce qui concerne la situation
des entreprises susceptibles de faire l’objet de
procédures collectives ou de sauvegarde
soumises aux Tribunaux de commerce, les
Procureurs de la République qui sont très
investis dans le suivi des affaires commerciales
où l’ordre public est en cause, se sont vus
reconnaître en application d’un dispositif
interministériel récemment institué, de
nouvelles possibilités de recueil de l’information
auprès des commissaires au redressement
productif, ainsi qu’auprès des médiateurs du
crédit ou de la médiation inter-entreprises.
Ils peuvent aussi entrer en relations non plus
seulement avec les comités départementaux de
financement des entreprises (CODEFI) mais
également directement avec le Comité
Interministériel de Restructuration Industrielle
(CIRI) lorsque l’entreprise emploie plus de

Rationaliser le recours
au juge
par Gérard Meignié
n janvier dernier, j'aurais pu, comme de
coutume, clôturer l'année en formulant
des vœux chargés d'espoir pour la
période à venir.
J'aurais alors rappelé, en application du principe
de précaution, qu'il ne fallait pas céder trop vite
à la tentation du triomphalisme débridé.
Les événements de ce début de siècle
mouvementé, liés à une crise économique
majeure, nous habituent à cette sage prudence,
tant les difficultés auxquelles se trouve
confrontée notre Justice se sont accumulées.

E
10

400  salariés. Cette information enrichie et
obtenue plus en amont sans attendre la
cessation des paiements, est de nature à
permettre aux Parquets de formuler des
réquisitions plus éclairées et plus adaptées aux
cas d’espèces dans des affaires où le maintien
de l’activité économique et de l’emploi salarié
est en cause.
Le Ministère public ne peut par ailleurs
qu’approuver la disposition complémentaire
que la Chancellerie envisage d’introduire dans
un futur projet de Loi et qui prévoirait
l’information obligatoire du Parquet en cas de
déclenchement de la procédure amiable du
mandat ad hoc mise en oeuvre devant le
Président du Tribunal de commerce.
Avant de vous rendre la parole Monsieur le
Premier Président, je souhaite remercier
l’ensemble des personnalités civiles, militaires
et du monde judiciaire qui honorent notre
institution de leur présence fidèle à cette
Audience Solennelle et qui lui témoignent ainsi
leur considération.
Je leur présente, tant en mon nom personnel
qu’au nom des Magistrats du Ministère public
de cette Cour, mes vœux très chaleureux de
bonne année, de paix et de santé.
Je salue également la présence des Bâtonniers
de Grenoble, Valence, Vienne, Bourgoin-Jallieu
et Gap ainsi que les anciens Bâtonniers et
Avocats qui assistent à cette cérémonie.
Les Avocats portent le beau nom d’auxiliaire de
Justice, ce qui signifie que leurs concours est
indispensable à une bonne Justice.
Je forme le vœu que nos relations avec les
membres des Barreaux du ressort demeurent
toujours harmonieuses et fondées sur le respect
mutuel et l’intérêt commun d’une bonne
administration de la justice.
Je me réjouis aussi de voir dans cette assistance
les Présidentes et Présidents des compagnies de
notaires, huissiers de justice, experts judiciaires
et commissaires aux comptes ainsi que les
représentants des administrations pénitentiaire,
de la protection judiciaire et des Associations
œuvrant pour la prise en charge et la réinsertion
des personnes condamnées mineures et
majeures qui sont à divers titres des partenaires
privilégiés de l’institution judiciaire. (…)

Ces difficultés tiennent localement à nos
budgets contraints, dont l'enveloppe se rétrécit
comme une peau de chagrin et au
contingentement des effectifs du greffe qui sont
trop longtemps demeurés à un niveau
insuffisant, mettant les Chambres civiles de la
Cour d’Appel au bord de l'asphyxie ou du
découragement.
Le syndrome d'épuisement professionnel est
devenu un grand sujet d'actualité mais il n'est
pas une invention des temps modernes,
contrairement à ce que l'on pourrait penser :
« Trop d'occupations, une existence frénétique,
finissent par durcir le coeur et faire souffrir
l'esprit. »
Ainsi s'exprimait au XIIème siècle Saint-Bernard,
si vous me permettez cette digression ni laïque
ni républicaine, qui nous rappelle que l'histoire
est un éternel recommencement et nous invite,

Nous avons appris avec grand plaisir que Maître
Permettez-moi en guise de péroraison de faire
un vœu en forme de plaidoyer pro domo.
Deux Magistrats de mon Parquet général
Messieurs. Nahon, Avocat général et Meffre,
Substitut général, ont pris leur retraite au mois
de juin 2012 sans que leur remplacement soit
prévu.
Je suis heureux de pouvoir encore compter sur
leur concours ainsi que sur celui non moins
précieux de Monsieur Philippe, ancien
Procureur de la République à Grenoble, comme
Magistrats réservistes même si leur temps de
travail et leurs mission sont nécessairement plus
réduits.
Je souhaite en l’état le maintien du nombre
actuel des Magistrats du Parquet général mais
j’espère en revanche un renforcement des
effectifs de Magistrats placés avec la création
d’un poste supplémentaire de Substitut placé
que j’ai demandée.
Les Procureurs de la République et les
Magistrats des Parquets des Tribunaux de
Grande Instance doivent faire face à des tâches
qui sans cesse augmentent, notamment dans le
cadre du traitement en temps réel, du contrôle
de gardes à vue et de l’exécution et de
l’application des peines et je ne saurais leur
rendre suffisamment hommage pour leur
disponibilité 24 heures sur 24 dans le cadre des
permanences ainsi que pour la qualité du travail
accompli malgré les contraintes de l’urgence et
du volume des dossiers.
La mise à disposition de magistrats placés est
une forme d’aide précieuse pour les Parquets
que je ne peux cependant accorder que si le
nombre de postes qui me sont alloués est
suffisant et s’ils sont pourvus, ce qui n’est pas le
cas à l’heure actuelle.
Il serait temps de surcroît que le poste de ViceProcureur de la République à Valence vacant
depuis septembre dernier soit pourvu le plus
tôt possible afin d’alléger le fardeau des
Magistrats de ce Parquet que je veux remercier
publiquement pour les efforts déployés en cette
période critique.
Que la Justice puisse voir ses effectifs et ses
moyens progresser à la hauteur de ses missions,
c’est en définitive notre vœu à tous au seuil de
cette année.

habitués que nous sommes à tout évaluer à
l’aune de la productivité et de l’efficacité, à
engager une réflexion salutaire sur notre action
entreprise.
Même s'il n'est pas question de sombrer dans le
désespoir, loin s’en faut, il n'empêche que le
pessimisme n'est pas totalement absent.
S'il brouille notre vision de l'avenir, il traduit
néanmoins un sentiment d'inquiétude, un
climat de malaise palpable qui continue à
évoluer dangereusement.
Des sociologues du travail qui ont pris un recul
salutaire nous invitent à rechercher des résultats
sereins, durables et prospères, nés de
l’intelligence de la paix,
- à viser la coopération des talents,
- à nous situer au-dessus de la mêlée des petits
conflits,
- à trouver la solution bonne pour chacun,

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Rentrée solennelle

D.R.

Au centre, Gérard Meignié

- sans consensus mou, en relâchant les tensions,
-  à revivifier, en ce monde de haine et de
violence destructrice, la vertu de la
bienveillance,
- sachant qu'un palais de justice n'est pas un
champ de bataille où devraient s'affronter les
acteurs du monde judiciaire.
Nous ne sommes pas condamnés à nous
entendre ; l'expression est mauvaise ; elle est
inaudible.
Nous sommes faits pour nous entendre ; quoi
de plus naturel.
Je sais gré aux présidents des juridictions de
première instance, à tous mes collègues, à tous
les fonctionnaires et agents de la Cour d’Appel,
du SAR et des Tribunaux, et je n'oublie pas les
Barreaux, de s'être engagés dans la voie
raisonnable de la concorde, du dialogue, de
l'écoute.
Dialogue fondé sur la considération et le respect
mutuels, qui doit nous conduire chaque jour à
freiner nos ardeurs, à remettre en cause nos
préjugés,
- et dans un tel schéma, la défense de rupture
ne devrait pas avoir sa place dans nos prétoires.
Dialogue reposant sur la confiance, qui ne se
décrète pas mais se mérite.
Cet état d'esprit nous a conduits à développer
un code nouveau, celui des bons usages, puis à
imaginer ensemble des solutions de
rationalisation du travail, à la faveur des
nouveaux outils de dématérialisation qui nous
étaient offerts.
Je remercie les artistes de la communication
électronique en matière civile et de la

numérisation des procédures pénales de nous
faire profiter de leurs hautes compétences.
Admettons donc que le régime de minceur
auquel nous avons été astreints à au moins cet
avantage, celui de développer chez nous le sens
de l'entraide et de la solidarité.
Je demeure ainsi entièrement confiant dans
notre entreprise, inspirée par les bonnes
habitudes.
Notre entreprise, parlons-en, est loin d'être un
ouvrage vermoulu, et nos résultats, à l'état brut,
demeurent tout à fait favorables puisque :
- les chambres civiles ont rendu 6 060 arrêts
en 2012 pour 5 696 arrêts en 2011, soit une
progression de 6,39 % ;
- les chambres pénales ont rendu 2 621 arrêts
en  2012 pour 2  480 en  2011, soit une
progression de 5,68  %, la chambre de
l'instruction ayant à elle seule réalisé une
progression de 14,83 %, un record.
Et, au-delà des chiffres, il faut mettre en évidence
l’activité sans relâche des Cours d’assises,
méritant toute notre considération.
Je tiens à remercier chaleureusement Magistrats
et fonctionnaires pour l’important travail
effectué, accompli dans l’intérêt du justiciable,
premier servi.
C'est donc avec une détermination sans faille
que nous abordons le futur proche, éclairé par
un train de nominations important de
Magistrats intervenu en septembre dernier et
poursuivi ce jour,
comblant la partie essentielle des postes
disponibles et annonçant, je l'espère, un début
de décrue du phénomène de pénurie des

effectifs de greffe, cause de nombreux désordres,
l'administration centrale, que je remercie, ayant
sans aucun doute considéré qu'il était
indispensable de rétablir au plus vite les justes
équilibres.
Cet équilibre est d'autant plus nécessaire que
les Chambres civiles de la Cour doivent assurer
la mise en musique de nouveaux textes régissant
la procédure, en état de reconstruction
permanente.
En  2006, notre code de procédure civile
célébrait son bicentenaire.
À l'époque, les éminents spécialistes se penchant
sur l'état de santé de cette discipline réputée
obscure, n'avaient pas manqué de rappeler que
depuis 1975, notre code avait été complété et
modifié une quarantaine de fois, « situation
déstabilisante qui ensevelit sinon la procédure,
du moins ceux qui la pratiquent ».
Le phénomène observé ne semble pas connaître
de pause puisque le décret du 9 décembre 2009
n'était pas encore en application qu’un décret
du 28 décembre 2010 est venu le corriger pour
une mise en oeuvre au 1er janvier 2011, trois
jours plus tard …
Caducité de la déclaration d'appel, relevée
d'office par le Juge, pouvoirs nouveaux accordés
au conseiller de la mise en état, qui rend des
décisions ayant autorité de la chose jugée, sont
pour les Avocats autant de coups de tonnerre
dans le ciel judiciaire et les appellent à une
vigilance extrême sous peine de voir se profiler
des actions en responsabilité professionnelle
synonymes de sinistres au sens du droit des
assurances.

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

11

Rentrée solennelle
Bienvenue donc au club des initiés, de ceux qui
se posent les bonnes questions et se demandent
ainsi :
-  si la caducité de l'article  902 du code de
procédure civile en cas de non-respect par
l'appelant de l'obligation de signification dans
le mois de l'acte d'appel à l'intimé non constitué
peut être relevée d'office ;
- si la caducité prononcée d'office par le Juge
pour non-respect par l'appelant du délai de trois
mois supprime pour l'intimé le droit de former
appel incident ;
-  s'il y a lieu de suivre l'avis de la Cour de
cassation du 25 juin 2012 qui considère que
doivent être écartées les pièces, invoquées au
soutien des prétentions, qui ne sont pas
communiquées simultanément à la notification
des conclusions, ou s'il faut se préparer à entrer
en rébellion.
Ces questions essentielles, faisant déjà l'objet
d'articles de doctrine publiés dans nos livres de
chevet, nécessitent un travail de réflexion
approfondie des articles 901 à 916 du code de
procédure civile dans leur version
provisoirement définitive.
Je comprends volontiers que ce ne soit ni le lieu
ni l’heure de vous convier à une promenade de
santé sur les sentiers sinueux de la procédure
civile, qui sont des circuits minés.
Mais vous devez savoir que les débats chez nous
sont passionnés ; que chaque semaine, tous les
mercredis, entre 12 heures et 14 heures, nos
Magistrats de la mise en état se réunissent pour
débattre des cas les plus coriaces qui ne
touchent guère à la poésie.
Le bon Juge cherche à éclairer, à simplifier ce
qui peut l'être, à dessiner des lignes droites
tracées au cordeau comme un jardin à la
française.
Il le fait, aidé par la communication
électronique, installée à la Cour d'appel en
exécution de la convention signée avec les
barreaux locaux le 26 juin dernier.
La Cour d'appel, comme je l'ai rappelé en ce
grand jour, suit ainsi la voie de la modernité,
emprunte un chemin ascensionnel, entrant de
plain-pied dans le troisième millénaire.
Mais elle a simultanément souhaité que le
progrès technologique ne soit pas le despote
conquérant que l'on dit.
Le magistrat de la mise en état, homme ou
femme orchestre de la procédure, n'a pas cédé
à la tentation de tout gouverner derrière son
ordinateur et a maintenu, n'en déplaise aux
puristes, des audiences physiques.
Il importe en effet que la procédure ne soit pas
scellée par un clic destructeur, fruit d'une
technique dévorante qui pourrait nous conduire
au naufrage et engendrer des procès en
responsabilité civile, évoqués il y a un instant,
contre des plaideurs insuffisamment aguerris.
Il reste que la communication électronique ne
permettra jamais d'éliminer ceux qui abusent
de leur passion du procès, assiègent les
Tribunaux, cuirassés jusqu'aux dents.
Ces plaideurs infatigables, toujours trop
nombreux, alimentent les chambres, civiles et
pénales, vivent du conflit, s’y complaisent et
continuent à faire prospérer la chicane jusqu’ à
la Cour de cassation ;
- cette chicane, ce monstre odieux déjà dénoncé
en son temps par Boileau :

12

- « Sans cesse, feuilletant les lois et la coutume,
- Pour consumer autrui, le monstre se consume,
- Et dévorant maisons, palais et châteaux entiers
- Rend pour des monceaux d'or de vains tas de
papiers ».
Cela dit, il faut se rappeler que la mission du
Juge se présente dans un contexte de réduction
des moyens et la question peut être posée de
savoir si elle doit être déclinée dans un
environnement davantage déjudiciarisé.
Cette idée de déjudiciarisation, qui fait son
chemin depuis quelques années, voire quelques
décennies, conduirait à un recentrage de sa
mission sur ce qui constitue le coeur de sa
fonction, l'arbitre des conflits féroces.
Elle devrait se traduire par une réduction du
périmètre de son intervention, l'objectif
demeurant de « débarrasser le juge de tout ce
qui pourrait être délégué à un tiers
substituable », comme le souligne la doctrine
qui, au risque de heurter les barreaux, évoque
de manière récurrente le domaine aussi sensible
que celui du divorce par consentement mutuel,
tout en reconnaissant que le risque serait aussi
grand de voir se développer un contentieux post
divorce, né de différends qui n'auraient pas été
réglés au bon moment.
Le « il faut un juge pour tout » qui a pour effet
de banaliser son intervention, la rendant moins
crédible, devrait être mis à l'écart des politiques
publiques.
Ce qui importe, c'est de rationaliser le recours
au Juge, tout en assurant son rôle protecteur de
liberté, de garantir l'utilité, l'efficience de son
intervention et de préserver la qualité du service
rendu tout en satisfaisant aux exigences du
procès équitable.
Procès équitable qui pourrait s'inscrire - c'est
semble-t-il le chantier de la nouvelle
législature - dans un cadre nouveau, celui du
tribunal de première instance, résultant de la
fusion opérée entre Tribunal de Grande
Instance et Tribunal d'Instance.
Un Tribunal nouveau destiné à assurer une
meilleure visibilité de l'organisation judiciaire,
à faciliter l'accès du justiciable au juge par un
point d'entrée unique et à optimiser les moyens.
Un Tribunal qui pourrait aussi rassembler en
un seul et même mouvement les Tribunaux de
commerce et les conseils des prud'hommes.
Mais là, le sujet est particulièrement sensible et
ne peut être évoqué lors d'une Audience
Solennelle de rentrée qu’avec toutes les
précautions d'usage, les mêmes si l'on venait à
imaginer l'intégration des juridictions
administratives dans un système juridictionnel
unique et rénové.
L'on aurait alors réglé les tourments qu'a connus
Orante qui, racontait La Bruyère, « plaide depuis
10 ans entiers en règlement de juge - il s'agissait
d'une question de compétence - pour une affaire
juste, capitale et où il en va de toute sa fortune ;
elle saura peut-être, dans cinq années, quels
seront ses Juges et dans quel tribunal elle doit
plaider le reste de sa vie ».
Le législateur, dans sa grande sagesse, tente de
mettre de l'ordre dans la maison justice.
Ainsi, la loi du 5 juillet 2011 a-t-elle posé le
principe d'un bloc de compétence en matière
d'hospitalisation psychiatrique forcée.

Le juge judiciaire, depuis le 1er janvier 2013,
exerce un contrôle tant sur la régularité formelle
de la décision administrative que sur la nécessité
au fond de la privation de liberté.
Nous sommes donc désormais investis par
l'article L 3216-1 du code de la santé publique
du contentieux de la légalité des décisions
administratives prises en la matière.
Il nous fallait encore régler le problème de notre
compétence personnelle.
Je tiens à cet égard à remercier Monsieur
Desramé, Président du Tribunal administratif
de Grenoble qui a spontanément accepté
d'organiser une session de formation sur le sujet.
Il reste que la justice demeure bien complexe,
voire labyrinthique.
Assurément, elle mériterait d'être simplifiée,
comme sans doute aussi son langage.
Le Juge conserve à l'esprit le souhait d'être
compris et n'ignore pas que la Justice qu’il rend
demeure critiquée par son caractère présenté
comme inaccessible en raison de son langage
ésotérique.
Ce langage juridique, lapidaire, doit être limpide,
explicatif et cohérent, c'est-à-dire qu'il doit
toujours nommer la même chose par le même
mot.
Des commissions de terminologie ont été
créées dans les Ministères ; le nôtre y a travaillé
en 2009, nous indique le professeur Terré qui
souligne la nécessité de rendre le droit plus
accessible au commun des mortels.
Mais, poursuit-il, on n'a pas osé supprimer la
rescision pour lésion, le contrat commutatif.
On n'a pas osé s'attaquer au contrat
synallagmatique, et le « forum shopping » n'est
pas appelé à devenir la course au tribunal...
On a même évoqué une nouvelle ordonnance
de Villers-Cotterêts pour le XXIème siècle.
Sur le sujet, la Cour de cassation participe
activement au travail de défense du français
puisque dans un arrêt du 27 octobre 2012, la
Chambre commerciale a approuvé une Cour
d'appel d'avoir écarté des débats comme
élément de preuve des documents rédigés en
anglais et non traduits qu'entendaient imposer
des parties.
Notre Chambre sociale s’est inscrite dans ce
mouvement en condamnant une Société
Française qui avait privilégié l'anglais, à mettre
à disposition de ses salariés des logiciels et
documents édités en langue française et à retirer
le logiciel de traduction qui avait été installé.
Quant au latin, venons-y, Monsieur le Procureur
général, vous le spécialiste de cette discipline
nécessaire à la bonne compréhension de notre
belle langue, vous pouvez vivre rassuré :
- les bons Juges de céans ne sont pas prêts à
abandonner l'intuitus personae, l'obligation in
solidum, la saisine in rem.
Je maintiendrai pour la bonne cause le « casus
belli », justifiant la décision sans appel de réduire
au silence l'Avocat ou l'orateur trop bavard ...
Le consensus doit être recherché à tout prix et
il me faut rectifier le tir et me taire in fine, car
l'heure des réjouissances approche, celle des
libations communes, mais en rappelant que la
sobriété, lato et stricto sensu, demeure la seule
parure du Juge du siège.
À toutes et à tous, je présente tous mes vœux
d'excellente année 2013.

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

2013-071

Vie du droit

Haut Conseil des Professions du Droit
Paris - 16 novembre 2012

Le Haut Conseil des Professions du Droit a organisé le 16 novembre dernier à la Maison de la Chimie un colloque sur le
thème « les professionnels du droit : complémentarités et spécificités ».
Didier Le Prado a été reconduit dans ses fonctions de Président pour une période de deux ans en décembre 2012.
Cette association, créée en décembre 2010, est un organe de dialogue, de concertation et de mise en commun entre les
différentes professions.
Ce colloque, parrainé par la Garde des Sceaux, a été ouvert par son Directeur de Cabinet, Christian Vigouroux, lequel s’est
félicité des différentes actions entreprises par le Haut Conseil des professions du Droit.
Ce colloque était divisé en deux tables rondes, la première consacrée à l’accès aux professions du Droit, présidée par le
Professeur Didier Truchet, Président du Conseil National du Droit, et la seconde consacrée à la sécurité juridique, présidée
par le Professeur Denis Mazeaud, Président de l’Association Capitant.
Outre les représentants des différentes professions membres de l’Association (Avocats aux Conseils, Notaires, Huissiers de
Justice, Administrateurs judiciaires, Greffiers des Tribunaux de commerce, Commissaires-priseurs), étaient présents à ce
colloque les représentants de la profession d’Avocat auprès des Cours et Tribunaux : le Bâtonnier Leca représentant le Président
du Conseil National des Barreaux, le Bâtonnier Ducasse, Vice-Président de la Conférence des Bâtonniers, représentant son
Président et Membre d’une table ronde, et Maître Kami Haeri, Membre du Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris et du
Conseil National du Droit, et participant à une table ronde. Nous publions ci-dessous les discours de Didier Le Prado et
Christian Vigouroux.
Jean-René Tancrède

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Didier Le Prado

La complémentarité
des professions du droit
par Didier Le Prado
e suis très heureux d’ouvrir ce colloque
organisé par le Haut Conseil des professions
du Droit consacré au thème «  les
professionnels du droit, complémentarités
et spécificités ».
Monsieur le Directeur du Cabinet, je vous prie
de bien vouloir transmettre à Madame la Garde
des Sceaux tous mes remerciements pour nous
avoir accordé son parrainage, et je vous remercie
personnellement d’avoir accepté d’introduire
notre colloque.

J

Remerciements d’autant plus sincères que vous
aviez déjà bien voulu, il y a un an environ,
présider dans la Grand’Chambre de la Cour de
cassation une table ronde lors d’un précédent
colloque du Haut Conseil des professions du
droit consacré à la déontologie de nos
différentes professions : vous nous aviez éclairés
sur la question des conflits d’intérêt.
Colloque dont le recteur Bernard Beignier, que
je salue, nous avait présenté une brillante
synthèse.
Le Haut Conseil des Professions du Droit a été
créé il y a deux ans ; il se veut un lieu de dialogue,
de concertation et de mise et commun entre
toutes nos professions.
Chacune de nos professions présente ses
particularités, ses spécificités.
Mais elles sont complémentaires.
Professions complémentaires qui sont toutes
au service des usagers du droit ; la commission
Darrois dans son rapport regrettait cependant
une insuffisance de coopération entre nos
différentes professions.
C’est ce qui a suscité la création du haut conseil.
Plusieurs groupes de travail sont actuellement
en place au sein de notre conseil.
-  Un groupe chargé de recenser les efforts
accomplis par chacune de nos professions en
matière de démarche de qualité, c'est-à-dire de
réfléchir à la façon dont les professionnels du
droit sont attachés à répondre aux attentes de
leurs partenaires, usagers du droit, justiciables
ou juridiction.
Cette réflexion pourrait s’accompagner de la
conclusion de chartes de coopération entre
plusieurs de nos professions, telle la charte
organique de coopération qui a été conclue le

17  juin  2010 entre le Conseil National des
Barreaux et l’Ordre des Avocats aux Conseils.
-  Un groupe de travail consacré à la
dématérialisation, recensant lui aussi les
avancées de chacune de nos professions sur
cette question essentielle, et réfléchissant aux
problèmes transversaux auxquels nous sommes
tous confrontés.
-  Un groupe de travail réfléchissant au
financement de l’aide juridictionnelle, qui
devrait, j’espère, pouvoir publier un rapport qui
sera remis au Garde des Sceaux.
Et au-delà de ces différents chantiers, l’essentiel,
je pense, est que le Haut Conseil des professions
du Droit constitue un lieu de dialogue et de
rencontre, un lieu permettant à nos professions
d’apporter des réponses dépassant les clivages
et intérêts particuliers aux questions
importantes auxquelles sont aujourd’hui
confrontés tant les professionnels que les
usagers du droit.
Je me réjouis de la présence à notre colloque,
des Présidents ou Représentants des professions
qui ont été à l’origine de cette association  :
Notaires, Avocats aux Conseils, Huissiers de
Justice, anciens Avoués, Mandataires et
Administrateurs judicaires, Greffiers auprès des
Tribunaux de commerce, Commissairespriseurs.
Mais je me réjouis également aujourd’hui de la
présence parmi nous de mes confrères Avocats
à la Cour d’appel : le Bâtonnier Jean-François
Leca qui représente le Bâtonnier Christian
Charrière-Bournazel, Président du Conseil
National des Barreaux, le Bâtonnier Manuel
Ducasse, Vice-Président de la conférence des
Bâtonniers, qui représente son Président JeanLuc Forget, mon confrère Kami Haeri , membre

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

13

Vie du droit
du Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris et du
Conseil National du Droit, et bien d’autres
confrères, parmi lesquels, bien sûr, nos confères
anciens Avoués devenus Avocats.
Ce colloque est destiné aux professionnels et
futurs professionnels.
J’espère que ces quelques heures passées
ensemble permettront à ces derniers de mieux
connaitre nos différentes professions.
Les professionnels du droit sont au service des
usagers du droit, particuliers et entreprises, en
quête de sécurité juridique.
Et pour remplir leur mission, ils doivent être
formés, et bien formés.
Tels seront les thèmes des deux tables rondes.
La première est consacrée à l’accès aux
professions du droit, et elle sera présidée par le
Professeur Didier Truchet, Président du Conseil
National du Droit, établissement public créé

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Christian Vigouroux

Sécurité juridique
par Christian Vigouroux
'est avec un grand plaisir que je reviens
devant le Haut Conseil des
Professions du Droit. L'an dernier,
vous m'aviez en effet invité à évoquer
un thème qui m'est cher, celui de la déontologie.
Aujourd'hui, je suis heureux d'ouvrir vos travaux
consacrés à un sujet qui est évidemment au
coeur des réflexions de la chancellerie  :
« Professions du droit : complémentarités et
spécificités ».
Vous le savez, la pluralité des professions du
Droit est le produit de l'histoire de notre pays
qui a voulu qu'à des activités distinctes
correspondent des professions séparées. Variété
des attributions, différences des statuts, diversité
des parcours professionnels : la France est, plus
que d'autres Etats, caractérisée par sa mosaïque
de professions juridiques. Dénoncée par
certains comme un handicap, revendiquée par

C

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en 2008 chargé d’une mission de réflexion et de
proposition sur les liens entre l’Université et les
professionnels du droit au sens le plus large.
Je remercie le professeur Didier Truchet du
temps qu’il a accepté de nous consacrer.
Cette première table ronde se déroulera en deux
temps.
Une première partie sera intitulée : vers une
formation unique qui permettra de nous
interroger sur la possibilité et l’utilité d’un tronc
commun de formation.
La seconde partie sera intitulée renforcement
des liens entre formations : si une formation
unique est difficile à mettre en place en raison
des spécificités de chacune de nos professions,
nous verrons comment des liens entre les
différentes formations existantes (modules
communs, échanges de stages…) peuvent
permettre de mieux préparer les futurs

professionnel
à
une
indispensable
complémentarité dans leur exercice.
La seconde table ronde sera présidée par le
Professeur Denis Mazeaud, Président de
l’Association Capitant, que je remercie
également du temps qu’il nous consacre.
Cette deuxième table ronde nous permettra de
réfléchir à la façon dont les professions du droit
participent à la sécurité juridique.
Une première partie sera intitulée le
professionnel, garant de la sécurité juridique, et
une seconde partie le devoir de conseil, sanction
de la sécurité juridique.
Nous verrons comment les professions,
chacune à sa place, participent à la recherche
de cette sécurité juridique attendue par les
usagers. (…)

d'autres comme un atout, cette multiplicité n'a,
en tout état de cause, jamais empêché
l'ensemble des professions d'évoluer.
Mon propos consistera aujourd'hui à évoquer
certains points de convergence entre les
professions. Parmi d'autres, j'en ai retenu deux
qui me paraissent essentiels.
Les professions du droit se rejoignent, en
premier lieu, dans leur formation juridique
commune. Elles se retrouvent, en second lieu,
dans leur volonté partagée de servir le droit et
de contribuer à la sécurité juridique de nos
concitoyens.

remarquer qu'elles prévoient, très souvent, pour
ceux-ci, l'obligation d'accomplir des stages dans
une autre profession que celle à laquelle ils
souhaitent accéder.
La formation des professionnels du droit
demeure une question centrale pour la
chancellerie, en lien, bien sûr, avec le Ministère
chargé de l'enseignement supérieur.
On la retrouve en outre dans les travaux du
Conseil National du Droit depuis sa création
par le décret du 29 avril 2008. Cet organisme
consultatif, placé auprès de Madame la Garde
des Sceaux, Ministre de la Justice et de Madame
la Ministre de l'enseignement supérieur et de la
recherche, a d'ailleurs déjà établi en avril 2009
un rapport sur l'accès aux professions du droit.
Au socle partagé que j'évoquais, celui qui résulte
du passage par l'université, on peut ajouter
d'autres traits qui rapprochent les différentes
professions juridiques en matière de formation.
J'en mentionnerai trois.
Ainsi, et en premier lieu, désormais la formation
professionnelle continue, autrefois imposée aux
seuls Avocats, est désormais une exigence
généralisée. Les Huissiers de justice, les Notaires,
les Greffiers des Tribunaux de commerce, les
Commissairespriseurs judiciaires et les Avocats
aux Conseils y sont identiquement soumis
depuis le 1er janvier 2012.
Les formations retenues au titre de la formation
continue doivent faire l'objet d’une habilitation
préalable des organismes professionnels
nationaux et l'on peut parfaitement imaginer
que des formations continues associant les
diverses professions du droit soient organisées
pour favoriser les échanges entre professionnels.
De tels échanges seraient certainement efficaces
pour donner encore davantage aux
professionnels les moyens d'actualiser leurs
connaissances et d'assurer un haut niveau de
qualification et de compétence, en vue de
renforcer la qualité de leurs prestations.
En deuxième lieu, les professions juridiques ont
le souci constant d'adapter leur formation
initiale. Là encore les exemples ne manquent
pas pour vos différentes professions.

Malgré les différences et parfois même les
rivalités qui peuvent exister entre les professions
du droit en France, c'est en effet d'abord la
formation de « juriste » qui fonde la compétence
et l'efficacité de leurs membres. Elle tempère aussi
cette diversité parfois trop rapidement dénoncée.
Ce socle commun de formation, assuré au
premier chef au sein des universités, apporte à
tous les futurs professionnels les connaissances
indispensables aux différentes fonctions
auxquelles ils se destinent. C'est au sein des
facultés de Droit que les matières fondamentales
sont enseignées et définitivement acquises. C'est
également là que les futurs professionnels ont
la possibilité de découvrir les différents métiers
du Droit.
A cet égard, on peut affirmer qu'il existe en
France une communauté de juristes, du fait
même de l'existence de ce tronc commun
d'apprentissage au sein des universités. Les
nouvelles filières qui se développent aujourd'hui
n'affectent pas le rôle éminent, constant et riche
des facultés de droit.
Bien sûr, et depuis longtemps, les différentes
professions ne s'en remettent pas exclusivement
à l'université de droit pour former leurs
membres. Les écoles professionnelles prennent
le relais de l'université. Elles se concentrent
essentiellement sur les aspects pratiques et
déontologiques propres à chacune des
professions. Pourtant, loin d'isoler les futurs
professionnels des uns des autres, on doit

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Vie du droit
Ainsi, s'agissant des Notaires, Madame la
Ministre a confirmé lors du congrès de
Montpellier que serait modifié le décret du
5  juillet  1973 relatif à la formation
professionnelle dans le notariat, avec l'objectif
de redynamiser les conditions et modalités
d'accès à la profession de Notaire par la voie dite
professionnelle. Nous continuons de travailler
au bon achèvement de ce projet dont le Conseil
d'Etat sera saisi dès que les ultimes consultations
internes à l'administration seront achevées.
En ce qui concerne les Avocats, une réflexion
a été engagée au sein du Conseil National des
Barreaux, laquelle a déjà abouti à des
propositions de réforme dont la Chancellerie
est saisie. L'une d'elles a fait naître, vous le savez,
quelques inquiétudes  : je veux parler de la
suppression souhaitée de la dispense d'examen
d'accès aux CRFPA dont bénéficient les
docteurs en droit. Madame la Garde des
Sceaux, consciente de l'inquiétude suscitée par
ce projet, a pris position en faveur du maintien
de la dispense. Elle a cependant annoncé, lors
de sa très récente intervention devant le
Syndicat des Avocats de France, la création d'un
groupe de travail avec la profession d'Avocat sur
le sujet de la formation.
Dans le domaine des ventes de meubles aux
enchères publiques également, la loi du
20 juillet 2011 nous conduit à réformer le régime
de la formation des personnes habilitées à
diriger les ventes volontaires. Un décret
d'application est actuellement en cours
d'élaboration. La réforme sera globale et
construira une formation « intégrée » commune
aux différents acteurs des ventes que sont les
Commissairespriseurs judiciaires, les Courtiers
de marchandises assermentés, les Notaires et
les Huissiers de justice.
Enfin, dernier aspect de convergence que je
voudrais souligner : il s'agit des « passerelles »
entre les différentes professions juridiques. Ce
sont en effet ces nombreuses passerelles,
organisées par les textes régissant chacune de
vos professions, qui contribuent à favoriser la
mobilité des professionnels et à créer des liens
entre les professions pour éviter de figer les
carrières du droit.
Seconde partie de mon propos : je voudrais
souligner une évidence qui mérite néanmoins
d'être constamment rappelée. Audelà de la
formation initiale partagée, et des très
nombreuses relations qu'elles entretiennent
entre elles, ce qui unit profondément les
professions juridiques, et qui constitue leur
richesse commune, c'est l'attachement au droit.
Les professionnels du Droit ne sont, en effet,
pas de simples fournisseurs de prestations. Le
service qu'ils offrent, en rétablissant entre leurs
clients et le droit la confiance nécessaire,
contribue à garantir la sécurité juridique et à
assurer en conséquence la paix civile.
La sécurité juridique est ainsi au coeur du métier
de l'Huissier de justice. Lors de la phase
judiciaire, c'est ainsi à l'Huissier de justice que
revient la mission de sécuriser les actes de
procédure. Il incombe également à ce
professionnel de garantir l'exécution effective
des titres exécutoires et notamment celle des
décisions de justice. Que serait, en effet, une
décision judiciaire qui ne pourrait être
exécutée ? La fonction d'Huissier de Justice est
cardinale pour nos concitoyens.

L'authenticité: chacun sait ici combien l'acte
authentique est incontestablement un acte
conçu et destiné à assurer la sécurité juridique
des transactions. La confiance inspirée par ses
rédacteurs, les Notaires, en leur qualité
d'Officiers publics et ministériels, leur donne
cette grande force. Comme l'a rappelé Madame
la Ministre à Montpellier, le Notaire, dont la
mission essentielle est précisément de recevoir
les actes et contrats auxquels les parties doivent
ou veulent donner le caractère authentique, est
garant de la sécurité juridique et de la confiance
publique. Il contribue à créer des relations
contractuelles stables et dénuées de contestation
tant entre les parties qu'à l'égard de l'Etat ou des
collectivités publiques car il n'est pas un simple
rédacteur ou authentificateur d'acte.
La sécurité juridique est aussi au centre des
missions du Greffier de Tribunal de commerce.
Les Greffiers des Tribunaux de commerce sont
au coeur de la procédure commerciale. lis
assistent chaque jour les Juges Consulaires avec
dévouement et efficacité. lis sont aussi les
interlocuteurs privilégiés des entreprises
puisqu'ils les accompagnent tout au long de leur
vie, depuis leur création jusqu'à leur disparition.
Ce qui fait la caractéristique de l'action des
Greffiers est la garantie de sécurité juridique
qu'ils confèrent grâce à leur statut d'Officiers
publics et ministériels.
Les Avocats aux Conseils : si pour les Avocats
l'activité n'a plus pour centre de gravité le palais,
celle des Avocats aux Conseils est centrée sur
ce « sur-mesure » si particulier de la technique
de cassation. Saisis des affaires de principe, ils
apportent par leur pratique de ce contentieux
si spécifique et leur déontologie une garantie
éminente de qualité à nos concitoyens dans des
procédures d'exception.
Inutile d'insister davantage devant vous: la
diversité des professions du Droit permet aux
usagers de bénéficier de la compétence et de
l'excellence de professionnels spécialisés. Elle
offre aussi des garanties aux citoyens en termes
d'accessibilité et de prévisibilité de la règle de
droit.
Au fond, mon sentiment est que l'ensemble des
professions juridiques doivent surtout être
rassemblées face aux défis du présent et de
l'avenir. Le paysage du droit a, en effet,
profondément changé en une quinzaine
d'années.
Autrefois, chaque profession bénéficiait sans
doute d'un domaine de compétences délimité
et identifié. Les périmètres ont varié, ils ont été
discutés mais, en somme, chacun savait qui
faisait quoi. Désormais, les frontières sont moins
nettes. Moins au motif d'une « concurrence »
des professions entre elles qu'en raison d'une
évolution du droit lui même : plus complexe,
plus sophistiqué, plus évolutif, pénétré des
normes internationales, devant appréhender
une réalité ellemême plus mouvante.
Les prestations juridiques, et les demandes de
nos concitoyens, ont ainsi changé. Deux
mouvements profonds et qui concernent
l'ensemble des professions se sont accentués :
d'un côté, certaines prestations juridiques se
sont banalisées, au point que des professions
non juridiques entendent les fournir; de l'autre,
des questions sont au contraire devenues
extrêmement délicates et complexes, et
appellent l'intervention de professionnels de
plus en plus spécialisés.

Dans ce contexte, les professions juridiques
doivent, me semble t-il, à la fois se diversifier et
« monter en gamme » dans la nature et la qualité
des services qu'elles rendent au public.
C'est un enjeu essentiel pour la sécurité
juridique et les garanties apportées à nos
concitoyens. C'est aussi un enjeu déterminant
de compétitivité pour les professions juridiques
comme pour le droit français.
Il faut que nos concitoyens, qui ne sont pas
toujours informés, puissent toujours distinguer
parmi les services juridiques qui leur sont
proposés, ceux qui sont de qualité. A cet égard,
la chancellerie et le Gouvernement, en suscitant
et en accompagnant les projets de vos
professions, peuvent montrer au public, aux
justiciables, qu'ils peuvent tout particulièrement
se fier à vous pour les assister dans leurs
interrogations ou leurs démarches juridiques.
Soyez assurés, Mesdames et Messieurs, de
l'écoute et de l'intérêt de Madame la Garde des
Sceaux pour ces sujets. Elle a déjà eu l'occasion,
depuis sa prise de fonctions, d'indiquer combien
étaient importants pour elle les contacts et la
concertation avec l'ensemble des professions
juridiques. C'est l'un des axes directeurs de son
action.
Je suis certain que le Haut Conseil des
professions du Droit saura contribuer à cette
action. Je sais que vos échanges d'aujourd'hui
seront fructueux et que les deux tables rondes
vous permettront d'évoquer, de préciser ou, qui
sait, de discuter, les quelques éléments que je
voulais vous livrer dans ce propos introductif.
De nouveau je vous exprime ma gratitude pour
cette invitation, et je vous souhaite d'excellents
travaux.

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

2013-072

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Vœux

Vœux du Ministre de la Culture
et de la Communication à la Presse
Paris - 24 janvier 2013

Photos © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Aurélie
Filippetti

Réinventer
la politique culturelle
par Aurélie Filippetti

près huit mois d’activité comme
ministre de la Culture et de la
Communication, l’heure n’est
évidemment pas au bilan  -  cela
n’aurait guère de sens ! Mais ces premiers mois
passés au Ministère, dans une période de crise,
dans une période de changement aussi, ont
permis en tout cas de jeter les bases d’un
nouveau pacte de politique culturelle.
J’ai consacré mes efforts à rétablir la cohérence
entre les projets du ministère et les moyens dont
il pourra disposer aujourd’hui et demain, à
préserver aussi les dispositifs d’aide à la création
en France et en Europe bien sûr. J’ai ouvert la
concertation avec les acteurs du monde de la
culture et de la communication pour défricher
avec eux de nouvelles pistes. Tout ceci pour
définir une nouvelle politique culturelle.

A

D'abord, qu’avons-nous engagé au cours de ces
huit premiers mois ?
D’abord vous le savez, j'ai effectué un certain
nombre de choix budgétaires, et je les assume !,
dans un moment que nous savons difficile, mais
nécessaire, de redressement des comptes de

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l’État. C'était inédit pour le Ministère de la
Culture et de la Communication. Ces choix ne
découlent pas seulement de la nécessité, mais
aussi de convictions. Des choix positifs, donc,
en faveur de l’éducation, de la formation, de la
diffusion de l’art et de la culture sur tous les
territoires. Mes priorités sont clairement
affirmées et je les respecterai.
J’ai ensuite, avec le Gouvernement, affirmé la
volonté de préserver les outils de la politique
culturelle qui ont fait leur preuve. Par exemple
en confortant les principes de notre système de
soutien au cinéma. Mais aussi en confortant
notre attachement à la loi du 1er  août 2003
relative au mécénat, loi dont nous fêtons
d'ailleurs cette année le 10ème anniversaire.
J’ai par ailleurs posé les règles d’un nouveau
dialogue. Avec les collectivités locales, qui sont
les partenaires essentiels et indispensables d’une
politique culturelle cohérente. Pour moi, il n'y
pas de concurrence ou de rivalité entre l'action
de l’État et celle des collectivités locales mais
bien complémentarité et confiance dans un
domaine, la politique culturelle, où nous avons
besoin de toutes les énergies. J'ai aussi posé les
bases, et c'était au combien nécessaire, d'un
nouveau dialogue avec les partenaires sociaux
du Ministère et plus largement du secteur
culturel et du secteur de la communication.
Enfin, j’ai souhaité réorienter fermement le
travail du Ministère.
Pour consolider et moderniser la chaîne du livre
à l'ère du numérique.
Pour penser l'exception culturelle dans un « acte
2 » innovant et pleinement inscrit dans le XXIème
siècle.
Pour défendre les positions françaises au niveau
européen - où je m'emploie à constituer, avec
nos partenaires, et encore cette semaine en
Allemagne, des groupes solides et inventifs,
attachés à une Europe qui s'exprimerait, qui
donnerait enfin de la voix au-delà de la seule
notion de marché.
Le travail a été engagé aussi pour mettre un
accent nouveau sur les filières de formation - la
concertation sur les écoles d’architecture est à
mi-parcours, pour préparer le projet national
d’éducation artistique et culturelle.
Enfin, pour adapter nos outils de préservation
et de valorisation du patrimoine, j'ai demandé
aux professionnels de préparer un livre blanc
sur l’archéologie préventive.
J'ai donc voulu redonner à la politique culturelle
sa vocation première, qui est celle d’être l’un
des biens les plus partagés par nos concitoyens.
Je veux redonner de l’oxygène à la culture.

La culture est en effet pour la France
évidemment un atout formidable, un ferment
de citoyenneté. C'est peut-être d'ailleurs sa plus
grande force, son lien avec notre histoire et un
espoir pour l’avenir. Elle génère bien sûr aussi
de la croissance économique et de l'emploi mais
surtout la culture, dans cette période de crise,
est ce qui donne finalement l'espérance et la
perspective à la jeunesse.
Alors de quoi va-t-il s'agir dans ce nouveau
pacte ?
1. D’abord, justement, de redéfinir les objectifs
de la politique culturelle pour qu'elle soit un
pacte de citoyenneté.
La politique culturelle a été finalement, au fil
des années, progressivement identifiée à la
réalisation de grands équipements et on sait
que certains ont eu tendance à réduire les
politiques culturelles passées aux grands
monuments laissés par les grands Présidents.
Aujourd'hui, ces grands équipements résistent,
et donc il faut assurer, après leur édification, leur
activité. Mais surtout cette politique de grands
équipements a fini par faire que le remplissage
maximum devenait la seule grille de lecture de
la réussite ou de l'échec d'une politique
culturelle, comme si finalement l'appréciation
quantitative était la seule justification de leur
existence. La logique d’offre a été poussée jusqu’à
l’excès. D’abord évidemment indispensable, à
un moment où la France manquait
d'équipements et de structures, cette politique
est finalement devenue inadaptée, et même je
dirais obsolète, décalée, à l'heure où
l'augmentation continue de la dépense publique
a mis nos finances en danger, mais surtout à
grévé les possibilités d'actions des générations
futures.
Je veux sortir de cette logique.
Je veux un ministère sobre mais efficace, un
ministère au service des gens, des politiques
culturelles ou qu'elles se passent dans tous les
territoires et quel que soit ceux qui les mènent,
par exemple notamment les collectivités locales.
Je mènerai mon action au profit des gens, là où
ils se trouvent.
C’est évidemment pourquoi je suis très attachée
à l'éducation artistique et culturelle. Parce que
c'est évidemment une exigence démocratique,
parce qu'il n'est pas supportable que certains
jeunes, dans les quartiers où ils vivent, puissent
croire, qu'on puisse leur laisser croire, que la
culture n'est pas pour eux. Cet enjeu nous
mobilisera tous, au Ministère de l’Éducation
Nationale, comme au ministère des Sports, de

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Vœux
la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie
associative, au Ministère de l'Enseignement
Supérieur et de la Recherche ou encore au
ministère de l'Agriculture.
La concertation que Marie Desplechin a bien
voulu animer se termine. Nous allons préparer,
sur la base de ses travaux, un cahier des charges
qui va permettre à tous les acteurs locaux de
s'inscrire dans ces projets. Nous le présenterons,
avec Vincent Peillon, au mois de février,
puisqu'une réunion entre les DRAC et les
recteurs sera organisée au Centre National de
la Danse de Pantin. Pour mettre en lumière ce
qui répond à nos objectifs et ce qui existe déjà,
j'ai engagé un « tour de France de l'éducation
artistique et culturelle  »  : en une vingtaine
d’étapes qui s’é chelonneront d’ici la fin du
printemps, je veux valoriser mais aussi expliquer
ce que nous voulons proposer aux enfants et
aux jeunes, et initier ce processus de
généralisation qui est l'objectif rappelé par le
Président de la République.
Ce gouvernement ne promet donc pas de
construire une nouvelle pyramide du Louvre,
mais une petite pyramide dans l’esprit de chaque
enfant !
C’est cette même ambition citoyenne qui me
conduit aussi à réfléchir avec le service public
de l’audiovisuel et France Télévisions à une
révision de son contrat d'objectifs et de moyens.
Les contraintes budgétaires existent
évidemment mais elles ne doivent pas nous
conduire à réduire notre exigence.
Parce que la télévision est l'une des pratiques,
si ce n'est la pratique culturelle les plus
populaires. La vocation du service public est de
contribuer à la création, d'informer, de favoriser
le renforcement des liens sociaux sur tous les
territoires, de participer à l'éducation à l'image,
et de s’adresser aux plus jeunes. Il y a des
objectifs sur lesquels nous ne devons pas
transiger. Ce qui veut dire aussi, bien sûr, faire
des choix, parce que nul ne peut
raisonnablement prétendre tout faire.
Poser les objectifs est essentiel pour définir les
priorités d’une action, mais nous devons aussi
nous interroger sur l'efficacité de nos moyens
d'action.
Le nouveau pacte que je propose est rendu
nécessaire parce que les outils qui existent en
matière de la politique culturelle doivent être
aujourd'hui réarmés : c'est un enjeu majeur.
Je crois profondément en l’efficacité et en la
modernité de la régulation. C’est un choix de
société fort. Un univers sans règles est toujours,
partout, en tout temps, celui des plus forts, celui
qui se détourne et qui marginalise les plus
fragiles. Aujourd'hui cela suppose évidemment
une adaptation de ces outils qui existaient au
monde d’aujourd’hui, et ceci dans les trois
grands blocs de compétence du Ministère de
la Culture et de la Communication  -  le
patrimoine, la création et les industries
culturelles. Nous avons devant nous un travail
très important de refondation à accomplir dans
ces trois champs.
Je ne vais pas vous en donner un détail trop long,
mais vous indiquer simplement les grands
chantiers que nous avons devant nous.
D'abord sur le patrimoine, cette matière
essentielle. Pourquoi c'est une matière
essentielle ? Parce que c'est une matière là aussi
populaire, qui nécessite une modernisation et
une remise en cohérence des dispositifs

législatifs : nous avons fêté le cinquantenaire de
la loi Malraux sur le patrimoine, une grande loi
qui a permis de préserver nos bâtiments, notre
domaine, nos centres urbains mais aussi nos
villages. Aujourd'hui ces outils nécessitent une
adaptation et donc je présenterai une grande
loi sur le patrimoine en 2013.
Dans le secteur de la création, ensuite, il s’agit
pour moi de poser et de résoudre un certain
nombre de questions qui ont été trop longtemps
négligées, quand elles n'ont pas été « mises sous
le tapis » volontairement. La loi d'orientation
sur la création, comme s’y était engagé le
candidat François Hollande, sera préparée sur
la base de la concertation qui vient d’être
engagée avec les acteurs du secteur culturel. Elle
abordera les aspects économiques de la création
(et notamment les conditions de production et
la question sensible du nombre de
représentations), l’équité territoriale, le parcours
professionnel des artistes. La question des
modalités des nominations sera posée dans ce
cadre et en particulier la question de la place
faite aux femmes - à la tête de nos institutions
comme sur nos plateaux ! En la matière, il faut
être volontariste ! J’ai donc souhaité que, dès la
saison 2013-2014, nous marquions une
inversion nette de la tendance avec le lancement
de « saisons égalité ».
Je propose que les établissements culturels
s’engagent sur des initiatives qui permettront
de donner une place plus équitable aux femmes,
dans la programmation comme dans la
répartition des moyens de production. Le
théâtre est le miroir du monde, mais il ne faut
pas que l’institution culturelle soit le reflet des
blocages de notre société.
C'est aussi dans cet état d'esprit que sera abordé
au cours de l'année le dossier de l’intermittence.
Je fais de l’emploi, et de l'emploi culturel, une
priorité. C’est aussi la priorité du
Gouvernement. Et donc je porterai cette
ambition avec mon collègue Michel Sapin, pour
tenir cette parole dans l’organisation du dialogue
avec les partenaires sociaux, pour protéger aussi
ceux qui concourent à la fabrication de notre
patrimoine. L’art, c’est aussi du travail : c’est donc
aussi à cet endroit que j’entends agir avec
responsabilité.
Le troisième acte de refondation, vital pour le
soutien à la création et aux industries culturelles
est l'acte 2 de l’exception culturelle. Un acte
attendu et qui n'a que trop tardé, car l'annonce
de la révolution numérique ne date pas d'il y a
8 mois ! Il faut réécrire nos outils de régulation
des industries culturelles, encore une fois non
pas pour opposer les uns et les autres, mais
simplement pour préserver l’efficacité de
politiques publiques qui sont aussi des politiques
industrielles. Le numérique modifie l'acte créatif,
les modes de diffusion des œuvres, le processus
de partage et de recommandation, de
prescription, la protection des libertés publiques
comme des libertés individuelles les plus
précieuses. Il ouvre des voies nouvelles. Mais
ce nouvel univers ne conduit pas
nécessairement à renoncer aux mécanismes
vertueux qui ont fait leur preuve et qui ont été
mis en place au fil des années. Il faut donc
aujourd'hui repenser ces outils. La rémunération
juste des créateurs et le financement efficace de
la création doivent toujours être assurés en
même temps que la diffusion la plus large
d’œuvres.

La dimension européenne de ce travail de
refondation n’est pas la moindre. Je l'ai déjà
évoquée. L'issue de ces discussions sera au cours
de l’année 2013 et au-delà.
Pierre Lescure travaille avec son équipe, en lien
avec le Ministère, pour me remettre ses
conclusions et ses propositions fin mars. Ce
travail intègre bien  ; sûr les concertations
engagées sur le livre ou sur la musique  ; il
s'articule aussi avec les assises pour la diversité
du cinéma qui se sont tenues hier, à la Comédie
Française, au théâtre éphémère, sous l'égide du
CNC ou les discussions engagées par le
Ministère avec tous les membres de la
commission de la copie privée. Les décisions
seront prises sur cette base.
Enfin, dernier grand objectif de refondation que
je veux évoquer aujourd'hui devant vous : celui
des aides à la presse. Cela me permet de saluer
la mémoire d'Olivier Chevrillon, qui est décédé
ce matin, qui était l'un des fondateurs du Point
et l'ex-Président de L'Express. Je veux aussi saluer
la mémoire de Gilles Le Blanc, qui s'occupait de
ce dossier à mon Cabinet. La concertation sur
la refonte de ces aides s’ouvrira demain. J’en ai
confié la conduite à un groupe de travail animé
par Roch-Olivier Maistre. Au-delà de la
démarche de médiation engagée à l'initiative du
gouvernement entre les éditeurs de presse et
Google  -  qui vise à reconnaître la valeur
économique des contenus de presse - ; au-delà
de l'urgence qu'il y a eu en 2012 à définir, avec
Presstalis et tous les partenaires concernés, un
chemin pour permettre de préserver notre
système de diffusion des journaux ; au-delà des
enjeux que porte l’AFP et qui sont essentiels à
la filière de la presse  ; il est aujourd'hui
indispensable de s'atteler à ce travail de fond et
de définir pour demain l'outil de soutien qui
assurera la préservation d'un secteur essentiel
à la démocratie.
Faut-il rappeler que chaque année des
journalistes meurent pour exercer leur métier
et apporter au monde l'information libre et juste
qui est l'un des fondements de la démocratie ?
Lorsque l'on réfléchit aux aides à la presse, c'est
dans cette perspective, sans angélisme mais avec
conviction, qu'il faut se placer.
Si je m'attelle avec ténacité à la refondation des
outils de la politique culturelle, c'est parce qu’ils
servent une cause à laquelle je crois
profondément.
C’est cette cause qui justifie le nouveau pacte
que je veux dessiner. Un nouveau pacte rendu
nécessaire faire renaître la place de l'art, de la
culture dans la société française.
Cela vaut sur le plan économique. La France et
l'Europe vivent une crise, qui est de prime abord
une crise économique. Les industries culturelles
concourent à l'emploi. Je répète souvent qu'il n'y
aura pas de redressement productif sans
redressement créatif. C'est évidemment encore
plus vrai en France que partout ailleurs. C'est
une réalité que l’on néglige trop souvent. Je veux
une prise de conscience des atouts dont nous
disposons, dont dispose la France face à la
compétition mondiale.
Elle passe par des décisions stratégiques claires.
Je pense par exemple à celles prises, en lien avec
Arnaud Montebourg, pour défendre
l’attractivité et la compétitivité de notre territoire
dans le secteur de la production
cinématographique, des tournages de films ou
pour soutenir les éditeurs phonographiques les

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

17

Vœux
plus fragiles. En modernisant les crédits d’impôt
qui en soutiennent le développement, nous
avons fait le choix d’une prise en compte de la
réalité économique du cinéma, dans un monde
extrêmement concurrentiel.
C'est aussi à travers cette articulation entre
culture et économie qu'il faut comprendre la
place que j'accorde aux métiers de la culture et
de la communication à la formation : il faut
penser notre action en terme de filières - filière
d'innovation, filière de création, filière de
développement. Les écoles d'enseignement
supérieur qui dépendent du ministère  -  les
écoles d’art, les écoles d’architecture, de
photographie, de cinéma  -  déploient une
pédagogie construite sur le concept de projet :
c'est une pédagogie très innovante, d'avenir,
enthousiasmante pour les élèves et efficace. Je
valorise ces écoles.
Parce qu'il y a, dans tous les métiers du
patrimoine comme dans le design numérique,
dans l’architecture comme dans les métiers d’art,
des savoir-faire, de l'emploi, de la valeur ajoutée.
C’est ensuite dans une perspective territoriale
qu’il faut redonner à l’art et à la culture toute sa
place. J'ai évoqué le nouveau pacte que je veux
signer avec les collectivités locales, dans l'exacte
logique de l'acte 3 de la décentralisation qui sera
bientôt débattu au Parlement.
Enfin - et c’est le sens que je donne à toutes les
décisions que je prends- je veux que ce pacte
nouveau soit proposé aux citoyens. Le Ministère
de la culture ne doit pas être un huis clos, un
entre-soi chaleureux mais isolé. Je veillerai à
rappeler à tout instant que ce que nous faisons
ici, dans ce Ministère, marque la vie quotidienne
des gens. Ce n'est pas un luxe, ce n'est pas
quelque chose dont on peut se passer en
période de crise, ce n'est pas du superflu. « Toi
qui vas demeurer dans la beauté des choses »
disait Aragon.
C'est à ce « toi » que je m'adresse. L’art a ce
pouvoir de dire autre chose que ce qui est,
d'apporter un autre regard, de révéler « la beauté
des choses », dans un acte personnel, intime
mais aussi dans un apprentissage de
l’émancipation, auquel les acteurs publics ont
le devoir de contribuer. L'art et la culture, et
encore une fois j'y inclue les industries
culturelles, apportent beaucoup à la vie en
société. Je souhaite contribuer, par la politique

culturelle, à une prise de conscience de ce bien
commun. C’est une démarche de chaque
instant. Mais c’est une démarche que je veux
aussi incarner dans des actions exemplaires et
symboliques.
C'est pour cette raison que j'ai souhaité inviter
nos concitoyens les plus démunis à venir au
musée, dans cette opération «  musées
populaires, musées solidaires  » que je
renouvellerai tout au long de l'année et qui
aboutira à des conventions avec certaines
associations de solidarité.
C'est aussi pour cette raison que je veux
travailler avec tous les opérateurs de l’État à la
diffusion la plus efficace de notre patrimoine et
de nos productions.
Faire circuler les collections et les œuvres
partout. Et inventer aussi dans cette perspective
un moment simple où, partout en France, dans
un lieu public qui ne serait pas forcément le
musée - une mairie, une préfecture -, tous nos
concitoyens pourraient venir découvrir une
oeuvre des collections publiques.
C’est pourquoi aussi, je veux proposer aux
Français d'utiliser l'espace public numérique
pour contribuer à faire découvrir notre
patrimoine, le patrimoine des citoyens pour
faire partager aussi leurs créations !
Si la politique culturelle doit se réinventer
aujourd'hui, c'est pour jouer ce rôle de révélateur
qu'elle a trop oublié : révéler ce qui est sous nos
yeux  -  notre patrimoine, nos paysages, nos
œuvres et que nous ne regardons plus.
Révéler, c'est une autre manière d'inventer.
Le monde de la création fait une part
importante de l'attractivité de la France, de son
image, de la fierté de ses habitants sans jamais
que cette fierté ne soit synonyme de
nationalisme exacerbé. La politique culturelle
a toujours eu en France cette dimension
universelle. Des artistes, des créateurs et des
peuples du monde entier et en particulier les
pays où les conditions de la liberté de la presse
ne sont pas assurées.
La culture est aussi évidement une force
économique, c'est une passion pour nos
concitoyens, un instrument de redressement
économique, de résistance aux fatalités et aux
crises. Mais aussi nous devons l'assumer et le
revendiquer avec fierté, la matière d’un progrès

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18

humain. La capacité d’apporter du mieux, et
pourquoi pas du bonheur, dans notre vie
quotidienne.
Le programme est donc chargé !
En 2013 je présenterai trois projets de loi : la loi
sur les modalités de nomination des Présidents
de l'audiovisuel public et la réforme du CSA, la
loi d’orientation sur la création et la loi pour le
patrimoine.
Nous conclurons un avenant important au contrat
d'objectifs et de moyens de France Télévisions.
Nous conduirons ou accompagnerons des
négociations et des concertations essentielles :
intermittents, aides à la presse.
Nous écrirons l’acte 2 de l’exception culturelle.
Nous mettrons en place le projet national
d’éducation artistique et culturelle.
Je vais mobiliser tous les opérateurs culturels
sur ces projets structurants et porteurs d’espoir
et je voulais remercier tous les responsables des
établissements publics du Ministère de la
Culture et de la Communication ainsi que de
l'administration centrale participant à ce projet.
Le programme est chargé, parce que mon
ambition est grande ! Je suis consciente d’une
forme d'affaissement du « surmoi culturel ».
Mais ce constat ne me conduit pas à renoncer.
Au contraire ! L’artiste a toute sa place dans notre
société, l'art et la culture occupent une place
importante, la culture est un vecteur
d’émancipation et le terrain d’une lutte très
efficace, plus efficace qu'ailleurs, contre les
inégalités. C’est une double motivation pour
construire un projet politique !
L’art est la preuve que la vie ne suffit pas, disait
Pavese.
Ce matin j’ai reçu l’écrivain chinois Liao Yiwu.
Il témoignait de la force de résistance que lui
avait donnée, pendant toutes les années
d'emprisonnement, la en Europe, pas en France
mais à Berlin, mais après tout peu importe.
Aujourd’hui nous avons célébré les 50 ans du
traité de l’Élysée et je suis donc heureuse que
Berlin comme Paris soient des lieux d'accueil
pour tous ces artistes persécutés dans leur pays.
Il est le symbole de la force indispensable de l’art
et de la création, peut-être même plus que
l’oxygène que nous respirons.
Je vous souhaite donc, je nous souhaite, une
grande année 2013 artistique et culturelle, une
grande année citoyenne.
2013-073

Oui, je désire m’abonner
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Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

Vœux

Vœux du Premier Ministre à la Presse
Hôtel de Matignon - 18 janvier 2013

Photo © Jean-René Tancrède

Jean-Marc
Ayrault

Dessiner les
contours du nouveau
modèle français
par Jean-Marc Ayrault
erci Chantal Didier pour vos
propos chaleureux, enfin en tout
cas vos vœux chaleureux et je sais
qu’ils sont sincères, s’agissant des
vœux que vous m’avez adressés à titre personnel
et pour ma famille et je vous en remercie. Et
puis je voudrais saluer aussi votre expérience
puisque je crois que c’est le 4ème Premier ministre
auquel vous présentez vos vœux. Et puis je vous
souhaite - comme à tous vos confères qui sont
ici - une bonne année 2013 dans l’exercice de
votre métier  ; et je le dis sincèrement,
indispensable pour le bon fonctionnement de
notre démocratie.
Oui je le sais, l’année  2013 sera une année
difficile, et il n’est pas question pour moi de nier
cette réalité, de nier aussi la nécessité de l’effort.
J’ai toujours dit la vérité aux Français, et dès ma
déclaration de politique générale du 3 juillet,
parce que je crois que sans un discours de vérité,
il n’y a pas de confiance possible. Et les Français
ont besoin de confiance, c’est donc ce qu’ils
attendent de nous, la vérité sur la réalité du pays,
sur les difficultés qu’il rencontre, sur les
changements qu’on doit entreprendre, sur les
réformes qu’il faut réussir. Et je le répète, c’est
indispensable de le faire pour l’avenir même du
pays et l’avenir même de notre modèle, et je
crois aussi pour le sauver il faut le rénover. Et
donc personne n’échappe à cette réalité, qu’on
soit acteur de la politique, qu’on soit citoyen ou
qu’on soit même observateur et commentateur.
Donc je souhaite vraiment sincèrement que
nous mettions à profit cette nouvelle année
pour que les Français se rassemblent, en tout
cas une majorité d’entre eux, autour des grandes

M

questions qui engagent notre avenir et l’avenir
de notre pays. (…)
Notre pays doit faire face à de grands défis, notre
modèle politique, économique et social, est
aujourd’hui fragilisé par la crise qui perdure,
mais il est surtout atteint, déstabilisé par des
mutations, et ces mutations sont profondes, et
durables, ce sont les mutations du monde, c’est
l’essor des puissances émergentes, c’est la
concurrence exercée par les pays à bas coûts,
mais c’est aussi la grande question de l’avenir de
la planète sur le plan environnemental, tant les
atteintes à l’environnement se développent.
Donc, pour autant, face à cette question
centrale, qui est celle de l’avenir-même de notre
nation, telle qu’elle est, telle qu’elle est conçue,
telle que les Français la perçoivent, avec le
sentiment parfois que les choses leur échappent,
et ce qui crée certainement un doute au coeurmême de leur perception de l’avenir de notre
pays, eh bien il n’est pas question de renoncer à
ce que nous sommes, il faut résister à la
tentation de la rupture, qui serait celle de balayer
tout ce qui fait le fondement-même de notre
République et de notre modèle social, en disant
qu’au fond, ça a été tenté, que c’était la cause des
difficultés de la France, et que nous nous
mettions en retard par rapport aux autres. Et
puis l’autre tentation, elle est grave aussi et
lourde de conséquences, c’est de nous replier
sur nous-mêmes.
Eh bien justement, l’heure est venue, et je
persiste, et je signe, Madame la Présidente,
d’adapter notre modèle, de gagner en
compétitivité tout en confortant ce qui garantit
la cohésion de notre société, et d’abord la
solidarité. Concilier l’efficacité économique et
la solidarité, la performance, l’efficacité, la
solidarité, la justice sociale, c’est le sens du
nouveau modèle français, que nous sommes en
train de bâtir, et je sais que cet objectif est en
mesure, à condition de l’expliquer, de le répéter,
de le mettre en oeuvre, durablement, est en
mesure de rassembler une large majorité de
Français. Mais pour cela, effectivement, il y a
des batailles à mener, et qu’il nous faut gagner.
La première de nos priorités c’est la bataille de
l’emploi, et nous avons besoin de l’engagement
déterminé de tous les acteurs de la société,
d’abord des partenaires sociaux. Dès l’été 2012
le Gouvernement a défini une nouvelle
méthode, celle du dialogue social, et de la
négociation collective, qui est la condition de
réformes, intelligentes, efficaces, et durables, et
qui passent par le compromis, la recherche du
compromis, le compromis social. Ce sont donc
les partenaires sociaux qui ont défini les
modalités du Contrat de Génération, c’est une
négociation réussie. Ils viennent d’aller plus loin
ces derniers jours en négociant un accord
ambitieux sur la sécurisation de l’emploi. Moi je
me réjouis, comme le Président de la République,
de cet accord. Il apporte possibilités d’adaptation

et sécurité juridique aux entreprises, mais aussi
des droits nouveaux, et des protections nouvelles
aux salariés. Le Gouvernement s’engage à
transcrire très vite, et fidèlement, cet accord dans
un projet de loi. Mais ce n’est qu’une étape, qui
n’épuise pas l’ensemble de la feuille de route issue
de la grande conférence sociale de juillet dernier,
mais c’est une étape décisive, et je veux croire
que 2013 sera une grande année de dialogue
social. Je pense notamment aux négociations
sur la qualité de vie au travail et sur l’égalité
professionnelle entre les femmes et les hommes.
Il y a bien sûr de nouveaux leviers, d’autres leviers
à actionner, ainsi le pacte national pour la
croissance, la compétitivité et l’emploi, que j’ai
présenté dès le lendemain de la remise du
rapport Gallois, qui a été un vrai électrochoc,
sur l’état de notre économie et de notre industrie,
et qui a fait prendre conscience de la nécessité
de réformes et de décisions courageuses. Je suis
convaincu que ce pacte, il s’agit bien d’un pacte,
donc un engagement réciproque, contribuera
dès cette année au redressement productif. Je
pense au crédit d’impôt, pour la compétitivité
et l’emploi, mais aussi à l’ensemble des mesures
visant à favoriser la montée en gamme de notre
appareil de production. Nous n’avons négligé
aucune piste, nous n’avons fui aucune
responsabilité. Le Gouvernement a pris à brasle-corps les difficultés de financement de notre
économie, et en particulier des petites et
moyennes entreprises, qui n’avaient pas été
résolues depuis tant d’années, et c’est pourquoi
nous avons créé la Banque Publique
d’Investissement, elle est opérationnelle, et c’est
pourquoi la réforme bancaire sera votée dans
les prochaines semaines, et nous serons le
premier pays européen à mettre en oeuvre cette
réforme bancaire. Nous mettons tout en oeuvre
pour préparer l’avenir.
Nous avons engagé le chantier de la transition
écologique et énergétique, pour une
transformation progressive de nos modes de
production et de consommation, c’est un
impératif politique, c’est un impératif moral, au
regard des enjeux environnementaux
considérables qui s’imposent à nous, mais c’est
aussi le choix de l’innovation, et d’un formidable
accélérateur de croissance. Et c’est dans le même
esprit que je prépare, avec le Gouvernement, à
la demande du Président de la République, un
programme d’investissements à l’horizon 2020.
Ces défis, nous ne les relèverons pas seuls, mais
aussi avec nos partenaires européens, et je veux
rappeler que sous l’impulsion du président de la
République, 2012 a été l’année de la réorientation
de la construction européenne, dans le sens de
la croissance et de l’emploi. Cette réorientation
doit se poursuivre, elle doit s’approfondir. Mais,
il y a 1 an, la zone euro était dans la tourmente,
et son avenir semblait même incertain, elle est
aujourd’hui stabilisée. Le rôle de la Banque
Centrale Européenne est renforcé. 2013 sera

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

19

Vœux
l’année de l’approfondissement, de l’intégration
solidaire, et de la mise en oeuvre effective de
l’Union bancaire, mais chacun sait que nous
avons aussi des engagements à tenir pour notre
propre compte, en matière de finances
publiques. Et cette stratégie de réduction de
notre dette, et de nos déficits publics, je l’assume
pleinement, car c’est notre capacité d’action, et
notre souveraineté, qui sont en jeu. Le
redressement des comptes publics est nécessaire
pour pouvoir financer les politiques de
compétitivité, mais aussi les politiques de
solidarité, et préparer l’avenir, et engager les
grandes réformes que je viens d’évoquer. Et la
réforme fiscale, il y a bien une réforme fiscale,
que nous avons engagée, met davantage à
contribution les grandes entreprises pour
protéger les moyennes entreprises et les petites
entreprises. Elle met aussi davantage à
contribution les très hauts revenus, pour
ménager les classes moyennes et les classes
populaires. C’est une réalité. Certes, c’est un

effort, mais c’est une question de solidarité
nationale. L’Etat lui-même doit montrer
l’exemple, et contribuer, par des économies sans
précédent, à l’effort de redressement budgétaire.
Nous sommes engagés dans une stratégie de
modernisation de l’action publique, elle
demandera du temps, de la constance, mais avec
un objectif, c’est mieux servir les Français, mieux
faire fonctionner nos services publics, mais en
même temps supprimer les dépenses inutiles,
diminuer la part de la dépense publique dans la
richesse nationale. Mais cet effort ne peut être
dissocié de la nouvelle étape de la
décentralisation, que nous voulons mettre en
oeuvre, dans les prochains mois, et qui permettra
de clarifier ce qui relève de l’Etat, l’Etat qui doit
être davantage stratège, qui doit être davantage
garant, qui doit être davantage régulateur, et en
même temps les différents niveaux des
collectivités territoriales, plus d’efficacité, plus
de visibilité, plus de simplicité, et plus d’économie
et de maîtrise de la dépense publique. C’est un

vaste chantier. Ce sont de grandes réformes,
difficiles, difficiles à faire partager, à faire accepter,
mais elles sont indispensables, et elles
contribuent, je suis désolé, à dessiner les
contours du nouveau modèle français. Parce
qu’il faut aussi répondre à une forme de défiance,
croissante, des citoyens à l’égard de l’action
politique, et je crois, pour ma part, à l’exemplarité.
C’est le sens des projets de loi que nous allons
présenter pour mettre fin au cumul des mandats,
et garantir l’indépendance de la justice. C’est un
engagement, il sera tenu.
Nous venons, enfin, répondre au désir d’égalité
des Français, qui est au coeur-même de notre,
j’allais dire de notre patrimoine, commun,
l’égalité, et c’est au nom de l’égalité des chances
que nous allons refonder l’école, c’est au nom de
l’égalité que nous allons accroître la construction
de logements pour tous, au nom de l’égalité que
nous allons conforter notre système de
protection sociale, mais aussi améliorer la
sécurité des Français, particulièrement dans les

REPÈRES

Vœux de la Presse au Premier Ministre
es vœux se rêvent comme
un temps suspendu. Mais
l’actualité n’a que faire de nos
haltes. Elle rappelle que
l’histoire continue et que cette
histoire peut être tragique. Nous
avons une pensée émue pour
les nombreux otages morts à Im
Abenas, pour le Français exécuté
en Somalie, pour les soldats
tués en mission dans ces
déserts devenus champs de
bataille. Dans ces épreuves, le
chef de l’Etat est en première
ligne, mais il vous revient de
« déterminer et de conduire la
politique de la nation ». Pour
cette tâche, les représentants
des médias ici présents vous
souhaitent, Monsieur le Premier
Ministre, une bonne
année 2013. A vous, à votre
famille, à tous vos
collaborateurs. Et au pays.
Au sein du couple exécutif,
l’équilibre paraît encore se
chercher. Par conviction, par
tradition, les socialistes ne
s’accommodent de la Ve
République que dans son
versant parlementariste. D’où le
souci d’une présidence modeste
laissant au chef du
Gouvernement le soin de mettre
en œuvre, en accord avec les
parlementaires, les grandes
orientations présentées lors de
la campagne présidentielle.
Puis, l’Elysée a semblé plus
interventionniste, avant de vous
laisser remonter au front
politique. Mais l’engagement sur
un front militaire renvoie
presque automatiquement au
« domaine réservé » et à la
dyarchie. Quel que soit le
schéma, vous partagez les
coups.
Et les coups n’ont pas manqué !
Votre déclaration de politique
générale n’a pas soulevé
l’enthousiasme. Les sessions
extraordinaires ont évoqué
Pénélope et son ouvrage sans

L

20

cesse recommencé. Quelques
« couacs » de rentrée et vous
avez découvert l’épreuve des
« Unes » éditoriales qui se
répercutent comme en écho
pour mieux vous tournebouler.
Je vous fais grâce de leur
énumération. Votre côte dans
les sondages chute, y compris
auprès de vos soutiens
traditionnels. La durée de votre
CDD ici est soulevée. Ce que
tous vos prédécesseurs ont
connu, même ceux qui sont
restés cinq ans ! Vous démentez
que Matignon soit un enfer. Cela
ressemble quand même fort à
un purgatoire.
Votre irritation peut se
comprendre. Vous avez pu voir
dans ces attaques l’incrédulité
d’un certain milieu parisien face
à un provincial accédant au
pouvoir (comme il y a beaucoup
de PQR, dont moi, dans la salle,
vous imaginez bien que ce mot
n’a rien de péjoratif dans ma
bouche). Vous et vos amis les
avez aussi interprétées comme
le reste d’une addiction à une
téléprésidence sarkozienne
fondée sur le bruit et le zapping
et vous espérez que les
journalistes finiront par s’en
sevrer. A moins que les relations
de la gauche avec les médias ne
reposent sur un contresens. Au
vu des critiques fortes et
récurrentes à l’égard de Nicolas
Sarkozy, vous avez
collectivement pu croire que la
presse vous était favorable.
Erreur. Elle se méfie d’abord des
détenteurs de pouvoir. C’est son
essence. Que renforce une
existence menacée par la
précarité.
Par nature, les journalistes
témoignent des événements,
fouillent, vont voir derrière la
scène, quels que soient les
dirigeants en place. Au risque
parfois d’y perdre la vie. Ce qui

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

par Chantal Didier

fut le cas de 89 confrères et
consœurs en 2012, dont les
Français Gilles Jacquier de
France 2 et le photographe Rémi
Ochlik. Hommage leur soit
rendu.
S’y ajoute le poids d’une crise de
la presse, qui ne sait plus à quel
modèle éditorial, économique et
social se vouer. Certains
journalistes donnent l’exemple
de la mobilité professionnelle en
franchissant le Rubicon qui
sépare l’information et la
communication politique, mais
cela ne suffit pas à résoudre les
problèmes d’emploi. Même si
une accélération s’est constatée
lors de la dernière alternance.
Le président de la République
a annoncé une réforme des
aides de l’Etat à la presse. Une
initiative saluée, mais qui ne
constitue pas une solution
pérenne. Quelles que soient les
bonnes intentions, mieux vaut
écarter toute tentation

d’interventionnisme politique et
l’argent reste le nerf de la
guerre. Quelques propos
énergiques de votre Ministre de
la Culture et de la
Communication et la
nomination d’un jospiniste avéré
à la tête du CSA mettent la puce
à l’oreille. Nous ne doutons pas
que vous aurez à cœur de nous
rassurer.
Peut-être pensez-vous aussi
que, accaparé par le quotidien,
l’instantané même, les
journalistes manquent de
perspective. Au congrès de
Toulouse du Parti socialiste,
vous avez parlé d’un « Nouveau
modèle français ». Sans grand
succès. Vous y tenez pourtant.
Au point d’en faire le sujet d’une
tribune dans « Le Monde » et le
motif de votre carte de vœux.
Excusez notre scepticisme, mais
du Nouveau contrat social au
Nouveau centre en passant par
le Nouveau parti anticapitaliste,

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

sans oublier le « nouveau
Chirac » que ses communicants
nous livraient chaque année
avec le Beaujolais primeur, le
nouvellisme nous incite au
doute.
L’apparentement, là, semble
avec la Nouvelle société de
Jacques Chaban-Delmas. C’était
en 1969 ! Proposer une vision
sociale-démocrate, deloriste, à
une majorité de droite exposait
à l’échec. Votre « Nouveau
modèle français » peut-il réussir
sans convertir votre majorité de
gauche au compromis ?
Mission d’autant plus
compliquée que les Français
vous attendent avant tout sur la
situation économique et sociale.
L’emploi est aussi et avant tout
leur priorité. Leur redonner
confiance est un défi immense.
Sur ce chemin plein de
chicanes, nos vœux vous
accompagnent donc, Monsieur
le Premier Ministre.

Vœux
zones les plus sensibles. C’est au nom de l’égalité
que nous allons lutter contre les déserts
médicaux, et c’est au nom de l’égalité des droits
que nous ferons le mariage pour tous. Sur ce
dernier sujet, il est normal que s’exprime une
diversité d’opinions, il n’y a pas à s’en inquiéter,
nous sommes dans une démocratie, et même le
droit de manifester en fait partie, soyons donc
sereins. Mais en même temps, rappelons ce qui
est le plus clair, c’est l’engagement présidentiel.
Le Président de la République, comme les
députés, ont été élus sur un programme qui est
clair, et le débat se déroule normalement au
Parlement. Le Gouvernement est déterminé à
honorer ses engagements et la représentation
nationale aura le dernier mot, comme il est
d’usage dans une démocratie.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs
les journalistes, vous l’avez remarqué, le
programme du Gouvernement est substantiel,
et de nombreux projets de loi seront présentés
au Parlement au cours de l’année 2013, et je suis
bien décidé, avec l’ensemble des Ministres, à
aller à la rencontre des Français, à expliquer le
sens de notre action, à les écouter, mais aussi à
mobiliser les énergies, et les talents, et les
initiatives, et elles sont tellement nombreuses
dans notre société, et parfois on a tendance à
les oublier, parce que ce sont les Français, ce
sont les capacités des Français, alors 2013 ce
sera une année bien remplie, aussi pour ceux
dont c’est le métier d’informer et d’é clairer
l’opinion. Même s’il n’y a pas d’élection, vous
n’allez pas, pour autant, ne rien avoir à faire.
Avant tout je veux vous affirmer que le
Gouvernement sera toujours à vos côtés, pour
préserver la liberté de la presse et
l’indépendance des médias. Comme le

Président de la République vous l’a confirmé,
un projet de loi sur la protection des sources
des journalistes sera déposé cette année au
Parlement. La réforme sur laquelle nous nous
sommes engagés pour renforcer l’indépendance
des médias audiovisuels, redonnera au CSA le
pouvoir de nommer les Présidents des sociétés
de l’audiovisuel public. L’année qui vient de
s’écouler a été rude, pour de nombreux titres
de presse, mais j’ai la conviction que la presse
française peut surmonter les difficultés qu’elle
rencontre, et qui affectent de la même manière
la presse internationale. La condition c’est de
continuer à produire une presse de qualité et
innovante, à laquelle les citoyens puissent se
référer avec confiance. La rigueur de
l’information, l’indépendance des rédactions,
l’éthique du journalisme, sont les meilleures
garanties de votre avenir. Nous avons entendu
l’aspiration de la presse à un meilleur partage
de la valeur sur Internet, l’Etat a nommé un
médiateur pour faciliter les discussions entre
Google et la presse d’information, politique et
générale, mais à défaut d’accord le
Gouvernement prendra ses responsabilités et
instituera un droit voisin du droit d’auteur, dont
les éditeurs de presse pourront se prévaloir à
l’égard des moteurs de recherche. Nous allons
refonder les aides à la presse, pour mieux en
accompagner les mutations, il ne s’agit pas de
refaire les états généraux de 2009, qui avaient
été suivis de peu d’effets, donc pas de grandmesse en 2013, mais un groupe de réflexion
placé auprès de la ministre de la Culture et de
la Communication, et qui rendra ses
conclusions d’ici au mois d’avril.
Dans le contexte que vous connaissez le
Gouvernement a demandé à l’ensemble de

Vatier & Associés

l’audiovisuel public de contribuer, lui aussi, mais
comme tous les opérateurs publics, pas
seulement l’Etat et ses services, à l’effort de
redressement des comptes publics, mais dans
le même temps la hausse de la redevance
garantit un financement pérenne, et qui permet
de redéfinir, et en confiance, sereinement, les
missions et les priorités stratégiques.
Mesdames, Messieurs, le métier qui est le vôtre,
est un métier exigeant, mais vous savez vousmêmes, vous montrer exigeants à l’égard du
Gouvernement, et je crois que je peux en
témoigner très sincèrement, en tout cas c’est le
signe de la vitalité de notre démocratie. Et je
souhaite que vous puissiez continuer à exercer
votre mission dans les meilleures conditions
possibles. (…)

Conclusion
Oui, c’est vrai, les chantiers que nous avons
ouverts demandent du courage, de la cohérence
et de la constance, mais je n’en manque pas, ni
les membres du Gouvernement, mais ils
nécessitent aussi que les Français eux-mêmes,
soient les acteurs du changement, et je suis
convaincu qu’ils y sont prêts, en tout cas je
forme le vœu que l’année 2013 voie renaître la
confiance et l’espérance dont notre pays a
besoin, c’est le défi que je m’assigne, sous
l’autorité du Président de la République, et avec
l’ensemble du Gouvernement. Encore tous mes
vœux, à chacune et chacun d’entre vous, et bien
sûr à tous vos journaux de la presse écrite et
audiovisuelle. Merci de votre attention.
2013-074

Vie des Cabinets d’avocats

Arrivée de Pascal Lê Dai en qualité d’associé - 21 janvier 2013
e cabinet d’Avocats Vatier &
Associés accueille Pascal Lê
Dai en tant qu’associé
responsable du nouveau
département IP/IT. Ce département
rassemblera
l’ensemble
des
problématiques liées à la propriété
intellectuelle et industrielle et au droit
des technologies de l’information.
Sous la supervision de Pascal Lê Dai,
qui a plus de 15 ans d’expérience, Vatier & Associés
assiste les entreprises tant dans le développement
de leur portefeuille de droits, notamment,
marques, dessins modèles, brevets, et droits
d’auteur, que dans les actions en contrefaçon, en
concurrence déloyale ou en parasitisme.
Vatier & Associés accompagne également les
entreprises dans la gestion de leurs contrats et
contentieux liés au droit des technologies de
l’information, en particulier dans les domaines
de l’informatique et d’Internet.
Fort de sa double culture, Pascal Lê Dai sera
également en charge des activités de Vatier &
Associés au Vietnam et de l’assistance des
D.R.

L

entreprises Vietnamiennes en France.
« La création d’un département IP/IT
au sein de notre cabinet va nous
permettre de renforcer la gamme de
services et de conseils que nous offrons
à nos clients et de poursuivre notre
développement à l’international au
Vietnam. L’expérience de Pascal Lê Dai
constitue un véritable atout pour le
cabinet qui, après le renforcement de
son équipe fiscale l’an passé, poursuit sa stratégie
de développement  » souligne le Bâtonnier
Bernard Vatier, associé et cofondateur de Vatier
& Associés.
Pascal Lê Dai, 41 ans, a débuté sa carrière en 1996
au sein du cabinet Ngo, Miguérès & Associés. Il
s’est spécialisé dans l’activité de propriété
intellectuelle, IT, et contentieux. Il rejoint en 2001
le département Contentieux Français et
International du cabinet Eversheds, devenant
responsable de l’équipe dédiée au contentieux
commercial d’un groupe américain, et conseillant
également ses clients sur les questions de
propriété intellectuelle et IT. En 2008, il fonde sa

propre structure, Cabinet Pascal Lê Dai, qui
intervient dans les mêmes domaines.
Pascal Lê Dai anime régulièrement des
formations professionnelles, en entreprises ou
au sein d’organismes de formation juridique. Il
assure également un enseignement en propriété
industrielle à l’é cole d’ingénieurs ECE Paris.
Titulaire d’un DEA de droit de la
communication (1994) et d’une maîtrise de
droit des affaires et droit privé (Université
Paris II – Panthéon Assas) (1993), il est membre
du Barreau de Paris depuis 1996.
A propos de Vatier & Associés
Créé en 2002 et rassemblant 28 Avocats dont
14  Associés, le cabinet Vatier & Associés
intervient dans la plupart des matières du droit
des affaires, sur des problématiques juridiques,
fiscales et judiciaires. Présent à Paris et à
Bruxelles et disposant d’un réseau de
correspondants, le cabinet conseille et
accompagne les entreprises françaises et
internationales, sociétés immobilières,
institutions,
dirigeants
d’entreprises,
professionnels libéraux et particuliers. 2013-075

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

21

Vie du droit

Ministère de la Justice
Améliorer l’efficacité de la Justice commerciale

ans le cadre du pacte de
compétitivité, annoncé par le
Premier Ministre, et dans la
perspective
volontariste
du
Gouvernement d’améliorer la Justice
commerciale, Christiane Taubira, Garde des
Sceaux, Ministre de la Justice a réuni le
14 décembre 2012 à la Chancellerie, Arnaud
Montebourg, Ministre du Redressement
productif et Benoît Hamon, Ministre délégué
auprès du Ministre de l’Economie et des
Finances, chargé de l’é conomie sociale et
solidaire et de la consommation.
Ces travaux ont pour objectif de favoriser la
circulation de l’information économique
détenue par les services de l’Etat chargés du
soutien aux entreprises. Elle est nécessaire à la
vision globale, stratégique, juridique et
procédurale des Magistrats du Parquet dont la

D

mission est l’application de la loi et l’intérêt
général.
Les commissaires au redressement productif
pourront communiquer des informations au
Ministère public et être entendus par les
juridictions.
Il s’agit de mobiliser toutes les ressources au
service de nos entreprises et de l’emploi pour
que les procédures collectives favorisent
effectivement la sauvegarde de l’activité
économique.
Ainsi, la reprise par les salariés, via les sociétés
coopératives et participatives SCOP, a été
présentée aux Magistrats du Parquet : c’est une
solution méconnue mais particulièrement
efficace.
Les modalités de circulation de l’information
entre les services seront précisées par une
circulaire interministérielle.

Christiane Taubira a également fixé une feuille
de route au Conseil National des Tribunaux de
commerce qui tenait son assemblée générale
aujourd’hui. Trois axes de travail ont été définis :
- la formation des Juges Consulaires qui devra
à terme être rendue obligatoire,
-  l’amélioration de la déontologie et la
prévention des conflits d’intérêts,
- l’amélioration du traitement procédural des
dossiers par la diffusion de fiches techniques et
de guides pédagogiques.
Cette première étape pour atteindre les objectifs
du pacte de compétitivité précède les réformes
de la Justice commerciale qui seront mises en
oeuvre par Christiane Taubira au cours du
premier trimestre 2013.
Source : Communiqué du 14 décembre 2012

Au fil des pages

La justice pour les nuls
« Nuls » n’est censé ignorer la loi !
par Emmanuel Pierrat

a justice, pour vous, c'est du chinois :
vous pensez qu'une mise en demeure
est une pendaison de crémaillère, que
la vente à la bougie est une grande
surface de luminaires, que l'ordonnance de
nonlieu est remboursée par la Sécurité sociale,
que le parquet est plus chic que la moquette...
Bref, vous êtes perdu dans le labyrinthe de la
justice !
Pourtant, dans une société de plus en plus
«  judiciarisée  », impossible d'ignorer plus
longtemps la loi. Sans forcément passer par la
case divorce ou suivre l'actualité judiciaire, nous
sommes tous  -  travailleurs exploités,
consommateurs
mécontents,
futurs
parents - des sujets de droit.
Du vote des lois par le Parlement aux nombreux
Tribunaux qui l'appliquent, cette nouvelle
édition de La Justice pour les Nuls, mise à jour
et augmentée, vous invite à découvrir les
coulisses de la justice et ses multiples secrets de
fabrication. Jugez vous-même !

L

22

Découvrez comment : Explorer
le origines et le fondement du
droit  ; Comprendre le
fonctionnement
des
institutions judiciaires  ;
Décrypter les codes et le
language des acteurs de la
justice  ; S’orienter dans le
maquis des lois ; Revivre les
grands procès de l’histoire ;
Assimiler les termes clés du
vocabulaire juridique.
Emmanuel
Pierrat
a
supervisé et corédigé cet
ouvrage. Avocat au Barreau
de Paris, membre du conseil
de l’ordre ; il codirige un cabinet spécialisé dans
le droit de la propriété intellectuelle.
Chroniqueur juridique de plusieurs revues, il a
déjà publié de nombreux ouvrage de droit.
2013-077

Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

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Annonces judiciaires et légales

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Annonces judiciaires et légales

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Annonces judiciaires et légales

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Annonces judiciaires et légales

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Annonces judiciaires et légales

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Annonces judiciaires et légales

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Les Annonces de la Seine - lundi 28 janvier 2013 - numéro 7

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Vœux

Vœux du Ministre de la Justice
aux personnalités du monde judiciaire
Hôtel de Bourvallais, Paris - 28 janvier 2013

e matin Christiane Taubira recevait
ses invités à l’occasion de la cérémonie
des vœux, l’occasion pour la Ministre
de la Justice de dresser le bilan de ses
« premières actions et perspectives ».
Comment changer le visage de la justice ?
Comment « ramener la sérénité, rétablir le
respect, tenir compte de la dignité de chacun
et faire en sorte que toutes les énergies soient
mobilisées au service de la justice pour les
citoyens » ?
Comme l’a souhaité le Président de la
République François Hollande, chaque Français,
indépendamment de ses ressources, doit
pouvoir prétendre à une justice de qualité.
L’Institution judiciaire devant être défendue
dans son autorité et sa légitimité, des évolutions

C

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

Christiane Taubira
majeures sont donc nécessaires : elles
concerneront notamment la réforme de la
justice des mineurs, du Conseil Supérieur de la
Magistrature, de la procédure pénale
(Conférence de Consensus), de la carte
judiciaire, de la justice de proximité
(l’expérimentation se poursuit uniquement
pour les Cours de Dijon et Toulouse) et de
l’administration pénitentiaire.
Face à l’importance des enjeux liés notamment
à la lutte contre la délinquance et à la prévention
de la récidive, gageons que 2013 verra bon
nombre de ces défis relevés et renforcera la
cohésion sociale.
Jean-René Tancrède
2013-078

Direct

Ecole Nationale de la Magistrature
Devenir magistrat - concours 2013

« Devenir magitrat, c'est exercer un métier au coeur de la vie de la cité, en
prise avec le quotidien des citoyens; c'est choisir un métier de décision et
d'action; c'est opter pour une carrière sans cesse renouvelée offrant une
quinzaine de fonctions différentes ».
'Ecole Nationale de la Magistrature organise chaque année trois
concours d'accès.
Un premier concours pour les étudiants, un deuxième concours
pour les fonctionnaires et un troisième concours ouvert aux
personnes justifiant de plusieurs années d'activité professionnelle dans
le secteur privé ou d'un mandat électif.
Par la voie de ces concours: 105 magistrats étaient recrutés pour la rentrée
2011, 175 pour la rentrée 2012 et 206 pour la rentrée 2013.
Cette année, la date limite de dépôt des dossiers de candidature aux trois
concours d'accès a été fixée au 1er février 2013.
L'ensemble des annales, rapports des jury, détail des épreuves, profils des
promotions sont disponibles sur www.enm-justice.fr rubrique "Devenir
magistrat".

L

2013-079

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